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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 21:30

L'Union européenne serait libérale...

Il y a trois ans, le 29 mai 2005, les Français ont eu raison de rejeter le projet de Constitution européenne. Mais ils l'ont fait pour de mauvaises raisons. Ils croyaient que ce projet, tout comme l'UE, était d'inspiration libérale, alors qu'au contraire il était, à l'image de l'UE, d'inspiration dirigiste et dictatoriale. 

Fort heureusement la Constitution européenne n'a pas été adoptée, grâce aux Français, et aux Néerlandais, et le Traité de Lisbonne, destiné à la remplacer - et du même tonneau - est bien mal en point, en dépit des gesticulations du président français, Nicolas Sarkozy, dont le portrait pourrait être dressé en super interventionniste. Le peuple irlandais, le 13 juin de cette année (voir mon article Le non irlandais aux eurocrates est un oui aux libertés ), a rendu un fier service à l'ensemble des pays membres en refusant de l'avaliser, cette fois pour de bonnes raisons.

Les Suisses, de leur côté, peuvent se féliciter de ne pas avoir adhéré à cette Union européenne et d'avoir choisi sagement la voie bilatérale. S'ils avaient encore des doutes sur le bien-fondé de leur choix, en dépit des faits qui sont pourtant têtus (voir mon article La voie royale des bilatérales entre l'UE et la Suisse ), le livre écrit par Guy Millière et François Guillaumat sur le cas Microsoft devrait les rassurer définitivement : ils ont fait le bon choix en 1992 en ne s'embarquant pas dans cette galère...

En effet à l'heure où l'interventionnisme a de nouveau le vent en poupe en Europe et aux Etats-Unis (voir mes articles Le marché du crédit hypothécaire perverti par l'interventionnisme  et Avec l'élection d'Obama une grande dépression économique est en vue ), il est impératif de constater les dégâts déjà commis par la version européenne de l'interventionnisme, qui s'est paré des habits du marché pour mieux tromper son monde. Dans Chassse aux sorcières contre Microsoft, livre paru aux éditions Cheminements ( ici ), les Européens, et les Suisses, apprendront comment la Commission européenne, qui assume la direction bureaucratique de l'UE, s'est moquée de l'économie, des droits de propriété et du droit tout court dans le cas Microsoft, devenu "l'affaire Microsoft", affaire emblématique.

Le livre, écrit par Guy Millière, président de l'Institut Turgot ( ici )(1), et par François Guillaumat, directeur éditorial du même Institut Turgot, rappelle d'abord les faits, qui remontent à il y a tout juste dix ans. A l'époque Microsoft a fait l'objet d'une plainte auprès de la Commission européenne, de la part d'un concurrent, pour "abus de position dominante". Plainte suivie trois ans plus tard d'une autre plainte d'un autre concurrent, cette fois pour "vente liée".

La raison économique invoquée par la Direction de la concurrence de la Commission européenne pour infliger des amendes, puis pour obliger Microsoft à révéler ses secrets de fabrication à ses concurrents, est que Microsoft s'est écarté des normes de la concurrence, sous-entendue "pure et parfaite". Laquelle ne serait atteinte idéalement que lorsque les intervenants sur le marché sont en grand nombre et vendent le même produit. En voulant réparer de prétendus dysfonctionnements elle a favorisé des concurrents aux dépens d'un autre.

Cette conception de la concurrence, qui est apparue avec la pensée néo-classique, et qui est celle des instances européennes, et des eurocrates, conduit à l'interventionnisme, pour se rapprocher le plus possible des conditions idéales répondant à cette concurrence improbable et abstraite. Le problème est que dans ces conditions le marché perd les vertus qui lui viennent de la concurrence réelle, laquelle n'est ni pure ni parfaite, mais conduit à la prospérité, en jouant "son rôle de découverte et d'innovation". 

La position dominante de Microsoft sur un secteur de marché "qu'elle a contribué à créer" n'est pas abusive en ce sens que Microsoft "dispose de ses propres inventions et innovations et les commercialise" et qu'"elle n'empêche aucun entrepreneur de disposer de ses propres inventions et innovations, et de les commercialiser". Microsoft "n'a jamais empêché aucune autre entreprise de créer d'autres secteurs de marché ou de lui faire concurrence sur le secteur de marché où elle est installée".

Pour ce qui est de "la vente liée" - on reprochait à Microsoft de vendre Windows Mediaplayer avec Windows 2000, et pour le même prix - les auteurs ont beau jeu de citer le cas du secteur automobile : "Un fabricant de voitures peut ajouter l'air conditionné ou intégrer un système GPS à ses véhicules sans se voir accusé de "vente liée"".

En réalité, contrairement à cette conception poussiéreuse, et surréaliste, de la concurrence, "une entreprise dominante qui quête l'excellence, innove sans cesse, offre d'excellents rapports qualité-prix, un service toujours meilleur et des fonctionnalités toujours plus riches et plus diverses : elle ne se contente pas, pour maintenir sa domination dans un contexte concurrentiel, de servir toujours mieux le consommateur, elle incite ses concurrentes éventuelles à se faire plus radicalement innovantes et créatrices".

