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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 22:55

L'Huma du 25.04.2012Au Salon de l’Agriculture, il y a quatre ans, Nicolas Sarkozy tend la main à un homme qui la lui refuse:

       -  Ah non, touche-moi pas, dit cet homme

       -  Casse-toi alors, répond Nicolas Sarkozy

          -   Tu me salis

       -  Casse-toi alors, pauvre con

C’est grossier. Le dialogue impromptu ressemble à du Audiard, sans l’humour. Les propos sont surprenants dans la bouche d’un président de la République.

Mais ils ne devraient pas émouvoir plus que cela les bobos…qui en disent certainement d’autres et qui d’ailleurs lisent Jean Genet… et parfois Céline.

Au début de cette année, lors d’un déjeuner de presse, François Hollande imite Nicolas Sarkozy:

"Je suis le président de l'échec, je suis un sale mec, mais, dans cette période difficile, je suis le seul capable."

C’est grossier de traiter implicitement le Président de la République de "sale mec" en lui attribuant de tels propos. Cela révèle le peu d’estime que François Hollande a pour Nicolas Sarkozy, d’autant que c’est voulu, réfléchi et pesé devant des journalistes, mais cela reste dans un registre tout au plus grossier.

Depuis le premier tour des présidentielles, sentant le doux fumet du pouvoir parvenir à ses narines, le monde politico-médiatique de gauche ne se retient plus et se croit tout permis puisque les sondages lui accordent 80 à 90% des voix dans la plupart des rédactions ici.

En principe les deux candidats du second tour ont besoin de récupérer des voix au centre et à l’extrême-droite pour l’emporter. Statistiquement, comme le montre l’équation de la droite de tendance de Bertrand Lemennicier, vérifiée 7 fois sur 9, lors des précédentes élections présidentielles de la Ve République, Nicolas Sarkozy devrait l’emporter au second tour, de justesse ici.

Cela devrait se vérifier une nouvelle fois le 6 mai prochain, sauf  "si une fraction des électeurs de droite choisit son représentant sous l'empire de la passion et préfère voter pour le camp adverse".

Il faut donc que la gauche réussisse à susciter un rejet passionnel de Nicolas Sarkozy de la part d’une fraction significative des électeurs de droite en pratiquant la bonne vieille méthode de la désinformation.

En grande partie, Marine Le Pen a réussi à dé-diaboliser le FN, d’où son score. Il faut donc que les électeurs de droite croient que Nicolas Sarkozy est pire que Marine Le Pen.

Le thème simple de la campagne de désinformation est exprimé, le 24 avril dernier, par le père Emmanuel Todd dans l’émission Ce soir ou jamais de Frédéric Taddeï :

 "En vérité, je vous le dis, l’UMP est passée à la droite du FN." 

Ce soir-là la campagne de désinformation est lancée. 

Le lendemain L'Humanité, qui a retrouvé ses bonnes couleurs rouges, comme au bon vieux temps de l'Union soviétique, publie à la une, sous le titre Le raid de Sarkozy sur le 1er mai, la photo de Sarkozy et celle de Philippe Pétain, placées l’une à côté de l’autre, illustrées par des propos, respectivement du 19 février 2012 et du 11 octobre 1940, qui se ressemblent. L’amalgame est un des moyens de la désinformation…

Tout cela pourquoi ? Parce que Nicolas Sarkozy a eu le malheur de parler de "vrai travail" et surtout d'organiser lui aussi un rassemblement le 1er mai,comme les syndicats de gauche (et le FN) alors que c'est une chasse gardée des travailleurs et que, quand un homme de droite parle de la valeur travail, il ne peut être que pétainiste. CQFD.

Aussitôt les caisses de résonance se mettent en branle :

-          Le Nouvel Observateur pose ingénument la question : Sarkozy dans les pas de Pétain ?

-          Marianne titre en couverture, photo de Nicolas Sarkozy désavantageuse à l’appui : La honte de la Ve République

-          L’édito de Pascal Riché dans Rue 89 s’intitule : Vrai travail and co. Au secours Pétain revient !

-          L’Express titre : Sarkozy, Pétain et « le vrai travail ».

Etc.

Aujourd’hui c’est au tour des alliés politiques de gauche de François Hollande, qui fait mine d’être au-dessus de la mêlée, de résonner :

-        Jean-Luc Mélenchon sur France-Inter : "La phrase qui consiste à dire "se faire traiter de fasciste par un communiste est un compliment" est une reprise mot pour mot de Pierre Laval le collabo, de la même manière que parler de fête du travail et dire que c’est le "vrai travail", c’est mot pour mot le texte de l’affiche du Maréchal Pétain en 1941" et "Lui, il sort des mots, des phrases, des expressions qui sont directement tirés de la collaboration, pourquoi le fait-il ? A qui parle-t-il ? A qui veut-il inoculer ce poison ?"

-        Eva Joly sur i-télé accuse Nicolas Sarkozy de "[mettre] en avant des propos pétainistes".

Cette désinformation réussira-t-elle à ébranler les électeurs de droite et à les diviser? Permettra-t-elle à François Hollande de l’emporter? Si c’est le cas, quoique l’on pense de Nicolas Sarkozy, ce climat malsain, avec ses relents de lutte finale, préfigure mal de l’après 6 mai 2012…

Francis Richard

Cet article est reproduit sur le site lesobservateurs.ch 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 22:30

Bertrand-Lemennicier.jpgBertrand Lemennicier, professeur d'économie à l'Université Paris II Panthéon-Assas, a présenté récemment lors d'un séminaire visible sur Vimeo son analyse spatiale de la distribution des votes en France.

 

Appliquée aux résultats du premier tour de l'élection présidentielle française, elle donnerait Nicolas Sarkozy vainqueur par 50,5% des voix le 6 mai prochain...

 

La présentation écrite de ce modèle se trouve sur son site ici.

 

Au préalable Lemennicier décompose l'électorat français en cinq blocs: extrême-gauche, gauche, centre, droite, extrême-droite.

 

S'agissant d'un modèle, il présuppose des hypothèses. Lemennicier en retient cinq: 

 

"1) que la position des candidats puisse-t-être identifiée le long d'un axe gauche-droite

2) que les électeurs votent pour leur candidat préféré, et non de manière stratégique. La distribution des votes doit donc représenter les préférences réelles des votants.

3) que les électeurs dans un scrutin majoritaire à deux tours se reportent au second tour sur le candidat le plus proche de leur préférence exprimée lors du premier tour. 

4) pour gagner, les candidats cherchent à se rapprocher des préférences des électeurs. 

5) enfin, nous ne tenons pas compte des tentatives de manipulation du système de vote qui consistent à favoriser les divisions à l’intérieur de son propre camp ou dans le camp de l’opposition."

 

Ces hypothèses sont plausibles.

 

Une fois admises, le professeur explique que, compte tenu des résultats des élections présidentielles sur la longue durée, la distribution de l'électorat français est bimodale avec deux pics, un à gauche et un à droite.

 

Il ajoute que "dans une élection à deux tours, la gauche et la droite ne peuvent trop dériver vers le centre dès le premier tour, car ils perdraient alors une fraction trop importante de leur électorat, qui se reporterait respectivement sur leur gauche et sur leur droite (vers les extrêmes)".

 

De ce fait il considère que "le vainqueur d'une élection est le parti qui présente le mode le plus élevé à proximité de l'électeur médian". Cette considération n'est pas sortie d'un chapeau.

 

A l'exception des seconds tours des élections de 1969 et de 2002, qui sont atypiques, Lemennicier a tracé la droite de tendance des pourcentages obtenus par la gauche au second tour de toutes les élections présidentielles de 1965 à 2007 en fonction de la distance à l'électeur médian au premier tour. Ce qui donne l'équation: y = - 0,467 x + 52,3 (où y est le % obtenu par la gauche au second tour et x la distance au premier tour du bloc de gauche à l'électeur médian). 

