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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 22:00

Papandreou.jpgDans l'Union européenne on n'aime pas donner la parole aux peuples. Le référendum, voilà l'ennemi. Les élites politiques européennes décident à la place des peuples ce qui est bon pour eux. Elles construisent un monde chimérique, où elles s'offrent de belles prébendes, sans leur demander jamais leur avis, ou en n'en tenant pas compte.

 

Afin de préserver les privilèges que ces élites se sont octroyées en récompense de leurs prétendus bons et loyaux services - en détournant surtout l'objet de leurs mandats -, elles demandent aux peuples des sacrifices rendus nécessaires par leur impéritie et leur interventionnisme, qui a pour but inutile de les faire mousser à leurs yeux ...

 

D'ailleurs, c'est bien connu, les peuples ne comprennent rien à rien. Il ne faut surtout pas leur donner la parole. Ils pourraient mal voter. On connaît la formule attribuée à un personnage de Bertolt Brecht - dans quel texte ? je ne connais pas la référence :

 

"Le peuple a mal voté ? Changeons le peuple."

 

Le peuple danois en 1992 n'a-t-il pas d'abord refusé de ratifier le merveilleux Traité de Maastricht, dont les fameux critères, arbitraires et faux, pour justifier l'euro, ne sont respectés aujourd'hui par aucun des pays qui y avaient adhéré avec ferveur ?

 

Le peuple suisse, la même année, n'a-t-il pas refusé l'entrée du pays dans l'Espace économique européen qui devait l'empêcher de tomber dans la misère, à laquelle il a échappé on ne sait trop comment, la faute à trop de chance sans doute ? 

 

Les peuples français et néerlandais en 2005 n'ont-il pas refusé de ratifier le Traité établissant une Constitution pour l'Europe, que leurs parlements ont fini par accepter, dans leur dos, en leur donnant une particule - de Lisbonne - ce qui leur fait une belle jambe ?

 

Avec l'accord concocté la semaine dernière - voir mon article du 27 octobre 2011 : La Grèce évite le défaut: a-t-elle toutes les qualités pour s'en sortir ? - les marchés ont feint de croire que le risque d'un défaut de la Grèce était écarté, rejeté à ses calendes, alors qu'il était déjà reconnu en partie.

 

En organisant un référendum dans son pays, le premier ministre grec Georges Papandréou [dont la photo provient d'ici] a fait renaître l'incertitude, qu'un lâche soulagement semblait avoir conjurée. Et les marchés n'ont pas aimé être dérangés dans cette fausse tranquillité, à peine retrouvée. Ils ont tous baissé en choeur aujourd'hui.

 

Pourtant Papandréou a raison de donner la parole au peuple grec. C'est à ce dernier de prendre ses responsabilités puisqu'il est le premier intéressé par les sacrifices demandés. Papandréou a d'autant plus raison qu'il est préférable que le destin grec se décide dans les urnes plutôt que dans la rue.

 

Si le peuple grec refuse l'accord qui le met sous la triple tutelle renforcée de l'Union européenne, de la BCE et du FMI, la faillite ne sera juste prononcée qu'avant l'heure inéluctable. S'il l'accepte, ce sera en connaissance de cause, avec toutes les conséquences que cela comportera.

 

J'entends déjà les pourfendeurs patentés de la démocratie directe s'insurger contre cette parole donnée au peuple grec, tellement peu dans le goût européiste.

 

Je les entends dire que Papandréou aurait pu parler de ce recours au référendum avant que l'accord ne soit conclu au bout d'une nuit blanche passée à Bruxelles.

 

S'il l'avait fait avant, il n'aurait pas permis au peuple grec de juger sur pièces, jusque dans ses moindres détails, ce qu'implique sa sujétion accrue au pouvoir mondialiste, qui, en l'aidant sous la contrainte, essaie de lui faire oublier que le salut ne se trouve jamais dans le secours désintéressé des autres.

 

Francis Richard      

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 18:25

mouammar-kadhafi.jpgMouammar Kadhafi [dont la photo provient d'ici] est mort hier dans de bien étranges circonstances.

 

Est-il mort les armes à la main ou a-t-il été exécuté après s'être rendu ? Il semble que ce soit la deuxième hypothèse qui soit la bonne, qu'il ait été tué alors qu'il était aux mains des "rebelles". 

 

Les images de son corps ensanglanté, en boucle sur les télévisions du monde entier, jettent une lumière crue sur le comportement des vainqueurs à l'égard de leur ennemi vaincu. Ce qui n'est pas à leur honneur, quels que soient les crimes de ce dernier. Mais un cadavre exquis a l'avantage de se taire à jamais sur certaines compromissions.

 

D'autres images, du passé, parlent d'elles-mêmes sur les pactes déshonorants conclus avec ce diable pour obtenir de lui des avantages matériels :

 

- la tente de Mouammar Kadhafi dressée dans la cour de l'hôtel Marigny à Paris lors de sa visite à Nicolas Sarkozy en décembre 2007, quelques mois après la libération des infirmières bulgares 

 

- le baise-main que Silvio Berlusconi fait à Mouammar Kadhafi lors du sommet de la Ligue Arabe en février de cette année.

 

Il y a aussi un souvenir amer. Dans l'affaire des otages suisses en Libye l'Union européenne oblige la Suisse en mars 2010 à renoncer à sa liste noire des personnalités libyennes interdites de séjour sur le sol helvétique. Il ne faut pas mécontenter celui que, bien seul, j'appelle alors le dictateur fou, le tyranneau tripolitain... Les échanges commerciaux sont en effet plus importants que deux malheureux otages suisses...

 

Aujourd'hui le ton a changé, celui qui était courtisé naguère quand il représentait un intérêt économique pour les vautours européens n'est plus qu'un cadavre que l'on peut piétiner sans vergogne. En revanche le Conseil national de transition, CNT, libyen fait l'objet de toutes les caresses : la production de pétrole et les affaires pourraient bientôt reprendre... 

 

Nicolas Sarkozy, qui s'est refait une virginité en poussant à l'intervention de l'OTAN en Libye, fait tout de même, prudemment, profil bas : 

 

"On ne doit jamais se réjouir de la mort d'un homme quoiqu'il ait fait."

 

De même Silvio Berlusconi lâche cette sobre sentence latine :

 

"Sic transit gloria mundi." [Ainsi passe la gloire du monde].

 

Ces propos mesurés ne suffisent pas à masquer le fort contraste entre les léchements de bottes d'hier et les voeux aux gémonies que d'autres poussent aujourd'hui sans danger.

 

Francis Richard

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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 21:55

DSKFranchement il est difficile de se faire une opinion sur DSK. Il n'y a qu'une certitude : son comportement avec les femmes est, le moins qu'on puisse dire, sujet à caution...

Les affaires Tristane Banon, Piroska Nagy et Nafissatou Diallo ne peuvent que renforcer l'intime conviction que ce comportement n'est pas au-dessus de tout soupçon. Mais cela ne suffit pas.

Pour tenter de me faire une opinion j'ai lu le rapport du procureur Cyrus Vance, traduit en français par Rue89 ici et mis en ligne le 18 septembre 2011; j'ai écouté l'entretien que DSK a accordé à Claire Chazal sur TF1 le même 18 septembre 2011 ici; j'ai écouté également l'entretien que Tristane Banon a accordé à Laurence Ferrari le 29 septembre 2011 sur TF1 ici.

