Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 23:00
"Au-delà des abîmes - Triptyque" de Georg de Muralt

Comme le sous-titre de triptyque ne l'indique pas, puisque d'ordinaire ce mot désigne un tableau composé de trois panneaux, il s'agit de trois livres que Georg de Muralt a publié ce printemps sous le titre d'Au-delà des abîmes.

 

A la décharge de l'auteur, il faut dire que le mot de trilogie, en l'occurrence, n'aurait pas vraiment convenu. Car ces trois livres, réunis en un seul volume, n'en forment qu'un. Ce tout insolite, onirique, est d'un genre indéfini, puisque poésies libres, proses allégoriques et poésies classiques se succèdent.

 

Tout de vers libres composé, le moteur du Livre I, De temporibus, est à trois temps, précédés d'un prologue, suivis d'un épilogue. 

 

L'homme décrit dans le prologue est au bord de l'abîme:

L'as de pique en main noir

d'une touche plein coeur il s'enfonce

 

Le premier temps confirme la possibilité d'une chute:

Un dernier battement puis le trou noir.

 

L'évocation d'une arme à feu, avec laquelle la vie se joue quand le barillet tourne, fait se demander à celui qui appuiera sur la détente:

aurai-je entendu un dernier coup?

 

Le deuxième temps est celui du voyage commencé après que sa mère l'a abandonné à la nuit, dans sa chambre, et de la chute, depuis, du globe dans l'univers.

 

Le troisième temps est celui de la main, mi-velours mi-fer, qui est là, dont l'ombre s'éloigne au milieu des tribulations, qui, en juge, un jour, a tranché

Pour pendre

la lettre aux barreaux traître

 

A la fin

Au milieu de la piste

entre les genoux

la main aime

mais n'a plus d'encre.

 

Il ne reste plus qu'une issue - et c'est l'épilogue - dedans ses lacs bleu tendre, demander (à l'aimée?):

Englace-moi

- Qu'au sein du gel atemporel

Nos coeurs s'arrêtent.

 

Le livre II, Clair-obscur, est écrit en prose allégorique. Il comprend quatorze textes indépendants les uns des autres. Deux de ces textes, relatifs à l'écriture et au livre, sont emblématiques de l'ensemble.

 

Dans la cour d'une porcherie, trois plumes tombent au milieu de la bauge. Un verrat gavé renifle l'une d'entre elles et s'éloigne dégoûté:

Le bec de la plume était enduit d'encre et propageait une fragrance déplaisante.

 

Un être non identifié, qui s'avère monstrueux, sort d'une bibliothèque et y met le feu. Il suffit qu'au cours de ses périgrinations il rencontre un obstacle pour qu'il le détruise, qu'il s'agisse de l'humanité ou de la végétation... D'une chaîne de montagnes ce monstre s'élance dans l'espace et atterrit sur la première planète venue. En cherchant de quoi satisfaire sa faim, il trébuche sur un objet:

Quand il se retourna enfin, la découverte fut si brutale qu'il se liquéfia littéralement sur place.

Il avait aperçu un livre.

 

Le livre III, 279 et des poussières, est un retour à la forme poétique affirmée, classique cette fois. L'épigraphe d'Horace est une piste sur laquelle le poète s'est engagé: les années dans leur course enlèvent aux hommes tous les avantages, y compris le goût de la poésie. Rien ne serait possible là-contre.

 

Par exemple, la mémoire devrait flancher:

Tire la corde et coule enfin - ressouvenir!

Soldat de plomb sous la guillotine mémoire,

Du tronc sans tête, un mot force d'ensevelir

La bien-aimée et crosse en croix sur l'avenir.

 

Mais le goût de la poésie est-il perdu par celui qui compose de tels vers?

 

Ces vers-là ne sont pas moins révélateurs de ce goût de la poésie persistant:

J'ai attendu que chute le zéphyr

Et que le jour disparaisse au nadir,

Pour délivrer enfin mon vague à l'âme

Comme déferle et se brise une lame

Sur les rochers amarrés de soupir.

 

C'est pourquoi, pour les optimistes, dont je suis, il est préférable, à tout prendre, au-delà des abîmes, que le poète frôle sans cesse dans ce triptyque, d'écouter sa musique plutôt que ses paroles:

Quand la gangrène atteint la muse et l'idéal,

Il ne reste qu'à rajuster le point final.

 

Francis Richard

 

Au-delà des abîmes, Georg de Muralt, 94 pages, Editions Baudelaire

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 22:00
"Mékong mon amour" de Jo(sette) Pellet

"L'auteure, au cours d'un entretien à propos de son périple, confie avoir été attirée vers le Mékong par le biais de India Song (film de Marguerite Duras, basé sur son livre du même nom), dans lequel une mendiante se lamente en évoquant Savannakhet."

