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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 08:15
Kate, de Pauline Epiney, au Théâtre Les Halles, à Sierre

Dans le monde antique, elles vont par trois, les Grâces ou les Parques. Trois, chiffre représentatif de la famille traditionnelle, des dimensions de l'espace, des parties du jour, de la dialectique hégélienne... et de la substance divine des chrétiens.

 

Elles sont trois sur scène: Laetitia Barras, Carole Epiney et Claire Nicolas. Elles représentent des femmes. Par opposition à la femme, c'est-à-dire à Kate, comme Kate Moss. Qui en serait le parangon indépassable et universellement admis, du moins dans nos contrées.

 

Kate serait en effet la femme parfaite, le modèle (dans les deux acceptions du terme), mince et jeune (sans une ride) et qui entend le rester. Par la grâce de soins corporels, qui ne seraient pas seulement cosmétiques, mais gymnastiques, et qui ne seraient pas accomplis pour se sentir bien, mais pour plaire.

 

Sur scène, les trois comédiennes, dans un premier temps, minaudent, entretiennent leur corps pour être fit, corps qu'elles dévoilent en partie (comme on leur a appris ou comme elles l'ont vu faire), en n'étant plus vêtues que de dessous affriolants, ou qu'elles font transpirer, en petite tenue de sport.

Claire Nicolas, Laetitia Barras et Carole Epiney

Claire Nicolas, Laetitia Barras et Carole Epiney

Les trois se demandent si, avec tous leurs efforts, elles en font assez et sont bien conformes au modèle, si elles sont en somme bien formatées pour séduire les hommes. Mais, à un moment donné, trop c'est trop. Elles n'en peuvent plus. Alors elles se lâchent, elles ne sont plus qu'un cri de révolte.

 

Etre libres de leur corps et de leur esprit n'est en effet pas considéré aux yeux des autres, femmes ou hommes, de la même manière que si elles étaient de ce dernier genre. Aimer baiser, par exemple, les fait qualifier immanquablement de chiennes et les trois comédiennes en font la démonstration en haletant comme si elles étaient en chaleur...

 

Cette performance est destinée aux femmes, pour que certaines d'entre elles sachent, si elles ne le savent pas, qu'elles ne sont pas seules à ressentir ce qui s'exprime ici et qui résulte de leur conditionnement; aux hommes, pour qu'ils prennent conscience, si ce n'est déjà fait, de ce que des femmes peuvent ainsi ressentir, parfois jusqu'au ressentiment.

 

A la toute fin, l'auteur, Pauline Epiney, fait savoir que l'accomplissement de soi n'a rien à voir avec le sexe. Et c'est vrai, qu'il n'est pas à proprement parler sexuel. Mais dire qu'il n'a rien à voir avec le sexe, est peut-être un déni de réalité, un déni de ce que sont les femmes et les hommes au moment de leur atterrissage.

 

Etre des êtres humains, les unes comme les uns, c'est-dire des semblables, n'empêche pas d'être différents et de suivre une voie qui n'est ni celle conforme aux moules du passé, ni à ceux d'aujourd'hui, en réaction avec ce passé. Devenir soi-même n'est pas obligatoirement renier ce que nous sommes au départ.

 

Francis Richard

 

Représentations:

 

Les 18, 19, 20, 25 et 27 février 2016 à 19h30

Le 26 février 2016 à 19h

Les 21 et 28 février à 17h

 

Réservations:

 

www.reservation.tlh@sierre

ou

tél. +41 (0) 27 452 02 97

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 15:50
Une ombre au tableau de Carole Dubuis, au Théâtre de l'Oxymore, à Cully

L'ancienne alliance est rompue; l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres.

 

C'est ainsi que se terminait Le hasard et la nécessité, le livre de Jacques Monod, grand biologiste devant l'Éternel. Cette conclusion, irréfutable, d'un grand scientifique, ne l'était donc pas. Car il n'y a pas de réponse définitive à cette interrogation que l'homme se pose depuis toujours, qu'il continuera de se poser jusqu'à sa fin individuelle, inéluctable, et dont il connaîtra alors, ou pas, le fin mot.

 

Le hasard est justement le thème d'Une ombre au tableau, la dernière pièce de Carole Dubuis, qui est montée par la Compagnie En-Visages, au Théâtre de l'Oxymore, à Cully, et que j'ai vue hier soir, dans une salle comble, où la cinquantaine de spectateurs se sentaient proches les uns des autres et des quatre comédiens, sous une voûte noire, en demi-arc de cercle, celle d'un caveau.

 

Diane (Tiphanie Chappuis) et Jean (Yves Scheuner) sont deux restaurateurs de tableaux. Ils ne se sont pas vus depuis un bon moment. Ils viennent de se rencontrer par hasard dans une petite ville italienne où ils ont travaillé ensemble. Mais est-ce vraiment par hasard? Le destin n'y est-il pas pour quelque chose? Diane en doute, Jean le croit. Est-il seulement possible de les départager?

 

Diane et Jean effectuaient dans l'église de cette ville, Santa Maria Novella, la restauration d'un tableau de Brunetti. Cette toile représente trois personnages, une femme et deux hommes, et quatre ombres... On ne sait de qui ou de quoi cette dernière ombre au tableau est le nom. Les historiens et les commentateurs disputent encore de l'interprétation qu'il convient de lui donner.

 

Quand la pièce commence, une femme inquiète et dévote (Catherine Forestieri), toute de noir vêtue, écoute le premier des six messages qui se trouvent sur la messagerie de son téléphone portable. Il est recommandé au spectateur d'y prêter attention, parce que ces six messages de Marco (Ricardo Henriques), son fils disparu, sont comme la ponctuation de la progression de l'intrigue.

 

Après leur rencontre, Diane et Jean visitent Casa Luce, une maison concurrente. Il ne reste plus que deux éléments pour que cette histoire singulière se mette en place. Diane et Jean, qui auraient pu s'aimer, y découvrent d'abord, sous un linge, le tableau qu'ils restauraient ensemble. Puis, de sous un autre linge, surgit, comme un diable, Marco, le stagiaire qui les assistait à l'époque.

 

Le trio de naguère est donc reconstitué, de même que sont mis à jour les trois personnages du tableau de Brunetti, qui sont comme leurs reflets, avec leurs ombres portées, auxquelles s'ajoute comme une intruse cette ombre qui provient de nulle part. Pourquoi sont-ils réunis ce jour-là? Peu à peu, leur histoire, pleine d'incertitudes, qui se déroule sans temps morts, le précise, de même que les liens qui les unissent.

 

Très vite les caractères du trio se dessinent dans leur diversité. Diane est analytique et, tout en étant désirante et désirable, garde les pieds sur terre. Jean est sentimental, mais, aventureux, il a vécu, et sa raison tempère tout de même ses ardeurs. Marco a, au contraire, l'ardeur de la jeunesse et son impétuosité, ce qui lui fait bousculer les lignes. Sa mère, à raison, s'inquiète pour lui et se réfugie dans la prière.

 

Bien que le thème soit grave, il ne pèse pas sur la pièce, laquelle ouvre des perspectives. Les frontières de l'existence y sont habilement franchies, mine de rien, ce qui permet de pousser très loin les interrogations. Si chacun des personnages, incarnés pleinement par les comédiens, réagit à sa manière, les spectateurs ne peuvent que faire de même. Car cette pièce donne matière à réflexion, sans accabler, grâce à l'élégance du texte.

 

Francis Richard

 

Représentations:

 

Du 24 septembre au 4 octobre 2015:

Les jeudi, vendredi et samedi à 20h30

Le dimanche à 17h00

 

Réservations:

 

www.oxymore.ch

ou

tél. +41 (0) 76 410 10 82

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 19:15
Bérénice de Racine, au Théâtre Interface, à Sion

Hier soir avait lieu la première d'une création au Théâtre Interface, à Sion, celle de Bérénice de Jean Racine. Peut-on créer encore une telle pièce? On peut. Parce que, justement, cette pièce appartient au répertoire classique et qui dit classique, au contraire de l'image d'ennui et de convenu que le terme semble recouvrir (en souvenir de sujets d'études scolaires), dit éternelle jeunesse, c'est-à-dire éternelle possibilité de créer.

 

La Bérénice de Jean Racine est en ce sens au plus haut point classique. Non seulement cette pièce parle d'amour entre trois personnes qui occupent un rang élevé dans la société, d'où naissent des obligations réciproques que le commun des mortels ne connaît pas, mais elle le fait avec des mots simples, éternels, toujours les mêmes, hormis quelques mots peut-être qui n'appartiennent plus au vocabulaire d'aujourd'hui.

 

Titus (Raphaël Bilbeny) vient de perdre son père Vespasien, ce qui fait de lui le nouvel empereur de Rome. Depuis cinq ans, il aime Bérénice (Carole Epiney), reine de Palestine, qui le lui rend bien. Antiochus (Olivier Lambelet), roi de Comagène, est un ami de Titus, mais il aime en secret Bérénice, en feignant d'être seulement son ami. Il s'est tu pendant les cinq années qui viennent de s'écouler. La perspective du proche mariage de Titus et de Bérénice l'accable profondément.

 

Même si Titus le sait depuis longtemps, son amour pour Bérénice est tellement fort qu'il n'a pas voulu voir qu'il lui serait impossible d'épouser Bérénice une fois devenu empereur. En effet un empereur romain ne peut épouser une reine sans enfreindre une loi fondamentale qui l'interdit absolument. Cette loi, même des prédécesseurs sur le trône peu soucieux d'observer les lois de l'empire n'ont jamais osé l'outrepasser, parce qu'ils savaient que le peuple ne l'accepterait pas.

