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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 21:45
Une dictature - qu'elle soit iranienne ou libyenne - dispose d'un moyen sûr de faire plier un pays occidental qui ne lui témoigne pas une indéfectible soumission : la prise d'otages. En effet le gouvernement d'un pays occidental est prêt à tout faire pour sauver un de ses concitoyens, ne serait-ce que parce qu'il doit rendre compte à son opinion publique, ce que la dictature n'est pas absolument contrainte de faire, puisqu'elle a les moyens de museler, si besoin est, ses médias. 

Dans l'affaire Kadhafi les médias occidentaux n'évoquent même plus le motif pour lequel Max Göldi et Rachid Hamdani, citoyens helvétiques, sont empêchés de quitter le sol libyen depuis plus d'un an. Pour mémoire rappelons seulement qu'ils auraient enfreints la législation du pays sur l'immigration et sur le séjour. Cette accusation, qui sent son bidon de pétrole, est devenue accessoire. On n'en parle même plus parce que n'importe quel motif aurait de toute façon fait l'affaire pour les retenir.

Dans l'affaire iranienne il en est de même. Le régime des mollahs qui, tel Janus, a deux visages - celui du méchant Amadinhejad et celui du gentil Moussavi, comme dans les polars classiques - invoque pour retenir en otage Clotilde Reiss (photo de l'agence IRNA tirée ici du site Iran-Resist) tantôt l'espionnage, tantôt la participation à une manifestation interdite. Dans un cas comme dans l'autre la législation iranienne permet d'incriminer la jeune femme française et de la condamner à de lourdes peines de prison (voir l'article publié ici par Iran-Resist).

Sur le site de soutien à cette dernière (ici), est publié le mail qu'elle a envoyé à ses proches avant d'être arrêtée. Certes dans ce message elle mettait en liens des blogs - fermés aujourd'hui par le régime - où figuraient des images violentes des manifestations insurrectionnelles du 15 au 25 juin, mais ces images n'étaient pas plus violentes que toutes celles diffusées sur les chaînes de télévision occidentales ou sur les réseaux sociaux d'Internet.

Dans ce mail Clotilde Reiss reprenait même l'intox voulue par le régime selon laquelle le gentil Moussavi se serait fait voler sa victoire au profit du méchant Amadinhejad... Seulement, entre-temps, ce n'était plus les gentils verts qui étaient descendus dans les rues mais de véritables opposants au régime, avec lesquels il n'était plus question de prendre des gants et dont il fallait dissimuler au public la véritable insurrection.

Derrière ces prises d'otages motivées en vertu de lois, auxquelles les dictatures font dire ce qu'elles veulent,  il y a en fait de vraies raisons. Muammar Kadhafi exige des excuses pour laver l'humiliation subie par son fils Hannibal qui a eu le mauvais goût de se faire inculper pour sévices par la justice genevoise. Le régime des mollahs exige que soit reconnue l'élection d'Amadinhejad à la présidence de la république islamique et que toute idée de sanctions n'effleure même plus les cerveaux des dirigeants occidentaux.

Quand ces buts poursuivis par la Libye et l'Iran seront atteints, ou quand une somme rondelette en espèces sonnantes et trébuchantes aura été obtenue en guise de rançon compensatoire, il sera toujours temps de se montrer faussement magnanime à l'égard d'otages qui auront dans l'intervalle servis d'instruments ... pour faire céder à un chantage humiliant et jouissif les pays occidentaux voués à la vindicte populaire.

Micheline Calmy-Rey disait le 22 juillet qu'il ne restait que deux millimètres à parcourir pour conclure un accord avec la Libye (voir mon article Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres ). Luc Chatel le porte-parole du gouvernement français a parlé ce matin sur RTL d' un début d'espoir (voir Le Matin ici).

Nous sommes le 11 août et les deux millimètres de Micheline Calmy-Rey n'ont toujours pas été franchis trois semaines après sa déclaration. Peut-être le gouvernement français verra-t-il son début d'espoir récompensé plus vite. Il faut dire qu'en France aujourd'hui les gouvernants s'inspirent davantage de Machiavel que de Corneille...

Francis Richard

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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 19:15
C'est petit à petit que, dans l'affaire Kadhafi, nous avons constaté, avec regret, que la Suisse avait gaspillé les atouts qu'elle avait dans son jeu et qui lui auraient permis de damer le pion au dictateur libyen :

- La République de Genève a laissé partir au bout de 48 heures de garde à vue les époux Kadhafi responsables de sévices sur leurs domestiques, moyennant le versement d'une caution de 500'000 francs.

- Le Procureur de la République de Genève a abandonné les poursuites pour contrainte après que les domestiques des époux Kadhafi ont abandonné leurs plaintes moyennant dédommagements.

- La Suisse a laissé partir 90% des avoirs libyens déposés en Suisse, sans broncher (plus de 5 milliards de francs) et peut-être même sans que le Conseil fédéral ne le sache.

- La Suisse a laissé les échanges commerciaux avec la Libye se dégrader - les bureaux des entreprises helvétiques en Libye ont dû fermer - au point que la Libye a diminué de 90% ses livraisons de pétrole brut au cours du premier semestre 2009 et que dans le même temps les exportations suisses vers la Libye se sont réduites à une peau de chagrin [voir 24 heures ici - la photo ci-dessus est tirée de cet article].

Maintenant le Guide de la révolution libyenne peut tout à son aise faire monter les enchères avant d'accepter de libérer les deux otages suisses qu'il détient depuis plus d'un an maintenant et apparaître comme le héros africain qui tient tête au coffre-fort occidental que symbolise la Suisse avec sa place financière.

Il a fort bien compris comment tirer profit de la situation de crise économique dans laquelle se trouvent les alliés potentiels qui auraient dû soutenir la Suisse : les réserves de la Libye s'élèvent à 70 milliards de dollars et - c'est bien connu - l'argent n'a pas d'odeur... surtout en période de récession.

Comme je le disais le 24 décembre dernier :

Dire que la Suisse n'a plus d'alliés diplomatiques est faux. Il serait plus juste de dire que les intérêts économiques de ses alliés passent aujourd'hui avant leurs principes sur lesquels ils s'assoient allègrement.

Il suffit de voir comment ils attaquent le secret bancaire suisse au nom d'une moralité qu'ils se gardent bien d'observer eux-mêmes en rivalisant d'opacité quand il s'agit de protéger chez eux les dépositaires de fonds.

Dans ces conditions la Suisse ne peut compter que sur elle-même pour défendre, contre les puissants sans vergogne, les principes de liberté et de moralité qui sont à l'origine de son existence.

Lors de la réunion du G8 [voir Le Matin ici], le Führer libyen a fait sien le projet d'un certain Adolf Hitler de démanteler la Suisse : la partie francophone doit être rattachée à la France, la germanophone à l'Allemagne et l'italianophone à l'Italie. Il n'a pas dit ce qu'il fallait faire des Romanches... Peut-être la réponse à cette question se trouve-t-elle dans les agissements de son modèle...

Personne parmi les membres du G8 n'a pipé. L'argent n'a pas d'odeur, vous dis-je. Aquila a pris soudain des airs munichois...

Quelques jours plus tard, au sommet des non-alignés de Charm-el-Cheikh, lui, le spécialiste es terrorisme, a même accusé la Suisse d'être le bailleur du terrorisme international. Il est fréquent qu'un criminel accuse les autres de ses propres turpitudes...

Hier, dans L'Illustré, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a déclaré :

Nous sommes à 2 millimètres d'un accord avec la Libye [voir 24 heures ici].

Vous noterez comme moi jusqu'où la précision helvétique peut aller...

Cependant, avant de franchir ces 2 derniers millimètres, il serait bon que Madame Calmy-Rey - qui veut organiser une rencontre entre le preneur d'otages libyen et le président de la Confédération - se rappelle que le peuple suisse acceptera difficilement que des excuses soient faites à Muammar Kadhafi et encore moins que des espèces sonnantes et trèbuchantes lui soient versées pour la libération des deux Suisses "retenus" chez lui.

