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15 mars 2018 4 15 /03 /mars /2018 22:00
Enfin le royaume, de François Cheng

L'immense nuit du monde

semée de tant d'étoiles,

Prendrait-elle jamais sens,

hors de notre regard?

 

Car c'est le regard sur le monde qui permet d'en appréhender la beauté:

 

Un iris,

et tout le créé justifié;

Un regard,

et justifiée toute la vie.

 

C'est le regard encore qui peut transcender les choses, à condition d'y consentir:

 

La lumière n'est belle qu'incarnée, à travers

Un vitrail ou le verre d'une bouteille de vin...

Consentons donc au sort d'être un oeil fini

Qui se fait reflet de l'Éclat infini.

 

Ce regard du poète s'exerce la nuit, le jour, sur les êtres et les choses, sur la faune et la flore, en toutes saisons, printemps, été, automne, hiver, dont le rythme s'accorde au chant primordial:

 

Ici la gloire? Oui, c'est ici

Que damnés, nous avons appris

A nous sauver par le chant - Aum

Qui nous conduit au vrai royaume.

 

Le royaume est à bâtir, incessamment, par les chants, certes, mais aussi par les oeuvres:

 

Qui accueille s'enrichit, qui exclut s'appauvrit.

Qui élève s'élève, qui abaisse s'abaisse.

Qui oublie se délie, qui se souvient advient.

Qui vit de mort périt, qui vit de vie sur-vit.

 

Et, dans son Envoi, François Cheng propose un art de vivre qui parachève son recueil Enfin le royaume, où, par de seuls quatrains dont la forme concise est expression universelle, il dit l'essentiel que l'existence a cristallisé en lui:

 

Ne quémande rien. N'attends pas

D'être un jour payé de retour.

Ce que tu donnes trace une voie

Te menant plus loin que tes pas.

 

Francis Richard

 

Enfin le royaume, François Cheng, 160 pages, Gallimard

 

Livres précédents chez Albin Michel:

Assise-Une rencontre inattendue (2014)

De l'âme (2016)

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1 mars 2018 4 01 /03 /mars /2018 22:30
De rage et d'eau, d'Anne-Sophie Dubosson

                                                                                 n'avoir que l'eau et la rage

                                                                                                        à la bouche

 

Dans ce recueil, Anne-Sophie Dubosson parle effectivement De rage et d'eau. Et elle ne se contente pas de les avoir à la bouche, elle les fait apparaître sous sa plume.

 

La rage est dans les mots, dans les cris:

 

le cri sous l'échine le faire mûrir

alors d'un large couteau                                                 blanc la petite incision

                                            sur le langage cru

ce sera pour nous

le bassin du mot âcre

celui prêté le décharné

                                                                        une parole dérisoire essentielle

à se mettre sous l'aube et la dent

 

Et ces mots - est-ce voulu? - peuvent avoir un double sens, un second aquatique...

 

De toute façon l'eau, particulièrement celle du lac, y suinte de partout:

 

happée par le lac

[...]

méditer me dit-il

c'est observer le lac

un oeil fermé l'autre ouvert

[...]

s'estompe le trait

retenu du lac

[...]

le torse enfumé tu parles haut de cette lumière sur le lac

[...]

de cette forme et cette perte privilégier le mirage assonant l'alliance impossible avec ce qui aurait dû être les nervures du lac données et recueillies...

[...]

les marécages sont des champs de blé la boue déliée au fond vestige de courants malheureux le lac dressé nappé et son marécage bleu parfois si le vent souffle sa petite écume

 

Toute cette eau, celle du lac, de la pluie, de la neige, des névés, c'est la vie, notamment de la flore:

 

l'être en douce des hêtres

                                                                                en étage l'eau ressource

[...]

trouver le long des gouttes les lèvres d'un été d'ancolies

 

Et de la faune qui lui est liée:

 

mon saule roux

                                                                                                          toujours

petit poumon embrasé

où quelques mouettes

se reposent

 

C'est aussi le décor des corps, du désir:

 

bouche montée en neige

[...]

l'orange ouverte du désir

 

Pour goûter cette poétique, en fait, il faut suivre, avec modestie, le conseil de la jeune poétesse:

 

prendre les choses

comme elles viennent

 

C'est-à-dire trouver son rythme de lecture, la ponctuation de sa propre chair... et se laisser porter simplement par la musique des mots et ce qu'elle peut évoquer en nous...

 

Francis Richard

 

De rage et d'eau, Anne-Sophie Dubosson, 68 pages, Torticolis et frères

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 23:00
Alors que tout le monde dort, de Houda Bouacha

Alors que tout le monde dort - le sous-titre le dit - est un recueil de Poèmes lunatiques à fond mélancolique. Il comprend deux chapitres: Obscurité et Clarté. Qui, déjà, riment, tout en  s'opposant et se répondant...

 

Les vers y sont libres, mais ils ont leur rythme et ils riment. Comme les chapitres qui les englobent. Et les sonorités de ces rimes créent à elles seules les notes personnelles d'une petite musique intérieure.

