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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 21:30

Le Conseil d'Etat genevois a voulu faire court et brûler les étapes, à défaut de griller un clope. Il s'est cru investi par le peuple d'une mission sacrée, celle de mettre en application dare-dare la volonté de ce dernier, il est vrai largement exprimée le 24 février - 80% des suffrages -, d'interdire de fumer dans les lieux publics. Seulement il s'est cru au-dessus des lois et vient, par une décision du Tribunal fédéral de se faire taper sur les doigts, qu'il avait subrepticement glissés dans sa blague à tabac.

En vertu de cette décision, trois mois après l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer dans les lieux publics genevois, cette dernière est désormais caduque. En effet l'exécutif ne peut pas, sauf urgence, se substituer au législatif. Le Conseil d'Etat genevois ne pouvait pas mettre en application la volonté du peuple en édictant purement et simplement un règlement, vite fait, mal fait. Une loi, votée par le Grand Conseil genevois, était nécessaire. Le plus grave est que le Conseil d'Etat était bien conscient qu'il se mettait ainsi au-dessus des lois, c'est-à-dire qu'il agissait de manière dictatoriale au sens plein du terme.

Que dit le PDC Pierre-François Unger ? "Oui (nous savions), et nous avons décidé de prendre ce risque (de déconfiture)". Que dit le socialiste Laurent Moutinot ? "Nous avons pensé que le Tribunal fédéral accepterait que l'on se passe de base légale ou constitutionnelle pendant quelques mois pour nous permettre de faire respecter la volonté populaire". Traduisons : nous étions bien conscients que nous agissions hors la loi et que nous commettions une faute, nous n'avons pas de circonstances atténuantes, nous sommes des naïfs et avons cru bien faire. L'enfer est pavé etc.

Le Tribunal fédéral ne s'est pas préoccupé du fond. Il a décidé que ce règlement arbitraire devait être "annulé, pour violation de la séparation des pouvoirs". Les deux ministres parlent maintenant de "délai de grâce", de "péripétie de nature juridique". Comme ce sont des gens conscients - ils le disent eux-mêmes-, ils savent que ce délai de grâce peut durer un certain temps, des mois, voire des années, et qu'entre-temps la liberté de fumer dans les lieux publics sera de nouveau pleine et entière, sauf législation fédérale contraire ou plus restrictive. 

S'il avait été malin, le Conseil d'Etat aurait accepté des exceptions à l'interdiction complète de fumer dans les lieux publics. A ce moment-là il n'y aurait vraisemblablement pas eu de recours devant le Tribunal fédéral. Mais il a voulu, démagogiquement, se montrer pur et dur. Résultat : il s'est fait pincer et les gazettes ne l'épargnent pas. Le Temps parle de "flagrant délit d'excès de vitesse", La Tribune de Genève écrit que "les juges réduisent en cendres le règlement cantonal sur l'interdiction de fumer" et Le Matin se gausse de Genève qui "se ridiculise", de Genève qui "se fait allumer".

Le tombeur du règlement illégal est Me Antoine Boesch. Bien que non-fumeur (comme moi) il est Vice-Président des Dissidents de Genève ( ici )qui sont en pointe pour défendre les libertés indivuelles, et notamment de celle de fumer. Du coup le débat sur le fond va être lancé. J'ai dit ici (voir mon article Les dissidents de Genève pour la liberté de fumer ) que par glissement sémantique "on" avait assimilé des lieux privés tels qu'un bistrot, un restaurant ou une boîte de nuit, à des lieux publics, et j'ai écrit que ce devrait être aux propriétaires de ces lieux d'édicter les règles de bonne conduite dans leurs établissements, fréquentés par du public. Nuance.

Il est un autre point, tout aussi fondamental, qui va du coup faire l'objet du débat de fond, celui de la nocivité du tabagisme passif. Le professeur Philippe Even, éminent pneumologue, déclare le 11 avril 2001, dans un entretien accordé à S. Mouchet et J.-F. Picard  du  CNRS ( ici ): "Les campagnes anti-tabagiques se fondent trop souvent sur des mensonges comme le danger du tabagisme passif qui est, en fait, inexistant. Les arguments utilisés sont en fait destinés à mobiliser les non-fumeurs pour tenter de culpabiliser les fumeurs et cela en biaisant la réalité". Avec profit l'internaute écoutera l'entretien accordé à Claude Reichman par le même Philippe Even ( ici ) ou lira les différents articles sur le sujet publiés sur le site des Dissidents de Genève.

Sous couvert de science, en raison d'une vérité indiscutable, prétendument établie et unanime, et pourtant contestée, l'Etat, dans les pays occidentaux, cherche à interdire de plus en plus, en essayant de culpabiliser les récalcitrants. Il prend ainsi prétexte du tabagisme passif pour chercher à interdire le clope, du CO2 émis par l'homme, qui serait responsable du prétendu réchauffement climatique, pour chercher à interdire les 4X4 (voir mes articles Mort du climatologue dissident Marcel Leroux , La note discordante de Jacques Lévy sur le réchauffement  et La vraie raison de l'initiative "anti 4x4" ) et de la prétendue nocivité des eaux en bouteille pour en interdire la fabrication (voir mon article Jacques Neirynck aime l'eau du robinet, grand bien lui fasse ! ).

Le seul moyen d'enrayer ce totalitarisme rampant est de débattre publiquement de ces sujets et de dévoiler les mensonges pseudo-scientifiques qui servent d'arguments fallacieux pour supprimer des libertés.

Francis Richard

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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 09:30
L'Etat - c'est bien connu - sait mieux que quiconque ce qui est bien pour vous. Cette omniscience s'est traduite récemment aux Etats-Unis par un encouragement à l'accession à la propriété privée auprès de ceux qui n'en avaient pas vraiment les moyens, ou qui semblaient victimes d'une discrimination (voir mon article Le marché du crédit hypothécaire perverti par l'interventionnisme ). Cette ominiscience se traduit en Suisse par le discrédit jeté sur les propriétaires qui ne sont pourtant que 35%. Mais l'Etat suisse ne se contente pas de les discréditer, il les pénalise autant qu'il le peut en réglementant et en imposant la propriété immobilière. Dans les deux cas si l'Etat intervient c'est bien sûr pour le plus grand bien des citoyens, c'est-à-dire au nom de l'égalité de traitement.

Dans une étude ( ici ) publiée ce mois-ci par l'Institut Constant de Rebecque ( ici ), Pierre Bessard raconte qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Sous la Rome antique, comme en Europe médiévale, et encore de nos jours, la propriété immobilière est un objet d'imposition privilégié et non dissimulable, quelle que soit la forme revêtue par l'Etat. En intervenant dans ce domaine, comme il le fait dans d'autres où il n'est pas compétent, l'Etat se mêle de ce qui ne le regarde pas. Le choix de la location ou de la propriété immobilière pour se loger devrait être purement individuel : "Toute immixtion politique dans les choix individuels de logement est inévitablement injuste et mène à des distorsions du marché et à des coûts plus élevés pour les investisseurs et les consommateurs".

L'Etat jette le discrédit sur les propriétaires de manière sournoise. En effet il les oppose aux locataires dans la plus pure tradition marxiste. Alors que le propriétaire a fait le choix de devenir propriétaire en dépensant son épargne ou un capital, éventuellement emprunté, le locataire a fait un autre choix qui peut très bien être celui  "de bénéficier d'une plus grande mobilité à des coûts moindres de transaction". Seulement le propriétaire est automatiquement considéré comme riche par définition étatique, et doit absolument être comparé au locataire, qui est pauvre par définition également étatique, quel que soit le montant du loyer qu'il acquitte.

Pour ce faire un concept redoutable a été inventé, celui de la "valeur locative". Si le pauvre locataire loue à un riche propriétaire - désolé pour le pléonasme -, le riche propriétaire est considéré comme se louant à lui-même ce même logement s'il vient à l'occuper lui-même. Autrement dit qu'il l'occupe ou non, le riche propriétaire tire un revenu réel dans un cas, fictif dans l'autre de sa propriété immobilière. Ce revenu fictif s'appelle "valeur locativre". Il y a toutefois une différence palpable entre ces deux revenus. C'est que dans un cas sa bourse se remplit, tandis que dans l'autre elle reste plate, voire se vide.

