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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 23:55
Miguel Moura

Miguel Moura

Hier soir, l'association littéraire Tulalu!? recevait une poétesse, Laurence Verrey, au Bellevaux, à Lausanne. Le printemps des poètes était en avance d'un jour. Et l'hiver ne faiblissait toujours pas. Mais il faisait bon chaud dans la salle de cinéma historique dédiée à la culture...

 

Miguel Moura a préparé la rencontre. Il est allé rendre visite à l'auteur et, comme à l'accoutumée maintenant, il en est revenu avec des images qui sont à l'image de l'invitée et qui défilent derrière lui, en l'occurrence des pages de ses recueils de poésie.

 

En passant le doigt sur d'aucunes de ces pages, les lettres en relief en deviennent sensuelles; sur d'autres des dessins entrent en correspondance avec les textes; sur d'autres encore des lettres se superposent à d'autres lettres, cernées, voire dissimulées, par des volutes d'encre...

 

Laurence Verrey aime les rencontres. Elle a notamment parlé à Miguel de son voisin, un scientifique. Celui-ci aborde sa poésie scientifiquement comme elle aborde la science poétiquement: dans l'échange ne faut-il pas faire un pas l'un vers l'autre?

Laurence Verrey

Laurence Verrey

Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser, l'animateur charismatique de Tulalu!?, demande à Laurence Verrey ce qu'est pour elle la beauté: pour la poétesse, dont le dernier recueil a justement pour titre La beauté comme une trêve, la beauté c'est la vie en mouvement. Ainsi aime-t-elle regarder les gens évoluer autour d'elle, et écrire... en marchant.

 

Quand écrit-elle sinon? De préférence au petit matin, à six heures, mais elle n'y parvient pas toujours (il faudrait se coucher tôt...). Il lui arrive de se lever la nuit, de monter à son perchoir, de saisir sur le papier le flot de mots qui la submerge, puis de se recoucher. A cette matière brute, elle fait subir un polissage le matin venu.

 

Elle compare cette matière brute à celle dont se servaient les surréalistes et la matière affinée, travaillée, à celle obtenue par un Paul Valéry. Pour autant ses recueils se suivent et ne se ressemblent pas. Elle aime la diversité: non seulement il n'y a pas de continuité dans son oeuvre, mais encore elle mélange allègrement les genres.

 

Peu de temps avant de composer les proses poétiques de Beauté, elle ne pouvait plus voir les mots en écriture. Il lui  fallait - c'était vital - les cacher sous d'autres mots, sous des dispersions d'encre (Jacques Ellul n'a-t-il pas écrit La parole humiliée?). Cette expérience existentielle a donné Cryptogrammes que Le Cadratin a édité en 48 exemplaires...

Laurence Verrey

Laurence Verrey

Aujourd'hui Laurence Verrey lit elle-même ses textes. Il n'en a pas été toujours ainsi. Naguère elle avait vraiment du mal à lire en public. Aujourd'hui elle éprouve un réel plaisir à le faire. Entretemps elle a appris par l'exemple de sa fille, qui joue du violon, quel bonheur il y a à donner aux autres, en prêtant, dans son cas, sa voix à ses textes.

 

C'est d'ailleurs sa caractéristique, le partage avec les autres: elle préside l'association POEM, La Poésie en Mouvement (encore le mouvement...) et a organisé les Salves Poétiques de Morges en 2015 et 2017: les prochaines auront lieu en 2019, a-t-elle annoncé hier soir, ne cachant pas le travail considérable que cela représente...

 

Avec la poésie, qui, dit-elle, prend la vie au mot, ce qu'elle partage avec les autres c'est son monde intérieur, dans lequel elle plonge. En réalité il y a échange entre les deux mondes: le monde extérieur est ambivalent pour elle; elle le voit à la fois comme un miroir et comme un océan. Elle garde ainsi un souvenir ému d'un voyage inspiré, au Mont Ventoux, avec d'autres poètes...

 

Quand il s'est agi de parler hier soir de Cryptogrammes, Laurence Verrey est allée chercher quelques notes pour être claire dans ses explications. Pierre Fankhauser n'avait jamais vu ça de mémoire d'animateur. Mais Laurence Verrey savait qu'il pouvait être d'autant plus redoutable qu'il sait mettre à l'aise ses interlocuteurs.

Edmée Fleury et Laurence Verrey

Edmée Fleury et Laurence Verrey

Pierre Fankhauser pose une question qui embarrasse Laurence: il lui propose un joker qu'elle accepte bien volontiers. Un peu plus tôt, il lui a posé des questions et elle lui a donné des réponses qui l'ont étonnée elle-même. Alors elle l'a surnommé très naturellement Pierre l'accoucheur, parce qu'il lui rappelait la maïeutique de Socrate...

 

Edmée Fleury est là pour faire des intermèdes musicaux aux lectures de Laurence Verrey, qui lui a donné carte blanche. L'artiste joue d'instruments à corde qui entrent en résonance avec les textes, mais elle atteint un acmé avec sa voix, qui jaillit comme un cri venant de l'intérieur et qui illustre si bien ce que ressent la poétesse qu'elles se découvrent complices...

 

Francis Richard

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13 février 2018 2 13 /02 /février /2018 23:55
Elisa Shua Dusapin et Pierre Fankhauser

Elisa Shua Dusapin et Pierre Fankhauser

Hier soir, Elisa Shua Dusapin était la première invitée de l'année 2018 de l'association littéraire Tulalu!?. La rencontre s'est déroulée - c'est devenu rituel depuis l'automne passé -, dans le cadre mythique du Bellevaux, le cinéma d'art et d'essai lausannois.

 

En introduction, Miguel Moura a présenté l'auteur en projetant des photos qu'elle lui a prêtées et qui lui ont permis, avec la finesse qui le caractérise, d'esquisser un portrait de l'invitée de ce soir. Laquelle l'a remercié avec émotion, à peine contenue.

 

Elisa Shua Dusapin a aujourd'hui vingt-cinq ans. Cette ancienne élève de l'Institut littéraire de Bienne a écrit à vingt ans un livre qui a connu un grand succès de librairie, dès sa parution, il y a deux ans: Hiver à Sokcho, ville portuaire de Corée du Sud. 

 

Pierre Fankhauser lance Elisa sur la cuisine coréenne, très présente dans son livre, et notamment sur le fugu, un poisson qui n'est pas spécialement savoureux, mais qui est dangereux parce que venimeux: son foie contient un poison virulent.

 

Ce poisson est très apprécié au Japon, en dépit du haut risque qu'il représente pour les convives, s'il n'est pas... bien préparé. Comme l'auteur voulait écrire un livre sur la Corée dont elle est originaire par sa mère, elle en a fait une figure emblématique.

Elisa Shua Dusapin et Pierre Fankhauser

Elisa Shua Dusapin et Pierre Fankhauser

Cela tombe bien parce que la cuisine fait partie intégrante de la culture coréenne: quand on reçoit quelqu'un chez soi, la nourriture est une marque d'hospitalité et, si l'hôte refuse cet honneur, on considère cela comme un véritable affront.

 

Le confucianisme est encore très présent dans la culture coréenne. Cela se manifeste par un grand respect à l'égard des anciens, au point qu'ils devraient être pris en charge par leurs descendants, ce que ceux-ci remettent en cause de plus en plus...

 

D'ailleurs, dans le roman, la mère de la narratrice à contre coeur accepterait que sa fille s'émancipe en allant dans une grande ville et sa fille aimerait bien le faire, mais elles sont inséparables parce qu'elles s'aiment sans se le dire vraiment.

 

Un autre trait de la Corée du Sud est la culture de l'apparence: c'est un pays où la moitié des jeunes ont subi une opération de chirurgie esthétique... Ce qui ne laisse pas d'interpeller Elisa Shua Dusapin, qui va là-bas chaque année depuis ses treize ans.

 

Ses parents ont émigré en France pour fuir la guerre qui s'est terminée par la coupure du pays en deux. Dans Hiver à Sokcho, le thème de la frontière est d'ailleurs là: particulièrement entre les deux protagonistes, que leurs cultures opposent.

 

Pourtant chacun va apporter à l'autre quelque chose, imperceptiblement: la rencontre entre des êtres n'est pas toujours apparente et c'est parfois après leur séparation qu'ils se rendent compte qu'elle a tout de même eu lieu entre eux, inconsciemment.

 

Ici la communication se fait via la nourriture coréenne et le dessin français: l'interlocuteur de la narratrice est en effet un auteur français de BD: c'est un dessinateur dont la main hésitante dessinait une femme sous l'oeil d'une caméra qui l'a inspiré.

Mathias Dumoulin, Elisa Shua Dusapin et Pierre Fankhauser

Mathias Dumoulin, Elisa Shua Dusapin et Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser relève que la narratrice d'Elisa, âgée de vingt-trois ans, dit, à un moment, à son interlocuteur européen, qu'elle lisait auparavant avec le coeur et qu'elle lit maintenant avec le cerveau. Comment la jeune franco-coréenne lit-elle donc?

 

Elisa Shua Dusapin esquive un peu la question, mais elle y répond en quelque sorte quand elle dit son émerveillement: chaque lecteur lisant le même livre lit pourtant un livre différent. Des lecteurs ont ainsi trouvé que la musique de son livre était douce...

 

En réalité, elle avait en elle une violence intérieure, qui ne ressort pas dans son écriture. Sans doute est-ce dû au fait que sa narratrice prend de la distance: elle rapporte minutieusement, et sobrement, ce qu'elle voit, mais elle ne dit pas ce qu'elle pense...

 

Le roman est en effet d'une grande sobriété d'expression. Le lecteur sera curieux d'apprendre que les dialogues en coréen ont d'abord été écrits en coréen, puis traduits en français (que l'auteur maîtrise mieux), et qu'elle a fait de même avec les dialogues en anglais...

 

On retrouve d'ailleurs cette sobriété dans le ton qu'elle adopte quand elle lit trois passages de son roman, accompagnée musicalement par Mathias Dumoulin. Et peut-être comprend-on alors, en l'écoutant, que sa fine silhouette est trompeuse et qu'elle a du caractère.

