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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 23:55
Éloge de l'inégalité, de Jean-Philippe Delsol

C'est le dévoiement de l'égalité qui oblige à faire l'éloge de l'inégalité.

 

Le dévoiement de l'égalité s'appelle l'égalitarisme, qui a pour but ultime d'établir l'égalité absolue, c'est-à-dire l'égalité de condition, ce qui n'est guère vertueux puisqu'elle ne peut être obtenue - de manière utopique - que par la contrainte et des atteintes à la liberté et à la propriété.

 

Pour faire bonne mesure, Jean-Philippe Delsol ne se fait pas pour autant le défenseur absolu de l'inégalité, même si l'inégalité est naturelle et souvent efficace: elle est toujours nuisible quand elle est infondée et dès lors souvent excessive. Tout est justement question de mesure:

 

La bonne vie est dans la recherche d'équilibres toujours instables plutôt que d'imposer la mise en oeuvre d'un modèle parfait et inaccessible.

 

L'envie

 

Quel est le moteur de l'égalitarisme? L'envie (bien française), qui exprime la tristesse ressentie face à la possession par autrui d'un bien que l'envieux voudrait bien posséder à sa place, et la volonté de se l'approprier par tout moyen et à tout prix. Son contraire est l'admiration (bien anglo-saxonne)...

 

D'où vient cette envie d'égalité sans limites? C'est la faute à Rousseau et à son imagination fertile. Il a en effet inventé la fable selon laquelle les hommes, naturellement bons, auraient été dénaturés par la société: ce serait donc à elle d'oeuvrer pour les rétablir dans ce paradis originel.

 

En sanctifiant l'égalité, Jean-Jacques Rousseau a suscité involontairement les atrocités commises au XXe siècle pour qu'advienne par la force ce rêve, bien vite devenu cauchemar, d'une société égalitaire, dont la Terreur de 1793 et la Vendée décimée auront été les prémisses...

 

La nature humaine

 

L'égalitarisme forcené se traduit aujourd'hui par la négation de la nature humaine et l'indifférenciation généralisée, jusqu'à l'égalisation des hommes avec les mondes animaux et inertes, en leur accordant à tous des droits similaires, alors que le droit est une affaire exclusivement humaine:

 

La justice est propre aux hommes, pas aux animaux, en ce sens qu'elle est ordonnée à leur fin [...] Le droit est ce qui permet aux hommes de vivre en société.

 

Avec le transhumanisme, l'homme serait tout aussi déshumanisé que par l'égalitarisme: on n'aurait finalement plus affaire à des personnes, mais à des produits. Ce qui ne devrait d'ailleurs pas déplaire aux égalitaristes puisqu'il serait enfin possible d'égaliser les humains en les chosifiant...

 

La liberté

 

Quant aux robots, ils ne seront jamais que des fabrications humaines, dénués de cette liberté qui est le propre de l'homme, lui permettant d'être responsable et le distinguant du monde animal. Cela n'empêche pas d'aucuns de poser déjà la question de leur personnalité juridique... 

 

A propos de liberté, l'auteur parle de son paradoxe: la liberté fonde l'égalité d'agir par laquelle s'institue nécessairement l'inégalité sous le bénéfice de la capacité de penser et de faire qu'elle permet. Il donne comme exemple l'échange égal (librement consenti), qui crée des richesses inégales.

 

Données chiffrées à l'appui, il montre qu'il y a plus de croissance dans les pays où la redistribution et les dépenses publiques sont moindres, et que, dans ces pays, la pauvreté recule sans que nécessairement les inégalités reculent pour autant. Mais l'important est moins l'inégalité que la pauvreté

 

Les études les plus sérieuses montrent que la pauvreté régresse dans le monde en même temps que la liberté y progresse, et vice-versa le cas échéant.

 

La propriété

 

Un ferment de développement est la propriété qui est antinomique à l'égalité. C'est pourquoi les égalitaristes cherchent à la supprimer ou, à défaut, à exproprier par l'impôt. Or la propriété, c'est la liberté. De plus, elle est efficace parce qu'elle est naturelle à l'homme et lui est essentielle:

 

La propriété coexiste à l'homme, elle est constitutive de sa nature en ce sens que l'homme est déjà propriétaire de lui-même, c'est-à-dire aussi responsable de lui-même; en ce sens aussi que la propriété est l'outil de sa liberté, de son indépendance.

 

L'égalité en droit

 

L'égalité en droit est le moyen de permettre à chacun que toute sa dignité soit reconnue et d'exercer toute sa liberté, notamment celle de créer des richesses et des emplois: celui qui s'enrichit en vendant des produits ou des services à des consommateurs libres de lui acheter ou non, ne vole personne.

 

A contrario, plus l'État est présent dans l'économie, plus l'autorité publique intervient dans l'allocation des ressources, plus le risque est grand que des connexions particulières permettent de bafouer l'égalité en droit en concédant des avantages particuliers à certains, en leur attribuant des droits préférentiels souvent monnayés au bénéfice de ceux qui délivrent les permis et autres autorisations nécessaires à l'exercice de telle ou telle activité.

 

Abordant le sujet de l'égalité des chances, l'auteur souligne qu'elle ne doit pas être instaurée au détriment de l'égalité en droit, mais plutôt et seulement en accompagnement de celle-ci. C'est pourquoi ce n'est qu'à titre subsidiaire [que l'État] doit lui-même mettre en place les moyens d'accueil, d'accompagnement et de soin qui font défaut aux plus démunis et aux incapables avérés.

 

La condition humaine

 

L'homme a à la fois un sentiment d'insuffisance et un désir d'élévation: la condition humaine est faite d'une commune misère de l'être insatisfait et d'une commune étincelle d'espérance. C'est pourquoi l'égalité fondamentale est celle de chacun dans la recherche de ses fins, elle est dans la liberté de chacun de combattre pour se réaliser.

 

La réalité est qu'en chacun le mal le dispute en permanence au bien. Il reste pourtant possible de croire que l'espérance est dans la vocation de l'homme à rechercher sans cesse ce qui l'élève dans son être, qui n'est ni la richesse ni le pouvoir, ni l'égalité ni l'inégalité, mais son chemin sans fin vers la Vérité à rechercher sans relâche pour dépasser les querelles et les infirmités de ce monde.

 

Francis Richard

 

Éloge de l'inégalité, Jean-Philippe Delsol, 214 pages, Manitoba

 

Livres précédents de Jean-Philippe Delsol:

Pourquoi je vais quitter la France Tatamis (2013)

L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun Desclée de Brouwer (2016)

 

Livre précédent de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin:

A quoi servent les riches JC Lattès (2012)

Échec de l'État Éditions du Rocher (2017)

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 20:15
Contre l'écologisme - Pour une croissance au service de l'environnement, de Bruno Durieux

Alors que la couleur verte est de plus en plus de mise, Bruno Durieux affiche la sienne: il est certes Contre l'écologisme, mais il est Pour une croissance au service de l'environnement.

 

On veut vous faire croire pourtant que croissance et environnement sont antinomiques. Mais, justement, il ne faut pas écouter on, c'est-à-dire les écologistes, les médias et politiques, qui, à la quasi unanimité, aujourd'hui, sans précaution ni prudence, leur servent la soupe.

 

L'homme, voilà l'ennemi

 

L'écologisme est une idéologie qui se pare des habits de la science (tout en s'opposant au progrès, aux scientifiques et à la technologie) pour imposer une religion hostile à l'être humain, prédateur parmi les prédateurs:

- il croît et se multiplie

- il exploite la nature dont il épuise les ressources naturelles et les terres arables

- il est responsable du réchauffement climatique

- il est responsable de la disparition d'espèces.

 

L'écologisme, une religion de la société civile

 

Religion, l'écologisme s'est substitué au marxisme défaillant et dénonce, comme celui-ci le fit, capitalisme, économie de marché et libre entreprise. Bref, il condamne le productivisme, à la différence du marxisme, qui ne le condamnait pas mais voulait en répartir autrement les bienfaits.

 

Comme toute religion, l'écologisme a son Dieu, la Nature, un Dieu unique et trinitaire: la Terre, l'Eau et le Ciel; ses valeurs fondatrices: le climat, la biodiversité, le principe de précaution, le naturel (le bio, par opposition au chimique), etc. Y porter atteinte, c'est mortellement pécher.

 

L'écologisme est une religion de la société civile, là où s'épanouissent et prospèrent les ONG, qui croient, disent, pensent, font le juste, le bien, le vrai: ce sont les sanctuaires d'où le meilleur du clergé écologiste veille sur nous et nous enseigne.

 

La pastorale de la peur

 

Comme la religion catholique, l'écologisme a son Saint-Siège, l'ONU (il élève les ONG aux dignités les plus éminentes) et un autre lieu saint, le Parlement de l'Union européenne: tous deux célèbrent les grands-messes écologistes mondiales avec d'autant plus d'empressement qu'elles se réservent le rôle de vicaires de la Nature... 

 

La pastorale de l'écologisme est une pastorale de la peur: l'écologisme est une religion où il faut voir, sentir, toucher le Mal pour atteindre le Bien; où la conversion n'est possible qu'en mettant le catéchumène face aux désastres de ses comportements mauvais; où la peur du péché ouvre le chemin de la vertu.

 

Des prophéties démenties par les faits

 

Les prophètes écologistes (malthusiens) se sont trompés au sujet de la population mondiale:

- l'augmentation de la population mondiale ne s'est pas traduite par une augmentation des famines: en 2017, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde était trois fois plus faible qu'en 1970

- l'augmentation de la population mondiale est due à la diminution simultanée de la mortalité et de la fécondité, non pas à cause de l'augmentation des naissances mais à cause de la baisse de la mortalité.

 

C'est pourquoi la population mondiale devrait se stabiliser vers 2050 avant de diminuer...

 

Les prophètes écologistes se sont trompés au sujet des ressources:

- les réserves des ressources identifiées sont encore et toujours sous-estimées

- les ressources sont en fait illimitées: professer l'épuisement, c'est en fait fixer une limite à l'intelligence humaine et lui dénier les capacités d'innovation et d'adaptation qui ont conduit l'humanité à son niveau de connaissance et de développement présents.

 

Le monde va de mieux en mieux

 

On (voir plus haut) vous dit que le monde va de mal en pis, alors que le monde va de mieux en mieux. On se trompe là aussi et on vous trompe:

 

L'amélioration des conditions d'existence de milliards d'êtres humains sur la planète, l'allongement général de la durée de vie, les progrès de l'éducation, l'amélioration de l'état de santé, des conditions de logement et de l'alimentation et de bien d'autres éléments économiques et sociaux, font de l'homme contemporain un heureux comparé à ses parents et ancêtres.

 

L'écologisme, enfant gâté de la prospérité

 

Le paradoxe est que mieux l'humanité se porte, plus l'écologisme prospère, s'impose et ordonne: les progrès de l'humanité ont pourtant été acquis grâce à des politiques qu'il ne cesse de combattre, que ce soit dans le domaine de la croissance économique, de l'énergie, de la santé, de l'alimentation, ou grâce à des technologies qu'il déteste.

 

L'écologisme a réussi à imposer:

- le principe de précaution: l'État est tenu d'agir sur l'incertain et dans l'incertain pour éviter l'incertain...

- l'union sacrée pour le climat: d'aucuns qui craignaient un refroidissement dans les années 1970 se sont convertis au réchauffement avec la même ardeur catastrophiste...

- la retraite du nucléaire: la sagesse serait pourtant de soutenir cette source d'énergie décarbonée, avec l'éolien et le solaire en complément, si l'on veut réduire les gaz à effet de serre...

- la condamnation de la salutaire génétique, alors que le danger des OGM n'a jamais été établi, ni expérimentalement, ni scientifiquement...

- la sanctuarisation de la biodiversité: pourtant un esprit raisonnable considère [...] qu'un écosystème est par nature dynamique, mouvant, en constante évolution...

- la lutte contre les menaces cachées: les risques invisibles [...] sont une aubaine pour les écologistes lanceurs d'alerte...

