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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 10:40

rapport credit suisseLe Crédit Suisse, cette semaine, a publié en ligne une étude sur la Structure de l'économie suisse de 1998 à 2020 ici qui a retenu mon attention.

  

Bien que je méfie de la macro-économie parce qu'elle a tendance à généraliser inconsidérément, je reconnais que les photographies successives de l'économie d'un pays permettent de se faire une idée de son évolution économique.

  

Les deux premières phrases de l'éditorial de cette étude donnent le ton :

  

"Dans les années 2005 à 2008, la Suisse a connu un véritable boom économique et est sortie gagnante d'une crise financière et économique sans précédent. Il y a encore quelques années, personne ne l'en aurait cru capable".   

 

Certes ceux qui dénigrent systématiquement la Suisse pourraient avoir beau jeu de dire que ces propos sont tenus par des économistes de la seconde grande banque du pays et qu'ils sont donc sujet à caution. Seulement les chiffres d'une décennie sont là pour les confirmer.

  

L'étude du Crédit Suisse s'est intéressée aux secteurs secondaire et tertiaire de l'économie qui représentent 95% des emplois.

  

Entre 1998 et 2008 le nombre d'emplois a progressé de 1,3% par an dans l'ensemble de ces deux secteurs avec une croissance de 1,6% par an des emplois dans l'industrie de pointe, 2,2% par an dans les services administratifs et sociaux, 2,2% par an dans l'information, communication, IT et 3,7% par an dans les services aux entreprises. Cette tertiarisation de l'économie caractérise bien les économies évoluées.

  

L'étude divise en quatre périodes les dernières années passées :

  

- 1995-1998 (séquelles de la stagnation des années 1990)

- 1998-2001 (boom dot-com)

- 2001-2005 (effondrement dot-com)

- 2005-2008 (boom des exportations)

  

"L'analyse révèle que c'est surtout dans les années conjoncturelles difficiles (1995-1998, 2001-2005) que les emplois sont transférés de Suisse à l'étranger"

 

La baisse des effectifs, due à la délocalisation, est flagrante, même en dehors de ces années difficiles, dans des branches et des entreprises moins bien positionnées telles que l'industrie textile et l'industrie des machines, qui font partie de l'industrie traditionnelle (-0,4% par an des emplois sur la décennie).

  

L'outsourcing de prestations en Suisse s'est considérablement développé de 1998 à 2008 :

  

"Les services en lien avec le bâtiment ont été très largement externalisés : l'emploi dans la branche "Activités combinées de soutien lié aux bâtiments" a triplé, et les services de nettoyage ont grimpé de 28%, l'"outsourcing" des ménages privés jouant ici un rôle important. L'externalisation de services de surveillance et de sécurité à des entreprises spécialisées a mené à une croissance de l'emploi de 93%. On entend souvent le terme d'IT en lien avec l'outsourcing. En fait, le nombre d'entreprises IT est passé d'environ 7200 à 11100 durant la dernière décennie, l'emploi ayant augmenté de 77%."

  

Cette externalisation a au moins la vertu de réduire les coûts quand l'entreprise spécialisée à laquelle il est fait recours est plus productive que soi.

  

A propos de productivité il faut remarquer que si le PIB par habitant et le pouvoir d'achat sont élevés en Suisse, le PIB par heure de travail y est plutôt faible en comparaison internationale. Cela est dû au fait que :

 

"Le chômage est relativement bas, la participation au marché du travail est élevée et le temps de travail hebdomadaire est long."

 

Comme quoi il faut utiliser les indicateurs avec discernement...Il faut le faire avec d'autant plus de discernement que la productivité du travail n'est pas la même dans toutes les branches. Par exemple :

 

"Certaines branches, notamment celles qui opèrent au sein d'une concurrence internationale, sont extrêmement productives, tandis que la productivité du travail est généralement plutôt basse dans les branches axées sur le marché intérieur."

 

Ce qui, entre parenthèses, confirme ce que disait Frédéric Bastiat du libre-échange...

 

La productivité du travail peut aussi être évidemment d'autant plus grande que les capitaux investis dans l'entreprise en raison de son activité sont importants.

 

Le chapitre de l'étude relatif à la concentration des entreprises montre que tous les cas de figure existent :

 

"Dans les branches concentrées prédominées par des entreprises à fort pouvoir de marché, de nouveaux acteurs essaient de défier les grandes entreprises ou d'occuper les niches que celles-ci ont négligées. Dans les branches fortement régulées [il en existe hélas aussi en Suisse], cela ne peut se faire sans une libéralisation du marché." 

 

Toujours est-il que la branche de l'approvisonnement en énergie, faute de réelle concurrence, a tendance à se concentrer fortement, que la branche financière, qui était fortement concentrée, l'est moins, que celle de la construction, qui s'internationalise, a tendance à se concentrer et celle du IT à s'atomiser.

 

Les auteurs écrivent :

 

"En Suisse, une forte concentration ne pose problème au niveau concurrentiel que s'il s'agit de branches orientées vers le marché intérieur. Dans les branches qui opèrent sur des marchés ouverts et bénéficient d'un libre accès aux marchés, la concentration d'entreprises est déterminante sur un marché qui s'étend à certains segments de l'industrie ou de la branche financière en Europe ou dans le monde entier".

 

J'ajouterai à leurs propos que ce qui vaut pour les marchés extérieurs vaut pour le marché intérieur. C'est le libre accès sur un marché qui permet la concurrence et la concentration n'est qu'un moyen de s'adapter à ce marché, si nécessaire; elle n'est donc pas en soi problématique.

 

L'étude a subdivisé le territoire suisse en quatre catégories de zones :

 

- villes (1%)

- agglomérations (19%)

- zones rurales (58%)

- zones touristiques (22%)

 

Les emplois dans les villes n'ont augmenté que dans les branches de l'énergie (+7.3%), des télécommunications-IT (+11,4%), de la finance (6,1%), des prestataires de services aux entreprises (+44,9%), de l'hôtellerie-restauration (+9,8%) et de l'Etat-action sociale (+22%).

  

Hormis dans l'industrie traditionnelle, les emplois dans les agglomérations ont augmenté dans toutes les branches et particulièrement dans l'industrie de pointe (+18,1%), les télécommunications-IT (+37%), la finance (+25,8%), les prestataires de service aux entreprises (+45%) et l'Etat-action sociale (+27%). 

 

Hormis dans l'industrie traditionnelle, l'énergie et l'hôtellerie-retauration, les emplois dans les zones rurales ont augmenté dans toutes les branches et plus particulièrement dans l'industrie de pointe (+27%), les télécommunications-IT (+38,5%), les prestataires de service aux entreprises (+40,5%) et l'Etat-action sociale (+21,9%).

 

Hormis dans l'industrie de pointe (+12,5%), la construction (14,3%) ou les prestataires de service aux entreprises (+32,4%), les emplois dans les zones touristiques ont peu progressé.

 

Quand c'est possible les activités s'éloignent donc des villes.

 

Je laisse à l'internaute intéressé le soin de lire le chapitre sur la succursalisation par branches d'activité.

 

J'évoquerai pour finir le scénario que les auteurs de l'étude ont échafaudé à l'horizon des 10 années à venir : 

 

"Plus que jamais, notre pays est une valeur sûre pour la main d'oeuvre et les entreprises hautement qualifiées, car il offre une haute qualité de localisation du fait de sa sécurité juridique, de sa stabilité politique et de ses institutions fonctionnelles. Aussi de nombreux étrangers devraient-ils continuer à confier leur fortune aux banques suisses, à délocaliser leurs activités commerciales dans le cadre réglementaire helvétique maintes fois éprouvé et à scolariser leurs enfants en Suisse."

 

Les auteurs en tirent les conséquences :

 

"Compte tenu de la présence de cette main-d'oeuvre hautement  qualifiée et des conditions-cadres favorables, un nombre croissant de sièges d'entreprises internationales s'implanteront en Suisse. Autour d'elles verra le jour un cluster de prestataires de services aux entreprises et de spécialistes de l'information".

 

Ils imaginent ce que deviendront les principales branches :

 

- l'industrie de pointe : "se spécialisera sur les prestations d'ingénierie et développement"

- l'agriculture : "n'endossera guère plus qu'un rôle marginal"

- la production : "les salaires élevés et la persistance du franc fort devraient conduire à une délocalisation encore plus forte

- l'industrie pharmaceutique "demeurera de loin la plus grande branche industrielle"

- la technique médicale et la technologie "cleantech": "nous prédisons la plus forte croissance"

- l'intermédiation financière, les services aux entreprises et de conseil étatiques "devraient jouer un grand rôle"

 

Ce scénario est fort probable compte tenu des tendances que révèle déjà l'étude du Crédit Suisse. Dans cette hypothèse, les auteurs font la revue détaillée de toutes les branches. J'ai relevé, au passage, cette remarque qu'ils font et qui est effectivement de bon augure :

 

"Dans le domaine des services administratifs, la Suisse a fait preuve d'une discipline impressionnante même en période de récession et évité de grossir l'appareil étatique. En comparaison internationale, notre pays dispose d'une administration rationnelle, efficiente et proche des citoyens et le frein à l'endettement constitue un instrument efficace contre le laisser-aller fiscal."