 

Elisa avait du mal à trouver une fin à son roman. Elle avait un moment imaginé une fin tragique, digne de Roméo et Juliette: sa narratrice empoisonnait involontairement son dessinateur etc. Mais son éditrice n'a pas marché et, si elle persistait, elle ne la publierait pas.

 

Elisa Shua Dusapin a donc trouvé une fin que le lecteur aura déjà découvert, ou découvrira, en la lisant, avec beaucoup de bonheur.

 

Francis Richard

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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 23:30
Michel Layaz et Pierre Fankhauser

Michel Layaz et Pierre Fankhauser

Hier soir, Michel Layaz était le dernier invité de l'année 2017 de l'association littéraire Tulalu!?. La rencontre s'est déroulée, comme les précédentes de cet automne, dans le cadre mythique du Bellevaux, le cinéma d'art et d'essai lausannois.

 

Il est convenu que Pierre Fankhauser, l'animateur charismatique de l'association, l'interrogera surtout sur son dernier livre, paru en 2016, Louis Soutter, probablement, pour lequel l'écrivain vaudois a reçu le Prix suisse de littérature 2017.

 

Mais, au préalable, en amuse-bouche, Miguel Moura ne tarit pas d'éloges sur l'auteur, avec l'emploi d'adjectifs qu'il dira pourtant avoir égalisés pour les atténuer... Enthousiaste, il parle de son écriture fluide et précise... qui l'enchante.

Michel Layaz, invité de Tulalu!?, au Cinéma Bellevaux, à Lausanne

Que signifie ce probablement qui figure dans le titre du livre, demande, faussement ingénu, Pierre Fankhauser? Michel Layaz, avant de répondre, raconte qu'il a tout de suite été attiré par Louis Soutter. Il ne parle pas d'atomes crochus, mais il pourrait...

 

Dans l'existence, il y a ainsi des attirances immédiates pour des personnes et des répulsions tout aussi immédiates pour d'autres. Elles ne s'expliquent pas. Elles se confirment ou non avec le temps... L'attirance de Michel Layaz pour Louis Soutter ne s'est jamais démentie...

 

C'est pourtant un drôle de personnage puisqu'il semble avoir tout raté de ce qu'il a entrepris, sauf dans le domaine de l'art, où il a excellé en tant que musicien mais, surtout, en tant que peintre. Il avait un grain de folie, mais il n'était pas fou. Peut-être un artiste doit-il avoir ce grain-là...

Patricia Bosshard et Michel Layaz

Patricia Bosshard et Michel Layaz

L'artiste se caractérise en effet par sa créativité, par son imagination. Comme le dit Albert Einstein, cité par l'invité: La logique vous mènera d'un point A à un point B. L'imagination vous emmènera où vous voulez.


La musicienne Patricia Bosshard improvise. Le comédien René-Claude Emery lit. Leur interprétation de trois extraits de Louis Soutter, probablement ouvre tous les possibles à ceux qui les écoutent, à partir des notes qu'elle joue et des mots qu'il prononce.

 

Michel Layaz lui-même est un peu désarçonné: il ne peut bien sûr que reconnaître ce qu'il a écrit, mais, dans le même temps, il s'en sent comme dépossédé. N'importe quel lecteur fait pourtant de même avec ses textes, mais la différence est qu'il ne l'entend pas...

Pierre Fankhauser et René-Claude Emery

Pierre Fankhauser et René-Claude Emery

Si Michel Layaz emploie l'adverbe probablement, c'est une manière de respect envers son sujet. Il est romancier, n'est pas biographe. Et, s'il a pris quelques libertés pour combler les vides de la vie de Soutter - il y en a beaucoup -, tout, ou presque, dans le livre, est documenté, donc probable.

 

Aussi, comme il est soucieux du détail vrai, est-il bien difficile de le prendre en défaut. Certes la remarque lui a été faite qu'il n'y a pas de balcons dans une des rues qu'il décrit, mais il dit vrai, par exemple, quand il parle du jet d'eau de Genève qui ne fonctionne alors que le dimanche... 

 

Au début Louis Soutter dessine pour lui-même. Mais il est encouragé par les figures que sont déjà Jean Giono et Le Corbusier (qui est son petit-cousin). Eux et, dans une moindre mesure, le peintre René Auberjonois et l'écrivain Charles-Ferdinand Ramuz le poussent...

Michel Layaz et Pierre Fankhauser

Michel Layaz et Pierre Fankhauser

Michel Layaz reconnaît qu'il n'a pas connu de tels stimulants. Ce sont des écrivains qui, par leurs oeuvres, lui ont donné l'envie d'écrire. C'est mieux maintenant qu'à son époque: il est en effet plus facile aujourd'hui à un jeune d'être publié, ce qui ne préjuge pas de ses qualités...

 

Dès lors Louis Soutter va dessiner avec tout ce qui lui tombe sous la main. Quand, ravagé par l'arthrose, il ne pourra plus tenir crayon ou pinceau, il se servira de ses doigts pour peindre. Ce qui fait penser à Francisco Goya: Donnez-moi un morceau de charbon et je vous ferai un tableau...

 

Pour ceux qui n'ont pas lu son livre ou qui ne connaissent pas la vie de Louis Soutter, Michel Layaz précise que le peintre aura passé près de vingt ans à l'Asile de Ballaigues, où il a été placé par sa famille: il fugue souvent, mais il revient toujours, comme si ce cadre à la fois le tenait et lui permettait de lâcher prise...

Romain Buffat et Michel Layaz

Romain Buffat et Michel Layaz

L'Institut littéraire suisse a dix ans. Ce n'est évidemment pas l'Asile de Ballaigues. Mais il offre, d'une autre façon, bien moins sévère, un cadre où la création littéraire peut s'approfondir. Car, si l'on n'y apprend pas à devenir écrivain, on peut éviter là les pertes de temps inutiles et certains écueils.

 

Les projets des étudiants bénéficient en effet d'un accompagnement par un mentor, qui commentent leurs projets lors d'entretiens individuels. Romain Buffat y a justement Michel Layaz pour mentor. Et il témoigne de tout ce que ces entretiens lui apportent dans l'accomplissement de son projet.

 

Le projet de Romain Buffat arrive à son terme. Il sera prochainement publié. C'est vraiment mieux maintenant... Romain Buffat ajoute qu'à l'Institut littéraire suisse il a aussi fait l'expérience de l'écriture collective, à côté de son projet individuel. Il se félicite de cette ouverture enrichissante.

 

Le mentor lui aussi s'enrichit au cours de ces entretiens. Il n'est même pas interdit de penser qu'ils ont permis quelque peu à Michel Layaz de faire de son ami Louis Soutter un véritable personnage littéraire...

 

Francis Richard

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15 novembre 2017 3 15 /11 /novembre /2017 22:15
Laurence Boissier et Pierre Fankhauser

Laurence Boissier et Pierre Fankhauser

Avant-hier soir, l'association littéraire Tulalu!? a reçu Laurence Boissier au Bellevaux, à Lausanne. Je venais d'une autre salle obscure, le Bourg, sis également à Lausanne, où venait d'être remis le Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Pierre Voélin ... D'un événement littéraire l'autre...

 

Et là, au Bellevaux, surprise, Miguel Moura, le fondateur de Tulalu!?, en introduction, fait de l'invitée une présentation originale, à partir de sa rencontre avec elle à Genève, sa ville, et à partir de photos, qui sont projetées sur grand écran et qu'il commente avec beaucoup de finesse et de sensibilité.

Miguel Moura

Miguel Moura

En quelques instantanés il donne des aperçus de Laurence Boissier qui ne sont pas des raccourcis puisqu'ils ouvrent sur son imaginaire:

 

- Les livres d'artistes qu'elle fabrique elle-même et par lesquels elle a commencé à écrire

 

- La performance où elle est sur scène avec le collectif Bern ist überall (elle choisit les mots qui percutent en les prononçant à la manière d'un Suisse allemand, qui met l'accent tonique sur la première syllabe...)

 

- Un pied hors du lit lors d'une tournée avec ce collectif dans les Balkans

 

- Sa fille plongée dans la lecture d'une BD de Michel Vaillant

 

- Eeyore, son doudou dont elle ne se sépare jamais depuis l'enfance

Laurence Boissier

Laurence Boissier

Ce qui frappe tout de suite chez Laurence Boissier, c'est sa faculté d'émerveillement devant les choses, son sourire, son humour tout britannique, qui lui viendrait de sa mère galloise. Son enthousiasme est communicatif et l'assistance ne peut qu'être conquise par la gentillesse qui émane d'elle...

 

Dans les ateliers d'écriture, par exemple, qu'elle affectionne particulièrement, cette faculté lui permet de partir de peu de choses pour arriver à beaucoup, que ce soit des idées, des images, des rapprochements improbables. Elle a ainsi une grande dilection pour les phrases qui n'en finissent pas...

 

Laurence Boissier n'a pas besoin de se mettre en condition pour écrire, pour se mettre en route. La page blanche? Connais pas. À partir du moment où elle écrit, elle déroule. Bien qu'elle ne soit pas une grande yogi, elle a appris du yoga qu'il y a de nombreux développements possibles à partir d'une seule posture...

Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser

Pierre Fankhauser, l'animateur de Tulalu!?, la taquine: depuis le début de l'entretien, il essaie de la faire parler de Mathilde, l'héroïne de son roman Rentrée des classes.  Peine perdue. Elle parle d'elle, sans vantardise. Sans doute parce que les grandes lignes de son récit sont autobiographiques si les méandres en sont imaginaires.

 

Sa mère galloise lui a également transmis son goût britannique pour les choses étranges: elle passe allègrement du réel au fantastique. Ainsi, dans son roman, fait-elle très naturellement appel au Monde de Narnia ou donne le diminutif de Gy à un personnage parce qu'il lui fait penser au dragon Jabberwocky dessiné par Lewis Caroll.