Même un jeune député socialiste au Grand Conseil neuchâtelois, Baptiste Hurni, sur un coup de colère, a acquis le nom de domaine kadhafi.ch (ici) pour y publier tous textes, images et caricatures pouvant créer le débat...(ici)

Or je ne vois pas quelles autres options restent à Madame Calmy-Rey que celle de s'humilier et/ou de payer pour obtenir le retour en Suisse de Messieurs Göldi et Hamdani. La seule option, en dehors du coup de force, est d'abandonner ces deux otages à leur triste sort, après avoir tout perdu jusqu'à présent, fors l'honneur.

Francis Richard



Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Cherche escroc style Madoff pour gérer fonds Kadhafi du 29.06.09
L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation du 24.04.09
Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 22:30

On peut se le demander sérieusement quand on lit le rapport qui a été publié après l'examen périodique universel qu'a subi le Vietnam le 8 mai dernier.

En effet ce rapport  (ici), qui a dû être adopté aujourd'hui même par le Conseil des droits de l'homme, ne comporte que des recommandations après un exposé d'autosatisfaction des autorités vietnamiennes sur le respect des droits de l'homme dans leur pays. Il s'agit de voeux pieux. C'est mieux que rien, mais c'est tout de même peu de chose.

D'après le premier vice-ministre des Affaires étrangères vietnamien, Pham Binh Minh

le Vietnam a une politique régulière de respect et de garantie des droits de l'homme (...). La politique de respect des droits de l'homme prend racine dans l'histoire et la culture millénaires du Vietnam (...). La politique des droits de l'homme du Vietnam s'est traduite en lois et applications concrètes qui ont produit des résultats positifs sur le terrain.

L'internaute qui ne l'aurait pas lu pourra constater en lisant mon article La 5ème session du Conseil des droits de l'homme examinera le Vietnam comment cette politique s'est réellement traduite dans les lois vietnamiennes et comment elle est réellement appliquée. Cet article se base sur le rapport du 23 février 2009, préparé par le Haut commissariat aux droits de l'homme à partir des rapports de 12 ONG ( ici ).

Aussi est-ce de manière surréaliste, pour ne pas dire effrontément mensongère, que le représentant du gouvernement vietnamien peut se féliciter de la prolifération des mass media au Vietnam :

A présent il y a 700 agences de presse avec 850 publications, 68 télévisions et stations de radio, 80 magazines en ligne.

De la pratique religieuse dans le pays :

Les activités religieuses et de croyances sont maintenant une caractéristique sociale vibrante et enrichissante du fait qu'il y a plus de 20 millions de fidèles des différentes religions.

De la non-discrimination à l'égard des femmes :

Le Vietnam a obtenu des réussites significatives dans la promotion des droits des femmes au regard des indicateurs de la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination envers les femmes.

De la façon avec laquelle la minorité ethnique est traitée :

Elle participe toujours plus de manière égale à la vie socio-politique.

 

Sa conclusion est dérisoire et serait risible en d'autres circonstances :

Le but ultime est de construire un pays fort avec une population prospère et une société juste, démocratique et avancée.

Encore une fois la réalité est tout autre.

Au cours de la discussion de trois heures qui s'est ensuivie des intervenants ont souligné tous les progrès accomplis par le Vietnam et toutes les mesures qu'il envisage de prendre pour les poursuivre. Alleluiah !

Le Courrier du Vietnam a pu titrer hier (ici) : Le rapport du Vietnam sur les droits de l'homme apprécié à Genève. 

Toutefois les recommandations que nombre de délégations ont réussi à préconiser, et que le Courrier du Vietnam passe sous silence, se rapprochent de la triste réalité. Florilège, car la liste est longue - l'internaute peut en prendre connaissance dans le détail (ici) :

Réduire l'emploi des lois de sécurité qui limitent la discussion publique sur le multipartisme et la critique du gouvernement.


Prendre des mesures pour s'assurer que toutes les personnes privées de liberté soient conduites devant un juge sans délai.

Abroger l'Ordonnance 44 réglementant la Justice administrative, qui autorise la détention administrative, l'assignation à domicile, ou la détention dans des centres de protection sociale ou des établissements psychiatriques pour deux ans renouvelables, sans procès.

Cesser la pratique des "tribunaux du peuple".

Accroître l'indépendance des media vis-à-vis de l'Etat, inclusivement en autorisant des media privés.

Mettre les lois sur la presse en conformité avec l'article 19 de la Convention internationale sur les droits civils et politiques.

Libérer les prisonniers de conscience tels que le Père Nguyen Van Ly, Nguyen Van Dai, et Le Thi Cong Nhan.

Encore une fois, que ces recommandations aient pu bénéficier d'une tribune internationale est une bonne chose. Il serait illusoire cependant de s'attendre à ce qu'elles connaissent un début d'exécution, car elles ne sont pas contraignantes.

Alors à quoi sert le Conseil des droits de l'homme ? A pas grand chose. Un livre publié dans la collection Le Savoir suisse, édité par les Presses polytechniques et universitaires romandes, est très critique sur cette institution, qui a remplacé la Commission des droits de l'homme sous l'impulsion de la Suisse, plus précisément sous l'impulsion de Micheline Camy-Rey, ministre des Affaires étrangères de la Confédération.


Dans ce livre, Le Conseil des droits de l'homme - Le rôle de la Suisse sous la loupe, l'auteur, Florian Reber, fait un rappel historique de la création de la Commission des droits de l'homme, de sa politisation excessive, de sa transformation en Conseil des droits de l'homme, des manoeuvres diplomatiques de la Suisse pour aboutir à cette transformation. Au vu des résultats l'auteur est très critique sur le rôle de la Suisse.

Pour revenir au sujet qui nous intéresse, l'examen périodique universel, que vient de subir le Vietnam, il 
est intéressant de lire ce que Florian Reber écrit sur cet élément-clef du Conseil des droits de l'homme :

 
Généralement, on espérait que ce nouveau mécanisme attribuerait une place éminente à l'expertise indépendante. Il ne reste qu'une "revue" gérée par les gouvernements et limitée à trois heures de débat par Etat, avec des intervalles de quatre à cinq ans. Un rôle très limité est accordé aux ONG (...).

Les Etats membres du Conseil - réunis au sein du Groupe de travail sur l'examen périodique universel - exercent un contrôle intégral sur les négociations lors de cet examen, démarches guidées par une troïka de facilitateurs , trois représentants gouvernementaux tirés au sort et représentant les différents groupes régionaux [ il y a 47 sièges au Conseil : 13 pour les Etats d'Afrique, 13 pour ceux d'Asie, 8 pour ceux d'Amérique latine et des Caraïbes, 7 pour ceux d'Europe occidentale et autres Etats, 6 pour ceux d'Europe orientale]. L'Etat concerné a cependant le droit de demander une fois le remplacement d'un des trois facilitateurs. Ces derniers peuvent de même demander à être remplacés. Ces dispositions byzantines reflètent l'emprise de la politique sur cette procédure (...).

Nous sommes aux antipodes de l'approche impartiale et objective qui garantirait la crédibilité de cette procédure. On reste tout aussi éloignés d'une voie qui aurait comporté deux étapes, d'abord une analyse indépendante et soucieuse du respect du droit, ensuite de décisions politiques prises par les Etats au vu de la recommandation des experts.

En définitive Florian Reber se demande quelle peut bien être l'utilité d'un tel organe composé de représentants gouvernementaux, dès lors qu'il s'agit de passer en revue d'autres Etats.

Se poser la question dans ces termes, c'est y répondre.

Francis Richard

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 21:30

La foule de deux millions de personnes venues acclamer le quarante-quatrième président des Etats-Unis lors de son investiture à Washington ne m'impressionne pas : j'en ai connu bien d'autres ...

