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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 07:20

BoukovskyQuand je lis dans L'Hebdo de cette semaine qu'une personnalité médiatique comme Ernesto Bertarelli, récent créateur de Ares Life Sciences, pense que la Suisse doit adhérer à l'Union européenne, alors que le bâteau coule, je me dis que c'est le moment de faire une piqûre de rappel du livre du dissident soviétique Vladimir Boukovsly , L'Union européenne, une nouvelle URSS ?, paru il y a cinq ans aux Editions du Rocher ici et disponible ici.

 

Que dit en effet Bertarelli, le barreur d'Alinghi, le perdant de l'America's Cup ?

 

"Fondamentalement, notre avenir à long terme est dans l'Union européenne et sa construction." ici

 

Nicolas Hayek, président de Swatch Group, dans le même numéro de L'Hebdo, plus réticent, pose tout de même la question :

 

"L'UE ne devrait-elle pas se focaliser sur une réelle intégration de ses Etats, comme l'a fait la Suisse ?" ici

 

Sous-entendu : à ce moment-là il serait possible d'y adhérer. 

 

Un sondage réalisé par M.I.S. Trend, Sophia 2010, publié dans les dernières pages de l'hebdomadaire romand ici, montre que seuls 30% de la population suisse trouvent qu'il serait temps de rouvrir le dossier de l'adhésion du pays à l'Union européenne, tandis que 44% des leaders romands y seraient favorables.

 

On retrouve donc en Suisse, comme dans l'Union européenne, le clivage entre élite et population... avec cette différence qu'ici, pour le moment encore, le peuple a le dernier mot, alors que l'on se passe de son avis dans les pseudo-démocraties européennes, comme l'adoption du Traité de Lisbonne l'a amplement démontré, les Irlandais ayant d'ailleurs été cocufiés comme on sait.

 

Vladimir Boukovsky commence très fort. Le nazisme a été éradiqué grâce à l'exigence d'une reddition inconditionnelle de l'Allemagne hitlérienne. Il n'en a pas été de même avec le communisme, qui, lui, n'a pas été extirpé de Russie :

 

"Après dix ans de tentatives hésitantes de réformes, il [le KGB] a repris le pouvoir et n'a pas été long à rétablir son autorité sur l'ensemble du pays".

 

Boukovsky donne cet exemple, parmi d'autres, de cette reprise en main :

 

"L'Etat n'hésite pas [...] à détruire un grand groupe industriel comme Ioukos et à emprisonner pendant des années son président, officiellement pour recouvrer des impôts impayés, mais en réalité pour renationaliser ses principaux actifs au profit des proches du Kremlin."

 

Le président en question, Khodorkovski, est le héros - avec la Russie - du livre de Catherine Lovey, dont j'ai parlé sur ce blog [voir mon article "Un roman russe et drôle" de Catherine Lovey ]...

 

Les similitudes que relève Boukovsky entre l'Union européenne et l'URSS font de la première un véritable clone de la seconde [voir aussi mon article Le dissident russe Vladimir Boukovsky à l'Université d'Aix-en-Provence ] :

 

- "dès qu'un pays se rebelle contre le socialisme ambiant, il est voué aux gémonies" [ce fut le cas de l'Autriche en 2000].

 

- l'équivalent du Poliburo est la Commission, composée de membres non élus qui doivent suivre une certaine ligne [le commissaire italien Buttiglione, accusé de sexisme et d'homophobie, a dû renoncer en 2004].

 

- le Parlement européen, sans pouvoir réel, est comparable au Soviet suprême.

 

- comme la Russie était prédominante sur les autres républiques soviétiques qui étaient pourtant ses égales, parmi les Etats membres, tous égaux en principe, il y en a qui sont plus égaux que d'autres [la France et l'Allemagne par exemple si on les compare à la Grèce et au Portugal... comme on l'a vu encore récemment]. 

 

- l'arrêt de l'élargissement de l'Union soviétique a juste précédé sa chute ; elle devait s'élargir au monde entier ; l'Union européenne a la même soif d'élargissement, qui ne se base pas sur des critères "civilisationnels", mais idéologiques.

 

- aux "libertés de faire" se substituent dans les deux cas des "droits d'obtenir". 