 

Ainsi s'exprime Danièle Duteil, à propos de Jo(sette) Pellet, dans sa préface à Mékong mon amour, titre éminemment durassien.

 

Faut-il avoir vu le Mékong pour apprécier les haïkus, senryûs et autres petites notes que Jo a rapportés de son voyage au Laos?

 

Non, bien sûr. Mais pour ceux qui, un jour, ont vu ce fleuve, les êtres et les choses observées par Jo, dans ses reflets et dans son voisinage, transformées sous sa plume en syllabes comptées et précises, feront naître en eux quelques réminiscences de sa "lourde lente masse brune".

 

Jo prend le train, puis l'avion. A "Bangkok sous l'eau - prisonnière d'un îlot de béton", elle prend un autre aéronef et se demande:

 

"sait-il bien voler

ce jeune coucou à hélices?

fleur lao sur la queue"

 

Interrogation infondée, car ce coucou la mène à bon port, à Luang Prabang, où elle peut:

 

"traîner mes tongs

du Mékong à la Nam Khan -

tropiques hypnotiques"

 

Elle y rencontre:

 

"moines safran

sous un parapluie-parasol

prêts à tout"

 

semblables à ceux du pays thaï...

 

Elle évoque les étals d'un marché, un déjeuner en paix sur les rives du Mékong, un bonze endormi et cette image habituelle là-bas, qui ne peut manquer de surprendre ici:

 

"sourire radieux

d'un vieil homme assis par terre

sans dents ni chaussures"

 

La modernité trépidante:

 

"amazone lao

enfourchant sa moto

bébé en bandoulière"

 

côtoie le temps immobile:

 

"chaque jour

plus avare de mes gestes

langueur tropicale"

 

et s'empare même du fleuve:

 

"ronrons du moteur

dans le silence des flots

Mékong l'enchanteur"

 

et des temples:

 

"la nuit des 4x4

se garent dans les vats -

Hyundaï chez Bouddha"

 

Le recueil fourmille de ces contrastes improbables et de ces petits détails vrais, qui, à la manière des pixels d'une photo numérique, composent la fresque singulière de ce pays sans accès à la mer, comme la Suisse...

 

Ce qui ne gâte rien au plaisir du lecteur, c'est l'humour de la voyageuse:

 

"mes mèches rouges

mettent en joie

un gentil fou

déjà joyeux"

 

En tous les cas, ce voyage lui aura laissé des traces indélébiles:

 

"hier encore à Vientiane

aujourd'hui dans le vignoble

suis-je la même?"

 

Les encres de Robert Gillouin, qui illustrent ce précieux recueil, font corps avec les mots vivants de Jo et le lecteur peut se demander s'il n'a pas été du voyage... C'est dire toute la puissance d'évocation qui peut émaner de ce recueil et qui parle donc à l'imagination non seulement par les mots, mais aussi par les dessins qui leur sont associés.

 

Francis Richard

 

Mékong mon amour, Jo(sette) Pellet,76 pages Samizdat

 

Recueil précédent de l'auteur:

 

 Syrie - Les hirondelles crient , Jo(sette) Pellet, 96 pages, Editions Unicité

Partager cet article
Repost0
7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 22:45
Remise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Marc AlynRemise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Marc Alyn

Tous les trois ans, le Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud est décerné. Il récompense "l’ensemble d’une œuvre poétique particulièrement remarquable d’un(e) poète d’expression française, quelle que soit sa nationalité".

 

En 2008, ce prix a été attribué à René de Obaldia, en 2011 à Yves Bonnefoy et cette année à Marc Alyn. La cérémonie de remise de ce prix prestigieux, richement doté (c'est dire toute l'importance que la Fondation Pierrette Micheloud donne à la poésie), a eu lieu ce soir au Café-Théâtre Le Bourg à Lausanne.

 

Trois dates sont à marquer d'une pierre blanche dans la longue existence du lauréat (il a septante-sept ans):

 

- en 1957, à vingt ans, il reçoit le Prix Max-Jacob (à dix-sept ans il avait créé une revue de poésie, Terre de feu), mais, la même année, est mobilisé en Algérie, qui sera une parenthèse éprouvante et involontaire dans sa vie littéraire;

 

- en 1964, il s'éloigne de la vie littéraire parisienne à Uzès, dans le Gard, où, n'étant "que poète", il est inspiré par la nuit méditerranéenne, à nulle autre pareille, mais doit trouver de quoi vivre en participant, par exemple, à la rédaction d'un dictionnaire, ce qui ne l'empêche pas de continuer à s'occuper de poésie et de poètes, et de créer, deux ans plus tard, la collection Poésie / Flammarion;

 

- en 1972, il part au Proche-Orient, plus précisément à Byblos au Liban, pour "découvrir l'envers du décor", l'objet de sa quête d'absolu, et pour aller sur les traces de ceux qui n'en ont pas laissé dans les bibliothèques, mais qui ont écrit les premiers mots du monde avec le premier alphabet, et... il y rencontre une poète, Nohad Salameh, qui deviendra sa femme.

