Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 22:55
Avec Laudato Si', Pape François illustre le principe de Peter

En 1970 paraissait sous la signature de Laurence Peter et de Raymond Hull un livre intitulé Le principe de Peter. Suivant ce principe: "Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s'élever à son niveau d'incompétence." Ce principe a pour corrolaire: "Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable d'en assumer la responsabilité."

 

Dans la hiérarchie de l'Église catholique, le pape occupe le niveau le plus élevé. Le Conclave, inspiré du Saint-Esprit, a élu à ce poste, Pape François, le 13 mars 2013, pour y exercer un Magistère, dont les domaines essentiels sont la morale et la foi, qui relèvent évidemment de ses compétences pour tout catholique.

 

Dans sa dernière lettre encyclique, Laudato Si', Pape François, incompétent dans les domaines de la science et de l'économie, illustre en effet le principe de Peter rappelé plus haut. Auréolé de ses compétences morales et théologiques, il s'est élevé, avec cette encyclique adressée à tous les êtres humains, à son niveau d'incompétence en matière scientifique et économique.

 

Pape François est irresponsable en matière de science. Lui qui se réclame du principe de précaution quand il s'agit, par exemple, d'OGM, se montre bien imprudent quand il s'agit de parler d'une prétendue crise écologique résultant du pillage de la planète, de la culture du déchet, de l'épuisement des ressources ou du réchauffement climatique.

 

Prenons ce seul dernier exemple. Pape François affirme qu'"il existe un consensus scientifique très solide qui indique que nous sommes en présence d'un réchauffement préoccupant du système climatique". Or ce consensus n'existe tout simplement pas dans la communauté scientifique, qui ne se limite pas au GIEC, comme ses propos, repris religieusement de ceux de l'organisation onusienne et prédécesseurs, le laissent entendre...

 

A partir de cette affirmation, le Pontife énonce les poncifs habituels, non vérifiés, et pour cause, de la religion non révélée et catastrophiste du réchauffisme: culpabilité de l'homme dans le réchauffement climatique (pourtant en panne) avec, entre autres, sa production de CO2, élévation du niveau de la mer, augmentation des événements météorologiques extrêmes, etc.

 

Pape François est irresponsable en matière d'économie. Il semble ignorer complètement comment se créent les richesses, c'est-à-dire comment la pauvreté peut reculer, a reculé et recule. Les mots de marché, de concurrence, de technique, d'individualisme, de consumérisme sont des gros mots pour lui. Il les qualifie d'ailleurs de "mythes de la modernité".

 

Tout ce qu'il propose de concret, c'est la création d'une Autorité Politique Mondiale, qui serait le comble du mondialisme, pour protéger l'environnement et réguler les flux migratoires et... l'acceptation d'"une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d'autres parties", incompatible pourtant avec son refus d'accuser l'augmentation de la population d'être responsable de la pauvreté.

 

Pape François est évidemment beaucoup plus crédible, et convaincant, quand, dans cette encyclique incohérente, il revient à ses domaines de compétence. Il demande ainsi de ne pas diviniser la Terre. Il souligne la prééminence de la personne humaine sur les autres êtres vivants, ce qui ne signifie pas qu'elle ne doive pas s'en préoccuper.

 

Pape François défend la famille: "Contre ce qu’on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie." Et met chacun devant ses responsabilités. Pour Pape François, "on ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu" et "puisque tout est lié, la défense de la nature n’est pas compatible non plus avec la justification de l’avortement". 

 

Le catholique que je suis ne peut qu'être reconnaissant qu'à propos du bénédicité, Pape François propose "aux croyants de renouer avec cette belle habitude et de la vivre en profondeur": "Ce moment de la bénédiction, bien qu'il soit très bref, nous rappelle notre dépendance de Dieu pour la vie, il fortifie notre sentiment de gratitude pour les dons de la création, reconnaît ceux qui par leur travail fournissent ces biens et renforce la solidarité avec ceux qui sont le plus dans le besoin."

 

Pape François fait allusion, je pense, au bénédicité classique:

 

Bénissez nous Seigneur,
Bénissez ce repas,
Ceux qui l’ont préparé
Et procurez du pain à ceux qui n’en ont pas
Ainsi soit-il

 

A ce bénédicité, je préfère, toutefois, celui que je chantais jadis, avant les repas d'étapes, sur les routes de Paris à Chartres, quand j'y pèlerinais, à pied, à la suite de Charles Péguy:

 

Bénis le labeur des paysans de France
Maître des moissons
Fais que leurs efforts assurent à tous nos frères, le pain quotidien,
Et s’il vient un jour à manquer en France
Souviens toi de ce jour où pour une foule immense, Tu le multiplias.

 

Francis Richard

 

Publication commune avec lesobservateurs.ch

 

Loué sois-tu !, Pape François, 144 pages, Pierre Téqui éditeur

Partager cet article

Repost0
19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 17:45
"Et elle s'est emparée du Royaume" de Nadia Piccard

Le 19 octobre 2014 est dans l'Eglise catholique le dimanche de la Mission universelle. L'évangile du jour est celui du dialogue entre le Christ et les Pharisiens qui lui demandent s'il est permis de payer l'impôt à l'empereur:

 

""Montrez-moi la monnaie de l'impôt."

Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit:

"Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles?"

"De l'empereur César", répondirent-ils.

Alors il leur dit:

"Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.""

 

Cette répartie subtile du Christ, déjouant le piège tendu par ses interlocuteurs hypocrites, fonde, avec cette autre phrase, prononcée par le Christ à l'adresse de Pilate: "Mon Royaume n'est pas de ce monde.", la disjonction chrétienne du politique et du religieux, pour reprendre l'expression lumineuse qu'emploie Jean-Louis Harouel dans son livre Le vrai génie du christianisme, lequel commente:

 

"En plaçant Dieu et César sur deux plans distincts, en situant leurs royaumes respectifs à des niveaux tellement différents, Jésus a posé les bases de leur existence séparée et non nécessairement conflictuelle. Il a marqué à la fois leur différenciation et leur possible coexistence. Du fait que le royaume de Dieu n'est pas de ce monde, il n'y a pas de concurrence terrestre de Dieu et César. Dès lors, payer l'impôt exigé ne devait pas poser de problème."

 

Jean-Louis Harouel ajoute:

 

"Là est vraiment la source de la distinction entre le politique et le religieux, de la sécularisation de l'intelligence et de la vie au sein de la société, de la libération de la pensée et de la vie sociale par rapport au religieux."

 

Rien de tel dans l'islam.

 

Jean-Louis Harouel cite Rémi Brague:

 

"Pour l'islam, la séparation du politique et du religieux n'a pas le droit d'exister. Elle est même choquante, car elle passe pour un abandon de l'humain au pouvoir du mal, ou une relégation de Dieu hors de ce qui lui appartient. La cité idéale doit être ici-bas. En principe, elle y est même déjà: c'est la cité musulmane."

(La loi de Dieu, 416 pages, Gallimard, 2005)

 

Ayant lu au petit jour le récit de la conversion, de l'islam au Christ, de Nadia Piccard, j'ai tout naturellement pensé à ces passages du livre de Jean-Louis Harouel pendant l'office du jour.

 

Car, dans Et elle s'est emparée du Royaume, tout juste réédité ce mois-ci par Pierre Téqui Editeur, l'auteur raconte que c'est l'absence de libertés individuelles en islam, où spirituel et temporel sont intriqués, qui l'a conduite peu à peu à vouloir s'en affranchir.

 

Nadia est née en Algérie, à la wilaya de Tipaza, juste avant l'indépendance de l'Algérie. Son père décide de partir, sans un sou en poche, pour la métropole, elle ne sait pas pourquoi:

 

"Il voulait sans doute réussir puis revenir, fortune faite. Il ne comprenait pas vraiment la situation politique. Les Français et les Algériens avaient jusque là travaillé ensemble, sans trop de problèmes..."

 

Si son père ne s'occupe pas d'elle - elle n'est qu'une fille - mais de ses frères, sa mère prend soin d'elle, surtout lors des grandes fêtes.

 

A cinq ans, Nadia a un premier contact avec la religion catholique en la personne d'un vieux monsieur, qui les appelle, elle et son frère Youssef, à écouter le chant mélodieux des oiseaux. Le monsieur aux oiseaux est le curé d'une église qui se trouve sur le chemin de leur école:

 

"Il ne nous a jamais proposé d'entrer dans son église. Mes parents avaient leur foi musulmane, et chacun avait son Dieu."

 

Après avoir déménagé, les parents de Nadia sont aidés par des catholiques. Ils s'occupent de leurs papiers - Dieu sait que la France est bureaucratique! -, mais cela ne signifie pas qu'ils veuillent leur ressembler:

 

"Fidèles à la religion musulmane, mon père ne voulait faire aucun écart dans sa pratique. Ma mère aussi était une gardienne farouche de notre religion."