 

Capitalisme et croissance conditions de l'environnement

 

On ne sauvera pas la planète en condamnant la croissance économique, en renonçant aux technologies, en bannissant la libre entreprise. S'il faut encore s'en convaincre, il suffit de se tourner vers les pays les moins avancés: c'est là que sévissent les problèmes environnementaux les plus graves, que le manque de moyens, de technologies et d'entreprises empêchent de traiter; il suffit d'observer les pays émergents où la progression du revenu permet l'amélioration de l'environnement; et de constater que dans les pays riches, la situation environnementale n'a jamais été aussi satisfaisante qu'aujourd'hui.

 

Francis Richard

 

Contre l'écologisme - Pour une croissance au service de l'environnement, Bruno Durieux, 264 pages, Éditions de Fallois

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 07:30
Antoine-Elisée Cherbuliez - Un économiste libéral suisse oublié, de Paul-Jacques Lehmann

Il n'a laissé aucun disciple qui aurait pu développer et mettre en oeuvre quelques-unes de ses préconisations, écrit Paul-Jacques Lehmann. Ce qui est explique pourquoi Antoine-Elisée Cherbuliez est Un économiste libéral suisse oublié.

 

Après avoir été quasiment taxé de socialiste à son époque, il a été considéré comme l'un des économistes libéraux les plus importants. C'est sans doute dû à l'évolution de sa pensée parallèle à celle de sa vie.

 

Voici, en tout cas, quelques éléments de réflexion traités par l'économiste suisse, et exposés dans ce livre de réhabilitation.

 

Le droit de propriété

 

Initialement Cherbuliez est hostile au droit de propriété, qui n'est pas naturelle mais l'ouvrage des lois. Puis il se rend compte que les progrès de la société ne peuvent avoir lieu qu'à une condition, que la propriété soit efficacement et complètement garantie.

 

Sans la propriété, il n'y aurait pas de civilisation. Sans elle, il n'y aurait pas de développement économique: Limiter la propriété des riches, c'est les empêcher d'aider les pauvres.

 

Propriété et liberté sont complémentaires: à partir du moment où la propriété est garantie, les efforts sont récompensés par une somme certaine et proportionnelle de liberté et d'élévation.

 

Les inégalités

 

N'est-ce pas source d'inégalités sociales? Supprimez l'inégalité des conditions, et la société, frappée d'une soudaine léthargie, consommera dans l'inaction les produits de son activité antérieure, et la civilisation, ce brillant résultat du travail humain combiné avec l'accumulation de richesses, ne tardera guère à disparaître...

 

Logiquement il est pour l'héritage: L'hérédité, en permettant à chaque famille d'ajouter aux fruits de son propre travail et de ses propres épargnes ceux du travail et de l'épargne des générations antérieures, a rendu les riches plus riches qu'ils ne l'auraient été à son défaut, sans toutefois rendre les pauvres plus pauvres, si ce n'est en imagination et par contraste.

 

La science économique

 

La science économique a pour objet la richesse: Les phénomènes par lesquels se manifestent la production, la distribution de cette richesse sont ceux qu'observe l'économiste.

 

Mais elle n'a pas pour but d'accroître la richesse d'un pays: elle a pour mission d'étudier tous les phénomènes économiques, pourvu qu'on ne les étudie qu'en vue de la connaissance et non pour formuler des préceptes quelconques.

 

Le salaire minimum

 

La fixation d'un salaire minimum par les pouvoirs publics est inefficace: même si l'État le voulait, il ne pourrait pas imposer aux entreprises de garantir le juste prix du travail des ouvriers.

 

Cette fixation est dangereuse: elle aurait pour résultat inévitable, si le minimum fixé était supérieur au salaire normal, une augmentation de l'offre et une diminution de la demande de travail, par conséquent la suppression de tout salaire, c'est-à-dire de tout moyen d'existence, pour un certain nombre de travailleurs.

 

Le droit au travail

 

Qui peut assurer ce droit à sinon l'État: puisque la loi ne peut forcer les capitalistes à employer tous les travailleurs qui se présentent, il faut que l'État se charge de fournir du travail à ceux qui en manquent.

 

Comment peut-il le faire puisqu'il ne crée pas de capitaux? Il ne peut donc que disposer de ceux qui existent déjà, et il ne saurait s'attribuer la disposition d'une partie quelconque de ces capitaux sans l'ôter à quelqu'un, sans priver les capitalistes d'une partie des moyens qu'ils avaient d'employer du travail et de le salarier...

 

Phase ultime du processus: les ouvriers qui ne pourront plus être employés par ces derniers voudront obtenir ce que la loi promet à tous et l'État sera conduit inéluctablement à s'attribuer tous les capitaux disponibles de la société...

 

Conséquences: La production ira décroissant de jour en jour et les capitaux existants se détruiront peu à peu, sans être renouvelés et le paupérisme ne fera que s'accroître...

 

Le protectionnisme

 

Qu'est-ce le protectionnisme sinon le refus de la concurrence et de la liberté qui vont de pair: Le monopole et la réglementation de l'industrie ont pour inévitable conséquence la routine, c'est-à-dire une production stationnaire, qui ne suit pas et ne cherche pas à suivre les variations continuelles de la demande, et qui, au lieu de viser la plus grande somme possible de satisfactions avec la moindre somme possible d'efforts, s'applique uniquement à exploiter les besoins croissants de la société, pour lui faire payer de manière de plus en plus onéreuse une somme invariable de satisfactions, correspondant à une somme invariable d'efforts...

 

La charité légale

 

Cela n'est pas de la charité: La charité légale, par conséquent forcée, n'est pas une vertu, c'est un impôt. Or, un sacrifice, imposé aux uns en faveur des autres par la contrainte, perd évidemment tout caractère de charité.

 

Les propos de Cherbuliez sont prémonitoires: L'assistance légale n'a pas de limite et peut dépouiller la moitié de la population au profit de l'autre moitié.

 

La charité légale devient un droit: L'assistance perd tout caractère d'incertitude. Les classes pauvres s'habituent à y compter, s'abandonnent de plus en plus à l'imprévoyance, à la paresse...

 

Le rôle de l'État

 

L'État ne doit pas se substituer aux entrepreneurs: Le rôle de l'entrepreneur ne convient pas à l'État car il ne connaît pas les besoins du marché.

 

Il y a deux exceptions, selon lui:

- lorsqu'il y a des productions dangereuses ou des tentatives de fraude;

- lorsque le monopole d'État offre le moyen le plus certain, le plus direct, le plus simple et le plus efficace, de couper court à tous les inconvénients et les abus qui sont inhérents aux monopoles privés, même si les services rendus par un monopole sont toujours antiéconomiques.

 

Conclusion

 

Les éléments de réflexion ci-dessus, traités par Antoine-Elisée Cherbuliez, sont quelques-uns parmi de nombreux autres que Paul-Jacques Lehmann développe dans son livre. Ils permettent déjà d'en apprécier l'actualité. Le lecteur intéressé par les questions économiques le lira donc avec profit.

 

Francis Richard

 

Antoine-Elisée Cherbuliez - Un économiste libéral suisse oublié, Paul-Jacques Lehmann, 228 pages, Slatkine

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 17:00
La rage de l'impôt, de Simone Wapler

Il y a ceux qui veulent taxer tout ce qui bouge et matraquer encore si ça continue à bouger. Il y a ceux qui n'en peuvent plus et qui, un beau jour, mettent un bonnet rouge, enfilent un gilet jaune ou fuient à l'étranger.

 

Avec ce début, Simone Wapler donne tout de suite le ton de son livre sur les impôts qu'elle a voulu facile à lire et qui, s'il est basé sur la fiscalité en France, championne du monde de La rage de l'impôt, a une portée universelle.

 

"Que faites-vous du pognon?"

 

Elle cite Jacline Mouraud s'adressant aux politiques: Mais que faites-vous du pognon?, qui, dans un premier mouvement, le bon, semblait appartenir au camp des révoltés de l'impôt, mais qui a fini par rejoindre celui de la matraque fiscale.

 

Jacline Mouraud? C'est l'égérie du mouvement des Gilets jaunes. Sa vidéo, devenue virale, a contribué aux premiers rassemblements, en novembre 2018. Depuis, abandonnant les problèmes concrets, elle est partie dans les symboles...

 

Les missions concrètes de l'État

 

Pendant des millénaires, les impôts ont donné les moyens à l'État, qui est le mode d'administration d'une nation, façonnée par le temps long, de remplir, au sein de ses frontières, des missions concrètes: police, justice, armée et diplomatie.

 

L'impôt est de toute façon une atteinte à la propriété privée. Aussi faut-il, pour que l'État et son gouvernement l'emploient de manière légitime, que ce soit au service de la liberté, de la propriété, de la sûreté et de la résistance à l'oppression.

 

L'État au service des droits naturels et des individus

 

Le rôle fondamental de l'État est d'être au service des individus et de ces droits naturels, lesquels préexistent à tout pouvoir: Ce sont des "droits individuels" qui existent parce que les individus existent. Ils ne sont ni religieux, ni politiques.

 

Si l'État outrepasse, illégitimement donc, ces limites dites régaliennes (en comptant très large, 20% des dépenses publiques actuelles en France), se propage la rage de l'impôt inégalement réparti pour la charge comme pour les bienfaits.

 

"Pas de taxe sans représentation"

 

Pas de taxe sans représentation est une des idées sur lesquelles se fonde la Magna Carta, la Grande Charte anglaise des libertés. Ce principe, issu du droit naturel selon lequel la propriété privée est sacrée, l'État ne peut donc le violer:

 

Ce qui est à un individu est à un individu, pleinement. Son droit le plus absolu est de dépenser ou de donner, mais dans les deux cas, c'est à lui de choisir.

 

Ce principe est violé quand une partie de la population est taxée sans être représentée ou quand une autre partie s'arroge le droit de taxer tout en se soustrayant elle-même à l'impôt. Ce peut être le méfait d'une minorité comme d'une majorité.

 

La dette publique

 

La dette publique est un exemple de violation, car son remboursement pèse sur les générations futures, qui n'ont pas eu droit de regard sur les dépenses. Elle représente en France 98% du PIB, sans compter toutefois la dette hors bilan.

 

Or la dette hors bilan (qui correspond pour moitié aux montants des futures pensions des retraités de la fonction publique) est nettement plus élevée que celle qui figure au bilan. La dette totale s'élèverait en France à 270% du PIB... 

 

L'impôt, instrument politique pour façonner la société

 

Quand l'impôt devient un instrument politique permettant de façonner la société selon un intérêt général discerné par quelques esprits éclairés, il ne peut plus être au service des libertés, il n'est plus contributif, il est constructiviste.

 

L'impôt progressif (Karl Marx en fait la deuxième des mesures à prendre dans son Manifeste du parti communiste, précisant qu'il doit l'être fortement) est un exemple de cette instrumentalisation politique pour changer la société.

 

Cet impôt contredit d'ailleurs ce que dit l'article 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, au sujet de la contribution commune pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'administration:

 

Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

 

Le modèle social français

 

Comment façonne-t-on la société en France? En affectant plus de la moitié des dépenses publiques (57,5%), soit un tiers du PIB, à la protection sociale, et en transformant des primes d'assurances sociales en impôts sur les revenus.

 

Le résultat de ce modèle social, que le monde entier envie à la France, mais qu'aucun autre pays n'adopte, est de fabriquer des pauvres, car plus un pays est libre économiquement plus les revenus y sont élevés (et moins importantes les inégalités):

 

Élaborer des règlements compliqués, taxer pour distribuer des aides gaspillées en se servant au passage, n'est pas le chemin de la prospérité pour tout le monde, y compris les plus démunis.

 

Les trois idéologies

 

Trois idéologies sont à l'origine de ce modèle égalitariste, redistributif, solidaire: le marxisme, le socialisme, le solidarisme, qui ont fait oublier que toute richesse est produite par quelqu'un et qu'elle appartient à cet être humain et à lui seul:

 

Le marché [toujours imparfait], c'est la concurrence, c'est la liberté de s'organiser dans son travail sans pressions de lobbies, de corporations, sans avoir à remplir des tonnes de documents estampillés Cerfa (Centre d'enregistrement et de révision des formulaires administratifs), sans avoir à se conformer à des milliers de normes et de réglementations superflues.