 

Le jury, qui a décerné le prix à Marc Alyn, est composé de Jean-Pierre Vallotton (président), de Catherine Seylaz-Dubuis, de Jean-Dominique Humbert et de mon ami Ferenc Rakoczy.

 

Dans sa présentation de Marc Alyn, Jean-Pierre Vallotton souligne, exemples à l'appui, tirés des nombreux recueils de l'auteur, les grands thèmes de la poésie de ce dernier. Il y est question de la solitude et de la solidarité du poète, de dieu au singulier et au pluriel, des visages différents que prend le poète (qui peut être double et même multiple), d'hymne à la vie et d'inquiétude à l'égard de la mort, et, bien sûr, d'amour...

Remise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Marc AlynRemise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Marc Alyn

Le dialogue, qui s'instaure entre Marc Alyn et Jean-Pierre Vallotton et qui relate donc la vie de poète du premier, est ponctué d'intermèdes musicaux et de lectures de poèmes.

 

Stéphane Chapuis au bandonéon et Lisa Biard à l'accordéon interprètent des morceaux d'Astor Piazzola, qui font rêver d'horizons argentins, que l'on garde les yeux ouverts ou qu'on les ferme...

 

Laurence Morisot lit des poèmes en variant les registres, de la déclamation claire et nette, aux mots détachés, jusques aux chuchotements. Et on se laisse bercer par la musique des mots dits par cette voix féminine, en oubliant par moments d'en retenir le sens, ou de les retenir tout court.

 

L'un de ces poèmes, cependant, on s'en souvient, énumère les noms d'animaux auxquels le poète s'identifie et se termine par cette interrogation: qui suis-je?...

 

Un autre, extrait du Tireur isolé, renverse la question métaphysique:

 

"L'homme existe-t-il? s'interrogeait Dieu,

hésitant à parier sur ce mauvais fantôme.

 

La comédienne cède alors la place au poète qui, avec ce qui lui reste de voix charnelle, fait parler sa voix intérieure. Le timbre de cette voix, qu'interrompt un souffle à chaque phrase, est resté grave et il émeut. Car cette voix vibre à l'unisson de l'âme.

Remise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Marc AlynRemise du Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud à Marc Alyn

Olivier Engler, qui est président du Conseil de Fondation, a la tâche de remettre le prix au lauréat. Il se présente comme le seul non-littéraire de la compagnie...

 

Il rappelle que Pierrette Micheloud était non seulement poète, mais peintre. Et que 2015 sera non seulement le centenaire de la naissance de Pierrette Micheloud, mais également le bicentenaire de l'entrée du Valais dans la Confédération.

 

Comme la poète était originaire de Vex, dans le Val d'Hérens, la Fondation célébrera comme il se doit ces deux anniversaires, en conjuguant ses efforts à ceux de la Médiathèque du Valais. Comme la poète a sillonné les vallées valaisannes pendant des années à biclyclette, un bus de la Fondation les sillonnera tout au long de l'année 2015...

 

Dans un entretien avec Marc Alyn, mon amie Anne-Sylvie Sprenger lui a posé cette question:

 

"Qu'avez-vous envie de dire à tous ceux que cette forme d'art [la poésie] effraie?"

 

Marc Alyn lui a répondu, avec humour:

 

"Aide-toi, le ciel cédera."

 

Olivier Engler cite cette réponse dans son discours de remise du prix. Car, tout non-littéraire qu'il est, il aime les bons mots...

 

Pour ma part, bien que ne dédaignant pas l'humour, bien au contraire, et appréciant celui du récipiendaire, je citerai plus volontiers de lui, parce qu'il me parle aujourd'hui, ce court extrait du Livre des amants, dédié à sa femme Nohad (écrit et imprimé à Beyrouth en proie aux bombardements):

 

"D'autres oiseaux viendront se poser

où nous fûmes quand l'ombre roulera

notre absence en ses plis.

En attendant, je veux replonger dans l'écume

Du bref amour humain où je bois l'infini."

 

Francis Richard

Partager cet article
Repost0
17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 20:45
"Du fond du tiroir" de Narcisse Praz"Du fond du tiroir" de Narcisse Praz

Hier, à l'Atelier 20, à Vevey, lors d'un brunch-vernissage, j'ai fait UNE rencontre, celle de Narcisse Praz, avec lequel j'ai noué, d'emblée, complicité et amitié.

 

Au-delà de ce qui nous sépare, il est anarchiste et libertaire, je suis libéral, peut-être même - qui sait? - libertarien, nous nous sommes découvert une prédilection commune en dehors de la liberté qui nous est chère à tous deux: la poésie. Mais, pas n'importe quelle poésie, la poésie dans les règles de l'art, librement consenties, qui contraignent à se surpasser et à ne pas tomber dans la facilité.

