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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 19:35

Fulvio PelliDans le dernier numéro de L'Hebdo, Fulvio Pelli [sa photo ci-contre provient ici], président du Parti Libéral-Radical, PLR, déclare qu'"adhérer à l'UE serait irresponsable" ici.

 

Compte tenu que l'ensemble des médias romands et certains politiciens veulent à tout prix relancer le débat européen et dénigrent à tout crin la voie bilatérale, cette prise de position me semble plutôt courageuse.

 

J'applaudirais des deux mains si je n'étais pas déçu par la faiblesse de certains arguments employés par mon contemporain [il est de 1951].

  

Quand Michel Guillaume lui demande si la NZZ, Neue Zürcher Zeitung, est toujours sa lecture favorite, il s'agit d'un piège tendu par le journaliste de l'hebdomadaire romand. En effet le rédacteur en chef du quotidien zurichois, Markus Spillmann, dans un récent éditorial, "demande que l'on explore de nouvelles pistes dans notre politique européenne".

 

Fulvio Pelli s'en sort encore bien puisqu'il peut répondre que dans la NZZ il existe 4 ou 5 autres bons journalistes "qui auraient pu écrire exactement le contraire".

  

Il ajoute avec justesse :

  

"La Suisse est une démocratie, dont 80% des citoyens ne veulent pas adhérer à l'UE. Respectons cette opinion !"

  

C'est à la fois un bon et un mauvais argument.

 

Il est évident que les détracteurs de la voie bilatérale se moquent bien des souhaits actuels des citoyens helvétiques. Dans le même temps Fulvio Pelli a raison de leur rappeler que le souverain est opposé à leurs fantasmes idéologiques.

 

Mais il n'est pas moins évident que ces détracteurs ont bien l'intention de changer l'opinion et de lui montrer qu'il existe d'autres voies que la voie bilatérale, plus conformes à leur idéologie de sujétion eurocratique, voire mondialiste.

 

Fulvio Pelli a encore raison de souligner :

 

"La Suisse a conclu 120 accords avec l'Union européenne. C'est un succès, pas un problème."

 

Ou d'affirmer haut et fort que ceux qui ne croient pas en la voie bilatérale ont tort :

 

"La voie bilatérale est idéale pour nous, car c'est celle qui permet de résoudre les problèmes avec pragmatisme et, en même temps, celle que souhaite le peuple, car nous les Suisses sommes les champions du pragmatisme contractuel."

 

Au-delà des incantations du président du PLR il s'agit là de faits indéniables.

 

Quand Michel Guillaume pose la question slogan, reprise partout comme un leitmotiv, de la voie bilatérale qui conduirait à une impasse, Fulvio Pelli balaye un peu vite cette objection qui ne serait qu'une pression virtuelle brandie en Suisse par "tous ceux qui veulent relancer le débat européen".

 

Il est en effet dans l'intérêt de l'UE d'obtenir toujours davantage de la Suisse, surtout si elle n'oppose qu'une faible résistance. Il serait naïf de sous-estimer l'UE, laquelle ne peut d'ailleurs que se réjouir de trouver des alliés au sein de l'établissement helvétique, tels qu'Avenir Suisse [voir mon article "La souveraineté en cause" publiée par Avenir Suisse ].

 

Quand Michel Guillaume pose l'autre question slogan des Suisses qui seraient les grands profiteurs de la voie bilatérale, Fulvio Pelli répond qu'il entend "ce reproche depuis trente ans maintenant. Il n'y a rien de nouveau !". C'est un peu court...Il aurait tout de même pu dire que l'Union européenne profite bien elle aussi de la voie bilatérale et, par exemple, que la petite Suisse est son troisième client, derrière les Etats-Unis et la Chine...

 

En 1992 Fulvio Pelli était favorable à une adhésion de la Suisse à l'Espace économique européen. Il s'agissait alors d'une Union beaucoup plus petite. Il imaginait que l'Union "pourrait évoluer vers une confédération d'Etats avec un vrai pouvoir dévolu au Parlement, une sorte de Suisse au niveau européen". Or il n'en a rien été :

 

"Je constate qu'elle est devenue trop vite trop grande. Et comme toutes les constructions qui se sont faites trop rapidement elle a désormais besoin d'un long temps d'adaptation pour trouver ses marques".

 

Est-ce la dimension le problème ? Ne sont-ce pas plutôt l'application du principe de subsidiarité appliqué à l'envers par l'UE et sa centralisation bureaucratique ? Ne sont-ce pas plutôt l'hypertrophie de son administration et ses abus de réglementations en tous genres ? N'est-ce pas plutôt l'absence cruelle de démocratie directe, contrepoids indispensable à toute démocratie représentative [le droit d'initiative figurant dans le Traité de Lisbonne est dérisoire, sinon ridicule] ?

 

Fulvio Pelli, adepte du bilatéralisme, est plus convaincant quand il s'en prend au droit de codécision dans une Union de 28 membres :

 

"Cela coûterait très cher, soit une hausse de 5 à 6% de TVA, en rapportant très peu. Ce serait donc politiquement irresponsable".

 

Il est moins convaincant quand, très pragmatique, il préfère une contribution de solidarité de 1,6 milliards de francs sur 5 ans en faveur des pays de l'Est à une contribution annuelle de 5 milliards en cas d'adhésion. Même s'il ajoute :

 

"Tout dépendra de la contre-prestation européenne, par exemple sur l'accord de la fiscalité de l'épargne qui doit être révisé."  

 

J'aime mieux quand, à propos des nouveaux accords sur l'électricité, le libre-échange agricole, les assurances, il ose dire :

 

"Si nous ne parvenons pas à trouver d'accord, tant pis. La Suisse continuera à exister tout de même."

 

Francis Richard

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 22:30

logoirsL'IRS est l'acronyme d'"Internal Revenue Service", le fisc américain. Dans son édition du 1er août la NZZ am Sonntag ici a fait cette révélation : l'IRS a publié les noms de 17 clients américains d'UBS ici, qui, depuis que leurs noms lui ont été livrés en février 2009, sont passibles de peines de prison et/ou d'amendes, voire de pénalités, pour avoir dissimulé leurs avoirs à UBS et fait de fausses déclarations de revenus.

 

Ces 17 clients d'UBS ont-ils été choisis pour leur exemplarité ? Ou parce qu'il n'y avait pas d'autres cas suffisamment documentés ? Toujours est-il que 15 d'entre eux ont été appréhendés, ou se sont rendus, et que deux sont en fuite. Les nouvelles relatives à ces 17, publiées sur le site de l'IRS, s'échelonnent entre le 14 avril 2009 et le 1er juillet 2010. Il semble donc que cette pratique n'est pas récente, si la NZZ am Sonntag ne l'a découverte que récemment. Il est vraisemblable aussi que cette publication des noms se veut infamante et dissuasive, ce qui salit surtout ceux qui la commettent.

 

L'internaute qui a la curiosité de vouloir en savoir davantage sur chacun des cas exposés au public cliquera sur le nom du client d'UBS incriminé. Il devra alors quitter le site de l'IRS pour celui du Department of Justice où lui seront données toutes explications sur les griefs reprochés à l'évadé du fisc en question. S'il le fait, comme votre serviteur l'a fait, consciencieusement, pour chacun des 17, il se rendra compte que 8 sont domiciliés à New York, 3 dans le New Jersey, 3 en Floride, 1 en Californie, 1 au Texas et 1 à Washington; que les avoirs placés à l'UBS vont de 736'269 dollars [sic] à environ 42 millions de dollars.

 

Hormis le dernier cas publié le 1er juillet dernier, dont le jugement est prévu pour le 17 novembre 2010, les jugements ont été tous rendus. Mais il faut se rendre certainement à d'autres pages du Department of Justice, dont les liens hypertextes ne figurent pas, pour savoir à quelle sauce ils ont été finalement mangés. Il suffit cependant de savoir quelles sont les peines maximum encourues par eux, et rappelées à chaque fois, pour se rendre compte que les Etats-Unis ne montrent aucune indulgence à l'égard de leurs citoyens moyennement fortunés.

