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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 22:00
Hier le peuple suisse s'est exprimé, sans ambiguïté, par 57,5% des voix (ici), contre la construction de nouveaux minarets [ci-contre photo du minaret de la mosquée du Petit-Saconnex à Genève tirée de la TDG ici], avec une participation élevée. Cette décision du peuple a été prise contre l'avis de tous les médias, à de rares exceptions près, contre tous les partis, à l'exception de l'UDC (ici) et de l'UDF (ici), contre toutes les églises, dont on se demande qui elles représentent encore. Le pays réel s'est prononcé contre le pays légal, c'est-à-dire contre toutes ses élites, dont il ressentait qu'elles le trahissaient.

Ce résultat a surpris tout le monde, même les initiants, qui n'en espéraient pas tant, mais qui assument cette victoire éclatante, et inattendue. Les derniers sondages, parus dix jours plus tôt, donnaient en effet une victoire large au camp du non à l'initiative, 53% contre 37% (ici). Les sondages se sont-ils trompés ? Je ne crois pas, mais il est des opinions qui sont tabous et que le terrorisme intellectuel généralisé vous interdit d'exprimer, même avec l'assurance de l'anonymat. C'est l'effet pervers de toute diabolisation totalitaire. 

Ce résultat est une victoire de la démocratie directe suisse. En effet, malgré l'unanimité à condamner l'initiative contre la construction de nouveaux minarets, le peuple suisse ne s'est pas laissé intimider. Pourtant ce ne sont pas les manoeuvres d'intimidation qui ont manqué, et qui continuent : un oui fâcherait, et va fâcher, la Suisse avec les pays musulmans, un oui irait, et va, à l'encontre des intérêts économiques et touristiques du pays, un oui entacherait, et va entacher, une fois de plus l'image de la Suisse.

Un seul canton romand a vraiment rejeté l'initiative, par plus de 59% des voix, c'est Genève. Ce qui n'a rien d'étonnant. Ces derniers temps ce canton ne s'est pas distingué par son indépendance d'esprit à l'égard de ses élites. La poussée de fièvre MCG au Grand Conseil (voir mon article La forte progression du MCG s'explique par sa proximité des gens ) n'est pour le moment qu'une parenthèse dans un discours conformiste permanent. Le vote du 27 septembre 2009, quasi soviétique, 80% des voix, pour interdire la fumée passive à Genève, montre que les citoyens de ce canton sont de dociles instruments de la propagande médiatico-politique. 

Chez les commentateurs habituels de la presse romande - je ne parle même pas de la presse étrangère qui, dans sa grande majorité, ne comprend rien à la Suisse - un mot est sous toutes les plumes, c'est le mot "peur". Dans Le Temps, François Modoux parle (ici) de vote "inspiré par la peur, les fantasmes et l'ignorance". Pierre Ruetschi, dans La Tribune de Genève, parle (ici) de "la peur et [de] l'intolérance d'une Suisse du repli".    

Ce sont en réalité des arroseurs arrosés. Les médias, comme les politiques d'ailleurs. Le peuple suisse en votant contre la construction de nouveaux minarets a décidé de résister, alors que ses élites baissent pavillon. Le peuple suisse a choisi d'être courageux et de sanctionner cette peur du reste du monde que ses élites, qui en sont saisies, voulaient et voudraient lui inoculer. Il l'a fait dans le secret de l'isoloir, faute de pouvoir le faire au grand jour, le pistolet de la diabolisation totalitaire appuyé sur la tempe.  

Il ne faut pas faire de peine aux autres, même si la morale est de son côté. Telle est l'attitude molle des autorités helvétiques tout au long de cette année 2009.  Ce sont ces reculades qui ont terni l'image de la Suisse. De se redresser, sans souci des conséquences, ne peut que la redorer, contrairement à ce que des élites aveulies peuvent penser.   

Le secret bancaire, qui protège les libertés individuelles et relève des droits de l'homme, a été en grande partie abandonné, sans combattre, par la Suisse sous la pression du G20 et de l'OCDE. Les noms de 4'550 clients de l'UBS, qui lui avaient fait confiance, vont être livrés par la Suisse (voir mon article L'annexe à l'accord du 19 août sur l'UBS entre la Suisse et les Etats-Unis ) au fisc américain sous la pression du gouvernement des Etats-Unis. Muammar Kadhafi, le tyranneau libyen, a reçu  sans broncher les plates excuses du président de la Confédération et n'a pas réduit, mais au contraire augmenté, ses exigences, comme tout maître-chanteur (voir mon article Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets ).

Les musulmans de Suisse sont bien sages. Ils semblent bien intégrés. Encore qu'ils revendiquent de plus en plus de passe-droit pour appliquer les préceptes de leur religion, passe-droit qui ne sont pas toujours compatibles avec nos valeurs, et nos moeurs, judéo-chrétiennes, sur lesquelles reposent nos libertés. D'où une méfiance à leur encontre que reflète le vote suisse d'hier, qu'ils prennent mal dans leur ensemble. Ce qui est tout à fait compréhensible.

On nous le répète assez sur tous les tons, la Suisse n'est pas toute seule au monde. Elle est entourée de pays ... où l'Islam pose de plus en plus de problèmes. Les élites suisses ont pris le parti de boucher leurs oreilles, de fermer leurs yeux sur ces problèmes, et préfèrent s'entretenir avec leurs alter-ego de ces autres pays, en sirotant champagne et dégustant petits fours. Il ressort pourtant de l'observation du monde que les musulmans ne sont modérés que lorsqu'ils sont largement minoritaires dans un pays et qu'ils évoluent dangereusement quand les proportions s'inversent.

Même s'ils pratiquent de moins en moins leurs religions historiques, et bien souvent ne croient même plus, les Suisses sont attachés aux libertés qui sont issues des principes mêmes de ces religions, dans leur version laïcisée. Ils ont eu hier l'opportunité de faire un avertissement sans frais à la population musulmane suisse, qui est passée de 16 000 il y a 40 ans à plus de 400 000 aujourd'hui, et qui pourrait être tentée de ne plus aussi bien se comporter à l'avenir, si elle est toujours plus nombreuse. 

Rappelons que l'initiative contre la construction de minarets a été déposée après que trois demandes de construction ont été faites dans la foulée de celle réalisée à Winterthur en mai 2005. Après quatre ans de procédure, et notamment après une pétition de la population locale qui s'y opposait, un minaret a été inauguré en juin dernier à Wangen. Le Tribunal fédéral avait autorisé cette construction qu'il déclarait conforme à la Constitution. Seule une inscription contraire dans la Constitution aurait pu donner raison aux opposants. C'est ainsi que les minarets projetés à Langenthal et à Wil, et qui soulèvent des oppositions, ne pourront plus maintenant être construits, après le vote d'hier.

Pour des musulmans notoires (voir mon article L'interdiction de l'affiche anti-minarets escamote le vrai débat )- et pour les initiants - symbole politique conquérant, pour les opposants simple symbole religieux, le minaret, de forme phallique, n'est pas, selon tout le monde, y compris les musulmans, un accessoire architectural indispensable aux mosquées, dont nombre dans le monde sont d'ailleurs dépourvues. Son absence n'empêche donc pas la libre pratique religieuse musulmane dans une mosquée et n'enfreint pas la liberté religieuse tout court. C'est en ce sens, et pourquoi, j'ai dit plus haut que le vote suisse d'hier était un avertissement sans frais.

L'inscription dans la Constitution apparaît donc comme une mesure conservatoire, une limite pour préserver les autres valeurs du modèle suisse. Pour peu que l'ensemble des musulmans de Suisse poursuivent leur intégration dans la société helvétique comme ils l'ont fait jusqu'à présent, et qu'ils condamnent clairement, ce qu'ils ne font malheureusement pas, leurs coreligionnaires extrémistes et liberticides, cette exception tombera d'elle-même en désuétude, disparaîtra, et son symbole agressif avec.

Francis Richard

Nous en sommes au

499e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 21:30
Il y a trois ans cet électron libre d'Eric Zemmour écrivait un livre sur Le premier sexe, un véritable pamphlet, comme on n'en fait plus guère. Il entendait, par premier sexe, le beau sexe, celui qu'il serait bien difficile aujourd'hui de considérer comme le sexe faible, ou comme le deuxième sexe immortalisé par Simone de Beauvoir, puisqu'au cours des dernières décennies il aurait ravi aux hommes la première place, en cumulant plusieurs rôles à la fois. Ce d'autant plus facilement que, dans le même temps, les hommes se seraient féminisés de manière accélérée. Enfin, pas tous... Néanmoins Eric Zemmour appelait alors de ses voeux un revirement des mentalités.

Ce revirement, chez les femmes, serait d'ailleurs en train de se produire, mais les hommes n'en voudraient pas, ravis somme toute d'être émasculés :

"De plus en plus de femmes - même parmi les plus diplômées - se retirent du marché du travail au premier enfant. Les yeux des femmes se sont dessillés ; elles ont compris le piège que le capitalisme leur avait tendu ; tout se passe aussi comme si, inconsciemment affolées par la féminisation accélérée de leurs hommes, elles tentaient un rétropédalage désespéré. Il me semble en revanche que la plus grande résistance viendra des hommes, trop contents de s'être enfin débarrassés du fardeau qui court entre leurs jambes. Même si la soumission, l'humiliation, le malheur sont leur destin."

Sur le marché de la politique suisse les choses sont-elles différentes ? Elue hier présidente, pour 2010, du Conseil National, Pascale Bruderer [photo ci-dessus tirée de son blog ici], 32 ans, est certes mariée, mais n'a pas d'enfant. Certainement élue, le 2 décembre prochain, présidente de la Confédération, pour 2010, Doris Leuthard [photo ci-contre en provenance du site de la Confédération ici], 45 ans, est bien mariée, mais n'a pas pu avoir d'enfant. Elue hier également présidente, pour 2010, du Conseil des Etats, Erika Forster-Vannini [photo ci-dessous tirée de son blog ici], 65 ans, est mariée, a eu quatre enfants, mais elle est d'une génération, où les femmes d'exception ne voulaient ni renoncer aux enfants, ni à une carrière, quelle qu'elle soit.

Les médias, de concert avec la conseillère nationale, socialiste et féministe, Ada Marra, s'extasient sur cette "heureuse constellation qui a emmené ces trois politiciennes en même temps à ces postes" (ici). Il faut en effet préciser que l'accession aux trois postes les plus en vue de la Confédération est le résultat du tournus habituel entre partis, donc le fruit d'un hasard, que la plus grande proportion de femmes politiques, au sein des deux assemblées et au sein du conseil fédéral, rend tout de même plus probable que jadis.
 Si Pascale Bruderer est socialiste, Doris Leuthard est démocrate-chrétienne et Erika Forster-Vannini libérale-radicale. Ainsi l'éventail politique est-il fortuitement assez bien représenté par ces trois femmes, bien de leurs personnes, élues à la tête des institutions du pays.  

Les médias s'extasient parce qu'ils voient dans ce hasard, qui ferait bien les choses, une avancée de la cause des femmes. Ils dressent avec bonheur les bilans féministes (ici) des trois politiciennes parvenues au sommet du pays. Ils soulignent que Pascale, en qualité de socialiste, est tout acquise à la cause féminine et qu'elle milite pour le temps partiel; que Doris ne voit pas les femmes à la maison et qu'elle a même soutenu les quotas "au sein des conseils d'administration des entreprises publiques de la Confédération"
; qu'Erika a prêché d'exemple en devenant "la première femme à présider le Grand Conseil de Saint-Gall".

