Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 14:49

La Rhune veille sur DonibaneCe matin je suis allé courir le long de la côte. J'ai quitté Etche Alegera par le chemin qui mène au phare de Sainte-Barbe. Le ciel très bleu était moucheté de nuages de coton blanc.

Je suis allé jusqu'à la plage d'Erromardie. Au retour, la vue de la baie de Donibane Lohitzun (Saint Jean-de-Luz), qui s'ouvrit à mes yeux, faillit me couper le souffle, ce qui aurait été regrettable, puisque j'étais en plein effort.

Imperturbable, la Rhune, la montagne magique du lieu, veille sur la ville enveloppée du halo d'une première chaleur d'un dernier beau jour d'été. A cette heure-là de rares baigneuses s'aventurent dans l'eau de la plage des flôts bleus, parmi les brisants découverts à marée basse.

Sous les tamaris de Sainte BarbeIl est à peine onze heures et déjà l'ombre des tamaris de Sainte-Barbe apporte une fraîcheur bienvenue. Car sous l'effort et les rayons du soleil mon torse commence à coller à mon tee-shirt, qui mériterait de s'appeler sweat.

A grande marée basse la baie dévoile tous ses charmes comme une belle ondine dépourvue de vêtements. Les rochers tapis d'habitude sous la mer surgissent et révèlent leur qualité de pierres marines semi-précieuses.

L'envie me prend de m'arrêter. Je ferme les yeux. Je les rouvre pour m'assurer que je ne me trouve pas au milieu d'un songe. C'est bel et bien un songe pourtant, mais un songe qui me tient éveillé, qui ne me trompe pas, qui marie devant moi un chef d'oeuvre de la nature à l'oeuvre architecturale des hommes.

Sainte Barbe à marée basseUn manteau de sable maintenant à découvert est tout plissé, comme s'il était mal repassé. Ce n'est pourtant que le résultat d'un jeu entre l'eau et ses grains, que les courants ont fini par onduler.

A l'horizon les Pyrénées forment un écrin qui met en valeur ce véritable joyau aquatique. Tout ragaillardi par ce spectacle tonique, je reprends ma course vers la ville.

Mon oeil est distrait par des passantes qui promènent ici leur chien. L'une d'elles, penchée en avant, offre à mon regard des mollets nus et des fesses serrées dans un panta-court moulant blanc, tandis qu'elle attache une laisse à son molosse. Une autre, plus prosaïquement, tient à la main de petits sacs poubelles dont je me garderais de vérifier le contenu.

DLe Grand Hotel à Donibaneonibane est une station balnéaire. Les estivants qui l'ont déserté depuis la rentrée des classes viennent ici passer des vacances en famille. Dans mon enfance, puis avec mes enfants, je n'ai pas fait exception.

Aujourd'hui, sur la grande plage, les clubs ont démonté leurs agrès et leurs filets de volley-ball. Les maîtres-nageurs-sauveteurs ne sont plus là pour surveiller. Le Grand Hôtel est toujours ouvert. Donibane a aussi son côté chic...

Je poursuis ma course sur la digue. Ce n'est pas la foule des mois d'août et juillet. Je n'ai pas vraiment besoin de me frayer un chemin. Je croise des retraités et de jeunes couples, dont certains manoeuvrent une poussette.

Le port de DonibaneDonibane est toujours un port de pêche. Ce ne sont pas des vaisseaux-fantômes que je peux y contempler mais de modestes embarcations. Les autres doivent avoir pris le large.

Je passe devant la Maison de l'InfanteMarie-Thérèse d'Espagne attendait de se marier avec le roi de France, un certain Louis XIV. La rue de la République descend vers la place qui porte le nom du monarque et où se déroulent les bals populaires...

Il ne me reste plus qu'à rejoindre mes pénates. Je fais souvent ce périple marin qui me relie à la terre. Je passe à chaque fois devant l'appartement qu'occupait ma mère les dernières années de sa vie. Je lève rituellement les yeux vers son balcon et songe qu'elle est venue, tout à côté, dans un petit hôtel, alors que je n'étais qu'un nourrisson, pour me redonner vie...

Francis Richard   

Partager cet article
Repost0
23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 21:45

Geert Wilders sortie du tribunalSur ce blog, ici, j'ai raconté comment les pseudo-défenseurs de la liberté d'expression avaient finalement réussi à empêcher Geert Wilders de s'exprimer en Suisse en menaçant d'y troubler l'ordre public, en bons démocrates qu'ils se prétendent. Geert Wilders [sa photo à la sortie du tribunal d'Amsterdam provient d'ici] était présenté dans la presse romande comme un extrémiste de droite, un raciste, que sais-je.

 

Pourquoi ? Parce qu'il était poursuivi pour incitation à la haine raciale. La présomption d'innocence ne pouvait pas jouer en sa faveur. Il était condamné d'avance. Il avait le grand tort d'être inquiet de l'expansion de l'islam en Europe, qui comme chacun sait est une religion pacifique, tolérante, qui n'opprime pas les femmes et qui n'est pas le moins du monde raciste.

 

Ses crimes principaux aux yeux des dizaines de plaignants qui le poursuivaient en justice dans son pays ? D'avoir comparé le Coran à Mein Kampf et d'avoir diffusé un film, Fitna, ce qui veut dire discorde, montrant comment le Coran prêché peut être mis en application dans les faits. J'ai posté sur ce blog ici les 16 mn de ce documentaire-choc pour les internautes, afin qu'ils puissent juger sur pièce et non pas sur des on-dit.

 

Aujourd'hui le tribunal d'Amsterdam a rendu son verdict. Geert Wilders était bien innocent, n'en déplaise à tous ses calomniateurs et son jugement n'est pas susceptible d'appel. Il n'avait donc pas incité à la haine raciale, ni à la haine religieuse, contrairement à ce que hurlaient certains avec les loups.

 

Le juge a déclaré, rapporte Le Monde :

 

"Les déclarations de Monsieur Wilders ne constituaient pas une critique des individus mais de leurs croyances. (...) Le tribunal juge ces déclarations acceptables en raison du contexte et du débat de société."

 

Le "quotidien de référence" français ajoute :

 

"S'il a qualifié ces déclarations de M.Wilders de "grossières et dénigrantes", le juge a fait savoir qu'"elles ne constituent pas une incitation à la haine.""

Une autre manière de dire que Geert Wilders n'a pas pris de gants pour dire la vérité.

Cela va-t-il clouer le bec à ses calomniateurs ? Que non pas. Le Monde en tête, qui qualifie Wilders de chef de l'extrême-droite néerlandaise... Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...

 

Francis Richard

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

Partager cet article
Repost0
12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 19:45
Armes lourdes Abidjan CocodyLa semaine dernière, j'écris sur ce blog que Le mondialisme fait main basse sur la Côte d'Ivoire. La suite des événements confirme cette main-mise de la communauté internationale sur le destin de ce pays.
  
Avec les élections présidentielles du 28 novembre 2011 il s'agissait, sous pression internationale, de réunir artificiellement un pays réellement coupé en deux depuis 2002, où une démocratie formelle à l'occidentale ne peut pas fonctionner parce que les fortes minorités n'y seront pas prises en compte, comme elles peuvent l'être en Suisse par exemple.  

Dans cet article du 7 avril 2011 je rappelle :

"A la dimension religieuse, nord musulman, sud chrétien, s'ajoute une dimension ethnique que l'on retrouve dans tous les pays d'Afrique, qui explique les clivages existant dans un même pays et qui fait partie de la longue histoire du continent que la parenthèse coloniale n'a pas gommé. Les ethnies ivoiriennes du nord sahélien et celles du sud et de l'ouest ne s'entendent pas depuis longtemps et la richesse se trouve ... dans le sud, avec son débouché maritime."

Or Alassane Ouattara représente le nord du pays et Laurent Gbagbo le sud, Abidjan étant la capitale économique où les deux Côte d'Ivoire, que les deux adversaires représentent, font jeu égal, avec des quartiers acquis à la cause de l'un ou à celle de l'autre.