La détermination d'un revenu fictif ne peut qu'être arbitraire. En l'occurrence c'est l'Etat qui joue le rôle d'arbitre dans cette détermination. Dans ce rôle d'arbitre il ne peut qu'être partial puisqu'en définitive c'est pour calculer l'impôt qui va lui revenir que "la valeur locative" va être déterminée. En imposant "la valeur locative", l'Etat opère une redistribution dont il est coutumier et qui lui permet de masquer son véritable but : "Avec les paravents de l'égalité de traitement et de la capacité contributive, l'Etat cherche simplement à étendre l'assiette fiscale au maximum de ce qui est à la fois réalisable et acceptable politiquement".  

L'impôt sur "la valeur locative" est en quelque sorte la cerise sur le gâteau fiscal dont l'Etat se paye une tranche toujours plus grande. En effet outre cet impôt le propriétaire devra acquitter l'impôt sur la fortune, c'est-à-dire sur la valeur vénale de sa propriété immobilière - dont l'estimation pourra être tout autant arbitraire que celle de "la valeur locative" - et l'impôt foncier sur le morceau de territoire occupé par sa propriété - "comme si l'ensemble du sol appartenait à la collectivité et que les propriétaires devaient payer un droit additionnel pour utiliser leurs propres biens".

Quand il y a transfert de droit sur des biens immobiliers, un droit de mutation sur ces biens est perçu, de même qu'au niveau cantonal  un impôt sur les gains immobiliers si des bénéfices sont obtenus lors d'un tel transfert. Là encore le propriétaire qui vend sera confronté à l'arbitraire de l'évaluation de tels bénéfices. Il ne recevra évidemment pas de compensation en cas de pertes : il ne faut tout de même pas rêver. La fiscalité ne joue que dans un seul sens, en direction des caisses de l'Etat.

Pour parachever le tableau  la réglementation s'ajoute à l'imposition pour fausser le jeu du marché. Pierre Bessard met le projecteur sur trois points : le rôle des "zones agricoles", la Lex Koller, le droit du bail. 

Alors que l'habitat et les infrastructures ne représentent que 6.8% du territoire helvétique, "on" ose parler de bétonnage. Il conviendrait de libéraliser les terres agricoles (36,9% du territoire), les agriculteurs ne représentant que 2.5% de la population active et 1% du PIB. L'abrogation de la Lex Koller qui limite l'acquisition de biens immobiliers par des personnes à l'étranger rendrait fluidité et attractivité au marché. Le droit du bail, qui se traduit par une "protection des locataires", en réalité aboutit "à une offre insuffisante ou inadaptée, au détriment des locataires".

En application du principe des calamités énoncé par Michel de Poncins (voir mon article Prix unique des calamités interventionnistes: 700 milliards de dollars ), "les problèmes causés par l’imposition et la réglementation sont ainsi utilisés pour appeler à toujours plus de réglementations et d’interventions. L’expression la plus absurde de la spirale interventionniste de l’État aboutit sans surprise, après toutes les entraves placées au marché, à des subventions pour la construction ou la rénovation de logements et trouve son apogée dans l’étatisation de l’offre".

Cette étatisation de l'offre est manifeste dans les villes : "A Genève, la Ville contrôle un peu plus de cinq pour cent des logements tandis que le Canton subventionne quelque 11 pourcent des logements de l’ensemble du parc immobilier. Zurich connaît une situation similaire : le quart des logements sont « d’utilité publique » et la Ville est elle-même propriétaire de 6,5 pour cent des appartements".

Pierre Bessard conclut : "Une flexibilisation de l'aménagment du territoire, une libéralisation du droit du bail et une baisse sensible de l’imposition multiple et arbitraire qui pénalise les propriétaires permettraient à l’offre d’objets immobiliers de mieux s’ajuster à la demande – au bénéfice des propriétaires comme des locataires".

Francis Richard
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18 septembre 2008 4 18 /09 /septembre /2008 22:00

Le M2, métro de Lausanne, a été inauguré cet après-midi. En grandes pompes. C'est-à-dire en présence du Conseiller fédéral en charge des Transports, Moritz Leuenberger, du Syndic de la ville, l'ineffable Daniel Brélaz, du Municipal en charge des travaux, Olivier Français. J'en passe et, sans doute, des meilleurs.

Je vous en parle non pas pour le débiner - il est indispensable à l'amélioration de la mobilité dans cette bonne ville de Lausanne, bien trop souvent encombrée par le trafic automobile -, mais pour en vanter les prouesses techniques et pour souligner que c'est le premier métro automatique réalisé en Suisse. Ce qui s'arrose. Et qui a d'ailleurs été arrosé place de la Riponne, lors d'une fête qui aurait comblé Michel de Poncins, auteur d'un mémorable livre intitulé Parlottes et Fêtes.

Pour ceux qui connaissent Lausanne tant soit peu il n'est pas nécessaire de rappeler qu'il y a 338 mètres de dénivelé entre les deux terminus de la ligne, Ouchy et Croisettes, autrement dit Epalinges. Pour les autres voilà qui est dit. Ce qui se traduit par une pente moyenne de 5,7% sur les 5,9 km de parcours, avec des pointes de l'ordre de 12% sur les tronçons les plus raides.

Il y a trois passages à l'air libre, qui représentent en tout et pour tout 600 mètres, en dessous de la gare, sur le pont Bessières, et entre le CHUV et la Sallaz, cela dit pour ceux qui connaissent les lieux. Il s'agit donc d'un vrai métro, souterrain comme un métro digne de ce nom. A l'origine le parcours, repris par le M2, ne reliait qu'Ouchy à la gare CFF (Chemins de fer fédéraux) de Lausanne, ce qui représentait une distance de 1,5 km seulement.

Comme la pente entre Ouchy et la gare CFF était encore plus raide qu'elle ne l'est actuellement - les travaux ont diminué la pente de départ -, le funiculaire, appelé La Ficelle parce que tracté par un câble, inauguré en 1877, est devenu un métro à crémaillère, 80 ans plus tard, en 1957. Lequel cède la place maintenant, un demi-siècle plus tard, à un métro sur pneus, ce qui est une véritable gageure, compte tenu des pentes auxquelles il doit faire face.

Ceux qui ont emprunté la ligne de métro 14 à Paris, la ligne Météore, qui relie Saint-Lazare à Olympiades, ne seront pas dépaysés : il n'y a pas de conducteurs aux commandes des rames du M2. Ces rames, au nombre de 15, pouvant transporter jusqu'à 222 passagers, sont pilotées automatiquement depuis un centre de commande, situé au dépôt des TL (Transports lausannois) de Perrelet.

Depuis plus d'un an des tests sont effectués. Pour des raisons de sécurité la mise en service n'a pas pu coïncider avec l'inauguration. Le pilotage automatique est rendu plus complexe du fait des pentes jusqu'à 12%, de la fréquence des rames en heures de pointe (toutes les 3 à 6 minutes), du goulot d'étranglement que constitue le passage à une seule voie sous la gare CFF, du nombre de stations (14).

Je ne vais pas débiner le M2, mais, financé, ce qui me fait toujours frémir, par des fonds publics - la plus grosse part venant du Canton de Vaud, avec une participation conséquente de la Confédération - le projet aura tout de même coûté au final la bagatelle de 736 millions de francs contre 590 millions prévus initialement. 

Certes il faut tenir compte des difficultés rencontrées : 3,4 km de tunnels à creuser (ou à aménager comme entre Lausanne-Gare et Lausanne-Flon), 1,9 km de tranchées à couvrir et ce fichu pilotage automatique à régler (il y a même eu la péripétie, sans victimes, d'un effondrement au droit du Mc Do de Saint Laurent le 22 février 2005). Mais on peut se demander légitimement si ce coût en vaut la chandelle, si le trafic automobile diminuera vraiment et si 25 millions de passagers seront bien transportés par lui chaque année comme l'escomptent les réalisateurs de ce projet, approuvé par 62% des électeurs vaudois le 24 novembre 2002.

Aussi le principal argument à faire valoir en faveur du M2 sera-t-il le gain de temps. Un exemple. Avant le M2 quelqu'un qui voulait se rendre d'Ouchy au CHUV ( Centre hospitalier universitaire vaudois ) devait compter sur une durée de trajet, par les bus, comprise entre une demi-heure et trois quart d'heure, avec un changement à Saint-François. Le même trajet ne demandera plus que 10 minutes. Ce qui est imbattable, même en voiture en dehors des heures de pointe, car il faut encore parquer à l'arrivée au CHUV ce qui n'est pas gratuit et demande encore du temps...Le coût pour l'usager sera également moindre - si l'on excepte l'impôt acquitté en tant que contribuable et le prix du parking au départ de la ligne.

