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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 20:35

LivresLa loi fédérale sur la réglementation du prix du livre en Suisse a été promulguée le 18 mars 2011 par le Parlement ici. Trente ans après l'adoption en France de la loi du socialiste Lang sur le prix unique du livre il semble bien que la Suisse n'en ait pas tiré les leçons.

 

Que vise la loi suisse fraîchement votée ? A  promouvoir la diversité et la qualité du livre en tant que bien culturel et  à garantir que le plus grand nombre possible de lecteurs aient accès aux livres aux meilleures conditions.

 

Quels livres ? Les livres neufs édités, importés à titre professionnel ou commercialisés en Suisse.

 

Qui détermine le prix ? L'éditeur ou l'importateur fixe le prix de vente final des livres qu'il a édités ou importés.

 

Quelle est la remise générale que les libraires peuvent accorder à leurs clients sur le prix de vente final ? 5% au plus.

 

Quand la réglementation peut-elle prendre fin, ce à l'initiative de l'éditeur ou de l'importateur ? Au bout de dix-huit mois.

 

Qu'entend-on par promouvoir la diversité et la qualité du livre en tant que bien culturel ? Le but est en fait de mettre la librairie traditionnelle sur un pied d'égalité avec les grandes surfaces spécialisées ou les importations de livres par Internet.

 

Est-ce ce qui s'est passé en France au cours des trente dernières années ? Non. En 1982 la part de la librairie traditionnelle était de 37%, elle est aujourd'hui de 18% ici. La part des grandes surfaces spécialisées était de 10%, elle est aujourd'hui de 22%. La part des grandes surfaces non spécialisées était de 12%, elle est aujourd'hui de 21%. La part des ventes sur Internet est passée de 0 à 10%. La part des maisons de la presse et librairies-papeteries n'a cessé de diminuer.

 

Pourquoi la librairie traditionnelle a-t-elle continué à péricliter en France en dépit du prix unique du livre ? Parce que les bénéficiaires ne sont pas ceux que l'on escomptait.

 

Quels sont les bénéficiaires du prix unique du livre ? Les éditeurs et les grandes surfaces.

 

Les éditeurs ? Parce qu'ils ont pu augmenter le prix du livre afin de permettre au libraire traditionnel un gain suffisant par ouvrage vendu.

 

Les grandes surfaces ? A l'achat les grandes surfaces bénéficient de copieuses remises qui ne sont pas accordées au libraire traditionnel. Elles ont donc pu augmenter considérablement leur marge.

 

Quels sont les grands perdants du prix unique du livre ? La librairie traditionnelle et le consommateur.

 

La librairie traditionnelle ? Parce qu'elle n'a pas les moyens d'offrir un aussi large éventail de titres que les grandes surfaces spécialisées, en raison de ses marges plus étroites.

 

Le consommateur ? Parce qu'il paye le livre plus cher qu'il ne devrait, qu'il ne peut même pas le savoir puisque toute comparaison est impossible et qu'il n'y a plus de concurrence. Les signaux du marché se sont éteints.

 

Il faut préciser toutefois que la part de marché des libraires traditionnels s'est stabilisée en France au cours des dernières années. Ceux qui ont survécu se sont en effet différenciés des grandes surfaces d'une manière ou d'une autre et ont fait preuve de créativité.



Le prix unique du livre, qui est d'inspiration typiquement socialiste, nécessite enfin une bureaucratie pour son application, comme toute réglementation étatique qui se respecte. Les pays occidentaux qui ont adopté le prix unique du livre sont justement les pays les plus étatistes. Est-ce donc bien surprenant ?

  

L'affaire n'est cependant pas close. Cette loi est en effet sujette à référendum. L'UDC, Union démocratique du Centre, le PLR, Parti libéral radical, et les Verts libéraux l'ont lancé aussitôt après la promulgation cette loi liberticide ici [d'où provient la photo].

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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11 mars 2011 5 11 /03 /mars /2011 05:30

UDC famille syrienneDans 20 Minutes version en ligne du 9 mars 2011 ici, version papier du 10 mars 2011, on apprend cette nouvelle réjouissante que quatre conseillers nationaux UDC veulent empêcher l'extradition d'une famille syrienne convertie au christianisme, les Hassu-Abdel-Kader, vivant à Bollodingen dans le canton de Berne.

 

La nouvelle a paru le 9 mars 2011 dans la Berner Zeitung ici. Horiya, sa femme Faruq, et leur fille Tireej, sont arrivés en Suisse alors qu'ils étaient de confession musulmane. Depuis leur arrivée, il y a deux ans et demi, ils se sont convertis au christianisme.

  

Or, comme le dit l'un des quatre conseillers nationaux UDC, Andreas Brönnimann :

 

"Lorsqu'un musulman devient chrétien, nous savons tous que s'il retourne chez lui, il sera poursuivi, torturé et tué par les autorités de son pays."

 

Il s'adresse donc au Conseil fédéral, ainsi que Lukas Reimann, Theophil Pfister et Erich von Siebenthal, et demande :

 

"Pourquoi persistons-nous à faire rentrer la famille Hassu-Abdelkader en Syrie ?"

  

Ce après trois recours déjà auprès de l'Office fédéral des migrations

 

En effet, il suffit de lire le livre de Joseph Fadelle  "Le prix à payer"  [voir mon article du 5 février 2011] pour savoir que ce n'est pas une vue de l'esprit : un converti est considéré comme un traître par ses anciens coreligionnaires et son intégrité physique est véritablement en danger si cela se sait ou qu'il retourne dans son pays.

 

Je connais aussi le cas d'une femme musulmane qui, après sa conversion au christianisme, s'est vue répudier par son mari, retirer son enfant et perdre son emploi. Cela ne se passe pas dans un pays islamiste. Cela se passe au Maroc...

  

Dans la version en ligne de 20 Minutes le passage suivant n'a curieusement pas été reproduit dans la version papier, faute de place sans doute :

 

"Il est de notoriété publique que la Syrie, un Etat dit laïque, ne persécute pas les chrétiens sur son territoire, mais il en va tout autrement des personnes qui se convertissent au christianisme."

 

 

Or la Berner Zeitung et à sa suite 20 Minutes s'étonnent que l'UDC prenne fait et cause pour des requérants d'asile :

 

"Cette démarche collective de membres de l'UDC peut surprendre. Elle cadre mal avec la politique d'asile très restrictive prônée par l'Union démocratique du centre."

 

Ces deux journaux feignent d'ignorer que l'UDC combat surtout les abus en matière d'asile. Ils préfèrent ne retenir que cette explication :

 

"Cette apparente contradiction s'explique par le fait qu'il s'agit avant tout d'une affaire dont se sont emparés les milieux religieux chrétiens actifs contre la persécution des croyants."

 

Quand cela serait, au lieu de faire la grimace, parce que tout ce que fait l'UDC est mauvais à leurs yeux, ils devraient se réjouir. Mais ce serait, semble-t-il, trop leur demander...

 

Francis Richard

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 23:35

Micheline Calmy-ReyQui pouvait douter que le dernier des otages suisses retenus en Libye avait été libéré contre rançon ? Le 17 juin 2010, trois jours après la libération de Max Göldi, j'écrivais ici :

 

"Dans l'affaire Kadhafi on apprend que Muammar Kadhafi, comme tout maître-chanteur, a obtenu rançon pour libérer le dernier otage suisse qu'il retenait en Libye. Je n'ai jamais douté qu'il ne laisserait pas partir Max Göldi par simple bonté d'âme. Mais je pensais naïvement que le Conseil fédéral, Micheline Calmy-Rey en tête, ne céderait finalement pas au chantage, surtout après avoir résisté aussi longtemps."

 

A l'époque le Département fédéral des affaires étrangères, DFAE, dirigé par Micheline Calmy-Rey avait laissé croire que le million et demi de francs promis(si le fournisseur des photos judiciaires d'Hannibal Kadhafi publiées dans La Tribune de Genève, n'était pas retrouvé) avait été versé en Allemagne sur un compte bloqué. C'était un mensonge destiné à amuser la galerie.