 

- la liberté d'expression y est sélective : "on peut être condamné à juste raison si l'on nie les crimes de Hitler. En revanche, et pour une raison qui m'échappe, on reste libre de considérer Staline, Mao Zedong ou Pol Pot comme de charmants bienfaiteurs de l'humanité et de le proclamer partout".

 

- la corruption règne au niveau des Etats européens et des institutions européennes à la faveur d'attribution de marchés ou de redistribution d'aides, comme en URSS où s'opérait une redistribution massive de la richesse.

 

Ces similitudes ne sont pas le fruit du hasard.

 

Boukovsky rappelle qu'au XXème siècle deux socialismes rivalisent, dont le but final est le même, mais qui divergent sur les moyens d'y parvenir :

 

- les socialistes et les socio-démocrates qui veulent instaurer le socialisme par les réformes.

- les communistes qui veulent l'instaurer par la révolution.

 

En parcourant les archives soviétiques et notamment celles relatives à Gorbatchev, Boukovsky a découvert les connivences qui existaient entre les premiers et les seconds pour sauver ce qui pouvait l'être des seconds, sous couvert d'instaurer une "maison commune européenne".

 

Tel quel, ce vaste programme a heureusement échoué dans la plupart des pays de l'est européen, parce que les populations ne voulaient plus entendre parler de socialisme sous quelque forme que ce soit. Mais, débarrassés de l'hypothèque soviétique par la chute du régime il y a 20 ans, les socialistes et socio-démocrates ont compris que l'Union européenne pouvait être le moyen le plus sûr de parvenir à leur fin, qui est, au-delà de l'Europe proprement dite, d'instaurer un gouvernement mondial socialiste.

 

Pour ce faire ils bénéficient du soutien de ceux qui ne se disent pas socialistes, comme Jacques Chirac [aujourd'hui Nicolas Sarkozy], mais qui agissent comme s'ils l'étaient. Ils sont majoritaires dans les élites et minoritaires dans les populations.

 

Quoi qu'il en soit :

 

"Sous couvert de construction européenne, le socialisme est en marche sur le Vieux Continent".

 

Il avance masqué, ses bâtisseurs "sous faux drapeau" :

 

"Ils savent très bien qu'aucune nation sur terre ne votera jamais volontairement pour leurs idées qui ont fait faillite partout où leurs émules ont tenté de les implanter. Au lieu de quoi, ils se servent de toutes les tromperies possibles pour dissimuler la vraie nature du monstre qu'ils tentent de faire renaître".

 

Avec son cortège habituel :

 

- inflation des lois et règlements.

- bureaucratie de plus en plus complexe et toute puissante.

 

Même si le droit le plus élémentaire, "celui d'élire directement ceux qui nous dirigent", est refusé, et si on trouve 7 anciens apparatchiks communistes parmi les 25 membres de la Commission, Vladimir Boukovsky se veut rassurant :

 

"Je ne pense pas que l'Union européenne se lancera un jour dans la création d'un Goulag sous la forme d'une administration gérant tout un archipel de camps de concentration, comme en URSS.[...] Avec des dirigeants qui n'osent même pas proclamer le but véritable de la construction qu'ils nous infligent, l'Europe ne risque pas de tels débordements."

 

Il est tout de même "surpris de la manière avec laquelle les gens acceptent le politiquement correct", ce qui nous ramène au début de cet article et à Ernesto Bertarelli  :

 

"Les bolcheviks ont dû exterminer quarante millions de personnes avant de parvenir à établir leur monopole de la pensée. En Europe il a été accepté sans que personne n'ait tiré un seul coup de feu. C'est étonnant. Le fait de ne plus voir le débat politique qu'au travers du prisme de ce qui est "correct" - et de ce qui ne l'est pas - représente pour moi la plus grande menace contre la liberté depuis l'effondrement du communisme". 

 

S'il est difficile de prévoir précisément quand, l'Union européenne s'effondrera à son tour :

 

"Il est probable qu'elle va continuer de s'étendre de manière incontrôlable. Elle sera incapable de s'arrêter jusqu'à ce qu'elle tombe d'épuisement, comme son prédécesseur". 

 

Avec le risque qu'elle nous enterre "sous ses décombres, dans une situation économique catastrophique". 

 

Ne peut-on pas la réformer ? 

