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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 10:25

augustinComme je suis un nomade, qui vit sur deux pays, qui réside successivement à trois endroits différents, qui a de multiples activités, je n’ai pas toujours la possibilité, bien que de sensibilité traditionnelle, d’assister le dimanche à une messe selon la forme extraordinaire [voir mon article La messe tridentine est extraordinaire ].

C’est toutefois une chance, peut-être est-ce même providentiel, que d’assister aux deux formes du rite romain, l’ordinaire et l’extraordinaire. Cela permet de côtoyer deux communautés qui parfois, pas toujours, heureusement, s’ignorent et ne se comprennent donc pas. Cela permet de les connaître et de les comprendre, l'une et l'autre.

Que les deux rites cohabitent sous le toit d’une même église contribue, me semble-t-il, à cette paix liturgique entre catholiques voulue par le Saint Père. C’est bien pourquoi je soutiens, modestement, à ma mesure,  le maintien, en sa qualité de curé, de l’abbé Francis Michel dans sa paroisse de Thiberville, parce qu’il a su y établir cette paix, que d’aucuns menacent par leur sectarisme de « bourreau-crates » [voir mes articles L'abbé Francis Michel, curé de Thiberville, et qui entend le rester  et Affaire abbé Francis Michel: le script du 3 janvier à Thiberville ].

Je me suis trouvé plusieurs fois ces derniers temps dans la possibilité d’assister à la messe selon la forme extraordinaire à Lausanne, à la Chapelle Saint Augustin ici [l'image de saint Augustin provient d'ici]. Dans un bulletin de cette paroisse, paru il y a un peu plus d’un mois, est reproduit un magnifique texte de Bossuet où sont exprimés toute la mesure et tout l’équilibre du Grand Siècle, qui devraient conduire à la paix de l’âme.

Bossuet, en effet, dans ce texte, classique au sens profond du terme, renvoie dos à dos les positions extrêmes, l’inhumaine complaisance qui rend le vice aimable et l’injuste rigueur qui rend la vertu odieuse. C’est à cet équilibre difficile à atteindre qu’il me semble devoir tendre si l’on veut rechercher Dieu et parvenir à la paix de l’âme. Il ne faut ni être trop complaisant envers soi-même, ni trop dur ; ne se donner ni trop bonne ni trop mauvaise conscience ; trouver le juste milieu, avec l'aide de Dieu.

Dans l’Ordo liturgique du rite romain selon la forme extraordinaire, l’évangile de la Sexagésime est celui où saint Luc rapporte la parabole du semeur. Le Christ donne le sens de cette parabole. Il distingue ceux qui écoutent et mettent en pratique, ceux qui se contentent d’écouter sans mettre en pratique et ceux qui n’écoutent même pas.

Sur ce thème, ce jour-là, l’officiant a naturellement fait son homélie. Nous sommes tour à tour dans l’une ou l’autre de ces trois catégories. Alors que l’animal ne fait le mal que lorsqu’il se sent menacé ou qu’il a faim, l’homme peut aussi faire le mal gratuitement.  Il peut le faire parce qu’il a choisi de le faire. Car l’homme n’a été créé ni bon ni mauvais mais libre, en toutes circonstances. Bien sûr il lui faut choisir le bien de préférence au mal. Mais le bien n’est pas toujours si facile à déterminer et nous ne sommes pas constants dans nos attitudes.

Sur la liberté en toutes circonstances, le prêtre nous donne l’exemple de cette femme qui a survécu à un camp de concentration. Chaque matin elle se levait un quart d’heure plus tôt que ses compagnes d’infortune. Elle profitait de ce quart d’heure pris sur son court sommeil pour nettoyer ses chaussures. Elle savait pertinemment que celles-ci seraient rapidement souillées par le travail des champs, mais c’était pour elle une façon de préserver, ne serait-ce qu’un moment, sa dignité. Il est probable que cet acte libre, accompli chaque matin, pour elle-même, lui ait sauvé la vie.

Aujourd’hui l’officiant, en ce troisième dimanche de Carême, a de nouveau parlé du mal et de la liberté. Dans les livres d’histoire de son enfance et de sa jeunesse - nous devons peu ou prou être de la même génération - il était surtout question de conflits. Peu de place était laissée aux événements heureux. Il en est de même aujourd’hui dans les médias.

En 1968 le slogan était : « Il est interdit d’interdire ». Les choses ont bien changé, elles ont même changé du tout au tout. Le monde actuel est rempli d’interdits. L’interdiction de fumer [voir mon article "Pour une loi libérale sur l'interdiction de fumer" est une bonne initiative ] n’est qu’une interdiction parmi de multiples interdictions, toujours plus extrêmes. Il devient ainsi de plus en plus difficile de voyager d’un pays l’autre. Avec les interdits notre monde croit pouvoir contenir le mal et le faire disparaître. En réalité les interdits ne résolvent rien et engendrent d’autres conflits.

L’origine du mal est Dieu. Comprenons bien ce que cela veut dire. Dieu nous aime sans mesure, mais il nous laisse libre de l’aimer en retour. Que signifierait un amour obligatoire ? « Tu dois m’aimer » serait le contraire de l’amour. En nous accordant notre liberté de l’aimer ou non, Dieu nous a donné aussi la liberté de faire le mal.

Comment combattre le mal ? Ce n’est pas en multipliant les interdits que nous y parviendrons. Dans l’évangile du jour, le Christ chasse le « démon qui rendait muet celui qui en était possédé » [Luc, 11, 14]. Il n’y a que Dieu qui puisse chasser le mal, comme il a chassé le démon du muet de l'évangile. A chaque fois qu’une église est désaffectée, à chaque fois qu’un séminaire ferme, à chaque fois que Dieu disparaît de notre monde, le mal s’installe et fait des ravages.

Cette réflexion de l'officiant me fait penser à cette citation de Chesterton que feu le père Roger Morandi, longtemps vicaire de Notre Dame des Armées à Versailles, faisait souvent :

« Chassez le surnaturel, le naturel s’en va avec lui ».

En fait, la solution pour combattre le mal est de faire la plus grande place à Dieu dans notre vie. En toute liberté, celle de ses enfants.

« Conduisez-vous donc en fils de lumière ; tout ce qui vient de la Lumière est bonté, justice et vérité »

dit saint Paul dans l’épitre du jour [Paul, Ephésiens, 5,9]

Francis Richard

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596e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi
         

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 22:50
BHL pics 180Bernard-Henri Lévy n'a pas sa langue dans sa poche. Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche ici [d'où la photo ci-contre provient] il rend justice à Benoît XVI et à Pie XII en ces termes :

"Benoît XVI, je tente de le lire avec attention. Et, sur les relations judéo-chrétiennes, les procès d’intention systématiques qui lui sont faits sont juste incompréhensibles: outre qu’il met le débat à un niveau intellectuel élevé, il se situe dans la continuité totale de son prédécesseur, Jean-Paul II ! Quant à Pie XII, je demande simplement qu’on s’en tienne aux faits. Le fait est que, contrairement à ce que répètent en boucle les crétins, la plupart des archives sont ouvertes et consultables. Le fait est que, dans le silence assourdissant du monde entier sur la Shoah, il a été plutôt le moins silencieux de tous. Le fait est qu’il a, sans avions ni canons, plus dit et plus fait que Churchill, Roosevelt et de Gaulle réunis. Bien sûr qu’il aurait pu dire et faire davantage. Tout le monde peut toujours dire et faire davantage. Mais le présenter comme le "pape d’Hitler", broder inlassablement sur ce fameux "silence de Pie XII" est absurde et assez dégueulasse."

BHL ne fait que confirmer ce que j'écris sur ce blog à propos des deux papes et de leurs relations avec nos frères aînés, selon l'expression lumineuse de Jean-Paul II.

Francis Richard

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570e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

 goldi et hamdani

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 18:50
Abbé MichelLe site de soutien à l'abbé Francis Michel ici [la photo ci-contre en provient], curé de Thiberville, paroisse dissoute par Mgr Nourrichard, évêque d'Evreux - dissoute sur le papier, puisque l'abbé Michel reste en place jusqu'à la décision de Rome sur cette dissolution - a publié dimanche dernier le script ici de ce qui s'est passé dans l'église de Thiberville le 3 janvier 2010, il y a aujourd'hui un mois, jour pour jour.

Ce script est une pièce importante à verser au dossier que j'ai tenté de résumer au mieux le 18 janvier dernier sur ce blog [voir mon article L'abbé Francis Michel, curé de Thiberville, et qui entend le rester ].

En effet ce script, comme le dit le mot d'introduction du site de soutien, permet de percevoir "mieux certaines choses", comme l'internaute pourra en juger par lui-même.

Le motif officiel invoqué pour dissoudre cette paroisse florissante est "un réaménagement pastoral". Mais ce n'est qu'un prétexte, puisque ce réaménagement commence, tout à fait par hasard, par la paroisse de Thiberville...

Il n'y a rien à reprocher à l'abbé Francis Michel sinon d'avoir "une sensibilité traditionnelle" et de se conformer à la volonté de Sa Sainteté le pape Benoît XVI, c'est-à-dire : 

- de situer le Concile Vatican II dans la continuité de la tradition millénaire de l'Eglise
- de donner sa place au rite extraordinaire de l'Eglise à côté de son rite ordinaire
- de célébrer la messe tourné vers le Seigneur, en communion d'élévation vers Dieu avec les fidèles
- de se préoccuper et de s'occuper avant tout des âmes qui lui sont confiées à l'instar du Saint Curé d'Ars à qui il a été laissé 40 ans pour ce faire
- d'être soutenu en retour par les laïcs de sa paroisse, qui assument ainsi pleinement leur promotion voulue par le Concile Vatican II.

Autant de choses propres à susciter la jalousie de confrères qui ont bien du mal, dans leurs églises désertes, à faire venir les fidèles, sinon à les retenir, et qui se réjouissent, en toute charité chrétienne, des avanies infligées par leur évêque incompétent à l'abbé Michel.

Francis Richard

Le script du 3 janvier à Thiberville

Mgr Nourrichard : Au nom du père et du fils et du Saint-Esprit. « Je ne veux que la paix. Ils veulent la guerre ». C'est une phrase tirée de la Bible, du psaume 119 au verset 7. Je vous laisse les uns et les autres l'apprécier. Je suis donc venu pour cette fête de la Toussaint.... (cris de l'assemblée) cette fête de l'Epiphanie. Que vous ridiculisiez malheureusement montre dans quel état d'esprit vous êtes.

Un laïc :
S'il vous plait, laissons parler Monseigneur, après nous aurons tout le loisir, moi le premier, de dire ce que nous avons sur le cœur, mais je vous en prie, à défaut de sa personne, respectez sa fonction.

Mgr Nourrichard :
Je suis venu donc avec le père Jean-Pierre Decraene, le père Jean Vivien pour présenter votre nouvelle situation. Après avoir entendu l'avis du conseil diocésain des paroisses, après avoir recueilli l'avis des conseils presbytérals, j'ai décidé avec le conseil épiscopal de poursuivre l'application du réaménagement pastoral prévu dans le cadre du projet « Paroisses 2000 ». Le groupement interparoissial de Thiberville n'existe plus et fait place à une communauté locale de la paroisse Notre-Dame de la Charantonne. J'ai décidé d'en confier la responsabilité au père Jean Vivien, ce dernier est aussi membre du conseil épiscopal ainsi qu'au plan national de l'église de France, membre avec moi-même du conseil des associations de fidèles laïcs. Aujourd'hui, c'est une étape importante mais non définitive car il y aura peut-être à revoir telle ou telle modification territoriale pour certaines communes. Ce qui est constaté ici l'est également dans telle ou telle autre nouvelle paroisse. Nous prendrons soin d'apporter les modifications qui s'imposent. L'abbé Francis Michel n'est donc plus curé, (hurlements) la paroisse n'existant plus (inaudible). Il faut savoir que tous les ...(inaudible)  

(les fidèles commencent à sortir de l'église)

Intervention d'un laïc pour calmer l'assemblée.

Mgr Nourrichard : Je tiens à vous dire que ce n'est pas du tout pour une question de sensibilité liturgique, que ce n'est pas non plus, contrairement à ce que vous manifestez, une animosité entre l'abbé et moi-même.

Un laïc : Mes frères, s'il vous plait, je vais prendre la parole. Restez à vos places et taisez-vous. Je voulais simplement dire à Monseigneur qui est notre évêque, qu'il exerce pour nous des fonctions sacrées à nos yeux de catholiques fervents mais justement mes frères ne croyez pas que j'approuve la mesure qui vient d'être prise et si vous me le permettez, je vais expliquer pourquoi. Mais pour cela il faut que vous puissiez vous taire car les hurlement ne servent à rien sinon à donner raison à ceux qui prennent cette décision. Je trouve que véritablement nous assistons à une langue de buis, c'est ce que l'on utilise pour les ecclésiastiques pour la langue de bois, parce qu'on nous parle de réorganisation à l'intérieur du diocèse. C'est très gentil, seulement cela ne touche pour l'instant que Thiberville. Je pense que, pour accroître un peu la crédibilité du propos, Monseigneur aurait dû faire référence à ce projet gouvernemental de réorganisation des collectivités territoriales. A ce moment-là cela aurait eu un petit peu plus de poids. Simplement ce que je veux dire c'est qu'on nous donne des arguments qui ne tiennent pas. Je suis un simple laïc, je suis un simple fidèle, et je m'autorise précisément du Concile Vatican II qui a parlé de promotion du laïcat et qui a redécouvert la notion de peuple de Dieu. Par conséquent, le peuple de Dieu aussi doit faire entendre sa parole. C'est ce que nous voulons et vraiment, je suis un catholique fervent, je crois que beaucoup ici me connaissent, je fais la lecture le dimanche à la grand'messe de 10h, je suis scandalisé parce que les arguments qui nous sont donnés ne sont pas les vrais arguments, le vrai argument c'est que le père Michel, que je connais bien, qui est un prêtre admirable qui fait très bien son travail à la satisfaction de tous, il a simplement un gros défaut, c'est qu'il est de sensibilité traditionnelle, et ça c'est le péché. Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, glorieusement régnant, a répété à de nombreuses reprises qu'il convenait, en ce qui concerne ce Concile Vatican II, qui est bon intrinsèquement, de le considérer dans l'herméneutique de la continuité c'est-à-dire de toute la tradition millénaire de l'Eglise et non comme l'an I d'une nouvelle Eglise. Ici dans cette paroisse on obéit tout à fait aux prescriptions conciliaires voulues par le Saint-Père. Le dimanche matin à 10h, la grand'messe est célébrée selon le rite ordinaire de l'Eglise et c'est très bien. A 17h, grâce au Motu Proprio, généreusement accordé à tous les prêtres du monde entier par le Souverain Pontife, il est célébré une messe de Saint Pie V, encore dite du Bienheureux Jean XXIII. Par conséquent il n'y a rien à reprocher à l'abbé Michel, si ce n'est, et cela Monseigneur nous sommes devant le Tabernacle, tout le monde sera responsable un jour devant Dieu, il y a de la haine dans ce diocèse de la part de deux de nos vicaires qui poursuivent l'abbé Michel... (inaudible) ... et c'est ça le noeud du problème. Il n'y a pas de réorganisation du diocèse, ça c'est une blague, ce sont des fariboles, et c'est scandaleux de dire ça devant le Tabernacle. (Applaudissements)

l'Abbé Francis Michel : Comme je suis le principal intéressé, parce que pour l'instant nous avons entendu l'évêque (inaudible) qui va partir de Thiberville, nous avons entendu la voix d'un laïc et je m'en réjouit car Dieu sait qu'effectivement dans l'Eglise conciliaire on ne se prive pas de dire « les laïcs, les laïcs... » sauf quand les laïcs ne parlent pas dans le bon sens, là on ne veut plus les entendre. Donc en troisième place il paraît donc que je ne suis plus votre curé mais comme je vous l'ai dit on ne peut pas m'empêcher dans mon coeur et dans mon âme d'être votre pasteur. C'est-à-dire que je me considère effectivement comme le pasteur de vos âmes. Donc, nous sommes aussi dans cette année sacerdotale où le seul curé d'Ars, qui nous est proposé comme modèle pendant toute cette année, est resté 40 ans dans sa paroisse. J'imagine le mal d'un Curé d'Ars aujourd'hui qui ne pourrait sûrement pas faire 40 ans dans sa paroisse. Dans tout cela, on ne parle jamais du Bon Dieu, jamais du bien des âmes, jamais de votre bien mes frères. Car qu'allons nous gagner à cette journée ? Qu'allons-nous gagner ?

Une voix dans l'assemblée : La vérité.

l'Abbé Francis Michel : La vérité certes, mais je ne pense pas que le Bon Dieu y gagne beaucoup dans tout cela. Alors il nous faut justement prier le Saint Curé d'Ars, il nous faut prier et soyez bien assurés que je souscris à ce qui a été dit de la part du laïc qui a pris la parole car pas plus tard qu'hier on me disait encore qu'un des prêtres qui est dans le secteur disait : « un Francis Michel n'aurait jamais dû être ordonné ». C'était dit hier dans une paroisse où on voudrait justement m'envoyer, donc je n'ai plus rien à dire, je vous en laisse tirer les conclusions. Si « un Francis Michel n'aurait jamais dû être ordonné », je ne peux donc pas aller ailleurs. Je demeure donc dans mon esprit et dans mon coeur votre pasteur. Comme il est difficile d'assister à l'Eucharistie dans ces conditions, je me demande Monseigneur comment vous pouvez célébrer la messe dans cet esprit, comme je vais dire la messe à 11h15 et peut-être un peu avant à Bournainville-Favrolles...

Monseigneur Nourrichard : J'entends m'y rendre...

l'Abbé Francis Michel : Je continue les annonces : messe à 11h15 à Bournainville, cet après-midi, comme chaque premier dimanche du mois, l'adoration réparatrice de 16h à 17h et à 17h la messe dans le rite extraordinaire. Ce qui est quand même formidable c'est qu'on puisse être devant l'autel bien orienté, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ainsi soit-il.

Monseigneur Nourrichard : Que ceux et celles qui ont envie de sortir puissent sortir et la messe se poursuit.

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564e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

goldi et hamdani

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 21:35

archeveque-hanoiEn septembre 2008 j'avais fait le récit sur ce blog de la persécution exercée par le régime communiste vietnamien ici contre les catholiques, qui représentent 8 à 10% de la population du pays. A l'époque les communistes au pouvoir avaient notamment employé la violence contre des paroissiens de Thai Ha, pour les empêcher de prier et de récupérer un terrain détourné par le régime en 1954.

En fait le régime communiste vietnamien sait que l'Eglise catholique est un bastion de liberté dans le pays et qu'elle n'a pas peur de lui. Cette situation n'est pas sans ressembler à celle qu'a connue la Pologne catholique dans les années 1980, encouragée par l'élection au siège de Pierre, à l'automne 1978, du cardinal Karol Wojtyla, sous le nom de Jean-Paul II. A la grande différence toutefois que les catholiques sont minoritaires au Vietnam, ce qu'ils n'étaient pas en Pologne.

Le régime totalitaire vietnamien n'en est pas moins déterminé à écraser ce libre bastion, qui pourrait être contagieux, et, en particulier, à se débarrasser de l'archevêque de Hanoi, Mgr Joseph Ngo Quang Kiet [photo ci-dessus publiée par La Croix ici], qui lui résiste. Le maire de la ville, Nguyen The Thao, promis aux plus hautes fonctions dans le régime, a même demandé sa révocation, après que le prélat a déclaré, au sortir d'une vaine réunion avec des représentants des autorités, que la liberté religieuse n'est pas un privilège mais un droit.

Après l'annonce, à Vinh Long, en décembre 2008, de la transformation en jardin public d'un terrain appartenant depuis un siècle aux religieuses de Saint Paul de Chartres ici  et après l'expédition punitive des autorités contre des paroissiens de Tam Toa en juillet 2009 ici, c'est au tour de la paroisse de Dong Chiem, située dans l'archidiocèse d'Hanoi d'être l'objet d'une agression policière.

blessé 1 de Dong ChiemLe 6 janvier 2010, à 2-3 heures du matin, des policiers vietnamiens ont commencé à détruire la croix érigée au printemps dernier sur la colline Nui Tho, qui appartient à l'Eglise catholique depuis plus d'un siècle et qui est située à Dong Chiem, soit à 70 km au sud de Hanoi. La nouvelle se répand. Des paroissiens veulent empêcher cette destruction. Ils sont frappés et blessés [photos en provenance d'ici], dont deux assez gravement, par des agents de la Sécurité publique, qui sont armés de grenades lacrymogènes, de matraques électriques et de fusils, et qui sont accompagnés de chiens policiers ici. Une dizaine de personnes sont arrêtées.

Quelques jours plus tard, le 11 janvier 2010, un journaliste qui accompagne le Père Nguyen Van Lien, de la paroisse de Dong Chiem, est attaqué et blessé ici par un groupe de policiers, qui lui confisquent son appareil-photo. Les mêmes policiers s'en prennent à deux anciens combattants catholiques handicapés, qui ont eu la  mauvaise idée de vouloir eux aussi se rendre à Dong Chiem.

Le 22 janvier 2010, l'agence Zenit rapporte ici :

"Le 20 janvier, vers 11 h, un religieux rédemptoriste, frère Antoine Nguyên Van Tang, après avoir été éconduit hors de la paroisse par les forces de l'ordre a été violemment agressé et roué de coups. Le religieux a été laissé évanoui sur la route. Il n'a repris connaissance qu'une heure plus tard."

Comme on le voit il n'y a rien de nouveau, hélas, sous le soleil communiste.

Dans un article mis en ligne par La Croix le 25 janvier 2010 ici, Rémy Favre cite Tiep, un avocat catholique vietnamien :

"Nous pensons que les autorités vietnamiennes essaient de pousser l’archevêque à s’impliquer dans cette affaire. Elles cherchent un prétexte pour le chasser de Hanoï."

Ce serait bien dans la manière communiste de provoquer ainsi.

Rémy Favre ajoute :

"Aujourd’hui, les fidèles comprennent la retenue de leur archevêque. Ils s’organisent eux-mêmes pour protester contre les violences. Dans une lettre adressée aux autorités, la paroisse de Dông Chiêm demande la levée du siège de l’église et la remise en liberté de ceux qui ont été arbitrairement arrêtés."

Ici, dans nos pays où nous pouvons nous exprimer avec une plus grande liberté que là-bas, nous devons nous faire un devoir de faire connaître la vérité sur ce régime qui est la honte de l'humanité. Et nous, catholiques, devons prier pour que le Seigneur vienne en aide à nos coreligionnaires vietnamiens.

Francis Richard

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goldi et hamdani
  

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 22:55
Francis MichelLe diocèse d'Evreux
est devenu un désert pour l'Eglise catholique, un désert où les voix des prêtres, en voie d'extinction, prêchent ... de moins en moins.

Quelques chiffres publiés sur le site du diocèse
ici donnent la mesure de cette désertification. Pour 600000 âmes il n'y a plus que 84 prêtres. Or ce maigre chiffre peut encore faire un peu illusion. En réalité il n'y a plus que 48 prêtres en activité, les autres sont à la retraite. Et sur ces 48 prêtres, 25 seulement ont moins de 60 ans. "Jugez l'arbre aux fruits" dit le Seigneur...

C'est la faillite d'un diocèse de la douce France. Plus sévère qu'ailleurs. Car il a eu la "chance" d'avoir à sa tête Mgr Gaillot, puis Mgr David. Il a maintenant le bonheur d'avoir à sa tête Mgr Nourrichard... Ce dernier, en bon syndic de faillite, après avoir fait ce constat du même métal, a décidé de réorganiser administrativement le diocèse et de répartir autrement les maigres cohortes de son clergé, qui ne veillent plus que sur un  troupeau réduit comme une peau de chagrin. Sauf à Thiberville.

Parmi le clergé de Mgr Nourrichard, il y a en effet un curé, celui de Thiberville justement, l'abbé Francis Michel [photo ci-dessus, en provenance du site de soutien
ici], du même âge que lui ou presque - Mgr Nourrichard est de 1948 et l'abbé Michel de 1949 - qui a su moissonner dans ce désert. Pourquoi ? Parce qu'à l'imitation du patron des curés, le saint Curé d'Ars, il s'est occupé d'abord de Dieu et du salut de ses ouailles. Il n'a pas attendu que ce soit l'année sacerdotale pour le faire.

En 23 ans d'apostolat il a restauré les 14 églises de sa paroisse - "Rien n'est trop beau pour le Seigneur" disait saint Jean-Marie Vianney. Toutes ces églises normandes ont retrouvé leur éclat d'antan. Et des fidèles. Par centaines, alors qu'il n'y avait plus qu'une vingtaine de paroissiens à son arrivée.

Quelques chiffres, parmi d'autres, témoignent de cette réussite. On sait que le denier du culte est le nerf de la guerre. Or celui récolté à Thiberville, paroisse rurale, est plus important en proportion que celui récolté à Bernay, sous-préfecture et paroisse urbaine. Thiberville représente 5000 âmes et Bernay 15000. La première paroisse a engrangé 22000 euros en 2008 et la seconde 44000.

Le Figaro Magazine du 16 janvier 2010 
ici donne d'autres chiffres :

"Aujourd'hui, comme nous l'affirme Christian Wagner, un laïc, la paroisse de Thiberville [moins de 1% de la population totale de ce diocèse agonisant] est la plus dynamique du diocèse d'Evreux : 120 enfants sont catéchisés ; l'an passé, elle a eu 30 premières communions, 30 professions de foi, et près du quart des confirmations du diocèse (40 sur 170). «Pas mal, non, pour une simple communauté paroissiale paysanne ?» "

Il ne faut pas chercher bien loin les raisons de cette exception diocésaine. Sans être traditionnaliste l'abbé Michel est un curé traditionnel, un curé authentique. Dans sa paroisse, comme l'a demandé le pape Benoît XVI, les deux formes ordinaire et extraordinaire de la liturgie cohabitent. Les cérémonies ont gardé leur éclat d'antan et convertissent davantage que les meilleurs sermons.

Les "bouseux" de Thiberville sont revenus à la foi de leurs ancêtres et reçoivent les sacrements, de la main de leur curé de campagne, toujours vêtu d'une soutane, symbole de son état religieux. L'abbé Michel a interprété le Concile Vatican II à la lumière de la Tradition de l'Eglise, officiant d'ailleurs tourné vers l'autel, c'est-à-dire vers le Seigneur, dans la même direction que ses ouailles.
 
Le 19 juin 2009, fête du Sacré Coeur de Jésus, Mgr Nourrichard nomme l'abbé Michel
ici, "prêtre coopérateur", ce qui en bon français veut dire "vicaire", de la paroisse redécoupée de Père Laval-Louviers-Boucle de Seine, à l'autre bout du département de l'Eure, sous la coupe d'un jeunot qui n'a que 14 ans de service à son actif, une sanction épiscopale pour ses 23 ans de bons et loyaux services.

Et Thiberville ? La paroisse sera démantelée. Elle sera desservie, de temps en temps, quand il aura un moment, par l'abbé Jean Vivien, curé de Bernay, qui dissimule sa prêtrise dans les pans de son blouson et sa jalousie confraternelle, le doigt sur la couture de son pantalon.

Le dimanche 3 janvier 2010 devait être la dernière messe de l'abbé Michel à Thiberville. Ce jour-là, le peuple catholique de cette paroisse vivante ne l'a pas entendu ainsi. Il s'est rebellé contre son évêque qui, au cours des derniers mois, n'a voulu écouter ni son pasteur, ni ses brebis.

Le peuple paysan de Thiberville a fait entendre sa sainte colère en quittant l'église pour aller suivre la messe de l'abbé Michel dans une autre église de la paroisse. L'évêque, l'abbé Jean Vivien - le "remplaçant" - à ses côtés, s'est retrouvé tout seul ou presque, entouré de gens venus de Bernay, effarés par la tournure des événements. Ensuite il a tenté vainement d'entrer dans le sanctuaire de Bournainville- Faverolles, situé à quelques kilomètres de Thiberville, où l'abbé Michel célébrait la messe.

Rome devra trancher le différend entre l'évêque et le curé, l'évêque qui fait le vide autour de lui, le curé qui gagne des âmes à Dieu.

L'évêque qui ne veut pas revenir sur son décret du 19 juin 2009, tout en laissant provisoirement le curé exercer son ministère sur place. L'évêque qui, pitoyablement, parle en ces termes du Souverain Pontife :

"C'est lui qui est venu me chercher. Ce n'est pas moi qui lui ai demandé d'être évêque d'Evreux".

Le curé, soutenu également par les élus locaux, maire en tête, qui dit simplement :

"On ne peut pas m'arracher le coeur, ni la pensée, ni l'âme. Et je demeure dans mon esprit le pasteur de ces fidèles".

Le curé qui recommandait l'autre dimanche de ne pas faire "de tête à coincer des roues de corbillard".

Francis Richard  

Le sujet a fait l'objet d'une séquence de plus de 10 minutes dans l'émission Sept à huit d' Harry Roselmack, quelques secondes après la pub pour le film Inglourious Basterds :

 

 

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548e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

goldi et hamdani 

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 14:00
Vladimir VolkoffLe 8 mai 2005 Vladimir Volkoff (la photo provient d'ici) adressait une prière à Sainte Jeanne d'Arc, devant sa statue de la place des Pyramides à Paris, à l'issue du cortège traditionnel organisé par l'Action française (ici). Les circonstances étaient particulières. Trois semaines plus tard devait avoir lieu le référendum sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe.

Finalement, par 55% des voix, les Français devaient rejeter ce traité. En conséquence de quoi la parole leur serait dès lors ôtée, à titre de punition démocratique, pour avoir aussi mal voté. Vladimir Volkoff devait quitter ce monde le 14 septembre suivant. Sa prière à Sainte Jeanne pour conserver la doulce France, momentanément exaucée, apparaît avec le recul comme un magnifique testament spirituel.

Un internaute m'a adressé ses voeux pour 2010 en y joignant cette prière. Il m'en a par là même rappelé l'existence. Cette prière n'a rien perdu de son actualité et je la reproduis volontiers ci-après. 

Sans vouloir la réduire le moins du monde au seul septième miracle demandé par Volkoff à la sainte, je suis heureux cependant de souligner que les libertés de boire et de fumer en étaient l'objet, à une époque où elles sont bafouées par un hygiénisme totalitaire, qualifié par ce solide orthodoxe de racisme puritain.

Francis Richard

Prière à Sainte Jeanne d'Arc

Sainte Jeanne,

Puisque vous êtes sainte, vous avez déjà fait des miracles, vous savez vous y prendre, alors je vais vous demander d'en faire un pour nous.

Non. Parce que vous êtes une grande sainte, je vais vous demander d'en faire dix. Et de très grands, de très miraculeux.

Premièrement, sainte Jeanne, je vais vous demander de faire que tous les Français redeviennent amoureux de la France. Pas de l'Amérique insidieuse, pas de l'Orient fascinant, pas de l'Islam séducteur. De la France, de la doulce France.

Deuxièmement, sainte Jeanne, je vous demanderai de faire que tous les Français inspirent de nouveau à toutes les Françaises l'envie de porter leurs enfants, de les porter jusqu'à leur naissance, d'en accoucher, de les nourrir, de les élever, d'en faire des Français, beaucoup, beaucoup de Français, ce qui nous épargnera, entre autres, la nécessité d'encourager une immigration que nous savons si mal intégrer.

Troisièmement, je voudrais vous demander d'avoir une pensée pour notre belle langue française. Rendez-nous la première partie de la négation: faites que nous disions « je ne vais pas voter oui » et non « jvais pas voter ouais ». Rendez-nous l’accord du participe qui est en train de disparaître. Rendez le subjonctif à encore que et l'indicatif à après que. Rendez-nous les liaisons : « vous-z-aussi » et non pas « vouossi ». Otez la bouillie de certaines bouches contemporaines, surtout celles de beaucoup de jeunes gens et des acteurs en vogue. Faites que nous recommencions tous à dire bonjour et non pas bonjoureu. Essayez de nous épargner les anglicismes et les américanismes, pas seulement dans le vocabulaire, surtout dans les tournures de phrase contre nature que nous inspirent les langues anglo-saxonnes. Quant à ceux qui disent conforter, ou incontournable, ou qui se laissent interpeller au plan de leur vécu, faites que le diable les patafiole. Si j'osais, Jeanne, si j'osais - mais je sais que j'exagère -je vous demanderais timidement de ressusciter aussi, ne serait-ce que sporadiquement, l'imparfait du subjonctif.

Quatrièmement, je vous demande, sainte Jeanne, de faire que les Français redeviennent frondeurs, gouailleurs, indisciplinés, sceptiques, qu'ils ne se laissent plus bourrer le mou ni laver le cerveau, qu'ils sachent distinguer entre une vessie et une lanterne, qu'ils prennent de nouveau un malin plaisir à traverser en dehors des clous, qu'ils se rappellent le vieux dicton picard méfie-te, qu'ils appliquent la méthode périgourdine "plus je me regarde, plus je m'attriste, plus je me compare, plus je me rassure", qu'ils sachent conclure comme il faut l'adage normand pt-êt' ben qu'oui, pt-êt ben qu'... non ! Qu'ils n'oublient pas que dire oui, c'est baisser la tête et que dire non, c'est relever le front.

Cinquième miracle, faites, je vous en supplie, que les Français ne deviennent pas une plèbe irresponsable, soucieuse de ses droits à et non plus de ses devoirs de, perpétuellement assistée donc asservie, et ne connaissant plus que deux catégories : tout ce qui n'est pas interdit est obligatoire et tout ce qui n'est pas obligatoire est interdit. Je voudrais voir les Français non pas libéraux ni libertaires, mais libres. Affranchis. Francs, quoi. Des Français qui seraient redevenus Francs.

Sixième miracle, je vous demande de nous rendre le respect de l'âge. D'abord j'y ai intérêt et puis c'est le respect de l'âge qui caractérise le raffinement du cœur : peu importe si le respecté est une vieille baderne, c'est le respectueux qui gagne à respecter, ou, du moins, à employer les marques extérieures du respect.

Que voulez-vous, j'en ai assez de constater qu'avec ma barbe blanche il n'y a que des Noirs à me céder leur place dans le métro ! Je la refuse, d'ailleurs, mais à la longue cela va finir par me rendre raciste, raciste pro-Noir, bien entendu.

À propos de racisme, septième miracle. Je voudrais voir supprimer de France le racisme puritain, anti-fumeur et anti-buveur, qui s'empare de notre pays. Enfin, c'est affligeant. Vous entrez dans un restaurant et la première question qu'on vous pose, c'est « Fumeur ou Non fumeur ? » Et quand vous dites « Non fumeur », comme moi, vous sentez aussitôt l'approbation du jeune maître d'hôtel. Ensuite, quand vous êtes deux et que vous commandez du vin, il vous demande d'un ton encourageant « Une demi-bouteille ? » et quand vous répondez comme moi « Non, une bouteille entière... pour commencer », le jeune maître d'hôtel cache à peine sa réprobation ou alors il sourit avec indulgence comme devant une plaisanterie de mauvais goût. Bientôt, dans les restaurants, on vous demandera « Buveur ou non buveur » et il y aura un coin réservé pour les parias alcoolos tandis qu'aux tables pour honnêtes gens les sodomites, les pornographes et les drogués triomphants ne boiront que de l'eau. Épargnez-nous cela, sainte Jeanne.

Sainte Jeanne, je voudrais aussi voir l'administration de la justice revenir à des normes humaines. S'il y a conflit entre un employé et un employeur, je ne voudrais pas que l'employé eût gagné d'avance comme le recommande le Syndicat de la magistrature. Si des enfants pervertis par la télévision dénoncent leurs éducateurs pour pratiques sexuelles interdites, je voudrais qu'une enquête sérieuse fût faite. Si un cambrioleur armé s'introduit dans ma maison et que je tire mieux que lui, je ne voudrais pas passer pour un assassin.

Neuvième miracle. Faites, sainte Jeanne, je vous en supplie, que ce ne soit pas seulement le trente-et-un du mois d'août et pas seulement au roi d’Angleterre, que la France puisse se permettre de citer le général Cambronne. Faites que ce soit tous les jours de l'année, et 366 jours les années bissextiles et faites que ce soit à tous les potentats du monde, s'ils nous manquent de respect. J'espère, sainte Jeanne, ne pas vous choquer : vous avez dû en entendre d'autres quand vous commandiez à vos troupiers médiévaux.

Dernier miracle. Sainte Jeanne, donnez-nous une aventure. Une grande et noble aventure. Une aventure à la mesure de la France, comme celle que vous nous aviez donnée à l'époque de la guerre d'Algérie et que nous n'avons pas su apprécier. Faites que nous courions des dangers, que la vie devienne exaltante et dure, que nous oubliions nos comptes en banque, nos livrets de caisse d'épargne, nos chaînes hi fi, nos vacances, notre bougeotte, nos coucheries, nos barbituriques, nos prudhommes, nos normes européennes, notre traintrain planplan, et revenez alors, revenez sainte Jeanne, brandir votre étendard et vous mettre à la tête de ceux qui vous suivront.

Il y en aura, sainte Jeanne, il y en aura. Et peut-être plus que nous ne pensons. 


Vladimir Volkoff

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 23:00
pie XII et les juifsQue n'ai-je pas lu dans la presse romande après l'annonce du décret de Benoît XVI, par lequel sont reconnues "les vertus héroïques" des papes Pie XII et Jean-Paul II (ici) :

"Benoît XVI vient de signer un décret en faveur d'un pape accusé d'être resté silencieux devant la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale" Le Temps du 21.12.2009 (ici).

"Benoît XVI réécrit l'histoire" Le Temps du 21.12.2009 (ici).

"Le pape doit aussi faire son devoir de mémoire" Le Matin du 20.12.2009 (ici).

On se croirait revenu au temps, qui n'est au fond pas si lointain que cela, de la désinformation soviétique.

Mais a-t-on jamais seulement cessé de désinformer dans la presse qui tient le haut du pavé et qui est de plus en plus désertée par ses lecteurs, lesquels se rendent compte peu à peu qu'on leur ment sans vergogne, et à longueur de temps. 

Quel que soit le sujet, le "réchauffement climatique", la fumée passive mortelle, Benoît XVI, Pie XII, l'islamisation, les minarets, la démocratie directe, les causes réelles de la crise économique, le secret bancaire, le fossé se creuse entre ceux qui cherchent la vérité et défendent les libertés individuelles et ceux qui, se prenant pour l'élite, la travestissent systématiquement.

Quand certaines attaques proviennent de "nos frères aînés" - pour nous autres catholiques, ils sont des aînés, selon la magnifique expression de Jean-Paul II - cela m'attriste de constater que le montage soviétique sur le "silence" de Pie XII fonctionne  avec eux, alors qu'ils devraient être les derniers à se faire avoir et les premiers à savoir que Pie XII est certainement celui qui a sauvé le plus grand nombre de leurs coreligionnaires pendant la Seconde Guerre mondiale.

Avant cette guerre abominable, Mgr Eugenio Pacelli, qui devait devenir pape sous le nom de Pie XII, est nonce en Allemagne à partir de 1917, puis Secrétaire d'Etat du Vatican à partir de 1929 et le plus proche collaborateur du pape Pie XI, auquel il succède en 1939. 

Le futur Pie XII connaît donc bien l'Allemagne. Il assiste à la naissance du nazisme et prononce, de 1920 à 1935, pas moins de 44 discours, à travers l'Europe, entièrement consacrés à le dénoncer. Extrait de ce qu'il dit de Hitler en 1929 :

"Ou bien je me trompe vraiment beaucoup, ou bien tout cela ne se terminera pas bien. Cet être-là est entièrement possédé de lui-même : tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin - je n'arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu'il écrit et dit. Qui parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu'est Mein Kampf ?" [cité par Andréa Tornielli dans son livre Pie XII, publié aux Editions du Jubilé ici].

C'est la raison pour laquelle le pape Pie XI va demander à Mgr Pacelli d'être le rédacteur de son encyclique adressée aux Allemands, Mit brennender Sorge, qui sera lue, dans 15'000 églises allemandes, le jour des Rameaux de 1937. Que dit cette encyclique (ici en anglais) ? Extrait (ici en français) :

pie XII"Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l’État, ou la forme de l’État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine - toutes choses qui tiennent dans l’ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d’une conception de la vie répondant à cette foi".
 
Pour la Noël de 1942, devenu Pie XII, le pape "accusé d'être resté silencieux devant la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale", dans un message à la radio, évoque :

"les centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité et de leur race, ont été vouées à la mort ou à une extermination progressive". [cité par Alexis Brezet dans son article sur La légende noire de Pie XII, publié dans le livre Mythes et polémiques de l'histoire, chez Studyrama ici

Personne n'est dupe sur la cible de ce message, même si le pape Pie XII se montre prudent, avec raison. Son texte, lu dans les églises polonaises, en juillet 1942, qui condamne les déportations des juifs, s'est traduit par l'arrestation de tous les catholiques d'origine juive, dont Edith Stein, qui mourra à Auschwitz.

Alexis Brezet ajoute :

"Ce n'est évidemment pas un hasard si parmi les villes occupées, Rome figure en tête de celles qui hébergeront les plus de juifs. De fait, le pape, évêque de la cité sainte, ordonna l'ouverture des couvents aux réfugiés; le Vatican lui-même en accueillit. Sur les 5'715 juifs de Rome, prêts à être déportés, 4'715 trouvèrent refuge dans les institutions catholiques".

Les plus ardents défenseurs de Pie XII sont ... des juifs, tels que Pinchas Lapide, consul d'Israël à Milan pendant la guerre [auteur de Three Popes and the Jews, épuisé], ou le rabbin David Dalin [auteur de Pie XII et les juifs. Le mythe du Pape d'Hitler, publié aux Editions du Jubilé ici]. Il est même un juif, qui s'est rendu célèbre en se convertissant au catholicisme, le grand rabbin de Rome pendant la guerre, Zolli, qui a pris pour nom de baptême Eugenio, le prénom du pape "controversé" pour reprendre l'expression du Temps.

En 1958, après la mort de Pie XII, Golda Meir, alors Ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Ben Gourion, déclare :

"Nous pleurons un grand serviteur de la paix. Pendant les dix ans de la terreur nazie, quand notre peuple a souffert un martyre effroyable, la voix du pape s'est élevée pour condamner les bourreaux et exprimer sa compassion envers les victimes". 

Cinq ans après, la légende noire de Pie XII commence. Une oeuvre de fiction, Le Vicaire, est publiée par un Allemand, Rolf Hochhuth. Elle sera portée à l'écran par Costa-Gravas, sous le titre Amen. Selon cette principale oeuvre à charge contre Pie XII, le pape n'aurait rien fait pour dénoncer les persécutions contre les juifs, il les aurait même encouragées par son silence. Ces allégations, comme on vient de le voir, n'ont aucun fondement. Mais elles vont être répercutées dans le monde entier, avec le succès que l'on sait, grâce à un montage soviétique.

Depuis qu'une longue étude, sous la signature du général Ion Mihai Pacepa, a paru le 25 janvier 2007 dans la National Review (ici), il n'est plus possible d'ignorer qu'une formidable opération de désinformation soviétique a été montée contre la mémoire du pape Pie XII, à laquelle a pris part le général Ivan Agayants, premier chef du Département D - celui de la désinformation - du Premier directorat du KGB - renseignements et opérations à l'étranger.

Le général Pacepa, qui est passé à l'Ouest en juillet 1978, était le numéro un de la DIE - les services extérieurs de la Securitate roumaine. Il a subtilisé des documents d'archives du Vatican et les a remis au général Agayants. Ce dernier, quand ils se rencontrent, le félicite pour ce vol qui va être très utile pour l'opération de dénigrement contre Pie XII qu'est en train de monter le général Aleksandr Sakharovsky, grand patron du Premier directorat du KGB.

La pièce de Rolf Hochhuth va être réécrite par le metteur en scène, le camarade Erwin Piscator, qui saura "augmenter le caractère détestable de Pie XII". A l'édition originale sera annexée une documentation inspirée des documents subtilisés par les Roumains et "organisée" par les techniciens du Département D, histoire de donner une crédibilité à une oeuvre qui n'en a pas, mais qui, pour commencer, "sera jouée dans toutes les villes du bloc de l'Est disposant d'un théâtre", avant d'être louée servilement dans leurs colonnes, leurs sons et leurs images, par les médias que nous voyons toujours à l'oeuvre.

Francis Richard

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521e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

goldi et hamdani
 

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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 17:45

Quand j’ai appris, par Paix Liturgique (ici), que Mgr Aillet, évêque de Bayonne (ici), dirait la messe de la Toussaint selon la forme extraordinaire, à 11 heures, à la Chapelle du Saint Esprit du Braou, à Biarritz, arrivé la veille à Saint Jean-de-Luz depuis Lausanne, je me suis rendu en famille à ce rendez-vous historique.


Au Braou la messe tridentine est célébrée depuis un moment, une fois par mois. C’est en vertu du Motu Proprio Ecclesia Dei du Pape Jean-Paul II, que cette messe a été autorisée par le prédécesseur de Mgr Aillet. Grâce lui soit rendue.


Mgr Aillet est de ces évêques qui obéissent loyalement à la volonté de paix liturgique du Pape Benoît XVI. C’est donc, avec une joie non dissimulée, qu’il a annoncé, avant de prononcer son homélie qu’à partir de dimanche prochain la messe selon la forme extraordinaire serait dite tous les dimanches et fêtes à la Chapelle des Capucins de Bayonne par un tout jeune prêtre, l’abbé Merkens, habilité à dire la messe selon les deux formes, ordinaire et extraordinaire.


A la sortie de la messe j’ai demandé à ce dernier l’adresse de la chapelle et l’horaire de la messe. Je suis donc en mesure d’annoncer que la Chapelle des Capucins se situe avenue de la Légion Tchèque à Bayonne et que la messe dominicale y sera célébrée à 10 heures 30.


Devant une assistance d’une centaine de personnes venues de tout le diocèse et même parfois de plus loin – j’ai entendu une personne dire à l’évêque qu’elle venait de Tarbes avec sa petite famille – Mgr Aillet a prononcé son homélie, coiffé de sa mitre et crosse à la main, dans un grand recueillement ponctué de quelques cris ou gazouillis des nombreux petits enfants présents à cette fête.


Mgr Aillet a rappelé que le baptême nous ouvrait à tous la voie vers la sainteté, qui signifie que nous sommes tous dès lors en la compagnie de Dieu : « Soyez parfait, comme mon Père est parfait ». Les 8 béatitudes qui sont l’évangile du jour sont en quelque sorte un autoportrait du Christ qui nous enseigne cette voie de la sainteté.


Quand nous sommes confrontés à des vicissitudes, à l’imitation du Christ, nous ne devons pas rendre coup pour coup comme les hommes du monde ; nous ne devons pas non plus nous résigner ; nous devons accepter volontiers nos souffrances et les offrir en sacrifice à Dieu. Cette radicalité exigeante est ce qui nous est demandé pour lui complaire et faire partie de cette cohorte de tous les saints dont l’Apocalypse parle dans l’épître du jour et à laquelle nous sommes tous conviés à grossir les rangs. 


