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31 décembre 2008 3 31 /12 /décembre /2008 11:10

Ce livre porte un sous-titre qui peut être dissuasif : « Cours familier d'anthropologie ». Il pourrait laisser croire qu'il s'agit d'un livre savant au sens d'incompréhensible, alors qu'il n'en est rien. Il est bien savant, rassurez-vous, mais il reste tout à fait accessible au commun des mortels dont je fais partie.


Avec  ce livre Chantal Delsol veut apporter une contribution originale. Elle veut parler de l'homme à un moment où peu de gens veulent encore dire quelque chose à son sujet. Elle le fait très bien parce qu'elle réussit à esquisser « la figure humaine universelle », comme elle s'en est donnée le but.


Tout commence pour elle par ce qui distingue l'homme des animaux. L'homme a conscience qu'il est mortel. Chantal Delsol estime comme hypothèse la plus probable que l'homme descend des grands singes. Un de ces grands singes serait devenu un homme à partir du moment où il aurait enterré les siens.


Il n'est pas besoin de suivre Chantal Delsol sur ce terrain-là, celui de l'évolution, pour admettre que cet acte d'enterrer les siens signifie bien que l'homme « se sait mortel, s'en étonne et s'en désole ». Cela a, en tout cas, une conséquence : par là même il se différencie des autres animaux.


Pour l'homme les explications de la mort sont multiples. Les religions considèrent que la mort est un passage obligé qui conduit à l'éternité. A propos de la mort les sagesses parlent d'illusion. Les idéologies gomment la mort qui n'existe pas au regard de la masse qui, elle, serait immortelle. La technique fait miroiter une immortalité biologique qui peut-être « conserverait la vie, mais en perdrait la fleur ».


Toute société est destinée à durer
 : « Mortels par nature et par définition, les humains deviennent immortels de façon symbolique, en se perpétuant par la génération ». Mais « à quel prix faut-il durer ? ». Suivant les époques les Européens répondront différemment à cette question.


« Le danger mortel et l'espérance du « salut » représentent les arguments décisifs des régimes autoritaires anciens et modernes » : « durer n'a pas de prix ». « Chez Augustin s'efface (...) la prévalence du salut et de l'immortalité de la cité, parce que mesurée dès lors au salut dans sa dimension transcendante » : « durer a un prix, d'autres valeurs sont plus importantes ». Aujourd'hui cette dernière conviction est de retour, mais sans le christianisme...


Or, « pour durer, il faut qu'une société moderne (ou qui ne se perpétue pas par le seul instinct) sache pourquoi elle dure. Autrement dit, plus les conséquences de l'instinct sont contrôlées, plus le sens est nécessaire. La contraception, qui peut donner à une société les moyens de se suicider, serait en quelque sorte compensée par la religion qui lui offre des raisons de vivre ».


La différenciation entre le bien et le mal
est universelle s'il existe des divergences dans le contenu précis : « Mais sur l'essentiel il existe une communauté de pensée, même sans influences réciproques ». Ce que l'auteur désigne par l'intuition universelle de la norme. Pour y parvenir il convient d'introduire la notion de séparation.


La séparation peut être comprise dans des sens opposés. Les êtres sortent du chaos en se séparant de l'être et c'est le sens bénéfique de la séparation. A contrario le mal est ce qui sépare les hommes. Le bien est ce qui les réunit. Et, pour couronner le tout, la créature, qui ne serait pas libre autrement, est un mélange de bien et de mal. Quelles que soient les explications culturelles que l'on se donne sur l'origine du mal.


Parmi les exemples de délabrement moral Chantal Delsol donne celui du principe de séparation dans le nazisme et du retour au chaos dans les idéologies égalitaires, qui aboutissent aujourd'hui au relativisme - « toutes les croyances et tous les comportements se valent » - lequel se caractérise par la négation de toute différence.


L'homme est un héritier
 : de la culture, de la civilisation et du hasard (ou de la bonne fortune). Il n'y peut rien, mais il ne serait rien non plus « sans cette appartenance imposée » : « L'héritage ne rendra pas l'homme immortel. Il lui conférera son humanité ».