Les résultats des élections présidentielles, compte tenu des fraudes commises dans les deux camps, ne permettent pas de les départager de manière absolument certaine. Si bien que chacun d'entre eux peut à bon droit revendiquer la victoire.
 
Toutefois la communauté internationale dans cette incertitude choisit son champion, Alassane Ouattara. Pourquoi ? Parce que ce dernier lui correspond parfaitement. Il est favorable à la réunification jacobine du pays, tandis que Gabgbo l'est de la partition, plus conforme à la géographie et à l'histoire.
 
En outre Ouattara n'est-il pas un bon musulman, de surcroît "libéral" ? Ne fait-il pas partie du sérail puisqu'il a été entre autres économiste au FMI ? Cerise sur le gâteau, n'a-t-il pas été marié par un certain Nicolas Sarkozy du temps où celui-ci était maire de Neuilly-sur-Seine ici ?
 
En face de lui Laurent Gbagbo a le grand tort d'être catholique et d'avoir une femme évangéliste. Dans ces conditions être "socialiste" ne suffit pas à le faire mieux considérer par cette communauté internationale qui désormais dirige le monde de plus en plus.
 
Seulement la communauté internationale ne s'attend pas à ce que Laurent Gbagbo s'accroche autant au pouvoir qu'il détient depuis dix ans. Quinze jours après l'élection du 28 novembre 2010, les sanctions économiques pleuvent sur la Côte d'Ivoire pour le faire céder, provoquant ruines et désolations dans le pays.

Comme Laurent Gbagbo ne cède toujours pas et qu'il reste toujours populaire dans le sud, la communauté internationale arme son adversaire qui lance une offensive éclair au cours de laquelle les troupes de Ouattara montrent leur vrai visage qui ne vaut guère mieux que celui des troupes de Gbagbo, comme en témoignent les massacres perpétrés à Douéké, dénoncés par le CICR. Le mythe des bons et des méchants a fait long feu.

Cette offensive ne rencontre pas beaucoup de résistance jusqu'à Abidjan où les forces de Ouattara se heurtent à celles de Gbagbo qui les attendent de pied ferme. Sans l'aide de la communauté internationale il n'est pas du tout sûr qu'elles auraient fini par l'emporter.
 
Ne respectant même pas la résolution 1975 du Conseil de sécurité, les troupes de l'ONU et les troupes françaises, représentant sur place la communauté internationale, offrent la victoire sur un plateau à Ouattara en pilonnant à coup de missiles la résidence de Gbagbo. Que Gbagbo ait été arrêté par des Français ou des Ivoiriens est alors de peu d'importance. 
 
Dans cette affaire la communauté internationale aura provoqué calamités sur calamités :
 
- une élection portant en elle tous les germes d'une guerre civile
- des sanctions économiques qui ont eu pour conséquence pénuries et appauvrissement de la population civile
- une guerre éclair qui fait en une semaine au moins deux fois plus de victimes que pendant les quatre mois précédents
- une fausse paix [la photo provient d'ici] qui commence aujourd'hui par des pillages et des combats à l'arme lourde.

On apprend aujourd'hui que la France apporte une aide d'urgence de 400 millions d'euros à la Côte d'Ivoire de Ouattara et l'Union européenne de 180 millions d'euros, sans doute pour ... réconcilier et reconstruire, après avoir divisé et détruit.
 
Cette histoire illustre une nouvelle fois le principe des calamités énoncé par Michel de Poncins, qui s'applique tout aussi bien à l'échelle internationale que nationale :
 
"Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première."
 
Francis Richard
Partager cet article
Repost0
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:15

laurent-gbagboLa Côte d'Ivoire est un pays divisé en deux. Les récents événements ne font que masquer cette réalité. 

 

Examinons les résultats des élections de novembre dernier et on se rendra compte que le sud a largement voté pour Laurent Gbagbo [la photo provient d'ici] et le nord pour Alassane Ouattara, président reconnu par la Communauté internationale,  terme élégant pour désigner un mondialisme qui n'ose pas dire son nom, par souci de respectabilité.

 

Il ne faut en effet pas confondre le mondialisme qui est une ébauche de gouvernement mondial, dominé par de riches pays occidentaux, et qui s'arroge le droit d'intervenir dans la politique intérieure des Etats membres, et la mondialisation qui est un phénomène spontané, produit de la libéralisation des échanges et de l'accroissement de la mobilité.

 

Les résultats du second tour des élections ivoiriennes, assorties de fraudes commises par les deux camps, sont diamètralement opposés suivant que l'on s'en tient à leur proclamation par la Commission électorale indépendante ou par le Conseil constitutionnel du pays.

 

Admettons toutefois que les résultats proclamés par la Commission électorale indépendante soient les plus dignes de foi. Dans cette hypothèse, Laurent Gbagbo a tout de même obtenu 46% des suffrages, principalement dans le sud où il est resté populaire et a de nombreux partisans. A Abidjan, la capitale économique, il a fait jeu égal avec son adversaire.

 

Or, comme dit d'emblée, la Côte d'Ivoire est schématiquement divisée en deux. A la dimension religieuse, nord musulman, sud chrétien, s'ajoute une dimension ethnique que l'on retrouve dans tous les pays d'Afrique, qui explique les clivages existant dans un même pays et qui fait partie de la longue histoire du continent que la parenthèse coloniale n'a pas gommé. Les ethnies ivoiriennes du nord sahélien et celles du sud et de l'ouest ne s'entendent pas depuis longtemps et la richesse se trouve ... dans le sud, avec son débouché maritime.

 

Dans ces conditions on se rend bien compte que la démocratie à l'occidentale ne peut pas fonctionner, du moins dans sa version jacobine telle qu'elle existe en France par exemple. Encore une fois le modèle helvétique, qui préserve l'existence des minorités, serait certainement plus adapté. Aussi, quelle que soit l'issue de l'affrontement Gbagbo-Ouattara aucune réconciliation ne sera possible sans tenir compte de cette réalité.

 

En choisissant un camp plutôt que l'autre, en armant l'un, pour lui permettre de lancer son offensive éclair (le temps jouait pour Gbagbo) et en désarmant et en détruisant l'autre, le mondialisme sera peut-être apparu comme le protecteur affiché de populations civiles, que ne respecte pourtant aucun des deux camps, mais il aura surtout jeté de l'huile sur le feu.

 

Cette main basse du mondialisme sur la Côte d'Ivoire est dans la lignée des interventions des pays occidentaux qui croient détenir la vérité et cherchent à l'imposer aux autres, sans d'ailleurs demander pour autant leur avis sur ces questions à leurs propres citoyens.

 

Francis Richard   

Partager cet article
Repost0
30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 21:30

Tango libyenIl serait difficile de dire que je porte Muammar Kadhafi dans mon coeur. Les articles que j'ai écrits sur ce blog le prouvent, notamment le dernier, Mouammar Kadhafi est bien un dictateur fou, un échappé d'asile .

 

Pourtant, quelque monstrueux que m'apparaisse le personnage - rien ne pourrait me réjouir davantage que soit mis fin à sa capacité de nuisance - je me demande si les pays occidentaux emmenés par Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama, devaient pour autant intervenir en Libye [le dessin ci-contre provient d'ici].

 

La présence aux côtés de la coalition occidentale du Qatar et des Emirats Arabes Unis ne change rien à l'affaire. Elle lui sert seulement de caution pour ne pas apparaître comme étant dirigée contre le monde musulman. Ce qui ne trompera peut-être pas longtemps ce dernier.

 

La coalition s'est constituée pour protéger la population civile libyenne contre les autorités libyennes. Fort bien. A cet effet la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU ici stipule que l'espace aérien libyen devient une zone d'exclusion, qu'un embargo sur les armes et sur l'arrivée de mercenaires en Libye doivent être garantis par la communauté internationale, et que les avoirs du clan Kadhafi doivent être gelés.