En revanche, si les représentantes d'organismes publics défendant l'égalité entre hommes et femmes se réjouissent automatiquement de cet événement, elles tempèrent les ardeurs (ici). Patricia Schulz, directrice du Bureau fédéral de l'égalité entre hommes et femmes (ici), déclare que "cela ne doit pas rester une exception" et Muriel Golay, la directrice adjointe du Service pour l'égalité entre hommes et femmes de Genève (ici) confirme que "rien n'est acquis d'avance". Ces charmantes personnes se plaignent, mais les femmes représentent tout de même près de 30% des élus au Conseil national... alors qu'il est pourtant difficile "de concilier vies familiale, professionnelle et politique".

Les femmes doivent-elles chercher, toujours et partout, l'égalité mathématique avec les hommes ? Rien n'est moins sûr. Après tout la quantité n'est pas un gage de qualité. Les femmes, qui doivent rivaliser avec les hommes pour occuper les premières places, si elles ne renoncent pas à être des femmes pleinement épanouies, ne peuvent qu'être exceptionnelles au sens d'insignes, et non pas d'inhabituelles. Il leur faut en effet concilier maternité, dont les hommes sont incapables par définition, et compétition. Bref il leur faut être des super-femmes.

Ou sinon n'être que des femmes carriéristes, et sans enfants. C'est un choix, dont je ne suis pas sûr qu'il faille faire un modèle universel. Ne serait-ce que pour des raisons démographiques, même si je sais que la mode, écologique et malthusienne, est à la diminution des naissances, de préférence - totalitaire - dans les pays riches, déjà fortement éprouvés à ce point de vue-là, sur une planète dont les ressources seraient limitées... surtout par le manque d'imagination.    


Francis Richard

Nous en sommes au

493e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye


L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence (
 
ici ) mon émission sur le même thème. 
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 00:40
Avant-hier la fameuse annexe à l'accord du 19 août 2009 entre la Suisse et les Etats-Unis sur les comptes détenus à l'UBS [photo ci-contre en provenance du site de la RSR ici] par des Américains a été publiée, comme prévu, 90 jours après la conclusion de cet accord [voir ici la version française de cet accord, comprenant la fameuse annexe].

Ce qui est dit dans cette annexe n'est malheureusement pas surprenant et confirme ce que j'écrivais le 19 août 2009, au soir de l'accord [voir mon article Sauvetage UBS : la concession faite par la Suisse serait-elle de livrer les noms ? ], à savoir :

"Il semble bien que la concession qu'ait faite la Suisse aux Etats-Unis soit donc bien de donner des noms spontanément, en respectant cette fois la procédure qui prévoit un recours de la part des nominés, au contraire de ce qui a été pratiqué en début d'année. Mais cette concession est de taille et c'est un fâcheux précédent..."

Ce qui était un euphémisme... 

Interrogé dans le cadre de l'émission Forum, du 20 août 2009, entre 18 et 19 heures, sur La Première, Philipp Fischer, avocat d'affaires, confirmait mon analyse de la veillle:

"Il est important de constater que dans la conception traditionnelle de l'entraide en matière fiscale il appartenait à l'autorité requérante, donc ici à l'autorité américaine, de nommer les titulaires des comptes concernés, au sujet desquels les informations étaient requises de la part des établissements bancaires suisses. L'accord change de manière radicale cette approche dans la mesure où il n'appartient plus à l'autorité requérante d'identifier les clients mais à la banque concernée, donc ici à l'UBS, d'identifier ces comptes sur la base de ces fameux critères qui ne sont pas encore connus à l'heure actuelle, et, une fois que ces clients, qui ne sont pas connus de l'autorité américaine ont été identifiés, l'autorité fiscale suisse rend une décision de communiquer les noms aux autorités américaines. Là il y a un changement de rôle pour l'identification des comptes concernés qui est très important et qui permet de dire qu'on a affaire à un changement de paradigme." 

L'annexe à l'accord du 19 août, dans son jargon juridique, ne dit pas autre chose [j'ai souligné en gras les passages essentiels]:

"Une demande d'entraide administrative implique en principe l'identification claire et précise des personnes concernées. Cependant, vu le comportement fautif mis en évidence chez certains contribuables américains, titulaires de comptes non déclarés au moyen du formulaire W-9 (non-W-9) auprès d’UBS SA Suisse (UBS) à leur nom ou au nom d’une société offshore sans activités opérationnelles dont ils étaient ayants droit économiques, la spécificité du groupe de personnes concerné, décrit au ch. 4 de l’exposé des faits du Deferred Prosecution Agreement (DPA) conclu entre les Etats-Unis d’Amérique et UBS le 18 février 2009, et les exigences formulées dans l’arrêt du Tribunal administratif fédéral du 5 mars 2009, il n’est pas nécessaire de mentionner les noms des clients américains d’UBS dans la demande d’entraide administrative."

 


Autrement dit, sans langue de bois : en principe les noms ne doivent pas être donnés, mais, vu le comportement fautif de certains américains titulaires de compte UBS, ils ne peuvent pas bénéficier de l'anonymat qui les aurait protégés normalement. Il n'est pas nécessaire que le fisc américain donne leurs noms dans sa demande d'entraide judiciaire. Ils seront donnés sur un plateau par la Suisse.

Auparavant, fautifs ou pas, cela aurait été au fisc américain de donner les noms des présumés coupables. Qu'est-ce qui a changé ? La Suisse a préféré défendre ses intérêts immédiats plutôt que ses principes. Belle mentalité ! Car il n'y a pas d'autre raison qui justifie cette volte-face.  

Seront déclarés fautifs ceux pour lesquels "il y a de sérieuses raisons de penser qu'ils ont commis "des fraudes ou délits semblables"". L'annexe nous éclaire sur les critères qui permettent de penser que des fraudes et délits ont été commis. Ce sont bien les critères que le Centre patronal mentionnait dans son numéro 39 d'Etudes et enquêtes, consacré au secret bancaire et à la place financière suisses (voir mes articles
Une étude du Centre patronal - 1ère partie : le secret bancaire suisseetUne étude du Centre patronal - 2e partie : la place financière suisse). Sous une autre formulation, ce sont les trois cas de figures suivants synthétisés par le Centre patronal:

"Premièrement, la fraude qui ne serait pas réalisée dans un but de fraude fiscale ; deuxièmement, la destruction de livres comptables, leur non-production et leur absence de tenue; troisièmement, le fait de ne pas remplir une déclaration d'impôt, couplé avec un comportement qui rend difficile, pour l'autorité fiscale, la découverte de certains éléments non déclarés."

Aux critères définissant les présomptions de "fraudes ou délits semblables",
l'annexe - ce qui est propre à l'accord du 19 août - ajoute des critères de montants, en avoirs et en revenus, et divise les clients américains de l'UBS en deux catégories, les clients titulaires directs et ayants droit économiques de comptes-titres d'une part, les ayants-droits économiques de comptes de sociétés offshore d'autre part. Pour les premiers, au nombre de 4'200, ce sont les ressortissants domiciliés aux Etats-Unis qui sont visés et, pour les seconds, au nombre de 250, ce sont tous les ressortissants, indépendamment de leur domicile.

Je rappelle qu'en droit fiscal américain l'imposition est fondée sur la nationalité et pas seulement sur la résidence. Ce qui permet d'introduire cette seconde catégorie de contribuables dans l'annexe à l'accord du 19 août. Jan Krepelka, dans un entretien accordé à Sonia Arnal dans Le Matin Dimanche du 8 novembre 2009, dit tout le mal qu'il pense de ce fondement de l'imposition (ici) :

"[Les Etats-Unis] font payer des impôts à leurs ressortissants même s’ils ne vivent plus sur le territoire américain depuis des dizaines d’années. Ces citoyens sont otages de leur passeport et victimes d’un abus de pouvoir de l’Etat."

Il ne faut pas se faire d'illusions. Le dossier de ces fautifs américains sera suffisamment bien ficelé autour de leur cou par l'Administration fédérale des contributions, AFC, pour que le recours éventuel qu'ils feront devant le Tribunal administratif ne puisse pas aboutir. Ce sera un simulacre de procédure respectée, puisque le résultat est garanti d'avance. Il ne faut pas oublier que la Suisse s'est engagée à donner les noms de ces 4'450 clients américains de l'UBS et que, si elle ne le fait pas, l'accord pourra être remis en cause par les Etats-Unis et la licence de l'UBS d'exercer aux Etats-Unis pourra être supprimée. Je précisais dans mon article du 19 août la chronologie de l'accord :

"Les premiers 500 comptes devraient être livrés sous 90 jours, le reste sous 360".

Il paraît qu'effectivement l'AFC est prête à notifier aux 500 premiers clients qu'ils seront livrés au fisc américain, sauf recours de leur part, couronné de succès...

Il y a 75 ans, exactement, en 1934, le secret bancaire était renforcé dans la Loi fédérale sur les banques,  notamment dans les articles 162 et 320. Comme le rappelait Jan Krepelka dans l'entretien évoqué ci-dessus  :

"Quand en 1934 il est devenu punissable de divulguer des informations sur les détenteurs de compte en banque, il s’agissait de protéger les avoirs de personnes persécutées par leur pays d’origine. Après la Grande Dépression, certains Etats ont interdit toutes les exportations de capitaux, même si leur source était parfaitement légale. Les gens qui tentaient de mettre à l’abri leur fortune risquaient de très lourdes peines de prison, et dans une Europe d’avant-guerre très instable, où les dictatures commençaient à émerger, certains risquaient aussi la confiscation, par exemple à cause de leur appartenance religieuse. Garder le secret était primordial pour leur sécurité et a été vu à l’époque comme parfaitement en accord avec la défense des droits de l’homme et la morale."

J'ajouterai que ce n'était pas une menace en l'air puisque l'Allemagne nazie, en juin 1933, avait promulgué, une série de lois obligeant les citoyens allemands à déclarer leurs avoirs à l'étranger. Pour défaut de déclaration, la sanction pouvait aller jusqu'à la peine de mort :
trois Allemands ont d'ailleurs été exécutés en 1934 pour crime de posséder un compte en Suisse...

Jan Krepelka a raison de souligner que le secret bancaire relève des droits de l'homme :

"Chacun a droit au respect de sa sphère privée, il n’y a aucune raison pour que l’Etat sache tout de votre santé ou de vos finances. De même qu’il faut des bonnes raisons et un mandat pour que des policiers viennent fouiller chez vous, il faut aussi de très sérieuses raisons et des autorisations pour que vos comptes soient épluchés. En tant que citoyen, vous avez droit à cette protection. Mais ces derniers temps, en matière fiscale notamment, il y a une inversion de paradigme. C’est un peu comme si dans un procès, au lieu que la charge d’établir la culpabilité incombe à l’Etat, la charge d’établir son innocence incombe à l’accusé. Il n’y a plus de présomption d’innocence, le contribuable doit prouver qu’il ne fraude pas le fisc ou ne se prête pas à de la soustraction avant même qu’on ait la moindre preuve qu’il puisse l’avoir fait."   
 
Jan Krepelka conclut ainsi son entretien avec Sonia Arnal :

"Les Etats qui nous entourent, et qui gèrent mal leurs finances publiques, vont continuer à faire pression non seulement sur leurs contribuables, mais aussi sur la communauté internationale, pour freiner autant que possible la concurrence fiscale. Je vois gagner du terrain à cette conception très désagréable de l’impôt où l’Etat a un droit de plus en plus étendu sur le revenu du citoyen, qui doit lui en rétrocéder une part toujours plus importante sans qu’on lui demande son avis, et qui devrait en plus tout dire de comment il gagne sa vie, où il place son argent, ce qu’il en fait. Or le citoyen n’a pas à se justifier sur ces points. C’est aussi à cela que sert le secret bancaire, et pour cela qu’il faut le protéger."

Dimanche dernier, 15 novembre 2009, Patrick Odier, le nouveau président de l'ASB, l'Asssociation suisse des banquiers accordait un entretien à la NZZ am Sonntag que Le Matin résume en ces termes (
ici) :

"A l’avenir, les banques suisses doivent refuser l’argent non déclaré au fisc de clients étrangers. C’est avec ce nouveau modèle commercial et l’introduction d’un impôt libératoire que l’Association suisse des banquiers (ASB) veut contrer l’échange automatique d’informations réclamé par l’étranger dans la lutte contre l’évasion fiscale."

