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10 octobre 2024 4 10 /10 /octobre /2024 20:00
Le bouleversement du monde - L'après 7 octobre, de Gilles Kepel

Les événements du samedi 7 octobre 2023 et leurs suites - la sanguinaire razzia pogromiste du Hamas dans l'État juif, puis l'hécatombe des Palestiniens de Gaza tués par l'offensive israélienne - constituent le drame paroxystique du premier quart du XXIe siècle.

 

Le bouleversement du monde en a résulté. Il y aurait dès lors un Nord haïssable et un Sud Global vertueux. Israël symboliserait ce Nord abject, l'aboutissement de la colonisation européenne, de la traite négrière et de l'esclavage.

 

En fait ce coup de force épistémologique est la consécration de la mainmise des idéologies woke et décoloniale sur les campus américains et européens depuis la fin du XXe siècle et sur les réseaux sociaux:

 

À la fin de l'automne 2023, à la suite des bombardements de Gaza en représailles à la razzia du 7 octobre, Israël, désormais qualifié de génocidaire par ses adversaires, se voit disqualifié dans les arènes internationales par ce terme même qui avait présidé, trois quarts de siècle auparavant, à sa création par l'ONU.

 

Gilles Kepel condamne aussi bien l'hécatombe des civils à Gaza que le pogrom du 7 octobre et le sort affreux des prisonniers otages dans le tunnel de Gaza, mais remarque que chaque partie occulte désormais la souffrance de l'autre.

 

L'observateur regrettera que l'auteur ne rende pas responsable le Hamas de l'hécatombe des civils à Gaza, dont le nombre de victimes est d'ailleurs sujet à caution et qui servent de boucliers humains aux membres de l'organisation terroriste.

 

Le ministère de la Santé du Hamas qui est la source de ces chiffres se garde bien de distinguer parmi les victimes le nombre de ses membres et celui des civils qui sont autant pris en otages que ceux qui l'ont été le 7 octobre en Israël...

 

Ces soit-disant combattants, en réalité terroristes, ont réussi leur coup puisque ce sont ces chiffres qui sont repris sans discussion par les influenceurs progressistes:

 

Faute d'alternative, [ce décompte des morts] a constitué in fine la source de référence mondiale pour les journalistes interdits d'accès à la bande de Gaza.

 

L'un des intérêts du livre, toutefois, est de rappeler et de mettre en perspective les éléments qui ont conduit à cette tragédie inouïe.

 

L'auteur, en effet, a pour objectif, avec ce livre, d'inscrire cette tragédie dans le contexte historique d'un demi-siècle afin d'en saisir au mieux les tenants et aboutissants, et les proposer au débat contradictoire dans une perspective la plus informée possible.

 

Un autre intérêt du livre est de faire apparaître les nouvelles lignes de faille que le coup infligé à Israël le 7 octobre a fait apparaître aussi bien parmi les forces régionales que dans le reste du monde, notamment aux États-Unis dans le contexte des élections présidentielles et en Europe dans celui des élections européennes.

 

À la suite de ce coup infligé à Israël le 7 octobre:

  • Son invincibilité a été mise à mal.
  • Sa réplique à cette provocation par une hécatombe à Gaza a suscité contre lui une solidarité internationale par-delà les seuls sympathisants jihadistes, voire islamistes.

 

L'Occident a été stigmatisé, décentré et réduit à un "Nord" colonialiste immoral, face à un "Sud" qualifié de "global" pour en faire le nouveau champion de l'universalisme porteur du progrès de l'humanité - dont il constitue la majorité par sa démographie en expansion.

 

Ont été cristallisés par le pogrom du 7 octobre et l'hécatombe à Gaza les clivages entre le Sud Global et le Nord, à l'intérieur duquel le premier est fortement présent de par les flux migratoires dus à la faible démographie du second et à l'écart de niveau de vie entre les deux.

 

Cette cristallisation se traduit en France:

  • par une polarisation identitaire dont les scores électoraux inouïs du Rassemblement national sont l'expression,
  • par une consolidation d'un "islamo-gauchisme" qui s'efforce de faire la jonction entre la jeunesse estudiantine radicalisée des campus et les banlieues populaires, dont les scores électoraux relatifs de la France insoumise, luttant contre l'islamophobie et soutenant Gaza, sont l'expression.

 

Gilles Kepel conclut:

 

Les événements du 7 Octobre et leurs suites ont ainsi précipité un bouleversement du monde qui pousse ses racines dans la longue durée d'une histoire dont la mémoire est convoquée pour justifier les conflits qui déterminent le présent et le proche avenir du monde contemporain tout en fracturant nos sociétés selon des lignes de faille inédites.

 

Francis Richard

 

Le bouleversement du monde - L'après 7 octobre, Gilles Kepel, 174 pages, Plon

 

Livre précédent chez le même éditeur:

 

Holocaustes (2024)

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7 août 2024 3 07 /08 /août /2024 20:35
Le Monde qui se lève, d'Alexandre Adler et Jean-Christophe Aeschlimann

Ce livre d'entretiens entre Alexandre Adler et Jean-Christophe Aeschlimann a paru il y a plus d'un an, le 26 juillet 2023, soit huit jours après le décès d'Alexandre Adler1, et deux mois et demi avant le 7 octobre. C'est donc en quelque sorte le testament géopolitique de ce dernier. 

 

Les deux interlocuteurs s'y entretiennent du Monde qui se lève, c'est-à-dire du futur qui leur est déjà perceptible. Ils parlent à ce sujet de moment messianique, c'est-à-dire ce moment où des hommes tout à fait normaux jouent un rôle décisif dans les progrès de l'humanité.

 

Adler est un sage, qui a parcouru le monde dans l'espace et le temps, en qualité de journaliste et d'historien, ce qui lui permet de dire ce que peut apporter à l'humanité Internet, qui en est la bibliothèque et auquel une partie significative des hommes, trois milliards, est connectée:

 

Si le web donne lieu aujourd'hui à beaucoup de folies et de falsifications, il représente surtout un progrès formidable de la connaissance. Ce progrès, grâce aussi à la sélection naturelle identifiée par Darwin dans ses études naturalistes, se transformera peu à peu en cercle vertueux.

 

Il ajoute:

 

Les avancées de la connaissance sont inexorables et vaincront les forces de superstition également liées à ces grands mouvements. Mais un peu de patience sera nécessaire.

 

Ce qui lui fait penser que le progrès se transformera en cercle vertueux, c'est que de grandes catastrophes ont été évitées, que les religions, y compris l'islam, changent et que les femmes auront un rôle dans l'émancipation du monde à venir, y compris même dans l'islam.

 

Comment, pourtant, ne pas être dubitatif quand il dit que le monde arabe est en train d'accepter Israël, que la fin d'Erdogan est pour demain, que la fin de l'hégémonie chiite est programmée au Liban, qui va retrouver la démocratie, comme ce sera le cas en Iran et en Palestine?

 

Que l'unité arabo-juive est en passe de se réaliser, parce que les Arabes israéliens ont été intégrés et qu'ils savent qu'Israël est là pour rester: Le jour viendra où il sera permis aux Palestiniens citoyens de Jérusalem et de l'entité palestinienne de se déplacer sur le territoire israélien?

 

Pour le dire, il se fonde sur le fait qu'Israël devient une grande puissance technologique et sur l'espoir que la voie sera bientôt ouverte à une seule société, où juifs, arabes israéliens et chrétiens vont apprendre à vivre ensemble. Ce qui marquerait l'aurore d'un temps messianique.

 

Si ce qui se passe au Proche et au Moyen-Orient intéresse le lecteur, l'intéresse tout autant ce qu'il dit de la Chine, qui, si elle renonce au protectionnisme et accepte des éléments du libéralisme, est bien sur le chemin de devenir la première puissance mondiale, devant l'Amérique 2.

 

À propos de l'Amérique, s'il n'exclut pas le retour de Donald Trump dont la politique socialisante a permis le maintien d'une production nationale, en acceptant parfois de produire plus cher - il a aidé la société et pas seulement l'économie -, il ne tarit pas d'éloges sur Joe Biden:

 

Biden sait ce que la mort veut dire, il l'a vue en face plusieurs fois, il est maintenant dans un mariage heureux qui lui permet de traverser cette période difficile mais il est aussi évident qu'il a envie de former Kamala Harris, et qu'il est également sensible au fait qu'à tout moment elle pourrait passer de vice-présidente à présidente. Mais si rien ne dit qu'elle sera la prochaine présidente, Biden fera tout pour qu'elle le devienne 3.

 

Et la Russie?

 

La Russie d'aujourd'hui est une puissance moyenne du point de vue du PIB, inférieure à un Brésil qui est tout à fait comparable en importance et dont la croissance est réelle alors que celle de la Russie est très faible. Rien donc d'absurde à dire que la Russie est en-dessous du Brésil en termes de classification des grandes puissances.

 

Sur l'homme Poutine, Alexandre Adler révèle ce que lui a dit son père, qui avait connu Iouri Andropov à Paris dans les années 1920. Le père biologique de Poutine, Yakov Broverman, un des chefs juifs les plus en vue de l'URSS, est arrêté après la création d'Iraël, et torturé.

 

Vladimir Poutine, après avoir été placé dans un orphelinat soviétique à l'âge de deux ans, en est sorti à douze treize ans après intervention du père d'Alexandre Adler et de ses amis auprès de Iouri Andropov et finalement adopté par un certain Vladimir Spiridonovitch Poutine:

 

Mis très vite au courant qu'il était juif, on peut dire que Poutine a vécu dans un milieu à peu près entièrement juif. Et lui-même savait bien sûr que son père avait été persécuté par Staline pour cette raison même.

[...]

Il y a chez Poutine un phénomène ou un syndrome, celui de Stockholm. C'est-à-dire qu'en réalité, du fond des choses, il admire le stalinisme.

 

Les auteurs passent en revue l'Inde, ou plutôt les Indes, l'Australie, l'Amérique du Sud, l'Afrique, la Turquie et l'Iran, et même l'Engadine, en Suisse, ce pays de l'utopie, où Alexandre Adler a vécu heureux, comme Anne Franck qui y a passé les deux étés les plus heureux de sa vie.

 

Le maître mot de ce livre est messianisme, qu'il faut entendre comme l'émancipation en devenir de l'humanité tout entière. Le lecteur veut bien le croire, mais, à vue humaine, elle ne semble pas vraiment en prendre le chemin. Peut-être cela se réalisera-t-il plutôt dans le temps long.

