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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 19:45
Haro sur les riches en général et sur Bill Gates en particulier

Quoi qu'il fasse, un riche a toujours tort. S'il est grippe-sou, il ne mérite vraiment pas d'être devenu riche. S'il est philanthrope, il veut se donner bonne conscience ou bénéficier d'avantages fiscaux, ou probablement les deux.

 

Depuis La Bruyère, on sait que le riche, qu'il dépeint sous les traits du caricatural Giton, a tous les défauts, même physiques, et que le pauvre, qui a les traits du caricatural Phédon, est, surtout, digne d'une... gratifiante pitié.

 

Vouloir être riche, c'est mal. D'ailleurs, n'est-ce pas suspect de l'être devenu un jour ? Dès lors, ce que l'on fait de son argent ne peut qu'être également suspect, tandis qu'être pauvre ne peut jamais faire de vous un mauvais...

 

 

Devenir riche, voire ultra-riche

 

Bill Gates, le cofondateur de Microsoft, serait en 2019, d'après Forbes, le détenteur de la deuxième fortune du monde, juste derrière Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, ce qui fait donc d'eux deux des méchants, des suspects.

 

Or ni l'un ni l'autre ne sont devenus riches sans avoir pris de gros risques, sans avoir surmonté des obstacles, sans avoir tiré leçons d'échecs essuyés, sans avoir pressenti ce qui permettrait à leurs entreprises respectives de réussir.

 

 

Un discours prémonitoire

 

C'est cette sagesse, nourrie d'intuition et d'expérience, qui a permis, il y a cinq ans, à Bill Gates de faire un discours prémonitoire, lors d'une conférence Ted, après que le virus Ebola a fait des ravages sur le continent africain:

 

Si quelque chose tue plus de dix millions de personnes dans les prochaines décennies, ce sera probablement un virus hautement contagieux plutôt qu'une guerre.

 

Aujourd'hui on tire argument de ce discours sensé pour, sur les réseaux sociaux, crier haro sur Bill Gates. D'aucuns l'accusent - et cela fait un buzz planétaire - d'avoir provoqué la crise sanitaire et de vouloir en tirer un profit personnel.

 

 

On peut ne pas aimer les positions de Bill Gates

 

On peut ne pas aimer les positions de Bill Gates en faveur d'un impôt plus progressif (mais pas trop) sur les gains en capital ou d'un impôt plus lourd sur les successions, ou sa position sur l'importance de l'OMS pour lutter contre la pandémie.

 

On peut tout cela. Cela relève de l'opinion. Mais on ne peut à partir de faits réels les travestir pour servir des causes pour le moins suspectes, où se retrouvent coalisés des complotistes, des anti-vaccins et des extrémistes de droite.

 

 

Des mensonges éhontés

 

Car, pour soutenir leur thèse, tous ces braves gens ne reculent pas devant la fabrication de mensonges éhontés :

 

- La Fondation Bill et Melinda Gates a bien financé l'Institut Pirbright, mais ce n'était pas pour déposer en 2015 un brevet à partir d'une étude sur les coronavirus qui affectent les êtres humains, tels que le Covid-19, mais sur ceux qui affectent les animaux;

 

- Bill Gates a bien dit à la mi-mars de cette année: A terme, nous aurons des certificats numériques pour savoir qui s'est remis de la maladie ou qui a été testé récemment ou, quand nous aurons un vaccin, qui l'a reçu; il ne s'agissait pas de tracer les gens mais de fournir un carnet de vaccination... intraçable;

 

- Le Centre John Hopkins, avec la Fondation Bill et Melinda Gates et le Forum économique mondial, a bien organisé à New-York en octobre 2019 l'étude d'un cas de propagation d'un coronavirus, pour imaginer les mesures qu'il conviendrait alors de prendre, mais ce n'était nullement une prédiction.

 

 

Conclusion

 

En fait, ce que ces braves gens atteints de paranoïa ne supportent pas, c'est qu'un milliardaire ne soit pas un affreux, qu'il puisse avoir à coeur, lui qui a réussi, de participer à la lutte urgente contre une pandémie en y consacrant de gros moyens comme il l'a fait précédemment pour éradiquer le VIH, le paludisme ou la polio.

 

En fait, ce que ces braves gens atteints de paranoïa souhaiteraient sans doute, c'est que de tels fondateurs d'entreprises à succès, plutôt que de pouvoir donner libre cours à leur générosité, soient mis davantage à contribution par l'État, qui se chargerait bien de l'utiliser à meilleur escient qu'eux, c'est-à-dire de le dilapider...

 

Francis Richard

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 10:50
L'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, de Blaise Pascal

La distinction que fait Blaise Pascal entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse est d'une brûlante actualité:

 

- Les géomètres partent de principes palpables mais éloignés de l'usage commun.

 

- Les esprits fins partent de principes [qui] sont dans l'usage commun et devant les yeux de tout le monde.

 

Les géomètres et les esprits fins raisonnent tous deux à partir de principes. Et, en cela, ils ont tous deux l'esprit juste:

 

Les esprits faux ne sont jamais ni fins ni géomètres.

 

L'idéal est d'être à la fois géomètre et fin, mais c'est rare.

 

Les purs géomètres ne voient pas ce qui est devant eux. Ils raisonnent progressivement à partir de définitions puis de principes qu'ils connaissent et qui sont en petit nombre.

 

Les purs esprits fins au contraire sont accoutumés à juger d'une seule vue à partir de principes en grand nombre et à ne pas passer par des choses spéculatives et d'imagination.

 

Les premiers conduisent donc des raisonnements purs avec leur esprit, tandis que les seconds conduisent des raisonnements pratiques avec leur flair.

 

Aujourd'hui, en matière médicale, il semble que les purs géomètres se trouvent dans le camp de la méthodologie pure et dure et les purs esprits fins dans celui de la pratique pure et dure.

 

Aujourd'hui, en matière médicale, il semble que les purs géomètres soient dans le camp des abstraits et des précautionneux et les purs esprits fins dans celui des concrets et des entreprenants.

 

Il semble qu'au-dessus de cette mêlée confuse de blouses blanches se dressent de rares esprits, également en blouses blanches, qui sont à la fois géomètres et fins et qui savent discerner le temps de la réflexion tranquille et pépère de celui de l'urgence impérative et cruciale.

 

L'histoire des sciences donne toujours raison à ces rares esprits qui, forts de leur savoir acquis par la méthode et l'expérience, sont les meilleurs pour le mettre en pratique le moment venu.

 

Francis Richard

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 16:30
Le comble de l'État-providence? Le confinement à durée indéterminée

- Pourquoi les hommes de l'État d'un pays comme la France, où la part des dépenses publiques en matière de dépenses de santé est la plus élevée au monde (80%), en sont-ils arrivés à imposer le confinement à sa population pour une période indéterminée face à la pandémie?

