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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 01:30
Ce blog a sept ans: l'âge de raison ou de déraison?

Aujourd'hui ce blog a sept ans. C'est pourquoi hier je me suis mis sur mon 23, en prévision de ce jour et que je me suis fait tirer le portrait, déguisé et revêtu d'une veste, sans aller pour autant jusqu'à porter cravate, sur chemise cintrée, à l'italienne, comme je les aime.

 

Au début, il y a sept ans, les seuls visiteurs de ce blog étaient des proches, puis, au fil des années, ce furent des plus éloignés, maintenant ce sont beaucoup d'inconnus, qui ont la gentillesse non seulement de le visiter mais de le lire.

 

De plus en plus, je consacre les billets de ce blog aux livres de toutes sortes que je lis. Je m'efforce d'être un honnête homme non seulement au sens du XVIIe siècle, mais aussi au sens que l'on donne à un homme quand on dit de lui qu'il est un homme honnête, en inversant les deux mots de l'expression.

 

Dans Le temps retrouvé, Marcel Proust écrit: "La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature." Et, effectivement, parmi tous les livres que je lis, ce sont les livres de littérature que je vis réellement, nourrissant de surcroît mes penchants philanthropiques.

 

Des livres que je lis, j'essaie de souligner le bien qu'ils peuvent contenir, parfois de manière elliptique. Dans la mesure où ils en contiennent, bien sûr. Mais c'est rare qu'ils n'en contiennent pas à mes yeux. Louis Millet disait même, dans ses cours de philosophie thomiste, qu'ils en contenaient toujours, fût-ce de manière infime.

 

Dénigrer est facile. Flagorner l'est tout autant. Comprendre l'autre, sans pourtant être obligatoirement de son avis, et l'expliciter l'est beaucoup moins. C'est pourtant par cette porte étroite que j'essaie de me glisser dans les oeuvres que je lis.

 

On peut donc dire que je suis un lecteur bienveillant, ce qui ne veut pas dire que je sois un lecteur béat. Je suis un lecteur bienveillant comme je pense être un homme bienveillant dans la vie, discernant qualités et défauts chez les autres, mais m'efforçant de ne jamais les juger.

 

Comme tout le monde, j'ai pourtant beaucoup de préjugés. Je me bats là-contre. Je combats les préventions que je peux avoir à l'égard de tel ou tel écrivain, parce que ses idées ne sont pas toujours les miennes ou que j'ai écouté un peu trop ceux qui le débinaient.

 

Par exemple, influencé par un Jacques Laurent, j'éprouvais de la prévention à l'égard de Roland Barthes, dont cette année marque le centième anniversaire de la naissance et qui est mort à la suite d'un accident, à l'âge que j'ai aujourd'hui... Jusqu'au jour où j'ai lu L'empire des signes...

 

Aujourd'hui je pense donc à lui doublement. Triplement devrais-je dire. Parce que l'on m'a fait découvrir récemment un texte de lui, très sérieux, sur l'attente, qui figure dans Fragments d'un discours amoureux, dont mon contemporain, Fabrice Luchini, fait une lecture désopilante et qui en relativise opportunément les affres.

 

Il se trouve que mon épreuve de quatorze (lire Espitre à mes amis et La leçon de Sénèque) a trouvé cette année son épilogue, le 20 mars précisément. Je n'attendais pas comme Roland Barthes un coup de téléphone de l'autre, non plus que son arrivée dans une scénographie d'attente, organisée sous forme de pièce en trois actes, ayant pour décor un café.

 

En fait, j'étais dans "le tumulte d'angoisse" d'une réponse à mes messages impatients, de plus en plus rapprochés. La réponse est venue après plusieurs semaines de silence, silence difficile à supporter. Cette réponse était menaçante et m'a blessé, mais je l'ai accueillie comme l'arrivée à l'acte III, imaginée par Roland Barthes, au moment où celui qui attend atteint "l'angoisse toute pure: celle de l'abandon":

 

"C'est la reconnaissance, l'action de grâce: je respire largement, tel Pelléas sortant du souterrain et retrouvant la vie, l'odeur des roses."

 

Cette réponse tant attendue m'apaise enfin. Je suis dans la vraie vie et la littérature la rejoint peu de temps après. C'est terminé. Je sais que désormais, contrairement à ce que cette personne affirme dans sa réponse cruelle, cela lui posera un problème si nous nous croisons à nouveau. Et cela ne manque pas... bien que je respecte son verdict.

 

Ce blog a sept ans. Et j'ai l'impression d'avoir le même âge, comme si ma vie personnelle et la sienne n'en faisaient plus qu'une. Avons-nous désormais tous deux ensemble l'âge de raison ou de déraison? Il me semble que la première l'a emporté sur la seconde. Mais c'est vite dit, parce que la souffrance demeure et demeurera toujours. Mais n'est-elle pas le meilleur aiguillon pour maintenant se dépasser?

 

Francis Richard

 

Lecture du texte de Barthes sur l'attente par Fabrice Luchini:

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 22:15
De la grande pitié du latin (et du grec) dans les collèges de France

Madame Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche vient de concocter une réforme du collège applicable en France dès 2016. Aux termes de cette réforme, l'enseignement du latin et du grec pourraient bien disparaître, contrairement à ce qu'affirme une ministre outragée par la seule pensée que l'on puisse en douter.

 

Pourquoi le latin et le grec pourraient-ils disparaître?

 

Parce que la théorie de leur maintien apparent et facultatif ne résistera vraisemblablement pas à la pratique.

 

Quelle est la situation actuelle?

 

Aujourd'hui quelque 20% des collégiens choisissent l'option latin à la fin de la sixième. Ils font son apprentissage à raison de deux heures par semaine en cinquième et de trois heures par semaine en quatrième et troisième. Au-delà, pendant les trois années de lycée, ils ne sont plus qu'environ 5% à poursuivre cet apprentissage - ce qui est bien regrettable. Quant à l'option grec, elle n'est possible qu'à partir de la troisième et seuls 2% des collégiens la prennent. Ne parlons pas de ceux qui continuent cette option au lycée.

 

Que prévoit la réforme des collèges?

 

Premier volet: la réforme prévoit que, pendant les cours de français, il soit fait place aux "éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française", une initiation tout au plus suivant les propres termes de la ministre...

 

Deuxième volet: la réforme prévoit que soient créés huit EPI, enseignements pratiques interdisciplinaires, dont six d'entre eux seront choisis et proposés aux élèves par le chef d'établissement:

 

- Monde économique et professionnel

- Culture et création artistique

- Information, communication, citoyenneté

- Corps, santé, sécurité

- Sciences et société

- Développement durable

- Langues et cultures étrangères/régionales

- Langues et cultures de l'Antiquité

 

C'est dans ce dernier EPI que le latin et le grec se nicheraient, mais, comme le nom l'indique déjà, ils ne seraient pas à proprement parler enseignés... si cet EPI existe seulement dans l'établissement fréquenté.

 

Troisième volet: pour les irréductibles qui voudraient absolument faire du latin et du grec, un "enseignement de complément" pourrait leur être dispensé à raison d'une heure en cinquième et de deux heures en quatrième et troisième, si le chef d'établissement le veut bien, ou, plutôt, le peut, puisqu'il n'est pas prévu de grille horaire ni de financement pour cet enseignement... Et pour cause: la ministre n'a ajouté ce troisième volet qu'à la dernière minute, devant la levée de boucliers suscitée par sa réforme...

 

En résumé, l'intention proclamée est de donner accès à tous au latin et au grec, le latin et le grec pour tous en quelque sorte. Mais, comme ce n'est pas possible, on n'en donnera à tous que des miettes et on donnera, en réalité, à ceux qui, aujourd'hui, optent pour le latin (et le grec), moins de temps, voire pas du tout.