 

La pompe à impôts du "réchauffement climatique"

 

Simone Wapler montre que le réchauffement climatique (qui, depuis 20 ans, marque une pause non prévue par les modèles...) est un bon prétexte pour lever des impôts et pour subventionner des entreprises de connivence avec l'État.

 

Qu'importe qu'il n'y ait pas corrélation entre CO2 et augmentation de la température du globe terrestre, qu'importe que le CO2 soit bénéfique pour la végétation, qu'importe que les scientifiques ne soient pas unanimes sur le sujet: on taxe.

 

Pour quel résultat taxe-t-on (60 milliards d'euros en France en 2019)? Pour 0,17 °C à déduire d'une hausse de 2,7°C en 2100, si les accords de Paris sont respectés, avec une ardoise mondiale de 89000 milliards de dollars d'ici 2030...

 

La monnaie

 

Depuis tous temps, l'État veut contrôler la monnaie, pas pour le bien-être des gens, mais pour faire rentrer des impôts de manière furtive. Pour ce faire, il dispose de trois instruments ruineux pour ces derniers: la dévaluation, l'inflation, les taux d'intérêts:

 

- La dévaluation permet, par exemple, de diminuer la dette publique, mais elle est une manière de taxer les importations et le travail exporté qui utilise des produits importés.

 

- L'inflation permet, par exemple, d'encaisser l'impôt sur une plus-value immobilière inexistante, mais elle fait perdre aux propriétaires du pouvoir d'achat immobilier.

 

- Les taux d'intérêts bas permettent, par exemple, d'emprunter plus facilement, mais, quand ils sont inférieurs à l'inflation, ils font perdre de sa valeur à l'épargne.

 

Les hommes politiques coupables, mais pas responsables

 

Quand les politiciens français échouent, ils n'en subissent pas les conséquences.

 

Que risquent-ils quand ils adoptent toujours plus de taxes? quand ils adoptent des mesures protectionnistes pour tel producteur ou tel secteur?

 

Rien, même si c'est ruineux. Si, ils peuvent ne pas être réélus, ce qui les incite à satisfaire toujours plus leurs clientèles électorales.

 

L'impôt confiscatoire et l'arbitraire fiscal se justifient pour eux parce qu'ils considèrent que l'individu est au service de l'État et non pas l'inverse, si bien que Simone Wapler peut dire qu'en France:

 

L'État décide pour nous de plus en plus de choses essentielles: la durée du travail, l'âge de notre retraite, les programmes scolaires de nos enfants et l'école dans laquelle ils doivent aller, les assurances-maladie et accident. L'État décide même de la culture [...]. L'État décide aussi de ce qu'il doit y avoir dans notre assiette, donne aux agriculteurs une liste de semences qu'ils doivent planter, nous empêche de manger trop salé, trop sucré, trop gras ou de boire trop gazeux...

 

Conclusion

 

Il faut choisir entre une société de redistribution et une société d'échange. Dans une société de redistribution certains prennent et d'autres reçoivent. Dans une société d'échange, chacun a besoin de l'autre. La redistribution repose sur la contrainte, l'échange repose sur la liberté.

 

Francis Richard

 

La rage de l'impôt, Simone Wapler, 288 pages, Larousse

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 17:45
Contre La Propriété Intellectuelle, de N. Stephan Kinsella

Quels sont les droits de propriété sur lesquels s'accordent tous les libertariens (l'auteur est un avocat américain)?

- les droits envers les ressources tangibles

- les droits envers son propre corps (encore qu'ils ne soient pas unanimes sur son caractère aliénable)

 

Ils sont en désaccord sur la notion de propriété intellectuelle, qui sont des droits sur des choses intangibles.

 

Après avoir rappelé quels sont les types de propriété intellectuelle - le Droit d'Auteur, le Brevet, le Secret Commercial, La Marque Déposée - et parcouru le spectre des positions libertariennes, notamment favorables (jusnaturaliste et utilitariste), sur la question, l'auteur explique pourquoi il est Contre La Propriété Intellectuelle.

 

Pour cela il revient à l'origine des droits de propriété:

 

La fonction sociale et éthique fondamentale des droits de propriété est de prévenir les conflits interpersonnels envers les ressources rares.

 

Or, pour éviter les conflits, il faut que ces droits soient visibles, dans le sens d'observables ou perceptibles; et il faut qu'ils soient justes, dans le sens que le propriétaire doit être le premier occupant ou utilisateur d'une telle propriété.

 

Avec la propriété intellectuelle, il en va tout autrement:

 

Les idées ne sont pas rares naturellement. Cependant, en reconnaissant un droit sur un objet idéal, on crée une pénurie là où aucune n'existait auparavant.

 

Qui crée cette pénurie, temporaire ou permanente? L'État:

 

Les brevets et les droits d'auteur sont des monopoles injustifiables accordés par la législation étatique.

 

Ces droits sont injustifiables, parce qu'ils modifient le statu quo en redistribuant la propriété d'individus d'une catégorie (propriétaires de biens tangibles) aux individus d'une autre (auteurs et inventeurs). 

 

L'auteur relève la confusion dans la justification des droits de propriété:

 

La création n'a de pertinence sur la question de la propriété d'une ressource rare "créée" donnée, telle qu'une statue, une épée ou une ferme, que dans la mesure où l'acte de création est un acte d'occupation ou sinon une preuve de première occupation.

 

Ce n'est pas parce qu'un auteur-inventeur "crée" quelque chose, qu'il serait en droit de la posséder. Il est en droit de la posséder s'il en est le premier occupant en vertu de la collecte de matières premières et de l'acte même de création: 

 

Ce n'est pas la création en soi qui donne lieu à l'appropriation. Ce n'est pas non plus parce que le travail doit être récompensé.

 

Comme le souligne l'auteur:

 

En fait, il n'y a aucune raison pour que le simple fait d'innover donne à l'innovant le contrôle partiel de la propriété que les autres possèdent déjà.

 

La propriété intellectuelle est une règle arbitraire injustifiable qui permet à d'aucuns d'exercer un contrôle partiel sur les ressources tangibles de tous les autres:

 

La seule règle justifiable d'appropriation [est] la première occupation.

 

L'auteur montre que la résolution du droit de la propriété intellectuelle par des contrats est impossible parce que la limite de propriété qui en résulte pour les tiers est informe, invisible, mystique, apeurante, probablement inconnue et inconnaissable... 

 

Les secrets commerciaux sont justifiables, à la différence des brevets ou des droits d'auteur: ils peuvent avoir été acquis indûment ou être divulgués en violation d'une obligation contractuelle.

 

De même est justifiable le droit des marques déposées, encore que, remarque l'auteur, ce sont les consommateurs dont les droits sont violés et non ceux du titulaire de la marque.

 

N. Stephan Kinsella conclut que le droit de la propriété intellectuelle, du moins sous la forme de brevet ou de droit d'auteur, exige la violation d'autres droits de propriété individuels, p. ex. ceux d'utiliser ses propres bien tangibles comme bon nous semble.

 

Il invite donc ceux qui s'intéressent à la liberté, à la vérité et aux droits à ne pas tenir la légitimité de la propriété intellectuelle pour acquise et à réaffirmer la primauté des droits individuels sur notre corps et sur les ressources rares que nous possédons.

 

Francis Richard

 

N.B.

Ce texte a été initialement publié dans le Journal of Libertarian Studies, Vol. 15, N°2 (printemps 2001), puis par le Mises Institute (07.28.2008).

 

Contre La Propriété Intellectuelle, N. Stephan Kinsella, 80 pages, Amazon (traduit par Stéphane Geyres et Daivy Merlijs)

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9 août 2019 5 09 /08 /août /2019 19:55
Science économique et méthodologie autrichienne, de Hans-Hermann Hoppe

La science économique n'est pas une science comme les autres, si l'on entend par autres sciences celles de la nature, telles que la physique.

 

Pour les tenants de l'école autrichienne d'économie, et notamment ceux qui sont dans la lignée de Ludwig von Mises, il s'agit d'une science a priori, comme la logique ou les mathématiques.

 

Ludwig von Mises ne fait que reprendre à son compte ce qu'ont dit avant lui Jean-Baptiste Say, Carl Menger, Eugen von Böhm-Bawerk ou Friedrich von Wieser, sans qu'ils aient pour autant employé le mot a priori.

 

Les méthodes scientifiques employées pour les sciences dites de la nature ne peuvent lui être appliquées, telles que l'empirisme et l'historicisme.

 

 

Exemples de déclarations et de propositions économiques

 

Hans-Hermann Hoppe donnent six exemples de déclarations et de propositions économiques qui ne sont pas tirées a posteriori de l'expérience ni de l'histoire.

 

Ces six déclarations et propositions font pourtant partie, parmi d'autres, des conditions nécessaires à toute compréhension de l'économie que Mises définit comme science de l'action humaine.

 

L'échange volontaire:

 

Chaque fois que deux personnes A et B se lancent dans un échange volontaire, il est sûr que toutes deux s’attendent à en tirer profit. Et il faut que leurs ordres de préférence envers les biens et services échangés soient inversés, de sorte que A valorise davantage ce qu’il reçoit de B que ce qu’il lui donne, et que B valorise les mêmes choses dans l’autre sens.

 

L'échange forcé:

 

Toute fois qu’un échange n’est pas vo-lontaire, mais forcé, l’un en profite au détriment de l’autre. 

 

Loi de l'utilité marginale:

 

Chaque fois que la quan-tité d’un bien augmente d’une unité additionnelle, pourvu que chaque unité soit vue comme d’égale utilité par la per-sonne, la valeur estimée de cette unité est moindre. Car cette unité additionnelle ne peut être employée que comme moyen d’atteindre un but jugé de moindre valeur que le but de moindre valeur satisfait par une unité de ce bien si la quantité était inférieure d’une unité.

 

Loi ricardienne d'association:

 

Soit deux producteurs ; si A est plus productif que B dans la production de deux types de biens, ils peuvent encore se lancer dans une division du travail mutuellement bénéfique. C’est parce que la productivité physique globale est plus élevée si A se spécialise dans la production d’un bien qu’il peut produire le plus effi-cacement plutôt que si A et B produisent chacun les deux biens séparément et indépendamment.

 

Le salaire minimum:

 

Toute fois que des lois de sa-laire minimum sont appliquées, exigeant des salaires plus élevés que ceux existant sur le marché, un chômage invo-lontaire en résulte.

 

La monnaie:

 

Chaque fois que la quantité de monnaie est augmentée alors que la demande de monnaie gardée en réserve de liquide reste inchangée, le pouvoir d’achat de la monnaie baissera.
 

 

La méthodologie autrichienne

 

Pour l'établissement de ces déclarations et propositions, Ludwig von Mises emploie une méthodologie, qu'il appelle praxéologie, c'est-à-dire logique de l'action.

 

L'idée qu'il en a est clairement influencée par Kant:

 

Selon Kant, les mathématiques et la géométrie apportent des exemples de propositions synthétiques a priori vraies. Mais il pense aussi d’une proposition telle que le principe général de causalité, c’est-à-dire l’affirmation qu’il existe des causes opératoires invariantes dans le temps et que tout évé-nement est part d’un réseau de telles causes, qu’elle est une proposition synthétique a priori vraie.

 

Comment trouve-t-on les propositions synthétiques a priori vraies?

 

En réfléchissant sur soi-même, nous dit Kant, en se comprenant comme sujet connaissant. Et ce fait — que la vérité des propositions syn-thétiques a priori découle in fine d’une expérience interne, issue de la réflexion — explique aussi pourquoi il est possible que de telles propositions aient le statut de comprises comme nécessairement vraies.

 

En quoi cette idée a-t-elle été améliorée par Mises?

 

Le kantisme a été l’objet d’une querelle classique, reprochant à cette philosophie d’im-pliquer une sorte d’idéalisme. Mises répond à ce reproche par sa réalisation que l'action est le pont entre l'esprit et la réalité extérieure et pose l'axiome de l'action: les hommes agissent.

 

 

L'axiome de l'action

 

La grande intuition de Mises fut que le raisonnement éco-nomique a son plein fondement juste dans cette compréhen-sion de l’action ; et que le statut de l’économie comme type de logique appliquée découle du statut de proposition synthé-tique a priori vraie qu’a l’axiome de l’action. Les lois de l’échange, la loi de l’utilité marginale décroissante, la loi ri-cardienne d’association, la loi du contrôle des prix et la théo-rie quantitative de la monnaie — tous les exemples de propo-sitions économiques que j’ai mentionnés — peuvent être logi-quement déduits de cet axiome.