 

Un passage à la fin du livre laisse d'ailleurs le lecteur dans l'expectative et la perplexité, comme devant toute utopie, où les désirs sont pris pour des réalités, à moins - mais cela ne semble pas demain la veille - qu'il ne s'agisse de l'eschatologie promise par les religions du Livre:

 

Quel monde se prépare? On ne le sait pas. Mais il sera différent de celui que nous avons quitté. Un monde dans lequel l'attention aux autres, les gestes de simple humanité retrouveront de l'importance, où les superstitions, les bêtises et les cultes païens seront profondément ébranlés et discrédités.

 

Francis Richard

 

1 - Né le 23 septembre 1950, il est mort le 18 juillet 2023.

2 - Si la politique étrangère américaine est aujourd'hui protectionniste et isolationniste, elle l'est dans le bon sens du terme. En suivant cette thérapie pendant quelques années, les États-Unis redeviendront la grande puissance qu'ils aspirent à être et qu'ils seront demain.

3 - Ce passage prend tout son sens maintenant qu'elle est candidate à la présidence des États-Unis et qu'elle est opposée au candidat Trump.

 

Le Monde qui se lève, Alexandre Adler et Jean-Christophe Aeschlimann, 288 pages, Editions de l'Aire

 

Livre précédent de Jean-Christophe Aeschlimann:

 

Lettre à Yaël et Léah, Bernard Campiche Editeur (2022)

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31 mai 2024 5 31 /05 /mai /2024 20:55
Holocaustes, de Gilles Kepel

La chaire Moyen-Orient Méditerranée de Gilles Kepel à l'École Nationale Supérieure de Paris, ENS, a été supprimée à la fin de l'an passé, une raison de plus de lire son dernier livre Holocaustes sur Israël, Gaza et la guerre contre l'Occident.

 

Ce qui a déplu à la direction de la grande école, c'est que le digne professeur privilégie la connaissance à l'idéologie, envers et contre tout. En l'occurrence, être de gauche ne suffit pas pour recevoir l'agrément des soi-disant éveillés d'aujourd'hui.

 

POURQUOI HOLOCAUSTES AU PLURIEL ?

 

Au sens premier, holocauste désigne un sacrifice religieux au cours duquel la victime est entièrement consumée par le feu. Par extension, il signifie tout sacrifice, puis figure la victime elle-même.

 

Au sens moderne, depuis la Seconde Guerre mondiale, holocauste veut dire anéantissement. C'est exactement ce que signifie Shoah en hébreu, le terme de génocide ayant potentiellement un spectre universel. Dans le présent livre, holocaustes désigne:

  • la razzia pogromiste du Hamas, le 7 octobre, où ont été massacrés, violés, mutilés 1 140 Israéliennes et Israéliens, des nourrissons aux vieillards
  • l'hécatombe de Gaza, provoquée par les bombardements et les opérations au sol de l'armée de l'État juif, où ont péri près de 25 0001 Palestiniens, pendant les cent premiers jours de l'offensive

 

Pourquoi razzia ? Le terme de razzia fait écho à celle que le prophète de l'islam mena contre les Juifs vivant dans l'oasis de Khaïbar, en l'an 7 de l'hégire (628). Les arabes eux-mêmes emploient pour le massacre du 7 octobre un autre terme, qui leur parle davantage: Déluge d'al-Aqsa.

 

LE CHEF DU HAMAS

 

L'itinéraire de l'actuel homme fort de Gaza, Yahya Sinwar, 61 ans, est édifiant. Il a passé vingt-deux ans dans les geôles d'Israël et a été libéré en 2011. Il avait joué un rôle majeur dans la fondation du Hamas en 1987 en en créant le service de renseignement:

 

Sa principale activité consistait à débusquer et exécuter les informateurs palestiniens d'Israël. Elle lui valut le surnom de "boucher de Khan Younès".

 

Après sa libération, face aux civils palestiniens et, au détriment de son bureau politique, il a fait de la branche armée du Hamas, acronyme de Mouvement de la résistance islamique, son instrument de conquête du pouvoir et de prise de contrôle de l'enclave de Gaza en 2017. 

 

Les amitiés de Yahya Sinwar sont sélectives: il brocarde les gouvernements arabes qui pactisent avec l'État hébreu et réserve ses éloges à la République islamique d'Iran, particulièrement remerciée pour son soutien financier et opérationnel sans faille.

 

NETANYAHOU JOUE ET PERD

 

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou l'était au moment de la libération de Yahya Sinwar et de 1026 autres prisonniers palestiniens en 2011. Il s'agissait d'affaiblir par contrecoup l'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas à Ramallah.

 

En 2012, dans le même but, il avait vu avec faveur le financement de Gaza par le Qatar, pensant que, dans ces conditions, le Hamas n'aurait aucun intérêt à s'attaquer à l'État hébreu et que les outrances belliqueuses de son chef n'étaient que rhétorique.

 

Aujourd'hui il ne doit d'être encore Premier ministre qu'au soutien des députés des partis Force juive et Mafdal que l'auteur classe à l'extrême-droite de l'échiquier israélien. À ce soutien, il y avait une contrepartie: l'appui de Tsahal aux colons de Cisjordanie, avec pour conséquence de dégarnir les frontières d'Israël avec Gaza.

 

LE PIÈGE

 

Benjamin Netanyhou ne pouvait que lancer une offensive pour riposter au pogrom du 7 octobre avec pour but la destruction des infrastructures du Hamas et la liquidation physique de ses dirigeants. D'un côté, aux yeux de son opinion, il compensait ainsi l'effroi résultant de ce massacre atroce et délibéré auquel il n'avait pas vouloir croire, mais, de l'autre, en faisant des milliers de victimes palestiniennes, il s'aliénait ses appuis internationaux.

 

Le Hamas a certainement tendu ce piège, qui se referme sur les autorités israéliennes, militaires et civils, qui, pourtant, l'auteur ne le dit pas, s'efforcent de limiter les pertes parmi les civils palestiniens dont le Hamas se sert comme boucliers humains et dont la propagande grossit sans doute le nombre de victimes2.

 

L'auteur ne parle qu'à la fin des otages, qui entrent pourtant dans l'équation et qui sont une ignominie de plus à mettre au passif du Hamas, son chef sachant très bien que les Israéliens seraient divisés sur la conduite à avoir pour obtenir leur libération.


LA QUALIFICATION DE GÉNOCIDE

 

La qualification de génocide appliquée aux victimes palestiniennes est bien évidemment indue. Car l'intention n'est pas de la part des Israéliens de détruire les Palestiniens en tant que tels, en tout ou partie, mais de traquer les terroristes du Hamas qui se cachent au milieu d'eux.

 

L'auteur dit bien que cette qualification, destinée à l'imaginaire politique occidental, assimile le peuple victime de la Shoah aux atrocités commises contre lui par son bourreau et révoque ainsi la logique onusienne qui fonde Israël en 1947 comme État-refuge pour les Juifs.

 

L'AFFRONTEMENT NORD - SUD GLOBAL

 

Le massacre du 7 octobre, très bien préparé, a eu pour effet de redistribuer les cartes dans la région et dans le monde avec pour aboutissement que les pays du Sud Global considèrent la tuerie de Gaza par Israël comme perpétrée par un intrus occidental au Proche-Orient:

 

[Cette tuerie] est donc spécifiquement blâmable parce qu'inscrite dans la lignée des crimes de la colonisation et de l'impérialisme.

 

Que faut-il entendre par Sud Global? Principalement les BRICS+, c'est-à-dire le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud, auxquels il faut ajouter notamment l'Iran, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

 

Le problème est que l'Europe est en train de vivre des mutations géographiques majeures, du fait de l'implantation sur son sol de populations originaires du sud et de l'est de la Méditerranée, qui compensent son déficit démographique, populations rejointes, depuis les crises consécutives aux "Printemps arabes" de la décennie écoulée, par des millions d'immigrants illégaux en provenance du "Sud Global" dont les dirigeants et porte-parole vouent aux gémonies le "Nord"...

 

ÉPILOGUE

 

Sur le rôle que devrait jouer l'Europe, l'auteur exprime un regret, qui résonne singulièrement à dix jours des élections européennes:

 

Alors que l'Europe aurait vocation à démontrer, par sa capacité intégratrice, l'inanité du clivage existentiel entre le "Sud Global" - dont nombre d'habitants aspirent à la rejoindre par n'importe quels moyens - et le "Nord" occidental, et à faire entendre une voix puissante, celle-ci est devenue presque inaudible.

 

En fait l'Europe n'administre plus la preuve de sa capacité intégratrice depuis des décennies... grâce, en particulier, à tous ceux qui flattent le communautarisme.

 

Francis Richard

 

1 - L'auteur reprend les chiffres du Hamas, pourtant sujets à caution, que les médias internationaux ont fait leurs.

2 - Il est d'ailleurs vraisemblable que le Hamas additionne pertes civiles et pertes terroristes, omettant d'en donner les proportions, qui pourraient bien être de une pour une...

 

Holocaustes, Gilles Kepel, 216 pages, Plon

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch.

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2 mai 2023 2 02 /05 /mai /2023 22:55
Où va notre argent?, d'Agnès Verdier-Molinié

Avant de dire avec les Français: Où va notre argent?, Agnès Verdier-Molinié leur dit comment l'État s'en empare. Ce n'est un secret pour personne que l'État français est vorace, mais si cela va sans dire, cela va mieux en le disant.

 

IMPÔTS, TAXES ET COTISATIONS

 

En France, les impôts, taxes et cotisations partout et sur tout représentent 1 195 milliards d'euros, soit 45,2% du PIB de prélèvements obligatoires, ce qui fait du pays le champion d'Europe de la pression fiscale.

 

Depuis 2017, ces prélèvements, après un répit, ne cessent d'augmenter en proportion de la richesse nationale en dépit du discours gouvernemental qui affirme maintenir le cap de leur baisse.

 

Mais tout le monde ne contribue même pas, contrairement à la petite musique d'ambiance. C'est surtout dans la poche des plus riches que l'État se sert pour parvenir à prélever, en 2021, 681 milliards d'euros d'impôts sur les ménages:

Factuellement, entre 2010 et 2021, le taux de redistribution en faveur des plus pauvres s'est accru de 34 points, tandis que les plus riches se sont vu ponctionner de 4 points.

 

Les entreprises françaises ne sont pas logées à meilleure enseigne:

148 milliards de prélèvements obligatoires supplémentaires pèsent sur nos entreprises par rapport à la moyenne de la zone euro (hors France) en 2021.

 

Tout est taxé en France: les abris de jardin, les piscines, les panneaux photovoltaïques fixés au sol, les chalets ou bungalows, les emplacements de tentes, de caravanes, de mobile-home etc.

 

En 2022, il y a eu:

- 61 milliards de taxes environnementales,

- 18 milliards d'impôts sur les successions,

- un coût estimé à 100 milliards pour les normes (83 570 pages en 2021): 80 à la charge des entreprises, 20 à celle des collectivités et des particuliers.