 

Or les choses apparaissent plus complexes en réalité dans un pays aux plus de 150 tribus. Il n'y aurait pas d'un côté les méchants militaires libyens et de l'autre les gentils insurgés, comme on nous le présente volontiers pour mieux nous vendre l'intervention. La résistance des troupes libyennes aux assauts des insurgés en provenance de Cyrénaïque dès que ces derniers approchent de la Tripolitaine, le montre, s'il était nécessaire.

 

Kadhafi, tout dictateur fou qu'il est, a encore le soutien de la population de Tripolitaine, située à l'ouest du pays, c'est-à-dire le soutien des tribus qui y règnent dont la principale est celle des Meghara et qui s'opposent depuis longtemps à celles qui règnent à l'est du pays, en Cyrénaïque, dont la principale est celle des Warfallah, favorables à l'ancienne monarchie. 

 

La supériorité des troupes de Kadhafi en armes - fournies d'ailleurs par les principaux membres de l'actuelle coalition qui se sont naguère enrichis de ce commerce et ne s'en vantent curieusement plus aujourd'hui - n'explique en effet pas tout, même si elle explique qu'en l'absence de frappes aériennes les insurgés de l'est ne fassent pas le poids et reculent devant elles, étant certainement moins aguerris.

 

Il ne s'agit donc pas seulement d'une lutte menée par le pouvoir libyen contre l'opposition libyenne, mais d'une lutte qui oppose des tribus à d'autres tribus, sans parler des tribus qui se trouvent au sud dans le Fezzan, la troisième région du pays, et qui semblent pour le moment soutenir celles de Tripolitaine. Même si Kadhafi est abandonné par les Meghara, il n'est pas sûr que les tribus de l'ouest et du sud veuillent se soumettre dans le futur aux tribus alliées des Warfallah...

 

Dans ces conditions ce qu'écrit Richard Ebeling dans un article de portée générale sur le "droit d'ingérence" publié avant les frappes aériennes et reproduit le 24 mars dernier par l'Institut Turgot ici devrait faire réfléchir à ce qui pourrait advenir une fois que les gouvernements interventionnistes auraient réussi leur opération dans un pays où "le peuple" divisé était opprimé :

 

"Renverser l’ordre politique existant pour en imposer un nouveau ne change pas les idées, les croyances, les coutumes et les traditions du peuple. Le comportement apparent de certaines personnes pourra être affecté temporairement, mais leur vision de ce qui est bon ou mauvais, juste ou injuste, toutes ces choses essentielles qui résident dans les cœurs et les esprits ne sont pas changées sous la contrainte. La seule alternative pour le gouvernement interventionniste est alors de rester dans le pays étranger pour imposer une contrainte permanente, ce qui aggrave souvent les problèmes au lieu de les résoudre."

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 20:00

Kadhafi 22.02.11Le discours d’hier du colonel Mouammar Kadhafi confirme point par point les épithètes que j’ai employés sur ce blog pour qualifier ce tyran sanguinaire au cours de la longue détention des deux otages suisses en Libye. Qui ne s’est résolue que par le versement honteux d’une rançon à ce maître-chanteur colérique et lunatique.

D’aucuns estimaient que j’y allais fort en le traitant de dictateur fou, d'échappé d'asile ou de führer libyen. A les croire, pour l’amadouer il aurait fallu lui cirer les babouches, lui baiser la djellaba, baisser son pantalon devant lui, prendre le thé avec lui sous la tente.   

Ce dictateur qui, un court moment, a simulé la respectabilité, pour mieux écouler le pétrole du pays contre devises, a tenté de faire oublier ce qu’il était, à savoir un criminel, un terroriste, un potentat assoiffé de sang quand on ose lui résister.

Des dirigeants de l’Union européenne, sans vergogne, ont fait ami-ami avec lui. Au cours de la crise des otages suisses, ils ont défendu leurs intérêts économiques avec cette dictature et renoncé à défendre les ressortissants d’une démocratie à qui ils prétendent donner des leçons de moralité bancaire.   

Quelques citations du Kadhafi, cru du 22 février 2011, valent mieux que son long discours pas tranquille.

Dans son délire il se considère différent des autres dirigeants de ce monde, au-dessus d’eux, sans titre, parce qu’il n’en pas besoin, tantôt parlant de lui à la première personne du singulier, tantôt à la troisième, reformulant indéfiniment comme il convient de l'admirer, voire de le vénérer :

« Je suis au-dessus des postes de chefs d’Etat. Je suis un révolutionnaire. Je suis un bédouin.  Je ne peux pas laisser la terre de mes ancêtres. Je vais mourir en martyr. »

« Si j’étais président j’aurais démissionné. Mais je n’ai pas de titre. Je n’ai que moi-même et mon fusil. Moi je n’ai peur de rien. Moi je suis quelqu’un qui arrive à faire face. »

« Mouammar Kadhafi n'est pas un président et n'est pas un être normal contre qui on peut mener des manifestations. »

« Mouammar Kadhafi n'a pas de poste officiel pour qu'il en démissionne. Mouammar Kadhafi est le chef de la révolution, synonyme de sacrifices jusqu'à la fin des jours. C'est mon pays, celui de mes parents et des ancêtres. »

Il reconnaît volontiers qu’il n’est pas normal, ce qui dénote une certaine lucidité.

S’il se dit prêt à mourir en martyr, s’il essaie de faire vibrer la fibre nationaliste en évoquant son pays, ses parents, ses ancêtres, il veut surtout que ceux qui s’opposent à lui meurent en martyrs :

« Nous n’avons pas encore utilisé la force. »

Il n’y aurait eu, après tout, que quelques centaines de morts… mais, si cela continue, il passera à la répression supérieure :

« Quand on aura besoin d’utiliser la force j’en donnerai l’ordre. Tout cela va mener à une guerre civile. Tous ceux qui sont derrière une guerre civile doivent être condamnés à mort, ainsi que ceux qui touchent à l’indépendance du pays. »

La menace se fait plus précise à l’égard de ceux qui osent lui résister :

« Rendez vos armes immédiatement sinon il y aura des boucheries. »

Envers lesquels il n’a que des mots aimables :  

« Ce sont des rats et des microbes qui ne vaincront pas la Libye. »

A qui il promet l’extermination :

« Je suis Mouammar Kadhafi, un dirigeant que des millions défendront. Nous marcherons sur eux par millions pour purger la Libye pouce par pouce, maison par maison et allée par allée. »

Cette gesticulation pathétique pourrait se révéler inutile et le peuple libyen le prendre au mot.

Francis Richard  

Partager cet article
Repost0
19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 12:15

eric zemmour condamnéHier les jugements sont tombés. Eric Zemmour a été condamné avec sursis pour incitation à la haine raciale, discrimination à l’embauche, discrimination raciale. La diffamation raciale n’a pas été retenue contre lui.

Le 6 mars 2010, Eric Zemmour [dont la photo provient d'ici] s’était exprimé sur Canal+ et France Ô.

Sur Canal+, dans l’émission de Thierry ArdissonSalut les Terriens, après que Bernard Murat s’en était indigné,  il avait expliqué pourquoi il était possible d’être contrôlé au faciès à répétition ici :

"Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait."

Sur France Ô il avait dit que les employeurs "ont le droit" de refuser d’embaucher  des arabes ou des noirs.

Pour ces propos il a été poursuivi en justice d’une part par SOS Racisme, le MRAP et la LICRA, d’autre part par l’UEJF et J’accuse.

Les premières organisations ont  obtenu  1'000 euros de dommages et intérêts chacune, Eric Zemmour a été condamné à 1'000 euros d’amende avec sursis et 2'000 euros de frais de justice pour discrimination à l’embauche et incitation à la haine raciale.

Les secondes ont obtenu chacune un euro, Eric Zemmour a été condamné à 1'000 euros d’amende avec sursis et 750 euros de frais de justice pour discrimination raciale pour les seuls propos tenus sur Canal +.

Autrement dit, au total, le journaliste va devoir débourser  5'752 euros, sans compter les frais de publication des jugements dans la presse, et sera en sursis de devoir payer 2'000 euros d’amende s’il récidive.