 

Au risque de paraître faire le difficile, je dirai toutefois que la Suisse peut mieux faire et qu'elle ne se portera pas plus mal - bien au contraire - si elle fait maigrir encore son appareil étatique.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 15:45

DepensesPubliques

Il y a un mois, le 1er juin 2010, Contribuables associés ici, l’IREF [Institut de Recherches Economiques et Fiscales] ici et l’Institut économique de Montréal ici organisaient un colloque ici à l’Assemblée nationale française, en présence d’une vingtaine de députés français sur le thème : « Baisser les dépenses publiques : ils l’ont fait, pourquoi pas nous ? »

Il faut dire tout de suite que la France et l’Allemagne n’en prennent pas le chemin comme le montrent la représentation graphique ci-contre en provenance du MEDEF. Et que cela explique les situations dans lesquelles ces deux pays phares de l’Union européenne se trouvent. Ils devront néanmoins se rendre un jour à l’évidence.

Le compte-rendu de ce colloque est instructif. Certes il aurait mérité d’être retranscrit moins littéralement, c’est-à-dire dans un bien meilleur français. Les diapositives illustrant les propos des orateurs manquent également cruellement. Mais, tel qu’il est, il est cependant possible d’en tirer de sérieux enseignements.

Nicolas Lecaussin , de l’ IREF, dans son introduction des orateurs, relève :

« J’ai vu dans le Figaro de ce matin le chiffre de la croissance du 1er trimestre au Canada : plus de 6% […]. J’ai vu aussi les chiffres, les statistiques, les déficits en Suède, c’est à peu près 0%, pas très négatif, donc des chiffres qui sont très intéressants, et ces deux pays n’ont pas été touchés par la crise. Un peu mais pas beaucoup ».

Allan Gustafsson, un des initiateurs de la réforme fiscale suédoise, expose :

« Pendant presque toute cette période-là [depuis 1998] [il y a eu] un surplus moyen de 1,4% [bénéfice budgétaire]. Vous avez une petite période de déficit, 2002-2003, mais on peut comparer cela avec le déficit moyen de l’Europe des Quinze et de la France[…] Mais outre d’avoir dominé les balances budgétaires on a, pendant cette période-ci, aussi baissé les dépenses totales des administrations publiques par rapport au PIB ».

Allan Gustafsson explique que pendant les années 1980 et une partie des années 1990 le déficit budgétaire suédois était très important, qu’il a même atteint 12% en 1994, et que le poids du secteur public est passé de 30% du PIB dans les années 1950 à 65% à la fin des années 1990, ce qui était intenable et comparable à la situation de la Grèce d’aujourd’hui.

Le gouvernement suédois a réussi à baisser ses dépenses publiques en plafonnant le budget global, en se fixant un objectif de résultat budgétaire – un bénéfice de 1%  – , en procédant du haut vers le bas aussi bien dans la préparation que dans la votation du budget.

Mel Cappe, haut fonctionnaire, ancien conseiller spécial du Premier ministre canadien Jean Chrétien, explique qu’après une première tentative de réduction des dépenses publiques opérée par le Gouvernement Mulroney en 1988, celles-ci n’ont été réduites que de 3 à 5%. Plus tard, dans les années 90, à la suite de la crise du peso, qui s’est produite lors de la mise en place de l’ALENA, le Canada a été confronté au cercle vicieux des intérêts de la dette. Pour en sortir l’Etat a réduit ses dépenses. Le résultat ?

« Nous avons eu treize ans de surplus budgétaire ».

Comment y est-on parvenu ? Par « une compression du budget dans chacun des ministères, sauf un : le ministère des Indiens et du Nord qui a augmenté de 9%, [ce] qui était 10% de moins que prévu » Il ne s’agissait pas de petites coupures budgétaires. Ainsi le budget de subventions aux PME a-t-il été diminué de 60%, celui de l’environnement – où l’orateur était sous-ministre – de 35%. Il a fallu licencier des fonctionnaires, geler leurs salaires, leur verser des indemnités salariales pour les aider « à sortir du gouvernement ».

Quelles sont les conditions du succès ? « le leadership du leader », la volonté politique, l’exemple donné par chaque ministre, un « process » interne efficace, l’autonomie laissée aux fonctionnaires pour atteindre les objectifs, la cohérence des messages délivrés et la confiance totale du public obtenue en retour - de quoi faire rêver les hommes politiques français ou allemands :

« Comment expliquer au public que c’est nécessaire de le faire ? Et là, je pense que c’est nécessaire de focaliser sur nos enfants et petits-enfants. Et donc on ne coupe pas parce qu’on aime couper, mais on coupe pour donner la souveraineté budgétaire à nos enfants. »

Les résultats sont là. La crise a été mieux supportée qu’ailleurs : 4,9% de croissance du PIB au dernier trimestre 2009, 6,1% de croissance au 1er trimestre 2010, 70% des emplois perdus en 2008/2009 récupérés déjà.

Jasmin Guenette, de l’Institut économique de Montréal, précise :

« Au Canada, de 1970 à 1993, il y a eu 22 budgets déficitaires consécutifs et, par la suite, le gouvernement a réussi non seulement à boucler son budget et tous les budgets jusqu’à l’an dernier ; mais il a également bouclé son budget en ayant des surplus, année après année, ce qui a permis au Canada notamment de réduire considérablement sa dette […].Je dirais qu’aujourd’hui, au Canada, l’équilibre budgétaire est érigé en dogme […] Le Canada a déposé un déficit budgétaire l’an dernier, même chose pour cette année, mais on voit déjà que le Premier ministre, Steven Harper, mentionne qu’il faut revenir à l’équilibre budgétaire le plus rapidement possible et certaines actions ont été prises en ce sens ; notamment dans un récent discours, il affirmait ne pas vouloir dépenser l’ensemble de l’argent prévu dans son plan de relance ».

Il ajoute :

« De 2000 à 2005, les taxes ont été réduites de 100 milliards de dollars canadiens, et comme le mentionnait M. Cappe précédemment, plutôt qu’un cercle vicieux de l’endettement, les réformes ont entraîné un cercle vertueux des surplus et le contribuable en a profité ».

Conséquences :

« Le Canada est un des meilleurs élèves ; dans la tourmente récente, les banques canadiennes n’ont pas eu à être sauvées par les autorités ; les déficits actuels et la dette, en proportion du PIB, sont les plus bas de tous les pays du G8 et parmi les plus bas du G20 ».

Victoria Curzon-Price, professeur à l’Université de Genève et administrateur de l’IREF, expose la réaction de la Suisse face à la crise :

« « Oh, il y a une crise, oh, il faut se serrer la ceinture ». Tout le gouvernement fédéral plus tous les petits mini-gouvernements cantonaux se sont tous serrés la ceinture ; c’est une évidence. Mais, chose bizarre, on a donc diminué les dépenses, bien sûr, et ensuite on a vu [que] les recettes publiques ont augmenté. C’était très curieux ! D’où, à la surprise générale, l’excédent qu’on a eu. »

Les raisons de cette réaction de la Suisse face à la crise ?

-          « c’est une petite économie ouverte [… ] . Pourquoi stimuler l’économie de nos chers voisins français, allemands et italiens à nos frais ? Donc on préfère garder les sous pour nous ! »

-          « c’est un pays très décentralisé : les deux tiers des dépenses publiques se situent au niveau des cantons et des communes.[…] [Les Etats qui composent cette Fédération] – il  y en a 26 – [se] font une concurrence institutionnelle et fiscale acharnée. »

-          « les citoyens suisses […] bénéficient d’un droit d’initiative populaire pour lancer des référendums […]. [Ils] ont le droit de lancer une votation […] contre toute proposition de loi qui augmenterait les impôts ».

A lire ces différentes interventions il en ressort que la pensée keynésienne, selon laquelle l’économie peut être relancée par des déficits budgétaires, a heureusement du plomb dans l’aile, deux ans seulement après avoir été adoptée par les mauvais élèves de l’économie que sont aujourd’hui la France, l’Allemagne, l’Italie ou les Etats-Unis.

Avec Alain Mathieu, président de Contribuables Associés, on peut ajouter que baisser les dépenses publiques demande du temps, des objectifs clairs, une volonté politique sans faille, mais qu’une telle politique rencontre finalement l’adhésion du public.

Cette dernière conclusion s’appuie sur la longévité des gouvernements qui ont mis en œuvre une telle politique de baisse des dépenses publiques, aussi bien au Canada qu’en Suède.

En Suisse le problème se pose dans des termes différents puisque le peuple peut prendre la parole et s’opposer à l’augmentation des dépenses. Ce qui incline, au pire, ses dirigeants à freiner l’endettement, d’ailleurs inscrit dans la loi, avant de le diminuer.

Francis Richard

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 19:20

Eric Woerth ministre du travailDemain matin, Eric Woerth [sa photo provient d'ici], devenu Ministre français du travail  le 22 mars 2010, après avoir été le teigneux Ministre des finances de Nicolas Sarkozy [voir mon article La France qu'on n'aime pas: celle d'Eric Woerth et de Martine Aubry ], va annoncer à quelle sauce les futurs retraités français seront mangés. Il leur dira certainement que l'âge de la retraite sonnera plus tard, que les riches paieront davantage, que les années de cotisations seront augmentées, que sais-je ?