 

Si le pouvoir d'achat des Français diminue, ils le doivent à l'État qui se taille la part du prédateur:

- quand un patron paie 100, le salarié touche 47,

- la France est un des rares pays où l'on paie des taxes sur les taxes:

  • la part de la CSG non déductible sur les salaires (au total la CSG rapporte plus que l'impôt sur le revenu: 127 milliards en 2020 contre 79),
  • la TVA sur les taxes des produits énergétiques.

Soit un total de 16 à 18 milliards chaque année...

 

Et puis il y a la fraude, de deux sortes:

- la fraude sociale, estimée à 20 milliards a minima, où les aides sociales, telles que le RSA, sont les plus fraudées;

- la fraude fiscale, estimée à 30 milliards (les politiques, y compris des ministres, ne se montrant pas des citoyens exemplaires...) dont 11 milliards seulement sont retrouvés.

 

L'accès aux services publics est-il le même pour tous? Que nenni:

Plus nous payons d'impôts, plus nous devons payer cher une partie de nos services publics! La conséquence? Les riches se retirent du système public et la société est coupée en deux...

 

La suppression de la taxe d'habitation pour les résidences principales a eu pour corollaire l'explosion des taxes foncières et l'augmentation de la taxe d'habitation pour les résidences secondaires...

 

Les riches français sont les plus taxés d'Europe:

- Les prélèvements sur le capital dans le PIB s'élèvent à 10,7%, 2,5 points au-dessus de la moyenne de la zone euro;

- Les revenus du capital, dividendes et plus-values, sont taxés à 30% (en Allemagne à 26,4%).

 

Pourtant haïr les riches n'est pas la solution, pas plus que de faire partir des "bac + 5" pour faire entrer des "bac - 5"...

 

Quant aux Français résidant fiscalement en dehors d'Europe, ils paient plus de 10 000 euros de CSG sur leurs revenus fonciers par an et n'ont pas droit au remboursement de leurs soins en France.

 

DES MILLIARDS DE DÉPENSES

 

Chaque année les prévisions de dépenses publiques sont dépassées: en moyenne 43,7 milliards an pendant le premier quinquennat d'Emmanuel Macron, l'année 2022 atteignant le record de 83,1 milliards.

 

Depuis la crise de la Covid, la politique du chéquier bat son plein:

- chèque inflation,

- chèque alimentation,

- chèque énergie,

- chèque de rentrée scolaire.

 

Les dépenses publiques représentent environ 1 500 milliards et ne sont pas contrôlées, la Cour des Comptes, dont les finances sont opaques, se contentant de faire des observations qui ne sont pas exploitées par le Parlement...

 

Le total des aides sociales en France dépasse les 125 milliards d'euros par an, 5% du PIB dont:

- 17 milliards pour les APL (aides personnalisées au logement) et les prestations logement;

- 11 milliards pour le RSA: 2 millions d'allocataires dont seulement 40% sont inscrits à Pôle emploi et dont le retour à l'emploi est faible;

- 10 milliards pour les AAH (allocations adulte handicapé): 1,2 million d'allocataires.

 

Ces 125 milliards équivalent au cumul des budgets accordés au ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et de l'Intérieur en 2021...

 

Les retraites des agents publics, dont le mode de calcul des pensions est plus généreux que celui des pensions privées, sont financées par les impôts:

45 milliards d'euros des "cotisations employeur" de l'État et des employeurs publics sont en réalité des subventions payées avec les impôts des Français.

 

Le déficit du système de retraite est minimisé par le COR, Conseil d'orientation des retraites, parce qu'il ne tient compte que des déficits des régimes de salariés privés (13 milliards en 2020):

Le déficit réel de notre système de retraite serait plus proche de 43 milliards d'euros (soit presque 2% du PIB) en 2020.

 

Comme la dette publique n'est jamais remboursée et qu'à chaque échéance l'État réemprunte pour la rembourser, la charge de la dette, c'est-à-dire les intérêts, augmente. Si les taux montent, comme c'est le cas actuellement, cette charge explose:

En 2022, la facture devait être de 39 milliards selon ce qui avait été voté au Parlement. Ce sera 50 milliards à cause d'un dérapage lié à la part de dette indexée sur l'inflation...

 

D'autres dépenses sont de véritables scandales:

- le coût des congés bonifiés des agents publics d'outre-mer en service en métropole et des métropolitains en service outre-mer;

- le coût des grèves à la SNCF et à la RATP, dont les agents bénéficient d'augmentations supérieures à l'inflation, de régimes spéciaux de retraite avec des départs entre 54 et 59 ans et des pensions avantageuses financées par des subventions;

- l'effectif pléthorique des agents publics - un emploi sur 5:

Nous payons collectivement une quarantaine de milliards de trop tous les ans en masse salariale publique. Mais nous n'avons pas le droit de parler de productivité dans les services publics...

- le coût 21% plus cher de l'INSP, Institut national de service public, qui remplace l'ENA.

 

DES SERVICES PUBLICS À L'AGONIE

 

Quels sont les résultats mirobolants de ces dépenses publiques (qui représentent 58% du PIB)? Rien ne marche.

 

Exemples:

- Trois mois. C'est la durée minimale pour renouveler un passeport ou une carte d'identité.

- Le délai moyen du système judiciaire pour résoudre une affaire, au civil, est de 637 jours en première instance [...], 607 jours en deuxième instance [...] et 485 jours en Cour de Cassation.

- On a de plus en plus de personnel dans les hôpitaux, mais de moins en moins accès aux soins.

- Alors qu'en France sont dépensés 102 milliards pour l'Éducation nationale, soit 18 milliards de plus (en comparaison de part dans le PIB) que la moyenne de la zone euro: L'Éducation nationale est en crise, le niveau scolaire baisse, les professeurs sont démotivés...

- L'investissement public ne représente que 3,6% du PIB en 2021, dont plus de 58% sont à l'initiative des collectivités locales: La France emprunte pour faire tourner sa machine sans pouvoir préparer l'avenir.

- La France a dépensé depuis les années 1950 plus de 150 milliards  pour le nucléaire et nous sommes en train de casser la production française et la croissance pour n'avoir pas entretenu ce précieux bien commun que sont nos centrales.

- Le coût de distribution des services publics est trop cher en France avec trop d'argent mis dans l'organisation et pas dans le service.

 

CONCLUSION

 

Agnès Verdier-Molinié propose vingt mesures de bon sens, adoptées par nos voisins, que la France devrait mettre en place et qui nous permettraient de savoir où va l'argent public:

 

Pourquoi n'est-ce pas déjà le cas? Tout simplement car nos administrations s'érigent en permanence contre le principe de rendre des comptes sur l'utilisation de l'argent public et sur la qualité des services publics.

 

Nous vivons dans l'illusion de la gratuité, dans l'illusion de la qualité, dans l'illusion de l'équilibre des pouvoirs. Il est temps de le réaliser et de demander des comptes sur l'utilisation de nos impôts, de notre argent public avant que d'autres, FMI et consorts, ne le fassent à notre place.

 

Francis Richard

 

Où va notre argent?, Agnès Verdier-Molinié, 286 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livre précédent aux Éditions de l'Observatoire:

Le vrai État de la France (2022)

 

Livres précédents chez Albin Michel:

60 milliards d'économie ! (2013)

On va dans le mur (2015)

Ce que doit faire le (prochain) président (2017)

En marche vers l'immobilisme (2018)

La France peut-elle tenir encore longtemps? (2021)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch

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4 février 2023 6 04 /02 /février /2023 23:55
Français, ouvrez les yeux !, de Driss Ghali

Driss Ghali est un immigré, qui a émigré au Brésil il y a douze ans. Marocain, musulman, c'est un Français qui aime la France et se désole de voir qu'elle perd son âme. En effet un homme nouveau est apparu en France, ce qui est le signe d'une révolution, gangrenant les esprits:

 

[Cet homme] est irréversiblement étranger au pays qu'il habite.

 

Ce n'est pas seulement le cas de l'immigré qui refuse de se couper de ses racines. C'est aussi celui du Français de souche, déraciné et acculturé. Ce n'est pas un déclin mais une métamorphose, ce qui est bien plus grave puisque c'est contraire à la raison et à la fidélité.

 

LES GRANDS RENONCEMENTS

 

En effet la France a renoncé à sa puissance:

- Elle a abandonné sa souveraineté - et y a perdu sa crédibilité - dans 750 zones urbaines sensibles:

Le renoncement au contrôle territorial induit l'ingérence de groupes criminels étrangers et la dépendance vis-à-vis de nations tierces.

- Elle a abandonné sa souveraineté à une Europe qui de romanisée s'islamise et s'africanise:

La simple survie de la patrie est jugée malvenue puisqu'il faut construire l'Europe, quoi qu'il en coûte. Ce n'est pas un projet politique, c'est un sacrifice humain.

 

La France a renoncé à son peuple:

- La population étrangère, notamment extra-européenne, ne cesse d'augmenter, ce qui est dû à une immigration de masse et au reflux démographique des Français de souche:

Les Français s'abstiennent de peupler leur pays au moment où ils admettent ne plus en être les seuls maîtres.

- Tout le monde en souffre, les immigrés comme les Français de souche, parce que, peu à peu, personne ne se sent vraiment chez lui:

Une maison où il ne nous est pas permis de nous accomplir, de respirer à pleins poumons, de nous promener en pantoufles n'est pas une maison véritable.

- C'est en conséquence un renoncement à la paix civile:

[Le voyou immigré] rabaisse le peuple de souche et établit la suprématie des nouveaux venus. Il s'acharne sur ceux qui doivent descendre de leur piédestal en les frappant, en les terrorisant et en les humiliant.

 

La France a renoncé à son génie:

- Le niveau a baissé dans les oeuvres de l'esprit et de la sensibilité:

Tout dégringole: le cinéma, la musique, la littérature, la télévision, l'architecture, etc.

- Les paysages humains et matériels se sont banalisés:

L'école et la culture officielle en général ne veulent plus stimuler, elles ne veulent plus éveiller, faire naître les capteurs et les facultés en germe. Elles couvrent d'une épaisse couche d'ignorance, d'irrévérence et de dégoût de soi.

- La France a abdiqué devant l'américanisation (qui séduit les élites, les classes populaires et les immigrés), si bien qu'elle n'est plus ni exemplaire ni désirable pour personne:

Nous renonçons à l'universalisme pour adopter l'idéologie woke et la théorie de genre.

- Le génie de la France serait enfin, selon l'auteur, dans la conciliation d'un haut degré de redistribution avec une grande création de richesse, ce qui est pour le moins contestable, car la baisse du niveau de vie qu'il constate plus loin est imputable en grande partie à cette prétendue conciliation des contraires et beaucoup moins à la médiocrité de ses dirigeants.