Du rapport du procureur Cyrus Vance il ressort qu'il n'était plus possible de poursuivre DSK non pas parce qu'il était innocent à coup sûr, mais parce qu'il aurait été impossible de convaincre un jury au-delà de tout doute raisonnable de sa culpabilité.

 

Pourquoi ? Parce que la victime présumée a trop menti sur son passé et sur la suite des faits qui se sont produits après "le rapport précipité" entre elle et DSK (évalué à 7-9 minutes) dans la suite 2806 de l'hôtel Sofitel de New York. Il y a bien eu acte sexuel, mais il est impossible de prouver qu'il y a eu "usage de la force" et "absence de consentement". C'est la parole fragilisée de l'une contre celle renforcée de l'autre ...

Dans l'entretien accordé à TF1 DSK ne reconnaît qu'"une faute morale". Il clame son innocence et nie toute violence et toute absence de consentement. D'ailleurs le rapport du procureur le confirme, s'il en était besoin. En fait, comme on a vu, le rapport est plus nuancé que cela.

 

Il est cette fois une autre certitude. DSK ne se montre pas ce soir-là le moins du monde abattu. Il semble prêt à mordre et ses "nous verrons" sont lourds de menaces... En tout cas, s'il est coupable, il s'en sort très bien et, qu'il soit coupable ou innocent, il n'a rien perdu de son aplomb et de sa superbe, de son arrogance de donneur de leçons.

Dans l'entretien accordé à TF1 Tristane Banon maintient ses dires. Elle raconte qu'elle n'a pas porté plainte plus tôt parce qu'on ne l'aurait même pas écoutée. Aujourd'hui elle n'avait de toute façon rien à gagner à porter plainte. Elle savait qu'elle serait laminée, ce qui d'ailleurs ne manque pas : des communicants s'en prennent à sa vie privée, à son enfance etc. pour expliquer qu'elle n'a pas subi une tentative de viol...

Tristane Banon s'interroge sur la nécessité pour un innocent d'une immunité diplomatique, qui a été invoquée par les avocats de DSK pour que le procès au civil intenté par Nafissatou Diallo soit évité :

 

"Si j'étais innocent, accusé à tort, je n'aurais pas besoin d'une immunité diplomatique. La vérité ça suffit. Mais cela ressemble au personnage [...]. Quand on a l'immunité diplomatique cela veut dire qu'on a le droit d'agresser des femmes, de tenter de les violer ?" 

Il semble bien que le petit monde politico-médiatique était au courant du comportement douteux de DSK avec les femmes. Un Nicolas Sarkozy, par exemple, ne pouvait pas l'ignorer quand il l'a fait nommer à la tête du FMI. D'aucuns se posent donc la question qui tue : était-ce pour avoir en face de lui un adversaire politique vulnérable dans la course à l'Elysée de 2012 ?

Francis Richard

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:45

Petit Pierre Delsol L'Education nationale française qui se prétend le meilleur système au monde avec un effectif comparable à celui de l'ex-Armée rouge a pour résultats mirifiques : illettrisme et échec scolaire.

Dans son dernier livre, La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire, paru dans la collection Tribune libre chez Plon ici, Chantal Delsol explique quelle idéologie sous-tend ce système qui serait parfait.

Il est intéressant de lire ce livre du fait que cette idéologie sévit dans d'autres pays, même si en France elle est pousssée au paroxysme dans ses effets néfastes.

La base de cette idéologie est l'invention d'un enfant qui n'existe que dans le cerveau perverti de ses promoteurs. Le système unitaire français, qui n'autorise pas de penser autrement, a empêché de se rendre compte que cet enfant inventé était un déni de réalité.

Quel est cet enfant inventé ?

"L'enfant est considéré [...] comme un citoyen à part entière, déjà doté de toutes les capacités et attributs nécessaires. [...] Il est autonome de nature, et il s'agit seulement de laisser s'épanouir en lui ses capacités."

Cette conception de l'enfant, où l'on refuse de voir en lui "un être en devenir et attendant pour se structurer des modèles adultes" est à l'origine du déficit d'autorité qui se manifeste à l'école. L'enseignant ne peut plus être un maître que l'enfant respecte parce que :

 

"On commence par enseigner à l'enfant la liste de ses droits, comme s'il était un adulte responsable de soi et capable déjà de savoir à quels devoirs l'exposent ces droits. Il est le roi du monde." 

Cette idéologie provient de la démocratisation généralisée, supposée s'appliquer à tout. Chantal Delsol montre que la démocratie ne peut s'appliquer qu'à la société civile parce qu'il s'agit d'une société ouverte qui "transforme ses finalités au gré du temps".

 

La démocratie ne peut pas s'appliquer à des sociétés fermées qui se donnent des "finalités précises" telles qu'un syndicat, une armée, une église, avec des règles à observer connues à l'avance. L'école est justement une société fermée :

 

"Elle se donne pour but d'élever l'enfant à une vie adulte et raisonnable en l'insérant dans le monde culturel qui est le sien."

L'égalité des chances était réelle naguère. Il s'agissait d'offrir à tous les possibilités de s'élever, sans garantie de succès, puisque celui-ci dépendait des talents et des efforts de chacun. La réussite n'était pas encore devenue un droit pour tous. Il y avait égalité des conditions et non pas des situations :

"L'école républicaine des origines était fondée sur la certitude que tout enfant peut acquérir un savoir de base, essentiel pour accéder à l'autonomie citoyenne et à la maîtrise de son propre destin."

Petite parenthèse : mon père, né en 1906, n'avait que le certificat d'études. Il avait appris à lire, écrire et compter. Ce savoir de base  lui a permis de réussir professionnellement de manière exceptionnelle, tout aussi bien, voire mieux que son frère qui était sorti d'une grande école.

 

L'égalitarisme n'a rien avoir avec cette conception de l'égalité des chances puisqu'à l'école "tous sont censés tout y apprendre", sans tenir compte de la différence des esprits. En conséquence on enseigne d'abord le tout avant les éléments, globalement au lieu de partir du b-a-ba, et les notes sont proscrites puisqu'elles feraient ressortir les différences.

Le pire est que ce "système égalitaire ne produit pas du tout une société égalitaire, mais un vaste marché noir de la distinction". Chantal Delsol raconte ainsi comment les plus malins contournent la carte scolaire pour mettre leurs enfants dans les meilleurs établissements.

De même l'égalitarisme conduit à sélectionner les enseignants sur le seul savoir, sans tenir compte de leur pédagogie et de leur vocation... Une fois réussi leur concours ils deviennent fonctionnaires à vie et ne doivent pas leur avancement à leur mérite, mais à l'ancienneté. Dans ces conditions il faut être très motivé et avoir vraiment la vocation pour accomplir son devoir...

Le refus de la sélection conduit à un système hypocrite. Il y a d'une part l'élite émoulue des grandes écoles fortement sélectives, de l'autre la masse des étudiants qui sortent d'une université non sélective sans diplôme - deux tiers des étudiants abandonnent après la première année - ou avec des diplômes sans valeur :

"Il y a une telle différence entre l'université et la vie que, sorti des campus, l'étudiant ne reconnaît plus le monde."