 

Dans La Tribune de Genève du 4 mars 2011 on apprend ici que "la Suisse a bel et bien payé une rançon de 1,5 million de francs pour la libération de Max Göldi" :

 

"Sans attendre que l'enquête genevoise aboutisse (elle est encore ouverte à ce jour), Berne a fait transférer cet argent à Hannibal Kadhafi. Et cela dès l'été dernier déjà, peu après le retour de Max Göldi. Ironie douloureuse de l'histoire, Hannibal Kadhafi est censé utiliser cet argent pour financer des "projets humanitaires"." écrit en effet Pierre Ruetschi.



La raison de cette précipitation ? Il y avait peu de chance que le responsable de la fuite de photos soit retrouvé ...alors, pourquoi attendre ? autant faire plaisir tout de suite à cet animal d'Hannibal...



Bref la Suisse représentée par Micheline Calmy-Rey s'était bel et bien aplatie devant le dictateur fou de Tripoli au bénéfice de son tendre rejeton. 

 

Après cette révélation, suivie le même jour par une confirmation du DFAE, La Tribune de Genève précisait le 5 mars 2011, à propos du compte sur lequel le 1,5 million de francs a été versé ici :



"Le compte appartient aux Libyens, oui, mais selon nos informations, il se trouve dans un pays européen."

 

Autrement dit il serait récupérable :

 

"S'il était bloqué, un espoir existerait pour que l'argent revienne à la Confédération."



Les auteurs de l'article relevaient au passage cette curieuse déclaration faite la veille par le porte-parole du DFAE :

 

"A notre connaissance, quelques jours avant l'explosion des troubles actuels en Libye, l'argent était toujours sur le compte."



Du coup ils posaient les deux questions qui tuent :

 

"Comment la Suisse peut-elle être en mesure de le savoir ? Se pourrait-il que l'argent soit carrément dans une banque suisse ?"



L'image de Micheline Calmy-Rey a pris un coup de plus après ces révélations. Est-ce pourquoi samedi dernier elle a fait preuve d'un courage soudain et inattendu pour tenter de la redorer ? En effet elle a déclaré, rapporte AP dans 24 Heures ici [d'où provient la photo] :



"Je pourrais imaginer que l'on ouvre une procédure pénale en Suisse pour éclaircir les circonstances de l'enlèvement de Max Göldi et Rachid Hamdani à l'automne 2009 et traduire les coupables devant un tribunal.



Elle justifie cette poussée de fièvre judiciaire, qui ressemble à une gesticulation inutile et gratuite, toujours pour amuser la galerie, par le changement de situation :

 

"Les deux otages sont libres, l'ambassade suisse à Tripoli est fermée et ne peut plus être attaquée, comme cela s'est déjà produit. Aujourd'hui, nous sommes à nouveau libre de nos agissements."

 

En fait on aurait aimé qu'elle se montrât plus courageuse, sans être téméraire, quand le Führer libyen était au faîte de sa puissance...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème. 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 19:30

Le parlement suisseComme je le disais sur ce blog le 12 janvier dernier [ voir mon article Un cadeau de 18 milliards au FMI peut en cacher un autre ] le pire est certain quand le Centre fait alliance avec la Gauche.

 

Lundi 28 février 2011, le Conseil national a adopté une progression de l'aide publique au développement de 640 millions de francs pour 2011 et 2012 et de la porter à 0,5% du revenu national brut d'ici 2015. Ce qui a rempli de joie la Gauche.

 

Mardi 1er mars 2011, le Conseil national [la photo ci-dessus provient d'ici] a adopté les contributions de la Suisse au plan d'intervention du FMI contre la crise financière, c'est-à-dire qu'il a accepté de relever le plafond de participation de la Banque nationale suisse [BNS] aux NAE [Nouveaux accords d'emprunt] de 2,5 milliards à 18 milliards de francs et de cautionner une aide extraordinaire de 12,5 milliards de francs prélevée sur les réserves de la BNS. Ce qui a rempli de joie le Centre.

 

La Gauche, le coeur sur une main, l'autre dans la poche des citoyens suisses, veut apparaître généreuse envers les pays pauvres avec un argent qui ne lui appartient pas. Le Centre veut complaire aux pays de la zone euro au bord de la banqueroute, pour qu'ils se montrent plus conciliants. D'un côté une générosité aux dépens des autres, de l'autre une grande lâcheté envers les puissants.  

 

Ces deux décisions n'auraient évidemment pas été prises si le Centre et la Gauche n'avaient pas décidé de lier leur sort :

 

"Tu votes pour une augmentation de l'aide au développement", a dit la Gauche, "Je vote pour tes contributions au FMI". "Et vice-versa", lui a répondu le Centre. Un donnant-donnant qui est en fait un chantage de la Gauche, accepté par le Centre après s'être longuement fait prier.

 

Dans les deux cas il s'est agi de se donner bonne conscience sur le dos des citoyens.

 

La Suisse des parlementaires de Gauche et du Centre, semble-t-il, a honte de la prospérité du pays qui est due à la sagesse, relative par rapport aux autres pays, de sa politique économique. Elle se croit obligée de ponctionner directement et indirectement les contribuables pour se la faire pardonner par ces autres pays.

 

On sait pourtant pertinemment que l'aide publique au développement, dans les pays qui en bénéficient, sert à la corruption, à l'achat d'armes et à la réalisation de projets mirobolants ne servant qu'au prestige des dirigeants. Elle entretient la mentalité d'assistés qui ne s'en sortiront jamais s'ils ne prennent pas eux-mêmes leur destin en mains. Elle cache un protectionnisme à leur égard qui les maintient dans la servitude et les empêche réellement de se développer : d'un côté on se protège, de l'autre on leur donne un backchich pour les calmer.

 

Je citais dernièrement ici [voir mon article "L'éthique de la production de monnaie" de Jörg Guido Hülsmann du 15 février 2011 ] les propos de l'économiste Jörg Guido Hülsmann sur la Banque mondiale et le FMI :

  

"Ces deux institutions, de nos jours, ne sont en réalité que de grosses machines servant simplement à redistribuer une partie des revenus des contribuables des pays développés pour le compte des gouvernements irresponsables des pays sous-développés."

   

En l'occurrence il s'agit maintenant de redistribuer une partie des revenus de pays développés qui sont en bonne santé pour le compte de gouvernements irresponsables de la zone euro qui se sont eux-mêmes appauvris par leurs plans de relance, lesquels n'étaient que de la gesticulation inutile, et coûteuse, pour amuser les gogos.

 

Où est la moralité dans tout cela, dont on nous rebat les oreilles ?

 

La grande immoralité, en tout cas, est de le faire avec l'argent des contribuables et de leur refuser de donner leur avis, par peur sans doute qu'ils n'y opposent un non catégorique. L'UDC s'étant seule opposée à toutes ces dépenses inconsidérées en récoltera les fruits à l'automne prochain lors des élections fédérales...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème. 

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 19:35

Eveline Widmer-Schlumpf 2Pour complaire à l'OCDE et pour ne pas figurer sur sa fichue liste noire, le 13 mars 2009, la Suisse s'est alignée sur ses standards et a renoncé à distinguer fraude fiscale et évasion fiscale pour l'étranger. A l'époque le Conseil fédéral avait assuré que cette distinction serait conservée en Suisse :

 

"La distinction entre fraude et évasion fiscale - la dernière n'étant pas punie dans la Confédération - reste en vigueur en Suisse." déclarait Hans-Rudolf Merz, Ministre des Finances, le jour même ici.