 

LES CONSÉQUENCES  

 

Il ne faut pas s'étonner dans ces conditions

- que la France soit dirigée par des petits marquis:

La chute du niveau, de la prestance et de l'épaisseur est simplement abyssale.

- que les cancres triomphent;

- que les Français soient maltraités par leurs dirigeants qui les méprisent et ne les aiment pas:

L'arrogance est la marque du savoir mal acquis, trop vite et trop superficiellement.

- que ces derniers soient soumis à l'Oncle Sam et à l'Union européenne;

- que l'Histoire, toujours complexe, soit simplifiée par les soi-disant élites:

Le manichéisme est tellement confortable pour nous tous, puisque nous sommes "construits" pour aimer un camp et détester l'autre.

 

QUEL AVENIR POUR LA FRANCE ?

 

L'auteur pense que l'avenir de la France peut être:

 

- une tropicalisation, où les élites sont incompétentes, certaines de leur impunité et où la population est victime du syndrome de l'assiégé-fuyard :

Une abdication heureuse et une décivilisation festive.

C'est-à-dire une république bananière dirigée par des énarques:

Simples citoyens, cadres supérieurs, dirigeants politiques, intellectuels: ils ont rendu leur liberté et leur discernement, en contrepartie de la sécurité pour les uns et des pots-de-vin pour les autres.

 

- une guerre civile, l'assimilation étant morte le jour où la faiblesse a changé de camp, que l'auteur date du 11 novembre 2015, où un policier, Ahmed Merabet, a été assassiné par les frères Kouachi:

L'assimilation est réservée à une petite minorité d'immigrés. Habituons-nous à l'idée que des millions d'immigrés, naturalisés ou pas, n'adopteront jamais nos us et nos coutumes. Ils en sont incapables. La question ici n'est pas celle de la volonté de s'assimiler, mais de l'aptitude à vivre, peu ou prou, selon les normes françaises.

Et les contentieux ne manquant pas: le choc des racismes, le choc des mentalités, la gouvernance, la guerre contre l'État, l'échec économique et social des diasporas, le match retour de la colonisation.

 

EXPLICATIONS POSSIBLES

 

L'auteur propose trois explications aux renoncements de la France à sa puissance, à son peuple, à son génie:

 

- sa déchristianisation: Le christianisme avait mille et un défauts, il était frustration sexuelle et superstition, mais il avait l'avantage insigne de fournir un principe fédérateur où agréger toutes nos contradictions.

 

- la corruption de son caractère:

. La puissance, c'est mal. La faiblesse, c'est bien.

. L'amour du déshonneur et de la lâcheté.

. La corruption par les allocations.

. La corruption par le mimétisme: des jeunes Français de souche imitant les immigrés qui refusent de combattre dans leurs pays et ont préféré les fuir: ils seraient peut-être capables de vivre sous souveraineté étrangère du moment que leurs salaires sont garantis.

. La profanation du masculin et du féminin.

 

- le jeu double de ses élites qui ont laissé faire et encouragé le mouvement mais qui n'ont obligé personne à cracher sur les images du Christ ou à vendre son âme pour une allocation.

 

CONCLUSION

 

Accepter, se révolter ou refaire la France ailleurs, je ne vois que trois issues, à moins que la France ne se réveille de son long sommeil demain matin, et qu'elle ouvre les yeux enfin sur ce qu'elle a laissé faire et sur ce qu'on lui a fait. À ce moment-là, une autre histoire commencera.

 

Francis Richard

 

Français, ouvrez les yeux !, Driss Ghali, 240 pages, L'Artilleur

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch

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20 décembre 2022 2 20 /12 /décembre /2022 21:50
Après la démocratie?- L'Amérique et le monde au temps de l'administration Biden, de Guy Millière

Donner les moyens de comprendre est d'autant plus important que ce qui se passe aujourd'hui aux États-Unis est extrêmement grave et préoccupant, et devrait susciter l'intérêt et la vigilance de tous ceux qui sont attachés au droit, à la démocratie et à la liberté.

 

Le livre de Guy Millière est intéressant parce que ce qu'il dit va à l'encontre de tout ce qui se dit dans les médias francophones. Ceux-ci ne sont que les caisses de résonance des grands médias américains, tous, à de rares exceptions, de connivence avec le parti démocrate.

 

Le parti démocrate américain n'est plus ce qu'il était il y a vingt ou trente ans. Il est devenu un parti d'extrême-gauche dont le but est de détruire l'Amérique des pères fondateurs. Ce but est sur le point d'être atteint quand un obstacle se dresse avec l'élection de Donald Trump.

 

Avant même, et depuis cette élection, il est l'homme à abattre et avec lui tous ceux qui défendent l'Amérique originelle. Tous les moyens sont bons pour ce faire. Si la pandémie n'avait pas été instrumentalisée contre lui, le parti démocrate ne serait pas revenu aux commandes.

 

Car, pendant les trois premières années de son mandat, l'Amérique s'est redressée. Les impôts ont baissé. Des milliers de dollars ont été investis. La croissance est revenue et avec elle le plein emploi. Des milliers d'entreprises ont été créées. Le niveau de vie de tous a augmenté:

 

Il a en trois années, détruit l'État islamique, asphyxié le régime des mollahs, fait considérablement reculer le terrorisme islamique sur la planète, endigué le régime nord-coréen, puis le régime chinois. Il a par les accords d'Abraham, fait avancer la paix au Proche-Orient comme personne, en plus de sept décennies, n'était parvenu à le faire avant lui.

 

Dans les médias francophones, il est de bon ton de dire que Donald Trump, quand il a contesté le résultat de l'élection de novembre 2020, s'est montré mauvais perdant. Comme autant de tartuffes, ils ont dissimulé les preuves et témoignages des nombreuses fraudes qui l'ont permis.

 

La pandémie a justifié, dans les États démocrates, la récolte des bulletins de vote. Ainsi ont pu voter des gens qui n'avaient pas la citoyenneté américaine, qui étaient partis vivre ailleurs ou qui étaient... décédés. Sans oublier que, pour voter, une pièce d'identité n'était pas exigée:

 

Des images vidéo surveillance [montrent] des arrivées massives de bulletins, par camions, des utilisations tout aussi suspectes de clés USB branchées puis débranchées sur les machines à voter, l'extraction de cartons entiers de bulletins de vote de sous les tables de dépouillement après que les observateurs républicains ont été renvoyés chez eux.

 

Si la justice américaine a refusé de prendre en compte ces preuves et témoignages et les a balayées sans même les examiner cela ne veut pas dire qu'elles n'existent pas. A contrario les preuves et témoignages d'une prétendue tentative de coup d'État le 6 janvier 2021 n'existent pas.

 

Il n'y a tout simplement pas eu de relation de cause à effet entre le discours de Donald Trump et cette intrusion, contrairement aux conclusions de la commission parlementaire de la Chambre des Représentants, laquelle recommande aujourd'hui des poursuites pénales contre lui.

 

Le 15 février 2021, Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des Représentants, demande et obtient la création de cette commission d'enquête qui serait semblable, dit-elle sans rire, à celle qui a enquêté, près de vingt ans plus tôt sur les attentats du 11 septembre 2001:

 

Nancy Pelosi ajoute que ce qui s'est passé le 6 janvier est "aussi grave" que ce qui s'est passé le 11 septembre 2001.

 

Comme le souligne Guy Millière, le 6 janvier, il n'y a eu aucune attaque terroriste, aucune personne ne menaçant la vie de quiconque, des dégâts très mineurs, et quatre morts, tous parmi les manifestants: rien à voir avec les trois mille morts du 11 septembre 2001 et ses dégâts:

 

Les émeutes1 qui ont marqué l'été 2020 ont été bien plus graves, puisqu'elles ont fait des milliards de dégâts, incendié des immeubles et laissé derrière elles plus de vingt-cinq morts, dont des enfants en bas âge et des centaines de policiers blessés, certains mutilés à vie.

 

En moins de deux ans, le bilan est sévère: le niveau de vie a baissé, des dizaines de milliards de dollars ont été dilapidés, une forte inflation est apparue, des centaines de milliers de gens ont immigré illégalement, les grandes villes se sont tiers-mondisées, l'insécurité a monté.  

 

Dans les domaines de la justice, de l'école, des médias, de la culture, de la liberté d'expression, la destruction et la déconstruction de l'Amérique sont à l'oeuvre avec l'approbation et la complicité de l'administration Biden, qui favorise la haine d'une gauche protéiforme et monstrueuse.

 

L'Amérique sort affaiblie de la débâcle en Afghanistan, de l'invasion de l'Ukraine, qui n'aurait pas eu lieu si un minimum de fermeté avait été montré, des connivences du parti démocrate, des grandes entreprises, de l'administration Biden et de Biden lui-même avec la Chine.

 

Guy Millière a terminé ce livre cet été, avant les élections de mi-mandat qui ont vu s'opposer ceux qui veulent la mort de l'Amérique et ceux qui veulent la sauver. Il le conclut avec cette citation de William J. Bennett, ministre de l'Éducation de Ronald Reagan, à méditer:

 

Il y a toujours chez ceux que le totalitarisme fascine un penchant pour la destruction qui ressemble au nihilisme.

 

Francis Richard

 

1 - Les émeutiers étaient qualifiés de manifestants pacifiques par la même Nancy Pelosi...

 

Après la démocratie? - L'Amérique et le monde au temps de l'administration Biden, Guy Millière, 324 pages, Balland

 

Livres précédents:

 

La Septième dimension Cheminements (2009)

Le désastre Obama Tatamis (2012)

Face à l'islam radical David Reinharc (2012)

L'islam radical est une arme de destruction massive David Reinharc (2013)

L'État à l'étoile jaune Tatamis (2013)

Voici revenu le temps des imposteurs Tatamis (2014)

Après Obama, Trump? La Maison d'Édition (2016)

 

Publication commune avec LesObservateurs.ch

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5 février 2022 6 05 /02 /février /2022 20:25
Le vrai État de la France, d'Agnès Verdier-Molinié

L'usage de la Ve République veut que le nouveau gouvernement, au sortir de l'élection présidentielle, commande un audit à la Cour des Comptes sur l'état du pays quand il arrive au pouvoir...

[...]

Ne serait-il pas plus judicieux pour nos compatriotes d'avoir accès à cet audit avant les élections? De connaître l'état du pays avant d'aller voter?

 

Le vrai État de la France est cet audit qui n'est pas commandé avant les élections à la Cour des Comptes, mais qu'elle ne désavouerait certainement pas, parce qu'elle pourrait avaliser les chiffres qui y sont publiés.

 

Certes il s'agit de chiffres macroéconomiques, qui n'ont pas d'autre valeur que d'être une photographie de l'économie en fin de mandat présidentiel, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse pas en tirer des enseignements.