 

Hans Hermann Hoppe, avec Ludwig von Mises, démontre que l'empirisme et son scepticisme, l'historicisme et son relativisme, ne permettent pas de comprendre l'économie:

 

- Il n'est pas besoin de tests empiriques continus pour valider des propositions économiques: leur validation [...] remonte in fine au seul axiome indiscutable de l'action.

 

- Il existe bien des relations constantes et invariables en économie.

 

 

Un second axiome

 

Hans-Hermann Hoppe introduit un second axiome:

 

Le second axiome est appelé « l’a priori de l’argumentation », qui affirme que les humains sont capables d’argumentation et donc connaissent la signification de la vérité et de la validité.

 

Les deux axiomes sont intimement liés:

 

D’un côté, les actions sont plus fondamentales que les argumentations, dont l’existence laisse émerger l’idée de validité, l’argumentation n’étant qu’une sous-classe de l’action. D’un autre côté, reconnaître ce qui vient de l’être concernant l’action et l’argumentation et leur relation réci-proque exige une argumentation, et donc, en ce sens, l’argu-mentation doit être considérée comme plus fondamentale que l’action : sans argumentation, on ne peut rien dire à propos de l’action.

 

A partir de là Hans-Hermann Hoppe peut reconstruire la tâche de l’épistémologie plus précisément comme celle de formuler des propositions qui sont indiscutables argumentativement, au sens que leur vérité est déjà impliquée dans le fait même de faire valoir son argu-ment et ne peut donc pas être rejetée argumentativement ; et de délimiter le champ de telles connaissances a priori du do-maine des propositions dont la validité ne peut être établie de cette manière, mais nécessite des informations supplémen-taires et contraintes pour leur validation, ou qui ne peuvent être validées du tout, telles de simples déclarations métaphy-siques au sens péjoratif du terme ‘métaphysique’.

 

Conclusion

 

L'objectif de Hans-Hermann Hoppe, avec ce livre publié en 1995, fut de réaffirmer la dé-claration de Mises selon laquelle l’économie est la praxéolo-gie ; que la thèse de la praxéologie est indiscutable ; et que les interprétations empiristes ou historicistes-herméneutiques de l’économie sont des doctrines contradictoires. Et mon objectif fut d’indiquer que l’éclairage misessien envers la nature de la praxéologie fournit également la base même sur laquelle la philosophie rationaliste traditionnelle peut être reconstruite avec succès, et systématiquement intégrée.

 

Francis Richard

 

Science économique et méthodologie autrichienne, Hans-Hermann Hoppe, 88 pages, Institut Coppet (traduit par Stéphane Geyres)

 

Livre précédent:

La grande fiction - L'État, cet imposteur (2017)

 

Livres précédents de la Bibliothèque autrichienne:

 

La constitution de la liberté, Friedrich Hayek:

I La valeur de la liberté

II La liberté et le droit

III La liberté dans l'État-providence - Annexe: pourquoi je ne suis pas un conservateur

 

La présomption fatale, Friedrich Hayek

L'École autrichienne d'économie, Jesús Huerta de Soto

Abrégé de La Route de la servitude de Friedrich Hayek

Le calcul économique en régime socialiste, Ludwig von Mises

Introduction à l'école autrichienne d'économie, Eamonn Butler

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt

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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 18:50
La constitution de la liberté, de Friedrich Hayek: III La liberté dans l'État-providence

La première partie de La constitution de la liberté, cet ouvrage majeur de Friedrich Hayek, est consacrée à La valeur de la liberté et la deuxième à La liberté et le droit.

 

Voici un aperçu de la troisième et dernière partie:

 

III La liberté dans l'État-providence

 

L'État-providence

 

Le socialisme ayant échoué dans sa forme originelle, appropriation collective des moyens de production et utilisation de ceux-ci "en vue des besoins et non du profit", nombre d'anciens socialistes ont compris qu'il serait plus facile d'opérer la redistribution des revenus en accroissant le "contrôle étatique" sur ce qui reste nominalement l'industrie "privée".

 

Hayek n'est pas opposé à ce que l'État contribue à la réalisation d'objectifs désirables qui ne pourraient pas être atteints autrement, à condition que ces activités sociales ne soient pas une menace pour la liberté, c'est-à-dire à condition que, présentées comme de simples activités de service, elles [ne] constituent [pas] en réalité un exercice du pouvoir coercitif de l'État, et reposent sur la prétention de l'État à des droits exclusifs sur certains domaines.

 

Exemples de menaces pour la liberté

 

- Les syndicats quand ils sont pourvus de privilèges uniques (adhésion obligatoire, contrats de closed shop ou d'union shop) et quand ne leur sont pas applicables les règles générales du Droit (piquets de grèves, grèves de soutien, hausses de salaires nominaux imposées, qui ont d'inévitables répercussions inflationnistes et provoquent des distorsions sur le marché du travail, se traduisant par du chômage).

 

- La sécurité sociale quand elle n'est plus un filet de sécurité temporaire (pour prévenir le dénuement et procurer un minimum de bien-être) mais un instrument monopolistique de redistribution forcée de revenus sur la base d'un principe d'allocation selon le besoin, sans tenir compte d'une obligation contractuelle: Les gens [...] sont pris en charge indépendamment du fait qu'ils soient pauvres ou non, et indépendamment du fait qu'ils aient ou non contribué à se prémunir.

 

(Hayek souligne par exemple le fardeau promis aux générations futures du fait du refus de toute assurance-vieillesse et de son remplacement par une répartition par l'État: Lorsque les prestations sont versées, elles ne sont pas financées par les revenus d'un capital additionnel accumulé à cette fin [...] mais le sont par le transfert du fruit du travail de ceux qui sont en activité)

 

- La fiscalité quand elle est progressive, donc incompatible avec des institutions de liberté: avec des taux élevés, elle est un moyen pratique de déterminer une plus juste distribution de revenus.

 

(Lorsque [...] le soi-disant principe adopté n'est rien de plus qu'une invitation ouverte à la discrimination [à l'encontre des riches] et, pis encore, une invitation à l'oppression d'une minorité par une majorité, ce soi-disant principe ne peut que devenir prétexte à l'arbitraire pur et simple)

 

- La politique monétaire quand elle est inflationniste, parce qu'elle conduit à des contrôles étatiques toujours plus nombreux et que les exemples de contrôles par l'État-providence, examinés ci-dessus, tendent eux-mêmes à encourager l'inflation, aux effets néfastes et dangereux.

 

(L'important pour nous est de bien comprendre que, lorsque la dépense publique représente une portion considérable du revenu national comme c'est le cas partout aujourd'hui, le gouvernement ne peut que dominer la politique monétaire)

 

- Le logement quand les loyers sont réglementés parce que la réglementation contribue à l'affaiblissement du respect de la propriété et du sens de la responsabilité personnelle et que toute fixation du loyer au-dessous de son prix du marché perpétue inévitablement la pénurie de logement.

 

- L'agriculture quand elle est aidée parce que les ajustements qui lui permettraient de devenir viable ne se font pas: L'agriculteur ou le paysan, pour prospérer, doit peu à peu devenir un entrepreneur.

 

(L'alternative pour la population rurale serait de devenir toujours davantage la faune d'une sorte de parc national, un ensemble de gens étranges entretenus pour peupler le paysage, délibérément privés de la possibilité de s'adapter mentalement et techniquement à un mode de vie qui les rendrait économiquement autonomes)

 

- L'éducation quand elle est soumise en totalité à une direction centrale, alors qu'il est possible de couvrir les frais d'éducation générale avec des fonds publics, sans conserver le système d'écoles publiques: en donnant aux parents des bons couvrant les coûts d'éducation de chaque enfant qu'ils pourraient remettre à l'école de leur choix.

 

- La recherche quand la gestion des fonds est aux mains d'une seule autorité, alors qu'il est certain que la multiplicité des dotations privées consacrées à des champs restreints (ce qui est le cas au moment où écrit Hayek) est l'un des traits les plus prometteurs de la situation aux États-Unis.

 

A la fin du chapitre qu'il consacre à l'éducation et à la recherche, Hayek écrit ceci qui résume en quelque sorte sa philosophie:

 

Le but ultime de la liberté est l'élargissement des capacités qui permettent à l'homme de surpasser ses ancêtres et à chaque génération de tenter d'ajouter sa contribution à l'accroissement du savoir et à l'amélioration des convictions morales et esthétiques, activités dans lesquelles nul être supérieur ne doit être autorisé à imposer ses vues concernant ce qui est juste ou bénéfique et dans lesquelles seule l'expérience accumulée peut décider de ce qui doit prévaloir.

 

Annexe: pourquoi je ne suis pas un conservateur

 

Cette annexe est importante parce qu'elle est une des clés pour la compréhension de l'ouvrage.

 

Hayek n'est ni socialiste, ni conservateur, il est libéral:

 

- Il n'est pas conservateur en ce qu'il n'a pas peur du changement et qu'il ne remet pas en cause la démocratie: Démocratie et pouvoir illimité sont connexes. Ce qui est blâmable là n'est pas la démocratie, mais la non-limitation du pouvoir.

 

- Ce qui distingue le libéralisme du socialisme ou du conservatisme est l'idée que les convictions morales qui concernent des aspects du comportement personnel n'affectant pas directement la sphère protégée des autres personnes, ne justifient aucune intervention coercitive.

 

- A la différence du libéralisme qui croit fondamentalement au pouvoir à long terme des idées, le conservatisme est prisonnier du stock des idées héritées.

 

- On peut relier à la méfiance du conservateur envers le nouveau et l'inhabituel, son hostilité envers l'internationalisme et son penchant pour le nationalisme le plus strident.

 

(Hayek précise: Le fait que je préfère certaines traditions de mon pays, et que j'éprouve du respect pour elles, ne saurait être la cause d'une quelconque hostilité envers ce qui est étranger et différent)

 

- Si profondes soient ses convictions religieuses, le libéral ne se considérera jamais en droit de les imposer à autrui.

 

Même si le terme de libéral a des acceptions aujourd'hui contradictoires, Hayek se définit comme tel et ne se dit pas libertarien parce qu'il trouve le terme peu attrayant et qu'il lui reproche de sentir l'artificiel et le succédané. 

 

En fait Hayek est du parti de la vie, du parti qui défend la croissance libre et l'évolution spontanée:

 

La foi dans la liberté intégrale se fonde essentiellement sur une attitude de préparation de l'avenir, et non sur un attachement nostalgique aux temps révolus, ou sur une admiration romantique pour ce qui a été.

 

Francis Richard

 

La constitution de la liberté, Friedrich Hayek, 548 pages, Institut Coppet (traduit par Raoul Audoin)

 

Livres précédents de la Bibliothèque autrichienne:

 

La présomption fatale, Friedrich Hayek

L'École autrichienne d'économie, Jesús Huerta de Soto

Abrégé de La Route de la servitude de Friedrich Hayek

Le calcul économique en régime socialiste, Ludwig von Mises

Introduction à l'école autrichienne d'économie, Eamonn Butler

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt

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19 juillet 2019 5 19 /07 /juillet /2019 18:25
La constitution de la liberté, de Friedrich Hayek: II La liberté et le droit

La première partie de La constitution de la liberté, cet ouvrage majeur de Friedrich Hayek, est consacrée à La valeur de la liberté.

 

Voici un aperçu de la deuxième partie:

 

 

II La liberté et le droit

 

 

La coercition

 

La coercition s'exerce sur nous de deux façons bien différentes: soit nous sommes obligés d'agir par les circonstances, soit nous y sommes forcés par quelqu'un d'autre. Si nous continuons d'agir, cela signifie que nous pouvons encore choisir, mais que nous ne pouvons le faire sans dommage.

 

S'il s'agit des circonstances, il n'y a évidemment pas de malveillance. S'il s'agit d'autrui, il faut distinguer le pouvoir de la coercition: Ce n'est pas le pouvoir en lui-même - la capacité de parvenir à ce qu'on cherche - qui est un mal, mais seulement le pouvoir exercé sur d'autres pour les obliger à servir ses desseins propres en les menaçant de punition.

 

Toutefois, par exemple, il n'y a rien de mal dans le pouvoir du directeur d'une grande entreprise dont les membres ont volontairement uni leurs efforts dans un but qui leur convient. Le mot important ici est volontairement: dans une société libre [...], chacun peut décider à qui rendre service et sous quelles conditions. Ce n'est pas la volonté de quelqu'un d'autre qui guide alors ses actes.

 

La sphère privée, la propriété et les contrats

 

Pour se trouver à l'abri des formes les plus graves de coercition par d'autres, les hommes ont trouvé une solution, la constitution d'une sphère privée: ils ont adopté des règles générales gouvernant les conditions dans lesquels tels objets ou tels rapports juridiques entrent dans la sphère protégée d'une personne ou d'un groupe de personnes.

 

Parmi ces règles générales, il y a la propriété privée ou propriété plurielle (expression que Hayek préfère): nous sommes rarement à même de suivre un plan d'action cohérent si nous ne sommes assurés de disposer exclusivement de certains objets; ou si nous n'en disposons pas, il nous faut savoir qui en dispose, pour que nous puissions collaborer avec nos semblables.

 

La collaboration avec nos semblables se fait par l'établissement de contrats: La condition décisive pour une collaboration mutuellement avantageuse, fondée sur le consentement volontaire et non sur la coercition, est que nombreux soient les gens qui peuvent servir les besoins de chacun, de sorte que personne ne dépende de détenteurs uniques de certains moyens vitaux ou de certaines possibilités de développement.

 

Dans une société libre, les règles générales ne sont pas destinées à faire accomplir par les gens des actions spécifiques mais à les détourner de faire certaines choses préjudiciables aux autres et à leur faire respecter les obligations qu'ils ont volontairement acceptées. Pour ce faire la menace de coercition est souvent suffisante. S'il faut employer la coercition, il faut que pour les gens cet emploi soit prévisible. Ce sera le cas pour prévenir les actes de violence, de fraude ou de tromperie.

 

 

Loi, commandements et ordres

 

Hayek distingue les règles spécifiques et concrètes des règles générales et abstraites. Les premières sont caractéristiques des sociétés primitives et les secondes des sociétés qui cultivent la liberté individuelle. Les premières sont à proprement parler des commandements, les secondes des lois: dans le premier cas, la conduite à suivre est déterminée par celui qui donne l'ordre, dans le second par celui qui exécute:

 

Lorsque nous obéissons à des lois, entendues comme des règles abstraites, générales, indépendantes des cas particuliers, nous ne sommes pas assujettis à la volonté d'un autre et par conséquent nous sommes libres. C'est parce que le législateur ne sait rien des cas particuliers auxquels s'appliqueront ces règles, et parce que le juge qui les fait respecter ne peut faire autrement que de statuer selon le corps du Droit en vigueur et les données de fait qu'il juge, qu'il est possible de dire que le règne des lois n'est pas le règne d'hommes.

 

Le règne des lois permet à tout individu d'utiliser pleinement ses connaissances, en particulier la connaissance concrète et souvent unique qu'il a de certaines circonstances de temps et de lieu: Le Droit dit à un individu sur quoi il peut compter, et élargit ainsi le champ à l'intérieur duquel il peut prévoir les conséquences de ses actions. En même temps, le Droit lui dit quelles conséquences de ses actions il devra prendre en compte, et quelles responsabilités il pourra encourir.

 

L'ordre n'exige pas que certains commandent et que les autres obéissent: L'une des réussites majeures de la théorie économique a été d'expliquer comment un ajustement mutuel des activités spontanées d'individus se trouve réalisé par le marché, pourvu que chaque personne connaisse les frontières de sa sphère d'autonomie. La compréhension de ce mécanisme d'ajustement constitue la partie la plus importante des données nécessaires à l'élaboration des règles générales limitant l'action individuelle.

 

 

L'État de droit

 

Hayek fait remonter la source de l'État de droit (le gouvernement de la loi et non des hommes), à l'Athènes antique où le terme d'isonomie apparaît, c'est-à-dire l'égalité devant la loi. Cette distinction entre gouvernement des lois et gouvernement des hommes se retrouve dans la Rome de la République jusqu'à ce que le socialisme étatique de l'Empire se répande et serve ultérieurement de modèle sur le Continent. Toutefois, en Angleterre, où la grande influence que les auteurs classiques acquirent sous le règne d'Elizabeth contribua à préparer la voie d'une évolution différente. 

 

Avec la Glorieuse Révolution de 1688, qui survient au terme de cette évolution, pour protéger l'idéal de souveraineté de la loi, prennent corps deux conceptions: l'idée d'une constitution écrite et le principe de la séparation des pouvoirs. A la fin du XVIIIe, sous l'influence de la tradition française, est introduit le désir de refaire de fonds en comble le droit et les institutions sur la base de principes rationnels. L'idéal français de liberté politique évince l'idéal anglais de liberté individuelle.

 

En Amérique, l'idéal anglais de liberté individuelle est repris par les colons insurgés qui  mettent en pratique une constitution destinée à limiter le pouvoir, notamment en le divisant par le fédéralisme et en limitant le contenu des lois soumises à des principes, et à protéger l'individu contre toute coercition arbitraire, en énumérant de façon non exhaustive les droits conservés par le peuple et en instaurant un pourvoi pour inconstitutionnalité auprès de la Cour suprême.

 

Enfin, en Allemagne, dans la première partie du XIXe est développée la conception théorique du Rechtsstaat qui s'oppose à l'existence d'organismes quasiment judiciaires inclus dans la machinerie administrative, et destinés essentiellement à surveiller l'exécution de la loi, plutôt qu'à protéger la liberté individuelle. A condition que soit poursuivi l'idéal de suprématie du droit, l'établissement de tribunaux administratifs indépendants, doit permettre le parachèvement du règne de la loi.

 

 

La liberté individuelle

 

L'État de droit n'a donc d'autre objet que de garantir la liberté individuelle:

 

- Le gouvernement ne doit jamais exercer de contrainte sur l'individu sinon pour assurer l'observation d'une règle connue: Il constitue une limitation des pouvoirs de tout gouvernement, y compris les pouvoirs du législateur.

 

- Les lois doivent être connues et certaines: Ce qui est essentiel est que les décisions de justice soient prévisibles, et non que toutes les règles dont elles s'inspirent soient énoncées noir sur blanc.

 

- Toute loi doit s'appliquer de manière égale à tous: Y compris à ceux qui gouvernent.

 

- Dans tous les cas où une action gouvernementale empiète sur la sphère privée d'un individu, les tribunaux doivent pouvoir décider non seulement si l'action contestée était infra vires ou ultra vires [dans la limite de ses pouvoirs ou en dehors d'elle], mais aussi si la nature de la décision administrative était conforme à ce que la loi exigeait.

 

(il ne peut y avoir de restriction de la liberté individuelle que dans des cas exceptionnels, comme en cas de guerre)

 

 

Les domaines d'intervention de l'État

 

Hayek ne pense pas que certaines activités de l'État soient incompatibles avec l'État de droit:

 

- Une société libre implique non seulement que l'État ait le monopole de l'usage de la coercition, mais qu'il n'ait d'autre monopole que celui-là et, qu'à tous égards, il opère dans les mêmes conditions que tout le monde.

 

- S'il n'y a guère de raisons pour [que l'État] s'immisce dans la plupart des branches d'activité, il existe aussi des domaines où son action est incontestablement souhaitable: Relèvent de cette catégorie tous les services [...] qui ne sont pas fournis par l'entreprise concurrentielle parce qu'il serait soit impossible, soit difficile de faire payer les bénéficiaires.

 

Mais sont exclues par principe les mesures qui ne sont pas exercées conformément à des règles et qui impliquent nécessairement une discrimination arbitraire entre des personnes, par exemple, le contrôle des prix et, par conséquent, des quantités.

 

L'État doit faire respecter les contrats, mais pas n'importe lesquels: Les contrats à teneur criminelle ou immorale, les contrats tacites entre joueurs, les contrats visant à restreindre la concurrence, les contrats permettant de s'assurer sans limitation de durée des services d'une personne, et même certains contrats stipulant des résultats spécifiques, n'ont pas à être appuyés par la puissance publique.

 

L'État ne doit pas poursuivre de justice distributive: La justice distributive requiert l'allocation de toutes les ressources par une autorité centrale; elle requiert qu'on dise aux gens quoi faire et quelles fins servir.

 

 

Le déclin du droit

 

Même si, au moment où il écrit ce livre, Hayek voit les signes d'un retour en force des principes du droit, dès la fin du XIXe ceux-ci sont en déclin: en Allemagne, en Angleterre, en Amérique même. Le principal mouvement qui remet en cause l'État de droit tel que défini ci-dessus est le positivisme juridique, opposé à la théorie du droit naturel:

 

Toutes les écoles du droit naturel [bien qu'elles soutiennent des thèses souvent très différentes] s'accordent sur l'existence de règles qui ne sont pas issues du cerveau d'un législateur. Elles admettent que toute loi positive tire sa validité de certaines règles qui n'ont pas été effectivement faites par les hommes mais qui peuvent être "découvertes"; et que ces règles fournissent à la fois le critère de la justice du droit positif, et le fondement de l'obéissance que lui doivent les hommes.

 

A contrario pour les tenants du positivisme juridique, la loi, par définition, consiste exclusivement en commandements délibérés émanant d'une volonté humaine. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que l'État de droit et la liberté individuelle, étant indissociables, disparaissent dans les pays où le premier est devenu un concept purement formel: l'Allemagne hitlérienne, l'Italie fasciste et la Russie communiste. Et que, dans les pays dits démocratiques, le concept glisse vers le socialisme ou une sorte d'État-providence

 

Francis Richard

 

La constitution de la liberté, Friedrich Hayek, 548 pages, Institut Coppet (traduit par Raoul Audoin)

 

Livres précédents de la Bibliothèque autrichienne:

 

La présomption fatale, Friedrich Hayek

L'École autrichienne d'économie, Jesús Huerta de Soto

Abrégé de La Route de la servitude de Friedrich Hayek

Le calcul économique en régime socialiste, Ludwig von Mises

Introduction à l'école autrichienne d'économie, Eamonn Butler

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 21:30
La constitution de la liberté, de Friedrich Hayek: I La valeur de la liberté

La constitution de la liberté, paru en 1960, comprend trois parties:

 

I La valeur de la liberté

II La liberté et le droit

III La liberté dans l'État-providence

 

Et une annexe:

 

Pourquoi je ne suis pas un conservateur

 

Ce premier article consacré à cet ouvrage majeur de Friedrich Hayek est relatif à la première partie.

 

I La valeur de la liberté

 

Définition de la liberté

 

Friedrich Hayek adopte la définition traditionnelle de la liberté: indépendance par rapport à la volonté arbitraire d'un autre.

 

Il ne la définit donc pas comme le fait d'avoir le choix.

 

Il précise cette définition en disant ce qu'elle n'est pas:

- la liberté n'est pas de faire ce que l'on veut

- la liberté n'est pas assimilable au pouvoir ni à la richesse

 

La coercition ne peut être complètement évitée, mais elle n'est admissible que si elle est conforme à des règles connues, ce qui n'est pas la même chose que si elle est un moyen d'obliger les individus à servir les fins d'autrui.

 

L'ignorance et l'imprévisible

 

La civilisation?

 

La civilisation commence lorsque l'individu, dans la poursuite de ses objectifs, peut faire usage de plus de savoir qu'il n'en a acquis par lui-même, peut franchir largement les frontières de son ignorance, en profitant de connaissances qu'il ne possède pas.

 

Cette ignorance diminue-t-elle?

 

Plus nous devenons civilisés, plus s'accroît la relative ignorance de l'individu sur les faits dont dépend la bonne marche de la civilisation. La division de la connaissance en elle-même accentue la nécessaire ignorance de chaque individu sur l'essentiel de la connaissance.

 

L'homme est conscient de l'accumulation et de la diffusion de la connaissance dans le domaine de la science, mais il n'est pas conscient pas de la connaissance acquise en se servant d'outils (ou règles) façonnés par les générations précédentes.

