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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 17:45

Quand j’ai appris, par Paix Liturgique (ici), que Mgr Aillet, évêque de Bayonne (ici), dirait la messe de la Toussaint selon la forme extraordinaire, à 11 heures, à la Chapelle du Saint Esprit du Braou, à Biarritz, arrivé la veille à Saint Jean-de-Luz depuis Lausanne, je me suis rendu en famille à ce rendez-vous historique.


Au Braou la messe tridentine est célébrée depuis un moment, une fois par mois. C’est en vertu du Motu Proprio Ecclesia Dei du Pape Jean-Paul II, que cette messe a été autorisée par le prédécesseur de Mgr Aillet. Grâce lui soit rendue.


Mgr Aillet est de ces évêques qui obéissent loyalement à la volonté de paix liturgique du Pape Benoît XVI. C’est donc, avec une joie non dissimulée, qu’il a annoncé, avant de prononcer son homélie qu’à partir de dimanche prochain la messe selon la forme extraordinaire serait dite tous les dimanches et fêtes à la Chapelle des Capucins de Bayonne par un tout jeune prêtre, l’abbé Merkens, habilité à dire la messe selon les deux formes, ordinaire et extraordinaire.


A la sortie de la messe j’ai demandé à ce dernier l’adresse de la chapelle et l’horaire de la messe. Je suis donc en mesure d’annoncer que la Chapelle des Capucins se situe avenue de la Légion Tchèque à Bayonne et que la messe dominicale y sera célébrée à 10 heures 30.


Devant une assistance d’une centaine de personnes venues de tout le diocèse et même parfois de plus loin – j’ai entendu une personne dire à l’évêque qu’elle venait de Tarbes avec sa petite famille – Mgr Aillet a prononcé son homélie, coiffé de sa mitre et crosse à la main, dans un grand recueillement ponctué de quelques cris ou gazouillis des nombreux petits enfants présents à cette fête.


Mgr Aillet a rappelé que le baptême nous ouvrait à tous la voie vers la sainteté, qui signifie que nous sommes tous dès lors en la compagnie de Dieu : « Soyez parfait, comme mon Père est parfait ». Les 8 béatitudes qui sont l’évangile du jour sont en quelque sorte un autoportrait du Christ qui nous enseigne cette voie de la sainteté.


Quand nous sommes confrontés à des vicissitudes, à l’imitation du Christ, nous ne devons pas rendre coup pour coup comme les hommes du monde ; nous ne devons pas non plus nous résigner ; nous devons accepter volontiers nos souffrances et les offrir en sacrifice à Dieu. Cette radicalité exigeante est ce qui nous est demandé pour lui complaire et faire partie de cette cohorte de tous les saints dont l’Apocalypse parle dans l’épître du jour et à laquelle nous sommes tous conviés à grossir les rangs. 


Une fois la messe dite, après avoir salué Mgr Aillet et baisé respectueusement son anneau épiscopal, je lui ai demandé si je pouvais le photographier. Jovialement, et sur le ton de la plaisanterie, il m’a dit qu’il n’y voyait pas d’inconvénient à condition de ne pas oublier son bakchich...

Francis Richard

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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 20:15
Paix Liturgique (ici) et Messa in Latino (photo ci-contre en provenance de son site ici) ont commandité un sondage en Italie auprès de Doxa, organisme de sondage réputé là-bas, sur le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, par lequel le pape Benoît XVI demande que le rite extrordinaire de l'Eglise romaine retrouve toute sa place dans l'Eglise catholique (voir mon article La messe tridentine est extraordinaire ), conformément d'ailleurs à la Constitution conciliaire, De Sacra Liturgia, du Concile Vatican II... La presse italienne - comme le rapporte la Lettre 201 du 25 octobre de Paix Liturgique (ici)- s'est largement fait l'écho de ce sondage, plein d'enseignements et dont les résultats sont similaires à ceux récoltés en France par CSA il y a un an.

Ce précédent sondage (voir mon article Le sondage réalisé par CSA pour Paix Liturgique sur le Motu Proprio ) montrait que les catholiques français sont demandeurs, contrairement à ce que disent leurs évêques qui font la sourde oreille - circulez, il n'y a rien à voir - quand ils ne font pas tout leur possible pour s'opposer à la volonté du pape en matière liturgique. Les médias, y compris hélas des hebdomadaires comme Famille chrétienne, adoptent la même attitude d'omerta : faisons l'autruche et ne parlons surtout pas des 34% de pratiquants prêts à assister à la forme extraordinaire si elle était célébrée dans leur paroisse. Cela dérangerait notre train-train pépère.

Voici les résultats du sondage de Doxa, effectué du 24 au 27 septembre dernier auprès d'un échantillon de 1001 personnes de 15 ans et plus, et publié dans la Lettre 200 du 17 octobre de Paix Liturgique (ici) :

1ère question : Les catholiques italiens connaissent-ils l'existence du Motu Proprio "Summorum Pontificum" par lequel Benoît XVI approuve la célébration des deux formes du rite romain ?

Oui, répondent 64% des pratiquants - catholiques allant au moins une fois par mois à la messe - contre 36% qui n'en savent rien.

Considérant l'ensemble des catholiques, pratiquants ou non, 58% en ont connaissance et 42% ignorent son existence.

2ème question : Trouvez-vous normal la célébration des deux formes du rite dans vos paroisses ?

A égalité, 71% des pratiquants et de l'ensemble des catholiques sont favorables à la coexistence des deux formes dans leurs églises.

3ème question : Si une messe selon la forme extraordinaire était célébrée dans votre paroisse y assisteriez-vous ?

63% des pratiquants italiens déclarent qu'ils y assisteraient au moins une fois par mois (33% pour l'ensemble des catholiques). Un chiffre qui se répartit ainsi : 40% toutes les semaines et 23% au moins une fois par mois.

Je laisse le soin à l'internaute de prendre connaissance, dans le détail, des commentaires faits par Paix Liturgique à ce sondage.

Je relèverai juste trois commentaires.

Le premier, que fait Paix Liturgique, a trait à la réponse à la troisième question :

La proportion chez les pratiquants est tout simplement exceptionnelle : 63% ! Presque deux fois plus qu’en France !

Le deuxième revient à la parole du Christ qui demandait de juger l'arbre aux fruits :

En France une vocation sacerdotale sur quatre se destine à la forme extraordinaire (voir la Lettre 199 du 12 octobre de Paix Liturgique ici).

Le troisième souligne que la demande de la forme extraordinaire est universelle, c'est-à-dire catholique au sens étymologique du terme :

L'intérêt pour la forme extraordinaire n'est pas une question marginale pour les catholiques, ni même une question "nationale" voire une question à coloration « politique », mais au contraire une demande universelle.

Ce que confirme un sondage effectué par l'Université de Georgetown (ici) aux Etats-Unis (voir la Lettre 196 du 20 septembre de Paix Liturgique ici) :

45% des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle s'ils en avaient la possibilité. 

Conforté par ces différents sondages, Paix Liturgique, enfin, a raison que dire que le Saint-Père, sous-entendu en promulguant le Motu Proprio, a compris que de très nombreux fidèles de base, restés dans leurs paroisses pour diverses raisons ou ayant fait le choix de ne plus pratiquer, sont restés attachés à l’expression de la foi de leurs pères et ne demandent qu’à pouvoir en jouir à nouveau.

Francis Richard

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 09:00
Les évêques suisses [photo ci-contre, tirée du site de la Conférence des évêques suisses ici] ont publié une Lettre pastorale le 7 septembre dernier pour la Fête fédérale d'action de grâce, de pénitence et de prière 2009 (ici). Ils l'ont intitulée : Appel à la réconciliation. Cette lettre a été lue lors des messes du Jeûne fédéral, les 19 et 20 septembre 2009. Et c'est en l'écoutant hier, à la messe, que j'en ai pris connaissance.

Dans l'ensemble ce texte n'appelle pas de remarque particulière. Il est même plutôt remarquable, dans un tout autre sens, parce qu'il rappelle comment parvenir à la réconciliation, perpétuellement inachevée, qui doit cependant être poursuivie, en commençant par son entourage.

C'est pourquoi j'ai été réellement peiné que dans un texte sur la réconciliation figure cette phrase :

Les démarches du Pape en faveur d’une réconciliation avec les intégristes, au début de cette année, nous a remis en mémoire la fracture profonde que connaît notre Eglise depuis le Concile.

L'internaute qui me lit régulièrement sait que je n'aime pas cette épithète d'intégriste, avec laquelle on qualifie les catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre. Pourquoi ? Parce qu'en l'occurrence c'est un mot qui n'est pas approprié, qui a une connotation péjorative, voire injurieuse, et qui est employé à dessein par les ennemis de l'Eglise pour discréditer des catholiques attachés, parmi d'autres, et à leur manière, à la Tradition.

D'une façon générale je n'aime pas le suffixe "isme", même s'il m'arrive parfois de succomber à la tentation d'employer des mots qui le comportent, ou en dérivent. Pour me sermonner je me répète alors la phrase suivante, tirée d'Eumeswil d'Ernst Jünger :

Le suffixe "isme" a une acception restrictive: il accentue le vouloir, aux dépens de la substance.

Ce suffixe, en effet, ne permet pas de nuancer, alors que je suis convaincu, par expérience, que tout est nuances.

Les catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre ne se reconnaissent pas dans le terme d'intégristes, mais dans celui de tradis ou de catholiques traditionnels, qui n'acceptent d'innovation que dans le sens de la Tradition. 

Il aurait donc été préférable que les évêques suisses emploient cette dernière expression - moins médiatique, mais plus conforme - dans un texte qui se veut un appel à la réconciliation. Mais veulent-ils vraiment de cette réconciliation? On peut en douter ( Voir mon article Ces éminences catholiques suisses qui tirent dans le dos de Benoît XVI ).

Et leur magnifique appel à la réconciliation perd de sa force de conviction à ne pas prêcher d'exemple.

Francis Richard

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 22:45
Sur le site de la TSR l'émission de Temps présent de ce soir est présentée dans sa rubrique Programmes TV en ces termes aguicheurs :

Comment être un Saint [le titre de l'émission] 

En perte de vitesse, l'Eglise catholique sort son joker : elle fabrique à toute allure des Saints. Le Vatican mise sur l'exemple de croyants modèles pour doper l'adhésion des fidèles. Bonne nouvelle pour la Suisse romande, l'allègement des procédures de canonisation pourrait profiter à une petite couturière fribourgeoise : Marguerite Bays. Mais est-ce que tout cela est vraiment catholique ?

Le ton est donné.

L'émission elle-même, qui dure 48 minutes, reste sur ce ton, tout du long. Car faussement objectifs - ils donnent certes longuement la parole à des représentants de l'Eglise catholique et à des fidèles - les journalistes agrémentent leur reportage de commentaires fielleux et des remarques pseudo-historiques de Patrice Borcard. C'est ce qui avait amené mon ami Adrien de Riedmatten à souligner que la télévision suisse romande émettait depuis...Calvingrad.

Plusieurs fois au cours de la journée une présentation de 40 secondes égrenait cette rengaine récitée par la  sémillante Anne-Frédérique Widmann :

L'Eglise catholique connaît une crise sans précédent. Alors elle fabrique des saints pour renforcer la foi des fidèles (...) Bientôt une couturière fribourgeoise canonisée. L'Eglise se lancera-t-elle dans le prêt-à-sanctifier ?

Le résumé de l'émission sur le site propre (ici) de celle-ci est moins démagogique et plus conforme au fond des choses. Je le reproduis donc parce qu'il m'évite de résumer l'émission pour ceux qui ne l'ont pas vue :

Autrefois, fabriquer un saint était long et compliqué et bien rares étaient les personnalités qui avaient les honneurs de Rome. Dès le début du XXe siècle, les papes ont allégé les procédures de béatification et de canonisation. Mais c'est Jean-Paul II qui les a radicalement simplifiées. A dessein, le Pape polonais a fait des Saints l'une des armes de sa nouvelle évangélisation. Durant son pontificat, il a béatifié et canonisé davantage que tous les papes avant lui. Ces trente dernières années, ils sont ainsi quelque 2500 a avoir [sic] été élevés au rang de catholiques exemplaires. Et grâce à ces nouvelles règles, la Suisse romande pourrait bien voir sa première sainte canonisée à Rome. La Fribourgeoise Marguerite Bays est proche du but. Cette petite couturière du XIXe s. a déjà franchi une étape décisive : en 1995, elle était béatifiée par Jean-Paul II lui-même. Aujourd'hui, elle est devenue l'attraction du petit village de Siviriez dans la Glâne. Sa maison natale est devenue un lieu de pèlerinage et tous les 27 du mois, jour anniversaire de sa mort, l'église paroissiale est prise d'assaut. Mais pour être élevée au rang de Sainte, il faut que deux miracles soient attribués à Marguerite Bays [la médaille ci-dessus reproduite provient du site consacrée à la bienheureuse ici]. Selon ses fidèles défenseurs, la couturière aurait sauvé un jeune homme en 1940 lors d'un accident de cordée. Et il y a quelques années, c'est une fillette de 22 mois qui aurait miraculeusement survécu à un accident de tracteur grâce à elle. Temps Présent a enquêté sur ces miracles et même retrouvé des témoins directs, convaincus des pouvoirs de la couturière. Mais ces pouvoirs ne font pas l'unanimité...

Rediffusion le vendredi 14 août 2009 à 01h et le lundi 17 août 2009 à 15h15 sur TSR2.

Un reportage de Bertrand Theubet et Pierre-Olivier

Volet Image : Yves Dubois Son : Gianni Del Gaudio Montage : Monique Preiswerk

Les journalistes, en particulier Eric Burnand, auraient pu s'en tenir à cet exposé des faits somme toute assez neutre et, à la limite, acceptable, mais pour se donner des airs d'indépendance d'esprit ils n'ont pas pu se retenir de faire des commentaires fielleux, indignes de la part d'employés de la télévision nationale d'Etat, censée représenter le pays.

Florilège :

Parlant de la crise sans précédent que connaîtrait l'Eglise - les journalistes de la TSR montrent là leur ignorance crasse en matière d'histoire religieuse - ils ajoutent :

Les gaffes du pape n'ont rien arrangé.

Les internautes qui me lisent savent que les prétendues gaffes participent d'un montage médiatique on ne peut plus grossier.

Adeptes du jeu de mots laids ils disent que l'Eglise a décidé de :

Montrer ses saints.

Pour illustrer le fait que Jean-Paul II a béatifié et canonisé davantage que tous les papes avant lui et que Benoît XVI reste dans cette lignée, ils disent par exemple :

La machine à fabriquer des saints tourne à plein régime.

Pour illustrer que la procédure de sanctification est simplifiée ils disent que rejoindre le club des saints en est facilité.

L'emploi des expressions fabriquer des saints, doper l'adhésion des fidèles, prêt-à-sanctifier, gaffes du pape, montrer ses saints, rejoindre le club des saints, n'est pas innocent. D'autant que par exemple l'expression fabriquer des saints est répétée comme un leitmotiv tout au long de l'émission...pour qu'elle bourre bien le crâne des téléspectateurs.

Le but de ces soi-disant journalistes est clair : il s'agit de faire croire que l'Eglise fabrique des saints, sous-entendu de toutes pièces, sans être trop regardante sur les miracles invoqués pour les causes présentées, que ce faisant elle cherche à redorer son blason en favorisant la superstition et en insistant sur le côté magique des modèles proposés à la vénération des fidèles. Ce sont là propos de profanes qui ne supportent décidément pas le sacré, qui le leur rend bien.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 19:15
Le 29 juin dernier, en la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, Benoît XVI (photo tirée du site de Challenges ici ) signait sa troisième encyclique, Caritas in veritate (ici), L'amour dans la vérité, consacrée au développement humain intégral dans la charité et dans la vérité. Elle était rendue publique le 7 juillet 2009. 

Nombre de commentateurs de cette encyclique de Benoît XVI ont surtout retenu l'urgence, selon le Saint Père, de mettre en place
une véritable Autorité politique mondiale. Ainsi, dans Le Temps du 7 juillet 2009 (ici), dans un article intitulé Benoît XVI pour une gouvernance mondiale, Patricia Briel indique-t-elle, citant le Pape, l'objet d'une telle mise en place :

Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires.[paragraphe 67]


Elle omet cependant - et c'est essentiel - de parler de ce qui doit inspirer une telle Autorité. Je cite le Pape :

Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun, s'engager pour la promotion d'un authentique développement humain intégral qui s'inspire des valeurs de l'amour et de la vérité.[paragraphe 67]

Il est intéressant de savoir ce qu'entend Benoît XVI par développement humain intégral :

Le développement authentique de l'homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions. [paragraphe 11]

Benoît XVI précise plus loin ce qu'il faut entendre par là :

Un tel développement demande (...) une vision transcendante de la personne; il a besoin de Dieu : sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l'homme, qui s'expose à la présomption de se sauver lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. [paragraphe 11]

Pour le catholique, national et libéral, que je suis, il est réconfortant de lire :

- que le Pape justifie le développement par la confiance que l'homme doit placer en Dieu : 

L'idée d'un monde sans développement traduit une défiance à l'égard de l'homme et de Dieu. [paragraphe 14]

- que le Pape met en garde contre le scientisme et l'écologie radicale :

Absolutiser le progrès technique ou aspirer à l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité. [paragraphe 14]

- que le Pape n'envisage pas de développement sans liberté ni responsabilité, qui lui est intrinséquement liée :

Le développement ne peut être intégralement humain que s'il est libre; seul un régime de liberté responsable lui permet de se développer de façon juste. [paragraphe 18] 

- que le Pape dénonce l'éclectisme culturel qui considère que toutes les cultures sont substantiellement équivalentes et interchangeables entre elles :

Cela favorise un glissement vers un relativisme culturel qui n'encourage pas le vrai dialogue interculturel; sur le plan social, le relativisme culturel conduit effectivement les groupes culturels à se rapprocher et à coexister, mais sans dialogue authentique et donc, sans véritable intégration. [paragraphe 26]

- que le Pape dénonce le nivellement culturel et l'uniformisation des comportements et des styles de vie :

De cette manière, la signification profonde de la culture des différentes nations, des traditions des divers peuples, à l'intérieur desquelles la personne affronte les questions fondamentales de l'existence en vient à disparaître. [paragraphe 26]

- que le Pape, comme son prédécesseur, Jean-Paul II, s'oppose à la culture de mort :

Quand une société s'oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour oeuvrer au service du vrai bien de l'homme. [paragraphe 28]

- que le Pape condamne aussi bien le fondamentalisme religieux que la promotion de l'indifférence religieuse ou de l'athéisme :

Dieu est le garant du véritable développement de l'homme, dans la mesure où, l'ayant créé à son image, Il en fonde aussi la dignité transcendante et alimente en lui la soif d'"être plus". [paragraphe 29]

- que le Pape condamne le protectionnisme qui empêche les produits des pays pauvres d'entrer sur les marchés des pays économiquement développés et qu'il reconnaît les bienfaits de la mondialisation, à ne pas confondre avec le mondialisme :

(Ce processus d'interdépendance planétaire) a été le principal moteur pour que des régions entières sortent du sous-développement et il représente en soi une grande opportunité. [paragraphe 33]

- que le Pape ne rejette pas le marché que tous les véritables libéraux savent ne pas exister à l'état pur :

Lorsqu'il est fondé sur une confiance réciproque et générale, le marché est l'institution économique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents économiques, utilisant le contrat pour régler leurs relations et échangeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs désirs. [paragraphe 35]

- que le Pape sait bien que cet instrument peut être mal utilisé et qu'alors :

Ce n'est pas l'instrument qui doit être mis en cause mais l'homme, sa conscience morale et sa responsabilité personnelle et sociale. [paragraphe 35]

- que le Pape rappelle que Jean-Paul II, dans Centesimus Annus :

Avait relevé la nécessité d'un système impliquant trois sujets : le marché, l'Etat et la société civile. Il avait identifié la société civile comme le cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l'exclure des deux autres domaines. [paragraphe 38]

- que le Pape, pour parvenir à cette économie de la gratuité, déclare :

A côté de l'entreprise privée tournée vers le profit, et des divers types d'entreprises publiques, il est opportun que les organisations productrices qui poursuivent des buts mutualistes et sociaux puissent s'implanter et se développer. [paragraphe 38]

- que le Pape s'oppose au malthusianisme :

Il y a de la place pour tous sur la terre: la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour vivre correctement grâce à la nature elle-même, don de Dieu à ses enfants, et par l'effort de son travail et de sa créativité. [paragraphe 50]

- que le Pape invite à une véritable communion des hommes, sous le regard de Dieu :

La créature humaine, qui est de nature spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles (...) Ce n'est pas en s'isolant que l'homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec Dieu.(...) L'unité de la famille humaine n'abolit pas en elle les personnes, les peuples et les cultures, mais elle les rend plus transparents les uns aux autres, plus unis dans leurs légitimes diversités. [paragraphe 53] 

La vérité unit les esprits entre eux et les fait penser à l'unisson, en les attirant et les unissant en elle. [paragraphe 54]

C'est en ce sens que je fais mienne la phrase de Jean-Louis Kuffer, que l'on peut trouver dans son dernier livre (voir mon article "Riches Heures", de Jean-Louis Kuffer ) :

Bien plus que la différence, dont on nous rebat les oreilles et qui signifie peu de choses à mes yeux, c’est la ressemblance qui m’importe en cela qu’elle surmonte les particularismes raciaux, sociaux ou sexuels au bénéfice de valeurs plus fondamentales.

Je terminerai par une citation de Benoît XVI sur les relations entre foi et raison, qui est une ses grandes préoccupations et qui était celle de son désormais fameux discours de Ratisbonne :

Ce n'est pas un hasard si la fermeture à la transcendance se heurte à la difficulté de comprendre comment du néant a pu jaillir l'être et comment du hasard est née l'intelligence. Face à ces problèmes dramatique, la raison et la foi s'aident réciproquement. Attirée par l'agir technique pur, la raison sans la foi est destinée à se perdre dans l'illusion de sa toute-puissance. La foi, sans la raison, risque de devenir étrangère à la vie concrète des hommes. [paragraphe 74]

Francis Richard

L'encyclique de Benoît XVI présentée en ... 1 mn 23 sur YouTube :


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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 20:10

Il faut du courage pour se rendre en Terre Sainte quand on s'appelle Benoît XVI (photo ci-contre publiée par 24 Heures). Surtout pour y rester une semaine entière. Car aujourd'hui la Terre Sainte est une terre divisée entre la Cisjordanie, Gaza, Israël et la Jordanie, une terre meurtrie sur laquelle vivent des fidèles des trois religions du Livre.

Les chrétiens sont très minoritaires et ont du mal à survivre dans cet univers qui leur est hostile. D'autant plus hostile aujourd'hui que des Juifs comme des Musulmans, par la façon dont les media rapportent ses propos, sont remontés contre le Chef de l'Eglise catholique 

En effet, pour des Juifs, Benoît XVI est Allemand, ce qui est rédhibitoire. Ceux d'entre eux qui veulent mettre de l'huile sur le feu rappellent jusqu'à plus soif qu'il a fait partie de la Jeunesse Hitlérienne, qu'il a été mobilisé dans la Wermacht et qu'il a levé l'excommunication d'un évêque négationniste.

En effet, pour des Musulmans, Benoît XVI est le pape qui a prononcé le discours de Ratisbonne où il aurait lié la foi musulmane à la violence.

Or il s'agit de désinformations pures et simples, basées sur des omissions, de petites phrases sorties de leur contexte, des amalgames, voire des mensonges éhontés.

Certes Benoît XVI a fait partie de la Jeunesse Hitlérienne, mais on omet soigneusement de dire que, dès 1936 l'adhésion y était obligatoire pour les tous jeunes Allemands, dès 1939 incontournable à partir de l'âge de 14 ans et qu'il y a été enrôlé de force, à cet âge, en 1941.

Certes Benoît XVI a fait partie de la Wehrmacht, mais on omet soigneusement de dire qu'il a été incorporé de force, à 16 ans, dans la défense anti-aérienne, alors qu'il venait d'entrer au séminaire. La maladie lui a permis d'en être finalement dispensé, et, en 1945, il a déserté pour retourner dans sa famille.

Certes Benoît XVI (photo ci-contre tirée de 20 Minutes ) a levé l'excommunication qui frappait un évêque négationniste, mais on omet soigneusement de dire qu'il l'a levée pour des motifs religieux et non pas parce Mgr Williamson était négationniste. La décision de cette levée de sanction était prise avant que les propos de Mgr Williamson ne soient connus, même si la publication de cette levée s'est faite après en avoir eu connaissance.

Certes, en septembre 2006, Benoît XVI a prononcé un discours (ici) à l'université de Ratisbonne, où il avait enseigné. Au cours de ce discours, qui avait pour thème foi et raison, il a cité une controverse médiévale - pardon Jacques Heers pour cet adjectif commode ! -, qu'il venait de lire, entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un savant persan, au cours duquel le premier, selon Benoìt XVI, s'adressant au second, s'exprime au sujet de l'Islam d'une manière étonnamment abrupte [ce qui veut bien dire que Benoît XVI ne la fait pas sienne et ... que les intellectuels de l'époque ne pratiquaient pas entre eux la langue de bois] :

Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foi qu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive.

Or le propos de Benoît XVI était de souligner que :

La foi est un fruit de l'âme, non du corps. Donc si l'on veut amener quelqu'un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et penser correctement, non de la contrainte et de la menace.

Autrement dit que :

Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu.

Malgré tous ces préjugés de toutes parts contre lui, Benoît XVI a eu le courage de dire ce qu'il avait à dire et de faire ce qu'il avait à faire pendant son séjour en Terre Sainte. 

A la Mosquée Al-Hussein Bin-Tahal, il a reformulé le 9 mai, en termes actuels, ce qu'il avait dit à Ratisbonne (ici) :

Ne convient-il pas de reconnaître (...) que c'est souvent la manipulation idéologique de la religion, parfois à des fins politiques, qui est le véritable catalyseur des tensions et des divisions, et, parfois même, des violences dans la société ?

Et :

Quand la raison humaine accepte humblement d'être purifiée par la foi, elle est loin d'en être affaiblie; mais elle en est plutôt renforcée pour résister à la présomption et pour dépasser ses propres limitations.


Le prince Ghazi Bin Muhammed Bin Talal l'a accueilli en lui disant notamment (ici):

Les musulmans ont (...) particulièrement apprécié l’éclaircissement donné par le Vatican, selon lequel ce qui a été dit à Ratisbonne ne reflétait pas l’opinion de Votre Sainteté, mais était simplement une citation dans un discours académique.

Plus loin il lui a rendu cet hommage :

Je reçois en vous le pape Benoît XVI, vous dont le pontificat est caractérisé par le courage moral d'agir et de parler selon votre conscience, indépendamment des modes du moment, vous qui êtes aussi un maître théologien chrétien, auteur d'encycliques historiques sur les belles vertus cardinales de l'amour et de l'espérance, vous qui avez réintroduit la Messe traditionnelle en latin pour ceux qui le souhaitent et avez en même temps fait du dialogue interreligieux et intrareligieux la priorité de votre pontificat, pour répandre la bonne volonté et la compréhension entre toutes les populations de la terre.

Au mémorial de la Shoah, Yad Vashem [ Yad "mémorial", Vashem "nom"] Benoît XVI a dit le 11 mai  (ici) :

Il est possible de dérober à un voisin ce qu'il possède, son avenir ou sa liberté. Il est possible de tisser un réseau insidieux de mensonges pour convaincre les autres que certains groupes ne méritent pas d'être respectés. Néanmoins, quoique vous fassiez, il est impossible d'enlever son nom à un être humain.

Et :

En tant qu'Evêque de Rome et Successeur de l'Apôtre Pierre, je réaffirme l'engagement de l'Eglise à prier et à travailler sans cesse pour faire en sorte que cette haine ne règne plus jamais dans le coeur des hommes.
  

 
Invité du journal de 7 heures du 8 mai dernier sur La Première (ici), la station de la RSR, François Garaï, Rabbin de la Communauté Israélite Libérale de Genève (ici), déclarait à propos de la levée de l'excommunication de Mgr Williamson par Benoît XVI :

Je lui en ai voulu un moment parce que je ne comprenais pas. Ensuite il a bien dit et répété que la réintégration de Mgr Williamson, qui n'est pas Monseigneur d'ailleurs au regard de l'Eglise catholique romaine, ne pourra se faire que lorsqu'il aura accepté et dit publiquement que la Shoah a été une réalité. Donc on voit bien que Benoît XVI a en quelque sorte cet axe de la réunion des chrétiens et qu'en même temps il est quelquefois confronté à des prises d'opinion de certains de ses frères totalement déraisonnables.

Et à propos du dossier de Pie XII, dont le procès en béatification est en cours :

Il empoisonnera la relation entre les Juifs et les Catholiques tant que les archives n'auront pas été ouvertes. Tant qu'on ne saura pas exactement ce que Pie XII a fait ou n'a pas fait, ce dossier sera un dossier extrêmement épineux entre eux et nous.

Il n'est pas besoin d'attendre l'ouverture de ces archives pour connaître un certain nombre de choses  que Pie XII a faites comme le rappelle cette vidéo :   


 

 

 


Au Mur Occidental du Temple, le Mur des Lamentations, Benoît XVI a prié pour la paix (ici) :


Lors de ma visite à Jérusalem, la "Ville de la paix", Demeure spirituelle commune des juifs, des chrétiens et des musulmans, Je vous apporte les joies, les espoirs et les aspirations, Les épreuves, la souffrance et la douleur de votre peuple à travers le monde, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Entendez le cri des affligés, des apeurés, des dépouillés, Envoyez votre paix sur cette Terre sainte, sur le Moyen Orient, Sur votre famille entière, Remuez les cœurs  de tous ceux qui appellent en votre nom, Pour marcher humblement sur le sentier de la justice et de la compassion. "Dieu est bon avec ceux qui l'attendent, Avec l'âme qui le cherche" (Livre des lamentations 3:25)


Pour lui la paix ne pourra se faire que si tout le monde y met du sien : les Palestiniens doivent renoncer à la violence, les Israéliens accepter la création d'un Etat palestinien, tout le monde pouvoir accéder aux Lieux Saints que sont le Mur Occidental, le Dôme du Rocher et le Saint Sépulcre. Quant au mur qui sépare la Cisjordanie d'Israël il est de ceux qui devront bien être abattus tôt ou tard.

Evoquant les rencontres que Benoît XVI allait faire en Terre Sainte, François Garaï disait, encore sur La Première, le 8 mai dernier :

Quelquefois des petites graines sont semées par quelques paroles et quelques années plus tard on s'aperçoit qu'elles ont eu un effet beaucoup plus important qu'on ne le pense.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 22:35
Une huitaine de jours passés au Pays Basque, à Saint Jean-de-Luz (photo ci-contre), m'ont permis de me ressourcer, au sens plein du terme puisque je m'y suis rendu pour la première fois avec ma mère, en provenance de Belgique où je suis né, alors que j'avais à peine trois semaines d'existence...

Rédiger des articles dans un cyber-café n'est pas chose aisée, comme j'ai pu en faire l'expérience ... et j'ai donc bien dû me résoudre à respecter une trêve pascale de quelques jours.

Le jour de Pâques, j'ai assisté à la messe dans l'église Saint Jean-Baptiste, où Louis XIV et Marie-Thérèse d'Autriche, Infante d'Espagne, se sont mariés en 1660... L'église était pleine à craquer, remplie de locaux et de gens de passage, comme moi. Le Pays Basque n'est pas une terre de mission pour l'Eglise catholique...

Sur la feuille dominicale, datée du 12 avril 2009, de la paroisse Saint Pierre de l'Océan - itsasoko jondoni Petri - , à laquelle la célèbre église luzienne est rattachée, j'ai pu lire un message au Peuple de Dieu ( ici ), en date du Jeudi Saint, 9 avril 2009, signé par Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, et par les prêtres du diocèse. A mon retour ici à Lausanne, je ne résiste pas à la tentation de reproduire ce message, qui ne peut que réchauffer le coeur des catholiques fidèles :

Rassemblés pour la messe chrismale, en la Cathédrale Sainte-Marie de Bayonne, où nous avons renouvelé les promesses de notre ordination presbytérale, nous voulons adresser un message au peuple de Dieu, à l'occasion du Jeudi-Saint, jour anniversaire de l'institution de l'Eucharistie et du Sacerdoce.

Nous croyons à notre ministère, celui pour lequel nous avons été consacrés dans le sacerdoce et pour lequel nous avons donné toute notre vie. Loin de regretter le choix que nous avons fait, en répondant oui à l'appel du Seigneur, nous sommes tout à la joie de redire aujourd'hui notre disponibilité à l'Eglise et aux hommes. C'est en pleine liberté que nous avons choisi le célibat consacré, selon la discipline de l'Eglise latine, et dont le dernier Synode ordinaire des évêques a rappelé "la richesse inestimable", "comme signe exprimant le don de soi total et exclusif au Christ, à l'Eglise et au Règne de Dieu".

Les défections médiatisées, que nous n'avons pas à juger, ne doivent pas faire oublier la fidélité et la générosité de l'immense majorité des prêtres de nos diocèses de France.

Conscients de nos faiblesses, nous nous confions à la prière des fidèles qui nous entourent de leur amitié, de leur soutien et de leur engagement au service de nos communautés, et les assurons de notre entier dévouement.

Les humbles fidèles, et pécheurs, dont je suis, ne peuvent que prier pour de tels prêtres que le Seigneur nous fait la grâce de nous envoyer pour s'occuper de nos âmes. Ils ne peuvent également que les remercier pour leur dévouement sans faille.

Francis Richard
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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 19:40

Jean Ferré, le regretté fondateur - avec Serge de Beketch - de Radio Courtoisie  ( ici ) aimait à répéter  :

"Un texte sans contexte est un texte con".

Cette phrase m'est restée. Et, quand je cite quelqu'un, j'essaie toujours de situer la citation que je fais dans son contexte, autant que faire se peut. Cela me semble être une simple question d'honnêteté intellectuelle.

Dans l'avion qui l'emportait mardi 17 mars après-midi vers le Cameroun, le Pape Benoît XVI a fait une déclaration. Les journalistes, que seules les petites phrases intéressent et qui se soucient comme d'une guigne de la vérité, n'ont retenu des propos du Pape que deux phrases approximativement reproduites et, surtout, isolées de leur contexte :

"On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs" 

"Au contraire leur utilisation aggrave le problème

C'est ainsi que se comporte Philippe Dumartheray dans La Tribune de Genève ici, qui rapporte, entre autres, avec jouissance, ce commentaire assassin de Daniel Cohn-Bendit :

 

"C'est presque du meurtre prémédité. Il y en a assez avec ce pape !"

A l'heure d'Internet il est facile de se renseigner. Ce qu'a vraiment dit le Pape sur la distribution de préservatifs (l' image de l'objet ci-dessus est reprise du site ici de M6info.fr ) se trouve très facilement sur le site de l'agence de presse Zenit  (ici ) et a été publié avant que Philippe Dumartheray ne publie son propre article.

Pour des questions de droits de reproduction, il ne m'est pas possible de reproduire tout le texte. Je citerai cependant le passage essentiel, laissant à l'internaute le soin de se reporter, pour un contexte plus large, à la source indiquée :

"Si on n'y met pas l'âme, si on n'aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements  personnels, à être proches de ceux qui souffrent."

Dans son article Philippe Dumartheray laisse entendre - ce qui est criminel pour le coup - que le préservatif est la seule prévention possible contre le sida et que ne pas le mettre lors de relations sexuelles peut être mortel. Le Pape serait donc criminel d'encourager les Africains à ne pas utiliser de préservatif. Comme on vient de le lire, ce n'est pas ce qu'a dit le Pape.

Le Pape répète - ce que l'Eglise a toujours dit, et qu'elle dira toujours - que la sexualité ne peut pas être déconnectée de la spiritualité et de l'amour. Autrement dit que la seule et égoïste satisfaction sexuelle ne peut qu'engendrer des désordres et empêcher le plein épanouissement des hommes et des femmes. Ce n'est pas une nouveauté. C'est pourquoi l'Eglise a toujours prôné la fidélité et la monogamie, qui restent selon elle, en l'occurrence, la meilleure des préventions contre le sida.  

A ce propos le Christ n'y va pas avec le dos de la cuiller. Il n'est pas venu abolir la loi, il est venu l'accomplir (Matthieu 5, versets 27 et 28) - et comment ! - :

"Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne commettras point d'adultère. Mais moi je vous dis que quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a commis déjà l'adultère dans son coeur"

Plus loin Il en rajoute une couche (versets 31 et 32) :

"Il a été dit aussi : Quiconque renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Et moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme hors le cas d'adultère, la rend adultère: et quiconque épouse une femme renvoyée, commet un adultère"

Il faut reconnaître que ce n'est pas très XXIème siècle : en ce siècle il serait même recommandé de baiser tout ce qui bouge, à condition de mettre une protection...

Aux yeux de l'Eglise, le préservatif - qui n'est pas, loin de là, fiable à 100% - n'est donc pas la meilleure prévention contre le sida. Utilisé d'abord comme moyen de contraception, puis comme protection contre les maladies sexuellement transmissibles, dont le sida est la plus redoutable, il a le fâcheux inconvénient de faire croire à l'utilisateur qu'il peut échapper sans risques aux conséquences de son vagabondage sexuel. Cela peut l'encourager, à tort, à persévérer dans cette voie risquée.

Le Pape dit donc en substance - en termes moins directs bien sûr :

"Vous n'êtes pas obligés de céder à toutes vos pulsions sexuelles et à toutes leurs dérives. Si vous le faites, vous augmentez vos risques. Le préservatif peut toujours vous lâcher, être déficient. Tandis que si vous êtes fidèles l'un à l'autre, entre époux, le risque par contamination sexuelle du moins sera nul."

L'autre volet de la déclaration du Pape, qui a été occulté généreusement par les média, est l'aide à apporter aux Africains pour soigner les malades en grand nombre atteints par le sida et les accompagner spirituellement et humainement dans leurs souffrances. Compte tenu de la gravité de la situation, le Pape a d'ailleurs demandé aux entreprises pharmaceutiques la gratuité des thérapies.

Le père Lombardi, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, ( ici ) a rappelé opportunément le 18 mars que :

"25% des structures s'occupant des malades du sida sont catholiques. Il faudrait aussi mentionner toutes les structures s'occupant des enfants nés séropositifs et spécialement des orphelins du sida".

Cela n'intéresse évidemment pas Philippe Dumartheray et ses semblables...

Alors on peut ne pas être d'accord avec la morale prônée par l'Eglise, ou avoir du mal à la respecter - dans ce cas, pourquoi ne pas mettre un préservatif ? cependant, c'est sans garantie -, mais dire qu'elle est criminelle c'est de la désinformation pure. L'Eglise ne demande pas de ne pas utiliser de préservatifs, elle demande d'avoir un comportement sexuel conforme à son enseignement, ce qui permet de s'affranchir de cette protection à risques.

Francis Richard

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 00:45

La réponse est oui.

En effet la levée de l'excommunication des quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre et Mgr Castro Mayer continue à soulever un tollé dans les média et dans la frange des catholiques qui ne jurent que par Vatican II, comme s'il y avait une solution de continuité entre ce dernier concile oecuménique et tous les autres conciles qui l'ont précédé. 

Il est possible, comme le pape Benoît XVI le fait déjà, d'éclairer Vatican II à la lumière de la Tradition et de renoncer à ce que le pape Paul VI appelait "les fumées de Satan", c'est-à-dire aux déviances qui l'ont suivi et qui se sont traduites par la pénurie des vocations et la chute brutale de la pratique religieuse.

Selon une étude de l'IFOP, publiée par La Croix en juillet 2006, en France, par exemple, 81% des Français se disaient catholiques en 1952, ils n'étaient plus que 65% en 2006, et les "messalisants" (ceux qui vont à la messe tous les dimanches) étaient passés de 27% à 4,5% dans le même laps de temps. Beau résultat !

Les adeptes suisses du seul Concile Vatican II - que j'appellerai par commodité monoconciliaires - ont manifesté dimanche 8 mars à Lucerne à l'appel du mouvement "Auftreten statt austreten" ("se positionner plutôt que se retirer"). Ils étaient des centaines selon Le Matin ( ici ) , 1'500 selon 24 heures (
 ici ). Ce qui ne représente pas grand chose au regard des plus de 3'300'000 baptisés catholiques sur une population totale de 7'700'000 habitants, que compte la Suisse...

Le leitmotiv des manifestants était de s'opposer à la ligne actuelle de l'Eglise jugée conservatrice, étroite d'esprit, autoritaire, pas assez moderne, sans vouloir quitter l'Eglise pour autant. La goutte qui a fait déborder leur vase, qui ne devait pas être rempli d'eau bénite - c'est trop réac l'eau bénite -, a été la levée des excommunications et particulièrement celle de Mgr Williamson.

Le Matin
nous dit :

 

Les protestataires proposent au contraire une Eglise plus proche de ses membres et favorise une pratique contemporaine de la foi. Concrètement, ils revendiquent l'application pleine et entière des droits de l'homme au sein de l'institution, un système plus participatif, l'égalité des sexes, l'oecuménisme et le pluralisme des opinions ".

Cette église qu'ils appellent de leurs voeux existe déjà. C'est l'église de nos frères protestants. S'ils veulent rester catholiques, il faut qu'ils admettent le primat de Pierre, ce à quoi d'ailleurs rien ne les oblige. Le nonce du Vatican en Suisse, pour lequel la manifestation de Lucerne a été un motif de souffrance ( ici ), a rappelé avant-hier que :

" Le pape Benoît XVI, ainsi que ses prédécesseurs Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II sont - au sein de l'Eglise catholique - les garants de la vision correcte et fidèle du Concile Vatican II ".

