Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 21:30
Jacques Rueff - Un libéral français, de Gérard Minart

Il y a autant de libéralismes que de libéraux.

 

Il est excessif, bien sûr, de parler ainsi, mais il y a du vrai dans cette assertion, car la diversité de la pensée libérale ne peut être que le reflet de la diversité de la pensée humaine quand elle s'exerce librement, sans contrainte autre que la soumission à l'impératif catégorique de la raison.

 

Un libéralisme, fût-il français, se reconnaît toutefois aux mêmes principes sur lequel ils se fondent tous: liberté individuelle, droits de propriété, sécurité des biens et des personnes, égalité en droit, avec la caractéristique qu'aucun de ces principes ne peut exister sans les autres.

 

Le livre sur Jacques Rueff de Gérard Minart expose la théorie économique d'un libéral français, qui a la particularité d'être un ingénieur (il part des faits pour vérifier et articuler ces principes entre eux de manière cohérente) et de l'avoir mise en pratique avec succès en 1926, en 1938 et en 1958.

 

Comme cette théorie économique est très vaste et que, de plus, elle s'insère dans une théorie encore plus vaste qui la concilie, par exemple, au social, il convient, pour la goûter, d'en prélever quelques singularités qui en font la richesse et qui la distinguent des autres libéralismes sans présenter pour autant avec eux de solution de continuité. 

 

Sa formation scientifique a par exemple permis à Jacques Rueff de valider, grâce à l'outil statistique, l'équilibre auquel aboutit le mécanisme des prix, ce qui n'avait pas été fait avant lui, et qu'il compare à l'équilibre global d'un gaz où les molécules, indépendantes, sont prises dans un mouvement brownien.

 

Ce merveilleux mécanisme, ce monarque discrets'applique à tous les domaines, qu'il s'agisse des prix, des salaires, des taux d'intérêt, des changes ou du chômage. Son biographe résume: il présente [...] cette faculté que tout en respectant la liberté, les désirs, les préférences, les penchants des individus, il organise un ordre collectif qui permet à la société de durer. 

 

Selon Jacques Rueff, il faut distinguer le droit de propriété de la chose possédée: le premier réside dans la faculté de disposer de la seconde. Le droit de propriété naît avec la richesse qu'il englobe et meurt quand elle cesse d'exister, par consommation ou destruction. Il n'est pas autre chose qu'un récipient de valeur.

 

A partir de là Jacques Rueff explique ce qu'est un vrai droit: Un droit dont le volume répond à la valeur que représente son contenu, non aux yeux de quelque théoricien de cabinet, mais sur le marché, à la lumière des offres et des demandes effectivement formulées, et de telle façon que les premières soient absorbées par les secondes.

 

Et il explique ce qu'est un faux droit: Un faux droit, au contraire, est un droit dont le volume a été fixé a priori sans égard aux conditions qui doivent être satisfaites pour que toutes les quantités effectivement offertes trouvent preneur sur le marché.

 

Jacques Rueff ne définit pas de périmètre de l'Etat (des libéraux sont pour plus ou moins d'Etat, d'autres pour pas d'Etat du tout). Pour lui, l'Etat peut intervenir à fins sociales, morales ou politiques. Mais il faut que ces interventions soient compatibles avec le mécanisme des prix, qu'elles affectent essentiellement le cadre juridique et monétaire, les causes des prix ou les effets des prix.

 

La croyance de Jacques Rueff dans l'or n'a rien de fétichiste, n'est pas de nature religieuse: L'or n'est pas une fin en soi. Comme l'explicite Gérard Minart, dans une économie fonctionnant sous le système de l'étalon-or, c'est la perte d'or que subit le pays débiteur qui, en réduisant sa masse monétaire interne, réduit la demande globale, ce qui a pour effet d'obtenir une baisse des prix intérieurs.

 

Là encore ce pilotage automatique s'apparente au mécanisme des prix: Les ajustements des balances des paiements s'effectuent par sorties ou entrées d'or, selon que les pays concernés sont débiteurs ou créanciers, et l'avantage de tels ajustements est qu'ils s'effectuent en douceur, sans brusques embardées.

 

Ces singularités qui sont la marque du libéralisme de Jacques Rueff s'inscrivent pourtant dans la filiation directe de:

- Turgot pour son exigence rationnelle,

- Jean-Baptiste Say pour le droit de propriété analysé comme premier facteur de l'expansion économique,

- Frédéric Bastiat pour la liberté des échanges, ainsi que pour le refus du protectionnisme et la dénonciation des attitudes malthusiennes,

- Walras et Colson  pour les aspects bénéfiques du mécanisme des prix libres, sur des marchés libres, dans des sociétés libres. 

 

Le libéralisme français de Jacques Rueff est donc le point d'aboutissement de cette tradition, mais il est aussi le point de départ d'une autre tradition, celle des ingénieurs-économistes, qui entend rajeunir et mettre de l'ordre dans cet héritage par une exigence de rationalité sans tomber dans un excès de mathématisation...

 

Francis Richard

 

Jacques Rueff - Un libéral français, Gérard Minart, 364 pages Odile Jacob

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 22:30
Charles Monnard 1790-1865, sous la direction d'Olivier Meuwly

30 novembre 2013. Un colloque consacré à Charles Monnard a lieu au Théâtre du Lapin Vert à Lausanne. Il est organisé par le Cercle démocratique Lausanne, l'Institut libéral, le Cercle littéraire et la Société de Belles-Lettres.

 

26 mai 2016. Au Cercle littéraire a lieu le vernissage des actes de ce colloque. Ce livre, bénéficiant d'une riche iconographie, est précieux: il représente la mémoire de ce qui s'est dit près de trois ans plus tôt et il est également le n°143 de la Bibliothèque historique vaudoise.

 

En début de volume, se trouvent une préface de Pascal Petter, président du Cercle démocratique Lausanne, un texte de Pierre Bessard, directeur de l'Institut libéral, sur La signification contemporaine de Charles Monnard, et un texte d'Olivier Meuwly, directeur de la publication, sur l'homme Charles Monnard et sa pensée, à redécouvrir.

 

Huit auteurs ont contribué au colloque:

- Bernard Reymond: Charles Monnard et le protestantisme de son temps

- Roger Francillon: Charles Monnard et Alexandre Vinet

- David Auberson: Charles Monnard et Juste Olivier

- Michael Lauener: Le Canton de Vaud de Charles Monnard sous l'oeil d'un conservateur bernois (Jeremias Gotthelf)

- Olivier Meuwly: Le libéralisme moral de Charles Monnard

- Marie-Thérèse Guignard: Charles Monnard et la liberté de la presse

- William Yoakim: Charles Monnard et Henri Druey

- Nicolas Gex: Charles Monnard, historien de la Confédération helvétique

 

Ces huit contributions dessinent le portrait et la pensée de Charles Monnard, en le situant dans le contexte de son temps, en reprenant ses écrits, en reconstituant ses relations éclairantes avec ses amis, tels que Vinet et Olivier, ou avec ses adversaires tel que le radical Druey.

 

Charles Monnard est un libéral atypique, comme le sous-titre le dit, si l'on considère son existence: il a été théologien, pasteur, philosophe, journaliste, professeur de littérature, critique littéraire, historien, homme politique local et national.

 

Charles Monnard est un libéral typique, si l'on considère sa pensée. Car il est foncièrement libéral, quoi qu'il arrive, et tout en nuances, choisissant toujours la réforme contre la révolution, restant calme et serein dans les vicissitudes:

 

- Protestant, il n'est pas au sens strict pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais il est pour la liberté religieuse et la liberté des cultes, et, selon lui, l'Eglise doit être associée à l'Etat mais ne pas en être esclave.

 

- Philosophe, il s'oppose à son adversaire l'hégélien Druey, qui ne croit pas à la liberté de l'individu isolé: il ne lie pas comme lui la liberté à la communauté qui constitue un Etat.

 

- Journaliste, il est pour la liberté de la presse: La liberté de penser et de dire des bêtises est encore une de celles que je défendrai constamment.

 

- Historien, il a le souci de la vérité, comme tout historien digne de ce nom doit lui être dévoué, avant même de l'être à son pays. Sa vision de l'histoire helvétique? La liberté est le principe majeur de la Suisse et le lien fédéral en est l'expression privilégiée.

 

- Homme politique, il est pour la publicité des séances du Grand Conseil vaudois ou de la Diète fédérale: c'est pour lui un principe de philosophie politique et d'éducation civique.

 

Ce qui peut résumer son libéralisme (qui n'est pas utilitarisme), mieux que tout autre citation, c'est peut-être ce qu'il dit du rapport entre le droit et le devoir:

 

Le premier et le plus noble droit de l'homme, c'est le droit de remplir son devoir.

 

Qu'est-ce que le devoir, sinon une contrainte librement acceptée par la raison? Qu'est-ce que le droit, sinon la liberté de chacun limitée par la liberté de tous? Autrement dit, devoir et droit sont alliés comme le sont responsabilité et liberté. Ce qui est typiquement libéral.

 

Francis Richard

 

Charles Monnard 1790-1865 Un libéral atypique, sous la direction d'Olivier Meuwly, 170 pages, Bibliothèque historique vaudoise

 

Autre livre sur Charles Monnard:

 

Charles Monnard - L'éthique de la responsabilité, Pierre Bessard, 94 pages, Institut Libéral (2014)

Partager cet article
Repost0
7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 22:15
Libéralisme et liberté d'expression (2/2), sous la direction d'Henri Lepage

Libéralisme et liberté d'expression est un livre collectif paru il y a quelques six mois sous la direction d'Henri Lepage. Il comprend une introduction, une présentation des auteurs, neuf contributions, et une postface.

 

Après une recension des trois premières contributions, faite dans une première partie, voici celle des six suivantes, qui sont la reprise de textes déjà publiés sur le site de l'Institut Turgot.

 

Damien Theillier remarque que les autorités publiques françaises menacent davantage la liberté d'expression que "les fanatiques proclamés". En effet elles se sont dotées d'un arsenal juridique répressif en la matière comme nulle part ailleurs, avec, par exemple, les lois Pleven et Gayssot qui font un délit, respectivement, de la provocation à la haine et à la discrimination et de l'opinion sur la Shoah.

 

La prémisse de la philosophie politique libérale est le principe de non-agression. Il faut entendre le terme d'agression au sens fort d'agression physique, à laquelle ne peuvent être assimilés aucune parole, aucun discours, aucune insulte. Il en va différemment d'une menace d'agression ou d'un appel à l'agression, qui, à l'évidence, ne sont pas des opinions.

 

Sinon, "on ne répond à des opinions que par des opinions. Et on réprime des actes."

 

Damien Theillier donne trois raisons pour justifier le marché libre des idées:

- morale: sans liberté de choisir et de penser par soi-même il n'existe pas de responsabilité morale

- épistémologique: "le libre échange des idées est le meilleur moyen de faire émerger la vérité"

- prudentielle: la censure a pour effet d'exacerber les passions en les rendant souterraines et plus difficiles à combattre et elle permet de réduire au silence les adversaires politiques...

 

Les limites de la liberté d'expression ne doivent pas être fixées par la loi dont "le rôle est simplement de réprimer les agressions, les violences, pas de décider qui, ni quand, ni comment on a le droit de s'exprimer". Dans l'espace privé, "la liberté d'expression est intrinsèquement limitée par le respect du droit de propriété".

 

(Exemple: sur mon blog, "j'ai le droit d'exprimer les opinions qui me tiennent à coeur"... et de ne publier que certains commentaires...)

 

La liberté d'expression doit s'accompagner de retenue dans son usage. En matière de liberté d'expression cette retenue, c'est la civilité, comme le rappelle Pierre Bessard: "La liberté d'expression n'est pas une caution à dire ou à publier n'importe quoi en n'importe quelles circonstances, elle est la condition de pouvoir dire et publier ce que l'on juge approprié et pertinent." Mais c'est au libre arbitre de chacun de concilier liberté et responsabilité. 