Ce qui alimente son ressentiment et sa révolte... Tout cela parce que l'on refuse d'admettre que la diversité est la loi de la vie. Quand on est bien obligé de l'admettre, on refuse de lui reconnaître une légitimité...

Les Français sont fâchés avec l'argent et avec l'économie. Ils sont au-dessus de ces contingences matérielles. L'école et l'université sont donc gratuites pour tous, les moins aisés comme les plus aisés, au nom de l'égalité. Il ne faut pas faire apparaître qu'il y a des nécessiteux, au détriment d'une réelle solidarité mais au bénéfice des plus aisés. C'est un encouragement à la facilité, à la paresse, à la ruse, à l'indiscipline. Pourtant :

 

"Ne mérite l'estime que ce qui coûte, pas forcément de l'argent, mais de l'effort." 

Dans cet esprit les Français ne refusent pas de recevoir toujours plus de bienfaits gratuits, qu'ils considèrent comme des droits, car ils sont de fervents adeptes de l'Etat-Providence, responsable pourtant de leur paupérisation :

 

"Les droits deviennent exponentiels comme l'exigence de recevoir."

Les formations professionnelles sont dépréciées en France :

"Dans ce pays travailler uniquement avec son cerveau est infiniment plus respectable que travailler avec ses mains."

Du coup il y a peu de places dans l'enseignement technique, alors qu'il y a plein de débouchés, et beaucoup de places dans l'enseignement général, alors qu'il n'y a que très peu de débouchés. La création du collège unique n'a fait que dévaloriser encore plus les filières professionnelles sous prétexte d'égalité.

Le système scolaire français ne fonctionne pas pour la bonne raison qu'il est immense et ingérable :

"On se trouve devant un gaspillage d'argent et de talents, non pas du tout volontaire ni dû à la désinvolture, mais inhérent à l'organisation."

Ce système planifié engendre l'irresponsabilité de ses acteurs et, pour eux, la nécessité de combines telles, par exemple, que le recours au PACS pour être mutés à l'endroit désiré. Tout le monde en France sait ce qu'il faudrait faire pour y remédier mais, se heurte à l'opposition des personnels de l'Education nationale, idéologues et corporatistes confondus.

Que dit, dans un récent rapport, la Cour des Comptes ?

"Elle réclame la différenciation des moyens d'enseignement, l'accompagnement individualisé, la reponsabilisation des établissements : autrement dit, l'assouplissement général de la Machine, soit une libéralisation des énergies, des responsabilités et des autonomies."

Pour obtenir cet assouplissement du Mammouth, seraient bénéfiques la mise en concurrence de ce monopole avec le privé, où les élèves sont "mieux tenus", et le libre choix, qui est à la base de notre culture "où la personne est censée être autonome".

Pour ce faire, il faudrait justement que le monopole de la collation des grades soit aboli à l'université - il commence à être contourné par la collation de grades européens dans les universités privées - et que les écoles, collèges et lycées privés puissent dépasser le quota actuel de 17% d'élèves, respecté par les gouvernements de gauche comme de droite.

L'autonomie des universités fait l'objet du dernier chapitre du livre. Elle n'est pas cet épouvantail qu'agitent les personnels de l'Education nationale pour l'empêcher. Il faut dire que ces derniers s'accrochent à leur privilège de salaire à vie et à leur place inamovible, récompenses d'un mérite
qu'ils n'ont démontré qu'en début de carrière :

"A l'heure qu'il est les personnels de l'Education nationale savent bien que toute réforme profonde - apte à répondre aux problèmes - ira dans le sens d'une diminution de leur protection statutaire. Aussi préfèrent-ils que l'institution moisisse en l'état, dans un environnement de plus en plus délabré, avec des salaires bas par rapport à leurs homologues étrangers."

Entre-temps le scandale continue : le petit Pierre ne sait pas lire.

Francis Richard

PS du 27 septembre 2011 :

Le grand Francis croyait ne plus savoir lire [voir le premier commentaire]. Il n'en est rien. Voici la couverture de mon exemplaire du livre de Chantal Delsol. A comparer avec la couverture qui illustre l'article et qui provient du site Amazon.fr :

Petit-Pierre-Chantal-Delsol.jpg

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 14:49

La Rhune veille sur DonibaneCe matin je suis allé courir le long de la côte. J'ai quitté Etche Alegera par le chemin qui mène au phare de Sainte-Barbe. Le ciel très bleu était moucheté de nuages de coton blanc.

Je suis allé jusqu'à la plage d'Erromardie. Au retour, la vue de la baie de Donibane Lohitzun (Saint Jean-de-Luz), qui s'ouvrit à mes yeux, faillit me couper le souffle, ce qui aurait été regrettable, puisque j'étais en plein effort.

Imperturbable, la Rhune, la montagne magique du lieu, veille sur la ville enveloppée du halo d'une première chaleur d'un dernier beau jour d'été. A cette heure-là de rares baigneuses s'aventurent dans l'eau de la plage des flôts bleus, parmi les brisants découverts à marée basse.

Sous les tamaris de Sainte BarbeIl est à peine onze heures et déjà l'ombre des tamaris de Sainte-Barbe apporte une fraîcheur bienvenue. Car sous l'effort et les rayons du soleil mon torse commence à coller à mon tee-shirt, qui mériterait de s'appeler sweat.

A grande marée basse la baie dévoile tous ses charmes comme une belle ondine dépourvue de vêtements. Les rochers tapis d'habitude sous la mer surgissent et révèlent leur qualité de pierres marines semi-précieuses.

L'envie me prend de m'arrêter. Je ferme les yeux. Je les rouvre pour m'assurer que je ne me trouve pas au milieu d'un songe. C'est bel et bien un songe pourtant, mais un songe qui me tient éveillé, qui ne me trompe pas, qui marie devant moi un chef d'oeuvre de la nature à l'oeuvre architecturale des hommes.

Sainte Barbe à marée basseUn manteau de sable maintenant à découvert est tout plissé, comme s'il était mal repassé. Ce n'est pourtant que le résultat d'un jeu entre l'eau et ses grains, que les courants ont fini par onduler.

A l'horizon les Pyrénées forment un écrin qui met en valeur ce véritable joyau aquatique. Tout ragaillardi par ce spectacle tonique, je reprends ma course vers la ville.

Mon oeil est distrait par des passantes qui promènent ici leur chien. L'une d'elles, penchée en avant, offre à mon regard des mollets nus et des fesses serrées dans un panta-court moulant blanc, tandis qu'elle attache une laisse à son molosse. Une autre, plus prosaïquement, tient à la main de petits sacs poubelles dont je me garderais de vérifier le contenu.

DLe Grand Hotel à Donibaneonibane est une station balnéaire. Les estivants qui l'ont déserté depuis la rentrée des classes viennent ici passer des vacances en famille. Dans mon enfance, puis avec mes enfants, je n'ai pas fait exception.

Aujourd'hui, sur la grande plage, les clubs ont démonté leurs agrès et leurs filets de volley-ball. Les maîtres-nageurs-sauveteurs ne sont plus là pour surveiller. Le Grand Hôtel est toujours ouvert. Donibane a aussi son côté chic...