Autrement dit : fini les divagations et les interprétations personnelles sujettes à caution !

La Conférence des Evêques suisses, par la voix de son président, Mgr Koch, s'est prononcée le 5 mars sur la levée des excommunications ( ici ). Sa position est celle de donneurs de leçons tous azimuts qu'il faut bien considérer avec une certaine admiration. D'un côté Mgr Koch a souligné que :

" la levée de l'excommunication ne signifie pas réhabilitation de plein droit, mais ouverture de la part de l'Eglise catholique à des personnes qui s'en sont séparées pour des raisons de doctrine ".

De l'autre Mgr Koch s'est déclaré fâché :

" par le fait que la manifestation prévue pour samedi à Lucerne contre la levée des excommunications passe pour une manifestation nationale, alors qu'il ne s'agit en fait que d'un événement alémanique ".

En somme un coup de crosse à droite, un coup de crosse à gauche. Et pour finir un coup de crosse asséné au pape lui-même :

" La levée de l'excommunication a été préparée avec trop peu de soin et il y a eu de grosses lacunes de la part de la Curie dans l'information aux évêques, aux fidèles et à l'opinion publique ".

Le commentaire de Vincent Pelligrini ( ici ) dans Le Nouvelliste du 5 mars sur ce communiqué vaut d'être cité :

 

" Le pape est tout seul. Du moins si l'on considère les épiscopats européens. Heureusement je peux confirmer qu'il reste nombre de fidèles et de prêtres qui sont plus indulgents avec lui que les évêques suisses en l'affaire décrite ci-dessus ".

Hier matin, sur La première, Mgr Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (photo ci-dessus, de Florian Cella, tirée ( ici ) de La Tribune de Genève  du 18 février dernier), a réagi au sujet de la levée des excommunications dans la même veine que Mgr Koch. Puis il a réagi au sujet de l'excommunication prononcée par son frère dans l'épiscopat, Mgr Sobrinho, évêque de Recife.

Cette sanction religieuse a été prise à l'encontre de la mère d'une enfant de 9 ans, que l'on a avorté, à 15 semaines, de deux jumeaux qu'elle portait à la suite d'un viol, excommunication prononcée également à l'encontre de l'équipe médicale qui a pratiqué cet avortement ( ici ).


Mgr Sobrinho avait souligné :


" La loi de Dieu est au-dessus de n'importe quelle loi humaine. Alors, quand une loi promulguée par des législateurs est contraire à la loi de Dieu, cette loi n'a aucune valeur ".

D'accord avec Mgr Farine, son auxiliaire, pour estimer que l'excommunication est une arme anachronique - sauf bien entendu à l'égard des évêques d'Ecône - Mgr Genoud a déclaré à propos de cette affaire brésilienne que la parole était d'argent, mais que le silence était d'or : 

" Il y a des fois où il faut se taire. C'est tout. Ne rien dire. Bien sûr cela reste grave des choses comme cela, mais il y a un moment où il y a la loi et où il y a l'application de la loi. C'est ce qu'on appelle l'épiquie  ".
 
Joli coup de crosse confraternel !

J'en conclus qu'il vaut mieux avorter que d'être sacré évêque. Car le silence n'a pas été d'or sur la levée des excommunications. Loin s'en faut. Il y en a même qui ont suggéré d'excommunier à nouveau les évêques ordonnés par Mgr Lefebvre s'ils se montraient trop récalcitrants à reconnaître Vatican II dans son intégralité : un nouvel intégrisme... en quelque sorte.

Francis Richard


L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 11:00
L'agence de presse Zenit a publié hier ( ici ) une lettre de Mgr Williamson (photo ci-contre tirée de 24 Heures ici ) dans laquelle il demande pardon et déclare notamment :

Le Saint-Père et mon supérieur, Mgr Bernard Fellay, m'ont demandé de reconsidérer les remarques que j'ai faites à la télévision suédoise il y a quatre mois, en raison de leurs si lourdes conséquences.


En examinant ces conséquences, je peux dire sincèrement que je regrette d'avoir fait ces remarques, et que si j'avais su à l'avance tout le mal et les blessures qu'elles allaient susciter, spécialement pour l'Eglise, mais aussi pour les survivants et les familles des victimes de l'injustice sous le Troisième Reich, je ne les aurais pas faites.

Dont acte.

Francis Richard

Articles précédents sur la levée des excommunications annoncée le 24 janvier 2009 par le pape Benoît XVI :

La levée des excommunications par Benoît XVI est de son seul ressort du 26 janvier 2009
Ces éminences catholiques suisses qui tirent dans le dos de Benoît XVI du 28 janvier 2009
La parole est au procureur Christian Terras,"expert" es Catholiques ! du 3 février 2009
Levée d'excommunication de Mgr Williamson : les à peu près de France 2 du 6 février 2009
Les poncifs anti-cléricaux de Charles Poncet dans "L'Hebdo" du 8 février 2009

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 00:20
Dans Télématin sur France 2, au cours du JT de 8 heures du 5 février 2009 (ici ), présenté par Nathanael de Rincquesen, un reportage est fait après la publication par la Secrétairerie d'Etat du Vatican d'un communiqué en date du 4 février 2009 au sujet entre autres de Richard Williamson. 

A 6 minutes du début de ce JT le commentaire suivant est fait : "Après deux semaines de tollé le Vatican a finalement réagi : il ne lèvera l'excommunication qui frappe Richard Williamson, l'évêque qui a tenu des propos négationnistes, qu'à une condition".

Suit une déclaration du porte-parole du Vatican, le Père Federico Lombardi : "Pour retrouver une fonction au sein de l'Eglise catholique il faut qu'il renie publiquement tout ce qu'il a déclaré au sujet de la Shoah".

Si cette dernière déclaration est conforme au communiqué du 4 février 2009 ( 
ici ) de la Secrétairerie d'Etat, le commentaire ne l'est pas. Voici le passage du communiqué du 4 février 2009 :

"Il Vescovo Williamson, per una ammissione a funzioni episcopali nella Chiesa dovrà anche prendere in modo assolutamente inequivocabile e pubblico le distanze dalle sue posizioni riguardanti la Shoah, non conosciute dal Santo Padre nel momento della remissione della scomunica."

"Pour être admis à exercer une fonction épiscopale dans l'Eglise, l'évêque Williamson devra d'abord prendre ses distances de manière absolument sans équivoque, et publiquement, avec ses déclarations regardant la Shoah, non connues du Saint Père au moment de la levée de son excommunication".

En effet le Saint Père ne reviendra pas sur la levée de l'excommunication de Richard Williamson, contrairement à ce que dit le commentaire, mais Richard Williamson ne pourra exercer de fonction épiscopale que s'il prend ses distances avec ses positions relatives à la Shoah. Nuance !

Un peu après le reportage évoque les dites déclarations de Mgr Williamson effectuées à la télévision suédoise. Le commentaire de France 2 fait alors est le suivant : "Trois jours après, le 24 janvier, Benoît XVI lève pourtant l'excommunication qui frappe Richard Williamson et trois autres évêques. Selon le Vatican, à cette date, le Pape n'était pas au courant des positions négationnistes du prélat".

Ce commentaire est lui aussi en contradiction avec le communiqué de la Secrétairerie d'Etat. En effet que dit ce communiqué ? Que le Saint Père n'était pas au courant au moment de la levée des excommunications. Quand celle-ci a-t-elle eu lieu ? Le 21 janvier, c'est-à-dire le même jour que sont diffusées les déclarations scandaleuses de Mgr Williamson. Le commentaire fait croire faussement que le Saint Père ne connaissait pas ces déclarations trois jours plus tard, parce qu'effectivement le décret de levée des excommunications ne sera connu que le 24 janvier.

Ce petit exemple montre de quels à peu près se satisfont des journalistes professionnels qui prétendent nous informer, et qui appartiennent de surcroît au service public.

Francis Richard

L'internaute peut se reporter à mes articles précédents sur la levée des excommunications des quatre évêques ordonnés en 1988 par Mgr Lefebvre et Mgr Castro Mayer :

La levée des excommunications par Benoît XVI est de son seul ressort - 26 janvier 2009
Ces éminences catholiques suisses qui tirent dans le dos de Benoît XVI - 28 janvier 2009
La parole est au procureur Christian Terras,"expert" es Catholiques ! - 3 février 2009

Je rappelle également que les catholiques fidèles devraient avoir à coeur de signer ( ici ) la lettre de soutien au pape que j'ai reproduite ( ici ).
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 23:15

Pascal Décaillet sur son blog ( ici ) a poussé un cri le 1er février dernier : "Terras, semper Terras". Cri de lassitude auquel le mien ne peut que se joindre.

