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15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 23:55
Le calcul économique en régime socialiste, de Ludwig von Mises

Quels sont les problèmes que pose l'économie socialiste?

 

 

La répartition des biens

 

Il faut d'abord rappeler que dans la communauté socialiste, tous les moyens de production appartiennent à la collectivité.

 

Comme la collectivité est propriétaire des biens de production, seuls les biens de consommation peuvent être répartis. Mais, suivant quelle clé? Chacun selon ses besoins? En fonction de sa dignité? De manière égalitaire?

 

Seuls les biens de consommation peuvent y être échangés: les biens de production n'étant pas échangés, on ne peut connaître leur prix, leur valeur monétaire. On ne peut conserver dans la communauté socialiste le rôle que la monnaie joue dans l'économie "libérale" pour le calcul de la production. Le calcul de la valeur en termes de monnaie devient impossible.

 

Il en résulte qu'il est impossible à la direction économique de tenir compte des échanges pour déterminer sa politique de production, a fortiori si elle laisse libre chacun de décider des termes de ses échanges avec autrui...

 

La théorie de la valeur travail permet-elle de répartir les biens? En appliquant cette théorie, pour chaque heure effectuée, on aurait le droit de s'attribuer des biens dont la production aurait coûté une heure de travail. Seulement, le travail n'est pas une grandeur homogène et toujours uniforme... De plus, dans les biens économiques, entrent, non seulement le travail, mais des frais matériels...

 

 

L'impossibilité du calcul économique

 

Le calcul en termes de monnaie n'a de sens que pour l'activité économique. On s'en sert pour adapter l'emploi des biens économiques aux règles de l'efficacité économique. Les biens économiques n'entrent dans ce calcul que dans la mesure où ils sont échangés contre de la monnaie.

 

Dans une économie d'échange, deux conditions sont donc nécessaires pour que le calcul de valeur soit possible en termes de monnaie:

 

- Il faut tout d'abord que ressortissent au domaine de l'échange, non seulement les biens de premier rang, mais aussi les biens de rang supérieur, dans la mesure où le calcul doit les embrasser.

 

(L'esprit d'un homme - fût-il génial - est trop faible pour saisir l'importance de chacun des innombrables biens de rang supérieur. [...] Dans l'économie sociale, fondée sur la division du travail, la répartition entre un grand nombre d'hommes du pouvoir de disposer des biens économiques réalise une sorte de division du travail intellectuel sans laquelle le calcul économique et la vie économique ne seraient pas possibles.)

 

- Il faut employer un instrument d'échange universellement reçu, une monnaie, qui joue également son rôle d'intermédiaire dans l'échange des biens de production.

 

(Dans l'économie sans échange, le calcul en nature ne peut jamais s'étendre qu'aux biens finis; il échoue complètement en ce qui concerne les biens de rang supérieur.)

 

Dans une économie sans échange, du fait que le mode de formation libre du prix en termes de monnaie pour les biens de rang supérieur est abandonné, toute production rationnelle décidée par une direction économique est impossible:

 

Tout pas qui nous écarte de la propriété privée des moyens de production et de l'usage de la monnaie nous éloigne également de l'économie rationnelle.

 

Dans une économie d'échange, fondée sur la propriété privée des moyens de production, ce sont tous les membres de la société qui font en toute indépendance ce calcul en termes de valeur:

 

Chacun y participe de deux façons, comme consommateur, et comme producteur. En tant que consommateur, il détermine la hiérarchie des biens d'usage et de consommation; en tant que producteur, il emploie les biens de rang supérieur là où ils semblent devoir donner le plus haut rendement. Par là, tous les biens de rang supérieur obtiennent, eux aussi, dans la hiérarchie des biens, le rang qui leur revient dans l'état actuel des données de la production et des besoins sociaux. Grâce à la combinaison de ces deux processus d'évaluation, le principe de l'efficacité économique règne partout, dans la production comme dans la consommation. Il se constitue un système de prix exactement gradué, qui permet à chacun de mettre à tout moment ses propres besoins en harmonie avec le calcul de l'efficacité économique.

 

Dans la collectivité socialiste, tout cela fait nécessairement défaut:

 

La direction économique peut savoir exactement quels sont les biens les plus urgents dont elle a besoin. Mais elle ne possède là qu'une partie de ce qui est nécessaire au calcul économique. L'autre partie, l'évaluation des moyens de production, lui manque nécessairement.

 

 

L'absence de responsabilité et d'initiative

 

Les entreprises privées peuvent être distinguées en deux groupes:

 

- Celles (en général les plus petites) où la direction effective est entre les mains des actionnaires eux-mêmes ou au moins une partie d'entre eux: Ils conduisent les affaires dans leur propre intérêt.

 

- Celles (les plus grandes) où la direction effective est entre les mains de gros actionnaires (majoritaires ou non) ou de dirigeants: Ils dirigent [l'entreprise] dans leur propre intérêt, qu'il coïncide ou non avec celui des actionnaires.

 

Les entreprises étatisées ne sont prospères que si elles sont organisées comme des entreprises privées ou poussées par leurs fournisseurs privés: Avec la disparition des intérêts privés, disparaît aussi tout stimulant.

 

Car les entreprises publiques ne sont favorables ni aux transformations, ni aux améliorations de la production; elles ne peuvent s'adapter aux modifications de la demande; en un mot, ce sont dans l'organisme économique des membres morts.

 

Et leurs dirigeants, même s'ils viennent du privé, ne sont pas enclins à prendre des initiatives, en raison de la nature de ces entreprises où ils sont chapeautés par des comités et ne possèdent aucun capital: ils n'engagent en réalité que leur responsabilité morale.

 

Les événements récents en Russie, en Hongrie, en Allemagne et en Autriche - Ludwig von Mises écrit ce texte en 1920 - lui confirment cette impossibilité du Calcul économique en régime socialiste.

 

 

Conclusion

 

En reconnaissant que l'économie rationnelle est impossible en régime socialiste, on ne fournit par là aucun argument pour ou contre le socialisme. [...] Mais celui qui espère que le socialisme établira une économie rationnelle, celui-là devra réviser ses conceptions. 

 

Francis Richard

 

Le calcul économique en régime socialiste, Ludwig von Mises, 48 pages, Institut Coppet (traduit de l'allemand par Robert Goetz-Girey)

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19 janvier 2019 6 19 /01 /janvier /2019 23:55
Introduction à l'école autrichienne d'économie, d'Eamonn Butler

L'école autrichienne d'économie est née il y a quelque cent cinquante ans avec un livre, Principes d'économie, de Carl Menger, publié à Vienne, en Autriche:

 

Le terme fait référence à une conception particulière de l'économie, et aux économistes du monde entier qui y souscrivent.

 

Dans son livre, qui est une introduction à cette école, Eamonn Butler, en rappelle une dizaine de principes-clés qui justifient l'expression employée de conception particulière:

 

- L'économie est une question de choix et ne concerne que les individus: Invariablement, nous devons renoncer à une chose (disons une somme d'argent ou du temps ou des efforts) pour en obtenir une autre...

 

- L'économie est donc très différente des sciences naturelles dont les objets peuvent être observés et mesurés (les scientifiques peuvent à partir de là faire des prédictions et des statistiques), puisqu'elle étudie la façon dont les gens font leur choix: ce sont des sentiments personnels, individuels, que nous ne pouvons pas observer et mesurer - ni, par conséquent, prédire; mais nous pouvons les expliquer parce que, individus humains, nous savons comment nous pensons. 

 

- Tout en économie repose sur les valeurs humaines, qui sont subjectives: le même bien a une valeur différente suivant les personnes et selon l'utilisation qu'elles en font.

 

- Les prix nous aident à maximiser la valeur et à minimiser les coûts: ce sont des signaux pour les individus qui échangent et le taux auquel ils sont prêts à échanger.

 

- La concurrence est un processus de découverte: les marchés ne sont pas parfaits. En effet, ce sont leurs imperfections qui les animent.

 

- La propriété privée est essentielle: c'est quand un bien est vendu qu'il a un prix; là où il n'y a pas de prix, il n'y a pas de marché pour nous aider à découvrir quelles sont les choses qui manquent et pour orienter les ressources vers les manques.

 

- La production est [...] une activité risquée et comporte un risque réel de perte.

 

- L'inflation est profondément dommageable, parce que la monnaie est un bien comme les autres: elle est apparue simplement parce que les gens voulaient un moyen d'échange généralement accepté.

 

- L'intervention du gouvernement est presque toujours maligne.

 

- Les actions ont des conséquences imprévues - bonnes et mauvaises.

 

A ne pas vouloir observer ces principes, les économistes se fourvoient:

 

- Parce que l'économie résulte d'actions individuelles dont il est impossible de faire l'addition et de prédire les résultats à partir d'agrégats: la macroéconomie est  fondamentalement trompeuse et erronée.

 

- Parce que la valeur n'est pas une qualité objective qui réside dans les choses: Le monde change constamment, et les valeurs et les motivations des gens changent aussi.

 

Que pouvons-nous faire alors?  Nous ne pouvons pas accéder aux valeurs des gens, mais nous pouvons les déduire de ce qu'ils choisissent réellement en analysant l'utilité marginale, c'est-à-dire quels avantages les gens s'attendent à obtenir d'une petite addition à leurs stocks existants.

 

A partir de ces principes et de cette analyse, les Autrichiens montrent que tout est individuel: les coûts, les avantages, le profit (qui est la différence entre les deux) et que rien ne peut être planifié collectivement.

 

Ils montrent que le marché ne récompense que la valeur pour autrui de ce que produit chaque individu, que ce soit par chance, par bon jugement ou par travail (c'est pourquoi Marx avait tout faux avec sa théorie de la valeur travail).

 

Ils montrent que la concurrence:

 

- stimule l'innovation et le progrès;

 

- fonctionne parce qu'elle n'est pas parfaite: elle incite les producteurs à se différencier les uns des autres;

 

- oblige les entrepreneurs à prendre des risques, motivés par le profit (qui les incite à produire ce que le public désire le plus).

 

Ils montrent l'importance du temps dans les choix que nous faisons aussi bien en tant que producteurs que consommateurs, c'est la préférence temporelle propre à chacun sans qu'il y ait de choix correct:

 

- passer plus de temps à fabriquer des biens de haute qualité ou moins de temps à fabriquer des biens moins chers et moins durables;

 

- épargner, c'est-à-dire différer la satisfaction immédiate, ou consommer tout de suite.

 

Ils montrent que les cycles économiques sont dus aux taux volontairement bas, à la création de monnaie et à l'inflation, qui ont pour conséquences le mal-investissement et la transformation d'un boom initial en krach final.

 

Ils montrent que les économistes dominants se trompent quand ils suggèrent que "l'échec du marché peut être "corrigé" par la réglementation et l'intervention: les marchés sont effectivement plus susceptibles de résoudre les problèmes que les gouvernements.

 

Les Autrichiens s'opposent à la propriété collective des biens de production (qui caractérise le socialisme) parce que justement il n'y a pas de marché pour eux, et donc aucun moyen d'établir des prix pour eux.

 

Les Autrichiens sont clairement des libéraux -au sens européen, plutôt qu'au sens américain. Mais il y a plusieurs demeures dans leur maison comme dans celle plus large encore du libéralisme.

 

Par exemple, si tous s'accordaient hier, et s'accordent aujourd'hui, à penser que, pour que le marché fonctionne, il faut des règles telles que le respect des droits de propriété et le respect des contrats, les Autrichiens modernes divergent sur qui doit les faire appliquer, l'État ou pas l'État.