 

Lemennicier peut ainsi prédire le score du candidat de gauche.

 

Pourquoi le calcul est-il fait à partir du résultat obtenu par le candidat de gauche? Parce que les reports de voix sont plus fiables à gauche qu'à droite.

 

Hier les résultats du premier tour de l'élection présidentielle ont été les suivants :

 

Extrême-gauche: 15,37%

Gauche: 28,63%

Centre: 9,13%

Droite: 27,18

Extrême-droite: 19,69% 

 

La distance du bloc de gauche, 44%, à l'électeur médian est donc de 6.

 

En introduisant 6 dans la formule on obtient: 49,5%...

 

Pourquoi les instituts de sondage donnent-ils donc Hollande gagnant avec entre 6 et 12 points d'écart avec Sarkozy?

 

"On peut penser que, devant la campagne médiatique, et orchestrée par les réseaux du camp de gauche, contre le candidat Sarkozy et sa personnalité, les électeurs de droite n’osent plus afficher publiquement leur soutien à ce candidat. Il y aurait manipulation de l'opinion, les sondés n'osant pas aller à l'encontre de ce que tous les autres font croire qu'ils pensent. C’est l’interprétation classique que l’on peut avancer pour expliquer l’effet de surprise qui résulterait de l’élection de Nicolas Sarkozy."

 

Cela dit, le modèle peut très bien ne pas marcher:

 

"Il va de soi que si une ou plusieurs des hypothèses mentionnées plus haut ne sont pas respectées, le théorème de l’électeur médian ne tient plus et notre estimation en termes de distance à l’électeur médian non plus. L’une d’entre elles intéresse les sondeurs: celle des reports de voix qui ne se font pas sur le candidat proche des préférences exprimées au premier tour. En effet, si une fraction des électeurs de droite choisit son représentant sous l'empire de la passion et préfère voter pour le camp adverse, la distance du candidat de gauche à l’électeur médian global n’est plus mesurable."

 

Conclusion

 

Nicolas Sarkozy peut gagner s'il ne sucite pas de rejet passionnel caractérisé de la part des électeurs du centre et de l'extrême-droite, autrement dit si ces derniers votent rationnellement, conformément aux hypothèses.

 

C'est pourquoi l'émission Des Paroles et des Actes, du jeudi 26 avril 2012 sur France 2, et surtout le débat du mercredi 2 mai 2012 sur France 2 et TF1, seront déterminants.

 

Francis Richard

 

Images du séminaire du 13 mars 2012 à l'Institut Turgot au cours duquel Bertrand Lemennicier a exposé les résultats de son analyse spatiale de l'électorat français appliquée aux présidentielles de 2012:  

 

 

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 22:55

presidentielle-2012.jpgAlors que l'une des causes du déclin économique français se trouve être son modèle social qui ne permet plus aux entreprises françaises d'être compétitives sur le marché mondial, aucun des candidats à l'élection présidentielle ne parle de le remettre en cause, ne serait-ce que partiellement. Le chiffrage des mesures des uns et des autres est éloquent.

 

Selon leurs propres chiffres, les mesures envisagées par Jean-Luc Mélenchon porteraient les prélèvements libératoires de 43,8% du PIB en 2011 à 51,8% dans cinq ans, celles de François Hollande à 46,6%, celles de Nicolas Sarkozy à 46,2%, celles de Marine Le Pen à 45,3% et celles de François Bayrou à 44,3%. Tous étatistes en quelque sorte et fiers de l'être. Et tous plus ou moins protectionnistes.

 

Pourquoi un tel aveuglement? Par clientélisme. Il y a aujourd'hui plus de personnes qui profitent du modèle social français que de personnes qui l'alimentent. Autant dire que ce n'est pas demain la veille qu'un quelconque candidat à l'élection présidentielle ou à une élection législative prendra le risque d'y toucher. Il y va de son élection ou de sa réélection...

 

Cela dit, l'histoire montre qu'il est un moment où la remise en cause se fait d'elle-même.

 

Dans son étude publiée par l'Institut Constant de Rebecque la semaine dernière ici, Thierry Afschrift évoque la sécurité sociale romaine instituée par Caius Gracchus en l'an 123 avant Jésus-Christ. Il se base essentiellement sur un chapitre du livre de Philippe Simonnot, Vingt et un siècles d'économie.

 

Ce chapitre est en fait consacré au premier siècle de notre ère et au règne d'Auguste en particulier. Philippe Simonnot rappelle ce que Caius Gracchus avait institué:

 

"Pour Caius Gracchus [...] il était normal que le peuple profitât du Trésor public. En fait, l'ébauche d'Etat providence qu'il institua en 123 était limitée à la vente mensuelle de blé à bon marché à des citoyens de Rome."

 

Une fois établie, cette institution était d'autant plus difficile à abolir que les ventes à bon marché étaient devenues bien souvent des distributions gratuites. Jules César ne réussit qu'à en réduire le nombre de bénéficiaires - les citoyens romains mâles - de 320'000 à 150'000. Quant à Auguste il ne parvint à en limiter le nombre qu'à 200'000, soit tout de même 50'000 de plus que son père adoptif.

 

Suétone rapporte ce passage de l'empereur romain dans son journal:

 

"J'eus la pensée de supprimer pour toujours les distributions de blé, parce que le peuple, comptant sur elles, abandonnait la culture de la terre; mais je ne mis pas mon projet à exécution, persuadé qu'elles seraient un jour ou l'autre rétablies par désir de la faveur populaire."

 

C'était déjà le dogme des avantages acquis, socle d'argile du modèle social français.

 

Auguste alimentait également de ses propres deniers l'Etat-Providence ainsi ébauché, financé autrement par les peuples vaincus. Sur une population romaine d'un million d'habitants, 600'000 à 700'000 personnes, femmes et enfants compris, bénéficiaient de ces distributions de blé gratuites ou à bas prix, soit la quasi totalité des citoyens romains, puisqu'il y avait à Rome 30% d'esclaves et de métèques...

 

Comme le note Thierry Afschrift, on n'en resta pas aux distributions de blé:

 

"Après le pain il fallut l'huile, puis d'autres services, que nous appellerions aujourd'hui des "services publics", et qui, là aussi, étaient réputés être "gratuits". Or, aucun service n'est jamais gratuit: le coût de ceux qui sont qualifiés tels est simplement supporté par d'autres que leurs utilisateurs."

 

Comment cet Etat-Providence s'effondra-t-il? Quand les ressources s'avérèrent insuffisantes pour continuer d'acheter la clientèle:

 

"Le pouvoir ne disparaît, comme ce fut le cas lors de la décadence de l’Empire romain, que lorsque ce qu’il est possible de prélever sur les dominés ne suffit plus à apaiser les demandes des "clients" assistés du pouvoir."

 

Il en sera de même en France. Dieu sait quand... 

 

Francis Richard  

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 22:25

Jean-Jacques-de-Dardel.jpgJean-Jacques de Dardel, 57 ans, est ambassadeur à Paris depuis le mois de septembre 2011 ici. En pleine campagne présidentielle il répond aux questions de Xavier Alonso dans la Tribune de Genève de ce jour. Il constate que les préjugés sur la Suisse des candidats (Hollande, Sarkozy ou Mélenchon), et des Français auxquels ils s'adressent, ont la vie dure :

 

"Les candidats propagent une image caricaturée et des avis faciles sur la Suisse, alimentés par le caractère premier des Français, mélange d'humour et d'esprit critique. Rien de neuf donc, lorsqu'ils continuent de considérer notre pays comme un havre de paix pour les riches."

 

Sous-entendu fiscal.

 

Comme je l'ai dit à plusieurs reprises sur ce blog et encore récemment ici, la Suisse n'est un havre de paix que pour quelques milliers de Français plus ou moins riches, environ 2'000, imposés sur la dépense, qui fuient à bon droit les véritables spoliations fiscales qu'ils subissent de la part de l'Etat français.

