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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 00:01

Et que Dieu vous ait en sa sainte garde !

Habitant le canton de Vaud dont la devise est : Liberté et Patrie - ce qui me convient très bien -et adepte du principe de subsidiarité, je reste convaincu qu'au-delà de ce qui peut être accompli au niveau des cantons la Confédération est une dimension nécessaire au bien-être matériel et spirituel des pays qui composent la Suisse, ma patrie d'adoption.

C'est pourquoi, pour commencer la nouvelle année 2009, je vous propose d'écouter pieusement l'hymne national suisse, interprété par des choeurs, tandis que les paroles de cet hymne apparaissent en surimpression sur des paysages alpestres. C'est un moyen de prendre un peu d'altitude avant d'aborder vaillamment les incertitudes qui nous guettent...



Et encore tous mes voeux pour 2009 ! 

Francis Richard

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29 décembre 2008 1 29 /12 /décembre /2008 15:40
L'année 2008 est-elle une année pour rien ? Pascal Décaillet pose la question sur son blog ( ici ) dans un article paru le 26 décembre. Cette question est fondamentale pour tous ceux qui se soucient de l'avenir de la Suisse, indépendamment, mais compte tenu, des circonstances.

Pascal Décaillet précise d'emblée quelle est son interrogation : "Le coup du 12 décembre 2007, à moitié rattrapé par celui du 10 décembre 2008, n'a-t-il pas fait perdre un an à la Suisse ? La question, sérieusement, se pose. Un pays a-t-il intérêt, en termes d'efficacité, à bouter hors de son gouvernement le parti arrivé nettement en tête aux élections ?".

Au soir de l'élection d'Ueli Maurer au Conseil fédéral, j'écrivais : "Pendant un an les comploteurs du 12 décembre 2007 ont plongé le pays dans la division. La Providence a permis que cette parenthèse fratricide soit refermée un an plus tard." (voir mon article ici ). Pascal Décaillet emploie lui l'expression "à moitié rattrapé". Il a raison puisque tout n'est pas résolu pour autant.

Comme le souligne Pascal Décaillet, l'UDC, puisqu'il s'agit d'elle, aurait très bien pu ne pas se ranger dans l'opposition, mais elle y a été logiquement poussée. Pascal Décaillet explique : "Le Parlement, pour le choix des conseillers fédéraux, est certes souverain, mais cette souveraineté est inséparable d'une responsabilité : quand on humilie un parti entier, a fortiori le vainqueur des élections, il faut bien s'attendre à quelques conséquences".
 
Cette parenthèse d'un an a eu le mérite de faire sortir du bois les tenants d'une concordance qui ne serait pas seulement arithmétique mais concordance sur des objectifs gouvernementaux . Avec raison Pascal Décaillet s'indigne que l'on ait voulu mettre en oeuvre une telle concordance en cours de législature : "On vient changer les règles pendant le jeu, et cela, ça n'est absolument pas acceptable".

Pascal Décaillet va plus loin. Aujourd'hui les tenants de cette nouvelle concordance forme une "alliance, tricotée dans l'imaginaire, sous paravent de morale, en fait pour les besoins de la manoeuvre, entre une partie du centre-droit et les socialistes, contre l'UDC, (qui) est une formule de pure convenance pour se maintenir, entre soi, au pouvoir". Mais demain ?

Demain, à ce compte-là, les socialistes pourraient très bien être renvoyés "à leurs chères études" : "Pourquoi pas, un jour, une alliance entre l'UDC, les libéraux-radicaux, et le PDC, à eux trois largement majoritaires dans la sociologie électorale"? J' y faisais allusion dans mon article du 1er décembre sur le Groupe 13 ( ici ) : "L'esprit de la démocratie de concordance  a (...) permis au parti socialiste de figurer au gouvernement à majorité bourgeoise (...). Il ferait bien de ne pas l'oublier".

Les deux élections, celle du 12 décembre 2007 et celle du 10 décembre 2008, ont un autre mérite. Elles conduisent à se poser la question du bien-fondé de l'élection du Conseil fédéral par le Parlement, puisque le Parlement a du mal à assumer sereinement sa responsabilité.

Dans un autre article, cette fois paru dans Le Temps ( ici ), en date du 29 décembre, Philippe Roch, ancien secrétaire d'état, explique qu'il est possible, et même souhaitable, que l'élection du Conseil fédéral soit faite par le peuple. Ce mode d'élection, avec un peu d'imagination, permettrait de conserver les valeurs essentielles auxquelles le peuple suisse est attaché : la séparation des pouvoirs - incompatible avec l'élection de l'exécutif par le législatif -, la représentation des minorités et la concordance.

Philippe Roch propose que des équipes de 7 candidats se présentent au premier tour et que ne soient retenues pour le second que les deux ou trois équipes arrivées en tête. Chaque équipe devrait remplir quelques conditions. Par exemple "être composée au moins de trois hommes et trois femmes, et au moins de deux Alémaniques et deux Latins", afin de représenter les femmes et les régions.

Philippe Roch laisse alors libre cours à son imagination : "On imagine que dans la composition parlementaire actuelle une équipe constituée d'une personne de la ligne dure de l'UDC, d'une personne de sa ligne traditionnelle, d'une personne pour chacune des tendances radical-libérale, PDC, et verte et de deux de gauche sortirait gagnante".

Et va jusqu'au bout de son rêve : "La constitution de ces listes permettrait à des personnalités de s'assembler par affinité personnelle malgré leur diversité politique et de constituer ainsi une véritable équipe gouvernementale. Le lien des personnes avec les partis serait moins absolu qu'aujourd'hui, et l'on peut imaginer des équipes comportant des personnalités connues du public, occupant des postes à responsabilité dans le monde associatif, économique, scientifique, sportif ou artistique sans qu'elles aient eu préalablement une expérience parlementaire".

Je laisse à l'internaute le soin de lire cet article dans son entier s'il veut en savoir davantage sur les idées de Philippe Roch. Pour ma part je retiens de ces propositions qu'elles n'auraient jamais été faites sans les dégâts provoqués par le coup parlementaire du 12 décembre 2007. En ce sens, si elles sont un jour suivies d'un quelconque effet, l'année 2008 n'aura pas été complètement perdue.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 12:50
La presse romande découvre avec stupéfaction ce que je dis depuis le début : Kadhafi (ci-contre photo parue dans 24 Heures ) a tout le temps devant lui dans l'affaire relative à l'arrestation de son fils (voir mon article Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  ), et qui l'oppose à la Suisse depuis l'été dernier. Il a gagné sur presque toute la ligne et n'est pas prêt, sans contreparties, à lâcher le dernier morceau - si j'ose dire - à savoir l'autorisation donnée à deux citoyens helvétiques, arrêtés dans un premier temps, puis relâchés, de quitter ce pays pourri.

Kadhafi, juché sur ses tas de sable, a obtenu presque tout ce qu'il voulait, hormis des excuses : son fils Hannibal et sa femme ont été libérés sous caution au bout de 48 heures seulement. Les domestiques, auxquels ces charmants patrons avaient infligés des sévices (voir mon article L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris ), ont abandonné leur plainte, vraisemblablement contre monnaie sonnante et trébuchante (voir mon article Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses ) et, dans la foulée, le procureur de la république de Genève a abandonné ses poursuites pour contrainte.

Comme tous les maîtres-chanteurs, Kadhafi fait monter la pression et les enchères (voir l'article de 24 Heures ici ). Maintenant il ne se contente plus seulement d'excuses de la part des autorités helvétiques, il veut que les responsables de l'arrestation de son fils soient châtiés et qu'une rançon soit versée. Celle-ci s'élève à 300'000 francs que la Suisse devrait verser à l'UNICEF. Kadhafi entend ainsi jouer au Père Noël, aux frais du contribuable suisse, et se donner le beau rôle puisque l'UNICEF ( ici ) est une organisation humanitaire onusienne s'occupant de la survie, de la protection et de l'éducation des enfants à travers le monde. Ce dont, en réalité, il doit se soucier comme d'une guigne...

Là-dessus on apprend dans 24 Heures qu'un des ténors du barreau de Genève, Maître Charles Poncet (ci-contre photo parue dans 24 Heures), a été embauché par Kadhafi pour défendre ses intérêts ( ici ) et obtenir ce que le tyranneau libyen n'a pas encore obtenu. D'après le célèbre avocat - qui prête régulièrement sa plume à L'Hebdo, et qui fait partie des people genevois - lors de leur arrestation, le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi et son épouse n'auraient pas eu accès tout de suite aux autorités consulaires, ce qui est contraire à la Convention de Vienne.

