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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 18:30
Un homme libre, de Francis Amoos

le pouvoir des mots

titille les puissants

 

je brandis la plume

comme d'autres le fusil

 

puisse la poésie

renverser l'ordre établi

 

Ce recueil d'Un homme libre commence très fort avec ce poème, qui montre que le poète est bien vivant même s'il est désenchanté par le monde que, bien obligé, il observe en éternel spectateur.

 

Ce désenchantement ne l'empêche pas de persévérer à être un

chercheur d'étoiles

dans un ciel obscur

 

Les étoiles, peut-être les trouve-t-il dans

l'art

un chaos dont naîtrait

le vivant

 

Peut-être lui faut-il, par exemple, s'abriter de la noirceur du monde,

les yeux posés

sur une peinture

de Brueghel l'Ancien

et connaître l'apaisement

par la douceur du trait

caressant l'âme

 

ou écrire:

les mots restent

à l'intérieur

les mots

m'éclairent

 

ou, raviver sa mémoire:

des souvenirs qui m'habitent

vifs pourtant

et qui me gardent

vivant

 

Il vit à l'écart, bien involontairement (tout est figé dans son corps, mais rien ne l'est dans sa tête), alors que faire?

observer

l'invisible dans ce qui est dit

 

le peu de mots

parfois

suffit

 

ou, mieux,

recevoir la beauté

une pluie de soleil en pleine face

la ligne de pierres d'une cathédrale

les mots libres d'un poème

l'éclat des couleurs

d'un tableau de Van Gogh

nourriture de l'âme

et rien d'autre

 

Et, puis, il y a les livres,

chaque livre qui naît

est une victoire

 

Il sait aussi que

l'âme seule va de l'avant

 

et que le salut, pour échapper à son destin, c'est

sortir

chercher plus loin

au-dedans de soi

 

Francis Richard

 

Un homme libre, Francis Amoos, 108 pages, éditions d'autre part

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 17:30
Des enfants dans les arbres, d'Alexandre Voisard

Dans ce récit poétique en prose, Alexandre Voisard conte, dans les premières années 1940, la forêt jurassienne puis la rivière Allaine qui serpente dans la plaine.

 

C'est toujours un été, avant que ne survienne la rentrée des classes et que ne défilent les saisons...

 

Les quatre enfants se rendent en forêt, qui leur fait entrer toute la nature dans la tête, où ils se sentent à l'abri et où ils ont construit leur cabane:

 

Le monde de la forêt est aussi bien familier qu'insondable en son mystère.

 

Jacotte, Coco, Ramon et Rosine ne sont pas tout seuls:

 

Jamais très loin de son quatuor d'aventuriers sylvestres se tient le père, en une discrétion juste une peu inquiète.

 

Il est là pour nommer ce qu'ils découvrent, aussi bien la faune (à propos de laquelle il leur rappelle cet aphorisme champêtre: les petites bêtes ne mangent pas les grosses), que la flore:

 

Rappelez-vous qu'une fleur sans nom, c'est comme un enfant sans père.

 

Avant leurs expéditions, Jacotte, Coco et Ramon attendent Rosine, la plus petite et la plus jolie, que leur voisin de sculpteur, Enrico Moretti, fait poser pour faire de sa tête un modèle en argile, qu'il copiera ensuite pour la faire renaître sous ses ciseaux dans le marbre.

 

Maman Irène n'a accepté qu'à la condition que les poses n'excèdent pas vingt minutes...

 

Si la forêt offre un enseignement riche en paradoxes et en demi-teintes, la rivière a ses violences: il arrive qu'elle emporte un enfant imprudent vers ce qui ressemblerait au néant, tel le petit Marco...

 

Car l'Allaine, que grossit l'imprévisible Creugenat quand elle a soif, fait comme elle veut:

 

L'eau passe, c'est bien vrai, elle entre sans autre formalité et ressort quand ça lui chante. Elle inonde au prétexte d'arroser, elle détrempe ce qu'elle est supposée rafraîchir, elle touille les sédiments pour peu qu'elle érode les talus ou creuse le mitan du lit.  

 

La faune et la flore ne sont pas les mêmes qu'en forêt et les jeunes riverains y connaissent d'autres aventures que les compétitions nautiques auxquelles se livrent les garçons tandis que les filles botanisent.

 

Ces premières années 1940, années d'apprentissage, c'est la guerre alentour. Et, quand elle sera finie, les enfants n'auront pu imaginer à quel point c'était une saleté, eux qui n'auront connu jusque-là d'angoisse et de craintes que devant la foudre, les inondations et la noyade de Marco.

 

Pendant la guerre, le sculpteur fait des diatribes contre Mussolini et on ne voit pas souvent les pères à la maison, ils sont dispersés dans les campagnes où ils creusent des tranchées et des fortins...