 

Les autres Français, qui habitent en Suisse, entre 150'000 et 200'000 - ils ne sont pas tous enregistrés [voir ici] - sont pour le plus grand nombre, dont je suis, imposés davantage ici qu'ils ne le seraient en France pour les mêmes revenus. Il ne s'agit donc pas d'un paradis fiscal, comme ces candidats le disent à mots découverts, et on n'y vient pas travailler pour des raisons fiscales :

 

"Cette vision d'un pays refuge pour riches, poursuit Jean-Jacques de Dardel, élude le fait que le plus d'un million et demi d'étrangers vivant en Suisse (et les centaines de milliers de frontaliers qui y travaillent) le font pour d'autres raisons. La libre-pensée, la libre entreprise, le respect des individus et des minorités."

 

Selon les mêmes, l'économie de la Suisse est réduite au secteur bancaire, déplore l'ambassadeur. Or :

 

"La place financière représente 11% de notre PIB. Beaucoup ignorent que notre économie, c'est avant tout un tissu industriel très dense. Des PME à foison. Un secteur où se nichent des trésors d'activité."

 

Ce diplomate "au verbe affirmé et à la méfiance portée en boutonnière", dixit Xavier Alonso, ajoute :

 

"Architecture, art contemporain, microtechnique et biotechnique, entre autres, la Suisse, excelle dans ces domaines."

 

Seulement il est tellement plus facile de dire et de croire que la Suisse est un pays qui s'en sort mieux que les autres grâce à l'argent placé dans ses banques, que la Suisse n'a donc aucun mérite, qu'elle détourne l'argent des contribuables français en offrant un refuge à ses évadés ou exilés fiscaux et qu'elle vit donc aux frais de la France, qui adore regarder son nombril et donner des leçons de morale aux autres.

 

Ce faisant les candidats et les Français qui les écoutent feignent d'ignorer que la Suisse est beaucoup moins endettée que leur pays (38,4% du PIB en 2010 contre 83,5%), que son économie y est plus libérale et qu'en conséquence le chômage y est plus bas (3,3% en décembre 2011 contre 9,8%).

 

Les uns et les autres feignent également d'ignorer que la Suisse intègre mieux ses étrangers (22,4% de la population en 2010), que la durée du travail y est plus longue (1'994 heures par an et par employé temps plein en 2010 contre 1679 heures), bref qu'elle fait tout pour être excellente et que les richesses qu'elle produit sont dues aux efforts de tous.

 

Enfin ils feignent d'ignorer que la France souffre d'un terrible déficit démocratique par rapport à la Suisse, où existe la démocratie directe - que seule Marine Le Pen loue ... et qui s'exerce dans tous les domaines, y compris fiscal.

 

Car c'est seulement tous les cinq ans que les Français peuvent se prononcer sur un paquet, baptisé programme, qui leur réserve à chaque fois, à gauche comme à droite, bien des surprises. L'électeur français, c'est ... cocu roi. Ce qui n'est pas étonnant dans une monarchie républicaine...

 

Francis Richard

 

Cet article est reproduit sur la plateforme lesobservateurs.ch   

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 22:15

Rubik-s_cube.pngAvant-hier s'est jouée une farce à Bruxelles.

  

Les eurocrates, le socialiste José Manuel Barroso en tête, ont poussé des cris d'orfraie quand ils ont appris que la Grande-Bretagne et la Suisse avaient signé, dans leur dos, un accord modèle Rubik pour régler la situation des Britanniques ayant des comptes bancaires en Suisse.

 

Ils l'avaient d'autant plus mauvaise que les deux conseillers fédéraux, Didier Burkhalter et Eveline Widmer-Schlumpf, de surcroît présidente de la Confédération, venaient leur rendre visite juste après avoir apposé leur signature sur cet accord.

 

Ces accords tirent leur nom du cube tridimensionnel articulé [dont la photo provient d'ici], casse-tête, inventé par le Hongrois Ernö Rubik, dont il faut regrouper les couleurs sur les six faces. Par analogie l'idée, concoctée par l'Association des banques étrangères en Suisse, était de remettre de l'ordre dans un secteur bancaire en pleine confusion.

  

Concrètement ces accords modèle Rubik maintiennent le secret bancaire en contrepartie d'un prélèvement à la source sur les comptes en Suisse non déclarés chez eux par des détenteurs étrangers. Ce prélèvement est ensuite reversé aux pays dont ces détenteurs sont les ressortissants.

  

Cette façon de faire n'est pas morale, puisqu'il s'agit de monnayer un droit de l'homme. En effet la sphère privée est un droit de l'homme que le secret bancaire est destiné à protéger. Naguère il s'agissait d'un principe helvétique qui, malheureusement, est de plus en plus foulé au pied par la Suisse elle-même.

 

Les pays de l'Union européenne sont heureusement divisés sur la question de l'évasion fiscale.

 

Les pays les moins libres, ou, si l'on préfère, les plus socialistes, veulent harmoniser les fiscalités, ce qui se fait inévitablement à la hausse. S'il n'y a plus de différence entre les fiscalités nationales, plus rien ne s'oppose, selon eux, à un échange automatique des données pour rendre au pays d'origine de l'évadé fiscal ce qui lui est dû. Ces pays sont les chouchous des eurocrates.

 

Les pays les plus pragmatiques, et sans vergogne, veulent faire rentrer de l'argent tout de suite. C'est le précepte du fabuliste, selon lequel un tien vaut mieux que deux tu l'auras. Tout le monde est content : le secret bancaire est préservé, du moins en apparence, et les sous retrouvent la case départ. Les banques jouant le mauvais rôle - qui n'est pas le leur - de percepteurs d'impôts.

 

Les pays les plus libéraux, ceux qui ne craignent pas la concurrence fiscale, parce qu'ils sont les moins gourmands, du moins en comparaison des autres, sont sinon favorables, du moins indifférents au secret bancaire sans conditions. Ils ne se font d'ailleurs guère d'illusion, ni sur l'échange automatique d'informations, ni sur le secret bancaire maintenu contre paiement. Ils se situent plutôt dans l'est européen. Ils savourent la liberté pour en avoir été privés longtemps.

 

En obtenant cet accord, modèle Rubik, avec la Grande-Bretagne, pays pragmatique, la Suisse n'a certes pas fait preuve d'une grande moralité, mais elle a contribué à fissurer davantage l'Union européenne sur la question de l'évasion fiscale. Ce qui explique la colère non dissimulée de l'eurocrate non élu, José Manuel Barroso, qui est prêt ici à contester l'accord devant la Cour européenne s'il n'est pas conforme au droit européen...

 

La bataille est engagée entre les eurocrates et les récalcitrants à l'harmonie fiscale. Il est à souhaiter que les seconds finissent par l'emporter sur les premiers. Car si, d'aventure, les eurocrates parvenaient à harmoniser les fiscalités européennes entre elles dans un premier temps, puis parvenaient dans un deuxième à obliger les pays tiers qui ont conclu des accords bilatéraux à faire de même avec l'UE, via le droit européen, alors il serait à craindre que ne se réalise la prophétie de Michel Audiard:

 

"Le jour est proche où nous n'aurons plus que l'impôt sur les os."

 

Francis Richard 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 23:00

Sarkozy-et-Hollande.jpgNombre de Français, peut-être bien la majorité, hélas, ont pris l'habitude de ne pas travailler, depuis les lois Aubry sur les 35 heures de 1998 et de 2000. Qui ont montré à quel point les socialistes s'y connaissaient en économie.

 

A l'époque il s'agissait de répartir le temps de travail pour réduire le chômage. Le résultat a, bien entendu, été inverse. Le temps de travail a bien été réduit, mais le chômage n'a cessé d'augmenter.

 

Pourquoi ? Parce que la production de richesses est une dynamique et que le temps de travail nécessaire à cette production augmente quand cette dynamique est lancée. Le temps de travail n'est pas une donnée statique; il n'est pas un gâteau aux dimensions fixes, qu'il faudrait morceler pour que chacun ait sa part. C'est tout le contraire. Faute de le comprendre, on réduit les dimensions du prétendu gâteau ...