 

Quand la pièce commence, Antiochus s'entretient avec son confident Arsace (Pauline Epiney). Il lui demande d'aller voir Bérénice pour obtenir d'elle un dernier entretien. Il est en effet décidé à s'en aller de Rome, mais non pas sans l'avoir vue une dernière fois et lui avoir fait l'aveu des sentiments qu'il éprouve pour elle. Bérénice le reçoit donc avec sa confidente Phénice (Pauline Epiney) et, outragée par l'aveu d'Antiochus, ne le retient pas: il part "plus amoureux que jamais".

 

Au début du deuxième acte, Titus demande à son confident Paulin (Damien Gauthier) ce que le peuple penserait s'il épousait Bérénice. Dans un premier temps, Paulin lui dit qu'il peut tout, aimer ou cesser d'être amoureux. Quand Titus exige qu'il soit honnête, il le détrompe: il ne pourra pas sans offenser les regards "faire entrer une reine au lit de nos césars". A force de persuasion Paulin parvient à convaincre Titus de renoncer à son amour pour Bérénice, à faire triompher le devoir sur l'ardeur.

 

La suite de la pièce est une succession de retournements dus aux volte-face et à la lâcheté de Titus, qui n'arrive tout de même pas à trancher entre devoir et ardeur, et se lamente:

Je puis faire les rois, je puis les déposer.

Cependant de mon coeur je ne puis disposer.

 

Ces palinodies donne par moments de faux espoirs à Antiochus et, à d'autres moments, le mettent en rage:

Tous mes moments ne sont qu'un éternel passage

De la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage.

 

Quant à Bérénice, elle pense tantôt qu'elle peut encore plaire à Titus, tantôt que tout est perdu et elle lui reproche alors son ingratitude et, surtout, sa cruauté:

Ne l'avez-vous reçu, cruel, que pour le rendre,

Quand de vos seules mains ce coeur voulait dépendre?

 

Il est inutile de dire à ceux qui l'auraient oublié, ou ne l'auraient jamais su, comment se termine cette tragédie non sanglante, où tout le tragique se situe au sein de coeurs malmenés.

 

Bérénice est écrite en alexandrins, un peu plus de mille cinq cents vers. Or la mise en scène (Steve Riccard) et le jeu des acteurs font qu'ils ne sont pas dits comme des vers. Ils sont dits avec naturel ce qui leur donne cette fluidité qui résulte de la composition poétique singulière de Racine. Ce n'est qu'occasionnellement que le spectateur ressent qu'il s'agit bien d'alexandrins, quand, notamment, la métrique des phrases impose une disposition des mots inhabituelle.

 

Le décor scénographique (Stéphanie Lathion) est sobre: une toile de fond blanche, éclairée par derrière, des piliers rouges qui s'élèvent dans les cintres sans les toucher, des bancs aux arêtes droites, en dégradés, qui forment un cercle au milieu duquel les lettres T comme Titus et B comme Bérénice s'enlacent comme sur des festons. Les costumes (Marianne Braconnier) sont intemporels: robes longues et élégantes pour les femmes, manteaux longs et sans apparat pour les hommes. 

 

Les trois protagonistes, par les voix et les attitudes qu'ils adoptent, qu'il s'agisse de Carole Epiney, de Raphaël Bilbeny ou d'Olivier Lambelet, transmettent l'émotion qui les étreint, comme si ce n'était pas un jeu, mais une vérité qui se déroulait devant le public, auquel les larmes montent aux yeux comme elles le font aux leurs. Les confidents, Pauline Epiney et Damien Gauthier, les aiguillonnent avec justesse et les poussent, comme il faut, dans leurs retranchements.

 

Hier soir, c'est ainsi que s'est opérée la magie d'un théâtre bien vivant, où l'espace d'une heure et demie, deux heures, la fiction et la réalité ont fini par se fondre et se confondre. Et le public, ravi, a été transporté hors du temps, tout en reconnaissant en ces amours éternelles, qui tourmentent le trio, ce qui pourrait très bien affecter aujourd'hui des trios semblables, pour peu qu'ils se conforment à la lettre de traditions qui ont perdu l'esprit.

 

Francis Richard

 

Représentations à Sion:

 

Du 10 au 13 septembre 2015:

Le jeudi à 19h00

Les vendredi et samedi à 20h30

Le dimanche à 19h00

 

Réservations:

 

www.theatreinterface.ch

ou

tél. +41 (0) 27 203 55 50

 

Adresse:

 

Théâtre Interface

Route de Riddes 87 - Sion

 

Autres représentations, à la Tour de Peilz:

 

Du 2 au 3 octobre 2015 à 20h00

 

Réservations:

 

www.theatre-du-chateau.ch

ou

Tél: 079 411 50 59

 

Adresse:

 

Théâtre du Château

Rte du Château 7 - La Tour de Peilz

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 19:35
Transsibirskaïa, à l'Athénée 4, à Genève

La Fête de la Musique 2015 commence à Genève le vendredi 19 juin à 19 heures. C'est à cette heure-là qu'un voyage musical et littéraire dans la Russie du XIXème est entrepris en gare de l'Athénée 4.

 

Transsibirskaïa tel est le nom de ce voyage organisé. Il évoque bien sûr le fameux Transsibérien, dont la construction est décidée, justement, par le tsar Alexandre III à la fin du XIXème, pour relier Moscou à Vladivostock.

 

Hier soir, ce n'est toutefois qu'un aperçu de Transsibirskaïa, qui est donné aux spectateurs. Le spectacle dure une heure et demie et l'aperçu cinquante minutes. Ce vaste aperçu est donc tout de même suffisant pour leur donner l'envie de le voir dans son entier. Car c'est un spectacle éblouissant, créé grâce au soutien du Cercle Romand Richard Wagner.

 

La salle de l'Athénée 4 est d'ailleurs comble, on ne peut plus comble. Les spectateurs se pressent au parterre, à la mezzanine qui surplombe la salle tout autour, sur les marches de l'escalier qui y descend. Il faut croire qu'ils se sont donné le mot et que la Russie n'a pas fini de fasciner, qu'il s'agisse de sa musique ou de sa littérature.

Transsibirskaïa, à l'Athénée 4, à GenèveTranssibirskaïa, à l'Athénée 4, à Genève

Le comédien Vincent Aubert a mis en scène ce spectacle et il y fait le lien avec humour et maestria entre les parties musicales et les lectures, qu'il fait dans des livres reliés, que l'usure du temps ne semble pas avoir épargnés.

 

Tous les patronymes russes, c'est bien connu, finissent en ov ou en ski. Sauf que le premier texte lu est de Pouchkine... Il s'agit de son autoportrait, écrit en vers et en français, où il se moque de lui-même avec esprit. Comme, par exemple, dans ces deux quatrains:

 

Ma taille à celle des plus longs
Las ! n'est point égalée ;
J'ai le teint frais, les cheveux blonds
Et la tête bouclée.

J'aime et le monde et son fracas,
Je hais la solitude ;
J'abhorre et noises et débats
Et tant soit peu l'étude.

 

Vincent Aubert presse un bouton sur le piano à queue (il le fera à plusieurs reprises pendant l'aperçu). Un jet de vapeur surgit. La locomotive s'élance, accompagnée du Chant de voyage, mélodie de Glinka, dont les notes sont jouées au piano par Ludmilla Gautheron et les paroles chantées par Sacha Michon, baryton. Cette mise en train est puissante et entraînante... comme peut l'être l'âme russe quand elle s'en donne à coeur joie.

 

Larissa Rosanoff incarne la Fille de neige, de Rimski-Korsakov. Snégourotchka est fille du Bonhomme Hiver et de la Fée Printemps. Ce soir, elle est tout de fourrure blanche vêtue, comme la neige dont elle est faite et qui lui donne son joli teint pâle. La voix de la soprano, pourtant ferme, transmet toute l'humaine et charmante fragilité de cette belle personne, délaissée et inconsolable, qui fondra en dansant au-dessus d'un feu de joie...

 

Le Chant de Méphistophélès, de Moussorgski, interprété par Sacha Michon, est celui d'une puce que le chanteur et le comédien se renvoient au gré de notes endiablées, comme il se doit. Cet échange sautillant et drôle ne peut évidemment que mal finir et la musique de Moussorgski est bien en accord avec la progression de la mélodie vers une fin inéluctable.

Transsibirskaïa, à l'Athénée 4, à GenèveTranssibirskaïa, à l'Athénée 4, à Genève

L'extrait de Gogol met en scène une précieuse ridicule, venue rendre visite à un peintre, qui doit faire Le portrait de sa fille. Ce passage est lu, sur le ton maniéré et sucré qui convient, par Vincent Aubert, quand il personnifie la dame:

 

« Vous êtes bien M. Tchartkov ? » s’enquit la dame.

Le peintre s’inclina.

« On parle beaucoup de vous ; on prétend que vos portraits sont le comble de la perfection. »

Sans attendre de réponse, la dame, levant son face-à-main, s’en fut d’un pas léger examiner les murs ; mais comme elle les trouva vides :

« Où donc sont vos portraits ? demanda-t-elle.

– On les a emportés, dit le peintre quelque peu confus. … Je viens d’emménager ici…, ils sont encore en route.

– Vous êtes allé en Italie ? demanda encore la dame en braquant vers lui son face-à-main, faute d’autre objet à lorgner.

