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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 18:00

masson jean louis01060rLa liberté d'expression fait peur à tous les pouvoirs, même démocratiques. Un exemple vient d'en être donné par une proposition de loi ici d'un sénateur français, Jean-Louis Masson [sa photo ci-contre provient d'ici]. 

 

Ce sénateur semble effrayé par la prolifération de blogs sur Internet - 2,5 millions de blogs actifs en France sur un total de 9 millions, pour 34 millions d'internautes - et aimerait que les blogueurs non professionnels puissent - comme les blogueurs professionnels - être facilement identifiés s'ils tiennent des propos diffamatoires. C'est-à-dire que leurs nom, prénom, domicile et téléphone soient rendus publics, de même que leur adresse électronique [bonjour les spams !].

 

Un appel a été lancé ici par différents directeurs de plates-formes de blogs pour s'opposer à cette proposition de loi liberticide, dont Frédéric Montagnon, le PDG d'Over-blog, qui héberge ce blog.

 

Si je comprends bien l'exposé des motifs du sénateur Masson, il voudrait "faciliter l'exercice concret du droit de réponse des personnes nommément mises en cause par des auteurs anonymes". Il me semble qu'il n'a pas mesuré la portée liberticide de sa proposition de loi et qu'il ignore que les hébergeurs ont déjà à leur disposition de terribles moyens de rétorsion - que la loi les oblige à employer - à l'encontre de ceux qui n'assument pas leurs responsabilités.

 

Comme le rappelle l'appel :

 

"Les blogueurs qui choisissent l'anonymat [ce qui n'est pas le cas de votre serviteur] le font pour des raisons liées à leur vie professionnelle ou personnelle. Sans cet anonymat beaucoup arrêteraient de bloguer".

 

Les moyens de rétorsion, rappelés par l'appel, sont les suivants :

 

"La loi LCEN fait obligation aux hébergeurs de blogs de supprimer immédiatement les publications litigieuses sur simple demande [ce qui est d'ailleurs exorbitant], et de communiquer le cas échéant à la justice les coordonnées de l'auteur."

 

Quand Skyfall ici, hébergé par Free, n'était plus accessible sur la Toile, j'avais émis une hypothèse, pour expliquer son inaccessibilité : le site avait été fermé à la simple demande d'un adepte de la religion de l'écologie politique, mécontent de propos tenus sur le plus célèbre des blogs climato-sceptiques francophones [voir mon article ici].

 

Comme on le voit "la protection contre la diffamation" est "déjà efficacement assurée par la loi actuelle", puisque le couperet peut tomber "immédiatement".

 

Je n'ose pas penser que le sénateur Masson veuille sciemment diminuer le nombre de blogs actifs sous couvert de sa proposition de loi ... y compris ceux qui lui déplaisent.

 

Francis Richard

 

Note du 7 juillet 2010 :

 

Le commentaire qui faisait apparaître le nom d'un blogueur pris à partie par un internaute a été supprimé aujourd'hui à sa demande dûment motivée. En effet ce blogueur souhaite rester anonyme. Ce que je comprends très bien puisque je défends justement cette position dans l'article ci-dessus et qu'il n'est pas question que j'attente à la sphère privée sur ce blog.

 

Nous en sommes au

676e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

 

Max Göldi 

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 12:25

006Aujourd’hui, 1er janvier, il fait un temps splendide. Il pleut. Comme souvent ici en hiver.


Roland Barthes
, dans un article publié le 10 septembre 1977 dans L’Humanité – nobody is perfect – parle de ses Sud-Ouest. Parmi les trois, du plus vaste au plus réduit, c’est ce dernier que je préfère.  Il est proche du mien à quelques kilomètres de distance. Son Sud-Ouest le plus réduit :


« C’est la ville où j’ai passé mon enfance, puis mes vacances d’adolescent (Bayonne), c’est le village [Urt] où je reviens chaque année, c’est le trajet qui unit l’une et l’autre »


Remplacez Bayonne par Saint Jean-de-Luz, Urt par Urrugne et vous êtes chez moi, dans mon Sud-Ouest, mon réduit.


Je suis né à Uccle, en Belgique, près de Bruxelles, à la fin de l’hiver. Ma vie est dès le premier jour suspendu à un fil ténu. Mes parents, catholiques, me font ondoyer. Cinq jours plus tard je suis baptisé, application du principe de précaution à l’incertitude éternelle.


Quinze jours plus tard encore, ma mère, qui a alors trente ans, s’installe, à Saint-Jean-de-Luz, avec le nourrisson que je suis chez Loulouche, petit hôtel qui est situé à un angle de la rue Gabriel Leduc, artiste peintre, et de la rue Martin de Sopite, capitaine de baleinier.


« J’entre dans ces régions de la réalité à ma manière, dit Barthes parlant de ses Sud-Ouest, c’est-à-dire avec mon corps ; et mon corps, c’est mon enfance, telle que l’histoire l’a faite. Cette histoire m’a donné une jeunesse provinciale, méridionale, bourgeoise »


Pour ma part je peux dire que je suis entré au monde dans cette région avec mon corps, puisque je lui dois d’être toujours en vie, grâce aussi à une solide mauvaise santé.


Quand l’année change de numéro je me dis que c’est une nouvelle année de gagnée et je me réjouis, je rends grâce à Dieu, même si je sens bien que l’âge creuse ses sillons dans mon corps de survivant. Quand je me prends pour un jeune homme, ce corps sait très bien me rappeler qu’il ne faut pas tomber dans la démesure. J’en ai fait l’expérience encore récemment.


Plus loin Barthes écrit :


« Si je parle de ce Sud-Ouest tel que le souvenir le réfracte en moi, c’est que je crois à la formule de Joubert : «Il ne faut pas s’exprimer comme on sent, mais comme on se souvient » ».


Hier soir, dernier soir de l’année 2009, j’ai arpenté les rues de Saint-Jean, sous une pluie battante. Boulevard Thiers, le mythique Bar Basque, redimensionné, est toujours là. Nous y prenions l’apéritif le dimanche après la messe. Rue Gambetta, Adam et ses macarons sont toujours à la même place, de même que,  plus loin, vers l’église, le maroquinier Lafargue. Je n’ai pas retrouvé Rémy où Maman achetait, dans les derniers temps, ses blanquettes de veau et ses brandades de morue…


Dans la vie, à chaque détour d’une année, il y a des permanences et des disparitions.


Barthes termine son article en disant :


« « Lire » un pays, c’est d’abord le percevoir selon le corps et la mémoire, selon la mémoire du corps. Je crois que c’est à ce vestibule du savoir et de l’analyse qu’est assigné l’écrivain : plus conscient que compétent, conscient des interstices mêmes de la compétence. C’est pourquoi l’enfance est la voie royale par laquelle nous connaissons le mieux un pays. Au fond, il n’est pays que de l’enfance ».


Je suis presque né au Pays Basque, auquel je reste attaché charnellement par une sorte de cordon ombilical. Ce pays a le don de me faire voir le côté souriant de l’avenir. Dans ces conditions 2010 ne peut m’apparaître que prometteuse, comme je sais que les lourds nuages de ce matin disparaîtront bientôt pour laisser percer l’astre d’où nous tirons toute notre énergie.


Francis Richard

Etche Alegera     





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531e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

goldi et hamdani

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25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 23:00
nativite-lottoIl n'est pas sans signification que le Fils de Dieu soit né dans une étable et qu'il ait passé ses premiers jours dans une crèche, c'est à dire dans une mangeoire pour animaux. Il nous a donné ainsi une leçon d'humilité dont nous autres catholiques ferions bien de nous souvenir, quand nous nous livrons à nos agapes, et de nous inspirer pour faire preuve d'un peu de retenue.

Car Noël, avant d'être la fête commerciale qu'elle est surtout devenue au XXIe siècle est la commémoration de la Nativité, d'où son nom provient [représentée ci-contre par Lorenzo Lotto]. Elle est, avec Pâques, une des grandes fêtes chrétiennes, dont les catholiques, comme leurs frères protestants et orthodoxes, doivent se réjouir, parce qu'elle est celle du Mystère de l'Incarnation.  

