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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 23:55
L'économie en une leçon, de Henry Hazlitt

Trente ans après la première édition (1946) de L'économie en une leçon, dans la postface d'une nouvelle édition (qui en constitue le XXVIe chapitre), Henry Hazzlit place ses espoirs dans la rapide croissance, parmi les jeunes, de l'école des économistes "autrichiens".

 

Lui-même s'inscrit dans la lignée de cette école de Vienne et dans celle dite de Paris qui la précède. Il doit d'ailleurs le plan de son livre, premier volume de la Bibliothèque autrichienne dont l'Institut Coppet a entrepris l'édition en français, à l'essai de Frédéric Bastiat, Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.

 

La leçon d'Henry Hazlitt repose sur un axiome:

 

L'art de la politique économique consiste à ne pas considérer uniquement l'aspect immédiat d'un problème ou d'un acte, mais à envisager ses effets plus lointains; il consiste essentiellement à considérer les conséquences que cette politique peut avoir, non seulement sur un groupe d'hommes ou d'intérêts donnés, mais sur tous les groupes existants.

 

Faute de connaître cet axiome et de l'appliquer, sont commises, dit-il, des erreurs économiques qui causent tant de ravages dans le monde d'aujourd'hui. A l'appui de vingt-quatre séries d'applications, Henry Hazlitt le démontre dans ce livre limpide que tout soi-disant économiste devrait avoir lu s'il ne veut pas les commettre.

 

La plupart des erreurs commises du temps de l'auteur le sont encore aujourd'hui, si bien que ce chef-d'oeuvre est d'une terrible actualité. Pour mieux s'en convaincre, trois applications raisonnées, choisies parmi les vingt-quatre séries, vaudront mieux que de simples énoncés.

 

Les dépenses publiques

 

L'État décide de construire un pont. Cette construction va donner du travail à des ouvriers et, une fois achevé, il aura le mérite d'exister. C'est ce qu'on voit. C'est immédiat et cela aura servi les intérêts d'un certain nombre d'ouvriers pendant un temps.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est qu'il a fallu financer ce pont et que cela n'a pu être fait que par l'impôt. Les contribuables auront été taxés d'une somme qu'ils auraient pu dépenser pour des objets dont ils ont le plus grand besoin:

 

Tout emploi créé pour la construction du pont empêche un emploi privé d'être offert quelque part ailleurs.

 

Ce qu'on ne voit donc pas, c'est tout ce qui aurait pu être créé si ce pont n'avait pas été construit. Mais, pour cela, il faut une certaine sorte d'imagination dont peu de gens sont capables

 

Le résultat final, c'est qu'un seul bien a été créé aux dépens de beaucoup d'autres.

 

Mais aucune foi au monde n'est plus tenace ni plus entière que la foi dans les dépenses de l'État...

 

Le machinisme

 

Un fabricant de vêtements entend parler d'une nouvelle machine pour les fabriquer avec deux fois moins de main-d'oeuvre qu'auparavant. A moyen terme, le temps que la machine se paye d'elle-même, il aura réduit son personnel et accru son profit. C'est ce qu'on voit.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est que ses profits supplémentaires créeront du travail, quelle que soit la façon dont il les utilisera, que ce soit:

- pour étendre son affaire

- pour investir dans une autre industrie

- pour satisfaire des besoins personnels

Et la société tout entière en bénéficiera.

 

S'il étend son affaire, il donnera du travail aux fabricants de machines. S'il fait de gros bénéfices, d'autres entrepreneurs voudront faire de même. Le prix des vêtements diminuera. Davantage de vêtements seront vendus:

 

Il se peut que beaucoup plus de travailleurs soient employés à leur confection qu'avant même l'introduction des machines faites pour économiser la même main-d'oeuvre.

 

Ce n'est pas une vue de l'esprit: c'est un phénomène qui s'est produit dans bien des secteurs d'activité. Mais rendre le machinisme responsable du chômage est de toutes les erreurs économiques la plus vivace.

 

Sauver une industrie

 

Pour sauver l'industrie X le Gouvernement lui accorde une subvention. C'est ce qu'on voit: elle est sauvée. Ce qu'on ne voit pas, c'est que cette subvention est financée par le contribuable et par les autres industries.

 

Résultat :

- les consommateurs ont moins à dépenser pour acheter d'autres produits

- d'autres industries doivent restreindre leur production

 

Henry Hazlitt ajoute : Il en résulte aussi (et c'est là ce qui constitue une perte sèche pour la nation considérée dans son ensemble) que le capital et la main-d'oeuvre sont détournés d'industries dans lesquelles ils auraient pu s'employer efficacement, vers une industrie où ils s'emploient moins utilement.

 

Ce qu'on ne voit pas, c'est que pour que des industries nouvelles se développent rapidement, il est nécessaire que quelques industries périmées dépérissent ou meurent. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi pour libérer le capital et la main-d'oeuvre pour les industries nouvelles.

 

Réaffirmation de la leçon

 

Dans son dernier chapitre de la première édition, sous ce titre, Henry Hazlitt résume en ces termes quelques applications de son axiome développées dans son livre :

 

Il ne viendrait à l'idée de personne ignorant des opinions courantes de la littérature des demi-savants économistes en vogue, que c'est un avantage appréciable d'avoir sa vitre brisée ou de subir la destruction de villes entières; que procéder à des travaux publics inutiles n'est rien moins que du gaspillage; qu'il est dangereux de voir de longues files de chômeurs reprendre le travail; que le machinisme qui accroît la richesse et soulage l'effort de l'homme doit être redouté; que les obstacles à une production et une consommation libres accroissent la richesse; qu'une nation s'enrichit en forçant ses voisins à acheter ses produits à un prix inférieur à leur prix de production; que l'épargne est absurde ou nuisible et que la prodigalité est source de prospérité.

 

C'est du bon sens, mais c'est à se demander si Descartes avait raison qui disait que c'était la chose du monde la mieux partagée... Surtout, quand d'aucuns vont jusqu'à penser naïvement que si l'État fabriquait plus de papier-monnaie et le distribuait à tous, chacun de nous serait plus riche...

 

Francis Richard

 

L'économie en une leçon, Henry Hazlitt, 238 pages, Éditions de l'Institut Coppet (traduit de l'américain par Mme Gaëtan Pirou)

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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 23:30
Catholique et libéral, de Robert Sirico

Le sous-titre du livre de Robert Sirico, paru en anglais en 2012, précise l'intention de son auteur: Les raisons morales d'une économie libre. Ce sont des raisons qui ne sont pas toujours invoquées mais qui sont essentielles.

 

L'auteur n'est pas n'importe qui: il est prêtre, américain, ancien militant de gauche. C'est une incongruité en quelque sorte, car l'on se fait aujourd'hui une tout autre image d'un ecclésiastique catholique.

 

De plus il a cofondé il y a trente ans un think tank et pas n'importe lequel puisqu'il porte le nom d'un penseur de la liberté: l'Acton Institute for the Study of Religion and Liberty.

 

Pour ceux qui l'ignorent (et qui ne me lisent pas), Acton est ce lord anglais auteur de la formule: Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument.

 

Le consumérisme

 

Dans son introduction, Robert Sirico met d'emblée les choses au point: Loin d'être synonyme de capitalisme, le consumérisme rend le capitalisme inapplicable sur le long terme, dans la mesure où il rend presque impossible la formation de capital.

 

C'est élémentaire: On ne peut avoir de capitalisme durable sans capital; on ne peut obtenir de capital sans épargne; et l'on ne peut épargner si l'on s'empresse de dépenser tout ce que l'on vient de gagner.

 

Cela devrait rappeler quelque chose à ceux qui ont appris un jour certaine fable à la morale intemporelle...

 

La propriété privée

 

Il est un préalable à l'existence d'une économie libre, c'est le respect de la propriété privée, celle que Marx et consorts ont voulu supprimer, avec les résultats mirifiques que l'on sait:

 

Si le droit de propriété n'est pas garanti, le respect des autres droits de l'homme ne l'est pas non plus.

 

Robert Sirico ajoute: S'il n'est pas absolu, il demeure néanmoins un droit humain de base. Il suffit qu'il soit respecté pour voir s'épanouir les personnes et les sociétés tout entières.

 

La liberté

 

Il dit aussi et c'est fondamental:

 

Le désir ardent de liberté est inscrit dans notre ADN. Les êtres humains, comme les autres animaux, possèdent un corps. Nous sommes des corps, soumis aux lois de la physique, de la chimie et de la biologie. Mais à la différence des autres animaux, la personne humaine a la capacité de se transcender.

 

L'homme est non seulement capable de se transcender, mais aussi de transcender les choses:

 

La relation de l'homme aux choses n'est pas purement et simplement liée à la consommation. C'est aussi une relation de raison et de créativité, et c'est précisément ce qui rend possible l'institution de la propriété privée. [Ce droit] est étroitement lié à la capacité de faire usage de l'intellect sur des sujets et des idées, pour se projeter, planifier et faire bon usage de cette possession.

 

Le complément du droit de propriété, c'est la liberté de l'échanger contre une autre, ce qu'on appelle la liberté de commercer, ou le commerce. Pour éviter malentendus et promesses non tenues, le contrat a été institué et l'État de droit doit être là pour le faire respecter.

 

(Le taux d'intérêt convenu entre un emprunteur et un prêteur n'est pas immoral: il récompense ceux qui épargnent tandis qu'il applique une commission à ceux qui consomment dans l'immédiat.

 

Le travail

 

Robert Sirico s'est rendu compte que le meilleur moyen de réduire la pauvreté n'est pas d'aider les pauvres mais de créer des emplois, indéfiniment: contrairement au sophisme répandu, il n'y a pas de masse fixe de travail, comme il n'y a pas de gâteau fixe à partager.

 

Il n'est donc pas surprenant que les pays les plus pauvres soient ceux où il est le plus difficile de faire des affaires et les plus riches ceux où c'est le plus facile.

 

Robert Sirico va plus loin:

 

Le travail représente aussi une voie vers l'accomplissement personnel, le service aux autres, et la participation au dessein de Dieu pour le monde. C'est la raison pour laquelle empêcher les personnes d'exprimer leur créativité, les réduire en esclavage ou faire obstacle à la découverte de la vocation que Dieu leur a confiée en ce monde, constitue une entrave à la dignité humaine.

 

Le capitalisme

 

Le capitalisme est plus créateur que destructeur, comme le montre l'`Histoire:

 

Le capitalisme a le pouvoir de créer, même lorsqu'il remplace les formes anciennes de création et de services, avec une force et une énergie inconnues des économies centralisées et planifiées, à condition qu'il s'agisse d'un système d'entreprise gouverné par l'État de droit et le respect de la dignité et des capacités humaines.

 

Le moteur du capitalisme n'est pas l'avidité. Ce qui ne veut pas dire que des capitalistes ne puissent pas être avides: tous les hommes peuvent l'être, même des soi-disant (ou pas) altruistes...

 

C'est pourquoi il est excessivement simpliste d'associer la cupidité au profit et la générosité aux secteurs lucratifs.

 

Le profit

 

Qu'est-ce que le profit? Un terme comptable désignant la condition d'un revenu supérieur aux dépenses:

 

Les sociétés rentables sont celles qui trouvent les moyens de créer ou de fournir des produits ou des services à des prix suffisamment élevés pour couvrir leurs dépenses, mais suffisamment bas pour que les consommateurs les trouvent attractifs.