– Non…, pas encore… J’en avais bien l’intention… mais j’ai remis mon voyage… Mais voici des fauteuils ; vous devez être fatiguées ?

– Merci, je suis longtemps restée assise en voiture… Ah, ah, je vois enfin de vos œuvres ! » s’écria la dame, dirigeant cette fois son face-à-main vers la paroi au pied de laquelle Tchartkov avait déposé ses études, ses portraits, ses essais de perspective.

Elle y courut aussitôt.

« C’est charmant. Lise, Lise, venez ici. Un intérieur à la manière de Téniers. Tu vois ? Du désordre, du désordre partout ; une table et un buste dessus, une main, une palette… et jusqu’à de la poussière… Tu vois, tu vois la poussière ? C’est charmant… Tiens, une femme qui se lave le visage ! Quelle jolie figure !… Ah, un moujik !… Lise, Lise, regarde : un petit moujik en blouse russe !… Je croyais que vous ne peigniez que des portraits ?

– Oh, tout cela n’est que bagatelles… Histoire de m’amuser… De simples études !

– Dites, que pensez-vous des portraitistes contemporains ? N’est-ce pas qu’aucun d’eux n’approche du Titien ? On ne trouve plus cette puissance de coloris, cette… Quel dommage que je ne puisse vous exprimer ma pensée en russe ! » 

 

L'air de Ludmilla, de Glinka, n'est pas d'une grande gaieté. Comme le souligne Vincent Aubert, ce ne sont pas les gens heureux qui génèrent les opéras... Cette fois, Glinka joue sur un registre bien différent de celui où il célébrait la locomotive du début.

 

Dans cet air, tiré de l'opéra Ruslan et Ludmilla, transparaît toujours cette âme russe que Glinka n'a de cesse de vouloir mettre en musique, tout en la tempérant d'influences occidentales... Ludmilla, séparée de Russlan, qui lui a été ravi le jour de ses noces, c'est Larissa... qui lui prête sa voix pour exprimer les accents de son malheur et de sa solitude.

 

Le premier duo de l'aperçu d'hier soir est celui de la princesse Jaroslavna et du Prince Igor, tiré de l'opéra éponyme de Borodine. La princesse se plaint des absences du prince, qui, quand il est présent, ne l'est jamais très longtemps... Et, des voix de Larissa et de Sacha, naît bien palpable, au sein de ce couple princier, l'incompréhension mutuelle, propre à leurs destins contraires.

Transsibirskaïa, à l'Athénée 4, à GenèveTranssibirskaïa, à l'Athénée 4, à Genève

Dans l'extrait de La cerisaie, de Tchekhov, l'intelligentsia est bien malmenée, par la bouche de Trofimov, qui commence ainsi sa tirade:

 

L’humanité progresse, perfectionne ses forces. Tout ce qui, aujourd’hui, nous dépasse, sera un jour intelligible, familier. Mais il faut, pour en arriver là, aider de toutes nos forces ceux qui cherchent. En Russie, il y a encore bien peu de gens qui travaillent. La majeure partie des gens de ces classes cultivées que je connais ne cherche rien, ne fait rien, et n’est pas encore apte au travail. Elles se disent classes cultivées, et on y tutoie les domestiques. On s’y comporte avec les paysans comme avec des animaux. On n’y apprend rien ; on ne lit rien sérieusement ; on ne fait absolument rien. Des sciences, on se contente de parler, et on n’entend rien à l’art.

 

S'inpirant de poèmes d'Arseni Golenistchev-Koutouzov, la musique de Moussorgski peut être épique et terrible. Avec Le chef d'armée, c'est la Mort qui mène les troupes ... La voix de Sacha accentue ce sort funeste, qui leur est promis, en donnant aux notes martelées sur les cordes du piano une amplitude sépulchrale.

 

Vincent Aubert ne voudrait pas que le spectacle finisse dans le sinistre. Aussi le duo du Cosaque au-delà du Danube, signé Goulak-Artemovski, termine-t-il l'aperçu par une scène de ménage assez farce. Sacha, en cosaque débraillé, aviné, titubant, et chantant, est irrésistible. Odarka, alias Larissa, en femme qui ne décolère pas contre son homme, l'est tout autant. Elle se sert de son torchon comme d'autres le feraient de leur rouleau à pâtisserie... Elle n'épargne même pas la pianiste au passage, ni le comédien... Qui aime bien, châtie bien...

 

Il faut pendant le spectacle regarder les mains de Ludmilla Gautheron qui courent sur le clavier. Elles semblent avoir leur vie propre, animées du même rythme que la musique qu'elles font naître. Elles peuvent se faire puissantes, légères, sautillantes, graves, réfléchies, drôles. Elles sont elles aussi empreintes de cette âme russe indéfinissable, indicible, et qui pourtant existe.

 

Voilà donc un spectacle ébouriffant, tout prêt à être joué ici ou là. Encore faut-il qu'il soit connu. Puissent donc ces quelques lignes donner envie de le programmer. Et puis, égoïstement, j'aimerais bien maintenant entendre les extraits de mes chers Dostoïevski et Tolstoï et faire connaissance avec Dargomijski...

 

Dans le train du retour à Lausanne, une jeune femme est assise en face de moi. Elle lit un texte protégé par une fourre en plastique transparent. Sans le vouloir, d'instinct, je lis le titre du texte en haut d'une des pages levée de mon côté: c'est un clin d'oeil du destin, qui tient absolument à mêler musique et littérature, puisque c'est Mozart que je lis, une comédie musicale signée Sacha Guitry...

 

Francis Richard

 

Sites des chanteurs:

 

http://www.larissa.rosanoff.net/fr/

http://www.sachamichon.com/

 

Présentation vidéo du spectacle sur YouTube:

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13 juin 2015 6 13 /06 /juin /2015 10:45
Françoise Courvoisier, douze ans de théâtre au Poche, à Genève

Hier soir, à 19 heures, a lieu la soirée de clôture du mandat de Françoise Courvoisier, directrice du Poche de 2003 à 2015. Et le Poche fait salle comble. On joue à guichets fermés. Ils le sont d'ailleurs: il n'y a que des invités. Le parterre est rempli à ras-bord de chaises, serrées les unes contre les autres, comme pour se donner un peu plus chaud... En bas, au bar, un grand écran plat est disposé devant d'autres chaises encore...

 

Le public est composé d'acteurs, que Françoise Courvoisier place toujours "au coeur de la représentation", d'auteurs, de metteurs en scènes, de directeurs de théâtre, de journalistes, d'abonnés, de personnalités politiques, etc. bref, que du beau monde, ceci dit sans ironie, venu rendre hommage à la directrice, à l'auteur, à la metteur en scène, à la comédienne...

 

Avant que la rétrospective ne commence, Castou interprète en tenue de femme de ménage d'aéroport, pardon, de nettoyeuse de surface, la chanson, L'hôtesse de l'air, de Jacques Dutronc, qui rêvait toute sa vie d'avoir les fesses à l'air... Le ton de la rétrospective est donné: elle sera joyeuse, même s'il y a beaucoup de pièces tristes, difficiles ou dures, parmi la centaine du répertoire, qui a été joué ici pendant douze ans.

Françoise Courvoisier, douze ans de théâtre au Poche, à Genève

Avec bonheur et humour, Françoise Courvoisier fait la rétrospective des douze saisons au cours desquelles elle a été maîtresse à bord du Poche. Des photos des pièces qui ont été montées défilent sur un écran, en un diaporama impressionnant, qui trouve écho dans les nombreuses affiches aux murs de la salle, réalisées par le graphiste Jean-Marc Humm.

 

De temps en temps elle s'emmêle (volontairement?) dans les noms des quatre cents comédiennes et comédiens qui ont passé sur les planches du Poche, des douze photographes (un par saison), des metteurs en scène, des auteurs etc. Le public rit... Alors, elle se tourne vers Caroline Fujisé, son assistante de direction, ou vers le public qui lui donnent immanquablement la bonne réponse.

 

Pendant un "intermède", prennent la parole trois personnalités: Thomas Boyer, Président de la Fondation d'art dramatique, Sami Kanaan, Maire de Genève et Conseiller administratif au Département de la culture et du sport de la ville, et Joëlle Comé, Directrice du Service cantonal de la culture, ceux qui tiennent les cordons de la bourse...

Françoise Courvoisier, douze ans de théâtre au Poche, à Genève

Thomas Boyer donnent quelques chiffres: 220'000 spectateurs en douze ans, des salles remplies à 90% en moyenne (quel théâtre dit mieux?), 79 créations... sur la centaine de pièces jouées, dont les auteurs sont tous des contemporains (à quelques rares exceptions près, telles que Britannicus de Jean Racine), avec pour seul critère de choix que le public ne s'y ennuie pas...

 

Sami Kanaan lit un texte magnifique sur le théâtre et s'adresse à Françoise Courvoisier pour lui demander ce qu'elle en pense. Elle le trouve beau, sincèrement. En fait, le Maire de Genève révèle qu'il est d'elle et que c'était son message d'introduction en 2003... Pour finir, il émet des doutes sur les trois mois de vacances que Françoise Courvoisier prétend s'accorder cet été: c'est long trois mois...

 

Joëlle Comé, pour décrire tout ce que Françoise Courvoisier a fait au Poche, dresse un inventaire de verbes évocateurs, tels que "brûler" ou "tracer". Elle explicite le sens à leur donner en l'occurrence. Cette énumération judicieuse finit par cerner "le verbe", qui fut à l'honneur ici, pendant toute la durée de son mandat.

