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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 21:45
"Jean-François Revel" de Philippe Boulanger

Le Jean-François Revel de Philippe Boulanger est le quatrième livre de la collection Penseurs de la liberté, éditée par Les Belles Lettres et dirigée par Alain Laurent, après un Herbert Spencer, un Léon Say et un Ayn Rand. Autant de biographies intellectuelles d'auteurs oubliés ou méconnus du grand public.

 

Dans la famille libérale, Jean-François Revel peut être qualifié de libéral intégral. Il faut entendre par là que, pour lui, liberté politique et liberté économique vont de pair:

 

Etat minimal, libre entreprise et capitalisme, individualisme et société ouverte: tels sont les volets du libéralisme intégral de Revel.

 

L'Etat ne doit pas faire ce qu'il ne sait pas faire mais remplir les fonctions qui lui sont imparties. Il ne doit pas intervenir dans l'économie mais assurer un contexte de liberté propice à la création économique:

 

La démocratie libérale de Revel implique un Etat de droit qui garantisse la propriété privée et l'ordre public, un pluralisme protégé par la Constitution, des élus qui respectent la souveraineté populaire et un pragmatisme qui permette de trouver des solutions de plus en plus complexes qui surgissent dans les sociétés modernes.

 

L'Etat tel que le conçoit Revel, ce n'est donc pas l'étatisme:

 

Tout au long du XXe siècle, argue Revel, le monde a été à la fois de plus en plus étatisé et de moins en moins gouverné. Et d'autant moins ou plus mal gouverné qu'il a été plus profondément étatisé. Il faut donc moins d'Etat, qui empiète sur la société civile, et plus de gouvernement qui encourage l'initiative privée et favorise l'économie de marché encadrée par le droit.

 

La corruption est d'ailleurs liée à l'étatisme, qui prend la forme d'économies mixtes ou collectivistes. Dans les économies mixtes, elle découle des relations entre pouvoir politique et entreprises, et elle est d'autant plus importante que celui-ci est interventionniste et dirigiste. Dans les économies collectivistes, elle résulte de la confusion entre propriété de l'Etat et patrimoine national.

 

Revel constate dans L'Express du 6 mars 1978:

 

Depuis la guerre, le capitalisme a été générateur de plus de prospérité, de plus de justice et de plus de démocratie que le socialisme, qui, lui, n'en a pas engendré du tout, au contraire.

 

Il défend l'individualisme:

 

En démocratie libérale, estime-t-il, chaque homme doit pouvoir disposer des moyens de s'accomplir par lui-même et non par l'Etat ou une communauté imposée.

 

D'ailleurs, explique-t-il dans la préface à l'édition américaine de son Regain démocratique, la supériorité de la démocratie libérale, pragmatique, tient à ce qu'elle est le seul système de permanente autorectification sociale par la méthode des essais et des erreurs suivies de corrections.

 

Cela n'est évidemment possible que si la liberté d'expression s'appuie sur l'exactitude de l'information:

 

L'idéologie, assure-t-il dans La Connaissance inutile, fonctionne comme une machine à détruire l'information, au prix même des assertions les plus contraires à l'évidence.

 

Adversaire de la démocratie libérale, exprimée à basse tension, l'idéologie conduit au tiers-mondisme et, à haute tension, au terrorisme, qui s'est placé longtemps sous le parrainage soviétique, puis a été relayé peu à peu par l'islam depuis la révolution iranienne.

 

Les plus redoutables adversaires de la démocratie libérale ont été les totalitarismes communiste et nazi que Revel met dans le même panier, tout en les différenciant, c'est-à-dire en ne trouvant aucune excuse au premier, comme il le fait dans un article du Point du 14 janvier 1995:

 

Ce qui distingue le communisme du nazisme, ce n'est pas le système du pouvoir. Il est identique dans les deux cas. C'est que le premier est une utopie et non le second. Lorsque Hitler supprime la démocratie et crée des camps d'extermination, il réalise ses idées et tient ses promesses. Lorsque c'est Lénine qui le fait, il réalise le contraire de ses idées et trahit ses promesses. Mais il le nie, au nom de l'avenir, qu'il prétend radieux.

 

Dans La grande parade, Revel explique que les procommunistes cherchent à dédouaner le communisme en accablant le nazisme pour éviter tout rapprochement avec ce dernier. Il souligne cependant - il ne s'est évidemment pas fait d'amis à gauche en écrivant cela - que le communisme a duré plus longtemps que le nazisme et a fait davantage de victimes, les 100 millions recensées par Le livre noir du communisme...

 

Revel n'est pas tendre non plus avec les démocraties, qui n'ont pas su démonter le parallèle établi par le totalitarisme communiste entre elles et lui, pour le plus grand avantage de celui-ci, et par les concessions consenties au nom de la détente, qui en ont favorisé la politique expansionniste.

 

La démocratie libérale existe-t-elle seulement quelque part?

 

En tout cas pas en France. Le régime présidentialiste français n'a rien d'une démocratie libérale et tout d'une autocratie inefficace, d'une démocratie confisquée, où les pouvoirs exécutif et judiciaire ne sont pas séparés puisque le président nomme les juges, où la servilité est de mise puisque le président distribue places, prébendes et sinécures, où le président, tout en étant son garant, ne respecte pas la Constitution puisqu'il se réserve, sans mandat constitutionnel, la politique étrangère, depuis de Gaulle.

 

Ce régime présidentialiste est inefficace. Il l'est notamment en raison de ses deux exécutifs, le Premier ministre étant soit le domestique du président, soit son adversaire acharné. De plus, il n'y a pas de contrepoids au président pendant la durée de son mandat, puisque le président peut dissoudre l'Assemblée nationale (qui n'a pas en pratique l'initiative des lois) et que celle-ci ne peut pratiquement pas le démettre. Cela explique pourquoi le seul contrepoids se trouve en France dans la rue et les défilés...

 

Pour Revel, la démocratie libérale en action existe... aux Etats-Unis, où elle est:

 

Attentive à l'équilibre des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, respectueuse de l'information fournie aux citoyens, dynamique au plan culturel et économique, disposée à améliorer le sort des minorités (noire, indienne ou féministe).

 

La Constitution y est le ciment de la communauté nationale:

 

La grande leçon de la Constitution américaine est la production de consensus par le système américain, c'est-à-dire non pas le fait que tout le monde soit d'accord, mais le fait que tout le monde soit d'accord sur la manière de ne pas être d'accord, ce qui permet à la majorité de ne pas écraser la minorité et à celle-ci d'accepter sa défaite.

 

Toutes les conditions sont réunies pour qu'une révolution libérale y ait lieu et se répande dans le monde... Et Revel se réjouira que, avec des différences de dosage, les partis communistes européens, à la fin du XXe siècle, deviennent sociaux-démocrates et les partis socialistes européens deviennent libéraux (sans le dire), à l'exception notoire du Parti socialiste français...

 

Philippe Boulanger résume très bien dans sa conclusion l'évolution de Revel:

 

La "maturation libérale" de Revel s'effectue probablement entre la publication de  Ni Marx ni Jésus et celle de  La tentation totalitaire, c'est-à-dire entre 1970 et 1976. Son libéralisme intégral assumé éclot dans les années suivantes et explique en partie son adhésion reaganienne. Entre 1976 et 1980, il devient "pleinement" libéral. Le voyage américain de 1970, l'Union de la gauche, la marxisation des socialistes français au cours des décennies soixante et soixante-dix ont sans aucun doute joué un rôle prépondérant dans cette évolution intellectuelle. Lui qui était convaincu que la vraie gauche ne pouvait être que libérale et antiautoritaire en a été évincé autant qu'il s'en est éloigné pour mieux la critiquer, souvent durement.

 

Philippe Boulanger, qui qualifie Revel de publiciste du XIXe siècle, se demande in fine s'il n'est pas le dernier grand libéral français du XXe siècle... Je ne sais.

 

Je sais que Revel n'était pas un libéral dogmatique, mais un libéral d'expérience, qu'il était attaché aux faits et non pas aux théories, et qu'il a bâti un solide argumentaire libéral. Ce dont il faut lui savoir gré.

 

Je ne sais pas, cependant, si c'est être libéral que de militer pour une Europe politique supranationale et pour un gouvernement mondial, si c'est être libéral que de ne pas être hostile à une redistribution maîtrisée...

 

Francis Richard

 

Jean-François Revel - La démocratie libérale à l'épreuve du XXe siècle, de Philippe Boulanger, 444 pages, Les Belles Lettres

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17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 21:45
"La Loi" de Frédéric Bastiat

La loi est un pamphlet de Frédéric Bastiat paru en 1850, année de sa mort. Il figure dans le quatrième tome de l'édition posthume de ses Oeuvres complètes, publiées en 1854 par Guillaumin.

 

Dans ce texte, Frédéric Bastiat rappelle ce qui définit l'homme:

 

"Existence, Facultés, Assimilation, - en d'autres termes, Personnalité, Liberté, Propriété, - voilà l'homme."

 

Il précise que ces trois choses, qui se complètent et sont liées entre elles, sont "antérieures et supérieures à toute législation humaine" et que la Loi, si Loi il y a, n'a et ne peut avoir pour seule mission que de les défendre:

 

"Si chaque homme a le droit de défendre, même par la force, sa Personne, sa Liberté, sa Propriété, plusieurs hommes ont le droit de se concerter, de s'entendre, d'organiser une Force commune pour pourvoir régulièrement à cette défense."

 

On retrouve ces droits naturels dans La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui, dans son article 1, dit que "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits" et dans son article 2 que les droits de l'homme dont il s'agit, naturels et imprescriptibles, sont "la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression".

 

Or, au cours de l'histoire, il s'est avéré que la Loi a été détournée de cette mission. Cela s'est produit bien avant Frédéric Bastiat, ce l'a été de son temps, ce l'est sans doute davantage aujourd'hui.

 

Au lieu que la Loi soit un frein à l'injustice que constitue le non respect des droits naturels (qui sont des droits individuels), la Loi devient dans ce cas-là un instrument d'injustice:

 

"Selon la puissance du législateur, elle détruit, à son profit, et à divers degrés, chez le reste des hommes, la Personnalité par l'esclavage, la Liberté par l'oppression, la Propriété par la spoliation."

 

Cette perversion de la mission de la Loi, due à l'égoïsme inintelligent et à la fausse philanthropie, est en germe dans La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, qui, dans son article 2, ajoute un droit naturel qui ne l'est pas, l'égalité, laquelle, dans son article 3, n'est d'ailleurs plus l'égalité en droits, mais "l'égalité par nature et par la loi". Ce que laissait présager l'article 1: "Le but de la société est le bonheur commun".

 

Comment la société peut-elle atteindre le bonheur commun, sinon en permettant à la Loi "de prendre aux uns pour donner aux autres", c'est-à-dire en devenant l'instrument d'une spoliation légale:

 

"La spoliation légale peut s'exercer d'une multitude infinie de manières: tarifs, protection, primes, subventions, encouragements, impôt progressif, instruction gratuite, Droit au travail, Droit au profit, Droit au salaire, Droit à l'assistance, Droit aux instruments de travail, gratuité du travail, gratuité du crédit. etc.,etc. Et c'est l'ensemble de tous ces plans, en ce qu'ils ont de commun la spoliation légale, qui prend le nom de Socialisme."

 

Cette spoliation légale est déguisée sous les noms séducteurs de Fraternité, de Solidarité, d'Organisation, d'Association. Cela n'en demeure pas moins une spoliation parce qu'il n'y a pas consentement de la part des spoliés ni compensation.