Pour l'heure ce gain de temps ne se fait pas sans inconvénient. Je ne sais pas si cela fait partie des réglages du pilotage automatique, mais les démarrages et freinages des rames se font de manière assez brusque. L'usager a tout intérêt à s'accrocher aux barres. Mais que ne ferait-il pas pour gagner du temps ? Le temps c'est aussi de l'argent. N'est-ce pas ? 

Francis Richard

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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 10:10

Cette semaine nous avons appris par la radio suisse alémanique que Samuel Schmid avait menti. Il était au courant des poursuites pénales engagées contre Roland Nef (voir mon article Samuel Schmid est surtout toujours capable... de ne rien faire  ) bien avant le printemps 2007. En novembre 2006 précisément. Et il savait quel était leur objet, même s’il ne s’en souvient plus ou feint de ne pas s’en souvenir.

Pour sa défense le ministre de la défense avance des arguments qui démontrent qu’il est peut-être un brave homme mais qu’il n’a pas sa place au Conseil fédéral : il a oublié, il a trop fait confiance et il n’a pas attaché plus que cela d’importance à ce qui pour lui relevait de la seule sphère privée. Bref il s’est révélé totalement incompétent quand il s’est agi de recruter Roland Nef.

Dans un entretien accordé hier à 24 heures ( ici ) il reconnaît qu’il a la mémoire courte :  « J’ai en effet été informé oralement qu’il y avait une enquête préliminaire portant sur une affaire privée. A l’époque, Roland Nef n’était qu’un brigadier parmi d’autres qui n’était pas directement sous ma responsabilité. Je n’avais donc aucune raison spéciale de m’alarmer ».

Soyons gentil. Admettons que cette révélation n’avait pas une aussi grande importance à cette époque-là. Samuel Schmid ajoute : «  Lorsque la procédure de sélection du chef de l’Armée a débuté, en janvier, le nom de Roland Nef n’était pas encore sur la liste des papables. Il n’est apparu qu’en mars ou en avril. Et pendant la procédure, je n’avais plus cette enquête à l’esprit ».

Soyons encore gentil avec ce brave homme. Admettons qu’il lui était peut-être difficile de faire le rapprochement. Seulement il reconnaît lui-même que le brigadier lui a rafraîchi la mémoire : « Roland Nef m’a rendu attentif au fait qu’il y avait encore une procédure ouverte contre lui, portant sur une affaire émanant de la sphère privée, dans le cadre d’une séparation ». Cela aurait dû lui faire tilt. Pensez vous !

Il ne s’est pas montré plus curieux que cela. D’ailleurs il ne se souvient pas non plus des motifs des poursuites pénales. Les lui a-t-on seulement dit de manière spécifique ? « On m’avait dit en novembre qu’il s’agissait d’une enquête ouverte par le ministère public zurichois portant sur une affaire privée. A-t-on spécifié les motifs? Je ne peux pas le dire. Et au bout du compte, ce qui m’a importé, c’est le classement de l’affaire, qui est bel et bien intervenu avant l’entrée en fonctions ».

Or même si les poursuites relevaient de la sphère privée, elles avaient une importance pour apprécier la personnalité de celui qui était destiné à occuper le plus haut poste de l’armée. Comme il n’y a pas eu condamnation, mais conciliation, Samuel Schmid estime qu’il devait circuler et qu’il n’y avait rien à voir. Ce manque de curiosité montre sa naïveté.

Il se refuse, contre toute évidence, à croire ce que la presse a publié sur son protégé : « Si les faits publiés dans les médias à ce sujet sont exacts. Mais qui peut le dire? Je souligne une nouvelle fois que Roland Nef n’a pas été condamné. Ce n’était pas à moi, pendant la procédure, d’aller fouiller dans la vie privée d’un candidat, mais à la justice. C’est elle qui dispose des moyens nécessaires. Ce qui m’intéressait, c’était le résultat. »

Il reconnaît enfin qu’il a trop fait confiance : « Le reproche que l’on peut me faire, c’est d’avoir accordé trop de confiance. Est-ce une faute? Si tel est le cas, cela impliquerait que, dans notre société, la notion de confiance est ébranlée. Je rappelle par ailleurs que les compétences professionnelles du candidat choisi n’ont jamais été contestées ». Ce dernier aveu du ministre montre surtout qu’il est bien crédule pour le poste qu’il occupe et qu’il manque du discernement qui sied à sa fonction.

En tout cas, compte tenu de son incompétence, Samuel Schmid devrait démissionner. Lui seul peut décider de partir en cours de mandat. Il ne le fera vraisemblablement pas. Son incompétence consubstantielle lui interdit de se rendre compte que ce serait le meilleur service qu’il puisse rendre au pays. Pourtant comme le dit Jean-Jacques Roth dans son édito du Temps du 4 septembre :  « Tout ministre à sa place, dans une démocratie ordinaire, en tirerait les conséquences ».

Jean-Jacques Roth ajoute aussitôt : « Mais la Suisse est plus que jamais une démocratie extraordinaire, et le maintien de Samuel Schmid en pareilles circonstances, plutôt que de souligner sa solidité, en révèle l'affaiblissement. Le conseiller fédéral n'est sauvé, en effet, que par la peur commune aux partis de gouvernement de voir revenir aux affaires une UDC qui elle-même ne sait plus, de l'opposition ou de la participation, du dur ou du mou, quel destin choisir ».

Aux propos de l’éditorialiste du Temps j’apporterai un bémol : l’UDC n’a pas choisi l’opposition ; il y a été contrainte de par l’éviction de Christoph Blocher, qui selon les propos de Jean-Jacques Roth « entraînant celle de l’UDC, a figé l’ensemble du système ». L’UDC est prête à participer. Mais il faudrait que les autres partis soient davantage soucieux de l’intérêt du pays que de leurs propres intérêts. Ce qui ne semble pas être demain la veille.

Francis Richard

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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 08:30
L'entretien ( ici ) que Christoph Blocher vient d'accorder au magazine "Sonntag.ch" ( ici ) n'a pas connu dans les gazettes l'écho qu'il méritait, comme au bon vieux temps des moutons noirs ou de l'affaire Roschacher. Les gazettes ont tort. Il est vrai que, depuis que Christoph Blocher n'est plus que Vice-président d'une UDC qu'elles voient à tort sur le déclin, le Conseiller fédéral non-réélu ne les intéresse plus guère.

Il est vrai aussi qu'ayant choisi l'arrière-plan, comme il le confie dans cet entretien, Christoph Blocher prête moins le flanc aux délires éditoriaux. Il n'est plus chef d'entreprise, depuis plus de quatre ans, ni Conseiller fédéral, depuis le 12 décembre 2007. Du coup il le reconnaît lui-même : "J'ai une vie beaucoup plus agréable aujourd'hui. Je peux me concentrer sur l'essentiel et je lis beaucoup".

Ceux qui pensent que de travailler à l'arrière-plan rend Christoph Blocher moins redoutable en seront pour leurs frais. Il a maintenant le temps de la réflexion et, à l'UDC, il veille au grain, c'est-à-dire qu'il "veille à ce que l'UDC identifie et traite rigoureusement les grands problèmes de notre temps".

Les grands problèmes de notre temps identifiés par Christoph Blocher ressortissent à quatre domaines :
- l'indépendance de la Suisse que menacent toujours des adhésions de la Suisse à l'UE et à l'OTAN
- la sécurité du pays, plus particulièrement la réorientation de l'armée
- les institutions suisses détournées de leurs fins
- la politique fondamentale de l'Etat "en tant que base d'une économie florissante et de la sauvegarde des emplois".

C'est l'actuelle crise dans le Caucase - qui aurait pu déboucher sur une crise mondiale si les Etats-Unis "avaient aidé militairement la Géorgie" - qui conduit Christoph Blocher à penser que "le principe respecté pendant des siècles de la neutralité permanente et armée - que l'on méprise parfois ouvertement, mais le plus souvent sournoisement à la Berne fédérale - est plus actuel que jamais".

Christoph Blocher pense que "la direction de l'armée ne pense plus à la propre défense du pays" alors que la menace est toujours réelle. Le principal danger émane aujourd'hui des guerres chaotiques qui sont portées de l'extérieur dans le pays : le terrorisme et le crime organisé, les conflits ethniques, les guerres civiles importées, des règlements de comptes sauvages après des prises de positions inutiles".

