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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 21:25

Accord fiscal Suisse-AllemagneLe 10 août 2011 la Suisse et l'Allemagne ont paraphé un accord fiscal. Afin de préserver le secret bancaire, ou ce qu'il en reste, la Suisse a consenti à payer. 

Si l'accord est entériné par les gouvernements et les parlements des deux pays, il entrera en application en 2013.

Pour ce que l'on en sait ici, l'accord prévoit :

- que les futurs gains de capitaux placées dans des banques suisses par des personnes domiciliées en Allemagne seront imposés à la source au taux de 26,375%, soit à un taux similaire à ce qu'il serait en Allemagne

- que l'Allemagne pourra demander des renseignements à la Suisse en ne donnant que le nom de la personne sans avoir besoin de mentionner le nom de la banque, le nombre de demandes étant limité entre 750 et 999 les deux premières années

- que les avoirs placés en Suisse antérieurement à l'accord seront taxés à un taux entre 19% et 34%, fonction de la durée de la relation bancaire, du montant initial et du montant final, les contribuables pouvant, pour échapper à cet impôt confiscatoire, déclarer leurs avoirs en Suisse au fisc allemand

 

- que les deux pays facilitent l'accès des instituts financiers à leurs marchés respectifs.

 

En garantie de cet accord les banques suisses devront verser 2 milliards de francs à l'Allemagne qui seront compensés au fur et à mesure par les rentrées fiscales soutirées.

 

Patrick Odier, président de l'Association suisse des banquiers, estimait hier ici [d'où provient la photo] à 500 millions de francs le coût de la mise en oeuvre de cet accord...

 

En Allemagne cet accord n'est pas du goût de l'opposition sociale-démocrate qui estime qu'il est trop favorable aux fraudeurs allemands. Les fraudeurs sont considérés par elle comme de mauvais citoyens, qu'il ne faut pas blanchir aussi facilement...

 

L'ensemble des médias va dans le même sens : est-ce bien moral que les fraudeurs restent anonymes et ne soient pas punis ?

 

Aucun d'entre eux ne se demande s'il est moral que des gouvernements, incapables de gérer les fonds publics, tout juste capables de faire des dettes et de creuser des déficits, pressurent autant leurs concitoyens et les incitent à s'évader. 

 

N'est-il pas moral en effet de vouloir s'évader des enfers fiscaux, qui s'empressent de voler une grande part  des richesses que vous avez passé toute une vie à créer ?

 

Le paiement pour conserver le secret bancaire suisse - qui devrait être un droit imprescriptible - n'est donc pas immoral parce qu'il préserve l'anonymat des évadés des enfers fiscaux, mais parce qu'il encourage les faux monnayeurs et les mauvais gestionnaires à persévérer dans leurs vols légaux et leurs turpitudes publiques.

 

Francis Richard 

Note du 28 août 2011:

  

Un accord similaire a été conclu le 24 août 2011 entre la Suisse et le Royaume-Uni ici. Il prévoit :

- que les futurs gains de capitaux placées dans des banques suisses par des personnes domiciliées au Royaume-Uni seront imposés à la source à un taux compris entre 27 et 48%, soit à des taux légèrement inférieurs aux taux usuels au Royaume-Uni

 

- que le Royaume-Uni pourra demander des renseignements à la Suisse en ne donnant que le nom de la personne sans avoir besoin de mentionner le nom de la banque, le nombre de demandes étant limité à 500 par année

 

- que les avoirs placés en Suisse antérieurement à l'accord seront taxés à un taux entre 19% et 34%, fonction de la durée de la relation bancaire, du montant initial et du montant final, les contribuables pouvant, pour échapper à cet impôt confiscatoire, déclarer leurs avoirs en Suisse au fisc britannique

 

- que les deux pays facilitent l'accès des instituts financiers à leurs marchés respectifs.

 

Les différences de taux s'expliquent par les taux d'imposition différents pratiqués en Allemagne et au Royaume-Uni. Le montant de la garantie demandée est fonction de la somme des montants placés en Suisse par les résidents de l'un et l'autre pays.

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 18:00

offres d'emploiLe taux de chômage n'a cessé au cours des derniers mois de baisser en Suisse : 3.8% en janvier 2011, 3.6% en février, 3.4% en mars, 3.1% en avril, 2.9% en mai, 2.8% en juin [la photo provient d'ici].

 

Certes les différentes régions de la Suisse ne sont pas logées à la même enseigne. Le taux de chômage le plus élevé se trouve à Genève (5.8%) et le moins élevé dans les cantons dits primitifs (0.7%). Mais le taux est en baisse partout.

A cette exception helvétique, taux de chômage bas et en diminution, il y a plusieurs raisons :

- l'économie est plus libérale que dans les autres pays dits riches
- la résiliation d'un contrat de travail y est plus facile
- l'indemnisation du chômage y est de plus courte durée et y répond à des critères plus étroits
- il n'existe pas de salaire minimum

Dans mon récent article sur le franc fort ici j'ai souligné que l'endettement en Suisse était beaucoup plus bas que dans les autres pays dits riches, qui vivent sans exception, au-dessus de leurs moyens et ne sont pas près de rembourser leurs dettes, sinon en monnaie de singe, pour la bonne raison qu'ils ne génèrent que des déficits budgétaires, le mot même de bénéfice budgétaire leur étant complètement étranger, depuis des décennies. D'autre part il n'y a pas eu en Suisse de plan de relance significatif. Or on sait que les plans de relance sont non seulement inutiles mais nuisibles...

La résiliation d'un contrat de travail est plus facile en Suisse. Certes il ne faut pas que la résiliation soit abusive ou qu'elle soit faite en temps inopportun . Il est abusif de mettre fin aux rapports de travail pour un motif lié à l'âge, la couleur de peau, la religion, l'appartenance à un parti ou à syndicat. Il ne faut pas non plus le faire pendant une période de protection : maladie, accident, maternité, service militaire, protection civile, service civil ou aide à l'étranger.

En dehors de ces cas, si le motif est professionnel, la résiliation n'est conditionnée que par l'observation d'un délai-congé, l'équivalent du préavis français, court, au maximum de trois mois pour la fin d'un mois, et la procédure est toute simple: on peut convoquer la personne et envoyer la lettre de résiliation le même jour ou la lui remettre en mains propres. Seule la résiliation sur le champ doit être utilisée avec précaution. Le licenciement collectif répond par ailleurs à des règles un peu plus lourdes mais sans comparaison avec celles prévues par les autres législations des pays riches.