 

La plupart d'entre ces poèmes ne comportent que des vers à une seule ou deux rimes, trois tout au plus. Et ce ne sont pas seulement de simples bouts rimés, puisqu'ils chantent à l'oreille et taquinent volontiers l'esprit.

 

Dans Obscurité, le premier poème est comme une adresse au lecteur et il commence ainsi, donnant d'emblée l'obscure tonalité des poèmes qui le suivent:

 

Pardonne

Pardonne à mes vers l'habit noir

Ce deuil qu'ils portent tous les soirs

Puisqu'à leur réveil il va pleuvoir

[...]

 

Dans Clarté, le dernier des poèmes termine le recueil par ces vers dont la tonalité est cette fois franchement lumineuse, voire éblouissante:

 

Éveil

Remplis-moi

D'éclairs divins à faire fondre les songes

Sans rien dire, intrigue céleste et étrange

M'y voilà tel un phénix en feux qui change

Son plumage et renaît aux soins des anges

 

Dans l'intervalle, les autres poèmes font passer par bien des états d'âme, comme peut les favoriser l'alternance de sommeils et d'éveils...

 

Les titres des poèmes en témoignent: Anémie verbale, Défaillance, Déprime ou Douleurs dans le premier chapitre; Lumières, Création, Rêverie ou Éveil dans le second.

 

Plusieurs de ces poèmes sont de véritables chants: un de leurs vers se répète, comme une antienne; ou le début d'un de leurs vers, mis en écho, est prélude à variation sur un même thème, comme dans ce poème au titre évocateur:

 

Distance

Entre toi et moi il y a des angoisses étranges

[...]

Entre toi et moi il y a des buissons d'épines et des mensonges

[...]

Entre toi et moi il y a l'oubli, des silences qui dérangent

 

Dans ce recueil, une chose est sûre: Houda Bouacha y révèle son amour des mots, son habileté à les apprivoiser et son talent à les faire chanter, même si, parfois, elle le sait, ils peuvent rimer avec des maux... qu'elle saura sans doute soigner un jour...

 

Francis Richard

 

Alors que tout le monde dort, Houda Bouacha, 48 pages, Edilivre

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16 janvier 2018 2 16 /01 /janvier /2018 23:20
Absences, de Sita Pottacheruva et Andréa Villat

Absences est un livre composé à quatre mains. Sita Pottacheruva y tient le stylo, Andréa Villat le crayon. Enfin c'est une manière de dire: il conviendrait plutôt de dire que l'une écrit et que l'autre dessine.

 

Avant de lire la prose poétique de Sita et de regarder les illustrations d'Andréa, le lecteur découvre ce qu'elles disent d'elles et qui les éclaire:

 

Lire, écrire: une respiration dans le quotidien moderne, un retour à l'essentiel, à ce temps hors temps qu'est celui de la pensée et de la création, écrit la première.

 

Artiste dans l'âme, la création sur papier - que ce soit au crayon, à l'aquarelle ou au stylo - me suit depuis l'enfance, écrit la seconde.

 

Qui ont donc mis en commun papier et création...

 

En l'occurrence, ce livre-papier est le bel objet de leur convergence complice, la couverture donnant un aperçu du dessin d'Andréa, fin, aérien - même lorsqu'il est terrestre ou aquatique...

 

Le recueil comprend deux parties:

- les absences proprement dites,

- un sourire conclusif.

 

Dans la vie le mot absences revêt plusieurs sens et Sita en explore quelques-uns, par exemple:

- l'absence de l'autre et de son corps avec l'idée que l'on s'en fait, 

- l'absence de l'habituée d'un bar qui n'est pas là,

- l'absence de l'instant qui est déjà passé,

- l'absence quand on est plus vivant,

- l'absence du savon au moment de se laver avant un rendez-vous important,

- l'absence de celui qu'on n'ira plus voir à Paris.

 

Etc.

 

Cela ne peut que toucher le lecteur parce qu'il ne peut pas ne pas avoir connu telle ou telle de ces absences.

 

Cela ne peut que toucher le lecteur parce les mots et les images, souvent intimes, se répondent et disent beaucoup, avec simplicité...

 

Quand j'éprouve pour toi un sentiment

si fort

si poignant

indescriptible

 

et que

J'aimerais te le dire

te l'écrire...

 

Je n'ai pas les mots...

 

c'est là encore une absence...

 

Heureusement que, parfois, lorsque la porte se ferme sur toi, avec les simples souvenirs de ton toucher, de ta vue, de ton odeur,

 

Chaque objet

chaque lieu

les gestes et les sons

de mon quotidien

prennent une autre couleur

une autre tonalité

                                                                        transformant ton absence

                                                                        en formidable présence.

 

Dans Sourire conclusif, Sita s'amuse à imaginer des alliances interespèces: une magnifique athlète et un éléphant d'Afrique, un bel adolescent asiatique et une magnifique girafe, une jeune donzelle et un aigle superbe. Ils se rendent tous dans un magasin d'ameublement en quête de couche adaptée à leur couple improbable... et le sourire conclusif annoncé se trouve dans la chute...