 

Gilles Dryancour constate, en comparant les Etats-Unis et la France sur la même période des deux derniers siècles, que le premier pays, hors la période de la guerre civile, est plus stable politiquement que le second (quinze constitutions, trois révolutions, quatre guerres civiles à son compteur etc.) et qu'il y a un lien avec la liberté d'expression (premier amendement aux Etats-Unis, nombreuses périodes de censure en France):

 

"A l'aune de l'histoire, il semble donc que les sociétés tolérant la diversité des opinions ne sont menacées ni d'éclatement ni de radicalisation. En revanche, celles réprimant les opinions marginales ne trouvent aucun équilibre durable et connaissent la menace permanente de sombrer dans le chaos et la violence."

 

Il explique que "dans une société de liberté, l'intégration des valeurs se fait par l'échange social ou économique. Les individus se rendent rapidement compte qu'un comportement fondé sur des opinions marginales nuit à l'échange."

 

Il n'en est pas de même dans une société fortement socialisée, où "les revenus ne dépendent pas uniquement des efforts personnels" et où la plupart d'entre eux sont redistribués par la contrainte: "Les individus peuvent nourrir des opinions hétérodoxes sans avoir à redouter d'être marginalisés."

 

Gilles Dryancour reprend l'argument employé par Jean-Philippe Delsol dans sa contribution (voir partie 1/2).

 

Celui-ci dit en effet: "Par sa prodigalité mal placée, l'État social alimente une poudrière qu'il n'a plus les moyens de contenir. Il abaisse, en l'entretenant de mauvais subsides, une population qui bientôt se révolte en se nourrissant des thèses radicales qui lui donnent à rêver."

 

Gilles Dryancour, s'appuyant sur ce que l'on connaît des parcours de vie des frères Kouachi et de Coulibaly, confirme: "L'hostilité induite par les politiques de redistribution renforce le repli sur des opinions qui redonnent un statut valorisant à tous ceux que l'on empêche de réaliser leur potentiel."

 

Patrick Simon dit dans sa contribution (voir partie 1/2): "On criminalise l'opinion fausse, lui donnant par là même une importance qu'elle n'avait pas." Gilles Dryancour abonde dans ce sens: "L'interdiction de certaines théories historiques, des plus marginales, donnent du grain à moudre à leurs adeptes qui voient dans cette interdiction la preuve même qu'ils sont détenteurs de quelque vérité cachée et ignorée de tous."

 

Philippe Nemo revient sur les délits d'opinions sanctionnés par les lois françaises de censure et, notamment, sur la discrimination.

 

Pour que celui qui s'exprime soit désormais condamné, "il suffira 1) qu'il opère intellectuellement une distinction entre diverses catégories de personnes, et 2) que le fait d'avoir opéré cette distinction puisse être interprété par certains comme étant de nature à nuire un jour, de quelque manière non précisée, à la catégorie concernée, du seul fait qu'il l'aura distinguée d'une autre". 

 

Cela revient à faire d'une simple idée un acte, alors qu'il n'y a aucun moyen de prouver qu'une idée émise aura tels ou tels effets sociaux et alors qu'il n'y a aucun moyen de prouver la responsabilité personnelle de celui qui l'a émise...

 

En fait, comme le dit Philippe Nemo, il s'agit pour le juge, saisi par une association reconnue par le pouvoir, de condamner un groupe de personnes, considérées collectivement comme méchantes en s'en prenant à un de ses représentants, quand bien même il serait innocent. Le juge doit en somme procéder selon "une logique de culpabilité collective et de bouc émissaire"...

 

"Pour que la responsabilité soit un concept utile, il faut interrompre la chaîne des causalités quelque part, et disposer pour cela d'un critère", écrit Henri Lepage. Ce critère, dans la tradition occidentale du droit, c'est la faute: "que celle-ci soit appréciée en fonction d'attributs objectifs comme "l'invasion de propriété" (l'emissio romain), ou qu'elle résulte d'une évaluation subjective des faits de nature jurisprudentielle". Toutes les causes antérieures sont dès lors effacées et invalidées.

 

S'il n'y a pas de faute, alors il n'y a pas de responsabilité individuelle, et c'est le législateur qui désigne le responsable et distribue le risque par décret... Or un décret peut en cacher un autre, d'où une instabilité juridique, une attribution du risque arbitraire (parce que soumise aux pressions politiques) et une source de discorde et de conflit.

 

Le principe de précaution, inscrit dans la Constitution française, s'inscrit dans cette perspective de dégradation fondamentale du droit, puisqu'il consacre le concept vicié de responsabilité collective (la responsabilité de l'humanité présente vis-à-vis des générations futures etc.). Or il n'existe pas de responsabilité collective, ni d'ailleurs de risque objectif:

 

"Ce qui existe, ce sont des espérances individuelles qui font que, ex ante, nous gérons nos actes en fonction d'anticipations de gains ou de pertes. Le risque n'apparaît qu'ex post lorsque nous essayons a posteriori de reconstituer les probabilités statistiques que nous avions de réaliser ou non nos espérances."

 

Pourtant le principe de précaution, devenu critère de responsabilité, conduit à sanctionner "en décidant a posteriori de ce que vous auriez dû faire (ou ne pas faire) en fonction d'un ensemble d'informations qui n'étaient pas disponibles au moment où vous aviez à prendre la décision".

 

Comment le juge pourra-t-il en décider? Il fera appel à la gente scientifique dont on sait depuis la nuit des temps, et plus récemment depuis l'invention de la religion climatique, que les arguments peuvent être sujets à contestations et révisions...

 

Le libre arbitre individuel sera nié. Car la prise de risque ne se fera plus en conscience mais en "application de règles et de critères imposés en fonction de l'idée qu'une opinion dominante - médiatisée par ses prêtres - se fera de ce à quoi correspond le savoir scientifique du moment".

 

Le plus beau dans cette affaire, si je puis dire, c'est le paradoxe qu'Henri Lepage observe: "Le mouvement de plus en plus accentué vers la responsabilité sans faute s'accompagne d'une exigence croissante de transparence, et donc de responsabilité - au sens classique du terme: des responsabilités individuelles (À qui est-ce la faute? À qui - et non à quoi - doit-on notre malheur? Qui rendre responsable?) - de la part de l'opinion publique."

 

La conséquence, puisqu'"on a sorti la morale universelle du droit", est de désigner des boucs émissaires pour répondre à cette exigence... et, ainsi, de faire droit à l'arbitraire.

 

Drieu Godefridi donne justement une définition de l'arbitraire en la matière: "Est arbitraire, en droit, ce qui procède d'une volonté souveraine, plutôt que des règles de droit." Il donne pour exemple la criminalisation de la violence psychologique, qui l'est à cinq titres:

- le concept de violence psychologique n'est pas défini de manière cohérente par le législateur

- il ne peut l'être davantage par le juge pénal

- il revient alors à l'expert-psychiatre de le faire

Mais il fera de manière arbitraire:

- parce que le dommage psychologique dépend de l'état psychologique préalable de la victime

- parce que la notion de violence psychologique est extensible et a pour conséquence une loterie pénale, dépendant du verdict psychiatrique

 

En réalité, la criminalisation de la violence psychologique, dont les hommes auraient le monopole de l'exercice contre les femmes, relève de la logique du genre, c'est-à-dire de la culture et non pas de l'anatomie: "Selon Butler, le concept culturel de sexe, qui cristallise la violence masculine, procède des tabous de l'inceste et de l'homosexualité. C'est en prohibant l'inceste et l'homosexualité que le lobby phallogocentrique et hétérosexualiste perpétue son implacable domination"...

 

Les législations française et espagnole, la Convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe s'inspirent de cette idéologie qu'est la théorie du genre pour faire de la violence psychologique un délit dont la matérialité est pourtant inexistante.

 

Ce genre, sans jeu de mots, d'incrimination pénale, vague et imprécise, se multiplie et englobe "tous et chacun des aspects de la vie de l'individu dans ses détails les plus intimes (silences, regards, etc.)"... N'est-ce pas le symptôme de sociétés dont les membres cherchent à s'exonérer de leur responsabilité face aux aléas de l'existence en la reportant sur le judiciaire, fût-ce au prix de leur liberté?

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Libéralisme et liberté d'expression, sous la direction d'Henri Lepage, 112 pages, Texquis

 

Episode précédent:

 

Libéralisme et liberté d'expression (1/2), sous la direction d'Henri Lepage

Partager cet article
Repost0
2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 17:15
Libéralisme et liberté d'expression (1/2), sous la direction d'Henri Lepage

Libéralisme et liberté d'expression est un livre collectif paru il y a quelques six mois sous la direction d'Henri Lepage. Il comprend une introduction, une présentation des auteurs, neuf contributions, et une postface.

 

Les trois premières de ces contributions - les plus longues - sont les versions écrites d'interventions faites lors d'une réunion organisée par l'Institut Turgot  à l'Assemblée nationale le 26 janvier 2015.

 

Patrick Simon demande qu'il soit mis un terme en France au "retour vers la société archaïque que nous connaissons depuis peu, le législateur ayant promulgué par certaines lois des interdictions d'exprimer telle ou telle opinion".

 

Exemples non exhaustifs de cette régression:

- la persécution subie par le professeur Sylvain Gouguenheim pour avoir osé écrire que la pensée d'Aristote avait été transmise par le monde occidental avant la transmission arabe

- les condamnations judiciaires subies par l'ancien député Christian Vanneste pour avoir repris à son compte le propos d'Oscar Wilde: "Je remercie Adam de n'avoir pas été homosexuel car s'il l'avait été je n'existerais pas" (décisions cassées sans renvoi par la Cour de Cassation)

- l'interdiction de dire du mal d'une religion à l'exception du christianisme: "là on peut y aller à fond la caisse"

- l'interdiction d'évoquer le trafic d'esclaves organisé par les Arabes

- les lois mémorielles et les lois sanctionnant l'expression d'opinions jugées racistes ou discriminatoires

- la condamnation judiciaire d'Eric Zemmour pour avoir dit lors d'un débat télévisé que la raison de l'interpellation fréquente pour contrôle d'identité de noirs ou d'Arabes était que "beaucoup de trafiquants de drogue sont noirs ou arabes"

 

Patrick Simon rappelle que "souvent, les pensées nouvelles comme les grandes découvertes ont été des ruptures radicales et se sont opposées à la "doxa" de l'époque".

 

Conformément à la Convention européenne des droits de l'homme, "même les opinions qui heurtent, choquent ou inquiètent doivent pouvoir s'exprimer".

 

Sinon on aboutit à un tabou inversé: "Au lieu de laisser la vérité combattre le mensonge et s'affronter à lui en utilisant la seule méthode digne des sociétés qui ont des règles de droit, à savoir les preuves, on criminalise l'opinion fausse, lui donnant par là même une importance qu'elle n'avait pas, et l'on sanctuarise l'opinion vraie, la retranchant dans une forteresse dont elle n'avait nul besoin et qui ne fait que l'affaiblir."

 

La conception de la liberté d'expression est fondamentalement différente en France et aux Etats-Unis, rappelle Jean-Philippe Feldman, faisant référence à l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 d'une part, au premier amendement de 1791 à la Constitution américaine de l'autre:

 

"Dans un pays, on déclare une liberté que l'on met aussitôt sous la protection du législateur, alors que, dans l'autre, on garantit la liberté contre celui qui est considéré comme son violateur potentiel le plus dangereux: le législateur fédéral."

 

La Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est du même genre de construction socialiste que la Déclaration française, mais la Cour européenne des droits de l'homme adopte une jurisprudence des plus libérales... et elle condamne régulièrement la France dans le domaine de la liberté d'expression... qui y est mise à mal au nom de la prévention.

 

Au nom de la prévention, en 2014, le Conseil d'État a ainsi interdit les spectacles de Dieudonné en application d'un prétendu principe de "dignité" ou de la protection de l'individu contre lui-même. Or pour être un État de droit et non pas un État de police, la France doit appliquer un régime répressif et non pas préventif:

 

"C'est le régime répressif qui est le plus favorable à la liberté, puisqu'au lieu d'interdire a priori, il permet de réprimer a posteriori en tant que de besoin. En matière de liberté d'expression, un État de droit se traduit donc non pas par une censure interdisant les expressions individuelles, mais par d'éventuelles poursuites à la suite de propos tenus."