Or "les dirigeants de l'armée veulent entrer dans l'OTAN et ils font tout pour atteindre cet objectif. Ils veulent une armée de métier sans avoir le courage de l'avouer. La neutralité permanente et armée n'est prise en compte ni dans la politique extérieure, ni dans la politique de sécurité". En conclusion "l'armée est aujourd'hui très mal conduite".

Les gazettes, qui se sont tues sur Christoph Blocher, provisoirement, ont beaucoup reproché à Christoph Blocher de mettre à mal les institutions de la Suisse. Il pense a contrario que "les institutions suisses sont certes correctes, mais (qu') on ne peut pas en dire autant de ceux qui y siègent" parce qu'ils "se considèrent comme l'incarnation de ces institutions". "Voilà pourquoi ils dénoncent celles et ceux qui les critiquent comme des ennemis de l'Etat".

Enfin "on nous annonce une période économiquement difficile. L'UDC souhaite donc décharger les gens des prélèvements fiscaux. Ainsi les citoyens en général et les entreprises et les arts et métiers en particulier peuvent davantage investir. Or, c'est exactement le contraire qui se passe : le Parlement et le Conseil fédéral veulent augmenter la TVA de 0,4 pour cent au lieu de baisser cet impôt. La facture sera payée par les citoyens et l'économie. L'UDC doit se battre contre une hausse de la TVA et pour une baisse des impôts en général".

Les hausses d'impôts sont cependant soumises à des votes populaires, ce qui gêne les "démocrates". Pour biaiser la volonté populaire les impôts sont donc remplacés par des redevances qui n'y sont pas soumises : "Ce flot de nouvelles redevances est une lourde charge, notamment pour les petites entreprises. L'UDC exige donc que chaque redevance perçue à chacun des trois nouveaux de l'Etat repose sur une loi particulière."

Plutôt que s'intéresser au fond de cet entretien, les gazettes, au mépris de l'information de leurs lecteurs, ont préféré s'appesantir sur le dernier "coup" de Christoph Blocher, annoncé dans cet entretien, à savoir qu'il allait porter plainte "contre la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz et l'ancien conseiller national Jean-Paul Glasson ainsi que contre l'ancien procureur fédéral M.A. Fels et le procureur de la Confédération Fabbri" ( ici ).

Pourquoi ? "Le 5 septembre prochain ce sera le premier anniversaire d'un événement incroyable : des parlementaires membres de la Commission de gestion (CdG) ont tenté avec la complicité du Ministère public de la Confédération d'évincer le ministre de la justice (NdFR : Christoph Blocher à l'époque) avec des accusations inventées de toutes pièces".

Ce que ne disent pas les gazettes c'est le but recherché par Christoph Blocher en déposant plainte, l'effet d'annonce leur suffisant amplement : "Ceux qui sont censés garder l'Etat de droit ont cherché à en abuser. Ils ont endommagé nos institutions. Cela ne peut pas rester sans conséquence. Et cela doit avoir des conséquences civiles et pénales".

Christoph Blocher cherche-t-il à se venger ? Non pas : "Une plainte pénale ne doit pas être forcément mon affaire personnelle, mais la plainte pour atteinte à la personnalité au niveau du droit civil doit être déposée par moi-même. Même des parlementaires, des conseillers fédéraux et des procureurs fédéraux n'ont pas le droit de violer l'Etat de droit qui doit être la référence de toute action étatique".

A ceux qui pensent l'enterrer politiquement de son vivant il répond : "N'en déplaise à mes adversaires, je suis plutôt en bonne santé. Mais j'ai 67 ans. Ce qui me donne l'avantage de l'expérience. Je perds moins de temps".

A bon entendeur...

Francis Richard
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 22:30
Hier a été déposée dans un grand fracas médiatique une nouvelle initiative liberticide s'en prenant cette fois aux véhicules à moteur. Elle aurait recueilli 150'000 signatures dont 120'000 auraient été vérifiées. Le délai imparti était le 27 août. Elle aurait donc malheureusement été déposée dans les temps.

Cette initiative populaire fédérale, lancée par des écolos totalitaires, ce qui est un pléonasme, est intitulée "pour des véhicules plus respectueux des personnes". Elle vise à interdire "les véhicules à moteur qui présentent un danger excessif pour les cyclistes, les piétons ou les autres usagers de la route". 

Qu'est-ce qui présente un danger excessif pour les cyclistes, les piétons ou les autres usagers de la route ? La Confédération le dira en édictant des prescriptions. Quel genre de prescriptions ? C'est au chapitre des mesures transitoires prévues par l'initiative que la réponse à cette question est donnée. Provisoirement. Puisque les prescriptions évolueront en fonction de la technique et de l'état des connaissances, comme c'est indiqué dans le texte.

En effet, dès la mise en application, ne pourraient plus circuler que les véhicules émettant moins de 250g de CO2 par km et moins de 2,5 mg de particules par km, d'un poids maximum à vide inférieur à 2,2 tonnes. Par ailleurs les véhicules immatriculés antérieurement à ces prescriptions, et ne les respectant pas, ne devraient pas dépasser la vitesse de 100 km/h.

Appelée communément "initiative anti 4x4" cette initiative vise bien sûr des 4x4 mais aussi des voitures de sport, des limousines et des breaks. A ce stade personne n'est d'accord sur la liste exacte des véhicules qui seraient touchés par cette interdiction. Et pour cause : les prescriptions ne seraient même pas définitives et seraient le fait du prince.

L'un des initiants reconnaît : "c'est vrai que nous avons connu quelques problèmes de définition au début". Toujours est-il que les initiants estiment que cela ne devrait toucher qu'environ 13% des véhicules, sans en être tout à fait sûrs. Cette estimation prouve l'amateurisme de ces liberticides qui n'ont certainement pas mesuré davantage les conséquences économiques que pourrait avoir leur initiative si elle était adoptée. Mais cela semble le cadet de leurs soucis. 

Une fois de plus une interdiction est basée sur de prétendues études scientifiques. Le CO2 réapparaît en grandes pompes. On sait pourtant que son inocuité est plus que controversée (voir mes articles Mort du climatologue dissident Marcel Leroux  et La note discordante de Jacques Lévy sur le réchauffement  ) tant sur le plan personnel que climatique. De plus pourquoi 250g de CO2 par km plutôt que 120g ou encore un autre taux d'émission ? Dans un monde écolo seul l'arbitraire règne.

Marcel Leroux le disait bien dans l'entretien auquel je renvoie à la fin de mon article sur son décès : on s'alarme quand il y a 380 ppm de CO2 dans l'atmosphère alors que dans une salle de cours où se trouvent 50 personnes il y a 1'500 ppm de C02 à la fin du cours. Et quand une personne respire, son haleine émet 15'000 ppm de CO2...sans mettre en danger sa vie ni celle d'autrui : il apparaît ridicule de vouloir fixer un taux maximal de CO2 - arbitraire et relatif - pour prétendûment respecter les personnes.

Il apparaît tout aussi ridicule de fixer un poids maximum à vide. Certes l'énergie dépensée va dépendre de ce poids, mais puisque l'émission de CO2 n'est pas un argument, reste le poids lui-même. Je ne crois pas qu'il y ait une grande différence quand, en tant que cycliste ou piéton, vous n'évitez pas un véhicule qui pèse une ou deux tonnes deux cents. Le résultat est le même, et souvent définitif.

Quant à la limite de 100 km/h pour les véhicules non conformes, immatriculés avant la loi, elle pénaliserait injustement, et en quelque sorte rétroactivement, les propriétaires de tels véhicules, qui se verraient punis d'avoir eu un jour l'idée saugrenue de seulement les posséder. 

En réalité je perçois sous-jacente une raison beaucoup moins morale à la base de cette nouvelle interdiction. Car quelles vont être les marques particulièrement touchées ? Aston Martin, Ferrari, Lamborghini, Maserati, Bentley, Rolls-Royce, Porsche, et, à un moindre degré, Mercedes, BMW ou Audi.

Il est clair qu'il ne s'agira plus de faire payer les riches, et de moins riches, mais de les empêcher d'arborer des signes extérieurs de leur richesse. Le péché capital qui correspond à cette attitude s'appelle l'envie. Il est à l'origine de toutes les formes de socialisme et de toutes les privations de liberté, dont - c'est bien connu - ce sont les plus pauvres qui finissent par être les victimes, parce qu'ils en subissent indirectement les conséquences.