 

Après la guerre, c'est comme si la vie, toute la vie, de la nature autant que des hommes, se réinventait, donnant à ce qu'on mange, à ce qu'on vit, une légèreté et une saveur valant parfum d'éternité...

 

Francis Richard

 

Des enfants dans les arbres, Alexandre Voisard, 100 pages, éditions d'autre part

 

Livres précédents:

Notre-Dame des égarées, Zoé (2017)

Oiseau de hasard, Bernard Campiche Éditeur (2013)

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10 septembre 2019 2 10 /09 /septembre /2019 21:15
Passage à gué, de Laurent Galley

Tous les chemins mènent à l'homme.

 

Et tous les poèmes, en vers ou en prose, de Laurent Galley y mènent aussi.

 

Pour le poète, doublé qui plus est d'un philosophe, ce qui n'est pas incompatible, bien au contraire, les hommes sont de la nature, c'est-à-dire qu'ils sont chez eux en elle, qu'ils y sont en osmose:

 

Imaginez un bloc de granite en suspension dans l'air. Vous avez là, l'individualité. Vous avez là ce qui fait monde. Toute dureté reste poreuse, et sa porosité même rend le roc atmosphérique...

 

Les hommes sont dans la nature corps et âme, de l'infime intériorité à l'ultime extériorité, et, comme lui, se trouvent sur terre :

 

J'habite la terre qui n'est pas une étoile

Et qui ne serait pas vraiment la terre

Si elle ne me convenait pas complètement

 

Cela ne signifie pas qu'elle ne le fait pas souffrir, éloignée qu'elle est justement des étoiles, ses soeurs lumineuses, d'autant qu'il vit :

 

Une fin d'époque amère et sans styles

Il lui manque ses Baudelaire, ses Shakespeare.

 

Alors, à une vie morne, perpendiculaire et tracée, il préfère les jardins élancés, et aux rues, l'autre côté des rues...

 

Le salut est dans la poésie, la poésie d'antan, quand l'homme n'avait pas vendu son âme à l'encan :

 

Il est vain pour Musset que de frapper son coeur

Car le poème est bien plus épais

Il garde l'épaisseur du bonheur

Qui bruit sur les stèles des roseraies

 

Il se nourrit de récits, de poèmes, et compose lui-même:

 

La poésie jaillit de mes veines comme un poing

Ferme et dur sur son établi

 

Il ne serait pas poète s'il ne parlait d'amour, fût-il fragile:

 

A peine en faut-il du temps pour s'éprendre

Qu'une cicatrice d'un mot lâche et perfide

Suffit à deux coeurs pour se fendre

 

Et du manque d'amour de certains pour leurs semblables:

 

N'être pas du déni le serviteur

Jamais du côté des lâches

Savoir se réserver l'aubépine

Ne semer de lauriers que sur terres conquises

On ne récolte que de ce que l'on aime

 

Il faut en somme emprunter le Passage à gué de l'ombre à l'altérité...

 

Francis Richard

 

Passage à gué, Laurent Galley, 112 pages, Éditions de l'Aire

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11 août 2019 7 11 /08 /août /2019 18:15
Le Pays rénové, de Benjamin Mercerat

Le Pays rénové comprend trois odes: Le Témoignage des saisons, La Louange trine et Monodie du Pays rénové.

 

Dans Témoignage des saisons (ode publiée au printemps 2018 dans le numéro 44 de la revue Conférence),

qu'il adresse à tous ceux

Qui vivent dans l'ombre de la Croix

et qui est une Ode d'espérance,

après qu'il s'est retiré du monde, ce qui est salutaire à l'Art,

le poète valaisan chante d'abord l'hiver :

 

La Nature crie vers son Créateur et voilà que

Dans l'accord du blanc elle se fait oratoire...

Désert, ô stimulante analogie,

Espérante simulation de l'Éternité !

 

Puis le printemps:

 

Qu'un printemps perpétuel inonde mon âme !

Que ma soif ne soit jamais tarie mais toujours à la fois

entretenue et apaisée.

 

Quand l'été lui succède, c'est à Saint Jean le Baptiste, fêté en son début, qu'il rend hommage:

 

Il a balisé le désert,

Il a signifié au monde sa fin,

Ce trapu crieur d'Éternité,

Ce sauveur plongeur,

Ce robuste mangeur de miel et

De sauterelles frétillantes:

Voilà que ce fléau lancé sur la hautaine Égypte,

Il en fait sa substance.

 

Puis à Saint Théodore d'Octodure (Martigny) :

 

Dieu fit don de cet homme au pays afin

Qu'il inventât les reliques des saints soldats thébains,

Affermissant souverainement la foi naissante.