On veut bien. Si cela s'avère exact, ce n'est pas bien. Mais cela ne justifie pas les accusations de maltraitance proférées - et le châtiment demandé - à l'encontre des responsables de l'arrestation d'Hannibal et de sa femme Aline, qui s'en sortent bien parce que leur papa, et beau-père, est un potentat sans vergogne. Cela ne justifie pas davantage le chantage exercé par ce dernier. Car il n'en demeure pas moins que les responsables de l'arrestation des époux libyens maudits ont mis un terme à des sévices corporels commis sur le sol helvétique et qu'ils ont eu raison de le faire, même si, ce faisant, ils ont commis des maladresses de procédure, qui restent d'ailleurs à prouver.

Le Matin ( ici ), sous la plume de Fabian Muhieddine, explique que la Suisse s'est embourbée dans cette affaire parce qu' "elle manque d'un accès direct à Kadhafi", parce qu'"elle n'a plus d'alliés diplomatiques" et que "la Libye a des moyens de pression". C'est bien dans la stratégie des maîtres-chanteurs de ne pas être atteignables pour discuter. Ils pratiquent toujours le tout ou rien et ... plus le temps passe plus leurs exigences sont grandes. Dire que la Suisse n'a plus d'alliés diplomatiques est faux. Il serait plus juste de dire que les intérêts économiques de ses alliés passent aujourd'hui avant leurs principes sur lesquels ils s'assoient allègrement.

Pour s'en sortir la Suisse n'aurait pas dû se défaire du seul atout qui lui restait : les poursuites pour contrainte. En l'occurrence le fédéralisme a bon dos puisque l'abandon des poursuites c'est Genève qui l'a décidé sans ... consulter Berne. Il ne reste à Madame Calmy-Rey ( ici  ) que le choix entre baisser sa jupe - ce qui serait céder au chantage, et créerait un précédent croustillant - ou, en abandonnant momentanément ses ressortissants à leur triste sort, laisser faire le temps, la patience ou, sait-on jamais, .... la baisse du prix du pétrole qui pourrait mettre à genoux ce fou furieux.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 00:35

Le 16 décembre, Doris Leuthard (ci-contre photo publiée par 24 Heures ici ), chef du Département fédéral de l'économie, DFE, a fait part des prévisions économiques de ses experts économiques : baisse du PIB de 0,8% en 2009 et augmentation de 1% en 2010. Les mêmes experts, deux mois plus tôt, s'étaient complètement trompés : la croissance serait juste inférieure à 1% en 2009... et de simples mesures de "stabilisation" suffiraient. 

Toujours est-il que ces prévisions, qui peuvent s'avérer aussi fausses que les précédentes, ne font que renforcer le clan des interventionnistes. Après le "sauvetage" de l'UBS, qui se porte de plus en plus mal, le plan de stabilisation ( ici ), annoncé il y a un mois, se mettra en place en début d'année. Initialement prévu à hauteur de 900 millions de francs, il devrait se transformer en plan de relance ( ici ) pour atteindre les 3 milliards de francs dans les mois suivants : tout augmente !

 

L'Union syndicale suisse trouve évidemment qu'à moins d'injecter 5 milliards de francs dans l'économie, le chômage augmentera fortement, et que donc le Conseil fédéral mégote. D'après les experts du DFE, le taux de chômage, qui est de 2,6% aujourd'hui, devrait s'élever à 3,3% en 2009 et à 4,3% en 2010. Aussi l'Etat prévoit-il de "prolonger la durée maximale des indemnités en cas de réduction de l'horaire pour soutenir l'emploi". Le contribuable paiera... L'Etat prévoit également de mettre l'accent "sur les investissements dans les infrastructures, prévus à partir du second semestre de 2009" et d'alléger "l'imposition des familles", "dont l'effet sera perceptible au plus tôt dès 2010".

Dans son édito du 1er décembre (ici , dans "archives de l'édito") Jacques Garello, à propos de "la peste keynésienne (qui) envahit les esprits" en France, note ceci, qui peut aussi bien s'appliquer à la Suisse : "Il faut en revenir à Bastiat : ce que l'on voit c'est le "sauvetage" des banques, ce que l'on ne voit pas c'est le coût du financement. Le coût c'est l'inflation, qui à son tour entraîne le chômage; le coût c'est la dette publique, qui à son tour entraîne davantage de prélèvements obligatoires". Et quand un exercice est bénéficiaire, comme ce devrait être le cas en Suisse en 2008, c'est la non réduction de la dette, qui continue de courir.

Selon ses propres termes ( ici )"l
a BNS (Banque nationale suisse) met en œuvre sa politique monétaire en influant sur le taux d'intérêt du marché monétaire en francs. Pour ce faire, elle pilote le Libor à trois mois.". Voici l'évolution du Libor (ci-contre en rouge). On voit très nettement que le taux est passé de 2% à 0% entre septembre et décembre de cette année.

Que cela signifie-t-il ? Jacques Garello l'explique : "Il faut sauver les banques de la faillite, il faut injecter à cet effet les liquidités monétaires voulues, et les banques centrales doivent donc continuer à abaisser les taux d'intérêt et gonfler la masse monétaire". Cela fait partie du "sauvetage" de l'UBS et de la place financière, qui a été le premier volet de l'interventionnisme à la sauce helvétique pour corriger les imperfections du marché. C'est-à-dire qu'il n'y a plus de marché...


Dans un édito précédent, du 13 novembre, Jacques Garello, parlant du programme économique d'Obama, devenu le modèle planétaire, écrit de façon prémonitoire : "La tonalité générale est (...) bien celle du New Deal, des agences fédérales, des grands travaux, de la dépense publique (NDLR : c'est moi qui souligne ). Voilà qui coïncide bien avec les plans de relance (NDLR : c'est moi qui souligne) dont il est fortement question en Europe sous l'impulsion de la France". Il ajoute : "Comme toujours le socialisme se conjugue avec l'irresponsabilité des comportements; l'Etat décharge les citoyens de tout risque économique (...). La seule morale à respecter est celle de la solidarité forcée et de la soumission à la bureaucratie".

Quant aux allégements fiscaux des familles annoncés par le DFE, ils ne font qu'atténuer les dégâts commis antérieurement, et ... ils n'auront d'effet, au mieux, que dans un an : vous avez dit urgence ?

 

Le keynésianisme à la sauce helvétique est imparfait, comme le marché, et réserve de bonnes surprises. Ainsi Doris Leuthard est-elle pressée de conclure des accords de libre-échange avec le Japon, le Canada et les Etats du Golfe : bonjour la cohérence ! 

Francis Richard


L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ici mon émission sur le même thème.

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 20:25
En lisant 24 Heures ce samedi je suis tombé sur un article ( ici ), intitulé  "Un piéton décédé à la suite d'un accident à Lausanne" : " L'automobiliste, qui montait l’avenue du Mont-d'Or, à la hauteur du chemin de Contingy, n’a pas remarqué assez tôt qu’un homme traversait la rue à cet endroit, sur un passage balisé. Il n’a pas pu éviter le choc et le piéton, octogénaire, s’est fait renverser. La victime a été prise en charge par une ambulance, puis conduite au CHUV où elle est décédée quelques heures plus tard."

Il n'est pas dans mes habitudes de parler de faits divers. Mais je dois reconnaître que cet article m'a fait souvenir d'un autre article paru dans Touring, la revue du TCS (Touring club de Suisse), daté du 4 décembre et intitulé "Trop de piétons fauchés". Cet article lui-même répondait comme en écho à un troisième article que l'UDC Soli Pardo a publié le 25 novembre 2008  sur son blog de la Tribune de Genève ( ici ), sur le même sujet. En effet , si je suis automobiliste à mes heures, je suis, comme bien des gens, piéton à d'autres. D'où mon intérêt pour la chose.

Dans ma naïveté je croyais que les automobilistes suisses étaient respectueux de ce que le journaliste de 24 Heures appelle les passages balisés et de ceux qui s'y aventurent. Quand je conduis ici, je suis comme transformé, en comparaison de la conduite que je me dois d'adopter à Paris, mais qui subit tout de même cette heureuse influence : je suis courtois, prudent, attentionné à l'égard de mon frère piéton. Quand j'endosse le costume de piéton j'ai grande confiance dans l'automobiliste helvétique qui survient et qui ne peut être que mon semblable dans son comportement à mon égard.