 

Un siècle après la mort de Frédéric Bastiat, cette spoliation légale apparaît en clair, et impudemment, dans La déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, notamment dans ses articles 22 ("toute personne a droit à la sécurité sociale"), 23 ("toute personne a droit au travail"), 24 ("toute personne a droit au repos et aux loisirs"), 25 ("toute personne a droit à un niveau de vie suffisant"), 26 ("toute personne a droit à l'éducation").

 

Pour que tous ces faux-droits soient satisfaits, il faut pourtant - il ne peut en être autrement - "prendre aux uns pour donner aux autres"...

 

Comme le disait Frédéric Bastiat en son temps, le problème est que Loi et Justice, c'est tout un dans l'esprit des masses:

 

"Il suffit donc que la Loi ordonne et consacre la Spoliation pour que la spoliation semble juste et sacrée à beaucoup de consciences."

 

Or qui sont les Législateurs? Ils sortent du sein du peuple et appartiennent comme lui au genre humain. Par la grâce de l'élection, un miracle s'opère pourtant en eux, qui relève de l'alchimie.

 

Tant qu'il s'agit d'élire des représentants, en effet, le peuple "a la science infuse":

 

"Sa volonté est toujours droite, la volonté générale ne peut errer. Le suffrage ne saurait être trop universel."

 

Par un coup de baguette magique, une fois l'élection passée, "la nation rentre dans la passivité, dans l'inertie, dans le néant, et le Législateur prend possession de l'omnipotence." Sans sa main mystérieuse, dit-il, l'humanité se dégraderait... Heureusement qu'il existe!

 

On assiste donc à une véritable transmutation, car ce sont, dés lors, les Législateurs qui ont la science infuse:

 

"[Les Législateurs et leurs agents] ont reçu du ciel une intelligence et des vertus qui les placent en dehors et au-dessus de l'humanité."

 

Et ils se mettent à régir les consciences, les idées, les volontés, l'instruction, les sentiments, les travaux, les échanges, les dons, les jouissances... Ils empêchent les autres de devenir adultes, de se fortifier "par l'exercice, le tâtonnement, l'expérience et la Liberté", de développer Besoins et Satisfactions dans l'ordre naturel. Ils les infantilisent pour mieux les asservir...

 

Cela ne vous rappelle rien?

 

Francis Richard

 

La Loi, Frédéric Bastiat, Institut Coppet

 

Le 6e Week-End de la Liberté du Cercle Frédéric Bastiat a lieu du 4 juillet 2014 au dîner jusqu'au 6 juillet 2014 au déjeuner, sur le thème "Services privés, service public", à l'Hôtel Caliceo, à Saint-Paul-Lès-Dax.

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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 22:15
"La France adolescente" de Patrice Huerre et Mathieu Laine

Voilà un livre écrit à quatre mains, très original. Et, finalement, plein d'espoir. Ce qui ravit l'éternel optimiste que je suis, prompt à déceler en toutes choses et en tout être humain la meilleure part et à la mettre en valeur.

 

Qu'y a-t-il d'original dans ce livre, paru il y a un an? Au lieu que de présenter la France comme une vieille décrépite, au déclin (voire au trépas) annoncé, les auteurs la comparent à une adolescente, à qui ne manque que de devenir adulte.

 

Certes comparaison n'est pas raison, mais, en l'occurrence, celle-ci est fructueuse. 

 

Des deux auteurs, Patrice Huerre est le spécialiste des adolescents, tandis que Mathieu Laine est celui des entreprises et des Etats. De leur rencontre est né ce projet qu'il faut bien qualifier d'iconoclaste, parce qu'il bouscule bien des idées reçues, celle notamment d'un déclin français inéluctable.

 

L'adolescence est la période des mutations, qui touchent à l'intime, particulièrement à la sexualité et aux parties les plus privées du corps. Ce temps de changement est aussi un temps de fragilisation et de fatigue, qui ne peut que provoquer doute et désarroi.

 

La France est de même au coeur de mutations qui l'ont affectée, et l'affectent, profondément.

 

La population de la France a vieilli, tandis qu'une population immigrée, représentant 8% de la population totale seulement, est cependant perçue comme importante parce qu'elle s'est concentrée dans les régions Ile France, Rhônes-Alpes et PACA (en Suisse, par comparaison la population immigrée représente 23% de la population totale...).

 

La place croissante des femmes dans la société a bouleversé la donne en deux trois décennies.

 

L'individualisme des hommes et des femmes, qui revient pour chacun d'entre eux à être libre de choisir sa vie, s'est développé...

 

De même que les mutations, qu'il subit, peuvent entraîner l'adolescent au repli sur soi et à la solitude, la France, encouragée par les hommes de l'Etat, rejette avec mépris "le monde extérieur, désigné comme coupable universel", dénonce "les règles d'un jeu vécu comme subi, plutôt que de s'y adapter":

 

"Or, l'adolescence, comme le monde actuel, ce n'est finalement rien d'autre que la fin d'une quiétude enfantine et l'acceptation de l'inquiétude essentielle du monde."

 

Sans incertitudes il n'y aurait pas de vie. Ou alors, si on peut appeler cela une vie, une vie d'habitudes et de servitudes.

 

Pour conjurer ses peurs, la France, comme l'adolescent, doit affronter ses mutations et ne doit pas leur donner une interprétation erronée. Prenons l'exemple des migrations humaines. Elles ont "toujours favorisé la croissance, l'innovation, les recettes fiscales et l'aide aux plus pauvres":

 

"Si l'immigration est aujourd'hui source de difficultés économiques, et donc politiques, c'est uniquement parce qu'une partie des immigrés qui arrivent sur notre sol ne vient pas y chercher du travail, mais des allocations. Plus qu'à l'ouverture des frontières, c'est donc à un système d'assistanat encouragé par l'Etat qu'il faudrait s'en prendre."

 

Pour conjurer ses peurs, la France doit reprendre confiance en elle. Elle ne doit pas refuser l'incertitude et ne pas ignorer le risque - le principe de précaution généralisé et constitutionnalisé est mortifère. Elle ne doit pas se réfugier dans le déni et dans le blocage. Elle doit prendre ses responsabilités.

 

Il faut dire que la France a une longue tradition de déresponsabilisation:

 

"Cette tradition est celle de l'Etat centralisé et centralisateur, d'origine colbertiste puis jacobine, qui depuis des siècles étouffe toutes les velléités d'initiative individuelle depuis le plus jeune âge et prétend guider les citoyens jusque dans leur vie privée."

 

C'est la même déresponsabilisation des adolescents à laquelle conduisent des parents surprotecteurs, laxistes ou autoritaires à mauvais escient, et incapables de tenir les promesses qu'ils font.

 

Les hommes de l'Etat sont ainsi tour à tour laxistes quand ils sont pris d'une frénésie dépensière pour fidéliser leur clientèle électorale - avec pour corollaire un endettement galopant - et autoritaires quand ils sont pris d'une frénésie sécuritaire au moindre fait divers monté en épingle comme s'ils voulaient alors montrer leurs muscles. Ils ne tiennent pas leurs promesses ou, quand ils les tiennent, elles sont déraisonnables...

Tout se passe comme si les émotions dominaient et organisaient l'ajustement au monde, laissant raison et réflexion au vestiaire.

 

La déresponsabilisation se manifeste par l'immixtion de l'Etat partout. Les citoyens sont considérés comme d'éternels immatures qu'il faut protéger des dangers du monde et qui sont entretenus dans cette immaturité en ne leur laissant pas le moindre espoir d'émancipation: ils ne seront jamais adultes, libres et responsables.

 

Et les hommes de l'Etat, on ne sait par quelle opération du Saint-Esprit, sont les seuls à savoir ce qui est bon ou mal pour eux... les empêchant de chercher à ou de vouloir devenir autonomes.

 

Le rapport des Français au travail est curieux. Comme parmi les adolescents, certains sont hyperactifs, beaucoup apathiques...

 

Les hommes de l'Etat leur ont fait admettre cette idée saugrenue qu'on peut créer de l'emploi en les dissuadant de travailler. Ils l'ont admis d'autant plus facilement qu'elle les confortait dans leur vision du travail:

 

"[Le travail] n'est jamais considéré comme un bien en lui-même, au service de l'épanouissement individuel et des relations interhumaines et, par ricochet, de la prospérité d'un pays. En France, le travail est perçu au pire comme une malédiction, au mieux comme un moyen."

 

Ce sont pourtant les pays dans lesquels on travaille le plus qui sont les plus prospères et où le chômage est le plus bas. Cherchez l'erreur...

 

Si elle veut devenir adulte, la France doit cesser de jouer les victimes. Mais cela ne lui sera pas facile. Dans aucun autre pays ne se sont autant développés les droits-créances tels que le droit au logement, le droit au travail, le droit à l'égalité des salaires, le droit à la vie, le droit à la santé (qui a remplacé le droit aux soins), le droit au bonheur...

 

Ces droits, qui n'en sont pas, dispensent de se prendre en mains:

 

"On attend de l'autre ce qu'on refuse de faire soi-même."

 

Face aux mutations qui s'opèrent en eux les adolescents ont deux attitudes: la volonté de maintenir le statu quo (rester en enfance) ou la fuite en avant (potentiellement destructrice), qui procèdent de deux mécanismes, deux faces d'une même médaille: apologie de l'ordre ancien et contestation de l'ordre naturel.

 

Les Français ont le même défectueux rapport à l'histoire. Ils souffrent d'une part d'une sévère contradiction entre la vision de long terme et les échéances électorales et d'autre part d'une sévère distorsion de l'histoire (qui devrait être compréhension du passé): ils l'interprètent et l'appellent désormais mémoire, laquelle est à l'origine de mythes:

 

"Au premier rang de ces mythes issus d'une vision déformée du passé, figure le soi-disant modèle social, qui n'est évidemment un modèle que de nom, puisqu'il cumule les ratés et les handicaps tout en interdisant toute évolution."

 

Le soi-disant modèle social français, c'est en effet un chômage structurel élevé (10%), des déficits publics et sociaux abyssaux, 8 millions de pauvres, un système de retraite non financé, des services publics pléthoriques, une école qui fabrique 120'000 laissés pour compte par an...

 

A ceux qui veulent maintenir ce statu quo idéalisé, s'oppose la gauche de la contestation qui attribue tous les maux du monde au capitalisme et à la société de consommation et qui voudrait à la fois la décroissance et le retour à l'originelle pureté de l'homme, conciliant les deux tendances adolescentes du conservatisme et de la révolution.

 

Aussi, en France: 

 

"Toute tentative de progrès se heurte systématiquement à la double opposition de ceux qui s'accrochent au passé et de ceux qui réclament au contraire une complexe table rase."

 

Pour devenir adultes les adolescents doivent explorer le monde et prendre des risques. Les parents doivent empêcher que ces risques ne soient inconsidérés et ne pas entraver pour autant l'expérimentation qui leur permettra d'acquérir les compétences qui leur seront utiles dans le monde de demain. Mais les parents n'y parviennent pas toujours.

 

Soit des parents ne voient pas les conséquences des risques pris par leurs adolescents, soit, à l'inverse, ils entravent leur expérimentation. Dans les deux cas, les adolescents peuvent être amenés à prendre des risques excessifs.