 

Ces Français qui ne veulent pas travailler plus ont écarquillé les yeux quand ils ont appris que, dimanche dernier, le peuple suisse avait refusé par 67% des voix une initiative qui proposait à tous les salariés deux semaines de vacances supplémentaires par an. Ce n'est certes pas eux qui auraient refusé. Ces Français vivent sur une autre planète. Les Suisses savent, eux, qu'on ne rase jamais gratis... Ils ont, eux, les pieds sur Terre.

 

Ces Français qui ne veulent pas travailler plus ne comprennent pas que la mondialisation est un fait têtu, qu'il ne faut pas confondre avec le mondialisme ou l'alter-mondialisme, deux idéologies totalitaires, et que, dans la compétition internationale, le temps de travail est un atout majeur, parmi tant d'autres.

 

L'an passé, j'ai expliqué ici pourquoi, en pleine crise, le taux de chômage était bas en Suisse - 2,8% à l'époque -, en comparaison internationale :

 

- l'économie y est plus libérale que dans les autres pays dits riches
- la résiliation d'un contrat de travail y est plus facile
- l'indemnisation du chômage y est de plus courte durée et y répond à des critères plus étroits
- il n'existe pas de salaire minimum

 

J'aurais pu ajouter que ce chômage bas est aussi un corollaire de la compétitivité des entreprises suisses, en dépit du franc fort et de salaires plus élevés qu'en France - une caissière à la Migros gagne 2'400 € par mois -, grâce à des charges sociales beaucoup plus basses, à un temps de travail plus long et à une plus grande productivité, fruit de la recherche et de l'innovation.

 

Résultat : la Suisse, où la durée annuelle effective de travail à taux plein en 2010 est de 1'994 heures ici, tous secteurs confondus, a un taux de chômage de 3,3% en décembre 2011 ici. La France, où la durée annuelle effective de travail à taux plein est de seulement 1'679 heures en 2010 ici, soit 315 heures de moins par an (plus de deux mois de moins de travail par an), a un taux de chômage de 9,8%, y compris les DOM-TOM à fin 2011 ici, soit un taux trois fois supérieur à celui de la Suisse ...

 

Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l'élection présidentielle française, qui a tout compris à l'économie, éprouve de la compassion pour les pauvres Suisses qui ne connaissent pas un taux de chômage à la française, qui ont un niveau de vie bien supérieur, hélas, à celui des Français et qui ne bénéficient pas du formidable modèle social français, auquel s'accrochent tous les candidats à la présidentielle française, comme à une bouée de sauvetage dans un naufrage :

 

"Je les plains de tout mon coeur de se laisser intimider par un patronat qui les convainc de ne pas prendre de vacances."  

 

Quant aux deux principaux candidats à l'élection présidentielle française [dont la photo, où on les voit se serrer la pince, provient d'ici], ils veulent caresser dans le sens du poil, qu'ils ont dans leur main, ces Français qui ne veulent pas travailler plus. L'un comme l'autre se proposent donc, chacun à sa façon, pour leur complaire, de ponctionner les riches, les boucs émissaires de la mauvaise gestion depuis près de 40 ans, de la gauche comme de la droite, auxquelles ils appartiennent, et qui conduit tout droit le pays vers une situation à la grecque.

 

François Hollande veut instituer une tranche d'impôt à 75% sur les revenus supérieurs à 1 million d'euros par an, et Nicolas Sarkozy veut instituer une extraterritorialité des impositions, sur le mode américain, pour faire cracher au bassinet les exilés fiscaux français, ceux qui ont réussi, en dépit de tous les obstacles dressés sur leur chemin, à faire fortune dans un pays où on leur crache dessus tous les jours, en se plaignant, également tous les jours, d'être en voie de paupérisation, en travaillant moins. Ce qui est un comble...

 

François II et Nicolas II sont bien naïfs, l'un comme l'autre, s'ils croient qu'en prenant de telles mesures, qui reviennent à travailler plus pour ne plus rien gagner du tout, voire commencer à perdre, ils donneront envie, justement, de travailler plus aux Français qui le veulent encore et qui voudraient bien encore devenir riches en France, mission de plus en plus impossible dans ce pays ... à moins d'être privilégiés et protégés par des compères bien placés. 

 

Face à des requins pareils, l'évasion, sous une forme ou une autre, sans laisser de traces, est un devoir de charité bien ordonnée. En attendant des jours meilleurs...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 21:10

Les-Francais-qui-quittent-la-France.jpgLe Figaro publie le 23 février 2012 un article sur les Français qui quittent la France ici, résumé par ce chapeau :

 

"Ils sont quelque 200.000 en Belgique, 160.000 en Suisse, et leur nombre s'accroît à raison d'au moins 1200 départs par an. Leurs griefs: le poids de la fiscalité, bien sûr, mais surtout «l'imprévisibilité» et la «culture anti-riches» qui règnent en France."

 

Le phénomène se serait accéléré en ce début d'année. Ainsi les candidats à l'évasion fiscale n'attendraient-ils pas le 6 mai 2012.

 

Si ces futurs ou actuels évadés avaient encore un doute, François Hollande, qui clame haut et fort qu'il veut faire payer les riches, leur aura ôté.

 

Cette une du Figaro est à rapprocher d'une étude sur le Coût de l'émigration de Contribuables Associés, qui date du 20 mars 2009 ici [d'où provient l'image]. Cette étude, qui n'a pas pris une ride, montre que l'émigration vers la Suisse et la Belgique, où se trouvaient alors respectivement 9,5% et 6% des Français de l'étranger , n'est que la pointe d'un iceberg :

 

"Chaque année, 233.000 Français quittent définitivement ou pour une longue période la France et 168.000 y reviennent, soit un solde migratoire négatif de 65.000 personnes."

Les raisons de ces départs sont multiples :

 

"Emigrations de main d’oeuvre, de compétence, entrepreneuriale, étudiante, fiscale, retraitée."

 

Ces émigrations ont évidemment un coût. Dans cette monographie de Contribuables Associés :

 

Jean-Paul Gourévitch évalue les dépenses consenties par l’État pour l’éducation de ces émigrés, les manques à gagner fiscaux et sociaux et la perte de recettes entraînée par ces départs à un montant annuel de 11,117 Mds d’euros.

 

En contrepartie, les économies réalisées par l’État et les recettes générées par les transferts de fonds et les retours ne représentent que 3,323 Mds d’euros."

  

Bref la France s'appauvrit, se vide d'une partie de ses élites, notamment en raison de la pression fiscale toujours plus forte, laquelle n'incite ni à y entreprendre ni à y travailler. Au premier rang de cette pression fiscale se trouve l'ISF (impôt sur la fortune), suivi par l'IRPP (impôt sur le revenu des personnes physiques), que la moitié des foyers fiscaux ne paient pas... et par l'IS (impôt sur les sociétés).

 

Peut-être faudrait-il élever un mur aux frontières de la France avec des miradors pour que ces foutus riches français ne s'échappent surtout pas avec leur magot ...

  

La mentalité d'un certain nombre de Français à l'égard des riches émigrés français n'est pas non plus pour les inciter à revenir. C'est ainsi que, dans l'édition du Monde datée du 24 février 2012 j'ai relevé cette lettre gratinée d'un lecteur ici :

 

"En 1789, nos aristocrates ont en majorité quitté la France où ils risquaient de perdre leur tête. Ce mouvement de masse dicté par l’instinct de conservation pouvait se comprendre. Aujourd’hui, nos contemporains les plus riches menacent de quitter l’hexagone chaque fois que la fiscalité risque d’augmenter quelle que soit d’ailleurs la couleur du gouvernement. Il s’agit dans ce cas d’une tentation moins glorieuse et même quelque peu ignoble – compte tenu de la progression des revenus des plus aisés – d’échapper à la solidarité nationale. Est-il besoin de rappeler à ces gens coupables d’incivilité que l’impôt est le moyen de diminuer les inégalités lorsqu’il est proportionnel aux revenus et de financer les services publics et la protection sociale ? L’amour de l’argent n’excuse pas la lâcheté."