 

Francis Richard

 

Absences, Sita Pottacheruva et Andréa Villat, 80 pages Éditions Encre Fraiche

 

Livre précédent de Sita Pottacheruva chez Favre:

Le guide des balades cyclo-littéraires (2013)

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31 décembre 2017 7 31 /12 /décembre /2017 23:30
La griffe, d'Anaïs Carron

Ce recueil de petits textes en prose poétique comprend trois parties:

- Brèves

- Portraits

- Épisodes

 

Le mot qui semble le plus employé par Anaïs Carron dans ces textes (qui font penser à ce que sont les miniatures en peinture) est corps.

 

Dans Brèves le mot apparaît la première fois dans Chair:

 

Mon ventre nu se frotte au drap. Partage sa moiteur. Je dessine son corps, sa peau lisse et tendue, sous le secret de mes paupières. Le souffle sec et dru, je baise le souvenir de sa chair.

 

Quand le mot corps (ou un mot qui se substitue à lui, tel que chair ou peau) ne figure pas dans un texte, ce sont, presque à chaque fois, des fragments de corps qui l'évoquent: des cheveux, un front, un visage, des oreilles, des yeux ou des pupilles, une nuque, une bouche, des lèvres, des dents, des langues, des seins, un torse, un dos, un ventre, un sexe, des bras, des jambes...

 

Les Portraits sont surtout portraits de femmes, descriptions de leurs corps, de leurs vêtements, de leurs mouvements, de leurs gestes, de leurs attitudes. Il en ainsi de Mathilde:

 

La peau lisse et laiteuse. Les cheveux en boucles serrées sur ses tempes. Négligemment noués entre ses omoplates. Ses doigts effritent le tabac, rapides et dociles. Les miettes s'accrochent aux écailles de vernis. Son bras arbore une toison jaune qui rappelle l'herbe sous nos pieds. Ses lèvres pincent fortement le filtre. Elle crache une volute de fumée. Une légère blouse cache ses seins rosés...

 

Les Épisodes se passent le plus souvent dans l'intimité, solitaire ou partagée: au lit, au réveil, dans la maison, sur une barque ou un voilier, dans un coin isolé au bord d'un lac... où le ou les corps se manifestent presque toujours.

 

Dans Mon corps, une femme se livre:

 

Les hommes aiment l'imperfection de mon corps. Leurs mains jouent dans le duvet de mon dos, de mon ventre. Ils goûtent le sel de ma peau, décollent les cheveux de mon front brûlant. Leurs doigts visitent le relief de ma chair. Ils embrassent les plis de mes yeux et les plaies qui me décorent...

 

C'est peu de dire que de ces fêtes corporelles, qui sont La griffe de l'auteur, se dégage une sensualité poétique, évocatrice et pleine de charme...

 

Francis Richard

 

La griffe, Anaïs Carron, 108 pages Torticolis et Frères

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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 22:45
Café-Théâtre Le Bourg, à Lausanne

Café-Théâtre Le Bourg, à Lausanne

En 2008, le Grand Prix de Poésie Pierrette Micheloud a été attribué à René de Obaldia, en 2011 à Yves Bonnefoy, en 2014 à Marc Alyn et cette année à Pierre Voélin.

 

Ce prix prestigieux est décerné tous les trois ans. Il récompense l’ensemble d’une œuvre poétique particulièrement remarquable d’un(e) poète d’expression française, quelle que soit sa nationalité.

 

La cérémonie de remise de ce prix, richement doté (40'000 CHF), a eu lieu hier soir au Café-Théâtre Le Bourg à Lausanne.

 

Aujourd'hui est le dixième anniversaire de la mort de Pierrette Micheloud. Sans doute est-elle heureuse, là où elle se trouve, d'apprendre qui vient à son tour de recevoir son grand prix. Le jury de la fondation, qui porte son nom et qu'elle a créée en disparaissant, l'a aussi bien choisi que les lauréats précédents.

 

Car Pierre Voélin ne dépare pas du tout avec la théorie de ses prédécesseurs. Pourtant il aurait pu tout aussi bien ne jamais devenir un de leurs semblables.

Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

En 1960, il a onze ans. Ses parents l'emmènent visiter le camp de Dachau. C'est un choc. D'autant plus grand qu'il est d'une grande sensibilité - il l'est toujours d'ailleurs. L'effet, quasi physique, fut de suffocation, dit-il aujourd'hui.

 

La rencontre, au début des années 1980, avec l'oeuvre poétique d'Ossip Mandelstam, lui libère la parole accumulée en lui par la méditation des faits, qui l'ont rendu muet et qui ont été alimentés par un lot de lectures au cours des années.

 

Aussi ne publie-t-il ses premiers livres qu'à 35 ans. Il s'adonne dès lors à la poésie, qui ouvre l'esprit à l'imaginaire et qui est ce qui rompt l'accoutumance, et à l'essai sur l'art poétique.

