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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 06:30

Eveline-Widmer-Schlumpf-Le-Temps.jpgL'argent étranger placé dans les banques suisses non seulement n'aura plus d'odeur, mais désormais il sera propre.

 

Le Conseil fédéral en a décidé ainsi pour satisfaire les enfers fiscaux, toujours assoiffés de l'argent frais à vampiriser de leurs évadés.

 

Lors d'une conférence de presse tenue avant-hier 22 février 2012, la présidente de la Confédération et ministre des Finances, Eveline Widmer-Schlumpf, dont la photo provient d'ici a expliqué les grandes lignes de cette décision, dont les détails ne seront connus qu'en septembre prochain. En Suisse il convient de se hâter avec lenteur...pour mieux surprendre.

 

Pour que l'argent placé chez elles soit propre, jusqu'à en être complètement transparent, il faudra que les banques suisses adoptent la fisc attitude et deviennent de redoutables et fins limiers, capables de sonder le contenu des bourses et la provenance de leur contenu.

 

Les banques suisses ne devront en effet pas se contenter de demander à leurs clients de signer une auto-déclaration, selon laquelle ils attesteront qu'ils sont bien en règle avec leurs administrations fiscales respectives. Il faudra encore qu'elles fassent preuve de diligence pour débusquer les fausses auto-déclarations.

 

Le métier de banquier va donc évoluer. Le client étranger deviendra un suspect. Il fera l'objet d'une nette discrimination par rapport aux clients autochtones. Tant il est vrai que l'important dans ce métier c'est l'accueil de l'autre ...et la confiance réciproque.

 

Si on a bien compris le film concocté par le Conseil fédéral, le nouveau scénario de celui-ci comportera deux histoires, qui se dérouleront en parallèle, et réjouira, aux dépens de leurs concitoyens, les vampires des pays endettés jusqu'au cou (grâce à leur mauvaise et obstinée gestion, d'inspiration keynésienne).

 

D'un côté les fortunes des impétrants devront avoir été déclarées à leurs autorités infernales, sinon elles seront repoussées avec dédain. De l'autre les revenus de ces fortunes subiront un prélèvement libératoire à la source, du type de celui figurant dans les accords Rubik conclus provisoirement avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne.

 

Ce scénario ressemble à s'y méprendre à un scénario catastrophe dont les voisins européens de la Suisse sont friands pour exorciser les situations mirifiques dans lesquelles ils se trouvent. Destiné à faire plaisir à tout le monde, il fera surtout frémir : le secret bancaire ne sera plus qu'un secret de polichinelle et les vampires seront incités à demander toujours plus pour étancher leur soif.

 

Francis Richard

 

Cet article est reproduit sur le site lesobservateurs.ch   

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 15:15

Simonetta Sommaruga 24 heuresLa Suisse est membre du GRECO, Groupe d'Etats contre la corruption, créé par le Conseil de l'Europe en 1999, depuis le 1er juillet 2006. Une visite d'experts du GRECO a été effectuée en Suisse du 9 au 13 mai 2011 et a procédé à une évaluation du financement des partis politiques de la Confédération, comme elle l'avait fait auparavant dans 39 des 47 autres Etats membres.

 

Seules, jusqu'à présent, la Suède et la Suisse n'ont pas légiféré en matière de financement des partis politiques.

 

A la demande de Simonetta Sommaruga [dont la photo provient d'ici],conseillère fédérale à la tête du Département de justice et police, un avis de droit a été établi le 10 juin 2011 par l'Office fédéral de la justiceOFJ ici. En conclusion cet avis faisait l'inventaire des questions à se poser en cette matière :

 

- le champ d'application horizontal et vertical de la réglementation

- l'éventuel financement étatique direct

- l'étendue de la transparence

- le plafonnement des dépenses de campagne

- les mécanismes de contrôle

- l'autorité de contrôle indépendante

- la constitutionnalité des mesures proposées

- le caractère plus ou moins contraignant des réglementations internationales

 

L'OFJ considérait donc comme allant de soi qu'il fallait légiférer et ne répondait évidemment pas à la question principale à se poser : est-il bien nécessaire de légiférer ? Ce qui revenait à ne pas se poser cette autre question : la Suisse est-elle un pays moins démocratique que les autres parce qu'elle n'a pas légiféré en la matière ?

 

Le rapport d'évaluation sur le financement des partis politiques suisses établi par le GRECO a été adopté en octobre 2011, lors de sa 52ème réunion plénière, à Strasbourg ici. En conclusion de ce rapport six recommandations ont été faites à la Suisse :

 

- tenue adéquate et complète des comptes pour les partis politiques et les campagnes électorales

- communication des dons reçus d'un certain montant et publication de l'identité des donateurs

- accroissement de la transparence par des tiers

- vérification comptable indépendante des partis politiques et des campagnes électorales

- supervision indépendante du financement des partis politiques et des campagnes électorales

- règles accompagnées de sanctions efficaces, proportionnées et dissuasives

 

Qui l'EEG, l'Equipe d'évaluation du GRECO, a-t-elle rencontré lors de sa visite en Suisse ?

 

"L’EEG a rencontré des représentants de l’Office fédéral de la Justice, de la Chancellerie fédérale, de la Commission des Institutions politiques du parlement et des cantons du Tessin et de Genève. L’EEG a également rencontré des représentants de partis politiques, le PLR – les Libéraux-Radicaux, le Parti évangélique suisse, le parti socialiste suisse et le Parti démocrate chrétien. Enfin, l’EEG a rencontré des représentants des milieux académiques, de la presse et de Transparency International."

 

C'est-à-dire tous les grands partis à l'exception du premier en nombre de suffrages.

 

Quoiqu'il en soit la Suisse se voit demander fermement par le GRECO de remettre un rapport sur la mise en oeuvre de ses recommandations d'ici le 30 avril 2013...

 

Mardi 21 février 2012 paraît un rapport d'enquête sur les dépenses électorales ici, établi par l''institut de recherches Sotomo de l'Université de Zurich, dirigée par Michael Hermann. Le Temps du 22 février 2012 nous explique sous la plume de Bernard Wuthrich ici que :

 

"Ce rapport a été commandé par Simonetta Sommaruga dans le contexte des élections fédérales de 2011 et des critiques émises par le Groupe d’Etats contre la corruption (Greco)"

 

Que dit ce rapport commandé par Simonetta Sommaruga ici ?

 

- il estime les dépenses politiques à 28 millions de francs avant les élections fédérales de 2003, à 35 millions avant celles de 2007 et à 42 millions avant celles de 2011

 

- l'UDC ("Sans surprise, c'est l'UDC qui se taille la part du lion", note le journaliste du Temps) aurait dépensé 13,3 millions, le PLR 8,5 millions, le PDC 5 millions pour les élections fédérales de 2011

 

-entre 2008 et 2011, l'UDC aurait dépensé, en affiches et en annonces, 21 millions de francs pour les votations, le PLR 11, le PDC 4 et le PS 1

 

- les caissiers externes, les organisations économiques principalement, lors des votations, auraient favorisé le PDC dans 67% des cas, le PLR dans 66% des cas, l'UDC dans 63% des cas et le PS dans 37% des cas

 

- le montant des dépenses n'est pas un gage de succès : par exemple l'UDC a dépensé 95% des 4,5 millions de francs dépensés lors du scrutin, qu'elle a perdu, relatif à son initiative sur la naturalisation par le peuple.

L'article 137 de la Constitution fédérale dit :

"Les partis politiques contribuent à former l'opinion et la volonté populaire."

Quand on met bout à bout tous ces éléments qui vont être discutés au Parlement à la session de printemps, que constate-t-on ?

- que la Suisse est certainement le pays le plus démocratique des 47 pays membres du GRECO

- qu'elle n'a pourtant pas légiféré en matière de financement des partis politiques

- que l'UDC (que le GRECO n'a pas visité en mai 2011) est le parti qui dépense le plus en Suisse, suivi par le PLR et le PDC

Quel est le but de tout cela, l'avis de droit de l'OFJ, le rapport d'évaluation du GRECO et le rapport Sotomo ?

Le DFJP que dirige la conseillère fédérale socialiste Simonetta Sommaruga lève un coin du voile en disant :

"Les inégalités en matière de financement des campagnes sont criantes."

Il semble qu'en fait soient poursuivis officiellement deux buts :

- la transparence

- l'égalité des moyens financiers pour les partis et les campagnes

Officieusement le but poursuivi est de s'en prendre à l'UDC, accessoirement au PLR et au PDC. En ne tenant pas compte d'une donnée essentielle : les partis politiques ne contribuent pas tous seuls à former l'opinion et la volonté populaire. Il y a aussi, et particulièrement, les médias. 