 

Ce lecteur trouve "ignoble" que des Français parmi les plus riches "menacent de quitter l'hexagone" parce que l'Etat veut les tondre davantage, alors qu'ils ne sont pas à plaindre puisque les "revenus des plus aisés" auraient progressé. Ils ne seraient animés que par de vils motifs : vouloir "échapper à la solidarité nationale" par "amour de l'argent"...

 

Le problème est qu'une solidarité suppose le consentement. En l'occurrence elle est forcée et n'est qu'un puits sans fond, depuis des décennies. C'est la faillite de l'Etat-Providence à la française, qu'a révélé au grand jour la crise de son endettement, faillite sur laquelle il convient de se taire. Est-il donc ignoble de vouloir sauver ce qui peut être sauvé d'un tel désastre, en étant dicté par l'instinct de conservation ?   

 

Ce serait lâche, selon ce lecteur, de se soustraire à la rapacité de l'Etat. L'impôt serait "le moyen de diminuer les inégalités lorsqu'il est proportionnel aux revenus". Diminuer les inégalités ne peut se faire pourtant réellement qu'en permettant à chacun de devenir plus riche et non pas en appauvrissant la plupart et en redistribuant arbitrairement les richesses, c'est-à-dire en prenant dans la poche des uns pour donner aux autres.

 

Parce que c'est l'Etat, qui s'abrite derrière la loi et rançonne le contribuable de manière confiscatoire, on ne parlera pas de vol - alors que c'en est un -, mais de financement de services publics et de protection sociale, sur lesquels on ne demande l'avis de personne tout en les rendant obligatoires.

 

Enfin le lecteur du Monde ignore qu'en France, comme dans bien d'autres pays, l'impôt n'est pas le moins du monde proportionnel aux revenus, mais progressif avec les revenus, c'est-à-dire que plus le contribuable gagne plus le taux auquel il est imposé augmente, jusqu'à devenir tout simplement confiscatoire.

 

Comme on le voit ce lecteur est bien emblématique de cette "culture anti-riches" qui fait fuir à toutes jambes ceux qui entreprennent et disposent de biens. Ces, plus ou moins, riches ont d'autant plus raison de voter avec leurs pieds que les lois fiscales en France sont changeantes, voire bien souvent rétroactives, ce qui empêche de faire le moindre projet.

 

Ceux qui peuvent émigrer vers des cieux moins tourmentés ont également d'autant plus raison de le faire que l'évasion fiscale en demeurant sur place leur est de plus en plus interdite. Ils ne peuvent donc plus, en attendant des jours meilleurs, mettre à l'abri le fruit du travail de toute une vie, ou celui de ceux qui les ont précédés dans la vie.

 

Si, à Dieu ne plaise, François II (Hollande) devient Président de la République française et qu'il décide de suivre le modèle américain d'extraterritorialité fiscale, l'étape suivante sera, pour l'évadé, de renoncer, la mort dans l'âme, à la nationalité française pour échapper au mauvais sort réservé aux ressortissants.

 

Francis Richard

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 22:35

Claude-Gueant.jpgClaude Guéant, dont la photo provient d'ici, ministre de l'Intérieur français, s'adresse le 4 février 2012 à un auditoire d'étudiants français membres du syndicat de droite, l'UNI. Ses propos sont destinés à cet auditoire circonscrit.

  

Il ne tient pas de propos polémiques, mais des propos qui devraient même plaire à la gauche française. C'est compter sans le terrorisme intellectuel, qui, chez elle, est comme une seconde nature.

  

Un morceau de phrase du ministre, complètement isolé de son contexte, va être utilisé pour fabriquer une petite phrase, destinée à diaboliser cet adversaire à quelques semaines des présidentielles :

 

"Toutes les civilisations ne se valent pas."

 

Le Parisien en ligne du 5 février 2012, c'est-à-dire dès le début, a pourtant situé cette phrase dans son contexte ici :

 

"Dans son discours samedi, Claude Guéant a appelé à "protéger notre civilisation" et s'en est pris à la gauche. "Contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas", a déclaré le ministre également chargé de l'Immigration. "Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient", a-t-il argumenté, ajoutant: "celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique"."

  

Ce sont des propos auxquels la gauche française devrait souscrire sans difficulté. Ils sont en phase avec les valeurs qu'elle prétend depuis toujours défendre haut et fort. Deviennent-ils faux par le seul sortilège qu'ils sont tenus par un adversaire politique ?

 

En ne retenant que ce qui l'arrange pour créer la polémique, le monde politique de gauche va déformer les propos du ministre :

 

"En affirmant la supériorité de notre civilisation sur les autres, Claude Guéant révèle une fois encore la dérive d'une droite en perdition, prête à tous les abandons pour préempter le fonds de commerce du Front National" déclare aussitôt Bernard Cazeneuve, porte-parole de François Hollande.

  

Chez cet érudit, race et civilisation c'est vraisemblablement tout comme... Or Claude Guéant ne parle pas de races supérieures, comme le grand ancêtre républicain, Jules Ferry, dans un autre contexte sémantique. Il considère comme supérieures les civilisations qui défendent l'égalité à celles qui acceptent la tyrannie. En quoi est-ce une dérive pour un socialiste ?

  

Cécile Duflot, Secrétaire nationale d'Europe Ecologie Les Verts, écrit :

  

"Retour en arrière de 3 siècles. Abject."

 

Si je compte bien, trois siècles en arrière cela donne 1712, la naissance de Jean-Jacques Rousseau... Quel rapport ? Trois siècles en arrière cela n'a rien à voir avec le sujet, mais c'est antérieur à la Révolution, à la devise liberté, égalité, fraternité, dont Guéant s'est justement réclamé. C'est donc faire un contre-sens historique complet de ce qu'a dit le ministre. 

 

SOS Racisme communique :

 

"Si ces derniers [propos], très graves, avaient été bel et bien tenus par le ministre de l'Intérieur en fonction, ils marqueraient une nouvelle étape dans une dérive vers des extrêmes inacceptables, structurés notamment par des logiques d'infériorisation de l'Autre."

Le porte-parole de Hollande parlait de dérive. L'organisation, qui a fait de l'anti-racisme son fonds de commerce, précise de quelle dérive il s'agit, d'une dérive vers des extrêmes inacceptables . Ah bon ? Claude Guéant considère pourtant que les civilisations qui défendent l'égalité - le contraire de l'infériorisation de l'Autre - sont supérieures à celles qui acceptent la haine sociale ou ethnique...

Le comble a été proféré aujourd'hui à l'Assemblée nationale française par le député apparenté socialiste Serge Letchimy ici :

"Montaigne disait « chaque homme porte la forme entière d'une humaine condition ». J'y souscris. Mais vous, monsieur Guéant, vous privilégiez l'ombre. Vous nous ramenez jour après jour à des idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration au bout du long chapelet esclavagiste et coloniale."

Au fur et à mesure que grossit cette polémique, montée de toutes pièces, l'interprétation de gauche, exactement à l'opposé des propos tenus, est passée de la "dérive d'une droite en perdition" à "la dérive vers des extrêmes inacceptables" en passant par un "retour en arrière de 3 siècles" pour aboutir "aux idéologies européennes qui ont donné  naissance aux camps de concentration".   

Bref la gauche française ne sort pas grandie de cette polémique contre Claude Guéant. Car, ou bien elle ne comprend pas les propos qui ont été tenus par le ministre, ou bien elle est malhonnête intellectuellement. Dans les deux cas, elle ne donne pas envie...

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord disait que "tout ce qui est excessif est insignifiant". En l'occurrence c'est très signifiant.