Delphine Horst

Delphine Horst

Les passages lus avec profondeur par Delphine Horst confirment les propos que tient Laurence Boissier sur sa vision personnelle du monde. Ils montrent qu'elle s'intéresse aussi bien aux petits détails qu'aux grandes perspectives, qu'elle est aussi à l'aise dans la contemplation que dans le mouvement, surtout s'il est impulsé par le vent...

 

Ce passage, particulièrement, est explicite:

 

- Je crois que j'ai trouvé ce que c'est, le principal dans la vie.

- On avait dit que ce n'était ni la santé, ni d'avoir été en vie, se rappelle Chiara. Il ne restait pas grand-chose, à vrai dire.

  Mathilde lève son visage vers elle.

- Si, je crois que je sais. Le principal, c'est de participer à l'univers.

 

Et l'univers, pour Laurence Boissier, est élastique. Il peut s'étendre ou se réduire. Il épouse tous les contours et se conforment aux êtres et aux choses. C'est pourquoi elle le compare à un chewing-gum... Les molécules qui constituent notre corps ne retournent-elles pas au tout quand nous mourrons?

 

Francis Richard

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4 novembre 2017 6 04 /11 /novembre /2017 18:20
Tulalu!? fête ses dix ans à la bibliothèque Chauderon, à Lausanne

Hier soir l'association littéraire Tulalu!? fêtait ses dix ans à la bibliothèque Chauderon, à Lausanne, devant une belle assistance, suffisamment intimidée peut-être, mais à tort, pour ne pas garnir complètement le premier rang et rester debout, au fond de la salle...

La bibliothèque Chauderon

La bibliothèque Chauderon

Dans son mot d'introduction, Isabelle Falconnier, déléguée à la politique du livre de Lausanne, souligne que Tulalu!? peut se prononcer sur tous les tons et que c'est ce qui fait le charme de ce mot qui peut être exclamatif, interrogatif et bien d'autres choses encore...

Isabelle Falconnier

Isabelle Falconnier

Miguel Moura est le fondateur. C'est un passionné de lectures, même s'il a aujourd'hui banni passion, ce mot galvaudé, de son vocabulaire. A l'époque il est cuisinier, mais il se rend compte - ou se persuade - qu'il ne sera jamais un chef de renommée internationale.

 

Il est alors dans une phase de doute existentiel. Il a besoin de converser avec d'autres, plus particulièrement à propos des nombreux livres qu'il lit, qui l'interrogent et sur lesquels il s'interroge. Il ne peut trouver de meilleurs interlocuteurs que les auteurs eux-mêmes: Tulalu!? est née.

Pierre Fankhauser, Carole Dubuis et Miguel Moura

Pierre Fankhauser, Carole Dubuis et Miguel Moura

C'est en distribuant des flyers à Carole Dubuis dans un café qu'il fait sa connaissance. Il en a déjà distribué 200 sans succès, mais celui-là va porter des fruits, au-delà de ses espérances. Car, aujourd'hui, Carole est la présidente d'une association à ce moment-là dans les limbes.

 

Carole a fini ses études de lettres. Elle ne peut plus voir les livres en lecture. Pourtant le feu qui anime Miguel finit par l'embraser à son tour. Miguel est la boîte à idées du tandem initial (il l'est toujours aujourd'hui): elles partent dans tous les sens; Carole sait les canaliser...

 

Ensemble ils créent dans un premier temps, en 2010, l'association proprement dite, dans un deuxième, en 2013, ils la professionnalisent avec l'élargissement du comité à d'autres membres, tel que, plus récemment, Sima Dakkus Rassoul, qui a baigné dans la littérature toute petite déjà.

 

2015 est un tournant décisif pour l'association (qui en a vu d'autres au cours de sa vie sinueuse et qui en verra d'autres) avec la venue de Pierre Fankhauser, comme animateur, puis administrateur. Celui-ci a fait sien le leitmotiv de l'association, qui n'est pas de s'adresser à une élite mais à tous les publics.

 

Volontiers provocateur, Pierre fait mine d'avouer qu'il ne lit jamais et qu'il donne le change avec ses multiples post-it insérés dans les livres des invités. En fait il respecte l'esprit Tulalu!? en leur posant, à partir de leurs textes, des questions précises, souvent pointues, mais toujours accessibles.

Nicolas Bonstein et Danielle Goren

Nicolas Bonstein et Danielle Goren

Dans l'esprit Tulalu!? il convient de joindre aux conversations, simples et libres, la musique et la lecture; aux paroles amicales et sincères, les notes et les mots.

 

Ce soir l'esprit y est bien avec la présence du duo Posology, que forment Nicolas Bonstein et Danielle Goren, le virtuose du sampling et la voix éthérée.

 

Ainsi ouvrent-ils la soirée anniversaire avec une pièce à faire décoller et planer les âmes, puis avec un intermède où un Charles-Ferdinand Ramuz se met à rapper sur un texte d'Aline (en première mondiale...), enfin avec un... final où des échanges de rencontres passées ressuscitent et où des mercis indéfiniment s'étirent sur la voyelle terminale...

Sofia Verdon

Sofia Verdon

Une fois n'est pas coutume les lectures sont faites par la plupart des auteurs présents, Sofia Verdon prêtant sa voix à quelques présents et à celui qui, avant de s'envoler au ciel, a pris le temps de contribuer à la soirée.

 

Un grand nombre des plus de 130 auteurs reçus pendant la décennie par Tulalu!? ont en effet écrit le souvenir que leur a laissé une rencontre avec l'association sous forme de quatrième de couverture:

 

Antonio Albanese, Raphaël Aubert, Stéphane Blok, Anne Bregani, Arthur Brügger,  Marianne Brun, Roland Buti, Alexandre Caldara, Christian Campiche, Laurent Cennamo, Olivier Chapuis, Mélanie Chappuis, Nicolas Couchepin, Hélène Dormond, Sabine Dormond, Patrice Duret, Gilberte Favre, Philippe Favre, Isabelle Fluekiger, Alain Freudiger, Olivia Gerig, Markus Hediger, Blaise Hofmann, Marie-Christine Horn, Antoine Jaccoud, Claire Kraehenbühl, Jean-Louis Kuffer, Pierre Yves Lador, Max Lobe, Annik Mahaim, Janine Massard, Francesco Micieli, Pierre-André Milhit, Antonin Moeri, Quentin Mouron, Denise Mützenberg, Baptiste Naito, Cornélia de Preux, Philippe Rahmy, Silvia Ricci Lempen, Michel Rime, Anne-Frédérique Rochat, Daniel de Roulet, Walter Rosselli, Catherine Safonoff, Thomas Sandoz, Julien Sansonnens, Abigail Seran, Sylvain Thévoz, Lolvé Tillmanns, Marie-Jeanne Urech et Rachel Zufferey.

 

Tous n'ont pu se trouver là. Les absents n'ont pourtant pas eu complètement tort puisque leurs contributions sont présentes sur le site et accessibles... 

Tulalu!? fête ses dix ans à la bibliothèque Chauderon, à Lausanne

Bien avant de souffler les bougies d'anniversaire, quelques-unes de ces contributions sont donc lues par Pierre, Sofia et les auteurs qui l'ont bien voulu. En voici ci-dessous tantôt un extrait, tantôt l'intégralité, SL, c'est-à-dire selon longueur...

 

Pierre lit le texte de Thomas Sandoz :

Tulalu!? est l’histoire de jeunes activistes qui détestent la littérature d’aujourd’hui et décident d’éliminer le plus grand nombre possible d’autrices et d’auteurs. Des années durant, ces mygales tissent à coup de rencontres festives leur toile fatale jusqu’au soir de leur dixième anniversaire, l’occasion tant attendue où, profitant de la présence de nombreux invités, ils vont pouvoir exécuter leur thérapie diabolique. Mais parfois, le réel contrarie la fiction…

 

Sofia lit le texte du désormais céleste Philippe Rahmy, dans lequel il qualifie Tulalu!? de nouvelle Cagāmag (qui signifiait, en perse ancien, les métamorphoses du langage): 

Il y a dix ans, [elle] rassembla à Lausanne ceux qui écrivent et ceux qui tournent les pages, entretenant la mécanique vitale à même de contrarier l’esprit grégaire et sa logique d’aggravation. Un monde naît dans le monde qui meurt. Il nous appartient de naître avec lui, de célébrer, une fois encore, le miracle nécessaire de la parole : Tulalu !?

 

Sofia lira

 

Arthur Brügger :

Charlie Fischer raconte comment on vide un poisson, ça fait rire un peu. La guitare de Dylan fout l’ambiance tandis que je raconte quelques bêtises en réponse aux questions très pertinentes de Pierre. On boit encore quelques verres après pour finir les discussions littéraires et en entamer d’autres, plus triviales mais non moins intéressantes. On rentre chez soi et on se dit qu’on n’a pas vu le temps passer.

 

Nicolas Couchepin :

Pour jeter partout, comme des papiers déchirés, les mots invalides, en béquilles, parfois soutenus par des notes, des voix, merveilleuses, éraillées, douces, blessantes, remplies de sincérité. Aussi imparfaites que la vie et les mots.
Tulalu !?

Derrière nos yeux étroitement fermés, les mots, les phrases et les histoires, comme un lent effeuillage sans objet précis, mais aspirant à la célébrité.
Tulalu !?.

 

Baptiste Naïto :

Flocons dans le ciel ;

Les parapluies s’ouvrent et dansent…

« Où parleront-ils ? »

 

Antoinette Rychner :

Tulalu !? ce sont des organisateurs qui en veulent, et qui n’hésitent pas à vous aider en personne à porter la batterie jusqu’au parking, à la charger dans votre caisse. Qui vous raccompagnent en amis, comme au sortir de chez eux, le sourire aux lèvres, de l’intérêt plein les yeux jusqu’en bout de soirée et l’énergie encore, au lendemain, de se préoccuper de mémoire, de trace à travers des comptes-rendus.
Tulalu !? c’est 10 ans d’engagement admirable, et ça se fête !