Je poursuis ma course sur la digue. Ce n'est pas la foule des mois d'août et juillet. Je n'ai pas vraiment besoin de me frayer un chemin. Je croise des retraités et de jeunes couples, dont certains manoeuvrent une poussette.

Le port de DonibaneDonibane est toujours un port de pêche. Ce ne sont pas des vaisseaux-fantômes que je peux y contempler mais de modestes embarcations. Les autres doivent avoir pris le large.

Je passe devant la Maison de l'InfanteMarie-Thérèse d'Espagne attendait de se marier avec le roi de France, un certain Louis XIV. La rue de la République descend vers la place qui porte le nom du monarque et où se déroulent les bals populaires...

Il ne me reste plus qu'à rejoindre mes pénates. Je fais souvent ce périple marin qui me relie à la terre. Je passe à chaque fois devant l'appartement qu'occupait ma mère les dernières années de sa vie. Je lève rituellement les yeux vers son balcon et songe qu'elle est venue, tout à côté, dans un petit hôtel, alors que je n'étais qu'un nourrisson, pour me redonner vie...

Francis Richard   

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 21:45

Geert Wilders sortie du tribunalSur ce blog, ici, j'ai raconté comment les pseudo-défenseurs de la liberté d'expression avaient finalement réussi à empêcher Geert Wilders de s'exprimer en Suisse en menaçant d'y troubler l'ordre public, en bons démocrates qu'ils se prétendent. Geert Wilders [sa photo à la sortie du tribunal d'Amsterdam provient d'ici] était présenté dans la presse romande comme un extrémiste de droite, un raciste, que sais-je.

 

Pourquoi ? Parce qu'il était poursuivi pour incitation à la haine raciale. La présomption d'innocence ne pouvait pas jouer en sa faveur. Il était condamné d'avance. Il avait le grand tort d'être inquiet de l'expansion de l'islam en Europe, qui comme chacun sait est une religion pacifique, tolérante, qui n'opprime pas les femmes et qui n'est pas le moins du monde raciste.

 

Ses crimes principaux aux yeux des dizaines de plaignants qui le poursuivaient en justice dans son pays ? D'avoir comparé le Coran à Mein Kampf et d'avoir diffusé un film, Fitna, ce qui veut dire discorde, montrant comment le Coran prêché peut être mis en application dans les faits. J'ai posté sur ce blog ici les 16 mn de ce documentaire-choc pour les internautes, afin qu'ils puissent juger sur pièce et non pas sur des on-dit.

 

Aujourd'hui le tribunal d'Amsterdam a rendu son verdict. Geert Wilders était bien innocent, n'en déplaise à tous ses calomniateurs et son jugement n'est pas susceptible d'appel. Il n'avait donc pas incité à la haine raciale, ni à la haine religieuse, contrairement à ce que hurlaient certains avec les loups.

 

Le juge a déclaré, rapporte Le Monde :

 

"Les déclarations de Monsieur Wilders ne constituaient pas une critique des individus mais de leurs croyances. (...) Le tribunal juge ces déclarations acceptables en raison du contexte et du débat de société."

 

Le "quotidien de référence" français ajoute :

 

"S'il a qualifié ces déclarations de M.Wilders de "grossières et dénigrantes", le juge a fait savoir qu'"elles ne constituent pas une incitation à la haine.""

Une autre manière de dire que Geert Wilders n'a pas pris de gants pour dire la vérité.

Cela va-t-il clouer le bec à ses calomniateurs ? Que non pas. Le Monde en tête, qui qualifie Wilders de chef de l'extrême-droite néerlandaise... Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose...

 

Francis Richard

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 19:45
Armes lourdes Abidjan CocodyLa semaine dernière, j'écris sur ce blog que Le mondialisme fait main basse sur la Côte d'Ivoire. La suite des événements confirme cette main-mise de la communauté internationale sur le destin de ce pays.
  
Avec les élections présidentielles du 28 novembre 2011 il s'agissait, sous pression internationale, de réunir artificiellement un pays réellement coupé en deux depuis 2002, où une démocratie formelle à l'occidentale ne peut pas fonctionner parce que les fortes minorités n'y seront pas prises en compte, comme elles peuvent l'être en Suisse par exemple.  

Dans cet article du 7 avril 2011 je rappelle :

"A la dimension religieuse, nord musulman, sud chrétien, s'ajoute une dimension ethnique que l'on retrouve dans tous les pays d'Afrique, qui explique les clivages existant dans un même pays et qui fait partie de la longue histoire du continent que la parenthèse coloniale n'a pas gommé. Les ethnies ivoiriennes du nord sahélien et celles du sud et de l'ouest ne s'entendent pas depuis longtemps et la richesse se trouve ... dans le sud, avec son débouché maritime."

Or Alassane Ouattara représente le nord du pays et Laurent Gbagbo le sud, Abidjan étant la capitale économique où les deux Côte d'Ivoire, que les deux adversaires représentent, font jeu égal, avec des quartiers acquis à la cause de l'un ou à celle de l'autre.

Les résultats des élections présidentielles, compte tenu des fraudes commises dans les deux camps, ne permettent pas de les départager de manière absolument certaine. Si bien que chacun d'entre eux peut à bon droit revendiquer la victoire.
 
Toutefois la communauté internationale dans cette incertitude choisit son champion, Alassane Ouattara. Pourquoi ? Parce que ce dernier lui correspond parfaitement. Il est favorable à la réunification jacobine du pays, tandis que Gabgbo l'est de la partition, plus conforme à la géographie et à l'histoire.
 
En outre Ouattara n'est-il pas un bon musulman, de surcroît "libéral" ? Ne fait-il pas partie du sérail puisqu'il a été entre autres économiste au FMI ? Cerise sur le gâteau, n'a-t-il pas été marié par un certain Nicolas Sarkozy du temps où celui-ci était maire de Neuilly-sur-Seine ici ?
 
En face de lui Laurent Gbagbo a le grand tort d'être catholique et d'avoir une femme évangéliste. Dans ces conditions être "socialiste" ne suffit pas à le faire mieux considérer par cette communauté internationale qui désormais dirige le monde de plus en plus.
 
Seulement la communauté internationale ne s'attend pas à ce que Laurent Gbagbo s'accroche autant au pouvoir qu'il détient depuis dix ans. Quinze jours après l'élection du 28 novembre 2010, les sanctions économiques pleuvent sur la Côte d'Ivoire pour le faire céder, provoquant ruines et désolations dans le pays.

Comme Laurent Gbagbo ne cède toujours pas et qu'il reste toujours populaire dans le sud, la communauté internationale arme son adversaire qui lance une offensive éclair au cours de laquelle les troupes de Ouattara montrent leur vrai visage qui ne vaut guère mieux que celui des troupes de Gbagbo, comme en témoignent les massacres perpétrés à Douéké, dénoncés par le CICR. Le mythe des bons et des méchants a fait long feu.

Cette offensive ne rencontre pas beaucoup de résistance jusqu'à Abidjan où les forces de Ouattara se heurtent à celles de Gbagbo qui les attendent de pied ferme. Sans l'aide de la communauté internationale il n'est pas du tout sûr qu'elles auraient fini par l'emporter.
 