Il n'est pas dans mes intentions de jouer les rabat-joie, mais je ne peux me garder de penser en ce jour à tous ceux qui sont privés de liberté et qui passent Noël en taule, qui sont retenus contre leur gré loin des leurs ou qui sont empêchés de le fêter. Leur liste s'allonge hélas tous les jours. En y pensant, je ne peux que me remémorer les vers du poète :

"Noël n'est pas pour les veinards,
Noël est pour les malchanceux.
Voici la nuit : il n'est pas tard,
Mais la cloche tinte pour eux."

Aujourd'hui même encore un dissident chinois, Liu Xiaobo, a été condamné à 11 ans de prison. La presse en parle (ici) et elle a raison de le faire. Comme elle a raison de parler du sort de Clotilde Reiss, la jeune femme, arrêtée le 1er juillet en Iran, pour avoir manifesté dans les rues de Téhéran et qui y attend sa sentence, repoussée sine die, logée à l'ambassade de France (ici). La presse parle moins de Gilad Shalit (voir mon article ici), jeune soldat israélien, prisonnier du Hamas depuis plus de trois ans, mais elle en parle (ici).

C'est tout à l'honneur du Figaro (ici) de parler des 100 millions de chrétiens qui vivent sous la contrainte, ce qui est un euphémisme, en Irak, au Soudan, au Pakistan, en Inde, en Chine ou au Vietnam :

"Ce calcul ne retient que les pays où la restriction de liberté est visible avec son cortège de brimades publiques, d'emprisonnements ou de violences, à cause de la foi chrétienne. Il n'intègre pas des pays comme l'Arabie saoudite où toute célébration chrétienne est purement et simplement interdite et où bon nombre d'expatriés, philippins notamment, célèbre un Noël clandestin."

Je pense aussi bien sûr aux deux otages suisses retenus en Libye, qui passent leur deuxième Noël à l'ambassade de Suisse de Tripoli, y attendant d'être jugés début janvier sous des accusations prétextes (ici). Mieux vaut tard que jamais, deux ONG, Amnesty International  (ici) et Human Rights Watch (ici), se sont récemment préoccupées de leur sort.

Je pense enfin à tous ces malchanceux que j'ignore, dont la presse ne parle pas et qui devraient, aujourd'hui particulièrement, faire l'objet de toutes nos prières adressées au Tout-Puissant.

Francis Richard

A tous je dédie ce chant traditionnel, qui m'a accompagné dès mes premiers Noëls, jusqu'à ce jour, et qui est interprété par les Petits Chanteurs à la Croix de Bois :


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524e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

goldi et hamdani

    

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 22:00

Dans son livre Communisme et totalitarisme, dont j'ai fait hier une recension (voir mon article "Communisme et totalitarisme" de Stéphane Courtois ), Stéphane Courtois écrit à propos du système communiste :

"Après plus de soixante-dix ans d'expérimentation dans une quinzaine de pays, ce système a démontré par son implosion même, son incapacité à créer un nouveau modèle de gouvernement, d'économie et de société."

Il ajoute aussitôt :

"Voici le grand paradoxe : au cours d'une Guerre froide qui aura duré des décennies, le communisme a été défait en rase campagne par le capitalisme et la démocratie. Mais cette vérité de première importance, il est interdit de l'exprimer, sous peine de passer pour un butor, voire pour un "anticommuniste"."

Il est toujours interdit de dire que le capitalisme et la démocratie ont défait le communisme. Pour ma part peu me chaut de passer pour un anticommuniste, je suis anticommuniste, très clairement.

Comme je l'ai mis en exergue sur ce blog:

"Il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom sans l'exercice de libertés"

C'est volontairement que j'ai mis libertés, au pluriel, parce que je suis homme de terrain, et non pas de constructions intellectuelles. Si j'ai mis la statue de la Liberté comme illustration de cet article, ce n'est donc pas parce que je crois à la Liberté des hommes avec un grand L, mais parce que cette statue, bien humaine, et féminine, là où elle se trouve, à Paris, et à New York, est devenue - qu'on le veuille ou non - le symbole des libertés individuelles.

Or le communisme était un système, une construction intellectuelle, qui déniait la réalité, qui voulait faire le bonheur des gens - ce qui est louable - bon gré mal gré - ce qui l'est moins -, sans leur assentiment, au besoin en supprimant physiquement et moralement les récalcitrants, qu'il qualifiait d'ennemis - ce qui est monstrueux. Comme, pseudo-scientifique, il prétendait avoir raison contre toutes les autres pensées, le communisme ne pouvait pas souffrir de contestation sans se mettre en danger, et c'est, à partir du moment où certains membres de ce sytème ont admis que le communisme pouvait ne pas représenter le Bien avec une majuscule, et qu'il pouvait échouer, qu'il s'est petit à petit effondré.

La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, il y a tout juste 20 ans,  n'a été qu'une étape spectaculaire de cet effondrement, comme avaient été des étapes le rapport secret de Khrouchtchev en 1956, le soulèvement de Budapest en 1956, l'écrasement du printemps de Prague en 1968, la publication de L'Archipel du Goulag de Soljénitsysne en 1973, l'élection d'un pape polonais en 1978, l'émergence de Solidarnosc en Pologne en 1980, l'élection de Ronald Reagan en 1981, le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan en 1989, avant que la chute de la maison-mère moscovite ne parachève l'implosion de l'édifice en 1991.

Le capitalisme, imparfait, comme la démocratie, imparfaite, ont eu raison de ce système parce que les hommes ont besoin de libertés individuelles pour s'accomplir et que les deux cadres des activités humaines, que sont l'économie et la politique, ne peuvent bien fonctionner que grâce aux libertés individuelles qu'y peuvent exercer leurs acteurs. Le marché étant d'ailleurs la forme de démocratie la plus accomplie puisqu'il permet aux intervenants de voter au moment de chaque échange, sans attendre des échéances électorales espacées dans le temps. 

En effet quand on parle de capitalisme, on entend aujourd'hui le marché. Le capitalisme peut revêtir pourtant de multiples formes. Il peut même être d'Etat. Ce qui était le cas dans les pays communistes où l'Etat, aux mains d'un parti unique, avait le monopole de la production et de la distribution. L'échec du communisme dans le domaine économique, comme dans tous les domaines d'ailleurs, est dû au fait que l'homme est ainsi fait qu'il a besoin d'être motivé, c'est-à-dire d'être récompensé de ses efforts, selon ses mérites, et que cela ne peut exister qu'individuellement. 

L'homme produit moins de richesse - et moins bien - quand il n'est pas libre de disposer de ce qu'il produit. Or il ne peut être libre de ce qu'il produit que s'il en est le propriétaire, comme il ne peut créer librement que s'il est propriétaire de sa pensée et de ses mouvements. Il est significatif que les pays libres attirent les étrangers et que les pays, où les peuples sont asservis, sont ceux où ces derniers ne demandent qu'une chose, de pouvoir s'en évader. Des Allemands de l'Est fuyaient leur pays depuis l'érection du mur de Berlin comme avaient fui des Russes dans les années 1920 ou fuiraient des Vietnamiens, devenus "boat people", après la chute de Saïgon en 1975.

Dans ces conditions il est d'autant plus malheureux que des hommes (et des femmes) n'aient toujours pas compris que les libertés individuelles, qui vont de pair avec le droit de propriété au sens large et les responsabilités, sont des biens on ne peut plus précieux et qu'il faut défendre bec et ongles, parce que non seulement elles rendent les hommes dignes, mais également leur permet d'améliorer leur sort matériel, spirituel et moral.

Dans l'avion qui me ramenait de Biarritz à Genève, j'ai eu tout le temps hier après-midi de lire, en long et en large, le Journal du dimanche, du 8 novembre donc.

Martine Aubry, la patronne du Parti socialiste français, dans un entretien à l'hebdomadaire, dit (ici) :

"Le marché, c'est l'initiative et l'innovation, ce qui me va parfaitement."

Rien à dire. Elle corrige aussitôt son propos, peu socialiste :

"Mais les principes qui le déterminent, la concurrence, l'individualisme, le court terme ne peuvent s'appliquer aux biens collectifs - l'éducation, la santé et encore moins à la société. Le marché doit être régulé".