Il paraît que j'ai tort et j'en suis bien chagrin. Touring m'apprend que 8'000 personnes par an meurent écrasées en Europe et que, si Zürich semble être un modèle de vertu en matière de conception de passages balisés, la Suisse "est l'un des (pays les) plus mal lotis en matière de sécurité aux passages piétons, et ceci depuis de nombreuses années. Pire, soulignent les auteurs de l'Eurotest ( ici ) : si l'on rapporte la mortalité des piétons au nombre de tués, la Suisse se retrouve quasiment lanterne rouge européenne, suivie de la seule Norvège".

Dans un encadré de cet article le fonctionnaire de service, Stefan Huonder, directeur du département Règles de la circulation de l'Office fédéral des routes, commence par déclarer : "nous avons mis en place un groupe de travail chargé d'identifier les problèmes globaux aux passages piétons". Ce réflexe des fonctionnaires à vouloir créer un groupe de travail dès qu'un problème surgit me fait immanquablement penser à Clémenceau qui disait : "pour enterrer une affaire, créons une commission".

De prime abord je n'aime pas davantage quand ce groupe de travail se donne pour tâche prioritaire "d'examiner le catalogue de normes en vigueur". Je suis un "petit peu" rassuré quand ce digne fonctionnaire dit qu' "il est préférable de disposer d'une réglementation moins stricte, mais appliquée partout". Je suis beaucoup plus convaincu quand il déclare finalement, à propos des Pays-Bas, pays modèle en matière de sécurité des piétons : "Outre la législation et les infrastructures, la mentalité joue aussi certainement un rôle".

C'est là que l'article de Soli Pardo, cité plus haut, prend toute sa valeur. Il rappelle dans cet article que  "la suppression en 1994 de la réglementation, selon laquelle une personne qui souhaite traverser la route sur un passage de sécurité doit annoncer son intention avec un signe de la main, a été une erreur et accroît les risques pour les piétons. Quant à la priorité absolue accordée aux piétons depuis cette année-là, elle est complètement irréaliste".

Or les passages balisés ne peuvent être sûrs pour les piétons que si non seulement les automobilistes se soucient des piétons, mais encore si les piétons se soucient à leur tour des automobilistes. Soli Pardo, avec l'UDC, exige "la réintroduction du signe de la main sur les passages de sécurité pour piétons". On peut toujours exiger, mais il serait grandement préférable de convaincre les uns et les autres qu'ils ont tout intérêt à s'entendre sur leurs intentions réciproques. Et puis cela ne fait pas de mal de dire merci à celle ou celui qui vous laisse passer...

Francis Richard
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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 19:50

Alain Jeannet, rédacteur en chef de L'Hebdo, ne décolère pas ( ici ): "Les parlementaires ont voté pour le candidat Ueli Maurer. Ils ont plié au nom du respect de la concordance, répètent-ils en boucle. Quel refrain pathétique ! Quelle hypocrisie !". Car Alain Jeannet a sa conception de la concordance : elle est d'exclure près de 30% de l'électorat suisse, qui votent mal, de représentation au Conseil fédéral.

Pourquoi ? Parce qu'il ne partage pas les idées de cet électorat UDC et qu'en conséquence il faut à tout prix lui interdire l'accès aux responsabilités du pays. En fait lui-même et sa rédaction se font les chantres de la démocratie de discordance. Et les accusations diffamatoires comme "chantage réussi" et "capitulation" n'y changent rien. Le Parlement ne trouve grâce à leurs yeux que lorsqu'il vote comme ils voudraient qu'il vote.

"Dans cette affaire, ajoute-t-il, c'est l'appareil blochérien qui a violé les règles du jeu". Le non-dit est clair. Là est mise en cause la clause des statuts de l'UDC Suisse qui permet au parti l'exclusion d'un membre qui serait élu conseiller fédéral sans en avoir reçu l'investiture officielle. Alain Jeannet se garde bien de rappeler que cette clause n'aurait jamais été adoptée sans le tour pendable qui a été fait à l'UDC le 12 décembre 2007. Les parlementaires du "Groupe 13" (voir mon article Le "Groupe 13", fossoyeur de la démocratie de concordance ? ), qui ont fait tomber Christoph Blocher, ont le droit d'attaquer l'UDC, mais l'UDC n'a pas le droit de se défendre.

Ce 12 décembre 2007 - historique - des parlementaires ont comploté pour éjecter Christoph Blocher du Conseil fédéral. Ils ont présenté la candidature d'Eveline Widmer-Schlumpf, avec son consentement, ce qui en langage clair - pas en bois - constitue une trahison. Ils ont réussi à la faire élire, alors que ses positions étaient ultra-minoritaires au sein de l'UDC. Sous couvert d'exclure Christoph Blocher, ce sont en fait les idées majoritaires à l'UDC que l'on voulait exclure. Alain Jeannet n'est pas asssez naïf pour croire que l'UDC allait se laisser faire cette fois encore. Et la Providence a un peu aidé cette dernière ...   

Le plus amusant est que les faits contredisent aussitôt la démonstration de l'éditorialiste. Il accuse ainsi  l'UDC, sous le contrôle du constitutionnaliste neuchâtelois Jean-François Aubert, d'avoir changé la Constitution fédérale subrepticement. L'élection au Conseil fédéral ne serait plus le fait de l'Assemblée générale - réunion du Conseil national et du Conseil des Etats - mais celui des groupes parlementaires. Certes les groupes parlementaires PDC - démocrates-chrétiens - et PRD - radicaux - ont décidé de soutenir la candidature d'Ueli Maurer, mais, individuellement, les parlementaires sont restés libres, le jour de l'élection venu, de confirmer ce soutien ou non.  

Or le résultat de l'élection - serré - d'Ueli Maurer prouve bien que ce ne sont pas les groupes parlementaires qui ont fait son élection. Il est vraisemblable qu'environ la moitié des parlementaires PDC et quelques radicaux se sont joints à la gauche pour voter Hansjörg Walter. Ce qui signifie bien qu'Alain Jeannet se trompe. Il se trompe d'autant plus que les parlementaires bourgeois qui ont déclaré avoir voté pour Hansjörg Walter ont déclaré qu'ils l'avaient fait, entre autres, en raison de la fameuse clause d'exclusion figurant dans les statuts de l'UDC.

Par avance, que reproche Alain Jeannet à Ueli Mauer ? "L'objectif final, écrit-il, reste toutefois limpide. Et sa vision du pays aussi : c'est non à l'ouverture, c'est une méfiance fondamentale face à l'Etat. C'est oui à une armée d'un autre âge. Au gouvernement, ça ne fait pas un pli, il va continuer de se battre pour cette Suisse mythologique si chère à son coeur, mais à rebours de l'intérêt national". Car Alain Jeannet a le monopole de la connaissance de l'intérêt national helvétique ... qui ne peut en aucun cas découler de la tradition.

Dans le même numéro de L'Hebdo, est publié un long entretien très intéressant ( ici ) que les journalistes de l'hebdomadaire ont eu avec le nouveau conseiller fédéral - je concède volontiers que L'Hebdo n'est pas tout noir. A propos d'ouverture, Ueli Maurer raconte qu'il a beaucoup voyagé, à pied - "un pays, ça se découvre à pied" - et que "ces voyages (lui) ont permis de constater que chaque pays a ses spécificités, dont il est fier. On peut entretenir des liens avec ses voisins sans pour autant adopter le même système politique. Les échanges économiques ou culturels se déroulent toujours entre gens, pas entre Etats".

Alain Jeannet est un partisan fondamental de l'Etat nounou. Aussi toute critique envers l'Etat relève-t-elle pour lui d'une méfiance fondamentale que ce fondamentaliste ne peut supporter. Il faut penser comme lui et pas autrement...Dans l'entretien cité plus haut, Ueli Maurer dit ce qu'il pense du consensus et de  l'obligation de trouver des compromis au sein du Conseil fédéral : "C'est une part essentielle de notre système politique. Mais la recherche du compromis ne doit pas se muer en simple soumission à l'avis de l'autre". Alain Jeannet fait moins dans la nuance qu'Ueli Maurer...