Francis Richard

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 20:00

Spectacle du Monde janvier 2012Dans Le spectacle du monde ici de janvier 2012, consacré à la politique étrangère de la France, un article a retenu particulièrement mon attention. Parce que ce qu'il dit à propos de la France est de portée bien plus large.

 

Dans cet article, intitulé Le dilemme français, Eric Branca nous explique comment la venue au pouvoir de Valéry Giscard d'Estaing rompit avec la traditionnelle politique étrangère de la France.

 

Jusqu'alors la politique étrangère de l'Etat français, entité historique, était dictée par la défense de ses intérêts vitaux. C'était la conception du général de Gaulle. Désormais il est comme les autres Etats, qui ne sont que "des pions sur l'échiquier d'une démocratie mondiale où tout se décide par le vote" :

 

"L'apparente résignation du nouveau pouvoir à laisser la France glisser du statut de sujet à celui d'objet de la vie internationale n'est pas le fruit du hasard."

 

Elle masque un dessein à peine dissimulé. Giscard d'Estaing, qui est un homme de Jean Monnet, veut réaliser le programme de ce dernier : réaliser la "fusion progressive des nations européennes en un Etat fédéral expérimental, prodrome d'un gouvernement mondial".

 

Sous son septennat sera créé le Conseil européen des chefs d'Etat et de gouvernement, sera décidée, en 1977, l'élection du Parlement européen au suffrage universel et, en 1979, sera créé le Système monétaire européen "matrice d'où sortira, avec le traité de Maastricht (1992), l'instauration d'une monnaie unique européenne, le 1er janvier 1999".

 

Avec ce traité contre lequel j'ai eu l'honneur de voter, la souveraineté des Etats européens d'absolu devient relative : le droit externe édicté par des organes non élus prévaut dès lors sur les lois nationales votées par des parlements élus, ce de manière définitive. Petit à petit les Etats seront dessaisis de leurs prérogatives.

 

La monnaie unique va être le moyen prémédité d'aller encore plus loin en privant les Etats de leur liberté budgétaire et en "imposant les mêmes obligations à des zones au développement divergent" :

 

"Ainsi est-on parvenu au résultat de "l'effet d'engrenage" (ou spill over effect) vanté par Jean Monnet au moment de l'entrée en vigueur de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca), en 1952 : un transfert en douceur des compétences traditionnellement régaliennes vers des organismes techniques échappant aux "aléas" - comprendre : à la volonté des peuples."

 

Eric Branca cite Jacques Delors, alors président de la Commission de Bruxelles, qui déclarait le 30 novembre 1989 lors d'un colloque du Center for European Studies de Boston:

 

"Le secret de la construction européenne est celui d'une dialectique entre la force des engagements fondamentaux et le développement spontané de ses multiples effets d'engrenage..."

 

Il cite également l'ineffable Jacques Attali qui confiait le 11 août 2011 à la revue sur Internet du Council on Foreign Relations (CFR):

 

"Lorsque nous avons créé le marché unique, en 1984, nous savions que le marché unique ne pourrait pas fonctionner sans une monnaie unique, et nous avons créé une monnaie unique. Et lorsque nous avons créé cette monnaie unique, nous savions que la monnaie unique ne pourrait pas survivre sans un budget fédéral."

 

Ce n'était qu'une première étape vers le mondialisme. Ce jour-là Jacques Attali concluait d'ailleurs, toujours cité par Eric Branca:

 

"Nous sommes en train de voir apparaître un marché mondial sans un Etat de droit mondial. Nous avons donc besoin d'une primauté globale du droit [...] et d'un nouveau système international où la charge de la réserve de monnaie mondiale serait répartie entre les Etats-Unis, le Japon, la Chine et l'Europe."

 

La création de l'euro était donc bien un piège et ... l'adopter mettre le doigt dans un engrenage conduisant à un nouvel ordre mondial sans avoir à donner la parole aux peuples. Le pacte budgétaire décidé par le sommet européen de lundi dernier, 30 janvier 2012, en est une nouvelle illustration et une nouvelle étape.

 

Francis Richard

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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 11:30

Reac.jpgLe titre, à première vue, pourrait paraître provocateur. Après lecture il l'est beaucoup moins, voire pas du tout. Car dans De l'urgence d'être réactionnaire, publié aux PUF ici, Ivan Rioufol nous explique ce qu'il entend par ce vocable qui, dans la bouche, et dans la prose de certains, se voudrait injurieux et même assassin.

 

L'épithète de réac ne fait plus peur à ceux qui en sont affublés par des adversaires inimicaux et, même, ils le revendiquent, se l'approprient, par le plus beau des effets boomerang. La signification qui en est donnée n'est toutefois pas toujours la même.

 

Ainsi Dans la tête d'un réac d'Eric Brunet ici s'agissait-il surtout d'une attitude devant la vie, caractérisée par la fidélité et l'insolence. L'auteur considérait les réacs comme une espèce en voie d'extinction, à laquelle il était cependant fier d'appartenir.

 

Pour Ivan Rioufol, au contraire, c'est une espèce à qui l'avenir appartient. La réaction n'est-elle pas ce qui permet d'avancer ? Le néo-réac ne s'interdit pas la nostalgie, mais ce n'est pas le retour à l'ancien monde qui le meut. Il est un réactionnaire de progrès.

 

Tandis que le conservateur prône la réforme, le néo-réac est porteur de rébellion, voire de révolution. Pour le moment il n'est qu'un franc-tireur, mais il est appelé à faire masse, tant il est vrai qu'il ne restera pas longtemps seul à vouloir qu'on le laisse continuer à vivre, tout simplement :

 

"Le réactionnaire d'aujourd'hui est un démocrate déçu et révolté, avec qui les décideurs devront compter. Il va se faire de plus en plus entendre, à mesure que les crises, et singulièrement celles de l'endettement public et du multiculturalisme, vont dévoiler les désastres de décennies d'utopies indifférentes aux réalités et à la vie des gens."

 

L'urgence, pour les décideurs, est de se mettre à l'écoute des gens pour éviter que leur sourde colère ne soit détournée par des partis extrémistes et autoritaires. Il faut qu'ils arrêtent de nier les évidences et de diaboliser les récalcitrants. Sinon  ce sera le retour en arrière, excessif et irréaliste, des protectionnismes. 

 

L'auteur s'en prend avec raison au politiquement correct. Penser mal, en France particulièrement avec les lois mémorielles, peut vous valoir des sanctions. Car le débat est mis sous surveillance de la justice, ce qui est la marque distinctive des pays totalitaires.

 

Les médias évangélisateurs sont les promoteurs de cette mise sous tutelle de la libre expression. Il n'est pas étonnant que, renonçant à leur mission d'information au profit d'un moralisme intolérant, ils ne supportent pas la contradiction et l'entêtement des faits. Il n'est pas étonnant non plus qu'ils perdent au fil des jours de l'audience, donc de leur pouvoir de nuisance.

 

Pour les élites, qui méprisent les peuples européens et ne tiennent pas compte de ce qu'ils disent, les racines, les héritages, la diversité, les droits de l'homme ne sont bons qu'à condition de les appliquer uniquement aux populations extra-européennes.

 

Ces dernières sont confortées dans leurs communautarismes par l'anti-racisme qui ne condamne pas leurs propres racismes, au contraire, et par la haine de soi, que les élites européennes cultivent dans leurs populations en enseignant une histoire manichéeenne, où les ancêtres européens sont les seuls coupables de tous les maux.

 

En Europe l'immigration économique en provenance de pays musulmans est devenue une immigration de peuplement (qui est favorisée, selon moi, par les Etats-Providence et l'absence de libertés des pays d'origine). C'est un problème réel auquel le continent est confronté et que ne veulent pas voir ses élites.   