« Alors que la culture savante s'enracine dans les sciences et les philosophies, l'art de vivre trouve sa source dans les religions et les sagesses. (...) Les sociétés modernes accordent un prix immense à la culture savante et ne se soucient guère de l'art de vivre, comme si la connaissance pouvait remplacer le souci des êtres et le discernement devant les situations ».


« La transmission est l'inculcation, à un être LIBRE, de croyances INCERTAINES. Cette double indétermination en fait un acte tout autre que la production, où les éléments premiers sont bruts et manipulables, et où la volonté du créateur est sûre d'elle-même et univoque. L'existence de l'aléatoire, à la fois dans la personne de l'éduqué et dans les visées de l'éducateur, livre cette activité au doute et à l'imperfection. La conséquence de la transmission dès lors n'est plus résultat, mais fruit, n'est plus production, mais fécondité ».


Malheureusement la transmission a été corrompue par l'autorité excessive du père et la culture a été dépravée par le désespoir, né de la révélation des horreurs que l'homme était capable de commettre : « Le renoncement si fréquent de la transmission suit aujourd'hui une sorte d'abandon culturel, qui s'exprime par le dédain et le ricanement ». Mais « aucune société humaine ne saurait, quelles que soient ses raisons, passer outre la transmission ».


A sa naissance et à sa mort l'homme est seul. Durant son existence, l'homme n'est pas tout seul, mais il est distinct. La distance qui le sépare des autres, il a besoin de la combler en tissant des liens : « Le lien n'est pas voué à se dissoudre, pour laisser enfin les deux parties réunies en une seule. Il est voué à une existence permanente, entre deux parties demeurées distantes l'une de l'autre, et différentes ».


Les liens se tissent au travers des dons et des contre-dons : « Obligé est celui qui reçoit le don et se voit redevable du contre-don. Une partie de soi ne lui appartient plus, mais appartient virtuellement à l'autre. Il ne se possède pas soi-même entièrement. D'où cette sensation de moindre-être et d'infériorité face à son créancier ».


L'esprit de commerce aurait dû « (engager) vers la douceur et (écarter) les sociétés du fanatisme ». Seulement « la guerre appartient au monde de la gratuité et le commerce au monde de l'intérêt ». La dette se substitue alors au don pour créer le lien : « cette intime correspondance du lien avec la dette incite l'individu contemporain à refuser le lien, pour ne pas être engagé dans la dette ».


« Dans le don, on a fini par ne plus voir que l'inégalité, parce que l'inégalité est devenue l'obsession de nos sociétés. Celui qui donne possède plus. Et inversement. Scandale. La situation de parfaite égalité est inaccessible, comme on a fini par se l'avouer après un siècle de communisme. Mais au moins faudrait-il passer l'inégalité sous silence, en remplaçant le don visible par la redistribution anonyme. » C'est ainsi que le dû remplace le don et que le lien est rompu.


Trois passions sont représentatives de notre époque : l'indépendance personnelle, l'égalité et la matière. Toutes trois engendrent « l'esseulement général » dont l'homme contemporain souffre.  Il aimerait bien nouer des liens, mais cela demande un effort. Or le dû justement permet de ne plus faire d'effort et, au final, par refus de l'effort, l'homme ne cherche plus son accomplissement, qui lui est pourtant intrinsèque.


L'indépendance personnelle se retrouve dans les relations civiles. Elles n'ont jamais été aussi médiocres. Chantal Delsol rappelle que les mauvais comportements ne sont pas affaire de milieu, mais d'éducation. Laquelle ne se donne pas à coups d'allocations. L'éducation n'est pas affaire matérielle. L'égalité se retrouve dans le refus de la différence, à moins qu'elle ne soit folklorique. Là encore le lien est remis en cause, « parce que le véritable lien ne va pas du même au même, mais du même à l'autre ».


Chantal Delsol termine son livre en parlant des deux pôles que constituent pour l'homme l'enracinement et l'émancipation : l'homme a besoin à la fois de l'un et de l'autre. Et c'est tout le problème de sa condition. Il ne peut pas échapper complètement aux déterminations qui font de lui ce qu'il est. Il tente cependant de le faire pour échapper notamment à la souffrance que représente pour lui la conscience qu'il doit lutter pour vivre.


Quand il s'émancipe, l'homme ne cherche rien d'autre qu'un nouvel enracinement : « L'émancipation est bien un arrachement, mais sans autre but que de rejoindre une autre appartenance, jugée meilleure, plus convenable et plus juste ».


Avec les Lumières - celles de la faction qui l'a emporté lors de la Révolution française ( voir mon article sur Les racines de la liberté, de Jacques de Saint Victor  ) - il s'agit d' « abolir l'enracinement au lieu d'en modifier les contours » : « La volonté de supprimer tout enracinement signe la présence d'une émancipation pervertie ».


Cette perversion se traduit ainsi : « Nous savons que la volonté d'émancipation peut tuer, mais ces assassinats nous indignent moins que d'autres, parce qu'ils obéissent au processus de l'universel. Tandis que les massacres et destructions humaines perpétrés au nom de l'enracinement - les guerres patriotiques - nous plongent dans un état de fureur : leurs finalités sont indignes, parce qu'elles font injure au progrès ».


Or « le progrès corrompt en même temps qu'il améliore. En tant que nouveauté, il apporte aussi des corruptions nouvelles, auxquelles on n'avait pas pensé : ce qu'une société raisonnable peut tenter d'anticiper ; ce qu'elle peut au moins accepter de reconnaître, et de remettre en cause ».


« L'époque contemporaine, en Occident, a éloigné le plus possible les individus de leurs groupes identitaires, afin de les soustraire à des oppressions bien connues. Mais elle a remplacé les appartenances particulières par une appartenance globale, laquelle s'avère peut-être plus oppressive, quoique à l'insu de tous ».


Aussi, à cette faction des Lumières qui l'a emporté, Chantal Delsol préfère-t-elle les Lumières d'un Vico : « Ce sont les hommes qui font l'histoire, dit Vico, et à ce titre ils la connaissent, car on ne connaît bien que ce que l'on a fait ». Pour Vico, « les normes de chaque temps demeurent relatives, parce que relevant d'un jugement d'expérience, mais toujours selon un ordre voulu par l'homme dans l'histoire, parce que l'homme est créature de Dieu ».


En définitive « l'homme possède à la fois des racines et des ailes. La grande erreur de notre temps est de ne pas l'avoir encore compris ».


Quand j'ai décidé de parler de ce livre j'ai eu deux tentations : celle de le résumer en quelques lignes et celle de le citer en abondance pour mettre en appétit. J'ai cédé à la seconde de ces tentations, en multipliant les citations, pour bien montrer que ce livre était dense et que j'aurais bien du mal à ne pas le trahir si je le résumais sommairement.


En relisant ce que j'ai écrit ci-dessus je me rends compte que je n'ai pas développé tel ou tel point. Je ne pense pas que cela soit bien grave, si j'ai pu donner envie à l'internaute d'aller voir lui-même dans le détail tout ce que ce livre essentiel peut lui révéler sur lui-même et sur l'époque dans laquelle il se meut.


L'internaute aura pu avoir confirmation de ce que je disais en préambule, via les citations que je fais : Chantal Delsol est une véritable pédagogue. Ce qui n'est guère étonnant puisque ce livre serait un condensé de cours qu'elle donne à l'université.


Que l'on soit au diapason ou non avec ce que Chantal Delsol écrit, force est de constater que son livre amène à une réflexion profonde sur notre condition, qui ne s'avère pas aussi simple que l'on pourrait le penser.


Francis Richard

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 21:00

Le prix Wikiberal 2008 a été décerné aux "Racines de la liberté" de Jacques de Saint Victor ( ici ), livre paru à l'automne 2007 aux éditions Perrin. Le prix Wikiberal "vise à récompenser le meilleur essai sur le libéralisme ou promouvant la philosophie libérale" ( ici ).

Ce livre est très intéressant parce qu'il montre que Les Lumières ne sont pas le bloc que ses partisans, et ses opposants, présentent d'habitude. En effet l'histoire des idées de liberté, au sens politique, est compliquée et c'est le mérite principal de ce livre de dénouer l'échevau et d'en dérouler un grand nombre de fils.

Jacques de Saint Victor  s'est intéressé à l'évolution des idées de liberté en France entre 1689 et 1789. Cette évolution des idées permet de comprendre pourquoi la France n'a pas pu faire l'économie d'une révolution sanglante. Il existait pourtant bien d'autres solutions que celle de vouloir faire table rase du passé qui devait finalement triompher, et il ne manquait pas d'auteurs tels que Boulainvilliers, Mably ou Montesquieu pour les théoriser.

Le débat ne se limitait pas entre les partisans de l'absolutisme administratif de la monarchie et les tenants de la rupture complète avec cette dernière. Il y avait entre ces deux extrêmes des courants aux multiples nuances. C'est ce débat oublié - sous-titre du livre - que Jacques de Saint Victor nous restitue au fil de ces cent ans décisifs et, je crois, de manière novatrice.

S'inspirant du livre de l'historien anglais Pocock sur le "Moment machiavélien", Jacques de Saint Victor met l'accent notamment sur le courant républicaniste d'origine anglo-saxonne en France. Ce courant voulait restaurer une monarchie plus limitée en renonçant au religieux et en se basant sur l'histoire, sur une monarchie mythique, caractérisée par le consentement du peuple et l'accord du roi, un retour aux libertés germaniques en quelque sorte. Jacques de Saint Victor nous rappelle également l'échec des physiocrates qui devait discréditer le doux commerce auprès de la population.


Le chapitre consacré à Montesquieu est particulièrement éblouissant. Montesquieu est un auteur beaucoup plus riche que l'on ne pense. Jacques de Saint Victor insiste particulièrement à la fois sur l'importance pour lui de l'histoire germanique, sur le fait qu'il ne cherche pas à renforcer les corps intermédiaires au profit des privilégiés, contrairement à certaines interprétations, et sur sa conviction qu'il convient d'adopter une organisation institutionnelle permettant le libre commerce.

Le parallèle que fait Jacques de Saint Victor entre l'Angleterre et la France conduit à discerner pourquoi les événements ne se sont pas déroulés de la même façon dans les deux pays. La situation sociale différente a joué pour beaucoup dans la différence de scénario, du fait paradoxal de la plus grande égalisation des conditions en France qu'en Angleterre. Mais il y a aussi la désunion entre les membres de la noblesse, dont les actions se sont annulées, et qui bénéficiaient en outre d'avantages fiscaux que leurs homologues anglais ne connaissaient pas. 

Le libéralisme économique anglo-saxon n'a pas vraiment pris en France. Certes il y a eu l'épisode malheureux des physiocrates, mais il y a aussi que, "dans la pensée dominante française, la liberté se définit avant tout dans un idéal civique, rêve jamais entièrement atteint, mais jamais entièrement abandonné". Ce qui se traduit par la conviction que la liberté individuelle peut être mise en danger par une recherche frénétique de celle-ci, si elle se met à ignorer la chose publique.

Francis Richard

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 06:30

Le populisme est un mot utilisé pour accuser ceux qui ne se reconnaissent pas dans la vérité universelle prônée par les élites, mais qui se reconnaissent dans des personnages charismatiques qui eux les incarnent. Il fallait que, sans passion, et sans invectives, une analyse soit faite de ce courant réel de notre époque. Chantal Delsol y apporte une première contribution.

Dans son livre sur le populisme, publié aux éditions Ovadia, dans la collection Chemins de pensée, elle montre d'abord que si le mot de populisme est d'un usage relativement récent, on en trouve les prémices, et une analogie certaine, dans la Grèce antique, puis elle traite de l'époque moderne et enfin de l'époque contemporaine.


Ainsi la démagogie serait-elle l'ancêtre du populisme. Le démagogue s'adresse à ce que Chantal Delsol appelle les  nombreux, qui s'opposent aux quelques uns. Les premiers s'intéressent au plaisir immédiat et à ce qui est particulier, l'idios; les seconds à la raison, le logos, et à ce qui est universel, le koinos. Le démagogue est celui qui prête attention aux nombreux. L'élite, constituée des quelques uns, le méprisent parce qu'il flatte le peuple et ne se soucie pas du "bien commun" de la cité.

Plus tard, les révolutionnaires se donnent pour mission de faire le bonheur du peuple. Ils vont déchanter. Car ils se font une idée du peuple qui ne lui correspond pas - la raison grecque s'est muée en idéologie. Ils conceptualisent le peuple, alors qu'en réalité celui-ci veut tout autre chose que le bonheur imaginé par eux pour lui.

Ce quiproquo entre le peuple et les révolutionnaires, censés les défendre, est ressenti des deux côtés comme une trahison. D'un côté l'idiotes grec, l'englué dans sa particularité, s'est mué en idiot tout court, qui défend idiotement l'enracinement. D'un autre côté le "bien commun" d'une cité s'est mué en émancipation de tous les hommes, mutation qui serait irréversible et inexorable, ce qui me paraît bien orgueilleux.

Du coup les défenseurs du peuple ne sont plus des révolutionnaires, gratifiés de l'épithète "populaires", mais des conservateurs, "des hommes qui reconnaissent comme leurs les aspirations du peuple", affublés eux de l'épithète "populistes" par les émancipés. Les populaires étaient généreux et solidaires. Les populistes seraient des démagogues hypocrites et vulgaires.

En fait ce qui distingue la protestation populiste des autres protestations, c'est la critique de "l'individualisme moderne", la défense des "valeurs communautaires de la famille, de l'entreprise, de la vie civique","la critique de la puissance d'Etat". Deux mots la résument : identité et moralisme. Cette protestation a en plus le tort dans un monde compassé de s'exprimer de manière crue, directe, voire violente, ce qui est plus que malséant, intolérable.

L'enraciné, qui se retrouve dans le populisme, "s'identifie à des territoires et à une culture. Il honore ceux qui le précèdent et s'estime rattaché à eux par une dette impayable.(...) Il honore l'idéal du héros, consacré par le sacrifice et la grandeur. Il appartient à un groupe. Il connaît cet autrui qu'il sert ou gouverne. Mais il ignore l'autre, l'étranger à sa culture, et parfois le déteste".

"L'émancipation représente le lent processus, initié avec la naissance de la civilisation, par lequel l'homme tente de se détacher de ses racines temporelles et spatiales, de ses obligations communautaires, des hiérarchies qui le tenaient dans un orbite étroit." Il veut "être autonome, ne devoir sa loi qu'à lui seul, faire fi des modèles de vie qui pourraient l'asservir".

Dans la deuxième moitié de son livre Chantal Delsol montre enfin comment l'idiot populiste est traité dans nos démocraties contemporaines, qui n'admettent pas les opinions contraires à l'émancipation dogmatique, c'est-à-dire au fond qui n'admettent pas le pluralisme; Chantal Delsol montre aussi comment le particularisme, de même que l'émancipation, peuvent conduire aux excès monstrueux que sont respectivement le nazisme et le communisme.

Si j'ai beaucoup insisté sur cette première moitié du livre de Chantal Delsol, c'est parce qu'elle me semble avoir touché du doigt un débat éternel, qui se tient entre les hommes, et en eux-mêmes, même s'il y a une indéniable évolution dans ce débat, et, dans le même temps, une crispation des positions. Chantal Delsol a le mérite de clarifier le sujet et de le faire dans une langue classique et donc accessible. Ce qui n'est pas banal de nos jours de la part d'une universitaire.

Thomas Edward Lawrence, Lawrence d'Arabie, dans Les Sept Piliers de la Sagesse, disait que "tout homme est une guerre civile". Je l'interprète ainsi : il veut être à la fois singulier et comme les autres; il voudrait par moments ne pas savoir et à d'autres tout comprendre; des racines le retiennent et il veut être libre. A des degrés divers il est proche de l'une ou l'autre de ces tendances. Il en est ainsi plus particulièrement de l'enracinement et de l'émancipation.  

C'est pourquoi des singularités ne me semblent pas incompatibles avec l'exercice de libertés. Elles y apportent la vie que la liberté absolue peut complètement assécher, comme tous les concepts. Il y a en tout des bienfaits, comme des méfaits. Encore faut-il tâcher de faire de preuve de discernement...et ne pas tomber dans l'excès, ni dans les positions, ni dans leur expression.

A ce dernier propos, "tout ce qui est excessif est insignifiant" disait Talleyrand, qui avait l'art et la manière de concilier les contraires.

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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