Ne respectant même pas la résolution 1975 du Conseil de sécurité, les troupes de l'ONU et les troupes françaises, représentant sur place la communauté internationale, offrent la victoire sur un plateau à Ouattara en pilonnant à coup de missiles la résidence de Gbagbo. Que Gbagbo ait été arrêté par des Français ou des Ivoiriens est alors de peu d'importance. 
 
Dans cette affaire la communauté internationale aura provoqué calamités sur calamités :
 
- une élection portant en elle tous les germes d'une guerre civile
- des sanctions économiques qui ont eu pour conséquence pénuries et appauvrissement de la population civile
- une guerre éclair qui fait en une semaine au moins deux fois plus de victimes que pendant les quatre mois précédents
- une fausse paix [la photo provient d'ici] qui commence aujourd'hui par des pillages et des combats à l'arme lourde.

On apprend aujourd'hui que la France apporte une aide d'urgence de 400 millions d'euros à la Côte d'Ivoire de Ouattara et l'Union européenne de 180 millions d'euros, sans doute pour ... réconcilier et reconstruire, après avoir divisé et détruit.
 
Cette histoire illustre une nouvelle fois le principe des calamités énoncé par Michel de Poncins, qui s'applique tout aussi bien à l'échelle internationale que nationale :
 
"Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première."
 
Francis Richard

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:15

laurent-gbagboLa Côte d'Ivoire est un pays divisé en deux. Les récents événements ne font que masquer cette réalité. 

 

Examinons les résultats des élections de novembre dernier et on se rendra compte que le sud a largement voté pour Laurent Gbagbo [la photo provient d'ici] et le nord pour Alassane Ouattara, président reconnu par la Communauté internationale,  terme élégant pour désigner un mondialisme qui n'ose pas dire son nom, par souci de respectabilité.

 

Il ne faut en effet pas confondre le mondialisme qui est une ébauche de gouvernement mondial, dominé par de riches pays occidentaux, et qui s'arroge le droit d'intervenir dans la politique intérieure des Etats membres, et la mondialisation qui est un phénomène spontané, produit de la libéralisation des échanges et de l'accroissement de la mobilité.

 

Les résultats du second tour des élections ivoiriennes, assorties de fraudes commises par les deux camps, sont diamètralement opposés suivant que l'on s'en tient à leur proclamation par la Commission électorale indépendante ou par le Conseil constitutionnel du pays.

 

Admettons toutefois que les résultats proclamés par la Commission électorale indépendante soient les plus dignes de foi. Dans cette hypothèse, Laurent Gbagbo a tout de même obtenu 46% des suffrages, principalement dans le sud où il est resté populaire et a de nombreux partisans. A Abidjan, la capitale économique, il a fait jeu égal avec son adversaire.

 

Or, comme dit d'emblée, la Côte d'Ivoire est schématiquement divisée en deux. A la dimension religieuse, nord musulman, sud chrétien, s'ajoute une dimension ethnique que l'on retrouve dans tous les pays d'Afrique, qui explique les clivages existant dans un même pays et qui fait partie de la longue histoire du continent que la parenthèse coloniale n'a pas gommé. Les ethnies ivoiriennes du nord sahélien et celles du sud et de l'ouest ne s'entendent pas depuis longtemps et la richesse se trouve ... dans le sud, avec son débouché maritime.

 

Dans ces conditions on se rend bien compte que la démocratie à l'occidentale ne peut pas fonctionner, du moins dans sa version jacobine telle qu'elle existe en France par exemple. Encore une fois le modèle helvétique, qui préserve l'existence des minorités, serait certainement plus adapté. Aussi, quelle que soit l'issue de l'affrontement Gbagbo-Ouattara aucune réconciliation ne sera possible sans tenir compte de cette réalité.

 

En choisissant un camp plutôt que l'autre, en armant l'un, pour lui permettre de lancer son offensive éclair (le temps jouait pour Gbagbo) et en désarmant et en détruisant l'autre, le mondialisme sera peut-être apparu comme le protecteur affiché de populations civiles, que ne respecte pourtant aucun des deux camps, mais il aura surtout jeté de l'huile sur le feu.

 

Cette main basse du mondialisme sur la Côte d'Ivoire est dans la lignée des interventions des pays occidentaux qui croient détenir la vérité et cherchent à l'imposer aux autres, sans d'ailleurs demander pour autant leur avis sur ces questions à leurs propres citoyens.

 

Francis Richard   

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 21:30

Tango libyenIl serait difficile de dire que je porte Muammar Kadhafi dans mon coeur. Les articles que j'ai écrits sur ce blog le prouvent, notamment le dernier, Mouammar Kadhafi est bien un dictateur fou, un échappé d'asile .

 

Pourtant, quelque monstrueux que m'apparaisse le personnage - rien ne pourrait me réjouir davantage que soit mis fin à sa capacité de nuisance - je me demande si les pays occidentaux emmenés par Nicolas Sarkozy, David Cameron et Barack Obama, devaient pour autant intervenir en Libye [le dessin ci-contre provient d'ici].

 

La présence aux côtés de la coalition occidentale du Qatar et des Emirats Arabes Unis ne change rien à l'affaire. Elle lui sert seulement de caution pour ne pas apparaître comme étant dirigée contre le monde musulman. Ce qui ne trompera peut-être pas longtemps ce dernier.

 

La coalition s'est constituée pour protéger la population civile libyenne contre les autorités libyennes. Fort bien. A cet effet la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU ici stipule que l'espace aérien libyen devient une zone d'exclusion, qu'un embargo sur les armes et sur l'arrivée de mercenaires en Libye doivent être garantis par la communauté internationale, et que les avoirs du clan Kadhafi doivent être gelés.

 

Or les choses apparaissent plus complexes en réalité dans un pays aux plus de 150 tribus. Il n'y aurait pas d'un côté les méchants militaires libyens et de l'autre les gentils insurgés, comme on nous le présente volontiers pour mieux nous vendre l'intervention. La résistance des troupes libyennes aux assauts des insurgés en provenance de Cyrénaïque dès que ces derniers approchent de la Tripolitaine, le montre, s'il était nécessaire.

 

Kadhafi, tout dictateur fou qu'il est, a encore le soutien de la population de Tripolitaine, située à l'ouest du pays, c'est-à-dire le soutien des tribus qui y règnent dont la principale est celle des Meghara et qui s'opposent depuis longtemps à celles qui règnent à l'est du pays, en Cyrénaïque, dont la principale est celle des Warfallah, favorables à l'ancienne monarchie. 

 

La supériorité des troupes de Kadhafi en armes - fournies d'ailleurs par les principaux membres de l'actuelle coalition qui se sont naguère enrichis de ce commerce et ne s'en vantent curieusement plus aujourd'hui - n'explique en effet pas tout, même si elle explique qu'en l'absence de frappes aériennes les insurgés de l'est ne fassent pas le poids et reculent devant elles, étant certainement moins aguerris.

 

Il ne s'agit donc pas seulement d'une lutte menée par le pouvoir libyen contre l'opposition libyenne, mais d'une lutte qui oppose des tribus à d'autres tribus, sans parler des tribus qui se trouvent au sud dans le Fezzan, la troisième région du pays, et qui semblent pour le moment soutenir celles de Tripolitaine. Même si Kadhafi est abandonné par les Meghara, il n'est pas sûr que les tribus de l'ouest et du sud veuillent se soumettre dans le futur aux tribus alliées des Warfallah...