 

Depuis des lustres Narcisse Praz compose de tels poèmes. Ce sont rondeaux redoublés, sonnets, pantoums, villanelles et autres rondels. Comme en composaient les poètes de jadis et comme on n'en compose plus, préférant les vers libres qui n'ont la plupart du temps de vers que le nom, puisqu'il s'agit d'aligner de la prose verticalement, et qui ne sont pas si libres que ça, quoi qu'on dise.

 

Comme ses poèmes sont des poèmes "témoins d'anciens émois amoureux", que n'ont même pas toujours connus celles à qui ils étaient destinés, les publier revient comme il le dit dans un courriel à son éditeur à "faire montre d'une impudeur navrante", parce que conçus dans le secret de l'intimité et voués à n'être qu'"un plaisir solitaire narcissique".

 

Et je comprends, pour avoir une telle retenue quand il s'agit de mes pauvres vers, qu'il ait hésité à se livrer ainsi et que le faire lui soit apparu encore plus osé que publier oeuvre poétique après Villon, Rimbaud, Verlaine ou Baudelaire, ou encore après La Fontaine, qui fut comme il le pense, et comme je le pense, le plus grand de tous les poètes, inégalé à ce jour.

 

Parce que les poèmes d'amour sont intemporels, leurs destinataires n'ont pas d'âge ou, plutôt, sont éternellement jeunes. Aussi n'est-il pas étonnant que, n'ayant pas rencontré le poète avant de se mettre à l'ouvrage, la jeune femme, Jenay Loetscher, qui les a illustrés, n'ait dessiné que de toutes jeunes femmes, inspirées par les seuls textes.

 

Les quelques citations, qui suivent, donneront, j'espère envie de lire à voix basse, de relire à voix haute ou d'écouter lire par un autre ou une autre ces poèmes qui ne peuvent qu'enchanter par leur musique et les émotions qu'ils suscitent.

 

Francis Richard

 

Du fond du tiroir, Narcisse Praz, 72 pages, Helice Hélas

 

Quand tu ne m'aimeras plus,

Les saisons, déboussolées,

Fuiront leurs rêves reclus,

A jamais inconsolés.

 

(Quand... Lagrimozo, smorzando)

 

Mon secret, je le dis

A la rivière

Qui se fait d'infini

La mandataire.

Je le chante aux midis

Spectaculaires,

Aux lointains paradis

Qui nous espèrent.

 

(Délire Appassionato con fuoco)

 

Ton sourire est mon vin, tes larmes ma rosée.

Le feu de ton regard éblouit ma pensée.

Et je te fais parfum. Et ta chair est mon miel.

Mon poème, c'est toi, ma musique et mon ciel.

C'est mon problème.

Moi, je t'aime.

 

(Problème Andante, con forza)

 

Alouette, pivert,

Allez dire à ma mie

Que morne est le concert

Depuis qu'elle est partie.

 

(Allegro disperato Sotto voce)

Partager cet article
Repost0
25 février 2014 2 25 /02 /février /2014 20:05
"Syrie-Les hirondelles crient" de Jo(sette) Pellet

Lors d'une récente soirée organisée par l'Association Vaudoise des Ecrivains, j'ai écouté des haïkus de Jo(sette) Pellet, lus par elle et par Yvette Théraulaz. Cette lecture émouvante m'a donné envie d'en lire le recueil illustré avec des encres de Patrice Duret.

 

Les haïkus? Des poèmes très courts, de trois vers, d'origine japonaise. En principe de cinq, sept et cinq syllabes, par analogie avec la composition nipponne. Mais il est précisé sur la couverture du recueil qu'il contient aussi bien des senryûs - le senryû est une variante du haïku - que d'autres tercets.

 

Jo Pellet m'a prévenu d'ailleurs ce soir-là que ses tercets ne respectaient pas toujours la règle des dix-sept. Aussi la meilleure attitude pour apprécier ces différentes formes de tercets est-elle de laisser libre cours aux sensations que les mots prononcés procurent: leurs sons, bien sûr, mais aussi les images qu'ils permettent de visualiser.

 

Comme les haïkus ou tercets sont des poèmes très courts, il est d'usage de les lire deux fois pour mieux s'en pénétrer. Deux fois ne sont effectivement pas de trop...

 

Jo Pellet s'est rendue trois fois en Syrie, la première fois en juillet 2007, la dernière au printemps 2010, donc avant que l'insurrection puis la guerre civile ne se déclenchent. Délibérément elle a mis en vis-à-vis des poèmes du temps de paix, inspirés des lieux et des êtres humains visités, et des poèmes du temps de guerre, inspirés de news recueillies sur la situation actuelle du pays.