Pascal Décaillet proclame d'abord, à juste titre : "Catholique, attaché à mon Eglise et à son unité, c’est avec nausée que j’accueille les propos de M. Williamson sur les chambres à gaz, je l’ai écrit, je le répète. L’antisémitisme est quelque chose d’insupportable, il n’y a rien d’autre à dire". Je suis en parfaite communion là encore avec lui (voir mon article Ces éminences catholiques suisses qui tirent dans le dos de Benoît XVI ).

Sur le sujet de l'Eglise catholique il a toutefois autre chose à dire  : "Cela posé, juste un mot sur la désespérance de certains carnets d’adresses. On leur dit Rome, ils pointent Terras. On leur dit Pape, ils ciblent Terras. Automatisme des Temps modernes, le génie de Charlot en moins. Terras, ou alors Hans Küng, toujours les mêmes, semper eadem !".

Christian Terras, rédacteur en chef de la revue Golias, est l'invité inévitable des medias, qui en font un représentant éminent, et souvent unique, de l'Eglise catholique. Aussi lui demandent-ils, sorte de réflexe pavlovien, d'émettre un  avis sur tout sujet relatif à l'Eglise catholique. Terras aurait bien évidememment tort de refuser d'entrer en telle matière, qui est pour lui pain béni.

Il suffit de lire Golias( ici ), dont Christian Terras est le rédacteur en chef, pour se rendre compte que, malgré tout le tapage qu'on lui permet de faire, il ne représente qu'une petite frange extrêmiste, et infime, du catholicisme français, attachée au seul concile Vatican II - qu'elle interprète à sa façon - en récusant tout ce qui le précède, et en s'autoproclamant ouverte et progressiste.

Dernier en date Le Matin.ch du 31 janvier ouvre ses colonnes à Christian Terras pour un entretien instructif ( ici ), où il se fait professeur de sémantique. Au cours de l'entretien le journaliste cherche à lui faire dire que Benoît XVI est "au fond un intégriste honteux qui soutient la Fraternité". Christian Terras n'ose tout de même pas aller aussi loin : "Non je ne crois pas que l'on puisse réduire Benoît XVI à un intégriste de la Fraternité. Il est beaucoup plus raffiné que ces gens-là".

Le journaliste insiste :
"Ce n'est pas un intégriste honteux, mais un intégriste assumé alors ...

Un traditionaliste plutôt.

Quelle est la différence ?

Les intégristes, ou plutôt réintégristes vu la situation actuelle, ne reconnaissent pas le pape en place. Ils interprètent la tradition catholique en ne choisissant qu'une partie des conciles et ils ont une vision théocratique de la société.

Les intégristes de la fraternité préfèrent d'ailleurs dire qu'ils sont traditionalistes...

C'est vrai, intégriste est pour eux une insulte. Mais ils ne sont pas traditionalistes. Les traditionalistes sont ceux qui ont refusé de suivre Mgr Lefebvre dans le schisme même s'ils partageaient ses points de vue".

 

Ce dialogue appelle au moins les commentaires suivants :

 

- Christian Terras affirme que les catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre "ne reconnaissent pas le pape en place" : l'internaute verra qu'il n'en est rien s'il prend connaissance de la lettre du Supérieur de la Fraternité Saint Pie X (voir mon article La levée des excommunications par Benoît XVI est de son seul ressort ). En revanche on peut se demander ce que signifie pour Terras le mot de reconnaissance du pape, lui qui se fait un devoir de désobéir autant que faire se peut à Benoît XVI...

- Christian Terras affirme que les mêmes catholiques "interprètent la tradition catholique en ne choisissant qu'une partie des conciles" : or, sur les 24 conciles généraux de l'Eglise catholique, ceux-ci n'émettent de sérieuses réserves que sur le dernier, exactement la position inverse de Christian Terras et consorts...

- Les catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre se disent traditionalistes. Christian Terras n'en a cure. C'est lui le professeur de sémantique : ils sont intégristes, et même réintégristes. Point barre ! Que cela leur plaise ou non !

Cet exemple récent montre la complaisance - et la connivence - des medias avec ce courant ultra-minoritaire qui est à l'origine du cri libératoire, et latin, de Pascal Décaillet, évoqué plus haut.

En désespoir de cause Pascal Décaillet a cette conclusion magnifique, et poétique, que je vous laisse méditer : "Quand la curiosité se dissout dans la géométrie descriptive, il nous restera toujours, pour réinventer le monde, la mer de Valéry. Toujours recommencée."

Francis Richard


En ces circonstances, les catholiques fidèles auront à coeur de signer ( ici ) la lettre suivante de soutien au pape :

L’appel de simples fidèles catholiques

 

            Cette lettre réunit des fidèles catholiques, toutes tendances confondues, qui souhaitent soutenir le pape dans son geste courageux. Les animateurs de ce site vous assurent de l’entière confidentialité qui sera garantie aux noms des signataires dont la liste sera uniquement remise au Saint-Siège. 


Le 21 janvier 2009, vous avez décidé, Très Saint Père, de retirer* l’excommunication qui pesait sur les évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Par ce geste courageux, vous avez agi en pasteur du troupeau confié par Dieu.

 

            Hommes et femmes investis dans la vie de notre cité, pères et mères de familles ou célibataires, après des temps houleux où « la barque semblait prendre l'eau de toutes parts », nous souhaitons bâtir avec vous l’Église de demain sur sa Tradition. Ce dessein passe nécessairement par la transmission de la foi aux générations futures, par l’amour de la liturgie catholique et par la défense de la vie humaine.

 

               Par cette lettre, nous souhaitons avant tout vous exprimer notre vive gratitude. Si ce geste historique peut vous attirer le désaveu de certains médias hostiles recourant aux amalgames, il suscite en nous une joie immense et nous remplit d’espérance. Nous avons prié à vos intentions, à la suite de la demande que vous formuliez au seuil de votre pontificat : « Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups » (1).

 

            Nous voulons en apposant notre signature à cette lettre faire part de notre âge et du nombre de nos enfants pour vous dire qu’avec vous, nous voulons construire pour les générations qui nous suivront une Chrétienté qui sera, nous l’espérons de tout cœur, décomplexée et proclamera à toute la face du Monde le Credo.

 

            C’est dans un esprit de respect filial que nous vous apportons notre soutien et nos prières quotidiennes pour la poursuite de votre pontificat afin que l’Église de Dieu en sorte grandie.

 

 

(1) Benoît XVI, 24 avril 2005

 

 

« Rien n'enhardit autant l’audace des méchants que la faiblesse des bons »

 

Léon XIII, encyclique Sapientæ Christianæ, 10 janvier 1890

 

 

Le GREC, Groupe de Réflexion entre catholiques encourage vivement la démarche de ces catholiques qui souhaitent apporter leur soutien au pape Benoit XVI.
Il invite tous les catholiques de bonne volonté à s'unir à cette démarche informelle.

Qu'est-ce que le GREC ?

Marie-Alix Doutrebente,
P/O le Comité d'organisation du GREC

 

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* Simples fidèles, nous ne souhaitons pas nous immiscer dans des débats poussés sur des formules précises qui auront été disputées entre journalistes, clercs ou canonistes. Retirer l’excommunication, ce n’est ni lever l’excommunication, ni retirer le décret. Nous espérons que tous ceux qui sont animés par le seul dessein d’apporter leur soutien au pape, en conformité avec l’esprit qui l’a guidé le 21 janvier 2009 sauront dépasser des questions qui divisent plutôt qu’elles unissent.

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 22:00
Croyez-vous aux coïncidences? Moi pas.

Ainsi l'entretien de Mgr Williamson sur les chambres à gaz et l'antisémitisme a été enregistré il y a plusieurs semaines, le 1er novembre 2008, pour être exact. Pourtant la télévision suédoise ne l'a diffusé que le 21 janvier dernier, en pleine semaine de l'unité des chrétiens, le jour même où était signé le décret levant les excommunications prononcées le 1er juillet 1988 contre les quatre évêques ordonnés à Ecône le 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre. Si c'est une coïncidence - thèse du producteur suédois de l'entretien -elle est pour le moins troublante.

Comme sont troublantes, lors de cet entretien, les dernières phrases de Mgr Williamson : "L'Allemagne a payé des milliards et des milliards de DM et aujourd'hui d'euros parce que les Allemands ont un complexe de culpabilité sous prétexte qu'ils auraient gazé 6 millions de Juifs. Mais je ne crois pas que 6 milllions de Juifs ont été gazés. Mais, je vous en conjure, ce que je vous dis est contraire à la loi en Allemagne. S'il y avait un Allemand à proximité vous pourriez me faire mettre en prison avant que je ne quitte l'Allemagne. J'espère que telle n'est pas votre intention [c'est moi qui souligne]" ... Des rumeurs circulent maintenant selon lesquelles une enquête serait ouverte par la justice allemande sur Mgr Williamson... qui pourrait se retrouver sur le banc d'infamie. D'une pierre deux coups...

Tout  cela ressemble fort à une manipulation : il s'agit de faire échouer toute réconciliation avec les  catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre, puis qui ont suivi les évêques qu'il a ordonnés. Au nom de Vatican II on proclame le dialogue interreligieux, et on le pratique avec tout le monde, mais on en exclut ceux qui ont une sensibilité catholique traditionnelle : un comble ! Que ces attaques proviennent de nos frères séparés, ou de nos frères aînés, passe encore, même si c'est désolant. Mais qu'elles proviennent de soi-disants catholiques c'est tout simplement choquant. Cela montre en tout cas que le Diviseur livre un combat d'arrière-garde: il n'est jamais autant déchaîné que quand il est sur le point d'échouer.

Sa Sainteté le Pape Benoît XVI ne pouvait pas ne pas être au courant de cette diffusion des propos scandaleux de Mgr Williamson par la télévision suédoise quand il a décidé de promulguer, le 24 janvier, le décret, signé le 21, de levée des excommunications. Il a courageusement passé outre. Pourquoi ? Parce qu'au-delà de la personne douteuse de Mgr Williamson il y a trois autres évêques et des centaines de milliers de catholiques (24 Heures parle de 600'000 fidèles en marge de son article sur le "mécontentement" des Allemands à la suite de cette levée de sanctions ici ). Autant d'âmes qu'il convient de ramener au bercail.

Benoît XVI ne s'est donc pas fait avoir
comme l'insinue fielleusement le Père Albert Longchamp, Provincial des Jésuites de Suisse, dans un entretien accordé à Swissinfo. Benoît XVI a promulgué le décret de levée parce que Mgr Fellay, en son nom et au nom des trois autres évêques sanctionnés, avait fait un premier pas (voir mon article La levée des excommunications par Benoît XVI est de son seul ressort ) et qu'il se devait d'en faire un lui aussi, à son tour, quitte à braver une tempête qui serait, à n'en pas douter, savamment orchestrée par les média. Il l'a fait d'autant plus tranquillement qu'il n'a rien à se reprocher au sujet de la Shoah, s'étant rendu à Auschwitz le 28 mai 2006 pour y prononcer un discours éloquent. Ce mercredi il l'a d'ailleurs répété haut et clair : "La Shoah doit être pour tous un avertissement contre l'oubli, la négation et le réductionnisme".

En disant que le Pape s'est fait avoir, le Père Albert Longchamp cherche à le ridiculiser et ... à lui enlever tout mérite. Car il faut du courage aujourd'hui pour affronter des média unanimes, et prompts, à pratiquer l'amalgame et à parler de réhabilitation d'un négationniste, dans le but évident de salir l'Eglise, alors qu'il s'agit de tout autre chose. Le Père Albert Longchamp est complice de cet amalgame nauséabond. Il dit en effet  le 27 à Swissinfo ( ici ) : "Je ne suis pas sûr que Benoit XVI va réagir à ces propos négationnistes, étant donné que l'un de ses prédécesseurs, Pie XII, a eu une attitude critiquable envers les Juifs avant et durant la Deuxième Guerre mondiale. Les rapports entre l'Eglise catholique et les Juifs restent en effet très délicats." Pas de chance Benoît XVI a réagi le lendemain !

Pour ceux qui l'ignorent, comme le savant Père Longchamp, on sait aujourd'hui que Pie XII n'a pas eu cette "attitude critiquable envers les Juifs", dont le Provincial se fait le sinistre écho désinformateur. Il suffit pour s'en convaincre de lire les six forts volumes écrits par le rapporteur du procès en béatification, le RP Peter Gumpel, et le considérable travail d'historien du RP Pierre Blet. Sait-il ce Jésuite, à la langue contournée, ce que Golda Meir déclarait à propos de Pie XII en 1958 ? Elle déclarait : "Pendant la décennie de la terreur nazie (...), la voix du pape s'est élevée pour condamner les persécuteurs". 

En outre dans un article publié le 25 janvier 2007 dans la "National Review", l'ancien directeur des services secrets extérieurs roumains, passé à l'Ouest en 1978, le général Ion Mihai Pacepa, montre que nous devons la légende noire de Pie XII à une vaste opération de dénigrement montée par le général Aleksandr Sakharovsky, grand patron du premier directorat du KGB, dont le morceau de bravoure sera une pièce de théâtre, attribuée à l'Allemand Roch Hochhuth, intitulée Le Vicaire, réécrite par le camarade Erwin Piscator, accompagnée de documents subtilisés au Vatican par les Roumains et falsifiés pour les besoins de cette cause sordide.

Enfin, signalons l'attitude courageuse, mais pas téméraire des évêques suisses. Le 24 janvier le premier réflexe de Mgr Koch, le président de la Conférence, est le bon. Dans un communiqué il écrit ( ici ): "Avec la levée de l'excommunication des quatre évêques, le pape offre une main tendue pour la réconciliation. Le décret de la Congrégation des évêques sur la levée de l'excommunication, signé par le cardinal Giovanni Battista Re, souligne que d'autres pas sont encore nécessaires jusqu'au rétablissement de la pleine unité entre la totalité de la Fraternité Saint Pie X et l'Eglise catholique." Ce qui est une évidence.

Le second réflexe l'est moins. Mais il faut dire qu'entre-temps la tempête médiatique s'est amplifiée. Après avoir aimablement rappelé que les quatre évêques font toujours l'objet d'une suspens a divinis, le 27 janvier Mgr Koch se fait beaucoup moins amène ( ici ), il se fait même exigeant : "Nous, évêques suisses, attendons qu’au cours des discussions préalables au rétablissement de la communion et à la levée des suspensions, les quatre évêques de la fraternité déclarent de manière crédible qu’ils acceptent le Concile Vatican II et en particulier la déclaration « Nostra Aetate » et qu’ils adoptent une attitude positive envers le judaïsme."

Comme disait ce mécréant de Voltaire : "Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !" 

Francis Richard

Voici la version sous-titrée en français des propos de Mgr Williamson enregistrés le 1er novembre 2008, diffusés sur la télévision publique suédoise le 21 janvier 2009 :




Pour que l'internaute ait en mains une pièce importante du dossier, voici le communiqué de Mgr Fellay, Supérieur de la Fraternité Saint-Pie X :

Nous avons eu connaissance d’une interview accordée par Monseigneur Richard Williamson, membre de notre Fraternité Saint Pie X, à la télévision suédoise. Dans cette interview, celui-ci s’exprime sur des questions historiques, en particulier sur la question du génocide juif par les national-socialistes.

Il est évident qu’un évêque catholique ne peut parler avec une autorité ecclésiastique que sur des questions concernant la foi et la morale. Notre Fraternité ne revendique aucune autorité sur les autres questions. Sa mission est la propagation et la restauration de la doctrine catholique authentique, exposée dans les dogmes de la foi.
C’est pour ce motif que nous sommes connus, acceptés et estimés dans le monde entier.

C’est avec une grande peine que nous constatons combien la transgression de ce mandat peut porter tort à notre mission. Les affirmations de Mgr Williamson ne reflètent en aucun cas la position de notre société. C’est pourquoi je lui ai interdit, jusqu’à nouvel ordre, toute prise de position publique sur des questions politiques ou historiques.

Nous demandons pardon au Souverain Pontife, et à tous les hommes de bonne volonté, pour les conséquences dramatiques d’un tel acte. Bien que nous reconnaissions l’inopportunité de ces propos, nous ne pouvons que constater avec tristesse qu'ils atteignent directement notre Fraternité, dans le but de discréditer sa mission.

Cela nous ne pouvons l’admettre et nous déclarons que nous continuerons de prêcher la doctrine catholique et de dispenser les sacrements de la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Menzingen, le 27 janvier 2009
+ Bernard Fellay
Supérieur Général
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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