 

De même, les élus politiques français sont-ils amenés à convaincre les Français de tester des capacités nouvelles qui sont autant d'errements politiques irresponsables, tels que "diminuer la durée du travail pour créer de la croissance, augmenter les dépenses publiques quand leur surpoids est devenu notre croix collective, ou emprunter plus massivement pour guérir un pays malade de ses dettes".

 

Pourtant, en dépit de tout ce qui vient d'être dit, tous les espoirs sont permis à la France, si elle est bien l'adolescente que décrivent les auteurs:

 

"Lorsque nous aurons surmonté nos habitudes et nos atavismes, lorsque nous serons parvenus surtout à nous défaire de l'idéologie nécrosante du tout-Etat pour accepter de donner leur chance aux individus et à l'ordre qu'ils font naître, par leurs actions, alors nous inaugurerons une ère nouvelle de liberté, la seule capable d'offrir aux citoyens la pleine maîtrise de leur destin."

 

Au préalable, pour cela, il faudra que les Français s'attellent à un travail d'introspection, d'analyse et de thérapie, en étant sincères, en rompant avec le court-termisme, en s'ouvrant au monde et aux autres, en retrouvant le goût de l'effort, en renouant avec la volonté farouche de travailler, d'inventer et de produire, en redevenant libres, réellement:

 

"La liberté réelle, c'est celle qui place l'homme et ses forces créatives au coeur de tout projet de société. Et il est fallacieux de croire que cette libération des individus pourrait aboutir à une anarchie quelconque, synonyme de désordre et de malheur, comme se plaisent à le répéter certains idéologues. Car c'est au contraire en poursuivant leurs intérêts personnels, altruistes comme égoïstes, que les individus libres concourent, sans en avoir conscience, à l'intérêt de tous et à un véritable ordre sociétal."

 

Francis Richard

 

La France adolescente - Et si on la laissait grandir? , Patrice Huerre, Mathieu Laine, 264 pages, JC Lattès

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 00:25
"De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes" de Benjamin Constant

En 1819, Benjamin Constant prononce un discours devant l'Athénée Royal de Paris. Dans ce discours resté célèbre, il compare la liberté telle que la concevaient les Anciens à celle des Modernes. Par Anciens il faut comprendre les Antiques, par Modernes, les héritiers libéraux de la Révolution.

 

Quelle conception les Anciens avaient-ils de la liberté?

 

"Celle-ci consistait à exercer collectivement, mais directement, plusieurs parties de la souveraineté tout entière, à délibérer, sur la place publique, de la guerre et de la paix, à conclure avec les étrangers des traités d'alliance, à voter les lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion des magistrats, à les faire comparaître devant tout le peuple, à les mettre en accusation, à les condamner ou à les absoudre; mais en même temps que c'était là ce que les Anciens nommaient liberté, ils admettaient comme compatible avec cette liberté l'assujettissement complet de l'individu à l'autorité."

 

En résumé:

 

"Chez les Anciens, l'individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés."

 

Or ce qui caractérise la conception de la liberté chez les Modernes, ce sont a contrario les droits individuels.

 

Comment est-on passé d'une conception à l'autre?

 

On est passé d'une conception à l'autre quand on est passé des limites étroites des républiques anciennes à la plus vaste étendue des Etats modernes.

 

Les républiques anciennes étaient belliqueuses: "chaque peuple, autrefois, formait une famille isolée, ennemie née des autres familles".

 

A la guerre a succédé peu à peu le commerce qui permet d'atteindre le même but que la guerre, "celui de posséder ce que l'on désire".

 

Du fait de cette dimension des Etats modernes, les individus ne pèsent plus le même poids:

 

"L'étendue d'un pays diminue d'autant l'importance politique qui échoit en partage à chaque individu."

 

Du fait de l'abolition de l'esclavage, qui "a enlevé à la population libre tout le loisir qui résultait pour elle de ce que les esclaves étaient chargés de la plupart des travaux", celle-ci ne peut "plus délibérer chaque jour sur la place publique". Le commerce ne lui en laisse d'ailleurs pas le temps et l'incline à aimer vivement l'indépendance individuelle.

 

On voit donc que:

 

"Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d'une même patrie. C'était là ce qu'ils nommaient liberté. Le but des Modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances."

 

Autrement dit:

 

"L'indépendance individuelle est le premier besoin des Modernes. En conséquence, il ne faut jamais leur en demander le sacrifice pour établir la liberté politique."

 

Aussi Benjamin Constant demande-t-il de se méfier d'usages républicains antiques "qui permettent de bannir, d'exiler, de dépouiller", tels que l'ostracisme d'Athènes, la censure romaine, de même que, en matière d'éducation, prônée par d'aucuns, "la nécessité de permettre que le gouvernement s'empare des générations naissantes pour les façonner à son gré"...

 

S'il ne faut pas sacrifier la liberté individuelle à la liberté politique, selon Benjamin Constant, la liberté politique est indispensable pour garantir la liberté individuelle. Il ne faut donc pas y renoncer, mais qu'elle prenne d'autres formes. Ces nouvelles formes constituent le système représentatif:

 

"Le système représentatif est une procuration donnée à un certain nombre d'hommes par la masse du peuple, qui veut que ses intérêts soient défendus, et qui néanmoins n'a pas toujours le temps de les défendre lui-même.

 

Alors que le danger de la liberté antique était que les droits individuels ne fussent pas défendus, celui de la liberté moderne est qu'il soit renoncé au droit de partage dans le pouvoir politique. L'autorité ne doit cependant pas s'occuper de faire le bonheur des individus. Elle doit rester dans ses limites:

 

"Qu'elle se borne à être juste; nous nous chargerons d'être heureux."

 

Recherchons-nous uniquement le bonheur?

 

"Ce n'est pas au bonheur seul, c'est au perfectionnement que le destin nous appelle; et la liberté politique est le plus puissant, le plus énergique moyen de perfectionnement que le ciel nous ait donné."

 

Il faut croire qu'avec l'avènement des Etats-providence il a été renoncé volontairement à la liberté politique telle que l'entendait Benjamin Constant et qu'en conséquence non seulement le bonheur, mais le perfectionnement espérés ne sont pas au rendez-vous et les droits individuels menacés.

 

Francis Richard

 

De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, Benjamin Constant, 64 pages, Mille et une nuits

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 00:40
"Discours de la servitude volontaire" d'Etienne de La Boétie

Selon son ami Michel de Montaigne, plus jeune que lui de quelque deux ans, Etienne de La Boétie aurait eu seize ans quand il écrivit son Discours de la servitude volontaire. Il ne semble pas que l'on ait jamais trouvé de quoi contredire cette assertion.

 

Quoi qu'il en soit, Etienne de La Boétie fait partie de ces comètes qui illuminent le ciel de la pensée française et disparaissent très vite après. Il est mort en effet à l'âge de 32 ans.

 

Dans ce discours, qui le fit remarquer par Montaigne, La Boétie s'interroge sur les raisons qui poussent les gens à accepter volontairement de servir des tyrans et à être asservis par eux.

 

Pour La Boétie il semble naturel que l'homme soit libre et qu'il veuille l'être. Il est donc d'autant plus curieux qu'il prenne un autre pli.

 

Qu'importe l'origine du pouvoir étatique - élection du peuple, force des armes ou succession de race -, un tyran reste un tyran. Et qu'il tienne son pouvoir du peuple ne le rend pas davantage supportable. Au contraire.

 

La Boétie voit deux raisons à la servitude volontaire à l'égard du tyran:

 

"La première raison de la servitude volontaire, c'est l'habitude."

 

"De cette première raison découle cette autre que, sous les tyrans, les gens deviennent aisément lâches et efféminés."

 

Par tyran, La Boétie entendait le pouvoir d'un seul. Aujourd'hui le tyran, dans nos pays démocratiques, a pris la figure d'un Etat dont le périmètre n'a cessé de s'étendre. Les Etats étant plus ou moins tyranniques en proportion de leur étendue.

 

Comme du temps de La Boétie, qui avait étudié l'histoire de l'antiquité grecque et latine, la servitude volontaire à cette nouvelle forme de tyrannie qu'est devenue l'Etat provient de la force de l'habitude. Petit à petit, on pourrait dire furtivement, les gens se sont laissé déposséder de leur liberté et l'Etat est devenu tellement puissant qu'ils n'ont même plus la force de lui résister.

 

Comme du temps de La Boétie, un grand nombre de gens, quand ils recouvrent une part de leur bien que l'Etat leur a confisquée par l'impôt, ne s'avisent pas "que cette part même qu'ils en [recouvrent], le tyran n'aurait pas pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée"...

 

Finalement, le résultat de l'actuelle servitude volontaire n'est pas si différent que cela, aujourd'hui, de celui que pouvait décrire La Boétie en 1546:

 

"Par les gains et les faveurs qu'on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu'ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait."

 

Sauf que, dans des pays comme la France, ceux qui profitent de l'Etat, devenu Etat-providence, sont maintenant plus nombreux que ceux auxquels la liberté plairait...

 

Francis Richard

 

Discours de la servitude volontaire, La Boétie, 64 pages, Mille et une nuits

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 00:30
"Le despotisme démocratique" d'Alexis de Tocqueville

Il y a quelque deux ans, les Editions de L'Herne ont eu la bonne idée de publier en tiré-à-part de De la démocratie en Amérique, dans leur collection des Carnets, les huit chapitres de la quatrième partie du volume 2, qui est, en quelque sorte, la conclusion de l'ouvrage. Elles l'ont intitulé, à juste titre, Le despotisme démocratique.

 

En écrivant cette dernière partie, Alexis de Tocqueville espérait conjurer ce qu'il pressentait, c'est-à-dire que l'égalité aurait finalement raison de la liberté.

 

L'égalité, selon Tocqueville, produit deux tendances:

 

"L'une mène directement les hommes à l'indépendance et peut les pousser tout à coup vers l'anarchie; l'autre les conduit par un chemin plus long, plus secret, mais plus sûr, vers la servitude."

 

C'est cette deuxième tendance que, selon lui, il faut craindre. Il avait parfaitement raison, parce que nous y sommes... dans la servitude.

 

Le chemin vers la servitude

 

Dans les temps aristocratiques, que Tocqueville ne regrette pas et qu'il ne cherche d'ailleurs pas à rétablir, il constate qu'il existait des pouvoirs secondaires. Or ces pouvoirs secondaires ont disparu avec l'avènement des temps démocratiques. Certes ils pourraient être rétablis artificiellement, mais ils auraient bien du mal à se maintenir. Parce que les hommes des temps démocratiques "conçoivent, pour ainsi dire sans y penser, l'idée d'un pouvoir unique et central qui mène tous les citoyens par lui-même".

 

A cette idée s'ajoute l'idée d'une législation uniforme, qui n'aurait pas été possible dans les temps aristocratiques. Seulement, comme Tocqueville le remarque:

 

"A mesure que les conditions s'égalisent chez un peuple, les individus paraissent plus petits et la société semble plus grande, ou plutôt chaque citoyen, devenu semblable à tous les autres, se perd dans la foule, et l'on n'aperçoit plus que la vaste et magnifique image du peuple lui-même."

 

Conséquence:

 

"Cela donne naturellement aux hommes des temps démocratiques une opinion très haute des privilèges de la société et une idée fort humble des droits de l'individu."

 

L'État finit par s'occuper de tout

 

Ces hommes sont à la fois indépendants - ils s'occupent de leurs oignons -, et faibles - ils ne peuvent compter sur l'appui de personne. Alors, vers qui se tournent-ils? "Vers cet être immense qui seul s'élève au milieu de l'abaissement universel." Autrement dit, l'État.