Dans les passages que j'ai reproduits de son entretien au Matin Dimanche, Jan Krepelka a bien montré que le secret bancaire relève des droits de l'homme et qu'il est le garant de libertés individuelles, que l'on s'empresse de mettre dans sa poche avec un mouchoir par dessus, au nom d'une Real-Ökonomie, bien éloignée des principes d'une libre économie.

La Confédération suisse en signant l'accord du 19 août 2009, dont nous connaissons maintenant l'annexe, l'Association suisse des banquiers en déclarant par la voix de son président que les banques ne devraient plus accepter que de l'argent fiscalement propre, montrent que les libertés individuelles sont le cadet de leurs soucis à partir du moment où leurs intérêts sont en jeu. Cette attitude sans élégance n'est pas près de redorer le blason de la Suisse, passablement écorné ces derniers temps.

Francis Richard

Nous en sommes au

488e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 22:45
Depuis plus de 27 ans, le GSsA, Groupe  pour une Suisse sans armée (ici), tente vainement de démanteler l'armée suisse, au mépris de la sécurité de ses habitants. La défense du pays est pourtant une des fonctions régaliennes que l'Etat doit assumer et l'armée en est l'instrument indispensable. Le gros mensonge est de dire que la Suisse n'est plus menacée par personne et qu'en conséquence l'armée suisse est devenue inutile. On peut rêver... Même s'il est vrai que les menaces potentielles ne sont pas les mêmes que par le passé.

Dans ce but de suppression de l'armée, ce groupe de pacifistes, fondé le 12 septembre 1982, a lancé le 25 mars 1985 une initiative qui, lors de la votation du 26 novembre 1989, a obtenu 35,6% des voix, il y a tout juste 20 ans, au moment où d'aucuns prétendaient que la fin de l'histoire était arrivée, peu après que le mur de Berlin a chu. Une deuxième initiative, lancée en 1995 par le même groupe, demandant une nouvelle fois l'abolition de l'armée suisse, n'a recueilli que 21,9%. C'était le 2 décembre 2001.

Il est plusieurs moyens d'atteindre l'objectif que s'est fixé le GSsA. L'un de ces moyens, tordu, est de s'attaquer à l'approvisionnement en armes de l'armée suisse. C'est ce que se propose d'obtenir une initiative déposée par le GSsA, le 21 septembre 2007, munie de 109'224 signatures, et sur laquelle le peuple suisse doit se prononcer le 29 novembre prochain.

Cette initiative veut ajouter de longs paragraphes à l'article 107 de la Constitution fédérale (ici), article qui traite des "armes et matériel de guerre".

Cela commence par un voeu pieux qui ne mange pas de pain, puisque cette déclaration d'intentions est générale et se garde bien d'entrer dans les détails de leur mise en oeuvre :

"La Confédération soutient et encourage les efforts internationaux en vue du désarmement et du contrôle des armements".

Une fois ce voeu pieux exprimé, il s'agit d'interdire l'exportation et le transit de matériel de guerre, de biens militaires spéciaux et "de biens immatériels, y compris des technologies, essentiels au développement, à la fabrication ou à l'exploitation" du matériel de guerre et des biens militaires spéciaux "sauf s'ils sont accessibles au public ou servent à la recherche scientifique fondamentale".

Dans ce même esprit il s'agit d'interdire "le courtage et le commerce" des biens ci-dessus "lorsque leur destinataire a son siège ou son domicile à l'étranger".

La conséquence de la mise en application immédiate de l'initiative, si elle est acceptée par le peuple suisse et par les cantons, sera que des places de travail, c'est-à-dire des emplois, seront supprimés [l'affiche ci-dessus provient du site des opposants à l'initiative ici]. Leur nombre n'est pas facile à évaluer. Le Conseil fédéral parle de 5'000 places, tandis qu'Economiesuisse (ici) avance le chiffre de 10'000 : 

"Car le Conseil fédéral se base sur une étude qui ne prend en compte que les fabricants directement concernés par le matériel de guerre et les biens militaires spécifiques." [Voir article d'Arcinfo.ch ici]

Or les entreprises suisses d'armement produisent des biens qui peuvent être également utilisés à des fins civiles. L'imbrication est bien difficile à démêler.

L'ineffable Jacques Neirynck [voir mon article Jacques Neirynck aime l'eau du robinet, grand bien lui fasse ! ] ironise sur ce chiffre de 10'000, dans une lettre ouverte, publiée dans L'Hebdo de ce jour (ici), à l'adresse de Pascal Gentinetta, le directeur d'Economiesuisse :

"Ce chiffre rond est brandi dès que l'on propose, à une industrie quelconque, une mutation dans sa production afin d'en garantir le bon aloi, c'est-à-dire l'adéquation au marché et la pérennité".

Ce qui prouve une nouvelle fois que ce digne ex-professeur de l'EPFL ne connaît rien à l'économie et notamment au fait que la disparition de débouchés, du fait du Prince, n'engendre pas seulement la disparition de places de travail directement, mais également indirectement et que le chiffre de 10'000 est vraisemblable, sinon exact.

Conscients tout de même que leur initiative va provoquer la disparition d'un grand nombre de places de travail, ses promoteurs ont introduit un nouveau paragraphe dans l'article 197 de la Constitution fédérale, qui traite des "dispositions transitoires". Aux termes de ce texte la Confédération devra soutenir pendant dix ans "les régions et les employés touchés par les interdictions" figurant dans le nouvel article 107.

Le Conseil fédéral a chiffré à 500 millions le coût annuel que devront supporter les contribuables pour satisfaire aux émois de ce groupe de pacifistes. Comme on l'a vu les dégâts pourraient bien être plus importants que cette première estimation, basée sur la disparition de seulement 5'000 places de travail.

Il y a en effet un grand nombre de PME, qui ont des activités mixtes, civile et militaire et qui seront grandement touchées par cette interdiction brutale. 550 seraient menacées. Mais il y a aussi de grandes entreprises. Parmi elles, RUAG, dont le capital est détenu par la Confédération, qui a chiffré à 2'000 le nombre de places de travail qu'elle perdrait sur un effectif total de 7'000 employés et dont le matériel civil représente 46% du chiffre d'affaires.

Les trois autres grands du secteur de l'armement sont des entreprises privées, détenues par des étrangers : MOWAG (800 personnes), filiale de General Dynamics (92'000 personnes); Rheinmetall Air Defence (9'000 personnes), filiale de Rheinmetall AG (20'000 personnes); Swiss Arms, ancien département armement de SIG, qui a été racheté par des investisseurs allemands.

Il va de soi qu'en cas d'acceptation de l'initiative le 29 novembre la tentation sera grande pour ces entreprises de délocaliser ce qu'elles ne seront plus du tout libres de vendre directement à leurs clients étrangers. Ce qui se traduirait pour la Suisse par une perte de savoir-faire et d'indépendance en matière de défense. 

Pour mémoire la LFMG, la Loi fédérale sur le matériel de guerre (ici), du 13 décembre 1996, dont le but est de "veiller au respect des obligations internationales et des principes de la politique étrangère de la Suisse, par le contrôle de la fabrication et du transfert de matériel de guerre et de la technologie y relative, tout en permettant le maintien en Suisse d’une capacité industrielle adaptée aux besoins de sa défense", et la LCB, la Loi sur le contrôle des biens, du même 13 décembre 1996(ici), restreignent déjà fortement la liberté des entreprises d'armement en matière d'exportations.

Les initiants du GSsA, tous gens de gauche ou assimilés, qui sont toujours prompts à défendre l'emploi des travailleurs et que gênent ces arguments économiques, les minimisent, en rappelant, comme Jacques Neirynck, que l'industrie suisse d'armement "ne pèse qu'un tiers de pour cent des exportations" du pays.

Aussi sont-ils plus à l'aise en invoquant l'argument moral. Jacques Neirynck, toujours lui, fervent défenseur de l'initiative se risque donc à écrire :

"Ces armes, faites pour tuer, le font: on estime à 6 000 par an les victimes d'armes suisses, en majorité du reste des civils, bombardés au petit bonheur la chance"

Il ne nous dit pas qui est "on", mais ce chiffre arrondi de 6 000, brandi par lui, est du meilleur effet pour troubler la conscience de l'helvète moyen. C'est peut-être du meilleur effet, mais c'est parfaitement hypocrite de la part de ce chrétien patenté. Ce qui, dans son cas, rime fâcheusement avec pharisien.

Car ce bon apôtre, estampillé démocrate-chrétien, représentant le canton de Vaud au Conseil national, sait parfaitement que si les armes suisses tuent autant de gens qu'il le prétend, d'autres fabricants d'armes n'attendent que l'acceptation de l'initiative, qui a ses suffrages, pour les remplacer par des produits de leur cru, qui auront l'insigne mérite de ne pas être "made in Switzerland". Ce qui lui permettra de s'en laver les mains.

Francis Richard

L'initiative du GSsA a été rejetée par 68,2% des voix le 29.11.09.

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481e jour de privation de liberté pour Max Göldi et Rachid Hamdani, les deux otages suisses en Libye

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème. 
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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 16:00

La vie prend des détours inattendus. Il faut parfois un évènement douloureux pour que nous nous souvenions enfin. Ainsi la mort de Jean-Claude Fontanet [photo ci-contre, tirée du blog de Jean-Louis Kuffer, Passion de lire, sur 24 Heures (ici)], survenue le 15 juillet dernier, m'a-t-elle fait souvenir de nos rencontres, dans mon jeune temps, et des livres de lui que j'ai lus à l'époque.

Il y a un peu plus de quarante ans j'ai fait la connaissance de Jean-Claude Fontanet aux ARB [Amis de Robert Brasillach], qui étaient alors présidés par Pierre Favre, Directeur de Publicitas, membre du Rotary comme mon père, disparu il y a tout juste 20 ans, et qui devait être comme un père pour moi, pendant une période de transition de quelques années, après le décès du mien. C'est d'ailleurs chez Andrée, sa dernière compagne, que j'ai logé, au tout début de  mon retour en Suisse, pendant quelques semaines, il y a maintenant quelque neuf ans...

Chaque année, pendant longtemps, nous nous sommes retrouvés à l'occasion de ces réunions littéraires, qui avaient lieu tantôt à Genève, tantôt à Lausanne, et où nous évoquions la figure éternellement jeune du poète chrétien de Fresnes, né il y a cent ans, figure de poète qui restera toujours chère à mon cœur et qui, à mes yeux, assurera sa postérité avec celle du critique, d’une clairvoyance étonnante, en dépit de ses égarements politiques, que son sens de l'honneur lui aura cependant permis d'assumer jusqu'au poteau.

 

Issu d’une famille de résistants du côté maternel et d’attentistes antiallemands du côté paternel, j’avais très naturellement un préjugé défavorable à l’égard des écrivains de la collaboration, tels que Céline, Rebatet ou Brasillach. Ce que nous savons aujourd’hui de cette période ne pouvait que m’encourager à ne pas m’y intéresser et même à m’en détourner, en oubliant d’ailleurs qu’il est hasardeux de porter un jugement sans préalablement restituer le contexte.

 

Ce qui m’a permis toutefois de les apprécier et de les admirer, c’est de suivre Proust, contre Sainte-Beuve, de considérer, chez eux comme chez tous les artistes, l’œuvre indépendamment de celui qui la commet, et, peut-être aussi, dans une certaine mesure, de vouloir connaître par moi-même ce qui m’était dissimulé, voire interdit. J’ai toujours eu une propension à flirter avec le sulfureux et à frôler les précipices. En relisant La Montagne j’ai souri quand je suis tombé sur cette phrase :


Nous sommes tous des enfants qui ne veulent rien tant que tout ce qui leur est défendu.

