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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 07:15

Game lover BOESCHLa pièce de théâtre Game Lover utilise l'argument des jeux- vidéos pour nous faire réfléchir tout en nous divertissant.

 

La publicité pour cette pièce de Gaspard Boesch n'est donc pas mensongère:

 

"Les jeux-vidéos, on les déteste ou on les adore, mais cette fois on va en rire!"

 

Au lever de rideau, Clara Fox (Laurence Morisot), à la rousse chevelure, tourne le dos à la salle. Bottée, toute de cuir vêtue, pantalon et bustier moulants et sexy, pistolets aux hanches, elle se retourne et exécute des mouvements de kung-fu.

 

En fait Clara, qui fait fantasmer des milliers de joueurs en ligne, est l'héroïne d'un jeu-vidéo auquel se livre Simon (Gaspard Boesch). Dès qu'il a un moment ce dernier joue. A la maison, comme au bureau... Un véritable accro.

 

Ce que Simon voit sur son écran, le spectateur le voit donc sur scène. C'est lui qui fait mouvoir Clara et la faire se débarrasser d'ennemis qui apparaissent sur une grande toile en fond de scène.

 

Simon vient d'accéder au niveau 4 de son jeu-vidéo, quand celui-ci est interrompu. C'est la femme de Simon, Anaïs (Catherine Guggisberg), qui a tiré la prise.

 

Nous sommes le 31 au soir, un dimanche. Simon et Anaïs doivent sortir, mais, rivé à son ordi, Simon n'est pas prêt. Anaïs le secoue,  lui donne l'ordre comme à un petit garçon de ranger ses affaires, et pas n'importe comment, comme elle le lui a demandé maintes fois, et de changer de chemise... 

Habillée pour sortir d'un tailleur gris classique, jupe et veste, et d'un chemisier blanc, Anaïs travaille dans une clinique. Coiffée d'un chignon un peu trop sage, binoclarde, c'est elle qui porte la culotte. De garde trois dimanches sur quatre, c'est justement son dimanche de libre...  

 

Au dernier moment Simon, qui travaille dans une société financière dirigée par son beau-père, prétexte de devoir effectuer un short-selling pour obtenir d'Anaïs de s'éclipser au bureau, situé à deux pas, pendant trente minutes, pas plus. En fait il va en profiter pour jouer à son jeu-vidéo favori et y passer la nuit...

 

Son collègue Samir (Philippe Cohen) arrive au bureau sur ces entrefaites. Il devine tout de suite que Simon est encore en train de jouer. Une certaine Clarisse doit venir évaluer les deux brokers. Il y a de la compression de personnel dans l'air. Or, curieusement, Simon a de bons résultats et Samir pas.

 

Le secret de la réussite de Simon est d'avoir relié son jeu-vidéo au programme de gestion des achats et ventes en bourse que Samir a peine à utiliser. Simon gagne de l'argent tout en jouant... Ce qui est immoral et incompréhensible aux yeux de Samir... Mais Simon fait une fausse manoeuvre et Clara quitte le monde virtuel pour le monde réel...

 

Le premier quiproquo se produit alors. Samir croit dur comme fer que Clara n'est autre que Clarisse, et il ne veut pas se rendre à cette non-évidence qu'il y a méprise, d'autant que Clara, quand le mode autonome est activé, devient incontrôlable et est, de fait, incontrôlée par Simon...

 

Toujours incrédule, Samir, Doudou pour les intimes, rentré chez lui, raconte l'histoire à sa femme, Vanessa (Jade Amstel), Boubou pour les intimes, qui lui dit que tout ça, c'est bien possible. Elle l'a lu dans Cosmopolital (elle a une tendance magnifique à transformer les noms propres et à déformer les lieux communs, ce qui est d'un effet immanquablement des plus comique).

 

Simon, rentré chez lui, subit une scène de la part d'Anaïs qui ne croit pas non plus que Clara soit une femme virtuelle. Il s'ensuit des quiproquos révélateurs sur les relations du couple qu'ils forment.

 

A partir de là le spectateur est entraîné dans un tourbillon de péripéties incroyables, et qui déclenchent le fou rire. Le spectacle, trépidant, dure une heure et demie, qu'il ne voit pas passer.

 

A chaque changement de scène, une barre de chargement apparaît sur la toile du fond. Quand Simon joue, le monde virtuel y apparaît. Quand Clara donne des coups, ils ne sont certes pas portés (heureusement parce que l'actrice qui joue Clara est sportive), mais ponctués par un bruitage au millimètre. Le théâtre peut, avec profit, la preuve, être renforcé par des effets spéciaux...

