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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 12:45

Par curiosité - les arguments du Conseil fédéral étant largement convaincants pour voter NON - je suis allé sur le site des partisans de l' « initiative pour un âge flexible de l'AVS » ( ici ) et je suis tombé en page d'accueil sur une démonstration du prétendu « mensonge de la démographie », avec ce sous-titre aguichant : « A première vue, ça a l'air logique. Mais tout n'est pas si simple. »

Dans ce petit diaporama les partisans de l'initiative aligne quelques chiffres, destinés à appuyer leur démonstration que "mensonge de la démographie" il y a. Les chiffres sont les suivants : en 1950 il y avait 6 cotisants pour un retraité, 4,3 en 1970 et 3,7 en 2006. Ils s'arrêtent en 2006 : ouf ! A l'horizon d'une génération le rapport devrait être de 2 cotisants pour 1 retraité. Un vrai cauchemar qu'il ne s'agit même pas d'évoquer !

Ce qui est important nous disent nos comptables du site, ce sont les salaires soumis à l'AVS, autrement dit ce que gagnent vraiment les actifs. Ce qui n'est pas faux. En 1950, il y avait 11,5 milliards de francs de revenus AVS, en 1970 il y en avait 50 milliards et 290 milliards en 2006. Conclusion du site : « 3,7 actifs pour 1 retraité ont un revenu soumis aux cotisations AVS 25 fois supérieur à celui que gagnaient 6 actifs pour un retraité en 1950 ».

Ce facteur de 25 résulterait de la formidable productivité enregistrée en un demi-siècle. Permettre à des personnes de 62 ans, dont le revenu annuel est inférieur à 119'340 francs, de prendre leur retraite AVS à 100% ne devrait donc pas poser de problème, du moins au regard de la démographie.

Comme disent ces comptables : « A première vue, ça a l'air logique. Mais tout n'est pas si simple ». Tout d'abord nos comptables ne tiennent pas compte de l'inflation. L'indice des prix était de 97,7 en 1950, de 156,3 en 1970 et de 442,9 en 2006. Pour comparer les  revenus AVS  il faut donc au préalable les établir en francs constants. Si on les établit en francs de 1950, lesdits revenus ne sont plus que 31,25 milliards en 1970 et de 62,56 milliards en 2006, contre 11,5 en 1950.

Il est intéressant pour pousser la comparaison de manière plus fine d'introduire le nombre de cotisants. En milliers il y en avait 2'309 en 1950, 3'443 en 1970 et 4'304 en 2006. Ces chiffres nous permettent de déterminer le montant des cotisations AVS acquitté par cotisant, en divisant les revenus AVS par le nombre des cotisants. Cela donne 4'980 francs en 1950, 9'076 en 1970 et 14'535 en 2006.

Pour faire une comparaison encore plus fine, il faut maintenant calculer le montant annuel mis de côté pour un retraité en multipliant le montant des cotisations d'un actif par le nombre d'actifs par retraité. Cela donne 29'880 francs en 1950, 39'027 francs en 1970 et 53'779 francs en 2006.

On peut constater que le facteur de progression des revenus AVS est de 5.4 entre 1950 et 2006 (62,56 divisé par 11.50), alors que la somme amassée pour un retraité n'a progressé que d'un facteur 1,8 (53'779 divisé par 29'880), soit 3 fois moins ! Il résulte de la différence de ces deux progressions que la démographie, contrairement au raisonnement simpliste de nos comptables de pacotille, ne peut qu'avoir un effet négatif sur les rentes.   

Il n'était pas besoin pour quelqu'un de bon sens de faire tous ces calculs, mais quand on les fait on ne peut être qu'être conforté dans son appréciation des choses : la faible démographie et la longévité ne peuvent que ruiner les retraites par répartition, sauf à travailler plus longtemps, ou à cotiser davantage, ou encore à diminuer les rentes. Mais nos initiants n'en ont cure. Ils vivent sur un petit nuage.

Francis Richard

PS

Tous les chiffres utilisés dans cet article se trouvent dans un tableau excel publié par l'OFS (l'Office fédéral de la statistique) et intitulé Données démographiques et économiques générales 1948-2007ici )


Résultat de la votation du 30 novembre sur l'initiative "Pour un âge de l'AVS flexible" : l'initiative est rejetée par 58, 6% des voix ( ici ).

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commentaires

Ben Palmer 25/11/2008 18:41

Sans avoir fait le calcul moi-même, j'étais arrivé à la même conclusion: quelqu'un devra payer la facture. J'ai envoyé mon vote depuis un bon moment déjà. Heureusement que je ne serai plus touché par un éventuel OUI pour cette proposition, je suis a quelques mois de la retraite. Que je ne pourrai pas prendre, car l'AVS ne me paiera même pas assez pour payer le loyer et l'assurance maladie.

Francis Richard 25/11/2008 23:45



En économie quand l'Etat fait des cadeaux, ou redistribue - ce qui revient au même - vous avez raison : il faut bien que quelqu'un paie. En général ce sont ceux qui sont les plus vulnérables à la
contrainte du même Etat qui sont mis à contribution, les autres ayant toujours des échappatoires...L'enfer est pavé de bonnes intentions sociales...


Le probléme de l'AVS est que son montant est faible (alors qu'elle devait assurer le minimum vital) - dans votre cas elle ne vous permettra même pas de payer votre loyer et votre
assurance maladie - et qu'elle coûte très cher à la société. Ils'agit en effet d'une retraite par répartition. Quand le gâteau s'amenuise en proportion du nombre de contributeurs, la part de
chacun ne peut qu'être congrue. La démographie étant ce qu'elle est - 1,4 enfant par femme - l'AVS est condamnée à terme à la disparition. C'est à la fois mathématique et logique à condition
de disposer d'une petite dose de bon sens.


L'initiative pour un âge de l'AVS flexible ne fera que précipiter la chute...Vous aurez peut-être la chance d'en "profiter" jusqu'au bout...puisque c'est pour bientôt la retraite...



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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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