Françoise Courvoisier, douze ans de théâtre au Poche, à Genève

La rétrospective reprend. Françoise Courvoisier a laissé tomber ses notes, qui, au fond, l'embarrassaient et qui lui sont apparues superflues. Elle a pris conscience que ses commentaires des photos projetées sont bien meilleurs quand ils lui viennent spontanément à la bouche et qu'elle se souvient d'anecdotes pittoresques en laissant librement émerger des souvenirs.

 

Parmi les nombreux noms qu'elle cite, il y a certes des disparus. Mais elle n'insiste pas. Ne sont-ils pas de toute façon toujours présents, sinon dans les mémoires, du moins dans les coeurs? A chaque nom cité, dans la salle il y a des frémissements. Ils proviennent de ceux qui se souviennent... et ces fidèles sont nombreux.

 

La soirée s'achève par des petits cadeaux que Françoise Courvoisier distribue aux politiques, à tout le personnel du Poche, y compris des "bulles de savon". Elle-même reçoit deux grands bouquets de fleurs. Puis elle transmet "le ballon" - il a déjà les clés - à son successeur, Mathieu Bertholet, tandis qu'une complice allume sur scène, symboliquement, une bougie en forme de cochon, comme elle en a tant reçu pendant ces douze ans...

 

Francis Richard

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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 12:30
Peepshow dans les Alpes, de Markus Köbeli, au Théâtre du Château, à la Tour-de-Peilz

Un incident technique m'a malencontreusement empêché la semaine dernière d'assister à la première de Peepshow dans les Alpes, de Markus Köbeli, au Théâtre du Château, à La Tour-de-Peilz. Comme je n'ai malheureusement pas tant de disponibilités, il m'a fallu attendre jusqu'à hier soir pour assister à une représentation de cette comédie tragique.

 

En effet si on rit beaucoup tout au long de cette pièce comique, mise en scène par Steve Riccard, assisté de Jean-Philippe Weiss, le fond de l'histoire est finalement assez sinistre. Mais, de toute façon, ne retrouve-t-on pas ce mélange de côtés drôlatiques et sombres dans la vraie vie?

 

Dans la famille Holzer, il y a le père, Hans (Gilles Thibault), la mère, Martha (Ingrid Sartoretti), la fille, Anna (Carole Epiney), le fils, Hans junior (Olivier Lambelet), et le grand-père, Hans senior (Jean-Philippe Weiss), de quatre-vingt-dix ans, suivant la traduction de l'allemand en français de Jean Lonay...

 

La famille Holzer est une famille de paysans, qui vit dans un village de la Suisse profonde, Kleinseelen, où le temps semble s'être arrêté. Le grand-père en a été jadis président du conseil municipal, parce que c'était lui qui avait le plus de vaches dans son étable...

 

Le grand-père est muet, assis dans un fauteuil roulant. Il a eu son heure de gloire locale: champion du Concours annuel de tir à l'arc. Sa coupe est, depuis, perchée tout en haut du buffet de la salle de repas de la ferme, qui sert de décor à la pièce (les décors et la régie sont de Noël Baye). Hans senior y est maintenant devenu une sorte de meuble, au coeur battant grâce à "un pacemaker flambant neuf", qu'on déplace quand nécessaire et qui menace de s'affaisser régulièrement.

Hans, le père, est le seigneur et maître de la ferme. Il fume des cigarillos. Il regarde la télé. Il ne se pose pas de questions existentielles: "Il faut prendre les choses comme elles viennent. Parce que ça vient comme ça vient. C'est tout simple. Ça a toujours été!" Il est cultivateur, avec maintenant une seule vache à l'étable... En hiver, il n'a pas grand chose à faire sinon laisser le temps s'écouler... Il est fataliste: être cultivateur ne rapporte plus comme au temps de grand-père...

 

Martha, la mère, est comme la Marthe de l'évangile. Elle est la servante de son seigneur et maître. Il demande à boire, elle remplit son verre. La fumée de son cigare menace de tomber sur le tapis, qui est délicat et où "on voit la moindre tache", elle apporte un cendrier. Il demande quand on sert la soupe, elle apporte le manger. Elle se contente de ce qu'elle a, de faire des mots croisés et de colporter les potins du village...

 

Hans junior, le fils, est de son temps. Il a fait un apprentissage de mécanicien. Il essaie de faire bouger les choses. En hiver, les touristes ne font que s'arrêter au pissoir du Rocher de la Cascade avant de repartir. Pourquoi ne pas faire quelque chose pour les retenir, et qui rapporterait? D'autant qu'ils viennent pour avoir de l'air frais et qu'ils donneraient cher pour vivre la vie saine de la campagne.

 

Anna, la fille, s'ennuie ferme, si j'ose, à Kleinseelen. Alors, quand elle est dehors, elle s'assied sur une pierre et regarde droit devant elle jusqu'à ce que ce qui l'entoure disparaisse et que son esprit s'évade. Au contraire de son père, qui répète, les pieds et les jambes dans ses bottes, qu'il ne faut pas penser mais agir, elle réfléchit et dit à un moment donné: "Suis-je comme je suis parce que je suis ici? Ou bien suis-je ce que je suis parce que c'est moi et que je suis comme ça?"...

 

Pour faire bouger les choses. Hans junior a donc une idée qui peut rapporter gros. Les touristes viendraient les regarder vivre par la fenêtre, c'est-à-dire regarder "un environnement intact", "une belle région et un monde qui n'a pas bougé", bref ce serait Un peepshow dans les Alpes. Il leur suffirait d'être eux-mêmes. Ils n'auraient rien de spécial à faire, sinon jouer ce qu'ils sont. Plus facile à dire qu'à faire...

 

En effet ils répètent avant de se donner en spectacle, mais la sauce ne prend pas. Alors, ils imaginent d'inventer quelque chose, quelque chose d'excitant. Seulement, quoi? Leurs suggestions sont toutes plus saugrenues les unes que les autres. Ils se rabattent donc sur une histoire de paysans, écrite jadis par un écrivain pour l'inauguration du nouveau gymnase...

 

Ce qui devait être la représentation de la vie saine d'une bonne famille de paysans helvètes se transforme d'abord en interprétation d'une pièce en habits folkoriques (les costumes sont de Marianne Braconnier), écrite par quelqu'un qui est peu soucieux des vraisemblances, où chacun joue le rôle d'un personnage qui n'est pas le sien: Hans junior devient Jacob, Anna devient Lise etc. Puis le peepshow se transforme encore et prend une tout autre tournure, les membres de la famille portant désormais perruques et jouant en playback...

 

De glissement en glissement, afin de donner aux touristes ce qu'ils veulent voir et de leur en donner pour leur argent, le peepshow actuel n'a plus rien à voir avec le projet originel. Alors que les Holzer souhaitaient montrer aux touristes de passage ce qu'était la vie préservée du monde moderne d'une famille d'un village de montagne, ils offrent le spectacle dénaturé, grimaçant, automatique, d'un monde complètement caricatural, susceptible de n'attirer que les payants de voyeurs.

 

Il faut saluer la performance des comédiens, parce qu'ils sont amenés à jouer à plusieurs reprises des scènes qui se ressemblent, avec des variantes, mais qui reprennent les mêmes séquences, lesquelles ne font que s'altérer au fil du déroulement de ce peepshow. Si, certes, on rit de bon coeur au début grâce à eux, imprégnés qu'ils sont de leurs rôles archétypiques et dérisoires, on rit toujours à la fin grâce à eux, mais ce rire est de plus en nerveux, comme s'il devenait nécessaire de rire pour supporter ce qui ressemble à un naufrage.

 

Francis Richard

Peepshow dans les Alpes, de Markus Köbeli, au Théâtre du Château, à la Tour-de-Peilz

Représentations:

 

Du 21 au 31 mai 2015:

Les jeudis, vendredis et samedis à 20h30

Les dimanches à 17h30

Réservations: http://www.theatre-du-chateau.ch

 

Adresse:

 

Théâtre du Château

Rte du Château 7

1814 La-Tour-de-Peilz

Tél: 079 411 50 59

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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 20:00
Dispersion, de Harold Pinter, au Poche, à GenèveDispersion, de Harold Pinter, au Poche, à Genève

Hier soir, c'était la première de Dispersion (Ashes to Ashes) de Harold Pinter au Poche de Genève, la dernière première sous la direction de Françoise Courvoisier. Sans se départir de son ineffable sourire, une fois cette pièce terminée, ce fut pour elle le commencement d'une fin en beauté.

 

Françoise Courvoisier a en effet offert aux spectateurs du soir et offre à ceux des soirs suivants le somptueux cadeau d'une pièce exigeante, complexe, écrite dans une langue simple et épurée pourtant, incarnée par des comédiens d'exception, vivant intensément ce qu'ils disent.

 

Dans sa traduction française de Mona Thomas et sa mise en scène de Gérard Desarthe, Dispersion a été jouée auparavant au Théâtre de l'Oeuvre, à Paris, du 16 septembre 2014 au 14 novembre 2014, au Théâtre des Célestins, à Lyon, du 12 au 24 mai 2015. Peut-être, après Genève, y aura-t-il l'an prochain une tournée dans les provinces françaises...

 

Pendant la représentation de ce texte tout en nuances, l'attention du public d'hier soir est palpable. Il est avide de ne pas perdre un mot de ce long poème en prose, qui parle tout autant au coeur qu'à l'esprit.

 

Cette attention, qui est tension par moments, lui permet de ne pas laisser passer les quelques occasions de rire aux traits d'humour, anglais, of course, de l'auteur. L'humour n'est-il pas l'un des moyens les plus sûrs, dans l'existence, de supporter quelque peu l'insupportable?