 

Dans De l'air envolé (2011), il écrit:

 

Ce que cherche à préserver la parole de poésie, c'est la vie, la vie intacte, en toutes ses manifestations innocentes et libres, la vie non grégaire, individualisée, ressaisie dans une conscience, vie singulière (elle est de chacun), déployée sous le ciel de l'esprit, ou conduite, sinon forcée, par le souffle même de l'esprit.

 

Victor Hugo dit que le poète a charge d'âme, rappelle Jean-Pierre Vallotton. Pour Pierre Voélin, qui a été professeur de littérature française, qui n'a lu le poète en gloire que pour en parler à ses élèves et qui lui préfère Charles Baudelaire, le poète a plutôt charge de mots. Il les emploie comme le danseur danse ou le peintre peint.

 

Dans l'entretien préalable à cette soirée, il dit:

 

C'est par essence, selon moi, que la poésie aime et révère la concision et l'ellipse et la litote. J'aurais dégoût d'une poésie qui bavarde. La poésie est par nature un resserrement de la parole, elle ne capte que des instants d'illumination dans son précipité quasi chimique.

 

Le fait est que les exemples abondent dans son oeuvre où l'emploi du mot simple et juste agit en profondeur:

 

Aime celui qui murmure

bouche mêlée à la glaise du fleuve

en raison de nos faims et de nos soifs

 

(La lumière et d'autres pas, 1997, La Dogana)

 

Rose des foyers - bleu des fumeroles

les bouleaux pèlent sous le vent

piétinent les armées

 

(Des voix dans l'autre langue, 2015, La Dogana)

 

Dans sa collection du Poche suisse , les éditions de L'Âge d'Homme ont publié une anthologie de quatre poètes: Pierre Chappuis, Pierre-Alain Tâche, Pierre Voélin et Frédéric Wandelère. Forment-ils une école? demande Jean-Pierre Vallotton. Non pas, répond Pierre Voélin, ce qui les rassemble, c'est l'amitié. Ils auraient préféré certainement être édités séparément...

 

Pierre Voélin se dit poète de l'est de la France, poète frontalier, transfrontalier. Il préfère ne pas parler de la Suisse. Il pourrait en dire du mal... Il préfère parler de choses essentielles, de la mort - La vie s'éclaire pour chacun dès que la mort y trouve sa place -, de la nature - La terre est moins un refuge qu'une source de bienfaits et d'énergie...

Laurence Morisot, Olivier Engler, Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

Laurence Morisot, Olivier Engler, Pierre Voélin et Jean-Pierre Vallotton

Avant de remettre son prix au lauréat,  Olivier Engler, qui est président du Conseil de Fondation, évoque l'intelligence artificielle. C'est pour mieux souligner le rôle indispensable de poètes tels que Pierre Voélin dont la mission est de maintenir l'humanité en nous.

 

Plus prosaïquement Olivier Engler montre une photo de ce que seront les appartements construits à Belmont par la fondation et qui seront disponibles bientôt à la location. Les loyers lui assureront des revenus lui permettant de financer ses activités culturelles.

 

En remerciement, Pierre Voélin reconnaît qu'il est heureux de recevoir ce prix qui est une reconnaissance, à près de soixante-dix ans, de l'oeuvre accomplie au cours des dernières décennies. Il dit ce qu'il doit aux poètes aimés auxquels sa propre poésie fait écho et qu'il cite dans ses livres...

 

Il regrette que la poésie soit un genre délaissé par les éditeurs et ... les lecteurs, en Suisse, comme en Europe occidentale. C'est pourtant par la poésie que l'humanité pourrait faire son plein retour en nous. Quand elle y est encore, n'est-elle pas toujours en chemin de se perdre?

 

Dans l'entretien préalable à cette soirée, il dit aussi, élargissant son propos sur les grands poètes: Quant à l'art véritable, il est essentiel, il ne saurait être marginalisé même le jour où il ne concernera plus qu'un petit nombre d'individus sur terre...

 

Puisqu'il est question d'art, Jean-Pierre Vallotton, qui porte les deux casquettes de membre du comité et de président du jury, salue la performance de Laurence Morisot, la talentueuse comédienne aux yeux bleus, qui a su, avec sobriété, et diversité, donner vie aux textes choisis par lui, tirés de la dizaine de recueils de Pierre Voélin.

 

Il salue également les musiciens Marlyse et Guy Fasel qui, à quatre mains, ont interprété au piano, avec virtuosité, des intermèdes de Debussy, Brahms et Ravel. Et c'est sur des notes de Gabriel Fauré exécutées par eux que je m'éclipse hier soir pour aller dans une autre salle de spectacle à un autre rendez-vous littéraire...

 

Francis Richard

Laurence Morisot

Laurence Morisot

Pierre Voélin, Jean-Pierre Vallotton et, de dos, Marlyse et Guy Fasel

Pierre Voélin, Jean-Pierre Vallotton et, de dos, Marlyse et Guy Fasel

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 22:00
Les angles étincelants, de Laurent Cennamo

Quels sont ces Angles étincelants qui donnent leur titre au recueil de Laurent Cennamo ?

 

En fait cette expression figure dans une phrase de Peter Handke, extraite du Poids du monde, que le poète a mis en épigraphe à son livre :

 

Écrire voulait dire: se frayer quotidiennement un chemin vers les angles étincelants de la vie.

 

Dans le recueil, il y a deux occurrences qui éclairent l'emploi de l'expression:

 

(La pomme que tu étais

avant de naître

a roulé - on ne voit plus,

désormais que les angles étincelants)

 

... on devine dans les angles

étincelants de la pièce, véritablement "rincés"...

 

Les angles donc ? Ce qui est saillant dans la mémoire du poète, ce qui étincelle à ses yeux, ce  que sa plume retient.

 

Émis par sa plume vagabonde, le lecteur, lui, retient des mots qui reviennent dans le monde de Cennamo et pèsent sur lui :

 

- Puits :

 

Avoir un enfant serait comme creuser

un second puits à côté du mien

 

Pour mon malheur

le trou où l'on meurt

le profond puits

où périt celui

qui trop pleura

je l'ai déjà franchi

 

- Papillon:

 

De plus en plus pâle, un grand papillon

perdu, à l'aube, pianotant fiévreusement

sur les touches de son portable.

 

Je suis un papillon et Dieu a posé sa main sur moi

 

- Écureuil:

 

... L'écureuil volant que nous n'aurons

pas su voir...

 

Se briseront nos imaginaires

branches étoilées, mort gelé

l'écureuil de nos si claires pensées

 

Le lecteur retiendra encore des noms d'écrivains qui ne sont pas cités là fortuitement : Kafka, Nietzsche, Musil, Platon, Meret Oppenheim...

 

... et des noms de peintres qui apparaissent nommément : Simone Martini, Piero della Francesca, Velazquez (La reddition de Breda); ou qui le sont implicitement : Jan van Eyck (Arnolfini) ...

 

Il retiendra aussi que le monde où Laurent Cennamo chemine est diversité : les villes de Genève ou de Mantoue; le parc de la Sumava ou les rives de l'Arve...

 

... et retiendra que son monde est souvenirs d'enfance, d'amitié et d'amour, de vie et de mort :

 

Le bâton que nous lui lancerons, la Mort

ne nous le ramènera pas...

 

Il retiendra enfin ces angles d'époque (mais sont-ils tous étincelants ?) : un monstre violet (Mattel), de petites maisons Bouygues, un joystick, des footballeurs (Roberto Baggio et Renato Steffen), un héros télévisé qui a un tournevis à la place du coeur (Mac Gyver)...

 

Comment ne pourrait-il pas aimer qu'il dise :

 

Fraise, notre amitié.

Fraise écrasée - ou fraisier ? - le silence

interminable qui suit

 

Ou qu'il emploie le même mot de fruit goûteux dans une proche acception :

 

C'est un autre monde, celui

où la femme aux cheveux noirs, ou blonde, belle, mâche

un chewing-gum à deux centimètres

de ta bouche. Le monde, alors : une fraise

une framboise au-delà des vitres du tram ruisselantes de pluie...

 

S'il ne fallait pourtant retenir qu'une image, ce serait, m'est avis, celle-là :

 

Le coeur du feu : à gauche

de la fumée

 

Francis Richard

 

Les angles étincelants, Laurent Cennamo, 80 pages, La Dogana

 

Recueil précédent :

 

FH Samizdat (2016)

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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 11:30
L'apostrophe, de Jacques Roman

La couverture représente Niké, la déesse telle qu'elle fut sculptée à l'époque hellénistique (elle est connue sous le nom de Victoire de Samothrace et se trouve au Musée du Louvre à Paris).

 

La Niké de l'ouvrage est due au pinceau gracieux de Claire Nydegger, artiste-peintre vaudoise...

 

Ce corps de femme sans tête, qui, à sa base, figure une proue de navire, est involontairement symbolique de l'élision, manière d'éviter le hiatus entre terre et ciel.

 

L'apostrophe, dont Jacques Roman reproduit la définition, fait de même pour deux voyelles dans un texte:

 

Signe (') qui marque l'élision d'une voyelle.

 

Dans les fragments testamentaires écrits ici par l'artiste, ce signe sert surtout à ôter une folle prétention au mot je, qui est une autre forme du moi haïssable de Blaise Pascal.

 

Le temps le plus souvent employé dans ces fragments est un temps composé et décalé, le futur antérieur, que l'auteur relie ainsi à l'apostrophe:

 

Élider du je la voyelle, c'est ici passer du présent à un futur antérieur où le mort ne s'avoue pas vaincu.

 

On sait que le futur antérieur peut être employé pour signifier plusieurs choses, mais, ici, c'est dans son sens de bilan au soir d'une vie - qui n'est pourtant pas finie - qu'il est utilisé.

 

En conséquence il n'est pas étonnant que ce temps voisine avec ces autres temps de l'indicatif que sont le passé simple, le passé composé ou l'imparfait.