Francis Richard
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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 16:15

Lors de sa conférence de presse de rentrée du mercredi 20 août le président de la Confédération Pascal Couchepin a trouvé que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes helvétiques. Il n'a pas de commentaire à faire sur l'affaire Kadhafi ( voir mon article Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra ) qui suit son cours, même si c'est un long cours... Le voyage de Madame Calmy-Rey en Colombie s'est déroulé on ne peut mieux avec ces résultats mirobolants : la médiation suisse a pris fin, son médiateur Jean-Pierre Gontard est poursuivi par la justice colombienne et, scoop, la Suisse va coopérer avec cette dernière (voir mon article La neutralité inactive de Micheline Calmy-Rey : l'exemple colombien  ). Cerise sur le gâteau :  l'affaire Nef se termine bien. Voire.

Pour l'internaute qui n'est pas au courant de l'affaire Nef, je rappelle que le brigadier Nef a été nommé chef de l'armée par Samuel Schmid, le piteux ministre suisse de la défense. Après sa nomination il est apparu que le général Roland Nef avait eu un comportement pour le moins répréhensible à l'égard de son ex-compagne, laquelle avait déposé plainte pénale contre lui pour harcèlement et contrainte. Ce comportement semait le doute sur la capacité du militaire à maîtriser ses nerfs au poste suprême occupé par lui. Samuel Schmid s'était montré dans ces circonstances égal à lui-même, c'est-à-dire nul (voir mes articles Samuel Schmid : 40 mois pour parachever la destruction de l'armée ? ,Samuel Schmid est surtout toujours capable... de ne rien faire , Samuel Schmid, le conseiller fédéral zéro  ).

Pour Pascal Couchepin l'incident est clos avec la démission de Roland Nef, survenue le 25 juillet dernier et dont le Conseil fédéral n'a pris acte que ce mercredi, pour raison de vacances du pouvoir ... exécutif. Certes Samuel Schmid s'est un peu fait tirer l'oreille. Il n'aurait pas dû cacher à ses collègues du gouvernement que Roland Nef faisait l'objet d'une plainte pénale, mais ce n'était qu'"un accident de parcours" selon les termes du président de la Confédération qui a par ailleurs déclaré à propos de Samuel Schmid : "Il s'en tire bien ! D'autant mieux que cette année il a très bien organisé l'Eurofoot !" (voir 24 heures du 20 août  ( ici ). 

Roland Nef s'en tire très bien lui aussi. Lui sera versée la coquette somme de 275'000 francs d'indemnité de départ. Cette indemnité pouvait varier entre un mois et un an de salaire, soit entre 26'000 et 312'000 francs. Cette indemnité "convenable" en raison des "mérites du personnage", aux dires de Pascal Couchepin, est donc proche du maximum. Pourtant le général Nef n'est devenu chef des armées que le 1er janvier dernier. En un peu plus de six mois de commandement il aura donc mérité quasiment le maximum. Pour services rendus à la patrie ou pour sévices rendus à sa maîtresse ?

De plus ayant démissionné le 25 juillet dernier il recevra 156'000 francs, au titre de son délai congé de six mois pour la fin d'un mois, qui se terminera donc le 28 février 2009. Au total il recevra plus de 430'000 francs. Ce total a eu le don de faire monter au créneau les représentants de tous les partis politiques à l'exception du PDC qui est resté bien silencieux... S'ils ne contestent pas les salaires dûs au titre du délai congé, ils sont choqués par le montant de l'indemnité de rupture. Le vice-président de la Société suisse des officiers, Denis Froidevaux, déclare même : "Au niveau de l'éthique personnelle, je m'étonne que Roland Nef puisse encaisser 275'000 francs d'indemnité en connaissant les circonstances de son départ".

Par Le Matin du 21 août ( ici ) on apprend que la dernière édition de l'hebdomadaire Weltwocheici ) donne peut-être les clés de ces largesses et du comportement de Roland Nef : "Le département de Samuel Schmid était au courant de la plainte qui pesait sur le futur chef de l'armée depuis le début de l'enquête de la justice zurichoise !" (il ne pouvait en être autrement puisque le département a donné son autorisation pour perquisitionner son ordinateur...);  "pour les besoins de l'enquête, Roland Nef a subi un test psychologique (...) : il souffre d'un dérangement narcissique et n'a pas toute sa capacité de discernement" (le département de Samuel Schmid pouvait-il ignorer ce rapport ?) (voir sur ce dérangement l'article de Nathalie Ducommun dans Le Matin du 22 août ( ici ) ). 

Le journaliste du Matin, Fabian Muhieddine, pose la question à 275'000 francs : "Au vu de la somme faramineuse versé (sic) à Roland Nef et puisque toute la lumière n'a pas été faite, le département de Samuel Schmid aurait-il payé le silence de son ancien employé ?".

Mais à part ça, tout va très bien Monsieur Couchepin !

Francis Richard

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 06:30
Anne-Catherine Lyon est conseillère d'Etat socialiste du Canton de Vaud, cheffe du département de la formation, de la jeunesse et de la culture. Tout un programme étatique... Dans un entretien accordé au Temps et paru le 16 août, elle déclare s'opposer "farouchement" au chèque scolaire.

Elle souligne tout d'abord dans cet entretien que l'Assemblée constituante vaudoise a voté "très clairement contre" à deux reprises et que "le Grand Conseil vient également de se prononcer contre le libre choix au sein de l'école publique". Ce n'est pas un argument : ce que la démocratie indirecte fait, la démocratie directe peut très bien le défaire.

L'une des principales raisons de son opposition "farouche" au chèque scolaire "repose sur le fait que seule l'école publique est fondée par le débat démocratique. La loi scolaire est adoptée par le Grand Conseil, parfois même par le peuple, et donc l'école publique, financée par l'argent public, est contrôlée par la démocratie, fondée par la démocratie". 

Examinons ce dernier argument. La démocratie peut très bien s'exercer autrement que par les canaux classiques que sont le Grand Conseil ou "parfois même" le peuple - j'aime ce "parfois même" révélateur. En effet qui sont les personnes les mieux à même de décider ce qui est bel et bon pour la formation des enfants ? Telle est la seule question. 

Qui sont les mieux placés, quel que soit leur propre niveau de formation, pour décider ? Sont-ce les politiciens ? Les technocrates ? Les enseignants ? Les prétendues élites ? Le peuple dans son ensemble, qui comprend aussi bien des personnes qui ont des enfants que celles qui n'en ont pas ? Non pas. Seuls les parents sont les personnes qui sont vraiment bien placées pour ce faire, parce qu'ils veulent vraiment ce qui est le mieux pour eux.

Le chèque scolaire - que d'aucuns appellent "bon scolaire" ou "chèque de formation" pour semer la confusion - est certainement le moyen le plus démocratique qui soit, puisqu'il donne le libre choix de l'école aux parents. Ils n'ont pas à attendre quatre ans pour exprimer leur choix. Ils peuvent le faire tous les ans et ils peuvent décider en fonction des résultats qu'ils attendent de l'école pour leurs enfants.

Avec le chèque scolaire, les écoles, publiques ou privées, sont mises en concurrence (voir mon article Le chèque scolaire contraindrait l'école publique à l'excellence  ) et le contrôle s'effectue directement par les intéressés sans qu'il soit besoin de conseillère d'Etat ou de députés. C'est certainement là où le bât blesse pour tous ces bons politiciens qui prétendent décider de tout. Avec le chèque scolaire ils deviennent inutiles ou presque. Il ne leur reste plus qu'à proposer et voter les fonds nécessaires.

"L'école républicaine, par la mixité sociale qu'elle propose est le creuset de la société" déclare la ministre vaudoise, qui ajoute : "Ils (les enfants) vont à l'école qui se situe là où ils habitent". Ce qui veut tout simplement dire qu'ils n'ont pas le choix. Ils doivent rester là où ils sont et n'en pas sortir, sous aucun prétexte. Carte scolaire oblige. A une époque de grande mobilité ces paroles apparaissent pour ce qu'elles sont : d'un conservatisme ringard, totalement désuet.

On ne voit d'ailleurs pas comment l'école républicaine favorise la mixité sociale puisqu'en définitive l'école privée, dans ce sytème "républicain" (?), demeure réservée aux riches élèves. Le chèque scolaire fait sauter cette barrière. Il permet à des enfants qui ne se seraient jamais rencontrés de se côtoyer à l'école et de nouer des relations improbables autrement.