 

Après un nouveau déménagement dans une HLM, où se côtoient des Italiens, des pieds-noirs, des juifs, la vie est difficile pour Nadia:

 

"J'étais encore jeune, l'intégration n'allait pas de soi. Surtout avec ma couleur de peau et mon prénom arabe..."

 

Pendant les vacances la famille retourne en Algérie où se trouvent les frères et soeurs de son père. Nadia a peur qu'un jour ses parents la laissent là-bas. C'est ce qui la détermine, à dix-sept ans, à acquérir la nationalité française, mais, encore mineure, il lui faut l'autorisation parentale. Elle attend donc un an:

 

"Par bonheur, je pus intercepter la convocation au commissariat pour retirer ma carte d'identité au nez et à la barbe de mes parents. C'est sans le moindre regret que je restituai ma carte de séjour algérienne. J'étais heureuse, fière de ma nouvelle nationalité. Enfin, j'étais française et libre!"

 

Toujours à dix-sept ans, elle trouve un emploi en alternance comme apprentie de commerce dans un magasin de vêtements et, au mois d'août, pendant ses vacances, elle garde les enfants d'une famille aristocratique, catholique pratiquante, dans le Dauphiné, pour échapper un peu à la coupe familiale. Son père ne peut s'empêcher de la mettre en garde:

 

""Ces gens-là mangent du porc!" Et d'ajouter: "S'ils te parlent de leur Dieu, tu leur diras: Nous avons Allah le Tout-Puissant."."

 

Nadia passe ainsi plusieurs étés dans cette famille. C'est un bouleversement pour elle, qui n'a jusqu'alors fréquenté que des musulmans, que de se trouver "projetée chez des Français chrétiens de bonne famille":

 

"Encore musulmane, je n'avais pas la même vision des choses: le langage de l'amour, le respect des choix de l'autre, tout cela n'existait pas dans ma famille. Chez moi, j'entendais: "Fais attention avec les Français." Je ne savais pas trop pourquoi il fallait faire attention à eux, mais j'étais musulmane, je devais donc obéir."

 

Nadia a vingt ans et passe un dernier été avec cette famille, cette fois sur l'île de Ré. Elle est très appréciée et on lui propose de poursuivre ses études en région parisienne et de s'occuper des enfants après ses cours:

 

"J'étais intéressée vraiment. Mais quitter ma famille, partir ailleurs, loin des miens, m'angoissait un peu. Je n'avais jamais quitté ma famille pendant si longtemps. Je demandai un délai de réfexion, puis refusai."

 

Nadia souhaite échapper au carcan musulman. En cachette de ses parents, elle prie donc Dieu de rencontrer un Français, "un mari compréhensif", pour en sortir. Et elle rencontre Michel, "un gentil garçon, blond aux yeux bleus", qui a quelques années de plus qu'elle...

 

Surprise un jour en la compagnie de Michel, par un de ses frères et un de ses oncles, elle est insultée au retour chez ses parents et reçoit même des coups... Ses parents s'activent pour lui trouver un "cousin" comme mari, mais elle s'échappe de chez eux auparavant, pour ne plus jamais revenir:

 

"J'avais peur de la réaction des miens, mais ma décision était irrévocable. Je voulais gagner ma liberté. Par tous les moyens."

 

A partir de ce moment-là Nadia va être harcelée par ses parents, ses oncles, ses frères. Malgré toutes les intimidations, elle et Michel, dont la famille l'a bien reçue, décident de se marier:

 

"En projetant de me marier avec un non-musulman, un chrétien en plus, je faisais plus qu'enfreindre un tabou, je m'apprêtais à commettre un crime!"

 

Pourtant, après qu'ils sont mariés, pour que Nadia ne rompe pas avec sa famille, Michel se prépare à se convertir à l'islam, non par conviction, mais par amour pour elle...

 

Comme la conversion tarde, on emploie les grands moyens pour que Nadia quitte ce "fils de porc": le poison, les sortilèges, le marabout... Elle tombe malade. Son calvaire dure trois ans, jusqu'à ses vingt-cinq ans.

 

Un beau jour, Michel, Nadia et leurs deux enfants, pour échapper à ces persécutions, finissent par quitter Grenoble et s'installent dans le Var, à La Londe-les-Maures...

 

Quelque temps plus tard, invitée par une amie à Grenoble, Nadia a une première expérience dans une église - pénétrer dans une église est l'offense suprême de la part d'une musulmane -, lors de la fête de Saint Thérèse de Lisieux, la Sainte Patronne des Missions:

 

"Cette première expérience dans une église m'avait beaucoup touchée, et je n'avais plus qu'une idée: découvrir l'église de mon nouveau village. Je ne le savais pas, mais j'allais faire une vraie rencontre. Une rencontre qui allait bouleverser ma vie."

 

Cette rencontre, c'est celle de Dieu vivant dans l'Eucharistie, à laquelle elle communie, sans être baptisée, dans cette église où un prêtre célèbre la messe en présence de deux personnes âgées et où elle transgresse donc gravement la loi islamique:

 

"Une voix douce me disait: "Mon enfant, je t'aime d'un amour unique et infini. Ma passion et ma mort peuvent en témoigner..." Un dialogue extraordinaire s'engagea avec le Christ pendant mon action de grâces: "Seigneur, pourquoi n'y a-t-il personne dans cette église pour te recevoir? - Ils se sont tous endormis..." J'étais très émue et restais à l'écoute par cette proximité et par toute cette tendresse que le Christ me donnait..."

 

Après cette rencontre, Nadia a été baptisée (sous le prénom de Thérèse), ainsi que ses trois enfants. Elle s'est mariée à l'église (il n'était plus question que son mari se convertisse à l'islam). Elle a reçu le sacrement de confirmation:

 

"Dès lors je me suis donnée à fond, avec joie et fierté, dans la catéchèse, aussi bien dans les collèges privés que dans les paroisses, ou pour des enfants scolarisés dans le public, et cela depuis une bonne quinzaine d'années maintenant."

 

En 2007, Nadia est retournée en Algérie, lors d'un voyage pour une ordination, après dix-sept ans d'absence et de silence:

 

"Il y a longtemps, j'avais quitté l'Algérie musulmane. Et j'y retournais chrétienne.

Une Algérienne s'était emparée du Royaume... Ce fut l'immense bonheur, au plus profond de mon coeur, que je ressentis alors. Savoir la présence de Jésus-Christ vivant, en pleine terre d'islam."

 

Francis Richard

 

Et elle s'est emparée du Royaume, Nadia Piccard, 160 pages, Pierre Téqui Editeur

Partager cet article

Repost0
8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 22:45
"Jean Huss précurseur de Luther (1370-1415)" d'Aimé Richardt

Il y a bientôt six siècles, le 6 juillet 1415, Jean Huss finissait sur le bûcher pour hérésie.

 

Dans sa préface, Mgr Paul-Marie Guillaume, évêque émérite de Saint-Dié, écrit:

 

"Nous ne devons pas juger les événements douloureux de cette époque tourmentée à l'aune de notre culture moderne."

 

Il n'empêche que si nous ne devons pas juger cette époque tourmentée à l'aune de notre culture moderne, il faut se réjouir de l'heureux chemin parcouru par la justice religieuse en six siècles, même si elle reste imparfaite, comme toute institution humaine.

 

Mgr Guillaume parle à raison d'époque tourmentée.

 

Le contexte est celui du Grand Schisme d'Occident (1378-1417), qui voit l'élection, en 1378, de deux papes rivaux, soutenus par des Etats rivaux, l'un à Rome, l'autre en Avignon, puis l'élection d'un troisième lors du concile de Pise, en 1409, au cours duquel celui résidant à Rome est déposé.

 

Le contexte est celui de l'apparition de réformateurs, Jean Wiclif en Angleterre, puis Milic de Kromeris, Mathias de Janov et Thomas de Stiné en Bohême. Ces réformateurs reprochent à l'Eglise le contraste entre ce qu'elle est et ce qu'elle devrait être; ils prônent l'abandon des biens matériels par l'Eglise; ils demandent de revenir aux Saintes Ecritures.

 

Aimé Richardt préfère parler de réformistes à propos de Milic, de Mathias et de Thomas, plutôt que de réformateurs, parce qu'ils ne mettent pas en cause, comme Wiclif, l'autorité du pape.

 

Jean Huss, prêtre tchèque, est dans la lignée de ces trois réformistes tchèques et subit l'influence de Wiclif, sans qu'il ne soit possible pour autant de confondre ses positions avec les siennes.