 

Pour l'omission sur sa déclaration fiscale de chaque compte bancaire détenu à l'étranger sur lequel se trouve un dépôt supérieur à 10'000 dollars, le citoyen américain encourt jusqu'à 3 ans de prison. Pour l'omission des revenus correspondants il encourt une amende maximum de 250'000 dollars ou deux fois le montant de ses gains ou des pertes pour l'IRS. Enfin pour ne pas avoir rempli un Report of Foreign Bank or Financial Accounts (FBAR) il encourt une peine de 5 ans de prison, pour chaque compte à l'étranger omis, et une pénalité égale à 50% du montant le plus élevé de ses avoirs sur ce ou ces comptes étrangers pendant leur période de détention.

 

Dans la plupart des cas les évadés du fisc s'évadaient via une société écran dont ils étaient les réels propriétaires. Certains d'entre eux, quand ils ont appris qu'UBS risquait de les livrer, ont transféré leurs comptes dans de petites banques suisses ou dans un autre pays, à Hong-Kong par exemple. La dénonciation faite par UBS a permis à l'IRS de les y retrouver et, pour l'un d'entre eux, de découvrir qu'il avait des comptes beaucoup plus importants ailleurs qu'à UBS... Beau résultat !   

 

Ce qui est choquant, c'est que les noms de ces dangereux "criminels" ont été publiés avec suffisamment de détails pour les identifier précisément : prénoms, nom, ville, Etat. Il semble que ce soit culturel aux Etats-Unis d'exposer ainsi à la vindicte publique les noms de ceux qui ont contrevenu à la loi. Seulement il ne s'agit pas là de criminels, qui auraient tué, volé, violé, que sais-je, mais de personnes qui ont voulu échapper aux impôts confiscatoires, assimilables à des vols organisés, décidés par l'Etat américain...

 

Les noms de ces 17 clients américains d'UBS, dont une femme, ont été communiqués à l'administration américaine illégalement par la banque en février 2009. Ils font partie des 250 noms livrés à l'époque, avec l'accord de la FINMA, l'autorité fédérale de surveillance des marchés, avant que ne soit connu l'avis contraire du Tribunal administratif fédéral... Depuis le vote honteux du Parlement [voir mon article Accord UBS: les 18 députés qui ont sauvé l'honneur du camp bourgeois ] 4'450 noms supplémentaires ont été livrés, ou sont sur le point de l'être, en toute légalité cette fois, ce qui ne veut pas dire en toute légitimité, ni moralité...

 

Le traitement qui est fait aux 17 est un avant-goût de ce qui sera fait à tous ces autres clients d'UBS livrés en pâture au fisc américain. L'étalage public de ces 17 ne grandit pas l'IRS, et, d'une manière plus générale, les Etats-Unis. Mais, au regard de cet étalage, le vote du Parlement suisse, qui légalise la livraison de milliers d'autres noms de clients d'UBS, n'en apparaît que plus honteux. Certes ces clients ont eu le tort de faire confiance à la Suisse, dont des lois sont censées protéger la sphère privée... A leur décharge, le bénéfice de ces lois leur a été refusé de manière ponctuelle, circonstancielle, exceptionnelle, c'est-à-dire arbitraire.

 

Francis Richard 

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 22:45

suicide arme à feuLes médias se sont fait l'écho aujourd'hui ici et ici [d'où provient la photo ci-contre] d'une étude menée par l'Institut de psychiatrie sociale de l'Université de Zürich et publiée par la revue European Psychiatry ici.

  

24 Heures donne ici un aperçu de cette étude que l'on peut acquérir en ligne pour la modique somme de 31.5 $ [ou en lire le résumé ici] :

  

"En Suisse, le taux de suicides par balle a reculé de 30% à 19% entre 1998 et 2007, alors que le taux de possession d’armes à feu a baissé de 38% à 28%. En revanche, l’enquête révèle qu’il y a eu, en neuf ans, pas moins de 13 410 suicides, dont 3169 par balle, réalisés en majorité par des hommes."

  

Le quotidien aurait pu ajouter que le nombre de suicides d'une manière générale a baissé puisqu'il est passé, selon l'Office fédéral de la statistique, pour les hommes de 28,1 pour 100'000 habitants en 1995 à 21,9 en 2007 et pour les femmes de 10,4 à 9,1 ici. Comme le taux de mortalité a baissé de manière tout aussi générale. Est-ce à dire que c'est dû à la baisse de possession d'armes à feu ?  

  

Les cantons ne seraient pas logés à la même enseigne selon l'étude, ce que 24 Heures rapporte en ces termes :

  

"Uri, Obwald et Nidwald affichent en effet à eux trois le taux de possession le plus élevé avec 57%, et un taux de suicides par balle de 32,7% [...]. Seuls 22,2% des foyers vaudois possèdent une arme pour un taux de suicides par balle de 17,2%. Et la proportion est de 18,2% et 15,2% à Genève."

  

Si effectivement la proportion de suicides par balle est plus élevée dans les cantons de Suisse centrale, il faut remarquer que le rapport taux de suicides sur taux de possession d'armes y est plus favorable que dans les cantons de Vaud et de Genève.

  

On possède plus d'armes à feu en Suisse centrale. On s'y suicide davantage par balle, mais il pourrait y avoir davantage encore de suicides par balle si le rapport taux de suicides sur taux de possession d'armes était le même qu'à Genève. Le taux de suicides par balle ne serait alors pas de 32,7%, mais de 47,6%. Il faut donc se méfier des comparaisons...

  

L'affirmation gratuite selon laquelle "c'est l'occasion qui fait le suicidé" est sujette à caution. En effet pour prendre cette fois l'exemple du Canton de Vaud, il y a eu 141 suicides en 2007 pour une population de 669'000 habitants, soit un taux de suicides de 21,1 pour 100'000 habitants. Dans toute la Suisse, toujours en 2007, il y a eu au total 1360 suicides pour une population de 7'593'000 habitants, soit un taux de suicides de 17,9 pour 100'000 habitants [voir ici et ici]. Ce qui veut dire qu'avec un taux de possession d'armes à feu inférieur, 22% contre 28%, le Canton de Vaud n'en a pas moins eu davantage de suicidés en proportion que le pays entier. Les candidats au suicide vaudois se passent d'armes à feu pour passer à l'acte... mais ils y passent.

 

Je crains donc que l'association Stop suicide ici ne se réjouisse un peu trop vite. Elle écrit même une ânerie ici :

 

"Ainsi, nous apprenons qu’en 9 ans, 13’410 personnes se sont données la mort avec une arme à feu en Suisse."

 

13'410 est en effet le nombre total de suicidés et 3'169 le nombre de suicidés par balle...

 

L'association persévère dans l'ânerie, puisqu'elle enchaîne :

 

Ceci est d’autant plus alarmant lorsque l’on sait qu’à Genève, par exemple, 18.2% de la population possède une arme à feu à la maison et que 15.2% d’entre eux se suicident avec cette arme."

 

En bon français cela signifie que 15,2% des 18,2% détenteurs d'armes à feu se suicident avec leur arme, soit 2,77% de la population ! Stop suicide ne nous dit pas sur quelle période... mais on peut craindre le pire. 

 

En conclusion, on peut faire dire aux chiffres un tas de choses, et, même, le tout et son contraire. Plutôt que de fantasmer sur les armes à feu et imaginer que l'on pourrait "éviter 100 suicides par an" en prenant des mesures liberticides, il vaudrait mieux, me semble-t-il, s'intéresser davantage au pourquoi qu'au comment.

 

Francis Richard 

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26 juillet 2010 1 26 /07 /juillet /2010 18:55

blocher 13Christoph Blocher a répondu aux questions de Titus Plattner dans Le Matin Dimanche d'hier ici [d'où provient sa photo, ci-contre].

 

Les journalistes n'ont retenu à tort de cet entretien fort instructif que la proposition faite par le stratège de l'UDC :

 

"Il faudrait peut-être [...] que l'UDC lance une initiative pour exclure l'adhésion à l'UE et à l'OTAN".