 

Sous peine d'être taxé d'islamophobie - qui est encore la peine la plus légère qui puisse être infligée - il est interdit de s'exprimer librement sur l'islam. Rioufol veut croire que l'islam n'est pas incompatible avec une forme de démocratie, mais il n'est pas naïf :

 

"L'intégrisme est à l'islam ce que la terreur est au communisme ou le chômage au capitalisme."

 

Pour que l'islam - qui veut dire soumission - se fonde un jour dans la culture démocratique occidentale, il faut qu'une autorité laïque soit capable de ne pas lui accorder de statut privilégié, de ne pas cèder à ses demandes d'exemptions et à ses exigences de conformité à la charia.

 

Comme les élites ne semblent pas prêtes à l'affrontement qui se prépare, Rioufol en appelle à l'insurrection civique de la société civile, ce cinquième pouvoir, qui commence déjà à se faire entendre par d'autres canaux que les classiques, grâce à la révolution d'Internet. 

 

A l'islam politique, cette idéologie qui véhicule régression et obscurantisme quand elle est appliquée à la letttre, il faut opposer "une résistance légitime, qui est celle d'une culture qui n'a pas à rougir de ce qu'elle est ni de ce qu'elle a produit".

 

C'est pourquoi il faut donner la parole au peuple sur des sujets comme la sécurité ou l'immigration. Il est envisageable de lui poser ces questions essentielles, qui doivent relever de la souvraineté nationale, par l'intermédiaire de référendums d'initiative populaire, comme cela se pratique en Suisse, en Allemagne ou en Italie.

 

Au regard de ce qui se passe dans toute l'Europe Rioufol pense que l'Internationale des néo-réactionnaires est en marche, prélude en France à une Union nationale :    

 

"Les réalités et leurs complexités obligent les citoyens et leurs représentants au réalisme et à l'union, c'est-à-dire à être conservateurs quand il faut protéger ce qui doit l'être, libéraux si l'efficacité le juge nécessaire, socialistes quand la solidarité le demande."

 

Si le constat est indéniable, sont-ce les bons moyens d'y remédier ? 

 

Francis Richard 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 00:25

Antifa.jpgOskar Freysinger est certes conseiller national UDC du Valais, brillamment réélu pour quatre ans le 23 octobre dernier, mais il est aussi écrivain, ce dont il a fait la démonstration éclatante avec son monologue Le nez dans le soleil ici.

 

Quand l'homme politique et l'écrivain décident de faire cause commune, cela donne Antifa, un manifeste antifasciste, publié aux Editions Tatamis ici, où la dérision le dispute à l'esprit ravageur, où les bons mots du débateur voisinent avec les syllogismes volontairement absurdes de l'homme de lettres.

 

Afin de répondre à Stéphane Hessel, l'indigné en chef, le député valaisan s'est mis dans la peau d'un indigné de base, partisan forcené à la fois de l'avortement et de l'euthanasie en raison de... "la cruauté de la vie".

 

Ada, la copine de cet indigné lambda, fait de plus en plus passer le sauvetage improbable du monde avant la bagatelle, ce qui est d'autant plus cruel pour son copain qu'"elle a un de ces culs, Ada" et qu'il en est de plus en plus réduit au self-service. Alors qu'il est en perdition, il a la soudaine révélation de l'indignation qui sauve, l'indignation contre tout et rien :

 

"C'est fou ce que ça donne un sens à la vie, l'indignation." remarque-t-il, ravi.

 

Le comble de l'indignation ? De se trouver "face à des gens qui se permettent de ne pas être indignés", alors qu'il y a tant de raisons dans le monde d'être indigné ne serait-ce qu'au vu des manifestations de la nature, dont la cruauté est peut-être acceptable à la rigueur chez les animaux, mais inadmissible chez les humains.

 

Les humains ? Tous des victimes, dont certaines "ont la fâcheuse tendance à devenir des bourreaux". Il en est ainsi de juifs qui sont devenus fachos et qu'il convient alors d'appeler israéliens ou sionistes, faut pas confondre. Quand les nazis boycottaient les magasins juifs dans les années 1930, c'était de l'antisémitisme. Mais boycotter aujourd'hui les produits israéliens, c'est faire acte de résistance...

 

Au premier rang des victimes ? Tous les criminels, "sauf les riches, les curés pédophiles et le pape", bien entendu. 

 

Le monde n'est composé que de catégories, de minorités, qui forment une majorité plurielle. Alors que les fachos ne sont pas une catégorie, mais un état d'esprit qui peut être corrigé, pour les sauver, en les aplatissant. Rien à voir avec la violence. D'ailleurs :

 

"Nous, par exemple, on ne brûle pas les livres. On n'est pas des barbares. On les interdit." dit-il avec fierté.

 

Pour un antifa digne de de nom :

 

- La vérité n'existe pas. Prétendre le contraire, c'est facho. De même "le discours fonde la réalité". Pas l'inverse. Les faits sont fachos, donc indéfendables : c'est pourquoi "l'homme se libère du réel".

 

- En matière d'éducation il ne doit plus y avoir de punitions, plus de contraintes, plus de principes moraux : il faut niveler par le bas afin que tout le monde puisse y descendre; il ne faut plus rien imposer aux enfants, mais négocier avec eux.

 

- L'Etat n'est pas au service des citoyens, c'est l'inverse : "Le paradis sur terre existe, et l'Etat-providence est son prophète !".

 

- Les états sont trop nombreux. Il faut que les frontières disparaissent et qu'un état général, universel, planétaire dispense "le bonheur partout".

 

- L'éducation sexuelle mise en pratique doit permettre aux enfants d'être des victimes conscientes si un adulte non-autorisé abuse d'eux.

 

- "La sexualité est une et multiple à la fois".

 

- Seules les intentions comptent, pas les actes. C'est pourquoi les fachos sont méchants et les antifa gentils.

 

- Un facho ne peut pas être un humoriste, ni un écrivain génial. Point barre. Tant pis pour Céline !

 

- "Le prochain n'est jamais aussi proche que quand il est lointain" et c'est encore mieux quand le lointain prochain immigre et met la misère à portée de main : "ça diminue les frais de transport"...

 

- L'excuse est le corollaire de l'indignation.

 

- Le capital doit être éradiqué : "Tout le monde sera pauvre, mais la pauvreté n'est-elle pas notre seule dignité ?".

 

- Tout change : ainsi celui qui doit tenir une promesse n'est plus celui qui l'a faite...

 

Le livre se termine par une description irrésistible de la vie en communauté, dans laquelle Ada a entraîné l'auteur du petit manuel antifa. Je laisse au lecteur le soin de découvrir quel sort cruel lui est réservé. 

 

Cet indigné aspire alors, pour s'en sortir, à devenir socialiste : faut-il qu'il soit désespéré !

 

Oskar Freysinger force-t-il le trait ? Un poco, ma non troppo...

 

Francis Richard       

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 23:40

L-Age-d-Homme-fete-ses-45-ans.jpgSamedi 26 novembre 2011 après-midi. La salle des fêtes de la mairie du VIe arrondissement de Paris, qui se trouve place Saint-Sulpice, est noire de monde. Il a fallu rajouter des bancs tapissés de velours pour permettre à l'assistance de s'asseoir.

 

A la tribune se succèdent l'Ambassadeur de Serbie à Paris, S. Exc. Dusan Batkovic, le Pr Jacques Catteau, Jean-Baptiste Baronian, membre de l'Académie royale de Belgique, Jean-Pierre Vanderstappen, le Pr Gérard Conio, Lydwine Helly, Christine Mestre, présidente de l'Association France-Oural, Olga Zinoviev, directrice du Centre de recherches Alexandre Zinoviev, Polina Zinoviev, peintre. Ils sont venus célébrer les 45 ans de L'Age d'Homme ici et rendre hommage à son fondateur, Vladimir Dimitrijevic, que ses amis proches appellent Dimitri.

 

Dans l'assistance je rencontre Uli Windisch, qui me présente à l'Ambassadeur de Suisse en France et à Monaco, S.Exc. Jean-Jacques de Dardel, qui vient d'être nommé à Paris, et Edgar Morin, qui lui avait promis de venir et qui est là, en pleine forme, à nonante ans cette année, tandis que chante au fond de la salle un choeur orthodoxe aux accents graves de toute beauté.

 

Dans un salon proche de la salle des fêtes deux films sont projetés tour à tour.

 

L'un a été réalisé par Jean-Pierre Bonneau. Il est intitulée Personne déplacée, comme le livre d'entretiens de Vladimir Dimitrijevic avec Jean-Louis Kuffer, dont j'ai rendu compte ici, quand il a paru dans la collection du Poche suisse. On y voit Dimitri s'entretenir avec le Père Nicolas Ozoline, notamment sur l'orthodoxie, sur Vladimir Volkoff et son indépassable tétralogie des Humeurs de la mer éditée par lui, sur ces compatriotes serbes, qu'il ne demande pas de magnifier mais de simplement respecter.

 

L'autre film, intitulé Le sablier du siècle, est réalisé par Claude Herdhuin. Il s'agit du portrait du général Pierre-Marie Gallois, ami de Dimitri, qui souligne en particulier les conséquences désastreuses de la reconnaissance du Kossovo, ce fâcheux précédent d'une terre livrée à ses immigrés devenus majorité, et qui raconte la désinformation sur son intervention, à la demande des services secrets français, auprès du général Ratko Mladic, pour faire libérer en 1995 deux aviateurs français, que ce dernier avait fait prisonniers.

 

Dans un autre salon sont exposées des photos de Louis Monier qui représentent des écrivains tels que Georges Haldas, Eugène Ionesco en compagnie de Mircea Eliade et d'Emil Cioran, Stéphane Courtois, Roland Barthes, Pierre Gripari, Vladimir Volkoff et de tant d'autres écrivains, édités ou non par L'Age d'Homme.

 

Notre-Dimitri.jpgSur l'invitation on peut remarquer un petit dessin à l'encre noire. Il est de Dimitri. Il représente un passeur... C'est ainsi que l'avait qualifié fort opportunément Jean-Louis Kuffer. 

 

Le portrait de Dimitri, qui figure également sur l'invitation, est l'oeuvre du peintre et sculpteur serbe Pierre Omcikous. Sur ce tableau, reproduit en couverture du livre paru ce samedi, qui lui rend hommage, Dimitri lit et paraît "concentré et heureux". 

 

La cotisation de l'Association des Amis de Vladimir Dimitrijevic et de l'Age d'Homme, créée ce samedi, dont le but est "d'aider au rayonnement et développement de la maison d'édition dans l'esprit de son fondateur", donne droit cette année à cet ouvrage qui honore Dimitri, mort au travail, sur une route de Bourgogne, le 28 juin de cette année.

 

Comme le dit dans ce livre Richard Aeschlimann à son propos :

 

"Son vrai pays était la vie, la littérature, l'amitié, l'amour; là où vivent les contrebandiers du verbe, les passeurs d'idées, là où le vent de la pensée circule librement."

 

Bernard de Fallois rend cet hommage d'un éditeur à un autre éditeur :

 

"Editer pour lui n'était pas le moyen de vendre des livres mais le moyen de les faire exister."

 

Gérard Joulié en explique le pourquoi en s'adressant en ces termes posthumes à Dimitri :

 

"En d'autres temps vous eussiez été prêtre et soldat. La bassesse du nôtre vous a fait éditeur de livres afin de maintenir à flot le niveau des âmes."

 

Le même ajoute un peu plus loin :

 

"Lire était pour vous une occupation sérieuse. Jamais la littérature ne fut pour vous un divertissement."

 

Jean-Michel Olivier publie un extrait d'un roman qu'il a mis en chantier et où il parle de Dimitri. Il aborde l'engagement de Dimitri aux côtés de sa patrie, la Serbie, dans le conflit balkanique et met dans la bouche d'un protagoniste ces paroles : 

 

"Ceux-là mêmes qui, naguère, l'avaient porté aux nues, quand il dénonçait les dangers du communisme, le crucifiaient à présent pour l'attachement qu'il vouait à son pays."

 

Toujours est-il que cet engagement  -"son plus beau titre de gloire" selon Gérard Conio -, a coûté très cher à sa maison d'édition, qui n'en a pas moins continué à faire paraître quelques 150 titres par an : il n'y en a pas moins de 4'500 au catalogue. Qui dit mieux ?

 

Sa fille, Andonia, que Dimitri voyait bien en patronne, a repris le flambeau de son père. Elle était là samedi dernier. Elle sera là, à Lausanne, le vendredi 9 décembre prochain, pour la journée portes ouvertes, de 14 h à 20 h, des nouveaux locaux sis 2 et 4 avenue du Théâtre. Car elle cultive, comme son père, la vertu d'espérance et doit se plaire à dire, comme son père :

 

"On continue !"

 

Francis Richard

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 17:50

Parlement-grec.jpgLe référendum, par lequel Georges Papandréou voulait consulter le peuple grec sur son asservissement à l'Union soviétique européenne, n'aura pas lieu, comme la guerre de Troie, revue et corrigée par Giraudoux.

 

Il aura suffi à Papandréou d'agiter ce mistigri - donner la parole au peuple grec, qui est le premier intéressé à son destin - pour que se déchaînent contre lui tous ceux qui en Eurocratie ont peur des démentis populaires.

 

Les dernières fois que les eurocrates ont permis à des peuples de s'exprimer ils ont reçu des gifles sur une joue. Ils sont d'autant moins enclins à tendre l'autre qu'ils ne veulent pas entendre non plus parler des racines chrétiennes du continent...

 

La comédie du renoncement démocratique grec s'est déroulée en cinq actes, ce qui est d'un classicisme trivial :

 

Acte 1 : L'échec calamiteux de l'Etat-Providence grec est devenu patent et préfigure celui des autres Etats-Providence européens

 

Acte 2 : Par une belle nuit d'automne les dirigeants de ces Etats-Providence accouchent au forceps d'un accord pour sauver leurs fesses 

 

Acte 3 : L'impopulaire Papandréou propose de demander au peuple de se prononcer sur cet accord dans les urnes plutôt que dans la rue

 

Acte 4 : Les dirigeants des autres Etats-Providence convoquent l'imp(r)udent et lui demande de renoncer à cette drôle d'idée

 

Acte 5 : Papandréou n'écoutant que la voix de ses maîtres renonce et obtient la confiance de ses pairs pour éviter à tous le verdict populaire

 

Tout est bien qui finit bien ...sauf que l'Etat-Providence grec fera de toute façon faillite, tôt ou tard... et les autres aussi.

 

Dans cette histoire, Papandréou, discrédité, aura perdu son honneur. S'il était sincère quand il voulait demander son avis au peuple grec, il aura montré qu'il était incapable de tenir tête à ses maîtres européens. S'il ne l'était pas, il se sera révélé maître-chanteur hors pair pour obtenir la confiance de son parlement [la photo provient d'ici].

 

Dans cette histoire les dirigeants de l'Union soviétique européenne auront montré qu'il ne fallait pas leur mettre le nez dans leur caca anti-démocratique. On sait que d'entendre ce que veulent les peuples est le cadet de leurs soucis. Fonctionner par diktat est chez eux seconde nature. Ce n'est donc qu'une nouvelle confirmation de leur constante imposture... 

 

Un dessin de cette semaine de Mix et Remix ici dans L'Hebdo du 3 novembre 2011, résume bien la situation avant ce piteux dénouement. Il a pour titre : Grèce : annonce d'un référendum sur la dette ; et sous-titre : Nicolas Sarkozy consterné. Un personnage dit à l'autre : "... leur gouvernement veut demander son avis au peuple..." L'autre (Nicolas Sarkozy ?) lui répond : "... ces Grecs n'ont rien compris à l'Europe..."

 

Et d'aucuns voudraient que la Suisse adhère à cette Europe-là !

 

Francis Richard    

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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