 

Pour célébrer l'automne et les vendanges, il rend cette fois hommage à Saint Maurice et à ses hommes de la légion thébaine, qui refusèrent de sacrifier aux idoles :

 

Il les persuada, par son exemple et par sa foi,

De témoigner jusque dans la mort :

Enfin, de cette grande grappe d'hommes, peut jaillir le sang !

Car dans les Cieux Notre Seigneur veille à l'opération.

Tel le Vigneron penché sur sa cuve,

Il hume cette bonne odeur dont l'apôtre dit

Que c'est celle du Christ.

 

S'il chante ainsi les saisons, c'est parce qu'il sait qu'elles sont un avant-goût de l'Éternité promise:

 

Car les saisons passent et reviennent mais

Arrivera la journée infinie de leur réunification.

 

La Louange trine est celle du paysan, de sa femme et de leur fils, la louange de trois voix attentives et seules à qui le poète donne l'occasion de s'exprimer, puis de prier et rendre grâce, tour à tour en un long dialogue.

 

Exemples:

 

L'ENFANT

Que témoigne la fraîcheur de ma foi

Dont l'exemple resplendit en Celle qui est notre Mère

à tous.

 

LA FEMME

Paysan, confie ta descendance à Dieu,

Non à tes champs,

Non au Travail de tes champs.

Tu ne possèdes rien hormis ta Liberté :

Que ta Liberté accomplisse son paradoxe d'obéissance !

Soumets-toi, homme libre !

 

LE PAYSAN

Le travail de la terre n'est rien sans la Grâce du Ciel.

 

Au début de Monodie du Pays rénové, le poète a placé cette épigraphe:

 

Le Valais de mon coeur est plus grand que l'autre.

De toute éternité il existe.

Maurice Chappaz, Le Valais au gosier de grive

 

Le Pays dont il s'agit, c'est en effet le Valais, comme les deux premières odes le laissaient déjà entendre en fond sonore, chacune à sa façon.

 

Les premiers vers le confirment et confirment ce que le poète veut dire par Pays rénové :

 

Que persiste mon pas,

Que ma foulée corresponde à mon souffle,

Et qu'ainsi chante ce Lieu qui m'oriente dès toujours :

Le Pays rénové par la foi.

 

Il ajoute plus loin:

 

Chacun porte en soi la possibilité d'un Pays rénové.

 

Il dit aussi ce qu'il entend par Monodie :

 

Cette tonalité de l'âme au royaume d'Espérance.

 

Il termine par ces vers:

 

J'ai dit le Pays rénové par l'accueil du Verbe,

J'ai dit le Pays rénové depuis lequel j'exclame mon

Témoignage et ma Louange :

Rideau sur le Théâtre de mon âme.

 

Francis Richard

 

Le Pays rénové, Benjamin Mercerat, 60 pages, L'Aire

 

Livre précédent:

Le Paradis et le Désert - Maurice Chappaz (2016)

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1 août 2019 4 01 /08 /août /2019 21:00
Le poème et le territoire, d'Isabelle Falconnier et Antonio Rodriguez

Le poème et le territoire (titre qui n'est pas sans rappeler celui d'un roman d'un écrivain français que j'apprécie) est un livre, comme le titre l'indique, non seulement consacré à la poésie, mais aussi à un territoire, en l'occurrence la Suisse romande.

 

C'est un ouvrage collectif, publié sous la direction d'Isabelle Falconnier et Antonio Rodriguez, dont les auteurs des chapitres sont, par ordre alphabétique:

 

Béatrice Bonhomme, Alice Bottarelli, Laurent Cennamo, Sylviane Dupuis, Isabelle Falconnier, Gustavo Guerrero, Doris Jakubec, Christine Le Quellec Cottier, Camille Laura Logoz, Jean-Paul Louis-Lambert, Jérôme Meizoz, Antonio Rodriguez, François Rosset, Patrick Vincent et Jeanne Wagner.

 

Chaque chapitre de cet espace poétique comprend un itinéraire suggéré, une introduction pertinente et de larges citations des poètes choisis.

 

Cette vallée lyrique est décomposée en sept lieux (au sens large), des lieux inspirés aurait dit Maurice Barrès:

 

- La Riviera, chants romantiques et populaires avec Lord Byron, Victor Hugo, La Fête des Vignerons (dont la douzième édition, depuis 1797, se déroule en ce moment, depuis le 18 juillet jusqu'au 11 août)

 

- Le Valais, dernier éden avec William Wordsworth, Rainer Maria Rilke, Maurice Chappaz et Corinna Bille

 

- Lausanne, de collines et de rêves avec Sainte-Beuve et Adam Mickiewicz, Thomas Hardy, Anne Perrier

 

- Vaud, ou la quête poétique d'un sol avec Alphonse de Lamartine, Gustave Roud, Jacques Chessex et Philippe Jaccottet, Jean Villard-Gilles

 

- Genève, à la jonction du monde avec Jorge Luis Borges, Pierre Jean Jouve, Georges Haldas et Nicolas Bouvier

 

- Fribourg, les voix reliées avec Pierre Voélin et Frédéric Wandelère

 

- Envols depuis les monts du Jura avec Alexandre Voisard, Blaise Cendrars, Friedrich Dürrenmatt

 

Ce magnifique livre est illustré par des images (cartes, photographies et tableaux) et par des dessins de Marco De Francesco.

 

Les poètes ci-dessus, comme le dit Antonio Rodriguez dans son avant-propos, sont aussi bien des poètes de passage que des poètes de la région et sont des figures littéraires des XIXe et XXe siècles, et même du début du XXIe.

 

La Suisse romande est décidément une formidable région qui permet de saisir combien un ancrage au sol s'inscrit dans une circulation mondiale, comme l'écrit également Antonio Rodriguez dans son avant-propos.

 

En ce premier jour du mois d'août, voici une seule citation poétique, mais elle est de circonstance, à plusieurs points de vue:

 

Ils conspirent au centre de l'Europe

Le fait remonte à 1291

Il s'agit d'hommes aux origines différentes, qui professent des religions différentes et qui parlent des langues différentes.

Ils ont pris l'étrange résolution d'être raisonnables.

Ils ont décidé d'oublier leurs différences et d'accroître leurs affinités.

 

(Jorge Luis Borges, Les conjurés, Gallimard, 1999)

 

Francis Richard

 

Le poème et le territoire, Isabelle Falconnier et Antonio Rodriguez, 224 pages, Les Éditions Noir sur Blanc

 

Livre qui procède du même esprit:

Lausanne, promenades littéraires, Isabelle Falconnier, Daniel Magetti et Stéphane Petermann (2017)

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31 juillet 2019 3 31 /07 /juillet /2019 16:50
Rwanda, de Philippe Bonvin

Durant cent jours (du 7 avril au 17 juillet 1994), près d'un million de personnes, majoritairement des Tutsis, ont perdu la vie au Rwanda. Ce fut le génocide le plus rapide de l'histoire.

 

Ce recueil de poèmes est né d'une rencontre en Afrique de l'Ouest entre Philippe Bonvin et une femme rwandaise, Charlotte, qui lui a transmis l'amour de son pays malgré les larmes qui coulaient sur ses joues.

 

Comment trouver le ton pour parler de l'inimaginable auquel peut conduire la haine des hommes, sinon en employant le langage de l'amour, qui n'a pas besoin d'emphase et auquel siéent sobriété et mots sans détours.

 

I Pendant

 

Ce qui caractérise un génocide, c'est d'avoir été planifié:

rien n'était laissé au hasard

tout avait été prévu

depuis longtemps

 

Auparavant les victimes et les bourreaux étaient amis, comme étaient frères Caïn et Abel:

dans l'enfer

les voisins d'hier

sont devenus

des inconnus

des violeurs

des monstres

 

Le but des uns est de faire des autres disparaître

toute trace

de leur passage

de leur existence

 

en faisant la fête... et en prenant son temps:

Ceux qui demandaient

à leurs bourreaux

d'être achevés

rapidement

recevaient

injures et moqueries 

 

Quand on hait, on compte. Les bourreaux comptent:

pour être considérés

et récompensés

ils devaient justifier

cent cadavres

 

et ne respectent rien ni personne.

 

II Après

 

Comment ne pas être ému que les victimes pardonnent à leurs bourreaux?

 

Comment ne pas être ému de voir:

ces femmes

élever

amoureusement

leurs enfants

nés de la barbarie

de leurs tortionnaires

 

Comment trouver les mots devant les atrocités commises:

face à cette inhumanité

je reste aphone

 

Comment se fait-il que le monde ait ignoré les cris des victimes? 

 

Comment vivre après ça:

mes rêves sont des cauchemars

mes murmures des cris

j'aimerais être mort

 

Piètre consolation:

ils n'auront pas réussi à tout détruire

 

Francis Richard

 

Rwanda, Philippe Bonvin, 80 pages, Éditions Encre Fraîche

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7 juillet 2019 7 07 /07 /juillet /2019 15:30
Fête des Vignerons 2019 - Les Poèmes, de Stéphane Blok et Blaise Hofmann

la Fête des Vignerons, organisée sur la place du Marché de Vevey par la Confrérie des Vignerons depuis 1797, aura lieu cette année du 18 juillet au 11 août.

 

Les deux librettistes de cette cuvée 2019 sont Stéphane Blok et Blaise Hofmann. Stéphane fut imposé à Blaise, et réciproquement... et ni l'un ni l'autre ne l'a regretté.

 

Le livret a été coédité par Zoé et Bernard Campiche Éditeur. Il permet de se préparer au spectacle et permettra de s'en souvenir.