 

Même si l'influence des idées autrichiennes devraient continuer à croître, il n'en reste pas moins qu'elles sont encore ou méconnues, ou considérées comme un éclairage secondaire sur les idées dominantes:

 

C'est peut-être parce que la plupart des gens ont toujours une foi touchante dans le pouvoir des gouvernements d'identifier et de guérir nos problèmes...

 

Une actualité récente indique cependant que ce pouvoir commence à être récusé en doute.

 

... Ou peut-être que les gens ont du mal à imaginer que les marchés peuvent résoudre des problèmes extrêmement importants et difficiles sans avoir besoin d'une direction et d'un contrôle centralisés.

 

La même actualité indique que beaucoup de gens n'ont pas seulement du mal à l'imaginer mais n'en ont aucune idée, parce que personne ne leur en a jamais parlé...

 

Francis Richard

 

Introduction à l'école autrichienne d'économie, Eamonn Butler, 132 pages, Institut Coppet (traduit de l'anglais par Gérard Dréan)

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10 décembre 2018 1 10 /12 /décembre /2018 23:55
Nation, État et Économie, de Ludwig von Mises

Nation, État et Économie a été publié en 1919. La Première Guerre mondiale, dont on ne sait pas alors qu'elle est la première, vient juste de se terminer.

 

Dans sa préface Ludwig von Mises écrit: Ma tâche ne peut que se restreindre à attirer le lecteur sur des points que la discussion publique n'a habituellement pas suffisamment pris en compte.

 

Le lecteur lui, un siècle plus tard, a l'oeil attiré par des points qui lui semblent intemporels, et que les guerre et paix de son époque ont inspiré à l'auteur.

 

 

Nation et État

 

L'aspect national d'une personne individuelle ne vient pas du lieu où il vit ni de son rattachement à un État: il vient pour une grande part de la communauté de langage.

 

Tout le monde appartient au moins à une nation. Il n'est cependant pas exclu d'appartenir à plusieurs nations ni d'en changer: une telle appartenance n'est pas caractéristique éternelle.

 

Une nation ne coïncide pas forcément avec un État. Elle peut être répartie dans des États distincts, de même que des nations peuvent vivre côte à côte dans un même État.

 

Le principe des nationalités ne signifie pas menace à l'égard des autres nations. Ce principe s'adresse aux tyrans, si bien que l'idée de liberté est à la fois nationale et cosmopolite.

 

Le principe des nationalités signifie autodétermination mais aussi unité, gage de liberté, et séparation de l'économie de l'État pour le développement du commerce:

 

[Le libéralisme] se bat pour la plus grande unification possible de la législation, en dernière analyse pour son unité mondiale. Mais il ne croit pas que pour atteindre cet objectif il faille créer de grands empires ou même un empire mondial.

 

La tentation, dans les territoires aux populations mélangées, est de céder au nationalisme militant ou impérialiste, en poursuivant un idéal de taille pour atteindre l'unité.

 

L'introduction d'une constitution démocratique n'y a pas la même signification que l'introduction de l'autonomie démocratique dans des territoires connaissant une uniformité nationale:

 

Dans les territoires polyglottes, la démocratie ressemble à l'oppression de la minorité.

 

A cette difficulté s'ajoute celle due à une économie devenue mondiale (tandis que, de par l'Histoire, la terre est divisée entre plusieurs nations) et au problème migratoire qui en résulte:

 

Un pays peut être relativement surpeuplé quand, en raison de la grande taille de sa population, le travail doit être effectué dans des conditions de production moins favorables que dans d'autres pays.

 

A ce moment-là, avec une parfaite mobilité des personnes et des biens, les territoires relativement surpeuplés déverseraient leur surplus de population vers d'autres territoires jusqu'à ce que cette disproportion cesse.

 

Ludwig von Mises voit dans la limitation des fonctions de l'État et l'extension de la liberté individuelle les moyens de faire perdre de leur violence aux antagonismes des nationalités dans les territoires polyglottes:

 

Quiconque souhaite la paix entre les peuples doit combattre l'étatisme.

 

En effet, celui qui a fait de l'harmonie des intérêts bien compris de toutes les couches d'une nation entre elles la base de sa vision du monde ne peut plus trouver de fondement rationnel à la guerre.

 

A contrario, si l'on pense qu'il existe des antagonismes de classe irrémédiables entre les couches de la société et qu'il est impossible de les résoudre en dehors de la victoire par la force d'une classe sur les autres, si l'on croit qu'il ne peut y avoir de contacts entre les diverses nations autres que ceux où l'une gagne ce que l'autre perd, il faut alors bien admettre que les révolutions intérieures et les guerres internationales ne peuvent être évitées.

 

C'est pourquoi le libéralisme ne s'oppose pas à la guerre agressive pour des raisons philanthropiques mais pour des raisons d'utilité:

 

Celui qui veut préparer une paix durable doit, comme Bentham, être libre-échangiste, oeuvrer fermement à éliminer toute domination politique par la mère patrie dans les colonies et se battre pour la pleine liberté de circulation des personnes et des biens.

 

 

L'économie et la guerre

 

La guerre est un véritable fléau: Toute personne impartiale ne peut avoir aucun doute et sait que la guerre ne peut créer aucun véritable boom économique, au moins directement, car une destruction de biens n'entraîne aucun accroissement de richesse.

 

Il ne faut pas confondre l'effet avec la cause: Ce n'est pas l'offre d'armes qui a engendré la demande, mais le contraire. Les dirigeants de l'industrie d'armement ne sont pas eux-mêmes assoiffés de sang: ils seraient tout aussi contents de gagner de l'argent en produisant d'autres biens.

 

Il démythifie la prospérité de guerre: Elle enrichit certains par ce qu'elle prend aux autres. Il ne s'agit pas d'une augmentation de la richesse mais d'une redistribution de la richesse et des revenus.

 

Il montre, en Allemagne, pendant la Première Guerre mondiale, les méfaits, et les illusions, de l'inflation de la monnaie, c'est-à-dire de sa dépréciation:

 

L'individu croyait être devenu plus riche ou au moins n'avoir rien perdu, alors qu'en réalité ses richesses diminuaient. L'État taxait ces pertes des entreprises économiques en tant que "profits de guerre" et dépensait les montants collectés dans des buts non productifs...

 

Ce qu'on voit: Du point de vue économique c'est la génération actuelle qui fait la guerre, et c'est elle aussi qui doit payer les coûts matériels de la guerre.

 

Ce qu'on ne voit pas: Les générations futures ne sont touchées que dans la mesure où elles sont nos héritières et que nous leur laissons moins que ce que nous aurions pu sans l'arrivée de la guerre.

 

 

Socialisme et impérialisme

 

Réflexions faites à partir de l'exemple allemand de son temps, Ludwig von Mises ne voit entre socialisme et impérialisme que des différences de degré.

 

Certes le socialisme allemand défend la démocratie et l'impérialisme s'identifie à un régime autoritaire, mais l'un et l'autre sont des étatismes: l'impérialisme se caractérise par la propriété étatique et le socialisme par la socialisation des moyens de production.

 

Or la firme publique ne peut nulle part résister à la libre concurrence avec une firme privée: elle ne peut aujourd'hui exister que lorsqu'elle dispose d'un monopole excluant la concurrence.

 

Il y a comme un défaut: Libre initiative veut dire prise de risque afin de gagner; elle veut dire jouer un jeu qui peut conduire à un gain ou à une perte.

 

Le propriétaire prend des risques: Le fonctionnaire peut toujours être aussi prêt que possible à assumer des responsabilités; il ne les assumera jamais autrement que moralement...

 

Le socialisme s'avère être une doctrine du salut: L'annonce mystérieuse et l'allusion mystique ont bien plus d'effet qu'une explication claire. Il ne cherche donc même pas à réfuter les arguments du libéralisme.

 

L'anti-libéralisme conduit à préférer les intérêts du producteur à ceux du consommateur, à refuser une organisation économique rationnelle, à entraver le progrès économique.

 

 

Conclusions

 

Il est vrai que l'utilitarisme et le libéralisme postulent que l'obtention de la plus grande productivité du travail est le plus important et le premier but de la politique. Ils cherchent le bien-être et la richesse non pas parce qu'ils y voient la plus grande valeur mais parce qu'ils savent que toute culture élevée et intérieure présuppose le bien-être matériel.

 

Ce qui est inaccessible à l'État, et par l'État.  

 

L'utilitarisme et le libéralisme rejettent toute autorité parce qu'ils croient en l'homme.

 

Et puis le pouvoir est un mal en lui-même, qui que ce soit qui l'exerce...

 

Francis Richard

 

Nation, État et Économie, Ludwig von Mises, 208 pages, Éditions de l'Institut Coppet (traduit de l'allemand par Hervé de Quengo)

 

Dans la même collection:

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt

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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 23:55
L'économie en une leçon, de Henry Hazlitt

Trente ans après la première édition (1946) de L'économie en une leçon, dans la postface d'une nouvelle édition (qui en constitue le XXVIe chapitre), Henry Hazzlit place ses espoirs dans la rapide croissance, parmi les jeunes, de l'école des économistes "autrichiens".

 

Lui-même s'inscrit dans la lignée de cette école de Vienne et dans celle dite de Paris qui la précède. Il doit d'ailleurs le plan de son livre, premier volume de la Bibliothèque autrichienne dont l'Institut Coppet a entrepris l'édition en français, à l'essai de Frédéric Bastiat, Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

 

La leçon d'Henry Hazlitt repose sur un axiome:

 

L'art de la politique économique consiste à ne pas considérer uniquement l'aspect immédiat d'un problème ou d'un acte, mais à envisager ses effets plus lointains; il consiste essentiellement à considérer les conséquences que cette politique peut avoir, non seulement sur un groupe d'hommes ou d'intérêts donnés, mais sur tous les groupes existants.

 

Faute de connaître cet axiome et de l'appliquer, sont commises, dit-il, des erreurs économiques qui causent tant de ravages dans le monde d'aujourd'hui. A l'appui de vingt-quatre séries d'applications, Henry Hazlitt le démontre dans ce livre limpide que tout soi-disant économiste devrait avoir lu s'il ne veut pas les commettre.

 

La plupart des erreurs commises du temps de l'auteur le sont encore aujourd'hui, si bien que ce chef-d'oeuvre est d'une terrible actualité. Pour mieux s'en convaincre, trois applications raisonnées, choisies parmi les vingt-quatre séries, vaudront mieux que de simples énoncés.

 

Les dépenses publiques

 

L'État décide de construire un pont. Cette construction va donner du travail à des ouvriers et, une fois achevé, il aura le mérite d'exister. C'est ce qu'on voit. C'est immédiat et cela aura servi les intérêts d'un certain nombre d'ouvriers pendant un temps.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est qu'il a fallu financer ce pont et que cela n'a pu être fait que par l'impôt. Les contribuables auront été taxés d'une somme qu'ils auraient pu dépenser pour des objets dont ils ont le plus grand besoin:

 

Tout emploi créé pour la construction du pont empêche un emploi privé d'être offert quelque part ailleurs.

 

Ce qu'on ne voit donc pas, c'est tout ce qui aurait pu être créé si ce pont n'avait pas été construit. Mais, pour cela, il faut une certaine sorte d'imagination dont peu de gens sont capables

 

Le résultat final, c'est qu'un seul bien a été créé aux dépens de beaucoup d'autres.