 

Il est indéniable pourtant:

 

- que la maîtrise de la langue française passe par la connaissance des langues qui l'ont précédée et fondée, le latin et le grec, pour une grande part;

- que, jadis, lorsqu'on apprenait le français, le latin et le grec, on disait que l'on faisait ses humanités, c'est-à-dire que l'on se formait à l'esprit critique et à l'esprit humaniste, qui sont souvent aujourd'hui portés disparus dans la France contemporaine;

- que ces enseignements du grec et du latin sont, à l'heure actuelle, déjà mal en point, parce que le réflexe formaté est de les considérer comme des langues mortes, donc inutiles; et l'on se trompe lourdement, comme le disait naguère Jacqueline de Romilly.

 

Prenons mon modeste cas personnel: naturellement inapte aux sciences et techniques, c'est à la formation intellectuelle et la logique que m'a données le latin pendant sept ans, de la sixième à la terminale, dans un collège religieux puis au Lycée Henri IV de Paris, que je dois d'être devenu ingénieur diplômé de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne...

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 01:00
La leçon de Sénèque

En l'an soixante-quatre de mon âge je sais bien que je me rapproche du terme de ma vie et cela ne m'effraie pas outre mesure. La mort n'est pas un tabou pour moi. Elle me semble naturelle et m'apparaît comme faisant partie de la vie, tout simplement. Je n'ai aucun mérite à le penser: je crois en Dieu et en l'au-delà et, dans le même temps, je suis un mécréant sans crainte, parcouru de doutes, inapte aux certitudes. Et puis, face à la mort, j'ai de qui tenir.

 

Mon grand-père maternel, Daddy, à qui, paraît-il, je ressemble de plus en plus, du moins par le caractère, a vu la mort de près plusieurs fois. Engagé volontaire dans l'armée anglaise à dix-neuf ans, en 14 - son pays, la Belgique, le trouvait trop jeune pour l'enrôler dans son armée -, il a combattu au sein du MI6, le service secret extérieur de Sa Majesté britannique, créé cinq ans plus tôt.

 

Capturé par les Allemands à Vilvoorde (Vilvorde), torturé pour faits d'espionnage, condamné à mort et amené au peloton d'exécution, à plusieurs reprises, pour le briser, il n'a jamais rien dit sur les autres membres de son réseau et a finalement eu la vie sauve en faisant un mariage blanc avec ma grand-mère: à l'époque on n'exécutait pas un jeune marié, fût-il espion...

 

Depuis à peu près l'âge que j'ai aujourd'hui - j'avais alors sept huit ans -, jusqu'à son trépas, Daddy n'a eu de cesse de répéter qu'il était "vieux et usé" et qu'il allait "mourir bientôt". C'était en quelque sorte sa façon d'exorciser la mort, mais cela m'a accoutumé au fait que nous étions mortels. En réalité Daddy avait une santé de fer et ne devait mourir qu'un quart de siècle après avoir commencé d'entonner cette antienne.

 

Daddy, mon parrain, s'est éteint comme une chandelle, le sourire aux lèvres, en m'étreignant la main, après que nous avons bu ensemble un dernier bock de bière. C'était à l'Institut National des Invalides de Guerre, à Ukkel (Uccle), ville où je suis né. Ce jour-là, j'ai appris que la mort pouvait ne pas être triste pour celui qui partait, si elle l'était de toute évidence pour ceux qui restaient et qui l'avaient aimé. Ce jour-là, j'ai eu aussi la révélation indicible de la présence de son âme, qui demeurait encore un moment, avant d'abandonner son corps, comme à regret.

 

Au contraire de mon grand-père, j'ai une bonne mauvaise santé depuis le jour de ma naissance - on m'a ondoyé ce jour-là par précaution et baptisé cinq jours plus tard à la suite d'une nouvelle alerte. Et cette bonne mauvaise santé m'a accompagné tout du long de mon existence jusqu'à aujourd'hui inclus. C'est pourquoi, à chaque date anniversaire de ma naissance, je me réjouis de l'avoir atteinte, je me félicite de ce qui ressemble à une victoire remportée sur le temps et sur l'adversité.

 

En l'an soixante-quatre de mon âge, je pense à ce qu'écrit Sénèque dans sa lettre LIV à Lucilius: "Il faut louer et imiter ceux qui n'ont pas regret de mourir tout en aimant à vivre." Si je n'ai pas regret de mourir et si j'aime à vivre, je ne trouve pas qu'il y ait là motif à louange, puisque dès mon plus jeune âge cet art de vivre et de mourir m'est familier, et je ne demande à personne de l'imiter, parce que chacun doit trouver sa voie et la suivre.

 

Il y a douze ans, ma vie a pris toutefois un tour plus précaire avec la découverte d'une insuffisance cardiaque, que je refuserai toujours de faire opérer, semblable à celle qu'avait Frans, mon oncle maternel, et qui est une épée de Damoclès au-dessus de celui qui en souffre. Ce n'est pourtant pas cette épée qui lui a été fatale. C'est le crabe qui a eu raison de lui à cinquante-neuf ans... Qui aurait dit que le prêtre qui m'avait baptisé mourrait plus jeune que son neveu?

 

Aussi, compte tenu de cette bonne mauvaise santé, aurais-je, beaucoup plus que Daddy, de bonnes raisons de dire que je suis vieux et usé - ce que je ne dis jamais - et que je vais mourir bientôt - ce que je pense de plus en plus sans le dire, et sans que je ne considère que le penser seulement soit une manière de le conjurer. Je pense plutôt qu'il s'agit d'une réalité avec laquelle je dois m'accommoder.

 

Si, par hypothèse, je devais disparaître demain, ma vie aurait-elle été courte? Dans son De brevitate vitae, Sénèque dit que "nous n'avons pas reçu une vie brève, nous l'avons faite telle; par rapport à elle, nous ne sommes pas des indigents, nous sommes des prodigues". Alors je m'efforce pendant le bref temps qui m'est encore imparti ici-bas, comme le conseille Sénèque, d'organiser ce temps "comme il faut", surtout depuis l'épreuve de 14, que j'ai évoquée le premier jour de cet an, dans Espitre à mes amis.

 

Cette organisation "comme il faut" de mon temps me permet d'avoir une activité professionnelle intense, de lire des livres de toutes sortes, d'écrire des billets sur ce blog, de nager tous les jours, ou presque, de voir des amis et de faire de fructueuses rencontres. En somme, de vivre avec empressement plusieurs vies et de partager  avec le plus grand nombre de gens possible ce que ces vies m'apportent et me donnent comme matières à réflexion.

 

Quand l'épreuve de 14 m'a conduit au bord de l'abîme, c'est à Sénèque, encore lui, à qui j'ai eu recours. Dans sa lettre CIV à Lucilius, Sénèque dit que "l'homme de bien est tenu de rester dans le monde, non autant qu'il lui plaît, mais autant qu'il le faut". Si donc le devoir, officium, et la passion, ardor, se disputent d'ordinaire à égalité mes faveurs ou se les concilient, grâce à Sénèque, c'est le premier qui l'a emporté cette fois-là sur la seconde...

 

Si j'étais au bord de l'abîme, c'est que j'avais perdu tout espoir d'au moins conserver l'amitié d'une personne qui m'était chère et qui me l'est toujours, et que j'en étais meurtri à un point qu'elle ne pouvait imaginer et qu'elle n'imagine d'ailleurs toujours pas, parce que c'est incroyable et complètement déraisonnable... je le concède...

 

Cela m'a fait commettre des extravagances dont je me repens, mais, à ses yeux, j'en ai eu la confirmation hier,  je reste impardonnable. Toutes mes tentatives, sans doute maladroites, pour me réconcilier avec elle se sont avérées vaines et je sais pertinemment qu'il me faudra vivre avec cette blessure qui ne cicatrisera jamais, quoi que je fasse pour réparer. Et que, dès lors, je douterai toujours beaucoup de moi-même...