 

Dans ces conditions ce qu'écrit Richard Ebeling dans un article de portée générale sur le "droit d'ingérence" publié avant les frappes aériennes et reproduit le 24 mars dernier par l'Institut Turgot ici devrait faire réfléchir à ce qui pourrait advenir une fois que les gouvernements interventionnistes auraient réussi leur opération dans un pays où "le peuple" divisé était opprimé :

 

"Renverser l’ordre politique existant pour en imposer un nouveau ne change pas les idées, les croyances, les coutumes et les traditions du peuple. Le comportement apparent de certaines personnes pourra être affecté temporairement, mais leur vision de ce qui est bon ou mauvais, juste ou injuste, toutes ces choses essentielles qui résident dans les cœurs et les esprits ne sont pas changées sous la contrainte. La seule alternative pour le gouvernement interventionniste est alors de rester dans le pays étranger pour imposer une contrainte permanente, ce qui aggrave souvent les problèmes au lieu de les résoudre."

 

Francis Richard

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 20:00

Kadhafi 22.02.11Le discours d’hier du colonel Mouammar Kadhafi confirme point par point les épithètes que j’ai employés sur ce blog pour qualifier ce tyran sanguinaire au cours de la longue détention des deux otages suisses en Libye. Qui ne s’est résolue que par le versement honteux d’une rançon à ce maître-chanteur colérique et lunatique.

D’aucuns estimaient que j’y allais fort en le traitant de dictateur fou, d'échappé d'asile ou de führer libyen. A les croire, pour l’amadouer il aurait fallu lui cirer les babouches, lui baiser la djellaba, baisser son pantalon devant lui, prendre le thé avec lui sous la tente.   

Ce dictateur qui, un court moment, a simulé la respectabilité, pour mieux écouler le pétrole du pays contre devises, a tenté de faire oublier ce qu’il était, à savoir un criminel, un terroriste, un potentat assoiffé de sang quand on ose lui résister.

Des dirigeants de l’Union européenne, sans vergogne, ont fait ami-ami avec lui. Au cours de la crise des otages suisses, ils ont défendu leurs intérêts économiques avec cette dictature et renoncé à défendre les ressortissants d’une démocratie à qui ils prétendent donner des leçons de moralité bancaire.   

Quelques citations du Kadhafi, cru du 22 février 2011, valent mieux que son long discours pas tranquille.

Dans son délire il se considère différent des autres dirigeants de ce monde, au-dessus d’eux, sans titre, parce qu’il n’en pas besoin, tantôt parlant de lui à la première personne du singulier, tantôt à la troisième, reformulant indéfiniment comme il convient de l'admirer, voire de le vénérer :

« Je suis au-dessus des postes de chefs d’Etat. Je suis un révolutionnaire. Je suis un bédouin.  Je ne peux pas laisser la terre de mes ancêtres. Je vais mourir en martyr. »

« Si j’étais président j’aurais démissionné. Mais je n’ai pas de titre. Je n’ai que moi-même et mon fusil. Moi je n’ai peur de rien. Moi je suis quelqu’un qui arrive à faire face. »

« Mouammar Kadhafi n'est pas un président et n'est pas un être normal contre qui on peut mener des manifestations. »

« Mouammar Kadhafi n'a pas de poste officiel pour qu'il en démissionne. Mouammar Kadhafi est le chef de la révolution, synonyme de sacrifices jusqu'à la fin des jours. C'est mon pays, celui de mes parents et des ancêtres. »

Il reconnaît volontiers qu’il n’est pas normal, ce qui dénote une certaine lucidité.

S’il se dit prêt à mourir en martyr, s’il essaie de faire vibrer la fibre nationaliste en évoquant son pays, ses parents, ses ancêtres, il veut surtout que ceux qui s’opposent à lui meurent en martyrs :

« Nous n’avons pas encore utilisé la force. »

Il n’y aurait eu, après tout, que quelques centaines de morts… mais, si cela continue, il passera à la répression supérieure :

« Quand on aura besoin d’utiliser la force j’en donnerai l’ordre. Tout cela va mener à une guerre civile. Tous ceux qui sont derrière une guerre civile doivent être condamnés à mort, ainsi que ceux qui touchent à l’indépendance du pays. »

La menace se fait plus précise à l’égard de ceux qui osent lui résister :

« Rendez vos armes immédiatement sinon il y aura des boucheries. »

Envers lesquels il n’a que des mots aimables :  

« Ce sont des rats et des microbes qui ne vaincront pas la Libye. »

A qui il promet l’extermination :

« Je suis Mouammar Kadhafi, un dirigeant que des millions défendront. Nous marcherons sur eux par millions pour purger la Libye pouce par pouce, maison par maison et allée par allée. »

Cette gesticulation pathétique pourrait se révéler inutile et le peuple libyen le prendre au mot.

Francis Richard  

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 12:15

eric zemmour condamnéHier les jugements sont tombés. Eric Zemmour a été condamné avec sursis pour incitation à la haine raciale, discrimination à l’embauche, discrimination raciale. La diffamation raciale n’a pas été retenue contre lui.

Le 6 mars 2010, Eric Zemmour [dont la photo provient d'ici] s’était exprimé sur Canal+ et France Ô.

Sur Canal+, dans l’émission de Thierry ArdissonSalut les Terriens, après que Bernard Murat s’en était indigné,  il avait expliqué pourquoi il était possible d’être contrôlé au faciès à répétition ici :

"Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait."

Sur France Ô il avait dit que les employeurs "ont le droit" de refuser d’embaucher  des arabes ou des noirs.

Pour ces propos il a été poursuivi en justice d’une part par SOS Racisme, le MRAP et la LICRA, d’autre part par l’UEJF et J’accuse.

Les premières organisations ont  obtenu  1'000 euros de dommages et intérêts chacune, Eric Zemmour a été condamné à 1'000 euros d’amende avec sursis et 2'000 euros de frais de justice pour discrimination à l’embauche et incitation à la haine raciale.

Les secondes ont obtenu chacune un euro, Eric Zemmour a été condamné à 1'000 euros d’amende avec sursis et 750 euros de frais de justice pour discrimination raciale pour les seuls propos tenus sur Canal +.

Autrement dit, au total, le journaliste va devoir débourser  5'752 euros, sans compter les frais de publication des jugements dans la presse, et sera en sursis de devoir payer 2'000 euros d’amende s’il récidive.

Au regard de la loi, quoiqu’on pense d’elle – il y a une différence entre légalité et légitimité ; il n’existe pas de liberté de contracter en France, qui est un pays socialiste – la condamnation d’Eric Zemmour pour discrimination à l’embauche ne faisait pas un pli.

Il n’en est pas de même pour ce qui concerne l’incitation à la haine raciale et la discrimination raciale pour lesquelles Eric Zemmour a été condamné. Il s’est en effet contenté de dire un fait.

Certes il aurait fallu qu’il développe les circonstances qui conduisent à ce fait, notamment les erreurs répétées de la politique d’immigration française au cours des dernières décennies, mais ce n’est pas le genre d’émission où vous en est laissé le temps. Du coup la petite phrase apparaît dans sa brutalité factuelle.