 

Or si l'on applique ce principe de prévention en matière pénale, on arrive "à cautionner le maintien en détention d'un individu présumé dangereux à l'issue de sa peine"... et à transformer l'État de droit en État sécuritaire. La tolérance au risque dans nos sociétés étant de plus en plus faible, l'État est encouragé à intervenir toujours plus: "Prompt à s'insurger contre l'arbitraire, l'homme est enclin à dénoncer tout aussi spontanément les faiblesses de la répression". 

 

Certes, si l'État doit avoir un rôle, c'est d'assurer la sécurité des personnes. Mais cette dérive sécuritaire aboutit à ce que les individus n'aient "plus d'autre liberté que celle de se sentir - prétendument - en sécurité". A mesure qu'il prend de l'expansion, en se muant en État-providence, et qu'il s'avère incapable de résoudre les calamités qu'il engendre par là même, l'État se conforte dans son rôle de protecteur abusif: "Ainsi l'impuissance de l'État se nourrit-elle de son omnipotence." Ce qui nourrit aussi l'utopie de ceux qui rêvent d'une société sans État...

 

La société sans risques, c'est celle des régimes totalitaires, du moins c'est ce qu'ils prétendent: "Pour paraphraser Friedrich Hayek, la liberté d'agir, qui conditionne le mérite moral, comporte la faculté d'agir mal. Le libre arbitre implique la possibilité de l'erreur; la suppression de l'erreur aboutit à gommer le libre arbitre pour établir une société prétendument parfaite."

 

Cette société prétendument parfaite, c'est le fameux modèle social français, où l'État hypertrophié se révèle incapable d'assurer la sécurité publique. Jean-Philippe Delsol explique pourquoi: "C'est que l'État consacre tant de ses dépenses à assister les résidents français, il dépense si volontiers pour soigner et loger, nourrir et éduquer tous ceux qui habitent son territoire, qu'il attire toujours plus ceux du monde entier qui veulent bien y vivre pour autant qu'ils n'aient pas à y travailler et qu'il n'a plus les moyens de supporter les charges de ses fonctions régaliennes: défense, sécurité, justice."

 

Et cette prodigalité a l'effet inverse de celui escompté: "Le naturel humain hait celui qui le sauve en soulignant ses faiblesses, il n'aime pas la main qui le nourrit. Par sa prodigalité mal placée, l'État social alimente une poudrière qu'il n'a plus les moyens de contenir. Il abaisse, en l'entretenant de mauvais subsides, une population qui bientôt se révolte en se nourrissant des thèses radicales qui lui donnent à rêver."

 

La France laïcarde nie son origine chrétienne et méconnaît le principe de base de la séparation du politique et du religieux, conforme à la parole du Christ ("Rendre à César ce qui est César et à Dieu ce qui est à Dieu"), qui n'est pas négation du religieux, mais reconnaissance de deux domaines distincts:

 

"Cette séparation a contribué à la création d'interstices de liberté là où il n'y avait jamais auparavant qu'un pouvoir unique et généralement omnipotent. Elle a fait germer la liberté de pensée et de parole, protégée tantôt par l'un tantôt par l'autre, et ce faisant elle a favorisé l'initiative, la recherche, la créativité, le progrès en ressourçant le judaïsme, la philosophie grecque et le droit romain à partir desquels elle a contribué à la naissance d'une civilisation unique au monde par sa richesse et son inventivité.

"En niant cette origine, l'idéologie française a voulu affirmer un modèle unique, celui de la laïcité militante et exclusive, et la supériorité de sa parole. Ce faisant, elle a donné des armes aux islamistes qui condamnent également, mais différemment la séparation du religieux et du politique."

 

Résultat: "Les jeunes dont la soif de spiritualité est conforme à leur nature, comme à celle de tous les hommes, se laissent volontiers séduire par l'Islam, qui, à tout prendre, apparaît plus prometteur que la pauvre laïcité française dont l'idéal se limite à la manne très fade d'un État-providence qui n'a plus les moyens de sa politique."

 

La loi, du fait de l'instauration furtive de ce modèle unique, laïque et obligatoire, tend de plus en plus à dicter le comportement que chacun doit avoir plutôt que d'interdire les comportements des uns qui nuisent aux autres. Bref, prenant la place de la responsabilité individuelle, de loi-liberté elle devient loi-soumission et loi unique, avec pour corollaire une parole unique et unilatérale. Dieudonné et Zemmour, pour ne citer qu'eux en savent quelque chose.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Libéralisme et liberté d'expression, sous la direction d'Henri Lepage, 112 pages, Texquis

 

Episode suivant:

 

Libéralisme et liberté d'expression (2/2), sous la direction d'Henri Lepage

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 22:40
Contre le droit au travail, d'Alexis de Tocqueville

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 , toute imparfaite qu'elle soit, s'appuyait au moins sur le Droit naturel. Sous l'influence de l'Union Soviétique, la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 s'en est considérablement éloignée.

 

Cette déclaration a en effet créé de nouveaux droits, les droits-créances, qui n'ont rien de naturels et qui, même, sont contraires au Droit naturel.

 

Alors que les droits naturels sont attachés à la nature des individus, qui ont des droits de, les droits-créances obligent des individus à se mettre au service d'un autre individu ou d'autres individus, qui auraient des droits à.

 

Où l'on voit qu'une préposition peut changer complètement le sens d'un substantif...

 

Cette homologation officielle et pernicieuse des droits-créances n'est pas une pure innovation du XXe siècle. En 1848, un siècle plus tôt, il a été question d'introduire dans la Constitution de la IIe République française, un droit au travail.

 

Le député Mathieu de la Drôme proposait l'amendement suivant à l'article 8 du Préambule de cette Constitution:

La République reconnaît le droit de tous les citoyens à l'instruction, au travail et à l'assistance.

 

Le texte de l'article 8, de la Constitution, datée du 4 novembre 1848, sera quelque peu différent:

La République doit protéger le citoyen dans sa personne, sa famille, sa religion, sa propriété, son travail, et mettre à la portée de chacun l'instruction indispensable à tous les hommes; elle doit, par une assistance fraternelle, assurer l'existence des citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail dans les limites de ses ressources, soit en donnant, à défaut de la famille, des secours à ceux qui sont hors d'état de travailler.

 

Dans un discours prononcé le 12 septembre 1848, Alexis de Tocqueville s'oppose à l'amendement de Mathieu de la Drôme. Les Belles Lettres, dans leur collection [Petite] bibliothèque classique de la liberté, dirigée par Alain Laurent, viennent de publier ce discours, précédé d'une préface de Pierre Bessard, directeur général de l'Institut Libéral - qui est un excellent éclairage sur la portée actuelle des propos de Tocqueville - et suivi des notes préparatoires de l'orateur.

 

Dans ce discours, Tocqueville s'oppose à l'amendement qui accorde à chaque homme en particulier le droit général, absolu, irrésistible au travail, en raison des conséquences qu'auraient un tel droit s'il était reconnu. Car, ou bien l'Etat deviendra le seul et unique entrepreneur industriel - c'est le communisme -, ou bien l'Etat deviendra le grand et unique organisateur du travail - c'est le socialisme.

 

Alexis de Tocqueville dessine alors les traits communs à toutes les formes de socialisme:

- Un appel énergique, continu, immodéré, aux passions matérielles de l'homme;

- Une attaque tantôt directe, tantôt indirecte, mais toujours continue, aux principes mêmes de la propriété individuelle;

- Une défiance profonde de la liberté, de la raison humaine.

 

Dans tous les socialismes, l'État ne doit pas seulement être le directeur de la société, mais doit être pour ainsi dire le maître de chaque homme; que dis-je! son maître, son précepteur, son pédagogue:

De peur de le laisser faillir, il doit se placer sans cesse à côté de lui, au-dessus de lui, autour de lui, pour le guider, le maintenir, le retenir.

 

En résumé, qu'est-ce que le socialisme, sinon une nouvelle formule de la servitude...

 

A ces traits du socialisme, Tocqueville oppose les bienfaits de la révolution française:

- les grands sentiments qui font faire aux hommes de grandes choses;

- la propriété consacrée et répandue;

- la liberté substituée aux entraves de l'ancien régime que le socialisme veut rétablir, similairement.

 

Tocqueville souligne l'incompatibilité du socialisme avec la démocratie, comprise comme elle s'exerce à l'époque le plus souverainement, c'est-à-dire en Amérique:

La démocratie étend la sphère de l'indépendance individuelle, le socialisme la resserre. La démocratie donne toute sa valeur à chaque homme, le socialisme fait de chaque homme un agent, un instrument, un chiffre. La démocratie et le socialisme ne se tiennent que par un mot, l'égalité; mais remarquez la différence: la démocratie veut l'égalité dans la liberté, et le socialisme veut la liberté dans la gêne et la servitude.

 

Alexis de Tocqueville souhaite que la révolution de février 1848 continue celle de 1789, c'est-à-dire:

- qu'il n'y ait plus de classes politiquement;

- que les charges publiques soient égales;

- que chaque homme dispose de lumières et de liberté, pour n'avoir rien de plus à demander à ceux qui le gouvernent;

- que l'État ne se mette pas à la place de la prévoyance et de la sagesse individuelles mais qu'avec les moyens dont il dispose il vienne au secours de tous ceux qui souffrent, au secours de ceux qui, après voir épuisé toutes leurs ressources, seraient réduits à la misère, s'[il] ne leur tendait pas la main.

 

Tocqueville parle à propos de ce dernier point de christianisme appliqué à la politique. Mais est-ce bien du ressort de la politique et de l'État de pratiquer ainsi le christianisme par la contrainte, ôtant à ceux, au nom desquels il l'exerce, tout mérite moral et charitable?

 

Francis Richard

 

Contre le droit au travail, Alexis de Tocqueville, 96 pages, Les Belles Lettres

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Partager cet article
Repost0
15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 01:00
"La marche des lemmings" de Serge Federbusch

"Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde." Albert Camus

 

Dans la dernière page de son livre, La marche des lemmings, Serge Federbusch fait cette citation, en manière de conclusion. Et il est vrai que cette citation résume bien sa démarche, nommer sans détours le danger que représentent les progrès de l'islamisme en France.

 

Pour cela il montre dans son livre que ce danger n'a pas été mesuré à sa juste hauteur avant et après la première mort de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015.

 

Le premier chapitre s'intitule Les grands cimeterres sous la lune, qui font immédiatement penser au livre de Georges BernanosLes grands cimetières sous la lune, où il dénonçait les atrocités commises par les nationalistes espagnols, prétendument chrétiens, pendant la Guerre Civile.

 

Le premier paragraphe de ce premier chapitre s'intitule Balles tragiques chez  Charlie: douze morts, qui font immédiatement penser à la une fatale de Hara-Kiri après la mort de Charles de Gaulle: Bal tragique à Colombey: un mort. Une semaine plus tard Hara-Kiri, qui s'était fait seppuku, renaissait de ses cendres, tel le phénix, sous le nom de Charlie-Hebdo...

 

Ces allusions, à peine voilées, à des titres antérieurs, ne sont pas fortuites: il y a d'un côté l'islam fondamental, celui des origines - les cimeterres sont des sabres courbes employés par les musulmans du Moyen-Orient lors de leurs conquêtes -, de l'autre le goût souvent douteux des attaques contre les cibles de l'hebdo satirique:

 

"Charlie Hebdo avait tendance, on l'oublie un peu vite, à réserver les plus salaces croquis aux catholiques, moins hargneux et moins dangereux que les musulmans."...

 

Une étude montre de plus que les unes de l'hebdo sur une période de dix ans prennent trois fois plus pour cibles les chrétiens que les musulmans...

 

Les cibles des frères Kouachi, Chérif et Saïd, et d'Amedy Coulibaly n'étaient pas toutes des caricaturistes ni des journalistes, mais il faut croire qu'il y a des victimes moins anonymes que d'autres...

 

Quoi qu'il en soit, tous ces morts sont le résultat d'un nombre incroyable de carences que Serge Federbusch souligne d'entrée, force détails à l'appui: allègement insensé de la protection de  Charlie Hebdo peu de temps auparavant, étonnante inertie des services de renseignement à l'encontre des futurs assassins, étrange cavale des frères Kouachi, qui n'ont rien fait pourtant, dans leur fuite, pour se dissimuler...

 

Pour occulter les responsabilités de l'État, rien de tel qu'une diversion, si possible de grande ampleur, histoire aussi de faire oublier, un temps du moins, les piteux résultats d'une politique socialiste: hausses ralenties seulement de l'impôt et des dépenses publiques, inversion improbable de la courbe du chômage, croissance des déficits et de la dette, soumission à Berlin...

 

La communication est essentielle dans ces circonstances et les communicants présidentiels, aidés par la presse socialisante, vont transformer Hollande "en quasi héros ayant su dominer ses émotions et la situation alors qu'il fit le minimum obligé":

 

"Hollande a été absous de ses errements antérieurs grâce aux frères Kouachi et à Coulibaly. Les crimes de janvier 2015 n'ont eu qu'un seul bénéficiaire objectif et il se trouve à la tête de l'État."

 

Mais, pour faire diversion, une grande manifestation populaire, c'est encore mieux qu'une simple communication médiatique, fût-elle unanime:

 

"Le principe d'une manifestation sous la houlette de l'État fut acquis dès le 8 janvier. Elle devint immédiatement l'une des préoccupations essentielles du pouvoir, aussi importante que la traque des assassins. Les services de la préfecture seront en effet mobilisés avec des moyens jamais vus dans des délais aussi courts pour un événement imprévisible trois jours plus tôt."

 

Et tout est fait pour contribuer au succès de cette grande manifestation: moyens considérables alloués à l'organisation, appels au peuple des médias unanimes, invitation à manifester faite à des représentants d'États étrangers, dont nombre d'entre eux, pourtant, n'hésitent pas, chez eux, à réduire les journalistes au silence...

 

Et puis il y a la trouvaille de Joachim Roncin, directeur artistique de la revue Stylist, qui publie son logo "Je suis Charlie" à 12:52 sur Twitter le 7 janvier, une heure et quart à peine après le massacre, et qui aura, repris par une foultitude, le succès phénoménal que l'on sait, sans que l'on sache comment l'interpréter:

 

"Un premier niveau de lecture y voit une forme directe et émouvante de solidarité courageuse. Un second y décèle au contraire une pulsion suicidaire, une incitation à l'attentat, un réflexe d'identification périlleux. Un troisième y voit un talisman protecteur: arborer "Je suis Charlie", c'est montrer à d'éventuels adversaires qu'on fait partie d'une communauté nombreuse et puissante qui ne se laissera pas malmener.

 

Après avoir fait diversion pour occulter les responsabilités du pouvoir en place, une autre diversion est mise en place, se superposant à la première, avec pour but de dévier "la charge émotive susceptible de se diriger contre les musulmans". Ce fut l'adoption des deux lignes de défense suivantes:

 

"La première consistait à réfuter le lien entre islam et terreur en le qualifiant d'amalgame; la seconde ne craignant ni paradoxe ni contradiction, à opérer aussitôt un amalgame en mettant sur le même plan l'extrême-droite et le terrorisme musulman."

 

Ces deux lignes de défense, où un amalgame chasse l'autre, sont adoptées par tout ce qu'il existe de médias à gauche: Libération, L'Obs, Médiapart etc. et "repris, comment s'en étonner, par la plupart des politiciens de gauche et une large fraction de ceux de droite".

 

François Hollande, en visite à l'Institut du monde arabe à Paris, poussera le bouchon plus loin en parlant, sans rire, des "musulmans, premières victimes du fanatisme, du fondamentalisme et de l'intolérance"...

 

Serge Federbusch pose la question qui fâche: "L'islam et les populations d'origine immigrée ont-ils une responsabilité particulière dans ces événements? En d'autres termes, comment en sommes-nous arrivés là?"

 

L'auteur rappelle que deux lobbies ont trouvé un intérêt dans l'immigration africaine: dans un premier temps le patronat et ses sergents recruteurs pour bénéficier d'une main-d'oeuvre à bas prix et obéissante; dans un deuxième temps, la gauche, notamment socialiste, pour bénéficier d'un électorat de "grande substitution", comme l'appelle le think tank de gauche Terra nova, aux ouvriers partis massivement voter FN:

 

"Dans ce contexte, la pression migratoire a en retour alimenté une réaction de rejet à l'extrême-droite qui a touché ensuite un plus large spectre de la sensibilité politique. Sa formulation la plus directe, qui a été donnée par Renaud Camus sous le nom de "grand remplacement", peut être considéré comme le pendant de la grande substitution de Terra nova."

 

Force est de constater que "l'islam se répand rapidement en France" et qu'on peut y voir une réaction identitaire et une recherche de dignité de la part de populations réduites à des emplois subalternes ou qui ont des difficultés à s'insérer dans le marché du travail: "L'islam est la réponse conservatrice, protectrice" à un univers perturbant de compétition permanente.

 

Force est de constater que cette dynamique religieuse s'accompagne d'une "montée d'un sentiment antijuif, d'une haine de l'ordre établi et d'un fondamentalisme musulman qui peut déraper vers une violence à la Kouachi". Il n'y a pas de "séparation étanche entre islam et islamisme".

 

L'islam, au contraire de l'Eglise catholique qui s'est assagie et n'est plus celle de l'Inquisition et des croisades, éprouve de grandes difficultés à s'adapter et le blasphème reste pour lui un crime. Et le nombre de plus en plus important de musulmans "permet une radicalité et une véhémence que l'extrême minorité des temps passés n'autorisait pas".

 

Le fait est que "les prédicateurs extrémistes  investissent un nombre croissant de mosquées", que nombre de musulmans ne se sont pas sentis "Charlie" et que peu de Français arabes et noirs ont participé à la grande manifestation du 11 janvier.

 

Il n'en demeure pas moins que ce refus généralisé de voir cette réalité de la montée de l'islamisme conduit à une attitude de plus en plus conciliatrice - Serge Federbusch parle de dhimmicratie - à l'égard de ce fondamentalisme et à une censure et autocensure "sur les sujets migratoires et/ou musulmans" pour prétendument éviter l'amalgame: 

 

"En définitive, le résultat paradoxal des meurtres de janvier 2015 est d'ores et déjà de conférer aux fondamentalistes davantage d'impunité."

 

Bref, les foules qui ont manifesté le 11 janvier, ont été trompées: "La marche républicaine peut donc être considérée comme un défilé de lemmings." Au sens symbolique que leur confère la croyance populaire de leur suicide en masse lors de leurs migrations:

 

"En s'identifiant à la victime, avec comme seul correctif le nombre, la foule espère se protéger sans avoir à combattre. Mais l'islamisme agit comme un germe qui a déjà franchi les barrières immunitaires de la société d'accueil. La multitude d'organismes hôtes et leur proximité ne peuvent, au contraire, qu'accélérer la diffusion."

 

Les seules piètres réponses de l'État aux progrès de l'islamisme? Réprimer davantage ceux qui dénoncent les dérives de l'islam et donner tout pouvoir, liberticide, aux espions français "pour écouter ou intercepter les conversations ou correspondances électroniques de présumés suspects".

 

Il ne sert de rien, comment l'État le fait, de détourner ainsi son regard des progrès de l'islamisme: "Tôt ou tard les lemmings vont devoir apprendre à lutter."

 

Francis Richard

 

La Marche des lemmings, Serge Federbush, 190 pages, Ixelles éditions

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Partager cet article
Repost0
12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 11:15
"Piketty, au piquet!" de Frédéric Georges-Tudo

Paru il y a près de deux ans maintenant, à l'été 2013, Le Capital au XXIe siècle, de Thomas Piketty, est un best-seller: il se serait vendu à un million et demi d'exemplaires dans le monde... Ne serait-ce que feuilleter ce pavé de 976 pages ne donne pourtant pas envie au lecteur le plus impénitent de s'y plonger...

 

Dans son essai, Piketty, au piquet!, Frédéric Georges-Tudo le résume en 10 points, qui, à lire les recensions, favorables ou non, ne semblent pas trahir les grandes lignes de ce pensum et permettent de ne pas s'en infliger la lecture, même s'il doit être certainement un excellent remède contre l'insomnie...

 

Le résumé du Capital de Piketty

 

En résumé de ce résumé, Thomas Piketty tente de démontrer, force données statistiques à l'appui (115 tableaux et graphiques):

 

1) que le capitalisme génère exponentiellement les inégalités de richesse entre les individus

2) que la part du total des revenus capté par le 1% des plus riches Américains n'a cessé de s'accroître (30% contre 20% au début des années 1980)

3) que ce centile supérieur a capté 60% de la croissance des revenus au cours des 30 dernières années

4) que les inégalités patrimoniales sont encore bien plus criantes

5) que l'explication de ces inégalités est donnée par la loi fondamentale selon laquelle le rendement du capital est toujours supérieur au taux de croissance

6) que cette loi a été mise entre parenthèses pendant une partie du XXe siècle grâce une imposition élevée sur le capital

7) que, la croissance étant désormais atone, environ1%, due à une faible démographie et un ralentissement de l'innovation, et l'imposition sur le capital étant plus faible, cette loi se vérifie à nouveau: le rendement du capital est de l'ordre de 5%

8) que l'accroissement des inégalités qui en résulte est amplifiée du fait que les revenus du travail des plus riches pèsent moins que leurs revenus provenant du capital, du fait qu'ils peuvent faire des placements plus rentables que les autres individus, et du fait que, si leur capital est placé dans des multinationales, son rendement est encore plus élevé

9) que les rentiers sont favorisés au détriment des entrepreneurs

10) que le seul moyen de remédier aux inégalités est d'augmenter la progressivité des impositions sur les revenus et fortunes

 

Les escroqueries intellectuelles

 

La démonstration de Piketty serait, peut-être, davantage convaincante si elle ne reposait pas sur des escroqueries intellectuelles:

 

1) Pour comparer les revenus Thomas Piketty omet d'ajouter les aides sociales et de soustraire les impôts subis, bref il ne tient pas compte des mécanismes de redistribution

2) Une investigation menée par le Financial Times montre qu'il y a, dans les chiffres cités en abondance à l'appui de sa démonstration, des erreurs de transcription, des calculs de moyenne laissant à désirer, des extrapolations hasardeuses, des ajustements inexpliqués etc.

3) Une étude de l'IREF montre, quant à elle, que Thomas Piketty confond sciemment les notions de capital et de patrimoine détenu par les ménages, et qu'il compare les rendements du capital en prix courants aux taux de croissance en prix constants...

4) Thomas Piketty arrive miraculeusement à tracer les graphiques du rendement du capital (après impôts) et du taux de croissance depuis l'Antiquité jusqu'à l'an 2000 et à faire une projection de leur évolution jusqu'en 2200...

5) Thomas Piketty afirme que les millionnaires font des placements peu risqués et très profitables en comparaison de ceux du petit peuple, mais passe sous silence leurs investissements en bourse, qui sont on ne peut plus aléatoires

6) Thomas Piketty attribue à Roosevelt, en 1933, le relèvement à 63% de la dernière tranche d'imposition, alors que c'est Hoover qui l'a fait en... 1932

 

Thomas Piketty est pris la main dans le pot de confiture d'un autre truquage de chiffres par Frédéric Georges-Tudo: il avait dit en 2011, avant la présidentielle de 2012, que "plus vous êtes riche, moins vous payez d'impôts". C'était un mensonge éhonté de l'économiste français... que Tudo démonte sans problème.

 

Les erreurs d'analyse

 

Exemples:

 

1) La contradiction sur le rendement du capital

 

La plus belle contradiction de Thomas Piketty se trouve dans ses deux affirmations suivantes, résumées en ces termes par Frédéric Georges-Tudo:

 

1) "Le capital se reproduit seul et de manière automatique, ce qui contribue à son irréfrénable accumulation entre les mains d'un nombre de plus en plus réduit de bénéficiaires."