Si je me plaisais en la compagnie de Jean-Claude Fontanet, parce que c'était un homme aimable et raffiné, j'appréhendais de trop le fréquenter en raison de sa vision « noirissime » du monde qui ne correspondait pas vraiment à mon tempérament volontiers enjoué, mais qu’un rien pouvait encore ébranler. En quelque sorte j'avais peur de faire mienne cette vision et de céder un peu trop à mon penchant d'alors, de bourgeois rêveur, tenté parfois par de bien sombres idées.

Quand nous sommes-nous vus pour la dernière fois ? Il m'est impossible de m'en souvenir. La seule certitude est que Les Panneaux est le dernier livre qu'il m'ait dédicacé, de sa petite écriture appliquée, en caractères d'imprimerie, en janvier 1979, au moment où, encore jeune homme, à 28 ans, je prenais la direction d'une entreprise de mécanique de précision dans la région parisienne, aboutissement logique de mes études d'ingénieur à l'EPFL.

 

Relire aujourd’hui Les Panneaux m’a fait penser que cette fable, dans laquelle des panneaux inutiles sont produits en grande quantité et envahissent tout, les chemins, les rues, puis les jardins, est une sacrée charge contre une économie déconnectée des besoins, donc du marché…et contre un monde policier où il est impératif pour l’Etat de trouver dans la population des boucs émissaires pour, à sa place, expier ses incuries.

Depuis sa disparition j'ai donc relu les trois livres de Jean-Claude Fontanet - La Montagne, Mater Dolorosa et Les Panneaux - qu'il m'avait envoyés à l'époque, ou auxquels j'avais souscrits, et je me suis rendu compte que je ne pouvais plus considérer maintenant cet écrivain de la même façon. Sa vision du monde était curieusement un peu moins « noirissime » que dans mon souvenir et j’étais surtout ébloui par son style limpide, sans fioritures inutiles, qui, par petites touches successives, crée justement un monde bien à lui.

 

Mon expérience de la vie avait aussi certainement entre-temps introduit des nuances que je ne pouvais ni inclure, ni comprendre quelques décennies auparavant.

Encouragé par ces prémices, je me suis procuré ses autres ouvrages, disponibles au dépôt de la bibliothèque municipale de Lausanne, soudain impatient, ne pouvant pas attendre de recevoir des livres qui n’étaient disponibles chez Amazon que dans un délai de plusieurs semaines. Un rapide tour effectué chez Payot, aux Yeux fertiles et à la FNAC, m'avait vite convaincu que Jean-Claude Fontanet était désormais un écrivain suisse romand oublié par les grandes librairies de Lausanne.

Il faut pourtant qu'hommage soit rendu à cet écrivain méconnu aujourd'hui. JLK [Jean-Louis Kuffer] l'a fait le 20 juillet sur son blog de 24 Heures, Passion de lire, hommage intitulé Scribe de la douleur (
ici) et reproduit (ici) sur le sien propre, Carnets de JLK, où il parle d'une œuvre à la fois marquante et discrète. Jean Romain a d'ailleurs laissé, le 21 juillet, après la publication de cet article, ce commentaire laconique, mais néanmoins signifiant, comme on dit de nos jours :

Intense hommage à un écrivain peu connu du grand public.

Etienne Dumont a également écrit un article sensé et élogieux sur l'écrivain genevois dans La Tribune de Genève (
ici) du 20 juillet, que je ne peux que recommander à l'internaute.

 

Philippe de Saussure a écrit, quant à lui, un court hommage (ici) trois jours plus tard, dans le même quotidien, dont j'extrais la fin, à dessein :

L’un de ses traits, peut-être celui qui lui a valu sa réputation «d’écrivain difficile», était de choisir des personnages torturés, aux prises avec toutes les faiblesses et tous les doutes… Ce parti pris moderniste est la porte de son œuvre: Fontanet en fait jaillir une jubilation d’écriture qui illumine ses livres de part en part. Ainsi se révèle chez lui, à chaque ligne, l’homme dans son combat et sa nudité. Rendons-lui hommage, ­lisons-le, rééditons-le, enseignons-le aux enfants de Genève!

 

Tous ces commentateurs se rejoignent pour dire que Jean-Claude Fontanet est un écrivain qui sait parler de la douleur comme nul autre. Cette douleur pouvant être souffrance morale ou physique, voire les deux. Sans connaître la vie de l’auteur, le lecteur se rend compte rapidement que toutes les souffrances dépeintes dans son œuvre ne sont pas le fruit d’une pure création romanesque, mais bien la transposition purgatoire de son expérience personnelle. Ce qui n’enlève rien à l’originalité du résultat obtenu par la magie de son écriture.

 

Tous les personnages de Jean-Claude Fontanet ont en commun de porter en eux une sorte de malédiction. Ils veulent tous sortir de leur médiocrité, mais ils n’y parviennent pas, parce que la maladie, ou parce que le train-train de leur vie ordinaire, a le dessus. Ils ont souvent de modestes ambitions, qu’ils se révèlent tout de même incapables de réaliser. Elles sont toujours déçues.

 

Ils ont souvent peur, moins pour eux-mêmes que pour les autres. Pourtant ils voudraient bien aimer, mais ne le peuvent pas, ou sinon follement, ou sinon en se torturant. L’héroïne de Mater Dolorosa dit :

 

A part mon enfant, et encore un tout petit peu mon mari, parce qu’il le mérite – parce que j’ai besoin de lui – je n’aime personne.

 

Elle ajoute à la fin :

 

Les autres ne sauront jamais quel calvaire c’est, que d’aimer…

 

Jean Vlade, le narrateur de L’effritement – titre  significatif –, lui , se demande :

 

Serais-je incapable d’aimer ? (sinon la bagatelle). C’est pire que de ne pas être aimé.

 

Plus grave, tous ces personnages entraînent avec eux tous ceux qui se trouvent dans leur sillage. En quelque sorte tout le monde descend, malgré des tentatives répétées pour remonter la pente. Ce ratage généralisé serait insupportable s’il n’y avait pas de temps à autre des éclaircies, des points de suspension, qui permettent de reprendre souffle, de garder quelque espoir.

 

Ainsi Jean-Marie Gobel, héros de L’espoir du monde, fait-il un moment cet éloge des femmes :

 

C’est le privilège des femmes, leur plus grand titre de gloire, leur supériorité définitive sur l’homme. La femme vit et meurt pour les autres et non pas pour soi ; attention à ne pas en abuser. En chaque circonstance, elle demeure une mère. C’est tout au long de son passage terrestre, souvent longtemps après, qu’elle enfante et qu’elle rend à la vie. La chance, peuvent se dire certains, d’être né homme. L’honneur immense d’être une femme.

 

De même que Jean-Claude Fontanet nous fait respirer l’air pur des montagnes que ses héros gravissent – il y a beaucoup de grimpeurs parmi eux – de même nous fait-il partager son amour de la musique. Dans Printemps de beauté Conrad Martin a un souvenir ému de l’adagio de l’admirable concerto pour violon en sol de Mozart, associé à celui de Denisette disparue. Les musiciens : les plus grands bienfaiteurs de l’humanité, proclame Jean-Marie dans L’espoir du monde, qui ajoute :

La véritable musique, pour moi, ne saurait être que d’essence religieuse. La musique, antidote, le seul antidote – contre la mort.

 

L’ombre de la mort, inséparable de la vie, est omniprésente dans les livres de Jean-Claude Fontanet. Dès son premier livre, Qui perd gagne, il écrit :

 

Il est si facile de naître et si difficile ensuite de mourir ; cette nasse-là aussi est en sens unique.

 

Par la suite la mort et la vie, la vie et la mort, parfois le suicide ou le meurtre, ne cessent de tourmenter ses personnages et de les faire s’interroger sans réponse possible :

 

Mais si la mort n’existait pas ? Si c’était à la vie qu’on ne pouvait pas échapper ?... (Tu es le père).

 

Ma vie est un désert, une interminable nuit. Je n’en finis pas de mourir. (L’effritement)

 

Lorsque je serai mort, enfin sera détruite cette affreuse machine à angoisse que je fus. (L’espoir du monde)

 

Et si la mort, pour chacun d’entre nous, c’était simplement le retour à sa mère ? (L’espoir du monde)

 

Chaque matin depuis quatre heures, il avait de nouveau la visite de son vieil ami le suicide. Le canon d’une arme lui souffle un petit air frais sur la tempe. (La Montagne)

 

Pour sauver son fils, peut-être faut-il le sacrifier ? (Mater dolorosa)

 

L’univers de Jean-Claude Fontanet serait définitivement lugubre s’il n’y avait pas non seulement quelques éclaircies, mais également les petits enfants que le Christ demandait à ses disciples qu’on laisse venir à Lui :

 

Les petits enfants : c’est vrai, c’est pur, transparent, poète. Les petits enfants, les rêves, les grands fous, ça ne triche pas. Miracle d’un bébé qui vous sourit, pense le protagoniste de L’espoir du monde.

 

A la fin de Printemps de beauté, Conrad évoque un autre petit enfant, une fille prénommée Denisette, comme le premier objet de ses amours adolescentes, une adorable petite fille vêtue de nippes, au visage tout souriant et barbouillé juste ce qu’il fallait ; elle serrait une poupée dans ses bras... – il est difficile de ne pas penser au chapitre des Sept couleurs, de Robert Brasillach, où les doublures du destin, de René et Florence, font leur apparition.

 

Avant de terminer son récit et de regretter les grandes choses qu’il aurait pu faire avec la grande Denisette,  « fille laide », qui aurait mérité d’être aimée de lui avec passion, Conrad ne peut s’empêcher de souhaiter à sa petite doublure, mignon petit bout d’affaire:

 

Bonne chance, petite Denisette des alpages de Morgins. Meilleure chance. Puisse la vie t’être douce. Je te souhaite de rencontrer plus tard un jeune homme digne de toi.

 

Dans L’espoir du monde Jean-Claude Fontanet évoque avec Jean-Marie la transcendance qui pourrait tout expliquer :

 

Il se doutait, toutefois, que le dernier mot n’était pas l’art. Il existait une ou deux Vérités encore plus hautes ; mais celles-là, pensait-il, demeuraient toujours hors de sa portée.

 

Aujourd’hui, là il se trouve, Jean-Claude Fontanet, vir dolorosus, connaît enfin le dernier mot et peut enfin reposer en paix.

 

Francis Richard

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 18:30

La forte progression du MCG, Mouvement des citoyens genevois, aux élections cantonales de Genève (ici) a surpris plus d'un commentateur. En effet ce parti atypique a presque doublé son pourcentage de voix : il est passé de 7,73% des suffrages à 14,74%, tandis que tous les partis représentés au Grand Conseil ont vu leur représentation baisser, à l'exception des Verts qui n'ont progressé que de 1,51%.

On parle de vote de protestation dû à la crise, de mauvaise humeur temporaire, que sais-je. Ce qui me semble une réponse de mauvaise perdants. En réalité cette progression s'explique par le contexte particulier, au regard du reste de la Suisse, dans lequel ce canton se trouve et dont ce parti a su habilement tirer profit en se montrant proche des gens et de leurs préoccupations quotidiennes qui en résultent. Je suis arrivé à cette conclusion en me demandant pourquoi un tel phénomène, aussi spectaculaire, s'est produit à Genève et dans aucun autre canton. 

Sur le site du MCG
(ici), le mot du président Eric Stauffer [photo publiée par 24 Heures ici] à ses concitoyens de Genève commence en ces termes :

 

Le MCG est né d'un ras-le-bol légitime, contre une classe politique coupée des réalités et suicidaire, perdue dans des combats stériles gauche-droite. Nous avons donné une voix à ceux qui n'en avaient pas. Sans relâche, nous nous battons pour rendre le pouvoir au Citoyen!

