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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 18:13
minaretUne étude vient d'être rendue publique aujourd'hui au sujet du vote du 29 novembre 2009 sur l'interdiction de construire de nouveaux minarets en Suisse [voir l'article de 24 Heures ici, d'où provient la photo]. 

Cette analyse VOX ici, réalisée conjointement par Gfs.Bern ici et l'Institut des Sciences Politiques de l'Université de Berne ici, donne raison à l'UDC qui voulait prendre le problème que pose l'islamisation du pays à la racine et qui a été bien comprise par le peuple.

Les médias, le monde politique, avaient mis en garde le peuple suisse sur les réactions que pourrait avoir le monde musulman si le oui à l'initiative l'emportait. Ils invoquaient les représailles économiques que les pays musulmans feraient immanquablement subir à la Suisse. Ils invoquaient l'image raciste que le pays pourrait donner à l'extérieur du pays. Ils invoquaient la liberté religieuse qui serait menacée.

Ils avaient tout faux. Parce qu'ils étaient de mauvaise foi, ou parce qu'ils ne voyaient pas le danger d'une islamisation progressive, contraire aux valeurs judéo-chrétiennes du pays, et fossoyeuse des libertés individuelles, qui leur permettent pourtant encore de dégoiser. Les résultats ont été totalement contraires à tout ce que ces imaginatifs, déconnectés du réel, avaient projeté.

Leurs accusations du risque d'isolement de la Suisse ont complètement raté leur cible. Pourquoi ? Parce que, dans les pays occidentaux, tous les peuples auraient voté comme le peuple suisse si l'occasion leur avait été donnée de le faire. Ce qui ne sera jamais le cas, que les élites se rassurent !

Leurs accusations d'atteinte à la liberté religieuse ont complètement raté leur cible. Pourquoi ? Parce que les minarets ne sont pas indispensables à l'exercice de la religion musulmane, mais qu'ils sont indéniablement un symbole de domination politique, qui n'a rien à faire dans le paysage helvétique.

Leurs accusations de racisme ont complètement raté leur cible. Pourquoi ? Parce que les initiants, UDC en tête, ne s'en sont jamais pris aux musulmans.

Un éditorial de l'UDC, publié six jours avant le vote ici, expliquait qu'il s'agissait, avec l'interdiction de construire de nouveaux minarets, de donner un signal clair :

"L'exercice de la religion islamique n'est absolument pas empêché par l'interdiction des minarets. Ces ouvrages constituent bien plus le symbole de l'islamisation croissante de l'Occident au niveau politique et légal. En approuvant cette initiative, on ne touche nullement à la liberté religieuse, mais on pose un jalon contre l'émergence de sociétés parallèles et contre le minage de notre Etat de droit. Enfin, l'initiative contre la construction de minarets clarifie la situation juridique pour les cantons et les communes en mettant fin aux discussions que font régulièrement surgir les demandes de construction de minarets."

L'étude VOX montre que c'est ce signal que les électeurs voulaient donner au monde politico-médiatique, qui fait la sourde oreille, qui se croit très fort parce que souvent il a été aux études, mais qui n'a pas les pieds sur terre :

"Le motif de choix cité le plus fréquemment par les partisans de l'initiative était la volonté d'émettre un signal sysmbolique contre l'extension de l'islam et du modèle sociétal qu'il prône. Nombreuses étaient ensuite les personnes qui ajoutaient que les minarets n'avaient rien à voir avec la pratique de la religion [...].

L'approbation de l'interdiction de construction des minarets ne doit en aucun cas être interprétée comme un rejet général des musulmans vivant en Suisse. Ainsi, une majorité de 64% des tous-tes [sic] les votant-es [re-sic] ont déclaré être totalement ou assez convaincu-es [re-sic] que le mode de vie des Suisses et celui des musulmans font bon ménage. Toutefois cette évaluation positive n'a eu absolument aucun effet positif sur le comportement de vote. Même les personnes qui présupposent une très bonne compatibilité des deux modes de vie ont approuvé l'interdiction de construire des minarets à hauteur de 49% des voix". 

Le peuple suisse, à qui d'aucuns voudraient qu'on ne donne plus la parole sur des sujets de société, parce qu'il vote mal, s'est donc montré, comme souvent, mesuré, réfléchi, tout en nuances, plus intelligent des réalités que ses élites arrogantes.

Francis Richard

PS

L'étude précise :

"Dans l'ensemble, il n'y a eu aucune différence significative dans le comportement de vote selon le sexe et l'âge [...]. Ce n'est que dans le camp de la droite que les femmes trouvaient cette interdiction de construction des minarets plus sympathique que les hommes : 87% des femmes, mais seulement 71% des hommes ont déposé un oui dans l'urne"

Précédents articles sur le sujet :

Les femmes suisses et l'interdiction des minarets - le 05.12.2009
Interdiction des minarets: le peuple vote mal, il faut le faire taire - le 01.12.2009
Le pays réel suisse a voté contre les minarets - le 30.11.2009
L'interdiction de l'affiche anti-minarets escamote le vrai débat  - le 08.10.2009


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555e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 22:00
claude béglé démisClaude Béglé, le président du Conseil d'administration de la Poste suisse, [photo ci-contre publiée dans Le Matin ici] a démissionné aujourd'hui ici. Sa lettre de démission ici est un véritable testament, dont il est vraisemblable qu'il ne sera tenu aucun compte.

Claude Béglé a eu surtout le tort de croire que la Poste, aussi géante financièrement - pour le moment du moins - qu'il était grand physiquement, pouvait demeurer viable en restant une entreprise publique. En effet les impératifs politiques, et les intérêts particuliers, priment alors sur les objectifs économiques.

Au début les attaques contre Claude Béglé étaient dirigées contre sa stratégie (voir mon article La mission impossible de Claude Béglé pour sauver la Poste ). Dans sa lettre testament il continue à penser qu'elle était la bonne, et la seule, si l'on veut garder en vie cette entreprise publique, à laquelle il est très attaché.
 
Il est choquant que les attaques dirigées contre Claude Béglé ne se soient pas limitées aux idées. Mais, comme elles se sont avérées insuffisantes pour avoir sa peau, ce sont des attaques ad hominem - qui ne grandissent pas ceux qui les ont lancées - qui ont finalement eu raison de sa pugnacité. La presse dominicale alémanique a servi d'instrument à ces attaques déshonorantes. 24 Heures d'hier rapportait ses minables trouvailles ici, sans esprit critique :

"Le Vaudois était au bénéfice d’un contrat de consultant pour un taux d’occupation de 75%, selon le SonntagsBlick et la SonntagsZeitung. Or il était aussi membre du conseil d’administration de La Poste à 40% depuis octobre 2008, puis à 50% lorsqu’il en a pris la présidence en avril 2009. Bien que des activités annexes soient autorisées par la Confédération, l’addition de ces pensums pose la question de l’exercice d’un double mandat durant plusieurs mois. A cela s’ajoute un autre détail qui pourrait s’avérer politiquement problématique. Le versement d’une partie des indemnités de consultant en Inde aurait été effectué à Dubaï, soit dans une zone fiscalement avantageuse."

Dans le téléjournal de TSR1 de ce soir, répondant à Darius Rochebin, Claude Béglé a eu beau jeu de s'étonner de se voir reprocher tantôt de trop travailler - le président doit être une potiche - et tantôt de ne pas travailler assez - il ne doit pas cumuler. Pour ce gros travailleur qu'est-ce que 30 heures par semaine - les 75% de taux d'occupation de son contrat de consultant - en comparaison du reste des heures qu'il consacre à La Poste suisse ? Quant à Dubai, c'est là qu'il lui avait été demandé d'intervenir par son mandant indien, tandis que sa seule adresse était celle de son domicile de Pully, près de Lausanne.

Dans sa lettre de démission Claude Béglé justifie celle-ci en ces termes, qui soulignent cette lamentable évolution des attaques menées contre lui pour le faire plier :

"La discussion sur ma manière de diriger la Poste, souvent menée de manière polémique, et les attaques non pertinentes contre ma personne, associées à des diffamations publiques, m’incitent à prendre cette mesure"


Claude Béglé dans cette lettre de démission considère - à mon avis, à tort - que :

 

"La raison d’être de La Poste est d’assurer un service universel de haute qualité sur l’ensemble du territoire."

En vertu de cet objectif il veut à la fois conserver les petits bureaux de poste et préserver le plus grand nombre d'emplois. Il constate d'autre part le fort recul du courrier et des activités traditionnelles de la Poste. Dans ces conditions il n'y a pas d'autre solution - à mon avis, à raison, si l'on admet l'objectif - que de développer de "nouveaux secteurs d'activité à forte croissance en Suisse et à l'étranger". Autrement dit :

"Il est primordial de poursuivre l’extension des services financiers au sein de Postfinance. Par ailleurs, il convient de développer l’unité Swiss Post Solutions, autrement dit l’offre de solutions d’information et à valeur ajoutée, physiques et électroniques, tout au long de la chaîne de création de valeur".