 

D'un chapeau noir, Pierre tire au sort le nom des auteurs présents qui lisent leur quatrième:

 

Silvia Ricci-Lempen :

J’aimerais que tu l’aies lu, mais qui l’a lu ? Et si tu l’as lu, qu’as-tu vu, m’as-tu vue ? J’aimerais que tu m’aies vue et que m’ayant vue tu m’aies élue, parmi toutes celles et ceux qui écrivent pour être lus. J’aimerais qu’il n’ait pas plu sur les mots qui t’ont plu, les mots pleurés, c’est bien connu, on ne les entend plus.

 

Cornelia de Preux :

Chez Tulalu !?, il y a un lutin en chemise orange, avec une barbichette pointue et des yeux malicieux. Accompagné de complices futés, fée Carole en tête, il te balade hors des sentiers battus, fourrageant dans les clairières joyeuses, enfonçant les forêts noires et profondes.
Et tu te surprends à ricocher sur tes nœuds, à braver tes non-dits. Bref, tu te… livre(s)
.

 

Marie-Christine Horn :

Une fois, on s’est fait un Tulalu !? spécial Piscine et auteures fribourgeoises à la Motta. 40° degrés sans ombre, un vrai bouillon de culture, on était dans le thème ! L’équipe avait tout prévu, ils nous ont assises sur des serviettes de plage imprimées gril, et rapport à la chaleur, on était épicées naturellement. Moi j’étais très contente car Pierre est un des animateurs qui lit les livres qu’il présente. Ça met à l’aise et surtout, ça fait plaisir. On sait pourquoi on est là.

 

Annick Mahaim :

Ça a déménagé ! Au programme, un morceau polyphonique pop intitulé « Radieuse matinée », interprété par Claudine Berthet, dont la voix d’une parfaite justesse a porté la bande-son des seventies lausannoises. Le critique musical Pierre Fankhauser, comme toujours extrêmement bien préparé, s’est engagé dans un riche duo avec l’auteure ; le public a été invité à les suivre dans les coulisses de la création.

 

Raphaël Aubert (parrain de Tulalu!?):

J’étais à la radio, devant mon écran, à mon poste de travail des Nouvelles. Quand je reçois un courriel d’une certaine Carole Dubuis, qui me parle de Tulalu !?, me demandant si je viendrais y présenter mes livres. J’en suis évidemment très touché. En même temps, comme ma correspondante ne dit rien d’elle, je lui demande par retour de courriel qui elle est.
C’est alors que, à ma grande honte – et j’en suis toujours immensément confus aujourd’hui encore – c’est alors qu’elle me répond : « mais je suis en face de vous, au pilotage ! » Oui, confus. Au pilotage : c’est-à-dire à quelques mètres seulement, à la grande table où se réunissent tous les responsables de la rédaction pour la journée et que l’on appelle de ce fait le pilotage.

 

Olivier Chappuis :

Je me suis rendu à la bibliothèque de Chauderon en qualité d’auteur noir – je devrais dire « de noir », sinon on va se méprendre sur la couleur de ma peau. [...]

Meurtres sordides, zoophilie, inspecteur de police derrière les barreaux, balle perdue dans un parc… À se demander si quelque chose tourne rond dans notre société. Mais si rien ne clochait, évidemment, la littérature ne serait qu’une fade alignée d’historiettes sans relief, et personne ne demanderait à son voisin, son frère, sa mère, en brandissant tel ou tel roman : « Tu l’as lu ? »

 

Sabine Dormond

Dans ce bout de pays où la différence entre un auteur à succès et un auteur à insuccès se joue à un millier d’exemplaires vendus, la moindre marque de reconnaissance a son importance. Être à l’honneur d’une soirée Tulalu!? représente un incontournable jalon sur le chemin de la consécration, telle qu’on peut la concevoir dans les limites de nos frontières. Voir ses textes mis en valeur par le talent d’un comédien, présentés dans un écrin musical, analysés par des exégètes avertis… Il m’est arrivé d’en rêver.

 

Hélène Dormond :

Avez-vous déjà piloté un bolide télécommandé dans les allées d’une bibliothèque municipale, séché sur les questions pièges d’un examen de conduite fantaisiste ? Un peu plus loin le chant de cigales vous accueille dans des senteurs de lavandes, au détour d’un rayonnage on débarque en Écosse parmi des clans de Highlanders qu’on identifie aux couleurs de leur tartan. Avec Tulalu !? les livres prennent vie. On plonge dans leur décor, on tutoie les personnages, on se hasarde dans les intrigues. Mais peut-on en revenir indemne ?

 

Alexandre Caldara :

je ramasse un tronc derrière la datcha, mange un bout de pizza qui semble se replier sur mon texte, balance mon attirail inquiétant sur le podium, vérifie la stabilité du tout et préfère l’instable, fais quelques pas, redécouvre la brutalité arrangée du flon, ainsi flon, flon, flon, les enzymes gloutons, construis ma bulle bulbe pense à blutch des tuniques bleues, reste prêt à exploser bubble à mains nues à langue désaxée, rentre en surchauffe, mastique, tombe la chemise, fais flotter ma bedaine pour narguer les professeurs de gymnastique ou juste pour respirer, me lance dans l’orgie élégie clapotis, transpire, traverse, entend des rires, peut percevoir un léger malaise, marche jusqu’à la gare avec une typographe diaphane lui dédicace un des derniers Emacié à l’arrache sur le quai, fredonne tu, tu, tu, tu, tu, turlututu, poum, tchak

 

Philippe Favre :

Un mail de Frank. « J’espère que tu seras des nôtres au cocktail anniversaire de Tulalu !?
PS : Rédige-moi une petite 4e de couv, histoire de faire rire les invités.
PS2 : Isabelle sera là ! »
Y fait chier Franck. Il connaît pourtant mon côté misanthrope. Il sait tout de moi. Par exemple que je suis tombé amoureux d’une nana en coma dépassé, baignant dans un cylindre de Rivella. Franck, t’as pété un neurone si tu me crois adepte des apéros dînatoires !
Je m’apprête à deleter son mail...

 

Rachel Zufferey :

Ah, une nouvelle question ! Mais d’où les sort-il ?
« Décidément, Rachel, tu es d’une impertinence sans égale. »
Mais oui, cher Pierre, c’est même le thème de la soirée, l’Impertinence… Un mot qui me correspond à la lettre. Mes premières expériences avec Tulalu !? seraient-elles les initiatrices de cette impertinence ?
Réponse au prochain rendez-vous Tulalu !?…

Miguel Moura, Sima Dakkus Rassoul, Carole Dubuis et Pierre Fankhauser

Miguel Moura, Sima Dakkus Rassoul, Carole Dubuis et Pierre Fankhauser

Que sera Tulalu!? dans dix ans ? Miguel aimerait qu'elle perdure quoi qu'il advienne, Carole que la reconnaissance de l'association s'étende à toute la Suisse romande, Pierre qu'elle reste elle-même tout en évoluant, Sima que les livres présentés continuent d'être des lumières éclairant les êtres, même quand elle ne sera plus là, le siècle prochain...

 

La soirée se termine. Avant de se jeter sur les pains surprise, les gâteaux et les vins, les protagonistes estampillés Tulalu!? montent une dernière fois sur l'estrade. Ne figurent pas sur la photo trois membres du comité: celui de la dernière heure, celui qui se cache dans le public (ils sont pourtant tous deux présents), celle de la première heure qui fait un voyage d'amoureux en Italie...

 

Francis Richard

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3 octobre 2017 2 03 /10 /octobre /2017 22:55
Eugène et Pierre Fankhauser

Eugène et Pierre Fankhauser

Hier soir, pour sa première rencontre du lundi soir de la saison 2017-2018, l'association littéraire Tulalu!? a reçu Eugène, pseudo de l'écrivain Eugène Meiltz, au Bellevaux, à Lausanne, une salle obscure d'art et essai, ouverte en 1959 par un passionné de cinéma, carreleur de son métier...

 

Les circonstances ne prêtaient guère à sourire, encore moins à rire. La veille, l'écrivain Philippe Rahmy était mort, subitement. Et Pierre Fankhauser, l'animateur de l'association, en guise d'hommage, a lu un texte de l'écrivain disparu, dédié à Tulalu!? pour ses dix ans d'existence.

 

Philippe Ramy y parle de Manès et de son livre, Shabuhragan, qu'il dédicaça au roi sassanide Shapur 1er, texte magnifique, lu avec beaucoup d'émotion par Pierre, qui, une fois terminée sa lecture, a demandé à l'assistance de bien vouloir observer une minute de silence...

Eugène, dans son oeuvre

Eugène, dans son oeuvre

Après quoi la vie a repris ses droits. Philippe, qui, en dépit des vicissitudes, était le sourire incarné et la joie de vivre, n'aurait certainement pas désavoué que la soirée soit souriante, et même riante. Avec Eugène, véritable bout-en-train, pouvait-il d'ailleurs en être autrement ?

 

Eugène a écrit il y a deux ans un livre singulier intitulé Le livre des débuts, qui comprend effectivement onze débuts de livre. Très naturellement Pierre lui en a demandé la genèse. Ce qui a permis, si l'on ne le savait pas déjà, d'apprendre qu'Eugène anime des ateliers d'écriture.

 

Comme Eugène, le faiseur de mots, n'est pas du genre passif, pendant un certain nombre de ses ateliers, il ne s'est pas contenté de donner un thème et un temps à ses apprentis-écrivains, il a mis la main à la pâte à papier et a écrit des textes soumis aux mêmes contraintes qu'eux.

Delphine Grataloup et Eugène, en pleine action

Delphine Grataloup et Eugène, en pleine action

Pourquoi écrire seulement les débuts ? Pour ouvrir à ses lecteurs la porte de l'imaginaire. Un concours des suites a même été lancé dans la foulée et, d'ici la fin 2017, mieux vaut tard que jamais, un livre rassemblera les meilleures suites données à ces débuts, tous prometteurs...