 

Il n'y a rien d'immoral à cela. A contrario, est-il moral que l'État vienne au secours de sociétés non rentables, aux dépens de celles qui le sont, et des autres contribuables?

 

Dans une économie libre, les sociétés ne peuvent faire des bénéfices excessifs, parce que, quand elles génèrent des profits élevés, d'autres sociétés se créent sur leur marché et les profits élevés ne le sont plus à long terme:

 

Dans les cas où des profits immenses persistent sur une longue période, c'est souvent le symptôme d'un manque de liberté économique. S'il n'y a pas de nouveaux producteurs sur un secteur lucratif, c'est souvent parce que l'État empêche la concurrence.

 

La personne humaine, sociale et individuelle

 

Robert Sirico rappelle que la personne humaine, dès les premiers instants de son existence, est à la fois sociale et individuelle, autonome et en relation.

 

Il n'est donc pas surprenant que les meilleurs entrepreneurs [soient] dotés d'un sens aigu des désirs - et des désirs potentiels - des gens ordinaires.

 

Cette faculté rare peut bien sûr être employée à mauvais escient, mais, pourquoi le cacher, elle est aussi souvent l'expression de vertus réelles, telles que la discipline et la loyauté, le courage et l'engagement vers l'excellence, l'effort de comprendre et d'appréhender les besoins des consommateurs.

 

L'égalité et la pauvreté

 

Le problème moral n'est pas l'écart entre les salaires, mais l'état des plus pauvres et des personnes marginalisées au sein d'une société donnée:

 

En droit, reconnaître l'égalité signifie traiter les personnes avec impartialité, sans favoritisme. Cela n'implique pas la garantie de résultats identiques.

 

Redistribuer les richesses pour égaliser ne peut se faire qu'au prix d'une injustice ou d'une iniquité, puisque n'est pas donné à chacun ce qui lui est dû:

 

On prend à celui qui a travaillé et produit un surplus de richesse [...], on donne à ceux qui ont moins produit.

 

Le bien commun

 

Pour que soit obtenu le bien commun, des conditions sont nécessaires:

- l'État de droit (qui suppose des tribunaux statuant de manière non arbitraire);

- la garantie de la propriété privée;

- une monnaie stable;

- la liberté d'entreprise;

- la liberté d'association;

- l'application des contrats;

- un commerce vivant dans et entre les nations afin de permettre le meilleur développement de la division du travail.

 

La justice et la charité

 

La pauvreté ne disparaît jamais complètement (le marché ne résout pas tout), mais elle n'a jamais été aussi présente que depuis que l'État-providence s'est substitué à la charité intelligente:

 

Les institutions de bienfaisance que nous tenons pour acquises sont toutes issues de la tradition judéo-chrétienne, qui voue un profond respect à la personne humaine.

 

La raison de l'échec de l'État-providence est que ses agents sont éloignés du problème et le traitent impersonnellement:

 

Le principe catholique de subsidiarité soutient que les besoins sont bien mieux satisfaits au niveau local, et que les personnes au sommet de l'ordre social devraient prendre soin de ne pas interférer avec les niveaux les plus bas, et de ne leur venir en aide qu'en cas de nécessité, de façon temporaire et solidaire.

 

La santé

 

Pourquoi le système de santé de l'État-providence ne fonctionne-t-il pas et se traduit-il par une augmentation indéfinie des coûts?

 

- Parce que la concurrence y est absente:

Grâce à la concurrence de marché libre, la planification ne dérive pas d'un seul intérêt, d'une unique connaissance ou autorité, mais du savoir, des besoins et des intérêts d'individus dispersés dans la société.

 

- Parce qu'il existe une séparation entre la personne qui paye et celle qui bénéficie du service:

Si ces deux sujets étaient la même personne, comme c'est le cas pour la plupart de nos achats, il y aurait de fortes incitations à baisser les prix et à améliorer le service.

 

L'environnement

 

En matière d'environnement, la sacralité de la personne humaine est au coeur du problème:

- L'homme a été créé à l'image de Dieu

- Sa noblesse est attestée par le fait que le Christ ait choisi la personne humaine pour S'incarner.

 

De là résulte que le monde a été confié à ses soins, un grand privilège, qui nous permet d'être les collaborateurs dans sa création continue.

 

Pour que les hommes puissent être ces collaborateurs, encore faut-il abandonner le sophisme du jeu à somme nulle, qui souffre de la non prise en compte d'une variable qui change tout, la créativité humaine. C'est pourquoi, se fondant sur de faux postulats, l'argument de la pénurie des ressources et de la surpopulation génère de fausses prévisions.

 

L'homme réel

 

L'homme réel n'est pas l'homo aeconomicus, même s'il partage avec lui nombre de traits. Il est plus que cela:

 

La liberté correctement saisie n'est pas une licence nous permettant de nous conduire en enfants gâtés, mais le noble droit de naissance des créatures faites à l'image de Dieu.

 

La liberté dont nous disposons l'est pour quelque chose. La liberté est un objectif instrumental:

 

En définitive, l'objectif de la liberté doit être la vérité, et plus encore la Vérité dans toute sa plénitude. Rien n'est plus digne de combler ce vide.

 

Nous donnant cet objectif, nous nous protégeons contre le relativisme moral croissant dans notre culture: le relativisme compromet l'État de droit et ouvre la porte à la tyrannie.

 

Conclusion

 

Robert Sirico est parvenu par des voies diverses au libéralisme: aussi, dans ce livre, a-t-il tenté de résumer de manière accessible le large spectre de rencontres, d'histoires, d'idées et de sources qui [l]'ont aidé à percevoir l'existence d'une vérité naturelle ancrée dans le coeur des choses et d'une harmonie dans l'univers:

 

La nature humaine, tout comme la vérité elle-même, est universelle. Et la liberté s'adresse à tout le monde.

 

Bien sûr Robert Sirico est catholique, prêtre qui plus est, mais s'il croit que le christianisme recèle la vérité la plus aboutie au sujet de la personne humaine, il sait que beaucoup d'autres traditions religieuses sont porteuses de préceptes pouvant fournir une pierre d'angle dans la reconnaissance essentielle de la dignité:

 

Cette dernière doit être ancrée et se refléter dans les institutions de marché, pour leur bon fonctionnement et l'épanouissement de la personne humaine.

 

Francis Richard

 

Catholique et libéral, Robert Sirico, 288 pages, Salvator (traduit par Solène Tadié)

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31 juillet 2018 2 31 /07 /juillet /2018 22:00
La Vertu d'égoïsme, d'Ayn Rand

L'égoïsme peut-il être vertueux? Oui, à condition d'être rationnel.

 

Ayn Rand l'explique dans cette version allégée de l'édition originelle parue en 1964 sous le titre The Virtue of Selfishness: le livre ne comporte en effet que sept des dix-neuf chapitres d'alors, mais, tels quels, ils sont nécessaires et suffisants.

 

Qu'entend-elle par égoïsme rationnel?

 

Les valeurs requises pour la survie de l'homme en tant qu'homme, c'est-à-dire les valeurs requises pour la survie humaine.

 

L'homme a-t-il besoin d'un code de valeurs? Ayn Rand répond par l'affirmative. Parce que l'homme a pour objectif de se maintenir en vie, et qu'il doit devant chaque alternative qui se présente à lui dans la vie choisir entre ce qui est bon et ce qui est mauvais pour sa survie.

 

La raison, à la différence des autres organismes vivants, est le moyen fondamental de survie de l'homme, et génère la réflexion et le travail productif: Ayn Rand parle d'éthique objectiviste, qu'elle oppose aux éthiques mystique, sociale et subjective, qui écartent raison, esprit et réalité.

 

Dans une telle éthique, où la vie est une fin en soi, où chaque être humain est une fin en lui-même, les trois valeurs sont la raison, l'intentionnalité et l'estime de soi et les trois vertus qui leur correspondent, la rationalité, la productivité et la fierté:

 

Une valeur est ce pourquoi l'on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l'action par laquelle on l'acquiert et (ou) la conserve.

 

Dans une telle éthique, la raison est comme une façon de vivre permanente; la productivité est l'utilisation de son esprit de la manière la plus réfléchie et la plus complète possible; la fierté est d'atteindre à la perfection morale en refusant toute doctrine qui prêche l'auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

 

Avec une telle éthique, il s'agit de poursuivre des valeurs rationnelles à partir du primat de la vie humaine, ce qui permet d'atteindre le bonheur, lequel est un but mais ne doit pas être une norme. Avec une telle éthique, les intérêts rationnels des hommes ne se contredisent pas:

 

Il ne peut y avoir de conflits d'intérêts entre des hommes qui ne désirent pas ce qu'ils ne méritent pas, qui ne font ni n'acceptent de sacrifices et qui traitent les uns avec les autres sur la base d'un échange librement consenti, donnant valeur pour valeur.

 

L'homme peut-il tirer avantage à vivre en société? Oui, si cette société est humaine, c'est-à-dire si les hommes y sont rationnels, productifs et indépendants, parce qu'une telle société ne peut qu'être rationnelle, productive et libre, lieu de connaissance et d'échange.

 

Dans une telle société les hommes peuvent être fraternels parce qu'aimer, c'est valoriser:

 

Seul un homme rationnellement égoïste, un homme qui a l'estime de soi, est capable d'amour, parce qu'il est le seul capable d'avoir des valeurs fermes et cohérentes, sans compromis et avec intégrité. L'homme qui ne se valorise pas lui-même ne peut valoriser personne ni quoi que ce soit.

 

A contrario une société altruiste dans laquelle valoriser autrui signifie se sacrifier soi-même ne peut être fraternelle:

 

L'altruisme jauge la vertu d'un homme par le degré avec lequel il abandonne ses valeurs, y renonce ou les bafoue, puisque l'aide à un étranger ou à un ennemi est considérée plus vertueuse, moins "égoïste", que l'aide à ceux qu'on aime...

 

Ayn Rand précise: La vertu impliquée dans l'aide à ceux que l'on aime n'est pas le "désintéressement" ou le sacrifice, mais l'intégrité.

 

Qu'est-ce que l'intégrité? La loyauté envers ses convictions et ses valeurs.

 

Dans quel cas aider des étrangers? En cas d'urgence (parce que la vie humaine est une valeur fondamentale, à commencer par la sienne: un homme rationnel considère ceux qui lui sont étrangers comme innocents jusqu'à preuve du contraire), et seulement si cela est en notre pouvoir:

 

Le principe d'entraide en cas d'urgence ne peut être étendu de manière à considérer toutes les souffrances humaines comme une situation d'urgence et de faire de l'infortune des uns l'hypothèque des autres.

 

L'éthique altruiste-collectiviste part du principe que les hommes sont responsables les uns des autres et que la vie des hommes appartient à la société. Or seuls les hommes en tant qu'individus ont le droit de décider quand et s'ils veulent aider les autres; la société, comme système politique organisé n'a aucun droit à cet égard.

 

A propos de droit, une société libre ne peut l'être que si elle est fondée sur le principe des droits individuels:

 

Les "droits" sont un concept moral, le concept qui fournit une transition logique des principes guidant les actions d'un individu à ceux guidant sa relation avec les autres, le concept qui conserve et protège la moralité individuelle dans un contexte social, le lien entre le code moral d'un homme et le code juridique d'une société, entre l'éthique et la politique. Les droits individuels sont le moyen de subordonner la société à la loi morale.

 

Or c'est tout l'inverse qu'illustre l'histoire de l'humanité: Les éthiques dominantes [...] furent des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste, qui subordonnait l'individu à une certaine autorité supérieure, soit mystique, soit sociale.