  

Il ne leur dira pas la vérité, à savoir que les retraites par répartition ne sont pas réformables et qu'elles sont une véritable escroquerie, basées sur le même principe qui a fait la fortune de Madoff et provoqué sa chute : le paiement des rentes avec les cotisations des actifs jusqu'au moment inéluctable où celles-ci deviendront inférieures aux retraites versées et où elles feront faillite.

  

Pendant ce temps il y a des futurs retraités qui n'ont pas de souci à se faire et pour lesquels il n'est pas question de réforme des retraites : les hauts fonctionnaires européens. Il y a un an Sauvegarde des retraites ici publiait son numéro 27 d'Etudes et analyses de mai 2009, et le consacrait aux "retraites de nababs des hauts fonctionnaires européens" ici, sans émouvoir grand monde, à l'exception furtive du Point, dans un article publié en ligne ici le 19 mai 2009.

  

Pourtant on en apprenait de belles à la lecture de ce numéro, que tous les naïfs europhiles devraient lire, particulièrement les Suisses, qui se font encore des illusions sur ce monstre bureaucratique et fromager qu'est l'Union européenne et qui regrettent que le pays n'y ait toujours pas adhéré. Comme ils en ont montré le triste spectacle lors du duel télévisé qui opposait le 8 juin dernier l'éditorialiste de l'Hebdo Jacques Pilet à Christoph Blocher ici.

 

Qu'apprenait-on dans ce numéro ? Qu'il y a 129 hauts fonctionnaires européens super-privilégiés :

 

- 27 juges, 8 avocats généraux, 1 greffier de la Cour de justice

- 27 juges, 1 greffier du Tribunal de première instance

- 7 juges, 1 greffier du Tribunal de la fonction publique

- 27 magistrats de la Cour des comptes

- 1 médiateur et 2 contrôleurs de la protection des données

- 27 commissaires

 

4 fois 27 : il faut au moins 4 fromages pour chacun des 27 Etats membres... A chaque élargissement de l'Union européenne à un pays supplémentaire au moins 4 fromages de plus sont créés. C'est la multiplication des fromages superétatiques et coûteux pour les contribuables.

 

Tout ce beau monde ne cotise pas un centime d'euro pour sa retraite dorée, cumulable avec la retraite de son régime d'origine, et il lui suffit de 16 années de fonction pour accéder à une retraite à taux plein, soit 70% du dernier salaire. Qui dit mieux ? 

 

Or, sans tenir compte de substantiels avantages familiaux, le salaire mensuel de ces braves gens est de 16'000 à 24'000 euros - 29'504 euros exactement pour l'ancien trotskiste Manuel Barroso - c'est dire qu'une retraite mensuelle comprise entre 12'500 et 14'000 euros sera versée à la majorité d'entre eux. 

 

En France un salarié français du secteur privé touche en moyenne 1'500 euros de retraite par mois après 41 ans de bons et loyaux services... La plupart des hauts fonctionnaires européens peuvent obtenir une retraite mensuelle de cet ordre après avoir seulement accompli 1,5 à 2 années de service.

 

Beaucoup se sont élevés en France contre les parachutes dorés prévus dans les contrats des dirigeants de grandes entreprises. Pas un mot cependant sur les parachutes tout aussi dorés accordés aux 129 hauts fonctionnaires de l'Union européenne.

 

Ces parachutes comprennent une indemnité de déménagement d'un mois de salaire de base, sans compter les frais de déménagement qui sont intégralement remboursés, et une indemnité de transition versée pendant trois ans, qui dépend du nombre d'années pendant lesquelles la fonction a été exercée (elle varie de 40% du traitement de base, si ce nombre est inférieur à deux ans, jusqu'à 65% après quinze années, sans oublier bien sûr d'ajouter les avantages familiaux).

 

Dans "L'Union européenne, une nouvelle URSS ?" de Vladimir Boukovsky , l'auteur remarquait que non seulement les commissaires européens, non élus, au nombre de 27 aujourd'hui, portaient le nom de commissaires, comme les commissaires du peuple soviétiques, mais que plus des deux tiers d'entre eux, il y a 5 ans, étaient d'anciens apparatchiks de partis communistes...européens.

 

C'est pour quand la réforme des retraites des hauts fonctionnaires européens ?

 

Francis Richard 

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 19:25

minimum wage

 

Décidément l'Union syndicale suisse ici manque d'imagination. En réponse à la crise économique elle ne voit qu'une solution : instituer un salaire minimum légal.

 

Voici l'article constitutionnel que la plus grande organisation syndicale faîtière de Suisse a concocté et publié aujourd'hui :

 

Art. 110a Protection des salaires

 

1 La Confédération et les cantons adoptent des mesures pour protéger les salaires sur le marché

suisse de l’emploi.

2 Ils encouragent en particulier à cette fin l’adoption et le respect de salaires minimums

d’usage dans la localité, la profession et la branche dans les conventions collectives de travail.

3 La Confédération édicte un salaire minimum légal. Ce salaire est indexé régulièrement sur

l’évolution des salaires et des prix, dans une mesure qui ne peut être inférieure à l’évolution

de l’indice des rentes AVS.

4 Le salaire minimum légal est applicable à tous les travailleurs et constitue une limite inférieure

contraignante. La Confédération peut édicter des dérogations pour des rapports de travail

particuliers.

5 Les dérogations et l’indexation du salaire minimum légal sur l’évolution des salaires et des

prix sont édictées avec le concours des partenaires sociaux.

6 Les cantons peuvent édicter des suppléments contraignants au salaire minimum légal.

 

Disposition transitoire ad art. 110a (Protection des salaires)

Le salaire minimum légal se monte à Fr. 22.-- par heure. Au moment de l’entrée en vigueur, ce

montant est majoré de l’évolution des salaires et des prix accumulée depuis 2011 conformément

à l’art. 110a, al. 3.

Le Conseil fédéral met en vigueur l’art. 110a au plus tard trois ans après son acceptation par le

peuple et les cantons.

 

L'initiative correspondante sera lancée à l'automne.

 

Le mot-clé employé est protection. Quand une organisation syndicale veut protéger des salariés, elle le fait systématiquement aux dépens d'une liberté. Ce faisant elle obtient l'effet inverse de celui recherché. L'intention est louable, le résultat catastrophique.

 

La liberté qui disparaît ici est celle de contracter librement. On considère qu'un salarié n'est pas assez grand pour se mettre d'accord avec un employeur sur un montant de salaire. On veut donc le protéger, éventuellement contre lui-même.

 

Avec un salaire minimum légal il est interdit à un salarié de travailler à un salaire inférieur, même s'il préfère travailler que pointer au chômage. Il n'a pas le choix. De même il est interdit à un employeur de verser un salaire inférieur au minimum légal. S'il n'a pas les moyens de s'offrir les services d'un salarié au salaire minimum, il sera contraint de renoncer à l'employer tout court ou l'emploiera clandestinement...

 

L'exemple de la France devrait pourtant faire réfléchir. En effet le salaire minimum légal s'est traduit par deux effets pervers : le chômage et l'égalisation par le bas des salaires.  

 

Le chômage en France est à un haut niveau, crise ou pas crise. Au plus bas il se situe à 7,4%, au plus haut à 10,7% au cours des 20 dernières années. Tous les emplois potentiels ne peuvent pas être rémunérés au salaire minimum légal, le SMIC. Disparaissent ainsi tous les emplois qui sur un marché libre de l'emploi auraient été rentables en dessous du SMIC, mais qui ne le sont plus à ce niveau et au-delà.  

 

Pour protéger toujours plus les salariés le salaire minimum légal a augmenté plus vite que l'ensemble des salaires - tentation inévitable des pouvoirs publics pour s'attirer les suffrages des plus nécessiteux. Il en résulte qu'il y a de plus en plus de personnes payées au SMIC en France. En 20 ans le nombre d'actifs payés au SMIC est passé de 10% en moyenne dans les années 1990 à 15% en moyenne dans les années 2000. Au premier juillet 2008 il y avait ainsi 3,4 millions de smicards en France ici , ce qui correspond à un nombre considérable de personnes qui se retrouvent au tout bas de l'échelle sociale...

 

Complètement déconnecté du marché de l'emploi un salaire minimum légal est purement arbitraire. Son indexation sur l'évolution des salaires et des prix ne le rend pas plus justifié sur le plan économique. Il est donc curieux que certains y voient un remède à la crise. Sans salaire minimum légal la Suisse peut se vanter pourtant d'avoir un des chômages les plus bas et un des niveaux de vie les plus élevés du monde occidental.

 

Francis Richard

 

Le dessin qui illustre cet article provient d'ici .

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

Nous en sommes au

667e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 21:45

EuroIl y a neuf jours j'écrivais [voir mon article Le sauvetage de la Grèce est une erreur qui n'épargnera pas l'Euro ] :

 

"Le sauvetage de la Grèce sera immanquablement suivi du sauvetage d'autres pays comme le Portugal et l'Espagne, puis l'Italie, enfin la France, bref tous les pays qui se sont trop endettés et qui accumulent déficits sur déficits depuis des années. Pourquoi ? Parce que le sauvetage de la Grèce crée un précédent. Désormais les autres pays fortement endettés seront fondés à exiger un sauvetage de la part des pays moins endettés après qu'un premier sauvetage aura été accordé à la Grèce, en mettant en avant une solidarité morale, qui en fait n'est pas morale du tout, puisqu'elle a pour conséquence d'encourager les mauvais élèves."

 

Nous y sommes. Et l'Allemagne d'Angela Merkel en sait maintenant quelque chose.