 

La mise en scène de cette pièce, jouée une première fois en 2004, est de Lorenzo Gabriele. Le décor, les accessoires et musiques de Lambert Bastar. Les effets vidéo de Lionel Rudaz. Le son et lumières de Thierry von Osselt. Les costumes de Trina Lobo et Marion Schmid. Il convient de les citer parce qu'eux tous, au service des acteurs, de l'auteur et des spectateurs, contribuent à faire de ce spectacle une véritable réussite dans le genre.

 

Vous avez envie de rire, ce qui n'est pas du luxe en cette période de crise, allez voir cette pièce qui est à la fois une satire de la société d'aujourd'hui (notamment des relations de couple et des fantasmes masculins et féminins), et un spectacle authentique, où tous les ingrédients (particulièrement l'interprétation époustouflante des comédiens) sont réunis pour passer une excellente et réjouissante soirée.

 

Francis Richard

 

Game Lover, comédie de Gaspard Boesch, se joue au Casino Théâtre de Genève, 42 rue de Carouge, 1205.

 

Les représentations ont lieu jusqu'au 26 mai 2013: les mardi et vendredi à 20h00, les mercredi et jeudi à 19h00, le samedi à 21h00 et le dimanche à 19h00, relâche le lundi.

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 22:00

Sako-POUCHAIN.jpgMartine Pouchain a écrit un livre, Sako, qui a été adapté au théâtre sous le titre de... Sako.

 

Sako est publié chez Oskar Editions, une maison d'éditions spécialisée dans les livres pour la jeunesse.

 

Sako est une pièce de théâtre tous publics, à partir de 10 ans.

 

Et, comme je suis resté un grand enfant - pas grand par la taille, mais par le coeur -, ce spectacle est tout ce qu'il fallait à mon âme en cet après-midi de chien et je ne regrette donc pas d'avoir fait un aller-retour express Lausanne-Neuchâtel pour y assister.

 

Mado (Christiane Margraitner) a 80 ans. Elle habite un coquet pavillon de banlieue avec jardin. Elle a bien un fils, Patrice, et des petits-enfants, mais ils ne viennent troubler sa solitude qu'une fois l'an.

 

De l'autre côté de la haie du jardin de Mado, qu'elle entretient péniblement, il y a un terrain privé, ou plutôt un terrain communal destiné à la construction de logements sociaux. En attendant s'y trouvent des caravanes déglinguées qui servent d'habitations d'infortune à des immigrés africains.

 

Ce voisinage ne laisse pas d'inquiéter Mado, qui se rassure en se disant que, si ces voisins avaient voulu lui faire un mauvais sort, ils l'auraient fait depuis longtemps. Et puis, qu'a-t-elle à perdre à son âge, à part la vie?

 

Sako (Sarah Anthony) est une petite fille de dix ans et demi. Elle et sa maman, Niouma (Christine Brammeier), viennent de Kayes, au Mali. La France est imaginée là-bas comme le paradis terrestre. Toutes deux doivent accomplir une mission pour grand-père, oncles et tantes, leur envoyer de France quelque argent pour vivre mieux au Mali.

 

Mais la France n'est pas tout à fait ce qui s'y disait et elles se heurtent aux incohérences de l'administration française qui exige que les immigrés aient des papiers pour travailler et qui ne les leur accordent que s'ils ont déjà travaillé plusieurs années...

 

Comme un formulaire l'indique, il faut que l'immigré, s'il veut rester en France, n'ait plus de lien avec le pays dont il est originaire. Aussi Niouma fait-elle cette recommandation à Sako:

 

"Mets le Mali au fond de ton coeur, tout au fond, et recouvre-le-bien. Recouvre-le avec des mots français."

 

En clair cela signifie a fortiori qu'elle ne doit surtout plus parler bambara...

 

Niouma et Sako s'installent sur le terrain communal voisin du jardin de Mado.

 

Sako a soif d'apprendre et veut devenir médecin. Niouma veut bien faire les travaux que les Français ne veulent plus faire - manutentionnaire de caisses dans un supermarché, puis "technicienne de surface" -, mais elle se heurte à ceux qui ont des papiers, qui payent la sécu et qui lui reprochent de leur ôter le pain de la bouche ...

 

Mado a de la prévention à l'égard de la petite Sako qui est décidément bien noire et qui a le toupet de la regarder, à travers la haie, se servir de sa binette pour cultiver son jardin et soigner ses framboisiers. Très vite, cependant, elle se rend compte que Sako est une gentille fille, qu'elle est jolie et qu'elle peuple sa solitude.