Tel quel ce jugement politiquement correct  apportera de l’eau au moulin du Front National, en pleine ascension dans les sondages, du fait que les organisations qui ont poursuivi Eric Zemmour, semblent vouloir interdire de seulement évoquer certains faits. Quant à la justice française elle ne sort pas grandie de ses jugements puisqu’elle semble interpréter la loi pour leur complaire.

La grande perdante reste en tout cas la liberté d’expression. Ce n’est pas en brisant le thermomètre qu’on supprime la température.

Francis Richard

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 23:45

GabrielleGiffordsSamedi 8 janvier 2010, un homme tire dans la foule qui assiste, à Tucson, à un meeting politique de Gabrielle Giffords,[sa photo provient d'ici] Représentante démocrate de l'Arizona, sur le parking d'un supermarché. 

 

Le bilan est lourd : 6 morts, dont une petite fille née le 11 septembre 2001, et un juge fédéral républicain [eh oui !], et 14 blessés, dont la parlementaire démocrate, touchée à la tête, qui, aux dernières nouvelles, pourrait miraculeusement s'en sortir, en priant Dieu qu'elle ne garde pas de séquelles de cet attentat.

 

A la Télévision suisse romande, à l'annonce de cette fusillade, le téléspectateur helvétique de langue française n'entend qu'un son de cloche. La violence du débat politique lors des dernières élections de mi-mandat serait à l'origine du drame. Clairement c'est le Tea Party qui est visé et plus particulièrement une de ses figures de proue, Sarah Palin, même si elle n'est pas la tasse de thé de tous les membres de ce mouvement populaire...

 

A l'appui de cette thèse imprudente, relayée par tous les bien-pensants de la planète, il y a les déclarations intempestives et sans fondements du shérif démocrate Clarence Dupnik du district de Pima, dont dépend Tucson, lequel a soutenu la candidature de Gabrielle Giffords. Et il y a ... la reproduction d'une carte des Etats-Unis, publiée sur Internet, sur laquelle, sous forme de cibles, Sarah Palin a indiqué, lors des dernières élections de novembre 2010, les sièges que les Républicains doivent se donner pour objectif de reprendre aux Démocrates...

 

Clarence Dupnik, alors que l'enquête n'a même pas eu le début d'un commencement, déclare en effet aussitôt, vraisemblablement sous le coup de l'émotion :

 

"Laissez-moi vous dire une chose, parce qu'on a tendance à minimiser tout le vitriol que nous entendons, qui enflamme le public américain, qui est répandu par des gens dont c'est la profession. C'est peut-être de la libre parole, mais cela n'est pas sans conséquences." ici

 

Sur sa carte des Etats-Unis, Sarah Palin a effectivement fait placer des cibles lors de la dernière campagne électorale. En Europe cela peut choquer, mais c'est un langage guerrier, coutumier dans les joutes électorales américaines, depuis au moins le XIXe siècle... Comme le rappelle opportunément un article paru dans Contrepoints ici, les Démocrates ont utilisé la même représentation graphique du temps de Bush...sans soulever à l'époque l'indignation sur commande des bien-pensants.

 

Il est donc tout simplement ignoble de faire le rapprochement entre ces cibles symboliques et la tuerie de Tucson. Cela ne grandit guère ceux qui se livrent à pareil amalgame, qui, a fortiori de la part de journalistes, relève de l'exploitation politicienne la plus basse et la plus éhontée.

 

Deux jours après la tuerie de Tucson, la personnalité du tueur, Jared Loughner, apparaît de plus en plus clairement ici. Il a 22 ans. Il semble avoir des problèmes mentaux. Il parle de théories apocalyptiques. Il s'est fait renvoyer l'an dernier de l'université publique en raison de son attitude de plus en plus négative. Il est fasciné tout autant par Le manifeste du parti communiste de Karl Marx que par le Mein kampf d'Adolf Hitler...

 

Au domicile de ce modéré on a trouvé une lettre datant de 2007 que lui a écrit sa victime, Gabrielle Giffords, dans laquelle elle le remerciait d'avoir participé à un de ses meetings... En 2007 il n'est encore question ni de Sarah Palin, ni du Tea Party...

 

Quel rapport y a-t-il entre les positions politiques de Jared Loughner et celles du Tea Party ? Aucun [voir mon article Tea Party: prendrez-vous du thé ? Non merci, il est trop taxé ! ].

 

Le shérif  Dupnik reconnaît maintenant ici :

 

"Il ne fait plus aucun doute, pour nous, que c'était l'acte d'un tireur isolé et très dérangé."

 

Entre-temps les tea-partiers auront été accusés à tort et on attendra vainement les plates excuses des bien-pensants qui ont propagé la rumeur assassine... et qui continuent de le faire...

 

"La calomnie, docteur, la calomnie ! il faut toujours en venir là", dit Bazile dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais...

 

Francis Richard

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 00:35

Dick MartyLe livre de Carla del Ponte, ancien procureur, de nationalité suisse, auprès du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, TPIY, intitulé La traque, les criminels de guerre et moi, publié aux éditions Héloïse d'Ormesson ici, fait état de prélèvements, à partir de l'été 1999, d'organes sur des prisonniers serbes et sur des prisonniers kosovars albanais, considérés comme des collabos par l'UCK [l'Armée de libération du Kosovo : Ushtria Climritare o Kosoves] ou appartenant à des factions rivales de celle-ci.

 

Cette publication a conduit la Commission des questions juridiques et des droits de l'homme de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, à demander à un de ses membres, le Conseiller national suisse Dick Marty [la photo provient d'ici] d'établir un rapport, sur le Traitement inhumain de personnes et trafic illicite d'organes humains au Kosovo, rapport ici qu'il a terminé le 12 décembre 2010 et rendu public le 16.

 

Dans ce rapport, deux raisons essentielles expliquent que cette affaire ne resurgisse qu'aujourd'hui :

 

- les crimes commis par les troupes serbes, seuls à avoir été vraiment dénoncés, ont eu pour conséquence "que s'est développé un climat et une dynamique qui a conduit à considérer tous les événements et les faits dans une optique rigoureusement manichéenne : d'un côté les serbes, nécessairement méchants, de l'autre les kosovars albanais inévitablement innocents."

 

- le contrôle de fait de l'UCK sur toute la région, à l'époque, a eu pour conséquence que "les pays occidentaux qui se sont engagés au Kosovo se sont bien gardés d'intervenir directement sur le terrain, préférant recourir aux frappes aériennes, l'UCK devenant ainsi leur indispensable allié pour les opérations terrestres."

 

Il était donc difficile de mettre en cause l'UCK, comme il avait été tabou de parler des crimes de l'URSS de Staline, qui avait contribué à la défaite de l'Allemagne d'Hitler...

 

Pour Dick Marty :

 

"Aucune ambiguïté ne doit subsister quant à la nécessité de s'attaquer à tous les suspects de crimes, même s'ils occupent d'importantes fonctions institutionnelles et politiques".