Qu'est-ce qu'un bien public, sinon un bien que l'Etat omniscient se considère comme le seul à pouvoir gérer... Si le marché est régulé - sous-entendu par l'Etat -, il n'est plus le marché... Si le marché se donne des "règles de bonne conduite", comme disait Friedrich Hayek, il fonctionne, mais seulement si ces règles s'élaborent au gré des échanges et ne sont pas imposées arbitrairement par l'Etat, dont les interventions faussent justement le fonctionnement du marché, comme on a pu le voir récemment avec la crise des subprimes.

Le même Journal du dimanche reproduit des extraits de l'hommage que Jean-Marie Rouart a rendu à Claude Lévi-Strauss, son collègue à l'Académie française, et notamment ce passage (ici) :

"Il était hanté par l'uniformisation du monde, sa standardisation par la tyrannie de profit et la dictature du marché".

N'étant pas suffisamment connaisseur de l'anthropologue je me garderai de porter un jugement sur la véracité de cette hantise. Je retiendrai seulement que les mots de tyrannie et de dictature sont employés dans un sens inversé. En effet le profit n'est pas en lui-même tyrannique; il est le résultat d'un échange et en mesure la richesse qui a été produite. De même le marché est-il le contraire de la dictature puisqu'il permet à chacun d'opérer un choix personnel. Le monde ne s'uniformise que si un seul producteur occupe le marché et empêche - ou obtient que - d'autres producteurs puissent y entrer.

Arrivé à Lausanne j'ouvre L'Hebdo du 5 novembre (ici) et je lis le dernier entretien que Jean-François Bergier, décédé le 29 octobre dernier, a accordé à l'hebdomadaire romand. L'historien suisse qui a "présidé de 1996 à 2001 la Commission indépendante d'experts sur l'attitude de la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale" - laquelle a accouché du controversé Rapport Bergier - déclare :

"Le néolibéralisme n'est qu'un libéralisme sauvage qui exclut toutes les règles pouvant entraver un profit rapide. Alors qu'il faut des règles du jeu et que c'est à l'Etat de les fixer et de contrôler qu'elles soient appliquées".

Ce que le digne professeur ignore - ou feint d'ignorer - c'est que ce sont les règles fixées, et contrôlées, par l'Etat américain qui sont à l'origine de la crise financière, et plus particulièrement les règles bancaires et les manipulations monétaires.

Comme on le voit, alors que ce soir, avec la célébration de la chute du mur de Berlin, est fêtée la liberté retrouvée, en 1989, de circuler entre les deux Allemagnes, qui n'en feront plus qu'une un an plus tard, de brillants esprits ne se rendent toujours pas compte que leur façon d'appréhender le marché les conduit tout droit sur "la route de la servitude".

Francis Richard 

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478e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye
 

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 08:00

Comme les peuples votent mal, on ne leur demande plus leur avis. Ainsi la France a-t-elle adopté le Traité de Lisbonne par voix parlementaire, plutôt que par référendum. Dieu sait que je n'ai jamais été un fervent admirateur de Jacques Chirac, mais il avait certainement plus de cran - ou plus de naïveté - que Nicolas Sarkozy. Finalement il n'y a que le peuple irlandais à qui l'on aura demandé, son avis, à deux reprises.

La première fois le peuple irlandais a rejeté ce traité (voir mon article du 13 juin 2008 
Le non irlandais aux eurocrates est un oui aux libertés ). Mais on sait, depuis Jean de Lafontaine, qu'il est difficile de refuser de porter le collier du chien pour préférer la liberté du loup quand vous êtes affamé, et quand l'on vous propose une gamelle toute chaude pour acheter votre vote. Le 2 octobre dernier le peuple irlandais a donc renoncé à être héroïque et s'est résigné à courber l'échine.

J'ai raconté ici ce que pensait Vladimir Boukovsky, le dissident russe, de l'Union européenne (voir mon article Le dissident russe Vladimir Boukovsky à l'Université d'Aix-en-Provence ). Dans un livre percutant, paru il y a quatre ans aux Editions du Rocher, intitulé L'Union européenne, une nouvelle URSS?, il montrait les similitudes terribles qui existent entre l'Union européenne et l'Union soviétique. Sur ce thème dissident,  il a fait un brillant exposé, le 25 août de cette année, dans le cadre de l'Université d'été de la Nouvelle Economie, à Aix-en-Provence.

L'avant-veille, à Aix-en-Provence toujours, le 23 août, lors du dîner inaugural de la même Université d'été de la Nouvelle Economie, Vaclav Klaus [photo ci-dessus prise par votre serviteur avec son téléphone mobile, sur laquelle on peut voir le président de la République tchèque dédicacer son livre Planète bleue en péril vert, que j'ai recensé ici le 20 juillet dernier], faisait un exposé sur le danger que font planer les environnementalistes sur les libertés, en rendant l'homme responsable, sans preuves indubitables, du "réchauffement climatique".  

Ces deux hommes, venus de l'Est, qui ont subi le joug communiste, savent de quoi ils parlent quand il s'agit de libertés. Ces deux hommes, du même âge, l'un est né en 1941, l'autre en 1942, savent, depuis Soljénitsysne, qu'un homme seul est capable d'ébranler les régimes les plus totalitaires, qu'ils se présentent sous une forme hard ou sous une forme soft. Ces deux hommes, véritables dissidents, dans un monde de plus en plus asservissant et orwellien, n'ont pas peur des pressions que des eurocrates liberticides sont prêts à exercer sur eux pour les faire plier.

Aujourd'hui le Traité de Lisbonne est sur le point d'être adopté. Si l'on excepte les recours constitutionnels, pendants dans quelques pays européens, le léviathan eurocratique a été approuvé formellement par les élites conformistes et serviles des 27 pays de l'Union européenne, y compris par celle de la République tchèque. Il ne manque qu'une signature, celle de Vaclav Klaus, qui refuse de l'apposer. Que Nicolas Sarkozy, le népotique, le démocrate modèle, qualifie ce refus d'inadmissible (ici) est une preuve que Vaclav Klaus est  bien un homme debout, et d'une tout autre moralité.

Cet homme seul, cet homme debout, dressé contre des pays puissants et menaçants, comme jadis David contre  Goliath, n'est pas du genre à se laisser intimider pour autant. A le considérer ainsi, dernier rempart des libertés face à l'oppression eurocratique, les vers de Victor Hugo, parus dans Les Châtiments me semblent de circonstance, et je le vois bien les scander haut et fort :

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! 
 
Ici l'âpre exil est celui dans lequel les commissaires du peuple européens essaient de l'envoyer en lui faisant bien sentir sa solitude médiatique, et Sylla est ce système totalitaire qu'il ose braver encor.

Il est possible toutefois d'apporter son soutien à Vaclav Klaus et de lui faire savoir qu'il n'est pas tout seul à résister à ces collaborateurs d'un nouvel ordre européen désincarné. Une pétition a en effet été lancée dont voici le texte :

Cher Monsieur Klaus, 


Le 2 octobre 2009, l’Irlande a voté « oui » au traité de Lisbonne après avoir été contraints de revoter à la suite de son vote « non » de 2008.


Le traité de Lisbonne arrache effectivement leur souveraineté et leur indépendance aux États membres, en les transformant en provinces de l’Etat-UE. Aussi bien la Constitution européenne que la manière dont celle-ci a été édifiée apportent la preuve du mépris total de l’UE et des eurocates à l’égard de la démocratie et des peuples d’Europe.


Cependant, il demeure un tout petit fil d’espoir qui pourrait stopper le traité de Lisbonne. Cet espoir, c’est vous, Vaclav Klaus, Président tchèque.


Vous avez à ce jour courageusement refusé de signer le traité de Lisbonne, malgré d’intenses pressions. Si vous continuez de refuser de signer ce traité, vous pouvez retarder son entrée en vigueur jusqu’à ce que le parti conservateur britannique gagne les prochaines élections au printemps 2010. Quand sa victoire sera acquise, le chef du parti conservateur, David Cameron, soumettra le traité de Lisbonne à référendum, où il a toutes les chances d’être rejeté par les Anglais.