 

Sako, très nature, s'adresse sans détour à Mado et lui rend des services. En contrepartie Mado lui donne des livres, puis un petit chien qui marche tout seul, un jouet dont ne se soucie plus son fils de 40 ans. Sako et Mado s'entendent si bien qu'elles font naître de la prévention de la part de Niouma qui se demande ce que la vieille dame veut faire de sa fille...

 

L'histoire se termine comme dans un conte pour enfants. Ce qui me convient très bien.

 

A un moment donné Mado voulait jeter un vieux pot de fleurs qui semblaient bien mortes. Sako lui avait suggéré d'égayer le pot en le mettant vis-à-vis d'une feuille ornée de découpages aux couleurs vives, qu'elles avaient faits ensemble. A la fin de la pièce, le pot donne des fleurs et Sako peut dire:

 

"Je savais bien qu'il fallait lui donner sa chance."...

 

Christine Brammeier, qui interprète Niouma, est un grand brin de fille, nettement plus grande que Sarah Anthony, qui interprète Sako. Cette différence de taille rend crédible que l'une soit la mère de l'autre. Christiane Margraitner, vieillie pour la circonstance, est une vieille dame réussie, mais le spectateur a du mal pour son dos de le voir ainsi courbé tout le temps ...

 

Toutes trois jouent très bien cette comédie, qui dure 75 mn, mais il faut reconnaître que Sarah Anthony crève la scène, si je puis employer cette expression consacrée d'ordinaire - et de manière plus appropriée -, à l'écran de cinéma. Elle incarne avec un naturel désarmant cette petite fille, avec ses gestes de gamine, son grand sourire et sa petite voix d'enfant, et surtout sa fraîcheur inébranlable, qui ravit non seulement la vieille Mado, mais le public, de petits et grands.

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations au Théâtre du Concert: jeudi 14 et vendredi 15 mars 2013 à 20 heures, samedi 16 et dimanche 17 mars 2013 à 17 heures.

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 19:30

Et jamais nous ne serons séparés FOSSE 001Au Pulloff Théâtres de Lausanne, depuis avant-hier soir jusqu'au 18 novembre prochain, se donne la première pièce de l'auteur de théâtre norvégien Jon Fosse, qui fut montée et publiée pour la première fois en 1994 dans son pays.

 

En exergue de la pièce figurent ces vers de Dante:

 

"Je ne mourus pas, et ne restai pas vivant:

juge par toi-même, si tu as fleur d'intelligence,

ce que je devins, sans mort et sans vie."

 

Ils sont tirés du dernier chant de L'Enfer.

 

Ces vers ne sont pas anodins. Ils sont une des clés permettant de tenter de comprendre cette pièce qui, selon le jeune metteur en scène, Damien Gauthier, emprunte autant à Beckett qu'à Edgar Poe.

 

Une jeune femme (Anne-Frédérique Rochat), installée sur son canapé, attend son ami (Jean-François Michelet) dans leur appartement. Elle a préparé le repas et choisi le vin qu'il aime. Elle dresse la table et sort de beaux verres et une belle vaisselle. Elle se fait une joie de sa venue. Ils pourront être ensemble. Il pourra la tenir dans ses bras.

 

Seulement son ami tarde. Elle répète alors des phrases simples sur tous les tons, tantôt se réjouissant qu'il vienne, tantôt s'irritant de son retard, tantôt riant de son impatience, tantôt se satisfaisant d'être seule.

 

Comme le ferait une petite fille qui se rassure elle-même de la sorte, elle chantonne même par moment ces mêmes phrases qu'elle répète sans fin, en en changeant l'ordre, simplement. Au cours de cette autosuggestion elle se dit "grande, et forte, et belle".

 

L'étrange commence quand elle se réjouit que son ami soit arrivé alors que sa place reste vide à côté d'elle sur le canapé. Elle lui parle comme s'il était réellement là. Quand plus tard il est réellement là, assis à côté d'elle, fatigué après une rude journée, elle ne le voit pas, s'impatiente et lui reproche son absence.

 

Voyons-nous toujours ce que nous avons sous les yeux? Ne croyons-nous pas voir ce que nous espérons?

 

Comme ce serait trop simple qu'elle le voit quand il est absent et qu'elle ne le voit pas quand il est là, pendant de courts moments, ils se retrouvent l'un l'autre, ils se répondent ou, curieusement, ne se répondent pas, chacun poursuivant alors son monologue.

 

Elle finit par se demander et par se plaindre, tour à tour, qu'il ait "disparu, comme dans la mort".

 

A-t-il abandonné son amie pour une autre? C'est bien possible. Car, une autre jeune femme (Sarah Anthony), à un autre moment, parle avec lui derrière la porte du séjour, puis y pénètre toujours avec lui, après avoir accroché leurs deux manteaux l'un sur l'autre, comme ils seront bientôt dans les bras l'un de l'autre, en sa présence à elle qui ne les voit pas.