2) "Le capital est hautement volatil et incertain comme mécanisme individuel d'accumulation de richesses."

 

La première affirmation vient au secours de sa loi fondamentale du capitalisme (le rendement du capital est supérieur au taux de croissance) et la seconde à son refus de toutes retraites par capitalisation...

 

Si l'affirmation 1) est vraie, elle suppose que le capital est de connivence avec l'Etat. Autrement, le rendement du capital est imprévisible: "L'économie réelle se charge de désigner des vainqueurs et des vaincus dans chaque couche de la société."

 

Frédéric Georges-Tudo passe en revue les démonstrations des contradicteurs de Thomas Piketty. Ils sont légion ceux qui soulignent ses interprétations erronées des lois fondamentales de l'économie:

 

"Qu'ils appartiennent à l'école marxiste, keynésienne, néo-classique ou autrichienne, les chercheurs en science économique sont donc nombreux à rhabiller notre génie national pour l'hiver."

 

Le lecteur lira avec profit leurs diverses démonstrations exposées dans le livre de Frédéric Georges-Tudo.

 

2) Le petit nombre qui accroît sa richesse et qui devient infime

 

Thomas Piketty ne sait pas (en tout cas il se garde d'en parler) que les plus grosses fortunes sont détenues essentiellement par des entrepreneurs (au niveau mondial il n'y a que 13% d'héritiers parmi les 211'275 individus qui ont une fortune supérieure à 30 millions de dollars).

 

Et ce ne sont pas toujours les mêmes au cours du temps: "Une étude du Crédit Suisse révèle ce chiffre saisissant: parmi les 613 milliardaires identifiés en 2000, seuls 52 l'étaient toujours dix ans plus tard." Ce qui est vrai pour les fortunes l'est d'ailleurs pour les gains annuels.  Ce qui remet en cause la théorie de Piketty d'accumulation automatique de capital.

 

Et sa théorie sur la concentration des richesses? Une partie de la réponse se trouve dans cette alternative: est-il préférable d'avoir des inégalités et moins de pauvreté ou moins d'inégalités et plus de pauvreté?

 

Encore faut-il s'entendre sur le terme de pauvreté. Comme on définit le seuil de pauvreté en termes relatifs - vit en-dessous du seuil de pauvreté "la part de la population dont les revenus sont inférieurs à 60% du revenu médian constaté" -, plus une société est riche, plus il est élevé...

 

Si l'on utilise le PIB par tête, "la situation des américains "pauvres" est  dans l'ensemble préférable à celle de la plupart des classes moyennes du reste de l'humanité". Si l'on utilise l'indice de bien-être de l'OCDE, "la catégorie du décile inférieur américain profite d'une existence plus enviable que celle du décile supérieur israélien, russe, portugais, brésilien, mexicain, turc etc.".

 

En admettant que le rendement du capital soit de 5% et que le taux de croissance soit de 1% comme le prétend Piketty, et que le centile supérieur réinvestisse 70% de ses revenus de capital, que se passe-t-il? L'IREF s'est livré  à cet exercice théorique et aboutit à la conclusion que l'histoire s'arrête en 2034: "Faute de patrimoine disponible pour permettre la croissance de leur richesse, les plus riches n'ont plus rien à se mettre sous la dent"...

 

Le ralentissement conjoint de la démographie et de l'innovation risquent-ils de priver durablement l'Occident d'un fort taux de croissance? Cette affirmation pikettyste, basée sur sa deuxième loi fondamentale du capitalisme, relève tout simplement de la science-fiction... Et Frédéric Georges-Tudo, en réponse, envisage des options plus réjouissantes et plus vraisemblables, que le lecteur de son livre découvrira par lui-même.

 

Les recommandations désastreuses

 

Pour stopper la spirale inégalitaire sans fin d'un "capitalisme inhumain" à l'agonie, Thomas Piketty préconise "l'avènement d'un néo-communisme cauchemardesque". Comment? En instaurant une fiscalité mitonnée tout spécialement pour les riches:

 

- un ISF, impôt sur la fortune, annuel, mondial ultraprogressif, idéalement de 10% au-delà d'un milliard d'euros

- un IR, impôt sur le revenu, ultraprogressif, idéalement de 80% au-delà de 400'000 euros.

 

Stefan Homburg, professeur à l'université de Leibniz, a pris un exemple pour voir ce que cela donnait:

 

- patrimoine de 1 milliard d'euros: ISF = 100 millions d'euros

- revenu de ce patrimoine, selon l'affirmation pikettyste: 50 millions d'euros (=5% de 1 milliard)

- IR de 50 millions: 40 millions (=80% de 50 millions)

 Total = 140 millions d'impôt pour 50 millions de revenu disponible, soit 280% de taux d'imposition global (= 140/50)

 

Cet exemple suffit à démontrer qu'avec de telles recommandations, on va droit dans le mur, comme dirait Agnès Verdier-Molinié. Thomas Piketty, prétendument économiste, ne sait pas comment les richesses sont créées et ce qui motive un entrepreneur:

 

"Il est vrai que Thomas Piketty n'a jamais mis les pieds dans la moindre PME ou multinationale. Rémunéré par le contribuable depuis le premier jour de sa carrière sans avoir à se préoccuper d'où sort l'argent qui le fait vivre, il ne cache pas son désintérêt pour ce pan vulgaire de sa discipline qu'est la commercialisation de biens ou de services marchands."

 

Alors Frédéric Georges-Tudo lui rappelle cette vérité d'évidence: UN ENTREPRENEUR NE JOUE JAMAIS POUR L'HONNEUR... Et les entrepreneurs qui réussissent ont un insatiable appétit entrepreneurial. "Sans cet état d'esprit et sans créativité, une entreprise ne serait rien d'autre qu'un tas de déchets et de fer rouillé", disait Ludwig von Mises, le père de l'économie autrichienne...

 

Thomas Piketty ne connaît pas davantage la courbe d'Arthur Laffer (version américaine, et vérifiée dans les faits, de "trop d'impôt tue l'impôt"), il ne sait pas que ce sont les pauvres qui morflent quand les riches sont surimposés et qu'en économie il faut choisir:

 

"Un petit gâteau de plus en plus petit, mais découpé en parts égales? Ou un gâteau que l'on cherche à faire grossir, quitte à accepter que tout le monde n'ait pas une portion identique dans son assiette? Plus d'égalité en nivelant vers le bas ou plus de prospérité en laissant quelques têtes dépasser très largement? Et la seconde option ne peut fonctionner qu'à condition d'accepter... l'inacceptable: certaines d'entre elles vont grimper jusqu'aux nuages."

 

La France de François Hollande a choisi la première option, pikettyste... avec les résultats que l'on sait.

 

Le militant d'extrême-gauche travesti en chercheur scientifique

 

Une citation vaut mieux que toute démonstration. A la page 867 du pensum du documentaliste besogneux qu'est Piketty et qui n'a de chercheur scientifique que le nom, Frédéric Georges-Tudo cite ce passage éloquent:

 

"L'impôt sur le capital permet d'apporter une réponse à la fois plus pacifique et plus efficace [que le communisme] à ce problème éternel posé par le capital privé et son rendement."

 

Frédéric Georges-Tudo commente: "Quelle belle âme! Grâce à lui, il devient inutile d'anéantir le rendement du capital en exterminant les capitalistes, comme l'ont fait les dictateurs du XXe siècle. Il suffit de tout leur confisquer après coup, par le biais de lois démocratiques. Le grand soir fiscal, en somme. On comprend donc que Thomas Piketty ne renie rien de l'héritage intellectuel de Karl Marx. Tout juste se contente-t-il d'emprunter une autre voie pour parvenir à la même peste universelle, nommée égalitarisme."

 

Thomas Piketty ne renie pas non plus l'héritage familial: ses deux parents militaient à Lutte Ouvrière... Il est parfaitement en ligne avec eux quand il laisse entendre qu'il n'est de fortune que dérobée à la collectivité et qu'elle doit donc lui être restituée par l'impôt.

 

Doit-on sous-estimer les thèses de Thomas Piketty? Que non pas: "La société égalitariste, magnifiée par Thomas Piketty, a été tentée à plusieurs reprises et dans de nombreux pays au cours du XXe siècle. Sachant qu'elle n'a engendré que misère, privation et désolation, nous devrions en être vaccinés à tout jamais. Las, la jalousie qui sommeille en chacun rend les peuples amnésiques."

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Piketty, au piquet!, Frédéric Georges-Tudo, 224 pages, Editions du Moment

Partager cet article
Repost0
11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:55
"Changer Bercy pour changer la France" de Bernard Zimmern

Bernard Zimmern, avec l'assistance de Dominique Mercier et Valérie Pascale, vient de publier un livre à contre-courant des économistes en vogue, des égalitaristes tels que Joseph Stiglitz ou Thomas Piketty, qui, obsédés par la chasse aux inégalités, ne comprennent rien au processus de création de richesses et induisent en erreur ceux qui se laissent séduire par leurs thèses basées sur l'envie.

 

Pour ces prétendus économistes, le riche, surtout américain, voilà l'ennemi, surtout le très riche, et, davantage encore, le très très riche, qui serait un rentier, un profiteur des richesses créées par d'autres. Or, manque de chance, ces très très riches, ces milliardaires américains, sont en grande proportion des entrepreneurs dont les aïeuls étaient pauvres ou sans fortune notable.

 

Bernard Zimmern montre, chiffres à l'appui, l'imposture de ces prétendus économistes. En effet ils voient que la croissance des revenus des très riches est plus rapide que la moyenne, mais ne voient pas que ce sont ces très riches qui font la croissance en créant des richesses et des emplois.

 

Ces prétendus économistes ne voient pas non plus que, si la croissance est toujours plus forte aux Etats-Unis qu'en Europe et que le chômage y est moindre, c'est qu'aux Etats-Unis il y a davantage de milliardaires en proportion qu'en Europe et que ces milliardaires y sont, en outre, en plus grande proportion des entrepreneurs.

 

Ceux qui créent le plus d'emplois, ce sont toutefois les millionnaires, donc les très riches, qui, aux trois quarts, sont des entrepreneurs individuels et représentent plus de la moitié de la fortune industrielle et de l'investissement américains.

 

Parce que ces entrepreneurs, qui risquent leur fortune personnelle, sont mis à l'index par l'administration Obama, et menacés par les dirigeants démocrates, et parce qu'ils sont écoeurés, la reprise américaine est plus lente et plus hésitante qu'elle n'aurait pu l'être...

 

Vous avez dit risque? "Le concept de risque est totalement étranger à des professeurs d'université dont la paie est assurée jusqu'à la fin de leurs jours." C'est pourtant le risque, souvent considérable, que prennent les entrepreneurs qui fait la force d'une économie et qui peut être aussi bien à l'origine de leur fortune que de leur chute.

 

Quand ces prétendus économistes parlent de justice sociale, ils oublient justement le risque pris par les entrepreneurs, qui se traduit pour eux par une plus grande instabilité de revenu que celle d'un salarié: un entrepreneur a certes plus de chances qu'un salarié de grimper l'échelle des revenus, mais il a aussi plus de chances de la dégringoler.

 

Qui sont-ils ces économistes, ces égalitaristes? Ils sont tous fonctionnaires: "Ils réalisent le rêve de tout fonctionnaire: appartenir au secteur public et garder la garantie de l'emploi, mais avec les avantages du secteur privé."... 

 

Si ces égalitaristes promeuvent la redistribution, celle-ci n'améliore pas pour autant réellement les conditions d'existence des plus pauvres et des plus déshérités. Ils n'en perçoivent qu'une partie en espèces, tandis qu'une petite minorité, appartenant au secteur public, perçoit la plus grande partie de la redistribution en nature...

 

Pour étayer leurs propos sur les inégalités croissantes en France, ces égalitaristes trichent avec les statistiques et ne retiennent que les éléments qui vont dans le sens de leurs thèses. Ainsi ils ne tiennent pas compte par exemple dans l'évolution des revenus des revenus de la redistribution ou ils y intègrent au contraire les bénéfices non distribués.