Maintenant il paraît que la maintenir dans le pays ne serait plus tenable. La Conseillère fédérale, Eveline Widmer-Schlumpf, qui n'en est pas à une trahison près, déclarait le 21 février dernier que puisque la distinction avait été levée pour l'étranger le moment était venu de lancer le débat en Suisse ici [d'où provient la photo].

 

Jusqu'où ira-t-on dans l'abandon de toute moralité ? Jusqu'où ira-t-on dans le reniement des valeurs helvétiques.

 

Qu'est-ce qui distingue en effet aujourd'hui encore, en Suisse, la fraude fiscale et l'évasion fiscale (ou soustraction fiscale) ?

 

"La Suisse fait une distinction entre la fraude fiscale et l'évasion fiscale. L'évasion fiscale consiste à omettre de déclarer une partie de sa fortune ou de ses revenus. Elle n'est qu'une infraction administrative. Les Suisses et les résidents étrangers sont sanctionnés par une amende ou un rattrapage, les étrangers non-résidents ne sont pas sanctionnés et les banques n'ont pas le droit de renseigner le fisc étranger dans ce cas-là. La fraude fiscale consiste à soustraire frauduleusement des contributions au moyen de titres faux, falsifiés ou contenant de fausses indications. La fraude fiscale est punissable pénalement. Les banques doivent renseigner l'autorité judiciaire suisse ou étrangère à la demande d'un juge suisse compétent." [voir mon article La Suisse, paradis fiscal ? Si seulement... du 22.10.2008]

 

Dans le dernier numéro de L'Hebdo, daté du 24 février, un article de Cyril Jost et Linda Bourget sur ce thème a attiré mon attention. Il est inititulé : Secret bancaire - Les cantons prêts à l'assouplir ici.

 

En tête d'article ces journalistes rappellent que cette distinction est unique au monde. Ce qu'ils considèrent comme une tare est en fait une vertu. En effet cette distinction subtile, mais claire, permet de faire la part des véritables intentions et des moyens utilisés pour soustraire.

 

Le gros argument utilisé aujourd'hui ? L'inégalité de traitement :

 

"Avec les CDI [conventions de double imposition], les autorités étrangères pourront demander la levée du secret bancaire même dans des cas de soustraction. Mais pas les représentants du fisc suisse."

 

Les journalistes ajoutent :

 

"Par ailleurs, "les autorités suisses pourront demander davantage d'informations sur leurs contribuables à l'étranger qu'à l'intérieur du pays", note Henri Torrione, professeur de droit fiscal à l'Université de Fribourg."

 

Pour ménager la chèvre et le chou, on ferait dans la nuance, préconisent certains. On conserverait la distinction entre fraude et évasion tout en l'écornant. On distinguerait entre les soustractions graves et les bénignes. Bref on tomberait dans l'arbitraire.

 

Voilà ce qu'il en coûte de céder aux chantages de l'OCDE et compagnie. Le renoncement à distinguer fraude et évasion était bien un piège comme je l'annonçais dans mon article du 16 mars 2009 [Secret bancaire : la trahison des Conseillers fédéraux ] :

 

"Il s'agit en clair de traiter les étrangers non-résidents autrement que les résidents, de ne pas les faire bénéficier, comme les autres clients des banques, de la distinction entre fraude et évasion fiscales. C'est une première trahison, à l'égard de ces clients étrangers des banques, qui ont fait confiance au droit suisse pour les protéger des pays rapaces et inquisiteurs dont ils sont les ressortissants. Ils ont cru naïvement que le gouvernement suisse n'était pas inconstant comme les leurs et que les règles de protection de leur sphère privée étaient immuables en Suisse. Ils savent maintenant - et tout le monde avec eux - que la Suisse n'est pas plus fiable que les autres et qu'ils se sont trompés sur elle.

C'est ensuite une trahison à l'égard des citoyens suisses et des étrangers résidents. Qui peut croire en effet que le droit interne ne devra pas s'aligner, dans un avenir plus ou moins proche, sur le droit applicable aux étrangers ? Il y a une semaine encore le Conseil fédéral jurait ses grands dieux que le secret bancaire n'était pas négociable, et, sans même négocier, vendredi, il a cédé... Or la confiance ne peut reposer que sur la certitude que les règles ne seront pas remises en cause au moindre coup de vent, et du jour au lendemain, pour complaire aux puissants."

 

Il n'est pas toujours agréable d'avoir eu raison...

 

Francis Richard

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 06:00

DécailletIl y a presque 5 ans Pascal Décaillet a été démissionné par son employeur, la Radio Suisse Romande, RSR, parce qu'il animait l'émission Forum sur La Première avec... trop de succès depuis 5 ans. Cette émission d'actualités phare avait lieu tous les jours de 18 heures à 19 heures et était suivie par 182'000 auditeurs. Excusez du peu. 

 

La rumeur voulait que l'émission était trop élitiste. Ce qui ne pouvait convaincre personne, compte tenu de l'audience. En réalité il était reproché à Pascal Décaillet de ne pas être de gauche et d'être un catholique conservateur, ce qui était impardonnable pour la direction d'une radio que d'aucuns surnomment affectueusement Calvingrad.

 

Après 17 ans de bons et loyaux services à la RSR cette "démission" avait indigné plus d'un, puis était tombée dans l'oubli parce que le journaliste libre, au franc-parler, avait heureusement sacrément rebondi, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, auditeurs et téléspectateurs en nombre.

 

En effet Pascal Décaillet est entrepreneur indépendant depuis le 6 juin 2006 - il a sa propre agence de presse. Il écrit des articles dans plusieurs quotidiens - son blog ici de la Tribune de Genève en est l'un des plus lus avec 55'000 pages vues en janvier dernier. Après avoir animé le 7-8 sur Radio-Cité de 2008 à 2010, il tient une chronique hebdomadaire, le jeudi, sur One FM. Enfin il produit l'émission Genève à chaud sur la chaîne de télévision privée Léman Bleu.

 

Cette semaine Migros-Magazine, daté du 21 février 2011, publie un entretien avec lui ici [d'où provient la photo], où son franc-parler, sa liberté de ton et d'esprit font merveille.

 

Il n'est pas tendre avec la SSR, l'organisme de radio-télévision étatique, qui roupille et qu'il qualifie de "mammouth dûment engraissé par la redevance" :

 

"Je ne souhaite pas la suppression du service public mais sa transformation en quelque chose de musclé, densifié, concentré sur ses fonctions régaliennes qui sont le débat politique et la culture - toutes les cultures : ancienne, moderne, contemporaine, rock. Et c'est presque tout."

 

Cet emmerdeur déclaré persiste et signe, avec humour :

 

"Quand j'avais des patrons, j'adorais être en conflit avec eux. Maintenant que je n'en ai plus, je suis en conflit avec moi-même."

 

Exactement le contraire du nouveau patron de la SSR, le chéri des média, Roger de Weck, qui n'aime pas la confrontation et cherche à la réduire :

 

"Je suis un bagarreur. L'idée qu'il y ait une gauche, une droite, et une dialectique fraternelle mais musclée, ne me gêne pas. Je ne suis pas d'accord qu'on dise que la Suisse est le pays du consensus par excellence. On l'est par résultat, pas par nature."

 

Selon lui la Suisse a besoin de davantage de confrontation :

 

"La confrontation, ce n'est pas s'insulter, c'est dire, voilà je ne suis pas d'accord avec vous, on s'explique et à la fin le peuple vote." 

 

Quel devrait être le pivot de la politique suisse dans les années à venir ? L'UDC plutôt que le centre-droit :

 

"Le pivot des années à venir, je pense que ce sera l'UDC, avec laquelle la droite non UDC devrait travailler dans un maximum de secteurs possible. Cette droite classique peut bien sûr rejeter certains discours de l'UDC qu'elle considère comme xénophobes, mais il reste nombre de points de convergence, sur les finances, la fiscalité, le refus de ramper devant l'Union européenne."

 

La Suisse ? Un vieux pays conservateur :

 

"La paysannerie fait encore partie du pays et les Suisses de 2011 sont des conservateurs éclairés. Des gens qui voyagent, qui lisent des livres en plusieurs langues, qui sont cultivés mais aussi très attachés à ce que ce petit pays coincé entre des géants gardent une certaine indépendance."

 

Un pays replié sur lui-même ?

 

"Il ne s'agit pas du tout de repli, juste d'un petit pays qui se bat, qui doit se battre plus qu'un autre. Nous n'avons pas grand-chose. Du vin blanc, de la matière grise, des banques, c'est tout. Trop de monde, surtout à gauche, oublie que notre prospérité est très récente."

 

L'Hebdo de la semaine dernière et Le Temps du 17 février 2011 se sont faits l'écho d'un projet de plate-forme multi-media initié par le sociologue genevois Uli Windisch et qui aurait pour rédacteur en chef Philippe Barraud , dont le site Commentaires.com est une référence ici chez les conservateurs éclairés. En serait-il ?

 

"J'aimerais effectivement apporter ma pierre à un projet de ce genre, en gardant mon statut d'indépendant."

 

Il précise tout de suite pour qui se méprendrait :

 

"Pas question de devenir le laquais journalistique d'un grand financier de droite. Je ne suis le laquais de personne."

 

Au moins comme ça les choses sont les claires. C'est justement comme ça qu'on l'aime, Pascal Décaillet.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème. 

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 07:20

Calmy-Rey et BarrosoLe moins que l'on puisse dire c'est que Micheline Camy-Rey, de retour de Bruxelles, où elle se trouvait mardi 8 février 2011, ne donne pas l'impression de vouloir résister vraiment aux pressions de l'Union européenne.

 

Les propos de la Présidente de la Confédération et Ministre des Affaires Etrangères tels qu'ils sont rapportés dans l'édition du Temps du 9 février 2011 ici [d'où vient la photo] ne sont en effet guère rassurants :

 

"Je repars de Bruxelles avec une mission presque impossible."

 

Micheline Camy-Rey se sentirait-elle battue d'avance ? Ou préparerait-elle le terrain pour l'abandon de la voie bilatérale ?

 

"Regardons les faits: le statu quo avec l’UE, de loin notre premier partenaire économique, n’est plus tenable. Pour nous comme pour l’Union. Nous n’avons pas d’alternative au fait de repenser notre approche d’ensemble pour la rendre plus dynamique."

 

De quoi parle-t-elle ? Le dynamisme évoqué signifie-t-il pour elle de reprendre dynamiquement les régulations bureaucratiques européennes sans trop discuter, en bloc ?

 

Après avoir dessiné un grand rectangle, qui serait à remplir, Micheline Camy-Rey a expliqué [sic] :

 

"L’approche d’ensemble, c’est ce cadre. Il comportera plusieurs segments à l’intérieur: institutionnel, accords d’accès au marché, fiscalité."

Comprenne qui pourra. A moins que le cadre ne soit un bloc à compartiments...

Elle ajoute :

"L’objectif n’est pas de passer à nouveau des années pour aboutir encore à des questions."

Le temps presserait. Qui disait : "Le temps défait toujours ce que l'on fait sans lui" ? On ne peut pas dire en tout cas que ce soit là parole de négociatrice chevronnée.

Elle avoue d'ailleurs imprudemment :

"Les «Bilatérales III» ne sont pas le terme le plus apprécié à Bruxelles."

C'est ce qu'on appelle adopter le point de vue de la partie adverse. 

Dans un autre article du Temps, Richard Werly écrit ici :

"Micheline Calmy-Rey, porte-drapeau des Bilatérales III, a d’abord l’avantage de revenir de Bruxelles avec un diagnostic clair: si la Suisse ne bouge pas maintenant, l’UE jouera l’enlisement."

Faisant allusion entre autres à l'accord sur l'électricité qui tarde à être conclu, il en tire argument pour déclarer sans autre précision :

"La cheffe du DFAE a aussi de solides arguments pour convaincre un Conseil fédéral divisé, dont les membres non UDC ne peuvent guère se permettre de cafouiller ostensiblement sur les questions européennes en année électorale."

Signifie-t-il que la "cheffe" doit forcer la main à ses collègues non UDC, c'est-à-dire à ses cinq collègues Ueli Maurer excepté, et leur dire qu'ils doivent se plier aux exigences de l'UE pour boucler les accords en suspens qui sinon seraient "problématiques pour l'économie suisse" ? Si c'était le cas, les électeurs apprécieraient cette précipitation le 23 octobre prochain...

Francis Richard

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 23:00

Parc immobilier Etat GELe numéro de 20 Minutes de ce jour contient des révélations explosives ici. Une multitude d'immeubles du parc immobilier de la République et Canton de Genève seraient loués à des prix dérisoires, voire mis à disposition gratuitement. C'est ce qui ressort d'un rapport de 129 pages établi par l'Inspection cantonale des finances, ICF, auquel le quotidien "gratuit" a eu accès.

  

On apprend que l'Etat genevois dispose d'un parc immobilier conséquent :

  

"Le service de gérance du DCTI [Département des Constructions et Technologies de l'Information], composé de 16 personnes, s’occupe de la gestion d'environ 200 bâtiments à vocation d’habitation, commerciale ou d’enseignement ; de 123 villas et de 135 bâtiments à vocation administrative. Ces biens sont propriétés de l’Etat. Ce dernier est également locataire de près de 200 immeubles. Ces locations représentent une valeur locative de quelque 45 millions de francs par an.
 

Le Canton de Genève est également propriétaire de 91 parkings, représentant 6278 places, dont la gestion est assurée par la Fondation des parkings. Enfin, l’Etat possède encore 17 immeubles dont la gestion est assurée par des régies privées."

 

Quelles anomalies figurent dans le rapport de l'ICF, qui est en quelque sorte la Cour des Comptes genevoise ici ?

 

"Villa de 7 pièces louée à un fonctionnaire 950 fr. par mois pendant 20 ans; parkings publics utilisés par des collaborateurs de l’Etat sans facturation; loyers non-indexés; aucune garantie bancaire demandée lors de l’inscription pour un logement; absence de procédure décrivant les critères de sélection d'attribution; location gratuite en échange de travaux effectués par le locataire; liste des biens immobiliers non exhaustive; etc, etc."

 

950 fr. par mois ? A ce prix on peut tout juste louer un deux pièces rénové, de 27 m2, à Plainpalais ou un studio de 35 m2 à Genève, comme je viens de le vérifier sur le site immoscout24.ch ici.

 

Dans le téléjournal de ce jour, à 19 heures 30, sur TSR1, Marius Rochebin nous apprend qu'il y aurait des centaines d'appartements mis à disposition à titre gratuit...

 

Qui est à la tête du DCTI ? Mark Muller.

 

Depuis quand ? Depuis 2005.

 

En 5 ans il est invraisemblable que ce Conseiller d'Etat de Genève, élu sous l'étiquette libérale, ne soit pas au courant de cette gestion calamiteuse faite par son département. Pour se défendre il prétend qu'il avait pris la décision de procéder à cet audit du parc immobilier d'un commun accord avec l'ICF. Malheureusement c'est faux. Pour preuve l'info de l'agence DECAPROD de ce jour :

 

"A Genève, le fameux audit accablant de l’Inspection cantonale des finances (ICF) sur la gestion du patrimoine immobilier de l’Etat n’a pas été sollicité par Mark Muller. C’est ce qui ressort, clairement, du PV de la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil, séance du lundi 24 janvier 2011, un document que l’AGENCE DECAPROD a pu se procurer. En page 7 de ce procès-verbal, il apparaît clairement que le Département dirigé par Mark Muller (DCTI) n’a pas été demandeur de cet audit. C’est M. Charles Pict, directeur de l’ICF, qui l’affirme, en réponse à une question de M. Ivan Slatkine, membre libéral de la Commission." ici

 

Certes il est scandaleux que l'Etat genevois gère aussi mal son parc immobilier. Mais, après tout, cela n'est guère surprenant. Il n'est pas d'exemple où l'Etat gère mieux que le privé. Ce serait plutôt le contraire. Corruption et dilapidation à la clé.

 

Les vraies questions sont donc : Comment se fait-il que l'Etat dispose d'un tel parc immobilier ? Est-ce bien son rôle de posséder ou de louer des immeubles qui ne servent pas directement à son administration ?

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 20:35

Pierre MaudetQui est Pierre Maudet ici ? Il est né en 1978, est marié, a deux enfants, et est membre du Conseil administratif, c'est-à-dire de l'exécutif, de la ville de Genève, depuis 2007. Il est à la tête de département de l'Environnement urbain [sic] et de la sécurité.

  

Quelle est sa formation ? Il a un Master bilingue de droit de l'Université de Fribourg. 

  

Quelle est son expérience professionnelle ? Quasi nulle. Il se présente comme Consultant indépendant, ce qui ne veut rien dire, et tout dire. Sur le plan militaire il est Capitaine dans les troupes de sauvetage, dont la fibre militaire est connue pour être ténue. Il a été Responsable du Bureau des surprises [sic] dans le cadre des manifestations de l'an 2000.

  

Le portrait de l'homme [dont la photo provient d'ici] ne serait pas complet si l'on n'ajoutait pas qu'il est membre du Parti libéral-radical, que c'est un européiste convaincu - il a pleuré, à 14 ans, quand il a appris le rejet par le peuple suisse de l'adhésion à l'Espace économique européen en 1992.

 

Sur son blog, Pierre Maudet commence sa présentation de lui-même ici en ces termes :

 

"Chaque matin, lorsque je me rends à mon bureau de la rue de l’Hôtel-de-Ville, je suis conscient d’avoir une chance énorme : celle de pouvoir agir tous les jours, directement, concrètement, pour une meilleure qualité de vie à Genève."

 

Charles Poncet lui répond dans une lettre ouverte qu'il lui a adressée dans L'Hebdo du 27 janvier 2011 :

 

"Pendant que vous paradez un "bilan satisfaisant" de la "sécurité municipale", le peuple de Genève ne sort plus dans les rues le soir venu."

 

Ecce homo.

  

En toute modestie, car l'homme est modeste à tous points de vue, Pierre Maudet a présenté Le vrai rapport ici sur la politique de sécurité du pays, lors d'une conférence de presse, le 17 janvier 2011. Ce rapport, aux dimensions modestes, 22 pages, se veut une réponse cinglante au projet de rapport sur la politique de sécurité 2010 iciRAPOLSEC 2010, 88 pages, publié par le Conseil fédéral le 14 avril 2010, qui serait par conséquent Le faux rapport.

  

A lire le "vrai" rapport de Pierre Maudet force est de constater que le constat qu'il fait est faux. Le constat étant faux, les solutions proposées ne peuvent qu'être fausses.

  

Quel constat Pierre Maudet dresse-t-il ?

 

- La Suisse serait isolée parce qu'elle a refusé de faire partie de l'Union européenne, cette construction archaïque qui craque de toutes parts et pour laquelle il a les yeux de Rodrigue. Or la Suisse a tout de même conclu avec l'Union européenne des accords bilatéraux et elle en est le troisième partenaire derrière les Etats-Unis et la Chine. Ce qui crée des liens... et permet de mesurer son isolement.

 

- La Suisse ne serait plus considérée comme neutre sous le prétexte fumeux que "sa neutralité a perdu sa raison d'être, car dénuée de sa substance de base". Elle devrait lutter avec les autres nations démocratiques contre les groupuscules terroristes islamistes, qui la considèrent de toute façon comme une ennemie, parce qu'elle est occidentale, chrétienne et riche, et perçue comme une adversaire de l'islam.

 

Rappelons à ce jeune homme la définition de la neutralité figurant sur le site de la Confédération ici :

 

"La neutralité permanente est un principe de la politique étrangère de la Suisse. Elle sert à garantir l’indépendance de la Suisse et l’inviolabilité de son territoire. En contrepartie, la Suisse s’engage à ne pas participer à une guerre opposant d’autres Etats."

 

Or cette neutralité, telle qu'elle est ainsi définie, est bien reconnue par tous les autres Etats du monde, à l'exception notoire de la Libye, bien sûr, ce qui est tout de même substantiel. Mais il est "vrai" que les terroristes, eux, islamistes ou pas, ne respectent rien...

 

- La Suisse serait vulnérable parce qu'elle n'aurait pas de cohérence stratégique. Il n'en veut pour preuve que l'affaire libyenne où la Suisse aurait manqué "surtout d'alliés". En fait elle n'a pas manqué d'alliés, mais ces alliés lui ont surtout fait défaut parce qu'ils ont préféré leurs intérêts économiques à leur honneur, crise oblige.

 

Pierre Maudet fait l'inventaire des "vraies" menaces pour le pays :

 

- cyber-attaques

 

- terrorisme et extrémisme

 

- crime organisé

 

- catastrophes naturelles 

 

Toutes menaces qui figurent pourtant en bonne place dans le projet de RAPOLSEC 2010...

 

La différence de taille est que le sieur Maudet ne croit pas au danger possible d'invasion territoriale :

 

"On peut raisonnablement affirmer qu'à l'horizon des 50 prochaines années, le risque d'une attaque terrestre classique par voie terrestre, émanant d'un pays voisin, a disparu."

 

Or c'est le genre de prophétie qu'il est bien hasardeux de faire dans l'époque de turbulences que nous traversons. D'autres, en leur temps, avaient parlé, dans le même genre, de la fin de l'Histoire...

 

Phillippe Barraud a bien raison de dire sur son blog, Commentaires.com ici, que, même si le pire n'est jamais sûr, il vaut mieux en matière de Défense se montrer prudent : 

 

"En contradiction avec l’optimisme arbitraire et béat de nos experts à la mode, je crois que nous allons vers un monde de plus en plus dominé par le manque et la pénurie (d’énergie, d’eau potable, de ressources minérales et agricoles, de produits de la mer), qui conduiront nécessairement à des guerres non pas cybernétiques, mais à des guerres très classiquement territoriales."
 
Toujours est-il que les solutions préconisées par ce bonimenteur professionnel coulent de cette source.
 
Puisque la menace d'attaque terrestre est minime et inimaginable dans les 50 années à venir, seul "un noyau de défense traditionnel" doit être maintenu. L'armée peut être réduite à 20'000 hommes contre 190'000 actuellement, sans compter les réservistes. Ce qui rendra pourtant la Suisse encore plus vulnérable. L'armée de milice n'aura plus de raison d'être. On trouvera bien 20'000 volontaires pour remplir les rangs de cette armée squelettique. Voire.
 
Puisque la Suisse est isolée et qu'elle n'est plus neutre, autant qu'elle ne soit plus indépendante du tout et qu'elle soit sous la coupe de ses grands voisins. Une armée réduite à une portion congrue fera l'affaire. Dans ces conditions, on aura bien besoin des autres européens, s'ils ne nous attaquent pas, pour se défendre et, qui sait, peut-être sera-t-on alors bien obligé d'adhérer à l'Union européenne, pour se sentir moins seul, ce dont Pierre Maudet rêvait déjà quand il était petit... 
 
Francis Richard
 
L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.
 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 22:35

ArmesPour la première fois je suis venu en Suisse, depuis la France, en 1968 - eh oui je suis un soixante-huitard ... de droite - et une des singularités qui a frappé le jeune homme que j'étais à l'époque était le rôle que jouait l'armée dans la société helvétique, où l'on y retrouvait en quelque sorte la même hiérarchie qu'engendre naturellement le mérite. C'était, me semblait-il, un facteur de cohésion à nul autre pareil.

 

Puisque les militaires emportaient leurs armes chez eux, qui plus est avec leurs munitions, ce qui aurait été tout simplement impensable en France, surtout dans l'après mini-révolution de 1968, cela signifiait  que la confiance et la responsabilité régnaient à l'égard et au sein de cette armée de milice, qui se confondait avec le peuple et rendait improbables les tentations putschistes. 

 

Les hommes  n'effectuaient pas leur service en une seule fois. Ils passaient une partie de leur vie sous l'uniforme, sans que pour autant l'esprit militariste prévale, mais plutôt le sentiment d'appartenance, qui contrarie les différences sans les gommer. Après l'école de recrues ils suivaient en effet des cours de répétition, qui leur permettaient de parfaire leur formation et de continuer à pratiquer. Tant il est vrai qu'un instrument se rouille faute d'usage.

 

Pour tout dire cette armée singulière forçait mon admiration. En dépit de ses imperfections elle m'apparaissait d'une grande efficacité en comparaison des armées de conscrits du reste de l'Europe, parce que ses serviteurs étaient bien conscients de leur mission. En assurant la sécurité du pays, c'était celle des leurs et la leur qu'ils assuraient réellement.

 

Malheureusement il est des Suisses qui ont une fâcheuse tendance à l'autoflagellation. Au lieu d'être fiers de ce qu'ils sont, et de ce qui les distingue des autres, ils n'aspirent qu'à leur ressembler. Ils prennent leurs mauvais exemples chez les grands pays voisins, qui ne peuvent être que meilleurs, puisqu'ils sont plus grands. Aux singularités bienfaisantes ils préfèrent l'uniformité au risque d'être profondément ennuyeux et, surtout, de perdre leurs qualités propres.

 

Au fil du temps, sous la pression des bien-pensants, qui font profession de pacifisme - un pacifiste n'est en réalité qu'une caricature de pacifique - la confiance et la responsabilité se sont mues en soupçon et en mise sous tutelle. Quand on veut entraver les libertés, on recourt à la réglementation, ce qui est vrai dans tous les domaines, y compris celui des armes, sur lesquelles ces gens-là fantasment dur.

 

Dans leur sagesse les Romains disaient que, si on voulait la paix, il fallait préparer la guerre. Aujourd'hui les bien-pensants, qui cultivent la naïveté, quand ils ne cultivent pas le défaitisme, considèrent que cet adage est d'un autre âge et qu'ils sont plus intelligents que les Anciens. Ils pensent donc, mal, qu'une armée, a fortiori de milice, n'a plus d'objet.

 

Comme les traditions militaires suisses sont encore bien ancrées, leur attaque se fait de biais, en s'en prenant aux instruments plutôt que de s'en prendre directement à l'institution, encore debout, en dépit des fissures qui lui sont infligées de toutes parts. C'est ainsi que, sous le fallacieux prétexte de protéger la population contre elle-même, il s'agit de lui retirer les armes des mains, de la désarmer, de la traiter en enfant incapable.

 

Ce n'est pas dit comme cela, mais cela revient au même. Le titre de l'initiative sur laquelle le peuple suisse va être amené à voter le 13 février prochain en est l'illustration caricaturale : "Pour la protection face à la violence des armes" ici. Il y a là,de manière caractéristique, personnification des armes par les initiants, qu'ils qualifient de violentes, confondant l'instrument avec celui qui peut s'en servir, mais qui peut s'avérer incapable de la maîtriser.

 

Quand on va sur le site des initiants ici, on y apprend qu'il y aurait environ 2,3 millions d'armes à feu dans les foyers suisses, ce qui est effectivement impressionnant, et que "les armes militaires sont largement majoritaires : 250'000 sont détenues en prêt par des soldats d'active et 1,448 million appartiennent à d'anciens soldats". Le message est clair : ce sont les armes militaires qui sont visées et à travers elles l'armée de milice.

 

Car les autres armes, 580'000 quand même, seraient des armes de chasse et de sport, contre lesquelles les initiants n'ont rien, du moment que les chasseurs et les tireurs sportifs savent tirer - ils doivent "disposer des compétences nécessaires" -, qu'ils aiment tirer - ils doivent "exercer activement leur passion" - et qu'ils sont soigneux et prudents. Ce qui ne garantit nullement qu'ils en feront meilleur usage que les militaires et ex-militaires. La compétence et l'engouement ne peuvent-ils pas être redoutables quand ils sont au service de mauvaises intentions ?

 

Je n'ai pas vérifié ces chiffres des armes détenues, mais admettons qu'ils soient exacts. Ils permettent de relativiser d'autant plus qu'ils sont élevés l'emploi des armes à feu dans les homicides. En effet l'OFS, Office fédéral de la statistique, nous apprend qu'en 2009 il y a eu 236 homicides, y compris les tentatives d'homicides, dont 55 avec armes à feu (24 tentatives ont abouti), 523 lésions corporelles graves dont 11 avec armes à feu et 3530 actes de brigandages dont 416 avec armes à feu ici.

 

Ces chiffres sont bien évidemment à rapprocher des 2,3 millions d'armes à feu, qui, tout à fait légalement encore, se trouveraient dans les foyers suisses... Ces chiffres ne nous disent malheureusement pas quelle est la proportion d'armes à feu illégales qui ont servi à commettre ces crimes. Ils montrent a contrario qu'il y a bien plus de crimes commis sans armes à feu. Ils montrent aussi que la Suisse reste un pays sûr... malgré Schengen.

 

D'autres chiffres nous montrent que les suicides par armes à feu, en 2009, représentent 17% du total des suicides contre 20% par pendaison et 11% par précipitation dans le vide. Il n'est donc pas scientifique de dire qu'en réglementant la détention d'armes le nombre de suicides se réduirait et de le chiffrer. Car on voit qu'il y a bien d'autres méthodes, en premier lieu la pendaison, puis la précipitation dans le vide, qui peuvent se substituer facilement aux armes à feu.

 

Il faut de plus préciser de quoi l'on parle. Il faut rapprocher par exemple les 239 suicides par armes à feu de 2008 des 2,3 millions d'armes à feu qui seraient disponibles dans la population suisse. Dans un article du 29 juillet 2010, Corrélation entre possessions d'armes à feu et suicides par balle? , je montrais, d'ailleurs, à propos d'une savante étude publiée par la revue European Psychiatry qu'il était possible de faire dire aux chiffres ce qu'on voulait, par exemple qu'il était possible de diminuer le nombre de suicides en Suisse de 100 par an... en réglementant la détention d'armes.  

 

La législation sur les armes est déjà très sévère en Suisse (les armes de service par exemple sont gardées à la maison sans munitions). Or les initiants veulent encore alourdir cette législation et notamment créer un registre fédéral alors qu'existent déjà des registres cantonaux; ils veulent que les armes de service soient toutes déposées à l'arsenal [la photo ci-dessus provient d'ici]. 

 

Quand les bien-pensants veulent résoudre un problème de comportement humain, ils légifèrent, comme si la loi pouvait contrôler tous les comportements. Au lieu de prendre des mesures liberticides, ils feraient mieux de s'intéresser au pourquoi qu'au comment.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.  

 

L'initiative "Pour la protection contre la violence des armes" a été rejetée le 13 février 2011 par 56,3 % des voix du peuple suisse.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 23:25

Christa MarkwalderAvec une alliance du centre et de la gauche, malheureusement, le pire n'est pas seulement à craindre, il est quasi certain. En effet le Parlement suisse est en bonne voie depuis hier d'octroyer généreusement 18 milliards de francs de ligne de crédit au FMI, soit la bagatelle de 2'400 francs, par habitant de la Suisse, en comprenant tout le monde, hommes, femmes et enfants. C'est beau, c'est grand, c'est généreux la Suisse...avec l'argent des citoyens.