A propos de la Suisse mythologique, toujours dans l'entretien cité plus haut, quelles sont les figures qu'Ueli Maurer reconnaît admirer ? "Des figures de l'histoire suisse évidemment, comme Nicolas de Flüe (NDLR : le saint patron de la Suisse) ou Guillaume Tell, avec toutes les précautions d'usage. Mais aussi Gandhi ". Ueli Maurer montre là encore qu'il sait faire des nuances et qu'il échappe aux clichés, qu'Alain Jeannet semble particulièrement affectionner, à défaut de véritables arguments.

L'avenir nous dira si le préjugé d'Alain Jeannet et consort ( ici ), selon lequel l'UDC et Ueli Maurer défendent une armée d'un autre âge, s'avère exact. Mais l'ambition d'Ueli Maurer est d'en faire la meilleure armée du monde ( ici ) ...

Francis Richard

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 22:25
Aujourd'hui est un grand jour. Avec l'élection d'Ueli Maurer au Conseil fédéral (ici ), la Suisse a renoué avec la démocratie de concordance (voir mon article Le "Groupe 13", fossoyeur de la démocratie de concordance ?  ). Toutes les grandes tendances du pays ont de nouveau voix au chapitre au Conseil fédéral, c'est-à-dire au gouvernement du pays. C'est l'exception helvétique. Qui a fait ses preuves. Face aux difficultés présentes et à venir le Conseil fédéral va enfin pouvoir travailler dans la sérénité et démontrer dans les faits qu'une véritable démocratie ne peut exclure aucun de ses grands courants d'opinion et qu'elle doit les faire travailler ensemble.  

Pendant un an les comploteurs du 12 décembre 2007 ont plongé le pays dans la division. La Providence a permis que cette parenthèse fratricide soit refermée un an plus tard. Les comploteurs réunis dans le "Groupe 13"( voir mes articles Le "Groupe 13", fossoyeur de la démocratie de concordance ?  et "L'Hebdo", vitrine légale, et médiatique, du "Groupe 13" ?  ), ont tenté de renouveler leur "exploit" de l'an passé, mais ils ont échoué. D'un cheveu. Peut-être que, stratégiquement, d'avoir un représentant au Conseil fédéral n'est pas la meilleure solution pour l'UDC, qui aurait pu progresser davantage encore en étant rejetée dans l'opposition. Mais c'est certainement mieux pour le pays.

Il y a un an les comploteurs du 12 décembre 2007 avaient fait élire par le Parlement quelqu'un qu'ils avaient approché clandestinement, Eveline Widmer-Schlumpf, et qui, hélas, s'était prêté, par ambition personnelle, à leur petit jeu malsain. Par sectarisme ils ne voulaient pas que l'aile dite dure de l'UDC soit  représentée au Conseil fédéral. Pratiquant la politique du salami ils avaient d'abord éliminé le plus gros morceau - si j'ose cette expression - en la personne de Christoph Blocher, qui était en place, sous le prétexte fallacieux qu'il était infréquentable et qu'il n'avait plus sa place au Conseil fédéral. En fait sa personnalité hors du commun faisait de l'ombre à tout ce petit monde.

Cette fois-ci il s'agissait de faire un pas de plus. L'aile dite dure de l'UDC n'avait de toute façon pas sa place au Conseil fédéral. Qui représentait cette aile dure, largement majoritaire au sein du parti ? Ueli Maurer. Il fallait donc empêcher à tout prix son élection. En le qualifiant, entre autres amabilités, de clone ou de valet de Christoph Blocher. C'était pure propagande. Christiane Brunner, présidente du PS entre 2000 et 2004, démentait ces derniers jours de telles affirmations ( ici ), qui relevaient de la désinformation pure et simple, voire de la diffamation. Fort heureusement, les comploteurs du "Groupe 13" n'ont pas eu des mois pour préparer leur mauvais coup. Ils ont dû improviser, mais ils ont quand même bien failli réussir. C'est dire à quel point le Parlement est gangrené...

Comme ils ne sont pas francs du collier, les comploteurs ont tenté cette fois encore de semer la discorde au sein de l'UDC dans une nouvelle division. Ils ont jeté leur dévolu sur un UDC, dont l'élection aurait pu - pensaient-ils - dynamiter le parti. Hansjörg Walter ( ici  ) est en effet un UDC que l'on dit modéré, mais qui est surtout le président de l'Union suisse des paysans, forte de 64'000 adhérents. S'il était élu, et qu'il acceptait le poste de conseiller fédéral, l'UDC n'aurait-elle pas scrupule à l'exclure comme une vulgaire Widmer-Schlumpf, qui ne représentait qu'un courant ultra-minoritaire au sein de l'UDC ? Si elle le faisait malgré tout, ne favoriserait-elle pas la dissidence ultra-minoritaire de l'UDC, rebaptisée PBD, le parti qu'a rejoint la même Widmer-Schlumpf ?

Seulement cette fois l'UDC avait tiré les leçons de l'expérience de l'an passé. En adoptant - sage précaution - avant la démission de Samuel Schmid, une modification de ses statuts prévoyant l'exclusion automatique d'un UDC élu conseiller fédéral sans avoir reçu l'investiture du parti, l'UDC avait trouvé une parade dissuasive à l'acharnement des comploteurs contre les candidats officiels de l'UDC, ceux de la tendance majoritaire. Avant le vote du Parlement ce matin, la déclaration liminaire de l'UDC Hansjörg Walter - dont le nom circulait depuis la veille comme papable - montrait que l'UDC était mieux préparée cette fois-ci aux magouilles de certains parlementaires de gauche et du centre mou. En effet le député UDC thurgovien s'est cru obligé, avant le vote, de monter à la tribune pour dire qu'il n'était pas candidat et que, si d'aventure il était élu, il refuserait son élection .

Nonobstant cette déclaration, les participants au complot, ont fait voter pour Hansjörg Walter( ici ). On connaît le résultat :

  1er tour 2e tour 3e tour
       
Bulletins délivrés 244 244  244 
Reçus
244 244  244 
Blancs 2
Nuls
Valables
241 242  243 
Majorité absolue
121 122 122 
       
       
est élu: Ueli Maurer     122
Ont obtenu des voix
     
       
Hansjörg Walter  109 121 121
Ueli Maurer
67 119  
Christoph Blocher 
54    
Divers  11  
2
 

Hansjörg Walter a donc bien failli être élu. Contre son gré. En dépit de sa déclaration liminaire.

Ces parlementaires sont sans vergogne ! S'ils l'avaient élu, ils l'auraient mis dans une situation impossible. Mais de cela ils n'en avaient cure. Hansjörg Walter n'était qu'un instrument. Le but, pour ces humanistes, n'était pas d'élire un conseiller fédéral, il était de casser la machine UDC.

Maintenant le plus dur reste à faire pour Ueli Maurer, pour qui Christoph Blocher, faisant preuve d'abnégation, a perdu pour qu'il gagne. Il hérite en effet d'un département, celui de la Défense, laissé en piteux état par son prédécesseur, Samuel Schmid. Il lui faudra force et souplesse de caractère pour redresser la barre en milieu hostile. Je ne peux que lui souhaiter : Tout de bon !

Francis Richard

Déclaration du nouveau ministre Ueli Maurer sur YouTube :



L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ici mon émission sur le même thème.
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 20:30
Allons, tout n'est pas perdu. Même pas le paradis ... quand bien même il ne serait que fiscal.

Le Conseil national, comme il fallait s'en douter, n'est pas revenu aujourd'hui sur les dispositions de sauvetage de l'UBS prises le 16 octobre dernier. Il faut dire que, si ce sauvetage est pour le moins contestable - il favorise la plus grande banque helvétique au détriment des autres, de plus avec de l'argent public, ce qui ne peut être que néfaste -, il aurait été improbable que le législatif revienne sur une décision de l'exécutif prise dans l'urgence, il y a maintenant près de deux mois (voir mon article Comme les autres: le Conseil fédéral veut intervenir pour sauver l'UBS ). Le débat venait bien trop tard. C'est bien ce que je supputais le 29 octobre quand j'analysais les propositions de contreparties "socialistes" du PS en la matière (voir mon article Sauvetage de l'UBS : plus interventionniste que le PS suisse tu meurs ).