 

Dans sa préface Stéphane dit:

 

L'homme est la nature, la nature est l'homme.

 

Dans la sienne Blaise précise:

 

La nature: La terre, le lac, ce fleuve qui fait le lien entre un glacier et la mer, l'ai pur, la bise, le vent, le soleil, la lune, les étoiles.

 

L'homme: Les vignerons qui parlent le mieux de l'interdépendance de la terre et du ciel sont ceux qui travaillent dans le respect de la nature.

 

La tradition, dit Stéphane, nous relie à avant, à après, à maintenant.

 

Le défi de cette création, dit Blaise, est: s'affranchir d'un régionalisme trop exigu, d'une référence identitaire paralysante, tout en évitant l'extrême opposé: enfanter une grande production hors-sol.

 

La gageure était donc d'être à la fois temporel et intemporel, enraciné et universel: pari tenu.

 

Les poèmes sont les paroles de la Fête, mises en musique par Jérôme Berney, Maria Bonzanigo et Martin Villard.

 

Ces poèmes parlent

de la nature, c'est-à-dire de la vigne (de ses pleurs, de ses bourgeons, de sa feuille),

du vigneron (des vendanges, de la taille, de l'arrache, de la protection de la vigne),

de la terre,

des trois soleils de CF Ramuz  qui brillent en Lavaux (le soleil lui-même, les murets chauffés et le reflet des rayons sur le lac),

de l'eau,

des saisons (de la longue nuit de l'hiver)

et de l'homme (de ses cartes, de ses faux-chevaux, du petchi et de noces)...

 

Certains poèmes n'ont pas été intégrés au spectacle final, ou que partiellement: ils se trouvent à la fin du livret.

 

Blaise y parle notamment de Noces vigneronnes:

 

Pour sa vigne, rien n'est trop beau, ni trop cher.

Il a des gestes câlins, une bouche attendrie,

il la choie, il la bichonne,

la chouchoute, la pouponne...

 

Comme un pleur, comme un bourgeon,

comme un printemps... Épouser un vigneron.

 

Stéphane y attend notamment Le beau temps:

 

Lorsque le raisin sera mûr

Il nous faudra nous hâter

Lorsque tous les grains seront mûrs

Nous hâter de vendanger

 

En attendant le beau

Je garde espoir et les doigts croisés

En attendant le beau temps qui

Je sais ne devrait plus tarder

 

Grâces soient rendues aux deux éditeurs, puisque ces poèmes ne sont plus inédits...

 

Francis Richard

 

Fête des Vignerons - Les poèmes, Stéphane Blok et Blaise Hofmann, 176 pages, Zoé et Bernard Campiche Éditeur

 

Livres précédents de Stéphane Blok:

Le Ciel identique, Bernard Campiche Éditeur (2014)

Les fables de la joie, Bernard Campiche Éditeur (2017)

 

Livres précédents de Blaise Hofmann:

Monde animal, éditions d'autre part (2016)

La Fête, Zoé (2019)

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30 juin 2019 7 30 /06 /juin /2019 16:45
Images d'Irlande, de Monique Saint-Julia

Il pleut en Irlande. Rivières et fleuves y coulent. Lacs y sommeillent et s'éveillent. L'océan la cerne et l'inspire. Toute cette démesure d'eau de la terre et du ciel est le secret vital de ses verdoiements qui défilent de toute part.

 

Dans ce recueil de textes en prose et en vers libres, comme l'air que parcourent des nuages poussés par les vents, Monique Saint-Julia évoque cette humidité qui imprègne ses Images d'Irlande, pays de brumes, de fièvres et de moiteurs:

Ciel gris où nous puisons

les chants aigus des orages

qui braient, chiffonnent

les tourbières appauvries.

 

Pays sauvage:

A l'infini des landes

les lampes allumées des ajoncs

rochers semblables à des chiens de chasse épuisés.

 

Pays aimé, et choisi, par Déon:

Voici un essoufflé de vent,

des routes enflammées de fuchsias,

où rôdent les poneys du Connemara.

 

Pays de légendes:

Fées, esprits malins, elfes

semblent hanter les terres

tandis que soufflent les vents

rappelant les lamentations des femmes

aux veillées mortuaires.

 

Pays où le ciel, la terre et l'eau sont peuplés d'oiseaux:

hérons, pluviers, cygnes, pétrels, bécasseaux, cormorans, goélands...

 

Avec autant de couleurs, de charmes et de vies, il n'est pas étonnant que l'auteure, poète et peintre, s'y sente comme chez elle:

L'Irlande, il me semble l'avoir toujours connue, tant elle me parle par ses tourbières, par ses lacs, par ses lieux chargés d'histoire: castels, monastères, tours rondes, tombes, Shannon où le ciel prenant parfois la mouche, crache sur lui ses précieux orages.