 

Tous les systèmes étatistes, toutes les variantes de l'éthique altruiste-collectiviste, en effet, s'appuient implicitement sur le principe selon lequel le bien est ce qui est bien pour la société (ou la tribu, la race, la nation), et les édits des dirigeants en sont l'expression ici-bas.

 

A contrario, une société morale, telle celle des États-Unis des Pères Fondateurs, considère l'homme comme une fin en soi, et la société comme un moyen pour la coexistence pacifique, ordonnée et volontaire des individus:

 

La vie de l'homme est sienne en vertu d'un droit (ce qui signifie: en vertu d'un principe moral et de par sa nature), [...] un droit est la propriété d'un individu, [...] la société comme telle n'a pas de droits, et [...] le seul but moral d'un gouvernement est la protection des droits individuels.

 

Il n'y a pas trente-six droits fondamentaux: il n'y a qu'un, le droit d'un homme à sa propre vie, c'est-à-dire la liberté de prendre toutes les actions requises par la nature d'un être rationnel pour la conservation, le développement, l'accomplissement et la jouissance de sa propre vie:

 

Le droit à la vie [ou la nature humaine] est la source de tous les droits, et le droit de propriété est le seul moyen qui en permette la réalisation. Sans droits de propriété, aucun autre droit n'est possible. Puisque l'homme doit maintenir sa vie par son propre effort, l'homme qui n'a aucun droit au produit de son effort n'a aucun moyen de maintenir sa vie. L'homme qui produit alors que d'autres disposent du fruit de son effort est un esclave.

 

C'est pourquoi Ayn Rand précise, face à la prolifération de prétendus nouveaux droits, des droits champignons, des droits économiques (que d'aucuns appellent droits-créances):

 

Un droit n'inclut pas sa réalisation matérielle par autrui; il inclut seulement la liberté de prendre toutes les actions nécessaires pour le réaliser, par ses propres moyens et son propre effort.

 

Parler de droits individuels est une redondance, mais elle permet de les distinguer de ces faux droits que sont les droits des masses ou droits collectifs:

 

Seul un individu peut posséder des droits. [...] Un groupe ne peut avoir d'autres droits que ceux qui sont possédés par ses membres individuels. Dans une société libre, les "droits" d'un groupe découlent de ceux de ses membres suite à leur choix individuel et volontaire et à une entente contractuelle, et ne sont que l'application de ces droits individuels à une entreprise spécifique.

 

Dans une société libre, le financement du gouvernement serait volontaire, l'assistance non-sacrificielle; le racisme et ses quotas, qui sont violation des droits d'autrui, ne seraient pas possibles...

 

Connaissez-vous une société libre?

 

Francis Richard

 

La Vertu d'égoïsme, Ayn Rand, 178 pages, Les Belles Lettres

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 22:55
Le pouvoir corrompt, de Lord Acton

Tout le monde connaît l'aphorisme de Lord Acton (1834-1902):

 

Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument.

 

Il est en fait tiré d'une lettre que cet éminent professeur d'histoire contemporaine à Cambridge écrivit le 5 avril 1887 à l'archevêque Mandell Creighton.

 

Lord Acton est, autrement, peu connu. Dans sa préface à Le pouvoir corrompt, Jean-Philippe Vincent le dépeint en quelques termes qui le résument:

 

Lord Acton était un aristocrate britannique, un européen dans l'âme, un historien, un catholique, un libéral et un penseur de première force.

 

Comment un libéral, de surcroît catholique, n'aurait-il pas d'affinités avec un tel homme à partir d'un tel résumé?

 

En tout cas, pour le mieux connaître, la Bibliothèque classique de la Liberté, une des collections des éditions Les Belles Lettres, publie pour la première fois en français des textes de ce penseur. Ces textes sont trois conférences:

 

- Conférence inaugurale sur l'étude de l'Histoire, à Cambridge, le 11 juin 1895

- De l'histoire de la Liberté dans l'Antiquité, au Bridgenorth Institute, le 21 mai 1877

- De l'histoire de la Liberté au sein du christianisme, au Bridgenorth Institute, le 28 mai 1877

 

De ces trois conférences, le lecteur retient qu'il a surtout affaire à un historien.

 

Dans sa première conférence, Lord Acton fait cette remarque prémonitoire:

 

Nous ne sommes qu'au début de l'ère documentaire, appelée à rendre l'histoire indépendante des historiens, à développer la connaissance aux dépens de l'écriture, et à accomplir une révolution dans d'autres domaines scientifiques également.

 

Et donne une clé banale de l'histoire qui permet de savoir que le règne de l'absolutisme n'est plus:

 

Vous le saurez grâce à certains signes extérieurs: le principe de représentation, la disparition de l'esclavage, le règne de l'opinion, et d'autres exemples du même genre; vous le verrez encore mieux par des témoignages moins évidents: la sécurité dont jouissent les plus faibles et la liberté de conscience qui, lorsqu'elles sont garanties, garantissent le reste.

 

Dans la deuxième conférence, dans le même esprit, il dit:

 

Le test le plus sûr qui nous permet d'estimer si un pays est réellement libre, c'est celui qui mesure le degré de sécurité dont jouissent les minorités.

 

Et qui peut opprimer une minorité sinon une majorité, ce qui est pire encore que de l'être par une minorité?

 

Il observe aussi, en historien, à l'instar des anciens, que tout principe de gouvernement existant isolément est porté à son comble et déclenche une réaction:

 

La monarchie se durcit et se mue en despotisme. L'aristocratie se contracte et devient oligarchie. La démocratie prend de l'ampleur et cède à la domination numérique.

 

Pour pallier ces dérives, l'Antiquité a l'idée du fédéralisme - multiplier les centres de pouvoir et de débats - sans en explorer suffisamment en théorie les propriétés.

 

Pour Lord Acton, la liberté n'est pas qu'un moyen servant à atteindre un objectif politique plus noble. Elle est en elle-même cet objectif le plus noble qui soit. Si l'on en a besoin, ce n'est pas dans le but de mettre sur pied un mode de gestion publique de qualité, mais pour s'assurer que l'on pourra sans risque nourrir les plus hautes ambitions dans la société civile comme dans la vie privée.

 

Lord Acton déplore également, dans l'Antiquité, l'absence de trois données: le gouvernement représentatif, l'émancipation des esclaves et la liberté de conscience...

 

L'égalité en droit découle de l'égalité devant Dieu:

 

Devant Dieu, il n'est ni Grec ni barbare, ni riche ni pauvre, et l'esclave est à la hauteur de son maître, car par la naissance tous les hommes sont libres; ce sont les citoyens de cette communauté universelle qui inclut le monde entier, où nous sommes tous les frères d'une même famille, et les enfants de Dieu.

 

A la fin de la deuxième conférence Lord Acton rappelle les paroles du Seigneur:

 

Rendez à César ce qui appartient à César, et rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu.

 

Il commente: Ces paroles [...] attribuèrent au pouvoir civil, sous la protection de la conscience, un caractère sacré qui n'avait jamais été le sien, et lui imposèrent des limites qu'il n'avait jamais acceptées; et ce caractère, ces limites signifiaient le reniement de l'absolutisme et la consécration de la liberté.

 

Cette fin introduit bien la troisième conférence.

 

Lord Acton fait un constat d'historien:

 

Si l'on regarde en arrière pour contempler ce millénaire, que l'on nomme le Moyen Âge, et dresser le bilan de l'oeuvre accomplie pendant cette période et visant non point, certes, à atteindre la perfection dans la conception des institutions, mais pour le moins à chercher à comprendre la nature de la politique dans sa vérité, voici ce que l'on découvre: le gouvernement de type représentatif, inconnu dans l'Antiquité, était devenu un modèle quasi universel.

 

C'est alors que Machiavel vint, avec sa théorie immorale, un enseignement qui donna une considérable impulsion à l'absolutisme en faisant taire les consciences des monarques à l'esprit très religieux, et gomma en grande partie les distinctions entre le bien et le mal.

 

La religion devint, chez les despotes, un prétexte leur permettant de déployer leur art criminel...

 

Lord Acton ajoute: Sans nul doute la médecine propre à soigner la maladie dont languissait l'Europe était celle-ci: il fallait que les hommes comprissent que le pouvoir n'existe pas de droit divin, et que le pouvoir arbitraire constitue une violation de ce droit divin.

 

Lord Acton poursuit: La notion selon laquelle la liberté religieuse est le principe qui rend possible la liberté civile, et que cette dernière est la condition nécessaire pour qu'existe la liberté religieuse, constitue une découverte à laquelle ne peut prétendre que le XVIIe.

 

Et de citer les noms de grands auteurs, liés au parti whig, tels que Burke ou Macaulay, au sujet des chefs de la révolution anglaise qui furent les ancêtres légitimes de la liberté du monde moderne...

 

Il se félicite donc - il n'est pas un Anglais pour rien - de ce qu'une part considérable de l'éprouvant combat et de l'effort de réflexion et d'endurance grâce auxquels l'homme aura pu se délivrer du pouvoir de l'homme aura été l'oeuvre de nos compatriotes, et de leurs descendants installés dans d'autres territoires.

 

Il est optimiste: Si l'on a raison de tirer quelque orgueil du passé, l'avenir est encore davantage chargé d'espoir.

 

Le temps n'est-il pas, comme l'écrit Chantal Delsol dans Les pierres d'angle, semblable à une spirale qui tourne sur elle-même tout en s'élevant?

 

Francis Richard

 

Le pouvoir corrompt, Lord Acton, 144 pages, les belles lettres (traduit de l'anglais par Michel Lemosse)

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26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 22:55
Le changement c'est maintenant, de Bertrand Allamel

François Hollande a fait preuve, sans le vouloir, d'une étonnante pertinence et d'une éphémère lucidité.

 

En effet le slogan de campagne de 2012 de l'ex-président de la république, Le changement c'est maintenant, est en train de devenir réalité. Ce n'est évidemment pas le changement prévu, mais les lignes bougent.

 

Les techniques de manipulation sémantique du socialisme et d'intimidation de ses adeptes ont fait long feu:

Internet, média libre et incontrôlable, a permis avec sa logique virale du buzz, de donner une audience et une visibilité aux intellectuels, auteurs, journalistes jusque-là soigneusement et systématiquement diabolisés ou mis à l'index.

 

Il ne faut tout de même pas rêver : la droite décomplexée se veut anti-libérale tout en déconstruisant l'interventionnisme socialiste... Comprenne qui pourra cette incohérence...

 

Les partis traditionnels sont morts:

Le vide idéologique a tué la droite (le programme innovant de François Fillon est arrivé trop tard), et les problèmes de renouvellement idéologique ont également eu raison de la gauche.

 

Les néo-populismes montent:

- L'antifascisme fantasmé de la gauche a permis au FN de devenir une réelle force politique. Elle aurait mieux fait d'essayer de comprendre (sans l'approuver) la colère contre les étrangers de son électorat que de le juger...

- La mansuétude des médias et l'inculture économique entretenue par une éducation nationale gauchisée ont permis au Front de Gauche, qui, lui, s'appuie sur la colère contre les bourgeois, d'en faire une autre réelle force politique :

 

Vous gémissiez contre le parti de l'extrême ? Vous en avez maintenant un deuxième. Et celui-ci, rassurez-vous, est vraiment autoritaire et quasiment ouvertement totalitaire.

 

L'échiquier politique est reconfiguré:

- la nouvelle gauche d'Emmanuel Macron est une gauche recentrée, sociale-démocrate (ceux qui ne s'y reconnaissent pas s'en vont carrément à l'extrême).