Au regard de la loi, quoiqu’on pense d’elle – il y a une différence entre légalité et légitimité ; il n’existe pas de liberté de contracter en France, qui est un pays socialiste – la condamnation d’Eric Zemmour pour discrimination à l’embauche ne faisait pas un pli.

Il n’en est pas de même pour ce qui concerne l’incitation à la haine raciale et la discrimination raciale pour lesquelles Eric Zemmour a été condamné. Il s’est en effet contenté de dire un fait.

Certes il aurait fallu qu’il développe les circonstances qui conduisent à ce fait, notamment les erreurs répétées de la politique d’immigration française au cours des dernières décennies, mais ce n’est pas le genre d’émission où vous en est laissé le temps. Du coup la petite phrase apparaît dans sa brutalité factuelle.

Tel quel ce jugement politiquement correct  apportera de l’eau au moulin du Front National, en pleine ascension dans les sondages, du fait que les organisations qui ont poursuivi Eric Zemmour, semblent vouloir interdire de seulement évoquer certains faits. Quant à la justice française elle ne sort pas grandie de ses jugements puisqu’elle semble interpréter la loi pour leur complaire.

La grande perdante reste en tout cas la liberté d’expression. Ce n’est pas en brisant le thermomètre qu’on supprime la température.

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 23:45

GabrielleGiffordsSamedi 8 janvier 2010, un homme tire dans la foule qui assiste, à Tucson, à un meeting politique de Gabrielle Giffords,[sa photo provient d'ici] Représentante démocrate de l'Arizona, sur le parking d'un supermarché. 

 

Le bilan est lourd : 6 morts, dont une petite fille née le 11 septembre 2001, et un juge fédéral républicain [eh oui !], et 14 blessés, dont la parlementaire démocrate, touchée à la tête, qui, aux dernières nouvelles, pourrait miraculeusement s'en sortir, en priant Dieu qu'elle ne garde pas de séquelles de cet attentat.

 

A la Télévision suisse romande, à l'annonce de cette fusillade, le téléspectateur helvétique de langue française n'entend qu'un son de cloche. La violence du débat politique lors des dernières élections de mi-mandat serait à l'origine du drame. Clairement c'est le Tea Party qui est visé et plus particulièrement une de ses figures de proue, Sarah Palin, même si elle n'est pas la tasse de thé de tous les membres de ce mouvement populaire...

 

A l'appui de cette thèse imprudente, relayée par tous les bien-pensants de la planète, il y a les déclarations intempestives et sans fondements du shérif démocrate Clarence Dupnik du district de Pima, dont dépend Tucson, lequel a soutenu la candidature de Gabrielle Giffords. Et il y a ... la reproduction d'une carte des Etats-Unis, publiée sur Internet, sur laquelle, sous forme de cibles, Sarah Palin a indiqué, lors des dernières élections de novembre 2010, les sièges que les Républicains doivent se donner pour objectif de reprendre aux Démocrates...

 

Clarence Dupnik, alors que l'enquête n'a même pas eu le début d'un commencement, déclare en effet aussitôt, vraisemblablement sous le coup de l'émotion :

 

"Laissez-moi vous dire une chose, parce qu'on a tendance à minimiser tout le vitriol que nous entendons, qui enflamme le public américain, qui est répandu par des gens dont c'est la profession. C'est peut-être de la libre parole, mais cela n'est pas sans conséquences." ici

 

Sur sa carte des Etats-Unis, Sarah Palin a effectivement fait placer des cibles lors de la dernière campagne électorale. En Europe cela peut choquer, mais c'est un langage guerrier, coutumier dans les joutes électorales américaines, depuis au moins le XIXe siècle... Comme le rappelle opportunément un article paru dans Contrepoints ici, les Démocrates ont utilisé la même représentation graphique du temps de Bush...sans soulever à l'époque l'indignation sur commande des bien-pensants.

 

Il est donc tout simplement ignoble de faire le rapprochement entre ces cibles symboliques et la tuerie de Tucson. Cela ne grandit guère ceux qui se livrent à pareil amalgame, qui, a fortiori de la part de journalistes, relève de l'exploitation politicienne la plus basse et la plus éhontée.

 

Deux jours après la tuerie de Tucson, la personnalité du tueur, Jared Loughner, apparaît de plus en plus clairement ici. Il a 22 ans. Il semble avoir des problèmes mentaux. Il parle de théories apocalyptiques. Il s'est fait renvoyer l'an dernier de l'université publique en raison de son attitude de plus en plus négative. Il est fasciné tout autant par Le manifeste du parti communiste de Karl Marx que par le Mein kampf d'Adolf Hitler...

 

Au domicile de ce modéré on a trouvé une lettre datant de 2007 que lui a écrit sa victime, Gabrielle Giffords, dans laquelle elle le remerciait d'avoir participé à un de ses meetings... En 2007 il n'est encore question ni de Sarah Palin, ni du Tea Party...

 

Quel rapport y a-t-il entre les positions politiques de Jared Loughner et celles du Tea Party ? Aucun [voir mon article Tea Party: prendrez-vous du thé ? Non merci, il est trop taxé ! ].

 

Le shérif  Dupnik reconnaît maintenant ici :

 

"Il ne fait plus aucun doute, pour nous, que c'était l'acte d'un tireur isolé et très dérangé."

 

Entre-temps les tea-partiers auront été accusés à tort et on attendra vainement les plates excuses des bien-pensants qui ont propagé la rumeur assassine... et qui continuent de le faire...

 

"La calomnie, docteur, la calomnie ! il faut toujours en venir là", dit Bazile dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais...

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 00:35

Dick MartyLe livre de Carla del Ponte, ancien procureur, de nationalité suisse, auprès du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, TPIY, intitulé La traque, les criminels de guerre et moi, publié aux éditions Héloïse d'Ormesson ici, fait état de prélèvements, à partir de l'été 1999, d'organes sur des prisonniers serbes et sur des prisonniers kosovars albanais, considérés comme des collabos par l'UCK [l'Armée de libération du Kosovo : Ushtria Climritare o Kosoves] ou appartenant à des factions rivales de celle-ci.

 

Cette publication a conduit la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, à demander à un de ses membres, le Conseiller national suisse Dick Marty [la photo provient d'ici] d'établir un rapport, sur le Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d'organes humains au Kosovo, rapport ici qu'il a terminé le 12 décembre 2010 et rendu public le 16.

 

Dans ce rapport, deux raisons essentielles expliquent que cette affaire ne resurgisse qu'aujourd'hui :

 

- les crimes commis par les troupes serbes, seuls à avoir été vraiment dénoncés, ont eu pour conséquence "que s'est développé un climat et une dynamique qui a conduit à considérer tous les événements et les faits dans une optique rigoureusement manichéenne : d'un côté les serbes, nécessairement méchants, de l'autre les kosovars albanais inévitablement innocents."

 

- le contrôle de fait de l'UCK sur toute la région, à l'époque, a eu pour conséquence que "les pays occidentaux qui se sont engagés au Kosovo se sont bien gardés d'intervenir directement sur le terrain, préférant recourir aux frappes aériennes, l'UCK devenant ainsi leur indispensable allié pour les opérations terrestres."

 

Il était donc difficile de mettre en cause l'UCK, comme il avait été tabou de parler des crimes de l'URSS de Staline, qui avait contribué à la défaite de l'Allemagne d'Hitler...

 

Pour Dick Marty :

 

"Aucune ambiguïté ne doit subsister quant à la nécessité de s'attaquer à tous les suspects de crimes, même s'ils occupent d'importantes fonctions institutionnelles et politiques".

 

Or, au cours de sa mission, le Conseiller national tessinois a pu constater qu'il était difficile de reconstituer les faits qui se sont produits en 1999 et 2000, et même après. Le TPIY, la MINUK [Mission intérimaire des Nations Unies au Kosovo] ou le parquet albanais ont clairement manqué de volonté d'établir la vérité et les responsabilités de ce qui s'est passé dans ces années-là :

 

"Le faisceau d'indices existant contre certains hauts responsables de l'UCK explique en grande partie ces réticences. Il y a des témoins de ces événements qui ont été éliminés, d'autres sont terrorisés par le simple fait d'être interpellés sur ces événements. Ils ne font absolument pas confiance dans les mesures de protection qu'on pourrait leur accorder."