 

Or, au cours de sa mission, le Conseiller national tessinois a pu constater qu'il était difficile de reconstituer les faits qui se sont produits en 1999 et 2000, et même après. Le TPIY, la MINUK [Mission intérimaire des Nations Unies au Kosovo] ou le parquet albanais ont clairement manqué de volonté d'établir la vérité et les responsabilités de ce qui s'est passé dans ces années-là :

 

"Le faisceau d'indices existant contre certains hauts responsables de l'UCK explique en grande partie ces réticences. Il y a des témoins de ces événements qui ont été éliminés, d'autres sont terrorisés par le simple fait d'être interpellés sur ces événements. Ils ne font absolument pas confiance dans les mesures de protection qu'on pourrait leur accorder."

 

Quoi qu'il en soit, Dick Marty a tout de même pu reconstituer un certain nombre de faits qui pourraient être facilement corroborés par les enquêteurs des diverses parties, s'ils avaient un peu plus la volonté et le courage de découvrir la vérité.

 

Le portrait de l'UCK, tel qu'il ressort des investigations menées par le rapporteur du Conseil de l'Europe n'est pas des plus glorieux. Certes il y avait dans ses rangs des soldats courageux et réellement patriotes, prêts à donner leur vie pour leur cause, mais, dixit le rapport, ils "ne constituaient pas nécessairement la majorité".

 

"Les principales activités opérationnelles des membres de l'UCK, avant, pendant et immédiatement après le conflit [qui a pris fin le 12 juin 1999] étaient menées sur le territoire albanais, où les forces de sécurité serbes n'étaient jamais déployées". L'UCK avait donc toute latitude d'y faire tout sauf la guerre, en toute tranquillité.

 

L'UCK apparaît dans ce rapport sous un jour auquel les médias ne nous ont guère habitués. Au début, en 1996, elle apparaît "comme un groupe marginal et désorganisé d'insurgés". Deux ans plus tard seulement elle apparaît, grâce au soutien explicite des Etats-Unis, ceci expliquant cela, "comme le fer de lance de la lutte menée par les Kosovars albanais pour la libération du Kosovo."

 

Comment y est-elle vraiment parvenue ? En consacrant plus d'énergie à évincer ses factions rivales qu'à lancer des opérations militaires contre les Serbes... Ce qui me rappelle l'attitude des communistes à l'égard des anarchistes pendant la guerre civile d'Espagne, que décrit avec force détails George Orwell dans son Homage to Catalonia...

 

En 1998 et 1999, des groupuscules font leur apparition au sein de l'UCK avec à leur tête des chefs de clans et de familles dont l'autorité s'exerce sur une zone géographique du Kosovo bien déterminée. Un groupuscule va se distinguer parmi les autres. En effet il va prendre "contrôle, au plus tard à partir de 1998, de la majeure partie des activités illicites auxquelles les Albanais du Kosovo ont participé en République d'Albanie". Son nom ? Le "Groupe de Drenica" [la Drenica est une vallée du Kosovo, qui est le berceau de l'UCK].

 

A la tête de ce "Groupe de Drenica" se trouve Hashim Thaçi, qui n'est pas n'importe qui :

 

- Chef de l'UCK 

- Premier ministre autoproclamé du gouvernement provisoire du Kosovo en 1998 

- Chef de la délégation des indépendantistes kosovars aux négociations de Rambouillet  en février 1999

- Premier ministre du Kosovo en décembre 2007 à la suite des résultats des élections législatives de novembre 2007

- Chef du parti PDK qui, avec 31% des voix, est arrivé en tête des élections législatives du 12 décembre 2010 [les premières élections législatives depuis la proclamation d'indépendance du Kosovo le 17 février 2008].

 

Selon Dick Marty cette ascension n'aurait pas été possible "sans le soutien politique et diplomatique des Etats-Unis"...

 

Quelles seraient les activités "illicites" du groupe? Traite d'êtres humains, vente de véhicules volés, trafic de drogues, assassinats, enlèvements, détentions, agressions, interrogatoires musclés ... et courtages d'actes chirurgicaux "illicites". Avec la complicité des autorités albanaises, des services de renseignements albanais et de la mafia albanaise... soit de beaucoup de monde.

 

Le groupe aurait géré les "centres de détention de l'UCK sur le territoire albanais" et fixé le "sort des prisonniers détenus dans ces établissements, et notamment des nombreux civils enlevés au Kosovo et conduits, au-delà de la frontière, en Albanie".

 

Au vu des éléments qu'il a pu recueillir, Dick Marty écrit :

 

"Nous sommes parvenus à la conclusion que les violences commises par les membres et les auxiliaires de l'UCK en Albanie vont bien au-delà de simples aberrations qui auraient été l'oeuvre d'éléments hors-la-loi ou rebelles d'une force de combat par ailleurs disciplinée. Nous estimons au contraire que ces violences étaient suffisamment généralisées pour correspondre à un mode d'action systématique."

 

Où se trouvaient les centres de détention, aux mains de membres et d'associés de l'UCK ? A Cahan, Kukës, Bicaj, Burrel, Rripe, Fushë-Krujë, tous lieux se situant sur le territoire albanais...

 

Sont passés dans les centres de détention :

 

- de Cahan et Kukës des prisonniers de guerre, d'avril à juin 1999, interrogés "brutalement" et maltraités : certains ont été libérés, d'autres y sont décédés...et ont donc été libérés définitivement

- de Rripe des personnes disparues, enlevées à partir de juillet 1999, appartenant essentiellement à l'ethnie serbe : des femmes y ont fait l'objet d'exploitation sexuelle et des détenus sont décédés dans la maison K., qui aurait tenu lieu par ailleurs "d'étape intermédiaire"

- de Bicaj, Burrel, Rripe et Fushë-Krujë, des victimes de la criminalité organisée, qui y auraient transité et qui y auraient subi, du moins à Rripe et Fushë-Krüje, des tests de compatibilité immunologique, avant d'être exécutés puis conduits à une clinique proche de l'aéroport de Tirana où leurs reins auraient été prélevés pour être transplantés ailleurs.

 

Comme dit plus haut les témoins directs ont été éliminés ou sont terrorisés à un point tel qu'ils "préfèreraient d'être traduits en justice pour le rôle qu'ils sont supposés avoir respectivement joué dans la gestion des camps de détention que de compromettre les anciens hauts commandants de l'UCK sous les ordres desquels ils auraient agi et qui sont aujourd'hui devenus des responsables politiques et économiques". C'est une version kosovare de l'omerta.

 

Ajouté à cela que la police kosovare met des bâtons dans les roues pour communiquer les renseignements qu'elle détient à l'EULEX, la mission civile menée par l'Union européenne pour établir l'Etat de droit au Kosovo :

 

"Tout ceci a pour effet, conclut Dick Marty, de permettre à des dirigeants politiques d'écarter de manière plausible les allégations selon lesquelles l'UCK aurait pris part à des actes de détention, de torture et d'assassinat en Albanie, et de présenter comme simple "spectacle" orchestré par la propagande politique serbe des allégations sérieuses méritant, comme nous l'avons vu, des enquêtes bien plus poussées que celles qui ont eu lieu jusqu'à présent."

 

La vérité aura bien du mal à émerger dans ces conditions. Il sera encore plus difficile de rendre justice aux victimes. Mais il sera difficile désormais de mettre toutes les horreurs commises dans cette région du monde sur le compte des Serbes qui ont eu bon dos jusqu'à présent. C'est déjà en soi un résultat non négligeable.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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