- la droite ne doit pas imputer l'échec de son candidat, François Fillon, à son programme: jusqu'à présent son manque de culture l'a empêchée d'être libérale... Elle doit se mettre au travail.

 

Conclusion:

Le socialisme à la française, celui qui a réussi à mettre le pays par terre en trente ans vit ses dernières heures. Et la droite inculte, qui a loupé le coche en 2017 sur une série de maladresses grossières, va être contrainte de se redéfinir à son tour.

 

Pour Bertrand Allamel, la recomposition de la droite passe par un libéralisme conservateur qui devra absolument être documenté. Il lui faudra également [...] engager une bataille intellectuelle pour détruire tous les mythes gauchistes persistants et redorer l'idéologie libérale, notamment auprès de la jeunesse.

 

La France est en train, avec retard, de résoudre son vieux problème droite/gauche: C'est bien, mais le monde, lui, n'en est plus là...

 

Francis Richard

 

Le changement c'est maintenant, Bertrand Allamel, 134 pages Les éditions Libréchange

 

Livre précédent:

Culturellement incorrect (2016)

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 23:00
La Grande Fiction - L'État, cet imposteur, de Hans-Hermann Hoppe

On connaît, ou devrait connaître, ce que dit Frédéric Bastiat dans L'État:

 

L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde.

 

Hans-Hermann Hoppe en a tiré le titre de son livre The Great Fiction, paru en 2012. La Grande Fiction est la première publication en français d'un livre de celui que Jörg Guido Hülsmann appelle, dans sa préface, le doyen incontesté de l'école autrichienne d'économie, se situant dans la lignée de Ludwig von Mises et de Murray Newton Rothbard.

 

Dans ce livre brillant, courageux, anti-intellectuel, l'universitaire allemand montre que l'État, par essence, ne peut remplir le rôle de protecteur des biens et des personnes: il est tout simplement contraire à sa nature de respecter et de faire respecter les droits de propriété, ne serait-ce que parce qu'il est partie et juge en dernier ressort dans les conflits en la matière.

 

La propriété privée est pourtant ce qui permet de résoudre le problème de l'ordre social. En effet chacun est propriétaire de son corps physique, ainsi que de tous les lieux et les biens donnés par la nature qu'il occupe et utilise au moyen de ce même corps, pourvu qu'aucun être humain n'ait déjà occupé ou utilisé ces lieux et ces biens avant lui.

 

C'est cette appropriation originelle qui permet d'accroître le bien-être social en accroissant le bien-être individuel, sans amoindrir celui des autres (et de déterminer qui est l'actuel propriétaire). Car le propriétaire privé prend soin de ce qui lui appartient individuellement, alors que la possession de biens en commun et l'indivision sont toujours sources de conflits...

 

Les propriétés communes de naguère, telles que les routes, ont été expropriées par l'État et sont devenues propriétés publiques. Avec pour conséquence que l'État, soi-disant propriétaire, peut décider, comme pour les autres biens publics, tels que les écoles, les hôpitaux etc., l'usage que les contribuables, exclus de tout droit de propriété sur elles, peuvent et doivent en faire.

 

Hoppe relate ainsi comment l'État est passé de l'aristocratie à la monarchie, puis de la monarchie à la démocratie. C'est-à-dire comment c'est allé de mal en pis, du consentement à la taxation et de la soumission au droit de tous (y compris l'État), à la production de maux par l'État, jouissant de l'exclusivité de taxer et du pouvoir de faire et de défaire des lois:

 

La sélection des dirigeants de l'État via des élections démocratiques fait qu'il est pratiquement impossible pour une personne honnête ou inoffensive d'atteindre les sommets du pouvoir...

 

Les méfaits de l'État sont multiples et la liste suivante n'est de loin pas exhaustive:

 

- en matière d'immigration: aux micro-migrations, dépendant d'une multitude de propriétaires privés ou associations de propriétaires, se sont substituées des macro-migrations décidées par lui, se traduisant par des exclusions et des intégrations forcées, par une immigration sans frein ou sous contrôle

 

- en matière de monnaie: la création monétaire ex-nihilo a provoqué, et provoque, des cycles boom-crise, sans que des richesses soient créées, ce qui lui permet de redistribuer celles préexistantes en sa faveur et en celle d'amis et relations, tels les ploutocrates, que d'aucuns appellent capitalistes de connivence

 

- en matière de guerre: plus l'État contrôle de personnes productives, mieux ce sera pour lui. Dans ce désir d'expansion, il se heurte à l'opposition d'autres États. Sur un territoire donné, il ne peut y avoir qu'un seul monopole de la prise de décision ultime. Autrement dit, la concurrence entre différents États ne souffre aucun compromis...

 

Pour Hans-Hermann Hoppe la solution à l'imposture de l'État est de substituer une société de droit privée à ce monopole, qui s'avère incompatible avec la protection des biens et des personnes contre les violences intérieures et les agressions extérieures, et incapable de produire et de maintenir l'ordre social:

 

Si, au lieu de contribuer à la prévention des conflits, l'État est une source permanente de conflits; et si, plutôt que d'assurer sécurité et stabilité juridiques, l'État génère lui-même insécurité et instabilité en permanence, via la législation, en remplaçant les lois immuables par des caprices arbitraires et "élastiques", alors jaillit inéluctablement la question de savoir si la bonne solution à apporter au problème de l'ordre social ne serait pas, évidemment, non étatiste.

 

Et Hans-Hermann Hoppe d'expliquer comment...

 

Francis Richard

 

La Grande Fiction - L'État, cet imposteur, Hans-Hermann Hoppe, 204 pages Éditions Le Drapeau Blanc

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 22:45
Échec de l'État, de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin

Échec de l'État n'est pas un livre-programme. C'est un livre de propositions pour remédier à l'échec de l'État français. Cet échec résulte du fait que l'État s'est approprié des libertés qu'il aurait dû au contraire garantir aux citoyens et qu'il doit maintenant leur restituer. C'est à la fois une question de principe et d'efficacité.

 

Une question de principe:

 

Sans responsabilité, il n'y a pas d'humanité parce que c'est la responsabilité qui est un caractère fondamental du genre humain, qui le distingue des animaux et des créatures inertes en l'insérant dans une histoire dont il n'est pas qu'un jouet, en lui donnant à penser son avenir et à raisonner sur celui de toute communauté dans laquelle il vit. Cette responsabilité ne peut s'exercer que si l'homme qui la supporte dispose bien entendu de la liberté de faire ses choix.

 

Une question d'efficacité:

 

La liberté retrouvée alors démultipliera ses fruits. Elle permettra plus de choses que ce que nous pouvons imaginer, comme elle l'a fait depuis la machine à vapeur et le métier à tisser dans le grand progrès des sciences et des arts qui nous permettent de vivre mieux et plus longtemps.

 

Les pistes que donnent les auteurs avec ces propositions s'articulent autour de quatre thèmes:

 

- L'assurance, plutôt que l'assistance

- La libération de la fiscalité

- La libération de l'éducation

- L'État garant de la stabilité et subsidiaire.

 

L'assurance vaut mieux que l'assistance

 

Le modèle social français, que tout le monde envie mais que personne ne copie, est désastreux: il est compliqué, fort coûteux, largement déficitaire. La protection sociale d'aujourd'hui en France, financée par la dette, se fait aux dépens des générations futures.

 

Or il existe une solution pour réduire les charges sociales: c'est d'ouvrir ce système défaillant à la concurrence, en laissant toutefois à la charge de la collectivité certaines dépenses telles que les handicaps congénitaux ou liés à des catastrophes, les aides aux familles ou aux plus démunis, sous la forme d'une allocation unique, mais pas universelle, variable suivant la situation, et qui remplacerait avantageusement les nombreuses allocations sociales actuelles.

 

Ouvrir à la concurrence, c'est permettre à ceux qui le souhaitent de souscrire librement leurs assurances sociales auprès d'une compagnie ou mutuelle de leur choix comme ils le font en matière d'assurance automobile, pour les risques maladie, maternité, vieillesse, en interdisant aux assureurs la sélection des risques. Cela suppose de verser aux salariés leur salaire complet, c'est-à-dire leur salaire net augmenté des charges sociales actuelles pour qu'ils aient les moyens de souscrire aux assurances de leur choix.

 

Le système de retraite par répartition est condamné en raison du vieillissement de la population. C'est bien pourquoi les pays de l'OCDE ont évolué vers la capitalisation, qui, contrairement aux idées reçues, comme le montrent les auteurs, est moins risquée que la répartition et présente l'avantage de participer au financement de l'économie. Curieusement, en France, des fonds de pension existent surtout pour les élus locaux, les fonctionnaires et les sénateurs, dont les cotisations sont déductibles de leur revenu imposable...

 

Les auteurs proposent de sauver l'assurance-chômage en l'ouvrant également à la concurrence (resteraient adhérents à l'assurance publique ceux qui le souhaiteraient). Les prestations comprendraient une allocation forfaitaire minimum et des assurances complémentaires, dans des conditions librement débattues en termes de durée d'indemnisation, de franchise, de montant de l'allocation et de cotisation.

 

Rien de tel que de privatiser le logement social pour en augmenter l'offre et d'en baisser le prix, surtout si c'est accompagné d'une baisse de la fiscalité (il existe trente prélèvements directs ou indirects sur les biens immobiliers perçus par l'État) et d'un allègement des réglementations, ce qui favoriserait en outre l'acquisition de leur logement par ceux qui les occupent...

 

Une fiscalité libérée

 

Libérer la fiscalité, c'est démêler le maquis fiscal: il existe près de 500 régimes fiscaux dérogatoires et 75 niches fiscales (il y a aussi 132 niches sociales chiffrées et 57 non chiffrées...) et rendre la fiscalité la plus neutre possible. C'est pourquoi les auteurs proposent:

 

- de supprimer les niches et l'impôt progressif sur le revenu et d'adopter un impôt sur le revenu proportionnel, ou flat tax, à deux taux (2 et 15%): ce serait plus simple et plus égalitaire (il faut être bien informé pour profiter des niches...)

 

- d'adopter un taux unique de TVA (il y en a 9 actuellement...)

 

- d'aménager le taux de l'impôt société (dont la légitimité est contestable...) de manière la plus rationnelle et juste possible: l'idéal serait [...] que l'impôt sur le revenu soit fixé à un taux unique (cf. ci-dessus) et que l'impôt société soit fixé au même taux.

 

Il faut libérer l'éducation

 

La France ne manque pas de moyens en matière d'éducation, mais de résultats: Selon les résultats de l'étude PISA de 2012, la France se situe dans la moyenne, ou même au-dessous de la moyenne pour chaque catégorie (mathématiques, sciences et écrit), ce qui n'est pas terrible! Or, depuis, le système s'est dégradé: davantage d'élèves en difficulté, moins de chances de réussir pour les élèves issus de milieux défavorisés.

 

Ces mauvais résultats proviennent de son manque d'autonomie et du défaut de concurrence, autrement dit de l'étatisation de l'éducation: le mammouth est inefficace. Certes il existe des écoles libres, mais leurs effectifs sont bridés par l'État. La solution serait de permettre à ces écoles d'accueillir les élèves que les parents veulent y inscrire, de permettre l'ouverture d'écoles entièrement privées et de permettre aux élèves plus aptes à la pratique qu'à la théorie de bifurquer vers l'apprentissage.