 

A partir de cette lecture double, aussi bien par le regard que par la répétition, l'auditeur de ces poèmes en vient très naturellement à partager l'amour que porte l'auteur à la population syrienne, et à être habité, comme elle, par davantage de questions que de certitudes. Il n'est qu'une certitude, toutefois, et, dans sa préface, Serge Tomé l'exprime très bien quand il dit que Jo Pellet a choisi son camp, celui des civils.

 

Composer des poèmes aussi courts relève de la gageure. Il faut vraiment en peu de mots exprimer quelque chose et cela ne peut qu'être simplement dense pour être réussi. C'est donc tout un art, qui suppose beaucoup de courage de la part de celui qui s'y aventure, car le risque est grand de ne pas créer de sensations.

 

Quelques exemples seront certainement plus éloquents que toute démonstration pour donner envie de faire connaissance avec les courts poèmes de Jo Pellet. J'ai donc choisi pour illustrer mon propos, en recommandant au lecteur de les lire deux fois à voix haute pour les mieux savourer, de citer trois de ces poèmes du temps de paix qui m'ont parlé:

 

Rejetant mon aide

il tâtonne avec sa canne

entre les klaxons

 

La mère voilée

les filles en cheveux -

déroutés les garçons

 

Elle ravissante

lui plutôt vieux et balourd -

amour ou tradition?

 

Et trois du temps de guerre qui m'ont fait frémir:

 

Amputé des deux jambes

suppliant qu'on les lui rende -

cris désespérés

 

Un Mig volant bas

bombarde la ville -

qui va mourir aujourd'hui?

 

D'une dictature

à plus rien du tout -

rien que des décombres

 

Francis Richard

 

Syrie - Les hirondelles crient, Jo(sette) Pellet, 96 pages, Editions Unicité

Partager cet article
Repost0
19 juin 2013 3 19 /06 /juin /2013 00:15

Cellulairement-VERLAINE.jpgAu Musée des lettres et manuscrits, à Paris, du 8 février au 5 mai de cette année, une exposition a été consacrée à Verlaine emprisonné, plus précisément au recueil de poèmes Cellulairement, de Paul Verlaine.

 

Si, comme moi, vous n'avez pas eu l'opportunité de visiter cette exposition, une autre chance vous est donnée de prendre connaissance du manuscrit de ce recueil. En effet, ce printemps, dans sa célèbre collection de Poésie, Gallimard en a reproduit le fac-similé.

 

Ce manuscrit, par nécessité, a vraisemblablement été vendu en 1890 par le poète lui-même, qui avait renoncé à publier sous ce titre les 20 poèmes qui le composent.

 

Après avoir passé dans plusieurs mains, il est réapparu à Paris le 15 décembre 2004, lors d'une vente aux enchères de Sothebys, au cours de laquelle l'Etat français s'en est porté acquéreur.

 

L'écriture de ce manuscrit, qui comporte 70 feuillets, est belle, calligraphiée, penchée à droite. Quelques mots seulement sont biffés ou surchargés. La numérotation passe de 31 à 35, sans explication, et de 42 à 45, avec l'annotation que le feuillet 45 est la suite du feuillet 42. Les dates indiquées ne sont pas obligatoirement celles de la composition.

 

Gallimard a fait le choix de reproduire Cellulairement tel quel. Il faut reconnaître qu'il y a une certaine cohérence à ce choix, qui a correspondu, à un moment donné, à celui de l'auteur. On ne sait pas vraiment pourquoi il y a renoncé.

 

Toujours est-il que les poèmes de ce recueil démembré se retrouvent dans d'autres recueils de Paul Verlaine: Sagesse (1881), Jadis et naguère (1884), Parallèlement (1889), Invectives (1896).

 

Si le recueil porte le titre Cellulairement, c'est que les poèmes ont vraisemblablement été tous écrits en prison, aux Petits-Carmes de Bruxelles, puis à La Maison de Sûreté de Mons. Dans Mes prisons, Verlaine explique pourquoi il s'est retrouvé derrière les barreaux:

 

"En juillet 1873, à Bruxelles, par suite d'une dispute dans la rue, consécutive à deux coups de revolver dont le premier avait blessé sans gravité l'un des interlocuteurs et sur lesquels ceux-ci, deux amis, avaient passé outre, en vertu d'un pardon demandé et accordé dès la chose faite, - celui qui avait eu le si regrettable geste, d'ailleurs dans l'absinthe auparavant et depuis, eut un mot tellement énergique et fouilla dans la poche droite de son veston où l'arme encore chargée de quatre balles et dégagée du cran d'arrêt, se trouvait, par malchance, - ce d'une tellement significative façon - que l'autre, pris de peur, s'enfuit à toutes jambes par la vaste chaussée [...], poursuivi par le furieux."