Il résulte de cette résiliation facilitée du contrat de travail que les employeurs n'hésitent pas à embaucher quand ils ont besoin de main-d'oeuvre. Ils savent qu'ils pourront alléger leurs effectifs si nécessaire. Cette fluidité du marché du travail est bénéfique aussi bien pour les employeurs que pour les employés qui restent beaucoup moins longtemps au chômage qu'ailleurs. 

En outre il n'y a pas de manière générale de versement d'indemnité de départ - équivalente à l'indemnité de licenciement française -  qui grève le coût d'un licenciement et peut même le rendre insupportable financièrement. Ce versement n'est obligatoire qu’en cas de départ d’un salarié de plus de 50 ans, après au moins 20 années de service. Encore ce droit peut-il être minoré par les prestations de l’institution de prévoyance pour le personnel, c'est-à-dire par le fait que l'entreprise cotise - ce qui est souvent le cas - davantage que ce qui est prévu par la Loi sur la Prévoyance professionnelle, LPP. 
 

Toujours est-il que le but des dernières restrictions à l'octroi d'indemnités est d'équilibrer le régime d'assurance chômage, toujours cette volonté de finances saines, caractéristique de la mentalité suisse. Les cotisations sont payées paritairement et représentent, depuis le 1er janvier 2011, 2.2% des salaires bruts jusqu'à 126'000 francs de salaire annuel et 1% sur les salaires annuels de la tranche qui va de 126'000 francs à 315'000 francs. Ces dispositions récentes ont été approuvées largement par le peuple suisse le 26 septembre 2010...

 

Enfin, pour bénéficier de l'assurance-chômage, il faut avoir cotisé au moins 6 mois au cours des deux dernières années (au cours des 12 mois en cas de chômage répété) et le droit est au maximum de 150 indemnités en-dessous de 50 ans, de 250 indemnités jusqu'à 60 ans et de 400 indemnités au-delà de 60 ans. Il n'est pas confortable de rester au chômage et les incitations ne manquent pas de rechercher un emploi.

Dernier atout pour le marché de l'emploi en Suisse : il n'y a pas de salaire minimum. Il y a un an l'Union syndicale suisse a toutefois décidé de lancer une initiative pour un salaire minimum et de priver la Suisse de cet atout majeur en matière d'emploi. Dans un article consacré à cette fausse bonne idée j'écrivais le 17 mai 2010 ici :

Avec un salaire minimum légal il est interdit à un salarié de travailler à un salaire inférieur, même s'il préfère travailler que pointer au chômage. Il n'a pas le choix. De même il est interdit à un employeur de verser un salaire inférieur au minimum légal. S'il n'a pas les moyens de s'offrir les services d'un salarié au salaire minimum, il sera contraint de renoncer à l'employer tout court ou l'emploiera clandestinement...

 

L'exemple de la France devrait pourtant faire réfléchir. En effet le salaire minimum légal s'est traduit par deux effets pervers : le chômage et l'égalisation par le bas des salaires."

Cette initiative aboutira certainement - elle a jusqu'au 25 juin 2012 pour obtenir les 100'000 signatures requises. De plus, la population est, selon les sondages actuels, très favorable à cette introduction. Ce serait pourtant bien dommageable...

Francis Richard

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 23:45

MinaretsLe 29 novembre 2009 le peuple suisse  par 57,5% des voix approuvait l'initiative populaire par laquelle il devenait interdit de construire de nouveaux minarets en Suisse. 

 

Un troisième alinéa était ajouté à l'article 72 de la Constitution fédérale de la Confédération suisse : 

"La construction de minarets est interdite"

Deux requêtes étaient aussitôt déposées auprès de la CEDH, la Cour européenne des droits de l'homme. L'une était déposée le 15 décembre 2009 par M. Hafid Ouardiri, de confession musulmane, ressortissant français, porte-parole de la mosquée de Genève de 1978 à 2007. L'autre par des associations musulmanes, et notamment la Ligue des musulmans de Suisse, le 16 décembre 2009.

Ces deux requêtes invoquaient les articles 9 et 14 de la Convention européenne des droits de l'homme pour soutenir que l'article 72 alinéa 3 de la Constitution fédérale constituait une violation de la liberté religieuse et une discrimination en raison de la religion. En outre M. Ouardiri invoquait l'article 13 de la Convention pour se plaindre qu'il n'existait pas de recours interne effectif possible pour constater que cette modification était contraire à la Convention

 

Dans un communiqué publié le 8 juillet 2011 la CEDH ici a déclaré que, siégeant le 28 juin 2011, elle avait à la majorité décidé que ces deux requêtes étaient irrecevables [la photo ci-dessus provient d'ici]. A l'appui de ces deux décisions les motifs de la Cour sont analogues.

 

Dans la décision relative à M. Ouardiri :

 

"La Cour relève que le requérant se plaint essentiellement que la disposition constitutionnelle religieuse heurte ses convictions religieuses."

 

Selon la Cour M. Ouardiri n'en est pas victime directe puisqu'elle n'a pas "un quelconque effet concret à son égard", qu'il n'en est pas non plus victime indirecte puisqu'aucun de ses proches n'est touché, qu'il n'est pas une victime potentielle puisqu'il n'a pas l'intention de construire de minarets.

La Cour souligne :

 

"L'interdiction de construire des minarets n'étant assortie d'aucune sanction pénale, elle n'est pas susceptible d'influencer le comportement du requérant, qui demeure libre d'exercer la religion musulmane et de contester publiquement l'opportunité de la modification constitutionnelle litigieuse."

 

La Cour n'est pas dupe :

 

"La requête ayant pour seul but de contester une disposition constitutionnelle applicable de manière générale en Suisse, la Cour considère que le requérant n'a pas apporté la preuve de circonstances tout à fait exceptionnelles susceptibles de lui conférer la qualité de victime. Bien au contraire, sa requête s'apparente  à une action populaire au travers de laquelle il cherche à faire contrôler in abstracto, au regard de la Convention, la disposition constitutionnelle litigieuse."

 

Enfin l'invocation de l'article 13 est mal fondée :

 

"L'article 13 de la Convention ne va pas jusqu'à exiger un recours par lequel on puisse dénoncer devant une autorité nationale la législation d'un Etat comme étant contraire en tant que telle à la Convention [...]. Dès lors que la présente espèce concerne le contenu d'une disposition constitutionnelle et non une mesure individuelle d'application, le grief tiré de la violation de l'article est manifestement mal fondé et doit donc être rejeté."

Dans sa décision la Cour rappelle la position du Gouvernement suisse :

"On ne saurait interpréter l'issue de la votation populaire comme une preuve de la volonté du peuple suisse de discriminer les musulmans résidant en Suisse."

En fait ce vote qui a fait couler beaucoup d'encre était un avertissement sans frais à l'égard de la communauté musulmane qui pourrait être tentée un jour par des velléités de domination, dont le minaret, qui n'est pas indispensable à l'architecture d'une mosquée, peut être considéré comme le symbole.

 

La Cour européenne des droits de l'homme confirme donc que l'interdiction de la construction de nouveaux minarets ne viole pas la liberté religieuse et n'est pas une discrimination en raison de la religion. Ce n'est évidemment pas ce que le monde politico-médiatique prétendait avant le vote du 29 novembre 2009...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 19:25

Abandon nucléaireLe 25 mai 2011 le Conseil fédéral prenait la décision d'abandonner progressivement le nucléaire. Il justifiait cet abandon par deux arguments ici :

- "Le peuple suisse souhaite restreindre les risques résiduels liés à l'utilisation de l'énergie nucléaire eu égard aux lourds dégâts causés par le séisme et le tsunami à Fukushima"

- "Vu l'augmentation prévisible du prix de revient du courant nucléaire (nouvelles normes de sécurité, rééquipements, réévaluation de la responsabilité civile, financement plus difficile du fait de primes de risque plus importantes pour les bailleurs de capitaux), l'énergie nucléaire perdra en outre ses avantages concurrentiels sur le long terme par rapport aux énergies renouvelables"

Le premier argument était un argument typiquement émotionnel, basé uniquement sur des sondages d'opinion, où le Conseil fédéral reconnaissait, au passage que l'accident de Fukushima était dû à des causes naturelles, séisme et tsunami... et qu'il n'y avait que des risques résiduels ... dans l'utilisation de l'énergie nucléaire.

 

Le deuxième argument était un argument typiquement économique, basé uniquement sur des conjectures complètement invérifiables à l'heure présente.

Le Conseil fédéral, qui n'en était pas à une contradiction près, reconnaissait dans le même temps que :

 

Les investigations de l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) ont démontré que l'exploitation sûre des centrales nucléaires suisses était actuellement garantie."

 

Autrement dit l'argument de la sécurité n'était pas un argument massue... mais justifiait toutefois un abandon du nucléaire.

Aujourd'hui, 8 juin 2011, au Conseil national, les 101 voix, qui ont approuvé cet abandon, viennent de la gauche et du PDC - Parti Démocrate Chrétien. L’UDC - Union démocratique du centre - a voté contre, 54 voix. Les libéraux-radicaux se sont abstenus, 36 voix. On notera que 9 députés étaient donc absents... [la photo ci-dessus provient d'ici]

 

En résumé, très schématiquement, les utopistes l'ont emporté sur les réalistes. Car le peuple suisse pourrait bien déchanter quand l'addition lui sera présentée. Les prix de l'énergie pourraient augmenter, c'est-à-dire le niveau de vie se réduire. Les taxes pourraient se multiplier, c'est-à-dire la servitude à l'égard de l'Etat augmenter. Les utopistes en acceptent tranquillement l'augure dans leur ensemble...

 

En fait le plus beau est que personne n'en sait rien, que les calculs prospectifs ne peuvent être qu'approximatifs et que l'on a pris une décision en étant complètement incapable d'en mesurer les conséquences. On a pris une décision typiquement populiste, qui peut rapporter gros - les élections fédérales sont dans quatre mois -  auprès d'un public mal informé sur ces questions énergétiques complexes. L'adoption du nucléaire avait été arbitraire, la sortie ne le sera pas moins.

 

Mais l'affaire n'est pas terminée. L'émotion suscitée par l'accident de Fukushima, qui l'a emporté sur la raison aujourd'hui, va  immanquablement s'estomper avec le temps. Le Conseil des Etats devra encore se prononcer la semaine prochaine. La révision de la loi n'interviendra de toute façon que l'année prochaine, après les élections fédérales...

 

D'ici là beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts de l'Aar...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 21:25

ForfaitairesQuand on s'absente quatre jours à Paris, les journaux romands s'amoncellent chez soi. Il faut un certain temps pour absorber le retard, surtout lorsque le premier jour de son retour on commence par faire une escapade à Genève...

 

Bon, c'était pour une bonne cause, assister à la lecture d'extraits d'un livre, dont j'ai dit tout le bien que je pensais ici, L'embrasure, de Douna Loup, au Théâtre du Loup [sic] ici.

 

Je ne comptais évidemment pas en repartir avec le premier livre de l'auteur, Mopaya, édité par L'Harmattan ici, dédicacé par elle, livre que j'ai commencé dans le train et terminé une fois rentré chez moi à Lausanne...

 

Tout ceci pour dire que je n'avais pas vu jusqu'à ce soir que L'Hebdo du 1er juin 2011 avait remis le couvert sur les forfaits fiscaux ici.

 

Pour les béotiens on entend par forfait fiscal l'impôt qui frappe, en Suisse, des contribuables particuliers, étrangers ou suisses, qui remplissent certaines conditions, comme l'explique en ces termes le site de la Confédération ici :

   

"L'imposition d'après la dépense est un mode de calcul spécifique du revenu et de la fortune. Néanmoins, ce sont les barèmes ordinaires qui s'appliquent pour déterminer le montant de l'impôt. Les contribuables imposés d'après la dépense en Suisse n'ont pas le droit d'y exercer une activité lucrative. Cette forme d'imposition est proposée aux personnes qui, pour la première fois ou après une absence d'au moins dix ans, prennent domicile en Suisse. Ce droit est limité à l'année de leur arrivée en Suisse pour les ressortissants suisses et illimité pour les ressortissants étrangers."

Pour illustrer l'article, le journal publie les photos de grands forfaitaires devant l'Eternel [voir ci-dessus]: James Blunt qui réside à Verbier et s'est évadé ici en 2006, Phil Collins qui réside à Féchy et s'est évadé ici en 1995, Bernie Ecclestone qui réside à Gstaad et s'est évadé ici en 1990, Johny Hallyday qui réside à Gstaad et s'est évadé ici en 2006, Amélie Mauresmo qui réside à Genève et s'est évadée ici en 2003, Michael Schumacher qui réside à Gland et s'est évadé ici en 1996... 

L'Hebdo souligne plusieurs points :

- le nombre de forfaitaires augmente régulièrement: ils seraient, selon l'hedomadaire romand,environ 5'600 en 2010 contre 5'003 en 2008 et 2'783 en 1995

- la plupart d'entre eux, 80%, résident dans les cantons de Genève, Vaud, Valais, Tessin, Grisons

- dans ces cantons ce petit nombre de contribuables représente entre 1 et 4% de l'impôt sur les personnes physiques, ce qui n'est pas négligeable

- ils sont très mobiles : "A Zurich, où les forfaits fiscaux sont abolis depuis le 1er janvier 2010, 92 forfaitaires sur 201 avaient quitté le canton à la fin 2010."