 

D’emblée le MCG se situe donc comme un parti réaliste, à l’écoute du citoyen, comme son seul véritable représentant, soucieux de ses préoccupations quotidiennes, au-dessus des clivages gauche-droite, comme la troisième voie en quelque sorte, celle dont tout le monde rêve, comme on rêve de la quadrature du cercle.

 

Eric Stauffer poursuit et met le doigt où cela fait mal, là où se trouve le porte-monnaie:

 

Il est insupportable que les Genevois aient le plus faible pouvoir d'achat, en raison de taux record d'assurance-maladie, d'impôts, de loyers, de tarifs d'électricité.

L’Hebdo du 8 octobre 2009 (ici) a consacré tout un numéro aux primes d’assurance-maladie en Suisse romande et le fait est qu’Eric Stauffer a raison : les primes à Genève sont indéniablement les plus élevées, du moins dans cette partie linguistique de la Suisse.

 

Quel est le canton où le montant des dépenses publiques est le plus élevé en Suisse? Le canton de Genève (ici) avec 21'455 francs par habitant, à comparer aux 13'911 francs par habitant dépensés en moyenne en Suisse, soit 54% de plus. Toutes ces dépenses publiques doivent bien être financées … par des impôts.

 

Si les prix des logements sont élevés à Genève, il y a une raison toute simple : il y a pénurie de logement. Cette pénurie résulte, entre autres raisons, du fait qu’il y a 4 niveaux de possibilités de recours contre la construction de logements dans le canton. Eric Stauffer enfonce le clou :

 

Il est inacceptable que nous devions de plus en plus partir habiter de l'autre côté de la frontière à cause d'une crise du logement créée par des partis sans vergogne.

 

Certes le canton de Genève (ici) est aussi le canton où les salaires sont largement au-dessus des salaires helvétiques en général: en 2006 le salaire mensuel brut médian, pour 40 heures de travail par semaine, était de 6'350 francs à Genève et de 5'627 francs en Suisse, soit 13% plus élevé à Genève. Mais cela ne compense pas les lourdes charges auxquels ses habitants sont soumis.

 

Eric Stauffer s’insurge :

 

Il est scandaleux que des travailleurs genevois - surtout des personnes très qualifiées - soient mis au chômage au profit de frontaliers cherchés à des centaines et des milliers de kilomètres, pour du dumping salarial.


Quel est le canton de Suisse qui a, depuis longtemps, le plus fort taux de chômage de toute la Suisse? Genève (ici), avec un taux de 7% en septembre de cette année, à comparer avec une moyenne nationale de 3,9%. En valeur absolue les chômeurs sont passés en un an de 12'115 à 15'451. Les frontaliers au chômage sont indemnisés en France et ne figurent donc pas dans ces statistiques. Ils ne profitent donc pas du système social généreux de la Suisse en matière de chômage, mais il est vrai qu’ils occupent pour une grande part des places hautement qualifiées. 

La population active de Genève (ici), secteur secondaire ajouté au secteur tertiaire - hors secteur public international et services domestiques - est de 262'500 à fin juin de cette année. A la même date 65'566 personnes sont titulaires d'un permis G [frontalier], soit un quart des frontaliers qui travaillent en Suisse, alors que la population genevoise ne représente que 6% de la population totale..
.

 

Ce qui ne veut pas dire que tous les frontaliers sont actifs sur Genève, puisque leur permis leur permet de travailler dans toute la Suisse, mais cela donne une indication de l'importance des frontaliers dans l'économie genevoise, importance croissante puisque le nombre des frontaliers titulaires a tout de même augmenté de 7,4% de fin 2007 à fin 2008, s'il n'a augmenté que de 0,7% au premier semestre 2009.

 

Pour autant les frontaliers prennent-ils vraiment la place de résidents qui se retrouvent du coup au chômage ? Rien n’est moins sûr, même si des exemples individuels peuvent illustrer cette assertion, car le chômage est toujours plus fort dans les pays où l’interventionnisme de l’Etat est le plus grand, et en l’occurrence la France et Genève se font une sacrée concurrence en la matière. Mais l’argument porte : le chômage monte et, parallèlement, le nombre de frontaliers.

 

Enfin Eric Stauffer, président d'un parti dont 5 des 17 nouveaux députés au Grand Conseil sont des gendarmes (ici) , s’inquiète de la forte criminalité qui sévit dans le canton de Genève : 

 

Il est inadmissible que les dealers continuent à sévir dans nos rues et que l'insécurité s'infiltre en raison du laxisme de certains.

Eric Stauffer n’a pas tort : la criminalité par habitant à Genève est plus élevée que la moyenne suisse (ici). En 2006, il y a eu en Suisse 30'328 condamnations pour infractions au Code pénal dont 2'566 à Genève, 11'806 condamnations en Suisse dont 893 à Genève en vertu de la loi sur les stupéfiants, soit respectivement 8.5% et 7,6% des condamnations, alors que la population genevoise représente, comme on l'a vu plus haut, 6% de la population du pays.

Il est significatif que, dans le cas des infractions au Code pénal, 72,4% des condamnés à Genève soient des étrangers, alors que le pourcentage des condamnés étrangers pour l’ensemble de la Suisse est de 50,6%, et que, dans le cas des infractions à la loi sur les stupéfiants, 87,6% des condamnés à Genève soient des étrangers, alors que le pourcentage des condamnés étrangers pour l'ensemble de la Suisse est de 47,8%.

 

Ces statistiques sur la criminalité ne disent toutefois pas quelle est la proportion de frontaliers condamnés sur l’ensemble des condamnés étrangers. A propos d’étrangers, il convient de souligner l’exception genevoise : 39% des quelque 450'000 résidents de Genève sont des étrangers, alors que la moyenne suisse d’étrangers par rapport à la population totale est de 21,7%...

Le MCG a fait campagne sur les thèmes qui préoccupent les Genevois : le pouvoir d'achat, le logement, les impôts, l'emploi, l'insécurité etc. Il l'a fait bien davantage que les autres partis, d'où sa forte progression. Maintenant c'est au pied du mur que l'on peut juger le maçon. 

Il semble que le MCG veuille à la fois maintenir les acquis sociaux - ce qu'il croit pouvoir faire en luttant contre les abus - et libérer l'économie de ses carcans. C'est ce qu'il appelle être ni de droite, ni de gauche. Il lui faudra déchanter et peut-être ses électeurs déchanteront-ils dans son sillage, s'il conserve ce cap. Car il lui faudra bien choisir entre deux modèles incompatibles. La troisième voie est une impasse, une illusion, un ersatz de la politique socialiste.

Francis Richard


L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème. 

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 19:55
Trois villes de Suisse romande ont décidé d'interdire l'affiche de l'UDC, ci-contre, qui illustre la campagne pour l'initiative anti-minarets sur laquelle le peuple aura à se prononcer le 29 novembre prochain : Lausanne, Yverdon-les-Bains, Fribourg, et à ce jour une seule ville alémanique, Bâle (ici), a fait de même.

S'appuient-t-elles sur une décision de justice ? Non pas. L'affiche est parfaitement légale. Mais ces villes décident arbitrairement ce que leurs citoyens ont le droit d'avoir sous les yeux ou non. Toujours le même réflexe de les considérer comme des incapables de juger par eux-mêmes. Le peuple est souverain, mais il faut l'éclairer, si besoin par la contrainte. Les villes s'arrogent le droit d'agir pour leur bien, sans discussion.

Elles s'appuient en fait sur un avis de la Commission fédérale contre le racisme, qu'elles ont consultée, avis communiqué hier (ici) et selon lequel cette campagne d'affichage pourrait menacer la paix publique, sans indiquer d'ailleurs comment.
 
J'en reproduis le chapeau qui en est le résumé :

 

Dans sa prise de position à l’attention des villes, la Commission fédérale contre le racisme (CFR) parvient à la conclusion que les affiches des auteurs de l’initiative « contre la construction de minarets » esquissent à propos de l'Islam un scénario catastrophe qui dénigre la population musulmane pacifique de Suisse. La CFR estime que cela pourrait menacer la cohésion sociale et la paix publique. Elle préconise de procéder à une pesée minutieuse des intérêts entre la liberté d’opinion, la protection contre la discrimination et la protection de la société suisse contre une agitation qui favorise de haine. 

Que représente donc cette affiche, qui pourrait, dit la commission, menacer la paix publique ? Un drapeau suisse, symbole du territoire national, sur lequel sont érigés des minarets dont la forme est on ne peut plus authentique [voir photo ci-dessous du minaret de la mosquée du roi Husssein à Amman, en Jordanie, tirée du site raingod.com
ici]. La femme en burqa, allusion directe à l'Islam, lève le dernier doute que le spectateur pourrait avoir sur le fait qu'il s'agit bien de minarets et non pas d'autre chose. Au nombre de 7, ils donnent l'impression d'être en grand nombre, vu la dimension de la croix blanche sur fond rouge. Le message est clair, et conforme à l'initiative : il faut arrêter la multiplication des constructions de minarets.  


Cette commission consultative, qui a donné cet avis téléphoné, est nommée par le Conseil fédéral et ne peut qu'en être le reflet, même si les 15 membres qui la composent sont vraisemblablement tout à fait honorables. Or le Conseil fédéral, au moment où il a réduit le nombre de membres de cette commission à 15, le 12 septembre 2007, était composé de six membres sur sept hostiles à l'UDC, considéré systématiquement, pour le diaboliser, comme un parti raciste, au mieux xénophobe, par la quasi-totalité de la classe politique et des médias. 

Il ne fallait donc pas s'attendre à ce que la commission bénisse l'affiche de l'UDC et fasse prévaloir la liberté d'expression sur ce qu'il est convenu d'appeler l'obligation de non-discrimination, inscrite dans la Constitution.

Thierry Meyer dans 24 Heures d'hier (
ici) écrit  à propos de l'interdiction :

L’affiche de l’UDC tord les valeurs que défend la Constitution suisse. Mais l’interdiction doit être réservée à des cas où la justice a tranché. L’interprétation politique ne suffit pas. Car alors l’interdiction, toute expression du pouvoir qu’elle est, devient l’arme des faibles. Ce n’est pas elle qui gagnera la bataille de l’initiative contre les minarets. Ses adversaires devront la combattre avec des arguments, et un engagement fort sur le terrain.

Petite remarque en passant, si cette affiche véritablement tord les valeurs que défend la Constitution suisse, comment se fait-il que personne n'ait porté plainte pour la faire interdire par la justice ?

Pascal Décaillet, pourtant très hostile à l'initiative, et encore plus à l'affiche, dans une chronique publiée aujourd'hui dans la Tribune de Genève (ici) ne dit pas autre chose sur l'interdiction :

Quelles affiches doit-on censurer ? Celles qui, tout simplement, sont illégales. La loi doit être le seul critère. La loi, pas la morale. La loi, pas le consensus de la pensée dominante. Si l’affiche est légale, même infâme, qu’elle se voie. Qu’on en décortique les signes, en public. Mais, désolé, l’interdire, c’est entrer totalement dans le jeu de ses auteurs. Ils sont déjà assez malins comme cela, sans qu’on leur fasse cette fleur.

De fait cette initiative pour l'interdiction des minarets ouvre le débat sur l'Islam en Suisse.

Les musulmans de Suisse (
ici) sont en nombre toujours plus grands, sans peser autant qu'en France - environ 5 millions sur une population totale de 64 millions - ou qu'en Allemagne - 3 millions sur une population totale de 82 millions. 16'000 en 1970, ils étaient 57'000 en 1980, 152'000 en 1990 et plus de 310'000 en 2000, soit 4,26% de la population helvétique de cette dernière année. Aujourd'hui  ? Je n'ai pas trouvé de chiffre récent sur le site de l'Office fédéral de la statistique.