 

L'attente a du bon. La vie n'est-elle pas qu'attente? D'en être arrivée à cette conclusion la rassure. Elle se persuade qu'elle est bien "intelligente et brillante". A la fin elle s'assit à nouveau sur son canapé. La lumière peut s'éteindre à nouveau, sans que le spectateur n'ait pu vraiment démêler le vrai du faux. Mais est-ce important? Faut-il toujours chercher à tout comprendre?

 

L'héroïne est-elle morte? Est-elle vivante? Est-elle ni vivante ni morte? Si elle est vivante, a-t-elle des hallucinations? Quelles sont alors les parts de rêve et de réalité qui la hantent? Si elle est morte, se trouve-t-elle en enfer? Si elle n'est ni l'un ni l'autre, dans quel état se trouve-t-elle?

 

Toutes ces questions sont ouvertes comme les discussions d'après spectacle, autour de bons verres de vin rouge, bien réels, entre spectateurs gagnés par le trouble que suscitent inévitablement les mystères qui entourent notre existence terrestre.

 

Anne-Frédérique Rochat, qui occupe la scène pendant quasiment toute la durée du spectacle, réussit là un véritable tour de force, parce que les mêmes phrases du texte se répètent indéfiniment, dans un désordre apparent, qui brise tous les repères, passant avec naturel par toutes les humeurs qui traversent son personnage. Ses deux comparses ont d'autant plus de mérite de lui donner la réplique avec beaucoup de justesse.

 

Francis Richard

 

Et jamais nous ne serons séparés! de Jon Fosse au Pulloff Théâtres de Lausanne, jusqu'au 18 novembre 2012

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 01:00

Cochet-Jammes.jpgSamedi 3 décembre 2011, dans une petite impasse du 11e arrondissement de Paris, à deux pas du cimetière du Père Lachaise, un attroupement grossit devant la porte vitrée d'un petit immeuble.

 

Cette porte est l'entrée de l'Auguste Théâtre ici. Elle est close alors qu'une représentation doit avoir lieu dans un peu plus d'un quart d'heure. Le "billetteur" a eu un accident. Un jeune homme à la barbe noire et aux cheveux mi-longs du même coloris a décidé au pied levé de s'improviser guichetier et réclame l'indulgence du public.

 

Les spectateurs attendent patiemment leur tour de passer à la caisse. Beaucoup d'entre eux d'ailleurs ont des invitations qu'ils échangent contre le sésame vert Véronèse.

 

Dans la file, je reconnais derrière moi Alain Paucard, le président à vie du Club des Ronchons, un galurin à la main, accompagné d'une amie. Je ne me rappelle pas à son bon souvenir. De toute façon il m'a visiblement oublié. Ce qui me convient bien.

 

Car je suis venu ici discrètement pour écouter, ni vu, ni connu, un acteur pour qui j'ai beaucoup d'admiration, Jean-Laurent Cochet, et qui a réalisé, en début de cette année, cet exploit ici de lire intégralement l'Albertine disparue de Proust, de 10 heures du matin le 22 janvier 2011 jusqu'à 6 heures du matin le 23 janvier 2011.

 

Pendant une heure Jean-Laurent Cochet, accompagné au piano par Philippe Davenet, récite cette fois les plus beaux poèmes de Francis Jammes dont il parle en ces termes :

 

"Il est le confident des ânes et des alouettes. Loin des primaires qui sont des ignorants qui se compliquent, il est le primitif, un savant qui se simplifie. Il est l'humour de Dieu."

 

Jean-Laurent Cochet et Philippe Davenet sont seuls sur scène, tous deux vêtus d'un pantalon noir et d'une chemise noire. Cette sobriété permet d'être suspendu aux lèvres de l'un et aux sons émis par les doigts de l'autre sur le clavier.

 

La petite salle est comble. La moyenne d'âge est...élevée. Pourtant les poèmes de Francis Jammes sont intemporels. Quand j'étais petit j'ai appris un poème de lui qui parle justement d'un âne et dont je me souviens encore. Il commence ainsi :

 

J'aime l'âne si doux

marchant le long des houx.

 

Il prend garde aux abeilles

et bouge ses oreilles;

 

et il porte les pauvres

et des sacs remplis d'orge.

 

Dans ses poèmes Francis Jammes parle de jeunes filles qui riment avec charmilles, de sentiers qui riment avec églantiers, d'abeilles qui riment avec treilles, de pluie qui rime avec ennui. Il évoque de vieux villages et de vieilles maisons et se place sous le patronage poétique du Rousseau que j'aime, celui des Rêveries.et des Confessions.