 

Si, jusqu'en 1410, la théologie de Jean Huss est de la plus haute catholicité, il ne se prive pas de dénoncer la luxure, la cupidité et l'orgueil du clergé de son temps. Lequel n'apprécie pas et va chercher et obtenir sa perte.

 

Après avoir été excommunié pour ne pas s'être présenté devant le pape Jean XXIII à Bologne, Jean Huss s'en prend à la croisade que ce dernier lance contre Ladislas de Hongrie, protégé de son rival de Rome, Grégoire XII, et attaque les indulgences papales qui y sont annexées.

 

S'il est accusé faussement sur sa doctrine eucharistique, Jean Huss est accusé justement d'être un fauteur de troubles. Convoqué à Rome en 1412, il ne se présente pas davantage que la première fois et se voit infliger l'excommunication majeure.

 

Jean Huss, confiant dans les sauf-conduits délivrés par l'empereur Sigismond, se rend à Constance, en novembre 1414, pour se justifier devant le Concile, réuni dans cette ville pour recoller les morceaux de l'Eglise déchirée. En fait, au bout d'un peu plus de trois semaines, il est arrêté, et l'empereur ne pourra rien contre cette arrestation.

 

Au cours des interrogatoires, à la surprise de ses interrogateurs, Jean Huss se démarque d'un grand nombre des positions radicales de Wiclif, alors qu'"on leur avait garanti que la doctrine de Huss et celle de Wiclif n'étaient qu'une seule et même chose".

 

Dans le même temps, le pape Jean XXIII est acculé à la démission par le Concile en raison de ses moeurs et habitudes indignes d'un pape: il est simoniaque, scandaleux et perturbateur de la foi...

 

Les Pères conciliaires condamnent les oeuvres de Wiclif. Ce faisant, ils condamnent Jean Huss avant même que n'ait lieu son procès. Qui est une véritable parodie de justice puisqu'il se déroule en son absence jusqu'à l'intervention de l'empereur Sigismond... et puisque ses juges ont naguère baisé les pieds de Jean XXIII en l'appelant saint père...

 

Jean Huss se défend alors pied à pied. Ce qui n'empêche pas la condamnation au feu de ses écrits, sa dégradation (réduction à l'état laïc) et son abandon au bras séculier, c'est-à-dire sa condamnation au bûcher:

 

"Alors qu'on le conduit au supplice, il répète qu'il meurt pour des erreurs qu'on lui a faussement attribués."

 

Ce qui est vrai...

 

Mais il est vrai aussi qu'il a été condamné pour d'autres erreurs, bien réelles celles-là, telles que la croyance en la prédestination et en la prééminence de l'Ecriture sur la Tradition des Pères et des Conciles, et la négation du mérite des oeuvres...

 

Ce sont ces erreurs, pour un catholique, qui permettent de dire que Jean Huss est un précurseur de Martin Luther, qui ne cachait pas son admiration pour le religieux tchèque:

 

"Si un tel homme doit être considéré comme hérétique, alors personne ne peut être tenu pour un véritable chrétien."   

 

Mgr Guillaume dit encore dans la préface de ce livre:

 

"Aujourd'hui Jean Huss ne connaîtrait sans doute pas le même sort tragique. Sa personnalité spirituelle ne comportait pas que des défauts."

 

Jean Huss ne connaîtrait effectivement pas le même sort tragique, et c'est heureux. Cela montre l'heureuse évolution de l'Eglise et de la justice humaine dans nos pays aux racines chrétiennes.

 

Le mérite du livre d'Aimé Richardt, qui explique sans se permettre de juger, est de montrer que Jean Huss, au-delà de sa violence verbale, qui entraîna souvent la violence physique de ses partisans, avait une personnalité spirituelle comportant de réelles qualités, comme l'attestent ses dernières paroles sur le bûcher:

 

"Dieu m'est témoin que... mon intention première dans ma prédication et tous mes actes était d'arracher les hommes au péché. Je suis prêt à mourir avec joie dans la vérité de l'Evangile que j'ai écrite, enseignée et prêchée d'après la tradition des Saints Docteurs."

 

Francis Richard

 

Jean Huss précurseur de Luther (1370-1415), Aimé Richardt, 220 pages, François-Xavier de Guibert

 

Autres livres d'Aimé Richardt chez le même éditeur:

 

La vérité sur l'affaire Galilée

Calvin

Saint François de Sales et la Contre-Réforme

Partager cet article

Repost0
20 avril 2014 7 20 /04 /avril /2014 23:40
"Les sept pas vers la grâce" de Simone Weil

Il y a quelque vingt ans, Alice Nicolle a soutenu à l’Université Paris VII une thèse de doctorat sur L’expérience mystique de Simone Weil, sous la direction de Julia Kristeva.

 

Aujourd’hui elle publie aux éditions Docteur angélique le texte de Simone Weil qu’elle a composé alors à partir d'extraits de livres de la philosophe, texte placé en annexe à sa thèse.

 

Ce livre, en deux volumes, en version bilingue français-anglais, édité sous le titre Les sept pas vers la grâce, comprend en effet trois étapes et sept pas. Trois comme la Trinité divine, sept comme les dons du Saint Esprit.

 

Les étapes? La purification, la négation de l'ego, la mise à mort de l'âme charnelle par le malheur.

 

Les pas? L'attention, le vide, le désir, qui constituent la première étape; le consentement, le détachement, l'effacement, qui constituent la deuxième; le septième pas se confondant avec la troisième étape.

 

En remettant mille fois l'ouvrage sur le métier, Alice Nicolle a élaboré les étapes de ce parcours spirituel, implicite dans l'oeuvre de Simone Weil, en mettant à côté les unes des autres, comme dans un puzzle, toutes ses idées sur le sujet, éparpillées dans ses différents écrits. Et il faut dire que le résultat est lumineux.

 

Pour un chrétien lambda la compréhension de ce parcours spirituel est accessible, pour peu qu'il y prête suffisamment attention. Sa mise en pratique est tout autre chose et il pourra se dire, en regardant ce qu'il a accompli jusque-là dans sa vie, qu'il n'a peut être même pas fait le premier pas, encore moins franchi la première étape vers la grâce, c'est-à-dire vers la sainteté.

 

Contentons-nous donc de donner un aperçu de l'oeuvre en nous limitant à la première étape, c'est-à-dire aux trois premiers pas.

 

"Les sept pas vers la grâce" de Simone Weil

L'attention, dont parle Simone Weil et qui est le premier pas, ne relève pas de la volonté, mais du désir. Elle est liée "plus exactement au consentement". Elle n'est possible qu'à la condition que le regard soit dirigé vers Dieu, ce qui est presque impossible:

 

"Il est infiniment difficile de renoncer même à un petit plaisir, de s'exposer même à une très légère douleur, seulement pour Dieu; pour le vrai Dieu, celui qui est dans les cieux et non pas ailleurs. Car quand on le fait, ce n'est pas à la souffrance qu'on va, c'est à la mort. Une mort plus radicale que la mort charnelle et qui fait pareillement horreur à la nature. La mort de ce qui dit "je"."

 

Aller à cette mort de ce qui en nous dit "je"? C'est "tuer l'imagination combleuse de vide", expression de Simone Weil, par laquelle elle exprime que notre âme tend à combler le vide créé par les faiblesses et les limites de notre être charnel, et par notre néant.

 

Seulement "seul le vide attire la grâce"...

 

Comment parvenir au vide? Nous ne pouvons pas nous empêcher de désirer, alors il faut que notre désir passe tout entier dans la demande parfaite de "ce qui est, ce qui est réellement, infailliblement, éternellement, d'une manière tout à fait indépendante de notre demande". Autrement dit le désir doit s'orienter vers le bien absolu et renoncer aux faux biens, objets de notre convoitise.

 

La première étape sera franchie de cette manière, car "la purification est la séparation du bien et de la convoitise."

 

Les deux autres étapes pourront dès lors être poursuivies, l'une après l'autre...

 

En conclusion de son résumé des étapes de la progression spirituelle, qui se trouve à la fin du second volume, Alice Nicolle écrit:

 

"A travers la méditation de l'oeuvre de Simone Weil on découvre que la mystique, loin d'être un objet presque exclusif d'étude, est une orientation de l'âme qui la conduit progressivement à s'élever irrésistiblement au-dessus de son être charnel.

 

Cette orientation de l'âme amène alors à un état de conscience autre. Et la vie humaine n'a peut-être été donnée à l'homme que pour arriver à cette conscience.

 

Beaucoup sont appelés... mais ils n'écoutent pas: ils n'entendent que les bruits du monde...!"

