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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 23:30
Le catholicisme social en France (1830-1870), d'Aimé Richardt

La couverture de ce livre représente Mgr Affre, archevêque de Paris, qui fut mortellement blessé le 28 juin 1848 sur les barricades où il était venu apporter des paroles de paix. 

 

Dans ce livre, Aimé Richardt raconte l'histoire des catholiques sociaux français que Mgr Affre a soutenus et qui se sont émus, à raison, de la misère des ouvriers, catégorie sociale apparue avec la Révolution industrielle.

 

 

LES PRIVILÈGES CRÉÉS PAR LA RÉVOLUTION

 

Au début de son livre, l'auteur met le doigt sur ce qui est l'une des raisons de cette misère: la loi Le Chapelier de 1791, qui abolissait les corporations et qui, pour éviter qu'elles ne réapparaissent, interdisait toute coalition.

 

Cette loi, contraire au droit naturel, créait une catégorie de privilégiés, celle des patrons. L'article 1781 du Code Civil napoléonien disait même: Le maître est cru sur sa parole pour toute contestation en matière de salaire.

 

 

LES CATHOLIQUES SOCIAUX

 

Les catholiques sociaux se proclament libéraux, mais ils ne le sont pas en matière économique, qu'ils ne comprennent pas. Ainsi Charles de Coux voit-il dans salaires et horaires de travail la cause de la misère des ouvriers.

 

Il confond les conséquences avec la cause qui est l'absence de contrats librement consentis. Quoi qu'il en soit, pour des catholiques comme lui, le remède se trouve dans l'application des principes catholiques et démocratiques:

 

Le social doit être placé au-dessus de l'économique.

 

 

LES SOCIALISTES CHRÉTIENS

 

Il n'est pas étonnant qu'une partie, marginale, d'entre eux se soient dits socialistes. Ceux-ci, tels que Fourier, voient dans le salariat un dernier reste de l'esclavage antique, alors qu'il a pourtant l'avantage certain de la fixité.

 

Encore faut-il que soit librement consenti le lien entre celui qui prend le risque d'engager son capital et celui qui ne le prend pas mais reçoit un salaire en échange de son travail: l'expression importante est librement consenti.

 

 

LES CATHOLIQUES LIBÉRAUX

 

Ces catholiques sont libéraux dans le sens où ils veulent l'alliance de la religion et de la liberté. Ils pensent que des réformes sociales préviendront des réformes politiques, telles que révolutions, coups d'État, ou autres.

 

L'un d'eux, Ozanam, en fondant la Conférence Saint-Vincent-de-Paul, donne à ses membres pour mission d'assister matériellement et moralement une famille (la foi sans les oeuvres est morte, dit Saint Jacques...).

 

 

LES LÉGITIMISTES SOCIAUX

 

Parmi eux, Armand de Melun projette une large organisation à but social dans laquelle une association de patrons et de maîtres chrétiens, patronnerait des apprentis, eux-mêmes groupés dans l'oeuvre des apprentis.

 

La charité traditionnelle s'avérant insuffisante, il veut coordonner les oeuvres et crée un Comité des oeuvres avec un bureau permanent de trois personnes. Il est également favorable à une réglementation par l'État...

 

 

L'ABBÉ LEDREUILLE

 

Une autre oeuvre se développe dans les années 1840, la Société de Saint François-Xavier, qui a pour but de répandre la foi dans la classe ouvrière. Ses orateurs sont recrutés à l'Institut catholique fondé en 1839.

 

Parmi eux, l'abbé Ledreuille se distinguera parce qu'il créera La Maison des ouvriers, organisme de placement, qui deviendra une branche de l'Oeuvre du Travail, où seront proposés bien d'autres services gratuits.

 

 

LES SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS

 

L'auteur dresse l'inventaire d'autres initiatives avant 1848 et après, mais ce sont les sociétés de secours mutuels qui retiennent l'attention, car elles vont se développer grâce à Armand de Melun et Louis-Napoléon.

 

La Société de Saint-François-Xavier a d'ailleurs été transformée en sociétés de secours mutuels par l'abbé Ledreuille et l'abbé Castelbau. Aux cotisations ouvrières s'ajouteront des contributions de membres honoraires.

 

 

LE DÉCRET DU 28 MARS 1852

 

Selon l'article 6 du décret-loi du 28 mars 1852, les Sociétés de Secours mutuels auront pour but d'assurer des secours temporaires aux sociétaires malades, blessés ou infirmes, et de pourvoir aux frais funéraires.

 

Armand de Melun obtient

- que les sociétés de secours mutuels soient placées dans un cadre chrétien;

- qu'elles aient l'allure d'institutions libres et non obligatoires.

 

Il souhaite

- qu'elles soient interprofessionnelles plutôt que corporatives;

- que ne leur soient pas adjointes des coopératives de consommation, mais, éventuellement, des patronages d'apprentis;

- que les femmes y soient admises et que les enfants puissent être secourus.

 

Le succès est là comme le montre le tableau ci-dessous:

J.B. Duroselle, Les débuts du catholicisme social en France, PUF, 1951

J.B. Duroselle, Les débuts du catholicisme social en France, PUF, 1951

 

LES CRÈCHES

 

Enfin, parmi toutes les oeuvres catholiques, il faut signaler le développement de l'Oeuvre des Crèches qui se propose d'aider les femmes qui travaillent en gardant et en soignant leurs très jeunes enfants.

 

Cette oeuvre a été fondée en 1844 par François Marbeau, adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris: La crèche [ainsi nommée en souvenir de Bethléem] prévient la misère en facilitant le travail des mères.

 

 

CONCLUSION

 

Aimé Richardt remarque:

- que la grande majorité des catholiques ne s'intéresse pas aux oeuvres sociales catholiques;

- que ce sont surtout des laïcs, une minorité agissante, qui en sont à l'origine et que la hiérarchie n'y participe pas;

- que les catholiques qui s'y intéressent, qu'ils soient démocrates ou conservateurs, s'accordent sur les buts:

  • améliorer le sort des ouvriers
  • refuser la lutte des classes
  • maintenir la propriété privée
  • éviter l'intervention de l'État

- qu'ils ne s'accordent pas sur le type d'association pour la défense des ouvriers.

 

Il faut au moins rendre cette justice à ces catholiques sociaux qu'ils ont aidé à l'amélioration de la condition ouvrière, au soulagement des pauvres, et à la réconciliation des classes, sans pour autant succomber aux sirènes du socialisme d'État.

 

Francis Richard

 

Le catholicisme social en France (1830-1870), d'Aimé Richardt, 176 pages, Artège

 

Livres précédents:

 

Chez François-Xavier de Guibert:

La vérité sur l'affaire Galilée (2007)

Calvin (2009)

Saint François de Sales et la Contre-Réforme (2013)

Jean Huss, précurseur de Luther (2013)

Bossuet, conscience de l'Eglise de France (2014)

Lacordaire - Le prédicateur, le religieux (2015)

 

Chez Artège:

Lamennais le révolté 1782-1854 (2017)

Zwingli le réformateur suisse 1484-1531 (2018)

Montalembert (2020)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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