 

L'adjectif qu'il emploie certainement le plus dans ses poèmes est "doux" et Dieu le préoccupe toujours, bien avant même de redevenir catholique pratiquant, ce qui, combiné, donne :

 

ça m'est bien égal, ceux qui disent

qu'il existe ou non - car l'église

du village était douce et grise 

 

Il nous émeut quand il nous parle du "pauvre pion doux si sale" ou, dans un tout autre registre, de son amie :

 

Je l'appelle Amaryllia. Est-ce bête !

Non, ce n'est pas bête. Je suis poète.

 

Surtout quand cette amie n'est déjà plus qu'un souvenir :

 

Maintenant, tu es loin amie. Mais je veux

que ces vers que liront quelques lointains amis

fassent qu'ils t'aiment un peu sans te connaître

et que, s'ils passent un jour sous la fenêtre

de cette chambre douce où nous nous sommes aimés...

ils ne sachent point que c'était là...

 

Une heure a passé sans s'en rendre compte. La voix chaude de Jean-Laurent Cochet et les morceaux de piano joués par Philippe Davenet nous ont transporté dans un au-delà onirique d'où nous avons de la peine à revenir. Les deux interprètes saluent. La salle les ovationne.

 

Je pense à ce que dit Stephane Hessel sur la poésie, dans un entretien accordé à L'Hebdo de cette semaine ici :

 

"Parler l'anglais ou l'allemand, c'est utile. Mais vivre la poésie anglaise ou allemande, française, c'est donner à la parole un sens qui transcende la vie matérielle. C'est l'imaginaire. Le passage de la parole qui commande à la parole qui imagine, et cela m'a toujours paru important."

 

Il ajoute :

 

"Savoir réciter des poèmes, même à moi tout seul, même quand je m'ennuie, même quand j'étais en difficulté dans les camps de concentration, fut et demeure un formidable apport. Dans la récitation d'un poème qu'on aime, on vit quelque chose qui est autre."

 

De quoi me réconcilier avec cet "Indigné en Chef" qui ne m'a pas déçu en bien ici.

 

Francis Richard

 

PS

Les internautes parisiens peuvent assister à l'une des deux représentations encore à venir, celles des jeudis 8 et 15 décembre 2011 à 19 heures.

 

Très court extrait de ce récital :

 

 

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 11:10

Vorace Le PocheHier soir j'ai assisté à la représentation de Vorace d'Anne-Sylvie Sprenger au théâtre Le Poche ici de Genève. Vorace est le premier roman de l'auteur, paru en 2009 chez Fayard ici. Il a été adapté et mis en scène par Gian Manuel Rau.

 

Je venais de relire le livre et j'ai pu constater que le texte était en quasi totalité celui du roman et qu'il n'y avait que quelques ajouts nécessités par le passage à la scène.

 

L'auteur est intéressé par des personnages dont le destin a changé parce qu'un événement a perturbé leur intégrité.

Dans La veuve du Christ ici Anne-Sylvie Sprenger s'est largement inspirée de l'histoire véritable de la séquestration de Natasha Kampush, qu'elle a revue et corrigée à sa manière, toute stendhalienne. Dans Vorace elle avait laissé libre cours à son imagination débordante.

 

Dans ce premier roman, en effet, l'événement qui est l'origine de la boulimie effrayante de Clara Grand, ponctuée de vomissements libérateurs et volontaires, est une série de viols qu'elle a subis dans un cagibi quand elle était petite. Cette voracité est une manière de s'accrocher à la vie, en dépit des séquelles que n'ont pas manqué de laisser en elle ces agressions sexuelles.

Clara Grand a reçu une éducation religieuse de la part de sa maman. Il est difficile de démêler si elle a vraiment une foi profonde, à sa façon, ou si elle y est restée attachée fortement pour complaire à cette dernière, qu'elle aime vraiment tout en supportant mal sa présence.

 

Le père de Clara est absent de sa vie. Quand elle avait deux mois, il a quitté le domicile conjugal pour d'autres aventures, avec d'autres femmes. Elle ne l'a revu que lors de trois de ses anniversaires. Le troisième, le 4 août 1993, celui de ses quinze ans, devait la marquer à tout jamais, son père lui ayant dit cette phrase indélébile :

 

"Tu verras, une fois qu'on a goûté au sexe, on ne peut plus s'arrêter."

 

Clara vit avec Frédéric Lelièvre. Autant elle est vorace et enfle, autant lui est anorexique, et n'est bientôt plus que l'ombre de lui-même. Clara se trompe du tout au tout sur la raison de cette anorexie. Elle ne comprend pas que c'est le crabe qui le ronge, et non pas des tourments psychiques comme elle le croit. Ce malentendu la conduit à des comportements qui auraient peut-être été évités si elle avait su.