Il y a quarante ans, le 30 mai 1968, un million de personnes remontent les Champs-Elysées pour faire cesser la chienlit dans les universités et dans la rue... Il y a vingt-cinq ans, le 24 juin 1984, deux millions de personnes défilent à Paris pour la défense de l'école libre... Il y a dix ans, le 12 juillet 1998, l'équipe de France de football remporte la Coupe du monde et un million et demi de personnes se retrouvent tout unies sur les Champs-Elysées pour célébrer les trois couleurs...  

Je n'ai même pas besoin de développer pour conclure que plus haute était l'espérance qui avait rassemblé ces foules, plus grande a été la déception qui a suivi, un peu comme la gueule de bois les lendemains de fête. Peut-être conviendrait-il d'ailleurs d'employer "deception" en anglais, qui veut dire dans cet idiom "tromperie", "duperie"...

Je remarque d'ailleurs que dans son discours d'investiture Barack Obama (version française ici - qui omet les phrases finales où Obama demande la bénédiction de Dieu - et version anglaise ici ) est déjà en retrait par rapport à ce qu'il disait pendant toute la campagne qui l'a conduit à la victoire : Yes we can, oui mais quand ? Sa première phrase comporte même le terme d'humilité (qu'il emploie à un autre endroit de son discours) :  

Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

Un peu plus loin, comme pour prendre date, il confirme qu'il ne minimise pas la tâche à accomplir et ne promet pas de résultats immédiats, tout en gardant le ferme espoir de la remplir au bout du compte :

Je vous dis aujourd’hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous les relèverons.


Dans l'article que j'écrivais au lendemain de la victoire d'Obama j'employais à dessein l'expression de "sentiments métissés" ( Victoire d'Obama : sentiments métissés  ). Je persiste et signe.

 

Quand Obama parle de Dieu, je prie à ses côtés :


Pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages.Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

Ou quand il dit :

 

C’est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.


Quand il en appelle aux Pères fondateurs de l'Amérique et à l'histoire de la nation américaine, j'applaudis :

Nous demeurons une jeune nation. [...] Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n’avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n’a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

Ou quand, dans cette lignée, il se veut ferme sur les principes :

En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l’Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

Ou encore quand il promet de combattre le terrorisme :

Avec de vieux amis et d’anciens ennemis, nous n’allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.


Mais j'ai des doutes sur le rôle qu'il veut faire jouer à l'Etat. Certes d'un côté il reste prudent et se veut pragmatique :

La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne - s’il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu’ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

D'un autre il s'illusionne :

L’état de l’économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons - non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d’une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.


Il donne lui-même les raisons sur lesquelles cette illusion se fonde :

La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent - non par charité mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun.


Pascal Salin dans son rapport sur la crise financière (voir mon article Pour Pascal Salin la crise financière est due à l'interventionnisme ) explique pourquoi la régulation ne peut pas venir de l'Etat. Il voudrait mieux qu'Obama abandonne tout de suite ses programmes...avant de les expérimenter.

Je suis atterré quand Obama dit :


La façon dont nous utilisons l’énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Ou quand il dit :


Nous allons travailler inlassablement pour [...] faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

Je suis atterré parce qu'Obama privilégie une explication des changements climatiques de plus en plus contestée (voir l'article du Matin Dimanche du 18 janvier, écrit par Catherine Riva et intitulé : Al Gore doit-il rendre son Nobel ?
ici  et mon article Existe-t-il un plan B en cas de refroidissement climatique ? ) et parce que l'Amérique et le monde risquent de se trouver fort dépourvus quand la bise sera venue...

Parce qu'ils idolâtrent Obama, les média s'inquiètent. Ils lui passent des propos qu'ils admettraient difficilement dans la bouche d'un autre, notamment sur Dieu et sur la nation. Bien qu'ils se trompent régulièrement, ils se rendent bien compte que les espoirs placés dans Obama - dont ils ont contribué à la victoire - ne peuvent qu'être déçus. S'ils ne savent pas vraiment pourquoi ils le seront, ils s'interrogent du moins ( 
ici ) sur la capacité d'Obama à ne pas décevoir . S'ils savaient...  

Francis Richard

Voici l'inaugural adress d'Obama en version intégrale originale :

 

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 22:15

Rien n'est simple. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens est particulièrement exemplaire à cet égard. Il pose la question fondamentale : à qui appartient la terre ?

Si l'on remonte au début de notre ère il est incontestable que la Terre Sainte des chrétiens appartient alors aux Hébreux, après leur exil à Babylone. Chassés par les Romains, ils se dispersent, c'est la diaspora. Les Byzantins, qui ont succédé aux Romains, sont remplacés à leur tour quelques siècles plus tard par les musulmans de l'empire ottoman, à l'issue d'un jihad. Pendant un temps les Croisés vont l'occuper à leur tour avec pour premier objectif de libérer les Lieux Saints. Ce ne sera qu'une parenthèse. Ils seront deux siècles plus tard remplacés à nouveau par l'empire ottoman. En 1920 le Foyer national juif, sous mandat britannique, amorce le retour des Juifs sur leur terre originelle. Avec la création de l'Etat d'Israël c'est chose faite en 1948, il y a tout juste 60 ans.

Ces 60 années vont être déterminantes. Les Israéliens vont faire de la partie qu'ils occupent un pays moderne et démocratique, et vont transformer un désert en oasis, tandis que les Palestiniens, peu à peu retranchés à Gaza et en Cisjordanie, seront incapables d'en faire autant. Certes les Israéliens vont bénéficier principalement de la manne de leurs coreligionnaires américains, tandis que les Arabes ne recevront pas celle provenant de leurs riches - et pétroliers - coreligionnaires  arabes, sinon pour les alimenter en armes. Pendant près de 40 ans, de 1967 à 2006, Israël va occuper Gaza. Sauf à la fin de cette période, où les choses vont se gâter, Gaza va bénéficier pendant ce temps-là de l'essor économique d'Israël en multipliant les échanges avec lui.

Progressivement les choses vont se gâter à Gaza et la faute en revient, entre autres, au Hamas, le Mouvement de la Résistance Islamique, qui publie une Charte ( ici ), il y a 20 ans, le 18 août 1988, dans laquelle il ne cache pas son intention de reconquérir toute la Palestine, qui comprend pour lui, outre Gaza et la Cisjordanie, tout le territoire occupé par Israël. Dans cette charte le Hamas se présente comme "un mouvement humaniste" : "il veille au respect des droits de l'homme  et se conforme à la tolérance de l'islam en ce qui concerne les disciples des autres religions : il ne s'oppose à aucun d'entre eux sinon à ceux qui lui sont ouvertement hostiles ou qui se mettent au travers de son chemin pour gêner ses mouvements ou anéantir ses efforts" (article 31).

Jusque là on pourrait penser que le Hamas est respectueux des fidèles des autres religions du Livre, encore qu'il montre le bout de l'oreille quand il menace de s'opposer à ceux qui se mettront en travers de son chemin. Il se dévoile tout entier quand il explique, dans le paragraphe suivant, à quelle condition "les religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dans la sécurité et la confiance" : "à l'ombre de l'islam" [c'est moi qui souligne] (article 31, qui reprend dans des termes identiques le même thème que celui figurant à l'article 6). Autrement dit Juifs et Chrétiens ne sont tolérables que s'ils sont soumis à l'islam. Le Hamas entend redonner en effet à l'islam toute sa place : "lorsque l'islam disparaït, tout est altéré" (article 9).

Pour le Hamas la Palestine a un rôle particulier à jouer : elle "est l'axe du globe terrestre, le point de rencontre des continents, le lieu envié par les envieux depuis l'aube de l'histoire" (article 34). "La terre de Palestine est une terre islamique waqf  [de main-morte] pour toutes les générations de musulmans jusqu'au jour de la résurrection. Il est illicite d'y renoncer en tout ou partie, de s'en séparer en tout ou partie" (article 11). Pourquoi est-ce le statut de la Palestine ? Parce que c'est le statut "de toute terre conquise par les musulmans de vive force". A mon avis, l'Espagne, qui a été conquise de vive force par les musulmans au VIIIe siècle, et libérée au XVe, devrait protéger ses arrières...