 

Le poète, en sa prose bordée de points de suspension, évoque la vie:

... j'aurai chaque soir récité ma vie comme une prière et je n'aurai jamais été sûr de la savoir...

 

L'amour:

... j'aurai apostrophé l'amour toutes les fois où de son nom l'aurai vu se parer, toutes les fois où n'aimais en lui qu'un signe hors-la-loi devant l'achevé et l'inachevé...

 

La mort:

...j'aurai souteneur, fait monter la folie à l'Hôtel de la Mort. Le jour est proche où elle n'en reviendra pas...

 

Et nombre de souvenirs:

...j'aurai recueilli d'intimes et clandestins souvenirs qui m'auront été chers d'être tels de petits cailloux remués à fond de poche, et qu'il me fût loisible d'offrir au premier venu en quête de fraternité...

 

Quelqu'un qui invoque Stéphane Mallarmé, Antonin Artaud ou Georges Bataile ne peut laisser indifférent.

 

Ce quelqu'un, en tout cas, est crédible quand il observe ce précepte qu'il s'est donné:

 

... j'aurai à la nudité réclamé son silencieux secret d'être sans avoir. Écrire dépouillé. Chercher l'apostrophe commune...

 

Francis Richard

 

L'apostrophe, Jacques Roman, 112 pages, Samizdat

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 21:15
Un toucher de neige, de Monique Saint-Julia

Monique Saint-Julia est peintre et poète. Dans son dernier recueil, Un toucher de neige, ses gouaches et sa poésie se répondent en douceurs et chuchotements. La couverture en donne un bel aperçu, en rondeurs ouatées.

 

Le titre indique que le thème en est la neige, mais, à la fin, il mue: après elle, le dégel. Parce que le printemps succède inévitablement à l'hiver et qu'avec l'échauffement de la terre, elle perd de sa solidité éphémère et se liquéfie.

 

Quand la neige paraît, la poète s'en émerveille comme une première fois, redevient une enfant, ravie que le blanc soit mis, et comble son attente, comparant l'opacité blanche à un effleurement très lent d'ailes de chauve-souris.

 

Elle invite à voir une manière de film muet, tout en blanc et nuances de gris, comme le ciel pris dans un immense piège cotonneux:

Tout se tait, s'épie, dérive,

musique en fuite.

 

Et cette neige, qui tisse des sons feutrés comme des pas de religieuses la conduit loin, très loin d'elle-même, là où le silence est roi:

Tout ramène à l'assiduité du blanc

à l'oubli de soi.

 

Car la neige est en elle-même musique, sourde, qui prépare au silence:

Ni échos, ni voix, ni murmures

un toucher de neige démêle la même harmonie

que des notes de piano en sourdine.

Des soies volent, hésitantes.

Haies, chemins, bois disparaissent

à seule fin de créer une invitation au silence.

 

Francis Richard

 

Un toucher de neige, Monique Saint-Julia, 88 pages, L'Aire

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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 22:00
L'eau, les étincelles, d'Anne Bregani

Les poèmes du recueil d'Anne Bregani, L'eau, les étincelles, sont accompagnés de gravures d'Armand C. Desarzens. La poétesse, dans une note liminaire, lumineuse, parle, au sujet de ces gravures, de fruit d'un cheminement, dont l'aventure se poursuit

 

Après avoir lu les poèmes, regardé les gravures, le lecteur ressent intensément ce compagnonnage s'il y prête attention. Car, ici, les poèmes gravent le monde tandis que les gravures le poétisent, si bien qu'aucun des deux n'illustre l'autre: ils se rencontrent.

 

Anne Bregani met en exergue à son recueil deux poèmes, l'un de Wislawa Szymborska, l'autre de Yannis Ritsos, dont déjà les débuts donnent un aperçu de ses intentions.

 

La Polonaise demande

Pardon aux grandes questions pour les petites réponses.

 

Le Grec espère que

Peut-être encore nous défendra

le chant d'un oiseau...

 

La tâche est en effet immense et la nature (plus forte qu'on ne pense) peut aider à l'accomplir.

 

Anne Bregani passe en revue poétique les quatre points cardinaux et c'est l'occasion pour elle d'évoquer magnolias et martinets enchanteurs. Ainsi, dans Sud:

 

Très haut ce matin

le martinet mélange

la  lumière au bleu

 

De sa royale hauteur

le grand magnolia

distribue l'abondance des fleurs

 

Et, comme elle vit, au bord d'un lac, elle ne peut que dire ce qu'elle lui doit, dans Nord:

 

Lac scintillant

ciel aquatique

où passent mes pensées

 

Dans Au puits du coeur, Anne Bregani s'interroge:

 

Mais les secrets d'un visage

quel oeil au bout de tes doigts

les percevra jamais

quelle main dans ton regard

saisira

ses lumières et

son ombre changeante

 

Elle fait appel aux éléments:

 

La pluie

me donnera

toutes les larmes dont j'ai besoin

et mon souffle

fera palpiter

le coeur océanique

de l'espace

 

je te dis

que je suis le vent

rien ne m'arrêtera à l'horizon

 

Elle parle pour les anonymes qui cherchent à émerger de la misère:

 

Par ma gorge

ils se fraient une piste

jusqu'à l'air libre

par ma voix

ils sont nommés

rendus à leur intime royauté

eux qui marchent

pieds nus sur cette terre

 

Aux grandes questions, sa réponse est finalement grande, comme son coeur, sa modestie dût-elle en souffrir:

 

Tout espoir est-il vain?