 

Eugène avait-il en tête des suites quand il a écrit ses débuts ? Il reconnaît que, pour trois d'entre eux, c'était le cas. L'un de ses amis a deviné lesquels. Mais personne n'a deviné, pas même cet ami, quelles en étaient les suites. Quant aux suites du concours, elles sont la diversité même...

 

Eugène a lu hier soir, corps et âme, accompagné en musique par Delphine Grataloup, en tout ou partie, trois chapitres 1, des textes énergiques, comme lui : certaines phrases sont des aphorismes; certaines images sont de l'époque, dont Eugène se plaît à souligner le burlesque.  

Cyrielle Cordt-Moller et Eugène

Cyrielle Cordt-Moller et Eugène

Eugène dit que le manque d'inspiration n'existe pas. Ou plutôt que les excuses d'en manquer ne tiennent pas. Il suffit de prendre le bus - il n'en coûte que quelques francs - et de regarder quelques personnes autour de soi : il y a alors matière à écrire et à noircir une page blanche...

 

Ne dira pas le contraire Cyrielle Cordt-Moller, dont Eugène fut le mentor à l'Institut Littéraire Suisse de Bienne, où il enseigne depuis le début... en 2006. Dans un texte d'elle, où un hôtel est devenu le personnage principal, il lui a montré, à elle qui écrit bref, tout l'intérêt de développer... le passage sur une vitrine.

 

Partir de petits faits vrais et, l'imagination aidant, les transformer par l'écriture, sont le secret de la fertilité d'Eugène. C'est vrai dans son Livre des débuts; c'est également vrai dans les textes de bandes dessinées auxquelles il a participé récemment :

 

- Dans Yoko-Ni, écrit avec Christian Denisart, illustré par PET, il décrit l'addiction bien réelle aux jeux vidéos de personnages qui sont tantôt IRL (in real life), tantôt IG (in game)...

 

- Dans La chasse à la licorne, illustré par Gilles-Emmanuel Fiaux, il décrit des animaux de légende que démythifie la cryptozoologie...

 

Après une soirée passée avec Eugène, la plume ne peut que démanger...

 

Francis Richard

Delphine en solo et l'ombre portée d'Eugène

Delphine en solo et l'ombre portée d'Eugène

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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 23:55
Max Lobe et Pierre Fankhauser

Max Lobe et Pierre Fankhauser

Ce soir, l'association littéraire Tulalu!?, qui pour la troisième fois se délocalise à Sion, reçoit Max Lobe, à la Médiathèque du Valais. La rencontre est animée par le charismatique Pierre Fankhauser, qui demande à l'invité, une fois n'est pas coutume, de lui répondre s'il va bien en bassa, langue parlée au Cameroun dont il est originaire...

 

Max Lobe joue le jeu et lui répond en bassa. Pour l'auditoire, qui ne comprend pas un traître mot de cette langue bantoue, à l'exception de ma voisine de droite, prénommée Sissi, comme l'impératrice, Max a l'obligeance de traduire ses propos: il en ressort qu'il est en forme et qu'il est venu en train depuis Genève. Il en profite pour dire que son nom de famille se prononce Lobé et que Lobe est son nom d'artiste...

 

Max et Pierre se tutoient dans le civil. Ils ont convenu de ne pas recourir à un voussoiement de circonstance, pour que la rencontre soit conviviale. La maman de Max, que sa fratrie n'a jamais appelée que par son prénom (elle a eu sa première fille à 15 ans et lui, le cinquième, à 22), lui a recommandé, pour se préparer à la rencontre de ce soir, de prier et d'avoir la foi, afin qu'elle soit réussie.

 

La foi, en langue bassa, n'a pas le même sens que le mot français. Max parle dans son livre La trinité bantoue du cancer de l'oesophage d'une mère. Il s'est inspiré de celui de sa mère: un jour, le médecin leur a dit, à ses soeurs et à lui, que leur mère n'en avait plus pour longtemps et a proposé de la débrancher, mais sa soeur aînée, qui a la foi, a fermement refusé qu'elle le soit. Lui aurait accepté...

 

Contre toute attente, aujourd'hui, la mère de Max vit très bien, à Lugano, complètement guérie. Chaque jour il s'entretient longuement avec elle au téléphone. C'est, comme il dit, sa potesse. Il y a entre elle et lui un amour fusionnel. C'est peut-être pourquoi, alors qu'il n'y avait pas prêté attention jusqu'à ce qu'un journaliste lui en fasse la remarque, il est question de rapports mère-fils dans ses trois derniers livres...

 

Max est arrivé à Genève à 18 ans, en 2004. Comme il ne connaissait rien à la Suisse, il s'est conduit au début comme un villageois, ce qui est considéré comme une injure au Cameroun. Une de ses soeurs lui a ainsi demandé une chose apparemment simple, d'aller acheter des oranges à la Migros. Il n'en a pas trouvé, parce qu'au Cameroun, les oranges sont vertes...

 

Max n'est retourné au Cameroun qu'au bout de dix ans, en 2014, si l'on excepte la fois où il s'y est rendu pour l'enterrement de son père, en 2009. Il y est retourné parce qu'il  a voulu connaître sur place l'histoire cachée de l'indépendance de son pays natal, après avoir lu le volumineux livre Kamerun!, de Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa.

 

Son dernier livre, Confidences, est le récit de ce voyage de retour au point de départ. Hormis Mâ Maliga (elle est octogénaire, ce qui est singulier dans un pays où l'espérance de vie est de cinquante ans: ne serait-elle pas sorcière?), personne, même pas sa tante, ne veut lui parler de ce passé. Pour conjurer le malheur, il est des choses dont il vaut mieux ne pas parler.

 

Cette guerre d'indépendance - au mot d'indépendance, Max préfère le mot de kundè, qui, en bassa, signifie liberté de disposer de soi - n'est pas racontée dans les écoles. Elle demeure cachée. Mais un pays ne cache que ce dont il a honte, car, autrement, quand il n'a pas honte, à défaut d'avoir des héros, il s'en invente...

Guillaume Prin

Guillaume Prin

Avec un léger, subtil, accent camerounais, la lecture, par le comédien Guillaume Prin, d'un monologue de Mâ Maliga, situé au début de Confidences, est l'occasion pour Max de souligner qu'il y a le parler, l'oralité et qu'ils sont plus difficiles qu'on ne pense à restituer par l'écriture de telle manière qu'ils soient compréhensibles par le lecteur.

 

Une autre lecture relate la guerre cachée. Une fois que Guillaume Prin s'est tu, cette lecture laisse sans voix l'invité et... l'assistance, parce que sont évoqués des mauvais traitements, des massacres, des camps de concentration - à ne pas confondre bien sûr avec des camps d'extermination -, baptisés là-bas zones de pacification, zopacs...

 

Une lecture d'un extrait de La trinité bantoue relate une manifestation organisée par une ONG qui s'insurge contre l'affiche de la discorde, où l'on voit des moutons blancs, l'un d'entre eux chassant un mouton noir du pré où ils paissent. Tandis que les manifestants marchent animés de bons sentiments, le ventre du stagiaire de l'ONG chante...

 

Max Lobe se situe entre deux cultures, africaine et européenne. Quand il va au Cameroun il est considéré comme un blanc, quand il retourne en Suisse il n'est pas du tout considéré comme tel. Sa langue maternelle est le français de là-bas, mais sa langue actuelle est celle d'ici. Quand il écrit les deux influences apparaissent, et c'est charmant.

 

Comme est charmant ce rite, qu'il est peut-être l'un des derniers à observer, ici et peut-être même là-bas: quand il s'apprête à cueillir un fruit sur un arbre, il lui adresse intérieurement, et préalablement, une prière, où il lui dit qu'il ne lui veut aucun mal, qu'il veut simplement se nourrir et qu'il lui en demande la permission...

 

Francis Richard

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 23:55
Pierre Fankhauser et Philippe Favre

Pierre Fankhauser et Philippe Favre

Ce soir, pour sa première rencontre de 2017, l'association littéraire Tulalu!? reçoit Philippe Favre à Sion, à la Médiathèque du Valais. La rencontre est animée par le charismatique Pierre Fankhauser, qui a peut-être demandé d'emblée à l'invité s'il allait bien...

 

Toujours est-il que ce soir l'animateur porte une autre casquette, celle de comédien: il va en effet lire trois extraits de Cortex, le roman d'anticipation de Philippe Favre publié à l'automne. Lequel s'était intéressé au passé avec 1352 - Un médecin contre la tyrannie.

 

Ces deux romans se situent à un tournant de l'histoire de l'humanité. 1352 c'était la fin de ce qu'on appelle le Moyen-Âge, tandis que le Human Brain Project, HBP, sujet de Cortex, pourrait s'avérer être une avancée considérable pour l'humanité.

 

Philippe Favre apprend l'existence de ce projet de modélisation du cerveau par superordinateur et s'y intéresse au moment où ce projet, financé par l'Union européenne et dirigé par l'EPFL, pourrait bien être gelé après la votation du 9 février 2014 contre l'immigration de masse...

 

Philippe Favre se documente sur le sujet, qui le passionne, et a la chance de rencontrer Henry Markram, qui coordonne l'équipe du projet à l'EPFL. Markram lui dit des choses, qui lui donnent matière à réflexion et à l'écriture de ce deuxième roman, en particulier:

 

Nous sommes notre cerveau, mais il n'est qu'une part de nous.

 

Il lui dit aussi en substance que si nous posons une question à notre cerveau, il lui donne toujours une réponse: le fait est que notre principal interlocuteur, au long de notre vie, c'est nous-mêmes...

 

Pierre Fankhauser lit un passage du livre où un personnage fait à l'équipe un exposé sur les émotions. Philippe Favre a retenu à ce propos une expression entendue lors d'une émission sur un institut de recherche de la côte ouest, qui l'a également marqué:

 

Nous sommes le creuset de nos émotions...