 

Quand ces égalitaristes font des comparaisons de patrimoine, ils ne prennent pas en compte l'âge des détenteurs, de même qu'ils ne tiennent pas compte des capitaux correspondant aux rentes de retraites versées ou des autres prestations sociales perçues, lesquels réduisent pourtant les inégalités entre riches et pauvres.

 

Il n'est pas besoin d'être Einstein pour comprendre qu'en démocratie les voix des pauvres sont plus nombreuses que celles des riches et qu'en conséquence la redistribution sous forme d'avantages en espèces ou en nature, est le moyen le plus efficace pour se faire une clientèle électorale.

 

La redistribution est aussi un alibi moral pour les étatistes, qui présentent ce vol des uns pour remplir la poche des autres, sous les traits vertueux de la justice sociale et qui, en fait, substituent l'immorale solidarité forcée des programmes étatiques à la philanthropie volontaire des anglo-saxons.

 

Bercy est une forteresse imprenable et l'instrument implacable de la redistribution. Le donjon de cette forteresse, c'est la Direction de la Législation Fiscale. C'est cette dernière qui décide de la politique fiscale du pays et l'impose au Parlement qui n'a pas les moyens de s'y opposer. D'autant que ses contrôleurs sont tous issus de Bercy... Quant à la Cour des Comptes, ses membres sortent de la même école que ceux qu'ils examinent...

 

Comment apprécier la valeur des fonctionnaires de Bercy? Comme il n'existe pas d'instrument de mesure au sein de cette entité, un moyen simple de les jauger est de voir ce qu'ils donnent quand ils dirigent des entreprises privées. Là les contre-performances des Pierre-Yves Haberer, Jean-Marie Messier, Michel Albert ou autres Alain Minc sont éloquentes et se passent de commentaires...

 

Bercy décide donc en fait du sort de 63 millions de Français. Le malheur est que les agents de Bercy ne connaissent rien à l'entreprise, pour la bonne raison qu'ils n'y ont jamais travaillé. Aussi toutes les mesures qu'ils cogitent depuis trente ans pour favoriser l'emploi - formation, insertion etc. - sont-elles surtout créatrices de chômage. Parce que, selon Bernard Zimmern, ils ne savent pas notamment que seules les entreprises nouvelles créent des emplois...

 

Pour terminer, Bernard Zimmern raconte toutes les batailles pour l'emploi et pour les Business Angels qu'il a menées de 2002 à 2012 sous un gouvernement dit de droite. Toutes ont été des échecs, parce qu'il n'est pas acceptable pour Bercy d'"encourager les riches à s'enrichir"... Or il ne sert à rien de chercher à réduire la dépense publique si, parallèlement, on ne favorise pas justement la création d'entreprises nouvelles...

 

Selon l'auteur il faut donc que Bercy accepte d'aider les riches à devenir plus riches et accepte de ne pas taxer les plus-values de capital à l'impôt sur le revenu. Dans cet ordre d'idée, exempter tout investissement dans une entreprise de moins de 50 salariés et de moins de 10 millions d'euros de chiffre d'affaires d'impôt sur les plus-values serait bénéfique pour l'emploi et ne coûterait rien puisque "toutes les données chiffrées montrent que cette "dépense fiscale" retourne dans les caisses de l'Etat avant d'en être sortie".

 

Même si les mesures préconisées par Bernard Zimmern sont discutables, elles iraient dans la bonne direction en cas d'adoption. Tant il est vrai que la libération de l'économie est la seule voie qui puisse conduire à la prospérité et que "la voie de l'égalitarisme est celle qui mène à la pire forme d'inégalité: le chômage".

 

Francis Richard

 

Changer Bercy pour changer la France - Les riches sont la solution, pas le problème, Bernard Zimmern, avec l'assistance de Dominique Mercier et Valérie Pascale, 196 pages, Tatamis

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

Partager cet article
Repost0
23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 23:45
Jacques Bonhomme, l'éphémère journal de Frédéric Bastiat et de Gustave de Molinari

La Monarchie de Juillet s'effondre à la suite des journées révolutionnaires parisiennes du 22 au 24 février 1848, où les insurgés réclament une réforme électorale. Le roi abdique et la Chambre démissionne. Un gouvernement provisoire est constitué. Une assemblée constituante est élue le 23 avril 1848. Du 22 au 28 juin 1848 se produisent de nouvelles insurrections à Paris, cette fois contre la conscription des hommes de moins de 25 ans et la dispersion en province des autres ouvriers des ateliers nationaux, créés le 27 février précédent.

 

C'est dans ce contexte que paraît Jacques Bonhomme, l'éphémère journal de Frédéric Bastiat et de Gustave de Molinari. Quatre numéros en effet paraîtront. Le premier le 11 juin 1848, le dernier le 13 juillet 1848. Participent à cette aventure éditoriale d'autres figures libérales, telles que Charles Coquelin, Joseph Garnier et Alcide Fonteyraud. Au XIXe siècle, explique Benoît Malbranque dans sa préface, Jacques Bonhomme est l'équivalent de Monsieur Toulemonde.

 

Ce journal, constitué de deux pages seulement, comprend des articles sans signature, au style relâché, plaisant, voire enfantin, pour reprendre les qualificatifs employés par le préfacier. Il s'agit en effet pour ces auteurs, que cette feuille, comme il en existe tant d'autres à l'époque, soit accessible aux Français moyens et soit vendue au numéro ou placardée sur les murs.

 

Le livre édité, par l'Institut Coppet, qui reprend ces quatre numéros très denses, a donc à la fois valeur historique en traitant de sujets immédiats, telles que l'attente d'une constitution, la dissolution des ateliers nationaux, la mise en place de la république etc., et une valeur pédagogique en traitant de sujets toujours actuels tels que laissez faire, le rôle de l'Etat, le capital, le marché de dupe avec l'Etat, les dépenses publiques etc.

 

Laissez faire!

 

Il faut soit que l'Etat laisse faire, soit qu'il empêche de faire. Ce qui veut dire que l'on est soit libre, soit les bras liés, que, dans le premier cas, cela ne coûte quasiment rien, et, que, dans le second, cela coûte bonbon. Parce que pour empêcher de faire il faut des agents et que pour avoir des agents il faut de l'argent, beaucoup:

 

"A cela les socialistes disent: Laissez faire! Mais c'est une horreur! - Et pourquoi, s'il vous plaît? - Parce que, quand on les laisse faire, les hommes font mal et agissent contre leurs intérêts. Il est bon que l'Etat les dirige.

Voilà qui est plaisant. Quoi! Vous avez une telle foi dans la sagacité humaine que vous voulez le suffrage universel et le gouvernement de tous par tous; et puis, ces mêmes hommes que vous jugez aptes à gouverner les autres, vous les proclamez inaptes à se gouverner eux-mêmes!"

 

Le rôle de l'Etat

 

Le peuple veut des réductions de taxes et, dans le même temps, "il ne cesse de demander à l'Etat, sous toutes les formes, des libéralités": qu'il fonde des crêches, des écoles gratuites, des ateliers nationaux, des pensions de retraite, qu'il fasse les chemins de fer, qu'il prête aux propriétaires, qu'il fournisse le capital aux travailleurs, qu'il favorise l'agriculture etc.:

 

"Tant que le peuple voudra tout cela, il faudra qu'il le paye. Il n'y a pas d'homme de finances qui fasse quelque chose avec rien."

 

Le capital

 

Aux socialistes, un des auteurs essaie d'expliquer ce qu'est le capital:

 

"On a beau leur faire voir que le capital - grossièrement symbolisé par eux sous forme de numéraire - est un élément d'une fluidité, d'une prestesse extrême qui glisse à travers tous les décrets, passe entre tous les gendarmes et n'obéit qu'à lui-même ou à la confiance qu'on lui inspire; que vouloir le supprimer, c'est supprimer la sève qui circule dans les différentes branches du travail; c'est vider les artères et les veines du corps social pour faciliter son développement; en un mot, que c'est vouloir l'absurde: rien n'y fait."

 

Le marché de dupe avec l'Etat

 

Pour que l'Etat donne de l'ouvrage, il faut lui donner de l'argent. C'est un marché de dupe:

 

"J'ai besoin d'ouvrage. Pour m'en faire avoir tu retiendras cinq francs sur mon pain, cinq francs sur mon vin, cinq francs sur mon sel et cinq francs sur mon tabac. Cela fera vingt francs. Tu en garderas six pour vivre et tu me feras une demande d'ouvrage pour quatorze. Evidemment je serai un peu plus pauvre qu'avant; j'en appellerai à toi pour rétablir mes affaires, et voici ce que tu feras. Tu récidiveras. Tu prélèveras autres cinq francs sur mon pain, autres cinq francs sur mon vin, autres cinq francs sur mon sel, autres cinq francs sur mon tabac; ce qui fera autres vingt francs. Sur quoi tu mettras autres six francs dans ta poche et me feras gagner autres quatorze francs. Cela fait, je serai encore d'un degré plus misérable. J'aurai de nouveau recours à toi."

 

Les dépenses publiques

 

L'Etat est déficitaire: il dépense plus qu'il n'a de recettes et il ne peut plus les augmenter parce que "l'impôt est arrivé à sa dernière limite".

 

En fait l'Etat se comporte comme le père Mathurin, qui peine à joindre les deux bouts parce que ses dépenses débordent ses recettes. Jacques Bonhomme lui dit qu'"il faut tâcher de gagner un peu plus". A quoi il répond que c'est impossible:

 

"Alors, il faut se résoudre à dépenser moins."

 

Mais le père Mathurin ne veut pas suivre ce conseil. Pour équilibrer son budget il trouve "des prêteurs d'une complaisance charmante", sans augmenter ses recettes "d'une obole". A-t-il diminué ses dépenses pour autant? Que nenni. Il les a augmentées. Jacques Bonhomme lui fait observer:

 

"Si l'an passé vous ne pouviez joindre les deux bouts, comment les joindrez-vous, maintenant que, sans augmenter vos recettes, vous augmentez vos dépenses et avez des arrérages à payer?"

 

Le père Mathurin ne veut rien entendre et persévère. Et ce qui devait arriver arriva: "Mathurin mécontenta ses prêteurs, qui disparurent tous."

 

Avec ses propos Bonhomme, Jacques n'est-il pas d'une grande actualité?

 

Francis Richard

 

Jacques Bonhomme, L'éphémère journal de F. Bastiat et de G. de Molinari, 140 pages, Institut Coppet

 

Partager cet article
Repost0
20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 23:00
"Pour un antiracisme de droite" de Jean Robin

Au titre de Pour un antiracisme de droite, choisi par Jean Robin, j'aurais préféré qu'il donnât celui de Pour un antiracisme libéral. Il aurait été plus conforme à l'esprit de son livre. Car est-il seulement possible de qualifier la droite de libérale?

 

Le 15 octobre 1984, l'association SOS Racisme était créée, il y a un peu plus de trente ans aujourd'hui. Or l'action de cette association antiraciste correspond à un développement du multi-racisme - anti-juif, anti-blanc, anti-noir, anti-arabe -, et, donc, à un échec de cette action, sur toute la ligne.

 

La dérive liberticide de l'antiracisme de gauche

 

Depuis la loi Pleven (1er juillet 1972) il est permis à toute association qui défend un groupe, d'ester en justice, au bout de 5 ans d'existence, pour faire condamner quiconque a tenu des propos supposés racistes, sans souci du contexte ni du ton employé.

 

Les associations de gauche ont aujourd'hui le monopole de l'antiracisme et ne manquent aucune occasion d'étiqueter racistes, d'intimider, de harceler judiciairement et financièrement, pour propos racistes, ceux qui leur déplaisent, justifiant ainsi leur existence et récoltant de massives subventions publiques, à défaut de récolter suffisamment de cotisations et de dons pour subsister.

 

Le racisme est devenu un délit sans que soit distinguée "la parole qui veut tuer, de celle qui n'a pas pour but de tuer". Cela "rend toute discussion impossible, et tout débat quasiment impossible". D'ailleurs, du fait du monopole de fait de l'antiracisme de gauche, "la droite est coupable de racisme, jamais la gauche".