 

- Parce que le système français de santé, en grande partie étatique donc, est mal géré et que l'État-providence, qui se prend pour un dieu, néanmoins minuscule et faillible, décide de tout en matière de santé, veut tout contrôler, joue même volontiers au médecin en prescrivant, à la place des praticiens, les bons traitements aux patients qui ne sont pour lui que des chiffres récités tous les soirs.

 

Il n'y aurait pas eu besoin de recourir à un long confinement à durée indéterminée, un CDI en quelque sorte, si l'État n'avait pas, par ses décisions ou ses non-décisions, volontaires ou pas, je ne sais, "organisé" la pénurie de moyens:  masques pour les soignants et la population, tests de dépistage, appareils respiratoires, lits d'hôpitaux.

 

(L'Allemagne, où le système de santé est en grande partie privé, grâce à Gerhard Schröder, résiste beaucoup mieux à la pandémie, ce qui n'est pas une surprise, et devrait donc pouvoir sortir plus rapidement du confinement)

 

La seule justification, invoquée aujourd'hui pour le confinement, est justement de pallier le manque de moyens en retardant la propagation de la pandémie dont les hommes de l'État, et leur aréopage, aux têtes bien pleines mais mal faites, sont responsables, sinon le système français de santé finirait par être asphyxié; mais ne l'est-il pas déjà?

 

L'esclavage proprement dit a bien heureusement été aboli en France en 1848, mais il a pris au cours des dernières décennies une forme plus insidieuse par la présence, dans tous les domaines, de l'État qui fait pourtant moins bien que ne le feraient les particuliers, mais dont les hommes savent les flatter en promettant aux uns de jouir du travail des autres.

 

Aujourd'hui, avec le confinement, toute la population est à la merci de l'État, dont les hommes croient être les seuls à savoir ce qui est bon pour elle. Le risque est que celle-ci s'en accommode comme elle s'est accommodée déjà de nombre d'atteintes aux libertés individuelles dans un passé récent.

 

Ce risque se traduirait par un nouvel accroissement du collectivisme en France, qui finirait de la ruiner définitivement et de rendre encore plus esclave sa population. Alors les hommes de l'État doivent reconnaître leurs torts et laisser aux initiatives privées le soin de remédier à son impéritie et à son manque de réactivité.

 

Il faut craindre toutefois que cela ne soit qu'un voeu pieux tant l'emprise de la bureaucratie sur la société, qui est emblématique de l'État-providence, y est prégnante: je n'en veux pour preuve que l'exemple de l'attestation de déplacement dérogatoire, sorte de nouvel ausweis auto-délivré, né dans le cerveau débile d'un technocrate...

 

Il faut le craindre d'autant plus que les hommes de l'État sont inventifs pour masquer leurs incompétences et pour trouver des solutions calamiteuses; il faut toujours avoir présent à l'esprit, aujourd'hui peut-être encore plus qu'hier, qu'à eux s'applique le principe des calamités énoncé par Michel de Poncins:      

 

Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité publique pour soi-disant corriger la première.

 

Francis Richard

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28 mars 2020 6 28 /03 /mars /2020 18:20
Ce qu'enseigne l'histoire des maladies infectieuses

L'histoire des maladies infectieuses montre comment peu à peu les hommes ont trouvé des remèdes pour les traiter en refusant la pensée magico-religieuse, qui est un leurre et n'a évidemment aucun effet sur elles.

 

La quarantaine

 

Au moment de la Peste Noire (1347-1351), les remèdes, inspirés de croyances, affaiblissent les organismes plutôt qu'autre chose, d'autant que l'origine de cette peste principalement bubonique reste inconnue.

 

La mortalité est très élevée. Seuls 50 à 70% des populations de l'époque survivent. Plus tard, en 1377, à Raguse, à titre préventif, les premières quarantaines seront appliquées à ceux qui viennent de zones infestées.

 

Le médecin des papes, Guy de Chauliac, contracte la maladie en soignant des malades. Comme il pratique la chirurgie (auparavant l'apanage des barbiers), il en réchappe en incisant lui-même ses bubons...

 

Ce n'est que plus de cinq siècles plus tard, en 1894, que le bacille de la maladie, qui est transmise à l'homme par des puces de rongeurs, notamment les rats, est enfin découvert par le pasteurien Alexandre Yersin.

 

La peste, sous ses formes bubonique et pulmonaire, est aujourd'hui traitée par des antibiotiques, tels que la streptomycine, les tétracyclines et les fluoroquinolones, qui ne sont efficaces que si elles sont administrées à temps.

 

Les antibiotiques

 

En 1928, Alexandre Fleming constate, à la suite de la contamination fortuite d'une culture, que la levure connue sous le nom de penicillium notatum empêche la croissance de certains microbes virulents.

 

A partir de cette découverte, il faut attendre 1940 pour que Howard Florey et Ernst Boris Chain réussissent à isoler la substance responsable, la pénicilline, mais en toute petite quantité, pas plus de 100 mg.

 

C'est aux États-Unis que la production industrielle de pénicilline se développe dès 1942 à partir d'une autre levure, le penicillium chrysogenum, qui en produit deux cent fois plus que celle découverte par Fleming.

 

Selman Waksman isole l'actinomycine en 1940 et la streptomycine en 1943, qui est le premier antibiotique efficace contre le bacille responsable de la tuberculose, découvert par Robert Koch en 1882.

 

La tuberculose, transmise par voie aérienne, est l'une des premières causes de mortalité dans le monde. Les tuberculoses multirésistantes sont traitées par une association de plusieurs antibiotiques.  

 

Depuis 1945, nombre d'antibiotiques ont été découverts, produits industriellement et commercialisés, et permettent ainsi de lutter contre de telles maladies infectieuses multirésistantes aux antibiotiques usuels.   

 

Les vaccins

 

La variole est considérée comme éradiquée depuis 1980, grâce à la vaccination (le mot vient de vaccine). Celle-ci a pu être mise en oeuvre grâce à un médecin anglais, Edward Jenner, à la fin du XVIIIe siècle.

 

Jenner a constaté que les vachers qui ont subi les atteintes de la vaccine, la variole des bovidés, maladie bénigne pour les hommes, sont immunisés contre la variole des hommes, maladie grave pour eux.

 

Il préconise une vaccination généralisée par transmission du matériel infectieux de la vaccine à l'homme, alors que jusque-là elle était faite par variolisation, c'est-à-dire par contamination par une variole peu virulente.

 

La variole, apparue en Asie il y a 3000 ans, fut transmise en Europe, puis propagée par les colonisations. Jusque dans les années 1950, près de 50 millions de cas étaient enregistrés chaque année dans le monde.