 

Mais aucune foi au monde n'est plus tenace ni plus entière que la foi dans les dépenses de l'État...

 

Le machinisme

 

Un fabricant de vêtements entend parler d'une nouvelle machine pour les fabriquer avec deux fois moins de main-d'oeuvre qu'auparavant. A moyen terme, le temps que la machine se paye d'elle-même, il aura réduit son personnel et accru son profit. C'est ce qu'on voit.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est que ses profits supplémentaires créeront du travail, quelle que soit la façon dont il les utilisera, que ce soit:

- pour étendre son affaire

- pour investir dans une autre industrie

- pour satisfaire des besoins personnels

Et la société tout entière en bénéficiera.

 

S'il étend son affaire, il donnera du travail aux fabricants de machines. S'il fait de gros bénéfices, d'autres entrepreneurs voudront faire de même. Le prix des vêtements diminuera. Davantage de vêtements seront vendus:

 

Il se peut que beaucoup plus de travailleurs soient employés à leur confection qu'avant même l'introduction des machines faites pour économiser la même main-d'oeuvre.

 

Ce n'est pas une vue de l'esprit: c'est un phénomène qui s'est produit dans bien des secteurs d'activité. Mais rendre le machinisme responsable du chômage est de toutes les erreurs économiques la plus vivace.

 

Sauver une industrie

 

Pour sauver l'industrie X le Gouvernement lui accorde une subvention. C'est ce qu'on voit: elle est sauvée. Ce qu'on ne voit pas, c'est que cette subvention est financée par le contribuable et par les autres industries.

 

Résultat :

- les consommateurs ont moins à dépenser pour acheter d'autres produits

- d'autres industries doivent restreindre leur production

 

Henry Hazlitt ajoute : Il en résulte aussi (et c'est là ce qui constitue une perte sèche pour la nation considérée dans son ensemble) que le capital et la main-d'oeuvre sont détournés d'industries dans lesquelles ils auraient pu s'employer efficacement, vers une industrie où ils s'emploient moins utilement.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est que pour que des industries nouvelles se développent rapidement, il est nécessaire que quelques industries périmées dépérissent ou meurent. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi pour libérer le capital et la main-d'oeuvre pour les industries nouvelles.

 

Réaffirmation de la leçon

 

Dans son dernier chapitre de la première édition, sous ce titre, Henry Hazlitt résume en ces termes quelques applications de son axiome développées dans son livre :

 

Il ne viendrait à l'idée de personne ignorant des opinions courantes de la littérature des demi-savants économistes en vogue, que c'est un avantage appréciable d'avoir sa vitre brisée ou de subir la destruction de villes entières; que procéder à des travaux publics inutiles n'est rien moins que du gaspillage; qu'il est dangereux de voir de longues files de chômeurs reprendre le travail; que le machinisme qui accroît la richesse et soulage l'effort de l'homme doit être redouté; que les obstacles à une production et une consommation libres accroissent la richesse; qu'une nation s'enrichit en forçant ses voisins à acheter ses produits à un prix inférieur à leur prix de production; que l'épargne est absurde ou nuisible et que la prodigalité est source de prospérité.

 

C'est du bon sens, mais c'est à se demander si Descartes avait raison qui disait que c'était la chose du monde la mieux partagée... Surtout, quand d'aucuns vont jusqu'à penser naïvement que si l'État fabriquait plus de papier-monnaie et le distribuait à tous, chacun de nous serait plus riche...

 

Francis Richard

 

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt, 238 pages, Éditions de l'Institut Coppet (traduit de l'américain par Mme Gaëtan Pirou)

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 23:30
Catholique et libéral, de Robert Sirico

Le sous-titre du livre de Robert Sirico, paru en anglais en 2012, précise l'intention de son auteur: Les raisons morales d'une économie libre. Ce sont des raisons qui ne sont pas toujours invoquées mais qui sont essentielles.

 

L'auteur n'est pas n'importe qui: il est prêtre, américain, ancien militant de gauche. C'est une incongruité en quelque sorte, car l'on se fait aujourd'hui une tout autre image d'un ecclésiastique catholique.

 

De plus il a cofondé il y a trente ans un think tank et pas n'importe lequel puisqu'il porte le nom d'un penseur de la liberté: l'Acton Institute for the Study of Religion and Liberty.

 

Pour ceux qui l'ignorent (et qui ne me lisent pas), Acton est ce lord anglais auteur de la formule: Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument.

 

Le consumérisme

 

Dans son introduction, Robert Sirico met d'emblée les choses au point: Loin d'être synonyme de capitalisme, le consumérisme rend le capitalisme inapplicable sur le long terme, dans la mesure où il rend presque impossible la formation de capital.

 

C'est élémentaire: On ne peut avoir de capitalisme durable sans capital; on ne peut obtenir de capital sans épargne; et l'on ne peut épargner si l'on s'empresse de dépenser tout ce que l'on vient de gagner.

 

Cela devrait rappeler quelque chose à ceux qui ont appris un jour certaine fable à la morale intemporelle...

 

La propriété privée

 

Il est un préalable à l'existence d'une économie libre, c'est le respect de la propriété privée, celle que Marx et consorts ont voulu supprimer, avec les résultats mirifiques que l'on sait:

 

Si le droit de propriété n'est pas garanti, le respect des autres droits de l'homme ne l'est pas non plus.

 

Robert Sirico ajoute: S'il n'est pas absolu, il demeure néanmoins un droit humain de base. Il suffit qu'il soit respecté pour voir s'épanouir les personnes et les sociétés tout entières.

 

La liberté

 

Il dit aussi et c'est fondamental:

 

Le désir ardent de liberté est inscrit dans notre ADN. Les êtres humains, comme les autres animaux, possèdent un corps. Nous sommes des corps, soumis aux lois de la physique, de la chimie et de la biologie. Mais à la différence des autres animaux, la personne humaine a la capacité de se transcender.

 

L'homme est non seulement capable de se transcender, mais aussi de transcender les choses:

 

La relation de l'homme aux choses n'est pas purement et simplement liée à la consommation. C'est aussi une relation de raison et de créativité, et c'est précisément ce qui rend possible l'institution de la propriété privée. [Ce droit] est étroitement lié à la capacité de faire usage de l'intellect sur des sujets et des idées, pour se projeter, planifier et faire bon usage de cette possession.

 

Le complément du droit de propriété, c'est la liberté de l'échanger contre une autre, ce qu'on appelle la liberté de commercer, ou le commerce. Pour éviter malentendus et promesses non tenues, le contrat a été institué et l'État de droit doit être là pour le faire respecter.

 

(Le taux d'intérêt convenu entre un emprunteur et un prêteur n'est pas immoral: il récompense ceux qui épargnent tandis qu'il applique une commission à ceux qui consomment dans l'immédiat.

 

Le travail

 

Robert Sirico s'est rendu compte que le meilleur moyen de réduire la pauvreté n'est pas d'aider les pauvres mais de créer des emplois, indéfiniment: contrairement au sophisme répandu, il n'y a pas de masse fixe de travail, comme il n'y a pas de gâteau fixe à partager.

 

Il n'est donc pas surprenant que les pays les plus pauvres soient ceux où il est le plus difficile de faire des affaires et les plus riches ceux où c'est le plus facile.

 

Robert Sirico va plus loin:

 

Le travail représente aussi une voie vers l'accomplissement personnel, le service aux autres, et la participation au dessein de Dieu pour le monde. C'est la raison pour laquelle empêcher les personnes d'exprimer leur créativité, les réduire en esclavage ou faire obstacle à la découverte de la vocation que Dieu leur a confiée en ce monde, constitue une entrave à la dignité humaine.

 

Le capitalisme

 

Le capitalisme est plus créateur que destructeur, comme le montre l'`Histoire:

 

Le capitalisme a le pouvoir de créer, même lorsqu'il remplace les formes anciennes de création et de services, avec une force et une énergie inconnues des économies centralisées et planifiées, à condition qu'il s'agisse d'un système d'entreprise gouverné par l'État de droit et le respect de la dignité et des capacités humaines.

 

Le moteur du capitalisme n'est pas l'avidité. Ce qui ne veut pas dire que des capitalistes ne puissent pas être avides: tous les hommes peuvent l'être, même des soi-disant (ou pas) altruistes...

 

C'est pourquoi il est excessivement simpliste d'associer la cupidité au profit et la générosité aux secteurs lucratifs.

 

Le profit

 

Qu'est-ce que le profit? Un terme comptable désignant la condition d'un revenu supérieur aux dépenses:

 

Les sociétés rentables sont celles qui trouvent les moyens de créer ou de fournir des produits ou des services à des prix suffisamment élevés pour couvrir leurs dépenses, mais suffisamment bas pour que les consommateurs les trouvent attractifs.

 

Il n'y a rien d'immoral à cela. A contrario, est-il moral que l'État vienne au secours de sociétés non rentables, aux dépens de celles qui le sont, et des autres contribuables?

 

Dans une économie libre, les sociétés ne peuvent faire des bénéfices excessifs, parce que, quand elles génèrent des profits élevés, d'autres sociétés se créent sur leur marché et les profits élevés ne le sont plus à long terme:

 

Dans les cas où des profits immenses persistent sur une longue période, c'est souvent le symptôme d'un manque de liberté économique. S'il n'y a pas de nouveaux producteurs sur un secteur lucratif, c'est souvent parce que l'État empêche la concurrence.

 

La personne humaine, sociale et individuelle

 

Robert Sirico rappelle que la personne humaine, dès les premiers instants de son existence, est à la fois sociale et individuelle, autonome et en relation.

 

Il n'est donc pas surprenant que les meilleurs entrepreneurs [soient] dotés d'un sens aigu des désirs - et des désirs potentiels - des gens ordinaires.

 

Cette faculté rare peut bien sûr être employée à mauvais escient, mais, pourquoi le cacher, elle est aussi souvent l'expression de vertus réelles, telles que la discipline et la loyauté, le courage et l'engagement vers l'excellence, l'effort de comprendre et d'appréhender les besoins des consommateurs.

 

L'égalité et la pauvreté

 

Le problème moral n'est pas l'écart entre les salaires, mais l'état des plus pauvres et des personnes marginalisées au sein d'une société donnée:

 

En droit, reconnaître l'égalité signifie traiter les personnes avec impartialité, sans favoritisme. Cela n'implique pas la garantie de résultats identiques.

 

Redistribuer les richesses pour égaliser ne peut se faire qu'au prix d'une injustice ou d'une iniquité, puisque n'est pas donné à chacun ce qui lui est dû:

 

On prend à celui qui a travaillé et produit un surplus de richesse [...], on donne à ceux qui ont moins produit.

 

Le bien commun

 

Pour que soit obtenu le bien commun, des conditions sont nécessaires:

- l'État de droit (qui suppose des tribunaux statuant de manière non arbitraire);

- la garantie de la propriété privée;

- une monnaie stable;

- la liberté d'entreprise;

- la liberté d'association;

- l'application des contrats;

- un commerce vivant dans et entre les nations afin de permettre le meilleur développement de la division du travail.

 

La justice et la charité

 

La pauvreté ne disparaît jamais complètement (le marché ne résout pas tout), mais elle n'a jamais été aussi présente que depuis que l'État-providence s'est substitué à la charité intelligente:

 

Les institutions de bienfaisance que nous tenons pour acquises sont toutes issues de la tradition judéo-chrétienne, qui voue un profond respect à la personne humaine.