 

Quoi qu'il en soit, Dick Marty a tout de même pu reconstituer un certain nombre de faits qui pourraient être facilement corroborés par les enquêteurs des diverses parties, s'ils avaient un peu plus la volonté et le courage de découvrir la vérité.

 

Le portrait de l'UCK, tel qu'il ressort des investigations menées par le rapporteur du Conseil de l'Europe n'est pas des plus glorieux. Certes il y avait dans ses rangs des soldats courageux et réellement patriotes, prêts à donner leur vie pour leur cause, mais, dixit le rapport, ils "ne constituaient pas nécessairement la majorité".

 

"Les principales activités opérationnelles des membres de l'UCK, avant, pendant et immédiatement après le conflit [qui a pris fin le 12 juin 1999] étaient menées sur le territoire albanais, où les forces de sécurité serbes n'étaient jamais déployées". L'UCK avait donc toute latitude d'y faire tout sauf la guerre, en toute tranquillité.

 

L'UCK apparaît dans ce rapport sous un jour auquel les médias ne nous ont guère habitués. Au début, en 1996, elle apparaît "comme un groupe marginal et désorganisé d'insurgés". Deux ans plus tard seulement elle apparaît, grâce au soutien explicite des Etats-Unis, ceci expliquant cela, "comme le fer de lance de la lutte menée par les Kosovars albanais pour la libération du Kosovo."

 

Comment y est-elle vraiment parvenue ? En consacrant plus d'énergie à évincer ses factions rivales qu'à lancer des opérations militaires contre les Serbes... Ce qui me rappelle l'attitude des communistes à l'égard des anarchistes pendant la guerre civile d'Espagne, que décrit avec force détails George Orwell dans son Homage to Catalonia...

 

En 1998 et 1999, des groupuscules font leur apparition au sein de l'UCK avec à leur tête des chefs de clans et de familles dont l'autorité s'exerce sur une zone géographique du Kosovo bien déterminée. Un groupuscule va se distinguer parmi les autres. En effet il va prendre "contrôle, au plus tard à partir de 1998, de la majeure partie des activités illicites auxquelles les Albanais du Kosovo ont participé en République d'Albanie". Son nom ? Le "Groupe de Drenica" [la Drenica est une vallée du Kosovo, qui est le berceau de l'UCK].

 

A la tête de ce "Groupe de Drenica" se trouve Hashim Thaçi, qui n'est pas n'importe qui :

 

- Chef de l'UCK 

- Premier ministre autoproclamé du gouvernement provisoire du Kosovo en 1998 

- Chef de la délégation des indépendantistes kosovars aux négociations de Rambouillet  en février 1999

- Premier ministre du Kosovo en décembre 2007 à la suite des résultats des élections législatives de novembre 2007

- Chef du parti PDK qui, avec 31% des voix, est arrivé en tête des élections législatives du 12 décembre 2010 [les premières élections législatives depuis la proclamation d'indépendance du Kosovo le 17 février 2008].

 

Selon Dick Marty cette ascension n'aurait pas été possible "sans le soutien politique et diplomatique des Etats-Unis"...

 

Quelles seraient les activités "illicites" du groupe? Traite d'êtres humains, vente de véhicules volés, trafic de drogues, assassinats, enlèvements, détentions, agressions, interrogatoires musclés ... et courtages d'actes chirurgicaux "illicites". Avec la complicité des autorités albanaises, des services de renseignements albanais et de la mafia albanaise... soit de beaucoup de monde.

 

Le groupe aurait géré les "centres de détention de l'UCK sur le territoire albanais" et fixé le "sort des prisonniers détenus dans ces établissements, et notamment des nombreux civils enlevés au Kosovo et conduits, au-delà de la frontière, en Albanie".

 

Au vu des éléments qu'il a pu recueillir, Dick Marty écrit :

 

"Nous sommes parvenus à la conclusion que les violences commises par les membres et les auxiliaires de l'UCK en Albanie vont bien au-delà de simples aberrations qui auraient été l'oeuvre d'éléments hors-la-loi ou rebelles d'une force de combat par ailleurs disciplinée. Nous estimons au contraire que ces violences étaient suffisamment généralisées pour correspondre à un mode d'action systématique."

 

Où se trouvaient les centres de détention, aux mains de membres et d'associés de l'UCK ? A Cahan, Kukës, Bicaj, Burrel, Rripe, Fushë-Krujë, tous lieux se situant sur le territoire albanais...

 

Sont passés dans les centres de détention :

 

- de Cahan et Kukës des prisonniers de guerre, d'avril à juin 1999, interrogés "brutalement" et maltraités : certains ont été libérés, d'autres y sont décédés...et ont donc été libérés définitivement

- de Rripe des personnes disparues, enlevées à partir de juillet 1999, appartenant essentiellement à l'ethnie serbe : des femmes y ont fait l'objet d'exploitation sexuelle et des détenus sont décédés dans la maison K., qui aurait tenu lieu par ailleurs "d'étape intermédiaire"

- de Bicaj, Burrel, Rripe et Fushë-Krujë, des victimes de la criminalité organisée, qui y auraient transité et qui y auraient subi, du moins à Rripe et Fushë-Krüje, des tests de compatibilité immunologique, avant d'être exécutés puis conduits à une clinique proche de l'aéroport de Tirana où leurs reins auraient été prélevés pour être transplantés ailleurs.

 

Comme dit plus haut les témoins directs ont été éliminés ou sont terrorisés à un point tel qu'ils "préfèreraient d'être traduits en justice pour le rôle qu'ils sont supposés avoir respectivement joué dans la gestion des camps de détention que de compromettre les anciens hauts commandants de l'UCK sous les ordres desquels ils auraient agi et qui sont aujourd'hui devenus des responsables politiques et économiques". C'est une version kosovare de l'omerta.

 

Ajouté à cela que la police kosovare met des bâtons dans les roues pour communiquer les renseignements qu'elle détient à l'EULEX, la mission civile menée par l'Union européenne pour établir l'Etat de droit au Kosovo :

 

"Tout ceci a pour effet, conclut Dick Marty, de permettre à des dirigeants politiques d'écarter de manière plausible les allégations selon lesquelles l'UCK aurait pris part à des actes de détention, de torture et d'assassinat en Albanie, et de présenter comme simple "spectacle" orchestré par la propagande politique serbe des allégations sérieuses méritant, comme nous l'avons vu, des enquêtes bien plus poussées que celles qui ont eu lieu jusqu'à présent."

 

La vérité aura bien du mal à émerger dans ces conditions. Il sera encore plus difficile de rendre justice aux victimes. Mais il sera difficile désormais de mettre toutes les horreurs commises dans cette région du monde sur le compte des Serbes qui ont eu bon dos jusqu'à présent. C'est déjà en soi un résultat non négligeable.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

Partager cet article
Repost0
13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 07:30

Vargas LLosa Nobel Littérature 2010Le 7 décembre 2010, Mario Vargas Llosa [la photo provient d'ici], écrivain péruvien, prononce à Stockholm son discours d'acceptation du Prix Nobel de Littérature. Il ne s'agit pas d'un discours convenu comme on va le voir. Est-ce pourquoi la presse romande lui a fait aussi peu d'écho, pour ne pas dire qu'elle a observé à son propos un silence assourdissant ? 

 

Le lauréat 2010 a intitulé son discours ici Eloge de la lecture et de la fiction. Et, effectivement il fait d'abord l'éloge de la lecture puis de la fiction dans sa conférence Nobel.

 

Très tôt, le petit Mario, pour qui l'apprentissage de la lecture est ce qui lui est arrivé de plus important dans la vie, lit des romans d'aventure écrits par Jules Verne, Alexandre Dumas et Victor Hugo :

 

"La lecture transformait le rêve en vie et la vie en songe, en mettant à la portée du petit bonhomme que j'étais l'univers de la littérature."