 

Francis Richard

 

Images d'Irlande, Monique Saint-Julia, 86 pages, L'Aire (à paraître)

 

Livre précédent:

Un toucher de neige (2017)

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14 avril 2019 7 14 /04 /avril /2019 18:30
Sonnet / Soneto, de Bertrand Schmid

Bertrand Schmid prévient le lecteur: il n'est pas poète, il n'est pas physicien, il n'est pas astronome, il n'est pas espagnol. Alors, qui est-il? Un prosateur qui s'efforce de chanter...

 

Et dont les proses sont traduites en espagnol par Martin Schifino. Pourquoi? Parce qu'il n'est pas un francophone qui restreint les lettres à son unique idiome.

 

Il intitule ses proses chantantes, Sonnet/Soneto, parce qu'elles évoquent l'étymologie de cette forme codifiée de poème, sonnet signifiant en effet, tout simplement, petite chanson.

 

La forme que prennent ses proses est celle d'un sonnet géant. Qui comprend, comme de bien entendu, deux quatrains, deux tercets, comme dans tout sonnet classique.

 

Seulement les pieds de ce méga-sonnet sont des paragraphes et les vers de petits chapitres: les quatrains prennent la forme singulière ABAB et ABBA, et les deux tercets ABC.

 

Autant dire que ce méga-sonnet n'est décidément pas traditionnel. Car il ne s'agit pas ici d'homophonies mais de sens. A est féminin, B masculin, et C finalement la fusion des deux...

 

Les prémices de cette fusion se trouvent dès le premier quatrain qui initie au fond la métaphore astrale qui sous-tend l'ensemble de ces proses poétiques et leur donne une teneur intemporelle:

 

Rouge.

 

Le cygne. Bêta. Deux joyaux grecs, deux amants. Deux astres. Deux fulgurances. A l'oeil nu, on les eût dits uniques, mais la lentille les distinguait. On parlait de rotation, il préférait un menuet, avec ses mesures, ses silences, ses révérences.

 

Bleu.

 

Quoi de plus semblable en effet à l'amour et à l'union de deux êtres que Albireo, cette étoile double du ciel, dont le résultat ultime est ce que l'auteur appelle La floraison que porte l'oiseau?

 

Francis Richard

 

Sonnet/Soneto, Bertrand Schmid, 104 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

Ailleurs, Editions d'Autre Part (2011)

La Batrachomyomachie, traduction du grec ancien, Hélice Hélas (2016)

Saison des ruines, L'Âge d'Homme (2016)

Autres ailleurs, L'Âge d'Homme (2017)

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 21:15
Sabiha Berisha Makolli et Shemsi Makolli

Sabiha Berisha Makolli et Shemsi Makolli

Hier, la rencontre organisée à La Datcha par Tulalu!? avec Shemsi Makolli s'inscrivait dans le Printemps de la Poésie.

 

Dans son introduction, Miguel Moura, fondateur de l'association littéraire, souligne la richesse du mélange des cultures.

 

Shemsi Makolli, d'origine albanaise, se prête alors à un échange avec Sima Dakkus Rassoul, membre du comité, d'origine afghane.

Miguel Moura

Miguel Moura

Cet échange consiste à demander au poète ce que lui inspire un mot choisi par l'animatrice.

 

Après quoi, Shemsi Makolli fait une lecture d'un poème en français, tandis que Sabiha Berisha Makolli le lit en albanais, en arrière-fond sonore.

 

(ses poèmes en albanais ne sont pas une traduction de ses poèmes en français; ils sont une création parallèle, parce qu'il est impossible de traduire des poèmes...)

 

Les poèmes qu'il lit sont tirés de son recueil L'anatomie du rêve paru à l'automne 2017.

Sima Dakkus Rassoul, Shemsi Makolli et Sabiha Berisha Makolli

Sima Dakkus Rassoul, Shemsi Makolli et Sabiha Berisha Makolli

Voyage: ce n'est pas seulement un déplacement d'un point à un autre, mais l'occasion de rencontres qui ne sont pas dues au hasard. Ou alors il fait bien les choses...

 

Dans la forêt de mes pensées

Je rassemble mes os exténués

Pour un nouveau voyage

Mais cette fois je repartirai sans mon ombre

Sinon c'est elle

Qui partira sans moi

 

(quand Shemsi Makolli a quitté Pristina pour se rendre à Zurich il y a quelque trente ans, il était prêt à tout perdre, sauf ses cahiers de poésie, son bien le plus précieux)

 

Poésie: ce n'est pas un genre littéraire mystérieux réservé à une élite, mais un moyen de communiquer avec les autres grâce à l'harmonie et la musicalité des mots, un genre destiné au fond aux enfants honnêtes.

 

Tu t'arrêtes tu cherches

Tu voudrais découvrir

D'où tu viens où tu vas

Sans t'émerveiller ni te désespérer

Car c'est ainsi que tu seras poète

Et mon poète

 

Réalité: elle n'est parfois pas supportable, alors il faut s'efforcer de la changer pour qu'elle le devienne.

 

Tout ce que je peux partager avec vous

C'est une bouchée de pain

Que je laisse au coin de ma table

Pour l'enfant affamé

 

Rêve: personne n'est jamais capable d'expliquer un rêve, mais il est nécessaire pour vivre.

 

Toi qui m'est venu comme une brise

Comme une mélodie dans mon sommeil

Je te connaissais depuis des siècles

Sans savoir où te trouver

Ailleurs que dans mes rêves

 

Amour: c'est ce qu'il y a de plus important dans la vie; la haine conduit à l'autodestruction.

 

(le poète préfère dire enamourer plutôt que tomber amoureux...).

 

La mélodie de notre amour

Que cette terre la nourrisse

La renouvelle et l'apprenne par coeur

La rende légère et fluide

Tel le sang dans nos veines

Quand nous demeurons face à face sans parler.

 

Une des personnes de l'auditoire demande si Sabiha Berisha Makolli veut bien lire un poème en albanais. Elle lit Voyage dans cette langue musicale qui viendrait de l'étrusque. Et sa voix mélodieuse lui donne la profondeur d'un chant antique intemporel...

 

A l'automne prochain, paraîtra un nouveau recueil, intitulé L'élégie d'automne. On se réjouit de le lire après avoir entendu un poème, lu par le poète, qui en est extrait...

 

Francis Richard

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 22:25
A l'aube des mouches, d'Arthur Billerey

Le recueil d'Arthur Billerey est dédié à ceux qui salivent tôt...

 

C'est-à-dire à ceux qui prennent un plaisir immédiat et pavlovien à lire ses métaphores.

 

Les métaphores du poète sont souvent jeux avec les mots et joignent donc joyeusement le sourire à l'évocation:

 

les trains font grève l'oiseau

on ne l'entend plus pareil

qui mettra son chant en bouteille

qui en aura le culot?

 

Ou:

 

ta face n'est pas commode

même si elle est à tiroirs

 

Ou encore:

 

laissez-moi vous raconter un fait dix vers

 

Ou bien, dans le même poème:

 

si je pleure je mets les yeux dans le plat

[...]

c'est déjà ça l'union fait l'écorce

 

Car ne faut-il pas tout prendre, même ce qui est grave, avec légèreté?

 

La mort?

 

la mort c'est deux femmes prenant le thé

et je les trouve si belles que je les aime

depuis l'impasse fantôme de mon âme

six pieds sous terre parmi les feuilles mouillées

 

Le temps?

 

les années passent comme les comètes

sans méfiance au-dessus des passages piétons

et l'enfant pousse son enfance

du pied comme un ballon

 

Serait-il poète s'il ne parlait d'amour?

 

j'aimerais prendre ta figure

entre mes mains c'est que les mots

répétés font le futur

 

un petit coin pas cher

où nous dormirons tranquilles

à l'aube des mouches

 

S'il ne dédiait des vers à la femme aimée:

 

depuis que je t'ai vue ma faim

ce n'est plus que de te boire

par les yeux par la bouche

par les mains dans le noir

la caresse ajoute une couche

à quoi servent les loteries

si nos ombres sont bien loties

 

Certains de ses poèmes s'inspirent, nous dit-on en fin de recueil, de poèmes d'Aragon ou d'Apollinaire, d'un roman de Corinne Desarzens (qui a préfacé l'ouvrage) ou d'une citation d'Alphonse Allais. Certes, mais il semble que le poète ait trouvé une tonalité bien à lui, quels que soient les thèmes (d'ainsi va la vie) abordés.

 

Ce court poème le confirme et fait, bien sûr, saliver tôt:

 

le matin vient cruellement

les taureaux de feu décornent le vent

ici ou là je ne trouve plus mes ivoires

et ton coeur d'éléphant tient dans un tiroir

                 

Francis Richard

 

A l'aube des mouches, Arthur Billerey, 104 pages, Éditions de l'Aire

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 22:30
Et l'ombre devient soleil, de Danielle Risse

Dans ce recueil, Et l'ombre devient soleil, Danielle Risse repeint en vers les saisons, éternel recommencement qui rythme la vie et la mort, les joies et les peines:

 

La terre reste promesse de vie

Un jour de plus jusqu'à l'ultime saison

Et l'ombre devient soleil

 

Sur sa palette poétique, la poétesse puise des mots qui changent de couleurs au cours des saisons: lumière, ciel, terre, temps et, bien sûr, ombre et soleil.