 

Ils n'ont d'ailleurs retenu que la première partie de cette proposition : "exclure l'adhésion à l'UE", annoncée la veille. Ils ont tu son argumentation, faute de pouvoir y répondre.

 

Pour se rassurer certains journalistes entonnent un air connu. Christoph Blocher était en panne de thème électoral. Il aurait trouvé cette idée de non-adhésion inscrite dans la Constitution pour l'emporter une nouvelle fois en 2011. Le salaud !

 

Titus Plattner demande ainsi à Christoph Blocher :

 

"Vous ne saviez pas sur quoi mener campagne en 2011. Maintenant, vous avez votre thème électoral."

 

L'édito de Serge Gumy de 24 Heures de ce jour ici est sur la même longueur d'ondes :

 

"A la faveur du creux de l'été, le débat sur l'Europe, soudain, ressuscite. Pour l'heure il ne mène nulle part, sinon sur le chemin pentu et caillouteux des bilatérales. Pas de quoi encore effrayer l'UDC. A moins qu'elle ne se trouve en panne de sujet fort pour sa campagne électorale ?"

 

[selon Gumy, comme le vote sur les criminels étrangers, représentés par les moutons noirs de la désormais célèbre affiche, aura lieu avant, en novembre prochain, il ne pourra donc plus resservir en 2011...]

 

A court d'imagination et en panne d'originalité, les journalistes romands emploient le même mot dérisoire, épouvantail, pour définir la manoeuvre de Christoph Blocher :

 

"L'UE reste l'épouvantail préféré de l'UDC." [Yves Petignat, Le Temps, 24 juillet 2010 ici]

 

"Faute de mouton noir, Christophe Blocher ressort l'Europe, son vieil épouvantail." [Serge Gumy, 24 Heures, 26 juillet 2010].

 

Depuis le refus par la Suisse de l'Espace économique européen en 1992, le temps n'a rien arrangé aux affaires de l'UE. La déception et la désillusion gagnent de plus en plus de terrain en Suisse: merci, entre autres, à Eric Woerth et à Peer Steinbrück, et à leurs attaques immorales contre le secret bancaire ! 

 

Le peuple - et même une partie des pseudo-élites - est de moins en moins enclin à souhaiter une adhésion à l'Union européenne :

 

"On est loin des grands élans du coeur, des déclarations d'amour à une Europe idéalisée. La crise de l'euro, la détérioration de l'image de l'UE ont fait des dégâts dans l'opinion." [Yves Petignat, Le Temps, 24 juillet 2010].

 

"Où sont passés ceux qui pensaient qu'il y a, dans cette affaire, un peu plus qu'un enjeu économique, la participation à un idéal de construction politique de paix ?" [Ariane Dayer, Le Matin Dimanche, 25 juillet 2010].

 

Comment compte-t-on répondre aux exigences de plus en plus contraignantes de l'UE ? Yves Petignat, dans Le Temps, répond : par la technique. Comme Avenir Suisse l'a fait récemment [voir mon article "La souveraineté en cause" publiée par Avenir Suisse ]:

 

"Nous sommes désormais dans un débat moins idéologique que dans les années 90, à la recherche de la meilleure solution pour conjuguer souveraineté et intérêts économiques."

 

Ariane Dayer fustige cette "technicisation ambiante", car, du coup, les idéaux européens, qui la font jouir, "paraissent dérisoires, presque obscènes".

 

En fait l'UE, que d'aucuns avaient idéalisée il y a 18 ans, a montré son vrai visage. Elle n'est pas plus attractive économiquement que politiquement et vice-versa. Elle est devenue une construction bureaucratique, sans âme et complètement inefficace. C'est un bâteau qui coule et qu'il convient de regarder sombrer, les pieds sur la terre ferme, en refusant de se laisser agripper par des mains qui se tendent pour vous entraîner avec elle par le fond. 

 

Christoph Blocher met le doigt où ça fait mal :

 

"Depuis la crise de l'euro, nos voisins sont massivement surendettés, alors que la Suisse va bien. Du coup ils veulent augmenter la pression. [...] Même si la Suisse le voulait, elle ne pourrait pas adhérer. Ou alors il faudrait renoncer à notre démocratie directe, au fédéralisme et à notre neutralité. La Suisse ne serait alors plus la Suisse."

 

Pourquoi alors ancrer la non-adhésion dans la Constitution si les Suisses ne sont de toute façon pas prêts d'adhérer ?

 

"Nous ne pouvons décemment pas, répond Christoph Blocher, lancer une initiative pour l'adhésion dans le seul but de la voir rejetée en votation. Mais nous pouvons faire l'inverse, c'est-à-dire proposer au peuple d'ancrer dans la Constitution le fait que la Suisse ne peut adhérer à une organisation qui signifierait une perte substantielle de sa souveraineté."

 

Ariane Dayer ne s'y est pas trompée :

 

"En proposant d'inscrire la non-adhésion dans la Constitution, (Christoph Blocher) est clair, tranché et lisible".

 

Le meilleur des Pascal Décaillet nous dépeint en ces termes celui que des naïfs avaient cru tuer et enterrer le 12 décembre 2007, en ne le réélisant pas au Conseil fédéral ici :

 

"Dans son combat contre l’Union européenne, le vieux lion est parfaitement clair, cohérent, il a défini une stratégie à très long terme, s’y tient contre vents et marées, se contrefout de ce qu’on dit de lui. Il est debout. Il se bat. Les aigris, les ratiocineurs ricanent. Ou font la morale. Ils ne savent faire, à peu près, que cela. Pendant ce temps, lui, dans un terrain qu’il étudie depuis quarante ans et dont il connaît chaque anfractuosité, conquiert patiemment des positions, les tient, progresse. Il n’est pas Masséna, ni Joffre, ni Nivelle : contrairement aux apparences, il est loin d’être l’homme des grandes offensives. Il serait plutôt celui de la guerre de position, tranchée après tranchée. Il n’a pas peur du temps qui passe."

 

Francis Richard

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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 20:00

cover 140Avenir Suisse  ici a publié le 15 juillet dernier un document sur la mise en cause de la souveraineté de la Suisse dans le contexte économico-politique actuel. Cet ouvrage de 334 pages est en allemand et il faut le commander  ici  pour pouvoir le lire. 

 

Fort opportunément le think tank, qui se veut libéral, et qui le serait d'après les média ici, mais qui en fait a été fondé - en 1999 - et financé par les quatorze plus importantes multinationales du pays, a mis en ligne, et en français, le dernier chapitre de l'opus en question. Il s'agit là d'un résumé ici qui permet de comprendre où Avenir Suisse veut en venir.

  

Avenir Suisse fait mine de ne pas se prononcer clairement sur les voies qui s'offrent à la Suisse pour conserver au maximum sa souveraineté dans le contexte actuel. Mais il envisage en définitive seulement deux voies qu'il propose à la discussion : une adhésion à l'Espace économique européen, qui avait été rejetée par le peuple en 1992, ou une adhésion à l'Union européenne en conservant le franc suisse. 

 

La publication aboutit à ces deux voies parce qu'elle ne retient comme hypothèse de travail que le scénario du "renforcement institutionnel" de l'Union européenne. A partir de là le think tank conclut que la voie bilatérale, choisie jusqu'à présent par la Suisse et l'UE, est devenue une impasse. Il balaye un peu vite l'hypothèse d'une désintégration de l'Union, qui est pourtant beaucoup plus probable, du fait que la construction qui a été adoptée est complètement artificielle et qu'elle ne peut se perpétuer que par une coercition de plus en plus grande, qui sera de moins en moins supportée.

 

En effet les locomotives de l'Union que sont la France et l'Allemagne sont fortement endettées, incapables de respecter les critères de Maestricht qu'elles avaient voulu imposer aux autres membres, comme l'a souligné avec ironie la présidente de la Confédération Doris Leuthard aujourd'hui à Bruxelles ici ; l'Union a choisi la réglementation et la centralisation, c'est-à-dire la bureaucratie, les directives venues d'en haut, au mépris du principe de subsidiarité dont elle se réclame, ce qui ne peut aboutir qu'à un échec à plus ou moins long terme ; l'Union a fait le mauvais choix en optant pour une monnaie unique pour un ensemble de pays parfaitement hétéroclites et dont les économies sont divergentes.

 

La Suisse n'a aucun intérêt d'adhérer à l'EEE ou à l'UE, sinon celui défaitiste, sans batailler, de sauver à tout prix ses relations avec l'Europe. Dans les deux cas, sur le marché intérieur de l'Union, la Suisse serait obligée d'adopter automatiquement les lois européennes (500'000 pages !) et d'adapter les lois suisses en conséquence. Son taux de TVA passerait au minimum à 15%, alors qu'il est de 7,6% aujourd'hui, et, temporairement, à partir du 1er janvier prochain, de 8%.

 

La Suisse devrait en outre adopter une grande partie de la protection sociale européenne, laquelle permet à l'Europe d'afficher le mirobolant taux de chômage que l'on sait. Sans compter que la démocratie directe serait réduite à la portion congrue, notamment en matière de fiscalité, sujet sur lequel les citoyens n'ont aucun moyen légal de se prononcer et sur lequel ils ne sont pas près d'avoir l'opportunité de se prononcer, puisque l'édifice entier repose sur la confiscation obligatoire, la redistribution arbitraire et l'enrichissement personnel des hauts fonctionnaires.

 

Dans le cas d'une adhésion à l'EEE la Suisse pourrait continuer à conclure des accords de libre-échange avec des pays hors de l'UE, maigre compensation de son importante perte réelle de souveraineté politique et économique. Une adhésion à l'UE ne serait pas plus enthousiasmante puisque la Suisse non seulement ne pourrait plus traiter librement avec les pays extérieurs à l'Europe, mais, en tant que pays riche, et bien géré en comparaison des autres, elle devrait verser une contribution annuelle nette estimée à 3,5 milliards de francs, ce qui serait cher payé pour de bien maigres avantages.  

  

La voie bilatérale a permis de préserver dans une certaine mesure l'indépendance politique de la Suisse. C'est un leurre de croire qu'elle serait davantage indépendante si elle entrait dans les institutions européennes par une adhésion à l'UE. En effet, que péserait la petite Suisse au milieu de ses 27 collègues de la Commission ou au sein d'un Parlement où ses députés seraient noyés au milieu des députations des 27 autres pays ? Elle pourrait toujours causer, elle serait moins entendue qu'aujourd'hui, parce qu'aujourd'hui sa voix se distingue nettement de celles des autres.

 

La voie bilatérale entre la Suisse et l'UE est en quelque sorte la porte étroite de leurs relations, ce qui ne signifie pas qu'elle doit être abandonnée. Par paresse les fonctionnaires européens voudraient qu'elles soient rendues plus simples, mais elles ne sont pas simples parce que l'eurocratie complexifie les choses à plaisir. Ils feraient mieux de tirer des leçons du modèle suisse, qui, tout en étant évolutif, et imparfait, évite de couper les cheveux en quatre et de tout réglementer, sans doute parce que la sanction populaire est comme une épée de Damoclès qui s'agite au-dessus des têtes. Ils feraient mieux de se souvenir que la Suisse est le troisième client de l'UE, derrière les Etats-Unis et la Chine ici et que la balance commerciale avec elle est positive. Ce qui n'est pas rien et vaut peut-être quelques efforts.

 

Francis Richard 

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 20:40

Dominique BaettigOn se souvient que le colonel Kadhafi avait déclaré au début du mois de juillet 2009 ici  que :

 

"[La Suisse] est formée d'une communauté italienne qui doit retourner en Italie, d'une autre communauté allemande qui doit retourner en Allemagne et une troisième communauté française qui doit retourner en France."

 

Dans la foulée, en septembre 2009,  il avait déposé à l'ONU une requête, non retenue, demandant le démantèlement de la Suisse qu'il considérait comme "une mafia mondiale et non un Etat".

 

Prenant le contre-pied complet, le 18 mars de cette année, Dominique Baettig, Conseiller national UDC du Jura [dont la photo ci-dessus provient du site du Conseil national ici], avait déposé la motion suivante ici n°10.3215 au Conseil national :

 

"Le Conseil fédéral est chargé de proposer un cadre constitutionnel et légal permettant d'intégrer, en tant que nouveau canton suisse, des régions limitrophes dont une majorité de la population en ferait la demande."

 

Quelle était son argumentation ?

 

"Considérant le manque d'intérêt de la classe politique nationale et européenne dont souffrent certaines régions limitrophes, leur volonté croissante d'obtenir de l'autonomie par rapport à l'Etat central (ou Bruxelles), le Conseil fédéral est chargé de proposer dans les meilleurs délais à l'Assemblée fédérale un cadre constitutionnel et légal opérationnel, qui permettrait éventuellement, si une majorité de la population en faisait la demande, aux départements, provinces et länder limitrophes suivants:

 

Alsace (F); Aoste (I); Bolzano (I); Jura (F); Vorarlberg (A); Ain (F); Savoie (F); Bade-Wurtemberg (RFA); Varese (I); Como (I) ou autre (liste ouverte!), qui ont déjà exprimé un tel intérêt démocratique par le passé, de rejoindre la Confédération helvétique en qualité de nouveaux cantons suisses, avec, à la clé, le droit d'Initiative et de référendum, avantages d'un système de démocratie directe. Ces régions limitrophes disposent d'une longue tradition et volonté politique de souveraineté de leurs citoyens, de démocratie de proximité, à échelle humaine et leur intégration à la Confédération serait bénéfique bilatéralement et ne causerait pas de problèmes politiques insolubles. Il s'agit d'un signe politique d'ouverture à l'extension d'un modèle de souveraineté suisse, proactif, plutôt que de laisser l'initiative du grignotage d'adhésion à l'Union européenne, dont les institutions centralisatrices sont coupées des aspirations de ses citoyens."

 

Le Conseil fédéral n'avait pas goûté ce qu'il avait considéré comme une plaisanterie et avait répondu notamment le 19 mai 2010 :

 

"Une révision de la constitution fédérale qui aurait comme objet de donner aux régions limitrophes à notre pays la possibilité de rejoindre la Confédération suisse serait un acte politique inamical, que les Etats voisins pourraient considérer, à juste titre, comme provocateur. Elle nuirait donc de manière grave aux relations avec les Etats concernés.

 

Cette révision serait non seulement politiquement inadéquate, mais problématique sur le plan du droit international. Elle violerait les règles fondamentales du droit international, qui ne reconnaît pas un droit général à la sécession. Un droit de sécession ne peut constituer qu'une "ultima ratio" dans des circonstances exceptionnelles, circonstances qui ne sont évidemment pas données en l'espèce."

 

Et fait le même jour la déclaration suivante :

 

"Le Conseil fédéral propose de rejeter la motion."

 

Bref, pour le Conseil fédéral, les régions limitrophes étaient condamnées à rester attachées à leur pays d'origine et à ne même pas pouvoir envisager leur sécession. Tant pis pour elles, elles feraient automatiquement partie ad vitam aeternam de l'Union européenne, ce bateau qui coule et qui entend que toutes les régions embarquées, a fortiori limitrophes de la Suisse, coulent avec lui.

 

Le 22 juin dernier Le Figaro, sous la plume de Marie Maurisse ici, s'en prenait en ces termes à l'initiateur de la motion :

 

"Boutefeu, ce psychiatre loufoque est membre de l'Union démocratique du centre (UDC), le premier parti de Suisse. Habituée aux provocations, cette formation nationaliste est notamment à l'origine de la votation contre les minarets. À Berne, 26 députés UDC n'ont pas hésité à cosigner le texte de leur collègue."

 

Quand on n'a pas d'arguments...

 

L'hebdomaire suisse-allemand Weltwoche a eu la facétieuse idée de demander leur avis aux habitants de ces régions limitrophes ici. Les résultats du sondage réalisé par l'institut Swiss-Opinion, publiés aujourd'hui, montrent que la motion de Dominique Baettig n'était pas aussi utopique que cela :

 

"Dans le Vorarlberg (Autriche), 52% des personnes interrogées soutiennent l'idée de rejoindre la Suisse, 35% sont opposées et 13% ne savent pas. En Savoie-Haute-Savoie (France), l'idée séduit 48% des sondés, contre 39% hostiles et 13% sans opinion. Dans le Bade-Wurtemberg (Allemagne), c'est oui à 48% et non à 40%, alors que la proportion est de 52% en faveur et de 44% contre dans la région Côme-Varèse (Italie)." [voir Le Matin en ligne du 14 juillet 2010 ici]

 

Ce qui attire les candidats au rattachement ?

 

"L'un des arguments principaux qui parlent en faveur de la Suisse, c'est la démocratie directe. De plus, selon l'enquête, entre 70% et 80% des personnes interrogées trouveraient la Suisse intéressante également économiquement et fiscalement."

 

Le quotidien italien La Provincia di Como ici fait un sondage sur le Net. Question : "Volete che Como sia annessa alla Svizzera?" [Voulez-vous que Côme soit annexée à la Suisse] ? Résultat : 77% de réponses affirmatives !

 

Ce n'est pas pour demain que tous ces braves gens des régions limitrophes, qui veulent échapper à la servitude socialiste, nationale et eurocratique, verront leurs voeux exaucés.

 

Enfin, la motion n'a pas, à l'heure qu'il est, était examinée par le Conseil national...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 17:00

Nicolas HayekNicolas Hayek n’est plus. Il est mort hier, en tenant séance, dans son entreprise, à Bienne, à 82 ans. Pour lui le mot de retraite n’avait pas de signification. Ou alors celle de la mort qui l’a d’ailleurs surpris à la tâche, même s’il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps à vivre.

Ce n’est pas le lot de tout le monde de pouvoir se retirer pour toujours en se produisant une dernière fois sur la scène où l’on a joué un rôle éminent. Mais cette façon de tirer sa révérence a quelque chose d’élégant et de symbolique, qui devrait tout de même faire réfléchir ceux qui sont pressés de se retirer…pour ne surtout plus rien avoir à faire.

En France l’âge légal de la retraite passera peut-être bientôt de 60 à 62 ans…alors qu’en Suisse il est, pour le moment, de 65 ans. Il y a donc là, en cette circonstance, la mort d’un superactif de 82 ans, quelque chose de dérisoire…

A mon sens, il ne devrait pas y avoir d’âge légal de la retraite, mais la possibilité de se retirer à l’âge que l’on veut, quand on sait que ce que l’on a mis de côté pour ses vieux jours sera suffisant pour vivre décemment et passer à autre chose. La retraite par répartition, qui est une forme de redistribution forcée, basée sur une escroquerie ici, ne le permet, hélas, qu’aux êtres d’exception…

Nicolas Hayek était un vrai patron. Il savait que la réussite n’est au rendez-vous que lorsque l’on prend des risques et qu’on innove. Il savait aussi que la réussite n’est même pas, dans ces cas-là, toujours au rendez-vous. Mais il savait rebondir si l’échec survenait. Au début de sa carrière il était consultant pour l’industrie automobile. Il a eu notamment pour clients Mercedes et Mannesman. Ce qui lui a certainement beaucoup appris et rapporté.

Un homme de son envergure, et qui en était conscient, ne pouvait pas rester conseilleur indéfiniment sans payer à un moment ou à un autre de sa personne. Créateur dans l’âme, curieux de toutes les nouveautés technologiques, il avait tout du visionnaire, qui secoue gaillardement les cocotiers et qui a des idées.

Au début des années 80 l’horlogerie suisse était à l’agonie. C’est en tant que consultant, puis repreneur, qu’il est intervenu sur ce marché et qu’il l’a sauvé. Il a su vendre le concept de la Swatch – une montre bon marché, fiable, amusante – et relancer des marques comme Omega et Breguet.

Il paraît que Nicolas Hayek avait un fichu caractère, qu’il pouvait même être odieux à certaines occasions – d’aucuns se souviennent de ses colères – ce qui ne l’empêchait pas de se montrer humain, affectif, émotif, en d’autres occasions.

L’adage dit que gouverner c’est prévoir. Toujours présent dans son entreprise, il savait qu’il n’était pas éternel et il avait organisé sa succession depuis longtemps. Son fils Nick est aux commandes depuis 7 ans déjà. Swatch Group n’est donc pas mort avec lui.

Les photos de la presse de ce matin le montrent, sans vergogne, en train de fumer le cigare [la photo ci-dessus provient d'ici], ce qui n’était peut-être pas bon pour sa santé, mais ce qui montre que la critique des hygiénistes finit par se taire devant le bon plaisir des puissants. Selon que vous serez puissant ou misérable vous sera reconnue la liberté de fumer où bon vous semble…

Francis Richard

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 03:45

jacques neirynckDans L'Hebdo de cette semaine, Jacques Neirynck publie une lettre ouverte adressée au Conseil national sur l'accord UBS ici, qu'il convient de saluer et citer.

 

J'ai déjà eu la divine surprise de constater que Jacques Neirynck [la photo ci-contre provient d'ici] faisait partie des 18 conseillers nationaux qui ont refusé d'adopter l'accord UBS qui livre des milliers de clients américains de la grande banque au fisc américain sans que le peuple ne soit consulté [voir mon article Accord UBS: les 18 députés qui ont sauvé l'honneur du camp bourgeois ].

 

J'emploie à dessein l'expression de divine surprise parce que je suis loin d'être toujours d'accord avec le député vaudois démocrate-chrétien [voir mon article Jacques Neirynck aime l'eau du robinet, grand bien lui fasse ! ].

 

Pour sauver l'entreprise privée UBS, dit Jacques Neirynck, il fallait ruiner l'Etat de droit :

 

"Concilier l'inconciliable, légaliser l'illégal, capituler sans condition, légiférer avec effet rétroactif, abroger les droits populaires

 

UBS, "vilain receleur", s'est fait indic rémunéré du fisc américain :

 

"UBS obtient l'immunité en dénonçant 4'450 vieux clients, qui avaient fait confiance à la banque, tout comme au secret bancaire suisse. Et cela sous la menace états-unienne d'exiger 50'000 noms. C'est le syndrome de Vichy, qui collaborait avec l'occupant en sacrifiant quelques juifs pour sauver le reste de la nation française"

 

Pour faire avaler la couleuvre il fallait travestir la réalité et faire de cet accord "une banale décision de procédure, appliquée à un cas particulier et limitée dans le temps".

 

Jacques Neirynck pose alors la question qui tue :

 

"Pourquoi le Tribunal fédéral s'était-il néanmoins opposé en janvier 2010 à la dénonciation, en février 2009, des 330 clients ? A la tribune, on ne pouvait prétendre qu'il avait dépassé ses prérogatives, mais il fallait le laisser entendre. Bref, la séparation des pouvoirs en prenait aussi un sérieux coup"

 

Quant au principe de non-rétroactivité, qui figure à l'article VII de la Déclaration des droits de l'homme et à l'article 2 du Code pénal suisse, il fallait s'asseoir dessus :

 

"Le respect de ce beau principe aurait entraîné des sanctions américaines, probablement nuisibles à l'économie helvétique. Or, l'article 27  de la loi fédérale sur le droit international privé est tout à fait explicite: La reconnaissance d'une décision étrangère doit être refusée en Suisse si elle est manifestement incompatible avec l'ordre public suisse. Le droit est passé à la trappe, car le Parlement a voté dans une atmosphère de contrainte, de chantage et de concussion."

 

Après avoir enterré "le secret bancaire, la démocratie directe, la séparation des pouvoirs, la concordance, l'Etat de droit, le Sonderfall, l'Alleingang", la Suisse peut postuler pour devenir le 51e Etat américain :

 

"Elle mettrait son droit en conformité avec sa situation de fait. Et, comme le Delaware, elle pourrait récupérer le secret bancaire."

 

Jacques Neirynck, avec cette chronique, sauve une nouvelle fois l'honneur du camp bourgeois.

 

S'il ne reste qu'un conseiller national honorable, ce sera celui-là. Heureusement il n'était pas seul. Ils étaient 18... sur 200. Si la mythologie helvétique s'est écroulée avec fracas, c'est à leur vote défendant.

 

Francis Richard

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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 20:30

Yvan PerrinLe 17 juin 2010, 18 conseillers nationaux ont sauvé l'honneur du camp bourgeois. Ils ont refusé de voter l'accord UBS qui livre 4'450 clients américains de la grande banque au fisc yankee sans que le peuple suisse ne puisse se prononcer [voir mes articles Accord UBS : Blocher serait-il rusé comme Ulysse ?  et Affaire Kadhafi, accord UBS: le peuple suisse trahi par ses élites ]. Il convient de leur rendre hommage et de les citer.

 

La moitié d'entre eux sont des romands, comme la liste de ces résistants à l'accord honteux le prouve ici :

 

Dominique Baettig, UDC, représentant le Jura

Luc Barthassat, PDC, représentant Genève

Elmar Bigger, UDC, représentant Saint-Gall

Andreas Brönniman, UDC, représentant Berne

Oskar Freysinger, UDC, représentant le Valais

Norman Gobbi, Lega, représentant le Tessin

Rolf Joder, UDC, représentant Berne

Hans Kaufmann, UDC, représentant Zurich

Josef Kunz, UDC, représentant Lucerne

Christian Miesch, UDC, représentant Bâle-Campagne

Jacques Neirynck, PDC, représentant Vaud

Yves Niddeger, UDC, représentant Genève

Yvan Perrin, UDC, représentant Neuchâtel

André Reymond, UDC, représentant Genève

Paul-André Roux, PDC, représentant le Valais

Pirmin Schwander, UDC, représentant Schwyz

Reto Wehrli, PDC, représentant Schwyz

Walter Wobmann, UDC, représentant Soleure

 

Il ne s'est trouvé que 4 PDC, démocrates-chrétiens, et aucun libéral-radical pour dire non. Le centre-droit a donc largement et clairement choisi le déshonneur et décidé de couper la parole au peuple, connaissant par avance sa réponse négative et voulant éviter d'être désavoué à un peu plus d'un an des élections fédérales. Quel réalisme politique !

 

Hormis les 13 UDC cités plus haut qui ont dit non et les 3 UDC qui ont approuvé l'accord (Thomas Hurter, Guy Parmelin et Pierre-François Veillon), l'ensemble des conseillers nationaux UDC se sont abstenus, jouant les Ponce Pilate, permettant objectivement de faire passer l'accord, sans se mouiller. Quelle hypocrisie ! 

 

L'UDC, qui se veut le défenseur des droits populaires et de la démocratie directe, ne sort pas grandie d'avoir abandonné sa position initiale de soumettre l'accord au référendum facultatif. Cet abandon est sans doute fait au profit d'intérêts économiques particuliers. Quel abaissement ! 

 

Ecoeuré des pressions exercées sur lui par des collègues de son parti, l'UDC Yvan Perrin [à gauche sur la photo ci-dessus, qui provient d'ici] a annoncé vendredi dernier, et confirmé hier, qu'il démissionnerait prochainement de son poste de Vice-Président du parti. Mais il ne démissionnera pas tant que ne lui aura pas été trouvé un successeur ici :

 

"L'UDC s'est battue pour une commission d'enquête parlementaire, nos conseillers aux Etats se sont prononcés contre elle. L'UDC était contre l'accord, puis a soudain donné son aval, avant de s'abstenir de voter. Comment est-ce que je peux expliquer cela aux gens? "

 

La mauvaise nouvelle est que grâce à l'UDC l'accord UBS a été adopté. La bonne nouvelle est que tous les UDC ne sont pas des godillots.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 19:00

blocher 12Au fond dans les deux affaires qui se sont dénouées cette semaine rien n'est perdu fors l'honneur.

 

Dans l'affaire Kadhafi on apprend que Muammar Kadhafi, comme tout maître-chanteur, a obtenu rançon pour libérer le dernier otage suisse qu'il retenait en Libye. Je n'ai jamais douté qu'il ne laisserait pas partir Max Göldi par simple bonté d'âme. Mais je pensais naïvement que le Conseil fédéral, Micheline Calmy-Rey en tête, ne céderait finalement pas au chantage, surtout après avoir résisté aussi longtemps.

 

L'accord UBS a finalement été voté par le Conseil national ce matin dans les mêmes termes que le Conseil des Etats et le peuple n'aura pas le dernier mot. En effet il n'y aura pas de référendum facultatif. Il ne fallait surtout pas donner la parole au peuple suisse, non pas à cause des délais - celui du 19 août 2010 prévu par l'accord n'aurait pas été tenu dans ce cas-là, mais il était toujours possible d'expliquer que les règles de la démocratie helvétique l'exigeaient - mais parce que, plus courageux qu'elles, il aurait vraisemblablement refusé l'accord, c'est-à-dire désavoué ses élites. Salaud de peuple comme dit Pascal Décaillet ici.

 

Moussa Koussa, le Ministre des affaires étrangères libyen, avait donc dit vrai dimanche dernier, 13 juin 2010, quand il disait ici que la Libye avait été indemnisée à hauteur de 1 million et demi. Il parlait d'un million et demi d'euros, alors qu'il s'agissait d'un million et demi de francs suisses... Ne chipotons pas. La somme n'était pas encore versée, mais c'était tout comme. Quand on aime l'argent facile, on ne compte pas et le principal était que la Suisse, "aidée" par l'Allemagne et l'Espagne à se déshonorer, allait payer rançon. Le langage des diplomates est volontiers approximatif.

 

Micheline Calmy-Rey, Ministre des affaires étrangères suisse, ne contredira pas cette dernière assertion, qui s'applique aussi bien à elle qu'à son homologue libyen. De son côté elle jurait ses grands dieux qu'aucune somme n'avait été versée à la Libye. C'était vrai. Dans l'instant où elle le disait. Elle omettait seulement de dire qu'un million et demi de francs suisses avait déjà été bloqué sur un compte d'une banque allemande pour être versé plus tard à la Libye pour couvrir ses frais. La République et Canton de Genève n'est heureusement pas prête à se compromettre dans le paiement de cette rançon déguisée ici.

 

A qui fera-t-on croire que le versement de cette somme rondelette est destiné à couvrir les frais de la Libye ? Me Charles Poncet, l'avocat suisse de la Libye, considère ici que "c'est de la foutaise". Ce versement est d'ailleurs officiellement conditionnel. Si celui qui a communiqué les photos d'identité judiciaire d'Hannibal Kadhafi à la Tribune de Genève - photos qui l'avantageraient plutôt à mon avis - n'est pas identifié, le versement aura lieu. Autrement dit, a contrario, si l'auteur de cette communication est découvert, la Libye ne rentrera pas dans ses frais. Gageons qu'il ne sera donc jamais découvert, sinon la Libye ne touchera même pas des clopinettes, ce qui paraît invraisemblable.

 

L'accord UBS a été accepté par le Conseil des Etats le 3 juin et refusé le 8 juin par le Conseil national grâce aux voix de l'UDC. Le Conseil des Etats l'a de nouveau accepté le 13 juin et le Conseil national a fait de même le 15 juin grâce à l'abstention de nombreux députés de l'UDC, qui a obtenu ce jour-là que le texte soit soumis au référendum facultatif. Deux jours plus tard le Conseil national, toujours grâce à l'abstention massive de députés de l'UDC, approuvait l'accord UBS en se conformant au texte pondu par la Commission de conciliation des deux chambres, qui excluait de soumettre l'accord au référendum facultatif.

 

Dans cette affaire l'UDC donne l'impression d'avoir mené le bal. En réalité l'UDC est allée à Canossa. Certes elle a obtenu satisfaction sur deux points importants à ses yeux : 

 

- le Conseil fédéral ne pourra plus conclure un tel accord sans en référer au Parlement

- il n'y aura pas de nouvel impôt sur les entreprises, via la taxation des bonus

 

Mais l'UDC a approuvé un accord honteux pour la Suisse : 4'450 titulaires "américains" de comptes de l'UBS seront livrés sans défense au fisc américain. Ce n'est pas son abstention façon Pilate qui change la face des choses.

 

Mais, sur un point essentiel, le référendum facultatif, elle a cédé  aux deux partis du centre droit, le parti démocrate-chrétien et le parti libéral-radical (et à la pression amicale d'intérêts économiques particuliers ?). Ce n'est pas très reluisant de la part d'un parti qui se targue de défendre les droits populaires et qui disait encore il y a deux jours ici :

 

"Grâce au soutien de l'UDC, le Conseil national a de surcroît maintenu la possibilité de lancer un référendum contre le traité d'Etat. Les traités d'Etat qui contiennent d'importantes règles de droit doivent être soumis au référendum. Ce principe est inscrit dans la Constitution fédérale."

 

Christoph Blocher [dont la photo, ci-dessus, provient d'ici] n'est pas aussi rusé qu'Ulysse...ici

 

Francis Richard

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 18:35

Max Göldi libreMax Göldi [la photo provient d'ici] est libéré et on ne peut qu'être heureux pour lui et sa famille. On ne peut que penser avec peine à leur peine et à tout ce qu'ils ont enduré pour ... rien, pendant 695 jours. Lors de la conférence de presse qu'il a donnée cet après-midi Max Göldi a dit  ici :

   

"J'ai été pris dans une affaire qui m'est étrangère. Je n'ai commis aucune faute, aucun délit, de mon point de vue. Et mon entreprise non plus."  

 

C'est parfaitement exact. Il a bien été pris en otage de même que Rachid Hamdani, son compagnon d'infortune. Les otages ne sont pas choisis parce qu'ils sont coupables de quoi que ce soit mais parce qu'ils représentent une monnaie d'échange. En l'occurrence ils étaient suisses...  

 

La frileuse TSR ayant refusé de mettre un compteur indiquant les jours de privation de liberté des deux Confédérés retenus en otage par la Libye, j'ai tenu à faire suivre, depuis des mois, les articles de ce blog du nombre de jours passés là-bas d'abord par les deux otages suisses, puis par le seul Max Göldi. Modeste, mais symbolique, contribution à leur malheur.  

 

Les deux affaires étaient donc bien liées. Par représailles pour l'arrestation d'Hannibal Kadhafi et de sa femme Aline, les autorités libyennes ont bien pris en otages Rachid Hamdani et Max Göldi. La justice libyenne était bien aux ordres. Max Göldi n'aurait pas été libéré s'il n'y avait pas eu de contrepartie. Les maîtres chanteurs ne relâchent des otages que contre rançon et, cette fois, ils ont fait durer leur plaisir jusqu'à l'extrême limite.

 

Ce que j'écrivais vendredi dernier s'est avéré exact :

 

"Max Göldi reste un atout dans les mains du clan Kadhafi. Il serait surprenant qu'il lâche la proie pour l'ombre et le laisse échapper sans contrepartie. Ce qui aura pour mérite de prouver que la séparation des deux affaires - Hannibal Kadhafi et Aline d'une part, Rachid Hamdani et Max Göldi de l'autre - était bien factice, contrairement à ce que prétendent les autorités libyennes depuis le début."  

 

Le clan Kadhafi a obtenu ce qu'il voulait depuis le début de cette affaire : faire payer le plus cher possible l'offense faite par la Suisse à un rejeton du Guide de la Libye. En effet Muammar Kadhafi, sans vergogne, se fait appeler par ce terme, qui se traduit en allemand par Führer...  

 

La façon dont la police genevoise s'est emparée des deux époux Kadhafi, coupables de sévices sur leurs domestiques, était-elle disproportionnée ? Une enquête sérieuse pourrait le dire. Il n'empêche, à la décharge de ladite police genevoise, que les deux époux étaient protégés par des gardes du corps armés et qu'ils avaient montré pouvoir être violents.

 

En dépit de tout le respect que je lui dois, Rachid Hamdani a donc tort de rendre responsable les autorités genevoises de ses malheurs, même si elles auraient pu et dû s'inquiéter de son sort et le lui témoigner ici . Si lui n'a pas commis de crime, la police genevoise n'a fait que son devoir en arrêtant des criminels comme Hannibal et Aline. Bien qu'appartenant au clan Kadhafi, ces derniers ne sont pas au-dessus des lois, d'autant que leur immunité diplomatique est parfaitement bidon.  

 

Dans ces conditions tout accord passé avec les représentants de cet Etat voyou pour libérer les otages suisses en Libye n'a aucune valeur ni morale, ni juridique. Respecter un tel accord, obtenu sous la contrainte, ne peut être que déshonorant.  

 

Philippe Barraud a raison de dire sur son site, Commentaires.com ici :  

 

"Bien sûr, on doit respecter ses engagements. Mais lorsque ceux-ci sont arrachés sous la contrainte, avec des otages à la clé, ils n’ont aucune valeur. La Suisse doit donc se sentir libre, et nullement engagée par ce traité." 

   

Plutôt que de passer par un tribunal arbitral douteux, les Libyens n'ont qu'à passer, comme tout le monde dans un Etat de droit, par des tribunaux réellement indépendants, comme il en existe en Suisse et certainement pas en Libye, où règne la loi du plus fort et le fait du Guide. 

   

Après tout,  plainte des autorités libyennes contre l'Etat de Genève ici a été déposée l'an passé en raison des "mesures policières prises" contre Hannibal Kadhafi après ses méfaits ancillaires. Evidemment il est plus facile de faire pression sur deux des trois membres du tribunal arbitral qui doit être constitué que sur les juges du tribunal de première instance de la République et Canton de Genève...    

 

Francis Richard  

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

    

Max Göldi sorti de prison: retour à la case départ ? du 11.06.10  

Muammar Kadhafi se confie à l'Hebdo : plus ouf, tu meurs ! du 7.05.10  

Affaire Kadhafi : demain soir Max Göldi aura déjà purgé la moitié de sa peine du 21.04.10
Union européenne, Kadhafi, mêmes intérêts économiques ? du 25.03.10
  

Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie du 17.03.10
Le jihad new-look de Kadhafi en réponse au vote sur les minarets du 10.03.10
Le ridicule ne tue pas, sinon Muammar Kadhafi avec son jihad... du 03.03.10
Otages suisses: la Libye, Etat voyou, a fauté en défiant Schengen du 23.02.10
La Libye de Kadhafi retient depuis 500 jours deux Suisses en otage du 01.12.09
Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets du 22.10.09
Retour sur la 64e session de l'ONU et le bras de fer Kadhafi-Merz du 01.10.09
Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire... du 08.09.09
Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages. du 27.08.09
Affaire Kadhafi : C'est la honte ! Hans-Rudolf Merz a fini par se coucher du 20.08.09
La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature du 11.08.09
Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres du 23.07.09
Cherche escroc style Madoff pour gérer fonds Kadhafi du 29.06.09
L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation du 24.04.09
Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08
   

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 09:30

Max Göldi-copie-1Hier Max Göldi est sorti de prison [la photo provient d'ici]. Il y aura en tout passé quatre mois. Il a été tenu compte - ce qui n'était pas assuré - des 10 jours qu'il avait passés derrière les barreaux en juillet 2008. On ne peut que se réjouir pour lui de cette amélioration de sa situation. Sous des apparences juridiques, le fait du prince aura cependant été appliqué jusqu'au bout. 

 

Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Etre sorti de prison ne signifie pas être sorti d'affaire. A ce jour il est toujours sur le sol libyen, où il a déjà passé 692 jours pour rien, dont 118 jours en prison, retenu en otage par un régime dictatorial à la tête duquel se trouve un colonel lunatique, parvenu au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat il y a 40 ans.

 

Si Hannibal Kadhafi et sa femme Aline n'avaient pas été arrêtés le 15 juillet 2008 à Genève, après avoir infligé des sévices corporels à leurs deux domestiques, Rachid Hamdani et Max Göldi n'auraient certainement pas été arrêtés en représailles quatre jours plus tard et retenus pendant de longs mois sur le sol libyen sous des prétextes bidons.

 

Finalement aucun des protagonistes de cette affaire ne sort grandi. Le clan Kadhafi a montré que rien n'était changé sous le soleil libyen et que sa respectabilité n'était que de façade. Le Conseil fédéral suisse ne s'est montré ferme qu'à contretemps et sans résultats. Ce n'est pas un problème d'institutions. C'est un problème de personnes. L'Union européenne s'est révélée totalement impuissante.

 

Le clan Kadhafi n'est pas fier, il est orgueilleux. Tout membre du clan, même criminel, est défendu bec et ongles. La soeur d'Hannibal, Aïcha Kadhafi, avait déclaré, à la suite de l'arrestation de son frère et de sa belle-soeur pendant 48 heures ici :

 

"Oeil pour oeil, dent pour dent".

 

Promesse tenue.

 

En Suisse, dès qu'une tête dépasse, telle que celle de Christoph Blocher, on la coupe. Le profil bas est celui que l'on préfère. Il ne faut pas s'étonner dans ces conditions qu'en temps de crise il n'y ait pas de pilote pour tenir le manche de l'avion fédéral, ou du moins pour donner des conseils avisés d'ancien meneur d'hommes et de négociateur.

 

L'Union européenne n'a pas obtenu pour Max Göldi de libération anticipée de prison. Ce monstre bureaucratique a même fait du chantage à la Suisse, l'obligeant à renoncer aux seules dispositions favorables des accords de Schengen, qui  pouvaient faire bouger le clan Kadhafi.

 

Pour l'heure n'est-on pas revenu à la case départ ? Max Göldi reste un atout dans les mains du clan Kadhafi. Il serait surprenant qu'il lâche la proie pour l'ombre et le laisse échapper sans contrepartie. Ce qui aura pour mérite de prouver que la séparation des deux affaires - Hannibal Kadhafi et Aline d'une part, Rachid Hamdani et Max Göldi de l'autre - était bien factice, contrairement à ce que prétendent les autorités libyennes depuis le début.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

 

Muammar Kadhafi se confie à l'Hebdo : plus ouf, tu meurs ! du 7.05.10

Affaire Kadhafi : demain soir Max Göldi aura déjà purgé la moitié de sa peine du 21.04.10
Union européenne, Kadhafi, mêmes intérêts économiques ? du 25.03.10

Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie du 17.03.10
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692e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 23:15

UBS Etats UnisLe rapport des Commissions de gestion des Chambres fédérales, sur la façon dont les autorités suisses ont opéré le sauvetage de l'UBS et conclu un accord avec les Etats-Unis sur la transmission de données clients, est paru le 30 mai dernier et a été rendu public le lendemain lors d'une conférence de presse ici .

 

Ce rapport de 363 pages ici a été rédigé dans le délai record de deux mois. Les 29 premières pages sont un résumé des suivantes. Ne disposant pas de beaucoup de temps, je me suis contenté de lire ce résumé, qui m'a paru amplement suffisant pour me rendre compte du travail accompli.

 

Il n'est pas nécessaire de souligner que tout le monde en prend pour son grade : notamment les trois ministres des finances, de la justice et des affaires étrangères, le Conseil fédéral dans son ensemble, la CFB, Commission fédérale des banques, devenue entre-temps FINMA, Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, après avoir fusionné avec l'Office fédéral des assurances privées et l'Autorité de contrôle en matière de lutte contre le blanchiment d'argent.

 

A aucun moment il n'est question dans ce rapport de se demander s'il n'aurait pas mieux fallu que l'UBS fasse faillite. Non, il fallait, cela va de soi, éviter à tout prix à la grande banque cette issue fatale. Même encore aujourd'hui c'est l'opinion dominante telle qu'elle ressort du rapport. L'article de foi est le suivant :

 

"La Suisse est particulièrement sensible et dépendante de la santé des deux plus grands établissements bancaires du pays."

 

En conséquence il n'était pas question, et il n'est pas question, de les laisser tomber, bien qu'il s'agisse de deux banques privées. Too big to fail, en quelque sorte. 

 

En admettant même qu'il ne fallait pas les laisser tomber, il est étrange que tout soit fait pour conserver maintenant aux deux banques leur dimension initiale, qui présenterait pourtant un risque systémique que tout le monde redoute. En effet cette disproportion de la taille du Crédit Suisse et de l'UBS est considérée comme un acquis sur lequel il n'est pas question de revenir, tout en le déplorant.

 

Puisqu'il en est ainsi et que rien ne doit être changé, il faut corriger les défauts de cette situation plutôt que d'y remédier. Dans le rapport les commissaires parlent donc de nouvelles interventions étatiques, sous forme de mesures concrètes qu'il faudrait prendre en matière de politique salariale et de bonus des grandes banques, en matière de surveillance de ces mêmes grandes banques, en matière de stabilité financière.

 

Ce faisant les conséquences seront catastrophiques à long terme pour la place financière suisse tout entière. Il a fallu en effet abandonner la distinction entre fraude et évasion fiscale, il a fallu adopter le modèle de l'OCDE de convention de double imposition, en fait contre les doubles impositions, il a fallu concéder aux Etats-Unis une entraide administrative élargie.

 

Tout cela ne serait pas arrivé s'il n'avait pas fallu sauver l'UBS. Cette menace a permis aux Etats-Unis et aux pays de l'OCDE d'exercer un chantage qui a été récompensé par ces abandons successifs qu'une meilleure préparation aux crises n'aurait, semble-t-il, pas évité, même si les commissaires sont convaincus du contraire. On a préféré satisfaire l'intérêt immédiat et céder à la peur que d'être ferme sur les principes et miser sur le long terme.  

 

Il faut, selon le rapport, que les autorités helvétiques réagissent, à l'avenir, plus rapidement, plus efficacement, alors que l'on pourrait se demander si elles doivent simplement réagir. A aucun moment il n'est donc reproché aux autorités helvétiques d'être intervenues, mais de l'avoir fait avec retard, dans la précipitation, chaotiquement. C'est pourquoi les Commissions de gestion leur font des recommandations, dont on peut douter de l'efficacité.

 

Le sauvetage financier de l'UBS en octobre 2008 et la première transmission de données clients en février 2009 par l'UBS au fisc américain sont liés. Dans le premier cas il s'agissait d'empêcher que l'UBS ne succombe à un défaut de liquidités, dans le second qu'elle ne fasse l'objet d'une poursuite pénale, susceptible de lui retirer ses licences d'exercer aux Etats-Unis et, finalement, de succomber. Le sauvetage financier a conduit au sauvetage judiciaire. Dans les deux cas les autorités helvétiques n'ont pas voulu que les responsables soient les payeurs. Drôle de moralité.

 

Il est encore possible toutefois de s'opposer à l'accord entre la Suisse et les Etats-Unis sur la transmission de données de 4'450 clients, ce qui permettrait de revenir aux principes et de miser sur le long terme. Certes le Conseil des Etats l'a entériné hier  ici [d'où la photo ci-dessus provient] et a refusé que cet accord soit soumis au référendum facultatif, mais il pourrait en être autrement lundi puisque le texte sera examiné ce jour-là par le Conseil national. Il en va de la réputation de la Suisse et de son honneur, comme l'a rappelé l'avocat genevois, Michel Halpérin, dans l'édition du Temps du 31 mai 2010 ici.

   

Francis Richard

 

Voir aussi mon article Accord UBS : Blocher serait-il rusé comme Ulysse ?

 

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685e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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