 

Historiquement de hautes figures de la gauche figurent pourtant au palmarès du racisme: "antisémitisme (Vacher de Lapouge, Marx, Toussenel), racisme anti-noir (la colonisation de l'Afrique a été véritablement mise en place par la gauche), racisme anti-arabe (Jules Ferry voulait  civiliser les races inférieures, en Algérie notamment), etc."

 

Les pièges de l'antiracisme de gauche

 

Jean Robin rappelle que "la critique des religions est légitime en France depuis les Lumières". Il est donc tout à fait légitime de critiquer l'islam, comme toute autre religion. Or, sous le vocable d'islamophobie, des musulmans tentent d'amalgamer à la critique légitime de l'islam la critique condamnable des musulmans: "En fait c'est l'islam qui est historiquement raciste, anti-blanc, antisémite et anti-noir. [...] L'antiracisme conséquent combat donc l'islam, et peut se voir traiter d'islamophobe par des racistes."

 

Il y a deux poids deux mesures: "Le racisme est à sens unique: les blancs ne peuvent être que les bourreaux, jamais les victimes." Jean Robin, avec Alain Finkielkraut, pense qu'il ne faut pas faire le cadeau du réel aux racistes: "Le racisme n'est le monopole d'aucune culture, ni d'aucune condition sociale, il est très largement réparti dans la société. Nier ou relativiser le racisme anti-blanc, qui ne serait qu'une réaction des minorités aux violences dont elles sont par ailleurs victimes, reviendrait à justifier les violences d'un skin-head parce qu'il a eu une enfance difficile."

 

"La loi Gayssot est typiquement communiste en ce qu'elle inscrit une vérité historique dans la loi." Ce faisant, elle se retourne contre les juifs en ne condamnant que la négation de leur génocide, en faisant des négationnistes des martyrs, en rendant suspecte l'histoire officielle, en créant un précédent fâcheux dont d'autres communautés peuvent s'inspirer pour obtenir pour elles une loi analogue.

 

L'immigration n'est pas une et indivisible: "Un antiracisme responsable doit garantir un traitement humain et le plus juste possible de ce phénomène qu'on appelle trop rapidement l'immigration, mais qui recouvre autant de situations qu'il existe d'immigrés [...]. Un antiracisme de droite reconnaît que trop d'immigration tue l'immigration. [...] L'immigraton qui s'installe dans un pays n'est pas de même nature selon que l'Etat est providence ou pas.[...] Pour les antiracistes conséquents, le problème n'est donc pas et n'a jamais été l'immigration, le problème c'est l'Etat."

 

Pour un antiracisme de droite et donc libéral

 

Au contraire des antiracistes de gauche, les libéraux sont pour la liberté d'expression: "Un antiracisme de droite ou libéral consisterait à laisser s'exprimer les racistes, afin de pouvoir les identifier, et de pouvoir les condamner moralement, en leur démontrant rationnellement que leur analyse est fausse et dommageable pour le vivre ensemble."

 

Au contraire des antiracistes de gauche, les libéraux sont pour l'égalité en droit: "Un antiracisme de droite ou libéral placerait sur le même plan tous les racismes, et donc tous les antiracismes, quels qu'ils soient."

 

Au contraire des antiracistes de gauche, les libéraux n'ont rien contre l'inégalité de fait, qui est naturelle et source de richesses: "Un antiracisme de droite ou libéral considèrerait que la discrimination fait partie de la vie, qu'elle ne doit pas être interdite par l'Etat, mais que la justice et/ou l'opinion publique doivent en tenir compte si l'application d'une discrimination quelle qu'elle soit mène à des conséquences néfastes, démontrables factuellement."

 

Francis Richard

 

Pour un antiracisme de droite, Jean Robin, 50 pages, Tatamis

 

Publication commune avec Lesobservateurs.ch

Partager cet article
Repost0
16 décembre 2014 2 16 /12 /décembre /2014 23:45
"L'Ethique de la redistribution" de Bertrand de Jouvenel

On ne peut pas dire que Bertrand de Jouvenel (1903-1987) ait été une grande figure de la pensée libérale. Dans le ciel de cette galaxie, il n'aura été qu'une étoile filante, l'espace de quelques années, d'environ 1943 (année de son exil en Suisse) jusqu'à environ 1960. Auparavant Jouvenel est un étatiste bon teint - un planiste -, puis un socialiste national, enfin un compagon de route du futur collaborationniste Jacques Doriot - il a adhéré au PPF en 1936. Après, ce sera un pionnier de la prospective et de l'écologie politique.

 

Pendant sa période libérale, Bertrand de Jouvenel écrit Du pouvoir (1945) et est membre de la Société du Mont Pèlerin. En 1949, il donne deux conférences à l'Université de Cambridge: l'une sur L'idéal socialiste et l'autre sur La dépense publique. En 1951, ces deux conférences paraissent en volume, en anglais, sous le titre The Ethics of the Redistribution. Plus de soixante ans plus tard, paraît aujourd'hui sa première traduction en français. L'intérêt d'Ethique de la redistribution est son caractère prémonitoire.

 

Le dévoiement de l'idéal socialiste

 

Quel est le but du socialisme: "Son but est de promouvoir un ordre nouveau, celui de l'amour fraternel. Le sentiment profond qui habite les socialistes ne procède pas du constat que le monde a perdu le sens des proportions et est devenu injuste, que l'effort n'est pas récompensé à sa juste mesure, mais d'un sentiment de révolte émotionnelle contre les antagonismes qui agitent la société, et contre la laideur du comportement des hommes vis-à-vis de leur prochain."

 

Le socialisme veut détruire la propriété privée, tenue responsable de ces antagonismes. Après cette destruction et la disparition des antagonismes, l'Etat n'aura plus de raison d'être. Seulement, de détruire la propriété privée, comme cela s'est fait dans certains pays, n'a pas réduit pour autant les antagonismes.

 

Au début les socialistes ne voient pas d'un bon oeil que, face au scandale de la pauvreté, la redistribution des revenus soit le remède. Avant de succomber à la tentation de la redistribution, produit de l'individualisme utilitariste, ils considèrent qu'elle est une façon de "soudoyer les classes ouvrières pour les détourner des finalités nobles du socialisme".

 

Or, au lieu que l'Etat ne s'étiole, tout surcroît de redistribution de revenus se traduit par un surcroît de pouvoir dévolu à l'Etat. Pourquoi? Parce qu'en écrêtant les plus hauts revenus, l'Etat prélève "un montant égal, ou peu s'en faut, à celui qui était réservé à l'investissement". La conséquence est qu'en contrepartie l'Etat prend à sa charge l'investissement, "fonction importante, responsabilité imposante, et pouvoir considérable".

 

L'augmentation des dépenses publiques

 

Comment se fait l'écrêtement des plus hauts revenus? Par l'impôt progressif. Celui-ci n'est pas seulement dissuasif, mais il empêche toute ascension, toute augmentation de capital, toute possibilité d'entrer en concurrence avec des entreprises ayant déjà pignon sur rue.

 

Comme l'impôt progressif des plus hauts revenus s'avère rapidement insuffisant pour le Minotaure qu'est l'Etat et qu'il s'applique également aux classes moyennes, il incite ces autres victimes "à redoubler d'efforts pour préserver, du moins en partie, leur niveau de vie antérieur".

 

Pourquoi les dépenses publiques augmentent-elles? Les redistributionnistes "font tout pour conserver en l'état, et parfois même développer au maximum, des services que leur "société d'égaux" serait bien en peine d'acheter sur le marché au prix que supportent les pouvoirs publics": "Les coupes dans les revenus des classes supérieures et moyennes entraînent donc nécessairement un surcroît dans les dépenses et les taxes publiques."

 

Jouvenel précise: "Parce que l'Etat ampute les hauts revenus, c'est à lui de prendre à son compte leurs fonctions d'épargne et d'investissement, et c'est ainsi que nous en arrivons à la centralisation de l'investissement. Parce que le revenu individuel seul ne suffit plus à couvrir les frais de formation et d'entretien des personnels qui remplissent les fonctions sociales les plus délicates et les plus spécialisées, c'est à l'Etat de prendre à sa charge ces dépenses de formation et d'entretien pour ce même personnel."

 

C'est ainsi que les Etats-providence sont entrés dans un cercle vicieux, dont nous ne sommes pas près de sortir: "La redistribution a pour conséquence l'extension du rôle de l'Etat. Et, a contrario, l'augmentation des montants prélevés par l'Etat ne passe pour acceptable qu'à la condition de l'accompagner de mesures de redistribution."

 

Francis Richard

 

L'Ethique de la redistribution, Bertrand de Jouvenel, 144 pages Les Belles Lettres

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 22:45
"La liberté aux Etats-Unis (1849)" de Michel Chevalier

Michel Chevalier (1806-1879) est un économiste français contemporain d'Alexis de Tocqueville et de Frédéric Bastiat. Il est, davantage encore qu'eux, une figure oubliée de l'école libérale française.

 

Un séjour aux Etats-Unis, dans les années 1830, lui a permis de découvrir que "l'Américain est de tous les hommes, celui qui a au plus haut degré la liberté de sa personne; il est, sous ce rapport, libre comme l'air".

 

Alexis de Tocqueville ayant traité avec maestria de la liberté politique aux Etats-Unis, Michel Chevalier se propose de parler dans son livre de la liberté civile, "celle dont a besoin l'homme intelligent et laborieux, à chaque instant de la vie pour ainsi dire, en chacun de ses actes, dans chacune de ses affaires".

 

Il précise cependant que "la liberté civile est l'objet de la liberté politique; celle-ci est le bouclier de celle-là, bouclier, malheureusement, aussi difficile à manier que celui du grand Ajax.".

 

Aux Etats-Unis, la loi de l'habeas corpus, apportée par les colons anglais depuis la mère-patrie, garantit les personnes contre toute séquestration arbitraire. Dans le même esprit les visites domiciliaires sont soumises à conditions. Ce qui n'est pas le cas, à l'époque en France, où les domiciles de particuliers peuvent être violés par le fisc et les douanes... et, par extension, ceux des commerçants qui vendent des marchandises que l'Etat a décidé arbitrairement de prohiber.

 

La loi militaire, qui pourvoit à la défense d'un pays permet d'apprécier en quel respect est tenue la liberté individuelle. Aux Etats-Unis, du temps de Michel Chevalier, "l'armée régulière se forme exclusivement par l'enrôlement volontaire. La garde nationale appelée milice, qui comprend toute la population mâle de plus de vingt et un ans, ne serait convoquée qu'en cas d'invasion".

 

En France, mais également dans toute l'Europe occidentale, l'armée est une armée de conscription. L'Etat tire au sort les hommes pour la constituer et ils deviennent sa propriété pendant sept ans. Sans possibilité d'échappatoire, ils sont alors enlevés, pendant les plus belles années de leur vie, "à leur clocher, à leurs habitudes, à leurs affections. à leur existence productive" et désapprennent leur métier. 

 

Michel Chevalier ne nie pas qu'une armée ne soit nécessaire mais il conteste que la conscription soit indispensable. Il en veut pour preuve l'exemple de l'armée anglaise: "L'Angleterre n'a que l'enrôlement volontaire, et son armée n'en est pas moins solide. Elle a des soldats tant qu'elle veut." Mieux, cet exemple montre qu'"avec l'enrôlement volontaire, pour avoir un même effectif réel, on pourrait se contenter d'un effectif moindre" et que cela donne de meilleures troupes.

 

Le cas le plus ordinaire du citoyen américain est le cultivateur. Il acquiert à prix raisonnable, dans l'Ouest, des parcelles de terres publiques sécurisées, sur lesquelles il a jeté librement son dévolu: "Si la terre était concédée gratuitement, on a pensé que le cultivateur y tiendrait moins, s'en séparerait plus aisément.".

 

Le cultivateur américain valorise donc ces terres, sans aide, à ses risques et périls. S'il n'a pas les moyens de payer, il peut le faire après les avoir valorisées, faisant jouer son droit de préemption ou les ayant achetées préalablement aux enchères, ce qui lui permet de détenir un titre de propriété provisoire.