On peut se demander pourquoi une étude n'est pas menée sur la contribution des médias à cette formation de l'opinion et de la volonté populaire et combien cette contribution pèse financièrement au regard des dépenses effectuées par les partis politiques.

A qui profiterait la prétendue transparence ? Aux partis qui ne sont pas diabolisés et qui sont chouchoutés par les médias, singulièrement le PS et les Verts.

La transparence, autrement dit la publication du nom des donateurs, n'est-elle pas un bon moyen de restreindre la liberté de donner, comme la liberté de s'exprimer dans les urnes le serait si les votes n'étaient pas anonymes ?

A qui profiterait l'égalité des moyens ? Aux partis qui, à défaut d'être capables de convaincre les donateurs de les soutenir, reçoivent le soutien large, régulier et indéfectible des médias.

 

En présence de la criante inégalité de traitement des partis politiques par les médias, les demandes de transparence et d'égalité des moyens financiers pour les partis politiques et pour les campagnes ne sont tout juste pas crédibles et semblent bien hypocrites.

 

Francis Richard

 

Cet article est reproduit sur le site lesobservateurs.ch

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 22:35

Victoria_Curzon_Price.jpgDans une étude publiée aujourd'hui par l'Institut Constant de Rebecque ici, Victoria Curzon-Price montre que le frein à l'endettement helvétique a fait la preuve de ses bienfaits économiques pour la Suisse.

 

Grâce à ce mécanisme, la Suisse s'est en effet retrouvée moins endettée que les autres pays développés et en meilleure santé.

 

Le 2 décembre 2001 le peuple suisse plébiscite par 85 % des voix une modification ancrant dans la Constitution fédérale le principe suivant, figurant à l'alinéa 1 de l'article 126 :

 

"La Confédération équilibre à terme ses dépenses et ses recettes."

 

Les alinéas suivants du même article précisent ce qu'il faut entendre par ce principe :

 

"2 Le plafond des dépenses totales devant être approuvées dans le budget est fixé en fonction des recettes estimées, compte tenu de la situation conjoncturelle.

3 Des besoins financiers exceptionnels peuvent justifier un relèvement approprié du plafond des dépenses cité à l’al. 2. L’Assemblée fédérale décide d’un tel relèvement conformément à l’art. 159, al. 3, let. c.

4 Si les dépenses totales figurant dans le compte d’Etat dépassent le plafond fixé conformément aux al. 2 ou 3, les dépenses supplémentaires seront compensées les années suivantes."



Pourquoi le frein à l'endettement a-t-il été voté à l'époque ? Depuis le début des années 1990, nous dit Victoria Curzon-Price [dont la photo provient d'ici] :



"La dette publique avait en effet quadruplé en dix ans et on pouvait prévoir qu'il ne faudrait pas plus de dix années à ce rythme pour atteindre les 100% du PIB - vers 2010 !"



Cette disposition, destinée à freiner l'endettement, et non pas à le réduire, s'est en réalité traduite par une réduction de celui-ci depuis 2006 jusqu'à aujourd'hui. Cette réduction s'est opérée par une réduction des dépenses publiques et non pas par une augmentation des recettes fiscales.



Certes la tentation de relancer étatiquement l'économie n'a pas épargné les dirigeants politiques suisses :



"En 2008-2009, arguant la mauvaise conjoncture économique, le Parlement fédéral a approuvé deux trains de « mesures de stabilisation conjoncturelle » pour un montant de quelque deux milliards de francs ; et en 2011 il a suspendu le programme de consolidation budgétaire… à cause de son succès."

 

Mais cela n'a pas empêché l'endettement public helvétique de continuer à diminuer...grâce aux excédents budgétaires, résultats de la contrainte que la Suisse s'était imposée à elle-même de freiner son endettement.

 

Selon la théorie keynésienne, faute de relance par la dette, la Suisse aurait pourtant dû entrer en récession et les pays, qui ont procédé à des relances par la dette - et se sont en définitive surtout endettés -, voir leurs économies relancées...

 

Or c'est exactement l'inverse qui s'est produit, donnant raison à la théorie de l'école autrichienne selon laquelle, au contraire, une relance par la dette prolonge et intensifie inutilement une crise économique.

 

Les prévisionnistes suisses, n'étant pas moins keynésiens que ceux des autres pays développés, ont sous-estimés les recettes publiques et surestimés les dépenses publiques induites par ce mécanisme. Ils n'ont pu que constater que l'économie suisse se portait bien mieux qu'ils ne l'avaient prévu.

 

Pourquoi John Maynard Keynes a-t-il tort, Ludwig von Mises et Friedrich Hayek ont-ils raison ?

 

"L’expérience suisse montre qu’il n’est pas nécessaire de viser de grandes coupes dans les budgets. En réalité, le Conseil fédéral s’y est attaqué assez mollement, puisque son mandat était de stabiliser la dette publique et non pas de la réduire. Mais l’économie « réelle » a apprécié le changement de cap et s’est mise à croître de façon inattendue."

L'économie a été libérée marginalement, mais cette libération a suffi... Le succès inattendu et étonnant pour des keynésiens a été au rendez-vous :

"La raison en est d’une part l’impossibilité politique d’augmenter les impôts en Suisse et d’autre part, un profond respect pour l’Etat de droit et la Constitution, ce qui a pesé davantage dans les décisions en haut lieu que la doctrine keynésienne ambiante. Avec comme résultat un véritable effort de stabilisation des dépenses publiques. C’est ici que réside l’originalité du cas de la Suisse. Sans le droit de référendum, le frein à l’endettement aurait probablement pris la route d’une augmentation des impôts."

La Suisse n'échappera cependant pas "à la crise qui engouffre le continent européen". Il ne faut surtout pas qu'elle succombe à la tentation de "soutenir" son économie. Il faut au contraire qu'elle laisse les marchés "respirer"... et n'abandonne surtout pas son frein à l'endettement salvateur.

Francis Richard

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 22:00

Gripen.jpgSoyons clair : je n'y connais rien en matière d'avions de combat et me garderai donc bien de défendre tel avion plutôt que tel autre. Aussi n'est-ce pas mon propos.

 

Ce qui m'intéresse, c'est le traitement par les médias de l'affaire du choix des futurs avions de combat suisses, destinés à remplacer les actuels Tiger.

 

Dimanche dernier, 12 février 2012, Le Matin publie deux rapports confidentiels ici [d'où provient la photo], signés Markus Gygax, le chef des Forces aériennes suisses. Ces rapports condamnent sans appel le Gripen, pourtant choisi par le Conseil fédéral le 30 novembre 2011. Il est moins performant que ses concurrents, l'Eurofighter et le Rafale. Il n'est même pas bon pour accomplir les missions les plus simples...

 

La machine médiatique à broyer un adversaire politique est en marche. La manipulation est en route. Le Vice-Président de l'UDC, Yvan Perrin lui-même, tombe dans le panneau et se dit abasourdi par ces révélations. Le PLR, Parti libéral-radical, somme le ministre de la Défense, Ueli Maurer, le seul représentant de l'UDC au gouvernement de s'expliquer. La Commission de politique de sécurité du Conseil des Etats fait de même.

 

Lundi 13 février 2012, Silvia Steidle, porte-parole d'Ueli Maurer, déclare que ce dernier n'a pas eu connaissance des rapports publiés dans la presse dominicale et que le ministre s'est basé, pour proposer le Gripen au Conseil fédéral, sur un rapport d'évaluation d'Armasuisse qui concluait que cet avion de combat était suffisant pour les missions demandées.

 

Mardi 14 février 2012, flanqué de Markus Gygax, le signataire des deux rapports confidentiels, et du chef de l'Armée, André Blattmann, Ueli Maurer tient une conférence de presse. Lorsqu'il a fait répondre qu'il ne connaissait pas les rapports publiés dimanche, il pensait qu'il s'agissait de nouveaux rapports. Or ces rapports volés, partiels, étaient rien moins que nouveaux : ils évaluaient la version précédente du Gripen...Markus Gygax a confirmé que le nouveau modèle remplissait les exigences formulées.

 

A ce stade on ne peut que constater la légèreté avec laquelle les médias se sont emballés au sujet de cette affaire. Ne serait-ce pas tout simplement une campagne médiatique de déstabilisation visant le seul ministre UDC du gouvernement, le seul représentant du diable en quelque sorte ? 

 

Cet acharnement médiatique contre Ueli Maurer, complètement émotionnel et irrationnel, de même que le suivisme impulsif d'hommes politiques, embrayant au quart de tour, laisse pantois, quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir au sujet de l'UDC.      

 

Francis Richard

 

Cet article est reproduit sur le site lesobservateurs.ch   

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 21:30

Chalet-de-montagne.jpgL'initiative sur les résidences secondaires soumise à votation le 11 mars 2012 est typiquement étatiste. 