Ainsi, si vous décidez de ne pas signer le traité, vous aurez rendu possible son rejet, une fois pour toutes. 

Nous nous rendons compte que vous serez soumis aux lourdes pressions de l’élite de l’UE et des eurocrates, mais comme vous avez fait preuve jusqu’ici d’une grande force de caractère, nous espérons que vous continuerez sur ce chemin de droiture. Des millions et des millions d’Européens ne veulent pas de ce traité ; c’est si vrai que des sondages montrent qu’une majorité d’Européens voteraient « non » s’ils en avaient l’occasion.


Si vous décidez de ne pas signer et de ne pas ratifier ce traité, vous entrerez dans l’histoire comme un homme d’Etat extraordinairement courageux qui a sauvé l’Europe, ses peuples et ses nations, de l’Union européenne de plus en plus antidémocratique.


C’est pourquoi nous vous demandons humblement, et vous encourageons à faire ce qui est juste : ne pas signer le traité de Lisbonne.


Avec tout notre soutien, et nos sincères salutations, 


Les soussignés…


Cette lettre-pétition peut être signée (ici).

Francis Richard

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 19:00
Pendant la pause de midi je me suis rendu à la Chapelle Saint Roch (ici), à Lausanne, où repose la dépouille de Jacques Chessex [photo tirée de la Tribune de Genève ici ]. A l'entrée, une phrase, du Louis Aragon que j'aime :

Il y a des nuits qui ne sont qu'une fenêtre sur l'aurore.

Dépassé le palier de l'entrée, il faut descendre pour atteindre la chapelle, où, pour la première fois, je me suis retrouvé tout seul face à l'écrivain vaudois, dans un décor d'une grande sobriété, voire ascétique, à l'image de ses dernières années passées ici-bas. J'étais triste et heureux à la fois, triste à la pensée que l'ermite de Ropraz reçoive, semble-t-il, peu de visites, heureux de bénéficier d'un tête-à-tête privilégié, en la seule présence de notre Créateur (1). Mais je suis bien sûr qu'après-demain matin il y aura foule à la Cathédrale de Lausanne pour l'office religieux, en présence des personnalités...

C'est à Paris, hier, que j'ai appris les circonstances de son rappel à Dieu. Il est tout à fait providentiel - je ne crois pas au hasard - qu'il soit mort au milieu de livres, à la bibliothèque publique d'Yverdon - au fond, comme Molière sur scène, pendant une représentation du Malade imaginaire - à la suite d'une intervention verbale d'un médecin généraliste, qui, au lieu de lui garder la vie, lui aura déclenché involontairement la mort, en l'apostrophant violemment sur son soutien à Roman Polanski. Ce perturbateur sera d'ailleurs parti, sans même attendre le début de réponse, faite par l'ancien professeur de lettres au Gymnase de la Cité de Lausanne, avant de s'écrouler, victime d'un malaise cardiaque :

Ce généraliste ...généralise ! Je condamne fermement la pédophilie, une abjection, mais je distingue l'affaire du fait.

L'internaute sait, ou peut vérifier, que c'est en résumé ma position (voir mon article La justice américaine devrait clore le dossier Roman Polanski ), même si je suis moins sévère que Jacques Chessex sur les circonstances de l'arrestation par les autorités suisses et que les arguments développés par lui, deux semaines plus tôt (ici), ne sont pas tous miens :

Je suis effrayé que la Suisse se fasse le domestique, le valet des Etats-Unis jusqu'à faire arrêter un génie créateur. C'est inimaginable de stupidité et de servilité! Tout ça pour une dette bancaire dans l'affaire d'UBS et des fonds en déshérence. Nous n'avons pas à nous agenouiller devant un Etat étranger qui décide à notre place d'une arrestation (...). Nous donnons un sauf-conduit à une censure grotesque. Les événements sont peu clairs. De l'avis même de la victime, ils sont moins graves qu'on veut le croire. Je ne dis pas que le génie justifie tout, mais un personnage de qualité universelle et la dignité esthétique de son oeuvre sont un contrepoids à une affaire minime. Nous traitons Polanski comme le voyou qu'il n'est pas.

Après m'être recueilli et avoir prié pour son âme, d'une main tremblante d'émotion, avant de quitter la Chapelle Saint Roch, j'ai écrit deux phrases dans le livre de condoléances, qui disent ceci :

Faute de vous avoir connu en ce monde, j'ai bon espoir de vous connaître un jour dans l'autre. Car comme vous je crois en Dieu et votre art littéraire est une confirmation de l'existence de Dieu.

Je ne pensais pas devoir m'expliquer sur ces deux phrases, qui auraient pu tout aussi bien demeurer entre nous deux et n'intéresser que ses proches. C'était compter sans la présence de trois journalistes, la première, Muriel Jarp, du Matin (ici), la deuxième, Isabelle Fiaux, de la TSR (ici), et la troisième de La Télé, qui n'avaient pas, à ce moment-là, de visiteur à se mettre devant l'objectif et pour qui j'étais en quelque sorte une aubaine.

C'est ainsi que j'ai été amené à expliquer ce que j'étais venu faire aujourd'hui pendant la pause de midi et à développer le pourquoi de ces deux phrases.

Quand j'avais 20 ans, je souhaitais rencontrer Jacques Chessex dont j'avais lu avec enthousiasme Portrait des Vaudois et surtout Carabas et m'entretenir avec lui pour le compte d'une revue d'étudiants de Neuchâtel. Malheureusement je devais faire chou blanc à mon premier appel téléphonique. Après avoir demandé à Pierre Favre, ami commun, alors Directeur de Publicitas, d'intervenir, je me suis fait jeter encore plus vivement lors d'un deuxième appel. Deux années plus tard je devais apercevoir l'ogre au Café romand, place Saint François, à Lausanne. D'une timidité maladive je n'ai pas osé aborder le récent lauréat du prix Goncourt. Mais je garde encore aujourd'hui l'image d'un homme massif à la moustache inoubliable.

Finalement je n'ai jamais rencontré Jacques Chessex, sinon dans ses livres, que je n'ai pas tous lus - j'en ai tout de même lu une bonne vingtaine. N'étant pas le moins du monde rancunier je ne lui en ai pas voulu de m'avoir jeté sans explications. Après tout il était plus naturel que je m'intéresse à lui que le contraire. Je le considère, même si ma pudeur se trouble parfois devant certaines crudités, qu'il sait si bien décrire, comme un grand écrivain, touché par la grâce de Dieu, dont le style a évolué avec le temps et de rabelaisien s'est fait cristallin. Quand l'occasion m'a été donné de parler de ses livres je l'ai fait bien volontiers, sans concession, mais avec admiration, et, notamment, dernièrement sur ce blog (voir mon article "Un Juif pour l'exemple", de Jacques Chessex ).

C'est pourquoi je lui dis :

Adieu, et rendez-vous dans l'au-delà !

En attendant je compte bien continuer de me repaître avec délice des nourritures terrestres qu'il nous laisse.

Francis Richard    

(1) Il semble que la Chapelle Saint Roch ait finalement reçu la visite de quelques dizaines d'admirateurs anonymes cet après-midi (ici).    
    

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 21:05

Caroline Zumbach Benz, dans Le Temps du 5 juin dernier (ici), présente Uli Windisch [photo ci-contre tirée du site de l'Université de Genève ici] en ces termes :

 

Sociologue renommé, spécialiste de la communication, Ueli Windish est l'un des professeurs genevois les plus sollicités par les médias [jalouse ?]. Depuis des années il se fait un point d'honneur de dénoncer le politiquement correct [un esprit libre en quelque sorte]. Dans la controverse sur le secret bancaire, il s'érige en dernier rempart [il n'est pas le seul, Dieu merci] d'un pays attaqué de l'extérieur et mal défendu de l'intérieur.

 Dans un article paru dans Le Nouvelliste le 14 mai dernier (ici), Uli Windisch qualifie  le ministre allemand Peer Steinbrück d'idéologue socialiste typique et écrit :

Il ne faut jamais oublier que les socialistes comme les communistes veulent changer l'homme et la société, de manière plus ou moins radicale. Or on devrait maintenant savoir à quoi mène cette volonté aveugle et fanatique de vouloir révolutionner radicalement l'homme et la société. On ne le rappellera jamais assez : 50, 100 millions de morts.


Est-ce faux ? Non, mais il ne faut toujours, et surtout, pas le dire. Les socialistes nationaux - nazis pour faire court - ont été jugés et flétris. Il n'est pas bon d'avoir été des leurs. Et c'est justice. Leurs cousins communistes ont fait l'objet d'une mansuétude que leurs crimes d'une tout autre proportion quantitative ne méritaient certainement pas. Il n'est pourtant pas déshonorant d'avoir été des leurs... Il faut voir comment Le livre noir du communisme,  rédigé il y a douze ans par un collectif d'universitaires, sous la direction de Stéphane Courtois, a été accueilli à sa sortie et comment il est encore considéré aujourd'hui.

Que fait-on quand on n'arrive pas à changer l'homme et la société autant qu'on le voudrait ?

Uli Windisch répond :

Plutôt que de passer à l'autocritique, on s'en prend aux Autres; c'est en eux que réside le mal, parfois le mal absolu, que l'on a si souvent cherché à annihiler. Accuser les Autres et généraliser : deux mécanismes idéologiques de base.

Comme Peer Steinbrück est un
idéologue socialiste typique, il fait de même :

Luile démagogue en chef s'en prend à LA Suisse. Aux Suisses, qui deviennent en plus des criminels puisque l'évasion fiscale est devenue "criminelle". Jamais on n'admet la faillite de sa propre incompétence et de certaines illusions socialistes.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes, surtout si on en sort un d'un chapeau et qu'on le compare à un chiffre bien réel. Il en résulte que la Suisse est à elle seule responsable de la mauvaise passe dans laquelle se trouvent les finances de l'Allemagne sociale-démocrate-chrétienne dont Peer Steinbrück est le ministre et qui fait partie, avec les Etats-Unis et la France, de ce que j'appelle les mauvais élèves de l'économie :

Le déficit de l'Allemagne est-il de 80 milliards ? On dira que la Suisse est redevable de 100 milliards ! Il fait bon taper sur la petite Suisse, mais sur les pratiques scandaleuses anglaises et américaines on se tait. A la plus vile démagogie s'ajoutent la peur et la lâcheté.

Peer Steinbrück, courageux mais pas téméraire, n'a pas pipé mot sur les paradis fiscaux que sont le Delaware, le Wyoming et les îles anglo-normandes et qui figurent sur la liste des blanches colombes du G20 (voir mon article 
Le temps de Big Brother G20 ce n'était pas "1984", c'est "2009" ). On a toujours besoin d'un plus petit que soi pour taper dessus quand on est impuissant.

Uli Windisch pourrait s'abaisser à la même démagogie et à la même vulgarité, pour stigmatiser cet Allemand et ce socialiste. Il lui suffirait de rappeler
"Aux" Allemands qu'ils ont l'habitude de s'en prendre aux Autres et aux minorités jusqu'à les exterminer par millions et qu'ils se sont acharnés à construire des camps de concentration et des fours crématoires de plus en plus "performants" pour éliminer de plus en plus de Juifs et de plus en plus vite. Ou encore que Hitler était socialiste avant de devenir nazi.

Une telle comparaison pédagogique entre procédés similaires, généralisateurs et simplistes, permet de mesurer l'excès des propos que Peer Steinbrück a tenus sur la Suisse (voir mon article
Peer Steinbrück fait à la Suisse une querelle d'Allemand ). Elle ne permet pas de dire comme le fait Caroline Zumbach Benz dans son article du Temps cité plus haut :

Après avoir renvoyé le "fanatique" ministre allemand  Peer Steinbrück [Uli Windisch ne qualifie pas de fanatique Steinbrück, mais la volonté des socialistes et des communistes de vouloir révolutionner radicalement l'homme et la société...] au souvenir des fours crématoires construits par son pays, le professeur Uli Windisch appelle ses lecteurs "à ne plus voter pour les socialistes et les Verts, qui ne sont pas capables de défendre notre pays".

S'il ne se réfère pas à l'article d'Uli Windisch, le lecteur de Caroline Zumbach Benz ignorera que l'auteur de l'article incriminé par elle n'a pas renvoyé Peer Steinbrück à ce souvenir brûlant mais a voulu lui montrer ce que cela donnerait de lui répondre sur le même ton, avec autant d'insignifiance, comme tout ce qui est excessif.

S'il ne se réfère pas à l'article d'Uli Windisch, le lecteur de Caroline Zumbach Benz ne saura pas davantage qu'Uli Windisch n'appelle pas à ne plus voter pour les socialistes et les Verts mais pose la question de savoir si, en attendant, on ne pourrait pas recommander de ne plus voter pour eux.

En attendant fait référence à la phrase précédente :

Si le socialisme revient à tabler sur les bas instincts, il faut espérer que le pic à glace électoral le frappera. 

Je sais, c'est un peu subtil pour la journaliste du Temps... qui n'a pas dû remarquer, dans sa fièvre d'écriture, le point d'interrogation final.

Pourquoi parler des articles d'Uli Windisch, dans Le Nouvelliste du 14 mai, et de Caroline Zumbach Benz, dans Le Temps du 5 juin ? Parce que, dans l'intervalle, nous rapporte la journaliste du Temps, l'article d'Uli Windisch a déclenché l'affaire éponyme :

 

A l'origine de l'affaire, les propos virulents tenus récemment par le professeur au sujet des attaques contre le secret bancaire suisse. Des propos qui ont suscité des réactions jusque sous la coupole fédérale. Christian Levrat, le président du Parti socialiste suisse (PSS), n'a pas hésité à réclamer une prise de position au conseiller d'Etat Charles Beer, son camarade de parti, ainsi qu'au recteur Jean-Dominique Vassali.

Caroline Zumbach Benz ajoute :

Sollicité par la Radio romande, Bernard Morard, doyen de la Faculté des sciences économiques et sociales, qualifie sur les ondes ces propos d'"excessifs". Par ailleurs, le recteur décide de saisir, pour la première fois, le Comité de déontologie et d'éthique créé par la nouvelle loi sur l'université. Une démarche qui, selon le rectorat, n'a rien à voir avec la missive de Christian Levrat [T'as qu'à croire !].

Cinq jours plus tard, la journaliste écrivait dans Le Temps (ici) à propos de la première réunion du Comité de déontologie et d'éthique lundi 8 juin au soir :

 

L'affaire Windisch n'a pu être réellement abordée faute de temps. La seule décision prise a été de désigner une délégation pour l'entendre d'ici à la fin du mois.

"Le comité a l'intention de ne pas tergiverser au-delà du raisonnable", précise Daniel Cornu, président de l'instance. "Nous comptons nous atteler dans l'immédiat à terminer le règlement en espérant qu'il sera sous toit d'ici à l'audition d'Uli Windisch, ce qui nous donnerait de la sécurité dans la prise de décision". Un avis sera alors rendu au rectorat, qui décidera de le rendre public ou non avant de statuer sur d'éventuelles sanctions.

Si des sanctions devaient être prises, un sacré coup serait alors porté à la liberté académique. Ce ne serait pas à l'honneur de l'Université de Genève, qui vient de fêter ses 450 ans. 

Dans ce procès en sorcellerie fait à un éminent professeur de cette université, parce qu'il n'est pas de gauche, on retrouve les mêmes façons de faire que celles utilisées pour tenter de discréditer le pape Benoît XVI : omissions, petites phrases sorties de leur contexte, amalgames, voire mensonges éhontés.

A ma connaissance il s'est trouvé deux journalistes pour prendre la défense d'Uli Windisch et sauver l'honneur de la profession : Pascal Décaillet, le 24 mai dans Le Matin Dimanche (
ici) et le 5 juin dans Le Nouvelliste (ici), et Philippe Barraud, le 6 juin sur son site Commentaires.com (ici).

 

Grâces leur soient rendues.

Francis Richard


L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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8 mai 2009 5 08 /05 /mai /2009 19:45

Lundi dernier, 4 mai 2009, Amin Maalouf, invité par 24 Heures et Payot Librairie ( ici ), a fait une conférence sur Le Dérèglement du monde, titre de son dernier livre, suivi d'un débat, modéré, comme on dit maintenant, par Jacques Poget, ancien rédacteur en chef de 24 Heures ( ici ).

La salle était comble, et acquise à l'écrivain libanais, dans sa quasi totalité. Il faut dire qu'il est éminemment sympathique, et que je reconnais avoir pris beaucoup de plaisir, en son temps, à lire Léon l'Africain et Les Jardins de lumière.

Amin Maalouf se présente comme un rêveur éveillé. Il a raconté à son auditoire que cela pouvait lui jouer des tours. Il lui est ainsi arrivé d'emboutir avec la sienne la voiture qui le précédait ... parce qu'il pensait à autre chose.

Après l'avoir entendu, je crois, sans avoir lu son essai sur le dérèglement du monde,  qu'Amin Maalouf est  meilleur romancier qu'essayiste. Quand il dit :

J'observe le monde avec fascination et avec inquiétude. Je pense que le monde est déréglé.


les raisons de son inquiétude ne sont malheureusement pas toutes fondées, ce qui nuit à sa démonstration. Ainsi impute-t-il, entre autres, le dérèglement du monde à un système capitaliste sans garde-fou et qui serait entré dans le mur, qui aurait poussé la logique du marché jusqu'au bout

Après la chute du mur de Berlin l'équilibre des deux blocs aurait été rompu et le système capitaliste, qui a gagné, n'aurait pas su gérer les conséquences économiques et écologiques qui lui sont inhérentes. Car, selon Amin Maalouf, le dérèglement du monde, si dérèglement il y a, ne serait pas seulement un dérèglement économique, mais aussi un dérèglement climatique lié à l'activité humaine.

Amin Maalouf n'est ni économiste, ni scientifique. Et c'est bien où le bât blesse, même s'il fait preuve d'une grande curiosité. Ce n'est pas parce que l'ensemble des media et des Etats occidentaux privilégient des explications subjectives à la crise économique et aux changements climatiques actuels qu'ils ont raison. Sur ce blog j'ai montré que ces explications communément admises étaient contestables. 

Dans Le Temps de ce jour ( ici ), Jan Krepelka, collaborateur scientifique de L'Institut Constant de Rebecque ici ),que j'ai eu l'occasion de citer à propos du secret bancaire (voir mon article A lire : "Le secret bancaire : un impératif moral" de Jan Krepelka ) rappelle que le libéralisme n'est pas coupable de la crise économique actuelle.

Cette conformiste mise en accusation du libéralisme repose sur des conceptions erronées du libéralisme et du profit. En fait :

Le libéralisme n'implique en aucun cas l'absence de règles, mais au contraire un respect accru de principes universels. Le libéralisme est une philosophie du droit qui prône des règles bien précises : le respect du droit de propriété, et par conséquent l'interdiction de toutes les formes d'agression contre une personne ou ses biens, que ce soient les agressions physiques, le vol ou la fraude.

et

Le profit est avant tout une notion psychologique - si une personne troque un certain bien contre un autre, les deux personnes réalisent un profit, puisqu'elles sont plus satisfaites qu'auparavant, alors que la quantité de biens physiques n'a pas changé.

Tout le monde recherche le profit, mais il y a une grande différence entre cette recherche du profit dans un système de marché libre :

(Elle) s'(y) fait en répondant au mieux aux besoins des autres.

et dans un système étatisé où :

(Elle) passe par la corruption, la quête de privilèges et de faveurs, l'élimination légale de la concurrence.

Ce qui brouille les cartes, c'est que nos économies sont mixtes et que, du coup, c'est la loi du plus fort qui règne :

 

Les grandes entreprises sont les plus à même d'obtenir des faveurs et des protections de l'Etat.

Amin Maalouf parle de dérèglement du climat lié à l'activité humaine. C'est ce que veulent nous faire croire les Etats via leurs scientifiques stipendiés du GIEC. De plus en plus de scientifiques prennent leur distance avec cette explication (voir mes articles Dissidence : la Conférence internationale sur le Changement climatique , Existe-t-il un plan B en cas de refroidissement climatique ? , Mort du climatologue dissident Marcel Leroux , La note discordante de Jacques Lévy sur le réchauffement ).   
  

Aussi Amin Maalouf est-il beaucoup plus crédible quand il parle d'un domaine qu'il connaît mieux, le domaine moral. Il a raison de dire que la crise est une crise morale, qu'il ne faut pas tout investir dans la consommation matérielle, qu'il faut aussi rechercher l'épanouissement intellectuel et spirituel. Il a raison également de dire qu'il faut connaître les autres plus en profondeur et ne pas rester dans les habitudes d'incuriosité. Disant cela il devrait se rendre compte que les principes universels, les valeurs comme il dit, ne se trouvent pas où il pense, et notamment pas chez un Obama par exemple, qui est tout prêt à les bafouer, même s'il adopte une posture qui peut laisser croire le contraire.

Pour Amin Maalouf connaître les autres plus en profondeur passe par l'apprentissage de langues qui sont à la fois facteurs d'identité et moyens de communication. Car l'une des clés pour résoudre la crise morale est, comme il l'a fait lui-même, d'assumer l'identité de son pays d'adoption sans rompre pour autant avec son pays d'origine.

En disant cela, Amin Maalouf touche en moi une corde sensible, puisque, sur ce blog, je me propose de défendre  les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays, dont ma Flandre, belge, natale.

Francis Richard  

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 13:30

La dernière chronique de Charles Poncet, publiée dans L'Hebdo de cette semaine ( ici et ci-contre), daté du 5 février, page 54, est une lettre ouverte à Bernard Fellay. Qui commence, sans doute par dérision, par Monseigneur...

 

Malheureusement - ou heureusement - cette chronique n'est pas en libre accès sur Internet. Il faut payer : ce que je vous déconseille. Cela n'en vaut tout de même pas le coût.

 

Elle est inaccessible. Malheureusement parce que l'internaute n'aura pas accès au texte intégral - et je préfère qu'il puisse toujours être juge du contexte. Heureusement parce que ce serait peut-être lui faire trop d'honneur.

 

Quoi qu'il en soit cette lettre montre l'ignorance de l'avocat genevois de Kadhafi (voir mon article Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël ) en matière religieuse et/ou  - si j'ose dire - sa mauvaise foi. Pour le démontrer je me contenterai de quelques exemples.

 

Charles Poncet à propos de la Fraternité Saint Pie X parle de secte. Le terme se veut bien évidemment péjoratif. Dans l'acception large de ce terme la connotation avec fanatisme et intolérance est très forte, et certainement voulue par ce polémiste, pour qui tout clerc de toute façon est un ennemi. 

Ce terme polémique est pourtant inadéquat, du moins dans son sens étymologique : "Groupement organisé dont les membres ont adopté une doctrine et des pratiques différentes de celles de la religion majoritaire ou officielle."

 

En effet, contrairement aux fantasmes de Charles Poncet, la Fraternité Saint Pie X n'a pas adopté de doctrine et de pratiques différentes de l'Eglise catholique romaine. Elle n'a tout simplement pas admis des évolutions contestables de son point de vue. Mais Charles Poncet ne fait pas dans la nuance, comme on le verra plus loin.

 

L'une des cibles rituelles des anticléricaux est l'infaillibilité du pape. Charles Poncet ne faut pas devant le plaisir de tirer sur elle. Il écrit benoîtement : "Le pontife est infaillible en matière de foi, dit-on. Il y aurait donc quelque mauvais goût à s'enquérir du périmètre de l'infaillibilité dans le cas d'espèce : s'applique-t-elle à la levée de l'excommunication ou à son prononcé jadis ? Il faut pourtant que ce soit l'une ou l'autre."

Eh bien ce n'est ni l'une ni l'autre : Charles Poncet avait pourtant la réponse sous les yeux puisqu'il écrit que c'est en matière de foi que l'infaillibilité s'exerce. Or aussi bien lors de l'excommunication que lors de sa levée, il ne s'est pas agi de foi mais de discipline. Lui qui est un éminent avocat, dont les médias ici raffolent, devrait savoir faire la distinction. Mais je crois plus volontiers qu'il est de mauvaise foi et qu'il lui plaît de semer la confusion. Il est inutile de lui préciser que l'infaillibilité ne s'exerce que sous certaines conditions de forme, que dans son jargon il appellerait procédure. 

S'adressant plus directement à Bernard Fellay Charles Poncet écrit plus loin : "Vous prônez la confession. rite scabreux et voyeur, sachant pourtant qu'à l'écoute du récit murmuré de quelque pénitente dans la pénombre  d'un confessionnal, le ratichon cède à une trouble et secrète émotion".

Là encore Charles Poncet fantasme - on accuse toujours les autres de ses propres perversions - et il se trompe : la confession n'est pas un rite mais un sacrement, institué, comme tous les sacrements par Notre Seigneur Jésus-Christ. En outre, le terme de ratichon fait partie du vocabulaire des anti-cléricaux forcenés, auxquels Charles Poncet semble se rattacher platement par son emploi. Par charité je renvoie ce dernier au catéchisme de l'Eglise catholique, publié sous le pontificat de Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II, pour qu'il puisse faire la distinction entre rite et sacrement, et au Saint Curé d'Ars pour qu'il se familiarise avec les souffrances des confesseurs.

 

Après avoir accusé la "fraternité" de penser tout bas ce que "l'évêque nazi Richard Williamson" dit tout haut, Charles Poncet poursuit : "Vous vous accommodez fort bien de l'antisémitisme chrétien millénaire, dont l'Europe sait pourtant à quelles abominations il a conduit".

Sur quoi Charles Poncet se base-t-il pour affirmer que Mgr Fellay s'en accommode ? Il ne nous le dit pas. S'il est vrai que l'Eglise ne s'est pas toujours bien comportée à l'égard des Juifs, dans un contexte historique qu'il conviendrait de restituer pour ne pas tomber dans l'anachronisme, ce dernier couplet - dans le contexte où il est entonné - laisse entendre implicitement que cet antisémitisme chrétien millénaire serait responsable de la Shoah, puisqu'il se garde de préciser de quelles abominations il s'agit.

Charles Poncet ne peut pas ignorer que de nombreux catholiques aussi ont été persécutés par les nazis et que l'Eglise catholique romaine honore deux grands saints, morts en déportation, canonisés par Jean-Paul II : Maximilien Kolbe, mort à Auschwitz, le 14 août 1941, et Edith Stein, morte également à Auschwitz, le 9 août 1942.

Francis Richard

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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 20:15
De passage à Paris pour les fêtes, j'ai avisé ce matin un marchand de journaux. Sur son  éventaire il y avait en bonne place Le Journal du Dimanche, que je dois bien lire une ou deux fois par an. Deux choses ont attiré mon attention : la une : "Israël-Palestine, l'embrasement" avec la photo d'un Palestinien pleurant douloureusement la mort d'un membre des forces de sécurité du Hamas et, je le confesse, la photo aguichante d'Eva Mendes illustrant la couverture du supplément féminin de l'hedomadaire, Version Femina. La mort, hélas, et la vie, hélas ...

Ces curiosités premières m'ont permis de prendre connaissance, en page 14, de la chronique de Philippe Sollers, intitulée Mon journal du mois, dans laquelle il nous fait part de son regard. Pour saisir tout le sel de cette chronique que l'auteur reproduit sur son site ( ici ), il faut savoir, si on ignore ces choses, que Philippe Sollers est membre du comité de lecture des éditions Gallimard (ici ), qu'il y dirige la revue L'Infini, et la collection de livres éponyme, enfin que Jean-Marie Gustave Le Clézio est un auteur de cette illustre et digne maison.

Philippe Sollers fait d'abord l'éloge du jury Nobel pour avoir couronné Le Clézio. Certes il ne s'agit pas d'un scoop puisque le prix Nobel de littérature a été attribué à cet écrivain français le 9 octobre dernier. Mais le premier réflexe, conditionné, de Philippe Sollers, qui est un peu long à la détente, est de s'en réjouir pour une raison incongrue : "Voilà une bonne chaussure lancée contre la propagande américaine qui n'en finit pas de décréter notre mort. Je le vois au contraire très vivant notre petit pays".

Philippe Sollers fait allusion bien entendu aux lancers de chaussure, par un "journaliste" irakien, qui ont raté de peu la tête de George Bush, dont il convient de saluer les réflexes :


Cette réflexion montre que notre distingué chroniqueur aime coller au plus près à l'actualité, ce qui correspond bien au profil médiatique qu'il entend nous présenter sous tous ses angles. Elle montre surtout que sa défroque de soixante-huitard lui colle toujours à la peau. Jean-François Revel en aurait fait ses choux gras lors d'une réédition de son livre magistral sur L'Obsession anti-américaine. 

Après ce début en fanfare, le distingué chroniqueur fait une concession : "Espérons qu'Obama va renverser la tendance, il est déjà écologiste (NDLR : nobody is perfect), il va découvrir l'Europe (NDLR : comme un Colomb afro-américain ?), ce sera parfait". Puisqu'il le dit ... Après avoir présenté Le Clézio en successeur de Lévi-Strauss pour un hommage rendu aux Amérindiens, le naturel de Sollers revient au galop : "nous sommes loin du mensonge américain représenté par l'extraordinaire arnaque financière de Bernard Madoff, 50 milliards de dollars". Comme aurait dit Déseaugiers, ce n'est pas de la haine, c'est de la rage...

 

Ce n'est qu'après cette déclaration liminaire que le distingué chroniqueur, incapable de vanter lui-même le produit nobélisé de J-M G, en vient à nous en donner un extrait pour notre édification. Il est vrai que le critique trahit souvent celui dont il vante les mérites. Ne voulant pas encombrer mon blog de cette prose que seul un obsédé anti-américain comme Sollers peut trouver sublime, et qui ne me semble pas représentative de l'excellence française, je renvoie l'internaute à l'article dont je lui ai fourni le lien ci-dessus pour en savourer par lui-même les prétendues délices.

Comme il serait question de fraude à propos du prix Nobel de médecine, Philippe Sollers termine finement sa partie de chronique consacrée à Le Clézio par cette sortie : "Mes renseignements sont formels : les éditions Gallimard n'ont pas versé un euro aux jurés du prix Nobel de littérature". Ce qui a l'avantage de faire un coup de pub pour la maison qui l'emploie, et où il fait la pluie et le beau temps. Ce qui lui permet aussi de terminer ce bout de chronique sur une touche qu'il veut humoristique, sans nous avoir donné une seule raison littéraire justifiant le choix des jurés Nobel. Gageons que Le Clézio, après avoir reçu le séné, lui passera la rhubarbe...

Francis Richard

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 09:25

L'élection d'Obama à la présidence des Etats-Unis me plonge dans des sentiments métissés.

D'abord je ne suis pas un anti-américain obsessionnel. Je fais la différence entre les gens et les dirigeants. Je ne suis pas convaincu que l'aphorisme selon lequel les peuples ont les dirigeants qu'ils méritent soit toujours approprié. Je n'assimilais pas les Etats-Unis à George Bush, je ne les assimilerai pas à Barack Obama. D'autant que, si l'écart du nombre de grands électeurs, entre Obama et McCain, est indiscutable, il est bien moindre au niveau du nombre de voix obtenues par chacun d'eux.

Ensuite l'Amérique est décidément le pays de tous les possibles : elle est capable de porter à la présidence un homme inconnu il y a quatre ans et d'exorciser les démons de son passé. Elle a un enthousiasme, qui, même quand je ne le partage pas, est rafraîchissant, et que j'ai scrupule à vouloir doucher. Elle a un dynamisme que l'on retrouve dans la façon même avec laquelle Barack Obama a fait campagne.

En qualité de catholique, c'est-à-dire de chrétien, pour qui tous les hommes sont dignes et respectables parce qu'ils ont en eux une parcelle de divinité - ils sont créés à l'image de Dieu - je ne peux que me réjouir que la couleur de la peau du candidat élu n'ait pas joué de rôle dans l'élection américaine, sinon peut-être de la part, compréhensible, d'afro-américains, et je ne peux trouver que délirant ceux qui veulent en tirer un argument dans un sens ou dans l'autre, comme l'a fait, par exemple, samedi dernier, Jean-Jacques Roth dans Le Temps (voir mon article Le délire obamaniaque de Jean-Jacques Roth dans "Le Temps" ).

Enfin, bien que je sache que les promesses du candidat Obama ne seront pas obligatoirement tenues par le président Obama, je ne peux qu'être inquiet qu'il soit comparé à Roosevelt aussi bien de la part de ceux qui le critiquent que de ceux qui l'adulent. Cela nous promet une durée de crise plus longue qu'elle ne devrait l'être. La religion de l'interventionnisme a fait sa réapparition (voir mon article Avec l'élection d'Obama une grande dépression économique est en vue  ) et Barack Obama en est, hélas, un fervent adepte.

Toutefois pour tempérer ce dernier propos, pessimiste, je terminerai en disant que les choses changent plus vite aujourd'hui que dans les années 30. C'est un bienfait de la mondialisation des échanges, à ne pas confondre avec le mondialisme, qui n'est que de... l'interventionnisme planétaire.

Francis Richard 

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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 10:15

Son partenaire du double, Stanislas Wawrinka, lui avait dit, après sa désillusion en simple aux Jeux Olympiques, et avant de jouer avec lui un match en double aux mêmes JO: « Ce n’est pas la fin du monde ». Cette seule petite phrase avait eu pour effet de galvaniser celui qui fut, en simple messieurs, roi des courts de tennis pendant 237 semaines consécutives , et de lui faire décrocher avec son partenaire helvétique la médaille d’or en double.

Je ne sais plus lors de quel match Federer avait suscité de la part du commentateur télé une réflexion dont voici la teneur, en substance : « On a l’impression qu’il se rend au bureau et qu’il n’y va pas de gaieté de cœur ». C’est dire l’enthousiasme avec lequel il semblait jouer ces derniers temps, du moins avant cette révélation de l’or en double aux Jeux Olympiques.

Dans mon édito du 18 août ( La chute du roi Federer est toute relative  ) je constatais que Federer n’avait pas eu jusque là une aussi mauvaise saison que cela, « la pire des meilleures saisons » selon Franck Ramella dans L’Equipe ( ici ) d’hier. Certes il avait perdu sa couronne de premier joueur mondial, mais il avait obtenu des résultats dont bien d’autres joueurs auraient aimé pouvoir se targuer.

Dans les quelques matchs perdus par lui qu’il m’a été donné de regarder je voyais bien qu’il avait conservé toute sa suprématie technique, mais que mystérieusement il semblait soudain incapable de l’employer. Il semblait surtout qu’il n’avait pas le même plaisir de jouer que naguère, qu’il s’ennuyait, et que, tout d’un coup, au milieu d’une partie, il baissait les bras et qu’il n’avait plus même envie de se battre.

Fallait-il donc attribuer ces sautes d’envie aux séquelles de sa mononucléose ? En partie peut-être. Mais pas uniquement. Puisqu’il a fallu cette petite phrase toute simple de Wawrinka pour lui redonner du cœur à l’ouvrage. La suite a montré que ce n’était en effet pas la fin du monde pour « Rodgeur ».

Peut-être aussi la pression exercée sur vous quand vous êtes premier joueur mondial était-elle un plus lourd fardeau qu’on ne pouvait l’imaginer et que « Rodgeur » lui-même ne pouvait supporter, à la longue. Il fallait entendre d’ailleurs les commentaires qui ont été faits sur lui quand il est devenu certain qu’il perdrait sa couronne et la céderait à Rafael Nadal.

Parmi ces commentaires il y avait celui de Mats Wilander, après Wimbledon, qui avait dit que Roger Federer ne gagnerait peut-être plus de Grand Chelem. Dans L’Equipe d’hier il écrit : « Aujourd’hui, il m’a fait changer d’avis car il m’a montré autre chose. S’il joue comme ça, il peut gagner dix Grands Chelems de plus ». Ce qui prouve que Federer, joueur sympathique s’il en est, ne laisse pas indifférent et peut susciter des avis successifs contradictoires et peut-être excessifs.

Je terminerai par cette citation de « Rodgeur » après l’US Open que Franck Ramella reproduit dans L’Equipe d’hier: « Avant, je n’aimais pas les gens qui me battaient. Maintenant, je suis à l’aise avec tout le monde. J’apprécie vraiment la vie sur le circuit qui est relax ». Ce qui prouve que le roi, provisoirement déchu, a surtout réussi à vaincre son pire ennemi, c’est-à-dire lui-même.

Francis Richard 

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18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 20:00
Il est évidemment encore trop tôt pour dire si Roger Federer surmontera rapidement maintenant les déboires qu'il a connus en ce début d'année difficile, comparativement aux années précédentes, et qui lui ont coûté aujourd'hui 18 août sa première place dans le tennis mondial. Il dominait tellement ce dernier, et depuis tant de temps - 237 semaines consécutives -, que l'on avait oublié qu'il pouvait être vulnérable, donc détrônable.

On savait pourtant qu'il était humain. A preuve la création par lui d'une fondation dont le but est de financer des projets destinés à améliorer la situation d'enfants habitant des contrées défavorisés par l'enseignement et par le sport ( ici ). Mais on avait vu tant de fois au cours de ces derniers années qu'il avait en lui des ressources mentales hors du commun qu'on se prenait à penser qu'il surmonterait très vite, une nouvelle fois, l'adversité.

On savait que tout a une fin, mais ce garçon souriant était tellement sympathique, que l'on aurait voulu qu'il soit roi encore longtemps, pour le plaisir de contempler longtemps sa gentillesse. Il aura fallu la conjugaison d'au moins deux éléments décisifs pour que sa confiance en lui-même soit atteinte : une mononucléose et un adversaire redoutable et incontournable dans les grands moments.

Il s'est peut-être remis trop rapidement de sa mononucléose pour en être complètement guéri, et insuffisamment rapidement pour qu'il ait le temps de s'entraîner pour la saison. De plus le joueur hors pair qu'est Nadal a fait énormément de progrès au cours de la dernière année et avait trop d'ambition et de force de caractère pour jouer les éternels seconds. Il n'est certainement pas déshonorant d'être détrôné par un tel rival, qui n'a pas raté l'occasion.

S'il s'agissait d'un autre que Federer, les performances qu'il a réalisées depuis le début de l'année seraient considérées comme plus que remarquables, surtout compte tenu des circonstances. Il a été en finale de deux épreuves du Grand Chelem, Roland-Garros et Wimbledon, en demi-finale d'une autre épreuve du Grand Chelem, celle de Melbourne.

N'oublions non plus qu'il a été en finale à Monte-Carlo et à Hambourg et qu'il a remporté les tournois de Halle et d'Estoril. Si je compte bien il a remporté 45 victoires et essuyé 11 défaites. On peut donc dire que sa chute est toute relative, même si elle le place au 3ème rang de l'ATP Race derrière Nadal justement, et Djokovic, autre embusqué redoutable.

Il est donc important que Federer reprenne confiance en lui, car c'est surtout de cela qu'il s'agit. Aux Jeux Olympiques, avant d'être battu par Blake en quart de finale, il a montré qu'il pouvait sortir le grand jeu, celui du grand Federer, lors des précédentes rencontres. Aussi était-il réconfortant de voir la réapparition de son sourire après sa victoire en double aux côtés de Wawrinka en demi-finale, puis en finale. Il ne sera de toute façon pas venu pour rien à Pékin. 

Si l'on en croit les gazettes il a suffi que Stan dise à Rodgeur que son élimination du simple par Blake n'était pas la fin du monde pour que le bâlois ait un sursaut d'énergie et redevienne vainqueur, supporté par l'amitié de son compatriote vaudois. Cette solidarité dans l'épreuve, grande leçon de l'olympisme, lui aura au moins confirmé qu'il n'était pas seul au monde du tennis et que parfois les encouragements les meilleurs viennent tout simplement du coeur.

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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