 

Il ne s'agit d'ailleurs plus seulement de sauver la Grèce - en réalité, pour être précis, l'Etat grec, et tous ceux qui en vivent grassement. Il s'agit de sauver l'Euro, qui est pourtant condamné à mort, à plus ou moins brève échéance.

 

Qui pourrait avoir confiance, à terme, dans la monnaie d'échange d'économies que des Etats surendettés, sans volonté de retour, détruisent de plus en plus rapidement, empêchant la création de richesses ? Dans la vraie vie, qui peut avoir confiance et prêter à quelqu'un qui vit au-dessus de ses moyens et qui dilapide ses dernières ressources ? 

 

Il y a neuf jours l'Union européenne et le FMI accordaient des prêts à hauteur de 110 milliards d'euros à la Grèce, c'est-à-dire à l'Etat grec, pour lui éviter la faillite, dont 45 milliards cette année et le solde les années suivantes. J'écrivais :

 

"Plutôt que de rassurer le sauvetage de la Grèce prouvera que l'Union européenne est prête à privilégier ses plus mauvaises économies au détriment des moins mauvaises et qu'en conséquence l'Euro n'est pas une monnaie d'avenir."

 

Le résultat ne s'est pas fait attendre. L'Euro a plongé.

 

Or le plan que vient d'adopter l'Union européenne reste dans cette logique de fuite en avant : on colmate la brèche, mais on ne résout pas le problème de fond. Au contraire on amplifie le problème en utilisant un remède qui aggrave le mal, puisque ce prétendu remède est justement la cause du mal. Ce n'est pas en s'endettant davantage qu'on se désendettera. Or c'est de la monstrueuse dette publique que vient tout le mal.

 

Dimanche, en effet, il a été décidé de constituer une enveloppe de 750 milliards d'euros pour aider tout pays de la zone euro qui serait menacé en raison de sa dette pharamineuse par les méchants spéculateurs et les non moins méchantes agences de notation : 

 

- 440 milliards d'euros de prêts et de garanties de l'Union européenne

- 60 milliards d'euros de prêts de la Commission européenne

- 250 milliards d'euros de prêts du FMI

 

"Des p'tits trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous !" chantait Gainsbourg. "Des grands trous, des grands trous, toujours des grands trous !" chantent les eurocrates.

 

En se comportant ainsi l'Union européenne et son organe exécutif se révèlent être ce qu'ils sont, un syndicat d'Etats en faillite, prêts à venir au secours du plus mal en point, et prêts à impliquer des pays qui ne sont pas encore dedans, tels que la Suisse, via le FMI.

 

Inutile de dire que si tout cet argent devait être mobilisé il ne ferait qu'augmenter le trou abyssal de chacun, que les plans de relance inutiles ont aggravé, sous couvert du pot commun. Cette mobilisation d'argent est rien moins que rassurante. Dans la vraie vie, quand quelqu'un emprunte à l'un pour rembourser la dette précédente à l'autre, que fait-il, sinon de creuser des trous, autrement dit de copier Madoff ?

 

L'Etat est le problème, ce n'est pas la solution, contrairement à ce que veulent faire croire des inconscients, soutenus par des politiciens soucieux de conserver leurs prébendes et de justifier leur existence néfaste. Ce que je disais il y a neuf jours à propos de la Grèce est valable pour la plupart des pays européens, tels que l'Espagne, le Portugal, l'Italie ou la France :

 

"L'économie grecque souffre de réglementations, de passe-droits et de rentes de situation. Il lui faudrait libérer son économie, ce qui passe par une remise en cause des réglementations, une baisse drastique des dépenses publiques et une baisse parallèle des impôts, de telle manière toutefois que l'Etat redevienne bénéficiaire pour diminuer rapidement la dette."

 

A ce moment-là seulement la confiance pourrait revenir chez tous ceux qui ont à coeur, au sein des économies européennes, de gérer au mieux leurs avoirs, qui n'ont rien à voir avec des spéculateurs ni avec des agences de notation, mais qui veulent tout simplement ne pas être spoliés.

 

Francis Richard

 

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661e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 21:45

sauvetage de la GrèceL'Union européenne et le FMI devraient accorder des prêts à hauteur de 110 milliards d'euros à la Grèce, pour lui éviter la faillite, dont 45 milliards accordés en 2010 et le solde les années suivantes. Du moins est-ce ce dont auraient convenu les ministres des finances de l'Union européenne aujourd'hui.

 

Ce sauvetage de la Grèce est une erreur à plusieurs titres :

 

- Ce sont les pays les mieux portants qui vont se porter au secours des plus mauvais élèves de l'économie, comme lorsque sont mis sous perfusion les canards boiteux avec l'argent prélevé par l'Etat sur les entreprises bien portantes. Ce qui a pour résultat dans un cas comme dans l'autre d'affaiblir les mieux portants, qui se porteront donc plus mal. Les pays fourmis souffriront inévitablement des pays cigales. Les prêteurs des pays fourmis considéreront assez rapidement que les risques qu'ils représentent pour eux ont par là-même augmenté, avec les conséquences prévisibles en matière de taux et de montants qu'ils devront dès lors leur consentir.

 

- Le sauvetage de la Grèce sera immanquablement suivi du sauvetage d'autres pays comme le Portugal et l'Espagne, puis l'Italie, enfin la France, bref tous les pays qui se sont trop endettés et qui accumulent déficits sur déficits depuis des années. Pourquoi ? Parce que le sauvetage de la Grèce crée un précédent. Désormais les autres pays fortement endettés seront fondés à exiger un sauvetage de la part des pays moins endettés après qu'un premier sauvetage aura été accordé à la Grèce, en mettant en avant une solidarité morale, qui en fait n'est pas morale du tout, puisqu'elle a pour conséquence d'encourager les mauvais élèves. 

 

- Le sauvetage de la Grèce aurait été obtenu en échange de contreparties de sa part. Le gouvernement grec se serait engagé à réduire son déficit de 14% du PIB aujourd'hui à moins de 3% du PIB en 2014 et à faire des économies de 30 milliards d'euros sur trois ans ici [d'où provient la photo ci-dessus]. Ce qui veut dire que pendant toutes ces années la Grèce augmentera encore sa dette et que les économies promises seront largement insuffisantes à redresser la situation financière du pays. Au fond le sauvetage accordé lui évitera seulement la cessation de paiements aujourd'hui, mais pas la faillite demain. 

 

- Le sauvetage de la Grèce ne l'incitera donc pas à changer fondamentalement son comportement économique. La Grèce a aujourd'hui un Etat hypertrophié, coûteux et complètement inefficace. L'économie grecque souffre de réglementations, de passe-droits et de rentes de situation. Il lui faudrait libérer son économie, ce qui passe par une remise en cause des réglementations, une baisse drastique des dépenses publiques et une baisse parallèle des impôts, de telle manière toutefois que l'Etat redevienne bénéficiaire pour diminuer rapidement la dette.

 

Il vaudrait donc mieux que la Grèce fasse faillite et soit obligée de se réformer elle-même. Evidemment cela passerait par des diminutions de salaires des fonctionnaires plus importantes que celles annoncées, mais surtout par une diminution considérable de leur nombre et par une libération de l'économie telle qu'évoquée ci-dessus. L'économie grecque en pâtirait à court terme - et ce serait certainement douloureux - , mais c'est inévitable. Les autres pays qui se trouvent juste derrière sur la liste des mauvais élèves seraient bien inspirés de se réformer avant d'être contraints de le faire à chaud, comme la Grèce.

 

Quant à l'Euro, il ne sera de toute façon pas épargné. En effet les pays les mieux portants vont pâtir de sa faiblesse, les pays les moins bien portants de sa relative appréciation en regard de leur situation économique. Plutôt que de rassurer le sauvetage de la Grèce prouvera que l'Union européenne est prête à privilégier ses plus mauvaises économies au détriment des moins mauvaises et qu'en conséquence l'Euro n'est pas une monnaie d'avenir.

 

Francis Richard

 

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652e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

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24 avril 2010 6 24 /04 /avril /2010 08:15

MillL'Institut Constant de Rebecque ici a publié hier un article ici sur le célèbre livre de John Stuart Mill. L'auteur de l'article, Richard M. Ebeling, est professeur à l'Université Northwood ici.

 

Richard Ebeling dit pourquoi il est important de relire De la liberté aujourd'hui :

 

"Les gouvernements un peu partout dans le monde cherchent à étendre leur pouvoir sur l'économie et la vie de tous les jours. Où que nous regardions, l'Etat prétend être responsable de la prévoyance vieillesse, du système de santé, de la régulation des affaires. Il voudrait contrôler ce que nous mangeons et surveiller ce que nous achetons. Il forme aussi les enfants et détermine ce qu'ils apprennent. Il subventionne (et influence) les médias".

 

Dans son essai Mill défend la liberté de pensée parce que personne ne peut prétendre détenir la vérité, ou sinon de manière partielle. Seul le débat permet d'approcher de la vérité ou de conforter par la réflexion les éventuelles certitudes que nous pouvons avoir.

 

Mill défend aussi la liberté d'action. Ebeling en explique le fondement :

 

"Chaque personne doit être libre, doit avoir la possibilité de faire ses propres choix, de les tester et d'agir en conséquence pour qu'il soit possible à sa personnalité d'exister et de s'épanouir. En bref, l'être humain doit être libre pour pouvoir être humain". 