Dispersion, de Harold Pinter, au Poche, à GenèveDispersion, de Harold Pinter, au Poche, à Genève

La pièce commence par une chanson de Nick Cave, Nobody's Baby Now. Dont les paroles sont prémonitoires de ce qui va se jouer pendant une heure.

 

Le décor, sobre, est celui d'une pièce de séjour, meublée d'un fauteuil, d'une table basse et d'un canapé, de deux lampes en forme de bulbes. Deux bouteilles de whisky, qui sont entamées, deux verres sur la table basse, qui ont déjà servi, le complètent.

 

Tout au long de la pièce des lumières modifient l'ambiance de ce décor et indiquent les moments de la journée.

 

Devlin (Gérard Desarthe) se sert un verre et le tient dans sa main. Rebecca (Carole Bouquet) est assise sur le canapé et ses mains tortillent nerveusement un foulard soyeux.

 

Rebecca parle en premier et fait l'aveu, à mots comptés, de l'existence d'un amant dont rapidement le spectateur qui se trouve à distance des deux protagonistes sait qu'il est inventé, tandis que Devlin tente en vain d'en savoir davantage sur lui.

 

Rebecca dit peu de choses de cet amant et ses réponses ne satisfont pas Devlin. Et pour cause. Mais le peu qu'elle lui dit est inquiétant. Car cet amant mystérieux ne peut lui apparaître que tendre et brutal à la fois.

 

Devlin est quelqu'un qui a un fort sens commun, qui pose des questions précises et qui attend des réponses tout aussi précises. Quand Rebecca lui dit qu'elle a fait tomber par terre un stylo innocent, il se récrie. Elle ne peut pas dire des choses pareilles, puisqu'elle ne sait rien de ce stylo et ne connaît pas ses parents...

 

Rebecca est ailleurs, dans un autre monde, un monde parallèle, qu'elle s'est créée à partir d'images qui la hantent. Ces images la hantent alors que rien ne lui est jamais arrivé à elle, ni à ses amis, et qu'elle n'a pas souffert.

 

Son prétendu amant est une sorte de tour operator, qui l'a emmenée dans une sorte d'usine, semblable aux autres usines, mais où les ouvriers portent des casquettes et suivraient ce guide "tout en haut de la falaise et jusqu'au fond de la mer s'il le leur demandait".

 

Indices après indices le monde fantasmé par Rebecca prend des contours plus précis comme s'il émergeait d'un brouillard, sans pourtant faire émerger Devlin de sa nuit.

 

Ainsi l'usine n'a-t-elle pas de toilettes, comme à Auschwitz... Ainsi Rebecca raconte-t-elle que son guide "allait à la gare et en marchant le long du quai il arrachait tous les bébés des bras de leurs mères qui hurlaient".

 

Des mondes parallèles ne peuvent se rencontrer et, quand Devlin essaie à la fin de répéter un geste de l'amant de Rebecca qu'elle lui a décrit, geste qui semble l'avoir émue, il montre à quel point il ne peut la comprendre, leurs mondes étant décidément complètement hermétiques l'un à l'autre.

 

Rebecca elle-même finit par dénier ce monde que son esprit a créé...

Dispersion, de Harold Pinter, au Poche, à Genève

Les expressions, les mots et les noms employés par Harold Pinter ne sont pas fortuits.

 

Ashes to Ashes vient de ce verset de la Genèse où le Créateur dit à un Adam coupable: "C'est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras."

 

Guide se traduit en allemand par Führer...

 

Rebecca, femme d'Isaac, devait donner naissance à deux jumeaux, Esaü et Jacob, qui, en son sein, s'étaient battus...

 

Il y a donc des références talmudiques et datées dans ce texte, mais cela ne restreint pas pour autant sa portée universelle. Il est, comme dit plus haut, un long poème en prose, à deux voix, où l'inhumanité de l'homme pour l'homme, la barbarie dont il peut se rendre coupable, peuvent hanter ceux qui n'en ont pourtant pas subi directement les effets atroces.

 

Carole Bouquet est l'incarnation même de ceux, ou de celles, qui sont ainsi tourmentés et qui imaginent très bien les atrocités commises ici ou là. Les cheveux noués en chignon dégagent sa nuque et lui font un port altier. Sa voix, par moment sépulchrale, qu'un écho renforce alors, l'éloigne du commun des mortels. Elle n'est pas folle, elle souffre. Et, de temps en temps, elle sourit d'un sourire qui illumine sa beauté hiératique.

 

Gérard Desarthe est l'incarnation même de ceux qui sont sans imagination. Quand Rebecca ose suggérer que Dieu puisse s'enfoncer dans les sables mouvants, il ne voit qu'une chose, les dieux  du stade qui déserteraient les gradins lors d'une finale Angleterre-Brésil à Wembley (où Dieu était-il?). Il est un homme ordinaire, à la voix familière, au corps rond, accomplissant des gestes de tous les jours, comme celui de se verser à boire ou de déposer un baiser sur le front de Rebecca.

 

Une fois la pièce terminée, la salle vide de spectateurs sur laquelle je jette un coup d'oeil par la porte qui donne dans la rue du Cheval Blanc, je me retourne et aperçois Carole Bouquet qui s'éloigne dans cette rue, cheveux dénoués, longs et raides dans la petite brise du soir. Elle est rayonnante d'une beauté bien vivante, qu'elle dissimule en vain derrière des lunettes... Elle est retournée dans la vraie vie, tandis que je reste étourdi par les émotions qui m'ont assailli...

 

Francis Richard

Prochaines représentations jusqu'au 7 juin 2015:

 

Mercredi, jeudi, samedi à 19h

Lundi, vendredi, à 20h30

Dimanche à 17h

Mardi relâche

 

Adresse:

 

Théâtre de Poche

Rue du Cheval-Blanc 7

1204 Genève

 

Réservations:

 

www.lepoche.ch

tél. 022.310.37.59

 

Nick Cave interprétant Nobody's Baby Now :

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 23:55
"Le sexe de la modèle" de Rachel Monnat

Ce soir, au Café-Théâtre de la Voirie, à Pully, avait lieu la dernière du spectacle de Rachel Monnat, Le sexe de la modèle. Après avoir exhibé son corps nu à Saint-Imier, à Lausanne et donc à Pully, elle poursuivra sa tournée ce printemps à Villeneuve, à Sion et à Tramelan, et cet automne à Porrentruy.

 

J'avais un peu d'appréhension de retourner dans cette salle de Pully, après y avoir connu la grande émotion, et le magnifique cadeau de la part des comédiens, d'assister il y a quelques mois à la première d'une pièce dont j'étais le seul spectateur... Certes j'y étais retourné pour la dernière, où il y avait du public, mais l'empreinte de cette émotion demeure encore vive en moi. Ce soir, au contraire, il y avait foule. Et l'appréhension ne pouvait pas être la même.

 

S'agissant d'un spectacle où la comédienne joue entièrement dévêtue, je craignais, à tort, de me retrouver face à une pièce ennuyeuse, comme ces films d'Europe de l'Est que la chaîne Arte projetait à ses débuts, et où les acteurs philosophaient très doctement dans le plus simple appareil, ou de me retrouver face à une pièce vulgaire, avec propos salaces et assistance composée uniquement de voyeurs.

 

Rachel Monnat n'entre pas en scène nue ou enveloppée d'un peignoir. Elle n'aime d'ailleurs pas entrer en scène. Lumières éteintes, elle s'installe furtivement derrière un rideau tenu obligeamment par quelqu'un d'autre. Une fois qu'il est enlevé, on la devine qui tient la pose dans la pénombre. Et cette pose dure vingt bonnes minutes avant que le spectacle ne commence.

 

Pendant tout le temps de cette pose, Rachel Monnat observe la salle qui, bientôt, va la dévorer des yeux. Et les spectateurs, de leur côté, l'observent comme ils peuvent. Ils voient indistinctement qu'elle est allongée sur le flanc droit, ses bras cachant ses seins, son sexe disparaissant dans la fourche de ses jambes serrées. Elle ne bouge pas. Normal, une modèle est la plupart du temps immobile.

 

Le récit que fait Rachel Monnat dans cette pièce est autobiographique et, même si le spectateur ne le sait pas, il ne peut que s'en douter. Le texte écrit par la comédienne a un accent de vérité qui ne trompe pas. En tout cas son expérience de modèle nue devant des étudiants, lors de cours d'académie, devant des photographes ou devant des peintres privés, lui permet de révéler en connaissance de cause ce qui se passe dans la tête de celle qui pose.

 

Dans ce métier, car c'est un métier qui permet de gagner des sous "à ne rien faire", pour prosaïquement payer ses factures, les poses et les pauses se suivent et ne se ressemblent pas, et n'ont pas la même durée. On apprend, par exemple, que dessiner ou peindre un corps nu allongé est plus difficile qu'un corps debout, mais que dans ce cas-là la pose est plus douloureuse - on ne re-pose que sur les pieds - et plus suggestive. Pour bien faire comprendre les différentes poses, Rachel Monnat joint les gestes aux paroles.

 

S'exhiber ainsi lui procure un plaisir évident, même s'il y a toujours un peu de peur préalable à se retrouver sous les yeux d'un groupe. Mais ce plaisir est un plaisir innocent, si l'on admet comme elle qu'il n'y a rien de mal après tout à montrer les différentes parties de son anatomie. Encore que la nudité chez les êtres humains soit liée à la sexualité, aux fantasmes, surtout peut-être d'ailleurs quand le nu n'est pas intégral mais quelque peu vêtu...