Face à ceux qui ont eu sa peau, Claude Béglé se montre d'une grandeur digne de sa taille, ce qui n'exclut pas d'avoir tenu à se préserver personnellement - charité bien ordonnée commence par soi-même, ceci dit sans ironie :

"
Par ma démission, une mesure qui constitue pour moi une décision drastique extrêmement difficile à prendre, je m’attache à protéger la fière entreprise de la Poste et ses valeurs ainsi qu’à permettre une discussion objective sur sa stratégie d’avenir. Mais je m’attache également à préserver mon intégrité personnelle de dirigeant d’entreprise engagé".

Il ajoute :

"Je suis conscient d’avoir commis des erreurs dans mon élan vers l’avenir et d’avoir été trop optimiste dans mon appréciation de la volonté de changement au sein de La Poste Suisse, marquée par une forte culture."

Dans la vraie vie économique le conservatisme est contradictoire avec la simple survie et la Poste s'en rendra compte. Très rapidement.

Francis Richard

Note du 20 janvier 2010 :

Claude Béglé a été remplacé aujourd'hui même par Peter Hasler. Selon une dépêche de ATS/AP, publiée par 24 Heures ici , son ministre de tutelle l'avait informé dès le 7 janvier dernier "qu'il allait se mettre à la recherche d'un éventuel successeur". Peter Hasler aurait été approché une première fois le 11 janvier. Tout semble s'être joué le week-end dernier. Il ne restait plus à Claude Béglé qu'à démissionner, "spontanément".

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L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 23:30
Leuenberger et BégléLe grand public suisse n'a commencé à se rendre compte qu'il se passait enfin quelque chose à la Poste que lorsque son directeur général, Michel Kunz, a été démissionné, "d'un commun accord", le 14 décembre 2009 dernier, par le Conseil d'administration de la vénérable entreprise publique (voir Le Temps du 16 décembre ici). 

Michel Kunz, qui n'aura occupé ce poste de direction qu'un an, jour pour jour, a été remplacé immédiatement, le jour même, par Jürg Bucher, le responsable de Postfinance, l'activité la plus lucrative du géant jaune, puisqu'elle représente les deux tiers de son bénéfice tout en représentant moins d'un tiers de son chiffre d'affaires.

C'est dire que la Poste, au sens traditionnel, est sur le déclin. Claude Béglé (à droite sur la photo publiée par 24 Heures ici), qui en a été nommé administrateur le 25 juin 2008 et qui en est devenu le président du Conseil d'administration le 1er avril 2009, est convaincu que d'ici à 5 ans le volume du courrier physique aura encore baissé de 30%. Il n'a certainement pas tort. Ce pourrait sonner le glas de l'entreprise si rien n'est décidé entre-temps pour compenser le manque à gagner.

Face à cette perspective qui n'est guère prometteuse, deux stratégies s'affrontent, celle suivie par Michel Kunz et celle imaginée par Claude Béglé.

Michel Kunz ne trouve comme réponse à cette diminution prévisible du courrier physique, concurrencé par le courrier virtuel d'Internet, que de réduire les coûts. Comment réduire les coûts ? En supprimant des emplois et en fermant des bureaux de poste. C'est ainsi qu'il ne reste que 2600 bureaux de poste et que 1700 emplois sur 45000 ont été furtivement supprimés en 2009, c'est-à-dire sans qu'il ne soit besoin de recourir à des licenciements. Mais, demain, ne faudra-t-il pas en passer par là ?

Claude Béglé a une tout autre vision de l'avenir de la Poste. Sur un marché qui sera tôt ou tard libéralisé et qui est déjà concurrencé par les nouvelles technologies - et ce n'est que le commencement comme l'écrit Guy Millière (voir mon article "La septième dimension" de Guy Millière ) -, il ne se voit pas augmenter le prix des affranchissements, qui, en comparaison européenne, sont élevés en Suisse. La seule stratégie restante est de trouver d'autres voies de développement.

En matière de développement, Claude Béglé a en tête celui de Nestlé. Il a oeuvré en son sein pendant 14 ans, dans 8 pays différents. Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire Sonntag, publié le 20 décembre 2009, il prend donc la multinationale en exemple. Comme l'écrivent Philippe Le Bé et Michel Guillaume dans l'Hebdo de cette semaine (ici) à propos du patron de la Poste, objet de vives critiques après cette sortie:

"Lui qui avait acheté quelque 40 sociétés pour le compte de la Poste française, développé de manière spectaculaire GeoPost avec ses 15000 collaborateurs dans le monde, occupé des fonctions stratégiques au sein des Postes allemande et néerlandaise, n'avait visiblement d'autre dessein que de fondre la Poste suisse dans l'univers de la globalité".

L'horreur économique !

Deux jours après cette publication, patatras, un administrateur de la Poste, Rudolf Hug, démissionne et dit  (voir Le Temps du 23 décembre 2009 ici) qu'il a démissionné en raison "des divergences insurmontables avec le président du conseil d’administration en relation avec la stratégie et la conduite de l’entreprise". Le 5 janvier 2010, c'est au tour d'un deuxième administrateur, Wolgang Werlé, de démissionner (voir Le Temps du 6 janvier 2010 ici). Le Conseil d'administration est passé de 9 à 7 membres en deux semaines...

Du coup la polémique enfle. D'autant plus que le Sonntag du 10 janvier 2010 en rajoute une couche et révèle "les trois scénarios d’expansion à l’étranger qui ont été présentés au conseil d’administration de La Poste le 23 novembre dernier" (voir Le Temps du 11 janvier 2009 ici). Certains vont alors jusqu'à évoquer les fantômes de Swissair et de Swisscom et qualifient cette stratégie d'aventureuse. François Modoux, dans le quotidien genevois, précise :

"Les trois scénarios décrivent comment la filiale Swiss Post Solutions (SPS), qui vend déjà ses services à l’étranger mais à perte, pourrait grandir, jusqu’à réaliser d’ici à dix ans un chiffre d’affaires annuel de 2,7 milliards de francs pour un bénéfice de 100 millions. Ce scénario, le plus offensif des trois, envisage un «Big Bang». Il mise sur l’acquisition par SPS d’un concurrent capable de lui apporter, en plus d’une importante clientèle, les compétences dans les technologies de l’information que la filiale de La Poste n’a pas. Cette lacune est d’ailleurs décrite dans le document cité par Sonntag comme la principale faiblesse de SPS."

Il est temps que le ministre de tutelle de la Poste, Moritz Leuenberger, vienne au secours de son grand poulain - Claude Béglé mesure deux mètres de haut. Lundi dernier, 11 janvier 2009, alors que des rumeurs ont circulé sur la régularité de la nomination de Claude Béglé, il planche devant la Commission des Télécommunications du Conseil des Etats et calme le jeu. Il apporte les preuves que cette nomination s'est faite régulièrement et ... son soutien sans faille au patron de La Poste.

Toute cette histoire ne prouve qu'une chose, c'est qu'une entreprise du secteur public ne peut pas être gérée normalement sur un marché concurrentiel. En effet les objectifs politiques priment alors sur les objectifs économiques, au risque, tout simplement, de faire disparaître l'entreprise, parce qu'elle n'a pas vraiment été libre de ses décisions et n'a même pas pu prendre les bonnes.

Parler de service public en matière postale est d'ailleurs un abus de langage, parce que ce service pourrait être assuré aussi bien, je dirais même mieux, par des entreprises privées, qui pourraient prendre des risques calculés et les assumer jusqu'au bout. Ce que Claude Béglé sera de toute façon empêché de faire, à son grand corps défendant.   

Francis Richard

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544e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

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L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 22:15
Tribunal administratif fédéralIl y a presqu'un an, ce qui me semble un siècle, la FINMA, l'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (ici), à qui le Conseil fédéral avait refilé la patate chaude, décidait d'autoriser l'UBS à livrer les noms de 250 clients américains sous la pression amicale de la justice des Etats-Unis, au mépris de la loi suisse, pour éviter à l'UBS de fermer boutique sur le sol américain. Ce qui aurait signifié pour elle la faillite.