 

La limite de la liberté ? "Là où ses actions [celles de l'individu] violent les droits équivalents et la liberté d'un autre être humain". 

 

Pour Mill il y a trois formes de tyrannie :

 

- celle exercée par un seul individu ou par un petit groupe sur le reste de la société

- celle exercée par une majorité sur une minorité

- celle des coutumes et des traditions

 

Les deux premières ont recours à la coercition, au monopole de la force de l'Etat, pour s'exercer. Le pouvoir de la troisième "provient des pressions sociales et psychologiques et du désir de l'être humain d'éviter d'être fui par ceux qu'il voudrait fréquenter".

 

[A ce dernier propos je ne peux que recommander les trois livres suivants de Jean Sevillia :

 

- Le terrorisme intellectuel

Historiquement correct

- Moralement correct

 

Ces trois livres montrent à quel point la liberté de pensée autrement est mise en péril aujourd'hui.]

 

Comment échapper à la tyrannie quelle que soit la forme sous laquelle elle s'exerce ? Richard Ebeling répond :

 

"Ce que Mill ne développe pas à sa juste valeur dans son essai "De la liberté" est le rôle de la propriété privée qui permet à l'individu de poursuivre sa propre voie même lorsqu'il est confronté  aux traditions"

 

En effet poursuit-il :

 

"L'avantage d'une économie libre est précisément que l'individu peut choisir comment il va se faire sa place dans la société d'échange, pour acquérir les choses qui lui permettront de réaliser la vie qu'il estime désirable et d'atteindre ses objectifs".

 

A contrario :

 

"La liberté n'est menacée que lorsque ceux qui n'acceptent pas l'infraction à leurs coutumes font appel à la coercition étatique pour les imposer aux autres".

 

Même si John Stuart Mill n'a pas défendu la liberté sous cette optique de la défense des droits de propriété, son essai  reste, aux yeux de Richard Ebeling, "aussi essentiel et actuel que lorsqu'il parut en 1859", en raison de "la croissance continue de l'Etat" qui caractérise notre époque.

 

Francis Richard

 

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644e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 22:30

ospelL'affaire UBS est à bien des égards exemplaire.

 

L'UBS est une banque qui a grossi démesurément, au point de devenir ce que les anglo-saxons appellent "too big to fail", c'est-à-dire pour dire les choses sans langue de bois "trop importante pourqu'on la laisse tomber". L'Etat est intervenu à l'automne 2008 sous deux formes. Il a prêté de l'argent à UBS qu'elle lui a rendu 9 mois plus tard avec un bénéfice. Il a fait acheter à l'UBS par la BNS - Banque nationale suisse - des actifs "toxiques", à un prix dont on ne sait toujours pas s'il est trop élevé ou non, et si donc les contribuables helvétiques devront mettre un jour la main au porte-monnaie.

 

Sans l'intervention de l'Etat l'UBS serait tombée. Les politiques n'ont pas voulu prendre le risque des conséquences. On ne saura donc jamais si le choix de sauver la banque n'aura pas en définitive était plus coûteux que de la laisser aller à la faillite, ce qui aurait pourtant définitivement résolu le problème de sa taille. Il est paradoxal en effet que d'un côté l'on se plaigne de sa trop grande taille et que d'un autre côté l'on se plaigne qu'elle perde des clients, ce qui se traduit par une cure d'amaigrissement bénéfique, puisque le risque diminue d'autant.

 

L'UBS, qui est dirigée par des salariés et dont le capital est dilué, n'est pas une banque capitaliste au sens propre du terme. Elle n'en est que la caricature. Quand tout va bien les dirigeants font ce qu'ils veulent et récompensent les actionnaires, pour la confiance qu'ils ont placée en eux, en leur versant des dividendes. Quand tout va mal l'Etat intervient et sauve la mise aux actionnaires, alors que ce sont eux, en principe, qui doivent assumer les conséquences du mauvais choix des dirigeants qu'ils ont mis à la tête de l'entreprise. En somme ils ont limité leurs pertes avec l'argent des contribuables. Ce qui est douteux du point de vue moral.

 

Cet après-midi les choses ne se sont pas passées tout à fait comme prévu à l'assemblée générale des actionnaires de l'UBS ici, encore que beaucoup d'observateurs se doutaient bien que deux des points de l'ordre du jour soumis au vote des actionnaires se traduiraient par des votes serrés, plus serrés que d'habitude.

 

Si le Conseil d'Administration actuel a été largement reconduit dans ses fonctions et s'il a été donné largement décharge des comptes pour les exercices 2008 et 2009 aux hauts dirigeants de la banque - Conseil d'Administration et Directoire -, le rapport de rémunération n'a été approuvé que par 54,72% des votants et la décharge des comptes pour l'exercice 2007 a été refusée par 52,75% des votants.

 

Le rapport de rémunération présenté se traduit par le versement de rémunérations variables à hauteur de 3 milliards de francs au titre de 2009, à comparer aux 10 milliards versées au titre de 2007. L'effort est conséquent. Est-ce le prix à payer pour conserver des salariés hautement compétents ? Certainement, même si cela peut choquer. Les actionnaires, qui savent où se trouvent leurs intérêts, l'ont compris, même si nombre d'entre eux se sont laissé séduire par les sirènes populistes, qui savent où et comment exciter l'envie.

 

Que signifie le refus de la décharge des comptes pour l'exercice 2007 ? Cela risque d'être purement symbolique. Certes, à compter d'aujourd'hui, les actionnaires disposent d'un délai de cinq ans pour intenter une action judiciaire civile contre les hauts dirigeants qui se trouvaient à la tête de la banque à l'époque, mais cela demande beaucoup d'argent. Il y a donc peu de chance qu'une telle action soit lancée par eux.

 

Le Conseil d'Administration actuel pourrait le faire, mais d'une part cela restera tout autant coûteux pour lui, d'autre part c'est lui qui a souhaité que la page soit tournée. C'est pourtant la banque qui dispose de toutes les données pour engager une telle action. Le président du Conseil d'Administration d'UBS, Kaspar Villiger, ne semble pas disposé à agir dans ce sens. Il serait regrettable que la banque ne poursuive pas parce que cela aurait au moins le mérite de faire la lumière sur les décisions néfastes prises par les dirigeants d'alors de la banque, tels que Marcel Ospel [photo ci-dessus, qui provient d'ici].

 

Un libéral ne peut s'offusquer que les reponsabilités, sans lesquelles il n'y a pas de libertés, soient recherchées. Il est vraisemblable qu'une commission d'enquête parlementaire saura pallier à l'éventuelle défection de la banque, mais elle ira au-delà des responsabilités au sein de la banque et se penchera certainement sur l'intervention que l'Etat a faite pour la sauver. Ce qui promet quelques déballages...  

 

En tout cas cette crise aura eu du bon :

 

"Avant la crise, l’UBS représentait cinq fois le PIB du pays, après la crise, elle représente encore trois fois ce PIB, a expliqué à la radio romande le directeur de la fondation Ethos Dominique Biedermann" ici

 

Dominique Biedermann est pessimiste. Tentons d'être optimiste. On peut en effet tout aussi bien dire :

 

"L'UBS ne représente maintenant plus que trois fois le PIB du pays..."

 

Francis Richard

 

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634e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

 

Max Göldi

  

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 10:00

Flat-TaxParmi les libéraux les avis divergent sur le bienfondé de la « flat tax » [voir mon article La flat tax est efficace, mais est-elle équitable ? ].

Certains considèrent tout impôt comme un vol. Peu importe pour eux le mode de calcul, il ne change rien à l’affaire. Il faut surtout réduire les dépenses publiques pour aboutir à la suppression totale de l’impôt sur le revenu et même de tous les impôts non consentis.

Certains autres considèrent qu’il faut être pragmatique et que, pour dégraisser les mammouths étatiques, le mode de calcul de l’imposition n’est pas neutre. Dans la configuration d'une « flat tax », comme tout le monde subit le même taux d’imposition, tout le monde a intérêt, en définitive, à ce qu’il baisse.

Quoi qu’il en soit, la « flat tax » n’est-elle pas tout simplement une construction intellectuelle, pour tout dire inapplicable et inappliquée ? Il faut tout de même dire que des pays de l’est européen l’ont adopté, mais qu’à ma connaissance les Etats les plus mammouths, situés à l’ouest, n’y songent même pas.

L’histoire de l’adoption de la « flat tax » par un canton suisse montre qu’il ne s’agit pas d’une construction intellectuelle quand la situation paraît désespérée, même si cet exemple reste unique en Suisse. En effet, il n’y a guère, le demi-canton helvétique d’Obwald était considéré comme un enfer fiscal, qu’il fallait à tout prix fuir pour s’établir sous des cieux cantonaux plus cléments de la Confédération.

Voilà bientôt cinq ans que les autorités d’Obwald ont décidé  de décourager l’évasion fiscale en baissant les impôts pour les plus riches. Le contraire du modèle suivi par les mauvais élèves de l’économie que sont l’Italie, la France ou l’Allemagne, qui préfèrent traquer leurs évadés du fisc plutôt que de les dissuader de s'échapper en étant moins confiscatoires.

En décembre 2005, 86% des électeurs de ce demi-canton approuvaient par référendum la loi fiscale cantonale instituant un impôt dégressif pour les revenus imposables annuels supérieurs à 300 000 francs ou pour les fortunes de plus de 5 millions de francs. Cette hérésie fiscale, même en Suisse, devait être de courte durée.

Trois citoyens d’Obwald, encouragés par le POP, parti communiste suisse, devaient faire recours contre  cette loi devant le Tribunal fédéral, la juridiction suprême helvétique. Le 1er juin 2007, la loi fiscale d’Obwald était considérée comme anticonstitutionnelle par les juges de Monrepos, à Lausanne, où siège la plus haute instance judiciaire suisse.

Selon les juges, à six contre un, cette loi fiscale cantonale ne respectait pas l’article 127 alinéa 2 de la Constitution qui dit :

« Dans la mesure où la nature de l’impôt le permet, les principes de l’universalité, de l’égalité de traitement et de la capacité économique doivent, en particulier, être respectés ».

La Constitution fédérale ne dit pas comment respecter la capacité économique. Elle ne dit pas si l’impôt doit être progressif, constant ou dégressif. Implicitement elle dit que les plus riches doivent payer davantage que les plus pauvres.

Or un simple calcul montre que l’esprit de la Constitution est bien respecté dans le cas d’un impôt dégressif à partir d’un certain seuil : les plus riches payent davantage que les plus pauvres. Elles donnent donc tort aux juges fédéraux, qui, comme nombre de juristes, ne savent pas compter, mais ont toujours légalement raison.

Ainsi, n’en déplaise aux juges fédéraux, avec cette loi cantonale, considérée par eux comme anticonstitutionnelle, un contribuable  qui avait à l’époque un revenu annuel d’un million de francs payait en impôt deux fois et demi plus qu’un contribuable qui avait un revenu annuel de 300'000 francs.

La réaction des autorités d’Obwald ne s’est pas fait attendre. En octobre 2007 le parlement de ce courageux demi-canton adoptait une loi qui instituait une « flat rate tax ». Quelle que soit la catégorie de revenu, le taux d’imposition était désormais le même, soit 1,8% et la déduction opérée sur le revenu imposable était la même pour tous les contribuables, soit 10'000 CHF.

Reste que ce qui est possible pour un petit canton, peuplé de 33'000 âmes, ne l’est peut-être pas si facilement pour un canton, voire un pays plus vaste et plus peuplé. Car il faut convaincre une large majorité, proche du consensus, pour qu’il y ait réel consentement de la population et réussite du changement.

Francis Richard

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619e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 12:50
mammouthDans un récent article, à propos de la situation catastrophique de la Grèce, Vincent Bénard est revenu sur la flat tax ici. Selon lui la flat tax, l'impôt proportionnel, permettrait à l'Etat grec de redresser ses finances. La flat tax a permis à plusieurs pays de l'est européen ici de résoudre efficacement leurs "problèmes de fraude fiscale massive et de rentrées fiscales médiocres" et permettrait à la France de devenir un paradis fiscal ici.

Prenant l'exemple français justement Vincent fait le constat suivant :

"La plupart des impôts progressifs actuels sont truffés de niches fiscales qui avantagent les gros contribuables, et si ces niches sont insuffisantes, ces mêmes gros contribuables ont souvent les moyens de pratiquer l'évasion fiscale. Ainsi, en France, dans les dernières années précédant la crise, le produit de l'impôt sur le revenu a-t-il été égal à seulement un peu moins de 7% des sommes déclarées (sept, pas une faute de frappe), alors que les taux marginaux se situent encore à 40%, après avoir dépassé les 50% au début du millénaire."

A partir de là il développe sa démonstration :
 
"Imaginez que l'IRPP français actuel soit remplacé par un impôt frappant les revenus actuels à 7% mais sans la moindre niche fiscale: il est évident que tous ceux qui aujourd'hui ont intérêt à frauder le fisc, ou à limiter leur travail productif, ou leur investissement à risque, trouveraient de nouvelles incitations à changer de comportement vis à vis du fisc. Quand bien même ceux qui sont exonérés pour cause de revenus insuffisants le resteraient, un taux de 10% suffirait à faire rentrer, sur le papier, autant d'argent qu'aujourd'hui dans les caisses publiques. Et sans doute beaucoup plus, comme les expériences de tous les pays de l'est l'ont montré."

Il ajoute que si la Grèce adopte la flat tax :

"Cela ne doit pas inciter le gouvernement grec à ajourner ses coupes dans les dépenses publiques."

Cette coupe dans les dépenses publiques y serait rapidement demandée par les contribuables eux-mêmes. Une fois instaurée dans un pays, la flat tax n'est pas seulement un bon moyen fiscal d'en rétablir les finances, mais un bon moyen de dégraisser le mammouth [la photo ci-dessus provient d'ici], du moins dans un pays démocratique.

En effet tout le monde étant logé à la même enseigne dans un tel pays, tout le monde a intérêt à ce que le taux de la flat tax, ou imposition proportionnelle, y soit le plus faible possible. Toute augmentation des dépenses publiques se traduisant par une augmentation du taux et inversement. Dans les pays où sévit l'imposition progressive c'est, d'expérience, le contraire. Les contribuables les moins riches ne s'opposent pas à l'augmentation des taux marginaux qui frappent les plus riches.

Une étude publiée hier par l'Institut Constant de Rebecque ici le confirme et va plus loin. L'auteur, Victoria Curzon Price, professeur honoraire de l'Université de Genève et présidente de ce remarquable institut, y traite "de l'équité de l'imposition proportionnelleici

Après avoir rappelé qu'il existe trois sortes d'impôt sur le revenu - par tête, à taux fixe, à taux progressif -, Victoria fait le constat suivant :

"Bien que personne ne semble regretter que le riche et le moins riche paient un prix identique pour une baguette de pain, ou un même émolument pour un service de l'Etat (comme le renouvellement d'un passeport), tout le monde semble considérer que le riche doit contribuer plus que le moins riche au financement de l'Etat".

Friedrich Hayek explique pourquoi dans la Constitution de la liberté. Cela tient à la tradition culturelle du partage. A l'origine l'homme était nomade, vivait en groupe et le groupe se partageait le produit de la chasse. Quand l'homme s'est sédentarisé et est devenu agriculteur, la propriété privée est apparue :

"Sans la propriété privée, il n'y aurait pas eu d'échanges, sans échanges pas de division du travail et sans division du travail, pas de villes, pas de civilisation." 

Les deux principes antagonistes du partage et de la propriété privée coexistent depuis.

Victoria souligne la différence qu'il y a entre partage obligatoire et partage volontaire, mais surtout entre les deux principes de redistribution :

"Le principe de redistribution faible, pour l'aide aux personnes nécessiteuses et le principe de redistribution forte pour l'égalité des chances et la volonté de garantir des conditions de vies minimales pour tous.

Or cette dernière redistribution "ne peut pas maintenir les motivations nécessaires aux actions entrepreneuriales sur le long terme", avec toutes les conséquences néfastes pour tout le monde. C'est pourtant la direction qu'ont prise les démocraties occidentales au cours de la dernière petite centaine d'années.

Il est clair que l'imposition à taux progressif conduit à une redistribution forte et qu'elle est clairement "dirigée contre les entrepreneurs les plus prospères (c'est-à-dire ceux qui rendent le plus de service à la collectivité) et est utilisée en faveur des moins imaginatifs et des moins actifs." 

Demande-t-on leur avis à la minorité des plus riches ? Non. L'imposition à taux progressif est décidée par la majorité du plus grand groupe - celui des moins riches - contre l'avis du groupe minoritaire - celui des plus riches -, qui n'a pas voix au chapitre. Il y a incontestablement abus de pouvoir de la majorité et violation de l'Etat de droit :

"Elle prend de force ce qui est légitimement la propriété de quelqu'un".

L'imposition à taux progressif ne peut donc être équitable. Il est possible d'imaginer, sans peine, ce que serait le choix des plus riches entre une redistribution forte et une redistribution faible. Ils se prononceraient naturellement et justement en majorité en faveur de la seconde.

Victoria rappelle que "lorsqu'un individu est rémunéré pour ses efforts, le fruit de son travail devient sa propriété légitime" et qu'"une société dans laquelle l'incertitude ou la discrimination systématique des plus entreprenants et des plus prospères prévalent ne peut que péricliter à long terme". L'Etat de droit, qui "assure à chaque individu un traitement égal devant la loi" est là pour empêcher les interférences imprévisibles, pour reprendre l'expression de Hayek, que sont l'expropriation arbitraire, l'emprisonnement ou la perte de vie.

L'imposition proportionnelle serait équitable, puisqu'au moins elle ne violerait pas l'Etat de droit. Certes elle conduirait mécaniquement à une redistribution faible, mais :

"Il y a [...] de bonnes raisons de penser que [l'aide aux personnes nécessiteuses] serait réalisée plus efficacement au niveau local, avec l'aide de fondations caritatives financées volontairement , que par une bureaucratie centralisée".

Cette aide pourrait "s'avérer efficace et trouver l'approbation des plus riches". 

En Suisse, par exemple, la flat tax respecterait même la Constitution fédérale qui "stipule que chacun doit contribuer aux finances publiques selon sa "capacité économique"". Enfin elle permettrait de remplir l'"obligation de rester vigilants face à l'imprévisible" : 

"Il nous faut des entrepreneurs alertes et certains d'obtenir une juste récompense à leurs efforts pour nous aider à résister aux crises imprévues".

En conclusion :

"La défense de l'imposition proportionnelle s'apparente donc plus ou moins à celle de la liberté. En fin de compte, il s'agit ni plus ni moins d'assurer les conditions de la survie de notre civilisation".

Francis Richard

Pierre Garello, professeur d'économie à l'Université Paul Cézanne d'Aix-en-Provence, le 15 mars dernier, parle lui aussi de la flat tax : 



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609e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 
 

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 22:30
évasion fiscaleLe secret bancaire de la Suisse a été mis à mort sous prétexte qu'il favorisait l'évasion fiscale de tous les pays du monde : c'est la version officielle qui arrange tout le monde. La Suisse est le bouc émissaire idéal. Il suffit d'écouter ce qui se dit sur elle et qui relève pourtant de préjugés éculés. 

Dans la vraie vie la Suisse, dépourvue de ressources naturelles, doit sa richesse au travail, au sérieux, à l'honnêteté, à la créativité de ses citoyens et de ses résidents. Dans la vie imaginaire elle détourne, dans l'ombre, l'argent des contribuables du monde entier et sa richesse insolente résulte de ce détournement.

Myret Zaki dans son dernier livre publié aux éditions Favre ici montre que la Suisse est tombée dans un piège. Les pays anglo-saxons ont en fait gagné la bataille de la gestion de fortune mondiale en tuant le secret bancaire helvétique, qui ne s'appliquera bientôt plus qu'aux citoyens suisses - lesquels, d'ailleurs, dans leur grande majorité ici , surtout parmi les 15-34 ans, le plébiscitent toujours :

"Le marché de l'évitement d'impôts, d'ampleur gigantesque, est désormais contrôlé par les juridictions anglo-saxonnes et leurs instruments phares que sont les sociétés de domicile (sociétés offshore) et les trusts, qui restent aujourd'hui la voie royale, drapée de légitimité, pour éluder l'impôt".

Ce n'est pas un hasard si des Etats américains tels que le Wyoming, le Delaware, le Nevada, des îles telles que les Seychelles, les Iles Vierges britanniques, Jersey, Guernesey, ou Hong Kong ne figurent sur aucune liste noire de paradis fiscaux. Le blanchiment d'argent, qui est devenu impossible depuis longtemps en Suisse, s'y pratique sans frein et sans la moindre réprobation. Le problème n'est donc pas moral mais commercial, économique, financier. 

Les petits évadés du fisc sont les premières victimes de cette mise à mort du secret bancaire, qui permettait l'évasion fiscale à moindre coût, pour les contribuables pressurés des pays voisins. Financièrement, par exemple,  il n'est pas jouable de créer un trust quand sa fortune n'est que de l'ordre d'un million d'euros, fortune moyenne des 3'000 évadés du fisc français, listés par le ministre français des finances Eric Woerth... 

Il est certes difficile d'évaluer la fortune mondiale soustraite au fisc. Si l'on s'en tient aux 7'000 milliards de dollars estimés par le Boston Consulting Group, la fortune placée en Suisse, 2'200 milliards, représente une proportion non négligeable. Mais il est vraisemblable que les 11'500 milliards, estimés en 2005 par Tax Justice Network, soient plus proches de la vérité, selon Myret Zaki, et qu'ils avoisinent les 13'700 milliards, au moment où elle écrit, voire 16'500 milliards en 2010. Dans ces conditions la part de la Suisse devient relativement plus modeste. 

Mais celle des Etats-Unis d'Obama avec leurs 4'000 milliards de dollars estimés d'avoirs étrangers apparaît considérable. Myret Zaki note :

"Washington applique, semble-t-il, un double standard consistant à condamner l'évasion fiscale quand elle est perpétrée par des Américains et à tolérer, voire à encourager l'évasion fiscale étrangère lorsqu'elle profite à l'économie américaine".

Pour les évadés du fisc le secret bancaire et le secret professionnel du banquier ne sont plus ce qu'ils étaient. Les possibilités de lever l'un et l'autre sont de plus en plus nombreuses. La common law anglo-saxonne s'avère plus efficace que le droit civil d'origine romaine. Elle est plus souple et revêt des formes différentes suivant les pays où elle s'applique. Le secret professionnel de l'homme de loi - avocat, fiscaliste, fiduciaire, notaire, expert-comptable - y est totalement intouchable, procurant opacité et anonymat.

Les moyens d'évitement de l'impôt sont multiples. Cela va des comptes bancaires anonymes aux passeports bancaires - on obtient une citoyenneté économique dans un pays peu regardant, qui perçoit tout de même, en échange, une commission de 30'000 à 100'000 dollars -, en passant par les comptes correspondants des banques, par les actions au porteur, par les prêts octroyés par des sociétés-écrans, par les assurances-vie, par les cartes de crédit anonymes - telle la Mastercard Cirrus -, par les numéros de téléphone anonymes, par les adresses postales anonymes, par les comptes bancaires en ligne anonymes, etc.

Les trusts offshore ont la préférence des plus fortunés, c'est-à-dire ceux qui ont une fortune supérieure à 10 millions de dollars. En-deçà les coûts de constitution et de fonctionnement sont prohibitifs. Myret Zaki en rappelle le principe : c'est un contrat privé aux termes duquel le constituant abandonne de manière révocable, ou irrévocable, ses droits de propriété aux mains d'un trustee qui en est le détenteur légal et en assure la gestion, surveillé éventuellement par un protector, au profit d'un ou de plusieurs bénéficiaires.

Initialement prévu pour organiser une succession, le trust est devenu un moyen formidable d'évitement de l'impôt. Ce n'est pas un hasard s'il s'est développé au cours des 30 dernières années :

"Les préoccupations d'ordre fiscal ont pris le devant de la scène pour des catégories de revenus supérieures, en raison des niveaux constamment élevés d'imposition : droits de donation, droits de succession, impôt sur le revenu et sur les gains en capital ont fait grimper en flèche la charge fiscale. Le marché du trust a en particulier profité de l'augmentation, jusqu'à plus de 50%, du taux effectif d'imposition sur le revenu et la fortune en cas de succession dans de nombreux pays riches".

J'ajoute - ce que ne pense pas Myret Zaki, qui semble croire à la justice fiscale - que l'évasion fiscale me paraît être un devoir devant de tels prélèvements confiscatoires. Il n'y a rien de répréhensible à vouloir s'évader des enfers fiscaux que sont devenus les mauvais élèves de l'économie, tels que l'Italie, la France, l'Allemagne ou les Etats-Unis, où l'Etat étend sans cesse ses tentacules au profit des intérêts particuliers d'une minorité et d'une redistribution clientéliste et arbitraire.

Le trust offshore est un formidable instrument d'opacité, grâce à la barrière légale entre le constituant et le trustee, grâce à l'absence d'enregistrement public, grâce aux différents lieux de résidence possibles des parties, grâce à la complexité de la structure, grâce aux possibilités de le transférer sous des cieux plus cléments à la moindre alerte et à la réticence de certaines juridictions à échanger des informations. Sans compter que les trusts revêtent des formes multiples selon les juridictions.

"Le trust est la structure de détention de fortunes qui offre le plus grand potentiel pour échapper à la nouvelle règle mondiale de l'échange d'informations, alors que les trusts détiennent probablement l'essentiel des fortunes déclarées" écrit Myret Zaki. 

Un pactole de 8'000 milliards de dollars, selon certaines estimations.

Pourquoi ?

"Avec les traités actuels", précise Myret Zaki, "il n'est possible de faire une demande d'entraide qu'à la condition d'être en possession du nom précis du contribuable soupçonné. Les soupçons doivent être fondés et les circonstances fiscales précisées". 

L'auteur s'en afflige :

"Le trust, s'il peut être utilisé de façon tout à fait légale, est un dispositif  juridique extrêmement flexible qui offre un potentiel considérable d'abus en matière fiscale. On peut l'utiliser à des fins légales de minimisation fiscale, on peut aussi s'en servir à des fins moins légitimes d'évasion, de soustraction, voire de fraude fiscale".

Ce n'est pas trahir sa pensée que de dire qu'elle appelle de ses voeux la transmission automatique de renseignements.

Les trusts ont-ils un avenir en Suisse ? C'est peu probable. Les banques suisses, en vertu des règles du pays et des lois anti-blanchiment, sont en effet tenues d'identifier toutes les parties d'un trust :

"Aujourd'hui, avec l'affaiblissement du secret bancaire suisse et la fin de la distinction entre fraude et évasion fiscale, les banques helvétiques sont donc en position d'échanger des informations fiscales, via l'entraide judiciaire, au sujet des trusts dont elles détiennent les comptes".

En dépit d'une fiscalité attractive, la Suisse est devenue trop transparente pour intéresser des clients en recherche d'anonymat et qui sont prêts à en payer le prix.

Francis Richard  

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 goldi et hamdani

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 06:45
OCDE SuisseL'OCDE, dont la Suisse est membre, publie tous les dix-huit mois une étude économique sur elle iciL'Etude économique de la Suisse 2009 a paru le 15 janvier dernier. L'Organisation de Coopération et de Développement y fait des évaluations de la situation économique de la Suisse et lui prodigue ses recommandations. En toute amitié.