Non seulement la Commission européenne a tout faux sur le plan économique, mais elle méprise les droits de propriété qui sont pourtant le fondement de l'économie de marché - dont elle se réclame à tort - et qui permettent de créer la prospérité : "En ayant menacé de confisquer une part importante des profits de l'entreprise si ses propriétaires et gestionnaires ne lui laissaient pas, pour partie se substituer à eux pour prendre certaines décisions, la Commission a menacé, en fait, de confisquer une part de la propriété de l'entreprise si elle ne se laissait pas spolier de ses droits de propriété".

Plus grave encore, dans "l'affaire Microsoft", la Commission européenne - le livre le montre abondamment - n'a pas respecté les droits de la défense, elle n'a pas respecté la présomption d'innocence, elle a modifié les règles au fur et à mesure de l'avancement du dossier, elle n'a pas condamné des actes, mais des conséquences hypothétiques, elle s'est faite procureur et juge. En résumé "elle a violé ainsi les principes fondamentaux du droit".

Les auteurs ont raison de dire que "derrière le traitement subi par Microsoft, c'est le droit de tous les entrepreneurs, de tous les créateurs, de tous les hommes épris de droit et de liberté qui se trouve menacé". C'est pourquoi il faut lire Chasse aux sorcières contre Microsoft. Ce livre explique le malentendu sur lequel a reposé le vote des Français il y a trois ans : ce n'est pas de liberté économique dont ils souffrent, mais d'interventionnite aiguë, dont témoigne, par exemple, l'existence de dizaines de milliers de pages de directives européennes.

Francis Richard   

(1) Guy Millière laisse sa place de président de l'Institut Turgot à Henri Lepage ( ici ).

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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 18:00

Quand "L'évasion de C.B." est sorti, j'en ai fait une recension, le 24 avril dernier, sur Radio-Silence (ici), recension qui n'est malheureusement plus en ligne aujourd'hui, surabondance de mégaoctets sur le site oblige.

Si je reviens sur ce livre que j'ai trouvé très jubilatoire et très fidèle à la vérité, c'est qu'après un moment d'euphorie et nombre d'articles parus dans la presse romande, un silence lourd comme l'or s'est établi à son propos au bout de seulement trois quatre semaines. Il est bien connu qu'il est préférable que l'on dise du mal de vous que de n'en rien dire du tout. Les média, dans un éclair de lucidité, l'ont  compris et font depuis le gros dos. Et certains libraires font de même...

Selon l'éditeur, Slobodan Despot, qui a fait ses classes aux éditions de L'Âge d'Homme - ce qui est une référence -, ce silence est tombé quand les média en question se sont rendu compte que ce livre dérangeant n'était pas seulement un roman à clés, grosses comme des clés de portes cochères, mais une étude très fine du fonctionnement de l'établissement politico-médiatique.

Le révélateur semble avoir été la diffusion, le 4 mai 2008, sur la TSR, du film de Hansjürg Zumstein, La Chute de Blocher, diffusé préalablement sur la DRS - le blog de Janus (ici) s'arrête d'ailleurs provisoirement (?) le lendemain. Il y avait une telle convergence entre le film et le livre dans la reconstitution des événements, qui ont abouti à la non-réélection de Christoph Blocher, que c'en était troublant. Décidément ce livre satirique, inaugurant un nouveau genre, celui de l'"anticipation rétroactive", n'avait pas qu'une facette. Il pouvait se révéler dangereux pour la paix des membres profiteurs du système qui n'arrivent à s'entendre que contre l'empêcheur de tourner en rond.

Cette fine analyse du système en révèle en effet les acteurs dans toute leur nudité et leur absence de vues à long terme. Sans porter de jugement, relatant simplement les faits dans leur crudité, le livre, qui n'épargne personne, fait cependant la part belle à C.B. dont l'intelligence politique est manifeste, et indéniable. Si le livre laisse planer un gros doute sur la volonté délibérée du même C.B. de s'évader du Conseil fédéral, où il a les pieds et les poings liés, il ne laisse aucun doute sur la capacité du conseiller fédéral non-réélu à tourner à son avantage les situations les plus critiques pour lui en apparence, y compris son éviction, devenant une évasion. De là à ce qu'il en soit lui-même l'organisateur...

Au moment où le processus d'exclusion de l'UDC d'Eveline Widmer-Schlumpf est engagé et où le film évoqué plus haut apparaît comme le meilleur des justificatifs, le dialogue entre C.B. et Eveline Schtrumpf, en fin de l'ouvrage, s'avère prémonitoire et le genre nouveau qu'est l'anticipation rétroactive prend alors tout son sens et son sel. Après que C.B. lui a dit que, quelle que soit sa décision, les dés sont jetés et qu'il ne sera de toute façon pas réélu, même si elle n'accepte pas de le remplacer à la tête du Département de Justice et Police, Madame Schtrumpf a en effet ce cri du coeur pitoyable qui, rétrospectivement, éclaire la suite d'un jour bien cru : "Je ne suis donc réellement qu'un pion".

Il faut donc lire et relire ce livre, publié aux éditions Xenia (ici) dont je reconnais humblement n'avoir pas mesuré toute la portée en le lisant goulûment, et d'une seule traite, dans le TGV qui m'emportait de Lausanne à Paris. Il a fallu que l'éditeur mette le doigt sur ce silence, si je puis dire, pour que j'apprécie à la fois le prix de ce silence et celui du livre.

Francis Richard  
 

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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