 

La raison de l'échec de l'État-providence est que ses agents sont éloignés du problème et le traitent impersonnellement:

 

Le principe catholique de subsidiarité soutient que les besoins sont bien mieux satisfaits au niveau local, et que les personnes au sommet de l'ordre social devraient prendre soin de ne pas interférer avec les niveaux les plus bas, et de ne leur venir en aide qu'en cas de nécessité, de façon temporaire et solidaire.

 

La santé

 

Pourquoi le système de santé de l'État-providence ne fonctionne-t-il pas et se traduit-il par une augmentation indéfinie des coûts?

 

- Parce que la concurrence y est absente:

Grâce à la concurrence de marché libre, la planification ne dérive pas d'un seul intérêt, d'une unique connaissance ou autorité, mais du savoir, des besoins et des intérêts d'individus dispersés dans la société.

 

- Parce qu'il existe une séparation entre la personne qui paye et celle qui bénéficie du service:

Si ces deux sujets étaient la même personne, comme c'est le cas pour la plupart de nos achats, il y aurait de fortes incitations à baisser les prix et à améliorer le service.

 

L'environnement

 

En matière d'environnement, la sacralité de la personne humaine est au coeur du problème:

- L'homme a été créé à l'image de Dieu

- Sa noblesse est attestée par le fait que le Christ ait choisi la personne humaine pour S'incarner.

 

De là résulte que le monde a été confié à ses soins, un grand privilège, qui nous permet d'être les collaborateurs dans sa création continue.

 

Pour que les hommes puissent être ces collaborateurs, encore faut-il abandonner le sophisme du jeu à somme nulle, qui souffre de la non prise en compte d'une variable qui change tout, la créativité humaine. C'est pourquoi, se fondant sur de faux postulats, l'argument de la pénurie des ressources et de la surpopulation génère de fausses prévisions.

 

L'homme réel

 

L'homme réel n'est pas l'homo aeconomicus, même s'il partage avec lui nombre de traits. Il est plus que cela:

 

La liberté correctement saisie n'est pas une licence nous permettant de nous conduire en enfants gâtés, mais le noble droit de naissance des créatures faites à l'image de Dieu.

 

La liberté dont nous disposons l'est pour quelque chose. La liberté est un objectif instrumental:

 

En définitive, l'objectif de la liberté doit être la vérité, et plus encore la Vérité dans toute sa plénitude. Rien n'est plus digne de combler ce vide.

 

Nous donnant cet objectif, nous nous protégeons contre le relativisme moral croissant dans notre culture: le relativisme compromet l'État de droit et ouvre la porte à la tyrannie.

 

Conclusion

 

Robert Sirico est parvenu par des voies diverses au libéralisme: aussi, dans ce livre, a-t-il tenté de résumer de manière accessible le large spectre de rencontres, d'histoires, d'idées et de sources qui [l]'ont aidé à percevoir l'existence d'une vérité naturelle ancrée dans le coeur des choses et d'une harmonie dans l'univers:

 

La nature humaine, tout comme la vérité elle-même, est universelle. Et la liberté s'adresse à tout le monde.

 

Bien sûr Robert Sirico est catholique, prêtre qui plus est, mais s'il croit que le christianisme recèle la vérité la plus aboutie au sujet de la personne humaine, il sait que beaucoup d'autres traditions religieuses sont porteuses de préceptes pouvant fournir une pierre d'angle dans la reconnaissance essentielle de la dignité:

 

Cette dernière doit être ancrée et se refléter dans les institutions de marché, pour leur bon fonctionnement et l'épanouissement de la personne humaine.

 

Francis Richard

 

Catholique et libéral, Robert Sirico, 288 pages, Salvator (traduit par Solène Tadié)

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 22:00
La Vertu d'égoïsme, d'Ayn Rand

L'égoïsme peut-il être vertueux? Oui, à condition d'être rationnel.

 

Ayn Rand l'explique dans cette version allégée de l'édition originelle parue en 1964 sous le titre The Virtue of Selfishness: le livre ne comporte en effet que sept des dix-neuf chapitres d'alors, mais, tels quels, ils sont nécessaires et suffisants.

 

Qu'entend-elle par égoïsme rationnel?

 

Les valeurs requises pour la survie de l'homme en tant qu'homme, c'est-à-dire les valeurs requises pour la survie humaine.

 

L'homme a-t-il besoin d'un code de valeurs? Ayn Rand répond par l'affirmative. Parce que l'homme a pour objectif de se maintenir en vie, et qu'il doit devant chaque alternative qui se présente à lui dans la vie choisir entre ce qui est bon et ce qui est mauvais pour sa survie.

 

La raison, à la différence des autres organismes vivants, est le moyen fondamental de survie de l'homme, et génère la réflexion et le travail productif: Ayn Rand parle d'éthique objectiviste, qu'elle oppose aux éthiques mystique, sociale et subjective, qui écartent raison, esprit et réalité.

 

Dans une telle éthique, où la vie est une fin en soi, où chaque être humain est une fin en lui-même, les trois valeurs sont la raison, l'intentionnalité et l'estime de soi et les trois vertus qui leur correspondent, la rationalité, la productivité et la fierté:

 

Une valeur est ce pourquoi l'on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l'action par laquelle on l'acquiert et (ou) la conserve.

 

Dans une telle éthique, la raison est comme une façon de vivre permanente; la productivité est l'utilisation de son esprit de la manière la plus réfléchie et la plus complète possible; la fierté est d'atteindre à la perfection morale en refusant toute doctrine qui prêche l'auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

 

Avec une telle éthique, il s'agit de poursuivre des valeurs rationnelles à partir du primat de la vie humaine, ce qui permet d'atteindre le bonheur, lequel est un but mais ne doit pas être une norme. Avec une telle éthique, les intérêts rationnels des hommes ne se contredisent pas:

 

Il ne peut y avoir de conflits d'intérêts entre des hommes qui ne désirent pas ce qu'ils ne méritent pas, qui ne font ni n'acceptent de sacrifices et qui traitent les uns avec les autres sur la base d'un échange librement consenti, donnant valeur pour valeur.

 

L'homme peut-il tirer avantage à vivre en société? Oui, si cette société est humaine, c'est-à-dire si les hommes y sont rationnels, productifs et indépendants, parce qu'une telle société ne peut qu'être rationnelle, productive et libre, lieu de connaissance et d'échange.

 

Dans une telle société les hommes peuvent être fraternels parce qu'aimer, c'est valoriser:

 

Seul un homme rationnellement égoïste, un homme qui a l'estime de soi, est capable d'amour, parce qu'il est le seul capable d'avoir des valeurs fermes et cohérentes, sans compromis et avec intégrité. L'homme qui ne se valorise pas lui-même ne peut valoriser personne ni quoi que ce soit.

 

A contrario une société altruiste dans laquelle valoriser autrui signifie se sacrifier soi-même ne peut être fraternelle:

 

L'altruisme jauge la vertu d'un homme par le degré avec lequel il abandonne ses valeurs, y renonce ou les bafoue, puisque l'aide à un étranger ou à un ennemi est considérée plus vertueuse, moins "égoïste", que l'aide à ceux qu'on aime...

 

Ayn Rand précise: La vertu impliquée dans l'aide à ceux que l'on aime n'est pas le "désintéressement" ou le sacrifice, mais l'intégrité.

 

Qu'est-ce que l'intégrité? La loyauté envers ses convictions et ses valeurs.

 

Dans quel cas aider des étrangers? En cas d'urgence (parce que la vie humaine est une valeur fondamentale, à commencer par la sienne: un homme rationnel considère ceux qui lui sont étrangers comme innocents jusqu'à preuve du contraire), et seulement si cela est en notre pouvoir:

 

Le principe d'entraide en cas d'urgence ne peut être étendu de manière à considérer toutes les souffrances humaines comme une situation d'urgence et de faire de l'infortune des uns l'hypothèque des autres.

 

L'éthique altruiste-collectiviste part du principe que les hommes sont responsables les uns des autres et que la vie des hommes appartient à la société. Or seuls les hommes en tant qu'individus ont le droit de décider quand et s'ils veulent aider les autres; la société, comme système politique organisé n'a aucun droit à cet égard.

 

A propos de droit, une société libre ne peut l'être que si elle est fondée sur le principe des droits individuels:

 

Les "droits" sont un concept moral, le concept qui fournit une transition logique des principes guidant les actions d'un individu à ceux guidant sa relation avec les autres, le concept qui conserve et protège la moralité individuelle dans un contexte social, le lien entre le code moral d'un homme et le code juridique d'une société, entre l'éthique et la politique. Les droits individuels sont le moyen de subordonner la société à la loi morale.

 

Or c'est tout l'inverse qu'illustre l'histoire de l'humanité: Les éthiques dominantes [...] furent des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste, qui subordonnait l'individu à une certaine autorité supérieure, soit mystique, soit sociale.

 

Tous les systèmes étatistes, toutes les variantes de l'éthique altruiste-collectiviste, en effet, s'appuient implicitement sur le principe selon lequel le bien est ce qui est bien pour la société (ou la tribu, la race, la nation), et les édits des dirigeants en sont l'expression ici-bas.

 

A contrario, une société morale, telle celle des États-Unis des Pères Fondateurs, considère l'homme comme une fin en soi, et la société comme un moyen pour la coexistence pacifique, ordonnée et volontaire des individus:

 

La vie de l'homme est sienne en vertu d'un droit (ce qui signifie: en vertu d'un principe moral et de par sa nature), [...] un droit est la propriété d'un individu, [...] la société comme telle n'a pas de droits, et [...] le seul but moral d'un gouvernement est la protection des droits individuels.

 

Il n'y a pas trente-six droits fondamentaux: il n'y a qu'un, le droit d'un homme à sa propre vie, c'est-à-dire la liberté de prendre toutes les actions requises par la nature d'un être rationnel pour la conservation, le développement, l'accomplissement et la jouissance de sa propre vie:

 

Le droit à la vie [ou la nature humaine] est la source de tous les droits, et le droit de propriété est le seul moyen qui en permette la réalisation. Sans droits de propriété, aucun autre droit n'est possible. Puisque l'homme doit maintenir sa vie par son propre effort, l'homme qui n'a aucun droit au produit de son effort n'a aucun moyen de maintenir sa vie. L'homme qui produit alors que d'autres disposent du fruit de son effort est un esclave.

 

C'est pourquoi Ayn Rand précise, face à la prolifération de prétendus nouveaux droits, des droits champignons, des droits économiques (que d'aucuns appellent droits-créances):

 

Un droit n'inclut pas sa réalisation matérielle par autrui; il inclut seulement la liberté de prendre toutes les actions nécessaires pour le réaliser, par ses propres moyens et son propre effort.

 

Parler de droits individuels est une redondance, mais elle permet de les distinguer de ces faux droits que sont les droits des masses ou droits collectifs:

 

Seul un individu peut posséder des droits. [...] Un groupe ne peut avoir d'autres droits que ceux qui sont possédés par ses membres individuels. Dans une société libre, les "droits" d'un groupe découlent de ceux de ses membres suite à leur choix individuel et volontaire et à une entente contractuelle, et ne sont que l'application de ces droits individuels à une entreprise spécifique.

 

Dans une société libre, le financement du gouvernement serait volontaire, l'assistance non-sacrificielle; le racisme et ses quotas, qui sont violation des droits d'autrui, ne seraient pas possibles...