 

La vaccination permet donc d'enrayer une maladie. Un autre exemple, celui de la poliomyélite, le prouve. Avant l'ère vaccinale, dans les années 1950, cette maladie touchait 600'000 enfants par an dans le monde.

 

Le lavage des mains

 

Au milieu du XIXe siècle, un médecin hongrois, Ignác Fülöp Semmelweis, travaille dans une clinique obstétricale de Vienne. Il constate que la fièvre puerpérale est plus fréquente dans une salle que dans une autre. 

 

Dans l'une, les accouchées sont examinées par les médecins et les étudiants et, dans l'autre, elles sont surveillées par une sage-femme. Il observe que les étudiants se rendent directement de la salle d'autopsie à la clinique.

 

Semmelveis acquiert la conviction que les étudiants communiquent ainsi du matériel pathogène. En les obligeant à se laver les mains dans une solution chlorée, il fait considérablement baisser la proportion de cas mortels.

 

Les idées de Semmelveis déplaisent à ses collègues qui obtiennent son congédiement. De retour à Budapest, il n'a guère plus de succès auprès du corps médical. Et il termine ses jours dans un asile d'aliénés...

 

Conclusion

 

Ces exemples montrent que les succès de la science médicale sont relativement récents et que rien n'est jamais définitif. Jean Starobinski en 1963 disait: Si la maladie est aussi vieille que la vie, la médecine est une science jeune. Ses propos restent d'actualité.

 

L'Histoire nous apprend qu'en matière de maladies infectieuses, le génie humain, personnifié souvent par des figures hors normes, se caractérise par:

- une observation intelligente des faits,

- une adaptation aux circonstances,

- une mise en oeuvre rapide des solutions quand elles émergent.

 

Bref, le principe de précaution, basé sur des risques hypothétiques, non confirmés, n'est pas de mise en la matière, non seulement quand il y a urgence, mais de manière générale, parce qu'il paralyse toutes initiatives qui pourraient être bénéfiques.

 

Francis Richard

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 18:00
Soixante-neuf ans, neuf cents de moins que Mathusalem à l'heure de sa mort...

Soixante-neuf plus neuf cents: il me reste du temps à parcourir en ce monde si je veux égaler la durée de vie de Mathusalem. Autant dire tout de suite que c'est mal parti, même si, comme de juste, je ne sais ni le jour ni l'heure...

 

On dirait que j'ai eu une bien mauvaise idée de prendre ma retraite il y aura bientôt un an. Depuis ma santé n'a fait que se dégrader. Jusque-là, certes, je ne ménageais pas ma monture. Maintenant elle semble se venger.

 

A deux maux s'est ajouté un troisième plus sérieux, puisqu'au cours des trois dernières semaines, j'ai subi quatre examens pour en déterminer la gravité: une IRM, une vingtaine de biopsies, un scintigraphie osseuse et un scanner.

 

Le bon côté des choses est que j'ai appris quelque chose: je sais maintenant d'une manière bien concrète, pour ne pas dire charnelle, ce que ces mots abstraits veulent dire et je sais que leur réalité n'est pas des plus agréables.

 

Confinement oblige, je ne sors plus que pour faire des courses ou un peu d'exercice, ce qui se limite à la marche puisque les piscines sont fermées et que mon problème d'équilibre physique m'interdit de courir ou d'aller à vélo.

 

Saint Thomas d'Aquin disait: Timeo hominem unius libri (je crains l'homme d'un seul livre). Avec moi, il n'aurait pas de crainte à avoir. Je suis entouré de livres et ce ne sont pas des objets inanimés, ni de simple contemplation.

 

Ce que je ne fais jamais (je lis les livres d'une seule traite, quitte à perdre haleine), aujourd'hui je l'ai fait. J'ai en effet picoré des livres que j'aime et dont les couvertures m'attiraient. De ce butinage anarchique, j'ai fait mon miel.

 

Avoir vu et photographié l'oiseau ci-dessus m'a donné envie de relire Le chant du cygne d'Anton Tchekhov, où j'ai relevé ceci: Là où il y a de l'art, du talent, il n'y a ni vieillesse, ni solitude, et la mort elle-même n'est la mort qu'à moitié...

 

En ce temps où beaucoup d'hommes, au sens d'êtres humains, semblent saisis par l'hubris, une phrase tirée des Pensées de Blaise Pascal m'a paru être vraiment de circonstance: Les esprits faux ne sont jamais ni fins ni géomètres...

 

A mon âge, qui n'a plus rien de canonique, je sais que je ne sais rien et qu'il me reste tant à apprendre. Aussi, ce que se dit sagement Marc-Aurèle dans ses Pensées, me parle-t-il: Tant que tu vis, tant que cela t'est permis, améliore-toi.

 

Au moment où les libertés individuelles sont mises à mal, où on prend des mesures quoi qu'il en coûte et où on ose dire que l'État paiera, je me réconforte en lisant des chapitres des Harmonies économiques de Frédéric Bastiat:

 

Toucher à la liberté de l'homme, ce n'est pas seulement lui nuire, l'amoindrir, c'est changer sa nature;  c'est le rendre, dans la mesure où l'oppression s'exerce, imperfectible; c'est le dépouiller de sa ressemblance avec le Créateur; c'est ternir, sur sa noble figure, le souffle de vie qui y resplendit depuis l'origine.

 

En relisant les lignes ci-dessus, j'acquiesce à ce que dit Paul Valéry dans un de ses cahiers: Il suffit d'avoir écrit soi-même pour savoir à quel point ce que l'on écrit diffère de soi-même et combien ce qu'on n'écrit pas est plus important...

 

Il me paraît important d'ajouter toutefois qu'à mes yeux, l'amitié est ce qu'il y a de plus précieux. J'en ai eu la preuve récemment quand une personne m'a blessé verbalement et qu'une amie m'a réconforté en m'écrivant ces mots:

 

J'ai bien compris que tu es vraiment dans le don.

 

En tenant ce blog-notes, qui, à l'origine, était une manière de noter ce que ma mémoire défaillante oublierait, j'essaie depuis un certain temps déjà de partager avec ceux qui ont l'amitié, ou pas, de me lire, ce qui me semble digne d'attention.

 

Francis Richard

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 14:00
La liberté d'opinion est de plus en plus en péril en France

La liberté d'opinion est de plus en plus en péril en France. Depuis la loi Pleven de 1972, on légifère régulièrement sur le passé, l'histoire, la mémoire et autres sujets qui deviennent tabous: seules les opinions officielles ont droit de cité.

 

Quand une opinion déplaît, on légifère pour qu'elle ne puisse plus s'exprimer. C'est la marque infaillible des régimes dictatoriaux et totalitaires. On légifère pour dire qu'une opinion n'en est pas une ou qu'il est interdit de l'avoir.