 

A ces mots s'en ajoutent d'autres qui éveillent les sens: odeur (qui se décline en fragrance, en senteurs ou parfum), beauté, silence, vent, pluie.

 

L'immense solitude du poète (c'est peut-être elle la source de son inspiration) se conjugue en promeneur solitaire ou en âme esseulée.

 

C'est sans doute cette solitude attentive qui lui permet d'entendre un jet de lumière murmurer l'espérance, de sentir une odeur ouvrir le chemin de l'Éternité.

 

A chaque saison donc ses odeurs et ses bruits, ses lumières et ses teintes, ses souvenirs et ses rêveries. Et ce cycle toujours recommencé a les traits de l'Infini.

 

Chaque saison marque corps et âme de son empreinte:

 

- Le printemps:

Sur fond de bleu

La vie foisonnante renaît

Elle m'accompagne

A travers la fraîcheur matinale

Effaçant l'ombre noire de l'hiver

 

- L'été:

En flânant dans les prés

L'air a une odeur sucrée

Le temps me traverse

Imperceptible

           Dans les multitudes de l'été

 

- L'automne:

Un ciel en demi-teinte

Mêlé de brume et d'ombre

Traverse mon corps

Je sens le froid

            Et pourtant

L'évidence de la vie

            Reste infiniment présente

 

- L'hiver:

Ciel bas

Lumière opaque

Le vent a emporté mes rêves

Dans la verticalité du temps

 

Ce n'est au fond qu'une saison. Car le renouveau du printemps s'annonce déjà:

 

Malgré la brume

Une douceur incertaine

Affleure peu à peu la campagne

 

C'est elle qui nous offre

Légère et insaisissable

           Ce chant d'espérance

 

Francis Richard

 

Et l'ombre devient soleil, Danielle Risse, 76 pages, L'Aire

 

Livre précédent:

Si près des étoiles / Saint-Pétersbourg (2016)

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27 décembre 2018 4 27 /12 /décembre /2018 13:00
L'anatomie du rêve, de Shemsi Makolli

L'anatomie du rêve est un recueil de poèmes bilingue, albanais et français. C'est le poète lui-même, Shemsi Makolli, qui s'exprime ainsi dans les deux langues.

 

Le poème qui inaugure le recueil (que nous ne lirons qu'en français) parle de voyage, mais pas de n'importe quel voyage, un voyage réel, et par la pensée, à travers le temps, historique et littéraire.

 

Pendant son voyage, son ombre le suit par d'autres chemins que le sien:

 

Et je crains qu'elle attende

Un moment de faiblesse

Pour s'enfermer en moi.

 

Arrivé à destination, il décide de ne pas se laisser faire par elle... Est-ce d'ailleurs une destination ou un commencement? Dans le poème suivant, il tente de répondre à cette interrogation adressée à son poète (lui-même?):

 

Tu t'arrêtes tu cherches

Tu voudrais découvrir

D'où tu viens où tu vas

Sans t'émerveiller ni te désespérer

 

Ces deux poèmes sont bien les prémices de ceux qui les suivent. Car il y est question d'enfants affamés ou de monde qui jaunit  comme une feuille d'automne...

 

Ni émerveillement, ni désespoir donc: il ne s'agit pas d'insulter la vie. Peut-être un peu de colère tout de même, ou d'inquiétude, voire de rêverie désabusée.

 

La tentation est pourtant là quand le jour ne succède pas à la nuit, parce que l'enfer vient d'être sorti en cérémonie solennelle 

Du plus profond de notre conscience :

 

Accroché au cintre de l'absurde

Je ne ressemble plus à moi-même.

 

Ce désabusement se retrouve plus loin, avec toutefois le sentiment qui ne se dément pas:

 

Dans les vagues de la vie

Je ramasse le peu qui reste

Morceaux de l'âme

Je les pose en mosaïque céleste

Exposée à la lumière douce

Par amour pour cette terre malade.

 

C'est justement l'amour en poursuite qui éclaire la deuxième partie, titrée Poèmes romantiques, contrepoint confident à la peur de rester en errance longtemps encore:

 

Comme l'extrémité d'une pelote

Tu tires le fil de mon coeur

Rien n'est plus secret pour toi

De tout ce qui m'est intérieur

Comme d'une cruche renversée

Toute ma vie passée

A l'instant se vide.

 

L'amour n'est-il pas illusion? N'est-il qu'un rêve? Et alors? Le poète dit à l'aimée qu'il fait tout pour lui montrer combien il l'aime et que la mort de toute façon n'interrompra pas ce rêve:

 

Là mon voyage va finir à tout jamais

Mais jamais mon rêve de toi.

 

Francis Richard

 

L'anatomie du rêve, Shemsi Makolli, 94 pages, Éditions de l'Aire

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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