 

Connaissez-vous une société libre?

 

Francis Richard

 

La Vertu d'égoïsme, Ayn Rand, 178 pages, Les Belles Lettres

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 22:55
Le pouvoir corrompt, de Lord Acton

Tout le monde connaît l'aphorisme de Lord Acton (1834-1902):

 

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument.

 

Il est en fait tiré d'une lettre que cet éminent professeur d'histoire contemporaine à Cambridge écrivit le 5 avril 1887 à l'archevêque Mandell Creighton.

 

Lord Acton est, autrement, peu connu. Dans sa préface à Le pouvoir corrompt, Jean-Philippe Vincent le dépeint en quelques termes qui le résument:

 

Lord Acton était un aristocrate britannique, un européen dans l'âme, un historien, un catholique, un libéral et un penseur de première force.

 

Comment un libéral, de surcroît catholique, n'aurait-il pas d'affinités avec un tel homme à partir d'un tel résumé?

 

En tout cas, pour le mieux connaître, la Bibliothèque classique de la Liberté, une des collections des éditions Les Belles Lettres, publie pour la première fois en français des textes de ce penseur. Ces textes sont trois conférences:

 

- Conférence inaugurale sur l'étude de l'Histoire, à Cambridge, le 11 juin 1895

- De l'histoire de la Liberté dans l'Antiquité, au Bridgenorth Institute, le 21 mai 1877

- De l'histoire de la Liberté au sein du christianisme, au Bridgenorth Institute, le 28 mai 1877

 

De ces trois conférences, le lecteur retient qu'il a surtout affaire à un historien.

 

Dans sa première conférence, Lord Acton fait cette remarque prémonitoire:

 

Nous ne sommes qu'au début de l'ère documentaire, appelée à rendre l'histoire indépendante des historiens, à développer la connaissance aux dépens de l'écriture, et à accomplir une révolution dans d'autres domaines scientifiques également.

 

Et donne une clé banale de l'histoire qui permet de savoir que le règne de l'absolutisme n'est plus:

 

Vous le saurez grâce à certains signes extérieurs: le principe de représentation, la disparition de l'esclavage, le règne de l'opinion, et d'autres exemples du même genre; vous le verrez encore mieux par des témoignages moins évidents: la sécurité dont jouissent les plus faibles et la liberté de conscience qui, lorsqu'elles sont garanties, garantissent le reste.

 

Dans la deuxième conférence, dans le même esprit, il dit:

 

Le test le plus sûr qui nous permet d'estimer si un pays est réellement libre, c'est celui qui mesure le degré de sécurité dont jouissent les minorités.

 

Et qui peut opprimer une minorité sinon une majorité, ce qui est pire encore que de l'être par une minorité?

 

Il observe aussi, en historien, à l'instar des anciens, que tout principe de gouvernement existant isolément est porté à son comble et déclenche une réaction:

 

La monarchie se durcit et se mue en despotisme. L'aristocratie se contracte et devient oligarchie. La démocratie prend de l'ampleur et cède à la domination numérique.

 

Pour pallier ces dérives, l'Antiquité a l'idée du fédéralisme - multiplier les centres de pouvoir et de débats - sans en explorer suffisamment en théorie les propriétés.

 

Pour Lord Acton, la liberté n'est pas qu'un moyen servant à atteindre un objectif politique plus noble. Elle est en elle-même cet objectif le plus noble qui soit. Si l'on en a besoin, ce n'est pas dans le but de mettre sur pied un mode de gestion publique de qualité, mais pour s'assurer que l'on pourra sans risque nourrir les plus hautes ambitions dans la société civile comme dans la vie privée.

 

Lord Acton déplore également, dans l'Antiquité, l'absence de trois données: le gouvernement représentatif, l'émancipation des esclaves et la liberté de conscience...

 

L'égalité en droit découle de l'égalité devant Dieu:

 

Devant Dieu, il n'est ni Grec ni barbare, ni riche ni pauvre, et l'esclave est à la hauteur de son maître, car par la naissance tous les hommes sont libres; ce sont les citoyens de cette communauté universelle qui inclut le monde entier, où nous sommes tous les frères d'une même famille, et les enfants de Dieu.

 

A la fin de la deuxième conférence Lord Acton rappelle les paroles du Seigneur:

 

Rendez à César ce qui appartient à César, et rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu.

 

Il commente: Ces paroles [...] attribuèrent au pouvoir civil, sous la protection de la conscience, un caractère sacré qui n'avait jamais été le sien, et lui imposèrent des limites qu'il n'avait jamais acceptées; et ce caractère, ces limites signifiaient le reniement de l'absolutisme et la consécration de la liberté.

 

Cette fin introduit bien la troisième conférence.

 

Lord Acton fait un constat d'historien:

 

Si l'on regarde en arrière pour contempler ce millénaire, que l'on nomme le Moyen Âge, et dresser le bilan de l'oeuvre accomplie pendant cette période et visant non point, certes, à atteindre la perfection dans la conception des institutions, mais pour le moins à chercher à comprendre la nature de la politique dans sa vérité, voici ce que l'on découvre: le gouvernement de type représentatif, inconnu dans l'Antiquité, était devenu un modèle quasi universel.

 

C'est alors que Machiavel vint, avec sa théorie immorale, un enseignement qui donna une considérable impulsion à l'absolutisme en faisant taire les consciences des monarques à l'esprit très religieux, et gomma en grande partie les distinctions entre le bien et le mal.

 

La religion devint, chez les despotes, un prétexte leur permettant de déployer leur art criminel...

 

Lord Acton ajoute: Sans nul doute la médecine propre à soigner la maladie dont languissait l'Europe était celle-ci: il fallait que les hommes comprissent que le pouvoir n'existe pas de droit divin, et que le pouvoir arbitraire constitue une violation de ce droit divin.

 

Lord Acton poursuit: La notion selon laquelle la liberté religieuse est le principe qui rend possible la liberté civile, et que cette dernière est la condition nécessaire pour qu'existe la liberté religieuse, constitue une découverte à laquelle ne peut prétendre que le XVIIe.

 

Et de citer les noms de grands auteurs, liés au parti whig, tels que Burke ou Macaulay, au sujet des chefs de la révolution anglaise qui furent les ancêtres légitimes de la liberté du monde moderne...

 

Il se félicite donc - il n'est pas un Anglais pour rien - de ce qu'une part considérable de l'éprouvant combat et de l'effort de réflexion et d'endurance grâce auxquels l'homme aura pu se délivrer du pouvoir de l'homme aura été l'oeuvre de nos compatriotes, et de leurs descendants installés dans d'autres territoires.

 

Il est optimiste: Si l'on a raison de tirer quelque orgueil du passé, l'avenir est encore davantage chargé d'espoir.

 

Le temps n'est-il pas, comme l'écrit Chantal Delsol dans Les pierres d'angle, semblable à une spirale qui tourne sur elle-même tout en s'élevant?

 

Francis Richard

 

Le pouvoir corrompt, Lord Acton, 144 pages, les belles lettres (traduit de l'anglais par Michel Lemosse)

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 22:55
Le changement c'est maintenant, de Bertrand Allamel

François Hollande a fait preuve, sans le vouloir, d'une étonnante pertinence et d'une éphémère lucidité.

 

En effet le slogan de campagne de 2012 de l'ex-président de la république, Le changement c'est maintenant, est en train de devenir réalité. Ce n'est évidemment pas le changement prévu, mais les lignes bougent.

 

Les techniques de manipulation sémantique du socialisme et d'intimidation de ses adeptes ont fait long feu:

Internet, média libre et incontrôlable, a permis avec sa logique virale du buzz, de donner une audience et une visibilité aux intellectuels, auteurs, journalistes jusque-là soigneusement et systématiquement diabolisés ou mis à l'index.

 

Il ne faut tout de même pas rêver : la droite décomplexée se veut anti-libérale tout en déconstruisant l'interventionnisme socialiste... Comprenne qui pourra cette incohérence...

 

Les partis traditionnels sont morts:

Le vide idéologique a tué la droite (le programme innovant de François Fillon est arrivé trop tard), et les problèmes de renouvellement idéologique ont également eu raison de la gauche.

 

Les néo-populismes montent:

- L'antifascisme fantasmé de la gauche a permis au FN de devenir une réelle force politique. Elle aurait mieux fait d'essayer de comprendre (sans l'approuver) la colère contre les étrangers de son électorat que de le juger...

- La mansuétude des médias et l'inculture économique entretenue par une éducation nationale gauchisée ont permis au Front de Gauche, qui, lui, s'appuie sur la colère contre les bourgeois, d'en faire une autre réelle force politique :

 

Vous gémissiez contre le parti de l'extrême ? Vous en avez maintenant un deuxième. Et celui-ci, rassurez-vous, est vraiment autoritaire et quasiment ouvertement totalitaire.

 

L'échiquier politique est reconfiguré:

- la nouvelle gauche d'Emmanuel Macron est une gauche recentrée, sociale-démocrate (ceux qui ne s'y reconnaissent pas s'en vont carrément à l'extrême).

- la droite ne doit pas imputer l'échec de son candidat, François Fillon, à son programme: jusqu'à présent son manque de culture l'a empêchée d'être libérale... Elle doit se mettre au travail.

 

Conclusion:

Le socialisme à la française, celui qui a réussi à mettre le pays par terre en trente ans vit ses dernières heures. Et la droite inculte, qui a loupé le coche en 2017 sur une série de maladresses grossières, va être contrainte de se redéfinir à son tour.

 

Pour Bertrand Allamel, la recomposition de la droite passe par un libéralisme conservateur qui devra absolument être documenté. Il lui faudra également [...] engager une bataille intellectuelle pour détruire tous les mythes gauchistes persistants et redorer l'idéologie libérale, notamment auprès de la jeunesse.

 

La France est en train, avec retard, de résoudre son vieux problème droite/gauche: C'est bien, mais le monde, lui, n'en est plus là...

 

Francis Richard

 

Le changement c'est maintenant, Bertrand Allamel, 134 pages Les éditions Libréchange

 

Livre précédent:

Culturellement incorrect (2016)

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 23:00
La Grande Fiction - L'État, cet imposteur, de Hans-Hermann Hoppe

On connaît, ou devrait connaître, ce que dit Frédéric Bastiat dans L'État:

 

L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

 

Hans-Hermann Hoppe en a tiré le titre de son livre The Great Fiction, paru en 2012. La Grande Fiction est la première publication en français d'un livre de celui que Jörg Guido Hülsmann appelle, dans sa préface, le doyen incontesté de l'école autrichienne d'économie, se situant dans la lignée de Ludwig von Mises et de Murray Newton Rothbard.

 

Dans ce livre brillant, courageux, anti-intellectuel, l'universitaire allemand montre que l'État, par essence, ne peut remplir le rôle de protecteur des biens et des personnes: il est tout simplement contraire à sa nature de respecter et de faire respecter les droits de propriété, ne serait-ce que parce qu'il est partie et juge en dernier ressort dans les conflits en la matière.

 

La propriété privée est pourtant ce qui permet de résoudre le problème de l'ordre social. En effet chacun est propriétaire de son corps physique, ainsi que de tous les lieux et les biens donnés par la nature qu'il occupe et utilise au moyen de ce même corps, pourvu qu'aucun être humain n'ait déjà occupé ou utilisé ces lieux et ces biens avant lui.