 

Cette initiative intitulée "Pour en finir avec les constructions de résidences secondaires envahissantes" a été lancée le 20 juin 2006 par la Fondation Franz Weber et Helvetia Nostra ici . 

  

108'497 signatures valables ont été déposées le 18 décembre 2007, soit deux jours avant le délai imparti  pour aboutir. Rejetée par le Conseil fédéral et le Parlement, elle est soutenue par les socialistes, les verts et le parti évangélique.

  

Si cette initiative est adoptée par le peuple le 11 mars prochain, un nouvel article, 75b, de la Constitution fédérale, venant après l'article 75, qui traite de l'aménagement du territoire, et l'article 75a, qui traite de la mensuration, comportera deux alinéas ici :

  

"1 Les résidences secondaires constituent au maximum 20 pour cent du parc des logements et de la surface brute au sol habitable de chaque commune.

2 La loi oblige les communes à publier chaque année leur plan de quotas de résidences principales et l'état détaillé de son exécution."



Sous le prétexte utopiste d'empêcher le bétonnage et de préserver les paysages, il s'agira donc d'imposer un quota unique, 20%, de résidences secondaires à tout le territoire national, sans considération des particularités cantonales ni communales, sans même que les cantons ni les communes ne puissent décider autrement, ce qui est contraire au principe de subsidiarité sur lequel le fédéralisme helvétique repose [la photo provient d'ici]

  

Il s'agira donc aussi d'imposer aux communes un contrôle inquisitorial de l'habitat par la Confédération, en lui conférant un rôle exorbitant en matière d'aménagement du territoire, qui incombe pourtant aux cantons selon l'article 75 de la Constitution.

 

Ces mesures étatistes seront évidemment préjudiciables aux régions touristiques, où les quotas sont, pour la plupart d'entre elles, déjà atteints, et y provoqueront hausses des prix des terrains et des constructions, puisque la demande y sera dès lors supérieure à l'offre, et pertes de places de travail, puisque la clientèle sera dissuadée de s'y établir et ira voir ailleurs.

 

Ces mesures étatistes empêcheront les propriétaires de résidences principales d'acquérir des résidences secondaires dans les lieux de leur choix, notamment dans leurs lieux d'origine, et favoriseront la construction dans des lieux où les quotas ne seront pas encore atteints. C'est l'effet vicieux habituel de l'instauration de quotas. 

 

Cette propension à unifier tout est typiquement étatiste. Il s'agit de refuser les différences, de vouloir tout égaliser et tout régenter, de ne pas donner le choix, bref d'imposer par voie d'autorité et de ne laisser aucune liberté. C'est ce que j'appelle le syndrome d'unicité.

 

Ce syndrome d'unicité est présent dans d'autres initiatives, telle que celle sur le prix unique du livre qui voudrait empêcher la disparition de librairies traditionnelles et permettre l'accès de tous au livre. J'ai montré ici que c'était illusoire. Et Dieu sait que je ne suis pas hostile au livre puisque j'en achète entre 150 et 200 par an...

 

Ce syndrome d'unicité se retrouve dans l'initiative en cours de récolte de signatures "Pour une caisse publique d'assurance-maladie" ici, lancée le 1er février 2011. La caisse publique en question, si l'initiative aboutissait et qu'elle était adoptée par le peuple, serait une institution nationale unique de droit public. C'est tellement plus simple, croit-on, qu'il n'y ait plus qu'une seule caisse pour réduire les frais. En France on voit le résultat...

 

Dans l'esprit de ces utopistes, unique ne signifie pas exceptionnel ou incomparable, mais obligatoire, sans autre possibilité donnée à ceux à qui l'objet est imposé. Unique est pour eux la panacée, la solution simple, qui résout tout ce qui est complexe et qui permet de ne pas se poser de questions, ne laissant aucune échappatoire. Dans la même acception du terme, souvenons-nous qu'il y a le parti unique... 



N'oublions pas non plus, pour notre gouverne, ce qu'écrivait Antoine Houdar de la Motte il y a quelque trois siècles :



 " C’est un grand agrément que la diversité.
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui naquit un jour de l’uniformité."



Il se pourrait bien en effet que nos descendants, lisant l'histoire de notre époque, disent à leur tour, en l'imitant :



" Les ennuis naquirent un jour de l'unicité."



Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 11:45

UBS 20 MinutesOnze banques établies en Suisse sont dans le collimateur de l'administration fiscale américaine depuis des mois : le Credit Suisse, la banque Julius Baer, la banque Wegelin, la Banque cantonale de Zurich (ZKB), la Banque cantonale de Bâle (BKB), la Neue Zürcher Bank, la filiale suisse de HSBC, la banque liechtensteinoise LLB et les banques israéliennes Leumi, Hapoalim et Mizrahi.

 

La banque Wegelin a été la première fin janvier à être poursuivie en tant que telle. Ses associés, comme je l'ai raconté ici, ont préféré assumer seuls leurs responsabilités, en soustrayant aux poursuites leurs collaborateurs et leurs clients qui n'ont aucun rapport avec les Etats-Unis, et en donnant, par là-même, l'exemple de ce qu'il faut faire pour épargner les conséquences de leurs actes à ceux qui n'y sont pour rien.

 

Que reproche-t-on à ces onze banques ? D'avoir repris sans vergogne les clients américains d'UBS qui persistaient à vouloir échapper aux foudres de la justice américaine. Comment cette dernière a-t-elle eu connaissance des noms des banques où s'étaient réfugiés ces ressortissants américains fuyant l'UBS ? Par l'UBS elle-même [la photo provient d'ici] qui, après avoir livré les noms de 4'000 de ses clients et payé une amende de 780 millions de dollars, a été contrainte par la FINMA, le gendarme suisse des marchés financiers, de livrer ces informations dans le cadre de l'aide administrative entre la Suisse et les Etats-Unis...

 

Pour justifier cette inquisition fiscale américaine, on parle de moralité. Ce ne serait pas moral de se livrer à de la soustraction fiscale - le terme consacré en Suisse pour l'évasion fiscale - tandis que tant de bons et loyaux citoyens déclarent et paient leurs impôts, paient donc à la place des évadés du fisc, paient donc davantage qu'ils ne devraient si tout le monde était soumis à la même pression fiscale.

 

Ce raisonnement tiendrait si les Etats d'où l'on s'évade, quand on peut, en l'occurrence les Etats-Unis, remplissaient uniquement leurs fonctions régaliennes de justice et de sécurité intérieure et extérieure. Or ce n'est évidemment pas le cas. Ils dépensent sans compter pour remplir des tâches qu'ils se sont attribués. Cela leur permet de se donner de l'importance et de faire de la redistribution sociale, rebaptisée, de manière inappropriée, justice sociale. En réalité cela permet aux politiciens de se constituer une clientèle électorale et de faire perdurer ce système lucratif, pour eux et leurs protégés.   

 

Ces Etats-Providence dépensent tellement sans compter qu'ils sont bouffis de dettes et accumulent les déficits. Pour compenser en partie cette mauvaise gestion des fonds publics et dissimuler leurs erreurs économiques et politiques, ils augmentent les impôts de manière toujours plus inconsidérée - un vol béni par la loi - et s'en prennent plus particulièrement aux plus riches de leurs concitoyens. Ils deviennent ainsi, de plus en plus, des enfers fiscaux, où la sphère privée est réduite à la portion congrue.

 

Pour que rien n'échappe à sa ponction, l'administration fiscale de ces Etats doit en effet pouvoir tout savoir de vous, dans le moindre détail. Elle doit pouvoir connaître toutes vos dépenses, tous vos revenus, tous les éléments de votre fortune, si tant est que vous en ayez une, et s'assurer que vous ne lui cachez absolument rien qui ne puisse être imposé d'une manière ou d'une autre. Vous ne devez avoir aucun secret pour elle, a fortiori bancaire. Vous êtes de plus en plus en liberté surveillée.

 

Si vous avez par vos activités rejoint le club des plus riches, vous êtes l'objet d'une sollicitude fiscale que vous ne pensiez pas mériter. Alors vous cherchez des moyens de ne plus voir confisquer une grande part des fruits de vos activités, justes récompenses de votre travail et de votre créativité. Vous cherchez à vous évader de cette prison, plus ou moins douce. Vous avez tort, ou vous n'avez rien compris.

 

L'argent que vous avez gagné ne vous appartient pas. Il est propriété de l'Etat qui ne vous laisse que ce qu'il veut bien vous laisser après vous avoir assuré de services que vous n'avez pas demandés et dont, pour la plupart, d'ailleurs, vous ne profitez pas, puisqu'ils sont réservés aux protégés dont vous ne faites évidemment pas partie.

 

Aux Etats-Unis, comme dans d'autres pays, la main droite de l'Etat ignore volontairement ce que fait sa main gauche. La main droite américaine ignore, par exemple, ce que fait sa main sinistre en permettant au Delaware d'être le refuge non seulement d'évadés des fiscs latino-américains, mais la grande blanchisserie de criminels en tout genre en provenance d'Amérique Centrale et du Sud.

 

Les onze banques, dans le collimateur des Etats-Unis, s'en tireront comme l'UBS au terme d'une négociation entre Etats. Elles céderont en fait au chantage des Etats-Unis qui peuvent, via la Federal Reserve, les faire mourir en leur interdisant toutes activités en dollars : rien que pour cette raison il serait bon et moral que l'hégémonie ébranlée du dollar se termine enfin...

 

Les onze banques, tôt ou tard, paieront donc des amendes et livreront les noms de leurs clients américains. Un moment de honte étant vite passé, bientôt on ne parlera plus de cette ignominie, qui consiste à trahir ceux qui vous ont fait confiance et, comme Judas, à les livrer aux autorités.

 

Le secret bancaire, que l'on ne défend que quand il est violé au détriment d'un homme du sérail public qui a fauté, ne sera plus qu'un souvenir. Il faut bien vivre... et les banques suisses ont du savoir-faire, à défaut d'être en mesure de se conformer à leurs principes, dont l'infraction était naguère punissable.

 

L'Hebdo de cette semaine ici fait partie de ces résignés à la disparition du secret bancaire :

 

"L'affaire des banques prises dans le collimateur de la justice américaine n'est qu'un début. La Suisse devra aussi céder à l'Union européenne et aux pays émergents."

 

Même si l'Union européenne et les pays émergents ne pratiquent pas encore l'extraterritorialité en matière fiscale comme les Etats-Unis...

 

Un monde libre ne peut que reposer sur les droits de propriété et la protection de la sphère privée qui en découle. Le secret bancaire est un élément de cette sphère privée, auquel les Suisses sont majoritairement attachés. Avec sa disparition programmée par des Etats à l'esprit et à l'action totalitaires, le monde sera moins libre et c'est bien regrettable. Cela ne présage rien de bon.

 

Les clients étrangers des banques suisses, s'ils ne sont pas tentés de transférer leurs avoirs vers des cieux plus paradisiaques, devront donc vivre sans secret bancaire, c'est-à-dire moins bien, sous surveillance, transparents, exposés tout nus à leurs pays d'origine.

 

Puissent les clients fédérés, et résidents, des banques suisses, toujours bénéficier chez elles de la protection de leur intimité et de leur dignité à laquelle ils ont droit, jusqu'à présent ! 

 

Francis Richard

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 22:40

L-Hebdo-2012.02.02.jpgTrès intéressant le dossier du dernier numéro de L'Hebdo, daté du 2 février 2012, sur la téléphonie mobile en Suisse.

 

L'hebdomadaire romand parle de pseudo-concurrence à propos de Sunrise et d'Orange, face à la position dominante de Swisscom. Et il a raison ici.

 

La position dominante de Swisscom n'est pas tant celle de ses parts de marché en terme de nombre de clients. Certes Swisscom a 59,4% de ce marché, Sunrise 20,7% et Orange 15,5%. Mais, après tout, il est des marchés où le leader occupe une telle place sans que pour autant les autres acteurs ne doivent se contenter de faire de la figuration.

 

Or Sunrise et Orange ne peuvent pas lutter. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Le chiffre d'affaires net de Swisscom est de 8'566 millions de francs contre un chiffre d'affaires net de 2'052 millions pour Sunrise et 1'295 millions pour Orange.

 

Si on rapporte le chiffre d'affaires aux parts de marchés, on obtient en effet des ratios très différents :

 

- Swisscom : 144,21 millions par %

- Sunrise : 99, 13 millions par %

- Orange : 83,55 millions par %

 

Ce qui se traduit par un EBITDA (résultat d'exploitation avant amortissement) en % du chiffre d'affaires net nettement plus favorable à Swisscom qu'à ses deux concurrents :

 

- Swisscom : 44,4 %

- Sunrise : 26,4%

- Orange : 26%

 

Les prix de Sunrise et d'Orange sont-ils plus bas que ceux de Swisscom ? Oui, mais ils restent très élevés en comparaison européenne...

 

Sunrise et Orange peuvent-ils encore baisser leurs prix ? Non, parce qu'ils doivent payer très cher les infrastructures appartenant à Swisscom qui est toujours une société appartenant majoritairement à la Confédération, en dépit de la pseudo-libéralisation effectuée il y a maintenant dix ans.

 

Résultat : Swisscom peut investir 2 milliards chaque année tandis que ses concurrents ne peuvent faire de même. De toute façon ils "n'osent pas agresser le numéro un, de peur de provoquer une riposte trop douloureuse". 

 

Comme le confie Oliver Steil, le patron de Sunrise, à L'Hebdo :

 

"Les moyens de régler le problème existent. Le prix du dégroupage (accès au fil de cuivre vendu par Swisscom aux autres opérateurs, ndlr) est par exemple un levier qui peut permettre de faciliter la vie des challengers - à condition de le vouloir. Quand on choisit de faire payer 5 ou 15 francs pour l'accès au fil de cuivre - que Swisscom a déjà amorti - on décide d'une distribution du profit, plutôt du côté de l'acteur historique ou des concurrents."

 

C'est en définitive les consommateurs qui payent le privilège dont bénéficie Swisscom et ils le payent au prix fort. Si en Italie les consommateurs paye en moyenne 10 centimes la minute de communication, en Allemagne ou en France 14 centimes, en Suisse ils la payent 23 centimes...

 

Christian Petit, responsable de la clientèle privée de Swisscom, lâche cette énormité à L'Hebdo:

 

"Nous pourrions théoriquement jouer ce jeu [de la guerre des prix]. Mais ce serait dangereux, car le régulateur interviendrait alors sans doute et ce n'est pas ce que nous souhaitons."

 

Eh oui, le marché suisse de la téléphonie mobile est d'autant moins un marché libre que l'Etat, juge et partie, le régule via la Comco (Commission de la concurrence). La régulation du secteur, selon Vincent Martenet, président de cet organisme étatique, "est très importante, car c'est elle qui, en fin de compte, permet de fixer un cadre aux acteurs du marché et de les discipliner".

 

Sans commentaire.

    

Le même organisme, qui administre une économie prétendument libre, a empêché la fusion de Sunrise et d'Orange il y a quelque deux ans, pour préserver la concurrence... Rendez-vous compte, Swisscom aurait pu encore perdre des parts de marché et une baisse du prix des communications aurait été rendue possible... Ce qui aurait fait le bonheur des consommateurs. Mais qui se soucie de ces derniers ? Tous pigeons, comme dit L'Hebdo.

 

Francis Richard

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 21:55

Reflex décembre 2011L'année dernière le parlement suisse a décidé de sortir du nucléaire, deux mois après ... Fukushima. L'émotion, sans doute. Cela dénotait un manque cruel de réflexion et, surtout, un opportunisme politique néfaste.

 

Dans la dernière livraison - celle de décembre 2011 - de Reflex, une publication de l'EPFL ici, Benjamin Bollmann s'est entretenu sur le thème de "la Suisse après le nucléaire" avec Hans Björn Püttgen, qui est le "spécialiste incontournable des questions énergétiques en Suisse" et qui, depuis 2006, dirige l'Energy Center de l'EPFL.

 

Püttgen s'étonne de cette décision soudaine :

 

"En tant qu'ingénieur, j'ai l'habitude de procéder à l'analyse d'un problème avant de proposer un certain nombre de solutions et de prendre une décision. Dans ce cas la Suisse a pris une décision avant même de se demander comment elle allait procéder."

 

Quand j'étais petit et quand je m'emballais, mes parents me demandaient de ne pas mettre la charrue avant les boeufs...

 

Püttgen n'est pas un défenseur à tout crin du nucléaire, qui est une technologie chère et délicate, sans parler du problème des déchets, lequel n'est toujours pas résolu de façon satisfaisante, c'est le moins qu'on puisse dire. Mais il aurait fallu raison garder, et ne pas oublier non plus que cette technologie est très bien maîtrisée en Suisse. Aussi :

 

"Il s'agit désormais de planifier la sortie de manière raisonnée, à moyen et à long terme."

 

Si Püttgen pense que les énergies renouvelables pourraient couvrir les besoins helvétiques en électricité dans le dernier quart de ce siècle, peut-être avant, ce ne sera de toute façon pas avant 2050. Il faudra vraisemblablement un mix d'éolien - personne ne veut cependant d'éoliennes devant son nez -, de solaire et d'efficience énergétique, sans compter qu'il faudra résoudre les problèmes de stockage de ces énergies intermittentes.