Il y a, à ce jour, 160 mosquées en Suisse et quatre minarets au total. Il n'y en avait que deux jusqu'à récemment, à Genève et à Zürich. Puis deux ont été construits ces dernières années à Wangen et à Winterthur. Un cinquième devrait être construit prochainement à Langenthal. Ces 4 ou 5 minarets sont-ils purement décoratifs, puisqu'ils ne servent pas à l'appel à la prière ? Ils sont non seulement décoratifs, mais aussi symboliques. De quoi ?

Selon Oskar Freysinger, membre du comité d'initiative (
ici) :

Nous ne nous attaquons nullement à la pratique religieuse, car le minaret n'est pas nécessaire à cette pratique. Mais à nos yeux, le minaret est très clairement le symbole d'un islam politique qui essaie gentiment de prendre sa place en Europe et en Suisse.

Le député vert Antonio Hodgers, opposé à l'initiative, répond (
ici) :

Est-ce que les clochers sont un symbole politique du catholicisme? Je ne le crois pas. C'est juste de l'architecture qui donne un symbolisme religieux au bâtiment, qu'il s'agisse d'un clocher ou d'un minaret.

Alors symbole religieux ou symbole politique de domination - islam signifie soumission ? C'est toute la question, c'est le vrai débat.

Dans un article publié par l'Institut Religioscope (
ici), Jean-François Mayer, confirme que :

Contrairement à ce que l'on pense souvent, le minaret n'a pas toujours et partout accompagné les mosquées.

Mais il ne tranche pas la question de savoir si le minaret, symbole indéniable de l'Islam, est un symbole religieux ou politique. Or il est certain que, dans l'Islam, religieux et politique sont étroitement liés. Dans les pays où les musulmans sont largement majoritaires, c'est la Charia qui s'impose à tous et qui recouvre les trois domaines du politique, de la foi et des commandements. Il est non moins certain que dans les pays où ils sont largement minoritaires, les musulmans sont dans l'ensemble plus modérés que radicaux, peut-être justement parce qu'ils sont minoritaires. Il ne faut pas oublier toutefois que la démographie joue en leur faveur à long terme. Du moins à l'heure actuelle. 

Ce qui pourrait faire pencher la balance en faveur du symbole politique agressif que serait le minaret, c'est la parole d'un expert cité dans le flyer des initiants (
ici). Alors qu'il était encore maire d'Istanbul, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, ne déclarait-il pas, en 1997  :
 

Notre démocratie est uniquement le train dans lequel nous montons jusqu'à ce que nous ayons atteint notre objectif. Les mosquées sont nos casernes, les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques et les croyants nos soldats.

Francis Richard

Addendum du 11 octobre 2009

L'internaute aura pu constater en lisant mon article, et en voyant ses illustrations, que les minarets de l'affiche de l'UDC resssemblent tout simplement à des ... minarets, même si le premier ministre turc compare tous les minarets à des baïonnettes...  La presse romande pense autrement. Comme l'UDC est sa cible préférée, elle ne fait pas dans la dentelle.

A ma connaissance c'est Sabine Pirolt qui a, la première, comparé les minarets de l'affiche UDC à des missiles :

Des minarets ressemblant à des missiles poussant sur le drapeau suisse et l’envahissant, le tout gardé par une silhouette inquiétante en burqa: c’est l’étendard du comité pour l’initiative contre la construction de minarets (votation à la fin de novembre), dont les membres font partie de l’UDC. L'Hebdo - 01.10.09 (
ici)

Apparemment Sabine n'avait pas vu de minarets avant d'écrire son article. Son but évident était de souligner que l'affiche était agressive, guerrière, sous-entendu qu'elle menaçait donc la paix... publique, expression que devait employer la Commission fédérale contre le racisme quelques jours plus tard, par le plus grand des hasards, bien entendu.

Cette présentation, qui est de la pure désinformation, a été reprise en choeur par la plupart des autres médias, ce qui ressemble à une campagne concertée de désinformation. Exemple, entre autres, sous la plume de Renaud Michiels :

Depuis la sulfureuse affiche de l'UDC montrant des minarets-missiles trouant la Suisse, le pays ne parle que de minarets - Le Matin 9.10.2009 (ici ).

De deux choses l'une : ou ce journaliste n'a pas vu l'affiche, ou il a besoin d'une paire de lunettes. Où voit-il lui des minarets-missiles trouant la Suisse ?

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 22:45
Même si les commentateurs feignent de croire que l'issue du scrutin de dimanche prochain, 27 septembre, est incertaine (ici), il est quasiment sûr que le taux standard de la TVA passera en Suisse de 7,6% à 8% en 2011 (ici). Pourquoi ? Parce que les médias et la classe politique, à l'exception notoire de l'UDC (ici), sont passés maîtres dans l'art d'utiliser la compassion fallacieuse, que les Suisses se laissent facilement touchés quand on fait vibrer leur corde sensible, et qu'ils sont alors tout prêts à pleurer dans leurs chalets.

En augmentant le taux de TVA il s'agit de venir au secours de l'AI [l'assurance-invalidité] qui accuse un déficit moyen de plus de 1 milliard 600 millions de francs sur les 5 dernières années. Ce que les commentateurs oublient d'ailleurs de préciser, c'est que ce magnifique résultat est obtenu en dépit d'une contribution moyenne aux recettes, de la part des pouvoirs publics, de 57% sur la même période. Le solde étant assuré par les cotisations sociales, partagées, fictivement, à égalité entre les salariés et les employeurs (ici).

Dans le même temps la dette de l'AI est passée de 6 milliards à près de 13 milliards et les intérêts de cette dette sont passés de 100 millions à près de 350 millions. Il s'agit donc d'une situation catastrophique, à laquelle la 5ème révision de l'AI en 2007, n'aura permis qu'une chose, comme aurait dit Coluche: que ce soit moins pire... Car cette révision a permis de limiter un peu les abus et a facilité davantage la réinsertion des bénéficiaires de cette assurance.

A qui l'AI emprunte-t-elle chaque année pour combler son trou? A l'AVS, dont j'ai déjà dit sur ce blog tout le bien que je pensais (voir mon article Une arnaque signée Madoff: l'AVS, retraite par répartition helvétique), AVS qui ne va pas fort non plus et qui est condamnée à moyen terme. Certes il existe des solutions pour sortir de cette impasse, mais il serait bien temps de les mettre en oeuvre (voir mon article 2 des 3 piliers du système de retraite suisse remplacés par le 3e ? ). Ce dont personne ne semble se soucier, à part Monsieur Couchepin, qui, lui, voulait porter à 67 ans l'âge de la retraite (ici)... Pire, en complément du relèvement de la TVA, il est prévu que l'AVS fasse à l'AI une dotation en capital de 5 milliards, en guise de cadeau de rupture. C'est ce que l'affiche ci-dessus [qui provient du site stop-tva ici] appelle amputer l'AVS...

Au début de cet article j'ai parlé de compassion fallacieuse. Pourquoi? Parce que, parmi les causes du déficit, il y a la politique sociale généreuse, financée par les résidents, que pratique la Suisse en faveur des étrangers soi-disant invalides (voir mon article La politique migratoire vue par Jan Krepelka de l'Institut Constant de Rebecque ), et qui agit comme une pompe aspirante.

N'est-il pas étonnant que les bénéficiaires de rentes invalidité versées à des étrangers représentent 37% du total (voir la Statistique de l'AI ici), et qu'un tiers de ces bénéficiaires les perçoivent à l'étranger - souvent dans des pays à faible niveau de vie -, alors que les étrangers ne représentent que 21,7% de la population résidente (ici)? En passant, ce chiffre de 21,7% montre que la Suisse est déjà un sacré pays d'accueil en dépit de ses lois restrictives, nécessitées par l'interventionnisme de l'Etat.

On me rétorquera que les étrangers, dans certains domaines, assument des tâches plus dures que celles assumées par les Suisses et que leur risque d'invalidité est plus grand. Ce n'est pas faux. Mais il est un autre chiffre qui laisse rêveur, même s'il n'y a pas de corrélation entre le précédent et celui-ci : la proportion toujours plus grande de bénéficiaires de l'AI en raison de maladies psychiques. Il y a 5 ans ils représentaient 35% du total, aujourd'hui 40% (voir la Statistique de l'AI ici). Or rien de plus difficile à appréhender qu'une maladie psychique...

Initialement cette hausse de TVA devait être appliquée dès le 1er janvier 2010 jusqu'au 31 décembre 2016. La date d'application a été repoussée d'un an en dépit de l'urgence affichée. On n'est plus à 1 ou 2 milliards de francs près. Pourquoi? Parce qu'entre-temps la crise économique s'est pointée. Mais les contribuables ne perdent rien pour attendre. Dans un an et quelque, ils paieront un impôt supplémentaire, qui n'est pas, comme son nom l'indique, un impôt sur la consommation, mais un impôt sur la valeur ajoutée (voir l'étude de l'Institut Constant de Rebecque sur La TVA, un impôt silencieux, mais nocif  ici).

Car, pour alimenter une politique sociale généreuse, ou il faut prendre dans la poche de certains pour distribuer à d'autres - en général il s'agit de faire casquer les riches, puis les moins riches -, ou il faut prendre - quand les montants sont pharamineux - dans la poche de tout le monde. Dans ce dernier cas, quand il s'agit de cotisations sociales, cela fait plus de bruit que quand on augmente la TVA, l'impôt furtif par excellence. Mais le résultat est le même : on appauvrit tout le monde, au profit de quelques uns, qui ne sont pas toujours ceux qui devraient recevoir la manne.

Pourquoi? Parce que pour bénéficier de la manne de l'AI, il faut souffrir d'une atteinte à la santé et que cette atteinte à la santé ait pour conséquence une incapacité de gain ou d'accomplir les tâches habituelles de manière permanente, ou pendant une longue durée (ici). Ce qui ouvre la voie à l'arbitraire. Tout le monde connaît des cas douloureux où des personnes très atteintes dans leur santé ne bénéficient pas de l'AI et, à l'inverse, des cas où des personnes soi-disant invalides continuent parallèlement à vaquer à leurs occupations, comme si elles étaient bien portantes.

Une 6ème révision de l'AI va être mise sur les rails pour réduire les dépenses... Entre-temps le trou continuera de se creuser. Il y a fort à parier qu'elle ne sera pas opérationnelle avant longtemps et que ses effets seront minimes, de toute façon insuffisants.

Les citoyens helvétiques devraient être conscients qu'ils deviennent de plus en plus des asservis consentants, mais des asservis de l'Etat tout de même. Il est vrai que les médias et la classe politique se gardent bien d'éclairer leur lanterne. Ils les apitoient sur le sort des malheureux invalides de toutes sortes qui seraient bien démunis si la caisse de la TVA n'était pas pourvue, alors que cette solution provisoire sera insuffisante et vraisemblablement reconduite, indéfiniment, durablement.

Francis Richard 

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence (
 
ici ) mon émission sur le même thème. 

Résultats du vote du 27 septembre 2009 :

Oui : 54,5%
Non : 45,5 %

Adopté par 12 cantons contre 11 
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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 22:35
Hier, 17 septembre 2009, avait lieu la Journée suisse des banquiers. A cette occasion le président sortant de l'ASB [l'Association suisse des banquiers], Pierre Mirabaud [photo ci-contre tirée du site de la RSR  ici ], a prononcé un discours (ici) avec son franc-parler coutumier. Comme il le dit lui-même, il appelle un chat un chat, il ne manie pas la langue de bois, et on ne le verra pas endosser la tunique du pénitent :

Le discours feutré et politiquement correct ne constitue pas la manière la plus efficace de faire partager à notre population les problèmes toujours plus complexes auxquels nous sommes confrontés. 

Son discours, propre à galvaniser ses troupes, commence ainsi :

Caudillos du monde bancaire, arnaqueurs, chasseurs de bonus ou receleurs... voilà seulement quelques uns des qualificatifs peu glorieux que notre corporation a dû entendre ces dix-huit derniers mois. N'allez pas chercher les auteurs de ces propos peu amènes et inacceptables chez les seuls habitués du café du commerce, les anarchistes du "Black Block" ou les sempiternels pourfendeurs du capitalisme. Non, ils émanaient également des milieux culturels ou politiques bourgeois ainsi que d'industriels progressistes.

Le ton est donné.

Sans nier les torts de la profession et ses responsabilités dans la crise financière, il demande :

Cela confère-t-il pour autant le droit de blesser quotidiennement par des propos aussi offensants plus de 100'000 collaborateurs du secteur bancaire en Suisse?

Après tout :

Banques et banquiers ne sont-ils pas investis d'une mission économique essentielle et ne contribuent-ils pas grandement à la prospérité du pays? Rappelons à ce titre que les recettes fiscales issues des établissements financiers et de leurs collaborateurs depuis 2002 avoisinent les 80 milliards de CHF, en d'autres termes bien davantage que les montants qui avaient été versés à UBS par la Confédération.

La Suisse et sa place financière doivent montrer plus d'assurance : 
                  

Presque immanquablement, la majorité des commentateurs américains ont pris fait et cause pour leur système juridique sans déborder de considération pour notre droit marqué du sceau de la démocratie. Inconcevable ! Cessons d'adopter systématiquement le point de vue des autres au seul motif qu'ils parlent plus fort que nous, que leur poids politique est supérieur et qu'ils paraissent sympathiques.

La moralité ? Parlons-en :

N'est-il pas scandaleux d'entendre le président des sociaux-démocrates allemands [Franz Müntefering] affirmer qu'il enverrait volontiers des troupes dans les pays dont le comportement n'est pas conforme à ses voeux? La Suisse s'est-elle insurgée contre de tels propos? Hélas, non! Pour tout dire, où est l'éthique, quand le ministre allemand des finances [Peer Steinbrück, voir mon article Peer Steinbrück fait à la Suisse une querelle d'Allemand ], à la langue bien pendue mais à la lenteur d'esprit légendaire, impute la faute de la dette publique à d'autres pays et non à un budget clientéliste ou à un système fiscal bien trop complexe pour ses citoyens?

Il tire encore dans la cible - là où ça fait mal - quand il dit :

N'est-il pas amoral par ailleurs que les plus virulents détracteurs de régimes fiscaux étrangers soient des fonctionnaires exonérés d'impôts, en poste à Bruxelles ou au sein de la Centrale de l'OCDE à Paris?

Avec raison, sans complexes, il défend le capitalisme et la mondialisation :

Selon une étude de l'ONU, la pauvreté a davantage reculé dans le monde au cours des cinquante dernières années que lors des cinq siècles précédents. En 1975, six Asiatiques sur dix étaient pauvres, contre deux aujourd'hui. Durant les cent dernières années, le bien-être sur terre s'est davantage accru qu'au cours des mille ans précédents. Certes, les déséquilibres et l'injustice n'ont pas disparu. Mais plutôt que de relever quelques carences, concentrons-nous sur les nombreux bienfaits de l'économie de marché.

En politique extérieure - n'est-ce pas Micheline Calmy-Rey ? [ voir mon article La neutralité inactive de Micheline Calmy-Rey : l'exemple colombien ] - il faut faire la différence entre l'esssentiel et l'accessoire :

Parcourir la ligne de démarcation entre les deux Corée constitue certes un bon coup médiatique. Visiter l'Afrique noire permet de se donner bonne conscience et sillonner les mers du Sud présente indéniablement un attrait touristique. Mais il faut nous positionner là où cela compte: redynamisons les liens avec Berlin, Paris, Londres et Washington, sur place, qualitativement et quantitativement, mais aussi sous la forme de visites diplomatiques coordonnées et cohérentes du Conseil fédéral.

C'est pourquoi Pierre Mirabaud déclare in fine :

Je souhaite ardemment que les tenants de la politique étrangère prennent davantage conscience que la Suisse fait partie des vingt premières économies mondiales, même si le G20 ignore cette réalité, et qu'elle occupe désormais la scène internationale avec une confiance et une autorité renforcée.

Si Pierre Mirabaud peut dire tout cela, c'est qu'il jouit du privilège de la personnalité publique qui est indépendante d'un parti ou d'un électorat. 

Ceux qui dépendent d'un parti ou d'un électorat, à défaut d'avoir les tripes de dire tout haut ce que la majorité pense tout bas, ne devraient-ils pas écouter de tels propos et les mettre en pratique ?

Francis Richard 
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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 21:20
Après la démission de Pascal Couchepin le 12 juin dernier avec effet au 31 octobre 2009 (ici), s'est posée la question de son remplacement. Pascal Couchepin est membre du PLR, Parti Libéral-Radical, qui est détenteur de deux sièges au Conseil fédéral, confirmés lors du renouvellement du Parlement en 2007.

Les autres membres du Conseil fédéral sont deux PS [socialistes], un PDC [démocrate-chrétien], un UDC [démocrate du centre] et un PBD [bourgeois démocratique], ex-UDC, élu sous cette dernière étiquette. Hormis ce dernier cas, les partis importants sont bien représentés au gouvernement en fonction de leur poids électoral.

Lors de l'élection partielle qui a eu lieu hier au Parlement, il y avait trois candidats officiels : deux désignés par le groupe parlementaire PLR, Didier Burkhalter [photo ci-dessus publiée par 24 Heures ici]  et Christian Lüscher, et Urs Schwaller, désigné par le groupe PDC, qui tentait, en cours de législature, de récupérer le siège perdu en 2003, tout à fait logiquement, au profit de l'UDC, en la personne de Christoph Blocher.

Compte tenu de ce qu'est la démocratie de concordance le siège rendu vacant par Pascal Couchepin devait donc bien revenir à un PLR. Je rappelle à toutes fins utiles la définition que donne le Dictionnaire historique de la Suisse de ce mode de démocratie (ici) : 

Dans la démocratie de concordance, la prise de décision ne se fonde pas (comme dans la démocratie majoritaire ou "démocratie de concurrence") sur le principe de majorité, mais sur la recherche d'accords à l'amiable et de compromis largement acceptés. Tous les partis importants sont impliqués dans le processus et se voient attribuer des fonctions politiques et des postes à responsabilité dans l'administration, l'armée et la justice, proportionnellement à leur force électorale.

Il doit en être de même a fortiori au sein du gouvernement, c'est-à-dire du Conseil fédéral. L'article 175 de la Constitution fédérale précise sa composition et son mode d'élection (ici) :

Article 175 Composition et élection 
1 Le Conseil fédéral est composé de sept membres

2 Les membres du Conseil fédéral sont élus par l’Assemblée fédérale après chaque renouvellement intégral du Conseil national.

3 Ils sont nommés pour quatre ans et choisis parmi les citoyens et citoyennes suisses éligibles au Conseil national.
4 Les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral.

Le Conseiller fédéral sortant est un romand. Le Conseil fédéral comprend aujourd'hui 5 alémaniques et 2 romands. Le Conseiller fédéral entrant ne pouvait donc être qu'un romand ou un tessinois. Or le candidat présenté par le PDC, Urs Schwaller, est un alémanique, parfaitement bilingue, mais alémanique tout de même. Il ne pouvait donc légitimement pas représenter la latinité requise par l'article 175.

Comme cet article de la Constitution le précise, encore faut-il que le candidat soit élu par l'Assemblée fédérale, qui réunit Conseil national et Conseil des Etats.

Quelles étaient les forces en présence ? Sur un total de 246 sièges, voici les effectifs des groupes parlementaires actuels (
ici) :

- UDC : 66 dont 1 Lega et 1 UDF
- socialiste : 51
- libéral-radical : 47
- PDC : 52  dont 2 évangélistes et 4 verts libéraux
- Verts : 22 dont 1 PCS et 1 PdT
- PBD : 6

Comme on peut s'en rendre compte aucun groupe ne détient la majorité. Il est impératif de constituer des alliances. Cette fois le camp bourgeois était divisé. Le PDC tentait de ravir un siège au PLR. L'UDC avait clairement annoncé que son parti soutenait Christian Lüscher, dont la gauche ne voulait à aucun prix et qui n'avait donc aucune chance. Une majorité des PLR lui préférait toutefois Didier Burkhalter. Une majorité des socialistes et des verts et la totalité des PDC soutenaient Urs Schwaller. Une forte minorité des socialistes et des verts soutenait Didier Burkhalter.

Le résultat final, l'élection de Didier Burkhalter, après le retrait de Christian Lüscher, n'est donc pas surprenant : 129 voix pour Didier Burkhalter et 106 pour Urs Schwaller.

Sous trois rapports le nouveau Conseiller fédéral est conforme à l'esprit actuel des institutions :
- sous celui de la démocratie de concordance
- sous celui de la représentativité des régions et communautés linguistiques
- sous celui des forces en présence au Parlement.

L'est-il sous celui de ce que doit être un Conseiller fédéral ?

Pascal Décaillet écrivait le 11 août dernier (
ici) :  

Il est (...), dans la logique de nos institutions, faux de faire porter le débat du 16 septembre uniquement sur l'avenir de la santé, de la culture et des assurances sociales en Suisse. L'enjeu est beaucoup plus large : trouver l'homme ou la femme qui, par sa stature, sa culture, l'ampleur de sa vision, la richesse de ses horizons, pourra le mieux contribuer, sur l'ensemble des dossiers, à faire avancer notre pays.

Philippe Barraud écrivait le 14 août dernier (ici) :

Dans un exécutif, un élu est là pour prendre des décisions, participer à la définition des objectifs à long terme, convaincre le parlement et le peuple, orienter et surveiller le travail de l'administration.
Cette charge considérable implique que ledit élu ait des idées claires, des convictions fermes, et une appartenance assumée à un système de valeurs dans lequel le citoyen peut facilement se reconnaître, ou au contraire le rejeter. Bref, il nous faut une bête politique, plutôt qu'une femme ou un homme "de dossiers".

Il est malheureusement impossible de reconnaître Didier Burkhalter - non plus qu'Urs Schwaller - dans ce portrait-robot de ce que devrait être un Conseiller fédéral dressé par les deux journalistes. Burkhalter et Schwaller sont tous deux des hommes de dossiers et ne sont pas des bêtes politiques. Ce portrait-robot correspond davantage à Christoph Blocher, mais on sait ce qu'il est advenu de cette bête politique : il n'a pas été réélu au terme de son premier mandat de quatre ans. Ou à Christian Lüscher, qui, même s'il a joué le jeu avec panache et conviction, ne pouvait être, hélas, qu'un pion dans la stratégie de Fulvio Pelli, le président du PLR, pour conserver à son parti le siège devenu vacant.

Alors ? Les médias ne sont pas tendres avec ce
pur produit du système politique suisse qu'est Didier Burkhalter comme le dit Serge Gumy dans La Tribune de Genève de ce jour (ici). Hier Le Matin (ici) l'avait même qualifié de conseiller fédéral par défautJean-Jacques Roth dans Le Temps (ici) pense que rien n'interdit que derrière cet homme qui semble être né convenable ne se cache un homme d'Etat

Après tout la fonction ne crée-t-elle pas l'organe ?

Francis Richard 

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.  

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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 19:45
Depuis que j'ai écrit la dernière fois sur le sujet il ne s'est rien passé (voir mon article Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages. ). Je veux dire par là que les deux otages suisses retenus en Libye n'ont pas été autorisés à quitter le pays, en d'autres termes qu'ils n'ont pas été libérés. Ce qui ne m'étonne pas outre mesure et ce qui n'étonnera pas l'internaute qui a lu, lit ou lira mes articles précédents sur le sujet.