 

Le moyen d'assurer le libre choix de l'établissement par les parents est de les faire bénéficier du bon scolaire, ce qui ne coûterait pas plus cher à la collectivité, ce qui, au contraire, permettrait de réduire les charges administratives et de se consacrer pleinement aux missions d'éducation. Le bon scolaire? Il représenterait le montant équivalent au coût moyen d'une classe concernée, que les parents pourraient remettre à l'école privée de leur choix.

 

Les auteurs proposent que l'université soit payante, comme aux États-Unis, où les universités privées sont les meilleures du monde dans tous les classements, ce qui n'est pas le cas des universités françaises: Le système d'université payante responsabilise les étudiants. Ils ne s'inscrivent pas en première année de quoi que ce soit parce qu'ils ne savent pas quoi faire, ou juste en attendant de trouver un job qu'ils ne cherchent guère, ou pour être assurés sociaux à prix modéré...

 

Un cadre institutionnel stable et subsidiaire

 

Sous prétexte d'harmoniser, l'Union européenne cherche plus que jamais à uniformiser, le contraire de la concurrence. Étymologiquement l'harmonisation n'est pas l'uniformisation, mais l'accord des différences: c'est justement ce qui caractérise la concurrence, du moins lorsqu'elle est respectueuse de certaines règles déontologiques.

 

Ce faisant l'Union européenne a abandonné son projet initial: créer une vaste zone de liberté pour permettre que l'échange permanent et libre des hommes, des biens et des services contribue à l'enrichissement de tous, que chacun puisse voter avec ses pieds en allant voir ailleurs si l'herbe y est plus verte, s'il n'est pas satisfait du ratio biens publics/fiscalité.

 

L'Union européenne a joué à l'épicier en voulant peser les échanges, standardiser les produits, imposer des normes à l'infini dans la mauvaise idée que le marché exige l'uniformité quand il suppose la diversité. Elle a voulu régenter la concurrence des entreprises quand celles-ci par définition ont besoin de liberté. Et dans le même temps elle travaille sans fin à empêcher la compétition fiscale entre les États qui est pourtant protectrice des contribuables comme la concurrence des entreprises l'est des consommateurs.

 

Les auteurs souhaitent donc qu'elle revienne à une Europe subsidiaire des nations, une Europe limitée et respectueuse des pays qui la composent, une Europe puissante à l'extérieur sans s'ingérer dans la vie des uns et des autres, une Europe fière de sa grandeur et de son histoire, forte de ses principes, de sa liberté, de sa capacité d'innover et capable de permettre à ceux qui y vivent de mieux grandir en êtres responsables d'eux-mêmes, peut-être alors qu'elle redeviendra le creuset de la paix et de la puissance, de la confiance et de la prospérité.

 

Ce qu'ils disent de l'Europe subsidiaire devrait s'appliquer au niveau de l'État: Au-delà de la représentation extérieure, de la sécurité et de la Justice, l'État a vocation aujourd'hui plus qu'hier à faire en sorte que chaque enfant reçoive l'enseignement le mieux adapté à ses capacités, que chacun vive décemment. Mais c'est aussi l'État subsidiaire; il ne doit pas obligatoirement tout faire, mais plutôt laisser faire ceux qui peuvent avant que d'intervenir s'il y a carence: en bas tout le possible, en haut tout le nécessaire.

 

Aujourd'hui c'est l'État qui tue la France et non pas, comme d'aucuns disent, le libéralisme ou la mondialisation: Pour lutter contre l'immigration, il faut en finir avec l'État-providence et l'assistanat; pour combattre le chômage, il faut plus de libertés économiques et moins de pression fiscale.

 

Les auteurs proposent en conséquence de défonctionnariser la classe politique, car, en France, la politique est devenue un emploi à vie pour ceux qui y accèdent. La carrière politique ressemble à la fonction publique. Comment faire? L'ouvrir au privé et à la société civile.

 

Conclusion

 

Le rôle de l'État doit être limité: L'État a moins vocation à faire le bien en lieu et place des hommes que de les empêcher à faire le mal. Mais il se conçoit en seule vue du bien des hommes. Il promeut la liberté, mais il ne peut et ne doit la défendre corps et biens, que pour ce qu'elle permet. Si à cet égard elle est la fin des États, elle n'est jamais pour les individus qu'un moyen, suprême certes, mais un moyen seulement au service de leurs fins.

 

Toutes ces propositions de réformes - elles n'ont rien de révolutionnaire - ont fait leurs preuves dans d'autres pays, et les auteurs en donnent de nombreux exemples, probants. Aucun des candidats à l'élection présidentielle ne les reprend pourtant à son compte, sans doute parce qu'elles heurteraient les préjugés de la majorité des électeurs, formatés pour la servitude volontaire par le monopole de l'éducation et par des médias uniformément corrects.

 

Ces propositions ont donc peu de chances de se réaliser un jour prochain. Mais, peut-être, quand la France aura atteint le fond, s'il n'est pas trop tard, seront-elles mises alors à l'ordre du jour et, mises en application, exauceront-elles le voeu de Jean-Philippe Delsol et de Nicolas Lecaussin:

 

Que l'État fasse son devoir de garantir la liberté et la liberté fera le reste dans une société de libre choix.

 

Francis Richard

 

Échec de l'État - Pour une société de libre choix, Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin, 272 pages Éditions du Rocher

 

Livres précédents de Jean-Philippe Delsol:

Pourquoi je vais quitter la France Tatamis (2013)

L'injustice fiscale ou l'abus de bien commun Desclée de Brouwer (2016)

 

Livres précédents de Nicolas Lecaussin:

Au secours, ils veulent la peau du capitalisme! Editions First (2009)

L'obsession anti-libérale française Libréchange (2014)

 

Livre précédent de Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin:

A quoi servent les riches JC Lattès (2012)

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 23:55
Culturellement incorrect, de Bertrand Allamel

Attention, danger! Ce livre est incorrect. Il ne respecte pas la pensée française dominante en matière de culture. Il ose en effet s'attaquer aux politiques culturelles, à l'interventionnisme de l'État. Ce qui ne signifie pas qu'il considère que la culture soit de peu d'importance dans la vie des hommes. Bien au contraire.

 

L'auteur pourrait ironiser comme le fait Frédéric Bastiat, qui, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, écrivait: Pensons-nous que l'État ne doit pas subventionner les artistes? Nous sommes des barbares qui jugeons les arts inutiles...

 

Ce qu'on voit.

 

Bertrand Allamel, dans Culturellement incorrect, démontre d'abord le bien-fondé des politiques culturelles, qui, pour être légitimes, doivent être conformes à la morale, à la raison et à la justice:

 

Démontrer consiste à établir une vérité ou une évidence par un raisonnement.

 

Quel est le raisonnement? Il part de deux principes:

- préserver la culture des lois du marché.

- réduire les inégalités d'accès à la culture.

 

Avant tout, Bertrand Allamel définit de quoi il est question. Le mot culture a deux sens, liés l'un à l'autre:

- un sens esthétique puisqu'elle recouvre les différentes oeuvres de l'esprit

- un sens anthropologique puisqu'elle est propre à une population.

 

Ce que disait Condorcet de l'instruction publique s'applique à la culture: c'est un instrument privilégié de libération de l'esprit humain. Ce que disait Schiller de l'éducation esthétique ne s'y applique pas moins: c'est un instrument de conciliation du sensible et du raisonnable.

 

La conviction fondatrice de l'intervention publique se base sur ces effets bénéfiques que, selon Les Lumières, la culture a sur l'humanité. Les individus cultivés sont, de fait, ouverts d'esprit grâce à:

- la diversité des représentations du monde auxquelles ils sont confrontés

- la diversité des langages qu'ils acquièrent et qui leur permettent de comprendre les autres.

 

Comme la culture est un bien exceptionnel, collectif et pacifiant, c'est bien à la collectivité d'en assurer la plus large et la plus équitable diffusion pour que la variété et la diversité de l'offre ne soient pas réduites:

 

Les productions culturelles pointues sont moins rentables et ont tendance à être exclues du marché.

 

Il y a également le problème de l'entrée gratuite, soulevé par Ronald Dworkin: Les consommateurs de disques et de films financent la production du bien culturel dont bénéficient ceux qui choisissent de se procurer et de jouir du bien sans le payer.

 

Si ce comportement prend de l'amplitude et que de tels biens culturels ne puissent plus être financés, ne devient-il pas utile de recourir à l'impôt et pertinent de les subventionner pour maintenir un certain niveau de culture?

 

Il est évident qu'il existe des inégalités d'accès à la culture. Ce ne sont pas tant d'ailleurs des inégalités économiques que sociologiques: Il faut avoir un minimum de culture pour être intéressé par la culture, et s'intéresser à la culture donne envie de s'y intéresser encore plus.

 

Ce qui peut légitimer une action de la collectivité en faveur de ceux qui ne s'y intéressent pas: Si je n'ai pas un accès à la culture égal à mon voisin, ai-je la même liberté de penser que lui? [...] La personne cultivée a le choix de profiter ou non des biens culturels, celle qui ne l'est pas, non.

 

Enfin, il y a un devoir de transmission aux générations futures et donc une nécessité d'entretien de la culture, dans son sens anthropologique. L'État semble le plus apte à assurer cet entretien et à remplir ce devoir moral.

 

Ce qu'on ne voit pas

 

La légitimité de l'interventionnisme de l'État, dans le domaine culturel, comme dans d'autres, ne résiste pourtant pas à l'épreuve de la réalité. Et Bertrand Allamel le prouve:

 

Prouver revient [...] à établir une vérité mais en s'appuyant sur des faits ou des pièces à conviction.

 

Bertrand Allamel fait une remarque liminaire: tout le monde n'est pas d'accord avec l'idéalisme des Lumières. D'aucuns pensent, comme Rousseau, que la culture est néfaste à l'homme et à la société. D'autres que la culture de masse, non sacrée, va de pair avec le déclin de la spiritualité.

 

Il donne également des contre-exemples de créations culturelles, diversifiées et de qualité selon lui, faites par des opérateurs privés, dans le secteur télévisuel (que je connais mal) depuis les années 2000: des séries américaines et une émission française de divertissement.

 

Puis, et c'est là, où la légitimité des politiques culturelles est grandement mise à mal, il publie des statistiques de fréquentation des équipements culturels qui prouvent leur inefficacité. Ce sont des statistiques de fréquentation globales, par type d'équipement, par pratiques culturelles, par catégories sociales et par revenus.

 

Il ressort de ces statistiques, établies sur des années, que la fréquentation des équipements culturels est faible et que ceux qui profitent de ces équipements sont essentiellement ceux qui ont les moyens économiques de se passer de facilitation d'accès à la culture: Cela revient à dire, de façon caricaturale, qu'en matière culturelle, "le pauvre paie pour le riche".

 

Ce qui met encore plus à mal la légitimité de l'intervention publique, c'est un recensement effectué aux États-Unis, qui fait apparaître des pratiques culturelles proportionnellement identiques à celles des Européens, à la différence près que les financements là-bas sont privés:

 

Ce constat est plutôt embarrassant en regard des sommes investies par la collectivité et de l'état de dégradation avancée des finances publiques de notre pays.

 

Plus fondamentalement, dans un dernier chapitre, l'auteur soulève trois problèmes que pose l'intervention publique en matière culturelle: Un premier problème connu concerne les dérives bureaucratiques de l'action culturelle publique. Deux autres aspects sont moins fréquemment évoqués mais méritent attention. Il s'agit de l'atteinte aux préférences et la liberté de choix des individus, et du paternalisme.