 

On légifère et, à chaque fois, on crée de facto de nouveaux délits d'opinion. Celui qui contrevient à une de ces lois de circonstances est par conséquent considéré comme un délinquant et devient dès lors persona non grata.

 

Si votre opinion coïncide avec une opinion officielle, vous n'avez rien à craindre de la part de contradicteurs: vous êtes incontestable, vous n'avez plus besoin d'argumenter, il vous suffit de brandir l'argument d'autorité de la loi.

 

D'aucuns se plaignent parfois d'être censurés mais voudraient bien que leurs adversaires le soient. Cette contradiction ne les gêne pas outre mesure. Car ils ne sont pas réellement pour la libre expression qui peut être... dangereuse.

 

Les limites de la libre expression - il y en a - découlent du droit immémorial et non pas de lois de circonstances. L'expression doit être libre tant qu'elle ne tue pas ou ne porte pas atteinte à la sécurité des personnes et des biens.

 

En l'absence de tels dommages, une opinion, même offensante, ne peut qu'être licite, qu'elle soit exprimée en public ou en privé. Autrement cela signifie qu'il n'y a pas vraiment de libre expression et que la censure et ses ciseaux règnent.

 

Sans libre expression, il n'est pas de débat. Sans débat, il n'est pas de confrontation des idées. Sans confrontation des idées, il n'est pas de progression de la connaissance. Sans cette progression, il n'est pas d'accomplissement humain.

 

Le comble est qu'aujourd'hui des journalistes, ou des écrivains, qui, par métier, devraient être pour la libre expression, se font les valets du pouvoir, se prononcent en faveur de la censure qui frappe des confrères, et rêvent de bastilles.

 

Si Voltaire n'a pas écrit: Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire, ces propos apocryphes reflètent bien le fond de sa pensée et, en ce sens, je suis voltairien.

 

Quand Eric Zemmour est menacé parce qu'il dit très haut ce qu'il pense, je me sens donc d'autant plus le devoir de le défendre, par principe, qu'à bien des égards, le libéral que je suis ne peut inévitablement penser comme lui.

 

Francis Richard

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13 juillet 2019 6 13 /07 /juillet /2019 16:00
Merci à Michel Houellebecq pour sa tribune dans Le Monde sur la mort de Vincent Lambert

Nous sommes le troisième jour qui suit la mort de Vincent Lambert. Après le temps du recueillement et de la prière pour ses proches, qui n'ont peut-être pas tous su ce qu'ils faisaient, est venu le temps de la réflexion sur ce drame médiatisé.

 

Pour au moins la deuxième fois, dans des circonstances tragiques, Michel Houellebecq publie un texte à point nommé. Ce doit être l'effet d'une sensibilité à l'époque tout à fait insigne et d'une conscience des enjeux de société absolument inouïe.

 

Son roman Soumission paraît en effet le 7 janvier 2015, c'est-à-dire le jour même où les deux frères Kouachi, des terroristes islamistes, assassinent onze personnes, dont huit membres de la rédaction, dans les locaux du journal satirique Charlie Hebdo.

 

Sa tribune dans Le Monde sur la mort de Vincent Lambert paraît en effet le 11 juillet 2019, c'est-à-dire le jour même où ce dernier meurt par la volonté d'un médecin oublieux de son serment de ne pas faire usage de [ses] connaissances contre les lois de l'humanité.

 

Parmi les lois de l'humanité il y a celle de ne pas tuer. C'est une loi écrite et non écrite qui permet de distinguer la civilisation de la barbarie. Cette loi figure dans le décalogue et a trouvé son aboutissement relativement récent avec l'abolition en France de la peine de mort.

 

Dans sa tribune Michel Houellebecq écrit plusieurs choses:

 

- L'État français a réussi à faire ce à quoi s'acharnait, depuis des années, la plus grande partie de sa famille: tuer Vincent Lambert.

Cette intervention dans la sphère privée, sous le quinquennat d'Emmanuel Macron, devrait inquiéter: elle signifie qu'en France, sur les êtres humains, de plus en plus à sa merci, l'État a en quelque sorte droit de vie et de mort.

 

- Vincent Lambert n'avait rédigé aucune directive. Circonstance aggravante, il était infirmier. Il aurait dû savoir, mieux que tout autre, que l'hôpital public avait autre chose à faire que de maintenir en vie des handicapés.

Dans le doute sur ses intentions, pourquoi avoir décidé à sa place?

 

- L'hôpital public est sur-char-gé, s'il commence à y avoir trop de Vincent Lambert ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d'ailleurs: une sonde pour l'eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en oeuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c'est ce qui se pratique le plus souvent, et c'est ce que demandaient, à cor et à cri, ses parents).

Dans ces conditions, n'est-ce pas un abus de langage que de parler de traitement? Oui, mais c'est le terme employé par une loi de circonstance, alors... En tout cas, je ne suis pas sûr que quiconque, privé de boisson et de nourriture, vivrait bien longtemps...

 

- Le CHU de Reims n'a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n'était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n'était en proie à aucune souffrance du tout. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu'on ne connaît à peu près rien.

Alors pourquoi fallait-il absolument le tuer?

 

Michel Houellebecq avance plusieurs explications:

 

- Il m'est difficile de me défaire de l'impression gênante que Vincent Lambert est mort d'une médiatisation excessive, d'être malgré lui devenu un symbole; qu'il s'agissait, pour la ministre de la santé "et des solidarités", de faire un exemple. D'"ouvrir une brèche", de "faire évoluer les mentalités". C'est fait. Une brèche a été ouverte, en tout cas. Pour les mentalités, j'ai des doutes. Personne n'a envie de mourir, personne n'a envie de souffrir: tel est, me semble-t-il, l'"état des mentalités", depuis quelques millénaires tout du moins.

Pour ce qui est de souffrir, Michel Houellebecq ajoute que ce n'est plus aujourd'hui un problème, notamment depuis la découverte de la morphine. 

 

- Personne n'a envie de mourir, personne n'a envie de souffrir, disais-je; une troisième exigence semble être apparue depuis peu, celle de la dignité [...] La dignité (le respect qu'on vous doit), si elle peut être altérée par divers actes moralement répréhensibles, ne peut en aucun cas l'être par une dégradation, aussi catastrophique soit-elle, de son état de santé. Ou alors, c'est qu'il y a eu, effectivement, une "évolution des mentalités". Je ne pense pas qu'il y ait lieu de s'en réjouir.

Le but ultime, à partir de cet exemple, serait donc bien de conforter dans leur opinion les 95% de Français qui seraient favorables à l'euthanasie, autrement dit au trépas des inutiles, à savoir, par exemple, les handicapés ou les vieux.

 

Merci à Michel Houellebecq pour sa tribune dans Le Monde sur la mort de Vincent Lambert: je sais maintenant qu'il ne fait pas bon désormais d'être hospitalisé en France, sinon à ses risques et périls, et me demande si cet article, où je déclare ne pas vouloir subir le sort de Vincent Lambert, suffira éventuellement comme directive pour me l'épargner.

 

Francis Richard

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 19:15
Je connais un patient soigné par homéopathie

Je connais un patient soigné par homéopathie depuis deux tiers de siècle. Ce patient, c'est moi. C'est pourquoi inutile de préciser que je ne crois pas à l'homéopathie.

 

En effet je ne crois pas à l'homéopathie, mais je sais que cette médecine basée sur le principe de similitude (d'où son nom) est efficiente, du moins sur ma personne.

 

Je n'en donnerai que trois exemples.

 

En 1952, j'ai dix-huit mois, un âge où l'effet placebo est indubitable, et je suis sujet à des otites aiguës. Je subis cinq paracentèses, opérées sur mes deux tympans. Sans résultat.

 

Des amis de mes parents leur recommandent le docteur Roland Zissu, homéopathe. L'ordonnance de tubes homéopathiques qu'il prescrit me guérit en quelques jours...

 

Grâce à ce médecin, et non pas par un effet magique, je ne deviens pas sourd...

 

En 1980, je suis sujet à une dysenterie chronique et, en même temps, j'ai des hémorroïdes. Le Dr Zissu m'envoie à un confrère en vue de mon opération à l'Hôpital Corentin-Celton.

 

Après l'opération, je parle à ce médecin allopathe de ma dysenterie, que l'homéopathie n'a pas encore enrayée. Aucun des traitements qu'il me prescrit ne me guérit.

 

Le médecin en question me renvoie au Dr Zissu et à ses granules (sic).

 

En 2001, je suis blessé lors d'une démonstration de karaté en France: mon ligament croisé antérieur est rompu à la suite d'un yoko geri qui a eu pour effet de mettre ma jambe gauche en torsion...

 

Dans une clinique de Lausanne je suis opéré et le chirurgien me propose des granules d'arnica contre la douleur: grâce à elles, je ne prends que trois des dix doses de morphine qui me sont autorisées.

 

Pourquoi je parle de ces trois expérimentations personnelles de l'homéopathie? Parce qu'aujourd'hui, pour faire de petites économies au regard de ses dépenses abyssales, l'État français s'apprête à dérembourser les médicaments homéopathiques.

 

Voilà le résultat mirifique du monopole de l'assurance-maladie: c'est l'État qui décide du remboursement ou non des médicaments, qu'importe les conséquences pour les patients.

 

Dans une société libre, ce serait aux sociétés d'assurance de décider de quels médicaments elles assurent la couverture et... aux patients de choisir celle qui lui ferait la meilleure offre.

 

D'aucuns, naïfs ou hypocrites, parlent de capitalisme de connivence à propos des laboratoires homéopathiques, comme si ce n'était pas le cas de tous les laboratoires pharmaceutiques, du fait même du monopole.

 

D'autres, parfois les mêmes, invoquent aussi le fait que la science n'aurait pas trouvé de preuves solides de l'efficacité de l'homéopathie. L'histoire de la science montre, surtout en matière médicale, que celle-ci est faillible et parfois rebrousse chemin...

 

Comme le dit Michèle Boiron, administratrice des Laboratoires Boiron, dans un entretien accordé au Temps le 27 septembre 2018:

 

La physique n’est pas encore assez pointue pour démontrer certains mécanismes d’action. Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas comment ça marche que ça ne marche pas.

 

L'homéopathie a toutefois ses limites.

 

Quand, il y a quinze ans, mon médecin homéopathe de l'époque, qui avait succédé au Dr Zissu, a détecté chez moi une insuffisance aortique, il m'a envoyé chez un confrère cardiologue. Depuis, je prends tous les jours un médicament allopathique.

 

Mais la médecine allopathique a aussi ses limites.

 

Souffrant il y a trois ans, d'une névralgie cervico-brachiale due à une hernie sévère de la sixième cervicale, une neurologue m'a prescrit ici un médicament allopathique qui s'est avéré non seulement inefficace mais dangereux pour ma santé...

 

Ayant observé quels mouvements de physiothérapie et d'ostéopathie soulageaient ma névralgie, tous les matins, depuis lors, je fais des exercices combinant ces mouvements à des exercices d'éveil musculaire que j'exécutais préalablement à la pratique de mon art martial.

 

Mon hernie n'a pas disparu, mais ma névralgie oui...

 

En Suisse, qui n'est pas un pays aussi libre que je le souhaiterais, mais qui est tout de même plus libre que la France, sous la pression du peuple, quatre thérapies complémentaires, dont l'homéopathie, sont de nouveau remboursées depuis mai 2017.

 

En France, où la liberté ne fait que régresser, un tel revirement n'arrivera pas...

 

Francis Richard

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21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 22:40
Messe de Pâques à St Jean-de-Luz, dite par Mgr Marc Aillet

18h30

 

Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, entre dans l'église Saint Jean-Baptiste, à Saint Jean-de-Luz, pour y dire la messe de Pâques et bénir l'orgue de choeur qui vient d'être restauré.

 

Au début de la semaine sainte, le 15 avril dernier, alors que je me trouve dans le TGV Lausanne-Paris de 18h23, un voyageur assis en face de moi m'apprend très tôt l'incendie de Notre-Dame de Paris.

 

Depuis ce drame, c'est la première fois que j'entre dans une église pour me recueillir et prier. J'en ai besoin. Car, un peu moins d'une semaine après le drame, je suis encore sous le choc.

 

De nombreuses fois, quand j'habitais Paris, j'ai assisté à la messe dominicale du soir dans cette magnifique maison de Dieu, qui par son envolée élève l'âme.

 

De ce lieu saint, à pied pendant trois jours, à la Pentecôte, je suis parti neuf fois en pèlerinage pour la cathédrale Notre-Dame de Chartres, sur les traces de Charles Péguy.

 

Le poète disait, dans Le mystère des saints innocents:

 

La Foi est une église, c'est une cathédrale enracinée au sol de France.

La Charité est un hôpital, un hôtel-Dieu qui ramasse toutes les misères du monde.

Mais sans l'espérance, tout ça ne serait qu'un cimetière.

 

En venant aujourd'hui dans cette autre maison de Dieu, à Saint Jean-de-Luz, où je suis venu pour reprendre des forces, je cherche à conforter l'espérance. Car je suis ébranlé comme les murs de la cathédrale de Paris.

 

Je suis ébranlé par ce que la presse de connivence répète à satiété, depuis le début de la semaine, sans preuve aucune, à savoir que l'incendie est à l'évidence accidentel et ne peut être d'origine criminelle.

 

(malheur médiatique à ceux qui émettent seulement une hypothèse contraire, comme Philippe Karsenty!)

 

Je suis ébranlé parce que le mot de catholique écorche décidément la bouche de tous les puissants, qui réduisent Notre-Dame de Paris à un monument symbolique et à un patrimoine mondial et occultent sa dédicace religieuse.

 

Alors les paroles de Mgr Marc Aillet me rassurent, même si tout dans l'Église semble aller ces derniers temps à l'encontre de l'espérance et semble confirmer la mort de Dieu dont d'aucuns se réjouissent.

 

Il y a en effet cet incendie qui n'affecte pas un simple monument, fruit d'une grande prouesse technique mais témoin surtout de la Foi de ses bâtisseurs.

 

Il y a ces comportements scandaleux d'hommes d'Église qui devraient pourtant donner l'exemple et qui salissent leurs victimes et l'habit qu'ils portent.

 

Il y a ces massacres de chrétiens, dans des églises, comme au Sri Lanka, où ils sont venus assister à la messe de Pâques et sont morts ou blessés par centaines.

 

Heureusement il y a cet aumônier des pompiers de Paris qui a sauvé l'essentiel pour un catholique, le Saint Sacrement et la Couronne d'épines.

 

Heureusement il y a tous ces fidèles qui ont prié à genoux dans les rues avoisinantes pendant que la cathédrale brûlait, et après, pour qu'elle reste debout.

 

Heureusement il y a Mgr Marc Aillet qui rappelle ces trois vérités:

- Dieu aime

- Dieu sauve

- Dieu est vivant: il est mort et ressuscité.

 

Heureusement il y a Mgr Marc Aillet qui rappelle, en bénissant l'orgue de choeur restauré que le chant sacré:

- glorifie Dieu

- sanctifie les fidèles

 

Francis Richard

L'orgue du choeur restauré

L'orgue du choeur restauré

Mgr Aillet à la sortie de la messe

Mgr Aillet à la sortie de la messe

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 00:15
Aula de la Haute École Pédagogique Vaud

Aula de la Haute École Pédagogique Vaud

Le 25 janvier 1974 je recevais mon diplôme d'ingénieur mécanicien de l'École Polytechnique Fédérale de Lausanne des mains de son président, Maurice Cosandey.

 

Cette remise de diplôme avait lieu dans l'aula de l'école qui est devenue aujourd'hui celle de la Haute École Pédagogique Vaud. J'avais vingt-deux ans...

 

(par un clin d'oeil dont mon existence est jalonnée, c'est en ce lieu que j'ai prêté serment pour devenir suisse...)

 

Quarante-cinq ans après et dans dix jours, la parenthèse de ma vie active va se refermer, qui s'était ouverte avec ce diplôme.

 

Ma formation n'était pas, et n'est pas, parachevée pour autant: elle ne le sera jamais, car, tant que Dieu me prêtera vie, je sais que j'aurai toujours beaucoup à apprendre...

 

Je n'imaginais pas que vingt-huit ans jour pour jour après l'obtention de ce diplôme, ma mère quitterait ce monde après m'avoir donné une ultime naissance.

 

Car si je suis revenu en Suisse, c'est grâce à elle et au Pays Basque... où, déjà, nouveau-né de trois semaines, j'avais puisé les forces qui m'ont permis de survivre. 

 

Un an après que je suis devenu salarié ici, à Lausanne, ma mère, mission accomplie, laissait donc l'ancien dirigeant et l'ancien indépendant commencer sans elle une nouvelle vie.

Quarante-cinq ans après et dix jours avant

A l'occasion du dixième anniversaire de ce blog, dans un édito du 24 mai 2018, Les millésimes en huit comme autant de ruptures, je me demandais quelle serait celle de 2018.

 

Le 18 décembre 2018, dix-huit ans après être revenu en Suisse, je donnais ma démission à l'entreprise qui m'emploie pour la fin de ce mois-ci: c'était là la rupture de ce millésime en huit.

 

Quand je dis que ma vie active se sera déroulée du 25 janvier 1974 au 31 mars 2019 (c'est la date formelle, la date réelle étant le 29 mars, soit dans dix jours), cela m'amuse.

 

Cela suppose en effet qu'avant je n'étais pas actif et qu'après je ne le serai plus. En fait, avant même de quitter mon dernier emploi (de gérant de caisse de pension essentiellement), j'avais parallèlement de multiples activités.

 

Une de ces activités est ce blog. Je ne compte pas l'arrêter de si tôt. Cette activité de blogue-notes m'est intrinsèque et mes lecteurs savent que je ne me limite pas à y parler de littérature.

 

A ce sujet et au mien, il me semble nécessaire de mettre un terme à une méprise courante: je ne suis pas un critique littéraire, encore moins un écrivain. Je n'ai ni ces prétentions, ni ces ambitions.

 

Quel que soit le livre que je recense, je ne me mets pas dans la peau d'un juge ni dans celle d'un professeur: je prends des notes (la plupart du temps après lecture complète) mais je n'en donne pas; je ne dissèque pas mais je scanne (je ne suis pas intrusif).

 

Contrairement à ce que d'aucuns pensent, je ne suis pas sûr d'être un lecteur bienveillant. Je suis simplement un chrétien curieux et un curieux chrétien.

 

Quels que soient le fond et la forme de ce que je lis, j'essaie d'en extraire en toute subjectivité ce que je crois être la substantifique moelle et de comprendre celui ou celle qui écrit.

 

Mon objectif est donc modeste. Il n'est évidemment pas conforme à l'image que d'aucuns se font de ce que devrait être un article littéraire: ils aimeraient sans doute que je cloue au pilori ou que j'encense.

 

A soixante-huit ans aujourd'hui, je ne vais pas changer, du moins ma façon de lire, parce que, comme tout être vivant, j'évolue, et ne m'arrêterai pas d'évoluer jusqu'à mon dernier jour, qui j'espère ne sera pas pour tout de suite.

 

En attendant, je remercie toutes celles et tous ceux qui ont la gentillesse (ou pas) de me lire. Sans elles et sans eux, ce blog n'aurait qu'une diffusion confidentielle.

 

Puisse ce blog apporter un petit quelque chose d'utile à mes soeurs et frères humains...

 

Francis Richard

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 20:00
Voeux décalés d'un blogueur à ses lecteurs nécessaires

L'année 2018 est morte, vive l'année 2019 !

 

Plus de dix ans déjà que je blogue... et, peut-être, dé-blogue.

 

Mais bloguerais-je si je n'avais pas de lecteurs? Sans doute pas... Écrire pour soi est certes délectable, mais écrire pour d'autres l'est davantage.

 

Au commencement étaient quelques lecteurs, des proches pour la plupart. Maintenant il y a des lecteurs inconnus, en nombre.

 

Qu'importe qu'ils me soient inconnus, mes lecteurs me sont devenus nécessaires, tout autant que les proches, parce qu'ils donnent un sens à ce que j'essaie de faire, en lisant, en écrivant.

 

J'essaie en effet de créer des liens, des liens de confiance en l'humanité, ce dont notre monde est fort dépourvu depuis que la totalité prime sur l'individualité et que la quantité se substitue à la qualité.

 

En collectivisant les bons sentiments et en baptisant solidarité cette sinistre opération, la charité au sens profond du terme disparaît et ne reste plus que la prédation qui se donne des airs de bonté et qui favorise un individualisme de mauvais aloi.

 

Quand j'écris je ne m'adresse donc pas à une foule mais, à chaque fois, à une personne. Je lui parle en fait seul à seule dans la confidence de la lecture.

 

Je me confie à une personne quand je partage ce que j'ai retenu de bon, de bien, de beau d'une lecture. Je lui dis en quelque sorte qu'il ne faut pas désespérer de ses semblables, qu'il y a toujours quelque chose à retirer d'une lecture, parce que même les plus méchants ont des moments d'absence de... méchanceté .

 

Je ne prétends pas détenir la vérité, mais je la poursuis ainsi dans tous ses replis. Et c'est là encore que mes lecteurs me sont nécessaires. Car quand j'écris, je pense à eux.

 

C'est en effet de penser à mes lecteurs qui m'oblige à mesurer mes propos, même lorsque je fais en passant une remarque critique sur ce que j'ai lu. Les propos excessifs ne convainquent jamais personne...

 

Et, même si je ne cherche pas à convaincre (je cherche plus volontiers à semer le doute sur les certitudes collectives), j'essaie du moins d'attirer l'attention sur des singularités que j'ai relevées et qui sont de véritables richesses humaines.

 

Où veux-je en venir? A ceci, qui est très simple au fond: je souhaite à mes lecteurs nécessaires que ce que modestement j'écris leur servent à élargir leur esprit comme mes lectures me le font.

 

Ce voeu n'est pas exclusif d'autres voeux que je leur adresse à chacun d'entre eux et qui vont de soi: que la nouvelle année soit pour eux une belle année, c'est-à-dire au cours de laquelle ils connaîtront des instants de bonheur, auront une santé la meilleure possible et n'auront pas trop de soucis matériels.

 

Francis Richard

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27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 21:45
Le deux millième billet, comme un cadeau

Aujourd'hui est un jour faste: ce billet est en effet le deux millième de ce blog... Et c'est comme un cadeau que je me fais pour ma constance, mon ascèse, et comme un cadeau que je fais aux nombreux lecteurs, qui, année après année, ont la gentillesse de me lire et de m'être fidèles en dépit de ce que je pense parfois et qui peut les irriter.

 

Quand j'ai entrepris de tenir ce blog, le 24 mai 2008, il y aura bientôt dix ans, je n'avais pas d'autre ambition que d'écrire sur tout et sur rien, en toute liberté. Je n'imaginais pas le moins du monde que j'écrirais autant: j'espère que je n'y ai pas écrit (et n'y écrirai pas) trop de bêtises, emporté que je suis, par moments, par mon clavier...

 

Ce blog était destiné en priorité à mes deux fils: je souhaitais qu'ils me connaissent mieux à travers mes réflexions sur l'action et l'âme humaines, sur les arts et lettres, sur la foi et la raison. J'ai toujours regretté de ne pas m'être entretenu autant que je l'aurais voulu avec mon père, modèle pour moi d'intelligence, de persévérance et de sagesse.

 

Chez mon père j'admirais la réussite spectaculaire d'un quasi autodidacte - il avait le certificat d'études et avait appris un peu de comptabilité chez Pigier... J'admirais plus particulièrement l'ouverture d'esprit de cet homme généreux, aux convictions néanmoins fortes et tranchées. Et puis il aimait les belles éditions de livres classiques...

 

Ce blog était destiné aussi à pallier ma mémoire défaillante: ce serait une manière de blog-notes. Car, quand vous lisez des centaines de livres par an, de tous genres et de tous styles, il vous est bien difficile de vous souvenir de tout ce que vous avez lu. J'avais besoin de repères pour enclencher ou, plutôt, pour exciter ma mémoire.

 

Depuis l'âge de raison j'écris, par éclipses. Simone de Beauvoir disait qu'un jour sans écrire avait pour elle un goût de cendres. Je n'en suis pas là, mais il est vrai que je comprends toujours davantage pourquoi Jacques Laurent parlait de la béquille de l'écriture. Elle me devient de plus en plus nécessaire pour marcher dans la vie.

 

Ce 27 avril coïncide avec l'anniversaire du décret d'abolition de l'esclavage en France, en 1848, aboutissement du combat inspiré essentiellement par des libéraux au nombre desquels Frédéric Bastiat, Victor Hugo, Tocqueville, Montalembert et surtout Victor Schoelcher, comme le rappelle Jacques de Guénin, dans Logique du libéralisme.

 

Cette date m'est donc chère parce qu'elle symbolise à mes yeux la seule égalité qui vaille, l'égalité en droit, qui, selon moi, découle de l'égalité devant Dieu. Cette date m'est chère aussi pour des raisons personnelles que je ne développerai pas, mais qui sont une illustration de ce que chante Daniel Balavoine: aimer est plus fort qu'être aimé...

 

Le millième billet de ce blog a été publié le 31 décembre 2013, soit cinq ans et sept mois après le début. Cette fois il ne se sera écoulé que quatre ans et quatre mois avant que ne paraisse le deux millième. Mon rythme s'accélère en proportion de l'intensité de travail que je fournis à l'entreprise qui m'emploie: ce doit être de la compensation.

 

Cette accélération me fait penser à mon âge et à ce que disait Alexis Carrel pour expliquer ce qu'il entendait par temps physiologique qu'il ne fallait pas confondre selon lui avec le temps physique. Il employait une métaphore qui est, pour le coup, la seule chose que j'aie retenue de ma lecture assez lointaine de L'homme, cet inconnu:

 

Le temps physique glisse à une vitesse uniforme, tandis que notre vitesse propre diminue sans cesse. Il est comme un grand fleuve qui coule dans la plaine. A l'aube de sa journée, l'homme marche allègrement le long de la rive. Et les eaux lui semblent paresseuses. Mais elles accélèrent peu à peu leur cours. Vers midi, elles ne se laissent plus dépasser par l'homme. Quand la nuit approche, elles augmentent encore la vitesse. Et l'homme s'arrête pour toujours, tandis que le fleuve continue inexorablement sa route...

 

Il est possible que je veuille augmenter ma vitesse propre pour ne pas me laisser dépasser par le temps physique. Peut-être est-ce pourquoi je brûle mes nuits par les deux bouts, en me couchant tard et en me levant tôt, en lisant et en écrivant, ce que ne me reprocherait certainement pas Julien Gracq, s'il était toujours de ce monde...

 

Quand je cesse de lire, j'écris donc, tentant toujours de tirer le meilleur de ce que je lis, me conformant au précepte de vie du sceptique Montaigne: Si la vie est un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs. Quand je cesse d'écrire, l'indécrottable citadin que je suis ne peut s'empêcher pour autant d'aller aux pâquerettes...

 

Francis Richard

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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 22:50
Invité de Questions Directes sur France 2

Mercredi dernier, 18 avril 2018, à 22h30, j'étais invité à l'émission Questions directes, animée par Julian Bugier. Je dois cette invitation à un article publié sur ce blog le 11 octobre 2014: Confession d'un riche appauvri.

 

Cet article était ma contribution à un concours organisé par l'Institut Molinari à l'occasion de la 4e édition de son Université d'automne en économie autrichienne, concours dont le thème était La pauvreté (en participant j'avais précisé que je ne souhaitais pas remporter ce concours, qui devait récompenser une jeune plume plutôt que la mienne).

 

Cet article a été reproduit par le site Contrepoints deux jours après que je l'ai publié sur mon blog. Et ses effets se font donc sentir encore aujourd'hui... Car une journaliste de Maximal Productions, après l'avoir lu, a souhaité me rencontrer dans le cadre d'une nouvelle émission hebdomadaire, Questions directes, que France 2 était en train de créer pour traiter de sujets de société.

 

Submergé par mon travail je n'ai pas répondu à ce message qui m'avait été adressé, via le contact de mon blog, le 23 février 2018. Mais cette journaliste n'est pas du genre à se laisser décourager. Alors elle a pris contact avec Jean-Philippe Delsol, qui me connaît et qui, au cours d'une conversation téléphonique, m'a demandé de participer à cette émission à ses côtés.

 

Devant tant d'insistance j'ai donc d'abord accepté de m'entretenir avec cette journaliste sur le sujet de l'émission qui était: Limite de l'État-providence et des aides sociales, puis de participer à l'émission, malgré que j'en aie.

 

En effet m'exprimer en public n'est pas mon fort: je suis bien meilleur à l'écrit qu'à l'oral. Sans doute parce que j'ai horreur de dire des bêtises et que l'écrit me permet de bien mieux peser les mots...

 

L'émission devait avoir lieu le 4 avril 2018, mais elle a été repoussée, à cause des grèves, au 11 avril 2018 dans un premier temps, repoussée encore au 18 avril 2018, dans un deuxième, pour une question de thématique inadéquate, tombant malencontreusement ce jour-là en début de soirée.

 

Ce n'est que le jour même de l'émission que j'ai appris quels étaient les invités du plateau:

- de mon côté, à ma gauche, il y avait, sans surprise, Jean-Philippe Delsol, puis Eric Brunet, enfin Robin Rivaton

- de l'autre côté, de gauche à droite: Jean-Marc Mormeck, Isabelle Maurer, Olivier Besancenot (remplacé tout à droite par Michel après une demi-heure), Monique Pinçon-Charlot

 

Enfin ce n'est que sur place que j'ai appris que le thème était devenu: Inégalités: qui sont vraiment les privilégiés?

 

A un moment de l'émission, dernière surprise, et de taille, Julian Bugier m'a présenté comme un riche exilé fiscal, qui plus est en Suisse: bref le méchant Français qui n'a aucune reconnaissance pour tout ce que la France a fait pour lui...

 

Riche, je le suis peut-être, quoique avec modération; exilé, certainement; exilé fiscal, pas du tout: comme des centaines de milliers de Français j'ai pris la route de l'exil parce que je ne me sentais plus bien en France (voir mon article sur Les Français exilés publié dans Libres!! et reproduit dans Contrepoints du 29 décembre 2014).

 

De par ma formation - je suis ingénieur diplômé de l'École Polytechnique de Lausanne -, la Suisse ne pouvait m'être qu'une terre d'accueil selon mon coeur et ma raison...

 

Tout cela je l'ai dit à la journaliste qui m'a interviewé au téléphone par deux fois. Et je l'ai répété à une autre journaliste venue m'interviewer chez moi à Lausanne. Peine perdue, semble-t-il...

 

On s'est beaucoup intéressé à ma petite personne au début de l'émission - c'était trop d'honneur - et j'ai dû, revers de la médaille, me défendre contre des attaques infondées. Après l'émission, au moment de se quitter, Jean-Philippe Delsol s'est excusé de m'avoir attiré dans ce traquenard: il est évident que je ne suis pas près de renouveler l'expérience...

 

Je le suis d'autant moins qu'il n'a pas été beaucoup question du sujet initial, qui était évidemment moins sexy que celui adopté finalement: inégalités est aujourd'hui un mot-clé incontournable.

 

Déstabilisé par tous ces changements, je n'ai pas pu, ou pas su, développer ce pourquoi j'avais accepté de venir.

 

S'il m'avait été donné l'occasion de le faire, j'aurais en effet expliqué pourquoi, quel que soit le nom qu'on lui donne, État-providence, redistribution ou prétendue solidarité nationale, ce système de prédation (et de corruption) est une machine à fabriquer des pauvres, à appauvrir tout le monde, et que cela n'est ni moral, ni efficace.

 

Quand Brice Teinturier a donné les résultats du sondage réalisé par Ipsos pour l'émission, j'ai compris que je n'aurais de toute façon pas été entendu, a fortiori avec l'étiquette qu'on voulait me coller de riche exilé fiscal, que je crois avoir tout de même réussi à décoller.

 

D'après ce sondage, en effet, les Français pensent majoritairement que leur système social fonctionne bien. S'ils regrettent, à une faible majorité, qu'il évolue vers trop d'assistanat, ils désignent des coupables: les riches ne participent pas suffisamment à la solidarité nationale. Enfin ils sont choqués par l'exil fiscal (dû pourtant à une fiscalité confiscatoire).

 

C'est cette mentalité des Français qui me chagrine (et le mot est faible): tant qu'ils n'auront pas compris que c'est leur modèle social qui est le problème, et non pas les inégalités qu'ils trouvent excessives, ils continueront de régresser et de s'appauvrir, de poursuivre leur route vers un avenir aussi radieux que celui que connaît la Grèce aujourd'hui...

 

Francis Richard

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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