- la comparaison faite entre ce que serait la taxation ordinaire comparée au forfait fiscal montre surtout que la première est prohibitive : 55% et 62% des revenus dans les exemples choisis d'un forfaitaire moyen et d'un très riche, alors que les forfaits fiscaux correspondants se situent à 39% et 12% des revenus respectivement.

Au lieu de se poser la question : "Injuste pour les Suisses, le forfait fiscal ?", ne faudrait-il pas se poser la question : le forfait fiscal n'est-il pas moins injuste que la taxation ordinaire, tout simplement parce qu'il est moins confiscatoire ?

Au lieu de se poser la question : "La suppression du forfait fiscal serait-elle dommageable sur le plan financier ?", ne voudrait-il pas mieux se poser la question : la taxation ordinaire n'est-elle pas trop élevée et ne faudrait-il pas réduire drastiquement les dépenses publiques ?

Francis Richard

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 21:20

Dictionnaire impertinent SuisseEcrit par Guy Mettan et Christophe Büchi, ce Dictionnaire impertinent de la Suisse, édité par Slatkine ici, peut se lire tout aussi bien de A à Z, qu'au petit bonheur la chance en ouvrant n'importe quelle page ou en recherchant un mot qui se rapporte typiquement à la Suisse.

Après une longue carrière de journaliste dans la presse écrite genevoise, Guy Mettan s'est mis à faire de la politique dans les rangs du Parti Démocrate-Chrétien. Il est actuellement député au Grand Conseil genevois, dont il a assumé la présidence l'an passé. Christophe Büchi est correspondant de la vénérable Neue Zürcher Zeitung en Suisse romande. 

Le dictionnaire, qui a été concocté par ces deux complices, est impertinent d'une manière générale, mais surtout à l'égard de ceux qui ne voient pas l'intérêt de la Suisse à adhérer à l'Union européenne, qui ne crachent pas sur la mâne que rapportent les forfaits fiscaux, qui défendent le secret bancaire ou sont pour une Suisse indépendante et neutre.

Ils disent donc ironiquement que Bruxelles est "un lieu de perdition", que "par sa taille et son importance, l'Union européenne aurait mérité sa place dans le dictionnaire. Mais étant donné la position des Suisses à son égard, impossible de la mettre ailleurs que dans les refusés".

  

Le forfait fiscal, selon eux, "récompense en principe ceux qui ont longuement accumulé de l'argent à la sueur du front des autres sous de lointaines latitudes et qui demandent l'asile en Suisse afin de fuir les persécutions de leur pays d'origine".

  

Le secret bancaire ? "Certains pays ont du pétrole, du gaz ou de l'uranium, la Suisse a le secret bancaire. Hélas pour les Suisses, cette ressource quasi naturelle du terroir helvétique s'avère en voie d'épuisement rapide."

La neutralité ? "Formule incantatoire de la droite anti-européenne, la neutralité sert à justifier l'inexistence de la politique étrangère suisse".

Bref la Suisse est le "dernier village gaulois - avec le Liechstenstein ! - qui résiste à l'envahisseur européen".

Les auteurs sont mieux inspirés quand ils s'en prennent au détournement de sens de la subsidiarité :

"Mot fétiche du vocabulaire politique qui signifie qu'on peut déléguer à d'autres ce qu'on ne veut pas payer soi-même."

Ou quand ils se moquent gentiment du "cantonalisme" en racontant cette petite histoire :

"Un Allemand, un Français et un Suisse discutent de la question de savoir d'où viennent les bébés. L'Allemand prétend qu'ils sont apportés par la cigogne, le Français affirme qu'on les engendre en faisant l'amour. Ils demandent ensuite au Suisse comment cela se passe chez lui. Réponse : "Cela dépend des cantons.""

Le portrait qu'ils dressent de Jacques Chessex est bien impertinent, mais assez juste :

"Ecrivain vaudois ayant su vendre aux lecteurs français un cocktail efficace fait de tourments calvinistes et de perversions campagnardes."

Ils ont pour Micheline Camy-Rey, la ministre des Affaires étrangères, les yeux de Rodrigue, tout en gardant les pieds sur terre :

"Avec elle, la Suisse a presque eu une politique étrangère. Mais c'était avant que Kadhafi ne s'en mêle."

Ils peuvent être rosses, notamment avec Jean Ziegler :

"Retraité, l'ancien élu rugit contre les gnomes de la planète entière depuis sa cage dorée de conseiller de l'ONU."

 

Ou avec Jean-Luc Godard, ce qui leur permet de donner dans l'autodérision helvétique :

 

"Cinéaste français d'origine suisse, selon la formule en usage dans les dictionnaires français. Pourtant ses films sont bien suisses : il ne s'y passe rien, sûr de sûr !"

 

Roger Federer n'échappe pas à leur impertinence :

 

"Il est peut-être un peu trop pondéré et un peu trop lisse : bref un peu trop suisse. Mais il est en net progrès quand il perd devant Nadal."

Même s'ils ont mauvais esprit, les auteurs ont au moins de l'esprit. D'accord ou pas avec eux, il faut se rappeler que, pour faire mouche, les propos impertinents doivent s'appuyer sur un fond de vérité. C'est parfois caricatural, certes, mais c'est bon pour garder l'esprit critique.

Francis Richard

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 07:00
Geert WildersJeudi 26 mai 2011 le président de la commune de Savièse, Michel Dubuis, publie un communiqué ici, qui va être largement repris par les médias. 
  
Après avoir donné son autorisation pour la tenue d'une manifestation de l'UDC prévue le samedi 11 juin 2011 à la Halle des Fêtes de la ville, le Conseil communal revient maintenant dessus.

Pourquoi ? L'interdiction communiquée par le président socialiste de Savièse repose sur trois arguments :

- l'assemblée de l'UDC devait être ordinaire, or la présence annoncée tardivement d'"un invité extraordinaire" change la donne

- une "demande de contre-manifestation" faite le 25 mai 2011 est un autre élément nouveau

- enfin des menaces de débordements sont possibles en raison de "projets de rassemblements organisés sur Internet"
  
Conclusion : la sécurité ne peut plus être garantie sur le territoire communal et la manifestation est donc interdite.

Il est intéressant de noter que Michel Dubuis est au courant de la venue de Geert Wilders [dont la photo provient d'ici], l'invité extraordinaire du communiqué, depuis le 19 mars 2011, c'est-à-dire plus de deux mois avant la décision communale, que la contre-manifestation a été demandée par le Conseil central islamique suisse et que "cette décision communale est fondée exclusivement sur l'aspect sécuritaire et ne saurait être assimilée à une atteinte à la liberté d'expression".

Il convient de remarquer qu'il suffit de faire la demande d'une contre-manifestation et de faire des menaces de rassemblements sur Internet pour qu'il ne soit plus possible de s'exprimer librement.

Geert Wilders est présenté, avec un bel ensemble, par les médias romands comme un "extrémiste de droite".
 

Voici ce que, le 28 janvier 2010, Guy Millière écrit sur le site des Quatre Vérités ici


"
La réalité est très différente. Strictement rien dans les idées de Geert Wilders ne le rattache à ce à quoi on associe en général l’extrême-droite. Rien non plus ne permet de le qualifier de raciste. Économiquement, c’est un libéral classique, adepte du libre marché et de la liberté d’entreprendre. Politiquement, c’est un adepte d’une conception lockéenne du droit et du rôle du gouvernement dans la société. À l’échelle planétaire, c’est un ami d’Israël et des États-Unis."

Le Matin du 26 mai 2011 ici précise :

 

"Dans son pays, Geert Wilders est jugé pour incitation à la haine raciale et à la discrimination envers les musulmans. Il encourt jusqu’à un an de prison ou 7600 euros d’amende.

 

Le 23 mai dernier, le tribunal d’Amsterdam a rejeté une demande de la défense de Geert Wilders qui demandait l’abandon des poursuites à l’encontre du chef de file de l’extrême droite néerlandaise.

 

Geert Wilders est poursuivi pour avoir comparé le Coran au "Mein Kampf" d’Adolf Hitler dans des déclarations faites entre 2006 et 2008 dans les journaux néerlandais, sur des forums internet et dans son film de 17 minutes "Fitna" ("Discorde" en arabe). Film que le Valaisan Oskar Freysinger souhaitait projeter durant cette soirée à Savièse."

Guy Millière répond sur le site des Quatre Vérités ici :

 

"Wilders est – et c’est ce qu’on lui reproche en fait – inquiet de l’expansion de l’islam en Europe, désireux de mener le combat contre celle-ci et de poser des questions qui dérangent. Il considère l’islam comme imprégné d’idées totalitaires, d’appels à la violence, à l’intolérance, à la discrimination, à l’oppression des femmes et, précisément, au racisme.

Il a mené campagne sur ces thèmes et fondé à cette fin un parti politique, le Parti pour la liberté, qui est aujourd’hui la principale force politique de son pays.

Il a réalisé un court-métrage de seize minutes appelé "Fitna", largement diffusé sur le net, au sein duquel il juxtapose des phrases extraites du Coran, des déclarations de prêcheurs musulmans contemporains, et des images montrant la mise en œuvre de ce que prônent ces déclarations, par des gens qui les ont prises au sérieux : des attentats du onze septembre à l’assassinat de Theo Van Gogh…"

 

Pour en revenir à la manifestation de l'UDC, elle aura tout de même lieu le 11 juin 2011, mais à Sion, dans une salle plus petite, puisque sa capacité est de 220 places au lieu de 1000 à Savièse. Comme on le voit son interdiction à Savièse ne peut être assimilée à une atteinte à la liberté d'expression...
   

Francis Richard

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

Note du 11 juin 2011 :

La manifestation de l'UDC n'a finalement pas lieu ce jour à Sion, d'un commun accord entre Geert Wilders et Oskar Freysinger, qui se sont rencontrés aux Pays-Bas le jeudi 9 juin 2011.

 


Voici le court-métrage Fitna qui signifie Discorde, réalisé par Geert Wilders et diffusé sur YouTube qui, entre autres, lui vaut d'être poursuivi :

1ère partie :
   
   
 
2ème partie :
     
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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 19:30

Nathalie RickliParmi les droits populaires helvétiques, en dehors bien sûr des élections fédérales et des votations sur des objets soumis au référendum obligatoire, les plus connus sont l'initiative populaire et le référendum facultatif. Il en existe cependant un troisième et dernier, mais non le moindre, la pétition, qu'il convient de ne pas négliger.

 

Lorsqu'elle est signée par un grand nombre de citoyens, la pétition ne peut pas être ignorée, si elle n'appelle pas de réponse obligatoire des autorités. Il faut reconnaître que celles-ci se sentent alors souvent tenues de la prendre en compte, d'une manière ou d'une autre, comme ce devrait être le cas dans toute démocratie.

 

C'est pourquoi la pétition déposée ce matin par Bye Bye Billag ici, dont la conseillère nationale UDC de Winthertour, Nathalie Rickli [dont la photo ci-contre provient d'ici], a été l'une des chevilles ouvrières, ne devrait pas rester sans effet. Faute de moyens pour lancer une initiative et devant l'urgence, l'association de droite, qui vise ouvertement la suppression de Billag, l'organisme chargé du recouvrement de la redevance audiovisuelle suisse, a donc lancé une pétition intitulée "Redevance radio-télé : 200 Francs c'est assez"ici.

 

Or cette pétition a recueilli 143'297 signatures en un temps record, dont 135'276 en ligne. Ce qui est considérable quand on sait qu'une initiative populaire doit recueillir 100'000 signatures dans un délai de 18 mois après avoir été déposée pour aboutir. Ce succès rapide montre à quel point la redevance audiovisuelle obligatoire qui s'élève à l'heure actuelle à 462 francs, environ 364 € au cours actuel, la plus chère d'Europe, est de plus en plus mal supportée, d'autant que les comptes de la SSR, la Société suisse de radiodiffusion et de télévision, sont rien moins que transparents, et qu'il ne serait pas incongru de la réduire à 200 francs, à défaut de la supprimer purement et simplement.

 

Comme je le rappelais dans un article sur ce blog ici en date du 14 décembre 2010 :

"La plus grosse part du gâteau [de la redevance] ici est dévolu à la SSR - 1'153 millions sur 1'270 millions -, c'est-à-dire aux télévisions et radios publiques. Le seul fait de posséder un appareil de réception - ordinateurs compris - vous condamne à payer la redevance audiovisuelle, que les programmes publics vous plaisent ou non, que vous allumiez votre appareil ou non. Le principal est que votre appareil soit en bon état de marche. C'est ce qu'on appelle la liberté de choix, puisqu'on est libre de ne pas regarder mais qu'on n'est pas libre de ne pas payer."

De plus il faut savoir qu'une motion en discussion au Parlement est destinée à étendre la redevance à tous les contribuables, à quelques exceptions près, qu'ils soient ou non détenteurs d'un appareil de réception... 

Dans un article sur ce blog du 7 septembre 2010 ici je me faisais l'écho d'une information selon laquelle au cours des trois dernières années 67 millions de francs, collectés au titre de la redevance, n'avaient pas trouvé preneurs, la loi étant tellement bien faite que cette manne ne pouvait pas être attribuée à des télévisions et radios privés selon les critères étroits retenus...

 

La pétition s'oppose donc également à la généralisation de la redevance et demande la redistribution aux contributeurs de ces 67 millions et des 10 millions qui pourraient être économisés en supprimant Billag.

Si les autorités ne prenaient pas en considération cette pétition, il est vraisemblable maintenant qu'une initiative populaire pourrait être lancée et couronnée de succès. Elles devraient donc ne pas trop faire la sourde oreille...

Francis Richard

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence m
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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 20:10

Démocratie directeDans la série opinion, la collection Le savoir suisse, éditée par les Presses polytechniques et universitaires romandes ici, publie Défendre la démocratie directe, écrit par Antoine Chollet.

 

Qui est Antoine Chollet ? Il est présenté en ces termes sur le site du Savoir suisse ici:
 

"Docteur en science politique de l’Institut d’études politiques de Paris, avec une thèse portant sur les rapports entre temps et démocratie soutenue en 2009, Antoine Chollet est actuellement chercheur au Centre d’histoire des idées politiques et des institutions de l’Université de Lausanne. Il travaille sur la théorie de la démocratie, sur les rapports de cette dernière au passé et au futur, ainsi que sur l’histoire du nationalisme suisse."

Avant de défendre la démocratie directe, l'auteur prend la défense de la démocratie tout court dont il vante les vertus qui reposent sur les valeurs d'égalité, de liberté, d'autonomie et d'émancipation.

 

La valeur d'égalité est la première de ces valeurs non seulement dans l'ordre de présentation, mais aussi aux yeux de l'auteur, qui ne cache pas qu'elle a sa préférence :

 

"Là où des inégalités surgissent - les différences d'aptitudes, de richesses, de naissance, d'éducation, etc. - l'on s'efforcera donc de les corriger, de les amoindrir, de les annuler dans le meilleur des cas."

 

La liberté vient ensuite :

 

"Le sens le plus profond de la liberté politique, en fin de compte, c'est celui de pouvoir participer, avec les mille nuances et les innombrables formes que ce "pouvoir participer" peut prendre selon les circonstances, les contextes, et, aussi, les envies et l'enthousiasme de chacun."

 

L'autonomie est à la fois collective et individuelle :

 

"Sans autonomie instituée pour tous, de mille manières différentes, il ne peut y avoir d'autonomie individuelle."

 

L'émancipation ?

 

"C'est le fait de se charger soi-même de ses affaires et d'être responsable de soi."

 

Pour l'auteur la démocratie ne peut être que "directe":

 

"Tous ses citoyens doivent pouvoir participer effectivement au pouvoir, en son sens le plus général, non parce qu'ils sont populaires ou ambitieux, qu'ils ont été élus à une charge ou à une autre, mais tout simplement parce qu'ils sont des citoyens."

 

La démocratie directe helvétique - l'auteur en rappelle l'histoire, somme toute récente dans sa forme actuelle - ne s'est pas faite en un jour et continue de se faire :

 

"Toute démocratie n'est ni un régime achevé, ni une utopie refermée sur elle-même, mais un projet."

 

Quel but poursuit l'auteur ?

 

"Mon souci ici est, pour faire court, de défendre le parti populaire contre les élites, de défendre le principe démocratique contre le principe élitiste."

 

Dans cet esprit il fait l'éloge en fin de volume de "l'homme ordinaire".

 

Quels sont les reproches adressés à la démocratie directe ? Ils relèvent de "quatre régimes argumentatifs" :

 

- l'élite est éclairée, le peuple ignorant (il faut donc lui donner la parole le moins possible)

- il existe des règles fixées définitivement et intouchables (il y a des sujets tabous)

- l'Etat est nécessaire et doit disposer d'un appareil administratif cohérent, efficace et souverain

- la pratique démocratique est dangereuse pour l'ordre

 

Dans ces reproches l'auteur voit au contraire les traits positifs de la démocratie directe :

 

"Elle est égalitaire et populaire (contre l'aristocratie), anarchique et autofondée (contre le droit naturel), antibureaucratique (contre l'Etat) et désordonnée."

 

Car, pour l'auteur, "une démocratie visera ultimement" la disparition des élites dans tous les domaines, "politique, économique, médiatique, militaire, scientifique, culturel ou autre".

 

"Une démocratie doit au lieu de chercher à les écarter ou à les délégitimer, [...] prendre en charge [les questions politiques nouvelles], en débattre et décider à leur propos lorsqu'elle le souhaite."



"Les manifestations démocratiques débordent l'Etat de toute part, et il faut tout mettre en oeuvre pour empêcher celui-ci d'arraisonner totalement ce débordement."



"Machiavel salue explicitement les désordres comme les meilleurs garants de la liberté d'une cité."



Comme on le voit la conception de la démocratie d'Antoine Chollet n'est pas conformiste. Il aggrave son cas quand il dit :



"Dans une démocratie le peuple n'a ni tort, ni raison, mais il décide. La formule correcte est donc la suivante : les décisions populaires sont toujours légitimes."

 

Une question se pose : combien de lecteurs d'Antoine Chollet rempliront-ils tous ces critères à la fois et pourront-ils se déclarer démocrates, mesurés à cette aune-là ?

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 08:10

utopie suicidaireAlors que la plupart des pays occidentaux se plaignent de leur croissance en panne, des élites politiques romandes boudent, en enfants gâtés qu'ils sont, le véritable boom économique que connaît l'arc lémanique depuis quelques années.

 

Pourquoi ? Parce que ce développement pose des problèmes de logements et d'infrastructures que la volonté étatiste de tout régenter et les contraintes de l'écologisme politique ont créé de toutes pièces. Car, qui a empêché la construction de logements et de routes ?

 

Cette peur devant la croissance démographique et économique dépasse les clivages politiques. Dans son dernier numéro L'Hebdo donne la parole à ces divers acteurs politiques frileux ici et ici.

 

Au sujet de l'arc lémanique, Isabelle Chevalley, présidente d'Ecologie libérale [sic], déclare :

 

"Il s'agit d'un espace limité dans sa géographie et ses ressources. Aujourd'hui il est presque plein et on ne peut pas repousser le lac ou le Jura."

 

Alors que l'Office fédéral de la statistique prévoit une hausse de la population de Genève et Vaud réunis de 21,6%, au cours des prochains 25 ans, le président des Verts libéraux vaudois, Jacques-André Haury, dit qu'il faut bien "admettre que cette croissance démographique est plus une menace qu'une promesse".

 

Daniel Rossellat, syndic indépendant de Nyon, fondateur du Paléo festival, déclare être "pour une croissance modérée et maîtrisée" et ne pas vouloir être "spectateur du développement".

 

Sandrine Salerno, maire socialiste de Genève, dit : "Nous devons envisager d'arrêter de croître."

 

L'interventionnisme est omniprésent dans toute cette histoire.

 

On a par exemple incité des entreprises étrangères à venir s'implanter et maintenant on trouve que beaucoup trop d'entre elles l'ont fait. Pourtant, citant Jean-Claude Mermoud, le conseiller d'Etat UDC, L'Hebdo souligne que "sur 42'000 emplois créés dans le canton de Vaud depuis 2005, seuls 5'300 ont été générés par la promotion économique exogène."

 

Après avoir empêché la construction de logements on veut maintenant "permettre aux communes d'acheter des terrains constructibles non utilisés : en clair, de forcer les propriétaires à s'en séparer s'ils ne font rien bâtir après un délai donné de cinq ans". C'est-à-dire porter atteinte ouvertement aux droits de propriété.

 

Au lieu de laisser faire le marché, ce sont les villes qui décident de construire : un éco-quartier de 2'000 logements va se dresser dans les hauts de Lausanne. Ce qui n'a pas l'heur de plaire au conseiller communal UDC, Philipp Stauber :

 

"Le fait que ce soit un éco-quartier ne me dérange pas. Ce qui me gêne, c'est qu'une nouvelle zone de verdure soit remplacée par du béton."

 

Jean-Claude Mermoud, cité plus haut, reste dans une logique interventionniste, à l'origine des problèmes d'adaptation à la situation :

 

"La promotion doit cibler la qualité plus que la quantité. Nous ne devons pas subir mais conduire le marché."

 

Dans son édito ici, le rédacteur en chef de L'Hebdo, Alain Jeannet, remarque avec justesse :

 

"La Suisse romande dispose de tous les terrains nécessaires pour construire des logements et absorber une augmentation importante de la population. Comme des moyens financiers pour développer des infrastructures de transports proches de la saturation."

 

Il termine ainsi son édito :

 

"Remettre en cause la libre circulation des personnes, refuser les entreprises étrangères qui veulent s'installer chez nous, faire la fine bouche à la perspective de nouveaux emplois, voilà un luxe qu'il serait fou de s'autoriser. La décroissance ? Une utopie suicidaire. Une glissade programmée vers les tensions sociales et la pauvreté."

 

Rarement en accord avec le sieur Jeannet, je ne peux cette fois qu'en approuver les propos.



Francis Richard

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 22:00

Curzon-priceLe 9 mars 2011 on apprenait que le Parti évangélique, PEV, le Parti socialiste , PS, et les Verts allaient lancer une initiative à la fin de l'été pour introduire un impôt fédéral sur les successions pour financer l'AVS ici. Juste avant les élections fédérales, la ficelle électorale est un peu grosse, l'intention bien démago, mais un moment de honte démocratique est si vite passé.

 

Cette initiative a de quoi surprendre. Elle vise à contourner les prérogatives cantonales en la matière. En effet ce sont aujourd'hui les cantons qui ont seuls la souveraineté fiscale en matière d'impôts sur les successions et les donations. Or une saine concurrence fiscale les a conduit, à une large majorité, à exonérer totalement d'impôt sur les successions et donations les conjoints survivants, les descendants et les ascendants directs.

 

Les conjoints survivants sont en effet exonérés totalement dans tous les cantons. Les descendants directs le sont dans tous à l'exception d'Appenzell Rhodes Intérieures, Vaud et Jura. Les ascendants directs le sont dans quelques cantons dont Genève...

 

Quelles seraient les fortunes frappées par ce nouvel impôt ? Celles supérieures à 2 millions. A quel taux ? 20%. Des allègements seraient appliqués aux paysans et aux propriétaires de PME pour éviter des difficultés à leurs successeurs et des pertes de places de travail. Les conjoints survivants et les partenaires enregistrés ne seraient pas visés par cette mesure.

 

Le produit de cet impôt, qui rapporterait, estime-t-on, dans les 5 milliards par an, serait partagé entre la Confédération et les Cantons dans la proportion de deux tiers un tiers. La Confédération l'emploierait pour assouplir l'âge de départ à la retraite et les Cantons pour compenser les pertes d'impôts sur les héritages indirects.

 

Comme le souligne Victoria Curzon Price [dont la photo provient d'ici], dans un article publié dans l'Agefi le 31 mars 2011 et reproduit par l'Institut Constant de Rebecque ici, c'est l'exemple typique de la fausse bonne idée.

 

On croit rendre justice aux retraités qui ont travaillé toute leur vie en leur donnant l'argent pris dans la poche des héritiers qui se sont contentés d'hériter et ne méritent donc pas ce qu'ils reçoivent. La Présidente du conseil d'administration de l'Institut Constant de Rebecque montre que c'est une vue simpliste des choses.

 

En réalité :

 

"Un impôt sur les successions pour assurer les retraites met deux droits en opposition: le droit des personnes de disposer de leur propriété légitimement acquise contre le "droit" des cotisants à l'AVS de recevoir une rente."

 

L'argument utilitariste selon lequel l'argent serait plus profitable dans la poche du retraité que dans celle de l'épargnant ne tient pas davantage. Car :

 

"L'épargne est à la base même d'une économie saine. Le capital-risque, orienté sur le long terme, indépendant des agences de notation et des cours boursiers se trouve précisément auprès des familles fortunées."

 

A l'instar de Pascal Salin, qui le disait déjà il y a bien longtemps dans son livre L'arbitraire fiscal, Victoria Curzon Price souligne que l'impôt sur les successions figure au tout premier rang des impôts spoliateurs :

 

"Le revenu à partir duquel l'épargne a été constituée au départ a déjà été imposé une fois. Ensuite, le contribuable a peut-être été soumis à un impôt sur la fortune de son vivant. Il a dû payer un impôt sur les plus-values si ses projets ont fructifié et son jugement s'est avéré correct. Et à tout ceci s'ajoute l'impôt que représente l'inflation."

 

A ce désastre économique que serait l'introduction d'un impôt fédéral sur les successions s'ajouterait, cerise sur le fromage fiscal, un désastre politique :

 

"La Suisse est une fédération décentralisée sous constante pression de centralisation, l'une des causes principales étant aujourd'hui l'Union européenne et son "acquis communautaire". Notre fédéralisme décentralisé est ce qui nous préserve de la perte de souveraineté démocratique importante que représente pour nous l'Union européenne. Préservons-le à tout prix."

 

On ne peut que lui donner raison et souhaiter une bonne mort à cette initiative.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 19:59
Initiative sur les minaretsLe Conseil fédéral a approuvé ce jour un rapport additionnel à un rapport qu'il avait approuvé le 5 mars 2010. 
 
Le but de ce premier rapport ici était "de veiller, lors de l’élaboration de règles de droit, que celles-ci s’accordent avec le droit fédéral supérieur et le droit international et s’insèrent harmonieusement dans l’ordre juridique existant."
 
Le but du rapport additionnel du 30 mars 2011 ici est de "mieux concilier les projets de normes constitutionnelles et le droit international. Les solutions proposées sont une extension de l’examen préliminaire des initiatives populaires avant la récolte des signatures et l’élargissement des motifs d’invalidité à l’essence des droits fondamentaux."
 
Concrètement l'examen préliminaire serait fait par l'administration fédérale, en l'occurrence l'Office fédéral de la justice et la Direction du droit international public. Ces deux unités administratives remettraient aux auteurs d'initiatives populaires "un avis officiel non contraignant sur la compatibilité de leur texte avec le droit international avant le début de la récolte des signatures." Ce qui devrait leur permettre de revoir éventuellement leur copie pour la rendre compatible. Admettons.
 
Là où les choses se gâtent, c'est que le résultat de cet avis, qu'il soit positif ou négatif, devrait figurer obligatoirement sur les listes de récolte de signatures. Autrement dit, l'Etat pourrait influencer le choix démocratique des électeurs sur des objets qui n'auraient pas l'heur de lui plaire.
 
En élargissant les motifs d'invalidité à l'essence des droits fondamentaux, il s'agirait d'empêcher tout court le peuple de se prononcer sur des objets qui le préoccupent, mais que l'établissement ne souhaite surtout pas voir débattus.
 
La presse ne s'y est pas trompée. Le chapeau du communiqué de l'ATS, publié dans 24 Heures de ce jour ici [d'où provient la photo], sur le sujet est éloquent :
 
"Minarets, renvoi des criminels étrangers: le problème de la compatibilité des initiatives populaires avec le droit international ne cesse de poser problème. Le Conseil fédéral évoque deux pistes pour sortir de l’ornière. Tout en reconnaissant leurs limites."
Ces deux pistes sont en fait des restrictions aux droits populaires suisses. Comme le peuple helvétique aura là aussi le dernier mot, il lui sera proposé de s'infliger lui-même ces restrictions, puisqu'il devra encore, après approbation du Parlement, les entériner...
Francis Richard
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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 21:25

Doris Leuthard AG PDCLundi 14 mars 2011, Doris Leuthard, conseillère fédérale à la tête du DETEC, Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, publie un communiqué apeuré ici.

 

Après avoir consulté des représentants de l'Office fédéral de l'énergie et de l'Inspection de la sécurité nucléaire, elle décide en effet "de suspendre les procédures en cours concernant les demandes d'autorisation générale pour les centrales nucléaires de remplacement".

  

Le samedi 19 mars 2011, devant l'assemblée des femmes de son parti, le Parti démocrate-chrétienPDC, la ministre souligne cette fois qu'il serait difficile de sortir du nucléaire et met en garde contre "des demandes irréfléchies" ici. Elle a peut-être sur-réagi cinq jours plus tôt à l'accident nucléaire survenu au Japon... Une semaine plus tard, le samedi 26 mars 2011, devant l'assemblée du PDC, elle déclare ici [d'où provient la photo ci-dessus]:

  

"Les slogans faciles ne suffisent pas. Le problème est extrêmement complexe."

 

Hier, dimanche 27 mars 2011, Johann Schneider-Ammann, conseiller fédéral à la tête du DFE, Département fédéral de l'économie, déclare  dans le Südostschweiz am Sonntag ici :

 

"Je ne suis pas encore arrivé à la conclusion que nous devrions renoncer à la technologie nucléaire mais je la considère avec des yeux différents."

  

Les deux ministres ont parfaitement raison.

 

Les pays qui ont fait le choix politique d'une forte proportion de nucléaire, comme la Suisse, ne l'ont pas fait pour des raisons économiques, sinon peut-être auraient-ils reculé devant les coûts qui sont élevés par rapport aux énergies fossiles pourtant en augmentation de coûts ici, ils l'ont fait, à tort ou à raison (on ne saura jamais comment se serait fait l'arbitrage entre coûts et sécurité dans des économies vraiment libres):

 

- pour des raisons d'indépendance énergétique (les importations d'électricité en Suisse vont s'avérer plus difficiles parce que tous les pays européens vont se trouver prochainement en déficit d'électricité et que la Suisse ne dispose pas de ressources naturelles autres qu'hydrauliques).

 

- pour des raisons de sécurité (l'accident exceptionnel qui s'est produit au Japon n'infirme pas ces dernières raisons : il suffit de comparer le nombre de victimes par térawatt-heure produit par l'atome et par les autres sources d'énergie telles que le charbon ou le pétrole pour en être convaincu ici).

 

Bonus pour les adeptes du réchauffement climatique d'origine anthropique : l'énergie nucléaire est climatiquement correcte, ce qui devrait les enchanter. Ce qui n'a pas l'air d'être le cas ...

   

La documentation technique publiée en août 2010 par le Forum nucléaire suisse, intitulée De l'énergie nucléaire pour la Suisse, est toujours d'actualité ici, indépendamment de son évident parti-pris pro-nucléaire.

 

En Suisse l'énergie nucléaire représente près de 40% de la production d'électricité, tandis que l'énergie d'origine hydraulique, qu'il s'agisse des centrales à accumulation ou des centrales au fil de l'eau, représente 55% de cette production et l'énergie d'origine thermique 5%, les énergies renouvelables moins de 1%.

 

Il est évident dans ces conditions - qu'on le déplore ou non - qu'il est impossible de planifier à court ou même à moyen terme la sortie du nucléaire de la Suisse en l'absence de solutions de remplacement crédibles comme le souhaitent le PS et les Verts, qui n'en sont pas à une démagogie près ici.

 

Ces politiciens de gauche se gardent bien de nous dire quelles seraient les conséquences sur la vie des citoyens et l'économie du pays. D'autant que les besoins en électricité augmentent chaque année, en dépit des économies d'énergie, et que le déficit d'électricité menace déjà.

 

Alors il faut raison garder. Il ne faut pas obligatoirement favoriser telle ou telle énergie de remplacement, qu'il s'agisse de l'énergie solaire ou de l'éolienne, qui sont également coûteuses et ne présentent pas les mêmes avantages techniques de régularité de production que le nucléaire.

 

Il faut, faute de mieux, en attendant que de nouvelles découvertes en matière d'énergie voient le jour, renforcer si besoin est la sécurité des centrales nucléaires qui existent ou projetées, ce qui a certainement un coût, mais moindre que de sortir du nucléaire immédiatement.

 

Francis Richard

 

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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