 

Pour expliciter ces deux derniers aspects, force est pour l'auteur de faire de la sémantique et de montrer de manière synthétique, sur un tableau éloquent, ce qui sépare l'idéologie socialiste dominante en France de la pensée libérale qui y est inexistante, du moins sur le plan politique.

 

Cette distinction est nécessaire parce que la plupart des gens ignorent en France que le libéralisme est d'abord une philosophie du droit et une conception politique, avant d'être une doctrine économique. Alors que le socialisme est une idéologie politique qui repose sur le diagnostic d'une inégalité dans la répartition des richesses entre les hommes.

 

Quoi qu'il en soit l'intervention publique en matière publique ressort de l'idéologie socialiste, où la culture est une affaire publique car liée au destin collectif: il faut élever le niveau de culture des masses, et rendre la culture accessible au plus grand nombre. Pour un libéral, la culture est une affaire privée, individuelle, qui ne saurait faire l'objet d'une politique publique:

 

Les individus sont contraints de financer un bien collectif qu'ils ne désirent pas forcément, et la liberté de celui qui ne veut pas payer pour un spectacle, un musée, une exposition est atteinte.

 

Ce qui est vrai pour la culture l'est pour bien d'autres domaines, ce qui se traduit par une augmentation indéfinie du périmètre de l'État, devenu un État-providence démesuré. Où une élite décide pour le reste de la population, en exerçant une forme de paternalisme:

 

Dire que la culture est bénéfique ou indispensable et qu'il appartient à la collectivité d'en assurer les conditions de production comme de diffusion revient à se considérer comme un éclairé sachant ce qui est bon pour le peuple (et le sachant mieux que lui).

 

Au début de son livre, l'auteur écrit que tout le monde trouve aujourd'hui normal que la collectivité intervienne dans le champ culturel. A son terme, il écrit qu'il n'y a pas de mesure particulière à prendre, sinon un désengagement de la collectivité, accompagné tout au plus d'une meilleure politique d'incitation fiscale. On en est encore bien loin...

 

Francis Richard

 

Culturellement incorrect, Bertrand Allamel, 272 pages Les Éditions Libréchange

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 22:55
Frédéric Bastiat de A à Z

Les Oeuvres complètes de Frédéric Bastiat représentent quelque 3 700 pages. L'Institut Coppet  les a rééditées, facilitant leur diffusion en France, où ce génie méconnu n'est pas prophète, sans doute parce que nul ne l'est dans son pays...

 

L'Institut Coppet a complété cette édition par un abécédaire, qui peut être consulté comme un usuel, ou être lu in extenso. C'est un travail synthétique d'une grande utilité, c'est-à-dire qui sert grandement à faire connaître les idées de Bastiat.

 

Cet abécédaire peut être lu in extenso parce que, comme le rappelle Benoît Malbranque dans sa préface, Frédéric Bastiat a un style d'une grande légèreté et parce qu'il a le sens de la formule.

 

Comme disait Etienne Boileau :

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement

Et les choses pour le dire viennent aisément.

 

Comment parler d'un abécédaire, sinon en en donnant un aperçu par quelques citations, bien choisies, subjectivement, soit parce qu'elles sont percutantes, soit parce qu'elles donnent matière à réflexion.

 

Dans quel ordre les mettre ces citations, sinon en cédant à la facilité de suivre l'ordre alphabétique des thèmes, dans lesquels l'Institut Coppet les a mises et regroupées.

 

Pourquoi, enfin, ne pas les commenter, même brièvement?

 

Capital

Quand je vois le Travail s'irriter contre le Capital, il me semble voir l'inanition repousser les aliments.

 

Depuis l'expérience soviétique, on sait de manière probante que les anticapitalistes sont des affameurs...

 

Concurrence

La concurrence a pour effet de provoquer, révéler et universaliser les bonnes méthodes, et de faire sombrer les mauvaises.

 

La mise en pratique de la parabole du bon grain et de l'ivraie...

 

Enseignement

Tous les monopoles sont détestables, mais le pire de tous, c'est le monopole de l'enseignement.

 

L'Education Nationale en France ne contredit pas cette affirmation...

 

Importations

Le but réel de toute nation (quoi qu'elle en pense elle-même) est d'importer le plus possible et d'exporter le moins possible, comme le but de tout homme, dans ses transactions, est d'obtenir beaucoup en donnant peu.

 

Comme quoi la balance commerciale...

 

Impôts

J'appelle bon impôt celui en retour duquel le contribuable reçoit un service supérieur ou du moins équivalent à son sacrifice.

[...]

J'appelle mauvais impôt celui qui ne confère pas au contribuable un avantage égal à son sacrifice.

 

A ces aunes-là, il y a beaucoup de mauvais impôts et peu de bons...

 

Si un impôt est graduellement et indéfiniment élevé, par cela même qu'à chaque degré d'élévation il restreint un peu plus la consommation ou la matière imposable, un moment arrive nécessairement où la moindre addition à la taxe diminue la recette.

 

Avec sa célèbre courbe, Arthur Laffer ne disait pas autre chose à Ronald Reagan...

 

Loi

Comment reconnaître la spoliation ? C'est bien simple. Il faut examiner si la Loi prend aux uns ce qui leur appartient pour donner aux autres ce qui ne leur appartient pas. Il faut examiner si la Loi accomplit, au profit d'un citoyen et aux dépens des autres, un acte que ce citoyen ne pourrait accomplir lui-même sans crime.

 

Qu'est-ce d'autre que l'Etat- providence?

 

Monopole

Le monopole est ainsi fait qu'il frappe d'immobilisme tout ce qu'il touche.

 

Les exemples abondent en France et ailleurs ...

 

Propriété

La propriété, le droit de jouir du fruit de son travail, le droit de travailler, de se développer, d'exercer ses facultés, comme on l'entend, sans que l'Etat intervienne autrement que par son action protectrice, c'est la liberté.

 

En France, que reste-t-il de la liberté?

 

Richesse

Il n'y a et ne peut y avoir que deux manières d'acquérir : produire ou ravir.

 

En France on produit de moins en moins et on ravit de plus en plus...

 

Socialisme

Après avoir jugé tous les hommes sans exception capables de gouverner le pays, nous les déclarons incapables de se gouverner eux-mêmes.

 

C'est l'inconséquence du socialisme démocratique...

 

Valeur

Que j'ai pris une peine d'une heure ou d'un jour, peu importe à celui à qui j'offre mon service. Ce qu'il regarde, ce n'est pas la peine que je prends, mais celle que je lui épargne.

 

Il ne faut jamais perdre de vue comment se déterminent les consommateurs que nous sommes tous ...

 

Les idées de Frédéric Bastiat sont tellement contraires à la pensée unique qu'il n'est pas étonnant qu'elles soient occultées. Etienne de La Boétie n'a-t-il pas écrit avant lui, sans plus d'effet, un Discours de la servitude volontaire

 

Puissent toutefois ces quelques extraits inciter à lire l'abécédaire, voire à plonger dans les Oeuvres complètes pour découvrir les raisonnements de bon sens qui les soutiennent et qui, toujours pertinents, permettent aujourd'hui de démêler le vrai du faux, de voir ce qu'on ne voit pas.

 

Francis Richard

 

Frédéric Bastiat de A à Z, 204 pages Institut Coppet

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 22:55
Le vote libéral, de Jacques Garello

Les élections présidentielles françaises approchent: le premier tour aura lieu dans tout juste sept mois. Pour un libéral, comme pour tout électeur français, le choix semble simple: il ne peut que s'abstenir ou se résigner à voter pour le moins mauvais. C'est mal connaître Jacques Garello de croire que lui, comme d'autres de son acabit, puisse se satisfaire d'un tel dilemme. D'autant que la situation actuelle de la France plaide comme jamais pour l'antidote au mal français des idées libérales... 

 

Jacques Garello montre d'abord que, pour en expliquer les votes, l'approche sociologique de l'électorat français exagère le poids de l'appartenance à un groupe, qu'il soit familial ou professionnel, ou religieux, ou géographique; ensuite que le vote libéral en France est rare et sans lendemain; enfin que ce n'est ni le cas en Allemagne ni en Grande-Bretagne, et que le vote libéral est même présent dans la quasi totalité des pays européens...

 

Le dilemme cornélien évoqué ci-dessus résulte de l'examen des options qui se présentent au libéral, comme d'ailleurs à tout électeur français: il ne peut être satisfait d'un vote socialiste, qui menace son emploi et sa propriété, ni d'un vote conservateur, qui reconduit une classe politique usée et des privilèges abusifs, ni d'un vote écologiste qui mène à l'utopie et au sectarisme, ni d'un vote populiste qui nie la diversité et la compréhension.

 

Les idées libérales ne sont pas celles qu'on croit: Beaucoup de Français se croient et se disent libéraux, mais ne le sont pas en réalité. A l'inverse, sont encore plus nombreux les Français qui sont libéraux mais ne le savent pas. Rien d'étonnant à cela puisque le libéralisme n'a que très rarement été enseigné, et presque jamais appliqué. Le libéralisme est ignoré, donc caricaturé, diabolisé, ou dévié.

 

Jacques Garello rappelle qu'il ne faut pas réduire le libéralisme à une doctrine économique prônant la libre entreprise et le libre-échange, c'est-à-dire décentralisée, à l'opposé de l'économie dirigée, enfermée derrière des frontières politiques ou administratives, centralisée: il n'a rien à voir non plus avec le capitalisme de connivence, qui se nourrit, par exemple, de subventions ou d'exemptions fiscales. 

 

Le libéralisme est une conception de l'être humain qui lui confère sa dignité, sa spécificité, sa vocation. Un libéral a ainsi confiance en l'être humain, il est humaniste. Il sait que l'être humain  a besoin de la liberté pour développer ses capacités et que la propriété, fondement de la pensée libérale, a pour ennemi le collectivisme, fondement de la pensée socialiste. Il sait que l'homme libre est non seulement créateur, mais qu'il est serviteur:

 

C'est la rencontre des besoins des autres qui lui permet de satisfaire ses propres besoins, d'où la nécessité de l'empathie, ce sentiment moral mis en évidence par Adam Smith, sentiment qui est à la base de l'échange, lui-même base de l'économie.

 

Si le libéral a confiance en l'être humain, c'est parce qu'il le sait faillible, mais perfectible, capable de tirer des leçons et de rendre compte de ses actes, c'est-à-dire d'être responsable. Une société de confiance est fondée sur la coopération volontaire, sur la solidarité spontanée, sur l'état de droit. La crise actuelle est une crise morale, qu'il ne sera possible de résoudre qu'en se libérant de l'Etat Providence, inefficace et asservissant.

 

L'Etat Providence a en effet la prétention de prendre totalement en charge les individus, de la naissance à la mort, et de les guider dans leurs activités économiques, voire dans leur vie privée. Il étend indéfiniment son emprise: A travers ses réglementations et ses administrations il couvre tous les besoins et toutes les aspirations: la santé, l'éducation, la formation, l'emploi, la culture, la recherche scientifique, le logement, les transports, le sport, l'environnement etc.

 

Comment en sortir? Jacques Garello perçoit des signes de réveil de la société civile. Il donne notamment deux exemples encourageants, celui de Contribuables Associés  (350.000 adhérents),  qui a pour objectif moins d'impôts, moins de dépenses publiques, moins d'Etat, et celui de l'UNPI, Union Nationale de la Propriété Immobilière (250.000 adhérents), qui a pour objectif la défense de la propriété immobilière privée contre une législation pénalisant les bailleurs.