Cette violation de la loi suisse vient d'être confirmée par le Tribunal administratif fédéral (ici, d'où provient la photo ci-contre) dans une décision, qu'elle a prise le 5 janvier dernier (ici) et rendue publique aujourd'hui. Le communiqué du tribunal relatif à cette décision  (ici) ne laisse place à aucune ambiguïté à ce sujet : 

"B-1092/2009


Arrêt final du Tribunal administratif fédéral en la cause Clients américains de l'UBS

contre UBS/FINMA


La Cour II du Tribunal administratif fédéral a, par arrêt du 5 janvier 2010, jugé que la
décision de la FINMA du 18 février 2009 ordonnant la transmission de données bancaires de clients de l'UBS aux autorités des États-Unis d'Amérique violait le droit.


La Cour a constaté que les art. 25 et 26 de la loi sur les banques ne constituaient pas
une base légale suffisante pour la transmission de données bancaires relatives à des clients aux autorités étrangères. Si ces dispositions habilitent la FINMA à prendre des mesures protectrices en cas de risque d'insolvabilité d'une banque, elles ne l'autorisent pas pour autant, eu égard au texte et à la systématique de la loi, à transmettre

directement des données bancaires concernant des clients.


Le droit de nécessité constitutionnel ne peut pas non plus être valablement invoqué
pour justifier la décision de la FINMA. Le Conseil fédéral est seul habilité, avec le Parlement, à en faire usage. En l'espèce, il n'a pas jugé devoir le faire. Même s'il a effectivement chargé la FINMA de prendre toutes les mesures nécessaires en vue d'éviter une procédure pénale de la part des autorités américaines contre UBS, il ne s'est toutefois pas prononcé sur le moyen à mettre en oeuvre pour y parvenir. Or, une autorité comme la FINMA ne peut décider de faire usage du droit de nécessité à la place du Conseil fédéral. Aussi, même si la FINMA se trouvait dans une situation critique en raison de la menace d'une procédure pénale contre l'UBS de la part des autorités américaines, elle n'était pas autorisée, d'elle même, à statuer sur la transmission des données bancaires concernant des clients en dehors de la procédure ordinaire d'entraide administrative internationale."


L'article 25 (ici) de La loi sur les banques indique dans quelles conditions la FINMA peut prendre des mesures protectrices à l'égard d'une banque suisse : surendettement ou problèmes de liquidités importants. Ce qui n'était évidemment pas le cas. 

Dans mon article du 19 février 2009 (intitulé
Secret bancaire : le "sauvetage" de l'UBS risque de coûter très cher ), je reproduisais l'article 26 de ladite loi et concluais :

"Il n'est nulle part indiqué que la FINMA peut autoriser la banque, en cas de risque d'insolvabilité, à lever le secret bancaire".

Cela aurait été, en tout état de cause, une bien curieuse mesure protectrice.

Quant au droit de nécessité, voici ce qu'en dit le Dictionnaire Historique de la Suisse (
ici) :

"Droit d'exception, le droit de nécessité est lié à l'octroi des pleins pouvoirs, comme ce fut le cas lors des deux guerres mondiales, où ils furent accordés au Conseil fédéral. En cas de troubles (guerre, catastrophes), un droit de nécessité, préalablement préparé, peut être appliqué très rapidement. Ce droit, qui ne figure pas en tant que tel dans la Constitution mais peut s'appuyer sur les articles 52, 173 et 185 de celle-ci (1999), existe aussi dans les cantons; c'est ainsi que des "compétences dérogeant à la Constitution" sont prévues dans la Constitution jurassienne (1977), dans celle de la Thurgovie (1987) sous le titre de Notstand et celle de Glaris (1988) sous celui de Notrecht."


Au vu de tous ces éléments, on ne voit pas comment le Tribunal fédéral, devant lequel la FINMA et l'UBS peuvent faire recours, pourrait infirmer l'arrêt rendu par le Tribunal administratif fédéral.

Ce jugement a été obtenu par Me Andreas Rüd, l'avocat de clients américains dont les noms ont été livrés par la FINMA et "constitue une importante victoire d'étape pour ses clients" ( voir Le Matin de ce jour
ici).

Toujours est-il qu'en disant le droit le tribunal a non seulement fait preuve d'indépendance, mais a par là-même sauvé l'honneur de la Suisse. La FINMA, en autorisant la livraison des 250 noms de clients américains par l'UBS, sans attendre la décision du tribunal, avait mis ce dernier devant le fait accompli. C'est ce qu'on appelle un coup de force, plus digne d'une république bananière que d'une démocratie comme la Suisse, en fait un acte déshonorant.

Dans mon article du 19 février 2009, juste après ce coup de force, je constatais :

"
En fait le gouvernement, s'étant porté au secours de l'UBS, est bien obligé maintenant de tout faire pour qu'elle ne tombe pas, y compris d'approuver que le droit suisse soit foulé aux pieds et que le secret bancaire soit levé dans des conditions plus que douteuses.

Les conséquences risquent d'être incalculables pour toute la place financière helvétique."

A l'époque je pouvais encore reproduire l'explication, que je donnais dans un article en date du 22 octobre 2008 (
La Suisse, paradis fiscal ? Si seulement...), sur la différence faite en Suisse entre fraude fiscale et évasion fiscale :

"La Suisse fait une distinction entre la fraude fiscale et l'évasion fiscale. L'évasion fiscale consiste à omettre de déclarer une partie de sa fortune ou de ses revenus. Elle n'est qu'une infraction administrative. Les Suisses et les résidents étrangers sont sanctionnés par une amende ou un rattrapage, les étrangers non-résidents ne sont pas sanctionnés et les banques n'ont pas le droit de renseigner le fisc étranger dans ce cas-là. La fraude fiscale consiste à soustraire frauduleusement des contributions au moyen de titres faux, falsifiés ou contenant de fausses indications. La fraude fiscale est punissable pénalement. Les banques doivent renseigner l'autorité judiciaire suisse ou étrangère à la demande d'un juge suisse compétent."

Aujourd'hui, depuis cette livraison de 250 clients de l'UBS, faite par elle avec la bénédiction de la FINMA, on mesure le chemin de croix parcouru par le secret bancaire helvétique. Tout cela pour sauver de la faillite une banque qui, dans ce dernier cas, aurait été vendue par appartements et dont les dirigeants auraient pu être traduits en justice. Ce qui aurait bien plu à Alain Jeannet (
ici), le rédacteur en chef de L'Hebdo, lequel consacre cette semaine un dossier fulminatoire à l'UBS (ici).

Francis Richard

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538e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 20:30

Vaccin contre grippeDepuis que j'ai écrit mon article (Influenza Gate : des vaccins contre la grippe A/H1N1 sont-ils bons pour la poubelle? ), quelques chiffres ont été fournis à la presse par l'OFSP, l'Office fédéral de la santé publique. Le moins que l'on puisse dire est que la situation n'en a pas été clarifiée pour autant. On reste dans l'à-peu-près sur le nombre de doses de vaccins inutilisées (la photo ci-contre provient du Figaro ici).

Au début de la "pandémie" il avait été annoncé que la Confédération avait acheté 13 millions de doses, alors que 2 millions auraient été suffisantes (voir Le Matin du 26 octobre 2009 ici) pour y faire face. Le coût de l'opération de vaccination s'élevant à 130 millions, payés comme d'hab par le contribuable, dont 84 millions pour les vaccins proprement dits.

Hier en lisant l'article de Caroline Zuercher, dans 24 Heures, (ici) relatif aux déclarations de l'OFSP, je me suis rendu compte que décidément l'Etat fédéral avait bien du mal à faire des additions, qui relèvent pourtant de la simple arithmétique et ne nécessitent pas de sortir de ... l'EPFL ou de l'ETHZ

Le chiffre de 13 millions de doses serait bien celui des doses commandées. Sur ces 13 millions de doses, la Suisse aurait reçu 7,5 millions de doses, en aurait distribué 3 millions aux cantons, aurait donc 4,5 millions de doses en trop et aurait renoncé à l’achat de 4,5 millions de doses. Or 7,5 millions de doses livrées plus 4,5 millions de doses non livrées donnent 12 millions de doses !

La Suisse n'aurait-elle donc pas au moins 5,5 millions de doses en trop ? Je dis au moins, parce que sur les 3 millions de doses distribuées aux cantons, il y a de fortes chances que seules 2 millions de doses aient été utilisées réellement, comme le recommandait l'OFSP lui-même.

Avec 2 millions sur 3 millions de doses distribuées aux cantons on retrouve en effet un peu plus que la proportion de doses utilisées dans le canton de Vaud. Radio Chablais (ici) indique en effet que 200 000 doses, sur les 350 000 doses reçues de la part de la Confédération, ont été injectées.