 

Dans Cortex, Philippe Favre fait franchir une étape décisive au projet. Alors que jusqu'à présent l'équipe de l'EPFL ne travaille que sur un échantillon de cerveau de souris, il fait prendre une décision irrationnelle par le chef de cette équipe, Gregory Coleman.

 

Lana, la fille de Coleman, meurt dans un accident. Tous ses organes sont donnés. Son père récupère son cerveau et le reste de son corps pour le HBP. Coleman veut sans doute, au fond de lui-même, garder quelque chose de sa fille...

 

Philippe Favre, qui a des enfants, ferait-il une chose pareille pour l'un des siens? Peut-on savoir ce qu'on le ferait tant qu'on ne se trouve pas en situation? répond-il. Au seuil de la mort, lui qui serait plutôt matérialiste, ne renouerait-il pas alors avec des croyances?

 

Un tel projet pose des problèmes éthiques, mais Philippe Favre pense que toute technologie est susceptible d'être utilisée pour le bien comme pour le mal et que ce n'est donc pas la technologie elle-même qu'il faut remettre en cause.

 

Si l'objectif du HBP est clairement de développer de nouvelles thérapies pour les maladies neurologiques et, notamment, de découvrir dans quelles conditions elles apparaissent, d'aucuns pourraient bien en utiliser les résultats pour dominer les autres du haut de leur "immortalité"...

 

Il y a en quelque sorte, histoire humaine éternelle, d'un côté des sauveteurs et, de l'autre, des colons...

 

Francis Richard

 

Mis à jour le 27.01.2017

Pierre Fankhauser lisant un extrait de "Cortex"

Pierre Fankhauser lisant un extrait de "Cortex"

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 23:55
Pierre Fankhauser, Gilberte Favre et Sylvie Blondel

Pierre Fankhauser, Gilberte Favre et Sylvie Blondel

Ce soir, pour sa deuxième rencontre du lundi soir de la saison 2016-2017, l'association littéraire Tulalu!? reçoit Gilberte Favre à Sion, à la Médiathèque du Valais. La rencontre est animée par le charismatique Pierre Fankhauser.

 

Pierre Fankhauser a pour mission de faire parler la Sédunoise. Mais, celle-ci ne va dire que ce qu'elle veut bien dire. Car elle a été journaliste et connaît toutes les ficelles du métier, les dialogues étant, d'ailleurs, ce qu'elle préférait dans son exercice.

 

Journaliste, elle l'est restée dans l'âme, et ses deux derniers livres parus cette année, Guggenheim Saga et Dialogues inoubliés, en sont le témoignage. Dans l'un comme dans l'autre livre, elle restitue scrupuleusement ce qu'elle a appris.

 

Dans un train de Neuchâtel à Bienne, elle entend dire un jour, par un passager, que la famille Guggenheim est originaire de Suisse. Cela lui donne l'idée de mener l'enquête sur cette famille, dont le mécénat en matière d'art est notoire.

 

C'est ainsi qu'elle apprend que les Guggenheim sont originaires de Lengnau, en Argovie, la seule localité de Suisse, avec Endingen, où les Juifs ont le droit de résider depuis 1776... Elle décide alors de raconter leur saga, qui commence dans la souffrance.

 

Trois raisons toutes personnelles, qui n'entreront pas pour autant en conflit avec son éthique d'ancienne journaliste, la déterminent en effet: les rapports d'un père, Simon Guggenheim, avec son fils, Meyer Guggenheim; le mécénat d'art; la dentelle de Saint-Gall.

 

Les rapports d'un père avec son fils lui rappellent ceux de son mari, Nourredine Zaza, mort en 1988, avec leur fils, né en 1973; le mécénat d'art, sa visite au Musée Guggenheim de Venise, avec son fils (il a aimé les oeuvres de Dali, tandis qu'elle a préféré celles de Delaunay, de Miro et de Klee).

 

La dentelle de Saint-Gall lui rappelle la robe que sa mère lui avait confectionnée à partir de cette broderie. Elle trouve extraordinaire que la fortune des Guggenheim soit due au départ à sa fabrication avant de l'être dans les minerais et la métallurgie et qu'une partie de cette fortune ait été consacrée à l'art.

 

Sylvie Blondel, qui a présenté au public l'invitée de Tulalu!?, lit un passage relatif au tout début de la saga racontée par Gilberte Favre. Elle lira plus tard dans la soirée un dialogue inoublié, De la nature, entre Gilberte Favre et Maurice Chappaz, où Gilberte interprétera son propre rôle et elle celui de Maurice...

Delphine Grataloup

Delphine Grataloup

Les Dialogues inoubliés sont des dialogues inoubliables que Gilberte Favre a eus avec l'auteur valaisan. Ils sont inoubliés par elle pour la bonne raison qu'elle ne veut pas les oublier. En les publiant aujourd'hui elle partage, à partir de ses notes, les instants privilégiés qu'elle a connus avec lui.

 

Quand elle rencontre Maurice Chappaz, Gilberte Favre a vingt ans, l'âge des enfants de celui-ci, du moins celui d'Achille. Elle est alors journaliste stagiaire à la Feuille d'Avis du Valais. S'il devient son Père spirituel, il est surtout le Poète, dont elle lira quelques extraits de poèmes à l'issue de la rencontre.

 

Dans ces dialogues, Maurice Chappaz aborde des thèmes, tels que celui de l'angoisse, qu'il n'a pas abordés publiquement auparavant. Il faut dire que les chefs de rubriques de l'époque estimaient que de tels dialogues n'étaient pas publiables, qu'ils étaient trop intellectuels pour leurs lecteurs...

 

Maurice Chappaz aurait aimé vivre de 1816 à 1913. Pour lui, le XIXe siècle était le siècle des découvertes, le XXe, celui de leur industrialisation. Et il n'aimait pas trop ce que le monde devenait, non pas qu'il soit pessimiste, mais, attaché à la nature, il n'aimait pas qu'il lui soit fait violence: 

 

Il y a des fins du monde mais pas la fin du monde.

 

Pendant la rencontre, à la flûte traversière, Delphine Grataloup interprète des intermèdes musicaux, qui sont autant de respirations permettant à chaque fois à l'auditoire de songer agréablement, à ce qui vient d'être dit ou lu, et de l'approfondir jusqu'au creux de son âme.

 

Il faut dire que les morceaux joués sont de choix:

- deux extraits de la Partita en la mineur de Jean-Sébastien Bach,

- la Chanson de Pan de Roger Bourdin

- la Danse de la chèvre d'Arthur Honegger

 

Quand Gilberte Favre était enfant, elle faisait du scoutisme. Sa cheftaine lui a demandé un jour ce qu'elle voulait faire. Elle lui a répondu: Écrire et voyager. Ce qui a suscité l'ironie de cette dernière. C'est pourtant ce qu'elle a fait, restant toujours elle-même, qu'elle écrive une fiction ou qu'elle décrive ce qu'elle voit.

 

Gilberte Favre a vu des choses terribles pendant ses voyages, mais aussi des choses merveilleuses. Même si le monde ne lui semble pas aller en s'améliorant, elle n'est pas blasée: il y a encore tant de choses pour elle à découvrir. Et elle n'a donc rien perdu ni de sa faculté d'émerveillement, ni de sa curiosité.

 

Gilberte Favre suit en cela le modèle que fut pour elle son mari Nourredine Zaza, qui, en tant que Kurde, a subi de terribles sévices sans éprouver jamais de ressentiments, et l'exemple que fut pour elle Maurice Chappaz qui était à la fois un homme curieux du Monde et, la chose est moins connue, d'une grande bonté.

 

Francis Richard

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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 22:55
Claudine Berthet, Annik Mahaim et Pierre Fankhauser

Claudine Berthet, Annik Mahaim et Pierre Fankhauser

Ce soir, pour sa première rencontre du lundi soir de la saison 2016-2017, l'association littéraire Tulalu!? reçoit Annik Mahaim au Lausanne-Moudon. Et Pierre Fankhauser, son animateur charismatique, pose sa question rituelle à l'invitée: Comment ça va?

 

Puis, comme à son habitude, mine de rien, Pierre entre dans le vif du sujet en lisant un extrait du dernier livre d'Annik Mahaim, Radieuse matinée, un livre où elle raconte une décennie de sa vie, celle des années 1970, à Lausanne, décennie qui a compté beaucoup pour elle, et pour celles et ceux de sa génération.

 

Dans cet extrait il ressort qu'Annik Mahaim a été une militante active. Pourquoi a-t-elle décidé d'écrire son autobiographie de l'époque? Moins pour raconter sa propre vie que pour réagir à des propos tenus par Nicolas Sarkozy, qui, décidément, a le don d'en exaspérer plus d'un, de quelque horizon qu'il vienne.

 

Sarkozy s'en prenait à ceux et celles de sa mouvance et les caricaturaient. Avec son livre, Annik Mahaim a donc voulu rétablir leur vérité et ce n'est pas fortuit qu'elle l'ait dédié à Michèle B., une militante comme elle, de son âge (le mien), morte à cinquante ans. Elle a voulu écrire ce livre à leur mémoire, déformée par un méprisant inutile.

 

Ecrire cette autobiographie n'a pas été sans mal. Devenue aujourd'hui romancière, il lui a pourtant fallu six ans pour l'écrire. Dans une première version, elle se disait tu ou parlait d'elle, variait les modes narratifs: c'était trop compliqué. Dans la version définitive elle a adopté je, deux je pour être exact: un je de l'époque et un je d'aujourd'hui, sans complaisance pour l'autre.

 

Il s'agissait donc de ressusciter cette époque où l'espoir en un monde meilleur était plus grand qu'il ne l'est aujourd'hui - Annick Mahaim fait le geste de la main d'un plafond qui s'abaisse - et où il y avait une plus grande joie de vivre, un bonheur public. Car, comme beaucoup de militants d'extrême-gauche d'alors, qui voulaient changer le monde, elle a maintenant perdu ses illusions.

 

A l'époque, rien ne la prédispose à devenir un jour militante de la Ligue marxiste révolutionnaire, LMR. Fille de cardiologue, elle habite Pully, une charmante maison de la banlieue-est de Lausanne...