 

C'est cette appropriation originelle qui permet d'accroître le bien-être social en accroissant le bien-être individuel, sans amoindrir celui des autres (et de déterminer qui est l'actuel propriétaire). Car le propriétaire privé prend soin de ce qui lui appartient individuellement, alors que la possession de biens en commun et l'indivision sont toujours sources de conflits...

 

Les propriétés communes de naguère, telles que les routes, ont été expropriées par l'État et sont devenues propriétés publiques. Avec pour conséquence que l'État, soi-disant propriétaire, peut décider, comme pour les autres biens publics, tels que les écoles, les hôpitaux etc., l'usage que les contribuables, exclus de tout droit de propriété sur elles, peuvent et doivent en faire.

 

Hoppe relate ainsi comment l'État est passé de l'aristocratie à la monarchie, puis de la monarchie à la démocratie. C'est-à-dire comment c'est allé de mal en pis, du consentement à la taxation et de la soumission au droit de tous (y compris l'État), à la production de maux par l'État, jouissant de l'exclusivité de taxer et du pouvoir de faire et de défaire des lois:

 

La sélection des dirigeants de l'État via des élections démocratiques fait qu'il est pratiquement impossible pour une personne honnête ou inoffensive d'atteindre les sommets du pouvoir...

 

Les méfaits de l'État sont multiples et la liste suivante n'est de loin pas exhaustive:

 

- en matière d'immigration: aux micro-migrations, dépendant d'une multitude de propriétaires privés ou associations de propriétaires, se sont substituées des macro-migrations décidées par lui, se traduisant par des exclusions et des intégrations forcées, par une immigration sans frein ou sous contrôle

 

- en matière de monnaie: la création monétaire ex-nihilo a provoqué, et provoque, des cycles boom-crise, sans que des richesses soient créées, ce qui lui permet de redistribuer celles préexistantes en sa faveur et en celle d'amis et relations, tels les ploutocrates, que d'aucuns appellent capitalistes de connivence

 

- en matière de guerre: plus l'État contrôle de personnes productives, mieux ce sera pour lui. Dans ce désir d'expansion, il se heurte à l'opposition d'autres États. Sur un territoire donné, il ne peut y avoir qu'un seul monopole de la prise de décision ultime. Autrement dit, la concurrence entre différents États ne souffre aucun compromis...

 

Pour Hans-Hermann Hoppe la solution à l'imposture de l'État est de substituer une société de droit privée à ce monopole, qui s'avère incompatible avec la protection des biens et des personnes contre les violences intérieures et les agressions extérieures, et incapable de produire et de maintenir l'ordre social:

 

Si, au lieu de contribuer à la prévention des conflits, l'État est une source permanente de conflits; et si, plutôt que d'assurer sécurité et stabilité juridiques, l'État génère lui-même insécurité et instabilité en permanence, via la législation, en remplaçant les lois immuables par des caprices arbitraires et "élastiques", alors jaillit inéluctablement la question de savoir si la bonne solution à apporter au problème de l'ordre social ne serait pas, évidemment, non étatiste.

 

Et Hans-Hermann Hoppe d'expliquer comment...

 

Francis Richard

 

La Grande Fiction - L'État, cet imposteur, Hans-Hermann Hoppe, 204 pages Éditions Le Drapeau Blanc

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 22:45
Échec de l'État, de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin

Échec de l'État n'est pas un livre-programme. C'est un livre de propositions pour remédier à l'échec de l'État français. Cet échec résulte du fait que l'État s'est approprié des libertés qu'il aurait dû au contraire garantir aux citoyens et qu'il doit maintenant leur restituer. C'est à la fois une question de principe et d'efficacité.

 

Une question de principe:

 

Sans responsabilité, il n'y a pas d'humanité parce que c'est la responsabilité qui est un caractère fondamental du genre humain, qui le distingue des animaux et des créatures inertes en l'insérant dans une histoire dont il n'est pas qu'un jouet, en lui donnant à penser son avenir et à raisonner sur celui de toute communauté dans laquelle il vit. Cette responsabilité ne peut s'exercer que si l'homme qui la supporte dispose bien entendu de la liberté de faire ses choix.

 

Une question d'efficacité:

 

La liberté retrouvée alors démultipliera ses fruits. Elle permettra plus de choses que ce que nous pouvons imaginer, comme elle l'a fait depuis la machine à vapeur et le métier à tisser dans le grand progrès des sciences et des arts qui nous permettent de vivre mieux et plus longtemps.

 

Les pistes que donnent les auteurs avec ces propositions s'articulent autour de quatre thèmes:

 

- L'assurance, plutôt que l'assistance

- La libération de la fiscalité

- La libération de l'éducation

- L'État garant de la stabilité et subsidiaire.

 

L'assurance vaut mieux que l'assistance

 

Le modèle social français, que tout le monde envie mais que personne ne copie, est désastreux: il est compliqué, fort coûteux, largement déficitaire. La protection sociale d'aujourd'hui en France, financée par la dette, se fait aux dépens des générations futures.

 

Or il existe une solution pour réduire les charges sociales: c'est d'ouvrir ce système défaillant à la concurrence, en laissant toutefois à la charge de la collectivité certaines dépenses telles que les handicaps congénitaux ou liés à des catastrophes, les aides aux familles ou aux plus démunis, sous la forme d'une allocation unique, mais pas universelle, variable suivant la situation, et qui remplacerait avantageusement les nombreuses allocations sociales actuelles.

 

Ouvrir à la concurrence, c'est permettre à ceux qui le souhaitent de souscrire librement leurs assurances sociales auprès d'une compagnie ou mutuelle de leur choix comme ils le font en matière d'assurance automobile, pour les risques maladie, maternité, vieillesse, en interdisant aux assureurs la sélection des risques. Cela suppose de verser aux salariés leur salaire complet, c'est-à-dire leur salaire net augmenté des charges sociales actuelles pour qu'ils aient les moyens de souscrire aux assurances de leur choix.

 

Le système de retraite par répartition est condamné en raison du vieillissement de la population. C'est bien pourquoi les pays de l'OCDE ont évolué vers la capitalisation, qui, contrairement aux idées reçues, comme le montrent les auteurs, est moins risquée que la répartition et présente l'avantage de participer au financement de l'économie. Curieusement, en France, des fonds de pension existent surtout pour les élus locaux, les fonctionnaires et les sénateurs, dont les cotisations sont déductibles de leur revenu imposable...

 

Les auteurs proposent de sauver l'assurance-chômage en l'ouvrant également à la concurrence (resteraient adhérents à l'assurance publique ceux qui le souhaiteraient). Les prestations comprendraient une allocation forfaitaire minimum et des assurances complémentaires, dans des conditions librement débattues en termes de durée d'indemnisation, de franchise, de montant de l'allocation et de cotisation.

 

Rien de tel que de privatiser le logement social pour en augmenter l'offre et d'en baisser le prix, surtout si c'est accompagné d'une baisse de la fiscalité (il existe trente prélèvements directs ou indirects sur les biens immobiliers perçus par l'État) et d'un allègement des réglementations, ce qui favoriserait en outre l'acquisition de leur logement par ceux qui les occupent...

 

Une fiscalité libérée

 

Libérer la fiscalité, c'est démêler le maquis fiscal: il existe près de 500 régimes fiscaux dérogatoires et 75 niches fiscales (il y a aussi 132 niches sociales chiffrées et 57 non chiffrées...) et rendre la fiscalité la plus neutre possible. C'est pourquoi les auteurs proposent:

 

- de supprimer les niches et l'impôt progressif sur le revenu et d'adopter un impôt sur le revenu proportionnel, ou flat tax, à deux taux (2 et 15%): ce serait plus simple et plus égalitaire (il faut être bien informé pour profiter des niches...)

 

- d'adopter un taux unique de TVA (il y en a 9 actuellement...)

 

- d'aménager le taux de l'impôt société (dont la légitimité est contestable...) de manière la plus rationnelle et juste possible: l'idéal serait [...] que l'impôt sur le revenu soit fixé à un taux unique (cf. ci-dessus) et que l'impôt société soit fixé au même taux.

 

Il faut libérer l'éducation

 

La France ne manque pas de moyens en matière d'éducation, mais de résultats: Selon les résultats de l'étude PISA de 2012, la France se situe dans la moyenne, ou même au-dessous de la moyenne pour chaque catégorie (mathématiques, sciences et écrit), ce qui n'est pas terrible! Or, depuis, le système s'est dégradé: davantage d'élèves en difficulté, moins de chances de réussir pour les élèves issus de milieux défavorisés.

 

Ces mauvais résultats proviennent de son manque d'autonomie et du défaut de concurrence, autrement dit de l'étatisation de l'éducation: le mammouth est inefficace. Certes il existe des écoles libres, mais leurs effectifs sont bridés par l'État. La solution serait de permettre à ces écoles d'accueillir les élèves que les parents veulent y inscrire, de permettre l'ouverture d'écoles entièrement privées et de permettre aux élèves plus aptes à la pratique qu'à la théorie de bifurquer vers l'apprentissage.

 

Le moyen d'assurer le libre choix de l'établissement par les parents est de les faire bénéficier du bon scolaire, ce qui ne coûterait pas plus cher à la collectivité, ce qui, au contraire, permettrait de réduire les charges administratives et de se consacrer pleinement aux missions d'éducation. Le bon scolaire? Il représenterait le montant équivalent au coût moyen d'une classe concernée, que les parents pourraient remettre à l'école privée de leur choix.

 

Les auteurs proposent que l'université soit payante, comme aux États-Unis, où les universités privées sont les meilleures du monde dans tous les classements, ce qui n'est pas le cas des universités françaises: Le système d'université payante responsabilise les étudiants. Ils ne s'inscrivent pas en première année de quoi que ce soit parce qu'ils ne savent pas quoi faire, ou juste en attendant de trouver un job qu'ils ne cherchent guère, ou pour être assurés sociaux à prix modéré...

 

Un cadre institutionnel stable et subsidiaire

 

Sous prétexte d'harmoniser, l'Union européenne cherche plus que jamais à uniformiser, le contraire de la concurrence. Étymologiquement l'harmonisation n'est pas l'uniformisation, mais l'accord des différences: c'est justement ce qui caractérise la concurrence, du moins lorsqu'elle est respectueuse de certaines règles déontologiques.

 

Ce faisant l'Union européenne a abandonné son projet initial: créer une vaste zone de liberté pour permettre que l'échange permanent et libre des hommes, des biens et des services contribue à l'enrichissement de tous, que chacun puisse voter avec ses pieds en allant voir ailleurs si l'herbe y est plus verte, s'il n'est pas satisfait du ratio biens publics/fiscalité.

 

L'Union européenne a joué à l'épicier en voulant peser les échanges, standardiser les produits, imposer des normes à l'infini dans la mauvaise idée que le marché exige l'uniformité quand il suppose la diversité. Elle a voulu régenter la concurrence des entreprises quand celles-ci par définition ont besoin de liberté. Et dans le même temps elle travaille sans fin à empêcher la compétition fiscale entre les États qui est pourtant protectrice des contribuables comme la concurrence des entreprises l'est des consommateurs.

 

Les auteurs souhaitent donc qu'elle revienne à une Europe subsidiaire des nations, une Europe limitée et respectueuse des pays qui la composent, une Europe puissante à l'extérieur sans s'ingérer dans la vie des uns et des autres, une Europe fière de sa grandeur et de son histoire, forte de ses principes, de sa liberté, de sa capacité d'innover et capable de permettre à ceux qui y vivent de mieux grandir en êtres responsables d'eux-mêmes, peut-être alors qu'elle redeviendra le creuset de la paix et de la puissance, de la confiance et de la prospérité.

 

Ce qu'ils disent de l'Europe subsidiaire devrait s'appliquer au niveau de l'État: Au-delà de la représentation extérieure, de la sécurité et de la Justice, l'État a vocation aujourd'hui plus qu'hier à faire en sorte que chaque enfant reçoive l'enseignement le mieux adapté à ses capacités, que chacun vive décemment. Mais c'est aussi l'État subsidiaire; il ne doit pas obligatoirement tout faire, mais plutôt laisser faire ceux qui peuvent avant que d'intervenir s'il y a carence: en bas tout le possible, en haut tout le nécessaire.

 

Aujourd'hui c'est l'État qui tue la France et non pas, comme d'aucuns disent, le libéralisme ou la mondialisation: Pour lutter contre l'immigration, il faut en finir avec l'État-providence et l'assistanat; pour combattre le chômage, il faut plus de libertés économiques et moins de pression fiscale.

 

Les auteurs proposent en conséquence de défonctionnariser la classe politique, car, en France, la politique est devenue un emploi à vie pour ceux qui y accèdent. La carrière politique ressemble à la fonction publique. Comment faire? L'ouvrir au privé et à la société civile.

 

Conclusion

 

Le rôle de l'État doit être limité: L'État a moins vocation à faire le bien en lieu et place des hommes que de les empêcher à faire le mal. Mais il se conçoit en seule vue du bien des hommes. Il promeut la liberté, mais il ne peut et ne doit la défendre corps et biens, que pour ce qu'elle permet. Si à cet égard elle est la fin des États, elle n'est jamais pour les individus qu'un moyen, suprême certes, mais un moyen seulement au service de leurs fins.

 

Toutes ces propositions de réformes - elles n'ont rien de révolutionnaire - ont fait leurs preuves dans d'autres pays, et les auteurs en donnent de nombreux exemples, probants. Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne les reprend pourtant à son compte, sans doute parce qu'elles heurteraient les préjugés de la majorité des électeurs, formatés pour la servitude volontaire par le monopole de l'éducation et par des médias uniformément corrects.

 

Ces propositions ont donc peu de chances de se réaliser un jour prochain. Mais, peut-être, quand la France aura atteint le fond, s'il n'est pas trop tard, seront-elles mises alors à l'ordre du jour et, mises en application, exauceront-elles le voeu de Jean-Philippe Delsol et de Nicolas Lecaussin:

 

Que l'État fasse son devoir de garantir la liberté et la liberté fera le reste dans une société de libre choix.

 

Francis Richard

 

Échec de l'État - Pour une société de libre choix, Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin, 272 pages Éditions du Rocher

 

Livres précédents de Jean-Philippe Delsol:

Pourquoi je vais quitter la France Tatamis (2013)

L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun Desclée de Brouwer (2016)

 

Livres précédents de Nicolas Lecaussin:

Au secours, ils veulent la peau du capitalisme! Editions First (2009)

L'obsession anti-libérale française Libréchange (2014)

 

Livre précédent de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin:

A quoi servent les riches JC Lattès (2012)

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 23:55
Culturellement incorrect, de Bertrand Allamel

Attention, danger! Ce livre est incorrect. Il ne respecte pas la pensée française dominante en matière de culture. Il ose en effet s'attaquer aux politiques culturelles, à l'interventionnisme de l'État. Ce qui ne signifie pas qu'il considère que la culture soit de peu d'importance dans la vie des hommes. Bien au contraire.

 

L'auteur pourrait ironiser comme le fait Frédéric Bastiat, qui, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, écrivait: Pensons-nous que l'État ne doit pas subventionner les artistes? Nous sommes des barbares qui jugeons les arts inutiles...

 

Ce qu'on voit.

 

Bertrand Allamel, dans Culturellement incorrect, démontre d'abord le bien-fondé des politiques culturelles, qui, pour être légitimes, doivent être conformes à la morale, à la raison et à la justice:

 

Démontrer consiste à établir une vérité ou une évidence par un raisonnement.

 

Quel est le raisonnement? Il part de deux principes:

- préserver la culture des lois du marché.

- réduire les inégalités d'accès à la culture.

 

Avant tout, Bertrand Allamel définit de quoi il est question. Le mot culture a deux sens, liés l'un à l'autre:

- un sens esthétique puisqu'elle recouvre les différentes oeuvres de l'esprit

- un sens anthropologique puisqu'elle est propre à une population.

 

Ce que disait Condorcet de l'instruction publique s'applique à la culture: c'est un instrument privilégié de libération de l'esprit humain. Ce que disait Schiller de l'éducation esthétique ne s'y applique pas moins: c'est un instrument de conciliation du sensible et du raisonnable.

 

La conviction fondatrice de l'intervention publique se base sur ces effets bénéfiques que, selon Les Lumières, la culture a sur l'humanité. Les individus cultivés sont, de fait, ouverts d'esprit grâce à:

- la diversité des représentations du monde auxquelles ils sont confrontés

- la diversité des langages qu'ils acquièrent et qui leur permettent de comprendre les autres.

 

Comme la culture est un bien exceptionnel, collectif et pacifiant, c'est bien à la collectivité d'en assurer la plus large et la plus équitable diffusion pour que la variété et la diversité de l'offre ne soient pas réduites:

 

Les productions culturelles pointues sont moins rentables et ont tendance à être exclues du marché.

 

Il y a également le problème de l'entrée gratuite, soulevé par Ronald Dworkin: Les consommateurs de disques et de films financent la production du bien culturel dont bénéficient ceux qui choisissent de se procurer et de jouir du bien sans le payer.

 

Si ce comportement prend de l'amplitude et que de tels biens culturels ne puissent plus être financés, ne devient-il pas utile de recourir à l'impôt et pertinent de les subventionner pour maintenir un certain niveau de culture?

 

Il est évident qu'il existe des inégalités d'accès à la culture. Ce ne sont pas tant d'ailleurs des inégalités économiques que sociologiques: Il faut avoir un minimum de culture pour être intéressé par la culture, et s'intéresser à la culture donne envie de s'y intéresser encore plus.

 

Ce qui peut légitimer une action de la collectivité en faveur de ceux qui ne s'y intéressent pas: Si je n'ai pas un accès à la culture égal à mon voisin, ai-je la même liberté de penser que lui? [...] La personne cultivée a le choix de profiter ou non des biens culturels, celle qui ne l'est pas, non.

 

Enfin, il y a un devoir de transmission aux générations futures et donc une nécessité d'entretien de la culture, dans son sens anthropologique. L'État semble le plus apte à assurer cet entretien et à remplir ce devoir moral.

 

Ce qu'on ne voit pas

 

La légitimité de l'interventionnisme de l'État, dans le domaine culturel, comme dans d'autres, ne résiste pourtant pas à l'épreuve de la réalité. Et Bertrand Allamel le prouve:

 

Prouver revient [...] à établir une vérité mais en s'appuyant sur des faits ou des pièces à conviction.

 

Bertrand Allamel fait une remarque liminaire: tout le monde n'est pas d'accord avec l'idéalisme des Lumières. D'aucuns pensent, comme Rousseau, que la culture est néfaste à l'homme et à la société. D'autres que la culture de masse, non sacrée, va de pair avec le déclin de la spiritualité.

 

Il donne également des contre-exemples de créations culturelles, diversifiées et de qualité selon lui, faites par des opérateurs privés, dans le secteur télévisuel (que je connais mal) depuis les années 2000: des séries américaines et une émission française de divertissement.

 

Puis, et c'est là, où la légitimité des politiques culturelles est grandement mise à mal, il publie des statistiques de fréquentation des équipements culturels qui prouvent leur inefficacité. Ce sont des statistiques de fréquentation globales, par type d'équipement, par pratiques culturelles, par catégories sociales et par revenus.

 

Il ressort de ces statistiques, établies sur des années, que la fréquentation des équipements culturels est faible et que ceux qui profitent de ces équipements sont essentiellement ceux qui ont les moyens économiques de se passer de facilitation d'accès à la culture: Cela revient à dire, de façon caricaturale, qu'en matière culturelle, "le pauvre paie pour le riche".

 

Ce qui met encore plus à mal la légitimité de l'intervention publique, c'est un recensement effectué aux États-Unis, qui fait apparaître des pratiques culturelles proportionnellement identiques à celles des Européens, à la différence près que les financements là-bas sont privés:

 

Ce constat est plutôt embarrassant en regard des sommes investies par la collectivité et de l'état de dégradation avancée des finances publiques de notre pays.

 

Plus fondamentalement, dans un dernier chapitre, l'auteur soulève trois problèmes que pose l'intervention publique en matière culturelle: Un premier problème connu concerne les dérives bureaucratiques de l'action culturelle publique. Deux autres aspects sont moins fréquemment évoqués mais méritent attention. Il s'agit de l'atteinte aux préférences et la liberté de choix des individus, et du paternalisme.

 

Pour expliciter ces deux derniers aspects, force est pour l'auteur de faire de la sémantique et de montrer de manière synthétique, sur un tableau éloquent, ce qui sépare l'idéologie socialiste dominante en France de la pensée libérale qui y est inexistante, du moins sur le plan politique.

 

Cette distinction est nécessaire parce que la plupart des gens ignorent en France que le libéralisme est d'abord une philosophie du droit et une conception politique, avant d'être une doctrine économique. Alors que le socialisme est une idéologie politique qui repose sur le diagnostic d'une inégalité dans la répartition des richesses entre les hommes.

 

Quoi qu'il en soit l'intervention publique en matière publique ressort de l'idéologie socialiste, où la culture est une affaire publique car liée au destin collectif: il faut élever le niveau de culture des masses, et rendre la culture accessible au plus grand nombre. Pour un libéral, la culture est une affaire privée, individuelle, qui ne saurait faire l'objet d'une politique publique:

 

Les individus sont contraints de financer un bien collectif qu'ils ne désirent pas forcément, et la liberté de celui qui ne veut pas payer pour un spectacle, un musée, une exposition est atteinte.

 

Ce qui est vrai pour la culture l'est pour bien d'autres domaines, ce qui se traduit par une augmentation indéfinie du périmètre de l'État, devenu un État-providence démesuré. Où une élite décide pour le reste de la population, en exerçant une forme de paternalisme:

 

Dire que la culture est bénéfique ou indispensable et qu'il appartient à la collectivité d'en assurer les conditions de production comme de diffusion revient à se considérer comme un éclairé sachant ce qui est bon pour le peuple (et le sachant mieux que lui).

 

Au début de son livre, l'auteur écrit que tout le monde trouve aujourd'hui normal que la collectivité intervienne dans le champ culturel. A son terme, il écrit qu'il n'y a pas de mesure particulière à prendre, sinon un désengagement de la collectivité, accompagné tout au plus d'une meilleure politique d'incitation fiscale. On en est encore bien loin...

 

Francis Richard

 

Culturellement incorrect, Bertrand Allamel, 272 pages Les Éditions Libréchange

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 22:55
Frédéric Bastiat de A à Z

Les Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat représentent quelque 3 700 pages. L'Institut Coppet  les a rééditées, facilitant leur diffusion en France, où ce génie méconnu n'est pas prophète, sans doute parce que nul ne l'est dans son pays...

 

L'Institut Coppet a complété cette édition par un abécédaire, qui peut être consulté comme un usuel, ou être lu in extenso. C'est un travail synthétique d'une grande utilité, c'est-à-dire qui sert grandement à faire connaître les idées de Bastiat.

 

Cet abécédaire peut être lu in extenso parce que, comme le rappelle Benoît Malbranque dans sa préface, Frédéric Bastiat a un style d'une grande légèreté et parce qu'il a le sens de la formule.

 

Comme disait Etienne Boileau :

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

Et les choses pour le dire viennent aisément.

 

Comment parler d'un abécédaire, sinon en en donnant un aperçu par quelques citations, bien choisies, subjectivement, soit parce qu'elles sont percutantes, soit parce qu'elles donnent matière à réflexion.

 

Dans quel ordre les mettre ces citations, sinon en cédant à la facilité de suivre l'ordre alphabétique des thèmes, dans lesquels l'Institut Coppet les a mises et regroupées.

 

Pourquoi, enfin, ne pas les commenter, même brièvement?

 

Capital

Quand je vois le Travail s'irriter contre le Capital, il me semble voir l'inanition repousser les aliments.

 

Depuis l'expérience soviétique, on sait de manière probante que les anticapitalistes sont des affameurs...

 

Concurrence

La concurrence a pour effet de provoquer, révéler et universaliser les bonnes méthodes, et de faire sombrer les mauvaises.

 

La mise en pratique de la parabole du bon grain et de l'ivraie...

 

Enseignement

Tous les monopoles sont détestables, mais le pire de tous, c'est le monopole de l'enseignement.

 

L'Education Nationale en France ne contredit pas cette affirmation...

 

Importations

Le but réel de toute nation (quoi qu'elle en pense elle-même) est d'importer le plus possible et d'exporter le moins possible, comme le but de tout homme, dans ses transactions, est d'obtenir beaucoup en donnant peu.

 

Comme quoi la balance commerciale...

 

Impôts

J'appelle bon impôt celui en retour duquel le contribuable reçoit un service supérieur ou du moins équivalent à son sacrifice.

[...]

J'appelle mauvais impôt celui qui ne confère pas au contribuable un avantage égal à son sacrifice.

 

A ces aunes-là, il y a beaucoup de mauvais impôts et peu de bons...

 

Si un impôt est graduellement et indéfiniment élevé, par cela même qu'à chaque degré d'élévation il restreint un peu plus la consommation ou la matière imposable, un moment arrive nécessairement où la moindre addition à la taxe diminue la recette.

 

Avec sa célèbre courbe, Arthur Laffer ne disait pas autre chose à Ronald Reagan...

 

Loi

Comment reconnaître la spoliation ? C'est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d'un citoyen et aux dépens des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime.

 

Qu'est-ce d'autre que l'Etat- providence?

 

Monopole

Le monopole est ainsi fait qu'il frappe d'immobilisme tout ce qu'il touche.

 

Les exemples abondent en France et ailleurs ...

 

Propriété

La propriété, le droit de jouir du fruit de son travail, le droit de travailler, de se développer, d'exercer ses facultés, comme on l'entend, sans que l'Etat intervienne autrement que par son action protectrice, c'est la liberté.

 

En France, que reste-t-il de la liberté?

 

Richesse

Il n'y a et ne peut y avoir que deux manières d'acquérir : produire ou ravir.

 

En France on produit de moins en moins et on ravit de plus en plus...

 

Socialisme

Après avoir jugé tous les hommes sans exception capables de gouverner le pays, nous les déclarons incapables de se gouverner eux-mêmes.

 

C'est l'inconséquence du socialisme démocratique...

 

Valeur

Que j'ai pris une peine d'une heure ou d'un jour, peu importe à celui à qui j'offre mon service. Ce qu'il regarde, ce n'est pas la peine que je prends, mais celle que je lui épargne.

 

Il ne faut jamais perdre de vue comment se déterminent les consommateurs que nous sommes tous ...

 

Les idées de Frédéric Bastiat sont tellement contraires à la pensée unique qu'il n'est pas étonnant qu'elles soient occultées. Etienne de La Boétie n'a-t-il pas écrit avant lui, sans plus d'effet, un Discours de la servitude volontaire

 

Puissent toutefois ces quelques extraits inciter à lire l'abécédaire, voire à plonger dans les Oeuvres complètes pour découvrir les raisonnements de bon sens qui les soutiennent et qui, toujours pertinents, permettent aujourd'hui de démêler le vrai du faux, de voir ce qu'on ne voit pas.

 

Francis Richard

 

Frédéric Bastiat de A à Z, 204 pages Institut Coppet

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 22:55
Le vote libéral, de Jacques Garello

Les élections présidentielles françaises approchent: le premier tour aura lieu dans tout juste sept mois. Pour un libéral, comme pour tout électeur français, le choix semble simple: il ne peut que s'abstenir ou se résigner à voter pour le moins mauvais. C'est mal connaître Jacques Garello de croire que lui, comme d'autres de son acabit, puisse se satisfaire d'un tel dilemme. D'autant que la situation actuelle de la France plaide comme jamais pour l'antidote au mal français des idées libérales... 

 

Jacques Garello montre d'abord que, pour en expliquer les votes, l'approche sociologique de l'électorat français exagère le poids de l'appartenance à un groupe, qu'il soit familial ou professionnel, ou religieux, ou géographique; ensuite que le vote libéral en France est rare et sans lendemain; enfin que ce n'est ni le cas en Allemagne ni en Grande-Bretagne, et que le vote libéral est même présent dans la quasi totalité des pays européens...

 

Le dilemme cornélien évoqué ci-dessus résulte de l'examen des options qui se présentent au libéral, comme d'ailleurs à tout électeur français: il ne peut être satisfait d'un vote socialiste, qui menace son emploi et sa propriété, ni d'un vote conservateur, qui reconduit une classe politique usée et des privilèges abusifs, ni d'un vote écologiste qui mène à l'utopie et au sectarisme, ni d'un vote populiste qui nie la diversité et la compréhension.

 

Les idées libérales ne sont pas celles qu'on croit: Beaucoup de Français se croient et se disent libéraux, mais ne le sont pas en réalité. A l'inverse, sont encore plus nombreux les Français qui sont libéraux mais ne le savent pas. Rien d'étonnant à cela puisque le libéralisme n'a que très rarement été enseigné, et presque jamais appliqué. Le libéralisme est ignoré, donc caricaturé, diabolisé, ou dévié.

 

Jacques Garello rappelle qu'il ne faut pas réduire le libéralisme à une doctrine économique prônant la libre entreprise et le libre-échange, c'est-à-dire décentralisée, à l'opposé de l'économie dirigée, enfermée derrière des frontières politiques ou administratives, centralisée: il n'a rien à voir non plus avec le capitalisme de connivence, qui se nourrit, par exemple, de subventions ou d'exemptions fiscales. 

 

Le libéralisme est une conception de l'être humain qui lui confère sa dignité, sa spécificité, sa vocation. Un libéral a ainsi confiance en l'être humain, il est humaniste. Il sait que l'être humain  a besoin de la liberté pour développer ses capacités et que la propriété, fondement de la pensée libérale, a pour ennemi le collectivisme, fondement de la pensée socialiste. Il sait que l'homme libre est non seulement créateur, mais qu'il est serviteur:

 

C'est la rencontre des besoins des autres qui lui permet de satisfaire ses propres besoins, d'où la nécessité de l'empathie, ce sentiment moral mis en évidence par Adam Smith, sentiment qui est à la base de l'échange, lui-même base de l'économie.

 

Si le libéral a confiance en l'être humain, c'est parce qu'il le sait faillible, mais perfectible, capable de tirer des leçons et de rendre compte de ses actes, c'est-à-dire d'être responsable. Une société de confiance est fondée sur la coopération volontaire, sur la solidarité spontanée, sur l'état de droit. La crise actuelle est une crise morale, qu'il ne sera possible de résoudre qu'en se libérant de l'Etat Providence, inefficace et asservissant.

 

L'Etat Providence a en effet la prétention de prendre totalement en charge les individus, de la naissance à la mort, et de les guider dans leurs activités économiques, voire dans leur vie privée. Il étend indéfiniment son emprise: A travers ses réglementations et ses administrations il couvre tous les besoins et toutes les aspirations: la santé, l'éducation, la formation, l'emploi, la culture, la recherche scientifique, le logement, les transports, le sport, l'environnement etc.

 

Comment en sortir? Jacques Garello perçoit des signes de réveil de la société civile. Il donne notamment deux exemples encourageants, celui de Contribuables Associés  (350.000 adhérents),  qui a pour objectif moins d'impôts, moins de dépenses publiques, moins d'Etat, et celui de l'UNPI, Union Nationale de la Propriété Immobilière (250.000 adhérents), qui a pour objectif la défense de la propriété immobilière privée contre une législation pénalisant les bailleurs.

 

Les primaires ouvertes à droite et au centre représentent une opportunité pour transformer ce réveil en vote. Le Collectif des libéraux, CDL, s'est constitué à cette fin. Il regroupe actuellement l'ALEPS, le Cercle Droit & Liberté, le site Contrepoints, Contribuables Associés, le Cerel, l'Institut Economique Molinari, l'IREF-Europe, le think-tank Libéral Sciences-Po, l'UNPI. Ce collectif s'est donné pour objectif de rencontrer les candidats, de leur poser une liste de questions et de rendre public un rapport sur leurs réponses.

 

Le CDL s'est donné en fait pour objectif de persuader le plus grand nombre de libéraux de participer à ces primaires de telle manière à peser sur elles en leur apportant l'information qui peut les aider dans leur choix: On peut estimer à 500.000 les adhérents et militants de la droite et du centre qui participeraient à la primaire. Recueillir 50.000 votes libéraux est une performance suffisante, puisque 10% des voix mettent les électeurs en position d'arbitrage et démontrent l'importance et  la mobilisation des électeurs libéraux.

 

Si l'essai est transformé, il sera dès lors bien difficile aux politiques et aux médias de continuer à ignorer et à mépriser le libéralisme. Et nombre de Français pourront se rendre compte qu'ils sont, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, des libéraux sans le savoir, parce qu'ils ont simplement du bon sens:

 

Ne pas dépenser l'argent qu'on n'a pas, gagner son argent par le travail, le mérite et l'effort, ne pas réduire les faibles et les pauvres à l'assistanat qui les exclut de la société, respecter la propriété, accepter les différences, respecter la tradition mais innover et s'adapter au changement, etc.

 

Le projet libéral, dont le livre de Jacques Garello donne les grandes lignes, est le seul qui permet de relever les défis actuels: Le proposer, l'expliquer, l'imposer à la classe politique, c'est gratifiant et motivant pour ceux qui le conçoivent et le propagent.

 

Ce projet est à même de:

- porter la croissance économique

- réduire le chômage

- mettre un frein à l'endettement public et à l'oppression des prélèvements obligatoires

- redonner des perspectives de retraites solides

- apaiser les tensions sociales

- réduire l'Etat à son seul domaine d'intervention: la sécurité intérieure et la défense extérieure

- promettre une justice plus lucide.

 

Puisse ce rêve à partager sans modération devenir réalité...

 

Francis Richard

 

Le vote libéral, de Jacques Garello, 198 pages Libréchange

 

Pour s'inscrire aux primaires ouvertes de la droite et du centre: http://www.primaire2016.org/

(Pour les Français de l'étranger: https://inscription.francaisdeletranger.primaire2016.org/#/)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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