 

Rien de comparable avec la politique de pays tels que la France, la Suisse ou l'Allemagne, à l'égard des populations agricoles, pour ce qui concerne les terres d'Afrique: "Le gouvernement donne gratis des terres, des semences, du bétail, mais il ne donne pas la liberté d'acquérir ce qu'on veut, quand on veut et comme l'on veut. C'en est assez pour que ses dons soient dédaignés."

 

D'une manière plus générale les formalités administratives pour qui veut entreprendre aux Etats-Unis sont réduites et se traitent au plus proche, localement, le contraire de qui se passe en France: "Les affaires dans lesquelles la permission ou l'intervention de quelque autorité est requise ne dure pas en Amérique plus de semaines qu'il n'y faudrait des années en France".

 

Cette lenteur résulte de la centralisation, que l'on justifie "pour prévenir des abus possibles", alors qu'elle attente en réalité, systématiquement, à la liberté d'agir et de travailler et organise "un abus certain et pemanent". Ses exagérations sont en fait dues aux gouvernements despotiques de la Convention et de l'Empire.

 

En Amérique les professions sont libres: "Si, par surprise ou par abus, un des Etats conférait à quelqu'un le privilège exclusif d'une fabrication ou d'un travail quelconque, on chercherait et on trouverait le moyen de traduire l'acte à la barre de la cour suprême des Etats-Unis, qui ferait de son mieux, dans les bornes de la légalité, pour le frapper de nullité comme inconstitutionnel."

 

Aussi n'existe-t-il pas aux Etats-Unis d'alors, telles qu'elles sont appelées aujourd'hui en France, de professions réglementées: "Chacun est libre de se faire commissaire-priseur, agent de change, huissier, avoué, notaire, autant que ces professions ont leurs analogues en Amérique, car le mécanisme judiciaire et ministériel y est tout différent."

 

Chacun est d'autant plus libre d'exercer telle ou telle profession que, dans nombre d'Etats, il n'a pas l'obligation d'être gradué pour cet exercice. Michel Chevalier considère cependant comme "infiniment prématuré de calquer la liberté française sur la liberté américaine", à l'égard des professions qu'il vient d'indiquer, auxquelles il a ajouté l'exercice de la médecine...

 

Pour ce qui concerne les associations d'entreprises industrielles, Michel Chevalier regrette certaines faiblesses du libéralisme américain. Dans l'octroi d'autorisations, les Etats, à l'origine, évitaient autant que possible de conférer à des compagnies un privilège exclusif. Mais certains d'entre eux y ont fait exception pour eux-mêmes en se réservant, par exemple, le monopole d'établissements bancaires ou de voies de communication.

 

Ces entorses sont toutefois limitées: "Les monopoles que se sont attribués les gouvernements de plusieurs pays de l'Europe dans une pensée fiscale, comme le monopole des tabacs en France, ou celui des voitures publiques en Allemagne, sont complètement inconnus en Amérique."

 

Michel Chevalier peut donc dire: "Liberté, liberté extrême, liberté illimitée dans le travail et dans l'emploi des capitaux, voilà, malgré quelques anomalies, l'esprit général de la législation des Etats-Unis."

 

Certes des réglementations existent aux Etats-Unis, mais elles ne sont pas toujours dénuées de raison. Ainsi des inspections de marchandises à la sortie et à l'entrée du pays permettent de s'assurer qu'elles sont de qualité. Sinon, "en résumé, tenons pour démontré qu'en Amérique l'homme de travail, soit qu'il cultive, soit qu'il manufacture ou qu'il commerce, soit qu'il ait une profession libérale, possède pour exercer ses facultés, pour suivre ses idées, une liberté extrêmement étendue. C'est le pays du monde qui en a le plus."

 

A l'origine, sous l'influence des puritains, "la loi réglementait tout, statuait sur tous les actes de la vie; elle n'était pas seulement exclusive, elle était impitoyable". Les idées européennes, "qui faisaient prévaloir la séparation de l'autorité civile et de l'autorité religieuse, la liberté de conscience et la liberté individuelle, et qui interdisaient au législateur de pénétrer dans le foyer domestique et de s'immiscer dans la vie privée", ont heureusement traversé l'Atlantique et se sont implantées en Amérique.

 

Michel Chevalier conclut: "Aujourd'hui donc, d'une extrémité de l'Union à l'autre, ce n'est plus guère que par exception qu'on charge la loi de maintenir les pratiques religieuses, de garantir en détail les principes de morale qui servent de base à la société, à la famille, et par suite aux institutions libres, et de perpétuer par des prescriptions impératives les habitudes d'ordre, d'économie, de bonne conduite, par où se font jour ces principes de vie individuelle. Cette grande mission est confiée aux moeurs."

 

Les moeurs? Michel Chevalier se sert des expressions d'Alexis de Tocqueville: "J'entends ici l'expression de moeurs dans le sens qu'attachaient les anciens au mot mores. Non seulement je l'applique aux moeurs proprement dites qu'on pourrait appeler les habitudes du coeur, mais aux différentes notions que possèdent les hommes, aux diverses opinions qui ont cours au milieu d'eux et à l'ensemble des idées dont se forment les habitudes de l'esprit."

 

Francis Richard

 

La liberté aux Etats-Unis (1849), Michel Chevalier, 76 pages Institut Coppet

Partager cet article
Repost0
30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 23:30
"Causeries économiques d'un grand-père" de Frédéric Passy

Qui est Frédéric Passy?

 

Né en 1822, mort en 1912, cet économiste et homme politique français est une grande figure de la pensée libérale, et un homme de paix. Ce qui lui a valu de recevoir, en 1901, le premier Prix Nobel de la Paix, conjointement avec le Suisse Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge.

 

Frédéric Passy s'est rendu compte, à la faveur des nombreuses conférences qu'il a données dans sa vie, que les notions les plus simples restent enveloppées d'ombres pour un certain nombre d'auditeurs, que, pour peu qu'ils aient des préventions, les démonstrations les plus évidentes ne les convainquent pas.

 

La lecture de La science du bonhomme Richard, livre de Benjamin Franklin, ainsi que l'heureux hasard de questions enfantines, l'ont amené à élaborer les Causeries du grand-père, où, sous la forme de conversations entre un grand-père et ses petits-enfants, il aborde notions simples et démonstrations évidentes qui sont à la base du raisonnement économique.

 

Au total, ce ne sont pas moins de trente-trois causeries que Frédéric Passy a ainsi dictées. Pour se faire comprendre de ses petits-enfants, le grand-père des Causeries illustre ses propos d'histoires édifiantes et, ce faisant, se met à leur portée. Il les assortit de commentaires et de conclusions d'une grande limpidité, dont on trouvera ci-après quelques exemples.

 

La valeur

 

"Ce ne sont pas les choses qui valent, et ce n'est pas à vrai dire, elles que l'on paie: c'est la peine qu'il a fallu prendre, ou la dépense qu'il a fallu faire pour les obtenir."

 

"Quand une marchandise ou un service sont très demandés et peu offerts, leur prix monte. Quand ils sont peu demandés et beaucoup offert, leur prix baisse."

 

"[Frédéric Bastiat] a dit que la valeur est le rapport de deux services échangés."

 

"Turgot, qui vivait au XVIIIe siècle, a dit dans un de ses ouvrages: "L'homme fait un premier commerce avec la nature". L'homme a des besoins; il veut les satisfaire; mais pour les satisfaire il est obligé de faire un effort."

 

Le patrimoine commun

 

"Toutes les inventions sont à tout le monde; toutes les découvertes scientifiques également; tous les procédés perfectionnés de fabrication, l'amélioration des moyens de transports et des voies de communications; tout se répand de proche en proche. Et c'est pour cela que l'on dit qu'il y a un patrimoine commun."

 

"Ce rayonnement de la richesse produite par les travaux individuels, c'est l'héritage de ceux que l'on appelle bien improprement des déshérités."

 

La propriété

 

"Je travaille et je produis. Le produit de mon travail, qui en est la représentation, l'équivalent de mon temps et de ma peine, de ma vie, en d'autres termes, m'appartient; c'est ma propriété. Ce produit, j'en consomme une partie pour réparer mes forces ou me mettre à l'abri des dangers qui menaceraient mon existence, et j'en mets de côté une partie: c'est une épargne. Aurai-je moins de droits sur ce produit non consommé, parce qu'à l'effort de l'obtenir par mon travail, j'aurai joint le mérite de le conserver par mon abstinence? Evidemment non. Mon droit sera en quelque sorte doublé."

 

Le capital

 

"Le capital, produit du travail, c'est tout ce qui, sous une forme quelconque, rend le travail plus facile ou plus productif. Ce sont les instruments, les ressources accumulées, les provisions qui permettent de songer à l'avenir au lieu d'être absorbé par le présent; ce sont surtout les connaissances, les idées, les habiletés manuelles, les qualités intellectuelles et les habitudes morales, sans lesquelles les efforts humains se traîneraient dans une perpétuelle routine."

 

La monnaie

 

"Les rois condamnaient aux peines les plus atroces les misérables qui altéraient les monnaies; et eux-mêmes, par un abus de leur puissance, faisaient de la fausse monnaie et prétendaient l'imposer pour bonne au public."

 

"Si, en cas de besoin, le papier qui promet des francs, des dollars ou des livres sterling ne pouvait pas les procurer, ce ne serait qu'un chiffon dont personne ne voudrait. Et c'est ce qu'on appelle du papier-monnaie."

 

"Le papier est un bon de monnaie; la monnaie est un bon de produits et de services."

 

"L'argent n'est pas la vraie richesse; il n'en est que la représentation ou le gage. C'est une richesse provisoire dont on ne jouit réellement qu'en s'en défaisant, comme on ne se nourrit qu'en consommant les aliments."

 

Le salaire

 

"Si le public consent, comme cela arrive quelquefois, à payer certains produits très cher, s'ils ont la vogue, le fabricant qui gagne beaucoup dessus et qui tient à profiter de cette vogue, ne manquera pas d'augmenter son salaire pour attirer de bons ouvriers; si au contraire, l'objet n'est plus demandé, il ne pourra continuer à le vendre qu'à la condition de baisser le prix; et la réduction de salaire sera inévitable. C'est pourquoi, tout en ne se laissant pas aller à changer légèrement de métier, il est bon d'avoir l'oeil ouvert sur les fluctuations du marché et d'être capable d'abandonner à temps une branche d'industrie qui dépérit, pour se porter vers une autre qui se développe."

 

L'intérêt

 

"Ce que le prêteur demande pour prix de son prêt n'est autre chose, au fond que la compensation présumée de la détérioration subie par la chose prêtée, de son usure, ainsi que de la privation supportée par le prêteur.

- Et du risque de perte; car il y a des emprunteurs qui ne rendent pas ce qu'on leur a prêté, comme il y a des acheteurs qui ne paient pas ce qu'on leur a vendu."

 

Ces quelques citations donnent un aperçu de la matière du livre de Frédéric Passy, qui parle de bien d'autres sujets, développés via des histoires compréhensibles par de jeunes esprits, leurs conclusions étant l'aboutissement de raisonnements clairement exprimés.

 

Les machines, la spéculation, le libre-échange, le luxe, les services privés et les services publics etc. ne sont pas esquivés. Ce qui frappe, c'est l'actualité de ces sujets abordés. Finalement, ce qui est préoccupation au début du XXe siècle le demeure au début du XXIe.

 

Dans sa dernière causerie, en guise de conclusion, il rappelle la solidarité naturelle qui lie les êtres humains les uns aux autres. Cela devrait donner matière à réflexion aux adeptes de la contrainte (qui engendre jalousie, animosité et haine), alors que le nom de la solidarité volontaire est fraternité:

 

"Emulation, soit; rivalité, mais rivalité féconde et tempérée par la justice et la bienveillance. Le mal, comme le bien, se partage et se répercute. Nous sommes solidaires. Et chacun de nous, en travaillant pour lui, devrait songer qu'il travaille pour les autres, et que les autres travaillent pour lui."

 

Francis Richard

 

Causeries économiques d'un grand-père, Frédéric Passy, 152 pages, Institut Coppet

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens