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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 21:45
Une brève éternité, de Pascal Bruckner

Autobiographie intellectuelle autant que manifeste, ce livre traite d'une seule question: le temps long de la vie. Il envisage cette période médiane, au-delà de 50 ans où l'on est ni jeune ni vieux mais toujours habité d'appétits foisonnants.

 

A ce jour, jusqu'au 15 de ce mois, Pascal Bruckner a encore 70 ans. Habitant un pays riche, son espérance de vie est en principe de 10 ans de plus, sans compter les trois mois d'espérance de vie supplémentaires qu'il devrait gagner chaque année à venir.

 

Il y a trois siècles l'espérance de vie était seulement de 30 ans. En conséquence, un quinquagénaire d'aujourd'hui [où l'espérance de vie est d'environ 80 ans] est dans la même situation qu'un nouveau-né de la Renaissance...

 

Un sursis

 

Ce sursis - dû à la médecine et aux technologies -, qui est non pas un prolongement de la vie mais un prolongement de la vieillesse, ne fait que repousser l'échéance inéluctable. Le constat reste pour les contemporains insupportable: nous continuons à vieillir et à mourir.

 

Cette situation sursitaire, inédite par son ampleur dans l'histoire des êtres humains, conduit à deux sagesses entre lesquelles balance le quinquagénaire, et au-delà: le consentement navré à l'inéluctable, l'approbation joyeuse des possibles.

 

La retraite (par répartition) est l'exemple même d'une grande conquête qui se transforme en calamité pour ses bénéficiaires, parce que leurs successeurs ont le sentiment de vivre moins bien et en éprouvent du ressentiment pour ceux qui les précèdent.

 

(L'auteur propose le recul de l'âge de la retraite et la prolongation de l'activité professionnelle des seniors, mais ne remet pas en cause la répartition pourtant calamiteuse...)

 

Le nouvel âge

 

Deux modèles, au moins, s'offrent à nous dans une société de l'individualisme et que l'on peut croiser à volonté: jouer au vieux Galopin ou poser au Sage désabusé, pourvoyeur d'oracles, hésiter entre infantilisme et hiératisme.

 

Les deux modèles ne sont pas incompatibles et peuvent être réconciliés, parce qu'il n'est qu'un moyen de retarder le vieillissement: c'est de rester dans la dynamique du désir, autrement dit assumer une schizophrénie, caractérisée par: romantisme et charentaises, stupre et rides, cheveux blancs et orages désirés...

 

La routine

 

La routine n'a pas bonne presse depuis le romantisme et la psychanalyse, mais l'auteur la chante. Elle est l'armature sans laquelle nous ne saurions tenir debout, cet ensemble d'automatismes qui nous construisent et nous freinent en même temps:

 

A partir d'un certain âge la continuité prime sur la nouveauté admirable: le souci n'est plus tant de changer de vie que de préserver ce qu'il y a de meilleur en elle. Faut-il s'accomplir ou se dépasser demande-t-on dans la jeunesse? D'abord se maintenir, répond la maturité.

 

Se maintenir dans la durée n'empêche pas de progresser. Car la répétition a deux natures: elle crée de la divergence à partir de la redondance. Et c'est ainsi qu'à remettre l'ouvrage sur le métier, on finit par le maîtriser. 

 

Régresser, pour progresser

 

Ne faut-il donc pas mettre à profit ce sursis pour progresser en se renouvelant par la fraîcheur d'une enfance, non pas comme réalité, mais comme disposition d'esprit, autrement dit en renouant avec l'appétence propre à la jeunesse, qui a tant de choses à apprendre, à découvrir, tant de vies à vivre, de passions à éprouver?

 

Il est une grande leçon à tirer des années qui passent: il faut à tout moment repartir de zéro. Cela peut se faire à un âge avancé, car le déclin physique peut cohabiter avec le génie, les maladies avec une acuité exceptionnelle, en pratiquant l'art de la nuance que seules les années apportent.

 

Les couples désaccordés

 

Les codes amoureux sont bousculés par cette longévité accrue, n'en déplaise à l'opinion publique, qui considère (de moins en moins) comme scandaleux les couples désaccordés, hétéros ou homos, où les partenaires ont une grande différence d'âge:

 

Passé une certaine limite, les êtres sont priés de se cantonner aux grands-parents, duègnes, patriarches ou chaperons.

 

On se gausse du vieux dégoûtant ou de la grand-mère luxurieuse, comme si le sexe [était] devenu pour ceux-là une incongruité dont il conviendrait de dissiper toute trace:

 

Pourtant, croire qu'on est sur le tard libéré des désordres de la passion est un contresens total: on aime à 60 comme à 20, l'on ne change pas, ce sont les autres qui nous regardent différemment.

 

L'auteur explique que, dans les unions dépareillées, on cherche à se délester de son âge sur un autre qui vous renvoie en retour sa fraîcheur, à échanger l'expérience contre l'immaturité.

 

Le mariage d'amour menacé par la longévité

 

Mais ce n'est qu'un pourcentage d'hommes et de femmes qui, dans une population donnée, sont attirés par des êtres âgés. Pour tous le mariage d'amour est menacé par l'allongement de la vie autant que par l'inconstance du coeur humain:

 

Se jurer fidélité à 20 ans au XVIIe ou au XVIIIe siècle n'avait pas le même sens quand la mort vous frappait entre 25 et 30 ans, alors que prononcer le même serment en 2019 signifie peut-être soixante années de vie commune devant soi...

 

Les amours tardives qui succèdent aux amours premières ne peuvent être les mêmes: qu'importe ce que l'on vit alors, étreintes sulfureuses ou pudiques caresses, l'important n'est plus dans la performance mais dans la connivence ardente, l'abandon consenti.

 

Les adverbes du temps

 

Dans cette période de l'existence qui s'ouvre à cinquante ans, tous les adverbes de temps racontent une tragédie ou un espoir particuliers.

 

L'auteur les passe en revue: les trop tard et leur ronde des regrets; les trop tôt qui ont laissé les promesses intactes; les jamais plus qui peuvent signifier l'irrémédiable, un amour perdu ou un pacte mensonger; les enfin qui sont souvent des trop tard; les encore de l'ultime deuxième ou troisième chance...

 

La vie épanouie

 

C'est l'heure du bilan, ou pas... A-t-on réussi sa vie? Encore faut-il savoir ce que cela veut dire, si cela veut dire quelque chose. Si cela veut dire devenir ce que l'on est, c'est épouser un déterminisme au lieu de choisir la liberté qui permet de donner un sens à l'aventure humaine, mais:

 

Seule l'émancipation est exaltante, la liberté acquise est toujours décevante...

 

Le secret du bien vivre ne serait-il pas: ne plus changer, une fois trouvée la bonne formule, mais demeurer disponible aux beautés du monde? Alors il ne faudrait pas parler de vie réussie mais plutôt de vie épanouie: une vie qui s'ouvre à l'imprévu, échappe à l'obligation d'un bilan et engage un pouvoir d'avenir, fût-elle proche de son terme.

 

A la recherche de l'immortalité

 

D'aucuns sont à la recherche de l'immortalité. Comme tout le monde ils ne peuvent se résoudre à la mort. Encouragés par le triplement de l'espérance de vie en trois siècles, ils imaginent qu'elle puisse être vaincue grâce aux nanotechnologies, à la robotique et au génie génétique. Mais est-ce seulement souhaitable?

 

Il y a une poignante grandeur de ce qui ne dure pas, sinon dans le clignotement de la révélation fugitive, dans la convergence de l'instant et du toujours.

 

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui on n'en est pas là. Aussi est-il une autre immortalité que cette utopie, une immortalité qui est bien réelle:

 

L'au-delà désormais, même pour les croyants, c'est d'abord la descendance. Est immortel également tout ce qui nous grandit: les amitiés nouées, les amours vécues, les passions partagées, les engagements pris avec d'autres, les bienfaits prodigués.

 

Une brève éternité

 

"Vivre longtemps, c'est survivre à beaucoup", disait Goethe. Seule nous est donc permise une brève éternité. Tant qu'on aime, tant qu'on crée, on est immortel. Il faut chérir assez la vie pour accepter qu'elle nous quitte un jour et en abandonner la jouissance aux générations suivantes.

 

Il faut chérir la vie, mais aussi lui dire merci, parce que c'est un cadeau que l'existence, qui a pu être cruelle autant que capiteuse ou opulente, mais dont le prix est de toute façon hors de prix:

 

Rien ne nous était dû.

Merci pour cette grâce insensée.

 

Francis Richard

 

Une brève éternité, Pascal Bruckner, 272 pages, Grasset

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Le mariage d'amour a-t-il échoué? (2010)

Le fanatisme de l'apocalypse (2011)

La maison des anges  (2013)

La sagesse de l'argent (2016)

Un racisme imaginaire - Islamophobie et culpabilité (2017)

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 21:40
A la première personne, d'Alain Finkielkraut

Dans son avant-propos, Alain Finkielkraut explique le pourquoi de son livre:

 

Comme l'a écrit Kierkegaard: "Penser est une chose, exister dans ce qu'on pense est autre chose." C'est cet "autre chose" que j'ai voulu mettre au clair en écrivant, une fois n'est pas coutume, à la première personne.

 

Entre autres épithètes inamicales, celle de réactionnaire est accolée au nom d'Alain Finkielkraut. En retraçant à grands traits son parcours dans A la première personne, il entend saper le bienfondé de cette épithète.

 

En mai 1968, il est conformiste et prend le parti de l'insoumission bien au chaud dans la foule. Mais son expérience de la vie et ses lectures démentent les formules définitives de ce qu'il appelle sa tribu générationnelle.

 

En 1977, il coécrit, avec Pascal Bruckner, Le Nouveau désordre amoureux. Ils y décrivent la merveille de la dissymétrie, l'inégalité des vertiges, le ravissement parfois douloureux par une présence qui ne se laisse pas saisir.

 

En 1979, dans Au coin de la rue, l'aventure, au rêve révolu de marier Marx et Freud ils opposent les visitations de la grâce et du hasard au coin de la rue, c'est-à-dire au cœur de la banalité, dans les interstices de la vie la plus quotidienne.

 

En 1980, il écrit, seul cette fois, Le Juif imaginaire avec la même volonté de trouver les mots justes pour une manière d'être au monde que le discours de l'époque ne [prend] pas en compte. Dans ce livre, il se reproche son cabotinage identitaire:

 

On ne porte pas le pyjama rayé et l'étoile jaune de génération en génération.

 

Il croit en avoir fini avec la question juive. C'est sans compter avec le négationnisme puis avec le retournement de la Shoah contre les Juifs qui est opéré par des intellectuels de gauche…

 

Il aime Israël, ce minuscule Etat qui tient tête à ses ennemis:

 

L'amour cependant ne me rend pas aveugle: n'en étant pas à voir ce que je crois mais croyant encore ce que je vois, je plaide depuis bientôt quarante ans pour la fin de l'occupation et la solution de deux Etats.

 

Alain Finkielkraut parle de ses rencontres, notamment avec Michel Foucault, qui lui a été présenté par Pascal Bruckner et dont il ne devient pas le disciple pour autant; avec Milan Kundera, qui a changé sa vie et lui a permis de réaliser que l'hermétisme n'était pas un gage de supériorité et lui a redonné le goût de la vérité romanesque, sans qu'il devienne  romancier.  

 

Après avoir tenu pour suspectes toutes les patries charnelles, Israël excepté, la pensée dissidente de l'est européen lui dessille les yeux et il est confronté à l'identité européenne et à l'identité nationale qui n'ont rien à voir avec le racisme:

 

L'Europe ou la nation, disais-je avant de lire Kundera. J'apprenais, en le lisant, que l'Europe et la nation pouvaient être une seule et même cause.

 

Il réalise aussi après le 11 septembre 2001 que le social ne se ramène plus à l'économique:

 

Les individus ne sont pas mus seulement par leurs intérêts, mais par leurs passions, leurs croyances, leurs coutumes, et d'autres forces collectives sont à l'oeuvre que la caste des dominants et la masse des dominés.

 

Il constate que, pour les Français, l'identité nationale s'avérant périssable, ils cessent de la traiter par le mépris ou de la prendre pour argent comptant. Ils en reconnaissent l'importance vitale, et les enfants gâtés qu'ils étaient se convertissent à la gratitude. Ils ne renient pas la philosophie de l'émancipation: ils ont simplement appris à dire "merci" et, contre vents et marées, ils veulent continuer à pouvoir le faire.

 

C'est de dire cela, de combattre le fanatisme islamique et de ne rien céder au nihilisme égalitaire que lui opposent la France et l'Europe, qui valent à Alain Finkielkraut d'être traité de réactionnaire: R est la nouvelle lettre écarlate, avec toutes les conséquences que ce label d'infamie peut avoir pour celui à qui on le décerne. 

 

La cerise sur le gâteau est son élection à l'Académie française en 2014, qui donnent de l'urticaire aux dominants du jour, singulièrement convaincus de combattre les idées dominantes... 

 

Ceux que cela intéresse liront certainement avec profit les deux chapitres de son livre que l'académicien consacre essentiellement à Heidegger

 

Dans le dernier chapitre, intitulé Amor mundi, il exprime le souhait que la politique reprenne ses droits, selon la signification qu'Hannah Arendt donne à cette expression:

 

Amour ou plutôt dévouement pour le monde dans lequel nous sommes nés.

 

Enfin, comme il en est une des victimes, Alain Finkielkraut parle en connaissance de cause dans l'épilogue de son livre du pilori en guise de polémique

 

Ce qui caractérise notre temps, ce n'est pas l'évitement irénique ou apeuré des querelles, c'est leur remplacement par la pratique féroce de l'excommunication.

 

Francis Richard

 

A la première personne, Alain Finkielkraut, 128 pages, Gallimard

 

Livres précédents chez Stock:

La seule exactitude (2015)

L'identité malheureuse (2013)

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 22:00
Hypertopie, d'André Ourednik

André Ourednik rappelle que Thomas More a inventé ce mot au XVIe siècle avec le succès que l'on sait. Dans Utopia, Thomas More décrit l'État idéal, celui où la société est parfaite, juste et psychorigide.

 

Dans le langage courant, l'utopie évoque surtout le futur, maintenant, un futur possible et idéal dont on rêve et où l'on souhaiterait vivre. Le mot "utopie" sous-entend aussi que ce futur n'adviendra pas.

 

Le mot utopia a été construit par Thomas More à partir de topos, qui veut dire lieu en grec et du préfixe privatif u. Il signifie donc non-lieu, ou bon lieu, parce qu'il l'écrit aussi eutopia, avec le préfixe mélioratif eu...

 

Pour André Ourednik, il ne faut pas confondre la société et la topographie, la géographie humaine et la géographie physique. Pour lui également, les lieux d'une société disparaissent avec celle-ci.

 

S'il faut se défaire des fondements matériels de l'identité ancrés dans les néants utopiques, il faut également sortir, selon lui, de l'héroïsme romanesque en s'émancipant du protagoniste.

 

ll voit dans cet imaginaire narratif une ressemblance alarmante avec un imaginaire politique, qui consiste de plus en plus à préférer un dirigeant fort à une démocratie représentative.

 

Peut servir également de terreau à protagonistes ce qu'il appelle l'utopie du moment présent, l'utopie de l'ici et du maintenant: Notre unité dans le lieu présent demeure un projet utopique.

 

Il n'y a jamais eu, mais c'est aujourd'hui plus visible, de réunion parfaite entre deux personnes, ni d'adhésion de tous à l'invention d'un monde superbe proposé à la société toute entière.

 

André Ourednik va plus loin - et c'était là où il voulait en venir: J'appelle hypertopie l'instant où l'utopie bascule dans le fantasme du lieu total. Et le temple de l'hypertopie s'appelle Internet...

 

Quelles sont ses caractéristiques?

 

- L'hypertopie est l'ultime utopie dans laquelle toutes les utopies prennent fin;

 

(Il n'y a plus d'espoir dans l'hypertopie, il n'y a que des faits. Les grandes encyclopédies d'Internet mettent à notre disposition une infinité de modèles de sociétés parfaites dont plus aucun ne nous fait rêver.)

 

- L'hypertopie fait honte de ne pas connaître toutes les choses alors qu'elles sont à portée du clic: l'omniscience  est la condition hypertopique de la conscience;

 

- L'hypertopie donne de l'angoisse par excès de choix: il n'est pas possible de ne pas faire le meilleur, ni de ne pas en faire;

 

- L'hypertopie est une hypermnésie, c'est-à-dire excès de mémoire.

 

Comment en sortir (ou s'en sortir)? Il faut retrouver un moyen de fabriquer le temps! Une nouvelle utopie... 

 

Francis Richard

 

Hypertopie, André Ourednik, 78 pages, La Baconnière (sortie le 10 mai 2019)

 

Livres précédents d'André Ourednik:

 

Atomik submarine, 216 pages, Art & Fiction (2018)

Omniscience, 276 pages, La Baconnière (2017)

Les cartes du boyard Karienski, 280 pages, La Baconnière (2015)

Contes suisses, 184 pages, Éditions Encre Fraîche (2013)

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3 mai 2019 5 03 /05 /mai /2019 17:30
Le bel avenir de l'humanité, de Yves Roucaute

Le titre indique déjà l'optimisme de l'auteur qui voit se profiler Le bel avenir de l'humanité, ce qui change des habituelles visions apocalyptiques, ou totalitaires de l'avenir (communes à Platon, Thomas More ou Karl Marx).

 

Pourquoi est-il optimiste?

 

La nature créatrice de l'homme

 

Parce qu'il pense que s'opère dans les Temps contemporains une véritable révolution, celle de la nature créatrice humaine en train de se débarrasser de l'esprit néolithique et des forces archaïques.

 

Ce qui diffère l'homme des autres animaux, ce n'est pas l'intelligence, c'est la créativité et c'est une différence qualitative et non quantitative: cette différence n'est donc pas mathématisable. L'homme n'a donc rien à craindre de l'intelligence artificielle:

 

Le cerveau humain, lui ne s'embarrasse pas de mathématiques ou de logique, il écarte les possibles qui l'indisposent quand le moment vient d'agir comme il oublie le passé qui l'incommode.

 

La disparition du travail, mais pas de l'activité

 

L'origine de la richesse des nations n'est pas le travail ni la rente, mais la créativité et l'innovation. Le vieux monde se meurt parce que le travail ne pourra désormais plus éclipser la créativité, ni la rente étouffer l'innovation.  

 

Yves Roucaute est certain en effet que, tôt ou tard, le travail des hommes, cette malédiction, va disparaître et qu'il sera remplacé par robots et logiciels. Mais l'activité des hommes ne disparaîtra pas pour autant:

 

Il ne s'agit pas d'aller vers un éloge de la paresse mais au contraire de l'action, de l'imagination créatrice et de sa réalisation jusque dans les étoiles.

 

Homo creator peut tout transformer

 

Homo creator est couronné. Il va pouvoir jouer, rêver imaginer au lieu de travailler pour nourrir une reine ou des rentiers. Il va pouvoir tout transformer, y compris sa propre nature, qui n'est ni immuable, ni intouchable, qui est inachevée:

 

Interdire une maladie génétique ou réparer le corps en s'attaquant à son patrimoine génétique paraît finalement plus logique que de pleurer au bord du chemin ou d'attendre du Ciel une aide qu'il ne souhaite peut-être pas nous donner, ne voulant pas d'une humanité d'assistés.

 

L'individu n'est-il pas en effet propriétaire de son corps, donc de son patrimoine génétique? Son corps n'appartient en tout cas pas à des comités d'éthique, à des maîtres de Vérité, au pouvoir politique. En conséquence:

 

Seul l'individu a le droit de décider comment il veut le préserver, et le reproduire.

 

L'individualisme intégral

 

Homo creator échappe de plus en plus à tout contrôle. Il a commencé à construire, sur les ruines de ce qui fut, son nouvel espace de vie, sans État, horizontal et mouvant, hybride et fraternel, civique et décentralisé.

 

Cette révolution, qui permet à l'homme de prendre conscience de soi et de découvrir sa libre nature peut se résumer en cette formule: Moi d'accord, moi d'abord, expression d'un individualisme qui se prend lui-même pour finalité:

 

- Moi d'accord, précise-t-il, c'est l'amour de soi poussé jusqu'à l'amour-propre qui interdit toute haine de soi.

 

- Moi d'abord, précise-t-il encore, c'est le chemin de l'amour des autres, car il est impossible d'aimer les autres sans d'abord s'aimer soi-même. 

 

Par ces deux expressions indissociables, l'individu établit donc en lui-même une harmonie entre "Je" et "Moi". Il construit ensuite l'harmonie sociale en conjuguant sa puissance créatrice avec celle des autres. Enfin, par cette dynamique créatrice, il avance vers une nature dominée, qui annonce l'harmonie de l'humain avec le monde.

 

La révolution des Temps contemporains

 

Rien ne pourra plus arrêter cette révolution:

- les réseaux sociaux explosent,

- la mondialisation abat les frontières,

- les savoirs et les technologies s'échangent,

- le management devient participatif

- les processus se font collaboratifs.

 

Les nations ne seront plus ce qu'elles étaient, ou ne survivront pas:

 

Avec les Temps contemporains qui mettent l'individu et sa créativité au centre, se construit un nouveau type de nation, la "nation contemporaine", hybride et civique, fondée ni sur le sang ni sur le sol mais sur un réseau d'appartenance librement consenti.

 

Yves Roucaute ajoute: Nous sommes des êtres déterritorialisés qui, à chaque instant de leur durée, quand bien même ils ne le savent pas, créent des territoires sur lesquels ils ne peuvent s'arrêter avant de repartir.

 

La répartition inégale des richesses

 

La répartition des richesses se fera différemment: La justice doit être distributive, rendre à chacun son dû selon sa créativité et assurer aux plus démunis, la solidarité. Assurer un revenu universel donné sans condition est archaïque:

 

Le revenu universel pour tous serait favorable au plus grand nombre, donc il serait juste, prétend-on...

 

L'augmentation de l'inégalité n'est pas incompatible avec le mieux-être des plus défavorisés. Il faut libérer l'énergie inégale de chacun en donnant les moyens aux individus d'intégrer les micro-milieux de créativité connectés et leurs cadres collaboratifs, c'est-à-dire: 

- micro-entreprise

- apprentissage

- laboratoire

- atelier

- localité

 

Le bel avenir de l'humanité

 

Le travail va donc disparaître (l'idée d'un budget public, avec ses prélèvements et ses contributions obligatoires n'aura plus de sens...).

 

Disparaîtra également de la surface de la Terre le Mal, qui est destruction (Le Mal absolu: la destruction volontaire des esprits créatifs. Le Bien absolu: l'amour des autres jusqu'au don de soi).

 

La Terre disparaîtra, quand, dans moins de six cents millions d'années, l'hydrogène consommé par le Soleil viendra à manquer, ou deviendra inhospitalière, quand surviendra la prochaine période de glaciation...

 

L'humanité doit d'ores et déjà organiser sa survie par déterritorialisation:

 

Abolir le travail et la peine imposés par la terre, propulser les intelligences faibles ou fortes au service d'une créativité sans ancrage sur le sol, libérer les naissances et les vies du temps et de l'espace terrestre, cloner, cryogéniser, soigner, régénérer, augmenter ce corps jusqu'à le rendre indépendant du temps, jusqu'à abolir cet accident appelé "mort": tout cela converge pour assurer à l'humanité vie et richesses dans l'espace.

 

Une seule certitude: Yves Roucaute est créatif...

 

Francis Richard

 

Le bel avenir de l'humanité, Yves Roucaute, 504 pages, Calmann-Levy

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28 mars 2019 4 28 /03 /mars /2019 23:55
Légitimité de l'autodéfense, d'Eric Werner

Les pages qui suivent traitent d'une espèce particulière de guerre, celle dont le sujet est l'individu lui-même [...]. Traditionnellement c'est l'État qui est le sujet de la guerre.

 

Car, avant, d'aucuns parlaient de la détention par l'État du monopole de la violence physique légitime. C'est lui qui faisait la guerre à l'ennemi et qui la lui déclarait. Il en était le sujet.

 

Maintenant des groupes affrontent l'État asymétriquement en menant contre lui une guerre de partisans qu'ils considèrent comme légitime. Et cette guerre peut se réduire à celle d'un individu.

 

Face à l'insécurité qui en résulte, le discours officiel est de dire non pas de se défendre mais de s'adapter. A la défense il faudrait préférer la résilience, un autre mot pour l'adaptation à la réalité.

 

Le devenir des milieux naturels est fait de déséquilibres en chaîne. Les affaires humaines seraient analogues, sauf que l'homme a besoin de stabilité et qu'il n'y parvient qu'en se défendant.

 

Si l'État, qui tire sa légitimité de la protection des personnes, n'en assure plus la sécurité, il ne leur reste plus d'autre choix que de recourir à l'auto-défense, ce qui est contraire aux intérêts de l'État.

 

L'individu agit alors comme bon lui semble pour se protéger et protéger sa famille. Puisqu'il décide de se défendre ou non s'il est attaqué, c'est lui qui devient ou redevient le sujet de la guerre.

 

Se défendre peut signifier ne pas livrer bataille. Face à un puissant, il est judicieux de privilégier la retraite flexible, le repli stratégique; c'est le début d'une errance, transitoire pour cet animal social.

 

Face au développement de l'État qui dispose d'un grand nombre d'informations sur lui, l'individu a les moyens de gagner en invisibilité, de gagner en autonomia, de disparaître des radars.

 

Le rôle de l'État est d'assurer la sécurité. Il maintient l'ordre par la contrainte. Il y a de plus en plus recours, mais ce recours est à géométrie variable et parfois illégal, le temps d'adopter une loi.

 

Eric Werner remarque, à raison, que très peu d'États aujourd'hui, dans le monde, échappent à la corruption. Mais il en donne une explication qui est en contradiction avec ce qui précède.

 

Ce trait s'est encore renforcé au cours de la période récente, avec le triomphe de la vague néolibérale et l'effacement corrélatif de l'ancienne frontière entre la sphère étatique et le monde des affaires, écrit-il.

 

Ce qu'il appelle triomphe de la vague néolibérale n'a en effet rien à voir avec le libéralisme, néo ou pas, mais tout à voir avec une lame de fond étatiste qui se traduit par le capitalisme de connivence...

 

Dans le même esprit, Eric Werner remet en cause la libre circulation des personnes et des biens: Les frontières disparaissent et avec elles la protection qu'elles offraient autrefois aux populations.

 

Dans Libéralisme, paru en 2000, Pascal Salin explique que l'État moderne étatise (s'approprie) la nation (qui est sentiment d'appartenance à une communauté), son territoire et ses citoyens. Ce qui est aberrant.

 

Le problème insoluble de l'immigration est la conséquence de cette étatisation, de la production collectiviste de biens publics, fournis gratuitement ou à coût réduit à ceux qui se trouvent sur le territoire.

 

A contrario, dans une société libre, où les droits de propriété individuels sont respectés, la liberté de migration ne signifie [...] pas qu'un "étranger" a le droit d'aller là où il veut, mais qu'il peut aller librement là où on veut bien le recevoir...

 

Dans la conclusion de son livre où il convoque l'histoire et des penseurs classiques, Eric Werner écrit:

 

Descartes disait: je pense donc je suis. C'est déjà quelque chose. On peut aussi dire, comme Elsa Dorlin: je réplique donc je suis. C'est presque mieux encore.

 

Il ajoute:

 

Beaucoup ont fait ce choix, ne pas penser. L'État les y aide de différentes façons. Mais on peut faire ce qu'a fait Descartes, se mettre à penser...

 

Francis Richard

 

Légitimité de l'autodéfense, Eric Werner, 112 pages, Xenia

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Portrait d'Eric (2011)

De l'extermination (2013)

Une heure avec Proust (2013)

L'avant-guerre civile (2015)

Le temps d'Antigone (2015)

Un air de guerre (2016)

Portrait du père (2017)

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 23:00
Une conversation infinie, entre Philippe Sollers et Josyane Savigneau

Ils se sont rencontrés dans le Monde des livres qu'elle dirigeait et où il a écrit pendant dix-huit ans. Depuis, ils se voient, toujours au même endroit. Ils y boivent et parlent, infiniment.

 

Un homme s'est un jour approché de leur table et leur a demandé:

 

Mais que pouvez-vous bien avoir à vous raconter tous les jours?

 

Des amis, à qui ils ont rapporté l'anecdote, leur ont suggéré de mettre par écrit certaines de ces conversations.

 

C'est ainsi qu'est née Une conversation infinie, dans laquelle ils abordent des sujets éternels, donc intéressants: l'amour, Dieu, la fidélité, le Diable, la vieillesse et la mort, la gloire, la Chine.

 

Dans cette conversation sans fin, Josyane Savigneau est la journaliste et Philippe Sollers l'écrivain, mais c'est une journaliste qui connaît bien l'oeuvre et l'homme, et qui a ses convictions.

 

Quand Philippe Sollers apparaissait à la télévision, il faisait partie du spectacle et pouvait être agaçant. Et l'oeuvre disparaissait, cachée par un homme qui cultivait volontiers sa mauvaise réputation.

 

L'oeuvre mérite d'être connue, du moins celle des dernières années, où il ne ment pas quand il dit avoir rajeuni avec l'âge. Même sur des sujets sérieux, il peut se montrer espiègle.

 

Pour Sollers, si ce n'est pas gratuit, ce n'est pas de l'amour et si amour il y a, il est par définition d'une fidélité inoxydable. Ces propos peuvent surprendre. Et nécessitent un développement.

 

Ces propos sont moins surprenants quand il explique qu'il est un athée sexuel complet, autrement dit qu'il ne croit pas au sexe et que, pour lui, l'amour est totalement détaché du sexe.

 

Si la fidélité est inoxydable, c'est parce que c'est une constance intellectuelle, alors que l'infidélité c'est le calcul [pour lui, c'est le péché], l'intéressement, la perte de la gratuité initiale.

 

Quand il dit qu'il n'y a que des problèmes personnels ou que ce sont les singularités qui font les choses les plus profondes dans l'histoire, alors l'écrivain et l'homme se confondent et me parlent.

 

Quand il se dit catholique et que son catholicisme est un catholicisme de sensations, ou quand il dit qu'il ne se fera pas incinérer et que ceux qui le font ne respectent pas leur corps, je suis en communion.

 

Le Diable existe, pour les gens informés. Et il l'est. Il sait que le Diable est le comble de la frigidité et qu'il ne peut rien contre la beauté sauf l'assassiner s'il en a l'occasion. Ou la falsifier...

 

La gloire ne peut qu'être solaire et joyeuse: La gloire qui vous choisit est celle qui vous met dans l'état de la "lumière nature" comme dit Rimbaud. Car le mot gloire implique une irradiation particulière de lumière.

 

Il dit: Je me sens plus jeune aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. Il ajoute: Le corps doit être maîtrisé par l'esprit. J'en suis certain. N'est-il pas chinois quand il dit ça? La continuité chez lui l'est par la Chine...

 

A Josyane, Philippe dit aussi que ce qu'on ne veut pas savoir, c'est que la vie est courte, et qu'elle est faite d'instants. Aussi faut-il passer le moment à lire leur livre non pas avec les yeux mais avec l'esprit...  

 

Francis Richard

 

Une conversation infinie, Philippe Sollers - Josyane Savigneau, 144 pages, Bayard

 

Livres précédents de Philippe Sollers chez Gallimard:

Trésor d'amour (2011)

L'éclaircie (2012)

Médium (2014)

L'école du mystère (2015)

Mouvement (2016)

Beauté (2017)

Centre (2018)

 

Livre précédent de Philippe Sollers chez Grasset, avec Franck Nouchi:

Contre-attaque (2016)

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24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 23:55
Phénoménologie de la chambre à gaz, de Didier Durmarque

... je suis de la génération qui fait de la Shoah un problème pour la raison et de la raison. Comment un principe [pour la philosophie] peut-il être à la fois un problème? Il faut se tourner vers la chambre à gaz et vers une phénoménologie ontologique de la chambre à gaz pour répondre à ce questionnement, écrit Didier Durmarque.

 

Avant d'y répondre, il faut avoir présent à l'esprit les deux herméneutiques:

 

La première se centre principalement sur une histoire de la Shoah comme événement

 

- La seconde se centre essentiellement sur une conception de la Shoah comme rationalisation, optimisation des moyens indépendamment des fins au détriment du rationnel, de la question du sens...

 

(c'est celle que privilégie l'auteur)

 

La destruction des Juifs d'Europe n'a en effet été rendue possible qu'à partir de structures rationnelles: droit, bureaucratie, économie, technique etc. C'est en cela que la Shoah est un condensé, une quintessence de la modernité.

 

Il s'agit cependant d'unir ces deux visions, l'une historique, l'autre philosophique, et, par une approche phénoménologique, de mettre la chambre à gaz au centre du dispositif, selon l'expression de Jean-Claude Milner, parce que la chambre à gaz n'est pas un objet comme un autre:

 

Il est remarquable que le négationnisme touche principalement la question de la chambre à gaz...

 

 

I Phénoménologie ontologique de la chambre à gaz

 

Dans cette partie, la recherche de Didier Durmarque aboutit à dire que la chambre à gaz est:

 

- une technique du point de vue des bourreaux: elle se déploie à partir d'une technique organisationnelle en amont qui la rend possible

 

- une boîte noire du point de vue des victimes: monde clos, systèmes sans fenêtres, atopie, achronie

 

- un objet phénoménologique distinct du camp d'extermination

 

- la solution finale à la question juive et tzigane: la Shoah et le Porajmos en disent l'essentiel du point de vue ontique, sans exprimer encore son essence

 

 

II La chambre à gaz comme ontologie phénoménologique

 

Didier Durmarque distingue trois révolutions industrielles, qui se caractérisent:

 

- la première par la supériorité ontologique de l'objet fini

 

- la deuxième par la proximité du possible perpétuel de la destruction de l'homme par l'homme

 

- la troisième par le fait que l'homme travaille constamment à sa destruction

 

Aujourd'hui donc l'essence de la technique tend à transformer le monde en un système qui se présente comme un réseau mondial de marchandises, où le monde se présente comme un dispositif indéfiniment livrable:

 

Avec l'abandon du politique au profit de l'organisation du travail, du renversement ontologique de la valeur de l'objet au détriment de l'être de l'homme, le totalitarisme devient technique.

 

Et c'est un totalitarisme plus redoutable que les précédents, parce que le technicisme [...] dissout l'action humaine qui se mue en élément machinique: la machine administrative décide, les individus devenus rouages agissent sans se poser de questions. Décisions et actions sont complètement disjointes:

 

Le monde du travail, entièrement déterminé par la loi des choses, reproduit à la lettre [...] les mécanismes d'obéissance et de déresponsabilisation à l'oeuvre dans la structure pyramidale qui, de l'agent administratif au bourreau, rend possible Shoah et Porajmos et transforme le "plus jamais ça", stéréotype mémoriel creux en possibilité réelle, menace perpétuelle.

 

Certes la technique a une fonction instrumentale et un apparaître élémentaire, mais dans la dimension systématique, autarcique de la technique se joue une dimension, métempirique, qui relève absolument et exclusivement de la question de l'Être.

 

En conséquence, avec pour fil conducteur, L'obsolescence, le livre de Günther Anders, l'auteur souligne que:

 

- La question de l'Être n'est ni religieuse ni métaphysique, mais résolument une question technique

 

- Le technicisme est la réponse à la question de l'Être, autrement dit sa solution finale, sa dissolution qui rend impossible un autre mode du rapport à la question de l'Être

 

- La chambre à gaz n'est pas un objet technique comme un autre:

  • elle est un objet dont l'essence cache son expérience
  • elle est la seule expérience de l'Être qui constitue [...] une sortie de l'Être

 

- La technique est solution métaphysique à la question de l'Être, solution qui est dissolution de celui qui pose la question de l'être, mort de l'homme, idolâtrie, adoration des images, des étoiles-choses, des stars-objets

 

 

III La chambre à gaz comme nouveau Sinaï

 

Après avoir rappelé que l'acte philosophique se fonde sur l'opposition irréductible et principielle entre logos et Révélation et que la métaphysique est le discours qui arrache l'idée de Dieu à la Révélation, l'auteur montre:

 

- que la séparation entre philosophie et parole juive est la séparation entre l'infini du sens et le sens de l'infini

 

- mais qu'elles se rencontrent à partir de l'Être, à partir du néant, à partir du temps, à partir de la question de la technique

 

- et qu'elles se rejoignent sur l'idée de la vérité si la première renonce à une pensée systématique de la totalité

 

Que s'est-il passé au mont Sinaï il y a 1450 ou 1430 ans avant notre ère? La donation des dix commandements, qui sont en fait de l'ordre de l'être de la parole, comme le dit Marc-Alain Ouaknin, c'est-à-dire une donation d'Être.

 

La chambre à gaz a été définie comme un nouveau Sinaï, non pas un Sinaï qui annule l'autre, mais un Sinaï qui le menace et cherche à le dissoudre: elle est danger de l'Être.

 

 

Conclusion

 

Il faudrait revoir notre rapport à la raison: elle s'est pervertie en rationalité au service d'elle-même, au détriment de la raison comme raisonnable, et de la raison comme relationnel.

 

La chambre à gaz est la solution technique à la question de l'Être, solution qui est dissolution ontologique, immonde, incarnation négative, sublime de l'ignoble, Être en souffrance.

 

Alors que la métaphysique et le discours religieux avaient été une réponse à la question de l'Être, la technique s'impose, sans le dire et en mé-disant la sphère du verbe, comme une solution au problème de l'Être.

 

Parce que la raison d'être de la technique est la technique, l'essence de la technique a pris la place de l'homme comme fin en soi...

 

Sous la plume de Didier Durmarque, l'expression Deus ex machina prend alors tout son sens:

 

Dire que l'essence de la technique n'est pas technique, c'est dire que l'essence de la technique est divine...

 

 

Tout cela m'apparaît bien pessimiste, bien catastrophiste. C'est d'ailleurs prêter à la technique une essence qui me semble plus humaine que divine... et, en tout cas, à laquelle s'oppose ma résilience intrinsèque d'être humain, et d'ingénieur, rendu fort grâce au logos et...  à la Révélation.

 

Si, par aventure, la technique, un jour, dominait vraiment  les hommes - ce qu'à Dieu ne plaise -, ce serait parce qu'ils le voudraient bien... Mais il ne faut évidemment pas l'exclure quand on voit, dans nos pays, leur soumission à l'État-providence, forme déguisée, mais bien réelle, d'une oligarchie.

 

Francis Richard

 

Phénoménologie de la chambre à gaz, Didier Durmarque, 168 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents:

Enseigner la Shoah, UPRR (2016)

Philosophie de la Shoah, L'Âge d'Homme (2014)

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15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 22:00
La loi naturelle et les droits de l'homme, de Pierre Manent

En mars 2017, Pierre Manent a donné à l'Institut catholique de Paris six conférences sur le thème de La loi naturelle et les droits de l'homme.

 

L'enjeu de la loi naturelle

 

La grande contradiction aujourd'hui en matière de droits de l'homme est de dire:

 

D'une part tous les hommes sont égaux; d'autre part toutes les "cultures" ont droit à un égal respect, même celles qui violent l'égalité des êtres humains...

 

Exemple:

 

Ce n'est pas un spectacle rare que de voir la même personne s'indigner de la condition des femmes en régime musulman, et dans le même souffle condamner toute appréciation péjorative ou critique portée sur l'islam comme ensemble humain et forme de vie.

 

La grande contradiction est donc d'affirmer l'universalité des droits de l'homme et, dans le même temps, d'encourager la diversité des coutumes humaines.

 

Pierre Manent reproche à la philosophie moderne des droits de l'homme de nier les différences naturelles et de réduire la nature à l'identité et à la séparation - il parle d'individu séparé.

 

Cette philosophie aboutit, par exemple, paradoxalement, à dénaturaliser l'identité sexuelle et à naturaliser l'orientation sexuelle...

 

Les conseils de la peur

 

Il existe un grand écart entre ce que les hommes font et ce qu'ils devraient faire, c'est-à-dire observer la loi naturelle.

 

Selon Machiavel, ils sont prisonniers de ce noeud où la peur de la mort s'enlace à la crainte de la loi naturelle ou divine.

 

S'ils veulent agir, il leur faut congédier leur conscience et il conseille au prince d'apprendre à n'être pas bon avant même que la nécessité ne [l]'y oblige.

 

A sa façon Luther dit la même chose, comme l'explicite Pierre Manent : La vie du croyant, orientée sur la foi seule, s'élève victorieusement au-dessus du plan de la vie pratique où l'homme ancien, chrétien ou non, est assujetti aux obligations impossibles de la Loi.

 

L'ordre étatique sans droit ni loi

 

Hobbes va plus loin. Il dégage la peur de toute dépendance par rapport à la loi naturelle. Il place cet affect en position de cause, et de cause morale ou plutôt moralisante:

 

L'ordre moral naît chez Hobbes de la rencontre entre celui qui a peur et celui qui fait peur, c'est-à-dire entre deux figures dépourvues de moralité...

 

Il  n'y a donc pas de loi. A partir de ce moment-là, pourquoi y aurait-il du droit, ou des droits dans l'état de nature ?

 

L'article premier de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dit pourtant: Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits.

 

Pierre Manent commente : Des droits indéfinis sont ici attachés à des individus indéfinis - à tous et à chacun. Ils sont à la fois universels et indéterminés.

 

Il y voit le germe d'une revendication indéfinie dans des institutions humaines concrètes où tout, hommes et choses, sont au contraire déterminés.

 

Dans la philosophie moderne des droits de l'homme, l'homme se définit comme l'être qui a des droits. A partir de là d'aucuns déconstruisent une institution et la reconstruisent à leur guise: 

 

Le droit naturel moderne ne fonde pas proprement une philosophie politique, mais une doctrine de l'État.

 

En pratique l'État devient, pour les hommes libres par nature, donc récalcitrants, un instrument qui les fait obéir pour leur obéir...

 

En résulte une immense machine qui est occupée à produire un monde humain où personne ne commande ni n'obéisse, où chacun soit pour ainsi dire ramené à la condition d'avant l'action...

 

Pour qu'il y ait action - c'est sa règle -, il faut qu'il y ait commandement, et, consécutivement, obéissance: Ultimement c'est cette règle de l'action que la grande machine n'a de cesse d'abaisser, d'humilier et d'effacer autant qu'il est possible.

 

Celui qui commande commence une action, celui qui obéit la prolonge par une autre action.

 

La loi esclave des droits

 

Selon Pierre Manent le sujet ne peut donc être autonome, comme le dit la doctrine du droit naturel moderne. Il ne peut être à la fois celui qui commande et celui qui obéit, c'est-à-dire celui qui produit la loi et celui qui y obéit.

 

Si, par exemple, il se commande d'arrêter de fumer, il y a bien celui qui commande mais il n'y a pas celui qui obéit, puisque ce n'est qu'une partie de lui-même qui est celui qui obéit. Dans l'ordre ancien, cela s'appelait la maîtrise de soi.

 

Si le dispositif pratique et politique ne peut échapper à la règle de l'action et à la polarité commandement-obéissance qui lui correspond, le dispositif étatique repose sur la polarité entre deux indéterminations:

 

L'indétermination d'une vie sociale tendant vers toujours plus de liberté, toujours plus de "nouveaux droits", et l'indétermination portée par un État souverain qui a le monopole du commandement légitime...

 

En résumé, l'État moderne entend régler un monde humain qui se croit ou se veut sans loi ni règle.

 

Pierre Manent situe le point d'inflexion de l'extension des droits individuels au cours des années 1960. C'est à partir de ces années-là que la souveraineté illimitée des droits individuels devint l'argument sans réplique de quiconque voulait s'en prévaloir contre les règles et le sens de l'institution quelle qu'elle soit :

 

Qu'il s'agisse de la nation, de la famille ou de l'université, l'institution ne saurait légitimement opposer sa règle à l'individu qui invoque son désir ou son droit, les deux tendant à se confondre désormais.

 

La loi ancienne était faite d'interdictions, la loi nouvelle est faite d'autorisations qui incitent à se dévoiler. L'être humain cesse d'être un animal rationnel, il devient un je sentant ou sensible:

 

Au lieu que l'énergie sociale soit dépensée principalement pour "sortir de soi", pour entrer dans des activités partagées et participer à la chose commune, une partie croissante en est détournée pour faire valoir le sentiment pourtant incommunicable de l'individu-vivant, du  je sentant ou sensible.

 

S'il devenait la dernière frontière du désirable, le droit individuel au revenu universel priverait l'humanité de sa dernière raison sérieuse d'agir.

 

L'individu et l'agent

 

Avec la révolution de l'État, la vie humaine est transformée par trois paramètres:

- l'augmentation ou l'intensification de l'activité (à ne pas confondre avec l'action)

- l'égalisation des conditions de l'action

- la limitation de l'action

 

L'augmentation de l'activité: Il y a toujours une liberté nouvelle, des droits nouveaux à promulguer afin de désentraver, dégager, libérer la nécessité naturelle qui était déjà là et faisait sentir sa pression.

 

L'égalisation des conditions de l'action: l'activité humaine n'a pas d'autre règle que l'égalité des conditions de départ, l'égalité des chances, égalité qui de son côté réclame que les êtres humains évitent de déployer des capacités ou des compétences qui leur donneraient une supériorité de commandement légitime les uns sur les autres.

 

La limitation de l'action se traduit par la substitution de l'individu à l'agent: L'agent libre se soucie davantage de la qualité intrinsèque de l'action que des obstacles extérieurs à celle-ci, tandis que l'individu libre se soucie davantage des obstacles extérieurs à son action que de la qualité intrinsèque de celle-ci.

 

Pierre Manent distingue l'État et le gouvernement dans la politique moderne:

- l'État est le garant de l'égalité des droits

- le gouvernement est le représentant des individus

 

Il précise: Si celui qui gouverne est toujours parmi nous un "représentant", "notre" représentant, ce trait est pour ainsi dire un caractère récessif, car le gouvernant est essentiellement un agent ou un agissant, dont l'être est tout entier dans l'action qu'il conduit, et qui ne saurait être jugé avec pertinence et justice que selon les critères ou les règles de l'action.

 

La loi naturelle et les motifs humains

 

Quelle que soit l'autorité des pères ou des inspirateurs de nos constitutions, nous aurions peine à soutenir sérieusement que l'égalité est la condition naturelle des hommes, ou que la polarité commandement-obéissance est artificielle.

 

Pour montrer, non pas de manière théorique mais pratique, que la polarité commandement-obéissance n'est pas artificielle, Pierre Manent rappelle quels sont les principaux motifs humains de l'action:

 

Toute action proprement dite exige une collaboration entre les trois principaux motifs humains que sont l'agréable, l'utile et l'honnête. A ce dernier, on peut adjoindre le juste et le noble, qui entrent dans le même genre.

 

Pierre Manent ne fait pas pour rien ce rappel. En effet il est préalable à une modeste proposition qu'il fait dans le but de discerner la meilleure manière de juger et de guider les actions humaines:

 

Une société, un régime, une institution qui ne font pas suffisamment de place, qui n'ouvrent pas une carrière suffisante aux trois grands motifs que nous avons fait ressortir, eh bien, cette société, ce régime, cette institution ne sont pas conformes à la loi naturelle, c'est-à-dire à cet ordre de la vie pratique que l'homme n'a pas fait, mais dans lequel il vit meilleur et plus heureux, d'une manière plus conforme à sa nature et à sa vocation, mais trouve une connaissance plus complète et plus exacte de lui-même.

 

La loi naturelle ainsi définie constitue avec la loi politique et le commandement politique l'architecture de la vie pratique:

- La loi que suivent les hommes n'a de sens que rapportée aux hommes qui la produisent;

- Le commandement signale immédiatement qu'on a rompu avec la passivité, l'inertie de la vie immanente, que le présent ne suffit pas, qu'on ne peut pas seulement continuer ou prolonger, qu'il faut ouvrir un avenir et qu'une action commence.

 

Le commandement politique existe toujours mais il ne se voit plus. Parce qu'il est détaché de l'action des agents, il pèse d'autant plus sur la masse des sociétaires qu'il est contraire aux principes déclarés et qu'il est en conséquence perçu comme une domination, opprimante et décourageante.

 

Pour Pierre Manent c'est certainement une des faiblesses les plus graves du libéralisme que son incapacité à prendre la mesure de ce phénomène...

 

Une des plus graves faiblesses du raisonnement du philosophe n'est-ce pas de qualifier de droits individuels des droits qui n'en sont pas? Il ne semble pas que le libéralisme soit le responsable de la création de toujours plus de nouveaux droits comme il le prétend, mais que ce soit plutôt le socialisme qui le soit, sous toutes ses formes, avec sa passion de l'égalité... 

 

Francis Richard

 

La loi naturelle et les droits de l'homme, Pierre Manent, 140 pages, PUF

 

Livre précédent:

Situation de la France Desclée de Bouwer (2015)

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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 22:55
La passion de l'égalité - Essai sur la civilisation socialiste, de Drieu Godefridi

Quel est le plus grand dénominateur commun de tous les socialismes, qu'ils se revendiquent ou non de cette appellation incontrôlée ? La  passion de l'égalité. C'est à cette conclusion qu'aboutit Drieu Godefridi dans son Essai sur la civilisation socialiste.

 

Cette passion de l'égalité ne ressort pas toujours à première vue des textes des auteurs proto-socialistes ou socialistes, auxquels l'auteur se réfère, parce qu'elle se dissimule derrière d'autres mots, tels que justice ou liberté. Mais elle est essentielle à tout socialisme.

 

Le mot d'égalité pris isolément, sans précision, peut prêter à confusion. C'est pourquoi il convient de distinguer l'égalité matérielle de l'égalité des droits, que d'aucuns confondent, voire considèrent comme identiques, alors qu'elles sont en fait antinomiques.

 

Les Grecs de l'Antiquité faisaient justement la distinction entre l'isonomie - le droit est le même pour tous - et l'isomoirie - les parts sont les mêmes pour tous. Si le sens de l'isomoirie est évident, arithmétique, il convient de préciser que l'isonomie bannit la loi arbitraire.

 

Comme le dit l'auteur, pour montrer que les deux concepts ont des objectifs distincts, l'isomoirie peut parfaitement s'accommoder de l'arbitraire et l'isonomie de l'inégalité matérielle ; ils sont contradictoires si on tente de les mettre concurremment en oeuvre.  

 

La confusion est patente dans les deux exemples qu'il donne, l'égalité des chances et la lutte contre les discriminations, parce que dans l'un et l'autre cas il s'agit d'un processus d'égalisation par la loi des conditions matérielles, ce qui est contraire à toute isonomie.

 

Quelle que soit la forme que prend le socialisme - c'est une question de périmètre: il peut être racial, sans frontière, transhumaniste... -, il est égalisation des hommes : matérielle par redistribution autoritaire de richesses ou corporelle par débarras des tares naturelles.

 

De quelle éthique le socialisme est-il le nom ?

-  Le socialisme politique se dresse entier sur la valeur de l'égalité, et le socialisme politique est son valet.

 

Ne pouvant remettre en cause ouvertement les principes bien ancrés du droit civil - autonomie de la volonté des parties, consentement entre elles, obligations entre elles, rien qu'entre elles - le socialisme politique le grève d'exceptions : d'où l'inflation des lois pour égaliser dans les détails, faute de pouvoir le faire en règle générale.

 

L'impôt est l'autre instrument de cette égalisation forcée : proportionnel, il est en réalité progressif; progressif, il est en réalité exponentiel.

 

D'où vient cette éthique ?

L'égalité est née comme valeur le jour où un homme s'est levé pour dire : Vous avez, et je n'ai pas. Justice !

 

Fondé sur l'égalité matérielle, qualifiée par d'aucuns d'égalité réelle, le socialisme est voué à l'échec, parce que l'inégalité [...] est un indépassable fait de nature. Pour en sortir, pour être libre tout simplement, il faut renoncer à cette valeur de ruine...

 

Francis Richard

 

La passion de l'égalité - Essai sur la civilisation socialiste, Drieu Godefridi, 176 pages, Texquis

 

Livre précédent:

La loi du genre, 92 pages, Les belles lettres

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22 juin 2018 5 22 /06 /juin /2018 22:45
Philosophie de l'impôt, de Philippe Nemo

Deux conceptions philosophiques des rapports entre l'homme et l'État s'opposent et se traduisent par deux conceptions philosophiques de l'impôt:

 

- soit on considère que l'État est un instrument que se donne la société civile et qui doit rester à son service et que, pour le financer, il faut en répartir le coût;

- soit on considère que le citoyen doit subordonner ses intérêts à ceux de la collectivité et que, pour la financer, c'est à elle, c'est-à-dire à l'État, que revient de fixer la quote-part de chacun.

 

La première conception correspond à la justice commutative : chacun reçoit (à peu près) l'équivalent de ce qu'il donne.

 

La deuxième conception prétend correspondre à la justice distributive: mais une société moderne ne peut être considérée comme une communauté unique où le concept de justice distributive pourrait s'appliquer.

 

La première conception est une conception libérale, humaniste, qui suppose le consentement à l'impôt, la deuxième une conception socialiste, collectiviste, où l'argent de l'État est obtenu par la violence.

 

La conception libérale n'aura été qu'une parenthèse entre l'Ancien Régime et l'État-providence. Philippe Nemo cite Peter Sloterdijk:

 

L'État paternaliste de jadis et l'État maternaliste actuel s'accordent parfaitement et se complètent pour former une irrésistible machine de tutelle et d'assistance.

 

Ce qui frappe c'est l'ampleur prise par l'État maternaliste, qui revient, selon Sloterdijk, à une exploitation des "bourgeois" (mais pas seulement, précise Nemo) par le fisc et par les catégories sociales qui bénéficient de l'argent public: en quelques décennies la part de l'État est même passée en France de 10 à 50% du PIB.

 

Philippe Nemo remarque: Comme l'être de chacun est plus ou moins lié à son avoir, le fait de prendre aux citoyens la moitié de ce qu'ils ont revient à anéantir la moitié de ce qu'ils sont. Autrement dit, cela revient à les amputer...

 

Cette ampleur n'aurait pas été possible sans la prévalence d'une conception illégitime de l'intérêt général.

 

S'il peut être légitime que l'État soit chargé d'assurer l'ordre public et de fournir les biens et services qui ne peuvent être offerts spontanément par le marché, puisqu'il y a échange  dans les deux cas (échange à financer par un impôt-échange), ce ne l'est pas qu'il soit chargé de réduire les inégalités sociales.

 

A conceptions de l'intérêt général différentes correspondent des impôts différents:

 

- assurer l'ordre public peut être financé par un impôt per capita;

- fournir des biens et services qui ne peuvent être offerts spontanément par le marché (même s'il me paraît difficile de toujours bien les identifier) peut être financé par un impôt proportionnel;

- réduire les inégalités sociales ne peut être financé que par un impôt sans limite, parce qu'il s'agit d'un impôt sans contrepartie (l'impôt progressif en est l'exemple).

 

Dans les deux premières conceptions, il est possible de quantifier le coût et de le répartir; dans le troisième, le coût est indéfini, donc extensible.

 

Quoi qu'il en soit, Philippe Nemo a identifié quatre doctrines à l'origine de l'impôt sans contrepartie:

 

- le marxisme

- l'égalité de sacrifice et l'utilité marginale décroissante du revenu

- le solidarisme

- le keynésianisme

 

auxquelles il rajoute une passion: l'envie (qui est l'un des sept péchés capitaux...).

 

Ces doctrines justifiant l'impôt sans contrepartie conduisent toutes les quatre au socialisme fiscal et Philippe Nemo montre qu'elles sont toutes erronées et n'ont aucun fondement, ni scientifique ni moral. Ce qui ne les a pas empêchées de prospérer sous de fausses raisons, d'attenter aux libertés individuelles et de nuire aux hommes qu'elles prétendent défendre.

 

Le socialisme fiscal a deux conséquences néfastes:

 

- il rompt le lien social en induisant une société de défiance:

 

.  l'État a besoin de connaître tous les avoirs des citoyens pour déterminer la part qui lui revient: c'est une véritable inquisition à laquelle l'impôt sans contrepartie aboutit du fait qu'il s'agit d'un impôt personnel: il viole sans vergogne la vie privée et les affaires

.  l'État se donne unilatéralement tous les droits puisqu'il n'a pas besoin du consentement des citoyens: il augmente en douce les taux, fait passer des lois rétroactives, impose ses directives et circulaires etc.

. l'État prélève ce qui lui manque, sans se retenir (ça devient pathologique) puisque personne ne peut s'opposer à son absolutisme (il a le monopole de la coercition) et le résultat est que la société est paralysée et s'appauvrit

. l'État favorise sa clientèle: élus, fonctionnaires, syndicats

 

- il déshumanise:

 

. l'État, avec sa main qui prend et son oubli du donneur, mutile ce dernier en le spoliant et mutile le donataire en le rendant inférieur puisqu'il n'y a pas de contrepartie: les deux sont ainsi empêchés d'être ce qu'ils pourraient être

. l'État, en appauvrissant les riches, les empêche d'avoir des activités bénévoles indispensables pour la culture et la société en général

. l'État, en exigeant et obtenant la transparence, tue la vie créatrice, enlaidit les êtres, nourrit l'envie, soumet la personne au groupe

 

Après avoir exposé le projet de constitution raisonnable proposée par Friedrich Hayek, Philippe rappelle les principes de l'antiquité romaine auxquels elle se conforme et à partir desquels, par une série de perfectionnements théoriques et pratiques apportés par une longue suite de siècles, se sont élaborées les démocraties libérales modernes telles que nous les connaissons:

 

- la responsabilité morale personnelle

- la distinction entre ce qui relève de la res publica, l'État, et des res privatae, le privé

 

Il les rappelle parce qu'ils ont été trahis aussi bien par le socialisme que par la social-démocratie modérée, qui ont fait prévaloir une mentalité de type holiste ne laissant plus de place à la personne humaine:

 

La société est pensée comme transparente et donc entièrement planifiable par l'autorité, dont les individus sont les instruments. En matière fiscale cela se traduit par: rien de ce que j'ai n'est à moi, l'État peut m'en prendre la part qu'il veut, la part même qu'il me laisse est un cadeau qu'il me fait...

 

Ce paradigme holiste conduit à une vision policière de la société. Il convient de lui opposer une autre vision, personnaliste et humaniste: l'homme est destiné à vivre dans une société où, pour le dire en un mot, la personne humaine est un absolu, dé-lié du groupe. Où elle ne peut donc jamais être considérée simplement comme un moyen, mais toujours en même temps comme une fin...  

 

La condition sine qua non est que les hommes aient une propriété privée inviolable:

 

Il n'est de sociétés humanistes que là où la propriété privée est reconnue comme un principe moral absolu. Si ce principe n'est que relatif, s'il n'est pas opposable aux accaparements du groupe et des pouvoirs institués en son sein, la personne humaine n'existe pas et la liberté n'est qu'un mot.

 

Aujourd'hui les États modernes socialisants ont perdu la mesure. Ils y ont été entraînés par des idéologies qui ont su utiliser ce couple diabolique de passions que sont l'Envie (des masses) et la Cupidité (des bénéficiaires d'argent public)...

 

Francis Richard

 

Philosophie de l'impôt, Philippe Nemo, 240 pages, PUF

 

Livres précédents:

La belle mort de l'athéisme moderne (2012)

Esthétique de la liberté (2014)

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16 mai 2018 3 16 /05 /mai /2018 22:55
Réflexions sur la Honte, de Michaël de Saint-Cheron

Michaël de Saint-Cheron a mis deux textes en épigraphe, et en exergue, de ses Réflexions sur la Honte, l'un est extrait de Thèses sur le concept d'histoire de Walter Benjamin, l'autre des Antimémoires d'André Malraux.

 

Dans le premier extrait, Walter Benjamin parle du tableau de Klee qui s'intitule Angelus Novus: cet ange est poussé par une tempête vers l'avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s'élève jusqu'au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

 

Dans le deuxième extrait, André Malraux parle de l'orgueilleuse honte de Rousseau et de la pitoyable honte de Jean-Jacques: il s'agit pour lui d'une métamorphose, celle d'un destin subi en destin dominé.

 

Prologue

 

Dans son prologue, l'auteur explicite pourquoi le premier extrait: nous inaugurons bon gré mal gré une nouvelle période que beaucoup déjà nomment postmoderne. Rien ne sera plus comme avant après Auschwitz.

 

Dès lors Levinas parle d'un temps sans promesse. Vassili Grossman surenchérit et, de plus, parle d'un Dieu sans secours.

 

Tout cela n'est guère encourageant: il s'agit bien là d'une thématique lourde.

 

Le nom de Kafka  est incontournable, lui qui se posait la question du sens, de l'impossibilité de parvenir à destination dans un monde moderne impitoyable. Mais ce visionnaire voyait encore dans la littérature, dans l'art une possibilité de rachat.

 

Chez Primo Levi, cette possibilité de rachat disparaît: il ne voit pas comment concilier Dieu et Auschwitz. L'auteur pense avec lui que le seul fait qu'Auschwitz ait pu exister devrait interdire à quiconque, de nos jours, de prononcer le mot de Providence.

 

La honte

 

La honte, c'est, pour Levi, d'avoir connu ce que nul ne peut connaître et rester en vie.

 

La honte, c'est, pour Kafka, via son personnage du Procès, Josef K., la honte d'être un homme, en raison de l'existence d'un tribunal occulte et corrompu, qui est un tribunal humain, non divin...

 

La honte, selon Rousseau, n'a rien à voir. Il s'agit d'une honte individuelle: A vouloir s'épargner la honte publique n'est-il pas frappé par la honte privée, plus lourde parfois à évacuer ?

 

La honte, selon Levinas, s'éprouve vis-à-vis d'autrui: C'est pour l'Autre que l'on a honte de soi, car nous n'avons pas été à la hauteur de son attente, de notre mise à l'accusatif.

 

Le témoin

 

Pour donner au lecteur matière à réflexion et pour nourrir les siennes, l'auteur fait deux citations:

 

Appelfeld: Si nous ne sommes pas témoins, qui témoignera ?

 

Celan: Nul ne témoigne pour le témoin.

 

Car il fait encore partie (il est né en 1955) de ceux qui sont témoins des témoins...

 

Épilogue

 

De ce livre dense, qui aborde nombre de problématiques en rapport avec la Honte, qui se réfère à nombre d'auteurs - philosophes, écrivains et poètes - il ressort que le deuxième extrait mis en épigraphe, celui d'André Malraux, en est, en filigrane, le fil conducteur.

 

Le lecteur retiendra en effet - même si, ici ou là, il pense différemment -, que ces auteurs, ainsi que des êtres d'exception - Michaël de Saint-Cheron raconte Geneviève de Gaulle Anthonioz - ont su métamorphoser "un destin subi en destin dominé".

 

Grâce à eux - l'auteur leur en sait gré -, il peut écrire qu'une honte subie s'est métamorphosée en un combat pour rendre aux victimes de la honte et de l'opprobre, de l'exclusion, leur honneur et leur dignité.

 

Francis Richard

 

Réflexions sur la Honte, Michaël de Saint-Cheron, 190 pages, Hermann

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 23:30
Essai sur la connaissance de Dieu, de Claude Tresmontant

Claude Tresmontant est mort il y a tout juste vingt ans.

 

Spécialiste de l'hébreu, il avait notamment traduit les quatre évangiles et l'apocalypse de Jean en les reconstituant préalablement en l'hébreu sous-jacent à leurs versions grecques et en traduisant directement en français les textes en hébreu ainsi obtenus...

 

L'Essai sur la connaissance de Dieu est réédité cette année, près de soixante ans après sa première édition. Il montre à l'envi le métaphysicien prometteur qu'il était déjà à trente-trois ans...

 

Dans cet essai il s'adresse à un rationaliste scientifique, c'est-à-dire à quelqu'un qui sait user de la raison et qui admet le contrôle de l'expérience. S'abstiendra donc de le lire celui qui met en doute le monde extérieur, l'existence de son propre corps, l'existence de tout, et même de sa raison.

 

Ceci étant dit, son essai s'articule en trois parties. La connaissance de Dieu peut se faire à partir:

- du monde

- du fait d'Israël

- du fait chrétien

 

A partir du monde

 

Il y a deux hypothèses en présence: soit le monde est éternel, soit le monde est apparu.

 

De ces deux hypothèses découle l'alternative métaphysique:

- tout préexiste: cette métaphysique ne nie pas l'Absolu, mais récuse l'expérience, nie la création; elle considère que l'être est incréé

- il y a eu création: cette métaphysique admet l'Absolu; l'être ne vient pas de rien; il a été créé; l'expérience montre qu'il a un commencement et qu'il ne s'est pas créé lui-même

 

Toutefois d'aucuns refusent cette alternative:

- refus provisoire: c'est l'agnosticisme; on suspend son jugement

- refus définitif: les êtres sont là; leur existence est absurde; on décide qu'il n'y a pas d'Absolu

 

Qu'en est-il de la réalité empirique?

 

- dans la première hypothèse: le monde est l'Absolu; il est incréé; on explique le schisme entre l'Absolu et l'être par un mythe: la chute ou l'aliénation (Upanishad, Plotin, Spinoza, Fichte, Schelling, Hegel); entre l'Absolu et l'être, il y a une relation d'identité; c'est une métaphysique panthéiste.

 

- dans la deuxième hypothèse: le monde est créé par l'Absolu qui est pensé comme transcendant et libre; entre Lui et l'être, il y a une relation de dialogue (judaïsme orthodoxe, christianisme); c'est une métaphysique de la création.

 

Pour ceux qui refusent l'Absolu, il n'y a pas de problème métaphysique. De constater que l'Univers est là, que c'est un fait, sans chercher de justification à ce fait, n'est-ce pas renoncer à l'exercice de son intelligence?

 

Quant au sujet connaissant kantien, il est sans situation métaphysique...

 

Quant à Marx, s'il considère que l'Univers est incréé, il considère comme un mythe la doctrine de l'aliénation et de la chute: la Nature et l'homme existent par eux-mêmes... Pour lui, la Matière est l'Absolu. Mais objecte Claude Tresmontant: L'intelligence organisatrice est autre chose que la matière organisée.

 

Claude Tresmontant considère en effet que l'exigence de la rationalité nous impose cette hypothèse d'un Absolu qui seul peut rendre compte de la réalité telle qu'elle se présente à nous:

 

Le monde n'évolue pas dans n'importe quel sens, il évolue vers la matière complexe, vers la vie, vers la conscience.

 

Il ajoute: Si on prétend que cette exigence de rationalité est une exigence factice, une exigence trompeuse ou trompée, une exigence illusoire, il ne reste plus qu'à renoncer à l'exercice de la pensée.

 

A partir du fait d'Israël

 

Claude Tresmontant remarque que le livre sacré d'Israël est le recueil d'actes et d'archives qui relatent une expérience historique opérée en plein jour, à ciel ouvert, à la face du monde.

 

Ce qui l'amène à dire qu'Israël, c'est l'humanité qui fait l'expérience de Dieu.

 

La raison de la création? Puisque ce n'est ni un manque, ni un besoin, ni un devenir du dieu, la raison de la création, c'est l'agapè de Dieu.

 

La création ne doit pas être entendue au sens de création d'un objet ou de création d'un être fait pour encenser son Créateur. L'homme est certes créé dans un premier temps, mais il est créé pour, dans un deuxième, coopérer à sa propre création: c'est ce que signifie l'expression créé à l'image et ressemblance de Dieu:

 

La théologie biblique propose une métaphysique de la création qui n'est pas humiliante pour l'homme, qui n'est en rien une "aliénation", mais, bien au contraire une promotion, une theiôsis.

 

A partir du fait chrétien

 

L'opposition entre la foi et la raison est une opposition foncièrement non chrétienne, non évangélique.

 

Jésus s'adresse à l'intelligence et non pas à la crédulité: La vérité n'a nul besoin que l'homme s'abêtisse, ni qu'il saborde sa raison, qui lui est au contraire nécessaire pour atteindre à la connaissance de Dieu.

 

L'incarnation? Comme la création, [elle] est un don: Si l'homme ne peut préjuger du don de Dieu, il ne peut pas non plus préjuger des limites au don de Dieu, ni définir des impossibilités que l'Absolu ne saurait surmonter.

 

La méthode de Jésus reste la même que celle employée par Dieu précédemment: Dès l'Ancien Testament on voit que la méthode de Dieu, son "style", se définit et se caractérise par l'association de la toute-puissance dans les possibilités et de la discrétion, de la faiblesse dans les moyens employés, de la douceur.

 

Claude Tresmontant constate que la connaissance de Dieu à partir de Ieschoua de Nazareth [...] ne se limite pas à une connaissance de Dieu à travers sa personne, ses actes et ses gestes, ses paroles: elle s'opère aussi à travers ceux qui sont entés, greffés en Jésus leur Seigneur...

 

Conclusion

 

Le fait Israël, qui est celui d'une innovation, d'un renouvellement de l'humanité, la naissance de la sainteté, d'une humanité à l'image et à la ressemblance de Celui qui est nommé trois fois saint par Isaïe, constitue aussi une création, une oeuvre par laquelle nous accédons à la connaissance du Dieu caché, en dehors même de la Manifestation personnelle de Dieu venu parmi  nous, immanu-el.

 

Francis Richard

 

Essai sur la connaissance de Dieu, Claude Tresmontant, 216 pages Les éditions du Cerf

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 10:00
Le capitalisme à portée de main, The Stealth Group

The Stealth Group n'existe pas: il est impossible de le rencontrer sur les réseaux sociaux ou sur la Toile, bien que Google le référence. Ce soi-disant groupe furtif a pourtant écrit un livre bien réel, Le Capitalisme à portée de main.

 

Derrière ce groupe, se cache, à peine, une personne, le traducteur, William Henne, qui, lui, existe bien: il est présent sur la Toile comme auteur de bande dessinée et cinéaste, belge de surcroît, coédité par Hélice Hélas et Cinquième Couche. 

 

Son livre se propose donc de mettre le capitalisme à portée de main, sous la forme d'une Lettre à un jeune homme (d'affaire). Mais c'est une vision confuse du capitalisme, qu'il met à sa disposition. Car il y a capitalisme et capitalisme.

 

Il y a en effet le capitalisme, système socio-économique réel, et le capitalisme, corollaire du libéralisme, système socio-économique idéal, qui, comme tout idéal, n'est jamais atteint mais dont il s'agit de se rapprocher le plus possible.

 

En confondant les deux, l'auteur ne rend pas service à son jeune homme, parce qu'il lui offre une caricature du second pour justifier ironiquement et cyniquement le premier, si bien que la main du jeune homme lui devient invisible.

 

Quand l'auteur dit que le capitalisme est l'exploitation de certains hommes, les perdants, les faibles, par d'autres, les gagnants, ou que la société est effectivement divisée en classes sociales antagonistes, il caricature même le capitalisme réel.

 

Il dit ça avec Marx, sans le nommer, et il affirme - ce qui n'aurait pas déplu au barbu - que le Capitalisme a pu émerger et prospérer grâce à des stratégies politiques efficaces comme les conquêtes, le colonialisme, l'esclavagisme, la guerre...

 

Or ce sont autant de choses que réprouve et condamne le libéralisme, philosophie qui se base sur le respect des droits de propriété, sur la responsabilité et la liberté individuelles, qui ne peuvent se traduire que par un État minimal ou inexistant.

 

C'est pourquoi, pour un libéral, l'homme n'est pas un loup pour l'homme, il ne s'agit pas de vaincre ou être vaincu, de manger ou être mangé, et le marché n'est pas non plus pour lui une guerre, mais l'espace des échanges libres entre individus.

 

Si l'État existe, ce n'est pas pour intervenir en faveur des uns ou des autres, par des aides ou des subventions, par des protections ou des privilèges, ou encore par des lois sur mesure mais pour faire respecter les droits de propriété et les libertés.

 

Rien de moins capitaliste au sens libéral, que ce conseil cynique de l'auteur à son jeune homme qu'il souhaite ironiquement devenir un prédateur sans éthique: Nous pouvons dès lors, en toute quiétude, prendre les risques les plus hardis pour faire fructifier l'argent:

 

à l'arrivée, la privatisation des profits et la socialisation des pertes assurent la pérennité d'une économie qui va de l'avant.

 

Si vraiment William Henne a lu, et pillé sans remords, les nombreux auteurs libéraux qu'il cite en fin d'ouvrage, tels Frédéric Bastiat, Friedrich Hayek, Milton Friedman ou Murray Rothbard, ou il n'a rien compris, ou il a vraiment la tête bien pleine...

 

Francis Richard

 

Le capitalisme à portée de main, The Stealth Group, 210 pages Hélice Hélas et 5c

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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