à l'aplomb de la verticale

subsiste

cette étincelle

ce feu

prêt à nous bouter

vers notre grandeur

 

Francis Richard

 

L'eau, les étincelles, Anne Bregani, 108 pages, Samizdat

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 12:00
Au creux de la main, de PJ Harvey & Seamus Murphy

Au creux de la main, l'être humain se révèle, qu'il tende ce creux pour mendier ou qu'il le regarde pour en lire quelques lignes, qu'il le forme en tenant entre ses doigts plume ou appareil-photo.

 

PJ Harvey (chanteuse, auteur-compositrice de rock alternatif), et un photographe, Seamus Murphy, tous deux britanniques, ont fait ensemble, entre 2011 et 2014, des voyages au Kosovo, en Afghanistan et à Washington DC. Ils en ont rapporté mots et images, qui nous parlent dans un recueil à deux voix.

 

Dans ce recueil (paru en 2015, en anglais, sous le titre The Hollow of the Hand), sont toutefois reproduites des photos antérieures à leurs voyages en commun. Leur continuité donne l'impression que le temps s'est comme immobilisé pendant les presque deux dernières décennies (les plus anciennes de ces photos remontent à 1998).

 

Prises sur le vif ou sur le mort, en noir et blanc ou en couleurs, les photos de Seamus montrent un monde à l'abandon, au milieu de ruines ou de déchets. Le symbolisent cette carcasse de bovidé, laissée au milieu d'une route bitumée du Kosovo, ou ce cadavre d'homme, couché sur une route de pierres qui mène à Kaboul.

 

Les mots pour le dire viennent naturellement sous la plume de Polly Jean Harvey. Dans The abandoned village, elle ne trouve, par exemple, que des traces d'une jeune fille qu'elle a pourtant bien cru apercevoir entre deux murs criblés, sous-entendu criblés de balles:

 

I looked for the girl upstairs. Found

a comb, dried flowers, a ball of red wool

unravelling.

 

J'ai cherché la fille à l'étage. Trouvé

un peigne, des fleurs séchées, une pelote de laine rouge

déroulée.

 

De ce monde à l'abandon, de ces ruines, la guerre et la misère, qui ont la plupart du temps partie liée, sont la cause. Seamus photographie le cimetière d'Arlington qu'arpentent deux vieilles grosses dames, remplissant vraisemblablement un devoir de piété, tandis que Polly évoque Two Cemeteries:

 

A stray dog sleeps against a headstone.

 

Un chien errant somnole contre une pierre tombale.

 

A gardener prunes cherry trees

and the warden resets a headstone.

 

Un jardinier élague des cerisiers

et le gardien redresse une pierre tombale.

 

La guerre est omniprésente dans le recueil, notamment dans les pages consacrées à l'Afghanistan, où Seamus a saisi, à Kaboul, une foule de passionnés de combats de volatiles. Polly ne peut que constater:

 

They fight with rams. They fight with larks.

They fight with knucklebones and calves.

There must be something in the air.

There is fighting everywhere.

 

Ils se battent avec des béliers. Ils se battent avec des alouettes.

Ils se battent avec des osselets et avec des veaux.

Ça doit être dans l'air.

Partout l'ambiance est à la guerre.

 

Si aussi bien les photos que les poèmes font écho à l'humaine tragédie, les unes et les autres se terminent tout de même par une touche de couleur, car la vie continue. Alors que Seamus capture dans son objectif une fillette noire sous un arbre en fleurs orangé à Washington DC, Polly voit poindre à l'horizon d'Anacostia une lueur crépusculaire:

 

a tiny red sun

like a tail light

down the overpass

 

un tout petit soleil rouge

comme un feu arrière

au bas du pont autoroutier

 

Francis Richard

 

Au creux de la main, PJ Harvey & Seamus Murphy, 232 pages L'Âge d'Homme

(traduit de l'anglais par Laure Gall et Patrick James Errington)

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25 juin 2017 7 25 /06 /juin /2017 12:00
Nomade de toi, d'André Petitat

dans les jujubiers de la limite supérieure

  un homme-minute

  une femme impossible

ils touillent les pages du livre

ils écrivent avec leur sang au galop

  un monde qu'ils désirent éternel

 

C'est au début de l'intro de ce recueil en trois temps, trois mouvements:

 

- touille rouille

- flash floche

- clic claque

 

Ce ne sont pas seulement les pages que touillent cet homme et cette femme qui fusionnent dans le creuset du livre, dans le monde du poète.