 

Ses lectures ont eu pour effet de lui donner envie d'écrire à son tour, pour, en quelque sorte, "prolonger dans le temps [...] les histoires qui avaient rempli [son] enfance d'exaltation et d'aventures."

 

Mais écrire des histoires n'est pas chose facile. Heureusement qu'il existe des maîtres en littérature, tels que Flaubert, Faulkner, Martorell, Cervantès, Dickens, Balzac, Tolstoï, Conrad, MannSartre, Camus, Orwell, Malraux, pour lui apprendre, chacun à sa manière, les ingrédients qu'une oeuvre littéraire digne de ce nom doit comporter :

 

"Si je convoquais en ce discours tous les écrivains à qui je dois un peu ou beaucoup, leurs ombres nous plongeraient dans l'obscurité."

 

Quel meilleur moyen, pour le lecteur comme pour l'écrivain, de protester contre les insuffisances de la vie que la fiction ?

 

"Celui qui cherche dans la fiction ce qu'il n'a pas exprime, sans nul besoin de le dire ni même de le savoir, que la vie telle qu'elle est ne suffit pas à combler notre soif d'absolu, fondement de la condition humaine, et qu'elle devrait être meilleure. Nous inventons les fictions pour pouvoir vivre de quelque manière les multiples vies que nous voudrions avoir quand nous ne disposons à peine que d'une seule."

 

Les régimes d'oppression redoutent bien évidemment les oeuvres de fiction et ne se gênent pas pour les censurer et pour surveiller les écrivains indépendants. Car les fictions peuvent devenir séditieuses "quand le lecteur compare la liberté qui les rend possibles et s'y étale, avec l'obscurantisme et la peur qui la guettent dans le monde réel." 

 

Qu'est ce qui tisse des liens entre les hommes de tous les continents sinon la bonne littérature ? Qu'est-ce qui nous a tirés de la vie sauvage et nous a rapprochés "de la vie belle et parfaite simulée par la littérature" sinon la démocratie libérale, malgré toutes ses insuffisances ?

 

Dans sa jeunesse Vargas LLosa a été marxiste. Ses yeux se sont dessillés quand Cuba s'est aligné sur le modèle de Moscou, quand des dissidents ont fait connaître au monde le Goulag, quand les chars du Pacte de Varsovie sont entrés à Prague et quand il a lu Raymond Aron, Jean-François Revel, Isaiah Berlin et Karl Popper :

 

"Ces maîtres furent un exemple de lucidité et de hardiesse quand l'intelligentsia de l'Occident semblait, par frivolité ou opportunisme, avoir succombé au charme du socialisme soviétique ou, pire encore, au sabbat sanguinaire de la révolution culturelle chinoise."

 

C'est à Paris, en cherchant à s'inspirer des lieux où vécurent Balzac, Stendhal, Baudelaire, pour devenir un véritable écrivain, qu'il découvre la littérature latino-américaine. Il lit Borges, Octavio Paz, Cortazar, Garcia Marquez, Fuentes, Cabrera Infante, Rulfo, Onetti, Carpentier, Edwards, Donoso. Depuis cette époque l'Amérique latine a progressé :

 

"Nous souffrons de moins de dictatures que naguère, sauf à Cuba et au Venezuela, prêt à l'aider, ainsi que dans de pseudo-démocraties populistes et grotesques, comme celles de Bolivie et du Nicaragua." 

 

Vargas Llosa a vécu à Paris, Londres, Barcelone, Madrid, Berlin, Washington, New York, au Brésil et en République Dominicaine. D'être citoyen de monde n'a pas affaibli en lui les racines qui le rattachent à son pays natal qu'il aime, spontanément :

 

"Le Pérou, je le porte dans mes entrailles parce que j'y suis né, que j'y ai grandi et m'y suis formé, et que j'ai vécu là ces expériences d'enfance et de jeunesse qui ont modelé ma personnalité, forgé ma vocation, et parce que c'est là que j'ai aimé, haï, joui, souffert et rêvé. Ce qui s'y passe m'affecte davantage, me touche et m'exaspère plus que ce qui se produit ailleurs."

 

Il a failli perdre sa nationalité lors de la dernière dictature parce qu'il avait demandé que soient infligées à son pays des sanctions diplomatiques et économiques. Il a cette attitude à l'égard de toutes les dictatures qui représentent pour lui "le mal absolu pour un pays" : 

 

"Il est déplorable que les gouvernements démocratiques, au lieu de donner l'exemple en se solidarisant avec ceux qui, comme les Dames en Blanc de Cuba, les résistants du Venezuela, ou Aung San Suu Kyi et Liu Xiaobo, affrontent courageusement les dictatures dont ils pâtissent, se montrent souvent bienveillants, non envers eux mais envers leurs bourreaux."

 

S'il faut critiquer la conquête de l'Amérique qui fut cruelle et violente, Vargas Llosa sait qu'il est peu ou prou un descendant de ces conquérants espagnols qui s'y métissèrent et qui, depuis l'indépendance d'il y a deux cents ans, ont manqué l'émancipation des indigènes, suspendue encore de nos jours dans toute l'Amérique latine. Ce qui est un opprobre et une honte. 

 

L'Espagne est la deuxième patrie de Vargas Llosa, dont il a également la nationalité, accordée quand il allait perdre la sienne. Il sait tout ce qu'il lui doit et particulièrement d'être un écrivain connu pour y avoir été édité. Il y a vécu et y a assisté à la fin de la dictature :

 

"La transition espagnole de la dictature à la démocratie a été une des meilleures histoires des temps modernes, car elle a montré comment, lorsque la sagesse et la raison prévalent et les adversaires politiques rangent au vestiaire le sectarisme en faveur du bien commun, des faits prodigieux peuvent se produire comme ceux des romans du réalisme magique."

 

 Il déplore la balkanisation de l'Amérique latine qu'il attribue au nationalisme qui "transforme en valeur suprême, en privilège moral et ontologique, la circonstance fortuite du lieu de naissance" :

 

"Il ne faut pas confondre le nationalisme avec ses oeillères et son refus de "l'autre", toujours source de violence, avec le patriotisme, sentiment sain et généreux, d'amour de la terre où l'on a vu le jour, où ont vécu ses ancêtres et se sont forgés les premiers rêves, paysage familier de géographies, d'être chers et d'événements qui deviennent des moments-clés de la mémoire et des boucliers contre la solitude."

 

Après avoir rappelé tout ce que le Pérou représente pour lui, il revient à la littérature. C'est la lecture de bons livres qui l'a sauvé quand il perdit son innocence à onze ans, c'est à dire quand il a appris par sa mère que son père était vivant et qu'il allait vivre avec lui, alors qu'il lui avait toujours été dit jusque là qu'il était mort. C'est son travail de fabulateur qui "a été la lumière qui signale la sortie du tunnel, la planche de salut qui porte le naufragé jusqu'au rivage". 

 

Parce que le Lima des années cinquante ne connaissait pas de mouvement théâtral il s'est orienté vers l'art narratif. Le théâtre fut toutefois son premier amour. A la fin des années soixante-dix il a écrit une première pièce. De la voir jouer lui a donné un tel plaisir qu'il a récidivé plusieurs fois, entre deux romans, entre deux essais. A soixante-dix ans il s'est même traîné sur les planches, expérience fantastique, malgré tout son trac :

 

"Cette aventure téméraire m'a fait vivre pour la première fois en chair et en os le miracle que cela représente, pour quelqu'un qui a passé sa vie à écrire des fictions, que d'incarner pour quelques heures un personnage issu de son imagination, de vivre la fiction face au public."

 

Vargas Llosa est fasciné par le "processus jamais interrompu" qui a permis d'inventer toujours davantage d'histoires que l'on écoutait. Grâce à la naissance de l'écriture ces histoires ont pu être lues et le lecteur accéder "à la permanence que confère la littérature" :

 

"La littérature est plus qu'un divertissement, plus qu'un exercice intellectuel qui aiguise la sensibilité et éveille l'esprit critique. C'est une nécessité indipensable pour que la civilisation continue d'exister, en se renouvelant et en conservant en nous le meilleur de l'humain."