24 Heures nous raconte toutefois qu'il s'en est fallu de peu que l'assemblée ne contraigne les bénéficiaires de bonus de l'UBS à les rendre ( ici ) :  sur cette proposition d'un député socialiste, Werner Marti, - ce qui n'étonnera pas - les voix se sont partagées en deux, 90 pour et 90 contre. La voix prépondérante de la nouvelle présidente du National, Chiara Simoneschi, PDC (démocrate-chrétienne) tessinoise, a fait pencher la balance en faveur du refus. Et c'est tant mieux : il n'aurait pas été conforme au respect du droit de propriété qu'une telle proposition parlementaire aboutisse, qui plus est rétroactivement, même si les dits bonus devraient être spontanément restitués par leurs bénéficaires ... s'ils avaient un tant soit peu le sens de leurs responsabilités.

L'UBS sera-t-elle pour autant sauvée ? Si l'on en croit Le Matin du 2 décembre ( ici ) les deux grandes banques suisses, Crédit suisse et UBS, s'apprêtent à "dégraisser en masse". En fait elles continueraient de "dégraisser", puisque, d'après l'infographie du quotidien lausannois, elles se seraient séparées depuis un an de 2'450 et 9'000 personnes, respectivement, et s'apprêteraient à supprimer prochainement, à elles deux, 6'000 autres postes de travail. Si le Crédit suisse n'a pas reçu d'aide de l'Etat et qu'il enregistre une perte au 3ème trimestre de 3 milliards de francs, il est somme toute de saine gestion qu'il cherche à réduire ses coûts. Pour ce qui est de l'UBS, force est de constater que le sauvetage ne semble pas empêcher sa dégringolade. L'annonce même du sauvetage a eu un effet désastreux auprès de la clientèle helvétique, qui quitte petit à petit le navire, avant qu'il ne sombre.

Au milieu de toutes ces mauvaises nouvelles, ce sauvetage a tout de même du bon. Récemment on a vu que des  ministres français et allemand s'en étaient pris à la Suisse, la traitant de paradis fiscal (voir mon article La Suisse, paradis fiscal ? Si seulement... ), ce qui est, dans notre monde qui marche sur la tête, la pire des injures pour un pays digne de ce nom. Or où les fameux "crédits toxiques" de l'UBS, évalués à 54 milliards de dollars, et pris en charge par la BNS (Banque nationale suisse) - qui a dû emprunter une somme équivalente à la Fed -, devaient-ils été placés initialement ? Aux îles Caïman, qui ne sont pas réputées pour être des enfers fiscaux. Où vont être gérés les 6 milliards de dollars que la Confédération a apportés pour recapitaliser l'UBS ? A Jersey ( ici ), dans la filiale locale de l'UBS. Pourquoi ? Pour échapper à la fiscalité helvétique qui serait pourtant paradisiaque aux dires de personnalités compétentes ...

En fait tous les pays devraient être des paradis fiscaux ... et il faut croire que les peuples occidentaux sont bien manipulables puisqu'ils prennent des paradis pour des enfers et inversement.

Francis Richard 
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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 22:00

Dans son numéro d'aujourd'hui l'éditorialiste de L'Hebdo tire à boulets rouges sur le ticket Blocher-Maurer ( ici ). Ce qui n'a rien de surprenant, mais mérite analyse.

Alain Jeannet, rédacteur en chef de l'hebdo romand, commence fort : "L'UDC a choisi l'opposition, qu'elle y reste !" Le ton est donné. Le rédacteur en chef, qui, l'an passé, à la télévision suisse romande, avait troqué l'habit de journaliste pour celui de procureur face à Christoph Blocher, ne peut pas ignorer que l'UDC justement n'a pas choisi l'opposition mais qu'elle y a été contrainte et forcée par la non-réélection de Christoph Blocher, remplacé par Eveline Widmer-Schlumpf, c'est-à-dire par la représentante d'un courant ultra-minoritaire à l'UDC (4 sièges au Parlement).

Il pose ensuite cette question aux accents diffamatoires : "Pourquoi faudrait-il donner un siège gouvernemental à ce parti qui, depuis douze mois, se comporte comme une bande de brigands ? Un parti qui a traité en pestiférée Eveline Widmer-Schlumpf, pourtant élue démocratiquement par le Parlement, et qui prétendait se venger en mettant le pays à feu et à sang." Mais où va-t-il chercher tout ça ?

Certes le Parlement a élu démocratiquement Eveline Widmer-Schlumpf, si l'on entend l'adverbe "démocratiquement" dans son sens purement littéral, c'est-à-dire en respectant littéralement le mode de scrutin. Mais était-ce "démocratiquement" au regard de l'esprit des institutions dont Alain Jeannet se veut le gardien jaloux ? La réponse est non. Ce n'est en tout cas pas "démocratiquement" dans le sens du respect de la démocratie de concordance, dont j'ai rappelé la définition dans mon article sur Le "Groupe 13", fossoyeur de la démocratie de concordance ? .

Eveline Widmer-Schlumpf n'a pas été traitée de pestiférée. Elle a tout simplement, et délibérément, trahi son parti. Elle a choisi son intérêt propre. Elle savait bien qu'un tel comportement ne pouvait que lui valoir d'être exclue de son parti, dont elle savait pertinemment aussi qu'elle ne représentait pas le courant majoritaire. Les statuts de l'UDC prévoyaient que cette exclusion devait être faite par la section cantonale des Grisons à laquelle elle appartenait. Par solidarité cette section a refusé de le faire. L'UDC Suisse n'a eu alors d'autre choix que d'exclure la dite section et avec elle Eveline Widmer-Schlumpf, provoquant les divisions qu'on imagine. Divisions qui, quand elles se produisent à l'UDC, ne peuvent que réjouir Alain Jeannet ...qui sait si mal feindre la surprise.

 

Pour remédier à cette carence, avant que ne soit connue la démission de Samuel Schmid, de nouveaux statuts ont été adoptés par l'UDC en octobre dernier, qui permettent à l'UDC Suisse d'exclure du parti un conseiller fédéral UDC élu par le Parlement, mais dont la candidature n'aurait pas été présentée par elle ou qui ne la représenterait pas. Ce qui fait bondir la conseillère nationale PDC Lucrezia Meier-Schatz, citée par Michel Guillaume dans L'Hebdo de ce jour : "Le Parlement s'est ainsi vu confisquer le droit d'élire un conseiller fédéral en toute liberté et sérénité", c'est-à-dire le droit de se livrer à des manoeuvres intestines que la morale devrait réprouver, comme cela a été le cas le 12 décembre 2007. Mais Madame Meier-Schatz (2) est membre du "Groupe 13": ceci explique cela.

Continuons la lecture de l'édito du sieur Jeannet : "Une majorité de parlementaires se dit attachée à la concordance arithmétique (c'est moi qui souligne), élevée au rang de monument national". Le terme d'arithmétique accolé à celui de concordance se veut indéniablement péjoratif, et cache volontairement sa signification profonde, qui est de tenir compte de l'opinion de tous les citoyens, sans exclure personne, hormis peut-être des partis ultra-minoritaires et extrémistes. Mais Alain Jeannet se fait là le chantre de la  discrimination...puisqu'il veut exclure de représentation 30% des électeurs. Rien que ça !

Alain Jeannet ne dit pas que Ueli Maurer est un clone de Christoph Blocher. Il laisse cette insinuation aux soins de son rédacteur Michel Guillaume qui écrit de son côté ( ici ): "Tous les partis reconnaissent la légitimité de l'UDC à occuper ce siège. Mais pas ainsi, avec ce ticket que beaucoup de députés assimilent à un "nouveau chantage", tant ils craignent que Ueli Maurer ne soit que le clone de son maître à penser".

Du sien, de côté, Alain Jeannet se contente de paraphraser dans son style inimitable - et à ne pas imiter : "Quoi qu'on dise, cet homme travaillera en symbiose avec celui qu'il a servi pendant des années. Voter Maurer, c'est redonner du poids à l'aile dure de l'UDC. C'est aussi insuffler des forces nouvelles à un Blocher revanchard".

Il est fréquent de prêter à ses adversaires les bas instincts qui vous animent : Alain Jeannet a une revanche à prendre sur celui qui l'a si bien mouché devant les téléspectateurs romands ...Quant aux partis bourgeois, comme je le disais dans mon article Après le départ de Schmid, le retour de Blocher ? Chiche ! , ils aimeraient bien pouvoir élire un UDC certes dur, puisqu'il n'en existe pas d'autres dans le courant majoritaire, mais malléable, et qui se fait tout petit. La quadrature du cercle... 

Alain Jeannet continue sur le même ton. Parlant de l'UDC il écrit plus loin : "En présentant le tandem Maurer-Blocher (1), un non-choix, elle se moque une fois encore du Parlement." Qualifier de "non-choix" le ticket Blocher-Maurer, c'est oublier volontairement que ce ticket résulte justement d'un choix entre 11 candidats UDC (voir mon article Le ticket Blocher plus Maurer est un ticket gagnant, dans tous les cas ), effectué démocratiquement par le groupe parlementaire UDC. Alain Jeannet, qui n'apprécie ni Blocher, ni Maurer, devrait pourtant se réjouir de ce tandem puisqu'il peut espérer que les comploteurs du "Groupe 13", qui a ses toutes faveurs, parviendront à  faire en sous-main de ce ticket un repoussoir.

Le plus beau reste à venir. A la fin de son édito Alain Jeannet conclut : "Parce qu'ils semblent mus moins par le bien général de la Suisse que par leurs intérêts particuliers et les petits calculs politiciens. Parce que, pusillanimes, ils mettent leur tranquillité d'âme avant leurs convictions. Parce qu'ils nourrissent l'illusion que l'aile dure de l'UDC est moins dangereuse dedans que dehors, les parlementaires dans leur majorité s'apprêtent à élire Ueli Maurer au Conseil fédéral. A moins d'un coup de théâtre, le piège se refermera le 10 décembre. Comme en 2003."

Avec cette conclusion Alain Jeannet apparaît pour ce qu'il est : un fauteur de division et d'affrontement, bien dans la ligne des petits comploteurs du "Groupe 13", que la haine de Christoph Blocher et de l'UDC aveugle au point de leur faire préférer l'assouvissement de cette haine à la défense de l'intérêt national, qui voudrait que le pays se serre les coudes en ces temps difficiles et incertains.

Francis Richard

(1)  L'inversion des patronymes est un lapsus freudien, ou un dénigrement intentionnel. C'est à choix...

(2)  La même députée, en tant que présidente de la Commission de gestion, avait tenté d'avoir la peau de Christoph Blocher à l'automne 2007.

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 21:20

La réponse est non.

Christoph Blocher, comme l'UDC, a toujours approuvé la libre circulation des personnes avec les 15 premiers pays de l'Union européenne. Cette libre circulation des personnes a fait l'objet d'un accord, signé le 21 juin 1999, approuvé par le Parlement le 8 octobre 1999, et par le peuple le 21 mai 2000. Cet accord, l'ALCP ( ici ), prévoyait une période de transition depuis le 1er juin 2002 jusqu'au 31 mai 2007. Pendant cette période de 5 ans la libre circulation des personnes était soumise à des conditions, notamment à des contingents et à la priorité donnée aux travailleurs suisses, une préférence nationale en quelque sorte. Ces limites ont été abandonnées il y a seulement 18 mois. Cet accord conclu pour une période de 7 ans doit donc être maintenant renouvelé, avant son échéance le 31 mai 2009.


Christoph Blocher et l'UDC se sont opposés à la première extension de cet accord de libre circulation, à la suite de l'entrée dans l'Union européenne, le 1er janvier 2004, de dix autres pays. Il s'agissait principalement de pays de l'est européen. CB et l'UDC estimaient entre autres que l'expérience du premier accord de libre circulation des personnes n'ayant pas été menée à son terme, il était urgent d'en attendre les résultats. Cette première extension a toutefois été adoptée par le peuple le 25 septembre 2005 en dépit de l'opposition de l'UDC et de CB. Cette première extension est entrée en vigueur le 1er avril 2006. « Jusqu'au 30 avril 2011, la Suisse peut toutefois maintenir certaines restrictions relatives au marché du travail, tels les contingents séparés, la priorité des travailleurs indigènes et le contrôle des conditions de travail et de salaire » ( ici ).


Le 1er janvier 2007 deux autres pays ont rejoint l'Union européenne, la Bulgarie et la Roumanie. Il y a donc lieu d'entériner ou non cette deuxième extension. Dans l'article 2 de son arrêté fédéral du 8 octobre 1999, d'approbation de la première libre circulation, le Parlement faisait la distinction entre reconduction et extension, et soumettait l'une et l'autre à l'adoption d'arrêtés fédéraux distincts, sujets à référendum, et ne donnait pas de délai pour approuver une extension. Or le 12 juin 2008 le Parlement a décidé de fusionner les deux objets en un paquet auquel il n'est possible de donner qu'une seule réponse ( ici ).


Face à cette manœuvre anti-démocratique - les représentants du peuple ne lui laissent qu'une parole ambigüe -, contraire à l'arrêté fédéral du 8 octobre 1999, et à toutes les promesses faites depuis, la première réaction de l'UDC et de CB a été de lancer un référendum contre cette décision parlementaire. Réflexion faite, CB et l'UDC y ont vu un piège tendu par leurs adversaires, qui les auraient tenus pour responsables de l'échec de la reconduction, et ils ont décidé non seulement de ne pas lancer de référendum, mais de ne pas le soutenir, et, s'il devait y avoir un hypothétique référendum de prôner l'abstention.


Seulement, « malheureusement, le référendum a abouti et la question est désormais posée », comme le souligne Christoph Blocher ( ici ). Il s'agit d'une nouvelle situation ». Ce que ne dit pas Christoph Blocher, mais qu'il pourrait ajouter, c'est que ce référendum a abouti grâce aux jeunes UDC, sans qui Les Démocrates Suisses et La Lega auraient bien eu du mal à recueillir les 50'000 signatures nécessaires, obtenues de justesse d'ailleurs. La situation est également nouvelle de ce point de vue. Du coup l'UDC Suisse, et CB, ont décidé de faire campagne pour le non lors de la réunion des délégués du parti, le 29 novembre dernier, par 432 voix contre 45 et 6 abstentions ( ici ).


En cas de victoire du non au paquet qu'il a mal ficelé, le Parlement serait obligé de revoir sa copie lors de la session de mars 2009. La démocratie directe et la démocratie tout court l'auraient emporté. Le Parlement pourrait adopter la poursuite de la libre circulation initiale, qui ne ferait vraisemblablement pas l'objet d'un référendum. Les accords bilatéraux I ne seraient donc pas remis en cause. Le Parlement pourrait rejeter ou non l'extension à la Bulgarie et à la Roumanie. En cas d'approbation un référendum serait à coup sûr lancé avec de fortes chances d'aboutir. Mais il n'y aurait pas de « clause guillotine » qui vaille, que d'aucuns brandissent comme un épouvantail. Et la Suisse ne serait même pas hors délai.


Francis Richard


L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ici mon émission sur le même thème.

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 20:25

Avant de parler de ce groupe de comploteurs, dont l'existence a été révélée ce dimanche dans la presse alémanique ( ici ) - la NZZ am Sonntag et le Sonntag - il est bon de rappeler ce qu'est la démocratie de concordance en Suisse. Certes la démocratie de concordance n'est plus respectée au niveau du Conseil fédéral depuis le 12 décembre 2007 - depuis bientôt un an -, mais elle est heureusement encore - plus ou moins - en vigueur dans nombre d'institutions du pays.

 

Que lit-on dans le Dictionnaire Historique de la Suisse à « démocratie de concordance » ( ici )? «Dans la démocratie de concordance, la prise de décision ne se fonde pas (comme dans la démocratie majoritaire ou "démocratie de concurrence") sur le principe de majorité, mais sur la recherche d'accords à l'amiable et de compromis largement acceptés. Tous les partis importants sont impliqués dans le processus et se voient attribuer des fonctions politiques et des postes à responsabilité dans l'administration, l'armée et la justice, proportionnellement à leur force électorale.»

 

La démocratie de concordance est certainement ce qui a permis, depuis les années 1930, d'éviter à la Suisse de se couper en deux blocs antagonistes comme c'est le cas dans l'ensemble des démocraties occidentales avec les résultats douteux, et les déchirements, que l'on sait.

 

Ce modèle de démocratie n'est pas parfait - rien n'est parfait en ce monde, la démocratie y compris - mais il permet de tenir compte de toutes les sensibilités et de ne rejeter aucune minorité importante. L'esprit de la démocratie de concordance  a ainsi permis au parti socialiste de figurer au gouvernement à majorité bourgeoise - à partir du moment où il a renoncé à la lutte des classes - c'est-à-dire depuis bien plus d'un demi-siècle, avec un premier siège au gouvernement en 1943 et un second en 1959. Il ferait bien de ne pas l'oublier.

 

Cet esprit correspond bien à la nécessaire mentalité que doit avoir la Suisse si elle veut continuer d'exister et d'être une réelle démocratie, c'est-à-dire qui fait participer les différentes composantes du pays à leur avenir.

 

La Suisse n'est gouvernable que parce qu'elle a, avec le temps, su surmonter les clivages religieux - entre catholiques et protestants - linguistiques - il y a quatre langues nationales - et régionaux - il y a 26 cantons et demi-cantons qui sont autant d'états subsidiaires - et su trouver les compromis intelligents qui ne plaisent pas complètement, mais ne déplaisent pas complètement non plus, et se révèlent d'une grande sagesse.

 

C'est un de ces singularités qui permettent à la Suisse d'éviter les pièges idéologiques et de progresser - lentement aux yeux de certains - mais de progresser tout de même, en élaborant des solutions pragmatiques et originales.

 

C'est ce modèle qu'un groupe de parlementaires comploteurs veut changer en pratiquant l'ostracisme à l'égard de près de 30% d'électeurs. Ce groupe, qui s'appelle « Groupe 13 », existe sournoisement depuis un an. Il a vu le jour le lendemain de l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral par les parlementaires, le lendemain du fameux 12 décembre 2007.

 

Selon certains il doit son nom ésotérique à « la somme inversée de 12.12.07 », selon d'autres à la date du 13 décembre 2007 qui a vu l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf, selon d'autres encore au nombre de comploteurs, qui pourraient pourtant être une vingtaine. Dans tous les cas, du nombre 13 émane un parfum tenace de trahison, trahison des électeurs et de l'esprit démocratique propre à la Suisse.

 

Le « Groupe 13 » n'est ni secret, ni transparent. On en connaît quelques figures . De gauche à droite : les verts Antonio Hodgers et Ueli Leuenberger, les socialistes Alain Berset, Andreas Gross (la tête pensante du groupe) et Roger Nordmann, les radicaux Christine Egerzegi, Kurt Fluri, Christa Markwalder et Dick Marty, les démocrates-chrétiens Lucrezia Meier-Schatz, Jacques Neirynck (le chantre de l'eau du robinet voir mon article Jacques Neirynck aime l'eau du robinet, grand bien lui fasse ! ) et Chiara Simoneschi (qui a reconnu avoir assisté à la première réunion de ce groupe, mais démenti ce matin continuer d'y appartenir, dans l'émission de Pascal Décaillet sur Radio-Cité ici).

 

Alors que la plupart des parlementaires bourgeois se disent prêts à élire tout UDC à l'exception de Christoph Blocher, les membres bourgeois du « Groupe 13 » vont plus loin : ils veulent faire barrage à l'élection de tout UDC de la ligne blochérienne, ligne pourtant majoritaire à l'UDC. Ce qui veut dire qu'Ueli Maurer (à droite sur la photo) ne vaut pas mieux pour eux que Christoph Blocher (à gauche sur la photo). Le premier ne serait que la copie du premier, qualifié d'original. On n'est pas plus aimable...

 

Si les comploteurs du « Groupe 13 » parvenaient à leurs fins, comme je l'écrivais vendredi dernier (voir mon article Le ticket Blocher plus Maurer est un ticket gagnant, dans tous les cas ), cela signifierait que la Suisse abandonnerait une nouvelle fois la démocratie de concordance au niveau du gouvernement fédéral et continuerait de rejeter le représentant de près de 30% des électeurs dans l'opposition. Pour l'UDC ce ne serait pas dramatique. Cela pourrait même lui permettre de poursuivre plus haut son irrésistible ascension, mais ce serait bien dommageable pour le pays et pour son avenir institutionnel.

 

Francis Richard

PS

Le socialiste Alain Berset a démenti faire partie du "Groupe 13" ( ici )

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 18:35

C'est parti. Le groupe parlementaire UDC s'est prononcé pour un ticket Blocher-Maurer. Et dans tous les cas de figure, c'est un ticket gagnant.

 

Avant de dire pourquoi, voyons comment l'UDC en est arrivée à ce choix judicieux.

 

La période préparatoire à la désignation de candidats s'étalait du 13 au 25 novembre. En début de cette semaine, à la date fixée du 25 novembre, onze candidats étaient présentés par différentes instances du parti et dans des configurations différentes (douze si l'on compte Ueli Maurer présenté dans deux cantons en ticket avec Christoph Blocher) :

 

Propositions individuelles:

UDC du canton de Bâle-Campagne:

Caspar Baader, conseiller national (BL)

UDC du canton de Berne:

Andreas Aebi, conseiller national (BE)

UDC du canton de Berne:

Adrian Amstutz, conseiller national (BE)

UDC du canton de Schaffhouse:

Hannes Germann, conseiller aux Etats (SH)

UDC du canton de Schaffhouse:

Thomas Hurter, conseiller national (SH)

UDC du canton de Schwyz:

Pirmin Schwander, conseiller national (SZ)

UDC du canton de Vaud:

Jean-Claude Mermoud, conseiller d'Etat (VD)

UDC du canton de Zurich:

Christoph Blocher, anc. conseiller fédéral (ZH)

Femmes UDC Suisse:

Rita Fuhrer, conseillère d'Etat (ZH)

Jeunes UDC Suisse:

Erich J. Hess, conseiller municipal (BE)

UDC du district de Hinwil (ZH):

 Bruno Zuppiger, conseiller national (ZH)

 

Double candidature:

UDC du canton d'Appenzell R.E.
et UDC du canton du Tessin: 

Christoph Blocher (ZH) avec Ueli Maurer, conseiller national (ZH)

 

Cette mumtiplicité de candidatures ne pouvait que mettre en valeur celle de Christoph Blocher présentée par la plus importante des UDC cantonales, celle de Zürich, qui est, de plus, le fer de lance du parti.

 

Le 26 novembre, le comité directeur du groupe parlementaire UDC proposait de présenter un ticket -  comme c'est l'usage non écrit en matière d'élection au Conseil fédéral. Dans cette proposition, ce ticket, baptisé « Blocher plus », devait comporter automatiquement Christoph Blocher, en numéro 1, plus un autre candidat, formule à laquelle Christoph Blocher s'est rallié. Ce qui prouve qu'il n'est pas bouffi d'orgueil comme d'aucuns le prétendent, puisque le second du ticket peut très bien passer devant le premier.

 

Hier, le groupe parlementaire UDC, en trois tours de scrutin, a validé le ticket Blocher-Maurer, à l'unanimité des parlementaires présents. Ueli Maurer ne voulait pas se présenter, mais comme Blocher, il est homme de devoir, n'en déplaise au journaliste Miéville qui ne peut imaginer les hommes différemment de sa propre mentalité (voir plus bas). Ueli Maurer n'est pas homme non plus à reculer devant les difficultés. De plus l'UDC montre, en présentant deux candidats, qu'elle respecte les usages et que pour elle la démocratie de concordance n'est pas un vain mot.

 

Après cette annonce les commentaires de la presse romande sont péremptoires.

 

Dans 24 Heures Serge Gumy écrit ( ici ) : « En présentant Christoph Blocher sur un ticket à deux de façade, le groupe UDC aux Chambres fédérales assure quasiment l'élection de son colistier Ueli Maurer le 10 décembre prochain ».

 

Dans Le Matin de ce jour Fabian Muhieddine écrit tour à tour ( ici ): « (Blocher) n'a aucune chance devant le Parlement » et « à part un événement extraordinaire, Ueli Maurer est certain de succéder à Samuel Schmid au Conseil fédéral le 10 décembre ».

 

Dans Le Temps de ce jour D.S. Miéville écrit ( ici ) : « L'UDC a inventé une catégorie encore inédite dans la culture politique helvétique, la candidature honoraire au Conseil fédéral ».

 

Aveuglé par son animosité viscérale envers Christoph Blocher, D.S. Miéville, qui se trompe toujours sur les intentions de ce dernier, se fourvoie cette fois encore : « Il y a quelque chose de pathétique dans la façon dont Christoph Blocher s'accroche à sa vengeance, à ses illusions, à la mission dont il s'est auto-investi et qu'il croit être le seul en mesure d'accomplir ». C'est Miéville qui est pathétique...

 

Voyons maintenant pourquoi ce ticket est gagnant dans tous les cas.

 

Premier cas : Christoph Blocher est réélu. C'est certainement le plus à même des deux candidats compte tenu des circonstances. C'est pourquoi l'UDC l'a mis au premier rang. Il correspond parfaitement au profil dressé, le 13 novembre, par le groupe parlementaire UDC ( ici ), pour remplacer Samuel Schmid : " Pour convenir à ce poste, le candidat doit être une personnalité ayant des qualités de chef, sachant réfléchir en termes de gestion d'entreprise, connaissant les rouages de l'administration fédérale et prête à défendre intégralement les idées de l'UDC au sein du Conseil fédéral." Le Parlement s'honore en surmontant ses répulsions à l'égard de la personne pour ne voir que l'intérêt supérieur du pays : il a élu le meilleur à ce poste délicat.

 

Deuxième cas : Ueli Maurer est élu. Le Parlement poursuit de sa rancune Christoph Blocher et applique ce que les partis, hormis l'UDC, ne cessent de répéter depuis la démission de Samuel Schmid : tout UDC fera l'affaire sauf Christoph Blocher. Le Parlement tient cependant à honneur de faire un premier pas vers le retour à une véritable démocratie de concordance, qu'il a trahie le 12 décembre 2007 en élisant deux candidats qui portaient encore les couleurs de l'UDC, mais qui n'étaient pas de la mouvance majoritaire de l'UDC. Il savait pertinemment qu'il ne respectait qu'une concordance de façade. Il ne savait pas que cette décision, contraire à la tradition helvétique, allait empoisonner les relations entre partis bourgeois pendant un an. Ueli Maurer est certes un UDC pur jus, mais il a la manière.

 

Troisième cas : Le Parlement n'élit ni Blocher, ni Maurer. Il prend pertinemment le risque de rejeter clairement l'UDC et ses 30% d'électeurs dans l'opposition. Le Parlement est averti que s'il élit un autre UDC que figurant sur le ticket, celui-ci dans le meilleur des cas refusera, dans le pire sera exclu en vertu des nouveaux statuts dont l'UDC s'est dotée. En élisant un autre membre - PDC par exemple - le Parlement montre devant le pays qu'il est pour une concordance qui n'en est pas une puisqu'il n'admet pas l'UDC telle qu'elle est. Au lieu de demander à tous les partis de serrer les coudes pour faire face à la plus grande crise de l'après seconde guerre mondiale, il choisit la division et l'affrontement. Si la Suisse est très éprouvée par cette crise, comme tout le laisse supposer, il exonère l'UDC de toute responsabilité gouvernementale, ce qui ne peut que la renforcer en 2011. 

 

Les comploteurs du 12 décembre 2007 prennent dans tous les cas le retour du bâton dont ils s'étaient imprudemment saisis.

 

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ici mon émission sur le même thème.

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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 21:10

 

En Suisse les délais de prescription de l'action pénale - 30, 15 et 7ans - figurent  à l'article 97 du code pénal. Le point de départ de ces délais est défini à l'article 98. Il est basé sur la commission des faits et non pas sur leur découverte. L'article 99 définit la prescription des peines : 30, 25 et 20 ans.

 

Le peuple suisse doit se prononcer le 30 novembre sur l'initiative de La Marche Blanche ( ici ) qui veut rendre imprescriptibles « l'action pénale et la peine pour un acte punissable d'ordre sexuel ou pornographique sur un enfant impubère ». En faisant cette demande d'inscription dans la Constitution l'association qui lutte contre la pédophilie veut réduire le nombre d'enfants abusés et empêcher les criminels pédophiles d'échapper à la justice à la faveur de la prescription.

 

En l'état actuel de la législation pour ce genre d'acte « la prescription de l'action pénale court en tout cas jusqu'au jour où la victime a 25 ans ». Ce qui est certainement trop court. Aussi, tenant compte à la fois de l'initiative de La Marche Blanche et de la loi existante, qui est insuffisante pour sanctionner de tels crimes, un contre-projet est également soumis au vote du peuple le 30 novembre ( ici ). Il prévoit une prescription de 15 ans dont le point de départ ne serait plus l'acte commis, mais la majorité de la victime, qui est de dix-huit ans en Suisse. Ce contre-projet a le mérite de prolonger la prescription, il a l'inconvénient de fixer un seuil, qui a des effets pervers comme tous les seuils.

 

Naguère les fondements de la prescription se trouvait dans l'oubli de l'infraction, dont il ne fallait pas raviver le souvenir, et dans l'inquiétude que devait éprouver le criminel de se voir un jour découvert. Ces fondements, dans des sociétés où les valeurs chrétiennes sont de moins en moins à l'honneur, se sont effrités et c'est bien dommage. Aujourd'hui il est de plus en plus rare que des victimes pardonnent  les offenses, encore moins qu'elles les oublient, et que des criminels éprouvent  du remords, encore moins du repentir.

 

Le délai de prescription sanctionnait également la négligence de la société à exercer l'action pénale ou à exécuter la peine. Dans le premier cas il semblait normal que les poursuites soient engagées dans un délai raisonnable et qu'après ce délai il soit trop tard. Dans le second la prescription pouvait apparaître bien courte quand les victimes éprouvaient d'immenses difficultés à dénoncer les actes qu'elles avaient subis, tels que des actes d'ordre sexuel justement.

 

Le dépérissement des preuves est un autre fondement de la prescription, de même que la fragilité des témoignages avec l'écoulement du temps, même si les nouveaux moyens scientifiques de preuve, tels que les tests ADN, permettent de contrecarrer ce dépérissement dans certains cas et que les traumatismes d'ordre sexuel subis par des enfants restent dans leur mémoire de manière indélébile.

 

A contrario l'imprescriptibilité se fonde sur le caractère particulièrement odieux des actes commis. Ainsi existe-t-il une convention des Nations-Unies sur l'imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité( ici ). Certes ces crimes sont odieux, mais la pédophilie ne l'est-elle pas ? Le Christ ne dit-il pas : « Si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d'être englouti en pleine mer ! » ? Est-il possible d'établir une hiérarchie de l'odieux quand - je me répète - les valeurs chrétiennes ne sont plus à l'honneur  et que les notions de bien et de mal sont relativisées ?

 

Il est important à ce stade de définir ce qu'est l'imprescriptibilité. Le terme de crime imprescriptible signifie que le crime en question peut être puni aussi longtemps que vit le criminel. Dans les pays anglo-saxons les crimes de sang, par exemple, sont imprescriptibles. Seule la mort permet d'échapper au châtiment terrestre et ne préfigure pas ce qui attend le criminel dans l'autre monde.

 

Après ces rappels sur la prescription et l'imprescriptibilité j'en viens au but de mon propos. Force est de constater que le progrès moral est une illusion. Je ne suis pas persuadé que les crimes commis au XXème et au XXIème siècles soient plus odieux que ceux qui étaient commis auparavant. Ce sont les moyens techniques pour les commettre qui ont changé et qui se sont perfectionnés. Ce perfectionnement s'est traduit par des desseins criminels également perfectionnés : il n'en reste pas moins que ce ne sont pas les moyens techniques en eux-mêmes qui sont en cause, mais les utilisations qui en sont faites.

 

Au passage, je remarque aussi que des crimes odieux, qualifiés de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité, ont été sanctionnés, mais que quand ils l'étaient, les criminels punis se trouvaient à chaque fois dans le camp des vaincus. L'imprescriptibilité ne jouait que contre eux. Vae victis en quelque sorte. Il est tellement plus facile de voir la paille dans l'œil du voisin que la poutre dans le sien, surtout quand on peut exercer à plein la contrainte du vainqueur.

 

L'imprescriptibilité me semble donc caractéristique de notre époque : pas d'oubli, pas de pardon, donc, également, pas de rédemption possible, pas de miséricorde, qui semblent réservées au seul Tout-Puissant et à l'Au-delà.  En fait l'imprescriptibilité en matière pénale ne devrait pas exister. Si elle doit exister malgré tout, c'est que nous n'avons d'autre arme que cette arme barbare pour lutter contre la barbarie, puisque nos sociétés oublieuses de Dieu ne connaissent pas d'autres freins et que, malheureusement, il n'est pas de place pour l'angélisme.

 

Francis Richard

Résultat de la votation du 30 novembre sur l'initiative "Pour l'imprescriptibilité des actes de pronographie enfantine" : initiative acceptée par 51,9% des voix ( ici ).

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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