 

C'est bien beau, mais comment ne pas entendre les bruits du monde? Peut-être en ne brûlant pas les étapes. Ainsi le chrétien lambda commencera-t-il par le commencement et se convaincra-t-il qu'il faut attendre - ce qui ne veut pas dire être inactif - parce que "les véritables biens ne peuvent être cherchés mais doivent être attendus".

 

Qu'est-ce attendre, sinon avoir la pensée "prête à recevoir dans sa vérité nue l'objet qui va y pénétrer", ce qui suppose d'avoir le regard dirigé vers Dieu.

 

Ce faisant, le chrétien lambda aura fait le premier pas...celui qui coûte.

 

Francis Richard

 

Les sept pas vers la grâce, Simone Weil, tome 1 (142 pages) et tome 2 (116 pages), Editions Docteur angélique

Partager cet article

Repost0
25 décembre 2013 3 25 /12 /décembre /2013 11:30

Lumière de la foi PAPE FRANCOISIl y a quelque six mois, Pape François mettait la dernière main à la première lettre encyclique de son pontificat, Lumen fidei, signée Franciscus, qui est aussi mon prénom en latin. C'était le 29 juin 2013 donc, en la solennité des saints apôtres Pierre et Paul.

 

Pendant l'Année de la foi, commencée à l'occasion du 50e anniversaire du Concile Vatican II, le pape Benoît XVI avait pratiquement achevé une première rédaction de cette lettre encyclique sur la foi. Son successeur sur le trône de Pierre l'a été également pour cet écrit:

 

"Je lui en suis profondément reconnaissant et, dans la fraternité du Christ, j'assume son précieux travail, ajoutant au texte quelques contributions ultérieures."

 

Benoît XVI, qui est un grand esprit, aura donc été à la source d'écrits fondamentaux de trois pontifes: Jean-Paul II, lui-même et, maintenant, son successeur. Et Pape François, ayant vraisemblablement ce constat à l'esprit, ajoute:

 

"Le Successeur de Pierre, hier, aujourd'hui et demain, est en effet toujours appelé à "confirmer les frères" dans cet incommensurable trésor de la foi que Dieu donne comme lumière sur la route de chaque homme."

 

Ce texte lumineux est tellement dense qu'il est impossible d'en faire une recension. Il faut le lire. Les croyants y trouveront un appronfondissement; ceux qui recherchent Dieu des pistes pour le trouver; les non-croyants matière à réflexion, en connaissance de cause, au lieu de trouver la source de leurs dénigrements dans leurs seuls fantasmes.

 

A sa parution, le 5 juillet 2013, j'ai fait l'acquisition de ce texte, mais, cédant à la tentation de remettre au lendemain ce que je pouvais faire le jour même, il a fallu, pour le mauvais larron que je suis, l'occasion de la veille de Noël pour le lire et regretter de ne pas l'avoir lu plus tôt. Cela m'aurait évité bien des désordres personnels...

 

A défaut de recension, je me contenterai de quelques citations que j'ai relevées pour mon profit spirituel et qu'il me semble intéressant de partager en ce jour de Noël.

 

Francis Richard

 

Voilà le paradoxe: en se tournant continuellement vers le Seigneur, l'homme trouve une route stable qui le libère du mouvement de dispersion auquel les idoles le soumettent.

 

Celui [...] qui veut être source de sa propre justice, la voit vite se tarir et découvre qu'il ne peut même pas se maintenir dans la fidélité à la loi.

 

Les chrétiens sont "un" [...], sans perdre leur individualité, et, dans le service des autres, chacun rejoint le plus profond de son être.

 

La foi, sans la vérité, ne sauve pas, ne rend pas sûrs nos pas. Elle reste un beau conte, la projection de nos désirs de bonheur, quelque chose qui nous satisfait seulement dans la mesure où nous voulons nous leurrer.

 

La grande vérité, la vérité qui explique l'ensemble de la vie personnelle et sociale, est regardée avec suspicion. N'a-t-elle pas été peut-être - on se le demande - la vérité voulue par les grands totalitarismes du siècle dernier, une vérité qui imposait sa conception globale pour écraser l'histoire concrète de chacun?

 

Sans vérité, l'amour ne peut pas offrir de lien solide, il ne réussit pas à porter le "moi" au-delà de son isolement, ni à le libérer de l'instant éphémère pour édifier la vie et porter du fruit [...]. Sans amour, la vérité se refroidit, devient impersonnelle et opprime la vie concrète de la personne.

 

Le croyant n'est pas arrogant; au contraire, la vérité le rend humble, sachant que ce n'est pas lui qui la possède, mais que c'est elle qui l'embrasse et le possède. Loin de le raidir, la sécurité de la foi le met en route, et rend possible le témoignage et le dialogue avec tous.

 

Il est impossible de croire seul. La foi n'est pas seulement une option individuelle que le croyant prendrait dans son intériorité, elle n'est pas une relation isolée  entre le "moi" du fidèle et le "Toi" divin, entre le sujet autonome et Dieu. Par nature, elle s'ouvre au "nous", elle intervient toujours dans la communion de l'Eglise.

 

La foi n'éloigne pas du monde et ne reste pas étrangère à l'engagement concret de nos contemporains. Sans un amour digne de confiance, rien ne pourrait tenir les hommes vraiment entre eux.

 

La foi affirme aussi la possibilité du pardon, qui bien des fois nécessite du temps, des efforts, de la patience et de l'engagement; le pardon est possible si on découvre que le bien est toujours plus originaire et plus fort que le mal, que la parole par laquelle Dieu soutient notre vie est plus profonde que toutes nos négations.

Partager cet article

Repost0
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 16:00
Vincent-Peillon.jpgDans ma paroisse de Chatou, un des vicaires, ce matin, a lu, lors de son sermon, un passage d'un texte écrit par un ministre actuel du gouvernement, sans le nommer. Sans doute par charité chrétienne, ou plus vraisemblablement parce qu'une église n'est pas le lieu pour citer le nom d'un tel dévoyé.
Ce texte est, en tout cas, emblématique de ceux qui dirigent aujourd'hui la France, fille aînée de l'Eglise.
En effet il s'agit ni plus ni moins, dans l'esprit de ceux qui nous gouvernent, que de singer la religion chrétienne, qui, dans le prolongement de l'ancien testament, est à la base de la civilisation judéo-chrétienne et de ses valeurs de liberté, et de la remplacer par une religion nouvelle, laïque et obligatoire.
Voici ce texte: 
"La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à-dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi."
Avant 1789, le commencement absolu, il n'existe donc rien - ou, du moins, faut-il tout oublier de ce qui précède - pour ce ministre laïcard, qui emploie les termes mêmes de la religion chrétienne pour les dévoyer:
- incarnation ... d'un sens
- engendrement d'un homme nouveau
- transsubstantiation qui opère dans l'école et par l'école
- nouvelle église
- nouveau clergé
- nouvelle liturgie
- nouvelles tables de la loi.
Le ministre de ce nouveau culte assigne un rôle privilégié à l'école pour "dépouiller l'enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l'élever jusqu'à devenir citoyen", autrement dit pour en faire un bon petit esclave, sans racines, docile et malléable à merci.
Comme je suis moins charitable que le vicaire de Chatou, je vais vous livrer le nom de l'auteur, si vous n'avez pas reconnu sa bobine, parce qu'apès tout, il faut rendre à César ce qui est à César, comme le Christ lui-même l'enseigne dans l'évangile. 
Ce texte est de Vincent Peillon, ministre de l'Education Nationale français, depuis un an et trois jours. Il est extrait de son livre paru il y a cinq ans au Seuil, sous le titre La Révolution française n'est pas terminée .
Vincent Peillon ne fait pas tache dans un gouvernement qui s'est assignée pour tâche de détruire la famille, qui fut, ce n'est pas un hasard, le dernier rempart de la liberté quand s'instauraient des régimes totalitaires inspirés de la Révolution française modèle 93 (neuf trois), tels que le nazisme ou le communisme.
Francis Richard
La photo qui illustre cet article provient d'ici.

Partager cet article

Repost0
14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 22:30

Le-pape-Francois.jpgPour le catholique que je suis, l'Eglise ne meurt jamais.

 

Certes l'Eglise est composée d'hommes, mais elle est une institution divine. Au moment de quitter ses apôtres le Christ leur dit:

 

"Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit; leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé: et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles."

 

A la tête des apôtres le Christ plaça Simon.

 

Inspiré de l'Esprit-Saint, Simon venait de dire à Jésus qu'il était "le Christ, le Fils du Dieu vivant":

 

"Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ni la chair ni le sang ne t'ont révélé ceci, mais mon Père qui est dans les cieux. Aussi moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux; et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans les cieux."