 

Les primaires ouvertes à droite et au centre représentent une opportunité pour transformer ce réveil en vote. Le Collectif des libéraux, CDL, s'est constitué à cette fin. Il regroupe actuellement l'ALEPS, le Cercle Droit & Liberté, le site Contrepoints, Contribuables Associés, le Cerel, l'Institut Economique Molinari, l'IREF-Europe, le think-tank Libéral Sciences-Po, l'UNPI. Ce collectif s'est donné pour objectif de rencontrer les candidats, de leur poser une liste de questions et de rendre public un rapport sur leurs réponses.

 

Le CDL s'est donné en fait pour objectif de persuader le plus grand nombre de libéraux de participer à ces primaires de telle manière à peser sur elles en leur apportant l'information qui peut les aider dans leur choix: On peut estimer à 500.000 les adhérents et militants de la droite et du centre qui participeraient à la primaire. Recueillir 50.000 votes libéraux est une performance suffisante, puisque 10% des voix mettent les électeurs en position d'arbitrage et démontrent l'importance et  la mobilisation des électeurs libéraux.

 

Si l'essai est transformé, il sera dès lors bien difficile aux politiques et aux médias de continuer à ignorer et à mépriser le libéralisme. Et nombre de Français pourront se rendre compte qu'ils sont, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, des libéraux sans le savoir, parce qu'ils ont simplement du bon sens:

 

Ne pas dépenser l'argent qu'on n'a pas, gagner son argent par le travail, le mérite et l'effort, ne pas réduire les faibles et les pauvres à l'assistanat qui les exclut de la société, respecter la propriété, accepter les différences, respecter la tradition mais innover et s'adapter au changement, etc.

 

Le projet libéral, dont le livre de Jacques Garello donne les grandes lignes, est le seul qui permet de relever les défis actuels: Le proposer, l'expliquer, l'imposer à la classe politique, c'est gratifiant et motivant pour ceux qui le conçoivent et le propagent.

 

Ce projet est à même de:

- porter la croissance économique

- réduire le chômage

- mettre un frein à l'endettement public et à l'oppression des prélèvements obligatoires

- redonner des perspectives de retraites solides

- apaiser les tensions sociales

- réduire l'Etat à son seul domaine d'intervention: la sécurité intérieure et la défense extérieure

- promettre une justice plus lucide.

 

Puisse ce rêve à partager sans modération devenir réalité...

 

Francis Richard

 

Le vote libéral, de Jacques Garello, 198 pages Libréchange

 

Pour s'inscrire aux primaires ouvertes de la droite et du centre: http://www.primaire2016.org/

(Pour les Français de l'étranger: https://inscription.francaisdeletranger.primaire2016.org/#/)

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 21:30
Jacques Rueff - Un libéral français, de Gérard Minart

Il y a autant de libéralismes que de libéraux.

 

Il est excessif, bien sûr, de parler ainsi, mais il y a du vrai dans cette assertion, car la diversité de la pensée libérale ne peut être que le reflet de la diversité de la pensée humaine quand elle s'exerce librement, sans contrainte autre que la soumission à l'impératif catégorique de la raison.

 

Un libéralisme, fût-il français, se reconnaît toutefois aux mêmes principes sur lequel ils se fondent tous: liberté individuelle, droits de propriété, sécurité des biens et des personnes, égalité en droit, avec la caractéristique qu'aucun de ces principes ne peut exister sans les autres.

 

Le livre sur Jacques Rueff de Gérard Minart expose la théorie économique d'un libéral français, qui a la particularité d'être un ingénieur (il part des faits pour vérifier et articuler ces principes entre eux de manière cohérente) et de l'avoir mise en pratique avec succès en 1926, en 1938 et en 1958.

 

Comme cette théorie économique est très vaste et que, de plus, elle s'insère dans une théorie encore plus vaste qui la concilie, par exemple, au social, il convient, pour la goûter, d'en prélever quelques singularités qui en font la richesse et qui la distinguent des autres libéralismes sans présenter pour autant avec eux de solution de continuité. 

 

Sa formation scientifique a par exemple permis à Jacques Rueff de valider, grâce à l'outil statistique, l'équilibre auquel aboutit le mécanisme des prix, ce qui n'avait pas été fait avant lui, et qu'il compare à l'équilibre global d'un gaz où les molécules, indépendantes, sont prises dans un mouvement brownien.

 

Ce merveilleux mécanisme, ce monarque discrets'applique à tous les domaines, qu'il s'agisse des prix, des salaires, des taux d'intérêt, des changes ou du chômage. Son biographe résume: il présente [...] cette faculté que tout en respectant la liberté, les désirs, les préférences, les penchants des individus, il organise un ordre collectif qui permet à la société de durer. 

 

Selon Jacques Rueff, il faut distinguer le droit de propriété de la chose possédée: le premier réside dans la faculté de disposer de la seconde. Le droit de propriété naît avec la richesse qu'il englobe et meurt quand elle cesse d'exister, par consommation ou destruction. Il n'est pas autre chose qu'un récipient de valeur.

 

A partir de là Jacques Rueff explique ce qu'est un vrai droit: Un droit dont le volume répond à la valeur que représente son contenu, non aux yeux de quelque théoricien de cabinet, mais sur le marché, à la lumière des offres et des demandes effectivement formulées, et de telle façon que les premières soient absorbées par les secondes.

 

Et il explique ce qu'est un faux droit: Un faux droit, au contraire, est un droit dont le volume a été fixé a priori sans égard aux conditions qui doivent être satisfaites pour que toutes les quantités effectivement offertes trouvent preneur sur le marché.

 

Jacques Rueff ne définit pas de périmètre de l'Etat (des libéraux sont pour plus ou moins d'Etat, d'autres pour pas d'Etat du tout). Pour lui, l'Etat peut intervenir à fins sociales, morales ou politiques. Mais il faut que ces interventions soient compatibles avec le mécanisme des prix, qu'elles affectent essentiellement le cadre juridique et monétaire, les causes des prix ou les effets des prix.

 

La croyance de Jacques Rueff dans l'or n'a rien de fétichiste, n'est pas de nature religieuse: L'or n'est pas une fin en soi. Comme l'explicite Gérard Minart, dans une économie fonctionnant sous le système de l'étalon-or, c'est la perte d'or que subit le pays débiteur qui, en réduisant sa masse monétaire interne, réduit la demande globale, ce qui a pour effet d'obtenir une baisse des prix intérieurs.

 

Là encore ce pilotage automatique s'apparente au mécanisme des prix: Les ajustements des balances des paiements s'effectuent par sorties ou entrées d'or, selon que les pays concernés sont débiteurs ou créanciers, et l'avantage de tels ajustements est qu'ils s'effectuent en douceur, sans brusques embardées.

 

Ces singularités qui sont la marque du libéralisme de Jacques Rueff s'inscrivent pourtant dans la filiation directe de:

- Turgot pour son exigence rationnelle,

- Jean-Baptiste Say pour le droit de propriété analysé comme premier facteur de l'expansion économique,

- Frédéric Bastiat pour la liberté des échanges, ainsi que pour le refus du protectionnisme et la dénonciation des attitudes malthusiennes,

- Walras et Colson  pour les aspects bénéfiques du mécanisme des prix libres, sur des marchés libres, dans des sociétés libres. 

 

Le libéralisme français de Jacques Rueff est donc le point d'aboutissement de cette tradition, mais il est aussi le point de départ d'une autre tradition, celle des ingénieurs-économistes, qui entend rajeunir et mettre de l'ordre dans cet héritage par une exigence de rationalité sans tomber dans un excès de mathématisation...

 

Francis Richard

 

Jacques Rueff - Un libéral français, Gérard Minart, 364 pages Odile Jacob

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 22:30
Charles Monnard 1790-1865, sous la direction d'Olivier Meuwly

30 novembre 2013. Un colloque consacré à Charles Monnard a lieu au Théâtre du Lapin Vert à Lausanne. Il est organisé par le Cercle démocratique Lausanne, l'Institut libéral, le Cercle littéraire et la Société de Belles-Lettres.

 

26 mai 2016. Au Cercle littéraire a lieu le vernissage des actes de ce colloque. Ce livre, bénéficiant d'une riche iconographie, est précieux: il représente la mémoire de ce qui s'est dit près de trois ans plus tôt et il est également le n°143 de la Bibliothèque historique vaudoise.

 

En début de volume, se trouvent une préface de Pascal Petter, président du Cercle démocratique Lausanne, un texte de Pierre Bessard, directeur de l'Institut libéral, sur La signification contemporaine de Charles Monnard, et un texte d'Olivier Meuwly, directeur de la publication, sur l'homme Charles Monnard et sa pensée, à redécouvrir.

 

Huit auteurs ont contribué au colloque:

- Bernard Reymond: Charles Monnard et le protestantisme de son temps

- Roger Francillon: Charles Monnard et Alexandre Vinet

- David Auberson: Charles Monnard et Juste Olivier

- Michael Lauener: Le Canton de Vaud de Charles Monnard sous l'oeil d'un conservateur bernois (Jeremias Gotthelf)

- Olivier Meuwly: Le libéralisme moral de Charles Monnard

- Marie-Thérèse Guignard: Charles Monnard et la liberté de la presse

- William Yoakim: Charles Monnard et Henri Druey

- Nicolas Gex: Charles Monnard, historien de la Confédération helvétique

 

Ces huit contributions dessinent le portrait et la pensée de Charles Monnard, en le situant dans le contexte de son temps, en reprenant ses écrits, en reconstituant ses relations éclairantes avec ses amis, tels que Vinet et Olivier, ou avec ses adversaires tel que le radical Druey.

 

Charles Monnard est un libéral atypique, comme le sous-titre le dit, si l'on considère son existence: il a été théologien, pasteur, philosophe, journaliste, professeur de littérature, critique littéraire, historien, homme politique local et national.

 

Charles Monnard est un libéral typique, si l'on considère sa pensée. Car il est foncièrement libéral, quoi qu'il arrive, et tout en nuances, choisissant toujours la réforme contre la révolution, restant calme et serein dans les vicissitudes:

 

- Protestant, il n'est pas au sens strict pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat, mais il est pour la liberté religieuse et la liberté des cultes, et, selon lui, l'Eglise doit être associée à l'Etat mais ne pas en être esclave.

 

- Philosophe, il s'oppose à son adversaire l'hégélien Druey, qui ne croit pas à la liberté de l'individu isolé: il ne lie pas comme lui la liberté à la communauté qui constitue un Etat.

 

- Journaliste, il est pour la liberté de la presse: La liberté de penser et de dire des bêtises est encore une de celles que je défendrai constamment.

 

- Historien, il a le souci de la vérité, comme tout historien digne de ce nom doit lui être dévoué, avant même de l'être à son pays. Sa vision de l'histoire helvétique? La liberté est le principe majeur de la Suisse et le lien fédéral en est l'expression privilégiée.

 

- Homme politique, il est pour la publicité des séances du Grand Conseil vaudois ou de la Diète fédérale: c'est pour lui un principe de philosophie politique et d'éducation civique.

 

Ce qui peut résumer son libéralisme (qui n'est pas utilitarisme), mieux que tout autre citation, c'est peut-être ce qu'il dit du rapport entre le droit et le devoir:

 

Le premier et le plus noble droit de l'homme, c'est le droit de remplir son devoir.