 

Entre-temps le déséquilibre électrique se produira en Suisse dès 2020 avec la fermeture des premières centrales nucléaires et sera accru en 2040 avec la fermeture des deux dernières. Certes la demande électrique diminuera, mais ce sera progressif, et, de manière modérée, en tout cas jusqu'en 2030. Comme l'énergie hydraulique sera peu susceptible d'augmenter ...

 

Alors, que faire si les importations sont exclues du fait de la remise en cause probable du nucléaire en France et du déséquilibre créé en Allemagne, cette année déjà, par la fermeture de la moitié de ses centrales nucléaires, ce qui l'a contrainte à rouvrir des centrales au charbon désaffectées, avec un impact non négligeable en émissions de CO2 ?

 

"Comme solution intermédiaire, nous aurons de la peine à éviter la construction de quelques centrales à gaz. Ce n'est pas une solution idéale, mais elle est inévitable."

 

Quatre devraient suffire. Mais... Il y a un mais. Elles émettront beaucoup de CO2. Chacune émettra l'équivalent de ce qu'émettraient 250'000 voitures supplémentaires... Certes il existe des techniques de capture et de stockage du CO2, mais elles sont très chères... Quant aux techniques de recyclage transformant le CO2 en carburant synthétique et en produits chimiques, elles sont encore à l'étude à l'EPFL...

 

A vouloir éviter la peste des déchets nucléaires on ne fera probablement pas l'économie du choléra des émissions de CO2 ... C'était bien la peine !

 

Je croyais qu'il ne fallait jamais confondre vitesse et précipitation...

 

Francis Richard

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 07:15

Schneider-Ammann.jpgLe 18 mars 2011 le Parlement a voté un arrêté, la Loi fédérale sur la réglementation du livre ici.

 

Ce texte était soumis au référendum facultatif. Le délai référendaire était fixé 100 jours après sa publication au bulletin officiel, soit le 7 juillet 2011.

 

Deux jours plus tôt, le 5 juillet 2011, 60'124 signatures valables étaient déposées par "une large alliance composée de jeunes PLR, du Parti Pirate, du PLR, de l'UDC, des Verts libéraux, d'associations économiques, du Forum des consommateurs et de différents auteurs et libraires" ici, soit davantage que les 50'000 nécessaires pour qu'il aboutisse. Le référendum a lieu le 11 mars prochain.

 

Quand cette loi a été adoptée par le Parlement j'ai écrit sur ce blog un article intitulé La réglementation du prix du livre en Suisse n'est pas une solution , qui en faisait le commentaire et que je reproduis ci-dessous :

 

"Que vise la loi suisse fraîchement votée ? A  promouvoir la diversité et la qualité du livre en tant que bien culturel et  à garantir que le plus grand nombre possible de lecteurs aient accès aux livres aux meilleures conditions.

 

Quels livres ? Les livres neufs édités, importés à titre professionnel ou commercialisés en Suisse.

 

Qui détermine le prix ? L'éditeur ou l'importateur fixe le prix de vente final des livres qu'il a édités ou importés.

 

Quelle est la remise générale que les libraires peuvent accorder à leurs clients sur le prix de vente final ? 5% au plus.

 

Quand la réglementation peut-elle prendre fin, ce à l'initiative de l'éditeur ou de l'importateur ? Au bout de dix-huit mois.

 

Qu'entend-on par promouvoir la diversité et la qualité du livre en tant que bien culturel ? Le but est en fait de mettre la librairie traditionnelle sur un pied d'égalité avec les grandes surfaces spécialisées ou les importations de livres par Internet.

 

Est-ce ce qui s'est passé en France au cours des trente dernières années ? Non. En 1982 la part de la librairie traditionnelle était de 37%, elle est aujourd'hui de 18% ici. La part des grandes surfaces spécialisées était de 10%, elle est aujourd'hui de 22%. La part des grandes surfaces non spécialisées était de 12%, elle est aujourd'hui de 21%. La part des ventes sur Internet est passée de 0 à 10%. La part des maisons de la presse et librairies-papeteries n'a cessé de diminuer.

 

Pourquoi la librairie traditionnelle a-t-elle continué à péricliter en France en dépit du prix unique du livre ? Parce que les bénéficiaires ne sont pas ceux que l'on escomptait.

 

Quels sont les bénéficiaires du prix unique du livre ? Les éditeurs et les grandes surfaces.

 

Les éditeurs ? Parce qu'ils ont pu augmenter le prix du livre afin de permettre au libraire traditionnel un gain suffisant par ouvrage vendu.

 

Les grandes surfaces ? A l'achat les grandes surfaces bénéficient de copieuses remises qui ne sont pas accordées au libraire traditionnel. Elles ont donc pu augmenter considérablement leur marge.

 

Quels sont les grands perdants du prix unique du livre ? La librairie traditionnelle et le consommateur.

 

La librairie traditionnelle ? Parce qu'elle n'a pas les moyens d'offrir un aussi large éventail de titres que les grandes surfaces spécialisées, en raison de ses marges plus étroites.

 

Le consommateur ? Parce qu'il paye le livre plus cher qu'il ne devrait, qu'il ne peut même pas le savoir puisque toute comparaison est impossible et qu'il n'y a plus de concurrence. Les signaux du marché se sont éteints.

 

Il faut préciser toutefois que la part de marché des libraires traditionnels s'est stabilisée en France au cours des dernières années. Ceux qui ont survécu se sont en effet différenciés des grandes surfaces d'une manière ou d'une autre et ont fait preuve de créativité.



Le prix unique du livre, qui est d'inspiration typiquement socialiste, nécessite enfin une bureaucratie pour son application, comme toute réglementation étatique qui se respecte. Les pays occidentaux qui ont adopté le prix unique du livre sont justement les pays les plus étatistes. Est-ce donc bien surprenant ?"

 

 

Hier le conseiller fédéral Johann Schneider-Amann [dont la photo provient d'ici] a été contraint de défendre à contre-coeur cette loi, puisque le Parlement l'a votée, et a publié le communiqué suivant ici :  

 

"Réglementer le prix du livre favorise la diversité culturelle

 

Berne, 24.01.2012 - Le 11 mars prochain, le peuple suisse sera appelé à se prononcer sur la réintroduction de la réglementation du prix du livre, un référendum ayant été lancé contre la loi fédérale sur la réglementation du prix du livre adoptée par le Parlement. Le conseiller fédéral Johann N. Schneider-Ammann a présenté le projet mardi, à Berne.

 

 

Les expériences faites jusqu'ici dans les régions ayant supprimé la réglementation du prix du livre tendent à montrer que, sans réglementation, les ouvrages proposés sur le marché sont en moyenne plus chers: le prix des best-sellers baisse, alors que celui des autres livres augmente. Le conseiller fédéral Johann N. Schneider-Ammann a déclaré à ce sujet lors de la conférence de presse: «Ce ne sont pas uniquement les best-sellers, mais aussi les ouvrages spécialisés qui doivent être vendus à un juste prix.» Réglementer le prix du livre servira à financer indirectement les ouvrages spécialisés.

 

La réglementation du prix du livre doit permettre au plus grand nombre possible de lecteurs d'avoir accès à un marché du livre diversifié et de qualité, constitué d'un maillage serré de librairies. Or ce résultat n'est possible que si les grandes surfaces et les chaînes de librairies ne mettent pas sous pression les petites enseignes par une politique de prix agressive propre à entraîner leur disparition. En Suisse romande, où le prix du livre n'est plus réglementé depuis le début des années 90, le recul des librairies et des maisons d'édition observé ces deux dernières décennies est plus marqué qu'en Suisse alémanique.

 

Tous les pays voisins de la Suisse, hormis la Principauté de Liechtenstein, connaissent un prix réglementé du livre. La Suisse alémanique a appliqué ce régime jusqu'à 2007. En Suisse romande, la réglementation a été supprimée dès le début des années 90, tandis que la Suisse italophone a toujours connu un prix libre du livre. Aux yeux du Conseil national et du Conseil des Etats toutefois, la réglementation du prix du livre est un moyen approprié de protéger le livre en tant que bien culturel et de soutenir à la fois les auteurs suisses, les éditeurs et les libraires."

 

Ce communiqué appelle quelques commentaires :

 

"Le prix des best-sellers baisse, alors que celui des autres livres augmente"

 

Cela signifie-t-il qu'avec cette loi le prix des best-sellers montera pour que le prix des autres livres baisse ? En fait comme je le disais l'an passé : le prix unique du livre s'est traduit par une augmentation des prix pour permettre aux libraires traditionnels d'avoir une marge suffisante. Le plus beau est que le consommateur ne peut même pas s'en rendre compte puisque la concurrence par le prix de vente a disparu. 

 

"En Suisse romande, où le prix du livre n'est plus réglementé depuis le début des années 90, le recul des librairies et des maisons d'édition observé ces deux dernières décennies est plus marqué qu'en Suisse alémanique."

 

Comment se fait-il qu'en France - je suis persuadé qu'il en est de même dans les autres pays où le prix du livre est réglementé - le prix unique du livre n'ait pas empêché la disparition de centaines de librairies ? Les grandes surfaces, spécialisées ou non, bénéficient de copieuses remises qui ne sont pas accordées aux librairies traditionnelles. Les spécialisées offrent un plus large éventail de titres que les librairies traditionnelles et les non spécialisées ne vendent que des best-sellers, qu'elles rendent disponibles à leur clientèle venue faire des courses d'alimentation, de vêtements ou d'appareils ménagers.



Les buts de la loi, pleine de bonnes intentions, comme l'enfer en est pavé, ne seront pas atteints. Le "prix unique du livre" a donc des vertus bien illusoires. Censée protéger les consommateurs et les libraires traditionnels, en fait, elle les pénalisera.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

PS



En Suisse 80% des livres sont importés et diffusés par des entreprises qui profitent de leur situation monopolistique pour imposer des prix exorbitants aux librairies, donc à leurs clients. Payot a raison de vouloir lutter contre cet état de fait et d'envisager d'acheter directement aux éditeurs français. Les petits libraires feraient bien de se grouper pour faire de même.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 22:15

Daniel-Rossellat.jpgLa direction de Novartis a négocié avec les autorités communales, cantonales et fédérales, les représentants du personnel et les syndicats.

 

Au terme de ces négociations elle est revenue sur sa décision de fermer le site de Nyon-Prangins [voir mon article Novartis: est-ce aux politiciens ou aux patrons de diriger les entreprises? ].

 

Tout le monde est content : les employés - ce qui est compréhensible - les diverses autorités publiques et l'opinion. Qui ne pourrait se réjouir que la plus grande partie des 320 emplois de ce site ait été sauvée ?

 

C'est ce qu'on voit.

 

Ce qu'on ne voit pas, et qu'on ne verra jamais, c'est à quel prix ce sauvetage aura été opéré.

 

Le communiqué publié il y a deux jours par la firme de Bâle lève un coin du voile ici :

 

"Les solutions visant à assurer une rentabilité durable du site de Nyon/Prangins prévoient notamment la réduction des coûts fixes et un allègement des impôts cantonaux sur une période limitée. En outre, les collaborateurs apporteront eux aussi une contribution importante. L'ensemble du personnel renoncera à une partie de l'augmentation salariale prévue pour 2012 et les collaborateurs soumis à la convention collective de travail qui effectuent actuellement 37,5 heures par semaine acceptent de passer à un temps de travail de 40 heures par semaine. Enfin, Novartis consentira une contribution financière substantielle. La société prévoit d'investir dans la modernisation de l'usine de production et de demander l'homologation de celle-ci par les autorités de santé américaines (FDA). La décision de conserver le site de Nyon/Prangins n'aura aucune répercussion négative sur d'autres sites Novartis."

 

A première vue tous les partenaires vont faire un effort.

 

- Les autorités cantonales vont alléger les impôts de l'établissement sur une période limitée.

- Les coûts fixes vont être réduits (par des licenciements dans le personnel administratif ?).

- Les coûts horaires vont être diminués par une moindre augmentation des salaires en 2012 et par une augmentation de la durée du travail.

- L'entreprise va investir substantiellement pour augmenter la rentabilité du site.

 

A ces mesures de redressement il convient d'ajouter - ce dont le communiqué de Novartis ne parle pas - la possibilité donnée au groupe pharmaceutique de "valoriser ses terrains" ici [d'où provient la photo du syndic de Nyon, Daniel Rossellat] :

 

"Une partie de ses neuf hectares qui n’étaient pas utilisés sera réaffectée en zone mixte pouvant accueillir des logements et des services."

 

Autant il n'y a rien à dire sur les mesures que les partenaires sociaux ont convenu de prendre pour que le site redevienne viable et soit maintenu, autant il est légitime de remettre en cause l'intervention de l'Etat.

 

Sans la menace de disparition du site industriel, il est certain que les autorités locales auraient rechigné à accepter le changement d'affectation des terrains appartenant à Novartis. Rien à dire, sinon que c'est tout de même un passe-droit, qui n'est pas consenti à n'importe qui.  

 

Sans même connaître le montant des allègements fiscaux promis par le Conseil d'Etat vaudois, qui se réfugie derrière le secret fiscal pour ne pas le révéler aux contribuables, on peut dire que ce sont ces derniers, résidant dans le Canton de Vaud, qui vont mettre la main au porte-monnaie pour maintenir ces emplois.

 

On peut se demander pourquoi les contribuables vaudois doivent participer à ce sauvetage, sans qu'on ne leur demande d'ailleurs leur avis. Qu'est-ce qui justifie un tel privilège accordé à une entreprise et non pas à d'autres tout aussi méritantes ? Sans doute le fait qu'il s'agit d'une multinationale dont les arguments sont frappants quand il s'agit de discuter, de se faire entendre et d'obtenir.

 

Avec ce dénouement qui fait apparemment plaisir à tout le monde, surtout aux politiques qui peuvent se donner le beau rôle, au détriment dilué des contribuables, on ne saura jamais combien d'emplois auront été détruits pour sauver ceux de Novartis ...

 

Francis Richard

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 22:25

Simonetta-Sommaruga.jpgLe 11 mars 2012 le peuple suisse votera sur une initiative populaire qui veut inscrire dans la Constitution fédérale le droit de tous les travailleurs à 6 semaines minimum de vacances payées par an.

 

Si cette initiative devait être approuvée par le peuple, en 2013 déjà, le nombre de jours de vacances payées s'élèverait au minimum à 25, soit à 5 semaines, une semaine de plus qu'actuellement.

 

Chaque année suivante, un jour de vacances payées serait ajouté jusqu'à atteindre un total de 30 jours minimum par an en 2018, soit 6 semaines. Quel employé, a priori, s'en plaindrait ou s'y opposerait, in abstracto ?

 

Cette initiative a abouti le 26 juin 2009. Travail.Suisse ici, "organisation faîtière indépendante de 170'000 travailleurs et travailleuses", concurrente de l'Union syndicale suisse (380'000 membres), a en effet déposé ce jour-là 107'639 signatures valables - plus que les 100'000 nécessaires - avant le délai des 18 mois requis, qui expirait le 15 juillet 2009.

 

Travail.Suisse justifie cette inscription dans la Constitution - un alinéa 4 serait ajouté à l'actuel article 110 sur le travail - par le coût que représenterait le stress (10 milliards de francs par an, selon une étude du SECO), stress qui devrait augmenter de toute façon chaque année, et par une meilleure répartition des richesses :

 

"La productivité du travail a augmenté d’environ 20 pour cent ces dernières années. Les salaires n’ont augmenté que de 4 pour cent dans le même laps de temps [ces chiffres proviendraient de l'OFS]. Une participation justifiée aux gains de productivité sous la forme de vacances supplémentaires est méritée depuis longtemps."

 

Pas de problème de compétitivité internationale :

 

"Dans l’industrie d’exportation et aussi dans des branches du marché intérieur il y a aujourd’hui déjà des règlements de vacances généreux. C’est une question de bonne volonté d’octroyer de bonnes conditions de travail."

 

Un comité interpartis ici s'est constitué pour lutter contre cette initiative. Il comprend - une fois n'est pas coutume - tous les partis du camp bourgeois : UDC, PLR, PDC, PBD, Verts Libéraux.

 

Pour ce comité, cette initiative rigide, imposant sans discussion et sans tenir compte des singularités de chaque entreprise, deux semaines supplémentaires de vacances payées par an, reviendrait à augmenter les coûts des PME - 6 milliards de francs par an - qui sont confrontées déjà de plus en plus à la concurrence internationale et à désorganiser les entreprises de moins de 10 salariés qui représentent 88% de l'économie dans son ensemble.

 

Contrairement à ce que pense Travail.Suisse la bonne volonté se heurterait alors à la dure réalité...

 

Non seulement la compétitivité des entreprises suisses serait mise à mal, mais également l'attractivité de la Suisse pour des entreprises étrangères. La tentation serait forte également de délocaliser pour des entreprises suisses vivement concurrencées. Car les salaires suisses sont élevés en comparaison internationale. Ils ne sont compétitifs que grâce à une durée du travail plus longue qu'ailleurs... et à des charges sociales plus basses.

 

Bref les premiers pénalisés seraient les travailleurs, comme les appelle Travail.Suisse, terme que reprend à son compte le comité interpartis opposé à cette initiative, après avoir parlé d'employés... Ils seraient d'autant plus pénalisés que dans bien des cas pour absorber le coût supplémentaire, faute de pouvoir augmenter les effectifs, les entreprises seraient contraintes de demander à leurs employés d' "accomplir le même travail en moins de temps" : 

 

"Concrètement, cela signifierait plus d’agitation sur le lieu de travail et plus de stress pour toute l’équipe."

 

Le PS , les Verts (mollement), la gauche en général, soutiennent les "6 semaines de vacances pour tous", une façon comme une autre d'imposer une diminution de la durée du travail qui a fait ses preuves en France, par exemple, comme chacun sait : chômage et perte réelle de compétitivité à la clé.

 

Quand on devient ministre, on prend davantage conscience des réalités. Simonetta Sommaruga, conseillère fédérale socialiste [dont la photo provient d'ici], Chef du Département fédéral de justice et police, en est la confirmation. Dans un communiqué du 17 janvier 2011 que l'on peut trouver sur le site de son département ici on peut lire :

 

"Les considérations qui sont à la base de l’initiative sont  [...] judicieuses et doivent être prises au sérieux. Mais l’initiative ne garantit toutefois pas que la pression sur les travailleurs diminuera. Elle ne dit pas, en effet, comment les absences prolongées dues aux vacances seront compensées dans les entreprises. La question reste donc ouverte de savoir si l’acceptation de l’initiative se ferait sur le dos des employeurs ou des employés.

 

Si, pour des raisons financières ou autres, les employeurs n’engagent pas de personnel supplémentaire pour compenser les absences prolongées dues aux vacances, l’initiative manquera son but. En effet, tant que le travail ne sera pas réparti entre plus de personnes, les travailleurs ne seront pas déchargés ; au contraire, la pression qui s’exercera sur chaque individu s’accentuera.

 

À l’inverse, si les employeurs engagent plus de personnel, leurs coûts augmenteront. Chaque semaine de vacances alourdit les coûts salariaux d’environ 2 %. Les petites et moyennes entreprises, tout particulièrement, pourraient avoir du mal à supporter une hausse des coûts salariaux, indépendamment de la situation économique. Des coûts salariaux plus élevés grèveront l’ensemble de l’économie suisse, et sa compétitivité s’en ressentira."



Ces temps, certains, et certaines, socialistes suisses, faisant preuve d'un bon sens inattendu, ne finissent pas de me décevoir ... en bien.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 21:55

philipphildebrand.jpgPages de gauche est un mensuel d'opinions socialistes indépendant... du parti socialiste. Ce qui lui permet de prendre ses distances avec ce parti tout proche de lui, quand il fait fausse route, et nous vaut des réflexions frappées au coin du bon sens.

 

Au sujet de l'affaire Hildebrand, sur le site ici de ce mensuel [d'où provient la photo], en date du 12 janvier 2012, la rédaction signe un article auquel il serait presque possible de souscrire entièrement si des réflexes, bien de gauche, n'en émaillaient le propos...On ne se refait pas...

 

Sur le fond de l'affaire, qui, selon elle, est "beaucoup plus grave que ce que se sont efforcés de faire croire les responsables", cette rédaction écrit fortement :

 

"Il est proprement scandaleux que le président d’une banque centrale, en charge de la monnaie d’un pays et disposant d’un pouvoir immense sur la fixation de son cours, fasse la moindre opération suspecte sur des devises avec ses avoirs personnels."

 

Quels que soient les montants, c'est bien évidemment scandaleux. Cette évidence n'est cependant toujours pas partagée vraiment par le protagoniste, ni pas toujours par ses soutiens politiques et médiatiques.

 

La rédaction, socialiste, de Pages de gauche, ne peut toutefois pas s'empêcher de relever que les montants étaient d'importance pour le péquin moyen et que le gain réalisé en deux opérations, à six semaines d'intervalle, correspondait à... rien de moins qu'au salaire médian suisse.

 

Avec le consensus qui s'est fait pour défendre l'indéfendable, la rédaction n'est pas tendre :

 

"Le mutisme du Conseil fédéral, alerté avant Noël sur ces opérations suspectes, puis le soutien quasi unanime de la presse suisse envers le président de la BNS sont au moins aussi coupables."

 

Elle n'est pas tendre non plus avec le camp bourgeois, pour lequel elle n'a pas, semble-t-il, grande considération :

 

"Que le PLR et le PDC défendent servilement les puissant·e·s [le réflexe épicène est également là, hélas], surtout lorsqu’ils ou elles ont commis des infractions, cela n’étonnera personne." 

 

Mais elle en veut surtout au président du PSS, Christian Levrat, de leur avoir emboîté le pas :

 

"Christian Levrat n’a rien trouvé de mieux que d’avaliser la défense du président de la BNS, et de s’offusquer dans un même mouvement que les informations compromettantes aient été obtenues par une violation du secret bancaire, en demandant que Christoph Blocher et la Weltwoche soient traduits en justice !"

 

Car défendre le secret bancaire - donc la sphère privée - n'est certainement pas socialiste :

 

"Faut-il lui rappeler que, pour les socialistes, le secret bancaire est illégitime et ne doit en aucun cas être protégé ?"

 

Si ce premier argument est sans aucun doute idéologique, le deuxième ne l'est qu'un peu moins :

 

"Faut-il de plus ajouter que les informations transmises par l’employé de la banque Sarasin et ayant conduit à la démission du président de la BNS, étaient d’intérêt public – c’est le moins que l’on puisse dire – et que cet employé était donc parfaitement légitimé à les transmettre pour qu’elles soient utilisées ?"

 

Car, objectivement, qu'est-ce que l'intérêt public ?

 

A contrario, si enquête il y a, il sera important de savoir si cet employé, choqué légitimement par ces transactions, qui s'est dénoncé et a été licencié, en a parlé ou non à sa hiérarchie avant de sauter le pas.

 

En tout cas le mensuel socialiste en franchit un de pas en n'hésitant pas à faire carrément un héros de ce sympathisant de l'UDC :

 

"Cette personne a commis un acte magnifique qui doit être reconnu comme tel, il a été un de ces héros ordinaires qui agissent lorsque les circonstances l’exigent, ni pour leur gloire personnelle, ni pour de sombres motivations politiciennes, mais pour l’intérêt public, tout simplement."

 

Toujours est-il que n'importe quel parlementaire informé d'un tel scandale pouvait difficilement se taire :

 

"Christoph Blocher n’a fait que son travail de parlementaire, et il faut admettre qu’il l’a bien fait."

 

Les suppositions de sourde vengeance du "tribun de l'UDC" contre le président de la BNS et contre le Conseil fédéral sont balayées :

 

"Cela n’a strictement aucune importance : la démission du premier rend caduque ces suppositions et légitime a posteriori la dénonciation (tout en condamnant évidemment l’inaction du Conseil fédéral et du conseil de surveillance de la BNS). "

 

Aussi est-il regrettable que l'UDC tire "tout le bénéfice d’une victoire politique de première ampleur", d'autant qu'il était possible de tirer avec lui les marrons de ce feu :

 

"Ne serait-ce que pour mettre fin à la personnalisation d’un prétendu "combat des chefs" entre le tribun de l’UDC et le président de la BNS, le PS aurait dû immédiatement se joindre à l’UDC et condamner très fermement les agissements de Philipp Hildebrand."

 

Alain Jeannet  ferait bien de méditer cette leçon. Aveuglé par son hostilité maladive à l'égard de Christoph Blocher et par le charme qu'exerçait sur lui Philipp Hildebrand, il écrit en fin de son édito, dans L'Hebdo du même 12 janvier 2012 ici :

 

"Sa victoire d’aujourd’hui ne devrait tromper personne. Et elle pourrait bien, demain, se transformer en défaite pour lui et coûter cher à l’économie du pays."

 

L'éditorialiste de L'Hebdo termine son article en rappelant :

 

"A plusieurs reprises, ces dernières semaines, commentant les faits et gestes du stratège de l’UDC, l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi a répété: les animaux blessés sont les plus dangereux. Pour les autres. Et pour eux-mêmes. Il a raison."

 

Alain Jeannet ne serait-il pas lui aussi un animal blessé, dangereux pour les autres et, surtout, pour lui-même ? 

 

Francis Richard

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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 21:15

Hildebrand-Philipp.jpg"L'affaire n'est évidemment pas finie" écrivait Pascal Décaillet, de façon prémonitoire, sur son blog le 5 janvier dernier ici. Maintenant que Philipp Hildebrand a démissionné et qu'il n'est plus le puissant président de la BNS qu'il était encore lundi dernier, les médias se livrent, avec un malin plaisir, à des attaques personnelles contre lui. C'est indécent.

 

Toute sa vie financière est étalée par lesdits médias. Il est ainsi question du montant de son salaire annuel, du faible impôt qu'il a payé en 2009. Tout soudain on ne se gêne même plus pour l'accuser de mensonge. On évoque pour ce faire le dernier échange de courriels qu'il a eu avec son conseiller à la Banque Sarasin, Felix Scheuber, et qui serait accablant pour lui.

 

Les mêmes, qui trouvaient nauséabond que Christoph Blocher se soit servi de documents volés à la Banque Sarasin pour dénoncer Philipp Hildebrand [dont la photo provient d'ici] au Conseil fédéral - qui est l'organe de contrôle de la BNS- en la personne de sa présidente Micheline Calmy-Rey, se lancent dans un déballage qui n'est guère reluisant, alors que le vice-président de l'UDC avait pourtant bien raison de ne pas garder pour lui ce qu'il avait appris sur une affaire d'une telle importance.

 

Christoph Blocher a fait part de ce qu'il avait appris de manière discrète. L'affaire a été suffisamment prise au sérieux pour que deux audits soient effectués et remis l'un au Conseil fédéral, l'autre au Conseil de banque de la BNS. Le problème est que les auditeurs n'avaient pas tous les éléments entre leurs mains. Sinon ils auraient au moins émis des doutes sur les transactions de devises effectuées par les époux Hildebrand. Peut-être même l'affaire aurait-elle été enterrée si deux journaux du dimanche ne l'avaient pas révélée le 1er janvier 2012 avec l'intention manifeste de nuire à Christoph Blocher ... qui s'était engagé à garder le silence.

 

Le dernier échange de courriel, que Philipp Hildebrand a publié lui-même en annexe à son communiqué du 9 janvier dernier sur le site de la BNS, peut s'interpréter de deux manières : ou bien il a effectivement menti, ou bien lui et son conseiller se sont mal compris, hypothèse qu'il ne faut pas rejeter si l'on veut être parfaitement honnête. Il faut donc revenir aux pièces publiées ici.

 

Voici donc l'entier message que Philipp Hildebrand envoie, en mettant sa femme en copie, à Felix Scheuber le 16 août 2011 à 7:36, le lendemain de la transaction controversée, à savoir celle de l'achat de 504'000 USD contre 400'000 CHF :

 

"Dear Felix, Dear Kashya

 

Thank you for the equity orders and the opening of Natalia's sub account as well as the transfers into that account. However I am surprised reference to a dollar transaction in your mail. We never discussed any dollars purchases yesterday. Given Kashya's email response and copy to me, I assume she gave you the order. Please confirm that. I will obviously speak to her as well today. Needless to say, Kashya has full authority on our account. Nonetheless, in the future, for compliance reasons, you are not authorized to execute any currency transactions unless the order comes from me or I confirm it. In other words, when it comes to currency transactions, I need to know and sign off on any trades that Kashya might instruct you on. Also please note that any currency must be held for at least six months, in line with our internal SNB rules on personal investments.

Best

Philipp

 

PS: Kashya : sorry about that but currencies really are a special cas here.

PPS: Felix and Kashya : I am copying Hans Kuhn, our General Counsel on this email."

 

Ce qui peut se traduire :

 

"Cher Felix, Chère Kashya,

 

Merci à vous pour les ordres sur titres et l'ouverture du sous-compte de Natalia de même que pour les virements sur ce compte. Cependant je suis surpris de la référence à une transaction en dollars dans votre courriel. Nous n’avons jamais discuté d’achats de dollars hier. Etant donné la réponse de Kashya me mettant en copie, je présume qu’elle vous a donné l’ordre. Confirmez-le s’il vous plaît. J’en parlerai évidemment avec elle également aujourd’hui. Inutile de dire que Kashya a plein pouvoir sur ce compte. Cependant, à l’avenir, pour des raisons de compliance, vous n’êtes pas autorisé à exécuter des transactions sur des devises sans que l’ordre ne vienne de moi ou que je ne le confirme. En d'autres termes, quand il s'agit de transactions sur des devises, j'ai besoin de le savoir et de signer toute opération dont Kashya pourrait vous donner l'instruction. Notez également que les positions en devises sur ce compte doivent être tenues au moins six mois, conformément aux règles internes de la BNS pour les investissements personnels.

Meilleures salutations

Philipp

 

PS : Kashya : désolé à propos de cela mais les devises sont ici un cas spécial

PSS : Felix et Kashya : Je mets en copie de ce courriel Hans Kuhn, notre Directeur des affaires juridiques.

 

Felix Scheuber répond le même jour à 8:00 avec copie à Kashya :

 

"Dear Philipp.

 

I have taken due note of what you say below. Also I am and will be very observant of the current SNB trading rules, a copy of which you handed to me earlier this year.

 

As regards the actual dollar purchase order : Yes, Kashya yesterday gave me the verbal order, followed by the e-mail later on. I also remember you saying in our yesterday's conversation that if Kashya wants to increase the USD exposure then it is fine with you.

 

Best regards,

 

Felix [...]"

 

Ce qui peut se traduire : 

 

"Cher Philipp,

 

J'ai pris bonne note de ce que vous dites ci-dessous. Aussi je suis et serai très respectueux des règles actuelles de la BNS sur les transactions, dont vous m'avez donné copie précédemment cette année.

 

Pour ce qui concerne l'actuel ordre achat de dollars : Oui, hier Kashya m'a donné l'ordre verbal, suivi par le courriel ci-après [celui que Kashya a envoyé le 15 août 2011 à 13:20]. Je me rappelle également que vous avez dit au cours de notre conversation d'hier que si Kashya veut augmenter la part en dollars, alors vous êtes d'accord.

 

Meilleures salutations,

 

Felix [...]"

 

Il y a deux interprétations possibles :

 

- ou Philipp Hidebrand a bien eu l'intention d'acheter des dollars le 15 août 2011 et il n'a envoyé son message le lendemain que pour se couvrir en cas de découverte ultérieure de l'opération, mais cela suppose un esprit retors qui ne colle pas vraiment au personnage

 

- ou bien Philipp Hildebrand a évoqué la possibilité d'acheter des dollars lors de la conversation de la veille mais n'a pas imaginé pour autant que sa femme en donnerait l'ordre effectif sans lui en parler au préalable.

 

Dans la première hypothèse l'achat de dollars peut être considérée comme contraire aux règles internes de la BNS puisque des dollars ont été revendus par lui moins de six mois après les avoir achetés : Philipp Hidebrand n'aurait pas seulement commis une faute morale, mais aurait enfreint les règles de compliance qu'il avait lui-même adoptées au début de son mandat de président.

 

Dans la deuxième hypothèse, comme il était bien conscient - son courriel de 7:36 le prouve - que cette opération n'aurait pas dû être faite, il aurait dû l'annuler aussitôt après en avoir pris connaissance. Cette dernière version, qui semble être la bonne, explique la petite phrase qu'il a dite lors de la conférence de presse de lundi où il a annoncé sa démission :

 

"Je ne suis pas à même d’apporter la preuve irréfutable que ma femme a transmis à mon insu l’ordre concernant l’opération du 15 août."

 

A l'inverse des médias qui s'en prennent à lui une fois à terre, des commentateurs nous serinent que Philipp Hildebrand était un homme en tous points remarquable, difficile à remplacer, dont la compétence va manquer à la Suisse. Sur ce thème une voix discordante s'est exprimée hier matin sur La Première, celle de Paul Dembinski, professeur à l'Université de Genève et directeur de l'Observatoire de la finance ici :

 

"Est-ce que l'on peut à long terme regretter quelqu'un qui a fait une erreur de jugement alors qu'il occupe ou occupait une place où cette erreur de jugement est absolument fondamentale ? J'ai quelques doutes."

 

Il ne faut donc, me semble-t-il, ni noircir inconsidérément Philipp Hildebrand, ni ne pas tarir d'éloges à son sujet.

 

Francis Richard

 

Voici le passage vidéo où Paul Dembinski exprime au micro de la Radio suisse romande son opinion sur Philipp Hildebrand :

 

 

Articles précédents :

Affaire Hildebrand: les raisons de la démission de Philipp du 9 janvier 2012

Affaire Hildebrand: les précisions utiles de Christoph Blocher du 7 janvier 2011

Affaire Hildebrand: rien de nouveau après les explications de Philipp du 5 janvier 2011

Affaire Hildebrand: même si rien n'est irrégulier, est-ce bien moral ? du 4 janvier 2011

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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