""Nos commandes ne sont pas comparables avec celles de la France", justifie Virginie Masserey, cheffe de la section vaccination", écrivait Caroline Zuercher. Voire. Car, aux 5,5 millions de doses en trop calculées plus haut, il faut encore ajouter un million de doses non utilisées par les cantons. On arrive à 6,5 millions de doses en trop.

Rappelons donc les chiffres des doses de vaccins.

En France :

- 5 millions de doses utilisées sur 94 millions de doses commandées pour 65 millions d'habitants, 39 millions de doses en trop, si on admet que les commandes de 50 millions de doses ont pu être annulées. 

et en Suisse :

- 2 millions de doses utilisées sur 13 millions de doses commandées pour 7,5 millions d'habitants, 6,5 millions de doses en trop, si on admet que les commandes de 4,5 millions de doses ont pu être annulées.

De ces chiffres on peut conclure que les Suisses se sont fait vacciner trois fois plus que les Français, et que du coup il leur reste 76% de doses non utilisées sur les commandes livrées, contre 89% en France. C'est tout juste un peu mieux, mais ce n'est pas beaucoup plus glorieux.

En tout état de cause, le contribuable paiera les doses qui seront données généreusement aux pays en voie de développement, et que l'Etat n'aura pas été capable de revendre à d'autres. C'est mieux que de les jeter à poubelle. Mais pourra-t-on l'éviter ? On en viendrait presque à souhaiter qu'il y ait une deuxième vague de grippe porcine d'ici la fin de l'hiver...

Francis Richard

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537e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani (de droite à gauche), les deux otages suisses en Libye

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L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 19:20
FalcianiAinsi la France fait-elle repentance (voir Le Temps ici) dans l'affaire des données volées à HSBC par Hervé Falciani. En exploitant et en conservant ces données elle aurait commis un abus de confiance - l'information lui a été fournie par la Suisse dans le cadre d'une entraide judiciaire - un recel de preuves et une violation du droit international, puisqu'elle n'aurait pas respecté l'accord d'entraide juciciaire signé avec la Suisse. Que vaudrait désormais sa signature ? Que vaut-elle de toute façon ?

En décidant de remettre à la justice helvétique les données volées à HSBC par Hervé Falciani, la justice française désavoue publiquement les deux Eric, de Montgolfier et Woerth, qui se sont comportés comme des voyous, ce qui est gravisssime de la part d'un procureur et d'un ministre. Hier, dans Le Figaro (ici), le directeur général d'HSBC Genève, Alexandre Zeller, faisait une comparaison tout à fait de circonstance  :

"C'est un peu comme si un convoyeur de fond détournait une camionnette et que le pays dans lequel il se serait enfui gardait le butin, la camionnette et offrait en plus sa protection au convoyeur."

La justice helvétique doit cependant rester méfiante. En effet elle ne connaît pas le contenu exact des données volées. Il faudra donc qu'avec l'aide d'HSBC elle s'assure que toutes les données lui sont bien restituées par la justice française et qu'aucune d'entre elles n'est employée pour poursuivre un seul client d'HSBC (1).

Quant à Hervé Falciani il doit être châtié pour son forfait. Il est inadmissible qu'il soit impuni après avoir violé son secret de fonction. Ce matin encore, dans Le Figaro (ici), cet homme (dont la photo ci-dessus provient d'ici ) doué d'une grande duplicité joue le donneur de leçon et l'indigné devant le manque de rigueur d'HSBC, ce qui se fait "au détriment des clients [qu'il ne répugne pas à dénoncer à l'Etat français pour sauver sa peau], comme des Etats".  Il veut "faire évoluer le système dans le bon sens", le bon apôtre.

Falciani prétend qu'"il alerte les autorités suisses à la fin de l'été 2006". De quoi ? Qu'il va voler des fichiers et les négocier aux plus offrants si rien n'est fait pour changer les pratiques ? Cela ne tient tout simplement pas debout. En réalité il a fait chou blanc dans ses négociations pour monnayer les données - contrairement à ses dires de voleur offensé - et il veut faire croire que sa complice et maîtresse l'a fait tombé dans un piège quand il s'est rendu au Liban, où en fait il n'a pas obtenu le pactole qu'il espérait. 

Poursuivi et arrêté par le Ministère public de la Confédération parce qu'il est soupçonné d'"introduction frauduleuse dans un système informatique", une fois relâché - il sera intéressant de savoir un jour comment il a obtenu cette libération - il ne traîne pas et dès le lendemain il franchit la frontière. Il ne collabore avec la justice française qu'après la demande d'entraide judiciaire faite par la Suisse quand, en France, il est convoqué devant le juge.

Comble de la duplicité, il confie au Figaro de ce matin (ici) :

"La question qui m'obsède est de savoir si l'oeuvre de justice pourra se conduire. Je voudrais que les autorités défendent les intérêts des citoyens français et européen. Cela me permet d'avancer".

J'espère bien que l'oeuvre de justice se fera aux dépens de cet employé indélicat et dans l'intérêt de ceux à qui il voulait nuire. Cela permettra à la cause du droit de l'homme à sa sphère privée d'avancer un peu.

Francis Richard

(1) Note du 22.12.09 : la France persiste dans l'erreur et entend poursuivre les procédures contre les clients d'HSBC en se servant des données volées. La Suisse suspend toujours l'accord de double imposition. La France n'a fait que la moitié du chemin. J'aurais dû intituler cet article : La France ne fait que demi-repentance etc...

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 18:55

Eric de Montgolfier24 Heures (ici, d'où provient la photo ci-contre du procureur de Nice) reproduit aujourd'hui un entretien d'Eric de Montgolfier accordé au Tages-Anzeiger

Dans cet entretien le magistrat confirme qu'il y a bien 130'000 noms dans les données trouvées sur l'ordinateur d'Hervé Falciani

"Nous avons connaissance de comptes encore ouverts aujourd'hui chez HSBC Private Bank, mais également de comptes passés qui sont désormais clos. De plus, certains de ces comptes ont été uniquement ouverts pour l'exécution de quelques transactions, puis ont été clôturés"

Il précise par ailleurs :

"Le Ministère public de la Confédération nous a livré des mots-clés qui nous ont permis, dans un premier temps, d'avoir accès aux données cryptées que nous avions saisies. Ou si je formule autrement: la Suisse nous a donné les clés pour comprendre ce que les fichiers contenaient! En clair, elle nous a mis la puce à l'oreille. Puis, Hervé Falciani nous a véritablement aidés à décoder les données".

Ce qui va dans le sens des révélations du Figaro (ici), qui me paraissaient pourtant invraisemblables (voir mon article La France, Etat voyou, ne conçoit l'entraide judiciaire qu'à sens unique ). Cela prouve en tout cas la loyauté de la Suisse dans cette affaire, mais aussi peut-être sa naïveté de comportement envers la France, où les coups tordus sont monnaie courante, même de la part de magistrats ... tels que le procureur de Nice, qui n'aurait pas dû se servir de ces données, obtenues illégalement.

Pour en revenir à Hervé Falciani, une enquête menée par Le Matin sur le voleur de données (ici), aboutit aux mêmes conclusions que les miennes, dès mon premier article sur l'affaire (La France déshonorée par l'affaire Hervé Falciani, le voleur d'HSBC? ):

"Depuis 2006, en tout cas, Hervé Falciani, l'ancien informaticien de HSBC, peaufinait son plan pour revendre des listings bancaires de clients. Selon les informations que «Le Matin» a pu recueillir, on est bien loin de l'«idéaliste» et de l'attitude «messianique» décrits par la justice française..."

Justice française qui n'est décidéement pas toute blanche. Comme je l'ai écrit mardi, elle n'aurait pas dû communiquer les données décryptées au fisc français, représenté par Eric Woerth, qui se rend peut-être un peu compte maintenant qu'il n'aurait pas dû se servir à son tour de telles données pour traquer les évadés du fisc français, même au nom de la prétendument morale chasse à la fraude.

Dans le sens d'un timide retournement du Ministre des finances français, La Tribune de Genève rapporte (ici) ce soir que :

"Le Sénat français a renoncé vendredi à pointer du doigt la Suisse en retirant, à la demande expresse du ministre du Budget Eric Woerth, un amendement qui revenait à inscrire la Confédération helvétique sur la liste noire des paradis fiscaux."

Eric Woerth, dit-il, ne voulait pas rajouter de l'huile sur le feu, les relations étant désormais tendues entre la France et la Suisse, depuis que la première a recelé des preuves et que la seconde a déclaré vouloir suspendre la ratification de l'accord de double imposition conclu l'été dernier entre les deux pays tant qu'elle n'aurait pas obtenu des éclaircissements.

