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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 20:00
Voeux décalés d'un blogueur à ses lecteurs nécessaires

L'année 2018 est morte, vive l'année 2019 !

 

Plus de dix ans déjà que je blogue... et, peut-être, dé-blogue.

 

Mais bloguerais-je si je n'avais pas de lecteurs? Sans doute pas... Écrire pour soi est certes délectable, mais écrire pour d'autres l'est davantage.

 

Au commencement étaient quelques lecteurs, des proches pour la plupart. Maintenant il y a des lecteurs inconnus, en nombre.

 

Qu'importe qu'ils me soient inconnus, mes lecteurs me sont devenus nécessaires, tout autant que les proches, parce qu'ils donnent un sens à ce que j'essaie de faire, en lisant, en écrivant.

 

J'essaie en effet de créer des liens, des liens de confiance en l'humanité, ce dont notre monde est fort dépourvu depuis que la totalité prime sur l'individualité et que la quantité se substitue à la qualité.

 

En collectivisant les bons sentiments et en baptisant solidarité cette sinistre opération, la charité au sens profond du terme disparaît et ne reste plus que la prédation qui se donne des airs de bonté et qui favorise un individualisme de mauvais aloi.

 

Quand j'écris je ne m'adresse donc pas à une foule mais, à chaque fois, à une personne. Je lui parle en fait seul à seule dans la confidence de la lecture.

 

Je me confie à une personne quand je partage ce que j'ai retenu de bon, de bien, de beau d'une lecture. Je lui dis en quelque sorte qu'il ne faut pas désespérer de ses semblables, qu'il y a toujours quelque chose à retirer d'une lecture, parce que même les plus méchants ont des moments d'absence de... méchanceté .

 

Je ne prétends pas détenir la vérité, mais je la poursuis ainsi dans tous ses replis. Et c'est là encore que mes lecteurs me sont nécessaires. Car quand j'écris, je pense à eux.

 

C'est en effet de penser à mes lecteurs qui m'oblige à mesurer mes propos, même lorsque je fais en passant une remarque critique sur ce que j'ai lu. Les propos excessifs ne convainquent jamais personne...

 

Et, même si je ne cherche pas à convaincre (je cherche plus volontiers à semer le doute sur les certitudes collectives), j'essaie du moins d'attirer l'attention sur des singularités que j'ai relevées et qui sont de véritables richesses humaines.

 

Où veux-je en venir? A ceci, qui est très simple au fond: je souhaite à mes lecteurs nécessaires que ce que modestement j'écris leur servent à élargir leur esprit comme mes lectures me le font.

 

Ce voeu n'est pas exclusif d'autres voeux que je leur adresse à chacun d'entre eux et qui vont de soi: que la nouvelle année soit pour eux une belle année, c'est-à-dire au cours de laquelle ils connaîtront des instants de bonheur, auront une santé la meilleure possible et n'auront pas trop de soucis matériels.

 

Francis Richard

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 21:45
Le deux millième billet, comme un cadeau

Aujourd'hui est un jour faste: ce billet est en effet le deux millième de ce blog... Et c'est comme un cadeau que je me fais pour ma constance, mon ascèse, et comme un cadeau que je fais aux nombreux lecteurs, qui, année après année, ont la gentillesse de me lire et de m'être fidèles en dépit de ce que je pense parfois et qui peut les irriter.

 

Quand j'ai entrepris de tenir ce blog, le 24 mai 2008, il y aura bientôt dix ans, je n'avais pas d'autre ambition que d'écrire sur tout et sur rien, en toute liberté. Je n'imaginais pas le moins du monde que j'écrirais autant: j'espère que je n'y ai pas écrit (et n'y écrirai pas) trop de bêtises, emporté que je suis, par moments, par mon clavier...

 

Ce blog était destiné en priorité à mes deux fils: je souhaitais qu'ils me connaissent mieux à travers mes réflexions sur l'action et l'âme humaines, sur les arts et lettres, sur la foi et la raison. J'ai toujours regretté de ne pas m'être entretenu autant que je l'aurais voulu avec mon père, modèle pour moi d'intelligence, de persévérance et de sagesse.

 

Chez mon père j'admirais la réussite spectaculaire d'un quasi autodidacte - il avait le certificat d'études et avait appris un peu de comptabilité chez Pigier... J'admirais plus particulièrement l'ouverture d'esprit de cet homme généreux, aux convictions néanmoins fortes et tranchées. Et puis il aimait les belles éditions de livres classiques...

 

Ce blog était destiné aussi à pallier ma mémoire défaillante: ce serait une manière de blog-notes. Car, quand vous lisez des centaines de livres par an, de tous genres et de tous styles, il vous est bien difficile de vous souvenir de tout ce que vous avez lu. J'avais besoin de repères pour enclencher ou, plutôt, pour exciter ma mémoire.

 

Depuis l'âge de raison j'écris, par éclipses. Simone de Beauvoir disait qu'un jour sans écrire avait pour elle un goût de cendres. Je n'en suis pas là, mais il est vrai que je comprends toujours davantage pourquoi Jacques Laurent parlait de la béquille de l'écriture. Elle me devient de plus en plus nécessaire pour marcher dans la vie.

 

Ce 27 avril coïncide avec l'anniversaire du décret d'abolition de l'esclavage en France, en 1848, aboutissement du combat inspiré essentiellement par des libéraux au nombre desquels Frédéric Bastiat, Victor Hugo, Tocqueville, Montalembert et surtout Victor Schoelcher, comme le rappelle Jacques de Guénin, dans Logique du libéralisme.

 

Cette date m'est donc chère parce qu'elle symbolise à mes yeux la seule égalité qui vaille, l'égalité en droit, qui, selon moi, découle de l'égalité devant Dieu. Cette date m'est chère aussi pour des raisons personnelles que je ne développerai pas, mais qui sont une illustration de ce que chante Daniel Balavoine: aimer est plus fort qu'être aimé...

 

Le millième billet de ce blog a été publié le 31 décembre 2013, soit cinq ans et sept mois après le début. Cette fois il ne se sera écoulé que quatre ans et quatre mois avant que ne paraisse le deux millième. Mon rythme s'accélère en proportion de l'intensité de travail que je fournis à l'entreprise qui m'emploie: ce doit être de la compensation.

 

Cette accélération me fait penser à mon âge et à ce que disait Alexis Carrel pour expliquer ce qu'il entendait par temps physiologique qu'il ne fallait pas confondre selon lui avec le temps physique. Il employait une métaphore qui est, pour le coup, la seule chose que j'aie retenue de ma lecture assez lointaine de L'homme, cet inconnu:

 

Le temps physique glisse à une vitesse uniforme, tandis que notre vitesse propre diminue sans cesse. Il est comme un grand fleuve qui coule dans la plaine. A l'aube de sa journée, l'homme marche allègrement le long de la rive. Et les eaux lui semblent paresseuses. Mais elles accélèrent peu à peu leur cours. Vers midi, elles ne se laissent plus dépasser par l'homme. Quand la nuit approche, elles augmentent encore la vitesse. Et l'homme s'arrête pour toujours, tandis que le fleuve continue inexorablement sa route...

 

Il est possible que je veuille augmenter ma vitesse propre pour ne pas me laisser dépasser par le temps physique. Peut-être est-ce pourquoi je brûle mes nuits par les deux bouts, en me couchant tard et en me levant tôt, en lisant et en écrivant, ce que ne me reprocherait certainement pas Julien Gracq, s'il était toujours de ce monde...

 

Quand je cesse de lire, j'écris donc, tentant toujours de tirer le meilleur de ce que je lis, me conformant au précepte de vie du sceptique Montaigne: Si la vie est un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs. Quand je cesse d'écrire, l'indécrottable citadin que je suis ne peut s'empêcher pour autant d'aller aux pâquerettes...

 

Francis Richard

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 22:50
Invité de Questions Directes sur France 2

Mercredi dernier, 18 avril 2018, à 22h30, j'étais invité à l'émission Questions directes, animée par Julian Bugier. Je dois cette invitation à un article publié sur ce blog le 11 octobre 2014: Confession d'un riche appauvri.

 

Cet article était ma contribution à un concours organisé par l'Institut Molinari à l'occasion de la 4e édition de son Université d'automne en économie autrichienne, concours dont le thème était La pauvreté (en participant j'avais précisé que je ne souhaitais pas remporter ce concours, qui devait récompenser une jeune plume plutôt que la mienne).

 

Cet article a été reproduit par le site Contrepoints deux jours après que je l'ai publié sur mon blog. Et ses effets se font donc sentir encore aujourd'hui... Car une journaliste de Maximal Productions, après l'avoir lu, a souhaité me rencontrer dans le cadre d'une nouvelle émission hebdomadaire, Questions directes, que France 2 était en train de créer pour traiter de sujets de société.

 

Submergé par mon travail je n'ai pas répondu à ce message qui m'avait été adressé, via le contact de mon blog, le 23 février 2018. Mais cette journaliste n'est pas du genre à se laisser décourager. Alors elle a pris contact avec Jean-Philippe Delsol, qui me connaît et qui, au cours d'une conversation téléphonique, m'a demandé de participer à cette émission à ses côtés.

 

Devant tant d'insistance j'ai donc d'abord accepté de m'entretenir avec cette journaliste sur le sujet de l'émission qui était: Limite de l'État-providence et des aides sociales, puis de participer à l'émission, malgré que j'en aie.

 

En effet m'exprimer en public n'est pas mon fort: je suis bien meilleur à l'écrit qu'à l'oral. Sans doute parce que j'ai horreur de dire des bêtises et que l'écrit me permet de bien mieux peser les mots...

 

L'émission devait avoir lieu le 4 avril 2018, mais elle a été repoussée, à cause des grèves, au 11 avril 2018 dans un premier temps, repoussée encore au 18 avril 2018, dans un deuxième, pour une question de thématique inadéquate, tombant malencontreusement ce jour-là en début de soirée.

 

Ce n'est que le jour même de l'émission que j'ai appris quels étaient les invités du plateau:

- de mon côté, à ma gauche, il y avait, sans surprise, Jean-Philippe Delsol, puis Eric Brunet, enfin Robin Rivaton

- de l'autre côté, de gauche à droite: Jean-Marc Mormeck, Isabelle Maurer, Olivier Besancenot (remplacé tout à droite par Michel après une demi-heure), Monique Pinçon-Charlot

 

Enfin ce n'est que sur place que j'ai appris que le thème était devenu: Inégalités: qui sont vraiment les privilégiés?

 

A un moment de l'émission, dernière surprise, et de taille, Julian Bugier m'a présenté comme un riche exilé fiscal, qui plus est en Suisse: bref le méchant Français qui n'a aucune reconnaissance pour tout ce que la France a fait pour lui...

 

Riche, je le suis peut-être, quoique avec modération; exilé, certainement; exilé fiscal, pas du tout: comme des centaines de milliers de Français j'ai pris la route de l'exil parce que je ne me sentais plus bien en France (voir mon article sur Les Français exilés publié dans Libres!! et reproduit dans Contrepoints du 29 décembre 2014).

 

De par ma formation - je suis ingénieur diplômé de l'École Polytechnique de Lausanne -, la Suisse ne pouvait m'être qu'une terre d'accueil selon mon coeur et ma raison...

 

Tout cela je l'ai dit à la journaliste qui m'a interviewé au téléphone par deux fois. Et je l'ai répété à une autre journaliste venue m'interviewer chez moi à Lausanne. Peine perdue, semble-t-il...

 

On s'est beaucoup intéressé à ma petite personne au début de l'émission - c'était trop d'honneur - et j'ai dû, revers de la médaille, me défendre contre des attaques infondées. Après l'émission, au moment de se quitter, Jean-Philippe Delsol s'est excusé de m'avoir attiré dans ce traquenard: il est évident que je ne suis pas près de renouveler l'expérience...

 

Je le suis d'autant moins qu'il n'a pas été beaucoup question du sujet initial, qui était évidemment moins sexy que celui adopté finalement: inégalités est aujourd'hui un mot-clé incontournable.

 

Déstabilisé par tous ces changements, je n'ai pas pu, ou pas su, développer ce pourquoi j'avais accepté de venir.

 

S'il m'avait été donné l'occasion de le faire, j'aurais en effet expliqué pourquoi, quel que soit le nom qu'on lui donne, État-providence, redistribution ou prétendue solidarité nationale, ce système de prédation (et de corruption) est une machine à fabriquer des pauvres, à appauvrir tout le monde, et que cela n'est ni moral, ni efficace.

 

Quand Brice Teinturier a donné les résultats du sondage réalisé par Ipsos pour l'émission, j'ai compris que je n'aurais de toute façon pas été entendu, a fortiori avec l'étiquette qu'on voulait me coller de riche exilé fiscal, que je crois avoir tout de même réussi à décoller.

 

D'après ce sondage, en effet, les Français pensent majoritairement que leur système social fonctionne bien. S'ils regrettent, à une faible majorité, qu'il évolue vers trop d'assistanat, ils désignent des coupables: les riches ne participent pas suffisamment à la solidarité nationale. Enfin ils sont choqués par l'exil fiscal (dû pourtant à une fiscalité confiscatoire).

 

C'est cette mentalité des Français qui me chagrine (et le mot est faible): tant qu'ils n'auront pas compris que c'est leur modèle social qui est le problème, et non pas les inégalités qu'ils trouvent excessives, ils continueront de régresser et de s'appauvrir, de poursuivre leur route vers un avenir aussi radieux que celui que connaît la Grèce aujourd'hui...

 

Francis Richard

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19 mars 2018 1 19 /03 /mars /2018 06:30
Déjà deux tiers de siècle, et puis quoi encore ?

Je suis né un lundi, à 18 heures 25, il y a tout juste soixante-sept ans aujourd'hui. Depuis le jour de ma naissance il s'est donc écoulé deux tiers de siècle, ce qui correspond bien au nombre d'années qui résulte de cette fraction, sans virgule, ni décimales.

 

Dit comme ça, mon âge me donne une importance que je n'ai évidemment pas, mais dont j'ai l'irrésistible et impertinente envie de me targuer, comme un singe en hiver, qui aura le lendemain soixante-huit printemps...

 

Ce jour de ma naissance me fait penser chaque année, depuis quelques décennies, à un texte que m'a fait connaître, alors que j'avais moins de vingt ans, un directeur de Philip Morris, dont j'avais fait la connaissance dans le restaurant du Cisalpin, le TEE, Trans Europe Express, de Lausanne à Paris (où il avait rendez-vous, à La Rhumerie, avec Renaud de Laborderie).

 

C'est, chez lui, à Lausanne, où il m'a invité à partager avec sa petite famille le repas dominical, qu'il me  lit ce passage, dont je connais l'auteur pour l'avoir lu en même temps que je lisais Kant, Marx (qui m'a fait connaître Bastiat,  cité souvent dans Le Capital...), Nietzsche, Thomas d'Aquin ou Trotski.

 

Ce texte se trouve pourtant au tout début de l'avant-propos (La politique naturelle) à Mes idées politiques, de Charles Maurras, auteur qu'il serait, paraît-il, aujourd'hui indécent de commémorer, encore moins de célébrer, quelles que soient ses qualités, puisqu'il n'aurait en réalité que des défauts et sentirait le soufre:

 

Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir.
Peu de choses lui manque pour crier : « Je suis libre … » Mais le petit homme ?

 

Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé de risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui.

 

Ce texte, que n'a pas dû ignorer Lacan, peut être interprété diversement. Pour ma part, j'y vois le fait que les hommes ne naissent ni vraiment libres ni vraiment égaux: ils doivent d'abord apprendre qu'ils sont potentiellement libres (c'est dans leur nature de l'être), et apprendre qu'ils doivent considérer leurs semblables comme des égaux en droit en raison de leur dignité intrinsèque.

 

Parce que je suis fondamentalement libéral - c'est mon fondamentalisme -, que je suis libéral en tout, j'ai lu, je lis et je lirai de tout, sans exclusive, mais en exerçant mon discernement, c'est-à-dire en voulant bien toujours comprendre sans toujours tout accepter: je suis en effet convaincu que, dans toute oeuvre humaine, il est quelque chose de bon à prendre.

 

Lors d'une rencontre organisée par Le Figaro Magazine, et dont les échanges sont publiés dans le numéro de cette semaine, entre le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer et le roi Lire, Bernard Pivot, celui-ci dit des choses qui vont droit au coeur du lecteur impénitent que je suis depuis au moins l'âge de raison (c'est-à-dire depuis quelque soixante ans), parce qu'elles lui parlent:

 

Lire, ce n'est pas refuser le monde, mais y entrer par d'autres portes; lire, c'est prendre des nouvelles des autres; lire, c'est se frotter à des idées ou à des personnages dont on ignorait l'existence; lire, c'est étoffer son carnet d'adresses; lire, c'est agrandir ce trésor en nous qu'est la culture générale; lire, c'est parier sur l'intelligence; lire, c'est vivre mieux.

 

L'hebdomadaire cite un extrait du livre intitulé Lire!, comme c'est étrange!, que l'ancien animateur d'Ouvrez les guillemets et d'Apostrophes, vient, avec sa fille Cécile Pivot, de publier, extrait qui a déjà fait le tour des réseaux sociaux et que je ne peux m'empêcher de relayer à mon tour:

 

Les gens qui lisent sont moins cons que les autres, c'est une affaire entendue. Cela ne signifie pas que les lecteurs de littérature ne comptent pas d'imbéciles et qu'il n'y a pas de brillantes personnalités chez les non-lecteurs. Mais, en gros, ça s'entend, ça se voit, ça se renifle, les personnes qui lisent sont plus ouvertes, plus captivantes, mieux armées dans la vie que les personnes qui dédaignent les livres.

 

En lisant et en écrivant sur ce que je lis, je ne prétends pas être moins con que les autres, mais j'essaie d'être moins bête que je n'étais auparavant, mu, de plus, par l'envie de partager avec d'autres les trésors que je déniche ici ou là, pour qu'ils en profitent à leur tour.

 

- Déjà deux tiers de siècle, et puis quoi encore ?

- Un tiers de plus, peut-être...

 

... si Dieu me prête vie et qu'Il me donne la grâce de prendre appui, plutôt que sur l'imperfection de ma nature, sur la règle de perfection qu'élève alors au lycée Henri IV de Paris, je me suis donnée à seize ans sur la route de Chartres:

 

Semper longius in officium et ardorem.

 

Ceux qui ont la gentillesse de me lire (et je les en remercie chaleureusement puisque j'écris pour eux) ne seraient alors pas près d'être débarrassés de moi...

 

Francis Richard

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1 janvier 2018 1 01 /01 /janvier /2018 14:45
La grande plage de St Jean-de-Luz le 30 décembre 2017

La grande plage de St Jean-de-Luz le 30 décembre 2017

Comme chaque année, à la même époque, depuis quelques années, je retourne au pays, seul, comme un grand, pour en terminer une et en commencer une autre. Un pèlerinage en quelque sorte.

 

Si je retourne au Pays Basque, auquel je suis charnellement attaché, où je me sens bien, c'est sans doute parce que, tout petit, à peine âgé de trois semaines, j'y ai trouvé le désir de vivre. Ce qui est un pléonasme puisque le désir c'est la vie...

 

Il n'est pas facile de vivre pour un petit d'homme, et, même, pour un homme tout court (il faut bien sûr entendre ici, mes soeurs humaines, homme au sens d'homo et non pas de vir...). Alors il faut se trouver une manière de vivre qui correspond à ce que l'on est.

 

Car c'est la manière de vivre qui permet d'affronter les vicissitudes de la vie tels que les problèmes de santé ou d'argent, les illusions ou les amitiés perdues, la mort des autres ou, même, la sienne, puisqu'un jour il faut bien en passer par là...

 

Je me souviendrai toujours de ce que m'a dit un jour, en sortant d'un restaurant de Guéthary, un ami de mon père. Il ne buvait pas, il ne fumait pas, il ne faisait pas d'excès et pourtant il avait un cancer généralisé, comme l'attestaient les cicatrices sur son torse.

 

Ce grand lecteur des Thibault de Roger Martin du Gard m'a donc donné le conseil de profiter de la vie, sans démesure, mais sans restriction. Depuis, je suis son conseil, à ma façon, qui me ressemble... en pensant maintenant aussi à Ariane Ferrier.

 

Je n'ai fait que croiser ici ou là cette belle femme. Même nos plumes se sont croisées, dans un ouvrage collectif, Le coeur à l'ouvrage, publié aux éditions de L'Aire. Elle y était présentée comme une journaliste genevoise de renom, réputée pour sa verve et sa plume acérée.

 

Ariane Ferrier termine son dernier livre, tout juste sorti avant qu'elle ne s'en aille pour toujours, le 26 novembre de l'an passé, par ces quatre mots: maintenant il faut vivre. Elle nous indique ainsi, elle aussi, en connaissance de cause, la marche à suivre...

 

Parmi les choses de la vie qui nourrissent mon désir, il y a la beauté du monde: elle m'indique qui est Dieu, selon la belle expression de Claude Tresmontant. Et cette beauté du monde, elle me saute aux yeux quand je suis ici...

Réveillon de la Saint Sylvestre à Etche Alegera, le 31 décembre 2017

Réveillon de la Saint Sylvestre à Etche Alegera, le 31 décembre 2017

Vauvenargues, cité par Jean d'Ormesson, disait: Il est indigne des grandes âmes de faire part des troubles qu'elles éprouvent. Certes. Mais je ne suis pas du tout sûr d'être une grande âme... Seulement, j'aime partager (sans qu'on m'y force)... et je pense que l'expérience vécue peut servir à d'autres. Sait-on jamais...

 

Pendant une grande partie de l'année 2017, j'ai souffert d'une névralgie aiguë au bras gauche. Pendant des semaines, rien n'y a fait: ni la physiothérapie, ni l'ostéopathie, ni la lourde médication. Seuls me soulageaient ma natation et mon acupuncture pour les nuls...

 

Quand les séances prescrites se sont terminées sans résultats, j'ai tout de même persévéré: j'ai pratiqué tout seul quelques exercices appris lors de ces séances et j'ai continué à nager, de façon d'ailleurs de plus en plus fluide, sans effort... et j'ai guéri, en attendant la rechute.

 

Ma manière de vivre, c'est donc de continuer à travailler, de faire des exercices tous les matins, de nager tous les jours (2 000 mètres en piscine, 1 600 mètres en mer). Et le résultat est là: je n'ai peut-être plus que la peau sur les muscles, mais le nerf partant de la 6e vertèbre cervicale ne se fait plus sentir bien que cette vertèbre soit le siège d'une hernie sévère...

 

En 2017 j'aurai donc nagé au total, approximativement (la distance en mer est calculée en ligne droite...) 718,8 km, soit 682 km dans 9 piscines différentes et 36,8 km à St Jean-de-Luz, de la digue aux chevaux à celle de l'entrée du port, au large de la grande plage...

 

- C'est un exploit !

- Non.

- C'est quoi alors ?

- Une ascèse

Le port de Saint-Jean-Luz à l'aube du 1er janvier 2018

Le port de Saint-Jean-Luz à l'aube du 1er janvier 2018

Parler d'ascèse, alors que j'illustre mon propos avec une photo de mon repas de réveillon, est-ce bien raisonnable? Oui. Parce qu'il faut revenir à l'étymologie du mot. Ascèse vient en effet du grec ἄσκησις (askêsis), qui signifie exercice.

 

Ascèse est devenu le maître-mot de ma vie, il définit ma manière de vivre sexagénaire. Quand je nage, lis ou écris, c'est une ascèse. Et même quand je travaille, c'en est une. Parce que j'essaie toujours de comprendre ce que je fais... et d'y trouver le bon, le vrai, le beau...

 

Cette ascèse me permet d'aimer et de ne plus m'affliger de ne pas être aimé en retour, mais, a contrario, quand quelqu'un me témoigne son amitié, je ne m'en réjouis que davantage. Et, si ce quelqu'un disparaît un jour, c'est ce témoignage d'affection seul que je retiens de lui.

 

Quand, par exemple, Philippe Rahmy est mort le 1er octobre de l'an passé, il y a tout juste trois mois, pour me consoler de ma peine j'ai pensé avec reconnaissance aux livres que j'avais lus de lui et qu'il nous laisse en héritage, et à ce message qu'il m'a adressé le 6 février 2016 à la suite de mon article sur Allegra:

 

Cher Francis, quel bonheur de lire votre article. Je vous remercie infiniment d'avoir mis autant de coeur à présenter Allegra et je suis réellement impressionné par la précision de votre texte, épousant le mien en le dévoilant, tout en préservant son mystère. Il y a tant de fils narratifs dans ce roman, vous les avez isolés, un à un, pour les faire voir, mais en conservant une vision de l'ensemble et en produisant votre propre mouvement pour soulever et porter Allegra vers l'avant, vers autrui.

 

C'est ce genre de retour qui est susceptible de faire oublier toutes les peines que vous infligent les autres...

 

Tandis que j'écris, j'écoute distraitement Gérard Depardieu chanter Barbara. Il vient de dire cette strophe tirée de Göttingen:

 

Ô faites que jamais ne revienne

Le temps du sang et de la haine

Car il y a des gens que j'aime

A Göttingen, à Göttingen

 

C'est le voeu le plus cher que je formule pour 2018, parce qu'il y a beaucoup de gens que j'aime, et pas seulement à Göttingen...

 

Francis Richard

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25 décembre 2017 1 25 /12 /décembre /2017 19:45
Mon plus beau Noël

En 2005 Johnny Hallyday sort un album, Ma vérité.

 

Parmi les titres de cet album, il y a Mon plus beau Noël.

 

Cette chanson est écrite et composée par Fred Blondin. Johnny la chante pour Jade, la petite Vietnamienne que lui et Laeticia viennent d'adopter cette année-là.

 

Cette année-ci cette chanson me trotte dans la tête tandis que mes deux fils sont auprès de moi aujourd'hui. Peut-être, jamais auparavant, depuis que je l'écoute, n'ai-je autant ressenti qu'il s'agit là d'un magnifique chant d'actions de grâce à la paternité.

 

Les paroles m'émeuvent parce qu'elles me parlent. En les écoutant et les réécoutant, je me rends compte à quel point il est merveilleux d'être père. Que l'on soit père biologique ou adoptif, comme je le suis ou comme le fut Joseph, le père de Jésus, ne change rien à l'affaire...

 

Me reviennent les images de ces cadeaux tombés du Ciel que furent mes deux fils à leur naissance. A ces moments-là, j'étais certainement le plus heureux des hommes. J'ai un peu trop tendance à l'oublier et à oublier de remercier Celui qui m'a permis de les vivre.

 

Une strophe, particulièrement, me touche, celle où l'auteur, que Johnny interprète de toute son âme, dit :

 

Je serai pour toi le père,
Celui sur qui tu peux compter;
Tout ce que tu espères,
Je promets de te le donner...

 

A mes deux fils, je voudrais dire que depuis qu'ils ont atterri en ce monde ils peuvent compter sur leur père, même si je suis loin d'être idéal, et que je leur renouvelle ma promesse, tant que Dieu voudra bien me prêter vie, de leur donner tout ce qu'ils espèrent...

 

Francis Richard

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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 20:15
Hommage (sentimental) à Jean d'Ormesson

Jean d'Ormesson disait qu'être bon dans les médias n'est pas le signe qu'on est un bon écrivain.

 

Il était bon dans les médias et grand écrivain, immortel de par ses écrits et son bel habit vert. Immortel malgré lui, puisqu'il avait en horreur l'immortalité d'ici-bas...

 

Parce qu'il était écrivain, il était invité dans les médias. Or il ne serait pas devenu écrivain s'il n'avait pas voulu plaire à une fille avec son premier roman. Sans succès, d'ailleurs, ni auprès d'elle, ni auprès du public...

 

Notre avant-guerre de Robert Brasillach, qui est un livre magnifique, lui donne envie de faire Normale comme lui.

 

Une femme, un livre, et s'ébauche le destin d'un homme qui n'a pas de vocation et qui, a priori, ne veut rien faire...

 

Un homme qui prend la voie littéraire comme d'autres prennent la mer, de manière romanesque.

 

Un homme qui se rend compte que toute vraie littérature ne parle que du temps, c'est-à-dire celui de Saint-Simon, de Chateaubriand et de Proust, et qui en tient compte très naturellement quand lui-même écrit.

 

Un homme qui dira que Les Mémoires d'Outre-Tombe, les Essais (de Montaigne) et la Recherche sont des oeuvres avec lesquelles on peut passer une vie entière.

 

Ces traits de vie caractérisent un homme en qui se fondent légèreté et gravité, étonnement et admiration, et qui, sur le tard, se reprochera un peu d'avoir trop voulu être aimé:

 

J'ai voulu plaire aux autres et je me rends compte qu'il vaut mieux se plaire à soi-même.

 

Il était invité par les médias parce qu'il faisait mouche en quelques mots, plus profonds qu'ils ne paraissaient dans l'instant:

 

Hugo est un baiseur et Chateaubriand est un séducteur.

 

Je n'ai pas du tout l'angoisse de la page blanche, mais celle de la page écrite.

 

Imaginez quelqu'un qui va faire un attentat, qui va donc accepter de mourir, et il va se dire: Oh ! Je vais perdre ma nationalité française !

 

La Pléiade, ce n'est pas fait pour être lu, mais pour être là.

 

Ce conteur, cet écrivain, qui aura écrit paresseusement une quarantaine d'ouvrages, était un joyeux mélange de tradition et de modernité, car, pour lui, la tradition ce n'était pas se complaire dans le passé mais regarder vers l'avenir.

 

Son altruisme était sa manière élégante de faire oublier - lui s'en souvenait - qu'il était un privilégié, bien né et bien entouré, mais que ce n'était pas une raison pour s'en enorgueillir:

 

La naissance est le lieu de l'inégalité. L'égalité prend sa revanche avec l'approche de la mort.

 

Francis Richard

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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 13:00
Pour que ne meure pas la langue française

Sur ce blog, modestement, comme je ne prétends être ni écrivain, ni journaliste, j'essaie d'écrire en langue française, sans autre ambition que de respecter le précepte de Nicolas Boileau:

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

Et les mots pour le dire arrivent aisément.

 

Je ne suis pas tout à fait français, si je suis de toute façon francophone. D'aucuns me le reprochent... Il est vrai que je suis né en Flandre, que, sorte de Monsieur Jourdain de l'identité, j'ai longtemps été apatride sans le savoir, que j'ai obtenu tardivement la nationalité française, encore plus tardivement la nationalité suisse...

 

Je serais donc mal placé pour défendre la langue française... violentée naguère par la féminisation politique des noms et aujourd'hui par l'écriture inclusive. Alors, ne me sentant pas à l'aise pour le faire, je fais appel à d'autres, et non des moindres, pour plaider en faveur de la langue que j'aime: Jean-François Revel et l'Académie française.

 

Dans un article, paru il y a quelque vingt ans, le 11 juillet 1998, dans Le Point, intitulé Le sexe des mots, Jean-François Revel dit tout haut ce que je pense forcément tout bas. Dans cet article lumineux, il remarque que la querelle de la féminisation des mots découle du simple fait qu'en français le genre neutre n'existe pas.

 

Il en résulte qu'en français des féminins et des masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels. Jean-François Revel donne les exemples suivants: Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille. De sexe féminin, il lui arrive d'être un mannequin, un tyran ou un génie.  

 

Il ajoute, ce qui est le bon sens même, que certains substantifs se féminisent naturellement et d'autres pas, et donne des exemples que le lecteur intéressé peut découvrir en lisant son article. Avec toute sa sagesse d'académicien, il dit surtout:

 

L'usage est le maître suprême. Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu'accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l'opportunisme des politiques.

 

Il conclut que les politiques, chez lesquels l'égalité des sexes ne progresse pas comme dans les autres métiers, ont choisi, en torturant la grammaire, de faire avancer le féminin faute d'avoir fait avancer les femmes...

 

Pour ce qui concerne l'écriture inclusive, que l'on voudrait imposer comme norme, j'attendais l'Académie française, avec plus d'espoir que les personnages de Samuel Beckett attendant Godot... L'honorable Compagnie vient de se fendre à ce sujet (lors de sa séance du 26 octobre 2017), d'une déclaration de laquelle j'extrais ce passage:

 

La démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs.

 

Dans son Discours sur l'universalité de la langue française, Antoine de Rivarol écrivait que ce qui faisait l'universalité de la langue française à son époque, c'était l'ordre et la construction de la phrase, qui lui donnaient sa clarté par excellence...

 

Les sectateurs de l'aberration inclusive devraient se souvenir, avec Rivarol, que ce qui n'est pas clair n'est pas français. Mais, peut-être le sont-ils moins, après tout, que je ne suis...

 

Francis Richard

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 02:30
Quai d'Ouchy, le 18 mars 2016, 18 heures 25, 24 heures tout juste avant que ne commence l'an soixante-cinq de mon âge ...

Quai d'Ouchy, le 18 mars 2016, 18 heures 25, 24 heures tout juste avant que ne commence l'an soixante-cinq de mon âge ...

Ma soixante-cinquième année de présence sur Terre s'achève. Une autre année commence demain. Il y aura eu des signes précurseurs le mois dernier. Il y a des chiffres indicateurs le mois présent, qui coïncident.

 

Des signes

 

4 février 2016

 

En début d'après-midi, à notre établissement du Flon, à Lausanne, après avoir nagé librement ma distance quotidienne dans ma piscine favorite, j'ai apporté les documents demandés par la réviseuse des comptes de notre filiale parisienne. Installés dans la cafétéria, avec le comptable, nous n'avons pas seulement parlé chiffres. Nous avons parlé des choses de la vie.

 

Remonté à pied du Flon à la Place Saint-François, je suis redescendu par le Petit-Chêne en direction de la gare. A la hauteur de l'Asia Wok, j'ai croisé la personne qui m'a involontairement mis à l'épreuve de quatorze. Elle était au téléphone et montait. Ses cheveux disparaissaient sous un bonnet de laine grise. Ses yeux verts pétillaient. Elle a feint de m'ignorer, ou ne m'a pas vu, insignifiant que je suis.

 

C'était un signe de vie. Bien que blessé à mort par une menace sans fard de sa part, le jour du printemps de l'an passé, je suis toujours vivant. Cette menace était dérisoire et aurait été, de toute façon, impossible à mettre à exécution, faute d'éléments réellement constitutifs de la faute que j'aurais commise à ses yeux. Mais c'était une menace, qui, en tant que telle, m'a touché à vif et m'a surpris.

 

C'était un signe de vie que de la croiser. Ça a ravivé cette blessure qu'elle m'a alors infligée, en prétendant que c'était pour se protéger, que ce n'était pas dirigé contre moi, qu'elle ne voulait simplement pas m'être liée. Car je m'étais rendu compte de deux choses ce jour-là: qu'elle n'était pas tout à fait la belle âme que je croyais et que cela ne suffirait pourtant pas à changer quoi que ce soit à ce que je ressentais.

 

18 février 2016

 

Avenue CF Ramuz à Pully. Je me rends à ma piscine favorite. La voiture à ma gauche s'arrête. Je m'engage dans le passage pour piétons. Je suis parvenu à un peu plus de la moitié de la voie quand, sur ma droite, un bus arrive à vive allure, un bus à rallonge. Très clairement le chauffeur ne regarde pas la route mais son tableau de bord.

 

Le chauffeur du bus, en provenance de la gare, lève les yeux au dernier moment. Je n'ai pas bougé, comme si je me rendais à l'évidence que c'est la fin et que je l'attendais. Le bus stoppe sa course à vingt centimètres de mon flanc droit, dans un crissement de pneus. Je décide alors seulement d'achever la traversée de l'avenue, sans invectiver le chauffeur.

 

C'était un signe de mort. Ma dernière pensée aurait été, si ma dernière heure était venue, pour Roland Barthes, et non pas pour le prénom associé à l'épreuve de quatorze. J'ai en effet aussitôt pensé à lui qui, le 25 février 1980, a été fauché par une camionnette, en se rendant au Collège de France, où il a commencé dix-huit mois plus tôt son cours sur La préparation du roman

 

C'était un signe de mort, laquelle n'a pas voulu de moi, du moins pas encore. Peut-être cet incident est-il faste, après tout, puisque je me suis rendu compte, qu'une nouvelle fois rescapé, je tiens tout de même un peu à la vie et qu'il me faudra encore un peu patienter avant qu'elle ne vienne me ravir à tous ceux que j'aime et qui ne m'aiment pas forcément en retour.

... 18 minutes plus tard, station, le temps d'une photo, devant le compte à rebours des JO de Rio, à côté du Château d'Ouchy

... 18 minutes plus tard, station, le temps d'une photo, devant le compte à rebours des JO de Rio, à côté du Château d'Ouchy

Des chiffres

 

19 mars 2016

 

65 ans. Aujourd'hui, à 18 heures 25 précises, j'aurai donc l'âge ordinaire de la retraite ici, c'est-à-dire en Suisse où je vis. Ce n'était pas gagné, mais j'y suis parvenu. Pourtant l'heure de ma retraite ne sonne pas. Sans doute ne suis-je pas assez défait pour battre en retraite... et ne fais-je pas les choses de manière ordinaire, encore moins extraordinaire... Chez les miens, la retraite n'est pas un but en soi. Nous sommes à rebours de la volonté générale.

 

Les hommes de ma famille qui m'ont précédé ne m'ont pas donné l'exemple d'un départ ordinaire. Mon grand-père maternel s'est résolu à prendre sa maigre retraite à 75 ans, mon père sa retraite plus conséquente à 71. S'il n'avait tenu qu'à lui, mon grand-père paternel, lui, ne l'aurait jamais prise. Il a fallu que la faucheuse, à la faveur d'une mauvaise grippe, l'envoie ad patres à 61 ans... le 15 mars 1939.

 

Mon grand-père maternel a connu une relativement longue retraite, de 12 ans. Mon père une retraite plus courte, de 6 ans. Si le sort qui m'est promis est mathématique et que, par rapport aux hommes de ma famille, l'âge de ma retraite obéit à une progression arithmétique et la durée d'icelle à une progression géométrique, alors je devrais prendre ma retraite à 67 ans, pour une durée de seulement 3 ans.

 

Quoi qu'il en soit, l'Horloger céleste a peut-être d'autres plans sur ma comète. En attendant, je vis dans l'instant. Ce serait déjà bien beau que je passe l'hiver. Il ne me reste qu'un jour à peine pour franchir cette étape et pour apporter un démenti à tous ceux qui auront pensé à mon sujet que j'étais la parfaite illustration du pph (passera-pas-l'hiver). Demain, jusque-là tout va bien et le laisse supposer, j'aurai 66 printemps à mon compteur... 

 

1500. C'est le nombre de textes publiés sur ce blog depuis le 24 mai 2008 jusqu'à ce jour inclus. Comment ai-je pu en arriver là? Sans doute par la grâce d'une curiosité insatiable et irrépressible pour tout ce qui concerne l'action humaine. Cette curiosité est celle d'un honnête homme, au sens du XVIIe, d'un homme qui se veut honnête également, et qui prend son plaisir dans le texte à lire ou à écrire, lisant comme il respire et respirant mieux dès qu'il écrit.

 

A l'origine ce plaisir solitaire de graphomane répond au besoin de suppléer à une mémoire défaillante. Ce blog reste d'ailleurs avant tout une manière de blog-notes dans lequel sont consignées des impressions et des notes de lecture, des transcriptions de propos tels que je les ai perçus et toutes sortes d'idées, saisies sur le clavier avant qu'elles ne s'échappent et ne se perdent. Ce blog joint au fond l'utile à l'agréable.

 

Mais ce blog n'est plus seulement ça. Car de lire et d'écrire me procurent de véritables instants de bonheur. Quand je lis, écoute ou observe, je ne cherche à retenir par écrit que les qualités des textes, des discours et des postures, sans m'encombrer des défauts, que je n'ignore pas mais qui ne m'intéressent pas. Car ce qui m'intéresse, c'est de retrouver ici ou là les bons côtés de la nature humaine, les étincelles divines qui sont en elle.

 

Une réelle bienveillance ressortirait, paraît-il, de mes propos et de mes écrits. D'aucuns disent même qu'elle se lit sur mon visage qui se ride et que mon sourire en est la traduction lumineuse. Ce sont à mes yeux de sacrés compliments. Ils m'incitent à persévérer dans la tenue de ce blog qui de plaisir solitaire est devenu surtout, avec le temps et l'expérience, source de bonheur partagé et de raisons de vivre.

 

Merci donc

 

Merci du fond du coeur, je ne le dirai jamais assez, à toutes mes soeurs et à tous mes frères humains, qui ont la gentillesse de continuer à me lire, en dépit parfois de nos divergences ou de nos différences. Et merci bien sûr, cela va de soi, mais cela va mieux en le disant, à mon Créateur puisqu'il semble vouloir bien m'accorder encore ici-bas quelque sursis... dont l'ingénieur malgré lui et le littéraire contrarié, que je suis tout à la fois, comptent bien profiter.

 

Francis Richard

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 20:00
Bonne année 2016 - Urte berri on 2016

Merci. C'est le seul mot qui vienne à mes doigts appliqués ce soir à mon clavier. Car, en me lançant dans l'écriture de ce blog il y a quelque sept ans j'ai renoncé à l'usage de la plume, que je ne réserve plus qu'à la rare correspondance que j'adresse à des personnes qui me sont chères et pour lesquelles je ne le suis pas toujours...

 

Merci donc à vous toutes et à vous tous, qui me lisez et sans lesquels je n'aurais certainement pas persévéré dans la tenue de ce blog. En effet vous êtes toujours plus nombreux à avoir la gentillesse de me lire et cela non seulement me touche, mais m'oblige, dans le sens noble du verbe. Car j'y consens bien volontiers.

 

Merci surtout à celui qui m'a indiqué au tout début de cette aventure la plateforme d'Overblog qui sert de support à ce blog. Pour l'incompétent qu'il était, m'avait-il dit, il ne lui avait pas été trop difficile à l'époque de créer le sien et il me la recommandait, autre incompétent que j'étais. C'était Michel de Poncins, avec lequel je partage une déjà longue amitié.

 

Feue ma mère disait qu'un de ses oncles était mort en écrivant et qu'elle ne voulait pas suivre cet exemple funeste. Il faut croire que l'inné est parfois plus fort chez moi que l'acquis puisque je résiste à tout sauf à la tentation ... d'écrire. Rien de tel que la graphomanie pour soigner le littéraire contrarié que je suis.

 

Blaise Pascal disait: "Puisqu’on ne peut être universel en sachant tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir peu de tout. Car il est bien plus beau de savoir quelque chose de tout que de savoir tout d’une chose; cette universalité est la plus belle. Si on pouvait avoir les deux, encore mieux, mais s’il faut choisir, il faut choisir celle-là, et le monde le sait et le fait, car le monde est un bon juge souvent." (Pensée 37, édition Brunschvicg)

 

C'est à cette universalité, faute de mieux, que, modestement, j'aspire avec ce blog. Je sais donc peu de tout, mais ce peu je le découvre principalement dans les livres qui me permettent de vivre plusieurs vies et qui recèlent toujours de véritables trésors, quelque imparfaits qu'ils puissent être, sans doute parce qu'ils sont oeuvres humaines.

 

Ce peu de tout, je compte bien le partager encore un temps avec vous toutes et vous tous qui voulez bien me lire. Et, comme je ne vous veux que du bien, même si mes propos ne vous agréent pas toujours, je vous souhaite une bonne, heureuse et sainte année 2016, en vous offrant humblement en partage ce peu de tout que je sais et qui ne demande qu'à grandir chaque jour davantage.

 

Francis Richard

 

St Jean-de-Luz, le 1er janvier 2016

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 22:45
L'ignorance naturelle, l'ignorance savante et l'entre deux

Aujourd'hui c'est Noël. Le début de ce qu'on appelle plaisamment la trêve des confiseurs. Il convient donc de marquer une pause et de ne plus écrire - provisoirement tout du moins - d'articles qui dérangent la science prétendument établie définitivement sur la question climatique...

 

Cette année avait lieu, à Paris, la COP21, c'est-à-dire la grande messe de cette fausse religion qu'est le climatisme. Pour répondre à la certitude arrogante des grands prêtres de cette religion, il fallait bien consacrer quelques notes de lectures, hérétiques ou agnostiques, quitte à encourir injures et fulminations.

 

Ce fut donc chose faite, sur ce blog, qui refusa de donner la parole à la vulgate, répandue suffisamment déjà dans la quasi totalité des médias.

 

Voici la liste de ces notes, classées dans l'ordre inverse de parution:

 

L'idéologie du réchauffement de Rémy Prud'homme

La comédie du climat d'Olivier Postel-Vinay

Climat: j'accuse de Christian Gerondeau

L'innocence du carbone de François Gervais

Climat: 15 vérités qui dérangent 3/3: réception des rapports du GIEC et conclusions

Climat: 15 vérités qui dérangent 2/3: rapports scientifiques du GIEC

Climat: 15 vérités qui dérangent 1/3: nature du GIEC

Changement climatique de Philippe de Larminat

Climat investigation de Philippe Verdier

La faillite du climatisme

Mon soutien au collectif des climato-réalistes

 

A côté de la vulgate climatiste, il existe bien d'autres textes en anglais, tels que ceux-là parus en français, qui viennent la contredire et qui ne sont pas dépourvus d'arguments, n'en déplaise aux croyants et aux crédules...

 

Blaise Pascal, qui s'est inspiré de Michel de Montaigne, n'est pas tendre avec ceux qui font les entendus, c'est-à-dire avec ceux qui croient savoir et qui ignorent en fait qu'ils ne savent pas, mais qui donnent à entendre aux autres qu'ils savent:

 

Le monde juge bien des choses, car il est dans l'ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l'homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L'autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d'où ils étaient partis; mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d'entre deux, qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde, et jugent mal de tout. Le peuple et les habiles composent le train du monde; ceux-là le méprisent et sont méprisés. Ils jugent mal de toutes choses, et le monde en juge bien. (Pensée 327, édition de Léon Brunschvicg)

 

Montaigne disait plus crûment:

 

Les mestis, qui ont dédaigné le premier siege de l'ignorance des lettres, et n'ont peu joindre l'aultre (le cul entre deux selles, desquels je suis et tant d'aultres), sont dangereux, ineptes, importuns...

 

Il ne faut pas confondre la science qui est réfutable par la raison avec la foi qui ne l'est pas.

 

Blaise Pascal, encore lui, disait:

 

La foi est un don de Dieu; ne croyez pas que nous disions que c'est un don du raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mène pas néanmoins. (Pensée 279, ibidem)

 

Ces deux pensées, en cette absence de débat sur la question, ne donnent-elles pas matière à réflexion? Puissent d'aucuns s'en nourrir, pendant la trève...

 

Francis Richard

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 13:30
Vendredi treize novembre 2015

Aujourd'hui commence un deuil national de trois jours en France meurtrie.

 

L'heure est au recueillement devant les morts de ce vendredi treize, dont le jour n'a certainement pas été choisi au hasard, un vendredi comme le jour de la mort du Christ, treize comme le nombre des convives de la Cène, Lui-même et ses douze apôtres, avant la trahison de l'un d'entre eux.

 

L'heure est aux condoléances adressées à leurs proches et aux pensées lourdes de peine pour leur peine.

 

L'heure est à la compassion envers les autres victimes qui garderont dans leur chair et leur âme des cicatrices de ce jour-là.

 

L'heure n'est pas encore, mais elle viendra, où il faudra tâcher de comprendre pourquoi ces barbaries ont pu être commises et n'ont pu être empêchées.

 

L'heure est à la consolation de ceux qui restent. J'en laisse le soin à deux poètes que j'aime, de la France que j'aime.

 

L'heure est à la prière, en ce jour du Seigneur.

 

Francis Richard

 

La nuit n'est jamais complète.

ll y a toujours, puisque je le dis,

Puisque je l’affirme,

Au bout du chagrin

Une fenêtre ouverte,

Une fenêtre éclairée,

Il y a toujours un rêve qui veille,

Désir à combler, Faim à satisfaire,

Un cœur généreux,

Une main tendue, une main ouverte,

Des yeux attentifs,

Une vie, la vie à se partager.
 

Paul Eluard

 

La mort n'est rien,

je suis seulement passé, dans la pièce à côté.

Je suis moi. Vous êtes vous.

Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.

Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné,

parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.

N'employez pas un ton différent,

ne prenez pas un air solennel ou triste.

Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.

Priez, souriez,

pensez à moi,

priez pour moi.

Que mon nom soit prononcé à la maison

comme il l'a toujours été,

sans emphase d'aucune sorte,

sans une trace d'ombre.

La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.

Le fil n'est pas coupé.

Pourquoi serais-je hors de vos pensées,

simplement parce que je suis hors de votre vue ?

Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.

 

Charles Péguy

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 12:15
Du 5 avril au 1er août 2015, mes fêtes nationales

Sur le site du Cercle de philosophie politique Benjamin Constant, Pierre Bessard a publié récemment un article intitulé Nationalité et universalité libérale. En ce dernier jour de mes fêtes nationales, il me semble tout indiqué de recenser cet article. Mais, avant de le faire, il convient de préciser ce que j'entends par l'expression mes fêtes nationales et pourquoi ce blog se veut non seulement catholique et libéral, mais aussi national.

 

Né en Belgique, à Uccle, ma famille maternelle est flamande. Pour survivre ici-bas, trois semaines plus tard, je me suis retrouvé avec ma mère au Pays Basque, où ma monture, qui avait côtoyé la mort le premier jour, puis le cinquième de son atterrissage, a repris quelque poil. Apatride qui s'ignorait, du fait d'un dysfonctionnement de l'État français, après donc avoir accompli mon service national, j'ai acquis la nationalité française à 26 ans, puis la nationalité suisse il y a maintenant un peu plus de 2 ans.

 

Mes fêtes nationales sont donc celles de la Belgique, le 21 juillet, du Pays Basque, le jour de Pâques ou Aberri Eguna - le 5 avril cette année -, de la France, le 14 juillet, et de la Suisse, le 1er août. C'est en quelque sorte un quarté dans le désordre... Si je me suis collé l'étiquette de national, c'est parce que je ne renie ni ne nie aucune des nations, dans le creuset desquelles je suis devenu et deviens ce que je suis, heureux d'être un individu pensant, à la fois universel et singulier de par ses origines et ses déplacements.

 

L'article de Pierre Bessard fait suite à une conférence donnée le 20 avril 2015 par Stéphanie Genand, à l'invitation de l'Association Benjamin Constant, sur Madame de Staël et la Suisse. Pierre Bessard s'interroge dans cet article sur la nationalité de Madame de Staël et sur celle de Benjamin Constant. Madame de Staël était-elle suisse, française, suédoise ou prussienne? Etait-elle genevoise, vaudoise ou parisienne? Benjamin Constant était-il suisse ou français? Etait-il vaudois, lausannois, copétan ou artésien?

 

En fait, Madame de Staël et Benjamin Constant, en dehors de l'aspect légal des choses, étaient à la fois suisses et français, "dans le sens où leurs sentiments et leur action se sont déployés dans des sphères parisiennes et lémaniques". Pierre Bessard ajoute aussitôt: "Culturellement, cependant, ils se sont tous deux reconnus dans la Suisse comme terre symbolique de liberté, d'abord religieuse et intellectuelle, et plus tard politique." Ce qui est, modestement, et également, mon cas...

 

Pour un libéral, "la nation n'a d'autre but que la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'était plus régi que par un seul système: l'universalité de l'être pensant n'implique pas la négation des nations ou la centralisation politique, bien au contraire. Il s'agit d'une universalité individuelle, et non collective. La fixation "nationale" des États-nations centralisés actuels nie ou du moins minimise l'extraordinaire diversité non seulement des territoires nationaux plus petits (qui n'étaient pas cloisonnés pour autant), mais aussi des individualités."

 

Pour illustrer "cette réalité strictement individuelle du sentiment national", Pierre Bessard cite Ernest Renan, dans son célèbre discours du 11 mars 1882 à la Sorbonne, sur Qu'est-ce qu'une nation?, intervention que Ludwig von Mises, qualifie, dans son Gouvernement omnipotent, de "document digne de la grande tradition du libéralisme français": "N'abandonnons pas ce principe fondamental, que l'homme est un être raisonnable et moral, avant d'être parqué dans telle ou telle langue, avant d'être membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture."

 

Pierre Bessard commente: "Les nations naturelles, ressenties et choisies, n'ont que peu de lien ou ne doivent pas avoir de lien du tout avec les critères superficiels habituels de l'histoire ancestrale ou dynastique, de la race, de la langue, de la religion ou de la géographie. La nation est d'abord une réalité spirituelle, une communauté de valeurs qui peut transcender les territoires politiques, comme l'histoire de conflits récents l'illustre: l'étatisation et la politisation sont souvent antinomiques aux nations et aux solidarités ou aux patriotismes naturels qu'elles inspirent."

 

Autrement dit "la nation est un certain reflet empirique de la vie en société, qui doit demeurer volontaire, et donc tolérer la sécession et les migrations, pour rester légitime". Ce qui fausse la donne et empêche les nations de rester légitimes, c'est d'avoir nourri en leur sein l'État-providence: "L'État-providence de la nation surpolitisée et bureaucratisée est aujourd'hui la principale entrave à l'autorégulation individuelle de la nation ouverte, la seule compatible avec l'universalité de la culture humaine, dont le développement et la grandeur nationale dépendent de son degré de liberté."

 

Ernest Renan n'appartient peut-être pas à la communauté des économistes libéraux, mais il écrit tout de même, cité par Pierre Bessard (dans un article de 1859, intitulé Philosophie de l'histoire contemporaine, où il rend compte des Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps de François Guizot):

 

"La plus grande gloire des gouvernements est dans ce qu'ils laissent faire."

 

Francis Richard

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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