 

La fin de l'histoire est réellement tragique. Le dernier acte commis par Clara est dans la continuité de la voracité du personnage. Il est incompréhensible aux yeux de ceux, qui n'ont pas suivi le cheminement de ce personnage, dont le livre est la confession.

 

VoraceL'auteur m'a dédicacé son livre lors du Salon du Livre de Genève au printemps dernier avec ces mots :

 

"Ce coeur Vorace, les pieds dans la boue, les yeux vers le Ciel toujours."

 

Les choses se présentent bien ainsi, les agressions premières subies par le petit corps de Clara étant suivies de transgressions, qui sont inévitables quand se mêlent intimement sexe et religion exacerbés, jusqu'aux sacrilèges.

 

L'adaptation théâtrale est très fidèle au roman. Il faut dire que le texte percutant, où tous les mots comptent, se prête bien à l'expression orale. La parole est donnée à Frédéric, joué par Attilio Sandro Palese, ce qui n'était pas le cas dans le roman. C'est une bonne idée.

 

Près d'une heure trois quarts aurait été bien lourd pour la seule Clara, jouée par Christine Vouilloz. Encore que je ne suis pas sûr que les spectateurs comprennent toujours que c'est encore Clara qui parle par la voix de Frédéric. 

 

Même si le texte nous le fait oublier un peu, on regrettera cependant que les physiques des deux comédiens soient à l'opposé de leurs personnages, car, dans le roman, Clara est d'une difformité fellinienne et Frédéric un squelette ambulant...

 

On regrettera aussi les quelques outrances de la mise en scène telles que les vomissements de Clara dans une cuvette accompagnés de bruits de verre cassé ou le jeu parfois excessif de Palese, notamment avec ses lunettes. A ces moments-là, de telles outrances ajoutées aux propos violents du texte finissent par confiner au grotesque.

 

On ne sort pas indemne d'une telle représentation. Mais, si j'ai un conseil à donner aux amateurs d'émotions fortes, il me semble préférable d'avoir lu le livre avant d'aller voir la pièce, non pas pour déflorer le sujet, mais parce que l'écrit est, en l'occurrence, encore plus sulfureux que le verbe. Sans doute parce qu'il parle davantage à l'imagination...

 

Francis Richard

 

PS

 

L'écran de mon PC portable est subitement devenu tout noir hier soir, m'empêchant de scanner l'affiche du spectacle. Ce qui explique pourquoi cet article, écrit en dehors de chez moi, est illustré par la couverture du roman.

 

NB du 11 octobre 2011 à 00:55

 

En fait j'ai dû remplacer mon PC portable qui était à l'agonie... Avec mon nouveau PC, acquis hier après-midi, j'ai pu enfin mettre  l'affiche du théâtre Le Poche pour l'illustrer. J'en profite pour préciser que les représentations ont lieu jusqu'au 23 octobre 2011...  

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 22:45


Théâtre du Nord OuestIl est un lieu auquel je me rends dès que je peux quand je me trouve à Paris : le Théâtre du Nord-Ouest ici.Tous les amoureux du théâtre d'art et d'essai devraient en faire autant.

Situé au 13 de la rue du Faubourg Montmartre, au fond d'une cour, c'est un lieu chargé d'histoire. Cabaret dans les années 1930, Edith Piaf y chante à plusieurs reprises. Gabin, Carné, Prévert le fréquentent. En 1954 il doit fermer.

Quelques temps plus tard un cinéma le remplace. Au bout de 30 ans, il ferme à son tour. En 1991 il devient le Passage, fréquenté par des amateurs de rock, qui finissent par importuner les voisins. En 1997 la Compagnie de l'Elan en fait un théâtre et crée deux salles, une petite, la salle Economides, et une grande, la salle Laborey (aujourd'hui décédé, Eric Laborey, avec Jean-Luc Jeener, l'actuel directeur, a dirigé la compagnie, fondée en 1968, à partir de 1976).

Pourquoi j'aime ce lieu ? Parce que la programmation est unique à Paris. Je ne connais pas d'autre théâtre où l'on joue en une saison de neuf mois l'intégrale d'un auteur, tel que Racine, Musset, Corneille, Hugo, Claudel, Feydeau, MarivauxMontherlant, Shakespeare, Molière ou Strinberg, en alternance avec des pièces contemporaines sur un thème abordé de manière très libre, tel que Justice et politique, La mort et le passage, Don Juan et le libertinage, Des prisons et des hommes etc.