Une fois la messe dite, après avoir salué Mgr Aillet et baisé respectueusement son anneau épiscopal, je lui ai demandé si je pouvais le photographier. Jovialement, et sur le ton de la plaisanterie, il m’a dit qu’il n’y voyait pas d’inconvénient à condition de ne pas oublier son bakchich...

Francis Richard

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470e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye


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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 20:15
Paix Liturgique (ici) et Messa in Latino (photo ci-contre en provenance de son site ici) ont commandité un sondage en Italie auprès de Doxa, organisme de sondage réputé là-bas, sur le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, par lequel le pape Benoît XVI demande que le rite extrordinaire de l'Eglise romaine retrouve toute sa place dans l'Eglise catholique (voir mon article La messe tridentine est extraordinaire ), conformément d'ailleurs à la Constitution conciliaire, De Sacra Liturgia, du Concile Vatican II... La presse italienne - comme le rapporte la Lettre 201 du 25 octobre de Paix Liturgique (ici)- s'est largement fait l'écho de ce sondage, plein d'enseignements et dont les résultats sont similaires à ceux récoltés en France par CSA il y a un an.

Ce précédent sondage (voir mon article Le sondage réalisé par CSA pour Paix Liturgique sur le Motu Proprio ) montrait que les catholiques français sont demandeurs, contrairement à ce que disent leurs évêques qui font la sourde oreille - circulez, il n'y a rien à voir - quand ils ne font pas tout leur possible pour s'opposer à la volonté du pape en matière liturgique. Les médias, y compris hélas des hebdomadaires comme Famille chrétienne, adoptent la même attitude d'omerta : faisons l'autruche et ne parlons surtout pas des 34% de pratiquants prêts à assister à la forme extraordinaire si elle était célébrée dans leur paroisse. Cela dérangerait notre train-train pépère.

Voici les résultats du sondage de Doxa, effectué du 24 au 27 septembre dernier auprès d'un échantillon de 1001 personnes de 15 ans et plus, et publié dans la Lettre 200 du 17 octobre de Paix Liturgique (ici) :

1ère question : Les catholiques italiens connaissent-ils l'existence du Motu Proprio "Summorum Pontificum" par lequel Benoît XVI approuve la célébration des deux formes du rite romain ?

Oui, répondent 64% des pratiquants - catholiques allant au moins une fois par mois à la messe - contre 36% qui n'en savent rien.

Considérant l'ensemble des catholiques, pratiquants ou non, 58% en ont connaissance et 42% ignorent son existence.

2ème question : Trouvez-vous normal la célébration des deux formes du rite dans vos paroisses ?

A égalité, 71% des pratiquants et de l'ensemble des catholiques sont favorables à la coexistence des deux formes dans leurs églises.

3ème question : Si une messe selon la forme extraordinaire était célébrée dans votre paroisse y assisteriez-vous ?

63% des pratiquants italiens déclarent qu'ils y assisteraient au moins une fois par mois (33% pour l'ensemble des catholiques). Un chiffre qui se répartit ainsi : 40% toutes les semaines et 23% au moins une fois par mois.

Je laisse le soin à l'internaute de prendre connaissance, dans le détail, des commentaires faits par Paix Liturgique à ce sondage.

Je relèverai juste trois commentaires.

Le premier, que fait Paix Liturgique, a trait à la réponse à la troisième question :

La proportion chez les pratiquants est tout simplement exceptionnelle : 63% ! Presque deux fois plus qu’en France !

Le deuxième revient à la parole du Christ qui demandait de juger l'arbre aux fruits :

En France une vocation sacerdotale sur quatre se destine à la forme extraordinaire (voir la Lettre 199 du 12 octobre de Paix Liturgique ici).

Le troisième souligne que la demande de la forme extraordinaire est universelle, c'est-à-dire catholique au sens étymologique du terme :

L'intérêt pour la forme extraordinaire n'est pas une question marginale pour les catholiques, ni même une question "nationale" voire une question à coloration « politique », mais au contraire une demande universelle.

Ce que confirme un sondage effectué par l'Université de Georgetown (ici) aux Etats-Unis (voir la Lettre 196 du 20 septembre de Paix Liturgique ici) :

45% des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle s'ils en avaient la possibilité. 

Conforté par ces différents sondages, Paix Liturgique, enfin, a raison que dire que le Saint-Père, sous-entendu en promulguant le Motu Proprio, a compris que de très nombreux fidèles de base, restés dans leurs paroisses pour diverses raisons ou ayant fait le choix de ne plus pratiquer, sont restés attachés à l’expression de la foi de leurs pères et ne demandent qu’à pouvoir en jouir à nouveau.

Francis Richard

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464e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 09:00
Les évêques suisses [photo ci-contre, tirée du site de la Conférence des évêques suisses ici] ont publié une Lettre pastorale le 7 septembre dernier pour la Fête fédérale d'action de grâce, de pénitence et de prière 2009 (ici). Ils l'ont intitulée : Appel à la réconciliation. Cette lettre a été lue lors des messes du Jeûne fédéral, les 19 et 20 septembre 2009. Et c'est en l'écoutant hier, à la messe, que j'en ai pris connaissance.

Dans l'ensemble ce texte n'appelle pas de remarque particulière. Il est même plutôt remarquable, dans un tout autre sens, parce qu'il rappelle comment parvenir à la réconciliation, perpétuellement inachevée, qui doit cependant être poursuivie, en commençant par son entourage.

C'est pourquoi j'ai été réellement peiné que dans un texte sur la réconciliation figure cette phrase :

Les démarches du Pape en faveur d’une réconciliation avec les intégristes, au début de cette année, nous a remis en mémoire la fracture profonde que connaît notre Eglise depuis le Concile.

L'internaute qui me lit régulièrement sait que je n'aime pas cette épithète d'intégriste, avec laquelle on qualifie les catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre. Pourquoi ? Parce qu'en l'occurrence c'est un mot qui n'est pas approprié, qui a une connotation péjorative, voire injurieuse, et qui est employé à dessein par les ennemis de l'Eglise pour discréditer des catholiques attachés, parmi d'autres, et à leur manière, à la Tradition.

D'une façon générale je n'aime pas le suffixe "isme", même s'il m'arrive parfois de succomber à la tentation d'employer des mots qui le comportent, ou en dérivent. Pour me sermonner je me répète alors la phrase suivante, tirée d'Eumeswil d'Ernst Jünger :

Le suffixe "isme" a une acception restrictive: il accentue le vouloir, aux dépens de la substance.

Ce suffixe, en effet, ne permet pas de nuancer, alors que je suis convaincu, par expérience, que tout est nuances.

Les catholiques qui ont suivi Mgr Lefebvre ne se reconnaissent pas dans le terme d'intégristes, mais dans celui de tradis ou de catholiques traditionnels, qui n'acceptent d'innovation que dans le sens de la Tradition. 

Il aurait donc été préférable que les évêques suisses emploient cette dernière expression - moins médiatique, mais plus conforme - dans un texte qui se veut un appel à la réconciliation. Mais veulent-ils vraiment de cette réconciliation? On peut en douter ( Voir mon article Ces éminences catholiques suisses qui tirent dans le dos de Benoît XVI ).

Et leur magnifique appel à la réconciliation perd de sa force de conviction à ne pas prêcher d'exemple.

Francis Richard

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 22:45
Sur le site de la TSR l'émission de Temps présent de ce soir est présentée dans sa rubrique Programmes TV en ces termes aguicheurs :

Comment être un Saint [le titre de l'émission] 

En perte de vitesse, l'Eglise catholique sort son joker : elle fabrique à toute allure des Saints. Le Vatican mise sur l'exemple de croyants modèles pour doper l'adhésion des fidèles. Bonne nouvelle pour la Suisse romande, l'allègement des procédures de canonisation pourrait profiter à une petite couturière fribourgeoise : Marguerite Bays. Mais est-ce que tout cela est vraiment catholique ?

Le ton est donné.

L'émission elle-même, qui dure 48 minutes, reste sur ce ton, tout du long. Car faussement objectifs - ils donnent certes longuement la parole à des représentants de l'Eglise catholique et à des fidèles - les journalistes agrémentent leur reportage de commentaires fielleux et des remarques pseudo-historiques de Patrice Borcard. C'est ce qui avait amené mon ami Adrien de Riedmatten à souligner que la télévision suisse romande émettait depuis...Calvingrad.

Plusieurs fois au cours de la journée une présentation de 40 secondes égrenait cette rengaine récitée par la  sémillante Anne-Frédérique Widmann :

L'Eglise catholique connaît une crise sans précédent. Alors elle fabrique des saints pour renforcer la foi des fidèles (...) Bientôt une couturière fribourgeoise canonisée. L'Eglise se lancera-t-elle dans le prêt-à-sanctifier ?

Le résumé de l'émission sur le site propre (ici) de celle-ci est moins démagogique et plus conforme au fond des choses. Je le reproduis donc parce qu'il m'évite de résumer l'émission pour ceux qui ne l'ont pas vue :

Autrefois, fabriquer un saint était long et compliqué et bien rares étaient les personnalités qui avaient les honneurs de Rome. Dès le début du XXe siècle, les papes ont allégé les procédures de béatification et de canonisation. Mais c'est Jean-Paul II qui les a radicalement simplifiées. A dessein, le Pape polonais a fait des Saints l'une des armes de sa nouvelle évangélisation. Durant son pontificat, il a béatifié et canonisé davantage que tous les papes avant lui. Ces trente dernières années, ils sont ainsi quelque 2500 a avoir [sic] été élevés au rang de catholiques exemplaires. Et grâce à ces nouvelles règles, la Suisse romande pourrait bien voir sa première sainte canonisée à Rome. La Fribourgeoise Marguerite Bays est proche du but. Cette petite couturière du XIXe s. a déjà franchi une étape décisive : en 1995, elle était béatifiée par Jean-Paul II lui-même. Aujourd'hui, elle est devenue l'attraction du petit village de Siviriez dans la Glâne. Sa maison natale est devenue un lieu de pèlerinage et tous les 27 du mois, jour anniversaire de sa mort, l'église paroissiale est prise d'assaut. Mais pour être élevée au rang de Sainte, il faut que deux miracles soient attribués à Marguerite Bays [la médaille ci-dessus reproduite provient du site consacrée à la bienheureuse ici]. Selon ses fidèles défenseurs, la couturière aurait sauvé un jeune homme en 1940 lors d'un accident de cordée. Et il y a quelques années, c'est une fillette de 22 mois qui aurait miraculeusement survécu à un accident de tracteur grâce à elle. Temps Présent a enquêté sur ces miracles et même retrouvé des témoins directs, convaincus des pouvoirs de la couturière. Mais ces pouvoirs ne font pas l'unanimité...

Rediffusion le vendredi 14 août 2009 à 01h et le lundi 17 août 2009 à 15h15 sur TSR2.

Un reportage de Bertrand Theubet et Pierre-Olivier

Volet Image : Yves Dubois Son : Gianni Del Gaudio Montage : Monique Preiswerk

Les journalistes, en particulier Eric Burnand, auraient pu s'en tenir à cet exposé des faits somme toute assez neutre et, à la limite, acceptable, mais pour se donner des airs d'indépendance d'esprit ils n'ont pas pu se retenir de faire des commentaires fielleux, indignes de la part d'employés de la télévision nationale d'Etat, censée représenter le pays.

Florilège :

Parlant de la crise sans précédent que connaîtrait l'Eglise - les journalistes de la TSR montrent là leur ignorance crasse en matière d'histoire religieuse - ils ajoutent :

Les gaffes du pape n'ont rien arrangé.

Les internautes qui me lisent savent que les prétendues gaffes participent d'un montage médiatique on ne peut plus grossier.

Adeptes du jeu de mots laids ils disent que l'Eglise a décidé de :

Montrer ses saints.

Pour illustrer le fait que Jean-Paul II a béatifié et canonisé davantage que tous les papes avant lui et que Benoît XVI reste dans cette lignée, ils disent par exemple :

La machine à fabriquer des saints tourne à plein régime.

Pour illustrer que la procédure de sanctification est simplifiée ils disent que rejoindre le club des saints en est facilité.

L'emploi des expressions fabriquer des saints, doper l'adhésion des fidèles, prêt-à-sanctifier, gaffes du pape, montrer ses saints, rejoindre le club des saints, n'est pas innocent. D'autant que par exemple l'expression fabriquer des saints est répétée comme un leitmotiv tout au long de l'émission...pour qu'elle bourre bien le crâne des téléspectateurs.

Le but de ces soi-disant journalistes est clair : il s'agit de faire croire que l'Eglise fabrique des saints, sous-entendu de toutes pièces, sans être trop regardante sur les miracles invoqués pour les causes présentées, que ce faisant elle cherche à redorer son blason en favorisant la superstition et en insistant sur le côté magique des modèles proposés à la vénération des fidèles. Ce sont là propos de profanes qui ne supportent décidément pas le sacré, qui le leur rend bien.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 19:15
Le 29 juin dernier, en la fête des saints Apôtres Pierre et Paul, Benoît XVI (photo tirée du site de Challenges ici ) signait sa troisième encyclique, Caritas in veritate (ici), L'amour dans la vérité, consacrée au développement humain intégral dans la charité et dans la vérité. Elle était rendue publique le 7 juillet 2009. 

Nombre de commentateurs de cette encyclique de Benoît XVI ont surtout retenu l'urgence, selon le Saint Père, de mettre en place
une véritable Autorité politique mondiale. Ainsi, dans Le Temps du 7 juillet 2009 (ici), dans un article intitulé Benoît XVI pour une gouvernance mondiale, Patricia Briel indique-t-elle, citant le Pape, l'objet d'une telle mise en place :

Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires.[paragraphe 67]


Elle omet cependant - et c'est essentiel - de parler de ce qui doit inspirer une telle Autorité. Je cite le Pape :

Une telle Autorité devra être réglée par le droit, se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité, être ordonnée à la réalisation du bien commun, s'engager pour la promotion d'un authentique développement humain intégral qui s'inspire des valeurs de l'amour et de la vérité.[paragraphe 67]

Il est intéressant de savoir ce qu'entend Benoît XVI par développement humain intégral :

Le développement authentique de l'homme concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions. [paragraphe 11]

Benoît XVI précise plus loin ce qu'il faut entendre par là :

Un tel développement demande (...) une vision transcendante de la personne; il a besoin de Dieu : sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l'homme, qui s'expose à la présomption de se sauver lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. [paragraphe 11]

Pour le catholique, national et libéral, que je suis, il est réconfortant de lire :

- que le Pape justifie le développement par la confiance que l'homme doit placer en Dieu : 

L'idée d'un monde sans développement traduit une défiance à l'égard de l'homme et de Dieu. [paragraphe 14]

- que le Pape met en garde contre le scientisme et l'écologie radicale :

Absolutiser le progrès technique ou aspirer à l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité. [paragraphe 14]

- que le Pape n'envisage pas de développement sans liberté ni responsabilité, qui lui est intrinséquement liée :

Le développement ne peut être intégralement humain que s'il est libre; seul un régime de liberté responsable lui permet de se développer de façon juste. [paragraphe 18] 

- que le Pape dénonce l'éclectisme culturel qui considère que toutes les cultures sont substantiellement équivalentes et interchangeables entre elles :

Cela favorise un glissement vers un relativisme culturel qui n'encourage pas le vrai dialogue interculturel; sur le plan social, le relativisme culturel conduit effectivement les groupes culturels à se rapprocher et à coexister, mais sans dialogue authentique et donc, sans véritable intégration. [paragraphe 26]

- que le Pape dénonce le nivellement culturel et l'uniformisation des comportements et des styles de vie :

De cette manière, la signification profonde de la culture des différentes nations, des traditions des divers peuples, à l'intérieur desquelles la personne affronte les questions fondamentales de l'existence en vient à disparaître. [paragraphe 26]

- que le Pape, comme son prédécesseur, Jean-Paul II, s'oppose à la culture de mort :

Quand une société s'oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour oeuvrer au service du vrai bien de l'homme. [paragraphe 28]

- que le Pape condamne aussi bien le fondamentalisme religieux que la promotion de l'indifférence religieuse ou de l'athéisme :

Dieu est le garant du véritable développement de l'homme, dans la mesure où, l'ayant créé à son image, Il en fonde aussi la dignité transcendante et alimente en lui la soif d'"être plus". [paragraphe 29]

- que le Pape condamne le protectionnisme qui empêche les produits des pays pauvres d'entrer sur les marchés des pays économiquement développés et qu'il reconnaît les bienfaits de la mondialisation, à ne pas confondre avec le mondialisme :

(Ce processus d'interdépendance planétaire) a été le principal moteur pour que des régions entières sortent du sous-développement et il représente en soi une grande opportunité. [paragraphe 33]

- que le Pape ne rejette pas le marché que tous les véritables libéraux savent ne pas exister à l'état pur :

Lorsqu'il est fondé sur une confiance réciproque et générale, le marché est l'institution économique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents économiques, utilisant le contrat pour régler leurs relations et échangeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs désirs. [paragraphe 35]

- que le Pape sait bien que cet instrument peut être mal utilisé et qu'alors :

Ce n'est pas l'instrument qui doit être mis en cause mais l'homme, sa conscience morale et sa responsabilité personnelle et sociale. [paragraphe 35]

- que le Pape rappelle que Jean-Paul II, dans Centesimus Annus :

Avait relevé la nécessité d'un système impliquant trois sujets : le marché, l'Etat et la société civile. Il avait identifié la société civile comme le cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l'exclure des deux autres domaines. [paragraphe 38]

- que le Pape, pour parvenir à cette économie de la gratuité, déclare :

A côté de l'entreprise privée tournée vers le profit, et des divers types d'entreprises publiques, il est opportun que les organisations productrices qui poursuivent des buts mutualistes et sociaux puissent s'implanter et se développer. [paragraphe 38]

- que le Pape s'oppose au malthusianisme :

Il y a de la place pour tous sur la terre: la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour vivre correctement grâce à la nature elle-même, don de Dieu à ses enfants, et par l'effort de son travail et de sa créativité. [paragraphe 50]

- que le Pape invite à une véritable communion des hommes, sous le regard de Dieu :

La créature humaine, qui est de nature spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles (...) Ce n'est pas en s'isolant que l'homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec Dieu.(...) L'unité de la famille humaine n'abolit pas en elle les personnes, les peuples et les cultures, mais elle les rend plus transparents les uns aux autres, plus unis dans leurs légitimes diversités. [paragraphe 53] 

La vérité unit les esprits entre eux et les fait penser à l'unisson, en les attirant et les unissant en elle. [paragraphe 54]

C'est en ce sens que je fais mienne la phrase de Jean-Louis Kuffer, que l'on peut trouver dans son dernier livre (voir mon article "Riches Heures", de Jean-Louis Kuffer ) :

Bien plus que la différence, dont on nous rebat les oreilles et qui signifie peu de choses à mes yeux, c’est la ressemblance qui m’importe en cela qu’elle surmonte les particularismes raciaux, sociaux ou sexuels au bénéfice de valeurs plus fondamentales.

Je terminerai par une citation de Benoît XVI sur les relations entre foi et raison, qui est une ses grandes préoccupations et qui était celle de son désormais fameux discours de Ratisbonne :

Ce n'est pas un hasard si la fermeture à la transcendance se heurte à la difficulté de comprendre comment du néant a pu jaillir l'être et comment du hasard est née l'intelligence. Face à ces problèmes dramatique, la raison et la foi s'aident réciproquement. Attirée par l'agir technique pur, la raison sans la foi est destinée à se perdre dans l'illusion de sa toute-puissance. La foi, sans la raison, risque de devenir étrangère à la vie concrète des hommes. [paragraphe 74]

Francis Richard

L'encyclique de Benoît XVI présentée en ... 1 mn 23 sur YouTube :


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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 20:10

Il faut du courage pour se rendre en Terre Sainte quand on s'appelle Benoît XVI (photo ci-contre publiée par 24 Heures). Surtout pour y rester une semaine entière. Car aujourd'hui la Terre Sainte est une terre divisée entre la Cisjordanie, Gaza, Israël et la Jordanie, une terre meurtrie sur laquelle vivent des fidèles des trois religions du Livre.

Les chrétiens sont très minoritaires et ont du mal à survivre dans cet univers qui leur est hostile. D'autant plus hostile aujourd'hui que des Juifs comme des Musulmans, par la façon dont les media rapportent ses propos, sont remontés contre le Chef de l'Eglise catholique 

En effet, pour des Juifs, Benoît XVI est Allemand, ce qui est rédhibitoire. Ceux d'entre eux qui veulent mettre de l'huile sur le feu rappellent jusqu'à plus soif qu'il a fait partie de la Jeunesse Hitlérienne, qu'il a été mobilisé dans la Wermacht et qu'il a levé l'excommunication d'un évêque négationniste.

En effet, pour des Musulmans, Benoît XVI est le pape qui a prononcé le discours de Ratisbonne où il aurait lié la foi musulmane à la violence.

Or il s'agit de désinformations pures et simples, basées sur des omissions, de petites phrases sorties de leur contexte, des amalgames, voire des mensonges éhontés.

Certes Benoît XVI a fait partie de la Jeunesse Hitlérienne, mais on omet soigneusement de dire que, dès 1936 l'adhésion y était obligatoire pour les tous jeunes Allemands, dès 1939 incontournable à partir de l'âge de 14 ans et qu'il y a été enrôlé de force, à cet âge, en 1941.

Certes Benoît XVI a fait partie de la Wehrmacht, mais on omet soigneusement de dire qu'il a été incorporé de force, à 16 ans, dans la défense anti-aérienne, alors qu'il venait d'entrer au séminaire. La maladie lui a permis d'en être finalement dispensé, et, en 1945, il a déserté pour retourner dans sa famille.

Certes Benoît XVI (photo ci-contre tirée de 20 Minutes ) a levé l'excommunication qui frappait un évêque négationniste, mais on omet soigneusement de dire qu'il l'a levée pour des motifs religieux et non pas parce Mgr Williamson était négationniste. La décision de cette levée de sanction était prise avant que les propos de Mgr Williamson ne soient connus, même si la publication de cette levée s'est faite après en avoir eu connaissance.

Certes, en septembre 2006, Benoît XVI a prononcé un discours (ici) à l'université de Ratisbonne, où il avait enseigné. Au cours de ce discours, qui avait pour thème foi et raison, il a cité une controverse médiévale - pardon Jacques Heers pour cet adjectif commode ! -, qu'il venait de lire, entre l'empereur byzantin Manuel II Paléologue et un savant persan, au cours duquel le premier, selon Benoìt XVI, s'adressant au second, s'exprime au sujet de l'Islam d'une manière étonnamment abrupte [ce qui veut bien dire que Benoît XVI ne la fait pas sienne et ... que les intellectuels de l'époque ne pratiquaient pas entre eux la langue de bois] :

Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foi qu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive.

Or le propos de Benoît XVI était de souligner que :

La foi est un fruit de l'âme, non du corps. Donc si l'on veut amener quelqu'un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et penser correctement, non de la contrainte et de la menace.

Autrement dit que :

Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu.

Malgré tous ces préjugés de toutes parts contre lui, Benoît XVI a eu le courage de dire ce qu'il avait à dire et de faire ce qu'il avait à faire pendant son séjour en Terre Sainte. 

A la Mosquée Al-Hussein Bin-Tahal, il a reformulé le 9 mai, en termes actuels, ce qu'il avait dit à Ratisbonne (ici) :

Ne convient-il pas de reconnaître (...) que c'est souvent la manipulation idéologique de la religion, parfois à des fins politiques, qui est le véritable catalyseur des tensions et des divisions, et, parfois même, des violences dans la société ?

Et :

Quand la raison humaine accepte humblement d'être purifiée par la foi, elle est loin d'en être affaiblie; mais elle en est plutôt renforcée pour résister à la présomption et pour dépasser ses propres limitations.


Le prince Ghazi Bin Muhammed Bin Talal l'a accueilli en lui disant notamment (ici):

Les musulmans ont (...) particulièrement apprécié l’éclaircissement donné par le Vatican, selon lequel ce qui a été dit à Ratisbonne ne reflétait pas l’opinion de Votre Sainteté, mais était simplement une citation dans un discours académique.

Plus loin il lui a rendu cet hommage :

Je reçois en vous le pape Benoît XVI, vous dont le pontificat est caractérisé par le courage moral d'agir et de parler selon votre conscience, indépendamment des modes du moment, vous qui êtes aussi un maître théologien chrétien, auteur d'encycliques historiques sur les belles vertus cardinales de l'amour et de l'espérance, vous qui avez réintroduit la Messe traditionnelle en latin pour ceux qui le souhaitent et avez en même temps fait du dialogue interreligieux et intrareligieux la priorité de votre pontificat, pour répandre la bonne volonté et la compréhension entre toutes les populations de la terre.

Au mémorial de la Shoah, Yad Vashem [ Yad "mémorial", Vashem "nom"] Benoît XVI a dit le 11 mai  (ici) :

Il est possible de dérober à un voisin ce qu'il possède, son avenir ou sa liberté. Il est possible de tisser un réseau insidieux de mensonges pour convaincre les autres que certains groupes ne méritent pas d'être respectés. Néanmoins, quoique vous fassiez, il est impossible d'enlever son nom à un être humain.

Et :

En tant qu'Evêque de Rome et Successeur de l'Apôtre Pierre, je réaffirme l'engagement de l'Eglise à prier et à travailler sans cesse pour faire en sorte que cette haine ne règne plus jamais dans le coeur des hommes.
  

 
Invité du journal de 7 heures du 8 mai dernier sur La Première (ici), la station de la RSR, François Garaï, Rabbin de la Communauté Israélite Libérale de Genève (ici), déclarait à propos de la levée de l'excommunication de Mgr Williamson par Benoît XVI :

Je lui en ai voulu un moment parce que je ne comprenais pas. Ensuite il a bien dit et répété que la réintégration de Mgr Williamson, qui n'est pas Monseigneur d'ailleurs au regard de l'Eglise catholique romaine, ne pourra se faire que lorsqu'il aura accepté et dit publiquement que la Shoah a été une réalité. Donc on voit bien que Benoît XVI a en quelque sorte cet axe de la réunion des chrétiens et qu'en même temps il est quelquefois confronté à des prises d'opinion de certains de ses frères totalement déraisonnables.

Et à propos du dossier de Pie XII, dont le procès en béatification est en cours :

Il empoisonnera la relation entre les Juifs et les Catholiques tant que les archives n'auront pas été ouvertes. Tant qu'on ne saura pas exactement ce que Pie XII a fait ou n'a pas fait, ce dossier sera un dossier extrêmement épineux entre eux et nous.

Il n'est pas besoin d'attendre l'ouverture de ces archives pour connaître un certain nombre de choses  que Pie XII a faites comme le rappelle cette vidéo :   


 

 

 


Au Mur Occidental du Temple, le Mur des Lamentations, Benoît XVI a prié pour la paix (ici) :


Lors de ma visite à Jérusalem, la "Ville de la paix", Demeure spirituelle commune des juifs, des chrétiens et des musulmans, Je vous apporte les joies, les espoirs et les aspirations, Les épreuves, la souffrance et la douleur de votre peuple à travers le monde, Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Entendez le cri des affligés, des apeurés, des dépouillés, Envoyez votre paix sur cette Terre sainte, sur le Moyen Orient, Sur votre famille entière, Remuez les cœurs  de tous ceux qui appellent en votre nom, Pour marcher humblement sur le sentier de la justice et de la compassion. "Dieu est bon avec ceux qui l'attendent, Avec l'âme qui le cherche" (Livre des lamentations 3:25)


Pour lui la paix ne pourra se faire que si tout le monde y met du sien : les Palestiniens doivent renoncer à la violence, les Israéliens accepter la création d'un Etat palestinien, tout le monde pouvoir accéder aux Lieux Saints que sont le Mur Occidental, le Dôme du Rocher et le Saint Sépulcre. Quant au mur qui sépare la Cisjordanie d'Israël il est de ceux qui devront bien être abattus tôt ou tard.

Evoquant les rencontres que Benoît XVI allait faire en Terre Sainte, François Garaï disait, encore sur La Première, le 8 mai dernier :

Quelquefois des petites graines sont semées par quelques paroles et quelques années plus tard on s'aperçoit qu'elles ont eu un effet beaucoup plus important qu'on ne le pense.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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