 

Pour cette personne, je ne suis pas un homme de bien: je me suis montré d'une grande faiblesse, et l'état de déréliction dans lequel je me suis trouvé un jour ne peut qu'inspirer aujourd'hui sa peur et justifier sa fuite. Coupable, de surcroît, selon elle, de chantage affectif, le vilain que je suis a été et est désormais pour elle, décidément, infréquentable...

 

Alors, au plus fort de la crise, plutôt que de me faire admettre comme membre actif de la sélecte société des écrivains suicidés (à titre exceptionnel puisque je ne suis pas écrivain), bien que dépourvu désormais du désir de vivre, tout en continuant, paradoxalement, d'aimer à vivre, j'ai fait le choix plus courageux en ces circonstances de demeurer parmi les vivants et de me comporter, pour une fois, en homme de bien, par devoir envers les miens, mais aussi envers mon Créateur, auquel je ne manifeste certainement pas assez de reconnaissance pour tout ce que je lui dois.

 

Quand l'épreuve de 14 m'a conduit au bord de l'abîme, c'est aussi à Verlaine, à qui j'ai eu recours. Plus que tout autre, et par la poésie, qui est la vraie vie de l'esprit, il m'a bien fait comprendre, au plus profond de mon âme, que le Christ n'est pas venu pour les hommes de bien, mais pour les vilains, comme lui et moi, et que nous étions bien bêtes de ne pas le comprendre et de ne pas répondre par notre pauvre amour humain à son incommensurable amour divin.

 

Alors, au plus fort de la crise, j'ai ouvert le recueil de Sagesse. Je me suis lu, dans mon pléiade des Oeuvres poétiques complètes, comme on lit une prière dans un missel, ce premier sonnet d'une série que je sais pourtant par coeur et qui devrait parler à n'importe quel vilain:

 

Mon Dieu m’a dit: "Mon fils, il faut m’aimer. Tu vois
Mon flanc percé, mon coeur qui rayonne et qui saigne,
Et mes pieds offensés que Madeleine baigne
De larmes, et mes bras douloureux sous le poids

De tes péchés, et mes mains ! Et tu vois la croix,
Tu vois les clous, le fiel, l’éponge, et tout t’enseigne
À n’aimer, en ce monde amer où la chair règne,
Que ma Chair et mon Sang, ma parole et ma voix.

Ne t’ai-je pas aimé jusqu’à la mort moi-même,
Ô mon frère en mon Père, ô mon fils en l’Esprit,
Et n’ai-je pas souffert, comme c’était écrit ?

N’ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
Et n’ai-je pas sué la sueur de tes nuits,
Lamentable ami qui me cherches où je suis ?"

 

Nous ne savons pas ce que nous réserve l'avenir. Si ma vie est devenue de plus en plus précaire, je fais comme si elle ne l'était pas. Je fais comme si de rien n'était. Mais je fais aussi comme si, chaque jour que Dieu fait, était mon dernier jour, essayant de contenir l'ardor et de ne pas trop céder de terrain à l'officium. Peu à peu je mets mes affaires en ordre. Et j'ai déjà pris des dispositions testamentaires pour mes biens terrestres...

 

Nous ne savons pas ce que nous réserve l'avenir. L'ironie du sort est que Sénèque, à qui l'envie n'a pas manqué à plusieurs reprises de s'arracher à la vie du fait de sa mauvaise santé, mais qui ne l'a pas fait par devoir envers les siens, a dû tout de même le faire, comme le raconte Tacite dans le Livre XV des Annales, sur ordre de Néron...

 

Francis Richard

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 21:15
Une nouvelle maladie mentale en France: être libéral, comme... Jean-Louis Caccomo

Il y a quelques années, j'ai rencontré, à l'Université d'Eté de la Nouvelle Economie, à Aix-en-Provence, un fou comme moi, c'est-à-dire un libéral, un dénommé Jean-Louis Caccomo. Après la parution de son livre Le modèle français dans l'impasse, je n'ai plus entendu parler de lui. Il semblait avoir disparu de la circulation, et pour cause...

 

Sa maladie mentale, le libéralisme, dont je suis atteint tout aussi gravement que lui, l'avait en effet conduit à être interné psychiatrique, sous contrainte, au Centre Hospitalier de Thuir, à quinze kilomètres de Perpignan, du 14 février 2013 au 4 avril 2014, puis, à être admis, sans contrainte (mais il l'ignore à ce moment-là), du 4 avril 2014 au 20 juin 2014, dans une clinique de Montpellier. llustration en quelque sorte de l'adage: "Pas de liberté pour les amis de la liberté!".

 

Jean-Louis est réapparu pour mon grand bonheur, car c'est un homme chaleureux et exquis, lors du 6ème Week-End de la Liberté, organisé à Dax par le Cercle Frédéric Bastiat, le 4 juillet 2014, soit deux semaines après avoir recouvré son entière liberté. C'était tout un symbole à mes yeux puisqu'il m'a raconté alors ce qui lui était arrivé les mois précédents le jour anniversaire de l'Indépendance américaine...

 

Aussi, quand Jean-Louis a appelé au secours, me suis-je empressé de relayer son appel et ai reproduit le 11 janvier 2015, autre date symbolique, la lettre qu'il a adressée au Ministre de l'Education, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, Madame Najat Vallaud-Belkacem, et à la Cour européenne des droits de l'homme.

 

Le 23 janvier 2015, Jean-Louis, accompagné de son attachée de presse, Solweig Ely, répond aux questions de Jean-Robin, pour Enquête et Débat (voir la vidéo ci-dessous), sur l'internement arbitraire qu'il a subi, sur le harcèlement dont il est toujours l'objet et sur la campagne de presse lancée contre lui, en 2004, parce que ce fou de libéral avait eu le toupet de se présenter à l'agrégation de Sciences Economiques, chasse gardée des économistes du sérail, c'est-à-dire des étatistes pur jus.

 

En 2004, donc, Jean-Louis Caccomo se présente au concours de la sus-dite agrégation et figure au 3ème rang des 40 admissibles sur 107. Seulement, le jury du concours, composé de sept membres, présidé par Pascal Salin, désigné par le gouvernement, comprend notamment Gérard Bramouillé, Enrico Colombatto et Bertrand Lemmenicier. Tous quatre éminents professeurs qui ont le tort en socialie française d'être membres de la Société du Mont-Pèlerin.

 

Une cabale est lancée contre le candidat Caccomo, universitaire authentiquement libéral, qui enseigne à l'Université de Perpignan, après avoir étudié, horresco referens, à l'Université d'Aix-en-Provence, ce bien seul bastion du libéralisme en France, avec, peut-être, l'Université de Paris-Dauphine: on ne veut pas de candidat comme ça chez nous! c'est du favoritisme! Un texte circule. Le Conseil national des Universités, organisme stalinien, s'oppose au candidat. Libération libelle. Charlie Hebdo, ce parangon de la liberté d'expression, caricature... pour tuer socialement.

 

Jean-Louis Caccomo, cet éminent économiste, reconnu surtout à l'étranger, ne sera donc jamais agrégé de Sciences Economiques. Il sera ad vitam aeternam Maître de Conf. Mais ad vitam aeternam, c'est encore trop. Alors il faut éliminer ce fou, ce libéral, dont le fol enseignement, parfaitement incorrect, dérange. Il a eu une légère dépression, dont il s'est parfaitement remis. C'est vraiment intéressant ça. C'est un détail qui peut servir pour s'en débarrasser. Ne manque plus que l'occase. Elle se présente.

 

L'occasion qui fait le larron? Le 10 janvier 2010, un étudiant chinois déséquilibré, muni de couteaux, a tué une secrétaire et sérieusement blessé deux professeurs de l'Université de Perpignan qui s'interposaient. A la suite de la plainte déposée contre l'Université par la famille de la secrétaire assassinée, le président de ladite université, Fabrice Lorente, décide, c'est l'occase, en application du principe de précaution, de mettre Jean-Louis à pied, puisqu'il a un antécédent dépressif, fût-il léger.

 

Cet employeur, tout à fait illégalement, fait ensuite convoquer Jean-Louis au Centre Hospitalier de Thuir pour examen par un psychiatre qui doit prétendument le réhabiliter dans ses fonctions. En réalité, cette convocation est un piège. Il ne verra jamais le psychiatre en question et les portes du CH de Thuir se refermeront sur lui pour de longs mois, pendant lesquels il sera drogué, subira déchéances physique et psychique, sans parler des terribles conséquences pour sa famille. 

 

Jean-Louis ne sortira de cet enfer qu'après avoir demandé, et obtenu, son transfert dans une clinique de Montpellier, où les frais seront à sa charge, on le lui a bien précisé, et qu'après avoir accepté de s'y voir administrer des électrochocs. Là, examiné par un psychiatre, qui ne voit absolument pas l'utilité des électro-chocs, il se rétablira en moins de trois mois...

 

Dans ces conditions, alors que, sans avoir retrouvé toutes ses attributions à l'Université de Perpignan, il y enseigne tout de même à nouveau depuis la rentrée 2014, il est compréhensible que Jean-Louis appelle au secours, quand des infirmiers se présentent chez lui à 8 heures du matin, ce 9 janvier dernier, pour l'interner à nouveau... Mais, cette fois, il ne se laisse pas faire et ne retourne pas à l'hôpital, où on sait quand on y entre, mais où on ne sait pas quand on en sort...

 

Une procédure judiciaire est en cours. Assignation a été déposée par l'avocate de Jean-Louis en novembre dernier. Il s'agit de rétablir la vérité sur la santé mentale de Jean-Louis qui n'a jamais justifié un internement, de reconnaître qu'il a été victime de pratiques indignes d'un pays comme la France et de les sanctionner, de réparer tous les dommages qu'il a encourus, lui et sa famille.

 

Tout cela pour dire que je suis Jean-Louis.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec Lesobservateurs.ch

 

Vidéo de l'entretien du 23 janvier 2015, posté par Enquête et débat, de Jean-Louis Caccomo et Solweig Ely, interrogés par Jean Robin:

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 00:30
L'économiste Jean-Louis Caccomo menacé d'internement psychiatrique

Je reproduis ci-dessous la lettre que l’économiste Jean-Louis Caccomo a été contraint d’envoyer au Ministre et à la Cour européenne des droits de l’homme. Merci de la relayer le plus largement possible en soutien à cet éminent professeur de l'université de Perpignan, et en soutien des libertés fondamentales.

 

Francis Richard

 

J’ai l’honneur de vous écrire pour vous alerter que mon université a déclenché vendredi une procédure d’internement psychiatrique à mon encontre sans aucun motif.

 

Je dois vous dire que j’ai déjà été victime d’un internement psychiatrique qui m’a coûté deux ans de ma vie à la demande du président de l’université en invoquant le motif de précaution.

 

En effet, un étudiant chinois a commis un assassinat sur mon campus et il a été jugé irresponsable car schizophrène. A l’époque, le président Sarkozy est venu assister aux obsèques. A la suite de ce tragique événement, j’ai été interné sous contrainte pendant deux ans, puis transféré à Montpellier pour y subir les électrochocs.

 

J’ai réintégré mon poste en juin 2014 et je suis depuis suivi par Montpellier qui m’a jugé apte à la reprise du travail. Pourtant la direction de l’IAE a déclenché à mon encontre une procédure d’hospitalisation vendredi qu’il m’a fallu 4 heures pour stopper.

 

Je voulais donc vous alerter sur les méthodes en vigueur dans mon université alors que j’ai contribué depuis 15 ans au rayonnement de l’université de Perpignan (parfois au péril de ma vie comme en Thaïlande,Syrie ou Algérie) à travers mes nombreux articles académiques et mes livres mondialement reconnus.

 

Il est clair que je n’en resterai pas là d’autant qu’ils me disent qu’ils ont le droit de me faire interner à tout moment sur simple signalement de mon université, bafouant mes droits fondamentaux les plus élémentaires.

 

Je vous serai très reconnaissant de me répondre car je ne peux vivre dans cette angoisse permanente d’être interné.

 

Bien cordialement,

 

Jean-Louis Caccomo

 

PS

 

Le dernier livre de Jean-Louis Caccomo:

 

Le modèle français dans l'impasse, 252 pages, Tatamis

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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 12:45
Espitre à mes amis

Une fois n'est pas coutume. En bon stendhalien, c'est-à-dire en bon égotiste, je vais parler de moi d'abord et de vous, ensuite, mes amis, qui avez la gentillesse de me lire. Je suis conforté dans cette attitude d'esprit par d'illustres stendhaliens qui m'ont montré la voie, je veux nommer mes chers Jacques Laurent et Philippe Sollers.

 

Pour illustrer ce billet, j'ai repris une photo prise le 1er août dernier. J'y apparais rayonnant, comme je ne devrais jamais cesser de l'être et comme je l'étais avant 14, il y a un siècle, me semble-t-il. Ce jour-là, je suis rayonnant parce que je me trouve au milieu d'amis, et, surtout, plus précisément, d'amies, dont la présence et la bienveillance me portent.

 

Le soir même, cette grâce persistant, je prends une disposition personnelle qui me libère - elle n'est pourtant que l'expression modeste de ma reconnaissance envers la personne à qui je dois l'épreuve de l'année. Mes proches la découvriront, sans peut-être la comprendre, après mon trépas.

 

L'amitié souffre l'intermittence, tandis que l'amour ne souffre pas l'absence et, surtout, souffre de l'absence. Je l'ai appris, à mes dépens, l'année dernière. Quoi qu'il en soit, à chaque fois que mon âme traverse une épreuve, mon corps réagit en perdant du poids. Entendons-nous bien, je ne déprime jamais dans les épreuves, je souffre. Et cette souffrance n'est pas maladive. Je n'ai pas besoin de consulter comme on me l'a aimablement conseillé.

 

En fait je devrais traverser davantage d'épreuves, même si je n'en ai pas été épargné au cours de mon existence. Les épreuves me sont bénéfiques parce que j'apprends, parce qu'elles aiguisent ma curiosité et ... parce que je n'ai pas d'autre choix que de les surmonter. Physiquement elles me permettent de me dégraisser et de ne garder que mes muscles sur mes os. Moralement elles me fortifient.

 

L'épreuve de 14 aura eu des effets bénéfiques, même si j'en souffre encore. Jamais de ma vie je n'ai soumis mon corps à une telle discipline, et je compte bien persévérer, parce que cela me permet de supporter la réduction de ma vie personnelle à une peau de chagrin.

 

L'insuffisance cardiaque, dont je ne souffre pas, je m'empresse de le dire, mais qui me gêne plutôt qu'autre chose, m'a conduit il y a quelques années déjà à abandonner le karaté do, pratiqué pendant quinze ans. Alors, progressivement, en écoutant mon coeur, je me suis remis à nager - j'ai été un bébé nageur - et, en 14, j'aurai nagé - j'en ai tenu un compte précis - 587'250 m, à Lausanne, à Pully, à Paris, à St Jean-de-Luz, dans des piscines et dans l'océan.

 

Je ne dis pas cela pour figurer dans le Guiness des records, ni pour me vanter, mais pour montrer, que même lorsque l'on souffre d'un handicap physique, voire mental - je suis atteint de folie douce - il est possible de faire faire des choses inimaginables à son corps. Pour montrer, également, ce que les arts martiaux et l'adage latin - mens sana in corpore sano - m'ont appris, que l'esprit et le corps interagissent l'un sur l'autre.

 

L'épreuve de 14 aura eu des effets bénéfiques, même si j'en souffre encore. Jamais de ma vie je n'ai soumis mon esprit à une telle discipline. Tout en travaillant beaucoup, dans un domaine, les ressources humaines, qui convient bizarrement bien à l'ingénieur de formation que je suis, je n'ai jamais autant lu, ni autant écrit, 224 billets sur ce blog, ni autant composé de poèmes, dont j'ai détruit la plupart, pour tourner la page.

 

Au cours de 14, j'ai conservé et me suis fait un grand nombre d'amis. Je ne m'illusionne pas trop pour autant. Parmi eux et parmi elles, il y en aura que vent emportera, d'autant qu'il vente toujours devant ma porte, comme aurait dit le cher Rutebeuf, qui a traité de ce sujet, il y a longtemps déjà. Mais, parmi cette cohorte, il y en aura bien quelques uns au moins qui resteront de vrais amis, dont l'amitié est de celles qui faisaient dire au cher Montaigne à propos de la sienne avec La Boétie: "Parce que c'était lui, parce que c'était moi.".

 

Cette nuit, un de ces amis sûrs, qui se font connaître "dans les situations peu sûres", m'a témoigné de son amitié dans un message. Il se reconnaîtra. Il m'avait donné son numéro de téléphone mobile quand il avait pressenti que j'étais au bord de l'abîme. Je n'en ai pas usé, mais je savais qu'il était là, si jamais, pour m'écouter. Il aura été d'un grand secours pour moi. Cicéron fait dire à Lélius dans De l'amitié: "Le coeur se dilate quand un ami a quelque sujet de joie, il se contracte quand il est victime d'un événement fâcheux."

 

L'année 2014 m'a été cruelle en termes d'amitié. J'ai essuyé la perte de deux amis. L'un est mort, l'autre est vivante.

 

Dans De l'amitié, Cicéron fait encore dire à Lélius, qui est affecté par la mort de son ami Scipion: "Je crois qu'il ne lui est rien arrivé qu'on puisse dire mauvais; s'il y a un mal, c'est à moi qu'il est arrivé." En effet Lélius n'est pas de ceux qui croient "que les âmes périssent avec les corps et que la mort est la fin de tout".

 

Comme Lélius je ne crois pas dans mon for interne que l'âme périsse avec le corps, même si je suis un mécréant et que le doute ne me quitte pas. La mort de cet ami perdu ici-bas, revu huit jours auparavant, m'a profondément édifié et c'est pourquoi j'ai la faiblesse de croire qu'il me regarde de là-haut avec bienveillance et, dans le même temps, incrédulité devant ma mécréance.

 

En relisant cette nuit le texte de Cicéron, je me rends compte que la perte de mon amie vivante m'est bien imputable à moi seul, comme j'en ai pris conscience depuis le début. Lélius dit en effet qu'"il ne peut y avoir d'amitié qu'entre gens de biens". Et je suis un vilain, un homme dont la faiblesse de caractère, éphémère, ne pouvait au mieux qu'indisposer. "On ne doit donner son affection qu'après avoir jugé", conseille Lélius. Elle a dû suivre ce juste conseil.

 

Au plus fort de la crise, devant la situation inextricable dans laquelle je m'étais mis inconsciemment d'abord, involontairement ensuite, cette ex-amie m'avait écrit: "Rigolons-en". Au lieu de suivre cet autre juste conseil, je me suis entêté à garder mon sérieux et mon air sombre, qui ne me vont décidément pas bien au teint. Et, depuis, quand nous nous croisons, nous ne pouvons plus nous parler, parce que je deviens complètement aphasique, l'émotion me prenant et mon coeur battant la chamade.

 

En 2015, j'émets donc les voeux suivants à l'adresse de vous qui êtes mes amis:

- je tâcherai d'être toujours bienveillant à votre égard;

- j'essaierai d'être quelqu'un de bien;

- je m'efforcerai de ne pas laisser libre cours à mon hyper-émotivité;

- je ferai en conséquence des efforts à l'oral (je peux avoir la parole encore plus hésitante que celle de Modiano);

- je prendrai les contrariétés et les vicissitudes avec humour...

 

Sinon, j'émets, bien sûr, tous les meilleurs voeux que l'on peut souhaiter à ses amis, en pareille circonstance, celle d'un changement de millésime.

 

Francis Richard

 

PS

 

Dans les Pièces non recueillies, François Villon a composé une espitre destinée à ses amis. Il aurait dû écrire epistre. J'ai repris cette faute, dans le titre de ce billet, parce qu'elle convient très bien à mon imperfection.

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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 22:30
Les référencements Google de ce blog sont rétablis: merci Overblog !

Pendant ces huit derniers jours, mon moral est passé par des hauts et des bas.

 

Ce blog a, dans un premier temps, disparu le jour du 6ème anniversaire de son existence.

 

Cette disparition, le 24 mai 2014, tombait particulièrement mal, parce que je venais de tourner une page douloureuse de ma vie personnelle et que ce coup du sort, d'origine technique, m'atteignait plus que cela n'aurait été le cas en temps normal.

 

Le troisième jour suivant sa disparition, le 27 mai 2014, ce blog est redevenu accessible pour ses visiteurs, mais il n'était plus du tout référencé par Google. D'où une chute terrible des visites.

 

Aujourd'hui les référencements Google ont été rétablis. C'est important parce qu'il est maintenant possible à nouveau, par exemple, de rechercher par le titre d'un livre l'article que je lui ai consacré.

 

Ce matin, en désespoir de cause, j'ai repris contact avec Overblog, la plate-forme qui m'héberge et qui est à l'origine du dysfonctionnement technique d'il y a huit jours. Ils ont dû intervenir puisque Google a rétabli tous ses référencements. Overblog a donc réparé et je les en remercie vivement.

 

Désormais j'ai l'esprit beaucoup plus libre pour continuer à partager sur ce blog mes coups de coeur dans les arts et lettres et mes raisonnements dans l'action humaine...

 

Francis Richard

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 12:30
Overblog supprime l'accès à ce blog deux trois jours, dès lors Google l'ignoreOverblog supprime l'accès à ce blog deux trois jours, dès lors Google l'ignore

Il aura suffi de deux trois jours d'interruption d'accès à ce blog, due à un dysfonctionnement d'Overblog, pour que Google ne me référence plus. Ou sinon via des sites qui ont la gentillesse de le mettre en lien. Je n'arrive même plus moi-même à me connecter directement sans passer par l'un d'eux, c'est dire.

 

Ce sont les mystères d'Internet.

 

Google m'avait fait le magnifique cadeau de me référencer de belle façon. Je ne sais ni pourquoi ni comment. Du coup la fréquentation de ce blog augmentait régulièrement. Ce cadeau m'a été retiré aussi mystérieusement qu'il m'avait été donné. Et, depuis, la fréquentation, après avoir été nulle pendant l'interruption, peine à remonter la pente.

 

Je me suis rendu compte que c'est bien ce référencement par Google qui m'apporte l'essentiel de mes visiteurs. Qu'il s'agisse de visiteurs passant par Google France, par Google Suisse ou par Google Belgique. Les réseaux sociaux ne contribuant que pour une très modeste part à leur afflux.

 

Cette triste expérience, qui a coïncidé avec le sixième anniversaire de son existence, m'aura appris la vulnérabilité de ce blog, qui dépend beaucoup plus finalement de la technique que de ce que je peux bien écrire. Ce qui n'est guère rassurant pour la liberté d'expression...

 

Heureusement que l'esprit de résistance m'a été insufflé familialement dès le plus jeune âge et que, devant les difficultés, il m'a été enseigné de ne jamais baisser les bras, sinon je renoncerais.

 

Mais, je ne renoncerai pas, non seulement parce que de tenir ce blog m'est vital comme l'air que je respire, mais aussi parce que je me suis donné pour objectif de partager avec mes lecteurs mes coups de coeur dans les arts et lettres tout autant que mes raisonnements dans l'action humaine...

 

Peut-être mon opiniâtreté sera-t-elle récompensée un jour prochain par les robots de Google...

 

Francis Richard

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 13:00
Ce blog a six ans d'existence et n'a pas atteint l'âge de raisonCe blog a six ans d'existence et n'a pas atteint l'âge de raison

Le 24 mai 2008, l'aventure de ce blog commençait. Il y a six ans.

 

Un ami de longue date, Michel de Poncins, m'avait parlé quelque temps plus tôt d'Overblog et m'avait dit qu'il était facile de créer un blog sur cette plate-forme. Comme j'étais en interruption involontaire d'écriture depuis quelques mois et que j'ai un besoin existentiel d'écrire, à défaut d'être écrivain - la béquille de l'écriture dont parle Jacques Laurent m'est indispensable depuis mes sept ans -, je me disais qu'il fallait tenter l'expérience, quitte à y renoncer si elle ne se révélait pas concluante.

 

Quand je regarde le chemin parcouru en six ans, je ne sais toujours pas si l'expérience est concluante. Je constate seulement que j'ai évolué au cours de ces années, que je suis toujours le même, tout en étant devenu un autre. Une chose me rassure cependant. Je m'étais donné comme seule contrainte d'écrire en liberté et j'ai respecté cet engagement en apparence contradictoire, comme je le suis.

 

Si j'ai donné à ce blog mon nom, ce n'est pas par immodestie, mais par manque d'imagination - je ferai un piètre romancier. Si je l'ai orné de ma devise en latin, ce n'est par pédanterie, mais parce qu'à seize ans, sur la route qui va de Paris à Chartres, l'aumônier qui nous accompagnait mes camarades cathos du Lycée Henri IV et moi, nous avait demandé de trouver une formule qui nous définissait et que j'ai trouvé celle-là, spontanément.

 

Cette formule est devenue ma devise. Elle résume à elle seule toutes mes contradictions. Elle me définissait dès le début de manière prémonitoire, puisque j'étais, et suis toujours, bien écartelé entre devoir et ardeur, entre volonté de rester dans le droit chemin et passions qui me le font quitter pour des sentiers de traverse.

 

Deux textes en anglais, qui se trouvent l'un sur le mur du séjour de ma maison de Chatou, l'autre sur le mur de mon logis de Lausanne, m'ont été donnés par ma mère pour me guider dans la vie. Humblement, je reconnais que je ne les ai pas lus et relus encore suffisamment pour m'en imprégner et atteindre enfin l'âge de raison que mon blog n'a pas atteint non plus.

 

Le premier est de Marc-Aurèle:

 

God grant me the serenity to accept the things I cannot change,

Courage to change the things I can,

And wisdom to know the difference.

 

Ce qui peut se traduire ainsi:

 

Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux pas changer,

Courage de changer les choses que je peux changer

Et sagesse de faire la différence.

 

Dans la version originelle de l'empereur romain, il n'était pas question de Dieu. Mon Dieu n'a été ajouté que par la suite par les chrétiens, qui ont le génie de christianiser ce qui en vaut la peine.

 

Le second texte est de Rudyard Kipling. C'est un poème:

 

If

 

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son!

 

Ce poème a été traduit magnifiquement par André Maurois:

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

 

Si je cite ces deux textes, c'est bien parce qu'ils représentent ce que je m'efforce d'être dans ma vie et sur ce blog. Car ce blog, qui s'arrêtera avec mon dernier souffle, est en quelque sorte le reflet de ma vie, que mes mains sur le clavier tracent et retracent sous mes yeux ébahis et sous ceux de ceux qui me lisent.

 

Mon blog, tout comme moi, tente, comme il se doit, de puiser dans le premier texte sérénité, courage et sagesse et dans le second l'équilibre que ma folie intrinsèque m'empêche de trouver.

 

Cela dit, je m'interroge. N'ai-je pas raison d'être fou?

 

Le portrait du sage que dresse Erasme dans son Eloge de la folie est-il si enviable que ça?

 

Prenez un parangon de sagesse, celui qui a consumé dans l'étude des sciences son enfance et sa jeunesse, et perdu son plus bel âge en veilles, soucis, labeurs sans fin, et, le reste de sa vie, s'est privé du moindre plaisir; il fut toujours parcimonieux, gêné, morne, assombri, sévère et dur pour soi-même, assommant et insupportable pour autrui, pâle, maigre, valétudinaire, chassieux, usé de vieillesse, chauve avant l'âge, voué à une mort prématurée. Qu'importe, au reste, qu'il meure, puisqu'il n'a jamais vécu ! Vous avez là le joli portrait du sage.

 

Francis Richard

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 21:32
Avec Proust, contre Sainte-BeuveAvec Proust, contre Sainte-Beuve

Marcel Proust avait dans la tête un essai sur sa conception de l'art et de la littérature, qu'il comptait un moment adjoindre à son grand roman qu'est devenue La Recherche.

 

De cet essai il a entrepris la rédaction, mais il l'a abandonné en chemin, bien qu'il lui tînt à coeur, pour se consacrer à la seule oeuvre qui lui importait vraiment, qui n'a cessé de croître et d'embellir sous sa plume et dont il a fini par raccorder tous les bouts épars pour en faire un monument insigne de la littérature française.

 

Contre Sainte-Beuve, puisque c'est ainsi que cet essai a été baptisé après coup par ceux qui en ont rassemblé les fragments, est donc un essai mis de côté, resté inachevé. Mais, tel quel, il montre pourquoi la Méthode Sainte-Beuve a fait passer le célèbre critique à côté des plus grands écrivains de son temps tels que Stendhal, Nerval, Baudelaire, Flaubert ou même Balzac.

 

En quoi consiste cette méthode fallacieuse et prétendument intelligente?

 

"Cette méthode qui consiste à ne pas séparer l'homme de l'oeuvre, à considérer qu'il n'est pas indifférent pour juger l'auteur d'un livre, si ce livre n'est pas "un traité de géométrie pure", d'avoir d'abord répondu aux questions qui paraissent les plus étrangères à son oeuvre (comment se comportait-il...), à s'entourer de tous les renseignements possibles sur un écrivain, à collationner ses correspondances, à interroger les hommes qui l'ont connu, en causant avec eux s'ils vivent encore, en lisant ce qu'ils ont pu écrire sur lui s'ils sont morts, cette méthode méconnaît ce qu'une fréquentation un peu profonde avec nous-même nous apprend: qu'un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans nos habitudes, dans la société, dans nos vices."

 

L'instinct, et non l'intelligence, permet de découvrir ce qu'a écrit cet autre moi, parmi les diverses personnes superposées qui composent une personne morale (au sens propre, bien sûr, et non pas juridique):

 

"Si l'intelligence ne mérite pas la couronne suprême, c'est elle seule qui est capable de la décerner. Et si elle n'a dans la hiérarchie des vertus que la seconde place, il n'y a qu'elle qui soit capable de proclamer que l'instinct doit occuper la première."

 

Grâce à son intelligence, qui place l'instinct à la première place, Proust peut écrire:

 

"Dès que je lisais un auteur, je distinguais bien vite sous les paroles l'air de la chanson qui en chaque auteur est différent de ce qu'il est chez tous les autres et, tout en lisant, sans m'en rendre compte, je le chantonnais, je pressais les mots ou les ralentissais ou les interrompais tout à fait, comme on fait quand on chante où on attend souvent longtemps, selon la mesure de l'air, avant de dire la fin d'un mot."

 

C'est cette oreille-là qui a permis à Proust d'écrire des pastiches, qui sont encore les meilleures des critiques littéraires.

 

Et je regrette que d'aucuns n'entendent pas la critique littéraire de cette oreille. Jugeant l'oeuvre à l'aune de l'homme qu'ils décortiquent, ils passent à côté de beaux livres qu'un autre moi que cet homme a commis et qui finissent par lui échapper au profit des lecteurs:

 

"Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contre-sens. Mais dans les beaux livres, tous les contre-sens qu'on fait sont beaux"...

 

Francis Richard

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 11:30

statue-liberte-parisIl y a plus de quatre ans maintenant que j'ai créé ce blog, le 25 mai 2008. Au bon moment... Comme je ne savais pas comment le baptiser, j'ai fait simple: je lui ai donné mon nom. 

 

Le Bureau Audiovisuel Francophone, à l'aventure duquel j'avais participé, étant mort en triomphe le 31 décembre 2007, j'expliquais, ce jour de mai 2008, le pourquoi de cette création:

 

"Après quelques mois d'interruption involontaire d'écriture, je ne résiste pas à la tentation de reprendre la plume pour écrire sur tout et sur rien, avec pour seule contrainte d'écrire en liberté."

 

Pour couper l'herbe sous le pied aux donneurs d'étiquettes, je m'étais collé les miennes moi-même - on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même: catholique, national, libéral, avec ce petit commentaire explicatif, qui figure depuis en tête de la colonne droite de ce blog:    

 

"Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés."

 

Si le mot de liberté - au singulier et au pluriel - se trouve à la fin de ces deux textes, c'est parce qu'il conditionne les deux autres étiquettes que je me suis collées.

 

Plus que jamais je suis convaincu que sans liberté je ne pourrai pas pratiquer - même mal - ma religion chrétienne et faire la promotion des singularités de mes différentes patries: la Flandre belge où je suis né, le Pays Basque où je suis revenu à la vie, la France qui m'a élevé, la Suisse où je suis devenu homme et où je suis retourné vivre, les autres pays que j'ai visités.

 

Or il est plus nécessaire que jamais de défendre la Liberté, parce que les Etats ne l'aiment pas et que, pour corriger leurs erreurs et masquer leurs turpitudes, ils l'accusent d'être responsable de tous les maux.

 

Je m'y suis déjà employé pendant ces plus de quatre ans en parlant des différents livres libéraux, en parlant d'autres livres, très divers, que j'aime, et qui, tous, m'ont tenu compagnie pendant mes longues nuits d'insomnie, été comme hiver. Car rien d'humain ne m'est étranger... Peut-être parce qu'il y a, pour le croyant que je suis, une parcelle de divin en chacun de nous.

 

Je continuerai donc au cours de cette nouvelle année à "écrire sur tout et sur rien, avec pour seule contrainte d'écrire en liberté", mais je privilégierai peut-être davantage les livres qui défendent la tradition libérale, à laquelle je me rattache par consentement profond.

 

Si j'ai donc un voeu à formuler pour l'année 2013, c'est que de plus en plus d'hommes et de femmes renoncent à emprunter la route de la servitude et se rendent compte qu'ils ont tout à gagner à vouloir être libres, à commencer par... leur dignité.

 

Francis Richard       

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 21:35

libresDemain, en fait dans trois jours, les Français éliront leurs représentants les plus étatistes qui soient. La gauche, minoritaire dans le pays, aura tous les pouvoirs: exécutif, législatif, médiatique, éducatif, administratif etc.

 

Dans un sens, c'est bien. La gauche sera pleinement responsable de ses échecs, inévitables. Dans un autre, la France continuera de décliner en réduisant davantage ses possibilités de redressement, alors qu'elle dispose, plus que d'autres pays peut-être, d'atouts indéniables pour réussir.

 

Pourquoi? Parce que la gauche sait taire ce qui la divise pour s'unir et que la droite - ou ce qui en tient lieu - se complaît dans les divisions.

 

A gauche, les socialistes volontiers sectaires pourtant - les sociaux-démocrates, les socialistes les plus modérés, y sont bien peu nombreux - ne craignent pas de joindre leurs voix aux écologistes dont la tendance totalitaire n'est plus à démontrer et aux communistes de tout acabit, à la sauce stalinienne ou trotskyste.

 

A droite, les centristes et les héritiers du gaullisme, devenus tous peu ou prou européistes, se refusent à joindre les leurs à celles des nationalistes, dont le principal et peut-être unique mérite est d'être les seuls à s'opposer à l'Union européenne, mais pour de mauvaises raisons puisqu'ils qualifient l'eurocratie bruxelloise d'ultra-libérale [sic].

 

Plus profondément, les Français sont donc tous plus ou moins étatistes. Le malheur est que c'est la gauche, c'est-à-dire la fraction hétéroclite la plus étatiste, par idéologie, qui va l'emporter, celle dont les échecs annoncés sont les plus assurés. Car, malgré tous ses défauts, l'autre fraction hétéroclite est susceptible d'évoluer vers moins d'Etat, ne serait-ce que par pragmatisme. 

 

Comment en est-on arrivé là au pays d'Anne-Robert Turgot, de Jean-Baptiste Say, d'Alexis de Tocqueville et de Frédéric Bastiat? Il faudrait remonter loin dans l'histoire de France pour l'expliquer.

 

Sans remonter trop loin, une explication, entre autres, peut être donnée, me semble-t-il. Les Français, qui ont le sens des formules, se sont donné une devise il y a un peu plus de deux siècles, devenue officielle à la fin du siècle suivant: liberté, égalité, fraternité. Progressivement ils n'ont retenu que le deuxième terme, pris au premier degré, donc dans sa signification la plus littérale et la plus primaire.

 

En fait les trois termes n'étaient compatibles qu'en restreignant le champ de l'égalité à celui de l'égalité de droit. Or c'est tout le contraire qui s'est produit. La loi, contre le droit naturel, a donné à l'égalité artificielle toute la place. L'Etat laïc, se substituant à la Providence divine, après avoir au tout début égalisé les têtes, s'est fait redistributeur inique des richesses dans le but d'égaliser les sorts.

 

En conséquence, la liberté et la fraternité ont peu à peu, mais sûrement, été réduites en France à la portion congrue. Or sans liberté il n'est pas de dignité, ni de responsabilité. Sans liberté il n'est pas de fraternité possible. Qu'est-ce que la charité obtenue par la contrainte, sous forme de redistribution arbitraire, sinon le contraire de la fraternité, qui ne peut s'obtenir que par consentement mutuel.

 

Le salut de la France ne viendra que d'un changement des mentalités. Celui-ci viendra certes de la confrontation avec les dures réalités, mais aussi d'un retour à la liberté. Encore faut-il que les Français veuillent redevenir libres, qu'ils aient envie de redevenir créateurs et entreprenants plutôt que fonctionnaires et serves, qu'ils renoncent à la fausse providence dispensée par un Etat omnipotent et omniprésent, qui n'est pas la solution mais le problème.

 

La bataille perdue le 17 juin n'est pas la guerre perdue par les femmes et les hommes libres au profit des étatistes . Dès le lendemain, 18 juin, tout un symbole, la résistance à l'étatisme commencera activement. Elle se nourrira des méfaits de son aggravation annoncée. Les initiatives se multiplieront spontanément pour redonner à la liberté toutes ses couleurs, dans un réflexe de survie, comme la France en a connu au cours de son histoire.

 

Il est cependant une initiative qui n'a pas attendu les victoires de l'étatisme triomphant de mai et de juin 2012. A l'automne 2011, deux simples citoyens français, Stéphane Geyres, 50 ans, senior consultant, et Ulrich Genisson, 33 ans, salarié, se sont lancés dans un projet hors du commun, réaliser sur le thème de la liberté un livre, libre de droits, intitulé Libres, écrit par 100 auteurs, appuyé par 100 supporters, dont votre serviteur.

 

Les 100 auteurs, comme les 100 supporters, sont dans leur grande majorité des gens simples issus de la société civile. En parcourant la liste, je repère des étudiants, une personne en recherche d'emploi, un menuisier, un plombier, un batelier, des ingénieurs, des avocats, des chefs d'entreprise, des professeurs, un artisan taxi-moto, un instituteur, un auteur-compositeur, un écrivain, des comptables, des économistes, des retraités, un conducteur de travaux, un joueur de poker ...

 

Le plus jeune de ces auteurs a 19 ans, le plus âgé 85 ans - c'est mon ami et complice Michel de Poncins. Ces femmes et ces hommes libres sont tous francophones et ont à coeur la liberté de la France: 72 d'entre eux vivent en France, 9 en Belgique, 6 aux Etats-Unis, 1 en Italie, 1 au Japon, 1 au Royaume-Uni, 5 en Suisse, 1 en France et Brésil, 1 en France et Chine, 1 en France et Espagne, 1 en France et Maroc et il y a même un globe-trotteur...

 

Cette diversité se retrouve dans les contributions, qui abordent parfois des sujets pointus, mais toujours de manière accessible au grand public. Six parties composent ce livre: les principes de la liberté et la société libre; la vie professionnelle et l'économie; l'éducation, la recherche et l'enseignement; l'appréciation du risque par chacun; les dysfonctionnements de notre société moderne; les alternatives offertes par la liberté.

 

Les libéraux qui ont contribué sont de toutes les nuances. Les libéraux autrichiens côtoient des libéraux classiques, des monétaristes et, même, des libéraux de gauche. Sans parler de ceux "qui n'ont même jamais ouvert de littérature libérale", comme le dit Ulrich Genisson dans un entretien accordé à Contrepoints, en compagnie de Stéphane Geyres ici.

 

Ce livre paraîtra en septembre prochain. Je reviendrai dessus longuement, sans doute à plusieurs reprises quand j'aurai lu cet été toutes les contributions. En attendant l'internaute peut visiter le site de La main invisible ici pour en apprendre davantage d'ici la parution.

 

Stéphane Geyres, dans l'entretien à Contrepoints, espère avec ce livre collectif "que la liberté retrouve la place qu'elle mérite dans le coeur des Français et dans notre société et dans celle de nos enfants".

 

Ulrich Genisson, puisque cet ouvrage vise tout le monde, ose même espérer, grâce à lui, convertir une femme ou un homme politique, étatiste jusqu'à présent, à oeuvrer désormais "à déconstruire nos Etats obèses et redistribuer la liberté au peuple". Le seul genre de redistribution qui emporte ma totale adhésion...

 

Francis Richard          

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 19:40

Nouvel-an-2012-St-Jean-de-Luz.jpg2011 aura été l'année pendant laquelle les Etats-providence auront fait faillite, endettements publics records à la clé. Il est apparu très clairement qu'ils étaient bien le problème et non pas la solution.

 

Ce n'est pourtant pas ce que les politiques et les médias ont compris et qu'ils ont expliqué aux bons peuples. Ils n'ont pas vu le problème, ils ne pouvaient donc pas en tirer les conclusions et préconiser la solution. 

 

La responsabilité de la crise de la dette a été rejetée sur la cupidité des financiers. Une fois que l'on avait dit cela, on avait tout dit. C'était une façon commode de s'exonérer de toute responsabilité dans la genèse de la crise, alors que c'est bien l'interventionnisme étatique accru, pratiqué aux Etats-Unis, qui est à l'origine de la crise, laquelle ne s'est propagée que grâce à l'interventionnisme étatique accru, pratiqué par les pays européens.

 

A l'occasion de la recension que j'ai faite récemment du livre de Vincent Bénard sur le foreclosure gate ici, je rappelais que, derrière la cupidité des grandes banques américaines, il fallait voir en fait la main (in)visible de l'Etat :

 

"Qu'il s'agisse des déficiences dans leur gestion du risque de Fannie Mae et Freddie Mac, des législations qui ont favorisé les prêts à des emprunteurs insolvables, de celles qui ont favorisé l'expansion bancaire par le sur-endettement ou les investissements douteux, des fausses notes des agences de notation payées par ceux qu'elles doivent noter et qui jouissent de protections étatiques, des règlementations immobilières qui ont créé des bulles, de la politique d'intérêts bas de la FED, on retrouve toujours la main (in)visible de l'Etat."

 

Si la main (in)visible de l'Etat explique les origines américaines de la crise que nous connaissons, elle explique tout aussi bien qu'elle se soit propagée aux pays européens, qui tous souffrent peu ou prou de l'omniprésence de l'Etat dans la vie de leurs habitants et de leurs citoyens, ce dont ces derniers ne sont même pas toujours conscients, ou ne veulent surtout pas l'être.

 

Pour prétendument relancer les économies touchées par la crise, comme l'Etat américain en donnait l'exemple, les Etats européens sont intervenus massivement et inutilement dans les économies de leurs pays. Les relances de l'économie par les Etats ont toujours toutes échoué. Car l'argent étatique injecté provient bien de quelque part. Il provient toujours finalement d'impôts prélevés ou de fausse monnaie battue pour la circonstance, ou d'une combinaison des deux, et ne crée donc pas de richesses.

 

Les Etats des pays dits évolués se sont donc mis à faire des dettes en attendant les rentrées fiscales hypothétiques, que devait leur procurer une croissance favorisée par la consommation de produits créés à partir d'investissements privilégiés et sélectionnés par eux. Comme de juste la croissance n'a pas été au rendez-vous, parce que la croissance durable n'est jamais le fruit de choix de cabinets ministériels mais de la création de richesses par des acteurs économiques que renseigne le marché.

 

Pour que des acteurs économiques créent des richesses, encore faut-il qu'ils soient libres de les créer et qu'il leur soit permis de prendre des initiatives. Or qu'entend-on dans la bouche des dirigeants européens ? Augmentation d'impôts, augmentation de tarifs publics, protectionnismes déguisés, dépenses publiques ciblées, maintien de systèmes sociaux qui sont de véritables gouffres, et toutes petites réductions de dépenses publiques. 

 

Pour libérer les économies il faudrait au contraire réduire drastiquement les dépenses publiques, de toutes sortes, mais pas de quelques pour cent...Il est donc fort probable que 2012 ne soit pas l'année de la libération des économies... ni l'année des libertés tout court, qui toutes en découlent. A moins que les Etats-Unis ne se choisissent un président qui donne l'exemple et entraîne tous les autres dirigeants dans son sillage.

 

Comme il ne faut jamais désespérer et comme je crois davantage à la providence divine et à l'adage "aide-toi, le Ciel t'aidera" qu'aux Etats-providence, je souhaite tous mes meilleurs voeux à tous les internautes qui ont la patience, l'indulgence et la bonté de continuer à me lire, ce dont je les remercie chaleureusement. Je ne serai même pas original : je leur souhaite une excellente santé d'abord, beaucoup d'instants de bonheur ensuite, enfin prospérité, si c'est possible.

 

Que Dieu les protège et les ait en sa sainte garde, qu'ils soient croyants, mécréants ou incroyants ! 

 

Francis Richard

 

qui se trouve à Saint Jean-de-Luz, où il a fait un temps exceptionnellement beau et chaud - merci au réchauffement climatique ! - en ce premier jour de l'an de grâce 2012 et où il a pris ce soir avec son mobile la photo qui illustre cet article.    

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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