L'intégrale de Labiche s'est achevée en mars de cette année. Un cycle sur Sartre, Camus, de Gaulle et la politique a pris le relais jusqu'à la fin de cette année avec d'autres auteurs aussi différents que Jean-Luc Jeener, Lars Noren, Martin Sperr, Paul Claudel, Vercors, Martin Sherman, Fritz Hochwälder, Yasmina Khadra, Jean-François Charlier, Massamba Diadhiou, Françoise Sagan, Alfred Jarry etc. L'intégrale de Giraudoux doit lui succéder dès janvier 2012.

En dehors des représentations théâtrales il y a des lectures de textes. Echantillon des auteurs lus cette saison : Charles de Gaulle, Voltaire, Paul Lafargue, Thomas More, Etienne de la Boétie, Jean-Paul Marat, Stéphane Hessel, José Valverde, Amadou Kourouma, Robert Brasillach, Céline, Andrée ChedidYukio Mishima, Jean Jaurès etc. Qui dit mieux ?

Ce théâtre unique à Paris, et sans doute au monde, fonctionne avec des comédiens, metteurs en scène, costumiers, techniciens pour la plupart bénévoles. En contre-partie les prix des places sont minimes : plein tarif à 23 €, tarif réduit à 13 €, tarif à 8 € pour les groupes scolaires. Sans compter que pour 100 € vous bénéficiez d'une entrée libre à tous les spectacles d'une saison de neuf mois. Qui dit mieux ?

Ce théâtre merveilleux a failli disparaître l'an dernier, du fait de la baisse de la subvention et de l'augmentation du loyer, l'URSSAF, l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales, ayant demandé la liquidation de la Compagnie de l'Elan et la fermeture du Théâtre du Nord Ouest

La liquidation a été évitée et le redressement judiciaire obtenu en juin 2010. Le plan de redressement a été accepté par le Tribunal de commerce en mars 2011 : une partie de la dette de 600'000 € a été effacée, 3'000 € par mois pendant 10 ans doivent être remboursés. Des travaux pour améliorer la sécurité ont été effectués dans la salle Laborey.

La meilleure façon d'aider ce théâtre est d'y aller. Une fois que vous y êtes allé, vous y retournez immanquablement et vous ne pouvez pas vous retenir d'en parler autour de vous.

 

Hier soir je suis allé voir Le malentendu d'Albert Camus qui se donnait dans la salle Laborey. Je suis arrivé en retard. Jean-Luc Jeener m'a accueilli à la caisse. La pièce n'avait heureusement pas commencé sinon j'aurais dû renoncer - il faut traverser la scène pour aller s'asseoir. Dans la salle Economides allait se jouer Les mains sales de Jean-Paul Sartre où Jean-Luc Jeener, cet homme orchestre, fait partie de la distribution...

 

Francis Richard

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 21:30

Albertine disparueLes 22 et 23 janvier 2011 un événement extraordinaire a eu lieu à Paris. Il a eu pour théâtre la Salle Gaveau. Jean-Laurent Cochet y a fait la lecture intégrale d'Albertine disparue, qui figure encore sous le titre de La fugitive dans mon édition de La recherche du temps perdu de Marcel Proustparue dans La Pléiade en 1969, établie et annotée par Pierre Clarac et André Ferré.

 

En partenariat avec la Société des Amis de Marcel Proust ici, la Compagnie Jean-Laurent Cochet ici, Delavene Spectacle Coaching Production ici et la Salle Gaveau ici ont coréalisé cet événement qui s'est déroulé de 10 heures du matin le 22 janvier 2011 jusqu'à 6 heures du matin le 23 janvier 2011.

 

Jean-Laurent Cochet a aujourd'hui 76 ans - il est né le 28 janvier 1935. Il n'avait donc que 75 ans quand il a accompli cet exploit de lire intégralement le sixième des 7 volumes qui composent La recherche dans l'édition établie sous la direction de Jean-Yves Tadié et utilisée pour cette lecture. 

 

Certes, bien qu'il n'ait que 75 printemps et 76 ans aujourd'hui, Jean-Laurent Cochet n'est pas un débutant.

 

En effet "depuis 1963" nous dit le programme remis à l'entrée "il a signé plus de 150 mises en scène, et joué plus de 300 rôles. Il a mis en scène Jacques Charon, Jean Le Poulain, Madeleine Robinson, Suzy Delair, Danielle Darrieux, Françoise Seigner et Louis Seigner, Jacques Dufilho, Claude Piéplu, Thierry Le Luron, Henri Tisot, Jeanne Moreau, Darry Cowl, Claude Brasseur, Michèle Morgan..." 