 

Le Christ a donc confié à l’Eglise seule le soin de transmettre son enseignement. Or que l’Eglise m’enseigne-t-elle ? Que je dois me perfectionner, c’est-à-dire devenir parfait comme le Christ est parfait. Comment ? Par l’imitation du Christ, avec l’aide de sa Grâce que je peux obtenir par la prière et les sacrements qu’il a institués. Pourquoi ? Parce que, ce faisant, j’atteindrai à la vraie Vie, qu’est la vie éternelle.

 

Ce n'est pas gagné. Parce, si l'esprit est encore prompt, la chair est toujours faible...


Et, à la tête de l'Eglise, le Christ a placé Pierre qui aura maintenant eu 265 successeurs, en comptant le pape François, qui porte le prénom de mon saint patron, François d'Assise.

En qualité de chrétien, qui plus est de catholique, je m’intéresse aux fins dernières. Le Christ est pour moi le Chemin, la Vérité et la Vie. Autrement dit, je crois qu’Il est la nature humaine dans sa perfection, c’est-à-dire la véritable nature humaine, l’homme achevé, l’Homme Nouveau de l’évangile, et en même temps le vrai Dieu.

 

Mais je ne peux pas me perfectionner, c’est-à-dire me transformer, si je suis passif. Il faut que j’y consente, et, pour cela, que je pense et agisse, ce qui ne peut se faire qu’en exerçant mon libre arbitre. Mon consentement vient de ma raison, mais pas de ma seule raison.

 

Je peux très bien choisir de faire le mal plutôt que le bien. Le péché originel m’en donne la faculté, mais je dois m’efforcer de sortir de cet état initial. Je suis responsable devant Dieu de mes efforts pour en sortir.

 

De formation scientifique, plus j’avance en âge, plus je sais que l’expérience  scientifique est insuffisante à rendre compte de la réalité et qu’il est possible de raisonner sur tous les objets de la connaissance, contrairement à ce que pensent les scientistes. Pour moi Foi et Raison ne s’opposent pas.

 

Plus j’avance en âge, plus je découvre que du Décalogue, base du droit naturel voulu par Dieu, ne peuvent découler que des définitions objectives du bien et du mal, parce que je prends la logique au sérieux.

 

Plus j’avance en âge, plus l’observation de la Création, dans laquelle me guide mon saint patron, me prouve l’existence de Dieu et plus je suis convaincu que l’intervention divine en moi, à laquelle je donne mon consentement, me permet d’agir, de penser et d’exercer mon libre arbitre.

 

En exerçant mon libre arbitre je suis créateur à mon tour, même si c’est de manière secondaire. Par créateur j’entends que j’ai la faculté d’accroître ma liberté personnelle, sachant que Dieu, le Créateur, avec un grand C, est Liberté, avec un grand L.

 

En tant que libéral je m’intéresse aux fins terrestres. Mais je n’en oublie pas pour autant les fondements philosophiques qui font de moi un chrétien.

 

Ainsi, à ce titre, je défends avant tout la personne. De même que le salut est personnel, l’action humaine est individuelle. Tout doit être ordonné par rapport à la personne, parce que l’esprit humain est le siège de toutes valeurs. Du fait de l’existence de Dieu, qui est autre, la personne est singulière et ne peut être confondue dans un tout quel qu’il soit. 

 

Pour pouvoir créer quoi que ce soit la personne doit être libre, c’est-à-dire qu’elle doit avoir le choix et, donc, pouvoir exercer son libre arbitre. Le libre arbitre s’exerce au travers de la propriété naturelle: j’ai le droit de faire ce que je veux avec ce que j’ai.

 

Il va de soi que ce que j’ai n’a pas été volé à autrui, sans quoi ma propriété ne serait pas légitime et, partant, je ne pourrais pas en faire ce que je veux. Corollaire : je ne peux faire ce que je veux avec le bien d’autrui que si celui-ci m’a donné son consentement.

 

Cette définition objective de la propriété naturelle découle du droit naturel. Elle repose sur quatre commandements de Dieu:

 

tu ne voleras pas

tu ne convoiteras pas le bien d’autrui

tu ne mentiras pas

tu ne tueras pas

 

De même je suis libre de disposer de ce que j’ai parce que je suis la cause de l’existence de ce que j’ai. En effet seul l’esprit humain produit et est à l’origine de changements réels. C’est même la base de la légitimation de la propriété. Sans l’existence de Dieu, comme je l’ai dit plus haut, qui permet de singulariser la personne et donc le fruit de sa pensée et de son action qu’est la production, il est impossible de légitimer la propriété naturelle.

 

La capacité créatrice de la personne, don de Dieu, qui a créé l’homme à son image, m’empêche de rabaisser la nature humaine, et, au contraire, m’oblige à  respecter ce qui en fait la dignité, cette ressemblance justement et le fait qu’elle a été voulue et créée par Dieu.

 

Cette capacité créatrice me rappelle que l’homme coopère à la poursuite de la Création qui n’a pas été achevée une fois pour toutes après le sixième jour: que signifieraient sinon les interventions divines postérieures telles que la Révélation ou les miracles? Si le progrès n’est pas impossible, il n’est pas non plus automatique.

 

Enfin, je trouve normal que la personne subisse ici-bas les conséquences de son action. La liberté va de pair avec la responsabilité.

 

Libéral parce que chrétien, je défends la personne objective contre les touts subjectifs, le libre arbitre et le consentement contre la contrainte, le droit de propriété naturelle contre l’arbitraire étatique, la responsabilité personnelle contre l’irresponsabilité anonyme.

 

Pour d'aucuns, ces temps, l'Eglise est trop visible. Ils préféreraient qu'Elle se fasse toute petite, la plus petite possible, qu'Elle se fasse, pourquoi pas, invisible, voire qu'Elle soit réduite au silence comme au bon vieux temps du petit père Combe ou de l'Union soviétique triomphante.

 

Comme me l'a appris feue ma sainte mère, quand elle se trouvait face à des anti-cléricaux forcenés, qui offensaient ses oreilles, je leur dis, avec toute la charité dont je suis capable, que je prie pour eux parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font...

 

Francis Richard

 

PS

 

Ce 13 mars 2013 restera important pour ma petite personne, et cela pour trois raisons:

 

- l'Eglise se sera donnée un nouveau pape;

- ce nouveau pape aura choisi de porter le même prénom que moi;

- quelques heures auparavant, à Lausanne, je serai devenu citoyen suisse et j'aurai promis "d'être fidèle à la Constitution fédérale et à la Constitution du Canton de Vaud, de maintenir et de défendre en toute occasion et de tout mon pouvoir les droits, les libertés et l'indépendance de ma nouvelle patrie, de procurer et d'avancer son honneur et profit, comme aussi d'éviter tout ce qui pourrait lui porter perte ou dommage".

 

Bref cela aura été une journée où auront scintillé les trois étiquettes que je me suis collées sur ce blog, de catholique, de national et de libéral.

 

Le 19 mars prochain, jour de la saint Joseph, patron de l'Eglise et de tous les pères, le pape François dira sa messe inaugurale, le jour de mes 62 ans, si Dieu me fait la grâce de me prêter vie jusque là...

Partager cet article

Repost0
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 19:05

L'enfance de Jésus RATZINGERQu'est-ce que Noël? A cette question il n'est pas de meilleure réponse, et de plus opportune, que le dernier livre de Joseph Ratzinger, qui, davantage qu'à son enfance prise dans son ensemble, est surtout consacré à la naissance de Jésus.

 

Dans son avant-propos, le pape Benoît XVI dit d'emblée qu'"il ne s'agit pas d'un troisième volume, mais d'une porte d'entrée à [ses] deux précédents ouvrages consacrés à la figure et au message de Jésus de Nazareth".

 

Avec ce livre l'auteur tente humblement d'interpréter, en s'inspirant de travaux d'exégètes, ce que les évangélistes, plus précisément Mathieu et Luc, ont voulu dire à leur époque, mais aussi ce que cela peut signifier pour le lecteur d'aujourd'hui.

 

Ce texte, paru initialement en allemand, a pour principale vertu de mettre à la portée d'un vaste public le fruit de réfexions personnelles, mûries au fil du temps, qui demanderaient autrement des années d'études à celui qui s'y lancerait.

 

Ainsi montre-t-il, s'il en était besoin, qu'il n'y a pas, entre Ancien et Nouveau Testament, contradiction mais accomplissement:

 

"C'est seulement au moyen des nouveaux événements que les Paroles acquièrent leur sens plein et, inversement, les événements possèdent une signification permanente, parce qu'ils naissent de la Parole, qu'ils sont Parole accomplie."

 

Ainsi souligne-t-il, s'il en était besoin, que le royaume de Jésus, "roi des juifs", expression non hébraïque - "dans le milieu hébraïque on aurait dit "roi d'Israël"" - n'est pas de ce monde, tout en étant ouvert à tous les hommes:

 

"Ce règne différent n'est pas construit sur un pouvoir mondain, mais il se fonde uniquement sur la foi et sur l'amour."

 

Tous les textes relatifs à la naissance et aux premières années de Jésus sont ainsi reliés au passé, mis en valeur et en perspective. Et l'auteur a, de temps en temps, recours à l'étymologie pour les éclairer.

 

Quand l'ange annonce à Marie qu'elle sera la Mère de Dieu, il lui adresse la formule grecque chaïre qui signifie: "réjouis-toi !":

 

"Avec ce souhait de l'ange - pouvons-nous dire - commence, au sens propre, le Nouveau Testament."

 

Evangile ne signifie-t-il pas "bonne nouvelle"?

 

Joseph Ratzinger ajoute:

 

"En grec, les deux mots, joie et grâce (chara et charis), sont formés à partir de la même racine. Joie et grâce vont de pair."

 

Il revient sur l'expression "premier-né", qui a fait couler beaucoup d'encre malintentionnée:

 

"Le mot "premier-né" ne renvoie pas à une numération qui se poursuit, mais indique une qualité théologique exprimée dans les recueils de lois d'Israël les plus anciens."

 

Paul emploie d'ailleurs les expressions de "premier-né d'entre les morts" et de "premier-né d'entre les créatures" et Benoît XVI va dans ce sens paulinien quand il écrit:

 

"Dans la nouvelle naissance de la Résurrection, Jésus n'est plus seulement le premier selon la dignité, mais celui qui inaugure une nouvelle humanité."

 

Parce qu'il est non seulement Benoît XVI, mais d'abord Joseph Ratzinger, l'auteur se pose des questions, suggère, précise souvent qu'il s'agit d'une opinion personnelle. Qui n'engage que cet homme, dont la vie s'illustre par la recherche de la conciliation de la foi et de la raison.

 

A propos des anges qui chantent l'avènement du Sauveur:

 

"Gloire à Dieu au plus haut des cieux ..."

 

l'auteur rappelle que, pendant longtemps, la suite était traduite en ces termes:

 

"et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté",

 

évoquant la liberté humaine, alors qu'actuellement la paix est souhaitée:

 

"aux hommes qu'il aime",

 

ce qui évoque plutôt la prédestination.

 

Joseph Ratzinger ne trouve pas justes ces deux traductions, qu'il considère comme extrêmes:

 

"Il me semble que la traduction littérale - "de la bienveillance" (ou de "sa bienveillance" respecte mieux ce mystère [de la condition humaine], sans le dissoudre dans un sens unilatéral."

 

Qui sont les hommes de la bienveillance? Les "personnes qui ont l'attitude du Fils - des personnes conformes au Christ".

 

Pour ceux qui l'ignorent, Joseph Ratzinger explique encore que le titre de Nazôréen, inscrit sur l'écriteau de la Croix, vient de nazir qui signifie "totalement consacré à Dieu" et de nezer, qui sgnifie "le rejeton", sous-entendu de la lignée de David et de Jessé.

 

De l'importance des mots...et, cependant, de la primauté de l'esprit sur la lettre.

 

Je terminerai par deux passages qui ont retenu mon attention.

 

Le premier a trait aux deux faits sur lesquels repose la foi chrétienne et "qui représentent un scandale pour l'esprit moderne", qui n'admet pas cette intrusion dans le monde matériel:

 

"La naissance par la Vierge et la résurrection du tombeau, dans lequel Jésus n'est pas resté et n'a pas subi de corruption."

 

Si Dieu fait ce que seul un dieu peut faire, où va-t-on?

 

Le deuxième a trait à la liberté des enfants de Dieu:

 

"En tant que Fils Jésus apporte une nouvelle liberté, cependant pas celle de celui qui est sans aucun lien, mais la liberté de Celui qui est totalement uni à la volonté du Père et qui aide les hommes à parvenir à la liberté de l'union intime avec Dieu."

 

Inutile de dire que le grand pécheur devant l'Eternel que je suis a besoin de beaucoup d'aide de sa part...

 

Francis Richard

 

L'enfance de Jésus, Joseph Ratzinger - Benoît XVI, 192 pages, Flammarion

 

Voir également mon article du 25 avril 2011 sur Jesus de Nazareth (deuxième partie) du même auteur, aux Editions du Rocher

Partager cet article

Repost0
14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:15

Boulevard islamisme ValletteIl y a des moments comme cela. En huit jours l'islam et l'islamisme, sont entrés à deux reprises dans le domaine de mes réflexions.

 

Le samedi 6 octobre 2012, j'ai assisté à un dîner-débat à Dax sur le face à face islam-chrétienté.

 

Le compte-rendu n'était pas encore écrit et publié ici, que le responsable du site lesobservateurs.ch, Uli Windisch me demandait d'écrire un article sur le dernier livre de Mireille Vallette à paraître demain en Suisse.

 

Les propos de Claude Sicard, à Dax, n'étaient guère rassurants. Ceux de Mireille Vallette dans Boulevard de l'islamisme le sont encore moins. 

 

L'internaute en aura un avant-goût en lisant mon article paru hier sur lesobservateurs.ch. Le mieux serait, bien sûr, qu'il lise ce livre lui-même, pour son édification.

 

Francis Richard 

Partager cet article

Repost0
2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 18:30

Sacre-Coeur-Ouchy.jpgLes lectures du 22ème dimanche du temps ordinaire selon le rite catholique ordinaire, celles de ce jour, sont consacrées à la loi reçue de Dieu.

 

Le peuple juif doit observer la parole de Dieu sans ajouter ni retrancher quoi que ce soit (Deutéronome chapitre 4, versets 1-2-6-8).

 

Le peuple chrétien doit non seulement examiner la loi de la liberté et s'y attacher, mais encore l'écouter non pas pour oublier mais pour agir (Jacques chapitre 1, versets 17-18.21b-22.27).

 

Le Christ s'adressant aux Pharisiens leur reproche de laisser de côté le commandement de Dieu pour observer la tradition des hommes (Marc chapitre 7, versets 1-8.14-15.21-23).

 

Le prêtre de ma paroisse de Lausanne a commenté ces textes dans son homélie. Il a d'abord remarqué que l'on parle beaucoup de liberté de nos jours, alors qu'il n'y a jamais eu autant de contraintes imposées aux hommes, autant d'interdits.

 

Dans la religion juive les dix commandements dictés à Moïse étaient à eux seuls la loi, alors que le code civil est un fort volume. Dans la religion chrétienne la loi se réduit à moins encore, puisque deux commandements les contiennent tous (par erreur le prêtre les a réduits à un seul, ce qui n'est pas faux dans le fond, si c'est inexact dans la forme...).

 

Le plus grand des commandements, selon le Christ:

 

"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit" (Mathieu chapitre 22, verset 37).

 

Auquel est semblable, toujours selon le Christ:

 

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Mathieu chapitre 22, verset 40, et Lévitique chapitre 19, verset 18).

 

Juifs ou Chrétiens, ou autres, qui sont attachés à la liberté apprécieront ce rappel, fait par un prêtre catholique, des droits naturels, qui sont la seule loi que les Etats devraient faire respecter.

 

A la toute fin de son homélie le prêtre a cité cette admirable parole de Saint Augustin, qui est, pour moi, la loi de la liberté des enfants de Dieu:

 

"Aime et fais ce que tu veux."

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 07:00

EinsiedelnAu mois de mars 2011, Paix Liturgique ici a commandité un sondage à l'Institut Démoscope ici . L'écho dans la presse de Suisse romande a été ... nul. 

 

Quatre questions relatives à la pratique religieuse en Suisse (hors Suisse italienne) étaient posées ici :

Question n°1 : Assistez-vous à la messe ?
Réponses :
Chaque semaine : 8%
Tous les mois : 12%
Pour les fêtes solennelles : 19%
Occasionnellement (mariages) : 41%
Jamais : 19%
Ne se prononcent pas : 1%


Question n°2 : Le pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » - en français, le prêtre faisant face aux fidèles, la communion étant reçue debout – et sous sa forme traditionnelle dite « extraordinaire » ou « de Jean XXIII » - en latin et grégorien, le prêtre tourné face à l’autel, la communion reçue à genoux. Le saviez-vous ?
Réponses :
Oui : 56%
Non : 42%
NSP : 2%

Question n°3 : Trouveriez-vous normal ou pas normal que les deux formes du rite romain soient célébrées régulièrement dans votre paroisse ?
Réponses :
Normal : 41%
Pas normal : 50%
NSP : 9% 

Question n°4 : Si la messe était célébrée en latin et grégorien sous sa forme extraordinaire dans votre paroisse, sans se substituer à celle dite ordinaire en français, y assisteriez vous ?
Réponses :
Chaque semaine : 16%
Tous les mois : 19%
Pour les fêtes solennelles : 10%
Occasionnellement (mariages) : 21%
Jamais : 32%
Ne se prononcent pas : 2%

Ce n'est pas la première fois que Paix Liturgique commandite un sondage tel que celui-ci en Europe. Or il est une quasi contante dans les résultats de ces sondages : 35% des catholiques [réponses à la question n°4] assisteraient bien au rite extraordinaire si le Motu Proprio du pape Benoît XVI était appliqué...La Suisse ne fait donc pas exception.

Réponse sidérante : 42%  des catholiques pratiquants suisses disent ignorer encore son existence quatre ans après sa promulgation...

Si 42% n'en ont pas entendu parler, il n'est donc pas étonnant que 50% des catholiques ne trouveraient pas normal que les deux formes du rite catholique coexistent pacifiquement dans leur paroisse... d'autant qu'il existe en Suisse une aile farouchement opposée au rite romain sous sa forme extraordinaire.

Le silence fait autour de ce sondage est assourdissant. Il montre que, dans un pays démocratique comme la Suisse, il n'est pas facile de faire entendre un autre son de cloche catholique que celui des catholiques conservateurs de la situation post-conciliaire établie.

Francis Richard
 

Partager cet article

Repost0
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 12:00

Jésus de Nazareth 2Quel est le but poursuivi par Joseph Ratzinger en écrivant son Jésus de Nazareth publié aux Editions du Rocher ici dans sa version française ? Il l'explique dans son avant-propos de la deuxième partie, écrit il y a un an, jour pour jour, le 25 avril 2010 :

 

"En conjuguant entre elles les deux herméneutiques dont j'ai parlé plus haut [l'herméneutique historique et l'herméneutique de la foi] j'ai essayé de développer un regard sur le Jésus des Evangiles et une écoute de ce qu'il nous dit susceptible de devenir rencontre et, néanmoins, dans l'écoute en communion avec les disciples de Jésus de tous les temps, de parvenir aussi à la certitude de la figure vraiment historique du Christ."

 

La deuxième partie de Jésus de Nazareth couvre la période de l'entrée du Christ à Jérusalem jusqu'à sa Résurrection. Elle correspond donc à la semaine qui vient de s'écouler, du dimanche des Rameaux jusqu'au dimanche de Pâques. Aussi lire ce livre en ce moment permet-il de jeter un regard différent sur les événements qui sont relatés pendant ce temps liturgique et d'élargir la réflexion sur eux.

 

Dans sa préface à la première partie, Joseph Ratzinger prévenait :

 

"Ce livre n’est absolument pas un acte du magistère, mais uniquement l’expression de ma recherche personnelle de la « face du Seigneur » (Ps 27, 8). Ainsi, chacun est libre de me contredire. Je demande seulement aux lectrices et aux lecteurs une approche bienveillante sans laquelle aucune compréhension n’est possible."

 

C'est pourquoi l'auteur a signé le livre de son nom de simple fidèle, même si l'éditeur a cru bon de rappeler qu'il est devenu pape sous le nom de Benoît XVI après en avoir commencé la rédaction. C'est pourquoi aussi il convient de le lire avec bienveillance, pour mieux le comprendre, pour mieux comprendre, surtout, la figure du Christ qui est chère au modeste chrétien que je suis.

 

Tout au long du livre Joseph Ratzinger s'appuie sur une forte bibliographie, mais ausssi sur l'Ecriture. Ce qui est remarquable en l'occurrence, c'est la connexion qu'il établit clairement entre les textes de l'Ancien Testament et les faits rapportés par les évangiles synoptiques et celui de Jean, sans oublier des passages de lettres de Paul et des Actes des apôtres de Luc :

 

"Ce ne sont pas les paroles de l'Ecriture qui ont suscité le récit des faits, mais les faits qui, dans un premier temps incompréhensibles, ont conduit à une compréhension nouvelle de l'Ecriture."

 

Tout était bien prévu, mais il était impossible d'imaginer que les faits se dérouleraient ainsi, parce qu'il était tout simplement impossible d'envisager qu'ils ne correspondraient pas aux interprétations faites avant le temps de Jésus.

 

Quand Jésus entre dans Jérusalem, il le fait sur un ânon qui n'a jamais porté personne. C'est à la fois un signe de royauté que d'entrer dans une ville sur une monture et le signe que le royaume de Dieu n'est pas semblable aux autres royaumes terrestres, sinon ce serait sur un cheval qu'il l'aurait fait. Cela n'a rien à voir avec l'entrée du Messie dans Jérusalem telle qu'on l'attendait. 

 

Quand Jésus purifie le Temple de ses marchands, il signifie la fin du Temple tel qu'il est devenu. C'est son Corps qui est maintenant le Temple. Son sacrifice expiatoire se substitue aux autres sacrifices dont le temps est achevé. Il oppose sa bonté qui guérit au commerce des animaux et aux affaires d'argent. Cela n'a rien à voir avec la conception de la religion telle qu'elle était effectivement pratiquée jusque récemment. 

 

Dans son discours eschatologique Jésus annonce la fin du Temple et sa destruction matérielle, et la fin du monde. Mais cette dernière ne peut advenir tant que l'Evangile n'est pas arrivé à tous les peuples. Il ne faut pas selon l'auteur y voir "une nouvelle formulation de la description de l'avenir" même si elle est conforme en tous points aux textes vétérotestamentaires :

 

"Il s'agit d'insérer la vision de l'avenir dans la parole de Dieu qui désormais a été donnée, et dont la stabilité, d'une part, et les possibilités d'ouverture, d'autre part, sont ainsi rendues évidentes."

 

Comment interpréter le lavement des pieds ? C'est un acte de purification qui nous est donné et que nous pouvons transmettre à notre tour :

 

"Dans la mesure seulement où, souvent, nous nous laissons laver, "rendre purs" par le Seigneur lui-même, nous pouvons apprendre à faire avec lui ce qu'il a fait."

 

Le lavement des pieds éclaire le "commandement nouveau" que le Christ a laissé à ses disciples :

 

"[Il] n'est pas simplement une exigence nouvelle et supérieure : il est lié à la nouveauté de Jésus Christ - au fait de s'immerger toujours plus en lui."

 

L'auteur consacre tout un chapitre à la prière sacerdotale de Jésus que reproduit Jean dans le chapitre 17 de son évangile et dont je ne m'étais pas rendu compte de l'importance auparavant.

 

A sa lecture il relève quatre thèmes: celui de la vie éternelle qui commence ici-bas et non pas après la mort; celui de la consécration des disciples "dans la vérité" - "la vérité est le bain qui les purifie, la vérité est le vêtement et l'onction dont ils ont besoin"; c'est la révélation du Nom de Dieu, indicible auparavant, qui se traduit par sa présence parmi les hommes; c'est celui de l'unité de l'Eglise, qui est certes constituée du sacrement de la succession, de l'Ecriture et du Symbole de la foi, mais qui est surtout reconnaissance de Jésus comme l'envoyé du Père en se laissant toucher par l'Amour de Dieu.

 

Lors de la dernière Cène, Jésus institue le commandement de répéter ce qu'il a accompli ce soir-là, "le fait de rompre le pain, la prière de bénédiction et d'action de grâce et avec elle les paroles de la transubstantiation du pain et du vin." :

 

"Nous pourrions dire : par ces paroles, notre moment actuel est entraîné dans le moment de Jésus."

 

Pourquoi rendre grâce ?     

 

"Pour l'"exaucement" (c.f.He 5,7). Il a rendu grâce par avance du fait que le Père ne l'abandonnerait pas à la mort (c.f. Ps 16,10). Il a rendu grâce pour le don de la Résurrection et, sur la base de celle-ci, déjà à ce moment, dans le pain et le vin, il pouvait donner son corps et son sang comme gage de la Résurrection et de la vie éternelle (c.f. Jn 6,53-58)."

 

Au jardin du Mont des Oliviers, Gethsémani, Jésus fait trois prophéties :

 

- le berger sera frappé et les brebis dispersées

- après sa Résurrection il les précédera en Galilée

- il ressuscitera donc

 

Pierre n'aurait pas dû s'interposer pour empêcher l'arrestation de Jésus:

 

"Parce qu'il s'oppose à la Croix , il ne peut pas entendre la parole sur la Résurrection et il voudrait [...] le succès sans la Croix." 

 

L'auteur remarque que c'est une tentation constante des chrétiens de vouloir "obtenir le succès sans la Croix" et avec ses propres forces, c'est pourquoi Pierre avait "besoin d'entendre l'annonce de sa faiblesse, de son triple reniement".

 

L'auteur, à propos du procès de Jésus, souligne que le Christ est condamné à mort par le Sanhédrin pour avoir blasphémé - il s'est prétendu Fils de Dieu. Mais ce blasphème n'est pas recevable devant Pilate. Il est donc accusé cette fois par les mêmes d'avoir revendiqué une royauté messianique. Du crime religieux on passe pour les besoins de la cause au crime politique. Pilate qui n'est pas convaincu de la culpabilité de Jésus va tout de même le condamner à mort à la faveur de l'amnistie pascale qui profitera à Barabbas:

 

"La paix fut en ce cas plus importante pour lui que la justice. Non seulement la grande et inaccessible vérité devait passer au second plan, mais aussi celle du cas concret : il crut ainsi accomplir le vrai sens du droit - sa fonction pacificatrice."

 

Le psaume 22 commence par le cri du Christ sur la Croix :

 

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? "

 

Joseph Ratzinger explique :

 

"Déjà, parmi les priants de l'Ancien Testament, les paroles des Psaumes ne sont pas celles d'un seul individu fermé sur lui-même. Ce sont certes des paroles très personnelles, qui se sont formées dans le combat avec Dieu, mais des paroles auxquelles, en même temps, sont toutefois associés dans la prière tous les justes qui souffrent, tout Israël, et même l'humanité tout entière qui lutte, et c'est pourquoi les Psaumes enveloppent toujours le passé, le présent et l'avenir."

 

Par conséquent "nous sommes nous-mêmes les priants de ce Psaume, mais maintenant c'est d'une manière nouvelle, dans la comunion au Christ". 

 

Sur la Résurrection Joseph Ratzinger a écrit un texte de toute beauté dont la paroisse catholique de Chatou, où j'ai passé en famille le triduum pascal, a reproduit sans ligne de démarcation les deux passages les plus lumineux :

 

"Si dans la Résurrection de Jésus il ne s'était agi que du miracle d'un cadavre réanimé, cela ne nous intéresserait, en fin de compte, en aucune manière. Cela ne serait pas plus important que la réanimation, grâce à l'habileté des médecins, de personnes cliniquement mortes. Pour le monde en général, et pour notre existence, rien ne serait changé."

 

Plus loin :

 

"Les témoignages néotestamentaires ne nous laissent aucun doute sur le fait que dans "la Résurrection du Fils de l'Homme", quelque chose de totalement différent se soit produit. La Résurrection de Jésus fut l'évasion vers un genre de vie totalement nouveau, vers une vie qui n'est plus au-delà de cela - une vie qui a inauguré une nouvelle dimension de l'être-homme. C'est pourquoi la Résurrection de Jésus n'est pas un événement singulier que nous pourrions négliger et qui appartiendrait seulement au passé, mais elle est une sorte de "mutation décisive", un saut de qualité."

 

La feuille paroissiale catovienne omet malheureusement la remarque importante que fait entre parenthèses l'auteur et qu'il situe après "mutation décisive" et avant "un saut de qualité" :

 

"pour employer cette expression de manière analogique, bien qu'elle soit équivoque".

 

La feuille paroissiale termine son second extrait par cette phrase :

 

"Dans la Résurrection de Jésus, une nouvelle possibilité d'être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir, un avenir d'un genre nouveau pour les hommes."

 

Le lecteur aura compris qu'il est impossible de résumer le livre de Joseph Ratzinger sur Jésus de Nazareth, que tout au plus chacun peut relever les interprétations qui l'auront le plus marqué, comme je l'ai fait pour donner envie d'aller y regarder de plus près, tant il est vrai que ce livre est d'une grande densité.

 

Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une oeuvre entreprise en 2003, qui tenait particulièrement à coeur à son auteur. Il n'avait rédigé sous une forme définitive les chapitres 1 à 4 de la première partie qu'en août 2004. Dans sa préface à la première partie, écrite le 30 septembre 2006, il précisait :

 

"Après mon élection au siège épiscopal de Rome, j’ai employé tout mon temps libre pour le mener à bien. Parce que je ne sais pas combien de temps et quelles forces me seront encore concédées, je me suis décidé à publier comme première partie du livre les dix premiers chapitres, qui s’étalent du Baptême dans le Jourdain jusqu’à la confession de Pierre et à la Transfiguration."

 

Il est réconfortant de penser que le Seigneur lui a concédé suffisamment de temps et de forces pour achever également la deuxième partie et nous donner ainsi encore plus ample matière à réflexion.

 

Francis Richard

Partager cet article

Repost0
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 20:50

Eglise de ThibervilleConnaissez-vous l'entreprise de démolition Nourrichard ? Non ? Voyons, rappelez-vous, Nourrichard, c'est le nom de l'évêque d'Evreux, qui a eu la peau de l'abbé Francis Michel, l'ancien curé de Thiberville, et a démoli vite fait, mal fait, son oeuvre pastorale d'un quart de siècle.

Thiberville ? C'est cette paroisse d'un diocèse en pleine déroute qui, naguère, il y a quelques semaines seulement, en était encore le fleuron, avec ses 14 clochers, ses messes bondées et ses nombreux sacrements administrés aux petits comme aux grands enfants de Dieu, le contre-exemple évidemment à ne surtout pas suivre...

 

Car cette réussite lumineuse faisait de l'ombre aux autres paroisses diocésaines désertées par les fidèles, regroupées administrativement tant mal que bien. Il fallait que cela cesse. Il fallait qu'aucune paroisse du diocèse ne dépasse les autres dans la médiocrité ordinaire.

 

Vous comprenez, le curé de Thiberville était encore un vrai curé, comme on en fait de moins en moins, portant soutane, disant la messe tourné avec ses fidèles vers le Seigneur : insupportables cette humilité et ce respect envers Dieu !

De plus la messe y était célébrée dans les deux formes, ordinaire et extraordinaire, depuis 15 ans, c'est-à-dire plus de dix ans avant que ne s'exprime explicitement à ce sujet la volonté réconciliatrice du Saint Père : intolérable cette co-existence pacifique des deux rites !

Après le rejet de trois recours par Rome, après plus d'un an de résistance contre son évêque, l'abbé Francis Michel a dit sa dernière messe à Thiberville le 20 février 2011.

Le 5 mars 2011, j'écrivais sur ce blog :

"Maintenant l'ordre règne à Thiberville, comme on disait que l'ordre régnait à Budapest ou à Prague, après leurs insurrections. Il n'y a plus de curé à demeure. Bientôt il n'y aura plus de fidèles du tout, alors que naguère, de ce point de vue, la paroisse était exemplaire. La forme l'a emporté sur le fond, la loi épiscopale sur la vie paroissiale, l'organisation bureaucratique sur la foi qui soulève les montagnes."

Aujourd'hui il n'y a effectivement quasiment plus de fidèles à Thiberville [la photo du présentoir vide de l'église Saint Taurin provient d'ici]. Les messes en semaine ont disparu. Des trois messes du dimanche il n'en reste plus qu'une, à horaire variable [voir ici], suivie par quelques rares fidèles. La troisième, celle de 17 heures, qui était dite sous la forme extraordinaire devant une assistance de 100 à 150 personnes a été supprimée, faute d'officiant capable de la célébrer selon ce rite.

Etait-ce vraiment ce à quoi Mgr Christian Nourrichard voulait aboutir ? Dieu seul le sait.

 

Le Seigneur ne nous a-t-il pas dit de reconnaître l'arbre aux fruits ? Les fruits sont indéniablement amers.

 

Il faut donc prier pour l'âme de cet évêque qui devra bien rendre des comptes un jour devant le Créateur pour avoir dispersé le troupeau qui lui était confié.

Francis Richard

Le site de Soutien à l'Abbé Michel est ici

 

Articles précédents :

 

Destituer le curé de Thiberville ne suffit pas à Mgr Nourrichard du 5 mars 2011

L'oukase de Mgr Nourrichard contre l'abbé Francis Michel, curé de Thiberville du 22 janvier 2011

Le recours sur le fond de l'abbé Francis Michel accepté par Rome du 24 juillet 2010

Mgr Nourrichard devrait écouter: à Thiberville la vox populi c'est la vox Dei du 7 juillet 2010

Mgr Nourrichard veut toujours disloquer la paroisse de l'abbé Michel du 15 avril 2010

Affaire abbé Francis Michel: le script du 3 janvier à Thiberville du 3 février 2010

L'abbé Francis Michel, curé de Thiberville, et qui entend le rester du 18 janvier 2010

Partager cet article

Repost0

Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
  • Contact

Profil

  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.

Références

Recherche

Pages

Liens