Qui se met en travers du chemin du Hamas ? Les sionistes. Le Hamas en a une conception extensive. A l'article 17, et à l'article 20, il désigne nommément les sociétés secrètes qu'ils auraient créées pour parvenir à leurs fins : la franc-maçonnerie, les clubs Rotarys et Lyons, le B'nai B'rith, les sections d'espionnage etc. Quelles sont les fins des sionistes ? "Leur plan se trouve dans "Les Protocoles des Sages de Sion" et leur conduite présente est une bonne preuve de ce qu'ils avancent" (article 31). Le Hamas affirme tout cela le plus sérieusement du monde. Alors que tout le monde sait aujourd'hui, par exemple, que "Les Protocoles des Sages de Sion" est un faux fabriqué par l'antisémite russe Mathieu Golovinski pour les besoins de la police secrète tsariste et qu'il a été utilisé ultérieurement par les nazis pour justifier leur lutte contre un prétendu complot des Juifs.

Qui d'autre se met en travers du chemin du Hamas ? Les ennemis de l'islam qui "étaient derrière la révolution française, la révolution communiste  et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là" (article 22). Je dédie tout spécialement ce passage aux différents partis, associations et syndicats de gauche, qui appelaient à manifester aujourd'hui pour soutenir le Hamas : tels qu'à Paris les Alternatifs, la LCR, le NPA (Nouveau parti anticapitaliste), le Parti communiste français, le PCOF (Parti communiste des ouvriers de France), les Verts, la CGT, la FSU, la Ligue des droits de l'homme (LDH) et l'UNEF; tels qu'à Berne le POP et les Verts. Lénine parlait déjà d'"idiots utiles"...

Que préconise le Hamas ? "Il n'y aura de solution à la cause palestinienne que par le jihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles [ c'est moi qui souligne ]. Le peuple palestinien a trop d'honneur pour dilapider son avenir, son droit et son destin en activités futiles"(article 15). Le Hamas propose donc de passer aux choses sérieuses. L'article 7 de sa charte nous explique, citation d'un hadît à l'appui, qu'un bon Juif est un Juif mort : "L'Heure ne viendra pas avant que les musulmans n'aient combattu les Juifs (c'est-à-dire que tous les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et les arbres et que les pierres et les arbres eussent dit : 'Musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi, viens et tue-le".

 

Dans ce contexte, surtout quand on sait que le Hamas se sert des femmes et des enfants de son propre peuple comme bouclier humain, pour attirer la compassion internationale quand ils meurent ou quand ils sont blessés, le passage suivant - tiré de l'article 20 de la charte du Hamas - prend tout son relief : "Le nazisme des Juifs [sic, c'est moi qui souligne] vise également les femmes et les enfants; ils terrorisent l'ensemble de la population, s'attaquent au gagne-pain des gens, pillent leurs biens et menacent leur honneur".
 

On peut ne pas approuver "l'industrie de l'Holocauste", que fustige à raison, dans son livre éponyme, Norman G. Finkelstein à propos de l'exploitation de la souffrance des Juifs. On ne peut que trouver indécente - et l'épithète est faible, sans doute trop faible - l'association de l'étoile de David et de la croix gammée, faite par le Hamas il y a 20 ans, à laquelle aujourd'hui répondent comme en écho les banderoles de manifestants pro-palestiniens.


Francis Richard

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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 09:50

Dans son édito paru dans Le Temps de ce jour ( ici ) Jean-Jacques Roth commence par dire une évidence sur le résultat de l'élection présidentielle américaine : "rien n'est joué". Puis il décrit la situation des Etats-Unis comme on les voit vu d'ici : "une Amérique malheureuse, éreintée par huit ans d'une présidence désastreuse, dont les échecs ont atteint la fierté, la confiance, le crédit, qui est aujourd'hui moins crainte par ses ennemis et moins aimée de ses amis". Il conclue cette introduction en disant que la planète "attend du choix qu'elle fera mardi prochain celui de son propre futur".

Jusque là, à part le tableau noirci de la situation des Etats-Unis, et l'influence surestimée des mêmes Etats-Unis dans le monde, l'éditorialiste du Temps est somme toute à peu près raisonnable dans ses propos. Mais c'est pour mieux délirer après : "Imaginons donc, dans ces conditions, le choc que provoquerait une victoire de John McCain et Sarah Palin. Il y aurait plus qu'un dépit politique mais le signal d'une régression formidable, à laquelle s'ajouterait le sentiment d'une injustice irréparable".

Dans l'éventualité d'une défaite d'Obama je comprends fort bien que Jean-Jacques Roth puisse être dépité, politiquement parlant : après tout c'est humain de ne pas bien supporter de voir son fantasme se dissiper. Mais employer les expressions de régression formidable et d'injustice irréparable c'est autre chose : c'est tomber dans un délire obamaniaque.

Ce que Jean-Jacques Roth appelle régression formidable c'est le retour aux valeurs traditionnelles qui ont fait la grandeur des Etats-Unis, et qu'il qualifie d'un ton méprisant de retour "aux potions conservatrices et aux divisions culturelles que représente jusqu'à la caricature son effarante colistière". Je ne pensais pas si bien dire quand, dans mon article sur Le déchaînement médiatique contre Sarah Palin , j'avais décelé, derrière ce déchaînement, des attaques dirigées davantage contre les valeurs que contre l'incompétence présumée de la gouverneur de l'Alaska. Pourtant les pays qui s'en sortent le mieux savent concilier tradition et modernité.

Ce que Jean-Jacques Roth appelle injustice irréparable c'est "le rejet" que signifierait l'élection de John McCain : "Moins que le programme politique de Barack Obama, c'est l'homme et ce qu'il incarne que les Américains choisiraient d'écarter". Si je comprends bien Jean-Jacques Roth, il serait injuste de ne pas voter pour Obama parce que, parlons crûment, Obama est le "premier candidat noir" - ce qui, à strictement parler, est d'ailleurs inexact. Il ne serait pas possible de rejeter Obama en raison de son programme, qui, pourtant, sur le seul plan économique, serait aussi catastrophique que le New Deal du président Roosevelt  comme je le montre dans mon article Avec l'élection d'Obama une grande dépression économique est en vue  .

Jean-Jacques Roth, et ses semblables, ont une curieuse façon de traiter les valeurs et les opinions politiques de ceux qui ne pensent pas comme eux. Faute d'argumenter ils préfèrent les disqualifer par le langage. Faute d'argumenter ils préfèrent invoquer "un rêve", "une espérance", c'est-à-dire une inconsistance sur laquelle la raison ne puisse pas avoir de prise. Quand leurs contradicteurs ne veulent pas les suivre dans leur délire, ils disent que c'est injuste, comme l'enfant à qui on refuse un caprice.

Francis Richard

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 09:30

Barack Obama (photo provenant de Wikipedia ici) a orienté l'essentiel de sa campagne sur l'économie. Il l'a fait avant que la crise financière de cet automne ne se déclenche. Ce qui lui a donné un avantage sur John McCain qui ne s'en est inquiété que dans les derniers temps : du coup d'ailleurs il est remonté dans les sondages. Parce que l'économie est devenue un des principaux sujets de préoccupation des électeurs américains.

Si l'on se rend sur le site du candidat démocrate, on ne peut qu'être frappé par le nombre d'interventions de l'Etat qui figurent à la rubrique "economy" ( ici ) et qui correspondent à plus de 180 programmes. Autant de promesses électorales qu'il faudra bien financer d'une manière ou d'une autre, sachant que le déficit du budget est d'ores et déjà de l'ordre de 1'000 milliards de dollars, déficit auquel sera confronté le vainqueur de l'élection américaine quel qu'il soit.

Le plan économique d'Obama commence par une aide d'urgence de 1'000 $ aux familles américaines pour payer leurs factures : 50 milliards de dollars, qui seraient prélevés sur les profits excessifs des compagnies pétrolières (d`où une augmentation du carburant et une réduction de l'exploration et de la production voir mon article La baisse du prix du pétrole après la hausse ? ). Cela continue par un crédit d'impôt de 500 $ par personne qui travaille (1'000 $ par famille) : 150 millions de travailleurs seraient concernés et cela se traduirait par l'exonération d'impôt de 10 millions de personnes. Cela continue encore, entre autres, avec l'exonération d'impôt de 7 millions de personnes âgées qui gagnent moins de 50'000 $ par an.

Selon l' Urban Institute and Brookings Institution's Tax Policy Center (TPC) ( ici ) ces premières mesures représenteraient un coût de 1'320 milliards sur les 10 prochaines années.

Toujours selon le TPC, les subventions en matière d'assurance-maladie basée sur le revenu, l'extension de l'admission à Medicaid et les crédits d'impôts accordés aux micro-entreprises représenteraient au total un coût supplémentaire de 1'630 milliards de dollars, toujours sur les dix prochaines années.

Le National Taxpayers Union Foundation (NTUF) ( ici ) a compilé les 176 autres programmes de dépenses et cadeaux fiscaux du candidat Obama. Il n'a réussi à en chiffrer que 77 d'entre eux. Le NTUF estime à 1'400 milliards de dollars le coût de ces 77 programmes sur les 10 prochaines années.

Au total le coût des promesses d'Obama est au bas mot de l'ordre de 4'250 milliards de dollars sur dix ans, soit de 425 milliards de dollars par an. Qui va payer ? Les riches bien entendu (voir la rubrique "fiscal" du site de Barack Obama ici ). Seulement il ne parviendra à lever auprès d'eux que 30 à 35 milliards par an, en les étranglant davantage. Il faut savoir en effet qu'aux Etats-Unis, en 2006, selon le Joint Tax Committee ( ici ), 60% des contribuables, ayant un revenu inférieur à 50'000 dollars, payaient moins de 1% de l'impôt sur le revenu et que les 3,3% des contribuables ayant un revenu de plus de 200'000 dollars en payaient 58%.

Obama compte donc en fait sur les entreprises pour compenser. Il compte particulièrement taxer les entreprises qui échappent à l'impôt et s'attaquer aux paradis fiscaux. Seulement Obama aura du mal à taxer davantage les entreprises maintenant que leurs bénéfices sont en chute libre et que les distributions de dividendes se réduisent.

Obama compte également sur une réduction des dépenses de l'Etat et notamment sur le retrait des troupes américaines d'Irak. Mais il semble fonder de plus gros espoirs sur la taxation de l'énergie qui touchera tout le monde et, dans une moindre mesure, sur les droits à polluer que devraient acquitter les entreprises.

Parallèlement aux hausses d'impôts, Obama projette de revoir les clauses de libre-échange avec le Mexique et le Canada dont il estime que les bienfaits sont surestimés. Il compte faire en sorte que les échanges avec ces pays bénéficient aux travailleurs américains. Autrement dit il envisage de pratiquer un certain protectionnisme.

Une centaine d'économistes américains parmi les plus prestigieux (dont 5 prix Nobel : Gary Becker, James Buchanan, Robert Mundell, Edward Prescott, Vernon Smith) ont lancé un appel le 8 octobre dernier. Ils mettent en garde les électeurs américains contre les mesures envisagées par Obama (voir le site de John McCain ici ):

"Elles réduiraient la croissance et diminueraient le nombre d'emplois aux Etats-Unis. De plus, dans une économie américaine affaiblie par la crise financière, l'effondrement de l'immobilier et les hauts prix de l'énergie, ses propositions feraient courir un grand risque de plonger l'économie dans une profonde récession. Ce sont exactement ces mêmes mesures malencontreuses de hausse des impôts et de protectionnisme, prises au début des années 1930, quand l'économie américaine était fragile, qui ont lourdement accentué la sévérité de la Grande Dépression". (traduction effectuée par libres.org ici ).

Il n'y aurait donc pas vraiment de quoi se réjouir de l'élection de Barack Obama. Dieu nous en préserve !

Francis Richard

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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 16:30

Le 29 août Sarah Palin, gouverneur républicain de l'Alaska depuis le 7 novembre 2006, a été choisie par John McCain, lors la Convention républicaine, pour être sa colistière à l'élection présidentielle américaine. Dès ce jour-là les média quasi unanimement se sont déchaînés contre cette nouvelle venue sur le devant de la scène internationale. Ce qui est de bon augure. Elle ne peut donc pas être complètement mauvaise.

Ce déchaînement médiatique m'a rajeuni. Je me suis cru revenu vingt-huit ans en arrière quand Ronald Reagan s'est présenté aux suffrages pour être élu Président des Etats-Unis. Les média, qui n'ont décidément pas beaucoup changé, soulignaient alors que Ronald Reagan était un acteur de série B, qu'il n'avait aucune compétence pour occuper la fonction suprême. Les faits leur ont apporté un démenti cinglant et ... réjouissant.

Aujourd'hui les média soulignent avec gourmandise qu'elle a été première dauphine de Miss Alaska et qu'elle n'est pas bien à l'aise en leur présence - évidemment elle n'est pas de leur monde -, bref que, si elle a encore un joli minois, la quarantaine passée, elle a un petit pois à la place du cerveau et qu'elle n'a donc aucune compétence pour occuper la Vice-Présidence. Compte tenu du précédent, j'aurais tendance à penser que les médias se trompent une fois de plus.

Ce déchaînement a redoublé avec le discours que la candidate a prononcé le 3 septembre lors de la Convention républicaine ( ici en version orale et ici en version écrite). Il faut dire que, dans ce discours, elle dit fermement tout ce que les média ne supportent pas d'entendre de la part d'une femme de notre époque, dont ils ont une image stéréotypée et féministe, qui ne colle évidemment pas avec cette femme représentative de l'Amérique profonde, une Amérique qu'ils détestent ...profondément, obsessionnellement comme dirait le regretté Jean-François Revel.

Le ton est donné dès le début de ce discours : "J'accepte d'être aux côtés de celui qui a été nommé candidat pour être président afin de servir et de défendre l'Amérique. Et j'accepte le défi d'une  lutte âpre contre des adversaires confiants à une heure cruciale pour notre pays. Et j'accepte le privilège de servir avec une homme qui s'est sorti de missions plus dures, qui a relevé de bien plus sérieux défis, qui sait comment d'âpres luttes sont gagnées, le prochain président des Etats-Unis, John S. McCain".

Après avoir fait l'éloge de ce dernier, qui a porté l'uniforme pendant 22 ans, et a toujours eu foi dans les soldats américains envoyés en Irak, elle se décrit dans des termes à faire frémir l'intelligentsia : "En tant que mère d'un de ces soldats, c'est exactement le genre d'homme que je souhaite comme commandant en chef. Je suis juste une de ces nombreuses mères qui diront une prière supplémentaire chaque nuit pour nos fils et nos filles en danger. Notre fils, Track, a 19 ans. Et, dans une semaine demain, le 11 septembre, il se déploiera en Irak, avec l'Armée de terre, au service de son pays".

Pis. Elle est mère de famille nombreuse, 5 enfants, dont le cinquième est né cette année: "Nous avons été bénis en avril. Todd (son mari) et moi avons accueilli au monde notre petit dernier, un tout à fait ravissant petit garçon prénommé Trig". Il faut savoir que le petit Trig est né trisomique, que sa maman l'a su avant sa naissance et qu'elle n'a pourtant pas avorté, comme toute femme digne de ce nom (pour les média) l'aurait fait. Il faut savoir également que sa fille de 17 ans, Bristol, est enceinte et qu'elle gardera également son enfant. Cette famille pro-vie, donc détestable aux yeux des média, est conséquente avec elle-même.

Cela fait 20 ans qu'elle connaît son Todd de mari qui est "une histoire à lui tout seul. Il a une longue vie de pêcheur professionnel et d'agent de production sur les champs de pétrole du North Slope, en Alaska, et de fier membre du Syndicat des travailleurs de l'acier. Il est également champion du monde de motoneige. Ajoutez à cela qu'il a des ancêtres esquimaux. Ce qui fait un sacré package. Nous nous sommes rencontrés au lycée. Deux décennies et cinq enfants plus tard, il est toujours mon homme". En plus elle est fidèle et n'est même pas divorcée...

Elle fait l'éloge des petites villes, c'est-à-dire de l'Amérique profonde, détestée par les média etc. Les habitants de ces villes "sont ceux qui font une partie du travail le plus dur en Amérique, qui font pousser notre nourriture, qui dirigent nos usines, et font nos guerres. Ils aiment leur pays dans les bons et les mauvais moments, et ils sont toujours fiers de l'Amérique." Cette femme inexpérimentée, et incompétente, avant d'être gouverneur de l'Alaska, comme Reagan l'a été de la Californie, a été maire d'une de ces petites villes : l'abomination de la désolation ! Ma chère, elle n'a même pas vécu à Washington ou à San Francisco !

Sa conception de la vie politique est exécrable : "Les Américains espèrent que nous allons à Washington pour une juste cause et non pas pour nous mêler à des gens bien comme il faut. La politique n'est pas un jeu de fêtes dissonantes et d'intérêts concurrents. La juste cause est de défier le statu quo, de servir le bien commun, et de laisser la nation en meilleur état que nous ne l'avons trouvée".

En Alaska, cette femme incompétente a réduit les impôts : "Je suis venue à ce poste en promettant de contrôler les dépenses, sur demande si possible, par veto si nécessaire". Et elle a mis ce programme à exécution. Entre autres, elle a l'outrecuidance de critiquer sur ce point Obama : "L'Etat est trop grand. Il veut l'accroître. Le Congrès dépense trop d'argent, il promet de le faire davantage. Les taxes sont trop élevées, et il veut les augmenter. Ses augmentations d'impôt sont en petits caractères dans son programme économique."

J'ose à peine vous dire ce qu'elle pense du réchauffement climatique. La malheureuse ne croit pas plus que Marcel Leroux ou Jacques Lévy, et bien d'autres qui n'ont pas droit à la parole, que l'homme en soit responsable par ses émissions de CO2 (voir mes articles Mort du climatologue dissident Marcel Leroux  et La note discordante de Jacques Lévy sur le réchauffement  ). Cette hockey mom est décidément insupportable. 

Aussi les média, et les Démocrates, cherchent-ils à attacher des casseroles à ses basques. Dans un premier temps ils semblent y parvenir. Dans un second ces casseroles n'apparaissent que ce qu'elles sont : des baudruches qui se dégonflent. Il y a de fortes chances pour que ces tentatives pitoyables se retournent contre leurs instigateurs, qui trouvent, pour leur honte, des relais complaisants dans nombre de journaux européens.

Francis Richard


Le discours intégral en VO de Sarah Palin à la Convention républicaine :

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 16:10

Dans une chronique du Figaro du 2 septembre ( ici )Jean d’Ormesson joue au petit jeu de l’amalgame et des parallèles trompeurs. A sa manière – académique – il met dans le même panier les trois plus grandes puissances du moment : Etats-Unis, Chine et Russie, qui ont également dominé les derniers Jeux olympiques. C’est bien connu : c’est le propre des nains de faire un complexe vis-à-vis des géants.

Il parie sur l’élection de John Mc Cain aux Etats-Unis. Mais cela ne semble pas lui faire immensément plaisir parce cette élection sera le fait d’ « une Amérique conservatrice et inquiète, assoiffée de sécurité ». Il n’a sans doute pas tort en faisant ce pronostic, mais c’est un peu court vieil homme…

Pour appuyer sa démonstration il affirme que John Mc Cain « aura été aidé en tout cas par ce qui s’est passé cet été en Chine et en Russie. Que s’est-il donc passé ? Disons les choses en un mot : un nationalisme appuyé sur l’armée a fait retour avec une force assez terrifiante dans ces deux anciennes citadelles du communisme international ».

Le parallèle est hardi. Car d’un côté la Chine est restée communiste et a maté une rébellion dressée contre son oppression au Tibet. De l’autre, après près de trois quarts de siècle de communisme, la Russie est devenue une démocratie – certes imparfaite, mais existe-t-il des démocraties parfaites ? – et elle est intervenue suite à une agression du « nationalisme appuyé sur l’armée » de la Géorgie (voir mon article La folle fuite-en-avant de Saakachvili l'oblige à faire marche-arrière ).

Jean d’Ormesson prétend que « la démocratie n’est pour elles (la Chine et la Russie) qu’un alibi commode et un mot sans signification ; elles s’arrangent pour faire taire leurs adversaires d’une façon ou d’une autre et sans le moindre scrupule dès qu’ils semblent constituer un danger pour le régime ». Il veut nous faire croire que la situation est la même dans les deux pays, alors qu’il est visible que la Russie évolue – peut-être pas assez vite – tandis que la Chine reste figée.

Que les EU et l’UE soutiennent quasi inconditionnellement la Géorgie ne fait pas d’elle une blanche colombe de la paix. Que les pays baltes et la Pologne aient peur du grand méchant ours, ennemi de toujours, ne signifie pas que la Russie ait les visées expansionnistes qu’ils lui prêtent. Or Jean d’Ormesson se risque à un second parallèle tout aussi trompeur que le premier.

Jean d’Ormesson compare en effet la crise géorgienne de l’été 2008 à celle des Sudètes de 1938 : « C’est pour venir au secours des Allemands opprimés par une Tchécoslovaquie à laquelle ils étaient rattachés depuis la fin de la Première Guerre mondiale que le IIIe Reich a réclamé le territoire des Sudètes ».

Le seul vrai parallèle entre ces deux crises est que 1es deux ont eu lieu une année se terminant par un 8. Autrement les différences sautent aux yeux. Les Sudètes avaient certes été arbitrairement rattachés à la Tchécoslovaquie comme l’Ossétie du Sud l’a été par le géorgien Staline à la Géorgie, mais ils n’avaient pas conquis leur indépendance 15 ans plus tôt et les troupes tchécoslovaques n’étaient pas intervenues militairement pour les faire rentrer dans le rang. Jean d’Ormesson ne peut l’ignorer.

C’est pourquoi il prend tout de même la précaution de dire que « l’histoire ne se répète pas et (que) personne ne fera croire que le président Dmitri Medvedev soit un nouveau Hitler ». Mais il « voudrait être certain que les événements de Géorgie ne sont pas le signe annonciateur d’une longue série de crises destinées à faire sortir la Russie de la situation diminuée où l’a précipitée l’implosion du communisme ».

Il n’y a jamais de certitude en matière de frontières. L’histoire est pleine de redéfinitions de frontières à travers le temps. Il est seulement certain que, quand elles sont mal dessinées, elles sont la cause de guerres qu’il vaudrait mieux  pourtant éviter. En tout cas, ne sont pas en mesure de les éviter les Nations Unies qui, selon Ormesson, sont « seules habilitées à décider de l’accession à la dignité d’Etats souverains des régions tentées par l’indépendance ». L’exemple du Kosovo est la preuve du contraire puisque leurs résolutions n’ont pas été appliquées par la communauté internationale.

Après une période de déclarations intempestives l’UE est revenue à de meilleures dispositions à l’égard de la Russie (voir mon article Les E.U. et l'U.E. ont perdu leur intégrité morale face à la Russie ). Elle se différencie des EU qui restent va-t-en guerre. Elle a compris sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merckel que la meilleure façon de préserver la paix n’était pas de se montrer agressive, mais de montrer à son interlocuteur russe quels étaient les intérêts réciproques de l’UE et de la Russie. La Russie a beaucoup à perdre à se priver des débouchés européens, l’UE a beaucoup à perdre à se priver des approvisionnements énergétiques russes.