Si les recommandations sont sujettes à caution, les évaluations ne sont pas complètement dénuées d'intérêt. Tant il est vrai qu'il est plus facile de constater que de donner les conseils qui conviennent pour agir.

Il faut savoir que cette étude est payante et que le site de l'OCDE n'en publie que des extraits. Ce sont donc quelques extraits de ces extraits qu'il me semble intéressant de citer, d'évoquer et commenter.

Dans le chapitre intitulé "Sortir de la crise" l'OCDE ne peut que constater que la Suisse a mieux supporté la crise :

"La Suisse a jusqu'ici mieux supporté l'impact de la crise mondiale que ses principaux partenaires commerciaux, grâce à une spécialisation sectorielle dans des produits manufacturés moins sensible au cycle, au levier financier modéré des emprunteurs nationaux dans le secteur non financier privé, à la résilience du crédit intérieur et à l'absence d'un cycle du logement".

Ce jargon pour dire que les entrepreneurs de Suisse - qui n'a pas de ressources naturelles - ont bien choisi leurs activités, qu'ils ont emprunté sagement et que le marché du logement étant figé il n'y a pas eu place pour la spéculation.

L'OCDE constate également :

"La politique budgétaire prudente menée dans le passé autorisait une relance budgétaire en 2009 et 2010, mais la stimulation a été modeste par rapport aux autres pays de l'OCDE: elle devrait repésenter environ 0.6% du PIB en 2009 et en 2010".

Il est amusant de constater que les rédacteurs n'y voient pas de lien de cause à effet et qu'ils regrettent ce manque d'engagement. Aussi leur keynésianisme les pousse-t-il à approuver davantage la politique monétaire de la Banque nationale suisse qui a "ramené à un taux proche de zéro les taux d'intérêts sur ses opérations de pension" et à conseiller de retirer le dispositif de relance avec précaution, si modeste soit-il, pour ne pas faire retomber le soufflé.

Pour ce qui est de la politique monétaire je renvoie l'internaute à ce que disait Pascal Salin, il y a un an (voir mon article Pour Pascal Salin la crise financière est due à l'interventionnisme ).

L'OCDE  a encore raison quand elle constate:

"Le PIB par habitant de la Suisse est l'un des plus hauts de la zone OCDE et bénéficie de forts taux d'emploi, mais la productivité globale reste bridée par des résultats médiocres dans les secteurs abrités de la concurrence internationale, de sorte que le niveau général des prix des biens et services est encore élevé. Les coûts du logement contribuent plus particulièrement à la cherté de la vie". 

Pour ce qui est du premier point la Suisse n'admet pas le libre-échange dans tous les domaines, à tort. Pour ce qui est du second  point il faudrait certainement ne pas décourager l'offre de logement. L'OCDE en convient, mais recommande d'y parvenir en harmonisant les règles d'urbanisme et de construction des cantons et des communes - le vieux rêve de la concurrence pure et parfaite organisée par l'Etat - et en incitant "les communes à développer les terrains constructibles, par exemple en augmentent le poids des recettes de taxes foncières dans le budget des communes". L'appât du gain étatique en quelque sorte.

Dans le chapitre intitulé "Contenir les risques systémiques émanant des institutions financières de dimensions exceptionnelles", l'OCDE salue l'intervention rapide de l'Etat qui a permis de sauver UBS, ce que le marché, qui est cher à l'Organisation, n'aurait certainement pas permis, résolvant pourtant le problème de sa dimension une fois pour toutes. Seulement d'avoir sauvé un intermédiaire de cette taille a surtout, d'après l'Organisation, maintenu le risque de défaillance.  

Pour limiter la probabilité d'une défaillance il faut donc réguler, arbitrairement, en conséquence imposer des directives en matière de rémunération du personnel, de "ratios d'adéquation des fonds propres" et de capital minimum. Or le risque ne vient pas du manque de régulation, mais de l'assurance que, "too big to fail", l'Etat assure à ces gros intermédiaires financiers un atterrissage en douceur, quoiqu'il arrive et quoiqu'ils aient fait, même si cela mériterait de faillir.

L'OCDE observe qu'en Suisse "les petits établissements axés sur le marché intérieur ont été peu affectés par la crise". Le fait de savoir que l'Etat ne viendra pas à votre secours vous incite à la responsabilité et à la plus élémentaire prudence.

Enfin l'OCDE, cette organisation au service des puissants, pour lesquels il n'est d'autre morale que l'intérêt sans réciprocité, salue que la Suisse ait plus qu'écorné le secret bancaire. Elle salue "ce changement de cap majeur et encourage la Suisse à continuer de mettre en oeuvre cette décision le plus rapidement possible".

Comme on le voit l'OCDE est au service de ses adhérents ! 

Qui dit que les conseilleurs ne sont pas les payeurs ? En l'occurrence ils sont même payés pour vous conseiller...

Francis Richard

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goldi et hamdani
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 21:35

Mardi l'annonce de la fusion-absorption de Sunrise par Orange a fait bruisser les gazettes helvétiques. Ce n'est pas encore fait, mais cela devrait se faire. Déjà en effet elles s'interrogent doctement, telle 24 Heures sous la plume de Philippe Rodrik [la photo ci-contre illustre son article ici] : 

"Y aura-t-il vraiment plus de concurrence avec deux opérateurs qu'avec trois?"

Quelles sont les forces en présence ? Aujourd'hui il y a trois acteurs économiques sur le marché de la téléphonie mobile : Swisscom, Sunrise et Orange.

Swisscom a longtemps détenu le monopole d'Etat de la téléphonie en Suisse, lequel s'est "terminé" il y a près de neuf ans en arrière avec l'ouverture réglementée du marché de la téléphonie mobile, puis plus récemment, quoique partiellement, de la téléphonie fixe. 

A l'époque de cette ouverture, en décembre 2000, l'Etat a mis aux enchères quatre licences et n'a trouvé que quatre enchérisseurs pour concourir, bien que le prix soit finalement modique en comparaison de la pratique étatique des autres pays européens en la matière.

Au bout de deux ans les opérateurs n'étaient plus que trois. Demain ils ne seront plus que deux, vraisemblablement. Encore que l'Etat ait son mot à dire sur la fusion projetée et peut théoriquement la rejeter. La Commission fédérale de la communication (ici) et la Commission de la concurrence (ici)ont en effet cinq mois pour se prononcer.

Il faut savoir que Orange Suisse et Sunrise sont deux entreprises privées. En effet Orange Suisse est une filiale de France-Telecom, dans le capital duquel l'Etat français ne détient plus que 26,7% des actions; Sunrise est une filiale de TDC, qui est détenue à 87,9% par cinq fonds d'investissement spécialisés dans les télécommunications. L'actionnaire principal de Swisscom est toujours la Confédération helvétique, 57%. Qui est donc juge et partie.

Swisscom génère 12 milliards de chiffre d'affaires. Réunis, Orange et Sunrise ne pèseront que 3,1 milliards de francs face au géant des communications suisse, qui aura bénéficié trop longtemps, pour être vraiment menacé, d'une situation de monopole.

Dans le domaine de la téléphonie mobile les fronts sont figés. Swisscom détient 62% du marché avec 5,543 millions de clients à comparer aux 1,850 millions de Sunrise, 21%, et aux 1,566 millions d'Orange, 17%. En terme d'effectifs la disproportion est encore plus grande. Il y a 19704 employés au total chez Swisscom, toutes activités confondues, 1500 chez Sunrise et 1147 chez Orange.

Victor Fingal, dans Le Matin, pense (ici) que "deux opérateurs uniques et de grande taille n'ont aucune raison de diminuer les prix et les prestations".

François Pilet
dans Le Temps ironise (ici):

"Vous aviez aimé le duopole Coop et Migros? Voici celui de la téléphonie mobile. A une différence près. Ce dernier-né promet de régner sur un marché encore plus verrouillé que le premier."

Tous les commentateurs raisonnent comme si la concurrence ne pouvait exister que sur un marché au plus grand nombre possible d'acteurs économiques. Ainsi trois opérateurs seraient-ils mieux que deux, quatre que trois, cinq que quatre etc. Or ce n'est pas le nombre d'acteurs économiques sur un marché qui compte, mais la liberté d'y entrer.

Même un monopole privé n'empêche pas la concurrence. Il ne subsiste qu'aussi longtemps qu'il est le seul à être capable de satisfaire les besoins des consommateurs. Cette situation ne dure en général pas indéfiniment s'il est possible d'entrer librement sur le dit marché.

Comme on l'a vu l'entrée sur le marché suisse de la téléphonie n'a jamais été libre. L'Etat est intervenu en accordant à tel ou tel opérateur une licence, il a protégé l'entreprise dont il est l'actionnaire principal en fixant des règles qui étaient défavorables aux concurrents qu'il lui avait choisis - je pense au dernier kilomètre de téléphonie fixe, qui reste l'offre exclusive de Swisscom aux autres opérateurs -, il peut encore refuser la fusion entre Orange et Sunrise.

Dans ces conditions il est surprenant que l'éditorial de l'AGEFI (ici) de ce jour commence ainsi :

"La création d'un véritable duopole de la télécommunication en Suisse n'est que l'aboutissement naturel d'une situation de concurrence voulue et assumée."

La suite de l'article démentant en grande partie le propos, repris en titre, j'imagine que son auteur a commis un lapsus aggravé... et voulait parler de "situation de non-concurrence voulue et assumée".

Francis Richard 

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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