 

Car il y a un effet magique de la littérature qui justifie que nous continuions à lire et à écrire :

 

"Par ce sortilège, qui nous berce de l'illusion d'avoir ce que nous n'avons pas, d'être ce que nous ne sommes pas et d'accèder à cette existence impossible, où, comme des dieux païens, nous nous sentons terrestres et éternels à la fois, la littérature introduit dans nos esprits la non-conformité et la rébellion, qui sont derrière toutes les prouesses ayant contribué à diminuer la violence dans les rapports humains. A diminuer la violence, non à en finir avec elle. Parce que la nôtre sera toujours, heureusement, une histoire inachevée."

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 22:15

Prix des cigarettesEn France le "marché" du tabac est entièrement réglementé et soumis aux caprices de l'Etat. Il semble avoir été inspiré par feue l'Union soviétique :

  

Altadis a le monopole de la distribution du tabac auprès des 28'000 buralistes que compte le pays

- les débits de tabac appartiennent à l'Etat

- un buraliste n'est qu'un préposé de l'Etat auquel il est lié par un contrat de gérance

- l'Etat fixe le prix du tabac selon son bon plaisir

- le revenu du buraliste est constitué par une remise fixée par l'Etat : 9% sur les cigares et cigarillos et 8% sur les autres produits du tabac, dont les cigarettes

- l'Etat, via les droits d'accise et la TVA, se taille la part du lion comme on va le voir.

 

En résumé, aucune liberté de commerce.

 

Prenons le cas emblématique des cigarettes [la photo provient d'ici]. Comme l'Etat ne se vante pas de la part qu'il prend sur le prix des cigarettes, c'est sur le site des Droits des non fumeurs ici que j'en ai trouvé la décomposition :

 

- 8%  pour le buraliste [à qui sont accordées des aides pour compenser les ventes transfrontalières !]

- un peu moins de 12% pour le fabricant, 11,61% exactement

- plus de 80% pour l'Etat, 80.39% exactement - qui se contente de faire son beurre en relevant les compteurs, comme un vulgaire maquereau - soit 64% de droits d'accise et plus de 16% de TVA

 

Ce qui est intéressant c'est de voir l'évolution du marché officiel des cigarettes. Ces chiffres-là proviennent de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies ici :

 

Année  Ventes de cigarettes
  Milliards unités Milliards euros
1991 97.1 6.42
1992 96.3 7.09
1993 93.6 8.07
1994 90.0 9.12
1995 88.3 9.73
1996 86.2 10.25
1997 83.0 10.63
1998 83.8 11.18
1999 83.7 11.71
2000 82.5 12.12
2001 83.5 12.89
2002 80.5 13.46
2003 69.7 13.20
2004 55.0 13.10
2005 54.8 13.06
2006 55.8 13.32
2007 55.0 13.42
2008 53.6 13.54
2009 54.9 13.98

 

Les chiffres de 2009 proviennent de Romandie.ch ici.

 

Que constatons-nous ? Que la consommation de cigarettes a été divisée par 1,76 et que dans le même temps le chiffre d'affaires a été multiplié par 2,18. A part égale, 80% et quelques, l'Etat a donc multiplié par 3,83 sa ponction par unité de ce produit. Parallèlement l'indice des prix à la consommation hors tabac [sic] a été multiplié par 1,2 ici. Ce qui veut dire que l'Etat a de fait mutiplié par 3,2 ses rentrées sur chaque cigarette.

 

Or il faut savoir qu'en 1991, au début de la période, la part de l'Etat était moindre qu'aujourd'hui. Sur le site tabacs-a-vendre.com ici j'ai trouvé qu'elle n'était alors "que" de 71,6%. Ce qui veut dire que sur la période allant de 1991 à 2000, l'Etat a, en réalité, en francs constants, multiplié par 3,6 le montant de ses rentrées fiscales par cigarette vendue.

 

Or il faut savoir, par ailleurs, qu'on estime à 12 milliards les cigarettes consommées en France en 2009 qui n'ont pas été achetées chez des buralistes français mais à l'étranger, notamment en Espagne et en Belgique ici. Ce nombre ne peut qu'augmenter au fur et à mesure que le prix du paquet de cigarettes augmentera sans justification économique, mais pour lutter hypocritement contre le tabagisme, au lieu de laisser chacun libre de prendre ses responsabilités. Ne parlons pas du marché noir qui devrait exploser.



Comment qualifier ce que fait l'Etat français ? De véritable racket, puisqu'il est fait usage de la contrainte pour soutirer tout cet argent, racket qui ne serait pas répréhensible parce que légal, alors que tout autre acteur économique qui se livrerait à de tels méfaits finirait derrière les barreaux.

 

A quoi sert tout cet argent volé aux fumeurs de cigarettes ? A tenter de boucher ici ou là les trous abyssaux de la Sécurité Sociale...

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 00:30

Tea PartyLe rédacteur en chef de L'Hebdo, Alain Jeannet, est un obamaniaque invétéré. Si les Démocrates et le président Obama ont pris une raclée, selon les propres termes de ce dernier, c'est à leur politique économique qu'ils le doivent. Ce qu'Alain Jeannet ne veut pas voir, tout en parlant d'évidence.

 

Dans son éditorial paru hier il écrit en effet ici :

 

"C'est l'évidence: Obama s'est montré peu éloquent sur les questions économiques. Prudent, distant...On se demande d'ailleurs pourquoi."

 

Alain Jeannet ne devrait pas se demander pourquoi. Ou alors il ne voit pas ce qui crève les yeux. Son président chéri, pour lequel il a peut-être les yeux aveugles de Chimène, s'est trompé, lourdement. Il a cru qu'en augmentant les dépenses publiques le chômage allait diminuer et l'économie repartir. Or c'est tout le contraire qui s'est produit.

 

Quand Obama a pris ses fonctions en janvier 2009 le taux de chômage était de 7,7%, soit 11,919 millions de chômeurs, il est, en septembre 2010, près de deux ans plus tard, de 9,6%, soit 14,767 millions de chômeurs. Dans le même temps le nombre de personnes employées est passé de 142,221 millions à 139,391 millions ici. En résumé le nombre de chômeurs a augmenté de 2,848 millions et le nombre de personnes employées a diminué de 2,830 millions. Ce n'est pas rien. Il n'y a pas de quoi se vanter.

 

Alain Jeannet poursuit :

 

"La dette ? Sous le règne de Bush fils, elle est passée de 57% à 83% du PIB. La machine infernale était lancée bien avant son arrivée à Washington." 

 

Il n'a pas complètement tort, encore que je me demande d'où il tire ses chiffres. En réalité la dette publique était de 5'628 milliards de dollars à fin 2000 et de 9'985 millards de dollars à fin 2008, soit respectivement de 58% et de 70,2% du PIB [Produit Intérieur Brut] ici, qui était passé de quelque 9'700 milliards de dollars en 2000 à 14'165 milliards de dollars en 2008.

 

Depuis l'arrivée d'Obama, la dette publique est estimée, à fin 2009, à 12'867 milliards de dollars, soit à 90,2% du PIB [la dette publique telle qu'elle est affichée à Time Square est, aujourd'hui 4 novembre 2010, de 13'681 milliards de dollars !]. Autrement dit, grâce aux recettes miracles du Docteur Obama, la dette publique en pourcentage du PIB a augmenté de 20 points pendant la première année de son mandat, alors qu'elle avait augmenté de 12 points en 8 ans sous Bush fils, ce qui n'était déjà pas très glorieux.

 

Sous cet éclairage les propos suivants d'Alain Jeannet prennent toute leur saveur :

 

"Obama a amorcé plus de réformes que la plupart des autres présidents américains. Mais il n'a pas réussi à faire passer sa vision pour l'économie américaine". 