 

Ils touillent les expressions toutes faites et cela donne des expressions refaites:

- on met le feu aux portes

- que chaque jour apporte

  une poche de rêves

  à ceux qui n'en ont pas

 

Ils touillent et les mots se font allusions:

- si près de l'origine du monde

- l'arbre aux pieds nus

- au creux de nos mains

  l'ascenseur vers l'échafaud

- dessine-moi un corps des Alpes

 

Ils touillent et ne craignent pas les paradoxes:

- la méchanceté, cette bonté à l'envers

- c'était une mort de t'aimer

- ta légèreté faisait ma gravité

- faire de la vie une mort au ventre

 

A force de touiller, ils donnent le vertige, ils sont bien nomades, toujours en mouvement: lui peut dire : nomade de moi, elle: nomade de toi...

 

Elle est l'immigrée, son quelque part;  lui l'émigré, son dispersé, aux quatre coins de l'univers.

 

Leurs ventres s'étaient collés, mais ils ne se connaissent plus: 

Nous voilà à l'imparfait sans futur

 

La soudure n'a pas tenu: 

Souvenirs

  vos nuages ont soif

 

Francis Richard

 

Nomade de toi, André Petitat, 56 pages Editions de l'Aire

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 23:20
La fée Valse, de Jean-Louis Kuffer

Avec ce recueil de poèmes en prose, Jean-Louis Kuffer invite à une féerie d'aujourd'hui sous la baguette de La fée Valse, qui est le sourire de la lune, dans la lumière tutélaire de François Rabelais:

 

Rabelais est le premier saint poète de la langue française, laquelle ne bandera plus d'aussi pure façon jusqu'à Céline...

 

Ce livre est joyeux: Quand elle me roule dans la farine et qu'elle se penche au-dessus de moi, ses deux seins pressés l'un contre l'autre suffisent à ma paix.

 

Il est grave: En vérité, la marge de liberté s'amenuise pour les marginaux singuliers que nous sommes, tandis que les vociférateurs croissent en nombre et en surnombre, les bras levés comme des membres.

 

Il est allègre: Il n'est pas inapproprié, dans mon cas, de prétendre que l'habit n'a pas fait la nonne. A vrai dire la jupe plissée a plus compté dans mon éducation que la lecture de Jean d'Ormessier et François Nourrisson, pourtant essentielle dans mon choix de vie ultérieure - la jupe plissée et le tailleur ton sur ton.

 

Il est pensif: Ils nous ont promis les flammes ou les hymnes selon notre conduite sans nous dire s'il y aurait là-bas ou là-haut de quoi survivre autrement que dans les cris ou les cantiques, et cela nous a manqué tout de même: le détail du menu.

 

Il est tendre: Ta mère nous offre un thé de menthe et l'une des jeunes filles fait admirer son admirable paire de colombes aux jeunes gens qui l'entourent.

 

Il est mélancolique: Quand j'étais môme je voyais le monde comme ça: j'avais cassé le vitrail de la chapelle avec ma fronde et j'ai ramassé et recollé les morceaux comme ça, tout à fait comme ça, j'te dis, et c'est comme ça, depuis ce temps-là, que je le vois, le monde.

 

Il est sérieux: ... Il n'est pas vrai que nous ayons tout soumis, il n'est pas vrai que tout mystère soit dissipé, il n'est pas vrai que plus rien ne soit à découvrir, vois donc: il n'est que d'ouvrir les yeux dans le jour obscur et de ne pas désespérer...

 

Il est ludique: Quand je te dis que Marelle a le ballon, ce n'est pas vulgaire du tout, tu me piges mal, même si ça fait populo comme langage c'est pile ce que c'est: le ventre de Marelle est rond comme un ballon d'enfant, tiens j'ai envie de le palper et d'écouter ce qui se passe là-dedans en y collant la joue, enfin quoi Marelle a le ballon et celui-ci va rebondir dans la vie [...].

 

Bref Jean-Louis Kuffer ne mentait pas quand il annonçait d'entrée de jeu que son livre était tout cela à la fois. Car il est la Fantaisie même, laquelle ne se laisse pas intimider par les états d'âme contraires, laquelle est pour les uns et les autres, l'ennemie à abattre avec le sérieux des papes, avec ou sans filtre...

 

Jean-Louis Kuffer réserve pourtant à ses lecteurs quelques surprises à son goût: des mots de passe littéraires ou picturaux pour connaisseurs, des pas de mots qui dansent sans retenue, comme la fée Valse, et qui s'insinuent partout comme le fait l'amour, dans les corps et les esprits, pour leur plus grande jouissance...

 

Francis Richard

 

La fée Valse, Jean-Louis Kuffer, 156 pages Editions de l'Aire (à paraître)

 

Livres précédents:

 

Riches heures Poche suisse (2009)

Personne déplacée Poche suisse (2010)

L'enfant prodigue Éditions d'Autre Part (2011)

Chemins de traverse Olivier Morattel Éditeur (2012)

L'échappée libre  L'Âge d'Homme (2014)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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