 

"En fait, les structures et les concepts socialistes sont irréformables. Ils ne peuvent que s'effondrer sous le poids de leurs propres contradictions, comme l'Union soviétique elle-même. Mais cela ne se fait qu'au terme d'une longue évolution, lorsqu'il ne reste plus une goutte de combustible pour entretenir encore la fiction que la machine avance et que son idéologie constitue l'horizon insurpassable de l'humanité." 

 

Que faire ?

 

"Ce que nous avons de mieux à faire, c'est d'accélérer l'effondrement, car plus tôt il se produira, le mieux ce sera pour tout le monde."

 

Comment ?

 

"La seule stratégie valable repose sur les citoyens eux-mêmes. Quelque part, il convient de reproduire ce que fut le mouvement des droits de l'homme en URSS. Aujourd'hui comme hier, il faut défendre nos droits de parler, penser et publier librement, d'avoir les assemblées de notre choix".

 

Monsieur Bertarelli, je vous le demande, qu'irait donc faire la Suisse dans cette galère ?

 

Francis Richard

 

Nous en sommes au

672e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 

 

 

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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 22:00
Pourquoi parler de ce livre aujourd'hui ? Il se trouve que l'auteur m'a écrit au sujet d'un article publié sur ce blog. Que du coup je me suis intéressé à ce qui lui était arrivé. Prêtre, accusé de pédophilie, condamné par la Cour d'Assises de Nanterre en juin 2005, il n'avait rien en lui a priori qui pouvait faire naître en moi la moindre sympathie. 

Parce qu'il n'a jamais cessé de clamer son innocence, je me suis toutefois penché sur son cas et j'ai été de surprises en surprises. 

Ainsi ai-je appris qu'un livre à charge, publié en 2003, bien avant son procès, et consacré à ses prétendues turpitudes, avait pu influencer contre lui les médias, l'opinion publique, puis les jurés. Ce livre, intitulé "L'illusionniste", était écrit par un certain Mehdi Ba. Ce soi-disant journaliste indépendant était collaborateur de la revue Golias, dirigée par Christian Terras, qui était en fait le véritable commanditaire de ce bouquin à sens unique.

L'internaute se reportera avec profit à l'article que j'ai écrit sur ce dernier personnage (La parole est au procureur Christian Terras,"expert" es Catholiques ! ), fauteur patenté de divisions entre les catholiques, toujours prêt à porter des mauvais coups à l'Eglise catholique, dont il se prétend un membre critique et ... éclairé, au point d'être le seul à savoir ce qu'elle doit dire et faire. L'infaillible Terras est un de ces donneurs de leçon dont je connais peu d'exemple, un extrémiste pour qui l'Eglise doit sempiternellement rester confite dans la dévotion du seul concile qui vaille, Vatican II, en dehors duquel il n'y aurait point de salut, ni d'avant, ni d'après.  

Ainsi, dans mes recherches sur Internet, suis-je tombé sur un édito anonyme du quotidien lausannois Le Matin, en date du 9 juin 2005 (ici) , suant la haine de classe et l'envie, cathophobe, raciste anti-blanc, et dérogeant à la prudence et à la déontologie les plus élémentaires, puisque, à la date où il est publié, pendant le procès, le jugement, en date du 24 juin 2005, condamnant le Père Lefort à 8 ans de réclusion criminelle, n'a pas encore été prononcé :

Le Père François Lefort des Ylouses, le curé humanitaire, avait ses entrées à l'Elysée et à Matignon. Normal, il appartient à une famille française BCBG à cheval entre la grande bourgeoisie et la petite noblesse. Sa soeur, Elisabeth - ceci expliquerait-il cela ? - occupait le poste de secrétaire d'Etat à la Recherche du gouvernement Juppé. Le beauf, lui, à la tête de la Fondation de France, était aussi secrétaire général du Ministère des affaires étrangères. Du beau monde où l'on apprend à se tenir correctement à table, à ne pas se laisser emporter par ses sentiments et où l'on sait instinctivement composer avec les médias. Dans ce contexte, personne ne s'étonnera que le chevalier globe-trotteur, pourfendeur de la pédophilie, soit décoré de la Légion d'honneur. C'est dire si le personnage est abject. Avec l'aisance naturelle des gens de sa classe, il va passer par le Sénégal, y installer un foyer pour mieux s'approvisionner en adolescents. Et s'il faut attendre des décennies pour le confondre, c'est que sa réputation internationale le protège. De plus, il est Blanc, prêtre et médecin. Le summum de l'autorité contre laquelle un enfant noir vivant dans un foyer ne fait pas le poids.

Cette outrance dans les propos, cette absence de nuances, ne pouvaient que m'inciter à aller plus loin dans mes recherches. D'autant qu'à la même époque que l'affaire du Père Lefort se déroulait une affaire similaire, qui avait, je le reconnais, attiré davantage mon attention : l'affaire d'Outreau. Le malheur pour François Lefort est qu'elle n'ait trouvé son dénouement que quelques mois après la sienne, le 18 novembre 2005, et qu'il n'ait pas fait appel de la décision qui le frappait parce qu'il était anéanti et qu'il avait perdu confiance en la Justice.

Le Père François Lefort est sorti de prison le 13 mars de cette année. Sa libération est conditionnelle. Il ne peut donc pas s'exprimer librement. Mais il est bien déterminé à se battre pour obtenir sa réhabilitation. Il n'est heureusement pas seul. Une association a été créée le 29 septembre 2006 pour le soutenir.

Sur son site, Droit à la Justice soutient  François Lefort (ici) apporte la preuve que le Père François Lefort n'était pas sur les lieux du crime au moment où il aurait été commis. Elle apporte de nombreux éléments troublants sur la façon dont l'instruction à son sujet a été conduite. Il est évident que la présomption d'innocence n'a pas un seul instant profité à l'accusé et qu'il a subi à l'époque un véritable lynchage médiatique.

C'est donc en connaissance de cause que j'ai lu Une sandale dans le désert, paru en octobre 2004, aux Editions A Contrario, et qui est un recueil de textes où toute la spiritualité de son auteur, qui n'est pas toujours vraiment la mienne - il y a plusieurs demeures dans la maison du Père - apparaît avec force et conviction.

Ainsi ne puis-je me résoudre à penser comme lui : peut-être que Dieu veut aujourd'hui que l'Eglise ne soit plus une affaire de curés. Ce qui ne l'empêche pas d'ajouter : je sais qu'il faudra toujours des prêtres. Le prêtre est celui qui donne du divin aux hommes. Ce qui correspond davantage à mon intuition. Dieu n'accorde que ce que nous lui demandons et nous ne savons pas, ou ne voulons pas, en l'occurrence, lui demander des prêtres, qui plus est, de saints prêtres.

De même ne suis-je pas persuadé que le célibat des prêtres, qui ne lui pose pas de problèmes - avec ironie je dis que je suis célibataire par pitié pour ma femme et mes enfants (que je n'ai pas eus) - soit seulement une habitude cléricale, même s'il a raison de rappeler qu'il y a des prêtres catholiques mariés au Liban et que ce n'est donc pas un dogme. Le pape Paul VI l'explique très bien, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, dans son encyclique Sacerdotalis Caelibatus.

Cependant je suis en communion avec lui quand il dit, avec la force d'un Bernanos : Qu'est-ce que c'est que ce Dieu qui ne pense pas comme il faut ? Ou quand il dit : La société, surtout chez les jeunes, est sévère pour ceux et celles qui ont le courage de proclamer publiquement leur foi. Elle est même parfois intolérante.
Avant, c'était l'Eglise qui était intolérante avec ceux qui ne croyaient pas comme elle, et c'était scandaleux.

Ce qui ne peut surprendre que ceux qui sont ignorants de la double nature, humaine et divine, de cette institution qu'est l'Eglise.

J'aime également quand il écrit : Le Christ aimait aussi faire la fête. Ce n'est pas un hasard si son premier miracle a été de changer de l'eau en vin, pendant une noce, à Cana. Cela a dû embêter les théologiens du siècle dernier, mais c'est comme ça. La religion du Christ n'est pas triste ! Saint François de Sales ne disait-il pas, bien avant le siècle dernier, qu' un saint triste est un triste saint ?

Sur le doute, j'ai relevé ce passage qui me parle, parce qu'il est mon lot, comme celui de beaucoup de mes frères humains : Pour moi, il est infiniment probable que Dieu existe, et c'est en doutant de jour en jour que j'avance vers la Vérité. Et ça, j'en suis certain, je n'en doute pas.

Il a profondément raison, ce me semble, d'écrire : Quand on est âgé, quand on est malade, le plus dur, ce n'est généralement pas la souffrance, on finit presque par arriver à vivre avec...le plus dur, c'est la solitude, c'est de se sentir inutile.

J'ai envie de nuancer ses propos quand il écrit : N'y a-t-il pas aujourd'hui des intégristes catholiques qui voudraient imposer à tous, dans la loi, ce qui est propre à la morale chrétienne concernant la censure, le sexe, le divorce, l'avortement ou le préservatif ?

Première remarque : je n'aime pas, pour ma part, que des catholiques affublent d'autres catholiques de l'épithète qui se veut infamante d'intégristes, quels qu'ils soient. Je crois qu'il faut laisser cette sinistre besogne à des Christian Terras.

Deuxième remarque : le Père Lefort a raison de dire que tout ce qu'il énumère ne doit pas être imposé à tous, dans la loi. Aussi bien une loi n'est-elle pas toujours légitime et ne règle-t-elle pas tout.

Troisième remarque : le Père Lefort est réducteur quand il dit que les catholiques en question voudraient imposer à tous, dans la loi, ce qui est propre à la morale chrétienne. Il ne me semble pas, par exemple, que la position de l'Eglise pour ce qui concerne l'avortement soit propre à la morale chrétienne, elle découle de la loi naturelle que tous les hommes, dignes de ce nom, sans que rien ne les y oblige, devraient spontanément observer.

Plus fondamentalement le Père Lefort rappelle : Le seul moyen d'être heureux, c'est de rendre les autres heureux, ses proches, ses voisins, mais aussi tous ceux qui souffrent ou qui sont seuls autour de nous. 

Ce livre, magnifiquement illustré de photos, doit son titre à une parabole racontée par le Père Lefort. Un enfant démuni, en prenant en marche avec lui un train dans le désert, perd une de ses deux sandales, peut-être sa seule richesse :

Stupéfait, je le vis alors prendre celle qui lui restait et la jeter dans le sable, là où était tombée la première.
"Mais pourquoi fais-tu cela ?"
L'air étonné, il me répondit :
"Moi, une sandale, ça ne me sert à rien. Au moins que celui qui les trouve, trouve les deux !"

La couverture représente Alyne, 10 ans, le jour de sa sortie de prison où il était enfermé parce que sa mère avait commis un délit, et qui y est retourné : c'est une imbécillité de mettre des enfants si petits en prison. 

Une bonne partie du livre est consacrée à des évocations relatives aux enfants de la rue, dont aucun n'est irrécupérable. A l'association AIMER (ici), dont le nom est la faute d'Abdoul, un autre enfant. A des hommes et des femmes qui se sont dévoués pour sortir les enfants de la rue, pour redonner à leur visage d'enfant un regard d'enfant, au lieu de ce terrible regard d'adulte, et qui y ont, parfois, discrètement, laissé leur peau.


Le Père Lefort nous avertit : Je sais ce qu'est la rue pour un enfant. Je sais que s'il doit y retourner, il ne s'en remettra pas.

On l'aura compris, ce livre fait entendre une voix humaine, qui a fini de me convaincre de l'innocence de son auteur. Il y a des expressions de l'âme, profondes, qui ne trompent pas et qui ne peuvent être celles d'un illusionniste.

Dimanche dernier, la première lecture était un passage de la prophétie d'Isaïe, que je dédie au Père Lefort, à qui j'ai pensé en l'écoutant :

50 4 Le Seigneur Dieu m'a enseigné ce que je dois dire, pour que je sache avec quels mots je soutiendrai celui qui faiblit. Chaque matin, il me réveille, il me réapprend à écouter, comme doivent écouter les disciples. 
5 Le Seigneur Dieu m'ouvre les oreilles, et je ne lui résiste pas, je ne recule pas. 
6 J'offre mon dos à ceux qui me battent, je tends les joues à ceux qui m'arrachent la barbe. Je ne cache pas mon visage aux crachats, aux insultes. 
7 Le Seigneur Dieu me vient en aide, c'est pourquoi je ne m'avoue pas vaincu, je rends mon visage dur comme la pierre, je sais que je n'aurai pas le dessous. 

Francis Richard
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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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