 

Il faut dire qu'avec un bilan économique pareil on peut se demander quelle peut bien être "la vision pour l'économie américaine" que le président Obama pourrait donner à admirer. Peut-être ne doit-on pas se le demander. Sa vision n'est-elle pas tout simplement de faire intervenir l'Etat toujours davantage, pour corriger un marché imparfait, volonté révélée par cette véritable boulimie présidentielle de réformes coûteuses et inutiles, voire néfastes ?

 

En tout cas les Républicains ont eu raison d'axer leur campagne sur l'économie. Aiguillonnés par le Tea Party [voir mon article Tea Party: prendrez-vous du thé ? Non merci, il est trop taxé ! ][la photo ci-dessus provient d'ici], ils en récoltent les fruits aujourd'hui avec cette victoire éclatante aux élections de mi-mandat. S'ils ne veulent pas, dans deux ans, connaître la défaite, ils doivent absolument défendre ce pourquoi ils ont été élus : réduction des dépenses publiques, réduction des taxes et impôts, réduction des réglementations, en résumé réduction de l'Etat.

 

En effet les dépenses publiques représentent 45% du PIB américain. Sans leur réduction la dette publique continuera de croître et d'embellir. Surtout si, dans le même temps, une réduction des impôts est opérée. Entre parenthèses, un bon moyen de s'opposer à la mise en application de la dispendieuse réforme du système de santé [voir mon article L'obamagouille pour faire passer la réforme américaine de la santé ] sera de refuser d'en voter les moyens financiers à défaut de pouvoir la remettre directement en cause. Ce refus redevient maintenant possible avec une majorité républicaine à la Chambre des représentants. Car c'est elle qui tient les cordons de la bourse... 

 

Les Républicains ne devront pas seulement faire obstacle au gouvernement et contrer les Démocrates s'ils veulent redevenir crédibles et espérer chasser Obama de la présidence dans deux ans. Ils doivent se donner des objectifs précis de réduction des dépenses publiques et ne pas cacher au peuple américain que cette réduction sera difficile et douloureuse et qu'elle touchera même les allocations étatiques dont nombre d'entre eux sont bénéficiaires. Bref il faut qu'ils jouent franc-jeu.

 

Il ne faut pas qu'ils craignent non plus de présenter devant le Congrès des projets de lois conformes à ces objectifs sous prétexte qu'ils risquent d'être enterrés par le Sénat ou de se voir opposer un veto du Président. Enfin il faut que les Républicains , puisque l'un des leurs, Darell Issa, va présider le Comité de surveillance du gouvernement, ne tombent pas dans le travers qui fut le leur lors de la présidence Clinton. Il faut qu'ils surveillent le gouvernement bien sûr, mais sans excès de zèle, ce qui pourrait se retourner contre eux.

 

Le rêve américain d'Obama était une illusion. Qu'il soit réélu dans deux ans et ce rêve virera au cauchemar. Les Républicains ont une chance à saisir. Qu'ils la saisissent ! Pour le bien des Etats-Unis comme pour celui du reste du monde.     

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 22:10

9-12 in WashingtonL'amateur d'infusion de feuilles de théier que je suis ne peut que s'affliger que 45 tonnes de thé de Chine aient été jetées dans le port de Boston le 16 décembre 1773. Certes cela remonte à 237 ans, mais, tout de même, quel gâchis !

 

Pourtant ce geste indélicat était une manière de s'opposer au gouvernement britannique de l'époque qui avait pris deux décisions successives, fautives à la fois sur le plan économique et sur le plan du droit.

 

Pour renflouer sa trésorerie, sans que les colonies américaines n'aient leur mot à dire, puisqu'elles n'étaient pas représentées du tout au Parlement de la métropole, il avait fortement augmenté les taxes et plus particulièrement la taxe sur le thé.

 

N'arrivant pas à écouler ses stocks pléthoriques de thé, la Compagnie anglaise des Indes orientales avait obtenu l'exorbitant privilège d'être exemptée de cette taxe, ce qui lui permettait d'être moins chère que les petits marchands et, même, que les contrebandiers. Du coup un boycott avait été organisé contre elle par les habitants des colonies américaines, avec pour conséquence de l'empêcher de débarquer du thé dans les ports américains.

 

A Boston la Compagnie essaya donc de passer en force avec l'appui du gouverneur et de l'armée. Un commando de 60 habitants de la ville, déguisés en redoutables amérindiens, monta à bord des trois navires de la Compagnie avant qu'elle ne débarque sa marchandise et répandit dans le port le thé contenu dans 342 caisses avant de les remettre en place, vides. C'était la première Tea Party de l'histoire.

 

A l'origine, la Tea Party, celle de Boston, est donc une manifestation de la société civile contre une fiscalité confiscatoire et ruineuse, décidée par l'Etat, sans son consentement, et contre des passe-droits accordés par l'Etat à certains au détriment des autres.

 

A la suite du ruineux plan de relance de 789 milliards de dollars adopté par le Congrès américain en janvier 2009, le Président Barack Obama annonce le 18 février 2010 qu'une aide de 75 milliards de dollars supplémentaires sera accordée aux propriétaires de maisons risquant d'être saisis en raison de leur insolvabilité.

 

Le lendemain, 19 février 2009, un journaliste de la chaîne CNBC, Rick Santelli, lance en direct, depuis le Mercantile Exchange de Chicago, l'idée d'une Tea Party, en juillet, dans cette ville, rassemblant "tous les capitalistes", pour protester contre cette subvention accordée aux emprunteurs imprudents en la prenant dans la poche de ceux qui ne l'ont pas été.

 

Un mouvement est né. Et ce mouvement va prendre de l'ampleur à chaque nouvelle annonce de dépenses publiques pharaoniques, notamment celles que va engendrer la réforme du système de santé imposée par Obama. Cela se traduit par des réunions de plus en plus nombreuses et de plus en plus importantes un peu partout dans le pays.

 

Au début traité par le mépris, ce mouvement est maintenant calomnié, depuis que des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Washington le 12 septembre 2009 et le 12 septembre 2010 [la photo provient d'ici] à l'appel, entre autres, de Freedomworks ici, des Tea Party Patriots ici, de la National Taxpayers Union ici et de l'Institute for Liberty ici. La date du lendemain du 11 septembre n'a pas été choisie au hasard. Elle évoque une Amérique qui se redresse dès le lendemain d'une adversité historique.

 

Ce mouvement hétéroclite est en effet dangereux pour tout le monde politicien, républicain aussi bien que démocrate, parce que difficile à contrôler. Il remet complètement en cause les certitudes sur lesquelles sont basées les politiques étatiques occidentales des dernières années, portées au paroxysme de leur nuisance après la crise de 2008. 

 

Au-delà des divergences, des différences et des colères mal contenues parfois, il s'agit avant tout pour les Tea  Partiers de faire baisser les impôts, de réduire drastiquement la dette publique et les dimensions de l'Etat - trop grand pour ne pas tomber -, de donner davantage de liberté aux citoyens qui doivent décider de leur propre sort.

 

Ce sont ces objectifs libertariens qui font peur aux uns et qui en réjouissent d'autres, dont je fais partie. Car le plus important est le changement complet de mentalité que les Tea Partiers sont en train de déclencher, aux Etats-Unis même, où ceux qui étaient censés défendre l'économie libre, l'ont trahie et provoquer la crise.

 

Le plus réjouissant pour ceux qui sont attachés au principe de subsidiarité est que ce mouvement spontané, n'en déplaise à ceux qui le dénigrent du haut de leur piédestal et qui voient des comploteurs partout, part du bas vers le haut, ce qui est un mouvement d'ascension on ne peut plus naturel et prometteur.

 

D'aucuns - des catholiques qui ont toujours beaucoup de mal avec les libertés économiques - reprochent aux Tea Baggers leur individualisme, d'autres - des penseurs libertariens - pensent qu'ils seront récupérés par le système, une fois que leurs candidats seront élus, s'ils le sont. Peut-être. Peu me chaut.

 

L'essentiel est qu'après seulement deux ans de dégâts l'Etat fédéral américain apparaisse de plus en plus aux Américains comme le problème et non pas comme la solution. Ce qui n'est pas indifférent pour le reste du monde.

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens