Georges Haldas est un écrivain francophone majeur, qui
a vécu longtemps - né en 1917, mort en 2010 -, qui a écrit beaucoup, aussi bien des essais que des chroniques, des carnets que des poèmes, mais qui reste injustement méconnu en dehors de la
Suisse romande.
Jean-Philippe Rapp est un ancien journaliste de la Télévision suisse romande qui a eu
le privilège de travailler avec Georges Haldas, qui a surtout eu celui de converser des dizaines de fois avec lui, pendant 20 ans :
"Complexité de la relation qui ne nous vit jamais entrer dans le tutoiement. Ecrivain et journaliste, amis complices, filiation élective, maître et disciple,
transmission à garder à l'intérieur de soi."
Ces Conversations du soir sont un premier devoir de mémoire dont s'acquitte le journaliste envers l'écrivain, quelques mois après la mort de ce dernier survenue le 24
octobre de l'an passé. Il sera vraisemblablement suivi d'un livre beaucoup plus volumineux. Tel quel, le présent livre, publié par les Editions
Favre ici, contient ce que le journaliste considère comme l'essentiel des conversations qu'il a eues avec
l'écrivain.
Jean-Philippe Rapp a réuni les propos de Georges Haldas sur quelques grands thèmes qui lui étaient chers et, en premier lieu, l'Etat de Poésie, qui lui venait, disait-il, de la familiarité de son père avec la grande poésie homérique :
"C'est un état de réceptivité au sein duquel les moindres choses prennent de l'importance et deviennent poétiques, justement dans la mesure où, à première vue elles ne le sont pas."
Pourquoi ? Parce que le sentiment poétique est "synthèse de la personne humaine. Il comprend
l'inconscient, le conscient, l'affectif et le mental."
Et ce sentiment n'est pas propre à quelqu'un en particulier. Gérard de Nerval, cité par Haldas, ne disait-il pas : "la vie du poète est celle de
tous" ?
Georges Haldas avait compris que l'essentiel de la vie se trouvait dans les petites choses :
"[Elles] sont vécues par tous, c'est à partir d'elles qu'on fait son chemin vers les grandes.
Si l'on saute cette étape on a l'air de faire l'abstraction du quotidien alors que tout y est inscrit."
Il disait aussi :
"Il faut avoir le sens de la minutie pour descendre dans le coeur des choses car ce sont les multiples petites choses qui composent les grandes."
Il n'avait pas la fibre romancière. Il se voulait modestement "petit scribe bénédictin qui ne fait
que concilier la formidable richesse de la vie et qui est plus grande encore que tout ce qu'on peut imaginer":
"J'ai découvert très tôt que je ne pouvais vivre qu'en disant les choses que je vivais. Et le dire ce n'est pas pour soi mais en témoignage de la vie des
autres."
Une chose le surprenait, le peu de place accordé par ses semblables au royaume invisible, qui devrait être pourtant essentiel à chacun :
"Le plus important est caché mais nous continuons à nous en tenir au visible."
Pourtant disait encore Georges Haldas :
"Je garde le sentiment qu'admirables sont les choses visibles, encore plus admirables les choses de l'invisible qui me porte."
Nous sommes tous condamnés à mort, cette blessure essentielle, mais nous n'y pensons pas, pris que nous sommes par les choses ordinaires, trop pris au piège de l'espace-temps pour nous intéresser au non-espace-temps.
Pourtant, la mort, le sens de la vie, ne sont-elles pas les grandes interrogations, auxquelles nous devrions chercher des réponses tout en sachant fort bien qu'elles ne pourront jamais être définitives ?
Le père de Georges Haldas se posait ces questions métaphysiques devant son fils alors âgé de sept ans, tandis qu'ils se trouvaient à Céphalonie, cette île grecque dont ils étaient originaires.
Georges Haldas, qui a beaucoup réfléchi à ces questions, ne croit pas un seul instant à la sérénité devant la mort :
"On peut penser avec sérénité à la mort mais le moment venu apparaît ce qu'on est réellement et qui éclate contre tout ce qu'on avait pensé."
C'est pourquoi Georges Haldas ne voit pas la mort d'un bon oeil :
"Dire adieu à tout ce qu'on aime, non !"
Il ne croit pas que l'on possède la vérité mais qu'elle nous est donnée, que c'est le résultat de la grâce, qui revêt
autant de formes qu'il y a d'être humains; il croit également qu'"on la découvre au fur et à mesure des événements, et [que] c'est ce qui rend la vie à la fois
attractive, mystérieuse et parfois inquiétante".
Pourquoi Georges Haldas a-t-il passé sa vie à écrire et a-t-il laissé une oeuvre considérable ? "Parce que" tout simplement.
Il a répondu à une nécessité et il y a consacré sa vie, souvent aux dépens du reste :
"Le grand fond c'est remplir une tâche dont on sait qu'on ne peut pas l'éviter et à laquelle on consacre son existence comme une obligation. La mienne, je l'ai appelée l'état de poésie, que j'ai essayé d'exprimer mon existence durant. Et la petite graine, c'est cette nécessité à laquelle je n'ai pu échapper et qui s'est imposée à moi."
Pour lui, réussir sa vie, que son père disait, à tort, avoir raté :
"C'est être simplement un homme vraiment humain, qui rayonne auprès de ceux qui l'approchent, qui donne du courage à vivre, qu'on aime fréquenter, qui nous aide à chercher plus de libertés, plus de vérités."
Il cite à plusieurs reprises dans ce livre cette phrase d'un moine oriental :
"Au fond, l'essentiel, c'est d'être homme pour les autres ."
Georges Haldas a certainement été " homme pour les
autres ". Il l'a été au travers d'une œuvre gigantesque. Comme le dit Jean-Philippe Rapp,
"il suffit de s'y plonger". Pour ceux qui hésiteraient à faire le
grand plongeon, les Conversations du soir peuvent être une bonne initiation.
Toutefois rien ne remplace évidemment la lecture de l'oeuvre elle-même dont une grande partie des titres a été publiée
par L'Age d'Homme ici, que dirige "Dimitri, l'éditeur fidèle, et stimulant", dixit Rapp.
Francis Richard

Michel de Poncins s'investit désormais dans le roman d'anticipation, comme si de se projeter dans le futur lui permettait de prolonger encore une
longue vie consacrée à combattre le socialisme, sous toutes ses formes.
Dans L'interrogatoire, publié chez Grasset
Début 1973 paraissait un livre promis à un grand avenir éditorial en dépit du silence gêné qui devait entourer sa sortie et qui ressemblait à s'y méprendre à un enterrement
de première classe, Le Camp des Saints, de Jean Raspail, paru chez Robert Laffont
Autrement, pas un mot n'a été changé. En le lisant on mesure le chemin parcouru en 38 ans. Aujourd'hui l'auteur ne pourrait plus écrire
c
Les lecteurs assidus des Carnets de JLK
Philippe Sollers est un personnage agaçant, envers lequel j'avais jusqu'à présent beaucoup de prévention et un peu d'aversion.
La liberté religieuse est un bien qu'on ne mesure pas à sa juste valeur quand nous en disposons sans avoir à lutter, comme c'est le cas dans nos pays
occidentaux.
Le 25 septembre 1993, Alexandre Soljenitsyne prononçait un discours aux Lucs-sur-Boulogne, lors de
l'inauguration du Mémorial de Vendée, aux environs duquel 564 villageois avaient été massacrés le 28 février 1794, page tragique, parmi une
multitude d'autres, du véritable génocide perpétré, deux siècles plus tôt, contre la population vendéenne.
Dans une librairie de Morges, il y a dix jours, j'ai rencontré Jacques-Etienne Bovard, qui m'a dédicacé La Cour des
grands, publié chez Bernard Campiche Editeur
Il y a un an, dans Le Paradoxe amoureux, Pascal Bruckner analysait les rapports amoureux de notre
époque et soulignait plus particulièrement l'improbable aspiration
Vous en avez assez d'entendre des gens insipides, sérieux, graves, intellos, ennuyeux, pesants, sans
panache, branchés, modernes, progressistes, qui pensent tous pareil, bref de gauche, alors lisez Dans la tête d'un réac d'Eric
Brunet, paru chez NiL Editions, un des départements de Robert Laffont
Pourquoi choisit-on de lire tel livre plutôt que tel autre ? C'est par excellence de la discrimination, au sens étymologique du terme. On distingue un livre parmi une multitude
et on jette son dévolu sur lui, aux dépens d'autres que l'on n'aura jamais le temps de lire et que l'on ne regrettera même pas, ne serait-ce que par ignorance.
Faire l'Eloge des frontières, à l'heure de la globalisation, de la part de Régis Debray, c'est aller
délibérément à contre-courant, à rebrousse-poil et provoquer à coup sûr des réactions de toutes parts, pas toujours amènes à son égard. L'ancien compagnon de combat du
Che ne finira pas de me surprendre, de me décevoir en bien, comme on dit ici, en Pays de Vaud.
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