 

Comme le teaser du Sexe de la modèle en apporte la démonstration, Rachel Monnat n'a pas à avoir honte de son académie qu'elle fait apparaître sous différents angles, s'interdisant seulement d'écarter les jambes, ce qu'elle n'a fait que rarement, devant des peintres privés. Ses hanches sont féminines, c'est-à-dire plus larges que sa taille, ses seins en poire, aux larges aréoles, se redressent quand elle lève les bras, ses poils pubiens en abondance dissimulent sa vulve, ce qui participe certainement davantage de son mystère que s'ils étaient rasés.

 

Ce spectacle est donc plutôt esthétique. Mais pas seulement. Les réflexions de la modèle exprimées par Rachel Monnat sont souvent ingénues, ce qui déclenche les rires: Le sexe de la modèle n'est pas triste, et, paradoxalement, l'entendre dire et chanter et le voir donnent plus volontiers matière à réflexion qu'à excitation. D'être dévêtue ne fait pas de Rachel Monnat une impudique, mais plutôt une femme sans attaches vestimentaires qui s'interroge à la fois sur la nudité de son corps en le dévoilant aux autres une heure durant et sur la liberté de son esprit qui fait sa singularité de femme.

 

Francis Richard

 

Site de Rachel Monnat : www.accrosens.com

 

Prochaines représentations en 2015:

 

Odéon à Villeneuve:

Les jeudi 26 mars, vendredi 27 mars et samedi 28 mars à 20h30

Réservations: www.theatre-odeon.ch  tél.: 021 960 22 86

 

Théâtre Alizé à Sion:

Le jeudi 16 avril à 19h00

Le vendredi 17 et samedi 18 avril à 20h15

Le dimanche 19 avril à 17h00

Réservations: www.alize-theatre.ch tél.: 079 714 23 41

 

CIP à Tramelan:

Le samedi 25 avril à 20h00

Réservations: www.cip-tramelan.ch tél.: 032 486 06 06

 

Salle des Hospitalières à Porrentruy:

Les jeudi 24 septembre, vendredi 25 septembre et samedi 26 septembre à 20h00

Réservations: tél.: 032 466 92 19

 

Teaser du Sexe de la modèle:

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 23:30
"Quoi que je fasse, je proteste" au Théâtre de l'Usine, à Genève"Quoi que je fasse, je proteste" au Théâtre de l'Usine, à Genève

Si vous allez voir Quoi que je fasse, je proteste, ne vous attendez pas à voir du théâtre dans le sens classique du terme. Peut-être faudrait-il parler d'une création pour le théâtre plutôt que d'une pièce. Tout est fait pour surprendre, à commencer par le lieu. Car le TU, Théâtre de l'Usine, se situe place des Volontaires, à Genève, derrière le Bâtiment des Forces Motrices, un décor qui pourrait servir naturellement de cadre à un roman de Simenon, pourquoi pas un Maigret, surtout un soir de tempête comme ce soir, où le froid était pénétrant et n'invitait pas à la flânerie.

 

Dans le foyer, où se trouve le guichet, sur un écriteau on peut lire Tu paies avec les différents prix des billets, et sur un autre écriteau au-dessus du bar on peut lire Tu bois avec les différents tarifs des consommations. Un tutoiement qui semble de rigueur... Le public qui attend d'entrer dans la salle est d'ailleurs en majorité composé de jeunes femmes. Elles viennent voir la performance de deux autres jeunes femmes, Anne Rochat, qui a écrit le texte et qui restera muette tout du long, et Sarah Anthony, qui le dira.

 

Sur un mur du foyer, des extraits de ce texte sont projetés, en blanc sur fond noir:

Je refuse d'être toujours sur mes gardes et couverte, mal comprise et susciter la méfiance.

Le dialogue comme mule du pouvoir.

On peut et on doit continuer de parler, quoi qu'il arrive.

Etre capable de comprendre les relations que nous entretenons avec les autres.

Le Thumos quotidien de l'ultime certitude.

 

On entre dans la salle. Un halo odorant enveloppe les spectateurs. Ils s'assoient sur des bancs un peu raides, qui font le tour de la salle sur trois côtés. Sur le quatrième est dressée une estrade, haute. Dans un angle, juste à côté d'un miroir, se trouve, en attente, une jeune femme, Sarah Anthony, cheveux noirs, gominés, debout, pieds nus, blouse blanche légèrement transparente, laissant deviner un soutien-gorge sombre, pantalon légèrement près du corps, couleur chamois. Au centre de la pièce, sous un lustre de spots jaunes, une autre jeune femme en robe-toge noire, Anne Rochat, cheveux clairs, debout, pieds nus également, tient à deux mains une boule en plastique transparent, à moitié remplie d'eau. Elle est juchée sur un plateau qui tourne doucement.

 

Se succèdent les tableaux. Pendant une heure. Sarah Anthony monologue et bouge avec son corps. Elle déambule, elle danse, elle s'assied, elle s'allonge... Le texte crépite dans le micro qu'elle tient dans une main, comme tiré par une machine à phrases, les mots jouant les uns avec les autres, tantôt à partir de  leurs consonances, tantôt à partir de phrases toutes faites du langage courant, qui se présentent désordonnées, comme ébouriffées. La voix de Sarah Anthony passe par tous les registres: elle parle fort, elle chante presque, elle dit en rythme, elle chuchote, elle susurre...

 

Pendant ce temps-là, Anne Rochat fait monter doucement la boule de plastique transparent, à moitié remplie d'eau, le long de son corps, qui, dans le même temps, suit les rotations du plateau sur lequel elle semble comme ancrée. La roue tourne et le temps s'écoule, comme dans la vie. La boule, qui n'est pourtant pas une clepsydre, puisqu'elle ne se vide pas, monte doucement jusqu'au-dessus de la tête, comme au milieu de l'existence, puis redescend tout aussi doucement jusqu'à ce qu'à la fin Anne Rochat se retrouve en position foetale, la boule contre son ventre...

 

Il est vain de vouloir tout comprendre du texte, ne serait-ce que parce qu'il est très dense, très travaillé, très mêlé - parfois cru, parfois tendre, et parfois doux, parfois violent. Alors il faut se laisser porter par les mouvements des corps - celui d'Anne Rochat est très présent, en dépit de son mutisme et de sa localisation dans l'espace -, par les sonorités du texte, par la musique vocale de Sarah Anthony. Le halo odorant dans lequel spectateurs et performeuses baignent figure le trip dans lequel les premiers sont embarqués par les secondes pendant une heure et dont ils sortent un peu étourdis, réveillés toutefois par leurs propres applaudissements, nourris, qu'ils adressent aux secondes.

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations jusqu'au 14 février 2015:

 

Jeudi à 19h

Vendredi, samedi à 20h

Dimanche à 15h

 

Adresse:

 

Théâtre de l'Usine

Place des Volontaires, 4

1204 Genève

 

Réservations:

 

www.theatredelusine.ch

tél. 022.781.34.90

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 23:55
Une semaine... pas plus ! au Casino-Théâtre, à Genève

A notre époque il est de plus en plus rare que les sentiments, que les hommes ou les femmes ont les uns pour les autres, résistent à l'épreuve du temps. A les entendre, les uns ou les autres, il n'est le plus souvent question que d'ex... et rarement d'amours éternelles. Les amours ne sont décidément plus durables...

 

Dans Une semaine... pas plus, de Clément Michel, au-delà des rires que cette pièce enlevée ne peut pas manquer de susciter, ce thème est traité d'une manière plus profonde qu'il n'y paraît de prime abord. Car la précarité des sentiments a bien évidemment son revers... et ceux qui s'y livrent en font immanquablement un jour les frais.

 

Paul (Christian Baumann) fait ménage commun avec Sophie (Laurence Morisot) depuis seulement quatre mois. Et pourtant il ne la supporte déjà plus. Au point, non seulement d'avoir de mauvaises pensées, mais de mauvais rêves: il rêve par exemple qu'elle est écrasée par un camion et qu'elle en sort désarticulée. Et se réveille tout dépité de la trouver bien vivante, allongée à côté de lui.

 

Que Paul reproche-t-il à Sophie? Il ne le sait pas lui-même. Car elle est jeune et belle, affectueuse et attentionnée. Tout ce qu'il souhaite pourtant est que cette conne quitte l'appartement. Or, il est tout de même un peu gonflé de le souhaiter, parce que dans cet appartement il n'est pas davantage chez lui qu'elle chez elle, peut-être même moins, puisque tout le mobilier vient d'elle, hormis un affreux fauteuil de bureau.

 

C'est Sophie qui, sans le savoir, donne à Paul l'idée qui devrait lui permettre de la mettre dehors. Elle lui a dit incidemment qu'un ménage à trois n'était jamais tenable et qu'il y avait toujours l'un des trois qui finissait par s'en aller. Paul demande donc à son meilleur ami, Martin (Laurent Baier), de venir s'installer chez eux pour rendre la colocation insupportable et faire fuir Sophie. Martin n'est cependant pas très réceptif, parce qu'il souffre d'hémorroïdes, et ne tient pas à ce que cela se sache.

 

Comme Martin refuse d'aider Paul, à qui il manque la composante courage, ce qui est propre à la gent masculine actuelle, ce dernier se décide à forcer la main de Paul en racontant inopinément à Sophie que la mère de Martin est morte écrasée par un camion et qu'elle a été désarticulée - comme dans ses rêves de Sophie - et que Paul va s'installer un moment chez eux pour y faire son deuil.