 

DÉCROCHAGE

 

La France n'est plus ce qu'elle était. C'est une lapalissade que de le dire. C'est encore mieux d'en apporter la preuve documentée. C'est ce que fait Agnès Verdier-Molinié dans ce livre où elle constate, chiffres à l'appui, puis propose.

 

Bien que la directrice de l'iFRAP ne dresse pas directement le bilan du quinquennat d'Emmanuel Macron, l'état réel de la France n'a rien à voir avec les satisfecit qu'il se décerne après quelque cinq ans de pouvoir.

 

S'il est vrai que tout n'est pas à mettre à son passif, il n'a pas fait grand chose, quoi qu'il en dise, pour redresser la situation, qui s'est globalement aggravée. Ainsi la France a continué de décrocher par rapport aux autres pays:

 

-  la France occupe en 2020 le 23ème rang mondial en richesse par habitant;

-  la France ne s'est pas réindustrialisée: 3,2 millions d'emplois salariés dans l'industrie en 2017, 3,1 millions en 2020 (contre 5,5 millions en 1980);

- la France a en 2020 le plus important déficit commercial de l'Union européenne, soit 82 milliards;

- les entreprises françaises, au cours des 20 dernières années, ont investi deux fois plus à l'étranger que les entreprises étrangères ne l'ont fait en France;

- il y a eu près d'un million d'entreprises créées en France en 2021 mais, à 90%, ce sont des entreprises comprenant un seul salarié: créer une entreprise en France se heurte en effet aux repoussoirs de la fiscalité et des normes.

 

REPOUSSOIR(S)

 

Ces repoussoirs ont conduit deux millions et demi de Français à s'exiler1. Ils l'ont souvent fait pour des raisons fiscales, mais pas toujours. Souvent aussi pour des raisons de liberté, de pouvoir d'achat, de rêves d'entreprise.

 

Quelques chiffres-clés donnent le tournis:

 

- La France est championne du monde du nombre d'impôts, taxes, contributions et cotisations: en 2019, 483 au total, soit 214 impôts, 159 taxes et 110 cotisations.

(la France est le seul pays où l'on paye des taxes sur les taxes)

- Les impôts directs des ménages sont passés de 250 milliards en 2017 à 275 milliards en 2019; ils ont augmenté plus vite que le revenu disponible et les plus riches n'ont pas été avantagés: le dernier décile paie 10 milliards de plus: l'augmentation de la CSG/CRDS en est la cause...

- Les entreprises ne sont pas à meilleure enseigne: le supplément de prélèvements obligatoires par rapport aux autres pays de la zone euro ne s'est que légèrement réduit, passant de 158 milliards à 155 milliards d'euros, entre 2017 et 2019...

 

SOUMISSION (AUX CRÉANCIERS)

 

Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la dette de la France avait grimpé de plus de 600 milliards, sous François Hollande de presque 400, mais sous Emmanuel Macron, la hausse, à la fin de cette année 2022, sera d'environ 700 milliards d'euros! Aucun autre pays d'Europe n'a fait ça!

 

Bref la dette publique s'élèvera à près de 3 000 milliards d'euros, sans compter les engagements hors bilan (prestations sociales, pensions dues aux agents en poste ou en retraite jusqu'à leur décès et garanties accordées ici, à Bpifrance2, ou là, pour l'emprunt de 750 milliards de la Commission européenne):

 

On est plutôt à 8 000 milliards d'euros de dette pour la France.

 

Quels sont les détenteurs de la dette de la France? De l'ordre, de 200 à 300 milliards d'euros de dette française seraient détenus en Chine si l'on en croit les chiffres qui circulent en off à Bercy...

 

Mais à la dette publique, il convient d'ajouter la dette privée: Le taux d'endettement du secteur privé non financier en France au dernier trimestre 2020 a considérablement augmenté pour atteindre son chiffre record de 156% du PIB.

 

Au total l'endettement s'élève à quelque 270% du PIB, juste derrière la Grèce (330% du PIB)...

 

La relance, dont Bruno Lemaire est le ministre, s'est traduite par un déficit record en 2021 de 200 milliards: la croissance de 6% en 2021 est due pour la plus grande part à des dépenses publiques de fonctionnement (la part des investissements publics n'étant que de 0,4% sur ces 6%).

 

BUREAUCRATIE

 

En matière de dépenses publiques, la France détient le record européen avec 60,7% du PIB en 2021. L'État ne les a pas réduites auparavant comme Emmanuel Macron l'avait promis lors de la campagne présidentielle de 2017... et on sait, à l'épreuve du feu, que penser du fonctionnement des services publics...

 

Pourtant ce n'est pas faute d'avoir embauché: L'INSEE anticipe [...] sur le quinquennat, non pas une baisse de 120 000 postes d'agents publics, mais une hausse de 120 000 postes avec un record de 5,8 millions! La République en marche d'Emmanuel Macron est bureaucratique...

 

Cette bureaucratie a un coût: 650 milliards d'euros en 2018, soit 27% du PIB, quand la moyenne des pays européens (21 pays) est de 23,6%. Ce qui représente un surcoût de 84 milliards d'euros par an dû à la mauvaise organisation et à la sous-productivité de l'administration française...

 

Pour que cela ne se voie pas, on a maintenu l'effectif au niveau de l'État et démultiplier les agences locales: il y a ainsi 60 000 guichets publics répartis sur le territoire national... Et c'est ainsi qu'on est incapable de savoir quel est le nombre en trop de cartes Vitale en circulation...

 

INACTIVITÉ

 

Avec notre système de protection sociale élevée, nous courons le risque de désinciter au travail déclaré.

 

Le FMI a évalué en 2018 cette économie grise; elle est inversement proportionnelle au niveau de protection sociale:

 

- France: entre 8,3 et 12,8% du PIB;

- Allemagne: entre 6,8 et 10,4% du PIB;

- Suisse: entre 3,9% et 6% du PIB.

 

Le nombre de chômeurs est de toute façon plus élevé que ne le laissent apparaître les données de la catégorie A (demandeurs sans emploi) de Pôle Emploi (1,5 million), les chiffres du gouvernement (2,25 millions). Le taux de chômage ne serait pas de 8% mais de 13% selon les calculs de l'INSEE, que corrobore le nombre d'indemnisés...

 

Les chiffres de l'INSEE (3,5 millions) intègrent en effet, selon la définition du BIT, les chômeurs partiels de longue durée, ceux qui sont en formation, ceux qui sont en emplois aidés, tous ceux qui sont pour une raison ou pour une autre, non disponibles pour travailler dans les deux semaines.

 

Quoi qu'il en soit, le nombre de personnes actives en France est en diminution:

 

- il n'y a plus qu'1,7 actif pour un retraité (ce qui met en péril un système de retraites basé uniquement sur la répartition);

- seuls 35% des 60-64 ans travaillent contre plus de 40% en Europe;

- l'absentéisme est élevé: 25 jours par an en moyenne dans le secteur public et 18,7 dans le privé;

- il y a deux fois plus de syndiqués dans le secteur public que dans le privé: le taux de syndicalisation est de toute façon faible, un salarié sur dix, mais le nombre de jours de grève est élevé, entre 3 et 4 millions d'heures par an...

 

PAUVRETÉ

 

Agnès Verdier-Molinié constate à ce sujet qu'il y a:

 

- deux fois plus de milliardaires outre-Rhin;

- 7,1% de travailleurs pauvres en France contre 3,7% en Allemagne;

- en France un jeune sur vingt qui est illettré et 100 000 jeunes sans diplôme ni formation;

- quatre fois plus de logements sociaux en France qu'en Allemagne, ce qui favorise la création de ghettos et l'augmentation de la pauvreté;

- 300 000 sans domicile fixe et 27 000 sans-abris.

 

Et pourtant, la France est championne du monde pour les dépenses sociales qui représentent 32% de la richesse nationale...

 

INSÉCURITÉ

 

Le tableau de l'insécurité n'est guère plus réjouissant:

 

- 880 homicides en 2019, ce qui place la France très haut dans le classement européen (1,28 pour 100 000 habitants contre 0,71 en Allemagne);

- 3,8 millions de crimes et délits: 723 pour 100 000 habitants par an contre 386 en Italie ou 271 en Allemagne;

- la surpopulation carcérale est de 113% avec 68 301 détenus: il n'y a eu, entre 2017 et 2022 que 370 nouvelles places effectives contre les 7 000 promises par le candidat Macron, si bien que nombre de condamnés ne passent pas par la case prison...

- sur 122 839 obligations de quitter le territoire, 18 909 retours à la frontière ont été effectués en 2019...

- une part non négligeable des milliers de mineurs non accompagnés sont responsables de l'insécurité dans les centres urbains...

- enfin l'efficacité des fiches S est aujourd'hui controversée.

 

CONCLUSION

 

L'avenir de la France n'est pas radieux. Aussi l'auteure, qui croit résolument dans les réformes (jusqu'à présent elle a prêché dans le désert), ne se contente-t-elle pas de constater, elle propose de lancer 22 chantiers.

 

En résumé, il s'agit:

 

- de travailler et de produire en France, c'est-à-dire notamment de baisser les taxes sur les entreprises, de faciliter leur création, de reculer l'âge de la retraite (elle ne parle pas d'introduire la capitalisation), de relancer la filière nucléaire;

- d'équilibrer les comptes de la nation, c'est-à-dire notamment de décentraliser, de baisser les dépenses publiques, de baisser les impôts, de voter dans la Constitution un frein à l'endettement (ce qui existe en Suisse);

- de faire respecter la loi, rétablir la sécurité, de maîtriser les flux migratoires, c'est-à-dire notamment de construire 15 à 20 000 places de prison, d'expulser les étrangers auteurs de crimes et délits, de ne pas renouveler les cartes de séjour pour les ménages étrangers dont aucun membre ne travaille de manière déclarée (sauf asile).

 

Francis Richard

 

1 - Voir mon article sur Les Français exilés paru dans Libres!!

2 - Banque publique d'investissement.

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Le vrai État de la France, Agnès Verdier-Molinié, 256 pages, Éditions de l'Observatoire

 

Livres précédents chez Albin Michel:

 

60 milliards d'économie ! (2013)

On va dans le mur (2015)

Ce que doit faire le (prochain) président (2017)

En marche vers l'immobilisme (2018)

La France peut-elle tenir encore longtemps? (2021)

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17 avril 2021 6 17 /04 /avril /2021 22:55
France, démocratie défaillante, de François Garçon

Les Gilets jaunes ont été le révélateur de la coupure entre les citoyens et l'élite administrative, à laquelle est reprochée le déluge de mesures vexatoires prises en méconnaissance complète du terrain.