Tous ces propos de la ministre socialiste montrent qu'en réalité elle est prisonnière, sans doute de par ses origines partisanes, d'une idéologie dans laquelle l'Etat est là pour tout ordonner, tout agencer, tout décider à la place des autres sous prétexte qu'il sait mieux que tout le monde ce qui est bon et qu'il a la science infuse, c'est-à-dire infusée par ses hifis (terme emprunté à Michel de Poncins).

En réalité les inconditionnels de l'Etat, et de ses prétendues vertus, craignent plus que tout que l'exercice de nouvelles libertés ne remettent en cause son rôle dans des domaines qui ne devraient pas être les siens.

Francis Richard

Addendum du 23 août :

24 heures publie ce jour une tribune libre en faveur du chèque scolaire que je recommande ( ici ). Elle est écrite par Félix Glutz député UDC et commence très bien : " L’école publique est un monopole de gauche qu’il faut briser sans délai en la mettant en concurrence avec les écoles privées."...
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16 août 2008 6 16 /08 /août /2008 12:30

Quel est le bilan de la facilitation de la Suisse en Colombie ? Zéro depuis qu’Alvaro Uribe a pris en mains les destinées de ce pays. Micheline Calmy-Rey vient de se rendre en Colombie. De ce voyage elle est revenue bredouille. Le chantre de la neutralité active a essuyé un nouvel échec après les dossiers sur l’Iran et sur le Kosovo, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

En effet ce que Madame Calmy-Rey appelle neutralité active se traduit en réalité par une trop grande complaisance à l’égard d’une des parties à un conflit. Le résultat est qu’il ne s’agit plus de neutralité et que l’autre des parties n’a plus confiance dans la médiation helvétique. Dans ces conditions - la confiance est essentielle - une médiation  ne peut aboutir qu’à un échec. Du coup il convient de parler plutôt de neutralité inactive au regard de cet aboutissement.

Pourquoi Madame Calmy-Rey s’est-elle rendue à Bogota ? Il s’agissait de célébrer 100 ans de relations helvético-colombiennes. Certes la ministre des Affaires étrangères suisse a été bien accueillie tour à tour par son homologue colombien, Jaime Bermudez, puis par le président Alvaro Uribe, mais la Colombie se passera désormais des bons offices de la Suisse dans ses relations avec les FARC.

Diplomatiquement le président colombien a remercié la Suisse pour son travail de médiation avec les FARC, mais ce remerciement avait aussi le sens de mettre fin à ses bons offices. Il y a plusieurs raisons objectives à cela : la personnalité douteuse du facilitateur suisse Jean-Pierre Gontard, la présence sur le sol helvétique de dirigeants des FARC et l’insistance lourde à condamner la Colombie, malgré ses excuses répétées, pour avoir utilisé à tort l’emblème de la Croix-Rouge.

La personnalité de Jean-Pierre Gontard est douteuse. Même si les fameux courriels retrouvés dans l’ordinateur du défunt commandant des FARC, Raul Reyes, abattu par l’armée colombienne le 1er mars dernier, ne sont pas probants pour incriminer le facilitateur suisse de transport de fonds pour le compte des FARC, ils laissent apparaître une grande proximité de Jean-Pierre Gontard de la part des FARC. Ce qui n’a rien d’étonnant.

Dans La Tribune de Genève du 8 juillet ( ici ), Andrés Allemand rapporte ce que le quotidien colombien El Tiempo vient de révéler : dans le passé Jean-Pierre Gontard en sa qualité de Directeur adjoint de l’IUED (Institut universitaire d’études du développement) a compté parmi ses étudiants le propre fils d’Alfonso Cano, l'actuel leader des FARC.

Andrés Allemand ajoute : « Jean-Pierre Gontard ne l’a jamais caché : il y a dix ans il confiait déjà que l’ancien IUED (NDFR : qui a fusionné depuis avec les HEI pour devenir l’IHEID) a formé nombre d’étudiants des pays du Sud, et notamment des dizaines de diplômés, qui se sont ensuite impliqués du côté des ONG, des partis ou de la guérilla ».

Dans Le Monde du 30 juillet( ici ), on pouvait lire ces lignes, inspirées d’un article du quotidien espagnol El Pais daté du même jour : « Contrairement aux Etats membres de l'Union européenne, qui ont inscrit les FARC sur leur liste des organisations terroristes en juin 2002, la Confédération helvétique ne qualifie pas la guérilla d'organisation terroriste. Un des principaux délégués des FARC en Europe, Omar Arturo Zabal Padilla, alias Lucas Gualdron, mènerait une paisible vie de professeur de philosophie à Lausanne. » Et il aurait des alter ego à Genève et Zürich.

Bien sûr Berne dément tout en bloc : le rôle douteux de Jean-Pierre Gontard  comme la présence de Lucas Gualdron à Lausanne, également révélée par l’exploitation des courriels trouvés sur l’ordinateur de Raul Reyes . Mais ces démentis sont insuffisants pour lever un doute qui ne doit jamais s’installer dans une médiation.

D’autant que, selon sa fâcheuse habitude, Madame Calmy-Rey s’en prend à une seule des parties et insiste un peu trop lourdement sur l’utilisation fautive par l’armée colombienne de l’emblème de la Croix-Rouge, faite pour la bonne cause, celle de la libération d’Ingrid Betancourt (voir mon article L'opération Jaque en Colombie sous l'emblème de la Croix-Rouge ?  ). Madame Calmy-Rey devrait oublier qu’elle est socialiste et se souvenir qu’elle est ministre des Affaires étrangères de la Confédération.

Francis Richard

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 22:30
Après l'arrestation de son fils Hannibal par la police genevoise ( voir mon article L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris  ), Muammar Kadhafi a fait une grosse colère . On avait osé mettre à l'ombre Hannibal et sa femme Aline pendant 48 heures. Qu'ils aient été accusés de maltraitance envers deux domestiques, il n'en avait cure. S'en prendre à son fils c'était comme s'en prendre à lui. C'était un crime de lèse-majesté en quelque sorte.

Dans un premier temps il avait donc menacé de fermer le robinet du pétrole, mais il savait que cette menace pouvait lui faire plus de mal que de bien. Alors, magnanime, il n'avait pas mis cette menace à exécution. Il l'avait seulement brandie, puis fait mine d'y renoncer pour mettre de l'huile, dérivée de son pétrole, dans les rouages.

En revanche il sait que les pays occidentaux tremblent dès que l'on touche à l'un des leurs. Il s'était donc saisi de deux cadres helvétiques qu'il avait fait mettre à l'ombre, ce qui en Libye pourrait apparaître comme une mesure clémente compte tenu du climat. Seulement les geôles libyennes ne sont pas des lieux de plaisir et de villégiature recherchés par les touristes, loin s'en faut.

Après dix jours de détention les deux cadres ont été "libérés". Enfin si l'on peut dire. Certes ils ne croupissent plus en prison. Mais bien que libérés depuis quinze jours, ils n'ont toujours pas été autorisés à quitter le territoire libyen. Ils logent dans la prison dorée qu'est l'ambassade helvétique à Tripoli. Ils y sont condamnés à prendre leur mal en patience.

Muammar détient deux autres pièces dans son jeu : le frère et la mère d'un des deux domestiques qui ont porté plainte contre son fils et sa belle-fille. Bien que de nationalité marocaine, ils ont été arrêtés, sont en grand danger, et ne peuvent ni l'un ni l'autre quitter le territoire libyen. Le tyranneau tripolitain a donc un carré d'"otages" dans son jeu, deux Suisses et deux Marocains. Il demande toujours des excuses et l'abandon des poursuites contre Hannibal et Aline.

Il y a huit jours la presse s'est fait l'écho que Berne envisageait  de formuler des regrets aux Kadhafi ( ici ). Seulement le peuple suisse ne comprendrait pas que la Suisse baisse ainsi son pantalon devant le tyranneau tripolitain. Du coup Berne a refilé le ballon - qui n'est pas près de se dégonfler - à Genève qui seule pourrait mettre un terme aux poursuites judiciaires contre les Kadhafi juniors.

De retour de vacances, le procureur général de Genève, Daniel Zapelli, (photo ci-dessus) a clairement déclaré aujourd'hui ( ici )qu'il était exclu de classer l'affaire pour des motifs politiques ( voir mon article Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit  ) et qu'il n'avait subi aucune pression de quelque côté que ce soit. Reste une seule possibilité de dénouement : que les plaignants, un Marocain et une Tunisienne, abandonnent leur plainte. Or ces derniers n'envisageront une médiation que si les frère et mère du domestique marocain sont autorisés à partir de Libye.