 

Paul se rend chez Martin pour le prévenir de cette invention, mais, parallèlement, Martin se rend chez Paul et Sophie, laquelle a de la compassion pour Martin, dont la mère est morte dans ces effroyables conditions. Un malentendu, nécessaire à la poursuite de l'intrigue, naît de la douleur ressentie par Martin en son fondement... que Sophie prend pour celle d'un fils affligé, Paul survenant opportunément pour que Martin voit se refermer sur lui le piège tendu par son ami.

 

Martin s'installe donc. Mais Sophie lui réserve un bien meilleur accueil que Paul ne l'avait prévu. Car c'est indéniablement une belle âme, ce que rend très bien le jeu de la comédienne. Au grand dépit de Paul qui trouve que Martin est vraiment quelqu'un de trop bien et qu'il ne joue pas son rôle au sein du ménage d'empêcheur de tourner rond. Il lui intime donc de ne plus faire de la bonne cuisine, de ne plus faire de réparations domestiques, de ne plus se vêtir et comporter avec élégance...

 

Paul coache Martin pour qu'il devienne odieux et grossier. Martin se prête à ce jeu contre sa nature. Mais rien n'y fait. Sophie se réjouit que la douleur sorte enfin de Martin... et le trouve au fond très touchant, au point qu'ils finissent par tomber dans les bras l'un de l'autre et par coucher ensemble. A Sophie, Martin rappelle son ex qui était raffiné, alors qu'il faut bien dire que Paul est plutôt lourdingue, ce qui correspond très bien à son métier de pigiste dans une revue de machinisme agricole...

 

Les rôles s'inversent donc. Sophie demande maintenant à Martin de l'aider à mettre Paul dehors. Il lui manque la composante cruauté, ce qui est propre à la gent féminine actuelle. Paul constate que Sophie est de plus en plus épanouie depuis que Martin s'est installé et en tombe de nouveau amoureux... et il souhaite finalement que Martin s'en aille, ce que celui-ci ne veut plus... La situation ne peut pas rester en l'état. Et, de fait, elle n'y reste pas, la pièce se terminant sur une chute véritable...

 

Le comique de la pièce provient de paroles à double sens, de mots échappés et rattrapés de justesse, de situations inextricables dans lesquelles se mettent les protagonistes et dont ils ne sortent que par des rebondissements improbables, dus à des malentendus, comme, au début de la pièce, celui de la douleur de Martin qui ne se situait pas où Sophie pensait...

 

La pièce bénéficie de l'interprétation des comédiens qui incarnent à merveille les caractères marqués de leurs personnages - Sophie, la belle âme qui a de la bienveillance jusqu'à un certain point, Paul, le brut de décoffrage qui se croit très fort, Martin, le raffiné qui est embarqué malgré lui dans cette galère. De tels caractères ne peuvent que se frotter et faire fuser les rires par leur décalage.

 

Il faut également remercier, pour ces moments de pur bonheur, qui durent une bonne heure et demie de temps, le metteur en scène, Tony Romaniello, son assistante, Estelle Zweifel, et, pour la scénographie, Célia Zanghi et, pour les lumières, Loïc Rivoalan.

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations jusqu'au 8 février 2015:

 

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi à 20h

Dimanche à 18h

Lundi relâche

 

Adresse:

 

Casino-Théâtre

Rue de Carouge 42

1205 Genève

 

Réservations:

 

www.lesarts.ch

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3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 23:55
Macbeth, de William Shakespeare, au Pulloff Théâtres à Lausanne

Quoi de neuf? Guitry répondait Molière. N'en déplaise à Sacha, que j'aime beaucoup, je serais tenté de répondre différemment de lui, de répondre Shakespeare. La représentation de Macbeth, que j'ai eu le plaisir de voir, d'entendre, même de respirer ce soir au Pulloff Théâtres, depuis le premier rang, confirme ma réponse.

 

Pour peu que l'on respecte l'esprit de Shakespeare, il est en effet de multiples façons d'interpréter ses pièces sans le trahir. Ce qui donne une grande latitude aux metteurs en scène et ce qui fait que Shakespeare quatre siècles plus tard est toujours actuel, universel, en un mot, il est neuf.

 

The Shakespeare Collection, en 37 DVD, produite par la BBC il y a quelque trente ans - tournée entre 1978 et 1984 - et l'Intégrale Shakespeare donnée au Théâtre du Nord-Ouest à Paris par l'ami Jean-Luc Jeener en 2007, n'ont en commun que le texte, et encore dans une langue différente. Et pourtant l'esprit de Shakespeare y est et y était présent.

 

Quand, comme ce soir, la dizaine d'acteurs s'avance au début de la pièce, un moment d'appréhension, vite passé, étreint le spectateur. Car ils sont tous pieds nus, vêtus de costumes en bure marron, avec pour seuls bijoux des colliers en bois. Ils apparaissent sales et ahuris. Dans quelle galère se trouve-t-on embarqués?

 

Alors, il faut se rappeler que les faits relatés dans Macbeth remontent au XIe siècle. Le roi d'Ecosse Duncan (Thierry Jorand) attend son cousin Macbeth (Raoul Teuscher) et le général Banquo (Frank Michaux), qui viennent de remporter la victoire sur des rebelles soutenus par la Norvège. Il se réjouit de les accueillir bientôt et de les féliciter.

 

Sur le chemin du retour Macbeth et Banquo font la rencontre de trois sorcières, trois soeurs, dont seules émergent d'un drap blanc les faces grimaçantes figurées par des masques. Cet hydre à trois têtes salue Macbeth, de son titre de Thane de Glamis, mais y ajoutent ceux de Thane de Cawdor et de futur roi. De plus elles annoncent à Banquo qu'il engendrera des rois sans être roi lui-même.

 

Or deux chevaliers, envoyés par le roi Duncan à leur rencontre, annoncent à Macbeth que ce dernier lui a donné le titre de Thane de Cawdor, celui que portait un traître indigne de le porter désormais. Une partie de la prophétie étant réalisée, pourquoi l'autre ne le serait-elle pas? Le moyen le plus sûr pour forcer le destin est de lui donner un coup de pouce.

 

Macbeth, aiguillonné par lady Macbeth (Virginie Meisterhans), avec laquelle il forme un couple diabolique et sensuel, porté sur le sexe et le meurtre, tue donc le roi pour prendre sa place, en maquillant son crime pour le rejeter sur d'autres. Pour conserver le pouvoir, un crime en appelle un autre et c'est une tuerie toute... shakespearienne, qui est déclenchée.

 

Mais tuer est contre-nature. Macbeth supporte mal son régicide. Il supporte également très mal d'avoir dû tuer Banquo dont le spectre vient le hanter. Lady Macbeth elle-même, qui semble avoir moins de scrupules que son homme de nouveau roi, a l'impression que le sang versé pour parvenir à leurs fins laisse une trace indélébile sur ses mains. Une telle histoire ne peut que finir mal...

 

Le spectacle dure un peu plus de deux heures et il n'y a pas de temps morts. Tous les comédiens, quel que soit leur rôle - tous, hormis Raoul Teuscher, en jouent d'ailleurs plusieurs -, sont les rouages d'une magnifique machine qui fonctionne à plein, et tous prennent un plaisir évident, et communicatif, à se produire sur scène.

 

Les comédiens qui n'ont pas été cités plus haut méritent donc de l'être. Les voici, dans l'ordre alphabétique: Geoffrey Dyson, René-Claude Emery, Darius Kehtari, Fanny Pelichet, David Pion, Pierric Tenthorey.


Précisons que le texte français  est d'Antoinette Monod et de Geoffrey Dyson (qui a fait la mise en scène), que la scénographie est de Kym Staiff, la musique de Jérôme Baur, les costumes de Tania d’Ambrogio et les lumières de Jean-Pierre Potvliege.

 

S'il fallait résumer en deux mots le contentement que l'on éprouve après avoir assisté à une telle représentation menée tambour battant, ce serait: bien joué! well done!

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations jusqu'au 21 décembre 2014:

 

Mardi, jeudi, samedi à 19h

Mercredi, vendredi à 20h

Dimanche à 18h

Lundi relâche

 

Adresse:

 

Pulloff Théâtres

Rue de l'Industrie 10

1005 Lausanne

 

Réservations:

 

www.pulloff.ch/

tél: 021 311 44 22

 

Bande annonce:

En tournée:

du 6 janvier au 1er février 2015 au Théâtre des Amis — Carouge

le 3 février 2015 au Théâtre de Valère — Sion

les 6 et 7 février 2015 Théâtre du Pommier — Neuchâtel

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 16:00
Les demeurées, au théâtre Le Poche, à GenèveLes demeurées, au théâtre Le Poche, à Genève

Paru en 2000, chez Denoël, Les demeurées est un roman fort, écrit dans un style superbe, et poétique, par Jeanne Benameur. Rien, a priori, cependant, ne prédestinait ce magnifique texte à être mis en scène au théâtre.

 

Certes, avant sa création au printemps dernier au Théâtre de Vidy, à Lausanne, dans son adaptation actuelle, il y avait bien eu une installation-spectacle, d'une durée de vingt et une minutes, tirée de ce roman par le Begat Theater, donnée dans huit communes de Haute-Provence, en France, mais le texte n'était pas repris dans sa quasi intégralité.

 

Au Poche de Genève, comme au Vidy de Lausanne, le spectacle dure une heure et quart et peu de coupures du texte, peu d'adaptations ont été effectuées. C'est dire qu'il est on ne peut plus fidèle au roman et à la force des mots vivants employés par Jeanne Benameur. Il y est fidèle à un autre titre. Il garde la forme d'un récit, interprété par les trois comédiennes.