 

En effet, depuis 1967, Cochet a formé, dans son cours d'art dramatique éponyme, nombre de vedettes actuelles du théâtre et du cinéma, tels que "Gérard Depardieu, Richard Berry, Isabelle Huppert, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Carole Bouquet, Fabrice Luchini, Stéphane Guillon, Andréa Ferréol, Michèle Laroque, Michel Duchaussoy, Claude Jade, Bernard Giraudeau, Mélanie Thierry...". 

 

En effet il a été "pensionnaire de La Comédie-Française de 1959 à 1963 où il interpréta plus de 80 rôles" et a été "directeur du Théâtre Hébertot de 1978 à 1985 où il signa 18 mises en scène".

 

Mais toutes ces références ne diminuent en rien son exploit.

 

La lecture intégrale s'est faite en dix séquences d'environ une heure et demie chacune, séparées par un entracte d'une demi-heure. Pour dire le vrai je n'ai assisté qu'à l'une de ces séquences, la sixième, celle de 20 heures, le soir du 22 janvier 2011, avec un prélude musical, le premier mouvement du Quatuor en Ré Majeur  de César Franck, exécuté par le Quatuor Noctis, constitué de musiciens du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon

 

Il faut dire à ma décharge que lorsque je vais à Paris, en provenance de Lausanne, une multitude de rendez-vous m'attendent et que je ne vois pas le temps passer...

 

Cela dit cette seule séquence m'a permis de mesurer l'exploit accompli. Car, depuis, je me suis replongé dans La recherche dont j'avais lu les trois premiers volumes il y a une quarantaine d'années... et j'ai pu constater, à la lecture silencieuse d'Albertine disparue, combien le style de Proust était d'un abord difficile pour qui en a perdu l'habitude. C'est comme une langue étrangère que nous avons apprise en notre jeune temps et à laquelle nous devons nous réhabituer sur le tard.

 

Cet abord difficile n'est pas seulement dû à la longueur des phrases - Marcel n'épargne pas au lecteur les subordonnées -, mais aussi au fait qu'elles sont chargées de beaucoup de sens. Aussi faut-il anticiper le fond, sans se perdre dans les méandres de la forme, quand on en fait la lecture à haute voix. L'exploit repose donc également dans le fait que Jean-Laurent Cochet nous a rendu ce style accessible comme s'il coulait de source. Il s'est même animé quand il en est arrivé à des dialogues d'une facture surannée, qui nous ont rendu vivante une époque révolue, en parvenant même à nous faire rire.

 

Ce qui fait également de cette lecture intégrale un exploit c'est la longueur de l'ouvrage, donc la durée de parole. Il faut certainement ménager sa voix pour la faire voyager à partir d'un milieu de matinée jusqu'au bout de la nuit suivante. Dans mon édition de La Pléiade, La fugitive  ne comprend pas moins de 270 pages...

  

Mes proches vous diront que je ne suis pas objectif quand il s'agit de Jean-Laurent Cochet. Immanquablement, à chaque fois que je le revois, il me fait penser à mon père : le même timbre de voix, la même posture, les mêmes gestes et le même bedon... Seules diffèrent leurs formes de tête. Tandis que celle de mon père était nettement ovale, celle de Jean-Laurent Cochet est plutôt ronde en comparaison.

 

Il y a vingt ans Jean-Laurent Cochet était passé à Chatou où il nous avait enchantés avec des citations de Sacha Guitry. A la fin du spectacle il signait son livre, Mon rêve avait raison, ce qui m'avait donné l'occasion de lui dire dans quel trouble me jetait sa voix, quand, fermant les yeux, je croyais entendre mon père disparu quelques années plus tôt. A la suite de quoi nous avons eu un bref échange épistolaire... alors qu'il habitait les Batignolles.

 

Le titre de son livre me faisait également souvenir de la pièce de Guitry, Mon père avait raison, qu'il avait mis en scène au Théâtre Hébertot, quand il en était le directeur, dix ans plus tôt. J'habitais alors au début de la rue de Tocqueville, tout près de la place de Villiers, où commence justement le boulevard des Batignolles, où se situe ce théâtre. J'avais eu le privilège d'y voir Paul Meurisse dans le rôle du père, peu de temps avant sa mort, que son courage sur scène ne laissait nullement présager.

 

Au fond, à la faveur de son exploit, j'ai eu beaucoup de plaisir à réentendre Jean-Laurent Cochet, qui, indépendamment de mon admiration pour l'oeuvre lue et sa manière de la faire vivre, agit en quelque sorte sur moi, de par sa voix, comme une madeleine de Proust et me permet d'évoquer sans nostalgie, mais avec gratitude, un temps retrouvé.

 

Francis Richard

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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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