Il faut dire aussi que, dans les rangs mêmes de l'UMP, l'utilisation illégale de fichiers volés ne plaît pas à tout le monde. 20 Minutes rapportait dimanche dernier (ici) :

"Le député UMP Jean-François Copé s'est dit mal à l'aise dimanche avec l'utilisation par le fisc français d'une liste de comptes suisses appartenant à des Français fraudeurs présumés, obtenue par des voies non officielles."


En réponse Eric a bien traité Jean-François d'un nom d'oiseau (voir Le Matin ici) :

"Je m'étonne parfois des réactions très oie blanche effarouchée"

Mais il aura bien du mal à justifier indéfiniment l'emploi de tous les moyens pour parvenir à ses fins.

Toujours est-il que Berne, qui a le droit international pour lui, aurait donné un ultimatum à Paris (voir Le Figaro ici) :

"La représentante du département fédéral de la justice et du service de «la protection de l'État et des délits spéciaux» fixe la date du 25 décembre pour «la restitution des pièces issues de l'exécution de l'entraide judiciaire». Sinon, énonce-t-elle sans fard, ce sera le constat que la France refuse d'appliquer
«la convention européenne d'entraide en matière pénale». Ce texte datant de 1958 fixe les règles de la collaboration entre les enquêteurs des deux pays."

A la place de la justice suisse je me méfierais de son homologue française, qui n'est pas franche du collier... avec lequel le pouvoir politique français la tient en laisse.

Francis Richard


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goldi et hamdani

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 22:45
didier migaudHier (voir mon article La France déshonorée par l'affaire Hervé Falciani, le voleur d'HSBC? ) j'ai raconté l'affaire Falciani telle qu'elle apparaissait à la lecture des médias français et helvétiques.

Au milieu des incertitudes il était clair que la Suisse avait demandé l'entraide judiciaire de la France et qu'au lieu de coopérer loyalement avec la Suisse la France s'était servie de cette information pour, avec l'aide du voleur, décrypter les données volées à la banque HSBC et les transmettre au fisc français, au mépris des lois internationales.

Aujourd'hui on ne sait toujours pas si ces données volées comportent 130'000 "noms du monde entier", comme l'affirmait dimanche dernier le procureur Eric de Montgolfier au JDD (ici) et si, parmi tous ces noms, figurent les 3'000 noms de Français, évoqués par Eric Woerth à la fin d'août 2009 (voir mon article Les 3'000 sont-ils tous des évadés du fisc piégés par l'inquisition française? ).

Selon Eveline Widmer-Schlumpf, Conseillère fédérale, qui a tenu aujourd'hui conférence de presse avec Hans-Rudolf Merz, Président de la Confédération, "le Ministère public de la Confédération (MPC) a ouvert une procédure contre Hervé Falciani, l'homme qui est soupçonné d'avoir volé des données de clients à la HSBC, en mai 2008 déjà ." [voir RSR.ch ici]

Selon La Tribune de Genève (ici) ce n'est pourtant pas vers Falciani que les soupçons se seraient portés au tout début, mais sur une employée d'HSBC, d'origine libanaise, qui aurait tenté de négocier la vente des données, volées à la banque, à des Libanais. De plus, cerise sur le gâteau, cette femme serait la propre compagne de Falciani... avec laquelle il aurait donc fui en France (1).

Madame Widmer-Schlumpf, sans dire lesquels, a indiqué [voir toujours RSR.ch ici] qu'Hervé Falciani "a tenté de vendre des données bancaires à d'autres Etats"que la France. Entre autres, au Liban, peut-être ?

Quoiqu'il en soit, le portrait du voleur correspond de plus en plus à celui que j'imaginais hier :

"Hervé Falciani, qui est apparu sur France 2 dimanche soir pour se justifier, semble surtout quelqu'un qui a cherché à sauver sa peau, une fois son méfait commis, qui s'est mis à table et qui semble dépourvu de tous scrupules et de la plus élémentaire conscience professionnelle, malgré ses dires".

Selon les médias, comme je le rapportais hier, la banque HSBC n'aurait déposé plainte qu'en mars 2009, ce qui semblait pour le moins curieux. En fait elle aurait porté plainte contre la compagne de Falciani, laquelle, mise sur le gril, aurait dénoncé son compagnon, d'où l'arrestation de ce dernier. Il faut croire que celui-ci est doué d'une grande duplicité puisqu'il a réussi à se faire relâcher et à apparaître comme un justicier, voire un messie, aux yeux de certains [voir Le Matin ici].

Hier, selon La Tribune de Genève (ici), une quarantaine de parlementaires bourgeois signaient une intervention de la Conseillère nationale Martine Brunschwig Graf demandant que le Conseil fédéral sorte de sa réserve et se prononce sur "ces pratiques illégales".

Cette intervention a été entendue. Aujourd'hui, d'après Hans-Rudolf Merz "tant que la lumière n'aura pas été faite sur l'affaire du vol des données à la banque HSBC, la procédure de ratification de la convention de double imposition avec la France sera bloquée" [voir toujours RSR.ch ici] .

Ce qui a eu l'heur de faire bondir le président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale française, Didier Migaud, [photo ci-dessus, qui provient du site de l'Assemblée nationale ici] qui a menacé la Suisse de la mettre sur la liste noire de la France et qui a eu le culot de dire [voir TSR.ch ici] :

"La France n'est pas responsable de la façon dont les informations de la HSBC ont été acquises en Suisse".

C'est tout de même la France qui les a fait décrypter et qui se rend maintenant coupable de recel de preuves...

La Suisse a en effet demandé l'entraide judiciaire en janvier 2009 et a réitéré sa demande en novembre 2009. Sans résultats.

La France, Etat voyou, ne conçoit donc bien l'entraide judiciaire qu'à sens unique.

Francis Richard

(1) Note du 18.12.2008 : la vie privée d'Hervé Falciani serait un peu plus compliquée que cela selon Le Monde (ici). Il aurait femme, qu'il aurait rejoint dans la région de Nice, et maîtresse, la collègue d'HSBC, d'origine libanaise, qui serait sa complice dans de multiples tentatives de vendre à des acheteurs divers les données volées à la banque.


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goldi et hamdani

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 21:00

Hervé FalcianiHervé Falciani [photo ci-contre en provenance du Matin ici] a volé des données à HSBC, la banque qui l'employait à Genève. Ce serait lui la source, ou l'une des sources, de la liste des 3'000 Français ayant un compte en Suisse (voir mon article Les 3'000 sont-ils tous des évadés du fisc piégés par l'inquisition française? ), qu'Eric Woerth s'enorgueillissait de détenir, à la fin du mois d'août dernier.

Si c'est bien le cas, la France n'a pas à se vanter de la façon dont elle l'a obtenue, puisque c'est à la faveur d'une demande d'entraide judiciaire faite par la Suisse, à l'encontre d'Hervé Falciani, qu'elle se les est appropriées. En effet elle n'en aurait pas eu connaissance autrement.

Hervé Falciani, qui est apparu sur France 2 dimanche soir pour se justifier, semble surtout quelqu'un qui a cherché à sauver sa peau, une fois son méfait commis, qui s'est mis à table et qui semble dépourvu de tous scrupules et de la plus élémentaire conscience professionnelle, malgré ses dires [ici et video ci-dessous].

Comme le Ministère public de la Confédération ne communique pas sur l'affaire et que les autorités françaises communiquent au contraire beaucoup, force est de se contenter de conjectures. La reconstitution de l'affaire ne peut donc se faire qu'à partir d'informations publiées ici ou là dans les presses française et helvétique, avec toutes les incertitudes qu'un tel exercice peut comporter.

Depuis 2000, Hervé Falciani travaille chez HSBC, à Monaco, où il est né en 1972. Informaticien, il dépend du département IT - Information Technology - de cette banque et s'occupe plus précisément du développement du logiciel de CRM - Customer Relationship Management [voir Le Temps ici et ici].

A partir de 2005, avant d'y être expatrié, Hervé Falciani est envoyé une fois par semaine à Genève, où la filiale suisse d'HSBC centralise ses services informatiques et où elle héberge des données de fililales de pays étrangers, telles que Monaco, Luxembourg, Jersey et Guernesey, les Bermudes, qui sont tous, comme chacun sait des enfers fiscaux.

Le 22 décembre 2008 Hervé Falciani est arrêté par la police suisse qui le soupçonne d'"introduction frauduleuse dans un système informatique", pour y récolter probablement des données sensibles. Certains journaux font état de rumeurs selon lesquelles il aurait l'intention de monnayer ces données à des Libanais [ 24 heures ici] et aurait vu son salaire réduit après quelques temps , n'étant plus considéré par sa banque comme un expatrié qui doit encore être dédommagé [Le Temps ici].  

robert zimmermannL'ordinateur d'Hervé Falciani est saisi, mais lui-même est relâché le jour même. Le lendemain, la conscience peu tranquille, il prend la poudre d'escampette avec femme, enfant, arme - un ordinateur personnel - et bagages. Il se réfugie dans le Sud-Est de la France, du côté de Nice.

Le 22 janvier 2009 Hervé Falciani est arrêté par la police française sur réquisition du parquet de Nice, à la suite d'une demande d'entraide judiciaire faite par les autorités helvétiques, informées vraisemblablement de l'endroit où le voleur de données se terre.

Comme la police française a du mal à extraire les données de son ordinateur, Hervé Falciani, de février à juin 2009, lui apporte son concours, sans doute contre promesses de ne pas se sortir trop mal du guêpier dans lequel il s'est fourré.

La Suisse fournit-elle à la France, le 18 février 2009, les moyens de décrypter les données volées comme l'affirme le Figaro (ici) ? Cela semble peu vraisemblable.

Toujours est-il que HSBC ne porte plainte contre son employé en fuite qu'en mars 2009, qu'Hervé Falciani rencontre le Procureur général de Nice, Eric de Montgolfier, le 5 juin 2009, que ce dernier ouvre une enquête pour blanchiment et qu'Eric Woerth annonce avec fracas, fin août 2009, qu'il a entre les mains une liste de 3'000 Français détenant des comptes en Suisse.

Le Figaro surenchérit (ici) et parle de 4'000 particuliers et sociétés, dont les avoirs en Suisse s'élèveraient à 6 milliards d'euros. Dans le Journal du Dimanche (ici) Eric de Montgolfier prétend avoir décrypté 130'000 "noms du monde entier".

Après avoir présenté son grand emprunt de 35 milliards d'euros, Nicolas Sarkozy a déclaré hier matin en substance [voir 24 heures ici] :

"La lutte contre la fraude fiscale est normale et morale. C'est à la justice de dire ce qui s'est passé. Mais qu'auriez-vous pensé si le ministère du Budget avait écarté ces données lorsqu'il les a reçues ? Aurions-nous été félicités pour avoir respecté les lois françaises ? Je soutiens ce ministère dans son action contre la fraude"

Comme le rappelle Robert Zimmermann, juge au Tribunal cantonal vaudois et spécialiste de la coopération judiciaire internationale en matière pénale [voir Le Temps ici et son ouvrage de référence ci-dessus]:

"Les autorités françaises ne peuvent pas exploiter ces fichiers sans l'aval de la Suisse. Si la France utilise malgré tout ces données dans ses propres procédures, elle viole la Convention européenne d'entraide judiciaire liant la Suisse et la France".

La morale qu'invoque Nicolas Sarkozy n'est-elle pas : la fin justifie les moyens, c'est-à-dire la morale d'un Etat voyou, qui ne respecte pas les lois internationales ?

Francis Richard



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goldi et hamdani

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 22:00
FUME 1~1Il y a un parallèle à dresser entre la religion du réchauffement climatique (voir dans la colonne de droite mes articles de la catégorie climat) et l'interdiction de fumer dans des lieux privés fréquentés par le public (voir mon article Les dissidents de Genève pour la liberté de fumer ). Dans les deux cas on s'appuie sur des constatations prétendument scientifiques pour prendre, au nom de la santé publique, des décisions contraires aux libertés individuelles, pour culpabiliser les hommes, pour ruiner des entreprises et pour dresser les hommes les uns contre les autres, qui plus est en leur faisant peur, ce qui ne se traduit pas toujours, loin s'en faut, par le commencement de la sagesse. Comme le montre toute l'histoire humaine il y aura des collabos et des résistants ... à ces nouvelles formes de totalitarismes qui apparaissent au XXIème siècle, comme pour se substituer à ceux du XXème.

Dans le cas du climat, au lieu de voir les aspects bénéfiques d'un éventuel réchauffement global et de laisser les hommes libres de trouver des solutions pour s'y adapter - comme ils devront bien trouver des solutions à l'épuisement de certaines ressources, en imaginer et créer d'autres -on privilégie une seule explication de ce réchauffement, le dogme de l'émission anthropogénique de gaz à effet de serre, qui conduirait, dit-on, à de terribles catastrophes. Si cette explication orgueilleuse a  l'inconvénient de ne pas être prouvée de manière incontestable, elle a l'avantage fabuleux de culpabiliser les hommes pour mieux les tenir à la merci des politiques, qui ont trouvé là un moyen subtil de convaincre de leur utilité, et de conforter leur pouvoir. Avec le risque non négligeable pourtant qu'un refroidissement vienne réduire à néant tous les efforts engagés, parce que cette éventualité aura été écartée intempestivement. L'orgueil toujours (voir mon article Existe-t-il un plan B en cas de refroidissement climatique ? ).

Dans le cas de l'interdiction de fumer, au lieu de laisser les hommes libres de fumer ou pas, comme ils sont encore libres - sans doute pas pour longtemps - de boire ou pas - de moins en moins -, de manger ou pas - bientôt ils seront privés de viande à cause du méthane expectoré par les vaches - de faire l'amour ou pas - bientôt la limitation des naissances sera obligatoire, pourquoi pas sous menace de mort? -, de faire du sport ou pas - bientôt une trop grande activité physique sera condamnée parce qu'elle émet trop de CO2 -, on se base sur le dogme de la fumée passive qui serait mortelle pour culpabiliser les fumeurs, qui non seulement porteraient atteinte à leur santé physique mais attenteraient à celle des non-fumeurs. Avec le risque de regretter un jour l'heureux temps où fumeurs et non-fumeurs se parlaient encore et se comprenaient.

Il est évident que les sommes qu'il va falloir engager pour réduire les émissions de gaz à effet de serre seront colossales et qu'elles sont à proprement parler inchiffrables, ce qui fait leur charme. A la Conférence de Copenhague on se dispute déjà pour savoir qui paiera et combien. Or il n'est pas du tout prouvé que le gaz carbonique et, dans une mesure beaucoup plus faible, les autres gaz à effet de serre soient à l'origine d'un réchauffement climatique global, qui n'a de global que le nom, puisqu'il ne se vérifie pas sur toute la planète. Par manque de discernement, dans un faste indécent - il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark -, on s'apprête à provoquer un appauvrissement généralisé, parce que de pseudo-scientifiques auront mis l'art divinatoire au rang des sciences exactes.

Les résultats de l'interdiction de fumer, en raison des méfaits supposés de la fumée passive - que conteste le père de la tabacologie moderne, le professeur Molimard (voir mon article Le Pr Molimard dit tout ce que vous devriez savoir sur le tabagisme ) -, n'ont pas tardé à apparaître en Suisse. Nombre d'établissements accusent des baisses de chiffre d'affaires considérables, 40 à 60% en Suisse romande, 30 à 50% en Suisse alémanique, à peine quelques mois ou quelques semaines après la mise en place de la prohibition de fumer dans les cantons suisses - en Suisse romande : le 1er avril 2009 à Neuchâtel, le 1er juillet 2009 à Fribourg et dans le Valais, le 15 septembre 2009 dans le canton de Vaud, le 31 octobre 2009 à Genève, à l'exception notoire du canton rebelle du Jura dont le parlement a refusé courageusement en septembre dernier par 36 voix contre 12 une motion qui demandait l'instauration d'une loi contre le tabagisme passif.

L'Association suisse pour la prévention du tabagisme  (ici) est le fer de lance de la prohibition. Elle a lancé une initiative populaire, le 25 mai 2009, pour la "Protection contre le tabagisme passif". Cette initiative propose des contraintes plus grandes que celles votées par le Parlement le 8 octobre 2008 (voir mon article Tabagisme passif: pour l'OFSP tous les locaux sont fermés ou fermeront ) - qui laissait libres les cantons d'être plus restrictifs - et, surtout, cette initiative propose de n'avoir plus qu'une seule loi régissant l'ensemble de la Suisse. Si elle était votée, la prohibition serait totale dans tous les lieux publics, les lieux privés fréquentés par le public et les lieux de travail fermés. En six mois, l'association aurait récolté 85 000 signatures.

La Communauté d'intérêt des aubergistes libres est née de la révolte des cafetiers et restaurateurs qui ne veulent pas mourir et qui, avec la prohibition de fumer, ont vu s'effondrer leur chiffre d'affaires. Ils sont entrés en dissidence par rapport aux organisations patronales traditionnelles, Hôtelleriesuisse et Gastrosuisse. Avec les Jeunes UDC ils ont lancé une pétition qui, en deux mois et demi, a recueilli plus de 64 000 signatures  (ici). Ce galop d'essai les encouragent à lancer une initiative populaire, en janvier ou février 2010 pour instaurer la liberté d'exploiter des établissements avec ou sans fumée (ici, d'où provient la photo ci-dessus).

A Genève, Les dissidents de Genève (ici), dont je m'honore d'être membre non-fumeur, racontent cet épisode extraordinaire de la résistance à la prohibition de fumer :

"A l'appel du collectif autonome "Légitime Défense des cafés genevois en péril" (LDCGP), une bonne centaine de propriétaires ou d'exploitants d'établissements publics de la ville de Calvin se sont réunis durant deux heures et demie, le 9 décembre 2009,  pour protester contre les effets dévastateurs de la loi genevoise anti-fumée applicable dans toute la République et Canton de Genève depuis le 31 octobre 2009 et pour proposer des mesures d'exception à la législation absolutiste. Quelques 250 établissements ont répondu au mot d'ordre de grève de deux heures (15 h - 17 h) souhaité par la LDCGP. Prélude à une fronde à l'échelle fédérale ? L'accablement ou la colère des victimes témoigne de la gravité de la situation, notamment sur le plan de l'emploi et de l'économie".

L'Association suisse de prévention contre le tabagisme écrit (ici) à propos de la loi fédérale du 8 octobre 2008 qui doit entrer en application le 1er juillet 2010 :

"Les établissements fumeurs nuisent tout particulièrement à la santé des clients comme des travailleurs. De plus, le travailleur doit donner son autorisation écrite (consignée dans le contrat de travail) pour faire le service dans un fumoir ou un établissement public. Ainsi, la loi permet d’exploiter la détresse financière de certains travailleurs en exigeant d'eux leur consentement à travailler dans ces conditions."

La digne association préfère-t-elle que tous les travailleurs perdent leur emploi plutôt que de ne pas préserver l'air "pur", comme certaines associations écologistes politiques préfèrent que les hommes meurent plutôt que de ne pas sauver la planète ?

Francis Richard

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L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 13:55
Un auditeur de Radio Silence (ici) m'a posé la question suivante à propos du vote du 29 novembre sur les minarets [ci-contre projet d'affiche de l'UDC où les trois femmes du Conseil fédéral sont revêtues d'une burqa]:

"Est-ce que la forte participation à ce scrutin, très supérieure à la moyenne pour les votations populaires sur tous les autres sujets,  proviendrait de la plus forte mobilisation des femmes?"

Je lui ai répondu qu'il était bien difficile de répondre à une telle question. 

Il y a des sites (ici) qui, sur le sujet, n'hésitent pas à répondre implicitement par l'affirmative. Je suis plus réservé, en l'absence de données précises sur le vote réel, et préfère donc me limiter à quelques indications.

Vingt jours avant le vote, Marie-Claude Martin, dans Les Quotidiennes (
ici), faisait part d'un sondage du Tages-Anzeiger et du Bund paru un mois plus tôt (ici) :

"Les femmes seraient plus enclines que les hommes à voter oui (39 contre 31%) à l’initiative contre les minarets soutenue par l’UDC. Elles craignent l’installation d’un islam qui leur ferait perdre leurs droits."

Plus loin Marie-Claude Martin, dans le même article, cite le témoignage d'une militante de gauche :

"Je me sens trahie, dit Carla 74 ans qui a milité pour le droit de vote et l'avortement. Je ne comprends pas cette complaisance face à l'intégrisme et le silence des féministes sur cette question."

Dans Le Temps d'hier Marie-Hélène Miauton (ici) écrit à propos de l'intelligentsia politico-médiatique, ce que j'appelle le pays légal [voir mon article Le pays réel suisse a voté contre les minarets ]:

"Dès dimanche soir, les mêmes qui n’avaient rien vu venir ne se sont pas privés cependant d’en commenter les raisons de façon péremptoire: la peur de l’islam, le refus de l’autre, le repli identitaire, la xénophobie… Après s’être leurrés sur l’issue du scrutin, ils auraient pu se montrer plus modestes au moment d’en interpréter le sens, aucune étude sérieuse n’ayant été entreprise pour connaître les motivations profondes des citoyens."
 

Marie-Hélène Miauton est bien placée pour le dire. Elle dirige un organisme de sondage, M.I.S Trend (
ici). Plus loin elle remarque :

"C’est une manie déplorable de toujours prêter au peuple des intentions médiocres, matérialistes et immédiates, laissant accroire que les élites seules auraient la capacité de se projeter dans l’avenir, de développer une réflexion altruiste et de comprendre les vrais enjeux."

La veille, sur Commentaires.com, Marie Zanetti-Abbet (ici) lui répond (ici) comme en écho anticipé :

"Je ne sais pas si "le Suisse a peur", mais la Suissesse, non ! Si l'initiative anti-minarets a été acceptée, c'est en partie grâce à la mobilisation des femmes, y compris de certaines féministes de gauche, du moins outre-Sarine. Pour beaucoup de femmes - et j'en fais partie - voter oui à l'initiative était la seule manière de pouvoir faire passer un message: STOP à la domination masculine et à ses symboles, STOP à l'islam politique, STOP aux suppôts des Frères Musulmans. Et de rappeler à la gauche qu'au lieu de nous bassiner avec des propos lénifiants sur le droit à la différence, elle ferait mieux de s'occuper des droits de la majorité, j'entends par là des droits des femmes. Y compris de nos soeurs musulmanes".

Si les Suisses se révèlent plus souvent téméraires, les Suissesses ne sont-elles pas plus souvent courageuses ?

Francis Richard

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504e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 23:15
Aujourd'hui cela fait exactement 500 jours que la Libye de Kadhafi [photo ci-contre publiée par Le Matin ici] retient deux Suisses en otage. Si j'en crois une dépêche de l'ATS (Agence Télégraphique Suisse) de ce soir (ici), leur rétention est loin d'être finie et pourrait se transformer en nouvelle détention, prolongée, au paradis tripolitain :

"Les deux ressortissants suisses "ont été condamnés par un tribunal spécialisé de Tripoli à 16 mois de prison ferme et à 2000 dinars libyens chacun pour séjour illégal en Libye", a déclaré une source judiciaire sous couvert d’anonymat.


"Le jugement prend effet à partir de mardi", a-t-on souligné de même source, précisant que seuls les 20 jours passés en prison après leur arrestation en juillet 2008 seraient pris en compte.


Cette déclaration laisse à penser que les deux hommes, qui se trouvaient à l’ambassade de Suisse à Tripoli, sont désormais emprisonnés."

Depuis mon dernier article sur l'affaire Kadhafi, qui remonte au 22 octobre dernier, la Suisse a suspendu, le 4 novembre suivant, l'accord qu'elle avait conclu le 20 août précédent, accord qui devait régler le différend entre la Suisse et la Libye, survenu après l'arrestation, le 15 juillet 2008 à Genève, d'Hannibal Kadhafi et de sa femme Aline. Ces gentils époux avaient infligé des sévices à leurs deux domestiques, qui avaient porté plainte contre eux. D'où l'intervention, un peu musclée, de la police genevoise, en présence des gardes du corps du couple, armés jusqu'aux dents.

Le Conseil fédéral a en effet considéré le 4 novembre, plus de deux mois après l'accord du 20 août, que les autorités libyennes n'avaient pas tenu leurs engagements pour ce qui concerne les deux otages, qui, je le rappelle, sont retenus en Libye depuis le 19 juillet 2008, soit deux jours après le retour en Libye d'Hannibal Kadhafi et de sa femme Aline, qui, de leur côté, avaient été libérés sous caution de 500 000 francs après seulement 48 heures de détention. Ouf !

A la mi-septembre 2009 les deux otages suisses avaient disparu. Ils avaient été emmenés en lieu sûr après un contrôle médical auquel ils avaient été convoqués. Or le 9 novembre ils réapparaissaient et étaient reconduits à l'ambassade de Suisse à Tripoli. Trois jours plus tard, nouveau rebondissement : le vice-ministre des Affaires étrangères libyen, Khaled Kaïm, annonçait que les deux otages suisses étaient également inculpés de fraude fiscale, d'infraction au code du commerce, alors que jusqu'à présent ils n'étaient accusés que d'infraction à la loi sur l'immigration, accusation bidon destinée à justifier leur première arrestation arbitraire. Ils étaient aimablement invités à se présenter devant la justice libyenne et à quitter l'ambassade helvétique.

Les deux otages suisses ont-ils quitté l'ambassade suisse pour se présenter devant les juges libyens ou ont-ils été jugés en leur absence? A l'heure où j'écris, 23 heures 15 (1), cette information n'est pas connue. Toujours est-il qu'à la surenchère des charges retenues contre eux se serait maintenant ajoutée la surenchère des condamnations. Si l'on comprend bien, la condamnation à 16 mois de prison ferme et à 2000 dinars ne correspondrait qu'au premier chef d'accusation, c'est-à-dire à l'infraction à la loi sur l'immigration, en attendant les deux autres sentences correspondant aux deux autres chefs d'accusation.

La Libye de Kadhafi est un pays qui est très respectueux des droits de l'homme. On peut donc être sûr que Max Göldi et Rachid Hamdani ont bénéficié de toutes les garanties pour leur défense. Il faut donc croire qu'ils étaient gravement coupables, en s'introduisant en Libye, pour écoper d'une telle première sentence. Ils étaient surtout très coupables de s'être fait pincer au moment où Hannibal et Aline, qui ne badinent pas et ne tolèrent aucun écart - leurs ex-domestiques le savent - faisaient leur "come-back" à la maison.

Le Führer libyen est un musulman modèle, comme on les aime, qui ne ferait pas de mal à une mouche. Le 15 novembre dernier il a fait venir, lors d'un passage à Rome, un bataillon d'une centaine de jolies italiennes, bien calibrées, 1 m 70 minimum, recrutées auprès de l'agence Hostessweb (
ici) pour leur donner à chacune - quelle santé ! - ...un exemplaire du Coran, un exemplaire de son Livre vert de la révolution - il est écolo à sa manière -, et un opuscule intitulé Comment être musulman ( voir l'article du Matin ici). Il aurait récidivé le lendemain et le surlendemain en convoquant 400 autres charmantes personnes auprès de la même agence, une belle âme en quelque sorte. Cet humaniste voulait montrer que l'Islam n'avait rien contre les femmes ... sauf peut-être quand elles sont d'origine bulgare...

Francis Richard

(1) D'après le DFAE, Département fédéral des affaires étrangères, les deux otages suisses se trouvent toujours à l'ambassade de Suisse à Tripoli [note du 02.12.09].

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets du 22.10.09
Retour sur la 64e session de l'ONU et le bras de fer Kadhafi-Merz du 01.10.09
Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire... du 08.09.09
Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages. du 27.08.09
Affaire Kadhafi : C'est la honte ! Hans-Rudolf Merz a fini par se coucher du 20.08.09
La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature du 11.08.09
Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres du 23.07.09
Cherche escroc style Madoff pour gérer fonds Kadhafi du 29.06.09
L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation du 24.04.09
Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 20:00
Prototype de cette élite complètement déconnectée du peuple, Joëlle Kuntz, dans Le Temps de ce jour, écrit un édito proprement scandaleux (ici), où éclate toute l'arrogance de quelqu'un qui se prétend au-dessus des autres et cherche à les culpabiliser. Cette donneuse de leçons écrit notamment :

"La démocratie directe a été conçue comme contre-pouvoir populaire aux pouvoirs délégués des élus et de l'Etat. Il n'a jamais été question d'en faire une poubelle à émotions, où le premier venu, muni d'un peu d'argent, d'un peu de talent ou d'un peu de roublardise peut appeler le peuple à se lâcher" [c'est votre serviteur qui souligne l'expression injurieuse, et scandaleuse].

Les 57,5% des électeurs suisses, qui ont approuvé l'initiative populaire demandant l'interdiction de nouveaux minarets, apprécieront que l'urne démocratique et directe dans laquelle ils ont délibérément et calmement déposé leurs bulletins de vote soit considérée par la plumitive du Temps comme "une poubelle" où ils se seraient "lâchés", et que l'UDC, qui est le premier parti de Suisse, avec près de 30% des suffrages aux dernières élections fédérales, soit considéré par la donzelle comme "le premier venu" [la photo ci-dessus provient du site Dreamstime ici].

La Suisse a un instrument démocratique, que les autres pays du même métal n'ont pas, et que leurs peuples lui envient, la démocratie directe. Le Dictionnaire Historique de la Suisse (ici) précise que l'initiative populaire, qui est ici un des droits populaires, constitue, avec le référendum populaire, le noyau de la démocratie directe helvétique:

"Comme dans le cas du référendum populaire , il s'agit d'abord d'un instrument d'opposition, contre une majorité politique et des autorités dont on se méfie. Mais le référendum tend à maintenir le statu quo, alors que l'initiative vise à introduire un changement, dans la Constitution, sur le plan législatif ou dans un domaine relevant de la compétence d'une autorité élue." [c'est encore votre serviteur qui souligne les mots importants].

Dans mon article d'hier (icij'ai insisté sur le fait que justement l'UDC et ceux qui ont voté pour son initiative, lancée conjointement avec l'UDF, représentant en quelque sorte le pays réel, s'étaient prononcés contre toutes les élites du pays légal, dont ils se méfiaient au point de ressentir qu'elles les trahissaient, c'est-à-dire qu'elles ne défendaient pas leurs valeurs, face à une toujours possible islamisation du pays.

Avant le vote, je n'étais pas sûr que l'interdiction de la construction de nouveaux minarets fût la bonne réponse à cette méfiance à la fois à l'égard des élites suisses, qui se montrent veules dès qu'un obstacle surgit, et des musulmans de Suisse, qui ne condamnent jamais clairement les exactions de leurs coreligionnaires radicaux. Mais je suis sûr maintenant qu'en s'attaquant à ce symbole de domination, qu'apparaît le minaret, les initiants ont touché l'endroit sensible qui permet de démasquer les musulmans véritablement radicaux.

Joëlle Kuntz demande à la fin de son édito aux sages, vraisemblablement aux membres du Conseil fédéral, d'avoir le courage d'utiliser les moyens institutionnels à leur disposition pour "endiguer [les] dérapages" tels que le vote de dimanche dernier. En résumé sous prétexte de protéger la démocratie, elle demande que la parole ne soit plus donnée au peuple sur des sujets de société où il déraperait, c'est-à-dire ne voterait pas comme elle. Autrement dit : quand le peuple vote mal, il faut le faire taire.

Dans ce contexte j'ai été heureusement surpris par le ton de l'édito de ce jour de Nicolas Verdan dans 24 Heures (ici)

"Il n’y a pas de honte à être «contre». Contre l’initiative sur les minarets, ou contre les minarets, à chacun son opinion. C’est même, en Suisse, un droit de pouvoir l’exprimer.


Et pourtant, chez les perdants de dimanche, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Déçus, c’est aussi un droit, fâchés, c’est tout naturel, outrés, on comprend, certains considèrent le résultat des urnes comme une atteinte à la démocratie. Là, ils ont tort. Au nom des «pour», «pour la tolérance», «pour l’ouverture», «pour l’intégration des étrangers», quelques chantres de la démocratie directe vont jusqu’à demander aujourd’hui l’arbitrage étranger. Quitte à soulever les urnes dépouillées pour les reverser sur la table des juges à Strasbourg.


Quelle que soit l’amertume ou le sentiment d’injustice éprouvés au lendemain du vote, aucune valeur supérieure du «bien» n’autorise quiconque à remettre en question la vox populi. En âme et conscience, de nombreux Suisses ont voté. Et personne n’a le droit, ici ou ailleurs, de prétendre qu’ils se sont trompés." [c'est votre serviteur qui persiste à souligner].

Cette attitude anti-démocratique des perdants apporte de l'eau au moulin de l'UDC qui, dans un communiqué publié hier, disait (ici) sous la signature de son secrétaire général, Martin Baltisser :

"Au lieu d'accepter tout simplement la décision du peuple, on brandit la menace du droit international public. On ose affirmer que le dernier mot n'appartient pas au peuple, mais au Tribunal fédéral, voire à la Cour européenne de justice. Avancer de pareils arguments, c'est manifester une conception lamentable de la démocratie et mépriser ouvertement les droits populaires".

Aussi bien les déclarations de la Haut-Commissaire de l'ONU (ici), où siègent surtout des dictatures, que celles de pays respectueux des droits de l'homme et de la liberté religieuse tels que la Turquie, l'Iran (ici) ou la Jordanie, ne devraient pas intimider les sages du Conseil fédéral, qui devraient défendre la démocratie modèle de ce pays. Mais vu leurs reculades de l'année écoulée, cela semble beaucoup leur demander.

Avant-hier Philippe Barraud sur Commentaires.com écrivait (
ici):

"Nous avons la chance, mais peut-être plus pour très longtemps, de bénéficier de droits populaires très étendus. On aurait tort de croire qu'ils sont là pour l'éternité. Plus les Suisses votent contre la classe politico-médiatique, plus les manoeuvres pour les faire taire vont se multiplier".

Il faut espérer que Philippe Barraud se trompe et que Joëlle Kuntz n'ait pas raison.  


Francis Richard

Nous en sommes au

500e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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