Quand je rédigeais mon article je ne savais pas qu'Hans-Rudolf Merz avait reçu une confirmation écrite de la proche libération des otages (ici). Sans avoir reçu cette confirmation il avait tout de même envoyé à Tripoli mardi 25 août l'avion du gouvernement helvétique, un Falcon 50. Celui-ci était reparti le jeudi 27 août, sans les otages, mais avec leurs bagages (ici). Ce qui était peut-être un peu précipité... et ne doit pas leur rendre la vie plus facile là-bas.

Comme les otages ne sont pas rentrés avant le 1er septembre 2009, les médias et la classe politique ont, dans un premier temps, critiqué le Président de la Confédération (ici), puis ont choisi de faire bloc derrière lui. Les Libyens ne tenaient pas parole. La preuve : ils n'avaient pas désigné en temps et en heure leur juge pour la constitution du tribunal arbitral prévu par l'accord du 20 août 2009, alors que la Suisse l'avait fait le 30 août 2009 (ici).

En fait le 1er septembre 2009, Muammar Kadhafi fêtait les 40 ans de sa dictature et on pouvait penser qu'il avait d'autres préoccupations en tête. Aussi bien le temps ne s'étire-t-il pas de la même façon en Afrique qu'en Europe... et puis ne fallait-il pas accueillir en héros, à Tripoli, Abdel Basset Al-Megrahi, un des condamnés à la prison à vie pour l'attentat de Lockerbie, perpétré le 21 décembre 1988, et qui avait coûté la vie à 270 personnes (259 passagers et 11 villageois). La justice écossaise l'avait libéré - officiellement - pour raisons humanitaires...

On apprenait le 2 septembre 2009, le lendemain de ces festivités, diverses et variées, que la Libye avait nommé son juge (ici) le 1er septembre 2009 et qu'il ne restait plus aux deux premiers juges que d'en choisir un troisième pour que le tribunal arbitral soit constitué et prêt à fonctionner.

Qu'attendaient donc maintenant les autorités libyennes pour relâcher les deux Suisses ? Seules des raisons techniques empêchaient leur libération. Sous entendu : la justice libyenne est indépendante du pouvoir et il lui faut du temps pour faire son travail. D'ailleurs jamais promesse n'a été faite qu'ils seraient libérés avant la fin du mois. C'est un malentendu (ici).

La fameuse lettre, adressée le 26 août 2009 au président de la Confédération par le Premier ministre libyen, qui confirmerait que promesse il y aurait eu de permettre aux deux Suisses de quitter le pays avant la fin du mois, a été publiée  aujourd'hui par la NZZ (ici). Le texte est clair, il n'est pas du tout ambigu, n'en déplaise à ceux qui l'interprètent dans le sens qui leur convient. Voici le passage important en version originale anglaise suivie de ma traduction, où j'ai souligné la dernière phrase, qui est la plus importante :

Finally I would like to assure your Excellency that with regard to the two Swiss nationals who have been subject of judicial measures due to their violation of the immigration laws of Libya, they are and have always been free to move freely inside Libya and they have never been under any kind of arrest. The legal process with regard to their case is under way and the General Prosecutor is dealing with the matter in accordance with the relevant Libyan laws and regulations and on an expeditiously manner.

We anticipate that the procedures will be completed in a matter of days. Based on the normal course of things in similar situations we believe that their case will be determined very soon and they will be able to travel outside of Libya before the end of this month.


Enfin j'aimerais assurer votre excellence que, pour ce qui concerne les ressortissants suisses qui ont fait l'objet de mesures judiciaires, dues à leur violation des lois de la Libye sur l'immigration, ils sont et ont toujours été libres de se déplacer librement à l'intérieur de la Libye, et qu'ils n'ont jamais été arrêtés d'aucune manière [c'est oublier qu'ils ont connu les geôles libyennes du 19 au 29 juillet 2009...]. Le processus légal pour ce qui concerne leur cas est en cours et le Procureur Général s'en occupe conformément aux lois et règlements libyens en la matière, et de manière diligente.
Nous prévoyons que les procédures seront terminées dans quelques jours. Sur la base du déroulement normal des choses dans des situations similaires nous croyons que leur cas sera résolu très bientôt et qu'ils pourront quitter la Libye avant la fin de ce mois.
      

Jamais le gouvernement libyen n'a donc promis que les deux otages seraient libres avant la fin du mois. Ce n'était qu'une probabilité. Hans-Rudolz Merz a pris ses désirs pour des réalités. Force est de constater qu'il ne sait pas lire. Et peut-être même est-il sourd, et a-t-il mal compris ce que le Premier ministre libyen lui avait dit sur place... 

La Journée internationale de l'alphabétisation des Nations-Unies [l'image ci-dessus provient du site de l'ONU
ici) tombe aujourd'hui, jour de la Nativité de la Vierge Marie. La Fédération Lire et Ecrire (ici) rappelle (iciqu'en Suisse 800'000 adultes ne maîtrisent pas les savoirs de base, dont 365'000 sont nés en Suisse. Il souligne aussi l'inefficacité des mesures prises par les autorités gouvernementales dans ce domaine.

Au fond, l'exemple venant d'en haut, cela n'est pas surprenant... 

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 09:05

Le 20 août dernier Hans-Rudolf Merz [photo ci-contre tirée ici de 24 Heures du 27 août 2009] s'est donc excusé au nom du peuple suisse et a signé un accord (voir mon article Affaire Kadhafi : C'est la honte ! Hans-Rudolf Merz a fini par se coucher ). Cet accord  (voir Le Temps du 27 août 2009 ici) stipule qu'un tribunal arbitral va être constitué pour instruire ce qui s'est réellement passé lors de l'arrestation d'Hannibal Kadhafi et de sa femme Aline il y a un peu plus d'un an, dans un grand hôtel genevois.

Dans cet accord il y a deux anomalies : la constitution d'un tribunal arbitral et la reconnaissance du statut de diplomate aux époux Kadhafi, responsables de sévices sur leurs domestiques. En effet d'une part le tribunal arbitral sera composé exclusivement d'étrangers, un arbitre nommé par chaque pays et un troisième nommé par les deux premiers, d'autre part les époux Kadhafi ne sont notoirement pas des diplomates, hormis si l'on considère que la filiation (voir mon article L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation ), et le mariage, permettent d'acquérir ce statut.

Sur son blog, Pascal Décaillet, au sujet du tribunal arbitral, remarque pertinemment le 21 août dernier (ici) :

Comment le président de la Confédération suisse a-t-il pu accepter le principe d’une instance judiciaire extérieure à nos institutions, et qui leur serait de droit supérieur ? Il y aurait donc place pour des juges étrangers ?


Dans toute cette affaire, les autorités genevoises ont pris des décisions souveraines, dont elles n’ont pas à rougir. On aurait pu, à la rigueur, les contester par la voie de la Cour suprême suisse (le Tribunal fédéral), mais où va-t-on chercher l’embryon de légitimité d’un « tribunal arbitral » ? Pire : en quoi est-ce l’affaire de la Confédération de sanctionner le pouvoir d’un canton, là où ce dernier s’exerce en légitimité ?

Dans cet accord il est prévu que des sanctions pourront être envisagées à l'égard des policiers genevois s'il s'avère qu'ils se sont mal comportés. Il est même prévu que, dans ce cas, des compensations financières pourront être versées aux victimes de ces comportements. Mais il n'est rien prévu au sujet des sévices que les époux Kadhafi ont infligés à leurs domestiques. Ces pseudo diplomates sont considérés comme au-dessus des lois, comme intouchables. Cet unilatéralisme confirme que le président de la Confédération s'est bien couché, dans la lignée horizontale des excuses qu'il a faites.

Pourquoi cet accord a-t-il été accepté par le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz ? Pour libérer les deux otages suisses, retenus en Libye depuis plus d'un an. Or cet accord ne mentionne évidemment pas les otages. Ce serait reconnaître officiellement qu'ils ont été retenus seulement pour que la Suisse signe un tel accord, et ce serait avouer que leur retenue en Libye était un moyen de chantage. Hans-Rudolf Merz s'est contenté d'un accord verbal. Ce qui prouve sa légèreté et sa naïveté.

Dans ce pays hautement démocratique qu'est la Libye, il faut attendre le bon plaisir du Guide libyen pour que cette promesse verbale se traduise en acte. Muammar Kadhafi a décidé de faire durer ce bon plaisir autant de temps qu'il lui conviendra. Pour les deux otages il faut espérer que ce temps ne sera pas trop long maintenant. Leur retour signifiera que la Suisse aura au moins obtenu quelque chose en mettant son honneur dans sa poche avec un mouchoir par-dessus.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 22:50
Ce soir on apprend que le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz [photo tirée ici de 24 Heures ] a présenté ses excuses au peuple libyen en des termes qui en disent long sur sa capacité à adopter la position couchée qui semble lui convenir parfaitement [voir mon article Hans-Rudolf Merz dans la position du conseiller fédéral couché ? ] :

J’exprime mes excuses au peuple libyen pour l’arrestation injuste de diplomates libyens par la police de Genève.[voir 24 Heures ici]

Tout le monde sait qu'Hannibal Kadhafi n'est pas un diplomate et que sa femme ne l'est pas non plus. Et qu'ils n'ont pas été arrêtés par la police de Genève injustement mais pour avoir fait subir des sévices à deux domestiques [voir mon article L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris ].

Dans le dernier article que j'ai consacré à cette affaire le 23 juillet dernier [Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres ] j'écrivais :

Hier, dans L'Illustré, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey a déclaré :

Nous sommes à 2 millimètres d'un accord avec la Libye [voir 24 heures ici].

Vous noterez comme moi jusqu'où la précision helvétique peut aller...

Cependant, avant de franchir ces 2 derniers millimètres, il serait bon que Madame Calmy-Rey - qui veut organiser une rencontre entre le preneur d'otages libyen et le président de la Confédération - se rappelle que le peuple suisse acceptera difficilement que des excuses soient faites à Muammar Kadhafi et encore moins que des espèces sonnantes et trébuchantes lui soient versées pour la libération des deux Suisses "retenus" chez lui.

Eh bien l'inacceptable a été commis : il y a eu aujourd'hui à la fois les excuses, et le fric. 

Car, sans vergogne, le président de la Confédération - qui ne laissera pas une image de grandeur dans l'histoire helvétique - s'est justifié de la façon suivante :

Aujourd’hui, j’ai rempli ma mission et atteint mes buts qui sont de liquider la situation de l’année dernière et ouvrir la voie au marché libyen aux sociétés suisses.[voir 24 Heures ici]

Décidément - hormis la bonne nouvelle du désengagement de la Confédération du capital d'UBS [voir 24 Heures ici]- cette semaine devra être marqué d'une pierre noire : la Suisse sous Hans-Rudolf Merz apparaît sous les traits doublement infamants de la délation et de la trahison de ses valeurs. Et, dans les deux cas, la raison du plus fort - les Etats-Unis, puis la Libye - aura été la meilleure.

Il y a de fortes chances que plusieurs milliers de clients américains d'UBS soient dénoncés le plus légalement (?) du monde par UBS avec la bénédiction du Conseil fédéral. Le même Conseil fédéral approuve maintenant de céder au chantage d'un dictateur dont le rejeton est intouchable non pas parce qu'il est diplomate mais parce qu'il est le fils de Papa [voir mon article L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation ].

Le plus beau est que l'affaire n'est pas complètement terminée. Le Premier ministre libyen Al-Baghdadi Ali al-Mahmoud a en effet déclaré :

Ces excuses représentent un premier pas pour régler le problème. [voir 24 Heures ici]

Ce qui veut dire qu'il y en aura d'autres et, vraisemblablement, d'autres humiliations.

Après ces deux dernières capitulations honteuses la Suisse démocratique, et championne du droit, aura bien du mal à l'avenir à donner des leçons de moralité aux autres ... alors qu'elle avait su jusqu'à présent résister, ce qui était tout à son honneur.

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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