 

Didier Carrier, qui a conçu et mis en scène Les demeurées, a pris ce parti, se refusant à distribuer les rôles des personnages entre les comédiennes, voulant conserver l'effet de surprise originel que procure la progression du récit, dont le début est volontairement lent et confus, comme si l'auteur avait voulu que le lecteur s'installe gentiment dans le livre pour mieux l'habiter.

 

L'idée de reprendre le texte dans sa quasi intégralité vient de l'une des comédiennes, Maria Pérez, séduite par l'engagement de l'auteur, et certainement au-delà de cet engagement par la profondeur humaine que cet écrivain cosmopolite - ce qui est pour moi un compliment - a mis dans ce récit, profondeur qui sublime tous les clivages.

Les demeurées, au théâtre Le Poche, à GenèveLes demeurées, au théâtre Le Poche, à Genève

Les demeurées? Une mère, La Varienne, et sa fille, Luce. Dans leur cas le préjugé s'avère exact: telle mère, telle fille. La Varienne travaille chez Madame parce qu'il faut bien vivre, Luce va à l'école parce que c'est obligatoire: "La mère et la fille, l'une dedans, l'autre dehors, sont des disjointes du monde."

 

L'une comme l'autre ne peuvent pas nommer les choses, elles sont demeurées. Luce va donc à l'école, mais elle se refuse à faire entrer le savoir. Mademoiselle Solange, l'institutrice, celle par qui le savoir arrive, n'en peut mais. Luce demeure abrutie, l'autre mot pour la demeurée qu'elle est, comme sa mère: "Luce n'apprend rien. Luce ne retient rien. Elle fait montre d'une faculté d'oubli très rare: un don d'ignorance."

 

Pourtant, sans qu'elle ne s'en rende compte, les mots pénètrent en elle, malgré elle, et n'en sortiront plus. Luce les chantonne sans en comprendre le sens, mais ils sont là dans un recoin de sa tête, tout prêts le moment venu, à lui faire franchir le seuil du monde, comme le souhaite Mademoiselle Solange.

 

Les choses se précipitent quand cette dernière veut faire écrire par Luce son nom complet, Luce M. Cette tentative se traduit par un échec. Luce s'en va de l'école et n'y retourne plus, au grand désespoir de Mademoiselle Solange, qui ne comprend pas ce qu'elle a bien pu faire:

 

"La Varienne et sa petite Luce peuvent se passer de tout. Même de nom.

Le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher.

Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille?"

 

Le pire n'est jamais sûr. Et l'histoire montre finalement que les leçons de Mademoiselle Solange à Luce sont "de drôles de pays restés dans sa tête" et que les mots, même piétinés par Luce sur le chemin de l'école à la maison de rien, où elle habite avec La Varienne, ont "fait leur nid dans sa tête". Le monde va s'ouvrir à Luce sans que  pour autant rien ne puisse la disjoindre de La Varienne.

 

Tour à tour, Maria Pérez et Laurence Vielle font vivre le roman sur scène, dans un décor dépouillé, dans des habits de bure, au mileu d'ustensiles domestiques, susceptibles de résonner (la scénographie et les costumes sont de Florence Magni, la lumière de Danielle Milovic et la réalisation des costumes d'Emilie Revel), et leurs voix ne sont pas désincarnées. Au contraire, leurs voix sont comme un accompagnement musical au chant du texte et aux mouvements très physiques et éprouvants qu'elles ont sur scène.

 

Béatrice Graf, aux percussions, donnant de temps en temps également de la voix, en choeur, ponctue texte, voix et déplacements des deux autres comédiennes en fusion, de notes tantôt dramatiques, tantôt drôlatiques. Car le roman Les demeurées, dans cette interprétation coup de poing, n'est pas que drame, il est aussi rires, quoique parcimonieux.

 

Francis Richard

 

Prochaines représentations jusqu'au 2 novembre 2014:

 

Lundi, vendredi à 20h30

Mercredi, jeudi, samedi à 19h

Dimanche à 17h

Mardi relâche

 

Adresse:

 

Le Poche

Rue du Cheval-Blanc 7

1204 Genève

 

Réservations:

 

www.lepoche.ch

tél: 022 310 37 59

Les demeurées, au théâtre Le Poche, à Genève

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 00:10
Mourrier à Vevey, à l'Oriental-Vevey, à Vevey

L'Oriental-Vevey, en 2008, doit être fermé pour raison de sécurité. Des planchers et des murs menacent de s'effondrer.

 

Le 5 septembre 2014, après dix-huit mois de travaux de restauration, une réception inaugurale y est organisée pour fêter sa réouverture.

 

Le premier spectacle, donné dans ce théâtre veveysan restauré, est signé Sébastien Meier et mis en scène par Benoît Blampain. Il s'agit d'une pièce policière intitulée Mourrier à Vevey: le directeur de l'Oriental-Vevey, Nick Weber, est retrouvé mort le lendemain du 5 septembre 2014, pendu aux grilles de la scène...

 

Jules Mourrier, commissaire de police à la retraite, professeur de criminologie à l'Université de Lausanne est chargé de reprendre l'enquête par le commandant Crausaz. Les premiers témoignages ont été recueillis par le caporal Delachaux, mais l'enquête patauge.

 

Jules Mourrier, doté d'une intuition incomparable, est de la vieille école. Qui a fait ses preuves. Pour lui, l'essentiel est de recueillir tous les éléments de l'histoire, puis de la raconter correctement...

 

La pièce est lue par trois comédiens: Antonin Moeri, qui est le narrateur, Murielle Tenger qui incarne Jules Mourrier, sorte de Maigret vaudois, ne refusant pas de lever le coude pour boire un verre de blanc de Lavaux, Anne Ottiger, qui joue tour à tour les rôles de tous les autres personnages de l'intrigue:

 

- le caporal Delachaux,

- Vincent Menu, le Conservateur du Canton de Vaud,

- Jane Brisbane, l'assistante de Bordec, Président Directeur Général de Netteté, la multinationale de l'agro-alimentaire,

- la syndique de la ville,

- Anatole le cafetier, dont l'établissement jouxte l'Oriental-Vevey,

- Stars, le directeur du Festival Vevey- Photos.

 

Le spectacle est itinérant. Il se déroule dans toutes les salles de l'Oriental-Vevey, ce qui est une manière originale d'en ouvrir toutes les portes et de le faire visiter, les spectateurs figurant des étudiants, au nombre d'une quarantaine, venus assister à la résolution du crime par leur vieux professeur émérite.

 

Les spectateurs quittent donc le foyer du théâtre, gravissent l'escalier principal, puis des escaliers et passerelles métalliques à claire-voie pour gagner tout en haut la salle de répétition où ils assistent à une chorégraphie interprétée par deux danseurs (Bastien Hippocrate et Claire Dessimoz) sur le thème de l'attachement... Danseurs qui y répétaient le soir du meurtre...

 

Car il s'agit d'un meurtre. L'expertise scientifique a conclu que Nick Weber est mort de strangulation dans son bureau, puis que son corps a été pendu aux cintres du théâtre pour brouiller les pistes...

 

Les spectateurs redescendent au foyer, puis, de là, se rendent dans le local technique du théâtre où se trouvent les vestiges d'un mur datant du XIVe siècle... Après un échange entre Jules Mourrier et Vincent Menu, commenté par le narrateur, ils suivent l'ex-commissaire dans un couloir qui les mène à un autre escalier.

 

En haut de cet escalier se trouve la scène du théâtre, au-dessus de laquelle Nick Weber a été pendu. Le bureau de ce dernier est contigu. De là part un autre escalier encore, qui conduit à la salle de répétition, munie de gradins, où le public estudiantin finit par se retrouver pour assister aux interrogatoires des différents protagonistes, annoncés l'un après l'autre par le narrateur.

 

Enfin tout le monde redescend au foyer pour le dénouement de l'intrigue que Jules Mourrier a bien entendu élucidée... en reliant de façon imperturbable tous les éléments entre eux.

 

Le narrateur, Antonin Moeri, force souvent le trait, et c'est très bien (les étudiants ne risquent pas de s'endormir...). Murielle Tenger donne une véritable épaisseur à Jules Mourrier par sa gestuelle et par le ton sans répliques qu'elle donne à sa voix bourrue. Anne Ottiger est une sorte de Fregoli, puisqu'elle passe d'un registre à l'autre, qu'il soit masculin ou féminin, avec beaucoup d'aisance.

 

Sébastien Meier s'est beaucoup documenté pour écrire son texte, qui est coloré, souvent piquant, à la fois spirituel et humoristique, avec pour résultat les rires de l'assistance, qui n'a pas besoin de connaître tous les dessous de la vie locale pour se réjouir de ses bons mots et de ses divulgations, tellement bien imaginées qu'elles finissent par rejoindre la réalité...

 

Francis Richard

 

Sébastien Meier et Bastien Hippocrate sont membres du Collectif Fin de Moi

 

Sébastien Meier est l'auteur du roman Les ombres du métis, édité chez Zoé (2014)

 

Prochaines représentations:

 

Jeudi 18 septembre 2014 à 20h

Vendredi 19 septembre 2014 à 20h

Samedi 20 septembre 2014 à 19h

 

Adresse:

 

Oriental-Vevey

Rue d'Italie 22

1800 Vevey 2

 

Réservations:

 

www.orientalvevey.ch

tél: 021 923 74 50

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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