 

Ces hommes ont même du goût pour lui, parce que l'État aime ce qu'ils aiment (du moins essaie-t-il de le leur faire croire): l'égalité et l'uniformité, qui le favorisent et qui lui facilitent la tâche. Car, il lui est plus facile d'imposer une règle à tous que d'essayer de trouver une règle pour chacun...

 

Il en résulte que l'État finit par s'occuper de tout.

 

L'État se fait providence:

 

"C'est l'État qui a entrepris presque seul de donner du pain à ceux qui ont faim, des secours et un asile aux malades, du travail aux oisifs, il s'est fait le réparateur presque unique de toutes les misères."

 

L'État se fait éducateur:

 

"L'État reçoit et souvent prend l'enfant des bras de sa mère pour le confier à ses agents; c'est lui qui se charge d'inspirer à chaque génération des sentiments, et de lui fournir des idées."

 

L'État se fait gardien des cultes:

 

"[Les souverains des temps démocratiques] ôtent au clergé ses propriétés, lui assignent un salaire, détournent et utilisent à leur seul profit l'influence que le prêtre possède; ils en font un de leurs fonctionnaires et souvent un de leurs serviteurs, et ils pénètrent avec lui jusqu'au plus profond de l'âme de chaque homme."

 

(Il faut lire deux des notes que Tocqueville ajoute à ces textes qui précèdent.

 

Sur la disparition de la liberté de tester:

 

"Chez les Français de nos jours, on ne saurait distribuer son patrimoine entre ses enfants, sans que l'État intervienne. Après avoir régenté la vie entière, il veut encore en régler le dernier acte."

 

Sur les fonctionnaires:

 

"Presque partout, en Europe, le souverain domine de deux manières: il mène une partie des citoyens par la crainte de ses agents, et l'autre par l'espérance qu'ils conçoivent de devenir ses agents.")

 

L'État se fait juge et partie quand il crée des tribunaux spéciaux "dont l'objet particulier est de décider exceptionnellement les questions litigieuses qui peuvent s'élever entre l'administration publique et les citoyens".

 

Sous tutelle peut-être, mais en choisissant ses tuteurs...

 

Les hommes de son temps - comme ceux du nôtre - sont "travaillés par deux passions ennemies":

 

"Ils sentent le besoin d'être conduits et l'envie de rester libres."

 

Alors, ils font contre mauvaise fortune bon coeur:

 

"Ils se consolent d'être en tutelle, en songeant qu'ils ont choisi eux-mêmes leurs tuteurs."

 

Vous avez dit tuteurs?

 

"Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s'agit-il du gouvernement de tout l'État, ils confient à ces citoyens d'immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes."

 

Le deuxième volume de De la démocratie en Amérique a paru en 1840...

 

Francis Richard

 

Le despotisme démocratique, Alexis de Tocqueville, 104 pages, L'Herne

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 20:35

La-tyrannie-fiscale-SALIN.jpgLa France est devenue un enfer fiscal, années après années. La droite et la gauche ont apporté tour à tour leurs pierres à ce monstrueux édifice. Depuis des décennies, en effet, les prélèvements obligatoires y croissent et embellissent sans le moindre frein.

 

Pour être réélus, gens de gauche comme gens de droite prennent l'argent des uns pour le donner à d'autres, sans souci des conséquences que cette rapine engendre pour les ressortissants du pays. Pour faire avaler la pilule, ils prennent d'ailleurs beaucoup aux plus riches et un tout petit peu au plus grand nombre, profitant de l'effet d'échelle, ce qui a l'avantage de ne pas leur faire perdre un trop grand nombre des voix.

 

Dans une démocratie représentative en effet (qui vaut certes mieux qu'un pouvoir illimité), les plus riches n'ont pas le poids du nombre et ne peuvent se faire entendre; et le plus grand nombre ne sent pas sa douleur quand on ne lui prend qu'un chouya à la fois.

 

Aussi la France va-t-elle mal. Elle ira de plus en plus mal tant qu'un remède de cheval fiscal ne lui sera pas administré, c'est-à-dire tant que le poids global de la fiscalité n'aura pas diminué et tant que les dépenses publiques n'auront pas diminué de même. Qu'est-ce que la fiscalité, sinon l'arme essentielle de la spoliation sur laquelle se fonde l'action étatique, qui ne profite vraiment qu'aux seuls hommes de l'Etat.

 

Pascal Salin classe les modes d'imposition, tous arbitraires, dans l'ordre dégressif de leur (im)possible justification morale, l'impôt par capitation, l'impôt proportionnel et l'impôt progressif. Car le mode d'imposition n'est pas sans influence sur le comportement individuel, dont politiques et prétendus économistes ne veulent pas entendre parler, préférant raisonner sur des masses macroéconomiques, incapables pourtant de rendre compte de la réalité humaine.


Dans les faits, l'impôt par capitation se traduit en moyenne par un accroissement de la production et une diminution de la consommation; l'impôt proportionnel conduit à une moindre accumulation de capital et à une moindre croissance économique, et discrimine socialement les individus les plus dynamiques; l'impôt progressif est tout simplement confiscatoire et a deux effets néfastes: un effet "désincitatif" et un effet de distorsion des choix individuels.

 

Tous les impôts, en France, et dans nombre de pays occidentaux, sont essentiellement assis sur le revenu des individus. Le revenu étant impossible à définir de manière précise, et pas autrement que pécuniairement, la fiscalité s'est démultipliée en une cascade d'impôts destinés à cerner ce satané revenu pour en tirer le maximum de rendement pour les hommes de l'Etat et pour tenter de n'épargner personne.

 

Pascal Salin rappelle l'équivalence entre le revenu et le capital:

 

"Le revenu, en effet, n'est rien d'autre que le rendement par période d'un capital, c'est-à-dire d'un ensemble de ressources matérielles et immatérielles. Le capital est la source du revenu et sa valeur se calcule d'ailleurs à partir des flux de revenu qu'il permet d'obtenir dans le temps."

 

Que l'on impose le capital ou le revenu, on opère en réalité une discrimination entre celui qui consomme et celui qui épargne, en faveur du premier, l'épargne étant pourtant le préalable à toute création de richesses, à toute stimulation de croissance, alors que toute consommation les détruit. L'Etat en France draine à lui la plus grande part de l'épargne et la collectivise, sans être à même, comme les entrepreneurs, à partir d'elle, de créer des richesses...

 

Pascal Salin passe en revue les impôts, autres que l'impôt sur le revenu, existant en France et montre qu'ils frappent soit le capital, tels les droits de successions, l'impôt sur la fortune ou l'imposition des plus-values, soit le revenu, telle la TVA - qui est présentée de manière erronée comme un impôt sur la consommation, alors qu'elle taxe, comme son nom l'indique, la valeur ajoutée, c'est-à-dire le revenu des salariés et celui des propriétaires (en réalité l'entreprise ne paie pas d'impôts, elle les collecte, ce qui est très différent: ce sont toujours des individus qui les paient...).

 

Comme le revenu est mal défini, certains individus ayant le même revenu pécuniaire au départ, suivant ce qu'ils en font, sont taxés une fois, deux fois, trois fois, ou pas du tout... Sous l'angle fiscal français, ainsi vaut-il beaucoup mieux être cigale que fourmi, contrairement à la morale de la fable, parce que le capital, au bout des comptes, est surtaxé, comme le démontre Pascal Salin dans nombre d'exemples probants.

 

Pour libérer l'épargne, sans laquelle il n'est pas de création de richesses, si impôt il doit y avoir, puisqu'aujourd'hui force est de constater que l'Etat existe et qu'il est obèse, Pascal Salin préconise que l'assiette en soit la dépense globale et non plus le seul revenu, ou son équivalent, le capital:

 

dépense globale = revenu + emprunts + dons reçus + ventes d'actifs - épargne - amortissements de la dette - dons effectués

 

L'impôt sur la dépense globale serait un impôt déclaratif:

 

"La déclaration annuelle serait identique à celle qui est rédigée pour l'actuel impôt sur le revenu, si ce n'est que le contribuable déclarerait en outre le montant de son épargne de l'année, tout du moins s'il le souhaite. Il lui faudra évidemment déclarer le rendement de cette épargne au cours des années ultérieures."

 

Changer d'assiette de l'impôt ne suffirait pas à tout changer, mais au moins cette assiette-là aurait le mérite d'empêcher la surtaxation de l'épargne. S'il fallait appliquer un mode d'imposition à cette assiette, ce serait, à tout prendre, l'impôt proportionnel qui est, bien sûr, préférable à l'impôt progressif...

 

Le corollaire de l'adoption de cet impôt sur la dépense globale serait de supprimer les impôts sur les successions, sur la fortune et sur les plus-values, pour ne pas défaire par ailleurs ce qui serait ainsi obtenu en faveur de la constitution d'épargne individuelle.

 

Pour donner une impulsion considérable à l'économie, Pascal Salin préconise également le remplacement des retraites par répartition par des retraites par capitalisation, l'ouverture de l'assurance-maladie à la concurrence et ... la baisse significative des impôts. Pour que le déficit public provisoire, qui résulterait d'une telle baisse, ne s'accroisse pas outre mesure, il faudrait supprimer les niches fiscales et réduire drastiquement les dépenses publiques...

 

Cela ne vous rappelle rien?

 

Francis Richard

 

La Tyrannie fiscale, Pascal Salin, 336 pages, Odile Jacob

 

Livre précédent:

 

Revenir au capitalisme pour éviter les crises, 256 pages, Odile Jacob

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 20:25

 

Angélisme pénal LAURENTQuand ceux qui ont pour métier de juger les autres le font avec angélisme, oublieux du nécessaire réalisme qui incombe à leur rôle, attention danger.

 

Ces angélistes le font sous couvert d'humanisme, mais leur humanisme a des oeillères. Seuls trouvent grâce à leurs yeux les criminels. Ils se soucient comme d'une guigne de leurs victimes qui bénéficient ainsi d'une double peine, tandis que leurs bourreaux sont transfigurés.

 

Dans son dernier livre, En finir avec l'angélisme pénal, Alain Laurent oppose ce dernier au réalisme pénal, auquel il faudrait bien pourtant que les juges en France reviennent, parce que c'est un enjeu de civilisation.

 

Qu'est-ce que l'angélisme pénal?

 

Il se dissimule sous un prétendu humanisme pénal prôné, par exemple, par un Marc Ancel: il faut "donner la priorité à la prévention et à la réhabilitation sur la répression et la punition" et puisque les prisonniers ne s'améliorent pas en leur faisant du mal, c'est-à-dire en les jetant en prison, il faut dépeupler les prisons.

 

De là à faire des prisonniers des victimes, victimes de la société, de l'ordre bourgeois et capitaliste, il n'y a qu'un pas, franchi par Michel Foucault et consorts:

 

"Le délinquant se mue en innocent (celui qui n'a pas la volonté de nuire), en victime à double titre d'un ordre social injuste et d'une odieuse répression policière puis de la prison."

 

La responsabilité individuelle n'existe pas. Et, en conséquence, la culpabilité n'existe pas non plus. Le criminel "n'est jamais irrécupérable et est forcément amendable, n'aspirant qu'à réintégrer paisiblement la communauté civilisée".

 

Aussi la prison n'est-elle pas la solution, mais le problème. Sous l'influence de l'angélisme pénal, la peine de prison est "rabotée aux deux extrémitées opposées", celle des longues peines et celle des courtes peines, et "tend à se réduire progressivement à la portion congrue".