 

Cela n'aurait pas eu de conséquences si un sergent de ville ne s'était trouvé là... Le furieux était Paul Verlaine et le blessé Arthur Rimbaud... Le premier fut condamné, "pour blessures graves ayant entraîné une incapacité de travail personnel", à deux ans de prison, confirmés en appel, bien que le second ait retiré sa plainte. Leurs amitiés particulières et le passé de communard du premier n'inclinèrent pas les juges à l'indulgence...

 

L'ordre dans lequel Verlaine a rangés les poèmes de Cellulairement n'est pas chronologique avec certitude. Il serait plutôt thématique. Ainsi les premiers de ces poèmes évoquent-ils la vie en prison comme ces vers d'Autre:

 

La cour se fleurit de souci

Comme le front

De tous ceux-ci

Qui vont en rond

 

Mais d'autres poèmes évoquent la vie d'avant la prison, tel l'Almanach pour l'année passée. D'autres encore, tels les dix Vieux coppées, sont des dizains à la manière de François Coppée, écrits en alexandrins.

 

L'Art poëtique , constitué de vers de neuf syllabes, en nombre impair donc, fait apparaître la direction arythmique dans laquelle l'art de Paul Verlaine veut s'engager désormais:

 

De la musique avant toute chose !

Et pour cela préfère l'Impair

Plus vague et plus soluble dans l'air,

Sans rien en lui qui pèse et qui pose.

 

Le premier des cinq poèmes sataniques, Crimen Amoris, est ainsi composé de vers de onze syllabes, des hendécasyllabes:

 

Et c'est la nuit, la nuit bleue aux mille étoiles.

Une campagne évangélique s'étend,

Sévère et douce, et vagues comme des voiles

Les branches d'arbre ont l'air d'ailes s'agitant.

 

Trois autres d'entre eux comportent également des vers en nombre impair de syllabes.

 

Avec le Final, qui termine le recueil et qui est constitué de huit sonnets mystiques, Verlaine revient toutefois aux vers de douze syllabes. Il commence par ces deux fameux quatrains, par lesquels il proclame sa "conversion" et retourne en fait à la religion catholique de son enfance:

 

Jésus m'a dit: Mon fils, il faut M'aimer. Tu vois

Mon flanc percé, Mon coeur qui rayonne et qui saigne

Et Mes pieds offensés que Madeleine baigne

De larmes, et Mes bras, douloureux sous le poids

 

De tes péchés, et Mes mains! Et tu vois la croix,

Tu vois les clous, le fiel, l'éponge, et tout t'enseigne

A n'aimer, en ce monde amer où la Chair règne,

Que Ma chair et Mon sang, Ma parole et Ma voix.

 

Dans Sagesse "Jésus m'a dit" sera remplacé par "Mon Dieu m'a dit", ajoutant une consonance...

 

Dans Mes prisons, Verlaine se pose d'ailleurs la question sans réponse de l'appel de la Grâce:

 

"Jésus, comme vous vous y prîtes-vous pour me prendre?"

 

Pour ceux qui aiment Verlaine, ce recueil, tel qu'il est constitué, est un vrai bijou de poésie. Qui montre, sans qu'il n'y ait de corrélation entre elles, l'évolution de son art et celle de son âme.

 

Pour ceux qui veulent en apprendre davantage, l'ouvrage, qui est une savante édition de Pierre Brunel comprend une introduction, le fac-similé du recueil, le recueil lui-même, des notices sur chacun des 20 poèmes, le texte intitulé Mes prisons (précédé d'une introduction) et tout un dossier (éléments biographiques, histoire du recueil, établissement du texte et principes de l'édition, les recueils dans lesquels réapparaissent les poèmes dispersés et, enfin, des éléments de bibliographie).

 

Pour ceux qui possèdent les Oeuvres poétiques complètes de Verlaine dans La Pléiade, du même éditeur donc, il s'agit d'un complément très intéressant, qui doit figurer absolument dans leur bibliothèque à leur côté.

 

Francis Richard

 

Cellulairement suivi de Mes prisons, Paul Verlaine, 392 pages, Poésie/Gallimard

Partager cet article
Repost0
9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 12:30

Faire feu GENOUXEn exergue de son recueil, la poétesse Claire Genoux a mis une citation d'un autre poète, Alexandre Voisard:

 

"Un seul devoir t'attend dans le couloir piégé où tu vas en aveugle: faire feu"

 

Claire Genoux a suivi le précepte à la lettre, mais de manière poétique.

 

Si l'existence se déroule à tâtons, il faut donc faire naître quelques éclairs pour illuminer la route. Faire feu, chez elle, n'est donc pas tirer un coup de feu au sens propre, mais entretenir la flamme, jusqu'à l'incandescence, à tous les moments de sa vie de femme, qui, tous, préfigurent celui de la mort.

