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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 19:05

L'enfance de Jésus RATZINGERQu'est-ce que Noël? A cette question il n'est pas de meilleure réponse, et de plus opportune, que le dernier livre de Joseph Ratzinger, qui, davantage qu'à son enfance prise dans son ensemble, est surtout consacré à la naissance de Jésus.

 

Dans son avant-propos, le pape Benoît XVI dit d'emblée qu'"il ne s'agit pas d'un troisième volume, mais d'une porte d'entrée à [ses] deux précédents ouvrages consacrés à la figure et au message de Jésus de Nazareth".

 

Avec ce livre l'auteur tente humblement d'interpréter, en s'inspirant de travaux d'exégètes, ce que les évangélistes, plus précisément Mathieu et Luc, ont voulu dire à leur époque, mais aussi ce que cela peut signifier pour le lecteur d'aujourd'hui.

 

Ce texte, paru initialement en allemand, a pour principale vertu de mettre à la portée d'un vaste public le fruit de réfexions personnelles, mûries au fil du temps, qui demanderaient autrement des années d'études à celui qui s'y lancerait.

 

Ainsi montre-t-il, s'il en était besoin, qu'il n'y a pas, entre Ancien et Nouveau Testament, contradiction mais accomplissement:

 

"C'est seulement au moyen des nouveaux événements que les Paroles acquièrent leur sens plein et, inversement, les événements possèdent une signification permanente, parce qu'ils naissent de la Parole, qu'ils sont Parole accomplie."

 

Ainsi souligne-t-il, s'il en était besoin, que le royaume de Jésus, "roi des juifs", expression non hébraïque - "dans le milieu hébraïque on aurait dit "roi d'Israël"" - n'est pas de ce monde, tout en étant ouvert à tous les hommes:

 

"Ce règne différent n'est pas construit sur un pouvoir mondain, mais il se fonde uniquement sur la foi et sur l'amour."

 

Tous les textes relatifs à la naissance et aux premières années de Jésus sont ainsi reliés au passé, mis en valeur et en perspective. Et l'auteur a, de temps en temps, recours à l'étymologie pour les éclairer.

 

Quand l'ange annonce à Marie qu'elle sera la Mère de Dieu, il lui adresse la formule grecque chaïre qui signifie: "réjouis-toi !":

 

"Avec ce souhait de l'ange - pouvons-nous dire - commence, au sens propre, le Nouveau Testament."

 

Evangile ne signifie-t-il pas "bonne nouvelle"?

 

Joseph Ratzinger ajoute:

 

"En grec, les deux mots, joie et grâce (chara et charis), sont formés à partir de la même racine. Joie et grâce vont de pair."

 

Il revient sur l'expression "premier-né", qui a fait couler beaucoup d'encre malintentionnée:

 

"Le mot "premier-né" ne renvoie pas à une numération qui se poursuit, mais indique une qualité théologique exprimée dans les recueils de lois d'Israël les plus anciens."

 

Paul emploie d'ailleurs les expressions de "premier-né d'entre les morts" et de "premier-né d'entre les créatures" et Benoît XVI va dans ce sens paulinien quand il écrit:

 

"Dans la nouvelle naissance de la Résurrection, Jésus n'est plus seulement le premier selon la dignité, mais celui qui inaugure une nouvelle humanité."

 

Parce qu'il est non seulement Benoît XVI, mais d'abord Joseph Ratzinger, l'auteur se pose des questions, suggère, précise souvent qu'il s'agit d'une opinion personnelle. Qui n'engage que cet homme, dont la vie s'illustre par la recherche de la conciliation de la foi et de la raison.

 

A propos des anges qui chantent l'avènement du Sauveur:

 

"Gloire à Dieu au plus haut des cieux ..."

 

l'auteur rappelle que, pendant longtemps, la suite était traduite en ces termes:

 

"et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté",

 

évoquant la liberté humaine, alors qu'actuellement la paix est souhaitée:

 

"aux hommes qu'il aime",

 

ce qui évoque plutôt la prédestination.

 

Joseph Ratzinger ne trouve pas justes ces deux traductions, qu'il considère comme extrêmes:

 

"Il me semble que la traduction littérale - "de la bienveillance" (ou de "sa bienveillance" respecte mieux ce mystère [de la condition humaine], sans le dissoudre dans un sens unilatéral."

 

Qui sont les hommes de la bienveillance? Les "personnes qui ont l'attitude du Fils - des personnes conformes au Christ".

 

Pour ceux qui l'ignorent, Joseph Ratzinger explique encore que le titre de Nazôréen, inscrit sur l'écriteau de la Croix, vient de nazir qui signifie "totalement consacré à Dieu" et de nezer, qui sgnifie "le rejeton", sous-entendu de la lignée de David et de Jessé.

 

De l'importance des mots...et, cependant, de la primauté de l'esprit sur la lettre.

 

Je terminerai par deux passages qui ont retenu mon attention.

 

Le premier a trait aux deux faits sur lesquels repose la foi chrétienne et "qui représentent un scandale pour l'esprit moderne", qui n'admet pas cette intrusion dans le monde matériel:

 

"La naissance par la Vierge et la résurrection du tombeau, dans lequel Jésus n'est pas resté et n'a pas subi de corruption."

 

Si Dieu fait ce que seul un dieu peut faire, où va-t-on?

 

Le deuxième a trait à la liberté des enfants de Dieu:

 

"En tant que Fils Jésus apporte une nouvelle liberté, cependant pas celle de celui qui est sans aucun lien, mais la liberté de Celui qui est totalement uni à la volonté du Père et qui aide les hommes à parvenir à la liberté de l'union intime avec Dieu."

 

Inutile de dire que le grand pécheur devant l'Eternel que je suis a besoin de beaucoup d'aide de sa part...

 

Francis Richard

 

L'enfance de Jésus, Joseph Ratzinger - Benoît XVI, 192 pages, Flammarion

 

Voir également mon article du 25 avril 2011 sur Jesus de Nazareth (deuxième partie) du même auteur, aux Editions du Rocher

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:15

Boulevard islamisme ValletteIl y a des moments comme cela. En huit jours l'islam et l'islamisme, sont entrés à deux reprises dans le domaine de mes réflexions.

 

Le samedi 6 octobre 2012, j'ai assisté à un dîner-débat à Dax sur le face à face islam-chrétienté.

 

Le compte-rendu n'était pas encore écrit et publié ici, que le responsable du site lesobservateurs.ch, Uli Windisch me demandait d'écrire un article sur le dernier livre de Mireille Vallette à paraître demain en Suisse.

 

Les propos de Claude Sicard, à Dax, n'étaient guère rassurants. Ceux de Mireille Vallette dans Boulevard de l'islamisme le sont encore moins. 

 

L'internaute en aura un avant-goût en lisant mon article paru hier sur lesobservateurs.ch. Le mieux serait, bien sûr, qu'il lise ce livre lui-même, pour son édification.

 

Francis Richard 

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 18:30

Sacre-Coeur-Ouchy.jpgLes lectures du 22ème dimanche du temps ordinaire selon le rite catholique ordinaire, celles de ce jour, sont consacrées à la loi reçue de Dieu.

 

Le peuple juif doit observer la parole de Dieu sans ajouter ni retrancher quoi que ce soit (Deutéronome chapitre 4, versets 1-2-6-8).

 

Le peuple chrétien doit non seulement examiner la loi de la liberté et s'y attacher, mais encore l'écouter non pas pour oublier mais pour agir (Jacques chapitre 1, versets 17-18.21b-22.27).

 

Le Christ s'adressant aux Pharisiens leur reproche de laisser de côté le commandement de Dieu pour observer la tradition des hommes (Marc chapitre 7, versets 1-8.14-15.21-23).

 

Le prêtre de ma paroisse de Lausanne a commenté ces textes dans son homélie. Il a d'abord remarqué que l'on parle beaucoup de liberté de nos jours, alors qu'il n'y a jamais eu autant de contraintes imposées aux hommes, autant d'interdits.

 

Dans la religion juive les dix commandements dictés à Moïse étaient à eux seuls la loi, alors que le code civil est un fort volume. Dans la religion chrétienne la loi se réduit à moins encore, puisque deux commandements les contiennent tous (par erreur le prêtre les a réduits à un seul, ce qui n'est pas faux dans le fond, si c'est inexact dans la forme...).

 

Le plus grand des commandements, selon le Christ:

 

"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit" (Mathieu chapitre 22, verset 37).

 

Auquel est semblable, toujours selon le Christ:

 

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Mathieu chapitre 22, verset 40, et Lévitique chapitre 19, verset 18).

 

Juifs ou Chrétiens, ou autres, qui sont attachés à la liberté apprécieront ce rappel, fait par un prêtre catholique, des droits naturels, qui sont la seule loi que les Etats devraient faire respecter.

 

A la toute fin de son homélie le prêtre a cité cette admirable parole de Saint Augustin, qui est, pour moi, la loi de la liberté des enfants de Dieu:

 

"Aime et fais ce que tu veux."

 

Francis Richard

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 07:00

EinsiedelnAu mois de mars 2011, Paix Liturgique ici a commandité un sondage à l'Institut Démoscope ici . L'écho dans la presse de Suisse romande a été ... nul. 

 

Quatre questions relatives à la pratique religieuse en Suisse (hors Suisse italienne) étaient posées ici :

Question n°1 : Assistez-vous à la messe ?
Réponses :
Chaque semaine : 8%
Tous les mois : 12%
Pour les fêtes solennelles : 19%
Occasionnellement (mariages) : 41%
Jamais : 19%
Ne se prononcent pas : 1%


Question n°2 : Le pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » - en français, le prêtre faisant face aux fidèles, la communion étant reçue debout – et sous sa forme traditionnelle dite « extraordinaire » ou « de Jean XXIII » - en latin et grégorien, le prêtre tourné face à l’autel, la communion reçue à genoux. Le saviez-vous ?
Réponses :
Oui : 56%
Non : 42%
NSP : 2%

Question n°3 : Trouveriez-vous normal ou pas normal que les deux formes du rite romain soient célébrées régulièrement dans votre paroisse ?
Réponses :
Normal : 41%
Pas normal : 50%
NSP : 9% 

Question n°4 : Si la messe était célébrée en latin et grégorien sous sa forme extraordinaire dans votre paroisse, sans se substituer à celle dite ordinaire en français, y assisteriez vous ?
Réponses :
Chaque semaine : 16%
Tous les mois : 19%
Pour les fêtes solennelles : 10%
Occasionnellement (mariages) : 21%
Jamais : 32%
Ne se prononcent pas : 2%

Ce n'est pas la première fois que Paix Liturgique commandite un sondage tel que celui-ci en Europe. Or il est une quasi contante dans les résultats de ces sondages : 35% des catholiques [réponses à la question n°4] assisteraient bien au rite extraordinaire si le Motu Proprio du pape Benoît XVI était appliqué...La Suisse ne fait donc pas exception.

Réponse sidérante : 42%  des catholiques pratiquants suisses disent ignorer encore son existence quatre ans après sa promulgation...

Si 42% n'en ont pas entendu parler, il n'est donc pas étonnant que 50% des catholiques ne trouveraient pas normal que les deux formes du rite catholique coexistent pacifiquement dans leur paroisse... d'autant qu'il existe en Suisse une aile farouchement opposée au rite romain sous sa forme extraordinaire.

Le silence fait autour de ce sondage est assourdissant. Il montre que, dans un pays démocratique comme la Suisse, il n'est pas facile de faire entendre un autre son de cloche catholique que celui des catholiques conservateurs de la situation post-conciliaire établie.

Francis Richard
 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 12:00

Jésus de Nazareth 2Quel est le but poursuivi par Joseph Ratzinger en écrivant son Jésus de Nazareth publié aux Editions du Rocher ici dans sa version française ? Il l'explique dans son avant-propos de la deuxième partie, écrit il y a un an, jour pour jour, le 25 avril 2010 :

 

"En conjuguant entre elles les deux herméneutiques dont j'ai parlé plus haut [l'herméneutique historique et l'herméneutique de la foi] j'ai essayé de développer un regard sur le Jésus des Evangiles et une écoute de ce qu'il nous dit susceptible de devenir rencontre et, néanmoins, dans l'écoute en communion avec les disciples de Jésus de tous les temps, de parvenir aussi à la certitude de la figure vraiment historique du Christ."

 

La deuxième partie de Jésus de Nazareth couvre la période de l'entrée du Christ à Jérusalem jusqu'à sa Résurrection. Elle correspond donc à la semaine qui vient de s'écouler, du dimanche des Rameaux jusqu'au dimanche de Pâques. Aussi lire ce livre en ce moment permet-il de jeter un regard différent sur les événements qui sont relatés pendant ce temps liturgique et d'élargir la réflexion sur eux.

 

Dans sa préface à la première partie, Joseph Ratzinger prévenait :

 

"Ce livre n’est absolument pas un acte du magistère, mais uniquement l’expression de ma recherche personnelle de la « face du Seigneur » (Ps 27, 8). Ainsi, chacun est libre de me contredire. Je demande seulement aux lectrices et aux lecteurs une approche bienveillante sans laquelle aucune compréhension n’est possible."

 

C'est pourquoi l'auteur a signé le livre de son nom de simple fidèle, même si l'éditeur a cru bon de rappeler qu'il est devenu pape sous le nom de Benoît XVI après en avoir commencé la rédaction. C'est pourquoi aussi il convient de le lire avec bienveillance, pour mieux le comprendre, pour mieux comprendre, surtout, la figure du Christ qui est chère au modeste chrétien que je suis.

 

Tout au long du livre Joseph Ratzinger s'appuie sur une forte bibliographie, mais ausssi sur l'Ecriture. Ce qui est remarquable en l'occurrence, c'est la connexion qu'il établit clairement entre les textes de l'Ancien Testament et les faits rapportés par les évangiles synoptiques et celui de Jean, sans oublier des passages de lettres de Paul et des Actes des apôtres de Luc :

 

"Ce ne sont pas les paroles de l'Ecriture qui ont suscité le récit des faits, mais les faits qui, dans un premier temps incompréhensibles, ont conduit à une compréhension nouvelle de l'Ecriture."

 

Tout était bien prévu, mais il était impossible d'imaginer que les faits se dérouleraient ainsi, parce qu'il était tout simplement impossible d'envisager qu'ils ne correspondraient pas aux interprétations faites avant le temps de Jésus.

 

Quand Jésus entre dans Jérusalem, il le fait sur un ânon qui n'a jamais porté personne. C'est à la fois un signe de royauté que d'entrer dans une ville sur une monture et le signe que le royaume de Dieu n'est pas semblable aux autres royaumes terrestres, sinon ce serait sur un cheval qu'il l'aurait fait. Cela n'a rien à voir avec l'entrée du Messie dans Jérusalem telle qu'on l'attendait. 

 

Quand Jésus purifie le Temple de ses marchands, il signifie la fin du Temple tel qu'il est devenu. C'est son Corps qui est maintenant le Temple. Son sacrifice expiatoire se substitue aux autres sacrifices dont le temps est achevé. Il oppose sa bonté qui guérit au commerce des animaux et aux affaires d'argent. Cela n'a rien à voir avec la conception de la religion telle qu'elle était effectivement pratiquée jusque récemment. 

 

Dans son discours eschatologique Jésus annonce la fin du Temple et sa destruction matérielle, et la fin du monde. Mais cette dernière ne peut advenir tant que l'Evangile n'est pas arrivé à tous les peuples. Il ne faut pas selon l'auteur y voir "une nouvelle formulation de la description de l'avenir" même si elle est conforme en tous points aux textes vétérotestamentaires :

 

"Il s'agit d'insérer la vision de l'avenir dans la parole de Dieu qui désormais a été donnée, et dont la stabilité, d'une part, et les possibilités d'ouverture, d'autre part, sont ainsi rendues évidentes."

 

Comment interpréter le lavement des pieds ? C'est un acte de purification qui nous est donné et que nous pouvons transmettre à notre tour :

 

"Dans la mesure seulement où, souvent, nous nous laissons laver, "rendre purs" par le Seigneur lui-même, nous pouvons apprendre à faire avec lui ce qu'il a fait."

 

Le lavement des pieds éclaire le "commandement nouveau" que le Christ a laissé à ses disciples :

 

"[Il] n'est pas simplement une exigence nouvelle et supérieure : il est lié à la nouveauté de Jésus Christ - au fait de s'immerger toujours plus en lui."

 

L'auteur consacre tout un chapitre à la prière sacerdotale de Jésus que reproduit Jean dans le chapitre 17 de son évangile et dont je ne m'étais pas rendu compte de l'importance auparavant.

 

A sa lecture il relève quatre thèmes: celui de la vie éternelle qui commence ici-bas et non pas après la mort; celui de la consécration des disciples "dans la vérité" - "la vérité est le bain qui les purifie, la vérité est le vêtement et l'onction dont ils ont besoin"; c'est la révélation du Nom de Dieu, indicible auparavant, qui se traduit par sa présence parmi les hommes; c'est celui de l'unité de l'Eglise, qui est certes constituée du sacrement de la succession, de l'Ecriture et du Symbole de la foi, mais qui est surtout reconnaissance de Jésus comme l'envoyé du Père en se laissant toucher par l'Amour de Dieu.

 

Lors de la dernière Cène, Jésus institue le commandement de répéter ce qu'il a accompli ce soir-là, "le fait de rompre le pain, la prière de bénédiction et d'action de grâce et avec elle les paroles de la transubstantiation du pain et du vin." :

 

"Nous pourrions dire : par ces paroles, notre moment actuel est entraîné dans le moment de Jésus."

 

Pourquoi rendre grâce ?     

 

"Pour l'"exaucement" (c.f.He 5,7). Il a rendu grâce par avance du fait que le Père ne l'abandonnerait pas à la mort (c.f. Ps 16,10). Il a rendu grâce pour le don de la Résurrection et, sur la base de celle-ci, déjà à ce moment, dans le pain et le vin, il pouvait donner son corps et son sang comme gage de la Résurrection et de la vie éternelle (c.f. Jn 6,53-58)."

 

Au jardin du Mont des Oliviers, Gethsémani, Jésus fait trois prophéties :

 

- le berger sera frappé et les brebis dispersées

- après sa Résurrection il les précédera en Galilée

- il ressuscitera donc

 

Pierre n'aurait pas dû s'interposer pour empêcher l'arrestation de Jésus:

 

"Parce qu'il s'oppose à la Croix , il ne peut pas entendre la parole sur la Résurrection et il voudrait [...] le succès sans la Croix." 

 

L'auteur remarque que c'est une tentation constante des chrétiens de vouloir "obtenir le succès sans la Croix" et avec ses propres forces, c'est pourquoi Pierre avait "besoin d'entendre l'annonce de sa faiblesse, de son triple reniement".

 

L'auteur, à propos du procès de Jésus, souligne que le Christ est condamné à mort par le Sanhédrin pour avoir blasphémé - il s'est prétendu Fils de Dieu. Mais ce blasphème n'est pas recevable devant Pilate. Il est donc accusé cette fois par les mêmes d'avoir revendiqué une royauté messianique. Du crime religieux on passe pour les besoins de la cause au crime politique. Pilate qui n'est pas convaincu de la culpabilité de Jésus va tout de même le condamner à mort à la faveur de l'amnistie pascale qui profitera à Barabbas:

 

"La paix fut en ce cas plus importante pour lui que la justice. Non seulement la grande et inaccessible vérité devait passer au second plan, mais aussi celle du cas concret : il crut ainsi accomplir le vrai sens du droit - sa fonction pacificatrice."

 

Le psaume 22 commence par le cri du Christ sur la Croix :

 

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? "

 

Joseph Ratzinger explique :

 

"Déjà, parmi les priants de l'Ancien Testament, les paroles des Psaumes ne sont pas celles d'un seul individu fermé sur lui-même. Ce sont certes des paroles très personnelles, qui se sont formées dans le combat avec Dieu, mais des paroles auxquelles, en même temps, sont toutefois associés dans la prière tous les justes qui souffrent, tout Israël, et même l'humanité tout entière qui lutte, et c'est pourquoi les Psaumes enveloppent toujours le passé, le présent et l'avenir."

 

Par conséquent "nous sommes nous-mêmes les priants de ce Psaume, mais maintenant c'est d'une manière nouvelle, dans la comunion au Christ". 

 

Sur la Résurrection Joseph Ratzinger a écrit un texte de toute beauté dont la paroisse catholique de Chatou, où j'ai passé en famille le triduum pascal, a reproduit sans ligne de démarcation les deux passages les plus lumineux :

 

"Si dans la Résurrection de Jésus il ne s'était agi que du miracle d'un cadavre réanimé, cela ne nous intéresserait, en fin de compte, en aucune manière. Cela ne serait pas plus important que la réanimation, grâce à l'habileté des médecins, de personnes cliniquement mortes. Pour le monde en général, et pour notre existence, rien ne serait changé."

 

Plus loin :

 

"Les témoignages néotestamentaires ne nous laissent aucun doute sur le fait que dans "la Résurrection du Fils de l'Homme", quelque chose de totalement différent se soit produit. La Résurrection de Jésus fut l'évasion vers un genre de vie totalement nouveau, vers une vie qui n'est plus au-delà de cela - une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l'être-homme. C'est pourquoi la Résurrection de Jésus n'est pas un événement singulier que nous pourrions négliger et qui appartiendrait seulement au passé, mais elle est une sorte de "mutation décisive", un saut de qualité."

 

La feuille paroissiale catovienne omet malheureusement la remarque importante que fait entre parenthèses l'auteur et qu'il situe après "mutation décisive" et avant "un saut de qualité" :

 

"pour employer cette expression de manière analogique, bien qu'elle soit équivoque".

 

La feuille paroissiale termine son second extrait par cette phrase :

 

"Dans la Résurrection de Jésus, une nouvelle possibilité d'être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir, un avenir d'un genre nouveau pour les hommes."

 

Le lecteur aura compris qu'il est impossible de résumer le livre de Joseph Ratzinger sur Jésus de Nazareth, que tout au plus chacun peut relever les interprétations qui l'auront le plus marqué, comme je l'ai fait pour donner envie d'aller y regarder de plus près, tant il est vrai que ce livre est d'une grande densité.

 

Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une oeuvre entreprise en 2003, qui tenait particulièrement à coeur à son auteur. Il n'avait rédigé sous une forme définitive les chapitres 1 à 4 de la première partie qu'en août 2004. Dans sa préface à la première partie, écrite le 30 septembre 2006, il précisait :

 

"Après mon élection au siège épiscopal de Rome, j’ai employé tout mon temps libre pour le mener à bien. Parce que je ne sais pas combien de temps et quelles forces me seront encore concédées, je me suis décidé à publier comme première partie du livre les dix premiers chapitres, qui s’étalent du Baptême dans le Jourdain jusqu’à la confession de Pierre et à la Transfiguration."

 

Il est réconfortant de penser que le Seigneur lui a concédé suffisamment de temps et de forces pour achever également la deuxième partie et nous donner ainsi encore plus ample matière à réflexion.

 

Francis Richard

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 20:50

Eglise de ThibervilleConnaissez-vous l'entreprise de démolition Nourrichard ? Non ? Voyons, rappelez-vous, Nourrichard, c'est le nom de l'évêque d'Evreux, qui a eu la peau de l'abbé Francis Michel, l'ancien curé de Thiberville, et a démoli vite fait, mal fait, son oeuvre pastorale d'un quart de siècle.

Thiberville ? C'est cette paroisse d'un diocèse en pleine déroute qui, naguère, il y a quelques semaines seulement, en était encore le fleuron, avec ses 14 clochers, ses messes bondées et ses nombreux sacrements administrés aux petits comme aux grands enfants de Dieu, le contre-exemple évidemment à ne surtout pas suivre...

 

Car cette réussite lumineuse faisait de l'ombre aux autres paroisses diocésaines désertées par les fidèles, regroupées administrativement tant mal que bien. Il fallait que cela cesse. Il fallait qu'aucune paroisse du diocèse ne dépasse les autres dans la médiocrité ordinaire.

 

Vous comprenez, le curé de Thiberville était encore un vrai curé, comme on en fait de moins en moins, portant soutane, disant la messe tourné avec ses fidèles vers le Seigneur : insupportables cette humilité et ce respect envers Dieu !

De plus la messe y était célébrée dans les deux formes, ordinaire et extraordinaire, depuis 15 ans, c'est-à-dire plus de dix ans avant que ne s'exprime explicitement à ce sujet la volonté réconciliatrice du Saint Père : intolérable cette co-existence pacifique des deux rites !

Après le rejet de trois recours par Rome, après plus d'un an de résistance contre son évêque, l'abbé Francis Michel a dit sa dernière messe à Thiberville le 20 février 2011.

Le 5 mars 2011, j'écrivais sur ce blog :

"Maintenant l'ordre règne à Thiberville, comme on disait que l'ordre régnait à Budapest ou à Prague, après leurs insurrections. Il n'y a plus de curé à demeure. Bientôt il n'y aura plus de fidèles du tout, alors que naguère, de ce point de vue, la paroisse était exemplaire. La forme l'a emporté sur le fond, la loi épiscopale sur la vie paroissiale, l'organisation bureaucratique sur la foi qui soulève les montagnes."

Aujourd'hui il n'y a effectivement quasiment plus de fidèles à Thiberville [la photo du présentoir vide de l'église Saint Taurin provient d'ici]. Les messes en semaine ont disparu. Des trois messes du dimanche il n'en reste plus qu'une, à horaire variable [voir ici], suivie par quelques rares fidèles. La troisième, celle de 17 heures, qui était dite sous la forme extraordinaire devant une assistance de 100 à 150 personnes a été supprimée, faute d'officiant capable de la célébrer selon ce rite.

Etait-ce vraiment ce à quoi Mgr Christian Nourrichard voulait aboutir ? Dieu seul le sait.

 

Le Seigneur ne nous a-t-il pas dit de reconnaître l'arbre aux fruits ? Les fruits sont indéniablement amers.

 

Il faut donc prier pour l'âme de cet évêque qui devra bien rendre des comptes un jour devant le Créateur pour avoir dispersé le troupeau qui lui était confié.

Francis Richard

Le site de Soutien à l'Abbé Michel est ici

 

Articles précédents :

 

Destituer le curé de Thiberville ne suffit pas à Mgr Nourrichard du 5 mars 2011

L'oukase de Mgr Nourrichard contre l'abbé Francis Michel, curé de Thiberville du 22 janvier 2011

Le recours sur le fond de l'abbé Francis Michel accepté par Rome du 24 juillet 2010

Mgr Nourrichard devrait écouter: à Thiberville la vox populi c'est la vox Dei du 7 juillet 2010

Mgr Nourrichard veut toujours disloquer la paroisse de l'abbé Michel du 15 avril 2010

Affaire abbé Francis Michel: le script du 3 janvier à Thiberville du 3 février 2010

L'abbé Francis Michel, curé de Thiberville, et qui entend le rester du 18 janvier 2010

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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 05:35

messe à thibervilleLe 20 février 2011 l'abbé Francis Michel, curé pendant près d'un quart de siècle, a dit sa dernière messe à Thiberville. Il aura résisté plus d'un an à sa destitution programmée le 19 juin 2009 par Mgr Nourrichard, évêque d'Evreux, et qui aurait dû être effective le 3 janvier de l'an passé, si les paroissiens du lieu ne s'y étaient pas opposés, et si l'abbé Francis Michel n'avait pas déposé trois recours à Rome.

 

Le diocèse d'Evreux est un des plus sinistrés de France. Dans ce champ de ruines une seule paroisse était florissante, celle de Thiberville. Pourquoi ? Parce que son curé avait fait concrètement sienne la devise de sainte Jeanne d'Arc, Dieu premier servi, et qu'il s'était occupé des âmes plutôt que de froide administration, le reste étant obtenu de Dieu par surcroît.

 

Mgr Nourrichard a l'attitude inverse de son curé. Au lieu de s'attaquer aux raisons profondes de la désaffection des fidèles, il se présente comme un syndic de faillite, qui répartit la pénurie. Au manque de prêtres il répond par une nouvelle répartition administrative d'un clergé vieillissant, réduit à une véritable peau de chagrin. Cette réorganisation bureaucratique et arbitraire passe par la disparition de la paroisse de Thiberville.

 

Maintenant l'ordre règne à Thiberville, comme on disait que l'ordre régnait à Budapest ou à Prague, après leurs insurrections. Il n'y a plus de curé à demeure. Bientôt il n'y aura plus de fidèles du tout, alors que naguère, de ce point de vue, la paroisse était exemplaire. La forme l'a emporté sur le fond, la loi épiscopale sur la vie paroissiale, l'organisation bureaucratique sur la foi qui soulève les montagnes.

 

L'abbé Francis Michel est un vivant reproche adressé à des hommes d'Eglise qui ont failli comme Mgr Nourrichard et qui ne veulent pas comprendre les profondes raisons du succès d'une paroisse. Même s'il s'en défend, l'évêque d'Evreux ne supporte pas que ce succès provienne du respect de la continuité de la tradition millénaire de l'Eglise et non pas d'interprétations subjectives et abusives du seul concile qui compterait, Vatican II.

 

L'abbé Francis Michel continue d'être un vivant reproche. Le maire de Thiberville a mis à sa disposition le presbytère de la commune, face à l'église. Ce reproche vivant est certes devenu muet, mais il n'en est que plus redoutable. L'église, pleine à craquer le 20 février 2011, était inaccessible le 27. Les serrures en avaient été obstruées par de la mousse expansive. Demain la messe y aura bien lieu. Gageons qu'elle ne fera pas salle comble avec les gens du cru [la photo provient d'ici].

 

La paroisse de Thiberville était celle qui rapportait le plus au diocèse. Au contraire de Mgr Nourrichard, qui doit être comptable à quasi plein temps, l'abbé Francis Michel n'est pas un administrateur. L'abbé Francis Michel aurait ainsi refusé de faire certifier les comptes de sa paroisse, ce qui serait obligatoire depuis 2005, et se serait passé de conseil financier, crimes abominables pour le comptable Nourrichard ! L'abbé Francis Michel est un bon pasteur et c'est ce que les cinq mille paroissiens qui le soutiennent lui demandent en premier lieu. Mais Mgr Nourrichard a peut-être trouvé là moyen de le faire partir définitivement.

 

Comme l'abbé Francis Michel refuse de quitter Thiberville et qu'il continue à y dire sa messe privée, l'évêque le menace d'excommunication et, énigmatique, sussure avec gourmandise à la presse :

 

"J'ai aussi été alerté par des choses plus graves."

 

En fait le diocèse a déposé plainte contre l'abbé Francis Michel le 14 octobre 2010 pour "abus de confiance et détournement de fonds". Cette paroisse rapportait certainement beaucoup trop. Ce qui est éminemment suspect... Mgr Nourrichard en bon apôtre jette la pierre à son ex-curé de Thiberville, dont le modèle est le saint Curé d'Ars, qui devait, bien sûr, lui, tenir des comptes au quart de poil...

 

Il ne suffisait pas à Mgr Nourrichard de destituer l'abbé Francis Michel, de lui proposer une mutation inacceptable, de détruire l'oeuvre de sa vie. Il s'agit maintenant de le salir, de le discréditer définitivement.

 

C'est du propre !  

 

Francis Richard

 

Le site de Soutien à l'Abbé Michel est ici

 

Articles précédents :

 

L'oukase de Mgr Nourrichard contre l'abbé Francis Michel, curé de Thiberville du 22 janvier 2011

Le recours sur le fond de l'abbé Francis Michel accepté par Rome  du 24 juillet 2010

Mgr Nourrichard devrait écouter: à Thiberville la vox populi c'est la vox Dei du 7 juillet 2010

Mgr Nourrichard veut toujours disloquer la paroisse de l'abbé Michel du 15 avril 2010

Affaire abbé Francis Michel: le script du 3 janvier à Thiberville du 3 février 2010

L'abbé Francis Michel, curé de Thiberville, et qui entend le rester du 18 janvier 2010 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 21:00

Mgr-Marc-Aillet.jpg

Mgr Marc Aillet vient de publier une lettre pastorale ayant pour titre La Charité du Christ nous presse et pour sous-titre L'urgence de la mission, aux éditions Artège ici. Le titre provient du verset 14 du chapitre V de la seconde épître aux Corinthiens de Saint Paul. 

 

Mgr Aillet est évêque de Bayonne, Lescar et Oloron. Je suis donc une des ses ouailles quand je me trouve dans ma thébaïde de Saint Jean-de-Luz.

 

J'ai déjà eu l'occasion de l'approcher à deux reprises. Une fois quand il a dit la messe selon le rite extraordinaire à Biarritz le jour de la Toussaint 2009 ici et une seconde fois quand il a prêché dans l'église saint Jean-Baptiste de Saint Jean-de-Luz le jour du Vendredi Saint de l'année dernière.

 

L'évêque de Bayonne n'est donc pas un inconnu pour moi. J'ai d'ailleurs été déçu en bien, comme on dit dans le Pays de Vaud, quand j'ai appris qu'il était un des quatre évêques français à avoir marché pour la vie le dimanche 23 janvier 2011 à Paris. Je n'aurais pas été surpris si j'avais déjà lu à ce moment-là sa lettre pastorale, où il signale la création [début 2010] de l'Académie diocésaine pour la vie.

 

Dans son introduction Mgr Marc Aillet explique le but de cette magnifique lettre pastorale. Il s'agit de répondre à l'appel à la nouvelle évangélisation que le pape Jean-Paul II a lancé il y a maintenant plus de 30 ans et que le pape Benoît XVI a confirmé récemment en créant le Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation [motu proprio Unicumque et semper du 21 septembre 2010].

 

Pourquoi une nouvelle évangélisation ? Parce que le Concile Vatican II a trop souvent été mal interprété. Au lieu de l'être selon une herméneutique de la continuité, il l'a été selon une herméneutique de la rupture. L'"ouverture au monde", partant "d'un regard de bienveillance sur certaines évolutions du monde moderne", aurait dû être "orientée vers l'annonce de l'Evangile du Salut" au lieu d'être de fait une "sécularisation" de l'Eglise : on a en effet trop souvent reconsidéré "l'Eglise elle-même à partir du monde".

 

Quels sont les fruits ?

 

"Nous devons admettre avec lucidité - et c'est d'abord une cause de souffrance pour nous tous - les symptômes persistants d'une Eglise en difficulté : vieillissement du clergé et des assemblées paroissiales, crise des vocations sacerdotales et à la vie consacrée, éclatement de la famille, crise de la transmission de la foi aux jeunes, essoufflement spirituel et tentation de l'activisme, distance avec le Magistère romain, éclipse de la présence de l'Eglise dans la société, etc."

 

Tous les hommes d'Eglise n'ont pas, hélas, cette lucidité...

 

Les moyens concrets que met en oeuvre Mgr Aillet pour donner un nouvel élan missionnaire à son diocèse devraient inspirer ses confrères en épiscopat. Plutôt que de les passer en revue je soulignerai que "le Kérygme en est le coeur : la proclamation, par des témoins, du Mystère du Christ mort et ressuscité pour nous sauver; il a pour objet de "susciter l'acte de foi", en favorisant la rencontre avec le Christ et en appelant à la conversion". Tant il est vrai que "dans l'Eglise catholique, par formation et par tradition, nous sommes parfois devenus davantage enseignants que prédicateurs au sens du Kérygme".

 

J'ajouterai que Mgr Aillet ne rejette aucune expression de la foi, qu'il s'agisse de formes de piété populaire, telles que les vénérations de reliques, les pèlerinages, les processions, les chemins de croix, ou celles de nouveaux mouvements ecclésiaux ou communautés nouvelles, tels que le Renouveau charismatique, Communion et Libération, Chemin néocatéchuménal.

 

Toutefois un nouvel élan missionnaire ne peut se faire sans renouveau intérieur. Le véritable "esprit du Concile" ? Un souffle spirituel et missionnaire qui peut se résumer à cette invite du pape Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique Novo Millennio Ineunte, du 6 janvier 2001, "à "contempler le visage du Christ", comme "fondement absolu" de toute action pastorale et missionnaire" :

 

"Il ne se réduit pas à quelques réformes de structure, qui demeurent périphériques par rapport au renouvellement intérieur que le Concile a préconisé pour que l'Eglise soit plus fidèle à la mission du salut du monde qu'elle a reçue de son Maître et Seigneur, comme l'attestent tous les mouvements de Renouveau nés dans l'Eglise post-conciliaire. D'ailleurs les réformes de structure ou les résolutions pratiques qui se réclament du Concile doivent être évaluées à l'aune de cette intention fondamentale. Si ces résolutions venaient à manquer à ces deux visées contemplative et missionnaire, alors elles seraient infidèles au Concile et devraient être révisées, voire abandonnées."

 

Que doivent proposer les pasteurs aux fidèles ?

 

"Ce n'est pas de faire quelque chose, de remplir une fonction ou d'animer un service, mais bien de rechercher la sainteté, comme plénitude de la vie chrétienne qui réside dans la connaissance parfaite de la Vérité et la perfection de la charité."

 

Les moyens de la sainteté que les pasteurs doivent leur offrir ?

 

"La prière, l'Eucharistie, la Réconciliation, le primat de la grâce, l'écoute de la Parole de Dieu et l'annonce de la Parole de Dieu."

 

A l'instar du pape Benoît XVI, Mgr Aillet souligne le primat de la liturgie qui doit respecter les normes établies, préalable à la manifestation de son caractère sacré :

 

"Il ne fait pas de doute que si le Concile a approfondi le caractère social et convivial de l'Eucharistie, cela s'est fait souvent au détriment de la présence réelle du Christ sous les apparences du pain et du vin consacrés. En accentuant la notion de "repas communautaire", on a infirmé le sens du sacré."

 

De même il souligne qu'il n'y a pas contradiction entre les rites ordinaire et extraordinaire. Plus :

 

"Le motu proprio Summorum Pontificum, sur la liturgie romaine avant 1970, n'est pas seulement une disposition canonique pour permettre à ceux qui y sont légitimement attachés de pratiquer l'ancien missel, mais une invitation faite à tous à approfondir le sens et l'esprit de la liturgie."

 

Communion dans la main et debout ou communion sur la langue et à genoux, comme cette dernière a été remise en honneur par le Saint Père lui-même ?

 

"Plutôt que de se scandaliser devant ce que d'aucuns appellent de manière simpliste un "retour en arrière", n'est-il pas préférable d'essayer de comprendre ce que cet exemple du Saint Père veut signifier en invitant ainsi à entourer la communion du plus grand respect ?"

 

Il ajoute :

 

"Reste à redécouvrir aussi le caractère sacrifiel de l'Eucharistie."

 

Redécouvrir ? C'est donc bien reconnaître qu'il avait été perdu dans la pratique de la Réforme liturgique...

 

De même ne faut-il pas redécouvrir "le lien intrinsèque qu'il y a entre l'Eucharistie et la Pénitence" ? Ainsi Mgr Aillet cite-t-il un passage de l'exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis du pape Benoît XVI du 22 février 2007 :  

 

"A notre époque, les fidèles se trouvent immergés dans une culture qui tend à effacer le sens du péché, favorisant un comportement superficiel qui porte à oublier la nécessité d'être dans la grâce de Dieu pour s'approcher dignement de la communion sacramentelle."

 

Selon une herméneutique de la continuité la Constitution conciliaire Lumen Gentium apparaît sous un jour bien différent de celui auquel on nous a habitués trop souvent. Mgr Aillet s'en prend aux "méprises tenaces" relatives à l'expression de "peuple de Dieu" qui y figure et qui en fait rend compte du "Mystère intime de l'Eglise" :

 

"Non seulement il ne s'agissait pas d'identifier l'Eglise avec un peuple diffus dans l'humanité tout entière, à la manière de "chrétiens anonymes", mais il ne s'agissait pas non plus de faire droit à une conception démocratique de l'Eglise pour mieux s'adapter aux requêtes de la société moderne."

 

Il précise plus loin :

 

"Le peuple de Dieu, c'est donc le peuple qui appartient à Dieu, le peuple saint qu'on ne saurait entendre en un sens "démocratique" (du grec "demos"). Ce peuple naît de la volonté de Dieu qui pourvoit lui-même à son organisation : il n'est en aucun cas une émanation de la libre association des hommes."

 

Si l'Eglise est une hiérarchie, ce n'est donc pas dans le sens de "domination sacrée", mais d'"origine sacrée". 

 

Le peuple de Dieu ? Ce sont les prêtres, dont l'évêque rappelle les trois devoirs d'enseigner, de mettre en contact avec Dieu qui est saint, de gouverner "selon la modalité du service et dans l'obéissance au Christ et donc au Magistère de l'Eglise" ; ce sont les laïcs, qui doivent collaborer fraternellement avec les prêtres et participer à "la mission d'évangélisation qui incombe à tout baptisé"; ce sont les consacrés, dont la vie religieuse doit être également envisagée sous l'angle de la "contestation du monde". 

 

Si les prêtres exercent "un sacerdoce ministériel", les laïcs de l'Eglise exercent "un sacerdoce commun" :

 

"Si les fidèles laïcs doivent prendre leur part de responsabilité dans la vie de l'Eglise, ce n'est pas d'abord parce que l'on manque de prêtres, mais bien parce que cette participation est inscrite dans la grâce du baptême et de la confirmation. J'ajoute que cette coresponsabilité dans l'animation de nos communautés chrétiennes ne doit pas s'interpréter en termes de substitution, mais de complémentarité; et cette complémentarité doit être manifeste sur le terrain, autrement dit : les prêtres ne doivent pas démissionner de leur responsabilité propre de pasteur, sous prétexte qu'ils bénéficient du concours de nombreux fidèles."

 

Faire de l'humanitaire ne suffit pas, la mission est primordiale :

 

"Sans sous-estimer l'importance de la diaconie ou de la solidarité pour combattre les situations de précarité et d'injustice qui privent nombre de nos concitoyens de l'élémentaire dignité qui leur est due, il faut affirmer haut et fort que la plus grande pauvreté réside dans l'ignorance du Christ."

 

La communion entre les membres de l'Eglise est d'abord une attitude spirituelle :

 

"Nous sommes établis par la foi dans une affinité spirituelle profonde avec nos frères et soeurs, qui s'approfondit à la mesure de la contemplation de Dieu."

 

L'engagement oecuménique s'entend comme une manière nouvelle d'aborder les autres chrétiens. L'Eglise catholique "continue de détenir la Vérité et la plénitude des moyens de salut". Mais les autres chrétiens sont désormais considérés "comme des frères appartenant à des Eglises et des communautés ecclésiales qui conservent, à des degrés divers, des éléments de Vérité et de sanctification".

 

Le dialogue avec les juifs ? Le 17 janvier 2010, à la synagogue de Rome, le pape Benoît XVI "a souligné les progrès dans la réconciliation entre les juifs et les catholiques, en particulier en surmontant les plaies de l'antisémitisme et de l'antijudaïsme. Il a déploré une nouvelle fois, comme à Auschwitz et Jérusalem, "le drame singulier et bouleversant de la Shoah". Et qualifié d'irrévocable, le chemin du dialogue, de fraternité et d'amitié qui s'est instauré et approfondi depuis le Concile Vatican II. Il a désigné l'Ecriture Sainte comme le fondement le plus solide et le plus durable de notre proximité et de notre fraternité spirituelle".

 

Le dialogue interreligieux ? Il "doit viser avant tout un climat de connaissance mutuelle, voire de confiance amicale, pour mieux assurer les conditions de la paix et de la cohésion sociale". Ce qui n'empêche pas Mgr Aillet de dire :

 

"Pour mener ce dialogue dans la Vérité, on ne pourra pas passer sous silence l'infériorité sociale et politique, les atteintes graves à la liberté religieuse, voire les persécutions les plus sévères, dont les chrétiens peuvent être l'objet dans les pays musulmans ou à dominante hindouiste."

 

Comme on le voit, cette longue lettre pastorale aborde beaucoup de sujets. Son auteur y cite souvent les papes Jean-Paul II et Benoît XVI et montre que l'Eglise post-conciliaire peut très bien s'incrire dans la Tradition. Trois signes le confirment : Mgr Aillet a rouvert en septembre dernier le séminaire diocésain de Bayonne, fermé depuis 2005; il a consacré deux chapelles, à Pau et à Bayonne, à l'adoration perpétuelle; il souhaite consacrer son diocèse au Coeur Immaculé de Marie "pour retremper notre foi aux sources vives de la dévotion mariale".

 

Francis Richard

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 17:00

L'abbé Francis Michel Rameaux 2010L'abbé Francis Michel est curé de Thiberville depuis près d'un quart de siècle [la photo provient d'ici]. En tant que tel il est malheureusement placé sous l'autorité de l'évêque d'Evreux, Mgr Nourrichard.

 

Malheureusement, parce que le diocèse d'Evreux a la particularité dans une Eglise de France sinistrée, d'être un diocèse encore plus sinistré que les autres. A l'exception d'une paroisse, celle de Thiberville.

 

A cette exception il y a une bonne et sainte raison : son curé s'occupe avant tout du salut des âmes et il obtient le reste par surcroît. Il est d'abord pasteur avant d'être administrateur, comme le serait un vulgaire bureaucrate.

 

Mgr Nourrichard a un comportement inverse. Au lieu de s'occuper d'abord des âmes, il s'occupe d'administration, comme un vulgaire syndic de faillite. Il y a pénurie de prêtres ? Il répartit la pénurie, c'est-à-dire qu'il réorganise le diocèse en unités interparoissiales plus grandes. S'il avait ne serait-ce qu'un commencement d'authentique charité, il donnerait en exemple à ses autres clercs le curé de Thiberville et leur demanderait de le célébrer avec des palmes. Seulement voilà, ce serait aller à l'encontre de ses intimes convictions, ce serait se renier, ce serait reconnaître que son apostolat a fait faillite, faute de se souvenir que Dieu doit être premier servi plutôt que son petit ego, que le salut des ouailles doit être le véritable but poursuivi par un successeur des apôtres.

 

Le 19 juin 2009 Mgr Nourrichard décide donc de regrouper la paroisse de Thiberville à d'autres paroisses, autrement dit de la démanteler, et de ravaler son curé au rang de prêtre coopérateur sous l'autorité d'un confrère qui ne lui veut pas que du bien, sans doute parce que jaloux de ses succès, qu'il aurait été bien incapable d'obtenir. Le 3 janvier 2010 l'abbé Francis Michel aurait dû dire sa dernière messe à Thiberville. Mais ses ouailles ne l'entendent pas ainsi et s'y opposent. Lui-même ne peut se résoudre à détruire l'oeuvre de sa vie, au service de Dieu et de ses fidèles.  

 

La restructuration du diocèse masque donc un différend plus profond, qui peut se résumer ainsi, comme je l'ai fait le 3 février 2010 sur ce blog ici :

 

"Il n'y a rien à reprocher à l'abbé Francis Michel sinon d'avoir "une sensibilité traditionnelle" et de se conformer à la volonté de Sa Sainteté le pape Benoît XVI, c'est-à-dire : 

- de situer le Concile Vatican II dans la continuité de la tradition millénaire de l'Eglise
- de donner sa place au rite extraordinaire de l'Eglise à côté de son rite ordinaire
- de célébrer la messe tourné vers le Seigneur, en communion d'élévation vers Dieu avec les fidèles
- de se préoccuper et de s'occuper avant tout des âmes qui lui sont confiées à l'instar du Saint Curé d'Ars à qui il a été laissé 40 ans pour ce faire
- d'être soutenu en retour par les laïcs de sa paroisse, qui assument ainsi pleinement leur promotion voulue par le Concile Vatican II.

Autant de choses propres à susciter la jalousie de confrères qui ont bien du mal, dans leurs églises désertes, à faire venir les fidèles, sinon à les retenir, et qui se réjouissent, en toute charité chrétienne, des avanies infligées par leur évêque incompétent à l'abbé Michel
."

 

L'abbé Francis Michel a déposé trois recours à Rome, tous trois rejetés, sans que soient connus les attendus précis de ces rejets. Nous connaissons le dernier de ces rejets par une lettre épiscopale du titulaire d'Evreux, datée du 14 janvier 2011 ici :

 

"Frères et Sœurs,

 

Vous avez droit à la vérité, c’est-à-dire à une information objective !

 

Dans le cadre de la situation de Thiberville, le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique a rendu son jugement.

 

Rome confirme les décrets pris par l’Evêque d’Evreux concernant le statut de l’ancien groupement inter paroissial de Thiberville dont l’abbé Francis MICHEL était le curé.

 

Suite aux rejets des trois recours déposés à Rome par l’abbé Francis MICHEL, je lui réitère mon invitation à quitter Thiberville pour l’exercice de son ministère.

 

Ensemble nous continuons de prier pour l’abbé Francis MICHEL.

 

Evreux, le 14 janvier 2011

 

+ Christian NOURRICHARD

 

Evêque"



Pour Mgr Nourrichard l'information objective est de dire, sans autre forme de procès, sans publier les motifs des rejets, que les décrets, pris par lui, démantelant la paroisse de Thiberville et destituant son curé, sont confirmés par Rome. L'organisation romaine approuve donc la désorganisation normande. L'oukase bureaucratique tombe juste après : l'abbé Francis Michel est invité, ce qui est une clause de style assez farce, à quitter Thiberville pour exercer ailleurs son ministère. Quant à l'affirmation que ce monseigneur continue à prier pour l'abbé Francis Michel, n'est-elle pas hypocrite compte tenu des circonstances ?

 

Existe-t-il encore un recours possible à Rome ? Je ne sais, mais je sais qu'il faut continuer de prier pour l'âme de Mgr Nourrichard qui devra bien un jour rendre des comptes, sinon devant un tribunal humain, fût-t-il ecclésiastique, du moins devant Dieu.

 

En attendant, réfléchissant sur la vertu d'obéissance, je médite cette forte parole de saint Pierre, que rapporte saint Luc dans les Actes des Apôtres (Chapitre V, verset 29) :

 

"Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes."

 

Francis Richard

 

Articles précédents :

 

Le recours sur le fond de l'abbé Francis Michel accepté par Rome  du 24 juillet 2010

Mgr Nourrichard devrait écouter: à Thiberville la vox populi c'est la vox Dei du 7 juillet 2010

Mgr Nourrichard veut toujours disloquer la paroisse de l'abbé Michel du 15 avril 2010

Affaire abbé Francis Michel: le script du 3 janvier à Thiberville du 3 février 2010

L'abbé Francis Michel, curé de Thiberville, et qui entend le rester du 18 janvier 2010 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 17:35
Yannick EscherL'abbé Yannick Escher [ci-contre] est ce jeune chanoine de 36 ans qui, le 29 juin 2010, a quitté l'Abbaye de Saint Maurice en Valais pour Ecône, à la surprise générale, laissant une lettre de motivation de 5 pages sur le bureau du Père-Abbé, Mgr Roduit, lettre dont il adressait une copie par la poste à 44 de ses confrères [voir mon article Mgr Roduit responsable du départ du Chanoine Escher de Saint-Maurice ? ].
 
Dans une vidéo mise en ligne sur Internet  le 13 janvier dernier par DICI ici, l'abbé Yannick Escher dresse le portrait du prêtre d'après-Concile. A travers ce portrait il est loisible de reconnaître le portrait de ce prêtre, dont la vie de paroisse n'était plus tenable dès lors qu'il avait regardé vers la Tradition, vers la Fraternité Saint Pie X.
 
Le prêtre d'après-Concile est, selon l'abbé Yannick Escher, une victime. Il arrive seul dans une paroisse et il se retrouve seul au milieu de ruines : "personne au catéchisme, des têtes grises, des églises dans un pas trop bon état". Comme cela se fait-il ? On lui répond que le monde a changé, que les gens n'ont plus la même mentalité, qu'ils ne sont plus chrétiens. Salauds de gens !
 
En fait le monde a bon dos :
 
"Ce n'est pas le monde qui a fait fermer les écoles catholiques, les hôpitaux catholiques, les patronages. Ce n'est pas le monde. Ce sont les prêtres qui ont décidé de fermer, de changer."
 
Pourquoi ? L'abbé Duccarroz, prévôt de la cathédrale St Nicolas de Fribourg, en a donné l'explication à la radio, il y a quelques années, dans un moment de lucidité et de grande honnêteté :
 
"On nous a dit quand j'ai été ordonné : enlevez la soutane, fermez les oeuvres catholiques - les collectivités publiques en ont aussi [sous-entendu il ne faut pas les concurrencer]- allez vers les gens, ouvrez-vous. On l'a fait. Nos églises se sont vidées, nos séminaires se sont vidés. Peut-être qu'on s'est quand même trompé."...
 
En plus de se retrouver seul au milieu de ruines, le prêtre d'après-Concile se retrouve désarmé, parce que le cursus académique qu'il a suivi est d'une qualité médiocre.
 
Au lieu de lui enseigner la philosophie de Saint Thomas qui doit lui permettre de comprendre la théologie, on lui enseigne l'histoire de la philosophie et la philosophie de la pensée moderne... Au lieu d'étudier les dogmes on lui en enseigne l'histoire... Quant à l'enseignement de l'histoire de l'Eglise il est tout au plus du niveau de la dernière année de lycée...
 
On préfère lui enseigner la pastorale, l'homélitique, la pédagogie religieuse, qui pourraient s'apprendre sur le terrain ou, à la rigueur, en fin de cursus.
 
En outre on lui enseigne que tout commence avec le Concile. L'abbé Escher raconte que le prêtre qui lui donnait le cours de théologie pastorale à l'Université de Fribourg est venu un jour avec un carton sous le bras. Pour illustrer ce qu'était l'Eglise avant le Concile il a montré à ses étudiants le recto de ce carton sur lequel était dessinée une pyramide. Au verso, un cercle était censé représenter l'Eglise actuelle... C'était en 2e ou 3e année...
 
Le prêtre d'après-Concile est un prisonnier :
 
"Il est pris en otage entre ses confrères, les fidèles, les assistants pastoraux laïcs et son évêque."
 
L'abbé Escher raconte trois anecdotes à ce sujet, qui ne sont pas des cas isolés.
 
La première est celle d'un jeune prêtre contraint de donner une absolution collective, ce qui est interdit par l'Eglise, encore aujourd'hui :
 
"Juste après il était allé se confesser à un autre prêtre. Mais il avait été obligé de le faire. Il en était encore retourné. C'est tragique. Donc il est comme prisonnier, parce qu'il doit faire. Mais il sait que ce n'est pas juste."
 
S'il invoque un document tel que le motu proprio de Jean-Paul II sur la confession [Misericordia Dei, du 7.04.2002] qui est très clair sur la question, on lui répond :
 
"Heureusement qu'il y a des montagnes entre Rome et nous !" 
 
La seconde est celle d'un prêtre de son âge qui lui fait cette confidence :
 
"Le directeur de ma chorale est divorcé et vit avec quelqu'un, au vu et au su de tout le monde. Je suis obligé de lui donner la communion, parce que, si je ne lui donne pas la communion, je n'ai plus de chorale et il va se plaindre."
 
La troisième est celle de ce prêtre qui arrive dans une paroisse où tous les rôles ont déjà été distribués aux laïcs qui s'occupent des catéchismes, des préparations à la première communion et à la confirmation etc. :
 
"Je suis juste bon à dire la messe, à confesser les quelques personnes qui viennent se confesser encore."
 
On tient le prêtre par l'obéissance. "Les évêques sont des papes dans leurs diocèses"... qui ne montrent pas l'exemple. S'adressant à l'un d'entre eux, l'abbé Escher lui dit simplement :
 
"Si vous demandez l'obéissance de vos clercs, vous devez, Monseigneur, vous-même montrer l'exemple en obéissant au Souverain Pontife. Sinon vous ne pouvez pas exiger l'obéissance de vos clercs."
 
Le prêtre d'après-Concile n'a pas forcément ce courage-là. Il est résigné :
 
"Ma foi, mieux vaut se tromper en obéissant que de désobéir et de faire juste."
 
Cela ne vous rappelle rien ?
 
Au prêtre d'après-Concile on demande de ne plus être dogmatique, de ne plus imposer de formules, bref de pratiquer la pastorale de l'engendrement qui a pour caractéristique de changer chaque année, au mieux tous les cinq ans, au gré de la mode. De qui se moque-t-on ? demande l'abbé Escher :
 
"Les gens aujourd'hui, les jeunes - j'ai beaucoup travaillé avec les jeunes - ont soif de la Vérité. La Vérité a un nom, un visage. Ce n'est pas une théorie, c'est une personne, c'est Jésus-Christ. Il faut leur donner Notre Seigneur Jésus-Christ, bien sûr avec beaucoup de tact, de délicatesse. Il faut rendre la Vérité aimable. On ne va pas les assommer à coups de catéchisme. On est bien d'accord avec ça. Mais on n'est pas là pour être des animateurs de Club Méditerranée spirituel ! "
 
Hors du Concile, point de salut ! Qui l'a lu complètement ? Aucune importance, puisque c'est un événement qui se poursuit dans le temps, un esprit, que dis-je, une ouverture, un renouvellement. C'est du moins ce qu'on répond au prêtre d'après-Concile quand il invoque la Constitution pour la liturgie "qui dit que le latin reste la langue de l'Eglise, que le chant grégorien reste le chant de l'Eglise latine."...
 
Vatican II, c'est l'idole :
 
"De l'idole découle l'idéologie. Et l'idéologie est toujours totalisante. Elle exclut tout le reste et elle détruit tout le reste. Le propre de l'idole et de l'idéologie, c'est de détruire même ceux qui la professe, de les aveugler complètement."
 
Il faudrait ouvrir les yeux sur la situation et se demander pourquoi il n'y a plus que 5% de pratique religieuse en moyenne... 
 
Dans un entretien du 15 juillet 2010 à Canal 9 ici, la télévision valaisanne, Mgr Roduit, Père-Abbé de Saint Maurice, avait osé dire que l'abbé Yannick Escher avait préféré le château-fort d'Ecône à la caravane de Saint Maurice...
 
Dans cette vidéo l'abbé Escher, en quelque sorte, lui répond :
 
"On peut pardonner beaucoup de choses dans l'Eglise. On vous pardonnera d'avoir une relation amoureuse. On vous pardonnera de ne pas dire la messe tous les jours, de laisser votre bréviaire, de vous moquer des formules de piété éprouvées, de dire des hétérodoxies, pour ne pas dire plus, en chaire. On vous le pardonnera. On est très charitable, mais on ne vous pardonnera pas une seule chose, le péché suprême c'est de regarder vers la Tradition, et bien plus encore, de regarder vers la Fraternité Saint Pie X."
 
Francis Richard
  

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 
Voici la vidéo de l'abbé Yannick Escher :
 
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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 00:05

Lumière du mondePour se faire une idée la plus juste possible d'une personnalité comme le pape Benoît XVI, il ne faut pas se contenter de lire les médias, qui, comme dans bien d'autres domaines, ont une fâcheuse propension à déformer les propos d'autrui pour les rendre conformes à leurs préjugés, à leurs a priori. Il faut en quelque sorte aller de préférence à la source.

 

C'est bien pourquoi je suis très heureux de pouvoir entendre la voix non déformée du pape, interrogé par quelqu'un - Peter Seewald - qui ne cherche pas à le piéger, mais à lui faire dire ce qu'il pense réellement sur un certain nombre de sujets qui ont trait aux signes des temps, à son pontificat et à la direction vers laquelle nous allons.

 

Dans Lumière du Monde, publié chez Bayard ici, Benoît XVI nous confirme qu'il ne voulait pas être pape :

 

"Dès l'instant où cette charge a pesé sur moi, je n'ai pu que dire au Seigneur : "Que fais-Tu de moi ? Maintenant c'est Toi qui portes la responsabilité. Il faut que Tu me guides ! Je ne peux pas. Si Tu as voulu de moi, alors il faut aussi que Tu m'aides !" "

 

Il rappelle ce qu'est l'infaillibilité du pape que beaucoup de catholiques mal instruits ne savent même pas définir - il serait donc vain de reprocher leur ignorance à ceux qui ne le sont pas :

 

"Pour les affaires courantes, l'évêque de Rome agit comme n'importe quel évêque qui confesse sa foi, la proclame, qui est fidèle à l'Eglise. C'est seulement quand sont réunies certaines conditions, quand la tradition est devenue claire et qu'il a conscience de ne pas agir arbitrairement, que le pape peut dire : ceci est la foi de l'Eglise."

 

Il précise :

 

"Le pape peut naturellement avoir des opinions privées erronées. Mais, comme il a été dit, quand il parle comme pasteur suprême de l'Eglise, en conscience de sa responsabilité, alors il ne dit rien qui lui serait propre, qui viendrait juste de lui passer par l'esprit."

 

Ce livre contient des explications, des opinions, des déclarations, parmi lesquelles j'ai opéré un choix, forcément subjectif et partiel, mais qui correspondent, me semble-t-il aux principales interrogations du moment au sujet du pape, de l'Eglise et de notre temps. Plutôt que de rapporter, j'ai préféré citer longuement, pour ne pas déformer. 

 

Benoît XVI explique pourquoi il a levé les excommunications qui frappaient les évêques ordonnés par Mgr Lefebvre :

 

"Ces quatre évêques, contrairement à ce que l'on a maintes fois sous-entendu, n'ont pas été excommuniés à cause de leur attitude négative envers le concile Vatican II. Ils l'ont été en réalité, parce qu'ils avaient été ordonnés sans mandat pontifical. [...] Si leur excommunication a été levée, c'est pour la seule raison qu'ils ont exprimé à présent une reconnaissance du pape - même s'ils ne le suivent pas sur tous les points."

 

Au sujet du scandale des abus sexuels il explique quelle a été son attitude :

 

"Il était impossible de ne pas voir que la volonté de vérité n'était pas le seul moteur de ce travail d'enquête mené par la presse, et qu'il s'y mêlait la joie de dénoncer l'Eglise et de la discréditer le plus possible. Mais malgré cela une chose devait rester claire : dans la mesure où c'est la vérité nous devons nous réjouir de tout éclaircissement. La vérité, liée à l'amour bien compris, c'est la valeur numéro un. [...] C'est seulement parce que le mal était dans l'Eglise que d'autres ont pu s'en servir contre elle." 

 

Que faire ?

 

"Il est important que, premièrement, on prenne soin des victimes et que l'on fasse tout pour les aider; deuxièmement, que l'on empêche de tels faits en choisissant judicieusement les candidats au sacerdoce, autant qu'on le peut; troisièmement que les criminels soient punis et qu'on leur ôte toute possibilité de récidiver."

 

Des directives ont été prises dans ce sens en 2003. Depuis, elles ont été "retravaillées et récemment publiées dans une dernière version".

 

Pourquoi bannir la croix de l'espace public ?

 

"Si la croix contenait un message déraisonnable et non assimilable par d'autres, ce serait plutôt inquiétant. Mais la croix contient le message que Dieu lui-même souffre, qu'il nous manifeste son affection à travers sa souffrance, qu'il nous aime. C'est un message qui n'agresse personne. Voici déjà un point.

 

D'autre part, il existe aussi bien entendu une identité culturelle au fondement de nos pays. Une identité qui les forme positivement, qui les porte depuis l'intérieur et qui détermine toujours les valeurs positives et la structure fondamentale de la société. Grâce à elles, l'égoïsme est repoussé dans ses frontières et une culture de l'humain est possible. Je dirais qu'une telle expression culturelle d'une société par elle-même, qui en vit positivement, ne peut offenser ceux qui ne partagent pas cette conviction, et que cette expression ne doit pas non plus être bannie."

 

Il s'exprime ainsi sur la burqa :

 

"Je ne vois aucune raison de prononcer une interdiction générale. On dit que certaines femmes ne la porteraient pas de leur plein gré et qu'elle est en réalité une violence faite à la femme. Si tel est le cas, bien entendu, on ne peut pas être d'accord. Mais si elles veulent la porter de leur plein gré, je ne vois pas pourquoi on va le leur interdire."

 

Sur les Juifs vus par les chrétiens :

 

"Les juifs n'aiment pas trop entendre les mots "frères aînés", que Jean XXIII employait déjà. Dans la tradition juive, le "frère aîné", Esaü, est aussi le frère réprouvé. On peut quand même employer ces mots parce qu'ils disent quelque chose d'important. Mais il est exact aussi de dire que les Juifs sont aussi nos "pères dans la foi". Et ces mots rendent peut-être encore plus visible la manière dont nous sommes liés."

 

Sur son "discours de Ratisbonne" : 

 

"J'avais conçu et tenu ce discours comme un texte strictement académique, sans être conscient que la lecture que l'on fait d'un discours pontifical n'est pas académique mais politique. Une fois qu'il a été passé au crible politique, on ne s'est plus intéressé aux finesses de la trame, on a arraché un texte à son contexte et on en a fait un objet politique qu'il n'était pas en soi."

 

Sur les liturgies ordinaire et extraordinaire :

 

"Concrètement, la liturgie rénovée de Vatican II est la forme variable selon laquelle l'Eglise célèbre aujourd'hui. Si j'ai voulu rendre plus accessible la forme précédente, c'est surtout pour préserver la cohésion interne de l'histoire de l'Eglise. Nous ne pouvons pas dire : avant, tout allait de travers, maintenant tout va bien."

 

Pourquoi a-t-il modifié la prière pour la conversion des juifs, dite le Vendredi Saint dans l'ancien rite ?

 

"La formulation de cette prière était réellement blessante pour les Juifs, et par ailleurs elle n'exprimait pas de manière positive l'unité interne entre l'Ancien et le Nouveau Testament.[...] J'ai modifié cette prière afin qu'elle exprime notre foi dans le fait que le Christ est le sauveur de tous."

 

Sur le silence de Pie XII pendant la Seconde Guerre Mondiale :

 

"Pie XII a sauvé la vie de milliers de juifs en faisant ouvrir les couvents et les monastères romains - ce que seul le pape en personne peut faire - et en proclamant leur extraterritorialité, ce qui n'était pas totalement sûr du point de vue du droit, mais que les Allemands ont toléré tout de même. Une chose est claire : à l'instant même où il aurait émis une protestation publique, on n'aurait plus respecté l'extraterritorialité et les milliers de personnes qui avaient été mises en sécurité dans les monastères romains auraient été déportées."

 

Lors de son voyage en Afrique les médias n'ont retenu qu'une phrase de Benoît XVI : il disait que le problème du Sida ne serait pas résolu par la distribution de préservatifs. Il apporte les précisions suivantes :

 

"La seule fixation sur le préservatif représente une banalisation de la sexualité. Or cette banalisation est justement à l'origine d'un phénomène dangereux : tant de personnes ne trouvent plus dans la sexualité l'expression de leur amour, mais uniquement une drogue qu'ils s'administrent eux-mêmes."

 

Il ajoute - ce qui va être interprété, à tort parce que c'est simpliste, comme une admission par lui de l'usage du préservatif dans certains cas ici :

 

"Il peut y avoir des cas particuliers, par exemple lorsqu'un prostitué utilise un préservatif, dans la mesure où cela peut être un premier pas vers une moralisation, un premier élément de responsabilité permettant de développer à nouveau une conscience du fait que tout n'est pas permis et que l'on ne peut pas faire tout ce que l'on veut. Mais ce n'est pas la véritable manière de répondre au mal que constitue l'infection contre le virus VIH. La bonne réponse réside forcément dans l'humanisation de la sexualité."

 

Dans ce livre Benoît XVI aborde bien d'autres sujets que ceux dont j'ai choisi de reproduire quelques extraits. L'internaute intéressé les découvrira avec profit en le lisant dans son entier. 

 

Pour ma part je terminerai par deux derniers extraits qui ont pour vertu d'aller bien au-delà de préoccupations encore trop terrestres dans les précédents.

 

Dans le premier, sans rejeter les bienfaits de la science Benoît XVI en trace les limites et nous rappelle le besoin religieux de l'homme :

 

"Quelles que soient les transformations, l'homme reste cependant toujours le même. Il n'y aurait pas tant de croyants si les gens n'avaient pas toujours cette idée au fond de leur coeur : oui, ce qui est dit dans la religion, c'est ce dont nous avons besoin. La science à elle seule, de la manière dont elle s'isole et prend son autonomie, ne couvre pas la totalité de notre vie. C'est un domaine qui nous apporte de grandes choses, mais pour y parvenir elle a besoin que l'homme reste un homme.

 

Nous avons bien vu que le progrès a certes fait progresser nos capacités, mais ni notre grandeur, ni notre humanité. Nous devons retrouver un équilibre intérieur, et nous avons aussi besoin de grandir intellectuellement : cela, nous le voyons de mieux en mieux, dans les grandes difficultés de notre temps."

 

Comme le disait le physicien nucléaire Werner Heisenberg, l'invraisemblable est par principe pensable :

 

"Tant que l'on est enivré par les connaissances fragmentaires, on dit : il n'y a rien de plus, avec cela, nous savons tout. Mais à l'instant où l'on reconnaît la dimension inouï du tout, le regard va plus loin et pose la question d'un Dieu d'où tout provient."

 

Francis Richard

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 09:45

genoudMgr Bernard Genoud a rendu l’esprit et son âme a rejoint le Créateur le 21 septembre 2010 dans sa 69ème année. Depuis plus de 10 ans il était évêque de Fribourg, Lausanne, Genève et Neuchâtel. A ce titre il aura été confronté à deux crises majeures, la chute des vocations sacerdotales et le scandale des prêtres pédophiles. Sur la façon dont il y aura fait face, il est certainement trop tôt pour répondre avec justesse. Le Christ ne nous demande-t-il pas d’ailleurs de juger l’arbre aux fruits et ne nous recommande-t-il pas de nous garder de juger les autres ?

A la mi-août, Mgr Bernard Genoud a accordé deux entretiens, dans La Liberté ici et dans Le Matin Dimanche ici [d'où provient la photo] sur lesquels il est bon, je crois, de revenir parce qu’il nous donne dans ces entretiens, avec simplicité, un exemple à suivre pour nos derniers temps sur Terre. Ce qu’il dit est suffisamment proche de sa mort pour que nous lui accordions le plus grand crédit et pour que nous soyons touchés par la sérénité qui fut la sienne dans ses derniers temps. L’esprit restait prompt si la chair était faible.

Il est deux façons de prêcher la parole de Dieu, par la parole justement et par l’exemple. Schématiquement la première est celle des Dominicains, la seconde celle des Bénédictins, qui me parle davantage, sans doute parce que je ne suis pas un modèle. Cette distinction n’est cependant qu’intellectuelle et rassurante. En réalité les deux façons se fondent souvent et la parole peut elle-même prêcher d’exemple. C’est ce que j’ai ressenti en relisant les deux entretiens accordés par Mgr Genoud depuis l’EMS (Etablissement médico-social], La Providence, de Fribourg d’où il a dirigé jusqu’au bout son diocèse.

Mgr Genoud considérait que les malades étaient nos « maîtres spirituels ». Il disait en 2004 lors d’un pèlerinage à Lourdes qu’il était heureux en leur compagnie. Il se sentait proche d’eux, davantage encore, bien sûr, quand il est devenu l’un des leurs :

« Je redis la même chose, mais avec plus de force. C’est vrai que, maintenant, je suis avec eux dans la « fraternité ». Parfois il faut avoir passé par certaines expériences pour pouvoir en parler avec une certaine exhaustivité. » [La Liberté]

Cette fraternité était double selon lui, une fraternité de sang et de sens :

« Fraternité du sang parce que nous sommes humains. Tous, nous savons qu’il y aura une échéance à notre existence et, en même temps, humains mais fils du même Dieu, qui donne sens à notre existence et fait de nous des frères. » [La Liberté]

La maladie ne lui donne pas le sentiment d’avoir été abandonné par Dieu et il ne doute pas:

« J'ai cette grâce: toute ma vie, Dieu m'a aidé à ne pas douter de la foi. » [Le Matin Dimanche]

Pourquoi ne doute-t-il pas ? Parce qu’il sent la présence de Dieu :

« Derrière le demi-millimètre de mes paupières closes, Il est là ! C’est moi, au contraire, qui ne suit pas toujours là pour lui » [La Liberté]

Aux journalistes du Matin Dimanche, incrédules, il confirme qu’Il est plus présent depuis qu’il est malade:

« Il ne peut pas être plus présent, c'est moi qui le suis. Vous savez, les trois quarts du temps, c'est nous qui sommes absents. J'y suis plus attentif parce que j'ai plus de temps pour l'être. Ça me donne cette sérénité intérieure. » [Le Matin Dimanche]

Mgr Genoud ne dit pas que la présence de Dieu dissimule la maladie. Pour lui il faut la regarder en face, avec courage :

« La souffrance est une école de vie spirituelle. J'aime bien le mot «courage» dans la maladie. Ça veut dire agir avec le cœur. J'ai envie de dire à tous ceux qui souffrent: «Agissez avec courage et vous verrez que ça ira mieux.» On sait bien que le cœur et le psychisme ont une importance fantastique dans la maladie. » [Le Matin Dimanche]

On sait que Mgr Genoud est mort d’un cancer du poumon et qu’il a continué de fumer jusqu’au bout – un ami, un véritable frère pour moi, très malade, fumeur impénitent, aujourd’hui décédé, me disait qu’il n’était pas possible d’être « un héros tout le temps ».

Mgr Genoud disait qu’il aimerait dire aux fumeurs d’arrêter :

« Même si je ne suis pas un très bon exemple. Fumer, c'est bête: on s'abîme la vie, on abîme celle des autres. Pourquoi? Pour arriver à en être malade? Cela dit, il n'y a pas que ça, j'avais sûrement une prédisposition au cancer. » [Le Matin Dimanche]

Cela ne l’empêchait pas d’ajouter :

« J'ai beaucoup diminué. Arrive un moment où l'on se dit: «Ce n'est pas maintenant qu'il faut faire cet effort-là. Il fallait le faire avant.» Mais il y a aussi, aujourd'hui, une certaine idéologie dans le combat contre la cigarette. Quand il y a eu la prohibition de l'alcool aux Etats-Unis, ça a fait la richesse de la mafia. On pouvait faire n'importe quoi, tuer les gens au colt, mais il ne fallait pas boire. Aujourd'hui, on a reporté cette attention morale sur la fumée. On dirait qu'on peut faire n'importe quoi mais ne pas fumer. » [Le Matin Dimanche]

Fortes paroles que tout défenseur des libertés individuelles ne peut qu’approuver.

Mgr Bernard Genoud n’avait pas peur de la mort. Dans l’évangile il est dit que l’on ne sait ni le jour ni l’heure. Mais il se pourrait que Mgr Genoud ait fait exception :

« [Le moment de quitter ce monde] arrivera comme pour tout le monde. Je n’en sais rien quand. Le Bon Dieu me le fera savoir, Il est assez malin pour me le dire. Ce n’est pas mon problème, c’est le sien ! » [La Liberté]

Il est très possible que le Seigneur lui ait accordé cette grâce, lui dont la devise était :

« Ma grâce te suffit »

Lui qui en donnait l’explication suivante :

« Pour moi, tout est grâce. Comme la dernière phrase du «Journal d'un curé de campagne» [roman de Georges Bernanos]: la grâce, c'est la beauté, la gratuité, le don. »

Francis Richard

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 20:10

lavang04L'Eglise catholique a commencé à évangéliser le Viet Nam au début du XVIe siècle. Elle y a établi deux Vicariats apostoliques en 1659, il y a maintenant un peu plus de 350 ans. Il y aura bientôt 50 ans, le 24 novembre 1960, fête des martyrs du pays, le pape Jean XXIII en a établi la hiérarchie actuelle, qui comprenait alors 25 diocèses. Un 26e diocèse a en effet été créé le 22 novembre 2005 par le pape Benoît XVI ici.

 

Pour commémorer ces deux anniversaires la Conférence des évêques vietnamienne a ouvert une Année sainte, le 24 novembre 2009, à So Kien, au nord de Hanoï. 120'000 fidèles, 1'000 prêtres et 2'000 religieuses y entouraient leurs évêques. Le 24 novembre prochain aura lieu une grande "assemblée du peuple de Dieu" à Saïgon. L'Année sainte se terminera le jour de l'Epiphanie 2011 au sanctuaire marial de La Vang.

 

Pendant des siècles l'Eglise catholique vietnamienne a été persécutée. On peut dire qu'elle a été fécondée par le sang de ses martyrs. De 1625 à 1886 ce ne sont pas moins de 53 décrets qui ont été pris contre elle par les seigneurs et les empereurs du pays. On évalue à 130'000 les victimes de ces persécutions. Au cours du XXe siècle les papes Léon XIII, Saint Pie X et Pie XII ont béatifiés 117 d'entre elles ici, que le pape Jean-Paul II a canonisées le 19 juin 1988.

 

Sous le règne de l'empereur Canh Trinh, en 1798, des catholiques vietnamiens, fuyant les persécutions, se sont réfugiés dans une forêt située à 60 km de Hué, à La Vang. C'est là que Notre Dame ici [la photo qui illustre cet article provient d' ici] leur est apparue, entourée de deux anges, revêtue de l'ao dai, le costume local, tenant dans ses bras l'Enfant Jésus et leur disant de se montrer joyeux de souffrir pour leur foi :

 

"J'ai déjà exaucé vos prières. Dorénavant tous ceux qui viendront me prier en ce lieu verront leurs voeux exaucés".

 

Depuis deux siècles les pèlerins se succèdent sans interruption en ce lieu qui a enregistré guérisons et conversions. Une petite chapelle y a été construite en 1886, puis une église en 1901. A l'occasion de la bénédiction de cette église, qui sera agrandie en 1928, Notre Dame de La Vang a été proclamée protectrice des catholiques du pays en présence de 12'000 fidèles. En 1962 le pape Jean XXIII élèvera cette église au rang de basilique mineure.

 

Les troupes communistes du Nord-Vietnam détruiront cette basilique lors de la guerre faite au Vietnam libre entre 1972 et 1975. Lors de la canonisation en 1988 des 117 martyrs vietnamiens, le pape Jean-Paul II souhaitera la reconstruction du sanctuaire. Son souhait sera exaucé dix ans plus tard et, le 15 août 1998, devant le sanctuaire, au moins 70'000 fidèles pourront prier Notre Dame de La Vang, deux cents ans après les apparitions.

 

Après la restitution en 2008 de 21,5 ha sur les 23 ha, confisqués par les autorités communistes vietnamiennes en 1975, en avril 2009 a été annoncée par Mgr Etienne Nguyen Nhu The, archevêque de Hué, la construction d'une nouvelle basilique sur le centre de pèlerinage de La Vang, qui pourra accueillir 5'000 fidèles ici. Les travaux devraient commencer en janvier 2011.

 

Sur ce vaste terrain devraient être construits également un amphithéâtre de 3'000 places, un lieu d'adoration du Saint Sacrement de 200 places, une chapelle de 300 places, un lieu destiné au sacrement de pénitence, une stèle pour la statue de la Vierge, une maison de retraite de 400 places, un bâtiment destiné aux malades et handicapés, un lieu pour abriter les nombreux ex-voto, une salle d'exposition etc.

 

Pour la fête prochaine de l'Assomption, 3 à 400'000 pèlerins sont attendus à La Vang. Ce ne sont pas les intentions de prière qui leur manqueront...

 

Tout récemment encore, le 3 juillet 2010, un paroissien de Con Dau est mort à la suite d'un interrogatoire musclé mené par la police après les incidents survenus deux mois plus tôt ici. Le 4 mai dernier le défunt, Monsieur Nguyen Nam, était un des responsables de l'organisation des funérailles de Madame Maria Tan. Ce jour-là le cortège funéraire avait été empêché par les forces de police de se rendre au cimetière de la paroisse, à la place duquel devraient s'élever des constructions nouvelles financées par des investisseurs étrangers. Un affrontement violent s'était ensuivi et les policiers s'étaient emparé du cercueil... Depuis six paroissiens, au nombre desquels Nguyen Nam, faisaient l'objet d'une action judiciaire... 

 

Les temps changent, mais les persécutions continuent...

 

Francis Richard

 

Articles précédents sur l'Eglise catholique vietnamienne :

 

Le régime communiste vietnamien a eu la peau de l'archevêque de Hanoï  du 7 juin 2010

Au Vietnam, plus que jamais, le régime communiste persécute les catholiques du 27 janvier 2010

Les biens de l'Eglise catholique vietnamienne détournés par le régime du 26 septembre 2008

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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