De même que les échanges permettent de faire évoluer les mentalités de ceux qui les pratiquent – la Chine ne pourra pas indéfiniment conserver un régime en contradiction avec le « capitalisme effréné » que Jean d’Ormesson fustige – de même ils sont le meilleur frein qui puisse être apporté à ce que Jean d’Ormesson appelle le nationalisme conquérant.

Francis Richard

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 21:00
Ces jours les Etats-Unis et l'Union européenne ont tous l'expression d'intégrité territoriale à la bouche. Les mêmes, il y a un peu plus de six mois, trouvaient tout à fait normal que la Serbie soit amputée de sa province du Kosovo et se félicitaient que son intégrité territoriale soit remise en cause.

Après tout les Serbes n'avaient qu'à s'en prendre à eux-mêmes. Ils s'étaient laissé envahir au cours des dernières siècles, à la faveur de la conquête turque, par des Albanais, qui avaient fait souche et s'étaient multipliés, et avaient laissé le champ libre à ces derniers sur une terre ingrate où se trouvaient pourtant les plus beaux de leurs monastères, témoignages magnifiques de l'Eglise orthodoxe serbe.

En effet les Serbes étaient encore majoritaires au XVème siècle au Kosovo au moment où l'Empire ottoman s'en est entièrement emparé. C'est à la fin du XVIIème siècle et au début du XVIIIème que le rapport de forces entre Serbes et Albanais s'est définitivement inversé avec la migration serbe vers l'Autriche devant la nouvelle conquête turque.

Quelques chiffres montrent qu'au XXème siècle l'immigration albanaise, et son évolution démographique, ont fini de l'emporter sur la minorité serbe : sur 790'000 habitants en 1945, 68% sont Albanais et 24% Serbes; sur 1'600'000 habitants en 1981 77% sont Albanais et 13% Serbes; sur 2'000'000 habitants en 2003 87% sont Albanais et 8% Serbes.

C'est donc en vertu de cette évolution démographiques que les EU et l'UE ont décidé de reconnaître l'indépendance du Kosovo autoproclamée par le parlement kosovar le 17 février 2008, en transgression de la résolution 1244 des Nations Unies, c'est-à-dire en violation du droit international. C'est en vertu du même droit international que les indépendances, reconnues le 25 août par la Russie, de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, sont condamnées par les EU et l'UE, qui entendent cette fois maintenir coûte que coûte l'intégrité territoriale de la Géorgie.

Or prenons l'exemple de l'Ossétie du Sud. Après avoir été annexée en 1801, en même temps que la Géorgie, par la Russie, l'Ossétie du Sud est autonome depuis 1921, tout en étant rattachée à ce moment-là à la Géorgie. Après l'effondrement de l'Union soviétique, en 1991, l'Ossétie du Sud conquiert son indépendance, proclamée le 19 janvier 1992, à l'issue d'une guerre victorieuse contre la Géorgie. Peuplée de deux tiers d'Ossètes et d'un quart de Géorgiens, l'Ossétie du Sud vote son indépendance en 2006 lors d'un référendum où le oui l'emporte par 98% des suffrages.

Le destin de l'Abkhazie est parallèle à celui de l'Ossétie du Sud. La Russie l'a conquise à la moitié du XIXème siècle. L'Abkhazie est autonome depuis 1930, tout en étant rattachée à la Géorgie. Après l'effondrement de l'Union soviétique, elle proclame son indépendance en juillet 1992. A l'issue d'un conflit avec la Géorgie qui ne veut pas se laisser déposséder, un cessez-le-feu est signé en 1994. Une grande partie des Géorgiens qui habitent l'Abkhazie la quittent alors pour la Géorgie.

Toutes les images des télévisions occidentales - largement anti-russes pourtant - montrent que les populations abkhaze et ossète ont accueilli dans la liesse la reconnaissance de leur indépendance par la Russie. Suivant les circonstances, autrement dit quand ça les arrange, les EU et l'UE acceptent de violer le droit international, ils se proclament pour la liberté des peuples ou ils défendent l'intégrité territoriale de pays dont les frontières sont mal dessinées.

Les palinodies des EU et de l'UE les déshonorent. Ils ne sont plus crédibles. Ils se présentent comme les chevaliers blancs de la planète, comme des parangons de vertu, alors que leurs principes sont à géométrie variable. Parce que le président Saakachvili leur mange dans la main, ils n'ont pas de mots trop forts contre la Russie, dont ils craignent la concurrence, et prennent parti pour l'agresseur contre le défenseur. Car il ne faut pas oublier que c'est la Géorgie l'agresseur dans cette affaire, même si son président ose parler de guerre préventive pour se justifier a prosteriori (voir mon article La folle fuite-en-avant de Saakachvili l'oblige à faire marche-arrière  ).

Si ce n'était déjà fait, les Etats-Unis et l'Union européenne ont perdu leur intégrité morale face à la Russie. Et c'est pitoyable.

Francis Richard

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 20:30

Dans la nuit du 7 au 8 août les troupes géorgiennes attaquent l’Ossétie du sud. Le président de la Géorgie, Mikheil Saakachvili, compte sur l’ouverture des JO de Pékin pour bénéficier d’un effet de surprise. Il pense naïvement que Moscou ne réagira pas, Poutine se trouvant loin du théâtre des opérations et Medvedev n’ayant pas forcément la même trempe que son premier ministre. Il se trompe.

Contesté dans son pays où il n’a recueilli que 52% des suffrages à l’élection présidentielle en janvier de cette année, et encore en se livrant à des tripatouillages électoraux, Saakachvili croit pouvoir redorer son blason et obtenir qu’une union nationale se forme derrière lui en se lançant maintenant dans une guerre aventureuse. Encore une fois il se trompe.

Certes le pays tout entier est bien derrière lui, mais au lieu de redorer son blason, cette guerre montre à l’envi qu’il est un chef d’Etat velléitaire et sans aucune vision. Gouverner c’est prévoir. Il ne prévoit pas que la réaction de la Russie sera aussi rapide et aussi victorieuse. Encore une fois il se trompe.

Il fait partie du camp « occidental » – pour la seule et mauvaise raison qu’il s’oppose à la Russie – et s’est rapproché des Etats-Unis et de l’UE. Il a le soutien de Bush. Il n’aura peut-être pas celui de son successeur. Il pense avoir le soutien unanime des membres de l’UE. Certes la Pologne et la Suède, ennemies héréditaires de la Russie, ont des mots très durs envers cette dernière, mais les autres pays adoptent une attitude prudente. Sur l’UE, et sur son président en exercice, encore une fois il se trompe.

Le président Saakachvili, après la riposte meurtrière russe, parle de folie de la guerre qu’il a lui-même déclenchée. Il n’est pas crédible. Il joue le rôle de l’agresseur agressé. Le président Bush n’ose pas parler d’agression de la part de la Russie, même si son représentant à l’ONU emploie le mot, mais il parle tout de même de riposte disproportionnée, comme s’il existait un étalon de la riposte à une guerre d’agression au cours de laquelle des dizaines de villages ossètes sont rayés de la carte en une heure de temps.

Les Etats-Unis, de même que 44 autres pays de la planète, sont mal placés pour donner des leçons à la Russie. En effet ils ont tous reconnu l’indépendance du Kosovo, qui fait réellement partie intégrante de la Serbie, même si ses habitants serbes, à la faveur d’une immigration massive d’origine albanaise, se retrouvent aujourd’hui minoritaires dans cette province où se situent les plus beaux monastères serbes.

L’Ossétie du sud est intégrée à la Géorgie en 1922 par un Géorgien célèbre, un nommé Staline, qui lui accorde l’autonomie, car il sait très bien que ses habitants n’ont rien à voir avec les Géorgiens. C’est pourquoi d’ailleurs, à la faveur de l’effondrement de l’Union soviétique, les Ossètes font sécession de la Géorgie, après que celle-ci, devenue indépendante en 1991, veut supprimer l’autonomie dont cette enclave hétérogène jouit depuis des décennies.

Les Etats-Unis sont encore plus mal placés que les autres pour donner des leçons à la Russie et condamner les bombardements russes sur Gori et Tbilissi. Ils oublient que, sans mandat spécifique de l’ONU, à la tête de leurs alliés de l’OTAN, ils bombardent Belgrade en 1999, pour contraindre la Serbie à refluer du Kosovo, où elle a envoyé ses troupes, et ils n’y vont pas avec le dos de la cuiller pour faire plier Milosevic.

Au contraire de l’imprévoyant Saakachvili, Medvedev et Poutine – les Russes sont excellents joueurs d’échecs – ont prévu parmi leurs hypothèses que le président géorgien pourrait péter les plombs et qu’alors le compte à rebours se déclencherait pour lui. Ils cesseront les hostilités sans doute rapidement maintenant – il faut savoir arrêter une guerre – quand ils seront assurés d’avoir toutes les pièces dans leur jeu pour imposer une paix à leur avantage.

Francis Richard

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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 21:50
Comme un certain nombre d'internautes j'ai vu, sur You Tube ( ici ) la vidéo de la RCN, la chaîne de télévision colombienne, sur l'opération Jaque qui a permis le 2 juillet dernier à l'armée colombienne de libérer 15 otages, dont Ingrid Betancourt.

Il est vrai qu'on y voit un des participants à cette opération portant un dossard frappé de l'emblème de la Croix-Rouge. Le montage des images accrédite la thèse que l'équipe de libération a été filmée avant l'opération. Mais il est très possible, et plus plausible, qu'elle ait été filmée une fois le coup réussi, histoire d'honorer le succès des participants à l'opération.

Il semble en effet que l'ordre chronologique soit assez confus. Du moins dans la version que j'ai vue. L'équipe est d'abord filmée, puis les otages font éclater leur joie dans l'hélicoptère quand ils apprennent qu'ils ont retrouvé le chemin de la liberté, puis on passe à la peinture en blanc des hélicoptères qui ont servi à l'opération etc.

Admettons toutefois que l'utilisation de l'emblème de la Croix-Rouge ait été préméditée par l'armée colombienne, comme se demande 24 Heures du 5 août ( ici ). Dans l'absolu je ne vais pas dire que c'est bien. En effet la neutralité et l'indépendance de la Croix-Rouge sont garanties par les Conventions de Genève, dont la Suisse est la dépositaire, et il est important que, quand il y a une guerre, les belligérants puissent se fier aux porteurs de cet emblème qui ne peuvent être en aucun cas des soldats en action.

A la mi-juillet, quand il a été la première fois question de l'utilisation de l'emblème de la Croix-Rouge on a parlé de "crime de guerre" et de "délit de perfidie", en se référant aux Conventions de Genève. Or pour qu'il y ait "crime de guerre" et "délit de perfidie", encore faut-il qu'il y ait guerre. Or, sous couvert d'action révolutionnaire, les FARC sont surtout des mafieux, qui pratiquent l'enlèvement, l'extorsion de fonds, le trafic de drogue, et exercent des menaces terroristes.

Dans le relatif les choses apparaissent donc moins tranchées. S'il n'y a pas guerre, il ne peut y avoir ni "crime de guerre", ni "délit de perfidie". Comme le rappelle d'ailleurs fort justement Renaud Malik dans Le Matin Online du 17 juillet ( ici ), "l'usage perfide de la croix rouge constitue un crime de guerre lorsqu'il entraîne la mort ou des blessures graves". Est-ce le cas ? Non, puisque l'opération s'est déroulée sans aucun bobo. On a même prétendu que tout y était comédie, d'un bout à l'autre, parce que c'était trop beau pour être vrai. Faudrait savoir...

Dans une chronique datée du même 17 juillet Pascal Décaillet s'interroge ( ici ): "Si cet expédient était le seul, fallait-il y renoncer, et laisser mourir l'otage (Ingrid Betancourt) aux mains des FARC ?". Pour ma part je m'interroge sur le pourquoi de cette campagne médiatique. Je ne suis pas sûr, connaissant les média que ce soit pour nous faire connaître la vérité. Ne serait-elle pas plutôt destinée cette campagne à ternir l'image du président Uribe parce qu'il est en train de mettre à genoux des terroristes de la pire espèce, ce qui doit bien déplaire à ceux qui n'ont d'yeux que pour eux ?

Francis Richard  

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 09:45
Dès l'"arrestation" de Radovan Karadzic j'ai écrit que je n'avais pas une bonne impression de la traduction de ce dernier devant le TPIY ( voir mon article Quelques considérations suite à l'arrestation de Radovan Karadzic  ). Cela tourne maintenant au malaise. En effet je pense que quand on veut être crédible il est important de respecter au moins les règles du jeu. Le gouvernement serbe actuel et le TPIY n'en donnent pas l'impression.

Dès le départ le cas est mal engagé. Radovan Karadzic a-t-il été enlevé ou a-t-il été arrêté ? La question est d'importance. La Serbie prétend être un Etat de droit. A-t-elle respecté les droits de Radovan Karadzic ? Car, fût-il reconnu coupable à l'issue de son procès, Radovant Karadzic a des droits, et notamment celui d'être présumé innocent. Ce que tout le monde a tendance à oublier.

L'avocat de Radovan Karadzic affirme que son client a été "arrêté" le 18 juillet et le gouvernement serbe qu'il l'a été le 21 juillet. Si son avocat a raison, que cherche à cacher le gouvernement ? Qu'a-t-il fait de son prisonnier pendant ces trois jours ? 

Pour retarder le "transfèrement" de Radovan Karadzic, son avocat a fait recours au dernier moment par voie postale. Le mardi 29 juillet, ce recours n'était pas arrivé au tribunal. Le soir même avait lieu la manifestation de soutien à Radovan Karadzic. Plus personne ne parle de ce reours sur lequel le tribunal avait trois jours pour statuer. Pourquoi ?

La manifestation de soutien s'est terminée par des heurts violents. Au petit matin qui a suivi, Radovan Karadzic, en catimini, a été transféré à La Haye. Pourquoi cette précipitation du gouvernement serbe ? Craignait-il que la présence du célèbre fugitif finisse par retourner la population contre lui ? Là encore les droits de ce dernier ont-ils été conservés ?

Enfin, lors de sa comparution initiale, que j'ai vue en direct sur Euronews, le jeudi 31 juillet, Radovan Karadzic a voulu s'exprimer, mais le président du tribunal l'en a empêché pour des raisons de procédure. Quand c'est au détriment de l'accusé pourquoi devient-on soudain aussi formaliste ?

Il y a deux points sur lesquels l'accusé voulait s'exprimer : l'accord qu'il prétend avoir conclu avec les Etats-Unis et qui devait le soustraire au TPIY, les conditions illégales de son arrestation, qui d'ailleurs selon lui serait plutôt un enlèvement. Le premier point fait heureusement maintenant l'objet d'un débat ( voir ici l'information publiée par 24 Heures ).

La déclaration de Radovan Karadzic tenait sur quatre feuillets. C'était tout au plus une affaire de dix minutes de lecture lente. Seulement, ne fallait-il pas, par tous les moyens, mêmes légaux, l'empêcher de s'exprimer sur ces deux sujets brûlants ? D'un côté, pour des raisons de transparence le TPIY a voulu que cette première séance soit publique et retransmise par les télévisions, de l'autre il a choisi l'opacité en refusant à l'accusé de parler de deux sujets apparemment tabous.

Tout cela commence sous de bien mauvais auspices. Et cela n'augure rien de bon pour tous ceux qui comme moi aimeraient bien que vérité soit faite.

Francis Richard 

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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