 

De plus, les séjours en prison, dès lors raréfiés, devront être toujours plus humanisés:

 

"Les établissements pénitentiaires (quel vilain nom: à améliorer lexicalement au plus vite) se mueront en quelque sorte en centres socio-culturels semi-fermés, pourvoyeurs de stages de réadaptation à la vie en liberté et, pourquoi pas, autogérés par des comités ou des syndicats de détenus."

 

Pour leur clouer le bec, voire les diaboliser, ceux qui s'opposent à cet angélisme pénal sont taxés d'adeptes d'un populisme pénal, les mesures efficaces pour assurer la sécurité sont qualifiées de sécuritaires et la compassion pour les victimes est assimilée à une nauséabonde idéologie... victimaire. Car, avec cet angélisme pénal, les victimes de la société (et agresseurs) que sont les criminels sont plus égales que leurs victimes dans la société (et agressés)...

 

Qu'est-ce le réalisme pénal?

 

Alain Laurent reprend à son compte, dans une version minimaliste (i.e. sans y appliquer le rigorisme de son auteur: loi du talion et peine de mort), le point suivant, d'origine kantienne:

 

"Etre moral, c'est s'astreindre à ne pas nuire à autrui [...] en ne lui faisant pas violence."

 

Et reprend, également chez Kant, cet autre point qu'est la libre volonté dont est doté l'être humain:

 

"En chaque être humain, la volonté est une causalité agissante indépendante des déterminations empiriques extérieures qui résulte de l'usage de la raison."

 

De ces deux points, il appert que la personne humaine est responsable de ses actes, peut être punie et doit être punie quand elle ne respecte pas la vie ou la liberté d'autrui:

 

"L'humanisme, pour peu qu'il soit cohérent et réaliste, doit savoir se montrer intraitable avec tout ce qui est proprement inhumain (tuer, violer ou torturer) ou si peu respectueux d'autrui (délinquance ordinaire)."

 

Les tenants les plus fanatiques de l'angélisme pénal veulent faire croire que le droit de vivre en sûreté figurant dans la déclaration des droits de l'homme ne s'applique qu'à la certitude des lois et à la protection des citoyens contre le despotisme. Or, comme l'ont confirmé des humanistes libéraux tels que Wilhelm von Humboldt ou Benjamin Constant, il s'applique tout autant à la protection contre l'insécurité criminelle et délinquante:

 

"La sûreté est forcément... sécuritaire, au meilleur sens du mot [...]. Peut-on a contrario imaginer un Etat de droit policé dans lequel les citoyens seraient bien à l'abri de toute arrestation arbitraire mais où les violences privées pourraient se donner libre cours sans autre forme de procès - si l'on peut dire?"

 

Chaque individu est-il responsable?

 

La libre volonté implique la responsabilité individuelle. Chaque individu est en dernier ressort auteur et responsable de ses choix et de ses actes:

 

"Si les explications mécaniquement déterministes étaient vraies, toutes les personnes confrontées aux mêmes conditions sociales ou culturelles, surtout défavorisées, devraient se comporter de semblable manière."

 

A quelles conditions et dans quelle mesure un individu est-il responsable de ses actes nuisibles à l'égard d'autrui?

 

"Sauf en cas de troubles pathologiques avérés et d'une minorité en âge certainement à réviser à la baisse dans notre ère dite post-moderne, il l'est intégralement."

 

Les criminels et délinquants ne sont pas ces êtres amendables, "n'aspirant qu'à réintégrer paisiblement la communauté civilisée", qu'imaginent les angélistes. Leur objectif, choisi en toute conscience - ils ne veulent pas être des "blaireaux"-, est d'obtenir, au moindre effort, et par tous les moyens, "vie facile, argent et sexe". Pour cela ils mobilisent leur intelligence, qui aurait pu être au service d'un tout autre, et meilleur, usage.

 

Les trangresseurs violents, n'ont pas le moindre sentiment de culpabilité et se trouvent toujours de bonnes excuses pour justifier leurs agissements. Et les angélistes les renforcent dans cette attitude en disant que tout le monde pourrait un jour devenir comme eux...

 

L'utilité économique n'est pas le seul moteur qui anime ces criminels et délinquants (qui ne devraient pas inspirer pitié, ce qui serait cruel pour ceux qui ne le sont pas, pensait Tocqueville), quels que soient leurs méfaits, petits ou grands:

 

"Faire souffrir moralement et parfois physiquement, faire éprouver sa toute-puissance momentanée, dominer - et en jouir: voici également ce qui fait courir ces adeptes de la loi du plus fort et pratiquants d'un hédonisme cruel."

 

A-t-on le droit et le devoir de punir sévèrement les criminels et délinquants?

 

John Locke a été le premier à soutenir que punir les criminels et délinquants était un droit, qui s'apparente à la légitime défense contre une agression, dont l'exercice est confié à une autorité judiciaire dans une société civile et civilisée.

 

Punir n'est pas seulement un droit, mais un devoir répondant à une nécessité morale et civile (voir Humbold):

 

"La peine doit logiquement et moralement stigmatiser l'injustice commise par l'auteur d'une "transgression"."

 

Comme le rappelle Alain Laurent, John Locke soutenait même "qu'en se plaçant volontairement hors des normes de l'humanité commune, le criminel perd justement ses droits d'homme"...

 

Il est juste de sanctionner tout acte d'un individu qui en empêche un autre de vivre librement et paisiblement, et qui porte ainsi atteinte à la norme de non-violence entre être humains qui se doivent respect mutuel.

 

Si elle doit être modulée en fonction de la gravité de l'acte commis et ne pas molester son auteur, la peine doit être... pénible, pour écarter toute tentation de contrevenir à cette règle et "pour rendre sensible  à ce qu'il y a de proprement intolérable et donc de répréhensible dans toute atteinte à l'intégrité morale ou physique d'autrui":

 

"La certitude de la sévérité de la peine compte plus que la certitude d'une peine qui ne le serait pas."

 

C'est pourquoi "réduire le pénal au civil est proprement inacceptable et une insulte aux victimes" d'un crime ou d'un délit, qui ont subi en conséquence un dommage irréparable, au-delà du matériel:

 

"[Cette perspective] équivaut à gommer la nature transgressive du crime pour en faire un trivial objet de transaction financière."

 

Est-il juste de mettre en prison les transgresseurs violents?

 

Le fait de mettre sous les verrous et de priver d'une partie de ses droits un condamné est un acte légitime, qui n'a rien à voir avec la violence de l'agresseur:

 

"La violence n'existe que du côté de la partie qui commence, qui décide de rompre l'équilibre des relations pacifiques entre individus en usant de la ruse, de la fraude ou de la force physique brutale pour agresser des personnes qui ne leur ont rien fait et dont le seul tort est de constituer des proies faciles."

 

Il est enfin juste de punir avant toute considération utilitariste. Alain Laurent cite Benjamin Constant:

 

"Le droit est un principe; l'utilité n'est qu'un résultat. Le droit est une cause; l'utilité n'est qu'un effet."

 

Alain Laurent commente:

 

"Il est déontologiquement nécessaire et non pas même "utile" qu'un transgresseur violent soit puni afin que l'autorité de la loi morale minimale et son respect soient catégoriquement réaffirmés et que la civilité qui en découle conserve son sens."

 

Cela n'exclut pas qu'une juste peine puisse être utile...

 

Faut-il construire des prisons?

 

Si des peines punitives, plus sévères, sont prononcées, les prisons françaises actuelles seront insuffisantes. Alain Laurent l'assume.

 

Il remarque que le taux d'incarcération français est bien inférieur à celui du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de la moyenne de l'Union européenne.

 

Il remarque que les prisons françaises sont encombrées "par la détention de délinquants étrangers en situation irrégulière sur le territoire national et de condamnés pour de petits trafics de stupéfiants ou de légères infractions routières à répétition":

 

"La reconduite administrative immédiate aux frontières des uns et une certaine dépénalisation mesurée pour les autres désemcombrerait... utilement les établissements pénitentiaires en faisant de la place pour de nouveaux arrivants à la présence plus justifiée."

 

Cela ne suffira certainement pas à résoudre le problème de la surpopulation carcérale. Il faudra donc implanter de nouveaux établissements et remédier à la vétusteté et à l'insalubrité d'un trop grand nombre de ceux qui existent actuellement, en n'oubliant pas que:

 

"La vie en prison ne peut être la poursuite d'une existence bénéficiant de la liberté de disposer des commodités courantes en milieu fermé, mais symboliquement son opposé. Seules les libertés de travailler et de se former ou de se cultiver peuvent légitimement y trouver place."

 

Il ajoute:

 

"Tel est le prix à payer pour qu'adviennent des prisons de la raison, qui sont seules en mesure de faire exécuter des peines réellement punitives."

 

Il n'y a pas d'autre moyen de conjurer "les excès inverses de la commisération inconsidérée pour les détenus et des appels aveugles au retour de la peine capitale".

 

Francis Richard

 

En finir avec l'angélisme pénal, Alain Laurent, 130 pages, Les Belles Lettres

 

Publication commune avec Lesobservateurs.ch

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 22:20

Dépasser la démocratie KARSTEN BECKMANLa démocratie est-elle l'horizon indépassable de la liberté? Deux auteurs néerlandais, Frank Karsten et Karel Beckman, font la démonstration, accessible à tous, du contraire.

 

Ainsi la démocratie représentative, basée sur la tyrannie du nombre, conduit-elle tout droit à la croissance de l'Etat, qui se transforme mécaniquement en Etat-providence, sans échappatoire, et remet-elle en cause la prospérité.

 

Dans leur livre iconoclaste, Dépasser la démocratie, ces deux auteurs démontent d'abord 13 mythes qui fondent la religion séculaire de la démocratie, telle que nous la connaissons dans les Etats-nations.

 

Puis ils démontrent que plus de démocratie se traduit par moins de liberté et moins d'harmonie.

 

Enfin ils proposent une alternative qui met en avant la liberté individuelle.

 

Quels sont ces 13 mythes de la démocratie?

 

1. Chaque vote compte: un vote sur des millions n'a aucune influence réelle et ne constitue qu'une vague préférence: "Il existe rarement une personne ou un parti avec lesquels vous êtes d'accord sur tous les sujets." Une fois que vous avez voté, on prend à votre place pendant des années (quatre ou cinq) de multiples décisions auxquelles vous n'avez pas donné votre accord.

2. Dans une démocratie le peuple gouverne: en réalité, ce n'est pas le peuple dans son entier qui gouverne, mais tout au plus une majorité d'électeurs, représentés par un plus petit nombre d'hommes politiques qui décident à leur place, souvent contre leur volonté, sous la pression de lobbys, de groupes d'intérêts et d'activistes.

3. La majorité a raison: "une chose n'est pas vraie par le simple fait que de nombreuses personnes croient en sa véracité.". De plus "[les gens] espèrent partager la charge avec d'autres et profiter d'avantages payés par d'autres" et "la quantité l'emporte sur la qualité". Ce n'est donc ni rationnel, ni moral.

4. La démocratie est politiquement neutre: "sur le long terme les démocraties occidentales ont constamment avancé dans la direction d'une plus forte interférence étatique, d'une plus grande dépendance envers l'Etat et d'un plus haut niveau de dépenses publiques."

5. La démocratie mène à la prospérité: il n'y a pas corrélation entre pays démocratiques et prospérité. L'évolution récente prouve même l'inverse: "Le secteur privé s'érode progressivement, dans un processus menaçant de détruire la richesse formidable créée par l'Occicent pendant des siècles."Dans une démocratie, "les citoyens sont incités à obtenir des avantages au détriment des autres" et les hommes politiques "à dépenser autant que possible, afin de pouvoir obtenir les mérites et laisser leurs successeurs payer la note".

6. La démocratie est nécessaire pour assurer une juste distribution des richesses et pour venir en aide aux pauvres: la distribution des richesses, sous forme de subventions, de privilèges et d'emplois, se fait sous la pression de lobbys: "Dans ce système, le parasitisme, le favoritisme, et la dépendance sont encouragés, tandis que la responsabilité individuelle et l'autonomie sont découragés." Pour aider les gens incapables de subvenir à leurs propres besoins, "il n'est pas nécessaire de créer la machine redistributive massive de nos démocraties. Cela peut être fait par des institutions privées de charité".

7. La démocratie permet de vivre tous en harmonie: "l'une des conséquences malheureuses du système démocratique est que les gens sont incités à former des groupes qui entreront nécessairement en conflit avec d'autres groupes. Il en est ainsi parce que vous n'avez aucune chance de transformer vos idées en loi qu'en faisant partie d'un groupe (ou d'un bloc d'électeurs)."

8. La démocratie est nécessaire pour créer un sentiment de communauté: "la démocratie est une organisation dont l'adhésion est obligatoire. Une véritable communauté repose sur la participation volontaire."

9. La démocratie signifie la liberté et la tolérance: "la liberté signifie que vous n'avez pas à faire ce que la majorité de vos semblables veut que vous fassiez, mais que vous pouvez décider pour vous-même." Les démocraties protègent quelques minorités et d'autres pas, limitent la liberté d'expression par de nombreuses exceptions.

10. La démocratie favorise la paix et aide à lutter contre la corruption: historiquement les démocraties ne sont pas pacifiques les unes avec les autres (voir les belligérants de la Grande Guerre) ou les récentes guerres (entre Russie et Géorgie ou entre Israël et Liban). "La corruption est inévitable là où l'Etat a beaucoup de pouvoir, quel que soit le système politique, et cela inclut évidemment la démocratie."

11. Dans une démocratie les gens obtiennent ce qu'ils désirent: en fait, c'est le contraire, parce que plus de démocratie conduit à plus de bureaucratie et à plus d'entraves pour le marché : "Le marché libre ne fonctionne pas par des processus démocratiques. Pourtant, dans un sens, le marché libre est plus "démocratique" que la démocratie car les citoyens peuvent faire leurs propres choix plutôt que d'avoir le gouvernement qui choisit pour eux."

12. Nous sommes tous favorables à la démocratie: parce que nous n'avons pas le choix, sinon. "En fait de nombreux démocrates bien-pensants seraient sans doute heureux d'échapper aux mesures qu'ils sont censés avoir choisies par les urnes."

13. Il n'y a pas de meilleure alternative: "nous n'utilisons pas la démocratie dans le domaine scientifique, nous ne votons pas sur la vérité scientifique, mais nous utilisons la logique et les faits. Il n'y a donc aucune raison de penser que la démocratie est nécessairement le meilleur système politique." De fait, "plus un Etat démocratique est grand et plus sa population est hétérogène, plus des tensions naîtront. Les différents groupes d'un tel Etat n'hésiteront pas à utiliser le processus démocratique pour piller les autres autant que possible, et pour interférer avec eux. A l'inverse, plus les unités administratives sont petites et plus la population est homogène, plus il est probable que les excès de la démocratie restent limités. Les gens qui se connaissent personellement ou se sentent liés les uns aux autres sont moins enclins à se voler et à s'opprimer les uns les autres".

 

Cette démythification est nécessaire et montre que la démocratie est intrinsèquement collectiviste:

 

"Les gens dans une démocratie se tournent naturellement vers l'Etat pour qu'il prenne soin d'eux."

 

Les hommes politiques, pour avoir la faveur des électeurs, jettent de l'argent sur les problèmes, réglementent à tout va et créent des commissions pour mettre en oeuvre leurs règles et réglementations. Il ne faut pas s'étonner que les bureaucraties fleurissent, que les parasites qui doivent leur existence à l'Etat pulullent, que les hommes politiques soient saisis par la mégalomanie et que des citoyens toujours plus nombreux deviennent des assistés.

 

L'Etat-providence encourage ceux qui en profitent et décourage ceux qu'il spolie. Le nivellement se fait par le bas. "Les désaccords privés sont continuellement transformés en conflits sociaux". "Tout le monde se sent poussé et encouragé à imposer sa vision du monde aux autres". Les hommes politiques ont une vue à court terme, celui de leurs échéances électorales et dépensent sans compter pour être réélus. L'argent manque? Ils augmentent les impôts, puis empruntent, enfin font tourner la planche à billets, c'est-à-dire pratiquent le vol légal d'une manière ou d'une autre.

 

Le mécontentement est général. Plus personne n'a confiance. Peu de gens remettent en cause l'origine principal des maux qu'ils subissent, la nature collectiviste de la démocratie. La situation est mûre pour l'appel à l'homme providentiel, au dictateur bienveillant:

 

"Fini les débats sans fin, l'indécision, la querelle , l'inefficacité. Mais ce serait une bien mauvaise affaire. Nous recevrions l'ordre public, c'est vrai. Mais le prix serait la fin de la liberté, du dynamisme et de la croissance."

 

Il existe une autre voie, celle de la décentralisation du pouvoir et de la liberté individuelle:

 

"La décentralisation, contrairement à la démocratie nationale, est un système de "vivre et laisser vivre". Alors laissons fleurir un millier de nations.

La diversité dans la gouvernance implique que les gens peuvent décider plus facilement sous quel système ils souhaitent vivre."

 

Les auteurs donnent l'exemple de la Suisse avec ses vingt-six cantons, ses 2'900 communes, ses impôts versés majoritairement au niveau cantonal et communal, et non pas fédéral, ses différentes réglementations qui se font concurrence, sa non-appartenance à l'Union européenne.

 

La Suisse est en effet "un pays qui réussit très bien":

 

"Au niveau mondial elle est dans le peloton de tête en termes d'espérance de vie, de niveau d'emploi, de bien-être et de prospérité. Elle est l'un des rares pays au monde qui n'a pas connu de guerre depuis plus d'un siècle. Malgré l'existence de quatre langues (allemand, français, italien et romanche), il y a beaucoup d'harmonie sociale."

 

Les auteurs ne préconisent pas la Suisse "comme un idéal ou comme la seule option":

 

"Mais c'est un exemple qui montre comment le pouvoir décentralisé pourrait fonctionner et comment il conduit à une baisse des impôts et à une plus grande liberté individuelle."

 

Pour les auteurs la société idéale serait la suivante:

 

"En fait, notre société idéale et libre serait semblable au modèle sur lequel est basé Internet. Avec Internet quelques règles s'appliquent. Elles sont simples à respecter. Pour le reste, chacun peut participer à sa guise."

 

Transposé, cela donne:

 

"Dans une société libre, la règle principale est de ne commettre ni fraude, ni violence, ni vol. Tant que les gens s'en tiennent à cette règle, ils peuvent offrir tous les services, y compris ceux qui sont considérés comme des "services publics". Ils peuvent également créer comme ils l'entendent leurs propres communautés - monarchiste, communiste, conservatrice, religieuse ou même autoritaire, pour peu que leurs "clients" adhèrent volontairement et pour peu qu'ils laissent les autres communautés tranquilles."

 

Cette société libre serait contractuelle:

 

"Une société devrait être fondée sur des contrats où les droits sont respectés et où toutes les parties savent à quoi s'en tenir."

 

Les auteurs sont confiants et pensent que leur société idéale n'est pas utopique. Ils placent leur espoir dans la technologie pour y parvenir:

 

"En réalité, la technologie est la véritable force de démocratisation, bien plus que le système démocratique lui-même."

 

Ils appellent de leurs voeux la constitution de petites unités administratives:

 

"Nous croyons que l'Etat-nation et la démocratie qui va avec sont des institutions du XXe siècle, pas du XXIe siècle. Le chemin vers l'autonomie et l'autogouvernement continuera, mais il ne passera pas par les larges démocraties. Il passera par la décentralisation et par l'organisation des personnes en plus petites unités administratives, conçues par les gens eux-mêmes."

 

Le préalable se trouve dans leur conclusion:

 

"Il est temps de nous libérer de la tyrannie de la majorité. Nous n'avons rien à perdre, à part les chaînes qui nous lient les uns aux autres."

 

Francis Richard

 

Dépasser la démocratie, Frank Karsten et Karel Beckman, 144 pages, Institut Coppet

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 21:50

Incorrect H16Il n'est vraiment pas correct ce petit dictionnaire. Son usage est fortement déconseillé à ceux qui portent à gauche et à celles qui penchent à gauche.

 

Les auteurs ont en effet décidé d'offrir les mots qui manquaient à ceux qui veulent se lâcher, notamment en public, sans se laisser intimider par un quelconque groupe de pression.

 

Ils ont donc fourni avec ce petit dictionnaire "une solide batterie de termes idoines pour appeler "un chat, un chat", sans que celui-ci ne vienne miauler sa désapprobation".

 

Ce petit dictionnaire délectable comprend 76 entrées. Il s'agit de néologismes qui ressemblent comme des frères à de vieux mots ayant perdu de leur jus à force de les presser à tort et à travers.

 

Chaque terme, qui étrille le socialisme sous toutes ses formes, est ainsi formé de jeu de mots laids, ce qui paradoxalement en fait toute leur beauté. Ce qui ne ravira pas, on s'en doute, les socialistes de gauche, de droite, d'ailleurs et de nulle part.

 

Chaque terme peut avoir plusieurs sens, suivant le contexte et le domaine d'application, qui sont au nombre de 48. Ce petit dictionnaire a donc beau être petit, il est riche - le vilain mot - et costaud.

 

Comme il se doit, pour un dictionnaire digne de ce nom, les termes sont rangés dans l'ordre alphabétique. Ils sont illustrés par une vaillante image à gauche et par un texte incorrect à droite.

 

Pour chaque terme idoine, une citation d'un auteur émerite, tout aussi idoine, vient en renforcer l'acception générale, pour ceux qui auraient du mal à se familiariser avec le monde complexe de la Fraônce, autrement dit de la Socialie.

 

Pour vous donner un aperçu de ce petit dictionnaire et vous mettre un peu en appétit, je me suis permis - j'espère que les auteurs ne m'en voudront pas - de prendre quatre termes au hasard. Il en restera tout de même encore 72 à découvrir...

 

Autruchien

 

Nom commun masculin

 

I. (Communic.) Intellectuel volatile qui refuse de regarder les problèmes en face.

 

Exemple: économiste autruchien

 

* La politique de l'autruche est respectable: tout dépend de ce qu'il y a dans le sable. - [Didier Van Cauwelaert]

 

La photo représente un homme à genoux, pantalon noir et chemise blanche, mains bien à plat sur le sol et la tête dans le sable.

 

Dressement reproductif

 

Concept socialiste fraônçais (2012).

 

I. (Communic.) Erection économique conceptuelle médiatiquement orchestrée.

II. (Polit. éco.) Nouvelle pompe à subventions publiques pour redresser l'économie fraônçaise.

 

* Les érections de la pensée sont comme celles du corps: elles ne viennent pas à volonté. - [Gustave Flaubert]

 

La photo représente une pompe à vide de couleur rose.

 

Gréviculture

 

Nom commun féminin, euphémisme.

 

I. (Psychiat.) Tendance pathologique au recours à l'arrêt de travail pour en réclamer toujours plus en en faisant encore moins.

 

* Je n'ai jamais très bien compris pourquoi une journée de grève s'appelle une journée d'action. - [André Frossard]

 

La photo représente à gauche un homme sur le blouson duquel est collé l'inscription "Rêve Général" qui montre du doigt un tract en lettres rouges que lui tend un homme situé à droite, et qui pourrait être du Front de Gauche...

 

Prélavements (obligatoires)

 

Nom commun systématiquement pluriel.

 

I. (Méd.) (ConFisc.) Clystères constitutionnalisés

II (Physiol.) Action de purger le contribuable par le bas.

III. (Anglic.) Fisc-fucking.

Voir également Démocrassie.

 

* C'est au moment de payer ses impôts qu'on s'aperçoit qu'on n'a pas les moyens de s'offrir l'argent qu'on gagne. - [Frédéric Dard]

 

La photo représente une poire à lavement rouge avec un embout blanc.

 

Les termes de ce petit dictionnaire incorrect vont d'Absurdistan jusqu'à Zoocialisme. C'est dire toute l'étendue des ravages que ce livre peut faire et des décryptages de la langue de bois qu'il opère, tandis que, désormais, en France, elle "rugit à pleine puissance".

 

H16 sévit sur son blog h16free.com et sur des sites peu recommandables comme Atlantico.fr ou Contrepoints.org.


Son compère, Olivier Vitri "twitte aussi régulièrement que possible":

 

twitterlogo.png   @oliviervitri

 

 

Francis Richard

 

Petit dictionnaire incorrect mais vaillamment illustré, H16/Olivier Vitri, 164 pages, Les Belles Lettres

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 10:30

Peur-de-la-liberte-FALISSARD.jpgLe libéralisme n'a pas bonne presse. Certains médias en font même un fléau qui menacerait la planète. Rien de moins. Le mot de Talleyrand - "tout ce qui est excessif est insignifiant" - ne peut trouver meilleure application en la circonstance.

 

De deux choses l'une: dans le meilleur cas ces médias sont ignares, dans le pire ils sont de mauvaise foi. Ce qui n'exclut pas, après réflexion, qu'ils soient les deux. Ignares et de mauvaise foi...

 

Thierry Falissard a fait le pari de répondre à toutes les principales questions que vous vous posez sur le libéralisme sans recevoir de réponses justes, sinon honnêtes.

 

Dans un compendium de quelque 70 pages, qui se lisent en un peu plus d'une heure, il pose 21 bonnes questions sur le libéralisme et donne 21 bonnes réponses...

 

Ce texte d'initiation ne suffit évidemment pas pour bien connaître le libéralisme, qui est "multiforme tout en ayant sa propre cohérence", mais au minimum il remet les choses à l'endroit, avec l'espoir que le lecteur pris au jeu de la connaissance se laissera tenter par de plus amples développements.

 

A la fin de l'ouvrage Thierry Falissard dresse d'ailleurs une liste de 31 livres de référence qui pourront satisfaire la curiosité du lecteur. Ce sera d'autant plus facile pour lui qu'un certain nombre d'entre ces livres sont en libre accès sur Internet.

 

Résumer un texte aussi synthétique relève de la gageure. Mais, comme il faut enfoncer le clou, remettre cent fois l'ouvrage sur le métier pour contrecarrer la toute-puissante propagande anti-libérale, il n'est pas inutile de rappeler avec l'auteur quelques vérités.

 

Les libéraux sont pluriels, mais leurs nombreuses écoles de pensées ont un socle commun:

 

"Le concept de liberté est central, le consentement de l'individu est une exigence morale, et tout pouvoir de quelque espèce qu'il soit qui s'impose sans ce consentement est suspect si ce n'est illégitime."

 

Quelle liberté?

 

"Pour un libéral, la liberté positive, contrepartie de la liberté négative [ne pas nuire à autrui ou ne pas l'agresser], est la possibilité d'agir comme on l'entend dans le respect de la liberté d'autrui."

 

L'éthique libérale? 

 

Elle aboutit à l'énoncé de droits, "qu'on qualifie de "naturels", car ils ne tiennent qu'au fait qu'on soit un être humain", qui s'appliquent à tous les hommes, sans distinction - c'est l'égalité en droit -, et dont la liste est courte:

 

- droit à la vie

- liberté

- droit de propriété

 

Quel pouvoir est légitime?

 

Celui dont la seule fonction est de protéger le droit. Qu'importe la nature de ce pouvoir, pourvu qu'il assure justice et sécurité.

 

Les deux droits de liberté et de propriété ont pour corollaire la responsabilité:

 

"Chacun est responsable de ses actions, des décisions qu'il a prises, des obligations qu'il a contractées volontairement, des dommages (même involontaires) causés par lui-même ou sa propriété [...]. Liberté, propriété, responsabilité forment les trois piliers indissociables du libéralisme."

 

Quand la démocratie ne respecte pas les droits naturels, elle est critiquable du point de vue libéral, de même que le collectif:

 

"L'égoïsme bien compris de chacun le porte à coopérer avec autrui, ce qui rend inutile et incertaine (si ce n'est nuisible au plus haut point) toute théorie collectiviste."

 

Ainsi est-il liberticide de vouloir faire le bonheur des gens malgré eux.

 

Le droit de propriété est la seule limite à la liberté d'expression:

 

"Les idées et leur expression ne lèsent personne, sauf à admettre l'existence d'un improbable délit moral qui irait contre un "ordre moral" encore plus improbable."

 

Comme on vient de le voir, le libéralisme ne se réduit pas au libéralisme économique, il est avant tout une éthique:

 

"L'économie libérale découle des principes de liberté et de propriété, et de la possibilité d'échange libre dans le respect de ces principes: le laissez-faire ou libre-échange. On échange ce qu'on possède avec qui le veut bien."

 

Pour le libéral le marché n'est pas la réponse à tous les problèmes de société:

 

"En revanche, le marché, expression de la liberté et de la propriété, est pour lui ce qu'il y a de plus juste, dès lors qu'il n'est pas faussé par une intervention extérieure."

 

Les interventions extérieures qui faussent le marché?

 

- le protectionnisme

- les subventions à l'exportation

- les commandes publiques réservées aux nationaux

- les aides de toutes sortes aux entreprises

- les monopoles de droit imposés par un pouvoir etc.

 

Le capitalisme est-il libéral?

 

"Dans un certain sens, tout le monde est capitaliste, car chacun dispose de son popre capital humain."

 

Mais le capitalisme qui ne respecte pas le principe de non-agression n'est pas libéral. Il en est ainsi du capitalisme d'Etat, du capitalisme d'économie mixte (où prospère le capitalisme de connivence) et du capitalisme mafieux.

 

La propriété publique n'a pas de propriétaire précis ni de responsabilité. Pour un libéral, le seul moyen d'avoir un propriétaire réel et responsable est de désétatiser:

 

"Désétatiser ne signifie pas qu'on remplace un monopole public par un monopole privé. Cela signifie qu'on libère le marché, c'est-à-dire l'initiative privée, éventuellement par étapes, en commençant par une déréglementation."

 

Aux dernière questions du livre (sur la monnaie, la propriété intellectuelle, les dispositifs étatiques de protection sociale, les inégalités et la pauvreté, l'écologie), l'auteur donne les réponses libérales, toujours à la lumière des principes énoncés précédemment. Le lecteur intéressé par ces questions les lira avec profit...

 

Alors, faut-il avoir peur du libéralisme?

 

"Ce n'est peut-être pas tant le libéralisme qui fait peur, que la façon dont la société évolue, vers plus de complexité et d'incertitude, sans possibilité pour quiconque de la régenter, de la diriger autoritairement vers un objectif défini. Il ne sert à rien de regretter les servitudes rassurantes du passé. La peur de la liberté est-elle autre chose qu'une peur de soi-même?"

 

Même pas peur!

 

Francis Richard

 

Faut-il avoir peur de la liberté?, Thierry Falissard, 70 pages, Collectif La Main Invisible et Institut Coppet.

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 09:55

Modèle français CACCOMOAu commencement étaient deux voies, le socialisme et le libéralisme. Il n'y en avait pas de troisième.

 

Puis le socialisme prit la forme de l'Etat-providence et l'Etat-totalitaire apparut comme la troisième voie possible après le refus du socialisme et du libéralisme. Celui-ci devint alors la vraie troisième voie, celle qui marche, alors que les deux autres produisent toujours misère et désolation.

 

Dans son dernier livre, Le modèle français dans l'impasse, Jean-Louis Caccomo explique pourquoi le modèle français, dans l'impasse totale, est gros d'Etat-totalitaire.

 

L'Etat-providence est le problème et le libéralisme la solution, si l'on entend bien sûr par libéralisme ce qu'il est vraiment et non pas la caricature qui en est faite par les ignares et ceux qui les écoutent.

 

Dans le modèle français l'Etat se proclame infaillible. Il est le seul - miracle! - à être parfait dans un monde qui, comme la condition humaine, est imparfait.

 

Le marché est de ces imperfections que seul l'Etat infaillible peut corriger. Il le fait donc, détruisant par là même la concurrence (qui n'existerait pas si le marché était parfait) et, dans le même temps, les effets bénéfiques qu'elle produit en permettant à tout un chacun de faire l'apprentissage de ce qui marche et de ce qui ne marche pas.

 

Pour les ignares d'experts, l'Etat infaillible peut intervenir partout - santé, éducation, études, retraite etc.- parce qu'il détient un trésor caché, inépuisable. En réalité, les contribuables sont la source de ce prétendu trésor, et elle n'est pas intarissable. Car, quand la coupe est pleine, l'économie parallèle et l'émigration des personnes qualifiées se développent:

 

"Pour rendre artificiellement rare une ressource, il suffit d'en faire une matière fiscale."

 

Cette réalité, les ignares d'experts ne veulent pas la voir. Ils croient au Père Noël. Ils croient que l'Etat peut perdurer, même s'il est un panier percé: 

 

"Qui serait assez fou pour continuer à remplir avec un liquide précieux une baignoire percée? Les plus sensés couperaient le robinet pour pouvoir réparer ou même changer la baignoire. C'est ce qu'on appelle la réforme. D'autres plus inconscients vous diraient qu'il sufffit d'ouvrir encore plus le robinet pour maintenir le niveau et compenser ainsi les fuites. C'est précisément ce que disent les "experts" quand ils nous invitent à dépenser plus, à consommer plus pour soutenir la croissance!"

 

L'Etat régulateur infaillible, en imposant un contrôle des prix, des loyers, des salaires, en partageant autoritairement le travail, organise en fait la pénurie des produits, des logements, des qualifications, des emplois.

 

L'Etat, en voulant éradiquer toutes les inégalités, conduit en fait à la ruine générale et à la misère. Qu'est-il pourtant préférable: d'être tous pauvres ou qu'une partie toujours plus grande ne le soit plus, même si c'est de manière inégale?

 

Les "experts", et ceux qui les écoutent, dans le meilleur des cas, ont oublié les lois économiques, sinon ils les ignorent, tout simplement.

 

Ainsi, apparemment, ils ne savent pas - confondant l'effet et la cause - que c'est le travail de l'homme qui transforme des ressources naturelles en richesses économiques et que, si l'homme cesse de travailler, les richesses s'épuisent. Elles ne sont jamais acquises pour toujours. Une partie des richesses est détruite dans la consommation, une autre est disponible pour l'investissement, qui va permettre de créer d'autres richesses.

 

Or, tous ces beaux esprits incitent les Français à ne pas travailler en leur accordant des droits sociaux, qui sont de faux droits, et en leur garantissant par là-même un minimum de subsistance:

 

"La génération de 68 a hérité de l'effort accumulé par les précédentes générations durant les trente glorieuses, lesquelles ont rempli le grenier du pays, grenier dilapidé pendant les trente "piteuses" par les générations qui ont cru pouvoir consommer et jouir des droits sociaux sans produire et sans travailler."

 

Maintenant que le grenier est dilapidé, les Français, encouragés par leurs soi-disant élites, croient qu'ils sont les victimes du fonctionnement injuste de l'économie et persévèrent dans l'erreur - qui, à force, en devient diabolique - que l'Etat est la panacée de tous leurs maux et qu'il détient ce fichu trésor caché:

 

"Tout le monde est pour le maintien, voire l'extension du service public mais personne ne veut payer d'impôts. Tout le monde aspire à toucher des retraites correctes mais personne n'est prêt à supporter de nouvelles augmentations de charges. Tout le monde veut une école de qualité et une université de haut niveau mais personne ne veut mettre la main à la poche."

 

Pour justifier l'intervention de l'Etat infaillible, la droite et la gauche invoquent les défaillances du marché. Ils font du marché un "être mystique qui manipule les hommes". Ils se fourvoient complètement:

 

"Le marché, c'est ce qui émerge spontanément si on laisse les gens libres d'agir. Et les gens veulent être libres d'agir. C'est pourquoi ceux qui se battent contre le marché se battent en vain, car ils se battent contre eux-mêmes."

 

Les gens se trompent. Et alors? Ils apprennent. Tout choix comporte un risque. C'est dans la nature du choix. Il est impossible de faire un choix sans faille. S'ils vont trop loin dans l'erreur, la sanction c'est la faillite. Ils évoluent. Ils sont obligés d'évoluer.

 

Rien de tel avec l'Etat:

 

"Les responsables politiques sont sans doute les seules personnes qui peuvent prendre des décisions sans se demander, par avance, si on pourra les financer, si on pourra en supporter les conséquences."

 

D'où la nécessité de limiter leurs responsabilités.

 

De plus:

 

"Le contrôle et la planification ont pour effet de bloquer généralement toute évolution. C'est ce qui rend le changement dans la fonction publique très difficile sinon impossible. La planification est soucieuse d'ordre social et de contrôle social parce que l'on ne peut planifier que ce qui se répète immuablement."

 

C'est l'impasse, totale.

 

Alors, pour en sortir, il faut rappeler d'où viennent croissance et prospérité.

 

La croissance suppose que tous les individus aient les mêmes droits et les mêmes devoirs - ce qui est remis en cause par la multiplication des faux droits que sont les droits sociaux, "fondés sur la défense d'intérêts prétendus collectifs":

 

"C'est [...] la possibilité de bénéficier de droits sociaux sans aucun effort en contrepartie, et donc sans avoir nullement cotisé, qui constitue un attracteur sans pareil dans le monde aux yeux de millions d'individus qui vivent dans des conditions misérables chez eux."

 

Le résultat est mirifique:

 

"Les actifs [qui sont de moins en moins nombreux], découragés, quittent le territoire tandis que les assistés du monde entier trouvent un refuge inespéré en France."

 

La prospérité ne tombe pas du ciel. Elle vient de l'épargne et de l'accumulation de capital, de l'échange et de l'innovation, "tous ces phénomènes étant liés entre eux dans une dynamique qui est précisément l'objet d'étude principal de la science économique."

 

Or, l'Etat-providence s'y oppose:

 

"L'augmentation des charges réduit l'intérêt d'embaucher pour les entreprises, et l'intérêt d'aller travailler pour celui qui perçoit des aides sociales."

 

Cette impasse du modèle français fait le jeu des extrémismes de droite comme de gauche et la tentation totalitaire reprend du poil des bêtes immondes que furent le national-socialisme et le communisme.

 

Alors la seule voie qui reste possible est la troisième, le libéralisme, après l'Etat-providence et l'Etat-totalitaire. Alors le seul ordre possible est l'ordre spontané, qui n'est ni l'ordre naturel des conservateurs ni l'ordre construit des révolutionnaires:

 

"La prospérité est aussi fragile que les droits individuels sur lesquels elle repose. Mais elle est encore plus fragile et toujours plus hypothétique quand l'Etat, oubliant sa mission originelle et ses devoirs essentiels, devient lui-même le fossoyeur de notre liberté."

 

Francis Richard

 

Le modèle français dans l'impasse - Recette pour une troisième voie qui marche, Jean-Louis Caccomo, 252 pages, Tatamis

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 13:00

Chômeurs ou esclaves SIMONNOTVous êtes-vous demandé pourquoi les Français sont les plus grands consommateurs d'antidépresseurs au monde? Le dernier livre de Philippe Simonnot apporte un élément de réponse à cette lancinante interrogation.

 

En effet les Français auraient une vision du monde à nulle autre pareille. Leur dilemme dans la vie serait d'être ou chômeurs, ou esclaves. Une vision enthousiasmante, à tous points de vue. Encore que.

 

Au tout début de son livre Philippe Simonnot pose les termes du problème: le chômage en France augmente inexorablement depuis trente ans, par paliers succcessifs, sans jamais redescendre, par effet de cliquet:

 

"Le chômage en France, de fait, est devenu un mode de régulation de la crise sociale. Les chômeurs sont silencieux, ayant honte de leur état, ils descendent peu dans la rue, ils n'ont aucun moyen de pression. Outsiders par excellence, ils ne sont défendus par personne; de plus, la menace du chômage pèse sur l'ensemble des salariés et fait qu'ils se tiennent cois comme des esclaves."

 

Comment a-t-on pu en arriver là?

 

En France tout le monde, ou presque, est anticapitaliste, même les patrons, qui n'osent pas s'affirmer comme tels. Il faut dire que les Français, dans leur grande majorité, conçoivent les patrons comme des exploiteurs, des spéculateurs, guidés par la seule cupidité. Ils l'apprennent tout petits, à l'école, et ils écoutent sans broncher cette antienne jusque sur les bancs de la fac:

 

"Le peuple français est peut-être le peuple le plus inculte économiquement. Il reste le champion de l'anticapitalisme."

 

Il n'est pas étonnant que le premier d'entre eux, celui qui porte le nom d'un autre pays, n'aime pas les riches.

 

Cet anticapitalisme primaire, l'auteur le fait remonter au Code Civil de Napoléon dont les rédacteurs craignaient que le salariat ne rétablisse l'esclavage. Aussi dans leur grande incompétence, distinguaient-ils travail manuel, qui pouvait faire l'objet d'un échange marchand, et travail intellectuel, qui ne pouvait être rétribué que par des honneurs... Distinction intenable aujourd'hui.

 

A l'époque les auteurs du Code Civil pensaient que pour ne pas devenir esclaves il fallait que les salariés puissent résilier leur contrat de travail unilatéralement. Si le contrat était conclu ad vitam, c'était le retour à l'esclavage. De fait, le contrat à durée déterminée était donc considéré comme préférable au contrat à durée indéterminée, la liberté préférable à la sécurité...

 

Dans ce sillage beaucoup de juristes français ont perçu le salariat "comme une continuation plus ou moins civilisée de l'esclavage", qu'il convenait de dissimuler sous un habillage juridique fictif, Droits de l'Homme compatible, en distinguant deux personnes dans chaque salarié, l'homme libre et le salarié, et en corrigeant par des lois et des règlements étatistes tout ce qui pourrait porter atteinte à la première.

 

Conséquence du refus d'admettre l'existence d'un marché du travail (ou conséquence de le considérer comme une barbarie): "Chômage massif, décrochage industriel et déclassement sur le plan international.":

 

"Le chômage involontaire provient du fait qu'on ne laisse pas jouer librement l'offre et la demande sur le marché du travail."

 

Comment ce libre jeu de l'offre et de la demande est-il empêché? Par des interventions étatistes.

 

Le salaire minimum, Smic, qui s'applique uniformément en France, "sans distinction d'âge, de lieu, d'activité ou de profession", se situe "au-dessus du salaire qui s'établirait à la suite d'une libre confrontation de l'offre et de la demande de travail non qualifié", avec pour résultats mirifiques une augmentation de l'offre et une baisse de la demande, en conséquence un chômage massif et une proportion toujours plus grande de smicards.

 

De plus:

 

"En France, le salaire minimum est à l'origine d'un cercle vicieux qui s'auto-entretient: les hausses automatiques du Smic poussent à la désyndicalisation qui elle-même incite le gouvernement à donner des "coups de pouce" au Smic.".. (4% de syndiqués dans le privé et 17% dans le public...)

 

Le chômage volontaire est entretenu par les aides multiples de l'Etat:

 

"Le supplément de revenu qu'apporterait un emploi n'est pas suffisant pour faire abandonner les avantages de la situation de chômeur, même si ces avantages sont maigres. Dans certains cas même, retrouver un emploi ferait perdre de l'argent."

 

Les 35 heures obligatoires sont une application de l'idée que le partage du travail est le meilleur moyen de lutter contre le chômage:

 

"On sait aujourd'hui que les effets des lois Aubry ont été catastrophiques sur la place du travail et de l'effort dans la société, sans oublier l'augmentation du stress, des accidents du travail et l'appauvrissement du lien social au travail. L'accumulation de points de RTT dans le CET (compte épargne temps) est devenue un objectif, pour ne pas dire une obsession de tous les jours."

 

Et la création d'emplois s'est surtout faite dans "les entreprises de moins de 20 personnes non concernées par les 35 heures"...

 

L'interdiction du licenciement économique pour améliorer la rentabilité d'une entreprise, a pour but de bloquer la destruction d'emplois et se traduit en fait par le blocage de la croissance ("qui détruit des emplois à peu près autant qu'elle en crée") et de la création d'emplois:

 

"Une entreprise ne peut licencier qu'au bord de la faillite. Si ce n'est pas le cas, toute débauche est considérée comme scandaleuse et profitable seulement aux capitalistes."

 

Face au manque de flexibilité du marché du travail les CDD, qui devraient être l'exception, et le statut d'auto-entrepreneurs sont des parades dérisoires pour le fluidifier...Les entreprises françaises, pour ne pas sombrer, n'ont d'autres possibilités que d'embaucher des immigrés, notamment en provenance d'Europe centrale, de délocaliser ou de substituer du capital au travail...

 

Le chômage continuera donc d'augmenter en France, inexorablement. Et n'y changera rien, au contraire, la création "d'emplois bidons subventionnés sur fonds publics qui transformeront de vrais chômeurs en faux travailleurs aux frais du contribuable"...

 

Un nouveau palier sera seulement franchi:

 

"A préférer le chômage à l'esclavage, beaucoup de nos concitoyens [...] amplifient la terreur d'être virés dans le camp de ceux qui ont encore un emploi [qui doivent travailler pour tous les autres]. De sorte que plus il y a de chômeurs, et plus il y a d'esclaves, et plus il y a d'esclaves, plus il y a de chômeurs."

 

Francis Richard

 

Chômeurs ou esclaves - Le dilemme français, Philippe Simonnot, 112 pages, Pierre Guillaume de Roux

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

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