 

Il en est ainsi dès l'enfantement:

 

"La poche où s'est construit le corps

à l'instant où je m'en débarrasse

- moisson brillante et noire

je sens bien qu'un peu de vie s'en va"

 

Au-delà des larmes qui persistent, mais "qui finiront par se tasser", une fois l'enfant paru, il lui restera encore un peu de force:

 

"pour servir son enfance sans qu'elle soit seulement

souvenir de la mienne"

 

La peur est bien présente, même si elle ne se manifeste pas toujours par un tremblement:

 

"[Elle] force à devenir

cet animal qui fuit

qui comprend que tôt ou tard on va l'abattre"

 

Ne pourrait-elle pas se casser toute seule cette peur, en ne forçant pas "la caresse du matin"?

 

Dans l'après-"frère en enfance", les larmes pourraient leur couvrir le corps, à elle et à lui, mais sa mémoire n'en effacera jamais pour autant le souvenir:

 

"je te veillerai même dans ma mort

toutes cloches tues

sous la terre plate"

 

La chute s'est produite subitement:

 

"Tout a été soufflé de l'intérieur

impossible de se ruer sur la vie d'avant

il a suffi d'un rien"

 

Et puis il y a elle, dont il ne restera aucune trace, qui n'a pas pu avoir d'enfant:

 

"Cet enfant qu'elle a voulu tuer en moi

lancé au chevet du monde

cet enfant maintenant

- le mien

court vers la mer

se pose sur l'oeil immense de l'eau"

 

Quand elle revoit ses années écoulées depuis sa venue sur terre, qui n'ont pas toujours été une fête, ça remue dans sa tête:

 

"dans la tête ça tourmente

et puis ça s'éloigne"

 

Les autres, ceux qui l'aiment, ne savent pas:

 

"ce qui enfonce en moi

ce qui jamais ne se tassera"

 

Elle prie:

 

"Donnez-moi un tas dur

une croix sous le bâton du vent"

 

Elle n'est pas résignée:

 

"Quelque chose en moi résiste et s'étrangle

inflammable au moindre souffle"

 

Vient alors le temps des adieux:

 

"Je suis sur tes genoux comme un bouquet

comme une ceinture défaite

la bouche brûlante

de faim de fatigue et de froid

je suis à toi et je crie

- ventre bleu

dans ces nuits qu'effraient les lunes

et j'écris encore

une lettre à tes mains"

 

Les vers de Claire Genoux sont libres comme l'air. Ils ont cette aisance, même dans les moments les plus durs, les plus intimes. Ils ne sont pas ponctués et laissent au lecteur le soin de les respirer comme il les entend, en écoutant alors sa propre musique intérieure qui suit le mouvement de ce qu'il ressent.

 

En définitive celle qui poétise n'est pas aussi fragile qu'elle ne paraît au prime abord. En elle brûle une flamme, qui couve sous braises, assourdie. L'effet produit n'en est que plus fort.

 

Touchée profondément et ne le cachant pas, avec l'arme de ses vers, elle touche à son tour le lecteur qui se surprend à penser avec peine à ses peines et à les partager, en l'accompagnant volontiers dans les rêves où elle se retrouve seule.

 

Francis Richard

 

Faire feu, Claire Genoux, 136 pages, Bernard Campiche Editeur

Partager cet article
Repost0
13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 20:00

Dernier rivage HOUELLEBECQLe dernier livre de Michel Houellebecq est un recueil inattendu de poèmes inédits. Une centaine, regroupés en cinq parties.

 

Dans ce recueil, Michel Houellebecq dit en vers ce qu'il dit d'habitude en prose. Et ce n'est pas triste, enfin, façon de parler, parce que c'est tout de même Houellebecq qui parle et que le dernier rivage du titre est celui de la mort qui se profile.

 

On sait que ce misanthrope de Houellebecq ne croit en rien, qu'il habite l'absence et que son "chemin se résume à une étendue grise".

 

On sait que, pour cet ours, "rien ne subsiste après la mort", qu'il ne veut pas trop savoir si des réincarnations seraient possibles.

 

Pourtant il est une chose qui lui reste, l'amour:

 

"La sentimentalité améliore l'homme , même quand elle est malheureuse. Mais, dans ce dernier cas, elle l'améliore en le tuant."

 

Il crève. Il s'achemine vers la fin de partie, surpris d'être poussé, par une force improbable, à continuer, alors qu'à l'évidence il diminue:

 

"C'est la face B de l'existence,

Sans plaisir et sans vraie souffrance

Autre que celles dues à l'usure,

Toute vie est une sépulture

 

Tout futur est nécrologique

Il n'y a que le passé qui blesse,

Le temps du rêve et de l'ivresse,

La vie n'a rien d'énigmatique."