 

Ces outils, ce sont des traditions et des institutions. Ils ne sont pas pour autant figés. Ils évoluent quand la conjoncture change, ce qui rend nécessaire une modification dans l'emploi des ressources, dans la direction et la nature des activités des individus, leurs habitudes et pratiques:

 

De la multitude inchiffrable d'humbles retouches effectuées par des inconnus dans le cours de leurs activités familières ressortent les exemples qui vont prévaloir. Ces menues rectifications sont aussi importantes que les innovations intellectuelles majeures, explicitement reconnues comme telles et diffusées.

 

Ce qui va conduire à la meilleure méthode est imprévisible. Pour que, justement, le processus fonctionne bien, la liberté individuelle est essentielle afin de laisser la place à l'imprévisible, à ce que nul ne peut prédire:

 

La justification de la liberté individuelle se fonde principalement sur le constat de notre inévitable ignorance concernant un grand nombre des facteurs dont dépend la possibilité de réaliser la plupart de nos objectifs, ainsi que notre bien-être.

 

De ce fait ni une personne ni un groupe ne peut délibérément bâtir la civilisation, elle résulte d'efforts mutuellement ajustés de gens nombreux:

 

C'est parce que la liberté signifie absence du contrôle des efforts individuels qu'une société libre peut compter sur un savoir plus vaste que celui que pourrait comprendre le législateur le plus sage.

 

C'est pourquoi la raison a des limites: ceux qui exaltent la raison humaine ne voient pas que pour qu'un progrès prenne place, le processus social d'où émerge la croissance de la raison doit rester indépendant de celle-ci.

 

Le progrès

 

Le progrès est en effet un processus de formation et de modification de l'intellect humain, suite d'adaptations et d'apprentissages au cours desquels un changement permanent s'opère non seulement dans notre connaissance de nouvelles possibilités, mais aussi dans nos valeurs et nos désirs.

 

Le progrès ne peut donc être planifié.

 

De plus le progrès n'est pas possible sans inégalité: Un progrès soutenu ne peut avancer de manière uniforme, et ne peut se faire que par percées, certains éléments allant loin en avant du reste.

 

Ce qui peut se résumer par cette formule de Gabriel Tarde: Les articles de luxe d'aujourd'hui sont le nécessaire de demain.

 

Il y a deux façons différentes de réduire les inégalités:

- à court terme en prenant aux riches pour améliorer le sort des pauvres, mais cela se traduit par un ralentissement du niveau de vie de l'ensemble de la population,

- à long terme en permettant l'ascension de quelques uns, ce qui aggrave au début les inégalités, mais, plus tard, les réduit grâce à la poursuite du progrès.

 

Raison et tradition

 

Il y a deux théories de la liberté. L'une se base sur la raison, l'autre sur la tradition.

 

Traits de la théorie de la liberté basée sur la raison (et le perfectionnisme de la rationalité):

- elle est spéculative et rationaliste,

- elle est d'origine française: les Encyclopédistes, Rousseau, les Physiocrates, Condorcet,

- elle fait résulter la survie des institutions d'un dessein préconçu, c'est-à-dire d'une invention par la raison humaine: les institutions utiles sont des constructions délibérées de l'esprit (exemple: Sparte),

- elle présuppose que l'homme est originellement doté des caractères tant intellectuels que moraux qui lui [ont permis] de façonner délibérément la civilisation: action rationnelle, intelligence et bonté,

 

Traits de la théorie de la liberté basée sur la tradition (et la faillibilité de l'homme):

- elle est empirique, non systématique,

- elle est d'origine britannique, enracinée dans la jurisprudence de la Common Law: David Hume, Adam Smith, Adam Ferguson, Josiah Tucker, Edmund Burke et William Paley,

- elle fait résulter la survie des institutions de leur réussite, de la croissance cumulative de la morale, du langage et du droit (exemples: Rome, Athènes)

- elle observe que la civilisation est le résultat cumulé d'essais et d'erreurs.

 

Les tenants de cette théorie n'excluent pas pour autant la raison, insuffisante à dominer dans tous ses détails une réalité complexe: il faut seulement l'utiliser intelligemment et préserver à cet effet son indispensable moule de spontané et d'irrationnel.

 

Responsabilité et liberté

 

Responsabilité et liberté sont indissociables dans une société libre:

- l'individu doit supporter les conséquences de ses actes, et en recevoir louange ou blâme,

- cette responsabilité ne se cantonne nullement dans les obligations sanctionnées par la loi,

- cette responsabilité ne s'applique qu'à ceux qui peuvent être tenus pour responsables, et non aux enfants, aux débiles mentaux ou aux déments,

- cette responsabilité ne veut pas dire altruisme indistinct,

- cette responsabilité est individuelle, jamais collective.

 

Une des conséquences est que dans une société libre nous sommes rémunérés non pas pour une aptitude, mais pour son emploi à bon escient.

 

Égalité, valeur et mérite

 

Seule est compatible avec la liberté l'égalité devant les règles générales du droit et du comportementL'égalité devant la loi, que requiert la liberté, conduit à l'inégalité matérielle.

 

Dans une société libre, pour que [dans une famille] soit assurée la transmission morale et intellectuelle, une certaine continuité du niveau et du mode de vie est à coup sûr essentielle; or, elle n'est possible que si on peut transmettre non seulement les biens immatériels, mais aussi les biens matériels.

 

L'inégalité matérielle se retrouve aussi dans les rémunérations. Dans une société libre, elles sont non pas proportionnées au mérite, mais aux satisfactions apportées aux autres: car ce qui est attendu des gens, c'est qu'ils engendrent un maximum d'utilité avec un minimum de peines et de sacrifices - c'est-à-dire avec un minimum de mérite.

 

Il ne faut pas confondre valeur et mérite:

- La valeur pour autrui des capacités ou services de la personne, et de ce qu'elle reçoit en retour, ont peu de rapport avec ce qu'on peut appeler un mérite moral ou un service rendu.

- Le mérite n'est pas une affaire de produit objectif, mais d'effort subjectif.

 

La règle majoritaire

 

Les doctrines du libéralisme et de la démocratie pour ce qui concerne la loi ne sont pas les mêmes:

 

Le libéralisme est une doctrine concernant ce que la loi devrait être, la démocratie concernant la façon de déterminer la loi.

 

Autrement dit le libéralisme accepte la règle majoritaire en tant que méthode de décision, mais non comme ayant autorité pour dire ce que devrait être la décision.

 

Or il ne faut pas confondre cet idéal libéral avec l'idéal démocratique: Pour le démocrate doctrinaire, le fait que la majorité veuille quelque chose est une raison suffisante pour considérer cette chose comme bonne; pour lui, la volonté de la majorité fait non seulement la loi, mais ce qui est la bonne loi.

 

Pour le démocrate doctrinaire tout peut être soumis à la règle majoritaire, la démocratie étant considérée comme une fin, alors que pour le libéral il y a des limites aux questions à résoudre ainsi, la démocratie étant considérée comme un moyen.

 

A ce stade, Hayek, qui reprend le sujet en deuxième partie de son livre, remarque: Bien que la démocratie soit probablement la meilleure sorte de gouvernement limité, elle devient une absurde caricature si elle se change en gouvernement illimité.

 

Hayek constate enfin que le nombre de salariés dans la population active s'accroît tandis que le nombre de personnes indépendantes diminue.

 

Or ce sont les salariés, du fait de la règle majoritaire, qui établissent désormais la législation, aux dépens des indépendants qui les emploient, ou pas, qui ont des moyens et dont ils ne sont pas à même de comprendre le rôle dans la création de richesses matérielles et immatérielles:

 

C'est l'une des grandes tragédies de notre temps, que les masses en sont venues, d'une part, à croire qu'elles ont acquis leur niveau élevé de confort matériel en tirant vers le bas la classe riche; d'autre part, à craindre que la survivance d'une telle classe, ou l'émergence d'une autre semblable, ne les dépouille de progrès futurs qu'elle considèrent comme leur revenant légitimement.

 

Francis Richard

 

N.B.  A propos des deux théories de la liberté, Friedrich Hayek précise bien qu'à celle française basée sur la raison il faut rattacher Hobbes et, à celle britannique basée sur la tradition, Montesquieu, Benjamin Constant et Alexis de Tocqueville...

 

La constitution de la liberté, Friedrich Hayek, 548 pages, Institut Coppet (traduit par Raoul Audoin)

 

Livres précédents de la Bibliothèque autrichienne:

 

La présomption fatale, Friedrich Hayek

L'École autrichienne d'économie, Jesús Huerta de Soto

Abrégé de La Route de la servitude de Friedrich Hayek

Le calcul économique en régime socialiste, Ludwig von Mises

Introduction à l'école autrichienne d'économie, Eamonn Butler

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt

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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 19:00
La présomption fatale, de Friedrich Hayek

L'objet de Friedrich Hayek, avec La présomption fatale, est de montrer que ce qu'il appelle ordre étendu ou ordre spontané résulte de l'observance de règles générales et abstraites et qu'il ne peut être atteint par un contrôle central.

 

Ces règles sont des règles apprises au cours de l'évolution culturelle. Elles ne sont ni innées, ni rationnelles. Elles sont le résultat d'une sélection évolutionnaire, comme en biologie. Et se situent entre l'instinct et la raison.

 

Elles ne sont pas naturelles dans le sens qu'elles ne sont pas innées. Elles ne sont pas rationnelles dans le sens qu'elles ne répondent pas aux exigences de la raison et sont, bien souvent, incomprises par les plus intelligents...

 

Les rousseauistes sont les adeptes de la morale innée, ou morale instinctive, qui se caractérise par la solidarité, l'altruisme, la décision de groupe, etc. qui, mises en pratique, ne permettent pas de maintenir l'ordre étendu.

 

Les rationalistes constructivistes ou les penseurs socialistes n'admettent que les règles qui sont scientifiquement démontrées, dont la finalité est clairement définie, dont les effets sont connus et qu'ils comprennent pleinement:

 

Ils ne voient pas rationnellement comment certaines limitations de la liberté individuelle reposant sur des règles légales et morales ont pu rendre possible un ordre plus grand et plus libre que celui qui pouvait être atteint par le biais du contrôle central.

 

(pour le comprendre, il leur faudrait avoir une meilleure connaissance de la théorie de l'évolution, de la biologie, de l'économie)

 

La morale traditionnelle est naturelle dans le sens qu'elle a été générée spontanément: elle n'est pas innée et n'est pas artificielle non plus (elle n'a pas été conçue de manière concertée par un ou des esprits humains).

 

La tradition morale ou morale évoluée reconnaît la propriété privée (Hayek lui préfère l'expression de propriété plurielle), l'épargne, l'échange, l'honnêteté, la fidélité en la parole donnée, le contrat, etc. qui ont permis l'ordre étendu.

 

La propriété plurielle est une des institutions de l'ordre étendu. Elle n'est pas égoïste:

 

Elle est globalement bénéfique en ce qu'elle transfère l'administration de la production des mains de quelques individus qui - quoi qu'ils puissent prétendre - ont une connaissance limitée, à un processus, l'ordre étendu, qui fait un usage maximal de la connaissance de tous, et apporte ainsi à ceux qui ne possèdent pas de propriété au moins autant qu'à ceux qui en possèdent une.

 

Le marché, avec l'expérimentation et la compétition, qui est une procédure de découverte, résulte de l'échange:

 

Le marché est la seule méthode connue de transmission d'informations qui permette aux individus d'évaluer les avantages comparatifs des différents usages de ressources dont ils ont une connaissance immédiate et au travers de l'usage desquelles, qu'ils le veuillent ou non, ils servent les besoins d'individus inconnus et éloignés. Cette connaissance dispersée est essentiellement dispersée, et ne pourrait à l'évidence, être collectée et transmise à une autorité chargée de la tâche de créer délibérément un ordre.

 

La présomption fatale est justement de vouloir instituer une autorité (sous forme inévitable de monopoles gouvernementaux qui rendent impossibles compétition et expérimentation) pour créer délibérément cet ordre et interférer dans le processus d'auto-organisation, empêchant par là même la sélection par l'évolution.

 

Comme l'écrit Hayek dans un appendice sur la superstition, à tout prendre, il vaut sûrement mieux pour le monde que les hommes doivent être droits pour de mauvais motifs que de les voir faire le mal avec les meilleures intentions...

 

Francis Richard

 

La présomption fatale - Les erreurs du socialisme, Friedrich Hayek, 250 pages, Institut Coppet (traduit par Raoul Audoin)

 

Livres précédents de la Bibliothèque autrichienne:

 

L'École autrichienne d'économie, Jesús Huerta de Soto

Abrégé de La Route de la servitude de Friedrich Hayek

Le calcul économique en régime socialiste, Ludwig von Mises

Introduction à l'école autrichienne d'économie, Eamonn Butler

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt

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23 avril 2019 2 23 /04 /avril /2019 15:30
L'École Autrichienne, de Jesús Huerta de Soto

Dans cet ouvrage, paru en espagnol en 2000, Jesús Huerta de Soto, rappelle d'abord les principes essentiels de l'École Autrichienne et l'importance pour elle de la connaissance et de la fonction entrepreneuriale.

 

Ensuite, à partir de ces prémices, il rappelle tout ce que la Science Économique lui doit comme apports théoriques au cours de l'Histoire depuis ses précurseurs catholiques espagnols jusqu'à aujourd'hui.

 

Enfin, il évoque tous les domaines d'études que sa méthodologie permet d'aborder aujourd'hui depuis sa renaissance en 1975, après que, pendant trois décennies, la synthèse néoclassique-keynésienne a dominé indûment.

 

 

Les principes essentiels

 

Pour énoncer ces principes l'auteur fait appel aux différences essentielles entre l'École Autrichienne et l'École Néoclassique:

 

- Les théoriciens autrichiens conçoivent la Science Économique comme une théorie de l'action plus que de la décision : dans la réalité, l'information n'est pas donnée à l'être humain, il doit la découvrir par un processus dynamique.

 

- Les biens, marchandises, les richesses et toutes les autres notions de la conduite ne sont pas des éléments de la nature, mais des éléments de l'esprit et de la conduite humaine: les restrictions de l'économie sont imposées par défaut de connaissance.

 

- Le monde réel est toujours en déséquilibre et la fonction principale de l'entrepreneur consiste à créer et à découvrir une nouvelle information, c'est-à-dire une occasion de gain qu'il n'avait pas remarquée jusque-là pour en tirer parti.

 

- S'il méconnaît cette occasion de gain, il commet une erreur entrepreneuriale pure; il doit, pour éliminer cette erreur, découvrir et saisir l'occasion de gain méconnue et c'est alors qu'il peut en tirer un profit entrepreneurial pur.  

 

- L'information, découverte et saisie par l'entrepreneur est subjective: c'est une connaissance pratique, importante, interprétée subjectivement, possédée et utilisée par l'acteur dans le contexte d'une action concrète.

 

- Une fois découverte et saisie par l'entrepreneur cette occasion de gain disparaît: il se produit un processus spontané de coordination, qui est tendance à l'équilibre du marché réel, équilibre jamais atteint, car ce processus ne s'arrête jamais.

 

De ces principes découlent chez les autrichiens:

 

- le caractère subjectif des coûts: le coût est la valeur subjective que donne l'acteur aux fins auxquelles il renonce quand il décide d'agir

 

- le formalisme verbal: il permet de recueillir les essences (das Wesen) des phénomènes économiques, ce que ne permet pas le langage mathématique

 

- l'impossibilité de faire des prédictions de détail: on peut prévoir les désajustements et les effets de dis-coordination sociale produits par la contrainte institutionnelle sur le marché (socialisme ou interventionnisme)

 

 

Connaissance et fonction entrepreneuriale

 

Les autrichiens distinguent deux types de connaissance:

 

- la connaissance pratique, éparpillée, tacite, d'événements uniques

 

- la connaissance scientifique, centralisée, explicite, de catégories

 

Ils donnent deux définitions de la fonction entrepreneuriale:

 

- Pour les autrichiens, la fonction d'entrepreneur, au sens large, coïncide avec l'action humaine elle-même.

 

- La fonction entrepreneuriale, au sens strict, consiste essentiellement à découvrir et à apprécier (prehendo) les occasions d'atteindre un but ou, si l'on veut, d'obtenir un gain ou un profit qui se présente, en agissant de façon à les saisir.

 

Le processus de coordination sociale, vu ci-dessus et qui fait disparaître l'occasion de gain, est un processus concurrentiel: la concurrence est en effet un processus dynamique de rivalité, qui n'a rien à voir avec la concurrence parfaite, modèle dans lequel de nombreux offrants font la même chose et vendent tous au même prix, c'est-à-dire dans lequel, paradoxalement, personne ne fait de concurrence.

 

La société est donc un processus:

 

- spontané, dessiné par personne

 

- très complexe, formé:

 

. de millions de personnes présentant une variété infinie d'objectifs, de goûts, de jugements, de connaissances pratiques

 

. de millions d'interactions humaines, qui sont toutes stimulées par la force de la fonction entrepreneuriale, qui, sans cesse, crée, découvre et transmet information et connaissance, en adaptant et en coordonnant de façon concurrentielle les plans contradictoires des hommes, et en permettant leur vie en commun avec un nombre et une richesse de nuances et d'éléments toujours croissants

 

Pour les autrichiens, l'objet de l'économie consiste à étudier ce processus dynamique de découverte et de transmission d'information, continuellement stimulé par la fonction entrepreneuriale et qui tend à adapter et à coordonner les plans des hommes, rendant ainsi possible leur vie en société.   

 

 

Les précurseurs espagnols

 

Les éléments fondamentaux du libéralisme économique ont été conçus par des dominicains et des jésuites de l'École de Salamanque au cours du Siècle d'Or espagnol, c'est-à-dire:

 

- la théorie subjective de la valeur

 

- la découverte de la relation exacte entre prix et coûts

 

- la nature dynamique du marché

 

- le concept dynamique de la concurrence

 

- la distorsion introduite par l'inflation

 

- le principe de la préférence temporelle (les biens présents ont plus de valeur que les biens futurs)

 

- la critique du système bancaire de réserve fractionnaire

 

- la découverte que les dépôts bancaires font partie de l'offre

 

- l'impossibilité d'organiser la société par des ordres coercitifs

 

- la violation du droit naturel par toute intervention injustifiée sur le marché

 

 

Les autrichiens

 

Le mérite principal de Carl Menger (1840-1921) a été de redécouvrir et de favoriser cette tradition continentale espagnole.

 

Ses apports essentiels auront été sa conception subjectiviste de chaque processus d'action humaine et son explication théorique de l'apparition spontanée et évolutive des institutions sociales à partir de cette conception.

 

Eugen Böhm-Bawerk (1851-1914) a étendu l'application de cette théorie subjective au domaine de la théorie du capital et de l'intérêt:

 

- le concept de capital peut se définir comme la valeur des biens d'investissements à prix de marché

 

- le taux d'intérêt est le prix de marché des biens présents en fonction des biens futurs

 

Ludwig von Mises (1881-1973) a été capable mieux qu'aucun autre membre de l'École Autrichienne, d'extraire l'essence du paradigme créé par Menger, et de l'appliquer à une série de secteurs économiques nouveaux...

 

Il a ainsi développé:

 

- une théorie de la monnaie et du crédit basée sur la conception subjectiviste de l'économie

 

- une théorie des cycles basée sur l'analyse des effets des manipulations de la monnaie et du crédit sur la structure des biens d'investissement

 

- une théorie sur l'impossibilité du socialisme en raison de la contrainte exercée sur la liberté d'agir, qui empêche l'apparition, dans l'esprit des acteurs individuels, de l'information nécessaire pour coordonner la société 

 

- une théorie sur la fonction entrepreneuriale dont l'élément essentiel réside dans la capacité créative de l'esprit humain qui dirige l'action et la création

 

- une méthode d'économie politique à partir d'un petit nombre d'axiomes fondamentaux qui sont inclus dans le concept d'action (le plus important d'entre eux est la catégorie même d'action)

 

Friedrich Hayek (1899-1992) a été l'une des figures intellectuelles les plus importantes du XXe siècle: philosophe, multidisciplinaire, grand penseur libéral et Prix Nobel d'Économie en 1974...

 

Ses apports essentiels sont:

 

- une théorie des cycles approfondie où il explique les crises des économies capitalistes par les changements monétaires qui affectent le processus productif en modifiant la structure de prix relatifs

 

- l'idée que la société est un ordre spontané, c'est-à-dire un processus dynamique en évolution constante, et qui naît de l'interaction continuelle de millions d'êtres humains, qui n'a pas été et ne pourra jamais être dessinée consciemment ou délibérément par personne

 

- une théorie juridique et politique où il montre que le socialisme, fondé sur l'agression institutionnalisée et systématique contre l'action humaine et exercée au moyen d'une série d'ordres ou directives coercitives [il les appelle législation par opposition au concept générique de droit], implique [...] la disparition du concept traditionnel de loi en tant que série de normes générales [...] et abstraites [avec pour conséquence le discrédit du concept de loi].

 

 

Renaissance de l'École Autrichienne

 

Après que le Prix Nobel d'Économie a été décerné à Friedrich Hayek en 1974 un nouvel élan a été donné à l'École Autrichienne d'Économie, qui, en outre, a bénéficié du discrédit des théories keynésienne et interventionnistes. Deux autrichiens ont joué un rôle protagoniste dans cette renaissance: Murray Rothbard et Israël Kirzner.

 

Aujourd'hui la recherche autrichienne s'intéresse à:

 

- la théorie de la coercition institutionnelle, qui est une généralisation de l'analyse du socialisme

 

- la théorie des prix, qui explique qu'ils se forment de façon dynamique et sont le résultat d'un processus  séquentiel et évolutif animé par la force de la fonction entrepreneuriale

 

- la théorie de la concurrence, qui s'entend comme un processus de rivalité nettement entrepreneuriale et où les problèmes de monopole pris dans leur sens traditionnel sont rendus inexistants

 

- la théorie du capital et de l'intérêt, qui part d'une conception subjectiviste où les processus de coordination microéconomiques observables dans le monde réel sont pris en compte

 

- la théorie de la monnaie, du crédit et des marchés financiers, domaine dans lequel l'interventionnisme est nocif, préjudiciel et responsable des récessions économiques successives

 

- la remise en cause des théories de la croissance et du sous-développement économique, du bien-être et des biens publics, qui sont toutes élaborées dans un contexte statique (qui n'existe pas dans le monde réel) et qui ne tiennent pas compte de la perspicacité et de la capacité créative de l'être humain

 

- la théorie de la population, où sa croissance n'est ni un frein ni un obstacle au développement économique, mais au contraire le moteur et la condition nécessaire pour qu'il se réalise

 

- l'analyse théorique de la justice et de l'éthique sociale qui critique le concept de justice sociale et qui montre que tout être humain a droit aux résultats de sa créativité entrepreneuriale

 

etc.

 

Jesùs Huerta de Soto donne une longue liste des théoriciens qui participent, ou ont participé, à cette renaissance de l'École Autrichienne dans des universités américaines ou européennes.

 

Il faut mettre au crédit de cette école d'économie deux prédictions qu'elle a été seule à faire au cours du XXe siècle:

 

- la Grande Dépression de 1929, prédite par l'Institut Autrichien d'Études de la Conjoncture, dirigé par Friedrich Hayek, comme résultat inexorable des excès monétaires et de crédit des "heureuses" années vingt qui suivirent la Première Guerre mondiale

 

- la chute du socialisme réel, implicite dans l'analyse de Mises de l'impossibilité du socialisme  

 

Avec l'auteur, il faut espérer que la méthodologie réaliste, féconde, humaniste, développée par l'École Autrichienne, ait une influence de plus en plus grande dans l'avenir de l'économie.

 

Francis Richard

 

L'École Autrichienne, Jesús Huerta de Soto, 188 pages, Institut Coppet (traduit de l'espagnol par Rosine Létinier)

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21 mars 2019 4 21 /03 /mars /2019 23:30
Abrégé de La route de la servitude de Friedrich Hayek

Comme l'explique Benoît Malbranque, président de l'Institut Coppet, dans sa préface, le livre détonnant de Friedrich Hayek, publié en 1944 (et inspiré de Tocqueville), n'aurait pas connu l'immense succès d'édition qu'il a eu sans cet abrégé paru dans le Reader's Digest en avril 1945.

 

Son auteur, Max Eastman, fut commissionné par la revue pour le faire. Sa diffusion à 600'000 exemplaires est à comparer aux 2'000 exemplaires de l'édition originelle, qui ne pouvait qu'être destinée à une petite caste d'intellectuels brillants. Pour la première fois, ce texte promoteur est publié en français.

 

Friedrich Hayek a compris qu'en Allemagne ce sont en grande partie des gens de bonne volonté qui, par leur politique socialiste, ont pavé la voie aux forces politiques qui défendent tout ce qu'ils détestent: les tendances socialistes du début du XXe ont eu pour résultat la montée du fascisme et ... du marxisme.

 

En concentrant le pouvoir économique au service d'un plan unique, au lieu qu'il soit exercé par une multitude, on accroît le pouvoir de l'homme sur l'homme que seul le système concurrentiel peut minimiser. Instrument du pouvoir politique, ce pouvoir crée un degré de dépendance qui se distingue à peine de l'esclavage.

 

L'individualisme repose sur le respect du christianisme pour l'homme individuel et sur la conviction qu'il est souhaitable que les hommes soient libres de développer leurs propres dons et leurs propres penchants. Les énergies libérées à partir de la Renaissance ont permis ainsi le merveilleux progrès de la science.

 

Ce succès du libéralisme a été paradoxalement la cause de son déclin au début du XXe: on croit pouvoir accélérer le progrès en remettant en cause les forces spontanées d'une société libre qui l'ont permis. On les remplace par une direction collective et "consciente" et on détruit la liberté en voulant faire de l'État le paradis sur terre.

 

Le libéralisme n'est pas un laissez-faire dogmatique. La concurrence ne peut en effet fonctionner de manière bénéfique que dans un cadre juridique mûrement réfléchi, sans qu'intervienne l'autorité de manière coercitive et arbitraire. Cette dernière ne réglemente que là où les conditions de la concurrence ne peuvent être créées.

 

Socialisme et liberté sont antinomiques, à moins de pervertir le sens du mot liberté, qui ne se définit plus vis-à-vis de la coercition, vis-à-vis du pouvoir des autres hommes. Dans l'acception socialiste, il signifie libération par rapport à la nécessité, relâchement de la contrainte des circonstances et, donc, redistribution de la richesse.

 

Seulement l'économie planifiée ne produit jamais les fruits espérés. Ce qu'on nous promet comme la Route de la Liberté est en fait l'autoroute de la servitude:

- La liberté individuelle ne peut être réconciliée avec la subordination permanente de toute la société à un seul but suprême.

- Ce sont les éléments les pires qui se retrouvent au sommet, car ils ne doivent pas se différencier par l'éducation ou l'intelligence: ils ne peuvent que s'entendre sur des normes morales basses, pour convaincre le plus grand nombre avec des slogans simplistes et un programme basé sur la haine de l'ennemi, sur l'envie des mieux lotis.

 

Alors que, dans un État de droit, le gouvernement est lié par des règles fixées et annoncées à l'avance [...], l'autorité de planification ne peut pas se lier d'avance par des règles générales qui empêchent l'arbitraire, parce que ses décisions dépendent des circonstances et des intérêts de diverses personnes et de divers groupes.

 

La planification est-elle inévitable? En tout cas, dans les sociétés complexes, comparée au système concurrentiel, où les entrepreneurs peuvent ajuster leurs activités à celles de leurs semblables, avec son organe central elle est incapable de connaître les conditions de la demande et de l'offre de différents produits, en constante évolution.

 

La planification donne l'illusion aux hommes de les libérer de leurs problèmes économiques et des choix amers qu'ils impliquent en les faisant pour eux. En réalité elle les asservit en dirigeant presque toute leur vie, puisque, dans les conditions modernes, [ils] dépendent pour presque tout des moyens que fournissent [leurs] semblables.

 

Il y a enfin deux sécurités économiques:

- la certitude d'un minimum donné de subsistance pour tous;

- la sécurité d'un niveau de vie donné, de la position relative dont jouit une personne ou un groupe par rapport aux autres.

 

La première peut être garantie dans les sociétés modernes sans mettre en péril la liberté générale. La seconde ne peut l'être puisqu'il s'agit de protéger les individus ou les groupes contre la diminution de leurs revenus, ce qui revient à privilégier certains aux dépens des autres, sous la forme de la "régulation" de la concurrence, de la "stabilisation" des prix et des salaires particuliers.

 

Deux types d'organisation sociale s'opposent donc et sont irréconciliables: ou bien le risque et le choix sont chez l'individu, ou il est dispensé des deux, mais, s'il accepte d'en être dispensé, cela veut dire qu'il préfère (ou est conditionné à préférer) son aspiration à la sécurité à son amour de la liberté.

 

Hayek cite Benjamin Franklin: Ceux qui abandonneraient la liberté essentielle pour acheter un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité.

 

Il conclut: Le principe directeur de toute tentative de créer un monde d'hommes libres doit être ceci: une politique de liberté pour l'individu est la seule politique vraiment progressiste.

 

A lire de nos jours Hayek, nous comprenons encore mieux pourquoi il avait dédié son livre aux socialistes de tous les partis...

 

Francis Richard

 

Abrégé de La route de la servitude de Friedrich Hayek, 40 pages, Institut Coppet (traduit de l'anglais par Gérard Dréan)

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2 mars 2019 6 02 /03 /mars /2019 16:50
Les donneurs de leçons, de Nicolas Lecaussin

Ils sont tous là, Les donneurs de leçons...

 

Et elle va mourir la France, laissée en vrac...

 

Le donneur de leçon sait tout. Il se prononce sur tous les sujets, car il les connaît forcément très bien. En tout cas mieux que les autres... Il a la science infuse, donc il fait la leçon à tout le monde. Pas seulement une leçon de morale, mais aussi une leçon de conduite.

 

Le donneur de leçons, c'est l'homme politique, le fonctionnaire, le syndicaliste, le journaliste, le président, Emmanuel Macron en l'occurrence.

 

Alexis Tocqueville avait prédit l'apparition de ces "faux tyrans" qui ressembleraient plus à des "tuteurs" qu'à des despotes...

 

Les tenants de l'étatisme

 

La garde rapprochée du président Emmanuel Macron est composée de douze de ces donneurs de leçons, dont dix ont des liens avérés avec le PS ou des élus socialistes:

- Alexis Kohler

- Anne de Bayser

- Patrick Strzoda

- Ismaël Émelien

- Stéphane Séjourné

- Sibeth Ndiaye

- Bruno Roger-Petit

- Julien Denormandie

- Benjamin Griveaux

- Christophe Castaner

 

Philippe Etienne et Sylvain Fort sont les exceptions qui confirment cette ruineuse continuité socialiste, de Hollande à Macron.

 

Qui se ressemblent, s'assemblent: l'énarque Macron est entouré d'énarques... qui croient tous comme lui que l'État doit s'occuper de tout ou presque. Et d'aucuns disent qu'ils sont libéraux... Ce doit être ironique...

 

Le libéralisme de Macron

 

Car avec Macron:

- les dépenses publiques continuent d'augmenter (56,5% du PIB en 2017), taux d'augmentation de 2,5% en 2018;

- le déficit de l'État (hors administrations locales et Sécurité sociale) est de 26% de son budget (c'est évidemment moins soft que de l'exprimer en % du PIB);

- le nombre de chômeurs en France a un peu baissé, grâce une conjoncture mondiale favorable, mais nettement moins qu'en Allemagne;

- onze nouveaux impôts et taxes ont été créés depuis mai 2017;

- les carburants y sont toujours fortement taxés (157% sur le SP95, 130% sur le gazole);

- des réformettes ont bien été menées, mais sans véritables conséquences concrètes, hormis, bien sûr, la CSG pour les retraités...

 

Les réformes libérales, ça marche

 

Ce donneur de leçons et ses semblables devraient s'inspirer de ce qui s'est fait aux Pays-Bas ou au Canada. Car c'est la preuve concrète que les réformes libérales, ça paie et ça garantit la victoire aux élections.

 

Au lieu de ça il donne des leçons aux dirigeants étrangers et leur demande d'adopter ce qui ne marche déjà pas en France, parce qu'il trouve sans doute que ça marche trop bien chez eux.

 

On peut ne pas aimer Donald Trump, pour un tas de raisons, mais force est de constater que les donneurs de leçons français, qui le critiquent, voire l'insultent, devraient (s'ils étaient honnêtes, ou lucides, mais c'est certainement trop leur demander), dire que les résultats sont là, grâce aux suppressions massives de réglementations (notamment écologistes) et aux baisses d'impôts et taxes:

- le taux de croissance y est de 4,2%;

- le taux de chômage de 3,9% (3,6 millions d'emplois ont été créés depuis janvier 2017).

 

Plus égaux que les autres

 

Un des modèles de ces donneurs de leçons, qui en est un lui-même, Nicolas Hulot, ne fait pas ce qu'il dit aux autres de faire, avec son écurie automobile et ses déplacements en hélicoptère...

 

Mais il n'est pas le seul. Les donneurs de leçons sont pléthore, qui prétendent lutter contre les inégalités et sont pourtant furtivement plus égaux que les autres:

- les hauts fonctionnaires d'organisations internationales qui jouissent de l'immunité fiscale;

- les journaux de la presse écrite qui reçoivent de mirifiques subventions publiques;

- les fonctionnaires parlementaires qui bénéficient de privilèges exorbitants;

- les salaires des fonctionnaires du ministère des finances et de l'économie qui sont disproportionnés par rapport à ceux des autres ministères; 

- les syndicats (ils ne représentent quasiment plus rien en France) qui vivent surtout de subventions et dont les permanents sont payés par les entreprises ou l'administration.

 

Vous avez dit transparence?

 

Ces donneurs de leçons ont tout le temps le mot de transparence à la bouche mais dissimulent leurs biens et revenus, à commencer par le premier d'entre eux, le président, dont les déclarations de patrimoine sont sujettes à caution, c'est le moins qu'on puisse dire...

 

Le bilan de ces donneurs de leçons, qu'ils dirigent le pays ou qu'ils en profitent éhontément, ne peut qu'être négatif. Le prétendu libéralisme, accusé de tous les maux, n'y est pour rien. Il faut être cash:

- la France est une démocratie centralisée;

- l'État y saigne les contribuables;

- 50% des Français ne paient pas l'impôt sur le revenu;

- une partie de la population vit sur le dos des autres;

- une minorité, les syndicats, s'oppose à tout changement;

- le président cumule pratiquement tous les pouvoirs;

- le fisc est tout-puissant;

- la Cour des comptes est impuissante;

- le monopole de la vérité (officielle donc), de par la loi, est détenu par les médias traditionnels.

 

Leur imposture

 

Alors il faut lire le livre de Nicolas Lecaussin qui entre dans le détail sur ces donneurs de leçons, qui sont en même temps des prédateurs.

 

L'auteur fait à la fin une tirade qui résume leur imposture:

 

Un coup de maquillage social, un coup d'éponge compassionnelle, un coup de savonnette écolo, un coup de shampoing avec plein de paillettes fiscales, on remue le tout dans un mixeur, et l'État-providence présente sa peinture cache-misères, à même d'éblouir les alouettes.

 

Et dit fermement à l'adresse de ces donneurs de leçons:

 

Les Français savent mieux que vous ce qui est bon pour eux! C'est ce qu'auraient dû demander les gilets jaunes (les vrais). "Foutez-nous la paix!", "Laissez-nous tranquilles!", "Laissez-nous faire!".

 

Francis Richard

 

Les donneurs de leçons, Nicolas Lecaussin, 208 pages, éditions du Rocher

 

Livres précédents de Nicolas Lecaussin:

Au secours, ils veulent la peau du capitalisme! Editions First (2009)

L'obsession anti-libérale française Libréchange (2014)

 

Livres précédents de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin:

A quoi servent les riches JC Lattès (2012)

Échec de l'État éditions du Rocher (2017)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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