 

Seulement elle découvre le surréalisme en lisant Nadja d'André Breton, ce qui bouscule déjà ses conventions. Puis elle lit le Manifeste du parti communiste:

Je découvre l'exploitation de l'homme par l'homme; je découvre l'iniquité des rapports entre le Nord et le Sud. A chaque page une révélation, à chaque page, une compréhension nouvelle des mécanismes économiques et politiques. C'est follement intelligent, magistralement clair.

 

Elle ajoute: Un voile se déchire, mes yeux se déssillent. Je découvre un pan de la réalité dont personne ne m'a jamais parlé. Surtout j'ai l'impression pour la première fois de comprendre ce monde. C'est à partir de cette lecture qu'elle milite ardemment auprès des trotskystes et que sa vie change.

Claudine Berthet et Annik Mahaim

Claudine Berthet et Annik Mahaim

Dans Radieuse matinée, il y a un mélange de vécu et de reconstitution qu'elle a faite à partir d'une large documentation.

 

Le vécu, ce sont, par exemple, les moyens de reproduction des textes de l'époque, impensables au temps du numérique. Pour imprimer des tracts, on tape à la machine à écrire électrique sur des stencyls, car les photocopies sont de piètre qualité. On compose de même à la machine les colonnes de La Brèche, le journal de l'organisation.

 

Le vécu, c'est aussi la pauvreté de style des textes rédigés pour être distribués à la sortie des usines et qu'elle relit aujourd'hui avec un mélange d'amusement et d'affliction... Il faut dire qu'après avoir milité à la LMR, puis au Mouvement de libération de la femme, elle est devenue écrivain et que son écriture se veut artistique plutôt que militante.

 

Le militantisme et l'art ne font pas bon ménage, dit-elle, comme l'atteste l'art du réalisme socialiste soviétique. Pierre Fankhauser, taquin, lui fait toutefois remarquer que dans son recueil de nouvelles Pas de souci, elle s'en prend aux conditions dans lesquelles on travaille actuellement dans les entreprises. N'e revient-il pas cependant aux voix du monde, telles que la sienne, de grossir le trait?

 

La reconstitution, c'est, par exemple, la chute du Chili d'Allende, le 11 septembre 1973. Claudine Berthet lit avec une sobre conviction le passage qui relate cette chute dans le livre d'Annik Mahaim. A observer celle-ci, pendant cette lecture, on voit que ce récit, qu'elle redécouvre en l'écoutant lu par une autre, ne la laisse pas indifférente, qu'elle est émue et colère. Et le timbre de sa voix s'en ressent quand elle reprend la parole.

 

Il y a en Annik Mahaim un tel sentiment de défaite et de colère mêlée, qu'il se lit ce soir sur son visage et qu'il s'entend dans sa voix. Et ce sentiment se communique de manière palpable à celles et ceux qui ont partagé ses illusions et qui se trouvent dans la salle. C'est celui d'une militance et d'une espérance déçues.

 

Annik Mahaim regrette surtout, dit-elle, que la société socialiste que construisait Allende, élu légalement à la présidence de son pays, n'ait pu voir le jour...et qu'elle n'ait pu montrer ce qu'elle pouvait être dans la réalité, comme elle regrette que se perde l'histoire des grands événements de cette révolution internationale (qu'elle a appelée de ses voeux), c'est-à-dire l'histoire de la conscience.

 

En écrivant Radieuse matinée Annik Mahaim a juste voulu retrouver comment elle voulait changer le monde, changer la vie et elle y est sans doute parvenue, puisque même ceux ou celles qui n'ont pas partagé ses vues, voire s'y sont opposés, peuvent la comprendre, sinon l'approuver, par la magie de l'écriture, cette forme d'art qui, quand il est authentique, exprime l'humanité de celui ou celle qui tient la plume.

 

Francis Richard

 

Livres d'Annik Mahaim:

 

Pas de souci! Plaisir de lire (2015) 

Radieuse matinée Editions de l'Aire (2016)

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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 22:55
Pierre-André Milhit et Pierre Fankhauser

Pierre-André Milhit et Pierre Fankhauser

Ce soir, l'association littéraire Tulalu!? reçoit au Lausanne-Moudon Pierre-André Milhit. Son charismatique animateur, Pierre Fankhauser, le prévient que l'association ne plaisante pas avec les horaires, qu'elle est même pointilleuse, et que la rencontre est strictement minutée. Qu'il se le dise ! Non mais, qui est le chef ?

 

Strictement minutée ? Enfin, presque, puisque la rencontre prévue à 20h01, commence en fait à 20h06 par la lecture, par l'invité, de la minute correspondante de son livre, 1440 minutes, suivie par sa lecture des deux minutes d'après, de 20h07 et de 20h08. Cinq minutes de retard, ce n'est tout de même pas un quart d'heure, fût-il vaudois...

 

Ceux qui, dans l'assistance, n'ont pas encore lu 1440 minutes, titre trouvé par Jasmine Liardet, son éditrice (alors qu'il pensait initialement à Profonde horloge), où l'auteur a écrit une histoire pour chaque minute d'une journée, soit au total 1440, peuvent se rendre compte que d'une minute l'autre, l'auteur passe du coq à l'âne, ce qui n'est pas pour déplaire à cet amateur de bestiaire, dont j'ai lu l'opus à la dernière minute... Les 1440 histoires se suivent mais ne se succèdent pas. Elles sont à l'image du temps, fragmentées.

 

Quand Pierre-André Milhit se lance dans ce projet, il s'impose deux contraintes: 1) Chaque histoire courte comprendra six phrases, suivies d'une phrase qui commencera par je, avec pour conséquence qu'il doit se mettre à la ponctuation... 2) Il se disposera à écrire à la minute près. Ces contraintes consenties lui donneront une grande liberté...

 

De décider d'écrire à telle heure, telle minute, ne signifie pas qu'il commence à écrire pile à cet instant. C'est plutôt le processus de création qui s'enclenche à ce moment-là. Et cette création dure en moyenne quinze minutes, ce qui, répété 1440 fois, correspond à un travail à plein temps de deux mois, alors qu'il lui en a fallu dix-huit pour mener à bien son projet.

 

Pour les heures de la nuit, il met son réveil, ce qui ne dérange pas celle qui partage son lit, parce qu'elle dort du sommeil de la juste... Les minutes les plus difficiles à écrire auront été celles situées entre 17h30 et 19h, quand il rentrait du travail (avec l'envie de souffler ou de souper); et celles situées entre 23h et 24h, au moment où d'habitude il se met au lit.

 

Pour surveiller l'avancement du projet il dresse un gigantesque tableau Excel de 1440 cases qu'il colore à chaque fois que le texte correspondant à la minute du jour est rédigé. Cela ne va pas sans anicroches. Un jour il a perdu irrémédiablement le texte d'une minute; un autre, tout content d'avoir écrit la meilleure de ses minutes, il s'aperçoit que la case est déjà prise.

Raphaël Raccuia et Pierre-André Milhit

Raphaël Raccuia et Pierre-André Milhit

Chaque texte est écrit, à la minute dite, à la main, puis il est transcrit sur l'ordinateur, moyennant quelques corrections, enfin il est soumis à son éditeur, Pascal Rebetez, qui lui demandera de supprimer un certain nombre de renards, pléthoriques dans la version initiale et tout de même très présents dans l'actuelle version aux côtés de belettes et autres fouines.

 

Avec ses 1440 histoires courtes, Pierre-André Milhit ne cherche pas à expliquer le monde. Le monde est et il cherche seulement à le partager avec les autres, tel qu'il le perçoit, avec ses animaux (plus particulièrement les oiseaux, qu'il observe et dont il s'émerveille des noms qui leur ont été donnés), avec ses arbres et ses fleurs dont, botaniste, il connaît les petits noms.

 

Il ne désigne pas les personnages par leurs prénoms ou leurs patronymes, mais par leurs métiers. Il y a peu de noms de lieux dans ses minutes, mais il y a beaucoup de noms de rues qui se caractérisent par les personnes qui y habitent. Il donne ainsi, en riant, l'exemple de la rue des pucelles qu'il situerait volontiers à Orléans, où l'on se demanderait qui est la deuxième...

 

Quel poète est-il? Il est tout simplement Milhit, même si, plus jeune, il aurait aimé être Rimbaud, puis Chappaz, qui, avec Jean-Marc Lovay, rencontré au Val d'Anniviers, et Raymond Farquet, sont les écrivains lui ayant donné l'envie de parler de son pays, le Valais, qui transparait toutefois dans ses riches minutes, notamment dans la centaine de minutes qu'il a écrites, un automne, dans une chambre non chauffée d'un hôtel du Val d'Hérens.

 

Pierre-André Milhit ne cherche pas à expliquer le monde, mais la musique l'aide à le comprendre. Accompagné de Raphaël Raccuia à la guitare, il psalmodie un Oratorio jaculatoire de sa composition, puis déclame un poème, Holà! le vent sur les chevaux, où il demande incidemment pardon à Monsieur le Commissaire d'avoir écrasé dieu en reculant devant l'humilité et présente ses excuses à Madame la Juge pour avoir étranglé la bonne conscience en [s]'exerçant au noeud de cravate...

 

La religion occupe une place importante dans 1440 minutes. Il a été servant de messe dans son jeune temps, à Saxon. S'il s'est éloigné de la religion catholique de son Valais natal et qu'elle s'est éloignée de lui, il garde un souvenir ému de sa liturgie, de sa dramaturgie, et côtoie des gens pour qui le catholicisme garde son importance, tandis qu'il doute...

 

La rencontre proprement dite se termine à 21h08. Pierre-André Milhit lit alors les minutes 21h08, 21h09 et 21h10 tirées de son livre. Il continue ainsi à partager sa vision des choses et des êtres au public de ce soir, qui est tout ouïe, qui apprécie et l'applaudit, ce qui est cadeau pour lui...

 

Francis Richard

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21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 22:00
Journée Tulalu!? spéciale éditions Encre Fraîche

Belle journée ensoleillée que ce 21 mai 2016 où l'association littéraire Tulalu!? reçoit, à Lausanne, les éditions Encre Fraîche.

 

Le point de départ comme le point d'arrivée de la journée est la Galerie Humus.

Journée Tulalu!? spéciale éditions Encre Fraîche

Au programme:

 

Le matin, à la galerie

- lectures tirées d'Impasse khmère d'Olivia Gerig, de Nage libre d'Olivier Chapuis et d'un texte de Samuel Bezençon, par Sofia Verdon et René-Claude Emery, accompagnés en musique par Edmée Fleury

 - présentation des éditions Encre Fraîche par Alexandre Regad

 

Le midi, dans le parc Mon-Repos

- pique-nique pour les amateurs

 

L'après-midi, à travers la vieille ville

- lectures par Sofia Verdon et René-Claude Emery de textes:

. de Laurence Bolomey et d'Olivier Sillig dans le parc de la Fondation de l'Hermitage,

. de Jean-Luc Chaubert et d'Olivier Chapuis dans le jardin du Petit Théâtre,

. de Sabine Dormond  et d'Hélène Dormond au bas des Escaliers du Marché

 

Fin d'après-midi, à la galerie

- apéritif

Pique-nique dans le parc de Mon-Repos

Pique-nique dans le parc de Mon-Repos

Sofia Verdon et René-Claude Emery dans le parc de la Fondation de l'Hermitage

Sofia Verdon et René-Claude Emery dans le parc de la Fondation de l'Hermitage

Sofia Verdon dans le jardin du Petit Théâtre

Sofia Verdon dans le jardin du Petit Théâtre

René-Claude Emery dans le jardin du Petit Théâtre

René-Claude Emery dans le jardin du Petit Théâtre

René-Claude Emery et Sofia Verdon au bas des Escaliers du Marché

René-Claude Emery et Sofia Verdon au bas des Escaliers du Marché

Encre Fraîche est une association très dynamique et très créative, qui existe maintenant depuis 12 ans.

 

Encre Fraîche a commencé, en 2004, avec la publication d'un livre refusé par nombre de maisons d'édition: La Marche du Loup d'Olivier Sillig. Encouragée par ce premier succès (le livre a été sélectionné pour le prix TSR de 2005), elle édite depuis, en moyenne, quatre livres par an.

 

Si je devais résumer ce qui anime l'association, je dirais:

Il n'y a pas de ligne à Encre Fraîche mais des lignes qui répondent à des coups de coeur...

Parmi la centaine de manuscrits reçus chaque année, la sélection est faite par une commission littéraire composée à l'heure actuelle de Catherine Demolis, de Christelle Iskander, d'Alexandre Regad et de Sarah Renaud.

 

Tout le travail éditorial est effectué par l'association elle-même: il n'y a par exemple pas de relectures ni de corrections externes, et la diffusion est maison...

 

Recevant des subventions ici ou là, pour des tirages de l'ordre de 500 exemplaires (L'Ogre du Salève, d'Olivia Gerig, a cependant été réédité trois fois), tous les livres qu'elle édite sont imprimés en Suisse, une singularité...

 

C'est l'auteur qui est au coeur des préoccupations de l'association aux coups de coeur, et au grand coeur, la preuve en est qu'elle lui attribue la moitié des bénéfices engrangés par les ventes, autre singularité...

 

Les ventes demeurent toutefois helvétiques. Car la diffusion en France voisine s'avère très difficile. Et la presse suisse elle-même n'aide pas. Ainsi n'a-t-elle pas dit un mot du prix Adelf-Amopa (qui consacre la première oeuvre littéraire francophone) décerné en France en 2015 à L'enfant de Mers-el-Kebir de Sophie Colliex...

 

Encre Fraîche organise des rencontres avec les auteurs dans des cafés ou dans des jardins, et, toujours avec eux, des balades littéraires à pied, à vélo et même à pédalo...

 

Chaque année ou presque - elle en est cette année à la huitième édition -, elle organise un concours de nouvelles sur un thème et publie l'année suivante, à l'occasion du Salon du Livre de Genève, les meilleurs textes dans un ouvrage collectif:

 

- Une page et une spatule (2009)

- A quoi rêvent-ils? (2011)

- Musica! (2012)

- A l'aéroport... (2013)

- Même jour, même heure, dans 10 ans (2014)

- Masques (2015)

- Au fond du jardin (2016)

 

Dans le registre collectif, pour son dixième anniversaire, en 2014, Encre Fraîche a édité un coffret, Au fil de l'encre, comprenant 23 livrets, soit un livret de présentation et un livret par auteur d'une des vingt-trois nouvelles inédites (Olivier Sillig en a écrit deux)...

 

L'an passé Encre Fraîche a édité sous le titre Désirs, les textes de 15 auteurs romands, qui ont écrit sur ce thème une nouvelle, qu'ils ont lue, la première fois, dans le cadre du projet de La Maison éclose, lors de la nuit de la lecture à Lausanne, le 18 avril 2015. Avec le livre proprement dit, l'acquéreur reçoit deux CD d'enregistrement des textes par leurs auteurs...

 

Enfin, ce n'est pas la moindre de ses activités, Encre Fraîche organise le 12 novembre 2016, pour la troisième année consécutive, le Salon des Petits Editeurs, à la Ferme Sarasin, au Grand-Saconnex. Ils étaient déjà 18 petits éditeurs présents en 2014 et 24 en 2015...

 

Francis Richard

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 22:55
Pierre Fankhauser et Joseph Incardona

Pierre Fankhauser et Joseph Incardona

Ce soir, l'association littéraire Tulalu!? reçoit au Lausanne-Moudon Joseph Incardona, auteur de romans noirs. Ce qui ne signifie pas pour autant qu'il ne sait pas prendre la vie du bon côté et rire franchement, même des vicissitudes. Joseph Incardona sait bien en effet que la vie est faite de hauts et de bas, que les retournements de situation personnelle se suivent et ne se ressemblent pas, qu'il faut sans cesse s'adapter, qu'il faut être résilient et ne surtout pas chercher à être assisté.

 

Joseph Incardona recherche les lieux où il peut trouver des gens avec lesquels il se sent bien et, ce soir, c'est le cas, non pas parce qu'il est né à Lausanne (en 1969) - il n'y a guère vécu -, mais parce qu'il aime faire de telles rencontres. Sans doute est-ce aussi parce que son existence n'a pas toujours été confortable. Avoir une mère suisse et un père italien, cela vous met Le cul entre deux chaises, le titre de son premier roman, réédité en 2014 par BSN-Press. Ce qui veut dire en clair: ne pas avoir de chaise du tout pour le reposer.

 

Dans sa jeunesse Joseph Incardona a lu beaucoup de... bandes dessinées, mais aussi des auteurs comme Cendrars ou Steinbeck. Plus tard deux auteurs vont le marquer profondément: John Fante (Demande à la poussière) et Harry Crews. Ces deux auteurs, comme lui, ont une dilection pour les personnes en marge: Joseph Incardona en rencontre lorsqu'il fait des visites dans les prisons et il en peuple ses romans noirs, tels que Derrière les panneaux il y a des hommes, où il en crée un véritable microcosme, au bord d'une autoroute.

 

Comment en est-il venu à écrire? Parce qu'aucun métier ne le tente, tandis que l'écriture a l'avantage d'être à sa portée et d'être l'art du pauvre, d'être pour lui un moyen de s'accomplir et de ne plus se sentir inutile, même s'il sait que l'écriture est fragile et qu'il éprouvera toujours le stress de la phrase à venir. Comment écrit-il? Il n'a pas besoin de réel confort pour écrire, il n'a besoin que de s'isoler quelques heures, le matin, de disposer de ce que Virginia Woolf appelle Une chambre à soi. Et, quand, alors, il écrit deux ou trois bonnes pages, cela suffit à son bonheur.

Yves Jenny et le duo Posology, Nicolas Bonstein et Danielle Goren

Yves Jenny et le duo Posology, Nicolas Bonstein et Danielle Goren

Son livre Permis C est le deuxième volume d'une trilogie romanesque, dont le premier, qui en est pourtant la suite, est Le cul entre deux chaises, cité plus haut. Il s'agit d'un roman, non pas d'une autofiction, même s'il se nourrit à des sources autobiographiques. Le mensonge ne permet-il pas de mieux cerner la vérité? Dans ce roman d'initiation, le protagoniste est confronté à la méchanceté gratuite (il y a en fait des raisons sociologiques à la violence qu'il subit); il connaît une première fois, inachevée, avec la mère d'un camarade; et il éprouve un grand moment de plénitude.

 

Ces trois temps forts ont été choisis pour donner un aperçu de l'écriture de Joseph Incardona, dont l'ambition, couronnée de succès, est de donner de la couleur à ses textes, notamment par le détail imparfait, celui qui retient l'attention et dans lequel se trouve le diable selon Friedrich Nietzsche... Lus avec ferveur par Yves Jenny, accompagnés avec subtilité par l'électronique du duo Posology, que forment Nicolas Bonstein et Danielle Goren, ces extraits permettent de se rendre compte de la variété des registres de l'auteur, qui fait habilement des allers-retours verticaux, du sexe à la tête, en passant par le ventre...

 

Depuis quatre ans Joseph Incardona arrive à vivre de l'écriture, au sens large. D'avoir écrit une douzaine de livres l'y aide. Tout comme d'avoir obtenu des prix qui, s'ils ne rapportent rien en eux-mêmes et ne récompensent pas forcément les meilleurs, ont des conséquences heureuses sur la diffusion. Pour Derrière les panneaux il y a des hommes, il a ainsi obtenu le Grand prix de la littérature policière. Il y est en excellente compagnie, celle d'auteurs qu'il a presque tous lus et aimés, tels que Léo Malet ou Frédéric Dard, alors qu'il n'a peut être lu qu'un seul Prix Goncourt...

 

Francis Richard   

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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