 

Qu'est-ce que le devoir, sinon une contrainte librement acceptée par la raison? Qu'est-ce que le droit, sinon la liberté de chacun limitée par la liberté de tous? Autrement dit, devoir et droit sont alliés comme le sont responsabilité et liberté. Ce qui est typiquement libéral.

 

Francis Richard

 

Charles Monnard 1790-1865 Un libéral atypique, sous la direction d'Olivier Meuwly, 170 pages, Bibliothèque historique vaudoise

 

Autre livre sur Charles Monnard:

 

Charles Monnard - L'éthique de la responsabilité, Pierre Bessard, 94 pages, Institut Libéral (2014)

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 22:15
Libéralisme et liberté d'expression (2/2), sous la direction d'Henri Lepage

Libéralisme et liberté d'expression est un livre collectif paru il y a quelques six mois sous la direction d'Henri Lepage. Il comprend une introduction, une présentation des auteurs, neuf contributions, et une postface.

 

Après une recension des trois premières contributions, faite dans une première partie, voici celle des six suivantes, qui sont la reprise de textes déjà publiés sur le site de l'Institut Turgot.

 

Damien Theillier remarque que les autorités publiques françaises menacent davantage la liberté d'expression que "les fanatiques proclamés". En effet elles se sont dotées d'un arsenal juridique répressif en la matière comme nulle part ailleurs, avec, par exemple, les lois Pleven et Gayssot qui font un délit, respectivement, de la provocation à la haine et à la discrimination et de l'opinion sur la Shoah.

 

La prémisse de la philosophie politique libérale est le principe de non-agression. Il faut entendre le terme d'agression au sens fort d'agression physique, à laquelle ne peuvent être assimilés aucune parole, aucun discours, aucune insulte. Il en va différemment d'une menace d'agression ou d'un appel à l'agression, qui, à l'évidence, ne sont pas des opinions.

 

Sinon, "on ne répond à des opinions que par des opinions. Et on réprime des actes."

 

Damien Theillier donne trois raisons pour justifier le marché libre des idées:

- morale: sans liberté de choisir et de penser par soi-même il n'existe pas de responsabilité morale

- épistémologique: "le libre échange des idées est le meilleur moyen de faire émerger la vérité"

- prudentielle: la censure a pour effet d'exacerber les passions en les rendant souterraines et plus difficiles à combattre et elle permet de réduire au silence les adversaires politiques...

 

Les limites de la liberté d'expression ne doivent pas être fixées par la loi dont "le rôle est simplement de réprimer les agressions, les violences, pas de décider qui, ni quand, ni comment on a le droit de s'exprimer". Dans l'espace privé, "la liberté d'expression est intrinsèquement limitée par le respect du droit de propriété".

 

(Exemple: sur mon blog, "j'ai le droit d'exprimer les opinions qui me tiennent à coeur"... et de ne publier que certains commentaires...)

 

La liberté d'expression doit s'accompagner de retenue dans son usage. En matière de liberté d'expression cette retenue, c'est la civilité, comme le rappelle Pierre Bessard: "La liberté d'expression n'est pas une caution à dire ou à publier n'importe quoi en n'importe quelles circonstances, elle est la condition de pouvoir dire et publier ce que l'on juge approprié et pertinent." Mais c'est au libre arbitre de chacun de concilier liberté et responsabilité. 

 

Gilles Dryancour constate, en comparant les Etats-Unis et la France sur la même période des deux derniers siècles, que le premier pays, hors la période de la guerre civile, est plus stable politiquement que le second (quinze constitutions, trois révolutions, quatre guerres civiles à son compteur etc.) et qu'il y a un lien avec la liberté d'expression (premier amendement aux Etats-Unis, nombreuses périodes de censure en France):

 

"A l'aune de l'histoire, il semble donc que les sociétés tolérant la diversité des opinions ne sont menacées ni d'éclatement ni de radicalisation. En revanche, celles réprimant les opinions marginales ne trouvent aucun équilibre durable et connaissent la menace permanente de sombrer dans le chaos et la violence."

 

Il explique que "dans une société de liberté, l'intégration des valeurs se fait par l'échange social ou économique. Les individus se rendent rapidement compte qu'un comportement fondé sur des opinions marginales nuit à l'échange."

 

Il n'en est pas de même dans une société fortement socialisée, où "les revenus ne dépendent pas uniquement des efforts personnels" et où la plupart d'entre eux sont redistribués par la contrainte: "Les individus peuvent nourrir des opinions hétérodoxes sans avoir à redouter d'être marginalisés."

 

Gilles Dryancour reprend l'argument employé par Jean-Philippe Delsol dans sa contribution (voir partie 1/2).

 

Celui-ci dit en effet: "Par sa prodigalité mal placée, l'État social alimente une poudrière qu'il n'a plus les moyens de contenir. Il abaisse, en l'entretenant de mauvais subsides, une population qui bientôt se révolte en se nourrissant des thèses radicales qui lui donnent à rêver."

 

Gilles Dryancour, s'appuyant sur ce que l'on connaît des parcours de vie des frères Kouachi et de Coulibaly, confirme: "L'hostilité induite par les politiques de redistribution renforce le repli sur des opinions qui redonnent un statut valorisant à tous ceux que l'on empêche de réaliser leur potentiel."

 

Patrick Simon dit dans sa contribution (voir partie 1/2): "On criminalise l'opinion fausse, lui donnant par là même une importance qu'elle n'avait pas." Gilles Dryancour abonde dans ce sens: "L'interdiction de certaines théories historiques, des plus marginales, donnent du grain à moudre à leurs adeptes qui voient dans cette interdiction la preuve même qu'ils sont détenteurs de quelque vérité cachée et ignorée de tous."

 

Philippe Nemo revient sur les délits d'opinions sanctionnés par les lois françaises de censure et, notamment, sur la discrimination.

 

Pour que celui qui s'exprime soit désormais condamné, "il suffira 1) qu'il opère intellectuellement une distinction entre diverses catégories de personnes, et 2) que le fait d'avoir opéré cette distinction puisse être interprété par certains comme étant de nature à nuire un jour, de quelque manière non précisée, à la catégorie concernée, du seul fait qu'il l'aura distinguée d'une autre". 

 

Cela revient à faire d'une simple idée un acte, alors qu'il n'y a aucun moyen de prouver qu'une idée émise aura tels ou tels effets sociaux et alors qu'il n'y a aucun moyen de prouver la responsabilité personnelle de celui qui l'a émise...

 

En fait, comme le dit Philippe Nemo, il s'agit pour le juge, saisi par une association reconnue par le pouvoir, de condamner un groupe de personnes, considérées collectivement comme méchantes en s'en prenant à un de ses représentants, quand bien même il serait innocent. Le juge doit en somme procéder selon "une logique de culpabilité collective et de bouc émissaire"...

 

"Pour que la responsabilité soit un concept utile, il faut interrompre la chaîne des causalités quelque part, et disposer pour cela d'un critère", écrit Henri Lepage. Ce critère, dans la tradition occidentale du droit, c'est la faute: "que celle-ci soit appréciée en fonction d'attributs objectifs comme "l'invasion de propriété" (l'emissio romain), ou qu'elle résulte d'une évaluation subjective des faits de nature jurisprudentielle". Toutes les causes antérieures sont dès lors effacées et invalidées.

 

S'il n'y a pas de faute, alors il n'y a pas de responsabilité individuelle, et c'est le législateur qui désigne le responsable et distribue le risque par décret... Or un décret peut en cacher un autre, d'où une instabilité juridique, une attribution du risque arbitraire (parce que soumise aux pressions politiques) et une source de discorde et de conflit.

 

Le principe de précaution, inscrit dans la Constitution française, s'inscrit dans cette perspective de dégradation fondamentale du droit, puisqu'il consacre le concept vicié de responsabilité collective (la responsabilité de l'humanité présente vis-à-vis des générations futures etc.). Or il n'existe pas de responsabilité collective, ni d'ailleurs de risque objectif:

 

"Ce qui existe, ce sont des espérances individuelles qui font que, ex ante, nous gérons nos actes en fonction d'anticipations de gains ou de pertes. Le risque n'apparaît qu'ex post lorsque nous essayons a posteriori de reconstituer les probabilités statistiques que nous avions de réaliser ou non nos espérances."

 

Pourtant le principe de précaution, devenu critère de responsabilité, conduit à sanctionner "en décidant a posteriori de ce que vous auriez dû faire (ou ne pas faire) en fonction d'un ensemble d'informations qui n'étaient pas disponibles au moment où vous aviez à prendre la décision".

 

Comment le juge pourra-t-il en décider? Il fera appel à la gente scientifique dont on sait depuis la nuit des temps, et plus récemment depuis l'invention de la religion climatique, que les arguments peuvent être sujets à contestations et révisions...

 

Le libre arbitre individuel sera nié. Car la prise de risque ne se fera plus en conscience mais en "application de règles et de critères imposés en fonction de l'idée qu'une opinion dominante - médiatisée par ses prêtres - se fera de ce à quoi correspond le savoir scientifique du moment".

 

Le plus beau dans cette affaire, si je puis dire, c'est le paradoxe qu'Henri Lepage observe: "Le mouvement de plus en plus accentué vers la responsabilité sans faute s'accompagne d'une exigence croissante de transparence, et donc de responsabilité - au sens classique du terme: des responsabilités individuelles (À qui est-ce la faute? À qui - et non à quoi - doit-on notre malheur? Qui rendre responsable?) - de la part de l'opinion publique."

 

La conséquence, puisqu'"on a sorti la morale universelle du droit", est de désigner des boucs émissaires pour répondre à cette exigence... et, ainsi, de faire droit à l'arbitraire.

 

Drieu Godefridi donne justement une définition de l'arbitraire en la matière: "Est arbitraire, en droit, ce qui procède d'une volonté souveraine, plutôt que des règles de droit." Il donne pour exemple la criminalisation de la violence psychologique, qui l'est à cinq titres:

- le concept de violence psychologique n'est pas défini de manière cohérente par le législateur

- il ne peut l'être davantage par le juge pénal

- il revient alors à l'expert-psychiatre de le faire

Mais il fera de manière arbitraire:

- parce que le dommage psychologique dépend de l'état psychologique préalable de la victime

- parce que la notion de violence psychologique est extensible et a pour conséquence une loterie pénale, dépendant du verdict psychiatrique

 

En réalité, la criminalisation de la violence psychologique, dont les hommes auraient le monopole de l'exercice contre les femmes, relève de la logique du genre, c'est-à-dire de la culture et non pas de l'anatomie: "Selon Butler, le concept culturel de sexe, qui cristallise la violence masculine, procède des tabous de l'inceste et de l'homosexualité. C'est en prohibant l'inceste et l'homosexualité que le lobby phallogocentrique et hétérosexualiste perpétue son implacable domination"...

 

Les législations française et espagnole, la Convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe s'inspirent de cette idéologie qu'est la théorie du genre pour faire de la violence psychologique un délit dont la matérialité est pourtant inexistante.

 

Ce genre, sans jeu de mots, d'incrimination pénale, vague et imprécise, se multiplie et englobe "tous et chacun des aspects de la vie de l'individu dans ses détails les plus intimes (silences, regards, etc.)"... N'est-ce pas le symptôme de sociétés dont les membres cherchent à s'exonérer de leur responsabilité face aux aléas de l'existence en la reportant sur le judiciaire, fût-ce au prix de leur liberté?

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Libéralisme et liberté d'expression, sous la direction d'Henri Lepage, 112 pages, Texquis

 

Episode précédent:

 

Libéralisme et liberté d'expression (1/2), sous la direction d'Henri Lepage

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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