 

Cette élite, que François Garçon qualifie de scolaire se recrute essentiellement en France dans trois grandes écoles: l'ENA, Polytechnique et HEC. Hors des diplômes délivrés par ces établissements, il n'y a effectivement point de salut.

 

Pour y être admis, il faut devenir une bête à concours et en réussir un, ce qui veut dire qu'il faut bachoter dans une prépa et connaître les codes sans lesquels il est quasiment impossible d'être en conformité avec ce que la caste attend.

 

Dans ces écoles que le reste du monde n'envie pas à la France et qu'il ne copie d'ailleurs curieusement pas, on n'étudie pas pour apprendre mais pour décrocher une décoration, qui permet au titulaire de faire partie des meilleurs, à vie:

 

En France, l'éprouvante épreuve initiatique à vingt ans, non seulement forme mal mais, parce qu'elle accorde une rente, incline à la paresse.

 

L'arrogance consubstantielle de ces meilleurs va de pair avec les résultats médiocres qu'ils obtiennent quand des moyens illimités sont mis à leur disposition à la tête de grandes entreprises ou de l'État. L'auteur en donne moult exemples.

 

C'est pourquoi il les tient en piètre estime: La caste française parle beaucoup, et jamais ne paraît douter. Elle sait tout, car on lui a appris à mémoriser. À mémoriser et à classer, mais pas forcément à beaucoup réfléchir par elle-même.

 

Cette caste se croit supérieure: l'élite scolaire française ne saurait puiser ailleurs que dans ses propres cerveaux. Pas question pour elle de s'inspirer de ce qui se passe dans les pays voisins. Ce serait à eux de suivre leur originalité baroque.

 

 

S'INSPIRER DE LA SUISSE

 

Pour ne pas être coupée des citoyens, cette élite - elle ne le fera cependant pas - devrait s'inspirer de la Suisse, où la démocratie n'est pas défaillante mais est, au contraire, un facteur aussi bien de cohésion sociale que de stabilité politique.

 

En Suisse, démocratie représentative et démocratie directe ne s'excluent pas mais s'épaulent, la seconde confortant la première. Sans doute est-ce parce que les citoyens suisses ont une longue et régulière pratique des droits référendaires.

 

L'auteur détaille les trois modalités de ces droits que les citoyens suisses exercent aux niveaux communal, cantonal et fédéral et qui correspondent à une subsidiarité ascendante, bottom up, tandis que la gouvernance française est top down:

 

Les majorités de droits référendaires ne sont pas tyranniques car elles sont diverses, imprévisibles et se décomposent dans la minute qui suit le résultat du vote.

 

La décentralisation suisse ne nuit pas à l'unité du pays et se traduit par une bénéfique concurrence intercantonale: que vaut l'unité d'un pays si celle-ci ne tient qu'à ses gendarmes et à l'usage massif d'une manne publique non financée?

 

La démocratie représentative l'est vraiment en Suisse parce que les élections se font à la proportionnelle et que tous les citoyens sont effectivement représentés. Mais les élus, du fait des droits référendaires, se gardent de légiférer à tout va.

 

De toute façon il faut des années pour élaborer une loi qui doit être adoptée dans les mêmes termes par les deux assemblées, le Conseil national, qui représente la population, et le Conseil des États, qui représente les cantons et demi-cantons.

 

Le dernier mot revient toujours aux citoyens qui disposent des droits référendaires. Pour autant la démocratie directe ne fragilise pas les élus: elle les remet simplement dans les clous, quand une majorité d'électeurs l'estime nécessaire.

 

Une autre caractéristique de la démocratie en Suisse est que les sept membres du Conseil fédéral sont élus par le Parlement mais ne sont pas révocables par lui. Et, inversement, les assemblées ne sont pas révocables par le Conseil fédéral.

 

D'un côté, la France dysfonctionne avec son économie administrée, avec sa gestion centralisée, avec les rentes qu'elle verse à ses hauts fonctionnaires, avec son élite scolaire hors sol, confortée par les médias. De l'autre, la Suisse performe.

 

 

CONCLUSION 

 

Pour changer durablement et dans la bonne direction, la démocratie française doit [...] s'inspirer de ce qui se fait à ses portes: La Suisse, avec ses droits référendaires, sa subsidiarité en acte, ses citoyens vigilants et son obsession du compromis, n'est sans doute pas la pire des muses.

 

Francis Richard

 

France, démocratie défaillante, François Garçon, 416 pages, L'Artilleur

 

Un livre précédent:

Le modèle suisse, Perrin (2010)

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 20:15
La France peut-elle tenir encore longtemps ?, d'Agnès Verdier-Molinié

La France peut-elle tenir encore longtemps? La réponse est non. Quel est le problème? L'endettement public. Rien de nouveau.

 

En 2005 déjà, le rapport Pébereau sur la dette publique avait tiré la sonnette d'alarme: elle n'était pourtant que de 1067 milliards d'euros à fin 2004... sans compter les engagements hors bilan:

 

En 1978, la dette représentait moins de 10% du PIB, en 2002 moins 50%, en 2007, 64,5% du PIB avant de s'envoler progressivement pour atteindre 98,1% en 2019 et finalement 120% en 2020.

 

Et encore l'endettement public ainsi calculé n'est que la pointe de l'iceberg. Ce qu'on voit, ce sont les 2800 milliards d'euros de dette à fin 2020. Ce qu'on ne voit pas, ce sont les plus de 4000 milliards d'engagements hors bilan...

 

 

 

NE PAS REMBOURSER LA DETTE

 

D'aucuns proposent de ne pas rembourser la dette et même de dépenser plus en augmentant les recettes: en rétablissant l'Impôt de solidarité sur la fortune et en taxant les plus aisés, c'est-à-dire les riches. 

 

Ils ne voient pas que, sans les investisseurs, il n'y aurait plus de versement des retraites, plus de financement des salaires des agents publics, plus de versement des prestations sociales, etc.

 

Ils ne voient pas que la crise qui en résulterait ne serait pas uniquement économique mais financière et qu'il faudrait renflouer le secteur bancaire qui détient une part importante de cette dette.

 

 

LE PRIX À PAYER

 

Agnès Verdier-Molinié donne brièvement trois exemples pour montrer que ce n'est pas une option.

 

En Grèce, le défaut a été évité, mais cela a tout de même coûté très cher et continue de coûter très cher à la population:

 

Le parti grec Syriza voulait annuler la dette grecque, ils ont vite compris que ce n'était pas crédible [...]. Les banques ont accepté des échanges de dettes, l'Europe a permis d'augmenter la durée de remboursement et de faire baisser les taux mais il n'y a eu aucune annulation de la dette qui aurait voulu dire défaut de la Grèce et catastrophe pour tous. La Grèce a ensuite mis 7 ans pour pouvoir à nouveau emprunter sur les marchés.

 

Elle cite un article du Point du 2 avril 2020, où Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, dit que les mesures suggérées par certains pour résoudre le problème des dettes publiques - une inflation élevée ou le dépôt de bilan des États - seraient catastrophiques:

 

J'ai vu, en tant que président du Club de Paris, combien cette dernière solution [le dépôt de bilan des États] était traumatisante en Amérique latine.

 

Elle rappelle enfin qu'en 1797 les républicains, après le coup d'État du 18 fructidor, avaient pris le pouvoir et fait voter une loi annulant les deux tiers de la dette publique:

 

Il faudra attendre presque vingt ans, sous la Restauration, pour de nouveau lever un grand emprunt.

 

 

REMBOURSER LA DETTE EN L'AUGMENTANT

 

Depuis 45 ans, l'État est déficitaire et n'a emprunté que pour combler ses déficits de fonctionnement et pour rembourser les emprunts précédents venus à échéance. Cela ne peut continuer indéfiniment.

 

Pourtant, comme si la croissance pouvait se décréter, l'idée chimérique de certains est de faire de la dette en plus pour générer de la croissance et arriver à payer la dette. C'est pour concrétiser une telle idée que Christine Lagarde a été nommée à la tête de la BCE...

 

L'UE s'est mise à emprunter en son nom propre en misant sur le fait que les pays frugaux paieraient pour les pays dépensiers. Mais cette fuite en avant n'est pas durable, car, un jour, les frugaux ne voudront plus payer et tout le monde paiera, d'une manière ou d'une autre:

 

Il va vite s'avérer irréaliste de vouloir tout concilier: taux d'intérêt à zéro, inflation à 2%, un euro pas trop fort par rapport au dollar, une Europe qui s'endette sans créer de nouveaux impôts.

 

 

UN ENFER FISCAL

 

En France, on sait ce qu'il faut faire pour créer de nouveaux impôts, furtivement ou pas. On pourra, par exemple, augmenter la CSG (Contribution sociale généralisée) des retraités moyens et aisés de 8,3 à 9,2% ou, une fois de plus, faire payer les riches1.

 

En France, on est riche (sic) quand on fait partie du premier décile, c'est-à-dire à partir d'un revenu fiscal mensuel de 4600 euros ou, selon l'Observatoire des inégalités, à partir de 3470 euros par mois2...

 

La France est un enfer fiscal. Il existe en effet 483 impôts, taxes et cotisations. Si les articles du Code Général des Impôts n'ont pas été augmentés en nombre, ils se sont boursouflés de l'intérieur...

 

Ce qu'on voit, ce sont les prétendus cadeaux aux entreprises - CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) ou Pacte de responsabilité. Ce qu'on ne voit pas, ce sont les hausses:

- d'impôts sur la main d'oeuvre, sur les outils de production;

- de cotisations sociales.

 

Ainsi la France est le pays qui, avec la Grèce, possède dans la zone euro la fiscalité la plus lourde sur les entreprises par rapport à sa valeur ajoutée.

 

 

LE COÛT DE PRODUCTION DES SERVICES PUBLICS

 

Si encore l'État rendait des services à la hauteur de ses ponctions. Mais le coût de production de ses services est de 27% du PIB en 2018, soit 3,6% de plus que la moyenne des 21 pays européens, soit 84 milliards d'euros.

 

Ce surcoût correspond... à son déficit habituel. Il est dû entre autres à la superposition des niveaux de décision, si bien qu'il s'avère être un système à la fois ruineux et ingouvernable, qui, de plus, remplit mal ses missions régaliennes.

 

Ce surcoût pèse, via la fiscalité, sur les entreprises. Avant la crise induite par la (folle) politique sanitaire, la dette des entreprises françaises s'élevait déjà à 2000 milliards, deux fois plus élevée en proportion que celle de leurs homologues allemandes:

 

La dette vient en grande partie du fait que nos entreprises sont plus imposées, cela pèse aussi sur l'investissement et donc sur l'emploi.

 

 

LES REMÈDES

 

Agnès Verdier-Molinié propose des remèdes à l'endettement public qui ne sont pas dans l'air du temps mais qui sont inévitables. Ce sont tous des remèdes de libération, faute de quoi, et à ce rythme, la France ne tiendra plus longtemps:

 

- Baisser les impôts: ceux des Français (pour faire revenir les riches qui sont partis), ceux des entreprises, ceux sur le patrimoine (exonérer de droits de succession les entreprises et augmenter l'abattement sur les donations);

 

- Baisser les dépenses publiques: reculer l'âge de la retraite, réduire le nombre d'agents dans la fonction publique, rationaliser les prestations sociales, réduire le train de vie de l'État;

 

- Libérer le travail: faciliter les accords d'entreprises, diminuer les contraintes qui pèsent sur les entreprises (pour sauver ce qui reste de l'industrie et, pourquoi pas, réindustrialiser), supprimer le statut public des agents de l'État;

 

- Décentraliser les décisions (c'est-à-dire le contraire de décentrer) et déléguer au privé.

 

 

CONCLUSION

 

Bref, cela revient à suivre les bons exemples des pays frugaux (Danemark, Suède et Pays-Bas) qui se portent mieux que la France (moins de dépenses publiques, moins de chômage et une richesse par habitant supérieure):

 

Si nous voulons rester libres, ne pas voir débarquer le FMI, il va falloir faire preuve de bon sens et appliquer les réformes qui marchent chez les autres et on verra à quel point la France peut réussir.

 

 

Francis Richard

 

1- Voir mon article sur la taxe Jean Valjean

2 - Deux fois le revenu médian.

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

La France peut-elle tenir encore longtemps?, Agnès Verdier-Molinié, 256 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

En marche vers l'immobilisme (2018)

Ce que doit faire le (prochain) président (2017)

On va dans le mur (2015)

60 milliards d'économie ! (2013)

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 19:15
Reload ! - Comment l'Amérique invente le siècle, de Drieu Godefridi

En Europe, dans les médias et dans la classe politique, il est de bon ton de vouer aux gémonies Donald Trump, depuis qu'il a fait acte de candidature à la présidence américaine en 2016 et de dire de lui pis que pendre, à défaut de pouvoir le faire.

 

Drieu Godefridi se dit cartésien. Il analyse donc le phénomène Trump rationnellement, sereinement, sans céder à l'émotion, et conclut que, dans ce phénomène, fond et forme, résultats et style, statistiques et vitupérations ne sont pas [...] dissociables.

 

Ce sont les clés qui permettent de comprendre que, contrairement à ce qui est dit et pensé en Occident, Trump est d'une grande cohérence dans sa manière de présider aux destinées de son pays et de prendre ses décisions, y compris en matière d'immigration:

 

S'il n'y a pas de frontières, il n'y a pas de pays.

 

Déréguler

 

Trump est d'abord un businessman: Le "businessman" envisage la réglementation avant tout comme un coût et une contrainte. Si Trump ne porte pas l'Union européenne dans son coeur, il est vraisemblable que ce soit en raison de sa folie régulatoire.

 

Les premières décisions de Trump sont d'ailleurs de déréguler (un mot que la gauche a rendu odieux):

 

- par l'abrogation du Clean Power Act: L'énergie, avant d'être un projet éthique (conception européenne), est aussi vitale à l'économie, en vérité la vie, que l'eau et l'oxygène; ainsi son objectif pour l'Amérique est-il non seulement de parvenir à l'indépendance énergétique mais, qui plus est, à la domination énergétique;

 

- par l'abrogation du principe de neutralité du net: Il en donne l'exemple, car, comme il n'est pas du genre à ne pas rendre coup pour coup et que les médias traditionnels lui en assènent tous les jours, il les court-circuite avec ses tweets, où il commet globalement peu d'erreurs et qui surprennent ces médias, aveuglés par le mépris en lequel ils le tiennent;

 

- par la sortie de l'Accord de Paris: il refuse le coût astronomique pour le contribuable d'une transition énergétique basée sur la réduction immédiate en Occident des émissions de CO2, c'est-à-dire par le renoncement au nucléaire et aux énergies fossiles, et sur le financement par le même Occident du renoncement futur à ces sources d'énergies par le reste du monde;

 

- par des réductions massives d'impôts: Les Américains ont de la dette (Obama n'a pas seulement doublé la dette publique américaine, il est à l'origine d'une explosion normative sans précédent) et des impôts faibles; les Européens ont de la dette et les impôts les plus élevés  du monde.

 

Un tempérament combatif

 

Trump, qui est un fervent défenseur de la concurrence pour faire de l'argent, s'est attaqué vigoureusement au crony-capitalism, qui en fait en obtenant des faveurs de la part de l'État et qui, en retour, finance le parti étatiste qui les lui accorde, à savoir le Parti Démocrate.

 

Trump s'est attaqué à la communauté du renseignement, le Deep State (qui a succombé aux "fake news" de la presse traditionnelle et qui l'avait perçu comme une menace, alors que Clinton garantissait la continuité, notamment budgétaire), et à ses agissements criminels.

 

Ce tempérament combatif est conforme à sa technique, éprouvante, de gestion des ressources humaines: il s'entoure de gens de qualité sans chercher à prévenir les conflits et de carrières exceptionnelles, fussent-elles en désaccord radical avec lui sur des sujets importants.

 

Ce tempérament combatif est conforme au businessman qu'il est resté dans l'âme quand il s'agit de relations internationales, en marquant le monde de son empreinte coût-bénéfice; car c'est elle qui explique son appétit de retrait raisonné des bourbiers afghan et syrien.

 

Ce tempérament combatif est conforme au président qui se fait respecter par les alliés des États-Unis au Moyen-Orient en s'y montrant brutal, peu diplomatique, grossier, c'est-à-dire, par exemple en osant parler d'islam radical en Arabie Saoudite.

 

Comme disait Reagan:

We maintain the peace through our strength; weakness only invites aggression.

Nous maintenons la paix par notre force; la faiblesse incite à l'agression.

(Discours du 23 mars 1983)

 

Conclusion

 

L'Amérique de Trump tourne le dos à celle d'Obama. C'est une Amérique libérale-conservatrice - ou constitutionnaliste - dont la conception du monde, de 1776 à nos jours, situe le centre de gravité de l'existence non pas dans le politique, mais dans la société civile.

 

Cette renaissance de l'Amérique est due à un homme qui se caractérise par trois régularités de fonctionnement, discernables au terme de son mandat de président:

- Management non pas en dépit de mais par le conflit.

- Capacité à trancher et à s'en tenir à des décisions ancrées dans des principes et rivées à des objectifs.

- Recherche de l'angle neuf, minoritaire et comme en friche.

 

Les résultats sont là: l'Amérique renaît, dans le sens donc où elle se régénère, conquérante, dominante et fidèle à ses valeurs fondatrices. En somme, elle invente le siècle.

 

Drieu Godefridi est moins optimiste pour ce qui concerne notre continent, du moins pendant un temps:  Entre 2020 et 2075, l'Europe, au moins occidentale, déclinera fortement, en valeur relative sinon absolue. Les premiers "black-out" seront, à cet égard, riches d'enseignement...

 

Francis Richard

 

Reload ! - Comment l'Amérique invente le siècle, Drieu Godefridi, 152 pages, Texquis

 

Livres précédents:

La loi du genre, 92 pages, Les Belles Lettres (2015)

La passion de l'égalité, 150 pages, Texquis (2018)

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?, 180 pages, Texquis (2019)

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 15:15
Le grand manipulateur, de Marc Endeweld

Le grand manipulateur, c'est lui, Emmanuel Macron. Dans son livre, Marc Endeweld confirme ce que l'observateur lambda sait sur Macron depuis quelque deux ans et demi.

 

Il ne sait peut-être pas que le soi-disant Jupiter avait préparé son coup à l'avance, depuis le temps, en 2012, où il était jeune secrétaire général adjoint de François Hollande.

 

Que fait-on quand on n'a jamais été élu et qu'on n'a pas de parti à sa dévotion? On tisse des réseaux et on ratisse large, mettant en pratique son expression favorite, en même temps.

 

Car, ce qui frappe dans la cartographie que dresse le journaliste d'investigation, c'est que les réseaux secrets de Macron sont transversaux: ils vont de gauche à droite et inversement.

 

Ces réseaux sont en même temps jeunes et vieux, comme le sont eux-mêmes le président et la vice-présidente, qui, aussi ambitieux l'un que l'autre, se partagent les carnets d'adresses.

 

Si l'auteur avait mis un index, il occuperait de nombreuses pages de l'ouvrage tant les noms y affluent et proviennent de partout: quand on est amoureux du pouvoir, on ne compte pas.

 

Même si les comptes de campagne du candidat ont été validés, cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas de zones d'ombre. Le vilain journaliste prend un malin plaisir à les éclairer...

 

A force de ratisser large, Macron ne peut évidemment pas rendre la monnaie à tous ceux qui ont donné. Il est difficile de dire combien de marcheurs, il laisse sur le bas-côté de la route:

 

Il séduit, utilise, et jette. Sans états d'âme.

 

Endeweld n'a donc guère une haute opinion de son protagoniste: Macron exige toujours des autres une "sincérité" qu'il n'a pas, puisque sa seule boussole est celle du rapport de force.

 

Quelles sont les convictions de Macron? L'auteur s'y perd. Il aurait tendance à dire que c'est un néolibéral, mais en même temps Macron multiplie les lois liberticides et les postures bonapartistes...

 

Qu'entend l'auteur par néolibéralisme? Il en donne cette définition qui montre ou son ignorance de ce qu'est le libéralisme, ou le formatage par l'éducation nationale française qu'il a subi: 

 

Cet économicisme qui veut réduire l'État à ses fonctions régaliennes, et qui vise à faire la part belle aux multinationales.

 

Or l'État Macron n'assume même pas bien les fonctions régaliennes, et, s'il fait la part belle aux multinationales, il n'est en tout cas pas libéral: cela illustre ce qu'est le capitalisme de connivence.

 

Vous avez dit "connivence"? Tout le livre confirme que ce mot lui va bien au teint... 

 

Francis Richard

 

Le grand manipulateur, Marc Endeweld, 360 pages, Stock

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6 octobre 2018 6 06 /10 /octobre /2018 16:20
En marche vers l'immobilisme, d'Agnès Verdier-Molinié

Près d'un an et demi s'est passé depuis l'élection d'Emmanuel Macron et peu de choses ont changé, si l'on excepte la com.

 

Certes plein de réformes ont été lancées, mais pour quels résultats? Les optimistes diront que c'est mieux que rien et que cela aurait pu être pire...

 

Dans En marche vers l'immobilisme, Agnès Verdier-Molinié dit en quelque sorte: Tout ça pour ça? Ou: On en prend d'autres et on continue.

 

Le lecteur comprend qu'elle ait été déçue, que ses espérances aient été trahies et que son constat soit amer.

 

Elle dit donc merci (ironiquement) aux responsables de l'immobilisme, aux rentiers de la République fromagère.

 

Elle dit merci à l'administration:

- le prélèvement à la source se révèle déjà un choc de complexité et se résume à cette alternative mirobolante pour le contribuable: dévoiler [ses] revenus ou payer plus cher

- la non-transparence publique est toujours ce qu'elle était: le public, par exemple, cache des emprunts en milliards d'euros que le citoyen ne saurait voir, qu'il s'agisse de la Ville de Paris ou de la SNCF

- les prélèvements obligatoires ne baissent pas: un impôt (ou une taxe) qui baisse peut en cacher un ou une autre qui monte (il y a d'une part baisse des cotisations sociales et d'autre part hausse de la CSG; et la suppression de la taxe d'habitation sera inévitablement compensée...)

- Pôle Emploi coûte et ne sert à rien

- le nouvel ennemi de classe est le détenteur d'immobilier: pourtant, quand le bâtiment ne va pas, rien ne va...

- l'insécurité est toujours ce qu'elle était, par enlisement et aveuglement

 

Elle dit merci aux grands corps de l'État:

- le Président en est issu et s'entoure de ses semblables...

- ils sont les grands bénéficiaires du système et de ses prébendes, qu'il s'agisse des administrateurs des finances publiques, des administrateurs des douanes ou des parlementaires

- ils dissimulent les chiffres de l'exil fiscal qui ne diminue pas par la grâce des impôts confiscatoires et du repoussoir qu'est l'impôt sur la fortune immobilière

- l'ENA ne sera pas réformée et le recrutement des hauts fonctionnaires non plus

- le nombre de fonctionnaires ne baisse pas significativement et les dépenses publiques pas du tout

- les fonctionnaires de l'Assemblée nationale ne sont pas moins bien lotis que les hauts fonctionnaires et tiennent tout autant à leur fromage

 

Elle dit merci aux bloqueurs:

- les syndicats de l'éducation nationale: malheur aux dissidents...

- les agents de la fonction publique: pas touche à leurs avantages et à leur temps de travail...

- les syndicats de la SNCF: pas touche à leurs avantages, à leur régime de retraite, etc.

- les syndicats (plus forts dans le public que dans le privé): les ordonnances se caractérisent par beaucoup de reculades et peu d'avancées... et le Code du Travail ne fait que gonfler

- les mêmes: grâce à eux, la réforme du régime des retraites n'est pas pour demain

 

Alors, ce n'est pas le tout de constater l'immobilisme, l'auteure fait des propositions:

 

Le gouvernement et l'administration doivent garder en mémoire les 8 objectifs suivants: fiscalité à 40% du PIB [45% actuellement]; des dépenses publiques à 50% du PIB [57% actuellement]; un coût de fonctionnement des administrations à 25% du PIB; une masse salariale à 11%; 6% de chômage; 74% de taux d'emploi; 10 000 communes et interco; 115 000 élus max; la retraite à 67 ans...

 

Ce n'est même pas ambitieux:

Des objectifs qui nous permettraient simplement de revenir au niveau de la moyenne européenne...

 

Et cela ne réduirait évidemment pas la dette publique qui tangente les 100% du PIB...

 

La France ne devrait-elle pas viser plus haut, viser l'excellence?

 

La Suisse, qui n'est pas un paradis, ni fiscal, ni d'aucune sorte, mais qui est une sociale-démocratie tempérée, aligne des résultats à faire pâlir ces immobilistes français qui profitent du maintien du statu quo:

- recettes et dépenses publiques de l'ordre de 32% du PIB (les excédents l'emportent depuis des années sur les déficits)

- dette publique (confédération, cantons, communes) inférieure à 30%

- taux de chômage à 3%

 

Francis Richard

 

En marche vers l'immobilisme, Agnès Verdier-Molinié, 288 pages, Albin Michel

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Ce que doit faire le (prochain) président (2017)

On va dans le mur (2015)

60 milliards d'économie ! (2013)

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 17:00
Au premier tour de la présidentielle, libéral, je voterai François Fillon: pour le projet et pour l'homme

Quand sur onze candidats à l'élection présidentielle, il y a onze étatistes, quelqu'un qui se dit libéral peut-il voter pour l'un d'entre eux? Je me dis libéral - peut-être ai-je tort - et je vais voter pour l'un d'eux, du moins au premier tour. Après on verra...

 

D'abord pourquoi voter? Le vote en France n'est pas obligatoire, Dieu merci. Je suis donc libre de voter ou pas. Et je vote. J'ai d'ailleurs toujours voté. Pour les idées les moins éloignées possible. Contre celles que j'abomine le plus. Cela me fait du bien...

 

Voter signifie-t-il reconnaître implicitement le système démocratique, c'est-à-dire la dictature du nombre? Pour ma part je ne le reconnais pas pour autant, mais je fais avec, tout en étant conscient, voix perdue parmi bien d'autres, que c'est assez vain. 

 

(Quand je paie des impôts auxquels je n'ai pas consenti, je ne reconnais pas davantage ce système démocratique qui me vole et me dépouille)

 

Voter est-ce se salir les mains? Comme je ne suis pas un pur (je n'aime d'ailleurs pas les soi-disant purs), cela ne me gêne pas plus que cela. Ingénieur-mécanicien j'ai appris à mettre les mains dans le cambouis, quitte à me les laver après... 

 

Si la participation est basse, la légitimité des élus est-elle sujette à caution? Peut-être, mais ils ont la loi pour eux... En Suisse, où je vote également, la participation est loin d'être toujours élevée et les résultats ne sont jamais remis en cause...

 

Je vote donc parce que c'est simplement une faculté qui m'est donnée, et je l'utilise sans trop d'illusions: pour changer le système, la bataille des idées me semble plus importante et je m'y emploie autant que je peux, mais, en attendant, je vote.

Au premier tour de la présidentielle, libéral, je voterai François Fillon: pour le projet et pour l'homme

Ce coup-là je voterai François Fillon.

 

Pour le projet

 

Tout imparfait qu'il est, le projet de François Fillon est le seul à rompre quelque peu avec le système étatiste, en tout cas davantage que le projet d'Emmanuel Macron, qui est tout en demi-mesures, en demi-teintes, qui est ni de droite ni de gauche, ni pour ni contre, bien au contraire...

 

Il est le seul, par exemple (et c'est déjà de bon augure):

- à réduire significativement les dépenses publiques (pour lesquelles la France est championne toutes catégories): comme elles sont supérieures aux recettes, elles sont financées ou par toujours plus d'impôts, ou par la dette, ou par la création monétaire, autant de prédations...

- à supprimer l'impôt sur la fortune (qui ne rapporte rien et nuit beaucoup à l'investissement),

- à supprimer la durée légale des 35 heures (qui est une des causes structurelles du chômage): le chômage est au plus bas dans les pays où on travaille le plus...

 

Les autres projets qui ont quelque chance d'aboutir - ceux de Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon - rivalisent d'étatisme à tel point qu'ils parlent d'un temps que les gens ne veulent pas connaître où l'État était ouvertement totalitaire et socialiste et décidait sans vergogne - et non pas furtivement comme aujourd'hui - du sort de chacun...

 

L'Institut Montaigne, loin d'être libéral, a publié un tableau (ci-dessus), qui montre à l'envi, même s'il est biaisé, que le projet de François Fillon est le seul à engager le processus de libération de l'économie, c'est-à-dire à diminuer le périmètre de l'État, priorité des priorités aujourd'hui, après quarante ans d'État devenu de plus en plus providentiel, c'est-à-dire ruineux pour tous.

 

Pour l'homme

 

Rarement, de mémoire d'homme, un homme n'a été cloué au pilori par les médias comme l'a été François Fillon pendant près de trois mois. A travers sa personne il était en fait surtout question de discréditer le projet, qui avait le tort immense de s'attaquer, encore modestement à mes yeux, au mal français et de remettre en cause des sinécures et des prébendes.

 

De moins en moins de Français ne sont dupes de la machination politico-médiatico-judiciaire qui a été ourdie contre lui. Car il n'était pas, loin s'en faut, celui qui avait profité le plus d'un système qu'il voulait réformer. Mais ces attaques ont au moins réussi à convaincre les plus sensibles aux rumeurs que, comme il en avait profité, il était bien mal placé pour le réformer.

 

Ces attaques étaient d'une telle bassesse qu'elles m'ont rappelé celles qui ont conduit au suicide de Roger Salengro, avant la Seconde Guerre mondiale, et à celui de Pierre Bérégovoy, sous la présidence de François Mitterrand, lequel devait déclarer lors de ses obsèques: Toutes les explications du monde ne justifieront pas qu'on ait pu livrer aux chiens l'honneur d'un homme et finalement sa vie.

 

Dans La grande fiction - l'État, cet imposteur, Hans-Hermann Hoppe écrit cette phrase pleine de bon sens, que je dédie aux naïfs et aux faux-culs: La sélection des dirigeants de l’État via des élections démocratiques fait qu’il est pratiquement impossible pour une personne honnête ou inoffensive d’atteindre les sommets du pouvoir…

 

Même s'il est regrettable que le président de la République française soit élu au suffrage universel, c'est ainsi. Cela suppose que la personne qui sera élue - ce qui n'a pas été le cas de François Hollande - soit capable, dans tous les sens du terme, de mettre en oeuvre le projet pour lequel elle aura été choisie.

 

Par sa résilience François Fillon a montré qu'il était capable de tenir tête à la meute de chiens lancée contre lui et qu'il aurait le courage de mener à bien des réformes qui vont à l'encontre de bien des conservatismes. S'il est élu, il est aussi le seul qui me semble pouvoir obtenir à l'Assemblée nationale une majorité pour soutenir son projet.

 

Encore une fois, le projet de François Fillon n'est pas celui qui peut mener à une société libre telle que je l'appelle de mes voeux, mais je suis persuadé qu'il peut enclencher un cercle vertueux en redonnant aux Français le goût de la liberté. Peut-être qu'alors Jean-Baptiste Say, Anne Robert Jacques Turgot ou Frédéric Bastiat n'auront pas prophétisé en vain dans leur pays...

 

Francis Richard

 

Articles précédents:

 

Bienvenue place Beauvau (27 mars 2017)

Rassemblez-vous derrière François Fillon pour faire gagner la France ! (5 mars 2017)

A qui profite l'assassinat politique de François Fillon ? A Emmanuel Macron (1ermars 2017)

Le crime était presque parfait ... pour éliminer Fillon (26 février 2017)

Courage Fillon ! (6 février 2017)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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