Comme je l'ai déjà exposé dans un autre article ( Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse  ), Muammar Kadhafi a en fait pris l'avantage dans la partie de bras de fer qui l'oppose à la Suisse. Il a tout son temps. Il décidera quand il voudra du sort de ses "otages" et ne les libérera que s'il y a une contre-partie. Peut-être toutefois ne devrait-il pas trop compter sur des excuses. Encore qu'avec Madame Calamity-Rey on ne sait jamais...

Francis Richard 

Addendum du 15 août 2008 :

Le frère et la mère du domestique marocain ont été libérés hier. Seule la mère a pu quitter la Libye pour regagner le Maroc. Les deux cadres suisses restent toujours cantonnés à l'ambassade helvétique de Tripoli. Muammar Kadhafi est donc bien le maître du jeu...Il attend toujours des excuses et le retrait des plaintes contre Hannibal et Aline ...
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 13:45

C’est un article du quotidien lausannois 24 Heures du 4 août dernier ( ici )qui m'a appris qu'une initiative en faveur du chèque scolaire allait être lancée dans le canton de Vaud cet automne. Ce qui a attiré mon attention, c’est le titre de l’article : « Le bon scolaire ne séduit pas les écoles privées ». Je ne dis pas que je suis blasé, mais je n’ai pas été davantage surpris que quand j’ai rencontré des patrons hostiles à l’économie de marché.

A y regarder de plus près ce qui inquiète ici les écoles privées c’est que le chèque scolaire serait alimenté par des fonds publics, autrement dit que l’Etat serait en position de les contrôler. Le secrétaire général de l’AVDEP, l’Association vaudoise des écoles privées ( ici ), Pierre-Antoine Hildbrand, fait part de son inquiétude en ces termes : « Nous ne voulons pas que l’Etat s’immisce dans nos affaires. De notre côté nous ne nous permettons pas de juger l’école publique.»

Selon Pierre-Antoine Hildbrand « la demande d’un chèque scolaire émane avant tout des parents ». Est-ce un reproche ? Si c’est un reproche, il est surprenant. Car l’école est-elle faite pour les enseignants et leurs dirigeants, ou bien pour les élèves et leurs parents ? De même que l'on peut se demander si les personnes sont faites pour la société, ou la société pour les personnes.

L'article de 24 Heures rapporte d'autres propos de Pierre-Antoine Hildbrand : « « Le jour où l’Etat financera les établissements, ce sera la fin de la diversité. » Et de citer en exemple la France, où les établissements privés sont largement financés par l’Etat. Résultat ? « Vous avez des écoles catholiques où la discipline est peut-être un peu plus importante, et des établissements laïques, mais le contenu est identique ». Pierre-Antoine Hildbrand se trompe doublement. Il a choisi un mauvais exemple et il n’a rien compris à ce qu’est le chèque scolaire.

En effet en France le chèque scolaire n’existe tout simplement pas. Ce n’est donc pas pour cette raison que les établissements privés y reçoivent un petit bout de la manne de l’Etat et sont archi-contrôlés. Ils se sont tout simplement mal défendus contre l’emprise toujours plus grande de l’Etat. Les grandes manifestations pour la défense de l’école libre d’il y a 20 ans n’auront été qu’un baroud d’honneur.

Le chèque scolaire permet le libre choix des parents. Les établissements privés et publics sont mis en concurrence. La carte scolaire encore en vigueur dans l’école publique ne peut plus exister. Les familles pauvres peuvent envoyer leurs enfants dans les meilleurs établissements. Ce n’est plus l’Etat qui paye - il n’est que collecteur - ce sont les parents via le chèque scolaire. L’implication de ces derniers est alors automatiquement plus grande.

La seule contrainte pour tous les établissements, qu'ils soient privés ou publics, est de respecter des règles d’hygiène et de sécurité. Sinon la concurrence signifie justement que le contenu ne peut pas être identique. Les préférences pour tel ou tel établissement peuvent se faire sur des critères très différents. Quels critères ? Le contenu justement, les conditions de travail, les résultats scolaires, mais aussi des critères religieux, culturels, géographiques, environnementaux, que sais-je ? Par ailleurs il faut qu’il y ait adéquation entre l’établissement et les aptitudes et comportements des élèves.

Thierry Meyer, rédacteur en chef de 24 Heures, se fend d’un édito ( ici ) le même 4 août, date anniversaire en France de l'abolition des privilèges. Il est d’accord avec « la méfiance avisée des écoles privées » à l’égard du chèque scolaire. Il écrit : « Le principe du chèque scolaire induit l’illusion que l’enseignement fondamental est un vaste supermarché où chacun pourrait faire son choix, sans entrave. Les écoles privées vaudoises cherchent la complémentarité avec le service public. L’amélioration nécessaire de cette collaboration ne passe pas par le chèque scolaire ».

Des propos conservateurs de Thierry Meyer je retiendrai que le statu quo est encore pour lui la meilleure solution et qu’il se moque comme d’une guigne que des enfants méritants, mais de milieux défavorisés, ne puissent jamais fréquenter les meilleurs établissements, qu’ils soient publics ou privés. Chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. C'est le réflexe corporatiste bien connu qui empêche toute évolution.

Laurent Caspary nous apprend dans « Le Temps » du 6 août que les réticences à l’égard du chèque scolaire ne sont pas l’apanage des écoles privées. Elles sont aussi le fait des partis politiques. Il faut dire que l’école vaudoise nourrit le débat ces derniers temps.

Une première initiative a été déposée au printemps munie de 15 000 signatures – alors que 12 000 auraient suffi. Cette initiative demande principalement le retour aux notes.  Une deuxième initiative devrait bientôt être lancée demandant l’accueil continu à l’école. Ces deux initiatives visent directement l’école publique. Cette troisième initiative qui demande la diversité et le libre choix de l’école pour tous vise également, mais indirectement, l’école publique. C'est l'école publique qui devrait s'inquiéter si cette initiative aboutit parce qu'elle serait contrainte à l'excellence, par les meilleurs des juges, les parents.

A l'origine de l'initiative pour le chèque scolaire il y a une associtation, Lobby Parents ( ici ). Susanne Bergius (photo ci-dessus, parue dans 24 Heures du 6 août ici), sa vice-présidente pour la Suisse et sa présidente pour le canton de Vaud, déclare au Temps le même 6 août : « En tant qu’association de parents neutre sur le plan politique, nous souhaitons un comité d’initiative large : des parents d’élèves ainsi que des enseignants du public et du privé. Pour ce qui concerne les politiciens, parmi lesquels nous avons des partisans dans tous les partis, nous en intégrerons un par parti dans le comité d’initiative ».

Laurent Caspary précise : « Sont ainsi déjà annoncés adhérents : le PDC et conseiller national Jacques Neirynck, la radicale Christa Calpini, l’UDF Jérôme Wuillamoz, la PS Marie-Jocelyne Michel et le député UDC Félix Glutz. »

On peut toutefois compter sur l’opposition impétueuse, et néanmoins déterminée, d’Anne-Catherine Lyon, la ministre socialiste vaudoise en charge du département de la formation. Laurent Caspary nous rappelle qu'elle « a déjà affirmé à maintes reprises son opposition à l’idée du libre choix de l’école, défendant les « valeurs républicaines » de l’école publique », parmi lesquelles valeurs la liberté de choix est un vain mot comme chacun sait, ou devrait le savoir.

Francis Richard 

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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 15:15

Sur l'UDC il est assené un certain nombre d'affirmations infondées, entretenues par les média et reprises en choeur par tous ceux qui ne supportent toujours pas qu'elle soit devenue au cours des quinze dernières années le parti le plus important de Suisse. Ces affirmations sont tellement caricaturales que j'ai de la peine à croire que des gens intelligents, ou soit-disant tels, les aient faites leurs, mais... peut-être sont-ils  tout simplement de mauvaise foi. En tous les cas il est nécessaire de rappeler ces contre-vérités pour bien comprendre le mécanisme de la désinformation dont l'UDC est une fois encore l'objet.

L'UDC serait pour une Suisse repliée sur elle-même et retirée du monde. L'UDC pratiquerait une politique d'opposition systématique à l'égard du Conseil fédéral, contraire à la démocratie de concordance, qui est l'un des fondements de la démocratie helvétique. L'UDC ménerait des campagnes indignes d'une démocratie. J'en passe et des meilleures ... Une fois ces affirmations admises, bien que ne correspondant en rien avec la réalité, il convient d'attaquer l'UDC sur la base de ces affirmations, en lui reprochant des positions qu'elle n'a pas.

L'UDC en réalité n'est pas pour une Suisse repliée sur elle-même et retirée du monde. Elle veut seulement que la Suisse garde son indépendance et ses libertés démocratiques. Prenons l'exemple des rapports de la Suisse et de l'UE. L'UDC a toujours défendu la voie bilatérale contre l'intégration, et la Suisse ne peut que se féliciter de ce choix. Cela lui a permis de rester une démocratie véritable, où il est encore possible au peuple de s'exprimer, et où les minorités sont respectées, alors que l'UE est une construction totalitaire, dirigée par de prétendues élites refusant de donner la parole aux peuples, sous prétexte qu'ils ne comprennent rien à rien.

L'UDC en réalité ne pratique pas une politique systématique d'opposition. Bien malgré elle, elle n'a eu d'autre choix, que de devenir un parti d'opposition - comme le parti socialiste suisse l' a été à une époque quand il n'était pas représenté au gouvernement - parce que le parlement a refusé d'élire de véritables représentants de ce parti au Conseil fédéral. Par là même c'est le parlement qui a bafoué la démocratie de concordance, peut-être le plus légalement du monde selon la lettre, mais certainement pas selon l'esprit. Les mêmes qui, aujourd'hui, reprochent à l'UDC de ne pas respecter la démocratie de concordance, ont approuvé, parfois bruyamment, cette entorse flagrante à celle-ci.

L'UDC en réalité ne mène pas des campagnes indignes d'une démocratie. Elle ne pratique pas la langue de bois, c'est tout. Elle dit clairement les choses comme elles sont. Ce sont les intentions qui lui sont prêtées qui sont indignes. Prenons un exemple récent. Quand l'UDC a demandé à Eveline Widmer-Schlumpf de démissionner de son poste de Conseillère fédérale, cette demande n'était pas indigne, elle n'était pas antidémocratique. Eveline Widmer-Schlumpf n'était pas obligée d'obtempérer, mais, si elle avait eu un peu d'honneur, elle l'aurait fait sachant fort bien qu'elle ne représente pas l'UDC et que sa présence au gouvernement est en fait une imposture.

Ces affirmations sont tellement bien admises, considérées comme vérités d'évangile, que quatre Conseillers fédéraux ont cru bon de les faire leurs le jour de la fête nationale, c'est-à-dire un jour où il conviendrait de rassembler et non pas de chercher à diviser. Trois d'entre eux l'ont certes fait par insinuations - courageux, mais pas téméraires - mais ils comptaient bien que les codes d'interprétation en vigueur fonctionneraient sans qu'il ne soit besoin d'être vraiment explicites et ils n'ont pas eu tort puisque 24 Heures et Le Temps les ont comprises ainsi.

Comme le rapporte 24 Heures de ce jour ( ici ), le 1er août, Micheline Calmy-Rey "a dit ne pas comprendre ceux, qui, aujourd'hui, "veulent que la Suisse se cloître et tourne le dos au reste du monde""; aux yeux de Pascal Couchepin "l'opposition à tout crin n'est pas une vertu helvétique"; "sur son blog, Moritz Leuenberger s'en est (...) pris à la politique d'opposition de l'UDC, "en contradiction avec les fondements de la démocratie"; Samuel Schmid invite à "argumenter et écouter au lieu de mener grand tapage et de diffamer".

Le quotidien lausannois y a vu des pétards lancés contre l'UDC à l'occasion de la fête nationale, histoire d'exclure sans discussion les représentants de 30% de la population, qui seraient au fond moins suisses que les autres, comme il y a des hommes moins égaux que les autres selon Orwell. Seulement une fois dévoilées ces manipulations de la vérité, ces pétards apparaissent comme des manoeuvres pitoyables, comme des pétards mouillés par la pluie du Grütli, de la part de ministres qui ne craignent pas de tomber dans l'indignité.

Francis Richard

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 06:00

 

Le 17 juillet 2008 Aicha Kadhafi, avocate (sic), avait considéré sur la RSR (ici ) que son frère Hannibal n’avait été arrêté à Genève que parce qu’il était le fils de Muammar Kadhafi, l'homme qui a dit non au colonialisme, et que c’était un acte illégal, antisémite, dirigé contre la race arabe. Elle avait menacé. C'est la Suisse qui est injuste parce qu'elle a commencé. Na ! L’arrestation de son frère ne serait pas sans suite. « Œil pour œil, dent pour dent » avait-elle promis, relevant qu’une croix blanche orne le drapeau helvétique, et prête probablement à déclencher un véritable Djihad.

Deux jours plus tard, le 19 juillet 2008, cette menace était mise à exécution. Deux ressortissants helvétiques étaient arrêtés en Libye. Sans l’arrestation d’Hannibal Kadhafi et de sa femme Aline, pour maltraitance envers deux domestiques, il est bien évident que ces deux citoyens suisses n’auraient jamais été inquiétés. L’inculpation portée contre eux sentait son bidon de pétrole. Ils auraient prétendument enfreint la législation sur l’immigration et le séjour (sic).

Pour que Hannibal et Aline soient libérés, il leur avait fallu verser une caution de 500'000 francs. Pour que les deux suisses emprisonnés sortent de leurs geôles insalubres le 29 juillet 2008  au soir, leurs entreprises respectives ont dû verser une caution de 9'000 francs. Je note au passage que si les réactions de l’« ami » de Sarkozy sont complètement disproportionnées, il a le sens des proportions en matière de caution. Son fiston et sa belle-fille valant bien plus que deux misérables cadres d’entreprises, ayant le seul tort d’être suisses et de s’être trouvés là.

Dès que des représailles ont été prises contre la Suisse, à savoir l’emprisonnement de deux Suisses et l’arrêt des livraisons de pétrole en direction de la Suisse, celle-ci a engagé ses ressortissants à ne pas se rendre en Libye pour ne pas devenir des proies faciles aux mains de l’Etat libyen, qui est tout sauf un Etat de droit. De son côté le 29 juillet 2008 le ministère libyen des affaires étrangères déconseillait aux citoyens libyens de se rendre en Suisse où ils risquaient, comme Hannibal et Aline, de faire l’objet de mesures arbitraires (sic).

Le parallèle s’arrête là. Sitôt versée leur caution Hannibal et Aline ont pu quitter la Suisse et regagner le sable chaud de leur pays. Sitôt versée leur caution les deux cadres suisses n’ont pas été autorisés à quitter le territoire libyen et ont dû se réfugier à l’ambassade de Suisse à Tripoli. Les premiers ont été retenus 48 heures et les seconds 10 jours. Et les geôles libyennes ne possèdent certainement pas le confort des cellules genevoises. De plus les motifs d’inculpation des premiers étaient graves, ceux invoqués contre les seconds des motifs de circonstance.

Certes le dictateur fou a lâché du lest en autorisant de nouveau les livraisons de pétrole brut en direction de la Suisse. Mais, pas si fou que cela, il sait très bien qu’il se faisait peut-être plus de mal qu’il n’en faisait. Il ne faut pas oublier que la raffinerie de Collombey dans le Valais (photo ci-dessus) est propriété de la société libyenne Tamoil qui aurait été la première à pâtir de cette mesure de rétorsion, alors que la Suisse aurait pu très bien se faire livrer par ailleurs.

Pas si fou que cela Muammar. Il garde en effet des atouts dans la manche de sa djellaba. Il a encore moyen de faire plier les plaignants contre son fils. En effet le frère du Marocain molesté, et sa mère, se trouvent sur le sol libyen. Le frère se terre pour qu’on ne se saisisse pas de lui; la mère, après avoir été arrêtée à l’aéroport de Tripoli, d’où elle s’apprêtait à rejoindre Casablanca, a été relâchée mais n’est pas autorisée à quitter le pays.  

Pour le moment, sauf information contraire – je ne suis pas dans le secret des négociations diplomatiques en cours entre la Suisse et la Libye – il ne semble pas que la Suisse ait eu besoin de baisser son pantalon pour que la crise se désenfle un peu (voir mon article Affaire Khadafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit  ). Mais dans cette partie d’échecs il semble bien que, pour le moment, ce soit le Führer libyen qui détienne le plus de pièces. Il n’est pas encore trop tard pour que la Suisse, d’une manière ou d’une autre, lui tende humblement les fesses.

Francis Richard

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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