  

Le 6 mai 2009, le Conseil fédéral adresse un message au Parlement ici, dans lequel il propose d'adopter "un projet d'arrêté fédéral concernant une contribution extraordinaire, limitée dans le temps, destinée à augmenter les ressources du Fonds Monétaire International, dans le cadre de l'aide monétaire internationale". Il s'agit d'une tranche de 12,5 milliards de francs, prise sur les réserves de la BNS [Banque nationale suisse], avec la garantie du Conseil fédéral. Le Conseil des Etats n'hésite pas. Le 27 mai 2009, il approuve ce projet d'arrêté fédéral par 28 voix contre 4 et 5 abstentions ici.

 

Le 8 septembre 2010, le Conseil fédéral adresse un nouveau message au Parlement ici, dans lequel, cette fois, il propose de ratifier les Nouveaux Accords d'Emprunts, NAE, du FMI qui porteront la participation de la BNS de 1,5 milliard de DTS, soit 2,4 milliards de francs, à 10,9 milliards de DTS [voir mon article La dernière motion d'Oskar Freysinger: sortir la Suisse du FMI ], soit 18 milliards de francs. Le Conseil des Etats n'hésite pas davantage et approuve ces NAE lors de sa séance du 13 décembre 2010, par 30 voix et 3 abstentions ici.

 

Pendant ce temps-là, le Conseil national suspend son approbation de la première partie depuis 18 mois, ce qui conditionne l'approbation de la seconde. Est-ce pour le bon motif, c'est-à-dire pour la bonne gestion des deniers publics ? Pas du tout. Cette suspension est due à la gauche qui entend lier ces nouveaux crédits à accorder au FMI avec l'aide publique au développement. Elle ne donnera pas son accord autrement. Et comme l'UDC s'oppose à cette augmentation... 

 

En 2009, la Suisse a consacré 0,47% de son Revenu national brut au développement, alors que le taux moyen des pays de l'OCDE est de 0,48% ici. En 2010 ce taux a diminué et devrait être de l'ordre de 0,426%. Sous l'aimable pression de la gauche le Conseil fédéral pense ici qu'il serait raisonnable d'atteindre linéairement l'objectif de 0,5% en 2015. Le Conseil des Etats approuve finalement un objectif de 0,45% pour 2015 lors de sa séance du 9 décembre 2010, par 27 voix contre 9 et 3 abstentions ici.

 

Au Conseil national, comme dit plus haut, les positions sont claires : l'UDC souhaite que le taux de l'aide publique au développement soit diminué, tandis que la gauche souhaite qu'il soit augmenté. Ces positions contraires ont le mérite de créer une majorité de blocage. Or la Commission de politique extérieure, CPE, du Conseil national vient de débloquer la situation. En effet, avant-hier, elle a accepté par 14 voix contre 9 les NAE, qui se traduiront par une ligne de crédit de la BNS au FMI de 18 milliards de francs ici.

 

En effet ces 18 milliards correspondent au deuxième volet, celui des NAE. Quid des 12,5 milliards votés par le Conseil des Etats en mai 2009, qui correspondent à "une contribution extraordinaire limitée dans le temps" ? Un cadeau de 18 milliards peut en cacher un autre. Pour ajouter à la confusion, l'UDC parle, elle, de 16,5 milliards de francs d'augmentation des "nouvelles garanties de crédit" de la BNS ici. Or 18 milliards moins les 2,4 milliards initiaux donnent 15,6 milliards...Petite inversion des deux derniers chiffres ?

 

Toujours est-il que le centre a plié devant la gauche au sein de la CPE et qu'il a approuvé, présidente en tête, la radicale-libérale Christa Markwalder [dont la photo ci-dessus provient d'ici], une augmentation de l'aide publique au développement pour faire passer les 18 milliards de crédit au FMI, auquel il tient tant. C'était bien la peine de faire de la résistance pendant 18 mois !

 

Certes c'est toujours 18 mois de gagnés avant de passer à la caisse. Car il ne faut se faire aucune illusion : il y a peu de chances que la Suisse revoit ses deniers, convertis en DTS, soit en monnaie de singe, s'ils sont utilisés...Heureusement que la Commission propose et que le Conseil national dispose. A suivre donc...lors de la session de printemps.

 

Francis Richard

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 22:15

FMILe 16 décembre 2010, une nouvelle motion a été déposée par Oskar Freysinger ici. Cette motion demande ni plus ni moins que la Suisse sorte du FMI. Elle demande aussi combien la participation de la Suisse à l'entretien de cette institution, cornaquée par le sémillant Dominique Strauss-Kahn, a bien pu coûter réellement au pays. Cette motion a été signée par 11 conseillers nationaux, dont 10 députés UDC et un de la Lega. Parmi les cosignataires UDC, il y a trois romands, Dominique Baettig, Yves Niddeger et André Reymond.

  

En 1992 la Suisse rejoint le FMI ici. Aujourd'hui la quasi totalité des pays du monde en sont membres, à l'instar de l'ONU. Ce qui veut dire que la Suisse ne peut faire que de la figuration au sein de ce machin financier. Certes elle représente un groupe de 8 pays, dont elle défend les intérêts, au sein du Conseil d'Administration ici, mais celui-ci est composé de 24 directeurs exécutifs dont 5 sont nommés par les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni et les 19 autres élus par des groupes de plus petits pays, tels que ceux que représente la Suisse.

  

En outre le groupe de pays, que représente la Suisse en la personne du directeur exécutif René Weber,[en poste depuis le 1er janvier 2010],  ne pèse que 2,82% des voix, dont un peu plus de la moitié, soit 1,57%, reviennent à la Suisse. Autant dire : peanuts ! Le groupe est composé de l'Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de la Pologne, de la République kirghize, de la Serbie, du Tadjikistan et du Turkménistan. Il serait intéressant de savoir comment un tel groupe, aussi hétéroclite, a bien pu être constitué...et surtout pourquoi la Suisse en a pris la tête. Faute de mieux sans doute...

  

Il faut enfin préciser que les pourcentages de voix correspondent à peu de choses près aux quote-parts versées par les différents pays membres, comptabilisées en DTS, Droits de Tirages Spéciaux, c'est-à-dire dans une monnaie purement virtuelle, et propre à l'institution, qui est un subtile panier garni, à base de dollar, d'euro, de yen et de livre sterling... L'écart entre le pourcentage des quote-parts et le pourcentage de voix provient de l'utilisation ou non de DTS par le pays membre.

  

A quoi sert ce machin supranational, où la loi des plus forts est de toute évidence la meilleure ? Il sert [voir ici] :

  

à superviser le système monétaire international et à contrôler les politiques économiques et financières des pays membres

  

à assister techniquement les pays membres à faibles et moyens revenus dans l'administration de leurs économies

  

- à prêter aux pays membres qui ont du mal à emprunter sur le marché des capitaux dans de bonnes conditions

  

Bref c'est un machin interventionniste, qui, en quelque sorte, gouverne le monde en redistribuant l'argent apporté au pot commun par les pays membres. Ce pot commun s'élève à 217,3 milliards de DTS. Si l'on en croit le site de la BNS, Banque nationale suisse, un DTS vaut 1,55 CHF à fin octobre 2010 et la quote-part de la Suisse est de 3,46 milliards de DTS, soit 5,35 milliards de CHF ici. En réalité la BNS a déjà fourni au FMI un montant plus important que cette quote-part, soit un total de 10,62 milliards de CHF dont 1,71 milliard étaient utilisés à fin octobre.

  

Le Carton Rouge, sous la plume d' Achille Tendon, écrit aujourd'hui ici que ces réserves seraient considérées comme insuffisantes et pourraient être largement augmentées pour sauver l'euro en perdition, qui, selon Jacques Attali, "a un peu baisséici :

  

"Le directeur exécutif suisse de ce FMI,  René Weber, avertit ( un jour avant le réunion de la commission du National en charge du dossier) que la Suisse remettrait en question sa position et son siège auprès du FMI si elle devait ne pas accepter de participer au sauvetage de l'€uro (cette monnaie de singe!!!) pour la modique et modeste somme de 16,5 milliards de dollars américains (autre monnaie de singe !!!). "

 

C'est dans ce contexte qu'Oskar Freysinger a déposé sa motion n°10.4056 au Conseil national :

 

 "La Suisse sort du FMI et de la BM (Banque mondiale), en parallèle le Conseil fédéral doit enquêter sur les coûts réels de notre participation.

 

Le Conseil fédéral est chargé de concrétiser ces deux demandes avant la fin de la présente législature, donc les élections fédérales du 13 octobre 2011, puis de dilligenter toutes poursuites pénales et civiles utiles au profit du Souverain."

 

 A l'appui de cette motion, le Conseiller national valaisan emploie des arguments frappants :

 

"1. Le FMI et la BM violent la neutralité suisse en nous forçant à des actions politiques dirigées "par les U.S. A.". Ainsi, depuis que nous y sommes entrés "notre politique économique" est devenue "colonialiste" et anti-développement, notamment dans les pays les plus pauvres et maintenant ceux voisins de l'UE.

 

2. De plus, elles sont coûteuses et se basent toujours sur des statistiques douteuses, après avoir par exemple obligé la Suisse à vendre son or aux cours les plus bas et à changer notre Constitution dans ce dessein.

 

3. FMI et BM font également le jeu- économiquement malsain - du maintien artificiel de l'Euro et des Diktats "anticonstitutionnels" de la BCE.

 

4. Par leurs politiques draconiennes d'ajustements (sic!) du chômage, FMI et BM aggravent souvent les problèmes en entrainant des conséquences sociales dévastatrices et un accroissement de la pauvreté.

 

5. Ils veulent aussi maintenir et préserver les privilèges d'un système inefficace et ruineux (création de fausse monnaie "ex nihilo", comme le prouve notamment le Prix Nobel Maurice Allais, par milliers de milliards, avec un système bancaire fractionnaire, menteur, gaspilleur, tricheur et voleur, aussi par des salaires, primes et bonus antisociaux).

 

6. FMI et BM visent - dans leurs propres déclarations - un impôt, une monnaie et un gouvernement mondial unique, très dangereux pour nos libertés. Ils ne sont ni subsidiaires, ni fédéralistes.

 

7. Par ailleurs, ils ne sont pas du tout démocratiques, ni transparentes et contribuent à la corruption et aux fraudes, aussi en allouant des salaires et des frais trop élevés à nombre d'employés exagéré. Le népotisme y est monnaie courante.

 

8. Même le controversé keynésien, "conseiller" d'Obama, Joseph Stiglitz, notamment Prix Nobel d'Economie et vice-président de la Banque mondiale de 1997 à 2000, s'est attaqué au FMI dans un livre. Il l'accuse de privilégier les intérêts de son principal actionnaire les Etats-Unis, avant ceux des pays en difficultés."

 

Comme le dit Achille Tendon :

 

"Depuis que la Suisse "siège" au FMI dans laquelle elle a été, AU DEPART, la bienvenue, elle n'a pu faire que trois choses bien distinctes:

1) siéger

2) payer

3) se taire !!!"

 

N'était-il pas temps de réagir ?

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 22:25

Jacques AttaliOn connaissait Jacques Attali [dont la photo provient d'ici] en écrivain qui recopie les écrits des autres sans ouvrir les guillemets.

 

Dans Histoires du temps il a ainsi recopié des passages tirés de l'Essai sur le temps d'Ernst Jünger, du Mythe et pensée chez les Grecs de Jean-Pierre Vernant et de Pour un autre Moyen-Age de Jacques Le Goff.

 

Maintenant on connaît Jacques Attali en économiste de pacotille.

 

Hier, dans le téléjournal de 19 heures 30, de Darius Rochebin sur TSR1 [la première chaîne de la Télévision suisse romande], l'ancien conseiller très spécial de François Mitterrand a tenu des paroles d'expert économique qui valent leur pesant de cacahouètes. 

 

La faiblesse de l'Euro ?

 

"C'est inexact. Votre commentateur a parlé de dégringolade. Il ne faut quand même pas exagéré. Il y aurait dégringolade si l'Euro valait moins qu'un dollar ou quelque chose comme ça. Il a un peu baissé. Bon !"

 

Après être monté à 1,60 dollar en 2008, l'Euro est passé de 1,50 dollar début 2010 à 1,34 dollar début 2011, soit une baisse de 11%... Mais surtout l'Euro a baissé par rapport au Franc suisse de 16% au cours de la dernière année, après avoir frôlé 1,70 franc en 2008... Comme dit Attali l'Euro a "un peu baissé". Pas de quoi s'émouvoir... 

 

La dette de l'Union européenne ? Elle n'existe pas. Démonstration :

 

"En réalité il ne faut pas comparer l'incomparable. La Suisse est une merveilleuse confédération avec des cantons. Il faudrait comparer la dette de chaque canton avec la dette de chaque Etat européen. Il faudrait comparer la dette de la Suisse avec la dette de l'Union européenne. Là on se rendrait compte que la situation est radicalement inverse. Comme il a été très justement dit, la dette de la Suisse est 38% du PIB. La dette de l'Union européenne, c'est 0% du PIB. L'Europe n'a aucune dette. Ce sont les cantons européens, la France, l'Allemagne etc. qui ont des dettes. Nous ne sommes pas dans une situation si mauvaise."

 

Après la tendance plagiaire, voici la tendance prestidigitation, voire faussaire, de l'expert. En effet, ou Jacques Attali ignore, ou il dissimule que la dette publique de la Suisse, correspondant à 38% du PIB [38,8% pour être exact à fin 2009 ici], comprend la dette de toutes les collectivités publiques du pays, c'est-à-dire aussi bien celle de la Confédération que celles des cantons et des communes.

 

Comme il le dit si bien, il ne faut pas comparer l'incomparable. Aux 38,8% de la dette totale des collectivités publiques helvétiques, il faut donc comparer la dette totale de l'Europe, comprenant celle du club, égale à 0%, soit, mais aussi celles de ce que Jacques Attali appelle métaphoriquement ses cantons, c'est-à-dire une dette qui représente plus de 75% du PIB des "cantons" européens de la zone euro et environ 70% du PIB des 27 "cantons" européens de l'UE ici.

 

Ce qui fait la force de la Suisse comparée à l'Europe ?

 

"La Suisse a un budget fédéral. Elle a donc une capacité à s'endetter au niveau fédéral et donc à relancer son économie. Ce qui explique la croissance et le faible taux de chômage. Tout se jouera en Europe sur la capacité de passer d'une structure molle, où il n'y a qu'une banque centrale à une structure beaucoup plus confédérale avec un budget européen et une capacité à l'augmenter comme la Suisse."

 

Les faits démontrent exactement le contraire. L'endettement helvétique des collectivités publiques est passé de 55,1% du PIB en 2003 à 41,1% en 2008 et à 38,8% en 2009. La Suisse s'est donc bien gardée de relancer son économie en augmentant son endettement, au contraire. Son taux de chômage est certes passé de 2,6% en 2008 à 3,7% en 2009. Mais en novembre 2010 il était en décrue et se situait à 3,6%...ici, de quoi faire pâlir d'envie bien des pays de l'UE...

 

Comme le dit l'excellent Carton Rouge ici : "Attali prend-il les téléspectateurs suisses pour des crétins des Alpes ?"...

 

Autre question : est-il étonnant que, sans réagir, Darius Rochebin ait gobé tout cru les propos de son expert d'invité ?

 

Francis Richard

 

PS du 7.01.2010 :

 

En Suisse le taux de chômage de décembre 2010 s'établit à 3,8% ici. Jacques Attali a donc tout faux : la dette a baissé et le chômage a augmenté... ce qui ne veut pas dire qu'il aurait baissé si la dette avait augmenté...

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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