 

Il ne se fait guère d'illusions sur les hommes et leur virilité, en connaissance de cause puisqu'il aimait "beaucoup le cul des filles" et qu'au fond il n'aimait guère que ça:

 

"Quand on ne bande plus, tout perd peu à peu de son importance;

Tout devient peu à peu optionnel.

Demeure un vide orné, empuanti de plaies et de souffrances

Qui affligent le corps. Le monde est d'un seul coup plus réel."

 

Mais avant de mourir il a toujours su qu'il connaîtrait l'amour avec un "tendre animal aux seins troublants":

 

"Lorsqu'il faudra quitter ce monde

Fais que ce soit en ta présence

Fais qu'en mes ultimes secondes

Je te regarde avec confiance."

 

En dehors de cette inconnue, il y a Joséphine à la peau couleur du miel, Delphine aux sentiments pudiques, Lise qui le rend heureux rien que de penser à elle...

 

La vie du poète, "sorte de résidu perceptif", se poursuivra à Alicante:

 

"Quelques années encore

En compagnie de mon petit chien

Et des joies (de plus en plus brèves)

Et de l'augmentation régulière des souffrances

En ces années qui précèdent immédiatement la mort."

 

Peut-être aurait-il dû se marier, avoir des gosses ou quelque chose:

 

"Les chiens ont beau être gentils, un chien reste un chien."...

 

La Configuration du dernier rivage est donc rien moins que joyeuse. Pourtant elle n'est pas vraiment morose. Sans doute l'art poétique opère-t-il cette transfiguration. Car la musique des mots rend supportable bien des pensées lucides et Michel Houellebecq connaît indéniablement cette musique-là.  

 

La plupart des poèmes de son recueil sont écrits en vers, qui pourraient passer pour classiques si le poète ne s'accordait pas quelque licence avec leur longueur et, surtout, avec leurs rimes, dont les consonances n'empêchent pas, parfois, le mélange des genres, féminin et masculin.

 

Mais cela a-t-il de l'importance, puisque la magie poétique est là, puisque ce poète désabusé, attendant la mort avec résignation, entrevoit, toutefois, grâce à l'amour, la possibilité d'une île?  

 

Francis Richard

 

Configuration du dernier rivage, Michel Houellebecq, 104 pages, Flammarion

Partager cet article
Repost0
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 22:00

L'espace pour mourir LEIGNELLes stances de Philippe Leignel ont quelque chose de grec, ne serait-ce que par le thème de la mort associé à celui de l'amour:

 

"Car la mort dont je rêve est enclose au déduit."

 

Le déduit n'aboutit-il pas à la petite mort et n'est-elle pas la répétition de la grande avant que cette dernière n'entre en scène pour la dernière représentation?

 

Ces stances de poète s'adressent à une femme imaginaire, devenue sa muse par la vertu du songe.

 

Le poète ne la nomme qu'une fois. Elle s'appelle Lyssia:

 

"Mais j'épelle ton nom sur la mort qui reflue

et le silence se défait."

 

Elle l'inspire donc. Grâce à elle, il rompt le silence et les mots sortant du chaos s'ordonnent comme les notes d'une musique lui ouvrant un nouvel espace où il peut songer librement.

 

La mer, avec ses vagues, ses oiseaux, lui offre un décor insigne:

 

"Des goélands mouraient dans l'écume;

j'étais parti pour ne plus revenir

et par l'absence de tes mains,

plus mortes d'être en vie

je comprenais enfin

la mer."

 

Cette muse, fruit de son imagination, est sa lumière, en dehors de laquelle il meurt, dans l'ombre de laquelle il veut bien mourir:

 

"La mort est cette joie dont ta bouche m'enivre."

 

Il suffirait donc d'un mot d'elle, d'un ordre d'elle pour que son songe de mort devienne réalité. En attendant ce songe est fou, mais il le transforme par l'alchimie des mots:

 

"Tout ce délire, je l'écris."

 

Ce songe est prémonitoire:

 

"J'étais mort à tes pieds, toi, étendue vers la mer

et ses navires de solitude."

 

Il rejoindrait l'Erèbe:

 

"Le soleil allait luire.

Et je ne serai plus."

 

Les stances portent deux numéros:

 

"La numérotation hésite à descendre ou à remonter le temps de la lecture, comme un chiffre en vertige.", dit Philippe Leignel dans le prélude.

 

Il faut donc se laisser bercer par la musique des mots, sans souci de chronologie. D'autant que, dans ces stances, le poète a voulu récolter et rassembler comme les pièces d'un puzzle, des "éclats de verre au sol, après le passage de l'éclair".

 

Ce faisant, le lecteur a l'assurance de faire un voyage onirique où les images se mêlent et ne se comprennent qu'une fois le recueil refermé, se mettant alors en place dans son esprit.

 

Francis Richard

 

L'espace pour mourir, Philippe Leignel, 128 pages, Xenia

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens