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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 20:50

blocherLundi prochain, le Conseil national débattra, entre autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'accord UBS, autrement dit l'accord conclu l'été 2009 entre la Suisse et les Etats-Unis aux termes duquel 4'450 comptes de clients d'UBS, soupçonnés de fraude fiscale, doivent être livrés aux autorités américaines.

 

Pour que cet accord soit adopté il n'y a que deux scénarios possibles :

 

- ou le Parti socialiste suisse, PSS, l'adopte avec le Parti-libéral-radical, PLR, et le Parti démocrate-chrétien, PDC.

 

- ou l'Union démocratique du centre, l'UDC, l'adopte avec les deux précédents.

 

Pour adopter l'accord le PSS émet deux conditions ici :

 

- "des prescriptions plus strictes relatives aux capitaux propres, à la surveillance et à l'organisation des établissements bancaires présentant un risque systémique" [UBS et Crédit Suisse]

 

- "une taxe de l'ordre de 8,5% sur les rémunérations et bonus supérieurs à un million de francs dans des établissements présentant un risque systémique" [UBS et Crédit Suisse]

 

Pour adopter l'accord, l'UDC, qui y était farouchement opposée, est prête à changer d'avis à la condition que les bonus ne soient pas taxés : "une taxe sur les bonus constituerait un impôt supplémentaire sur les entreprises et serait dommageable à l'économie" ici.

 

Pour que cet accord soit rejeté il suffirait que le PSS et l'UDC, n'ayant obtenu satisfaction ni l'un ni l'autre, forment une majorité de circonstance pour ce faire.

 

Si l'accord est accepté sans que les deux conditions qu'il a posées ne soient remplies, le PSS s'y opposera en réunissant les signatures nécessaires à un référendum facultatif. A ce stade il est intéressant de constater que l'UDC a dit dès le début ici que l'accord UBS devait être adopté par référendum facultatif, que c'était une question de principe, que l'on soit favorable ou non à l'accord.

 

Avant d'expliquer pourquoi Blocher [sa photo ci-dessus provient d'ici] me semble rusé comme Ulysse, je tiens à préciser que taxer les bonus ne sert à rien sinon à se priver des meilleurs, et à charger inutilement les entreprises, et que je fais miens les propos sur l'accord UBS de l'avocat genevois Michel Halpérin dans Le Temps d'aujourd'hui ici :

 

"En ratifiant le traité [l'accord UBS], la Suisse dévoilerait un visage jusqu'ici inconnu : non celui de la peur et des accommodements qu'elle suggère, mais celui de la lâcheté et des trahisons qu'elle entraîne. Elle satisferait ce faisant les appétits de certains gouvernements, mais elle décevrait profondément les peuples du monde qui voient dans la Confédération un exemple de démocratie et une source d'espoir.

    

Moralement, notre pays ne se remettrait pas d'une telle humiliation. Economiquement, ce dont il aurait voulu se protéger l'accablerait bientôt; qui pourrait encore se fier au monde des affaires en Suisse, sur quelque point que ce soit, si, sur une question de principe d'une telle envergure, elle avait accepté d'être déshonorée ?

 

Difficile dilemme pour les Chambres fédérales ? Peut-être pas tant que cela. Il suffit de préférer les principes et le long terme et de tourner le dos à la crainte et à l'intérêt immédiat. C'est précisément cela que la Suisse savait faire jusqu'ici et qui lui avait valu sa flatteuse réputation et son honneur national". 

 

J'en reviens à Christoph Blocher. Comme tout le monde je me suis interrogé sur sa volte-face et sur celle de l'UDC, qu'il a réussi à convaincre. Hostile à l'accord, il lui devient tout d'un coup favorable. Curieux, non ? J'en suis venu à la conclusion que le leader historique de l'UDC était rusé comme Ulysse. En effet je ne serais pas autrement surpris que dans le fond il n'ait pas changé d'avis.

 

Blocher s'est rendu compte qu'il était plus facile de faire accepter la non taxation des bonus par le Parlement que par le peuple et qu'il était plus facile de faire rejeter l'accord UBS par le peuple que par le Parlement. En favorisant le vote de l'accord UBS par le Parlement, il empêche que les bonus ne soient taxés. Ce faisant il pousse le PSS au référendum facultatif que les troupes UDC s'empressent de soutenir. Résultat : l'accord UBS est finalement rejeté et les bonus ne sont pas taxés... Ce qu'il fallait obtenir.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

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681e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 04:50

Learning CenterLe Rolex Learning Center ici est ouvert depuis le 22 février de cette année, mais il a été officiellement inauguré le 27 mai dernier. Les Alumni de l'EPFL tenaient leur 3ème Mondial ici les 28 et 29 mai à l'Amphimax de l'UNIL, l'Université de Lausanne. Ils n'avaient que quelques centaines de mètres à parcourir pour s'y rendre. Un certain nombre d'entre eux, dont votre serviteur, ont succombé à cette tentation.

 

Vendredi 28 mai, au soir, j'ai pu ainsi quitter l'Amphimax pour effectuer une première visite de cette magnifique vitrine de l'EPFL,  tandis que Vivapoly ici battait son plein. En effet, à l'extérieur du bâtiment, dans les patios, des orchestres et des stands attiraient une foule dense de chalands, dont la moyenne d'âge rappelait à votre serviteur qu'en comparaison son visage "a quelques traits un peu vieux".

 

Geneva Brass QuintetEn raison de Vivapoly le bâtiment lui-même, qui, d'ordinaire, est pourtant ouvert au public 7 jours sur 7, était fermé. Il était toutefois possible de participer à une visite musicale de la bibliothèque, "livres en musique". La musique était exécutée par le Geneva Brass Quintet ici,  Notre guide était une bibliothécaire toute de combinaison blanche vêtue, comme une cosmonaute ou une sorte de globule blanc, au franc-parler et à l'humeur lunatique habilement joués.

 

Dans la partie de la bibliothèque consacrée à l'architecture un exemplaire relié des plans de la Tour Eiffel est accessible au public. Ce qui, pour le Parisien que j'ai été, ne peut que lui aller droit au coeur, toujours entiché qu'il est de cette grande fille de fer. Si Gustave Eiffel a construit la tour éponyme à Paris, les plans en ont en effet été dressés sous la direction d'un architecte franco-suisse, Maurice Koechlin, diplômé du Polytechnikum de Zürich et directeur du bureau d'études de l'entreprise Eiffel ...

 

Bibliothèque EPFLLa bibliothèque de l'EPFL ici comprend 500'000 volumes, ouvrages et périodiques, 10'000 magazines en ligne, 17'000 e-books, et met à disposition 860 places de travail, 5 bulles comportant chacune 2 salles de réunion pour le travail en groupe. On peut y trouver des livres aussi bien sur l'architecture, que les mathématiques, les sciences et les techniques. En sous-sol j'ai pu consulter avec émotion un exemplaire d'un ouvrage datant de 1880 sur les travaux du canal de la Marne, relié d'époque... Je n'ai pas eu, hélas, l'opportunité de tenir entre les mains les oeuvres de Newton et de Galilée, qui font partie du patrimoine de ce lieu fabuleux. Le plus extraordinaire est que cette bibliothèque n'est pas seulement réservé aux étudiants de l'Ecole. Elle est ouverte à tout le monde, 7 jours sur 7, de 7 heures du matin jusqu'à 24 heures, les services au public étant assurés de 8 heures à 22 heures.

 

Patio standsLe Rolex Learning Center abrite non seulement la blibliothèque, mais aussi trois restaurants, qui portent les noms de peintres suisses de renommée internationale, un restaurant étudiant, ouvert seulement le midi, le Hodler, un restaurant convivial, ouvert toute la journée, le Klee, et un restaurant gatronomique, ouvert midi et soir, le Valloton ; une agence bancaire du Crédit Suisse, où vous pouvez parler avec un conseiller en visioconférence, une fois que vous avez déterminé votre projet financier personnel sur table lumineuse; une librairie, La Fontaine ici, où l'on peut se procurer tous les livres, même ceux qui ne sont pas scientifiques; une maison d'édition, les Presses Polytechniques et Universitaires Romandes ici, qui édite, entre autres, pour le grand public, la collection du Savoir suisse.

 

Patio voitures téléguidéesToujours à l'intérieur du Rolex Learning Center, se trouve le Rolex Forum qui peut accueillir 600 personnes assises et où peuvent se dérouler conférences et spectacles; plus particulièrement réservés aux étudiants, se trouvent sous les coques de l'ouvrage un Centre de carrière, l'association des étudiants, l'Agepoly ici, et un laboratoire, le CRAFT, le Centre de recherche et d'appui pour la formation et ses technologies, le seul laboratoire scientifique implanté dans ce bâtiment; et plus particulièrement réservée aux anciens, l'A3, l'Association amicale des anciens ici :

 

"Elle leur permet de rester en contact ainsi qu'avec l'institution. Elle leur fournit de l'aide pour la recherche d'un emploi, la création d'une entreprise, sur un changement d'orientation ou leur donner des conseils juridiques. Son principal atout est son réseau de contact comptant des dizaines de milliers de noms et  bon nombre d'adresses professionnelles."

 

PatiosAvant de vous laisser découvrir en images vidéo le Rolex Learning Center, tel que je l'ai filmé samedi soir, avant et à l'issue de la remise de l'Alumni Innovation Prize, sponsorisé par Rolex, doté de 50'000 francs répartis entre le lauréat et les deux nominés, remis lors d'une cérémonie au Rolex Forum, je vous livre quelques dernières précisions et quelques derniers chiffres - coquetterie de scientifique - sur ce joyau de l'architecture de l'EPFL, qui a valu à ses concepteurs le Prizker 2010, c'est-à-dire le Nobel de l'architecture. 

 

Sa conception avait fait l'objet d'un concours et le cabinet japonais SANAA l'avait emporté en 2004. La construction s'est déroulée de 2006 à 2009. Le bâtiment se dresse sur un site de 88'000 m2, l'empreinte étant de 20'200 m2 et la surface du sol de 37'000 m2. Ses parois de verre représentent une superficie de 4'800 m2. Il a un étage et un sous-sol et est composé de deux coques de béton :

 

"Ces deux éléments comportent en tout 11 arcs sous-tendus. La plus petite coque est posée sur quatre arcs de 30 à 40 mètres de long, alors que la plus grande repose sur sept arcs de 55 à 90 mètres de long. Les arcs sont fixés par 70 câbles souterrains prétendus." ici

 

Enfin son financement -110 millions de francs - a été assuré pour moitié par la Confédération et pour moitié par de grandes entreprises suisses telles que Rolex, Crédit Suisse, Novartis, Logitech, Nestlé, Losinger, SICPA.

 

Francis Richard

 

Visite du Rolex Learning Center effectuée le 29 mai 2010 :

 

 

 

 

 

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27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 23:25

hainard frédéricDepuis un mois Le Matin a publié ici pas moins de 15 articles contre Frédéric Hainard [dont la photo provient d'ici], jeune ministre (il a 34 ans) de l'Economie de l'Etat de Neuchâtel, sous l'étiquette du Parti Libéral-Radical. Le quotidien de boulevard l'a tout de suite affublé du sobriquet de shérif, pour souligner des méthodes que ce journal, qui joue les procureurs, considère comme peu orthodoxes.

 

CV express de ce juriste émoulu de l'Université de Neuchâtel, condamné d'avance par le quotidien orange :

 

- avocat de 2000 à 2004

- adjoint au chef de la police judiciaire de 2004 à 2007

- procureur fédéral adjoint de 2007 à 2009

- conseiller d'Etat de Neuchâtel de 2009 à nos jours

 

Que reproche le canard orange à Frédéric Hainard ? Quatre affaires :

 

- en 2006 d'avoir renvoyé à Moscou une femme, requérante déboutée d'asile, et son fils, à la faveur d'un stratagème. Cette vieille affaire a déjà été ressortie du placard, sans influence aucune sur le résultat, à la veille de la large élection du ministre en avril 2009.

- les 20 et 25 juin 2009 d'avoir accompagné la tutrice d'une vieille dame chez un Chaux-de-fonnier soupçonné d'escroquer cette dernière.

- les 12 et 13 février 2010 d'avoir assisté à deux interrogatoires, menés par une inspectrice du travail et un autre fonctionnaire, d'une dame soupçonnée d'abuser de l'aide sociale dans les locaux de l'Inspection du travail de La Chaux-de-Fonds et à une perquisition au domicile de ladite dame le 4 mars 2010. 

- le 6 avril 2010 d'avoir interpellé un artisan soupçonné de travailler au noir dans une rue de La Chaux-de-Fonds alors qu'il conduisait une voiture dans laquelle se trouvait l'inspectrice du travail chargée du dossier de cet artisan.

 

A ces quatre affaires le quotidien en ajoute une cinquième : la tutrice de la deuxième affaire, l'inspectrice des troisième et quatrième, ne sont qu'une seule et même personne dont Frédéric Hainard aurait favorisé l'ascension sociale.

 

Tout le long des 15 articles parus sur le sujet Le Matin ne retient à chaque fois que les éléments à charge contre le ministre et ses prétendues contre-vérités. Sur la fin le journal feint d'être étonné que leur cible préférée ne veuille plus répondre à ses questions ... 

 

Avec des airs dégoûtés le quotidien souligne à plusieurs reprises que la tutrice-inspectrice est une ancienne femme de ménage de La Chaux-de-Fonds, d'origine espagnole. Frédéric Hainard l'a engagé comme "traductrice lors d'une enquête sur un trafic de drogue en lien avec l'Amérique latine" [voir l'article du Matin du 30 avril 2010 intitulé Les combines du ministre ici] quand il était procureur fédéral adjoint. Elle est devenue inspectrice du travail tout à fait régulièrement selon le ministre [voir l'article du Temps du 5 mai 2010 intitulé Frédéric Hainard, aveux et contre-attaque ici] :

 

"Je n'ai pas pris part au processus de sélection. Elle est arrivée en troisième position sur sept candidats. Au final, nous en avons retenu cinq. J'ai suivi les propositions du chef d'office et du chef de secteur. J'ai mis au chaud les documents qui le prouvent. Ils sont à la disposition de tous ceux que cela intéresse".   

 

Toujours est-il que ce lynchage médiatique, orchestré par Le Matin, sert surtout les intérêts de l'avocat de la requérante d'asile expulsée en 2006. Ce dernier, Yves Grandjean, et son associé, Jean-Frédéric Malcotti, ont vu rouge quand ils ont appris l'élection de Frédéric Hainard en avril 2009, et n'ont eu de cesse de le faire récuser depuis. Ils ont même déposé deux pétitions en ce sens auprès du Grand Conseil.

 

Il semble bien qu'ils y soient déjà parvenus en partie, avec l'aide "providentielle" du Matin. En effet le Conseil d'Etat de Neuchâtel décidait le 6 mai 2010 de faire un point sur l'affaire avec le bureau du Grand Conseil le 11 mai 2010. Ce jour-là les huit membres du bureau annonçaient la création d'une Commission d'enquête parlementaire, CEP.

 

Le 25 mai le Grand Conseil approuvait la création de cette CEP par 102 voix contre 5. Le 26 mai on apprenait que le Service cantonal de surveillance et des relations au travail qui dépendait du ministère de Frédéric Hainard était rattaché le temps de l'enquête menée par la CEP, qui doit rendre ses conclusions le 31 octobre 2010 au plus tard, au Service de l'éducation dirigé par Philippe Gnaegi, autre ministre neuchâtelois du Parti Libéral-Radical. 

 

Pourquoi tant de haine contre Frédéric Hainard ? En relisant les 15 articles on se perd en conjectures. Sans répondre vraiment à cette question Philippe Barraud, sur son site Commentaires.com , donne ici quelques éléments de réponse :

 

"Frédéric Hainard, le plus jeune conseiller d'Etat romand en fonction, est un homme énergique, qui n'aime pas les dossiers qui traînent, ni les gens qui parasitent la société: les abus de prestations sociales, les profiteurs et les resquilleurs, ce n'est pas son truc. Pour un homme politique, ce sont des qualités risquées, tant on préfère dans ce pays ceux qui ne font pas de vagues, ceux qui se coulent dans le moule de l'action minimale pour huit ou douze ans. De plus, il est de droite, ce qui pour la plupart des médias constitue une circonstance aggravante a priori. "

 

En tout cas un homme qui "adore Clint Eastwood dans l'Inspecteur Harry" ici ne peut pas être complètement mauvais...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

 

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678e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 

 

 

 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 18:20

NiqabLe parlement belge ici a adopté, par 136 voix sur 138, le 29 avril 2010, un texte par lequel seront punies d'une amende ou de prison les personnes qui "se présenteront dans l'espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou partie, par un vêtement de manière telle qu'ils ne soient plus identifiables".

 

Le parlement du canton d'Argovie ici a adopté, par 89 voix contre 33, le 4 mai 2010, une motion demandant l'interdiction du port de la burqa dans l'espace public suisse. Le Grand Conseil argovien va donc préparer une initiative cantonale en ce sens.

 

Aujourd'hui le gouvernement français a adopté un projet de loi ici qui stipule que "nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage". Les contrevenantes s'exposent à une amende de 150 euros et à devoir suivre un stage de citoyenneté ; et ceux qui les contraignent à porter cette tenue, maris ou concubins, à une amende de 15'000 euros et à un an de prison.

 

Selon des statistiques (?) 2'000 femmes porteraient un voile intégral en France et moins d'une centaine en Suisse. Je suis assez incrédule pour ce qui concerne de telles statistiques dont je me demande comment elles ont bien pu être établies. Aussi bien n'est-ce pas le nombre qui compte.

 

Eveline Widmer-Schlumpf, la ministre suisse qui dirige le Département de justice et police, en tire pourtant l'argument qu'il n'y a pas pour le moment de problème de burqa en Suisse, mais que l'interdiction ne pourrait être d'actualité que "si les femmes portant la burqa étaient plus nombreuses" ici.

 

En fait la burqa et le niqab [la photo ci-dessus provient d'ici] ne sont pas le problème, mais l'identification des personnes est le problème, quand elle s'avère nécessaire. C'est pourquoi cette interdiction du voile intégral votée en Belgique, proposée en France ou, maintenant, en Suisse, porte atteinte, sous couvert de défendre la dignité des femmes, à la liberté de se vêtir comme on veut, dans la limite, bien sûr, du respect des autres.

 

Lors d'un débat récent dans l'émission Forum sur La Première ici, Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste n'a pas pu s'empêcher, lapsus de classe oblige, de comparer les femmes qui portent le voile intégral à celles qui portent un carré Hermès et des lunettes noires. Quand on est socialiste, on ne se refait pas...

 

Le même Carlo Sommaruga, en présence d'Oskar Freysinger, voit rouge. Alors que le porte-parole de l'initiative anti-minarets est pragmatique sur le sujet du voile intégral, son adversaire politique ne peut pas s'empêcher de déformer honteusement ses propos qui coïncident pourtant en grande partie aux siens. La peur sans doute que la diabolisation, à laquelle il participe et dont fait l'objet le ténor de l'UDC ne soit contagieuse...

 

Dans une motion déposée au Conseil national le 19 mars 2010, Oskar Freysinger demande ici que toute personne puisse être identifiée dans quatre situations qui ont rapport avec la sécurité publique et l'égalité devant la loi :

 

- quand on s'adresse à une autorité fédérale, cantonale ou communale

- quand on utilise des transports publics

- quand on pénètre dans des bâtiments publics où la sécurité doit être assurée aux autres

- quand on manifeste sur le domaine public

 

Comme on le voit cette motion préserve la liberté de se vêtir. Elle ne demande pas l'interdiction de la burqa ou du niqab. Elle demande seulement que dans certaines circonstances une personne ne s'avance pas masquée et puisse être identifiée. Le bon sens même.

 

Francis Richard

 

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669e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 09:25

roadcrossMon article sur "Non à la peine de mort ... sur les routes" de Maurice Von der Mühll , a fait un véritable buzz jeudi dernier sur Paperblog : 2'500 visiteurs l'ont lu le jour même ici. Au même moment Roadcross ici annonçait que l'initiative contre les chauffards qu'elle avait lancée le 27 avril 2010 ici avait déjà recueilli 20'000 signatures ici. Elle doit recueillir 100'000 signatures d'ici le 27 octobre 2011 pour aboutir.

 

Roadcross est née de l'Association de défense des familles des victimes de la route. Elle a pour objet :

 

- Le renforcement général de la sécurité routière

- L’encouragement à un développement sain et mesuré de la circulation routière

- La diminution du nombre de victimes et de personnes lésées dans la circulation routière

- Le conseil, l’accompagnement et le soutien aux victimes ainsi qu’à leurs proches

 

Roadcross préconise de prévenir plutôt que de guérir et intervient auprès des jeunes pour les sensibiliser sur les comportements dangereux et les conséquences tragiques des accidents, en tenant compte du fait qu'"un accident de la circulation sur quatre survient pendant les six premières années de conduite". 

 

Que demande l'initiative de Roadcross ? Que les chauffards avérés soient plus sévérement punis et que la Constitution fédérale soit modifiée en conséquence ici :

 

"L’initiative ne vise pas le citoyen normal. Elle vise les conducteurs qui commettent des importants excès de vitesse et mettent en danger les autres usagers de la route".

 

L'initiative définit le chauffard en ces termes :

 

"Tout conducteur qui, en commettant des excès de vitesse particulièrement importants, enfreint intentionnellement les règles de la circulation et s'est accommodé d'un fort risque d'accident pouvant entraîner de graves blessures ou la mort."

 

 

Et prévoit de lourdes peines encourues par les chauffards qui provoquent un accident mortel ou des lésions corporelles graves :

 

- Confiscation du véhicule

- Retrait du permis de conduire pour au moins deux ans pour une première infraction.

- Restitution du permis de conduire sous conditions.

- Retrait du permis de conduire à titre préventif.

 

Le succès rapide de cette initiative montre que les Suisses, qui, majoritairement, sont de bons conducteurs, en ont assez des chauffards. Et ils ont raison. On peut toutefois se demander si les dispositions de cette initiative ont vraiment leur place dans la Constitution et si ce n'est pas le Code pénal qui devrait être modifié.

 

De plus ce que dit Maurice Von der Mühll dans son livre n'est pas évoqué du tout par Roadcross, dont je ne remets pas en cause les intentions :

 

"Il faut surtout motiver les bons conducteurs et leur donner envie de le rester jusqu'à la fin de leurs jours". 

 

Du coup les buts poursuivis par Roadcross paraissent ne répondre qu'à une partie du problème. Réprimer les criminels de la route, fustiger leurs comportements et sensibliser les jeunes sur les conséquences de ces comportements qui peuvent être réellement tragiques, c'est nécessaire, mais insuffisant. Il ne faut pas oublier les bons conducteurs. Il faut engager des réformes qui permettent de les reconnaître, de les distinguer des chauffards et de les encourager à rester de bons conducteurs.  

 

Cela dit, l'initiative, si elle aboutit, ce qui est fortement probable, aura le mérite de souligner l'urgence du problème et peut-être d'y répondre par de meilleures solutions que toutes celles expérimentées jusqu'à présent et qui ont trouvé leurs limites, en empoisonnant la vie de la grande majorité des conducteurs.

 

Francis Richard

 

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665e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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8 mai 2010 6 08 /05 /mai /2010 09:00

Oskar-Freysinger.jpgIl y a une semaine, le 1er mai, dès le début de l'après-midi, je me trouve au Salon du Livre à Palexpo, près de l'aéroport de Genève.

 

Marlyse Pietri directrice des Editions Zoé ici ne se trouve pas sur son stand, mais un des auteurs maison, Amélie Plume, assise à une table, attend le chaland, de pied ferme, un stylo à la main. La quatrième de couverture de son dernier livre, Les fiancés du Glacier Express, indique au lecteur que les héros du roman ont la soixantaine. Comme j'en approche à grands pas, je me dis que ce livre me donnera peut-être un avant-goût de ce qui pourrait bien m'advenir.

 

Catherine Lovey s'assied à la table voisine et entre en discussion avec Jacques Roman, tandis qu'Amélie Plume me dédicace son livre. Bien sûr je pourrais dire à Catherine que j'ai beaucoup aimé Un roman russe et drôle, dont j'ai fait une présentation sur ce blog ici. Mais je crains de démythifier la femme mystérieuse et fascinante que j'ai imaginée à la lecture de ce roman.  

 

Eric Caboussat, patron des Editions Cabédita ici, est préoccupé par des problèmes de monnaie - tous les livres se payent en espèces au Salon. Or il n'y a plus de billets de 10 francs au bancomat... et le Salon finira que cette contingence matérielle n'aura pas trouvé de solution. Il n'est pas d'humeur à parler d'autre chose. Il ne se souvient d'ailleurs pas de m'avoir envoyé un courriel en remerciement pour mon article ici sur Le général Guisan et l'esprit de résistance de Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit...

 

A défaut de rencontrer Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit, qui sont partis faire un tour, j'avise Yvon Jobard, qui vient de publier Les orphelins du rail. Certes je n'ai pas connu, comme l'auteur, les joies et les affres de la pension. Mais ce dernier m'assure que son livre restitue toutes ces années 1950 de mon enfance et que j'aurai de quoi nourrir ma nostalgie de ce bon vieux temps, que l'oubli des petites misères a inévitablement embelli. 

 

Aux Editions Gilles Attinger ici, qui ont édité La vie de château ici, de Jean-Marie Reber, et, surtout, le monumental Dictionnaire historique de la Suisse, le patron n'est pas là non plus, mais, parce que je suis entré au Salon avec l'invitation qu'ils m'ont envoyée, ils me font cadeau d'un livre écrit par un anonyme. Ce fac-similé raconte un Voyage dans les cantons de Vaud, Genève et Neuchâtel en septembre 1831. Je repars également avec Neuchâtel à découvrir de Stéphane Devaux et André Girard.

 

Trois mondesAprès avoir visité l'exposition Félix Valotton, je quitte le Salon et me rends à Genève même où deux éditeurs, un grand, L'Age d'Homme ici, et un plus petit, Xenia ici, ont délocalisé et reçoivent dans deux librairies, au Rameau d'Or et aux Trois mondes.

 

Au Rameau d'Or j'arrive en même temps que Barbara Polla, qui vient en voisine; sa galerie Analix est à deux pas. Quatre auteurs sont présents, tous quatre de bonne compagnie. Mousse Boulanger est très cordiale, Bernard Antenen très gentilhomme, Antonio Albanese très rayonnant - nous jouons les rôles de l'auteur et du lecteur - et Jean-Michel Olivier très amical - notre point commun est d'avoir un prénom pour patronyme. Vladimir Dimitrijevic ici arrive peu après mais s'éclipse aussitôt dans l'arrière-boutique... où un buffet est dressé, pour les auteurs...

 

Aux Trois Mondes l'ambiance est toute différente. Le patron des éditions Xenia, Slobodan Despot, ce géant, m'accueille chaleureusement et me remercie vivement pour mon article sur son Valais mystique ici, dont la lecture est une fête pour les yeux, le coeur et l'esprit. Sont présents notamment Oskar Freysinger [photo ci-dessus], qui a certes lancé l'initiative contre les minarets, mais qui est aussi écrivain, et Pascal Décaillet, talentueux journaliste à Radio Cité et à Léman bleu, qui donne ici sa version des faits. 

 

Autour d'une table [la photo ci-dessus provient d'ici, on y aperçoit dans le fond Jean Romain tenant dans les mains un livre ouvert], s'abreuvant de verres de vin blanc ou rouge, repue de fromages valaisans et de viande séchée, l'assistance termine cette après-midi consacrée aux livres au milieu de réparties qui déclenchent l'hilarité générale et qui permettent très naturellement à de forts liens d'amitié de se tisser. La bonne vie, en quelque sorte ...

 

Francis Richard

 

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658e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi
 

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 23:05

La Suisse est une mafiaIl faut remercier L'Hebdo pour l'entretien avec Muammar Kadhafi qu'il publie cette semaine ici. Si d'aucuns avaient encore des doutes sur la santé mentale du dictateur libyen, ils seraient maintenant levés, par l'intéressé lui-même.

 

Comme dit l'hebdomadaire, qui reproduit en fait un entretien publié dans Der Spiegel, Muammar Kadhafi  "en rajoute dans la démesure".

 

Pourquoi a-t-il appelé au djihad contre la Suisse ?

 

"La Suisse s'est mise à nous traiter mal. Il y a eu l'histoire des minarets et la publication de représentations horribles du Prophète. Il devenait urgent de mettre le holà."

 

Sans vouloir faire de l'enfantillage en disant : "C'est la Libye qui a commencé, M'sieur !", force est de constater que le vote sur les minarets est plutôt, sans être la seule explication, une réponse à des comportements comme celui de Muammar Kadhafi à l'égard de la Suisse, dans l'affaire des otages retenus en Libye, que le déclencheur du conflit helvético-libyen, antérieur de plus d'une année...

 

 Pourquoi n'intervient-il pas en faveur de Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye ?

 

"C'est de la compétence des seuls tribunaux (...). C'est un problème légal."

 

A qui le dictateur libyen fera-t-il croire qu'il existe une séparation des pouvoirs, à la Montesquieu, dans son pays, où la loi du plus fort est toujours la meilleure et où le clan Kadhafi détient tous les pouvoirs ?

 

Au sortir de l'entretien qu'elle a eu hier avec Silvio Berlusconi - "mon meilleur ami européen" selon le Guide libyen - la présidente de la Confédération, Doris Leuthard, ne s'y est pas trompée et a déclaré au sujet du sort de Max Göldi ici :

 

"C'est le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi qui doit prendre sa décision."

 

 Son fils puîné, Saïf al-Islam, sera-t-il son successeur ?

 

"Je ne suis pas roi, je n'ai pas besoin de dauphin. En Libye, c'est le peuple qui commande."

 

Il suffit de lire ce que dit Amnesty International de la Libye ici pour se convaincre que ce pays est effectivement un modèle de démocratie... où le peuple commande.

 

Hannibal-Kadhafi-Domestique-Tunisienne-1.jpgSon fils Hannibal aurait-il tabassé ses deux domestiques ?

 

"Non, non. La Suisse n'a dit ça ni à moi ni à personne d'autre. C'est la première fois que j'entends ça."

 

Il est évident que Muammar ment effrontément et qu'il ne peut ignorer que son fils n'aurait pas autrement été mis en état d'arrestation pendant 48 heures par la police genevoise.

 

Son fils ne se serait-il pas comporté de manière analogue à Londres et à Paris ?

 

"Il s'est agi souvent d'exubérance juvénile."

 

 L e s photos des sévices infligés aux domestiques du fiston, qui illustrent cet article [reproduites intialement dans mon article Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets ], montrent qu'effectivement Hannibal est très exubérant et qu'il est resté très jeune pour un homme de 32 ans au moment des faits...   

 

Après les dénis de réalité Muammar Kadhafi délire carrément.

 

Avant 2002, la Suisse n'avait pas adhéré à l'ONU, pourquoi ?

 

"Parce qu'elle voulait se placer au-dessus de la loi internationale. Et c'est ce qui a fait de la Suisse une mafia."

 

On sait que la Suisse est certainement le pays occidental le plus strict en matière de blanchiment. Pas pour Kadhafi, spécialiste en amalgames :

 

"Celui qui dévalise une banque va déposer son butin en Suisse; celui qui fuit le fisc se réfugie en Suisse; celui qui veut placer son argent sur des comptes secrets choisit la Suisse."

 

Il ajoute ce chef-d'oeuvre de délire :

 

"Et un grand nombre de détenteurs de ce genre de comptes sont morts dans des circonstances inexpliquées."

 

Hannibal-Kadhafi-Domestique-Marocain-1.jpgMême Eric Woerth et Peer Steinbrück , les ex-ministres des finances de la France et de l'Allemagne, ne l'avaient pas imaginé dans leurs rêves les plus fous .... où ils se réjouissaient pourtant de dénigrer la Suisse.

 

Pourquoi Muammar en appelle-t-il au "démembrement de la Confédération" ? Parce que la Suisse est "le seul pays qui autorise l'assistance au suicide". Le rapport ?

 

"Toute une série de personnes a été éliminée de manière ciblée sous ce prétexte. La Suisse prétend que les intéressés auraient émis le souhait d'en finir avec la vie. En réalité il s'agissait de s'approprier leurs biens. Plus de 7'000 personnes sont mortes dans ces conditions."[sic]

 

Enfin "la Suisse finance le terrorisme", parole d'expert :

 

"Ayman al-Zawahiri, l'adjoint d'Oussama Ben Laden, a gagné la Suisse avec les avoirs d'al-Qaida et il s'y trouve toujours."

 

Muammar veut se débarrasser de la Suisse, qui pour lui est un véritable cauchemar et qui ose tant soit peu lui résister, il l'accuse donc de tous les maux ... comme lorsqu'on veut noyer son chien on l'accuse d'avoir la rage.

 

Ouf !

 

Francis Richard

 

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Affaire Kadhafi : demain soir Max Göldi aura déjà purgé la moitié de sa peine du 21.04.10
Union européenne, Kadhafi, mêmes intérêts économiques ? du 25.03.10

Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie du 17.03.10
Le jihad new-look de Kadhafi en réponse au vote sur les minarets du 10.03.10
Le ridicule ne tue pas, sinon Muammar Kadhafi avec son jihad... du 03.03.10
Otages suisses: la Libye, Etat voyou, a fauté en défiant Schengen du 23.02.10
La Libye de Kadhafi retient depuis 500 jours deux Suisses en otage du 01.12.09
Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets du 22.10.09
Retour sur la 64e session de l'ONU et le bras de fer Kadhafi-Merz du 01.10.09
Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire... du 08.09.09
Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages. du 27.08.09
Affaire Kadhafi : C'est la honte ! Hans-Rudolf Merz a fini par se coucher du 20.08.09
La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature du 11.08.09
Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres du 23.07.09
Cherche escroc style Madoff pour gérer fonds Kadhafi du 29.06.09
L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation du 24.04.09
Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

Nous en sommes au

657e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 22:45

Stèle Grand SaconnexIl y a 35 ans, le 30 avril 1975, les troupes nord-vietnamiennes achevaient de conquérir le Vietnam libre, au sud du pays. C'était la chute de Saigon, rebaptisée aussitôt Ho-Chi-Minh-Ville. Une chape de plomb s'abattait sur l'ancienne République du Vietnam. Un malheureux peuple, enfermé derrière un rideau de bambou, allait apprendre très vite ce que le communisme signifie concrètement dans la vie de tous les jours. Ce qui n'a rien à voir, cela va sans dire, avec les théories fumeuses que l'on peut lire dans les livres.

 

Du jour au lendemain toutes les libertés étaient foulées au pied. Il devenait impossible de se déplacer librement, de s'exprimer librement, de penser librement, d'exercer sa religion librement, de posséder quoi que ce soit librement, y compris soi-même. Les terres étaient collectivisées, les entreprises nationalisées, les opposants internés dans des camps de concentration ou de rééducation, les libertés démocratiques supprimées. Un régime de parti unique était instauré. Bref l'ordre communiste régnait désormais sur tout le pays.

 

A une guerre de plus de trente ans succédait une pax communista qui rendait la guerre presque joyeuse en comparaison. Des centaines de milliers de Vietnamiens décidaient de fuir cet enfer organisé sur ce paradis terrestre, qui était tombé de Charybde en Scylla, qui avait été lâchement abandonné par le monde libre. Lequel se lavait les mains de ce qui adviendrait après que ses derniers représentants auraient honteusement pris la poudre d'escampette. A tout prendre ces centaines de milliers de Vietnamiens préféraient mourir libres que vivre comme des esclaves sur cette terre martyrisée.

 

Effectivement beaucoup parmi eux - environ 300'000 - sont morts en quittant le pays, voyageurs sans bagages, n'emportant avec eux qu'eux mêmes, tiraillés par une soif de liberté inextinguible sur place, liberté sans laquelle il n'est pas de dignité humaine. La plupart ont fui, sur de frêles esquifs, le terrorisme d'Etat infligé à leur patrie comme un dernier châtiment immérité. Ils sont devenus des boat people. Trente ans plus tard une stèle  a été érigée en leur mémoire, au Grand-Saconnex, dans la République de Genève, en Suisse. C'est l'honneur de cette ville, de ce canton, de ce pays, d'avoir été les premiers à le faire.

 

Vendredi dernier une cérémonie du souvenir s'est déroulée devant cette stèle. Thierry Oppikoper, président du Cosunam, Comité Suisse-Vietnam ici, qui fête cette année ses vingt ans [voir mon article L'année du Tigre et les 20 ans du Cosunam ] leur a rendu un hommage à la fois ferme et émouvant :

 

 

 

Tran Huu KinhPuis Tran Huu Kinh, ancien lieutenant-colonel dans les commandos "rangers" de l'Armée de la République du Vietnam, qui a passé dix ans en camp de rééducation, de 1975 à 1985, a exprimé la reconnaissance des Vietnamiens envers la Suisse en ces termes :

 

"Monsieur le Président du Conseil d’Etat genevois,

Monsieur le Maire du Grand- Saconnex,

Mesdames, Messieurs les représentants des  autorités communales et cantonales suisses,

Chers Amis Suisses et Vietnamiens,

C’est le 30 avril 1975, il y a exactement 35 ans, que les communistes vietnamiens ont instauré un régime dictatorial au VN, menant une politique de discrimination sociale, emprisonnant des citoyens, militaires et civils, dans des camps de rééducation politique ou déportant leur famille dans des zones insalubres dites de «  nouveau développement économique », les privant des droits fondamentaux  sociaux et d’éducation de leurs enfants.

Ce sont ces raisons qui ont incité des centaines de milliers de Vietnamiens  à quitter leur pays natal dans des conditions atroces.

Jamais , auparavant  dans l’histoire de l’humanité, nous avons vu un tel exode de boat people sur mer, affrontant mille périls, tempêtes, noyades, pirates, faim et soif  dans une quête de liberté.

Ces images d’horreur des boat- people resteront à jamais figés dans la mémoire collective de l’humanité.

Dans ces moments de désespoir et de détresse, la Suisse, avec sa politique généreuse et humanitaire, n’a pas hésité à accueillir des milliers de nos malheureux compatriotes.

Et aujourd’hui, nous sommes heureux de constater l’intégration et la réussite de nos compatriotes et de leurs enfants grâce à votre solidarité et à votre engagement envers eux.

Oui, la Suisse est bien devenue pour nous un espace de liberté dont nous avons toujours rêvé.

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

La stèle que nous avons devant nous a été inaugurée solennellement le 9 février  2006 par Mme Elizabeth Boehler et Monsieur Tran Huu Kinh et elle restera à jamais le symbole de notre devoir de mémoire, le symbole ineffaçable de la recherche de liberté des boat people.

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Un proverbe vietnamien, cité par Mme Elizabeth Boehler le jour de l’inauguration, dit  «  Quand tu manges un fruit, n’oublie pas celui qui l’a planté. ». Nous aimerions citer un autre proverbe qui dit     «  Un simple bol de riz, dans un moment de détresse et de désespoir, mérite une reconnaissance éternelle ».

Avec cette stèle, nous prenons l’engagement, chers amis Suisses, de ne jamais oublier notre reconnaissance envers vous pour cet espace de paix, de liberté et de démocratie que vous nous avez donné.

Merci pour votre attention."

Pour mes amis vietnamiens j'ai filmé cette allocution en VO :

 

 

 

Promenade des libertésUn peu plus tard et un peu plus loin, dans le parc du château du Grand-Saconnex qui abrite la stèle, la promenade des libertés était inaugurée par Jean-Marc Comte, maire de la ville, et par François Longchamp, Président du Conseil d'Etat de la République de Genève.

 

Cette promenade des libertés mène de la stèle des boat people à un autre endroit symbolique. En effet dans le jardin du Conseil Oecuménique des Eglises tout proche se trouvent des vestiges du mur de Berlin. Ces vestiges sont deux grands morceaux du mur, qui ne passent donc pas inaperçus et qui ont été disposés de manière très symboliques.

 

Il est émouvant de penser que ces deux monuments se répondent. Le second exprime l'espérance récompensée puisqu'il évoque un mur de la honte tombé sous la pression d'un peuple aspirant à sa liberté perdue. Le premier exprime une autre espérance du même ordre, toujours vive, qui ne demande qu'à être récompensée à son tour.

 

Il faut en effet que tous ces morts parmi les boat people ne l'aient pas été en vain. Entre-temps il convient de se souvenir de leur sacrifice et de se dire que tôt ou tard - le plus tôt évidemment serait le mieux - Ho-Chi-Minh-Ville redeviendra Saigon, comme Leningrad est redevenue Saint Pétersbourg et que les deux dictateurs déifiés finiront dans la même poubelle de l'histoire. 

 

Jean-Marc Comte, maire du Grand-Saconnex, a parlé en premier :

 

 

Puis François Longchamp, au nom du gouvernement de la République de Genève, a prononcé l'allocution suivante :

 

 

 

En cortège l'assistance s'est alors déplacée au jardin du Conseil Oecuménique des Eglises. Le pasteur Jean Fischer, ancien Secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes, y a prononcé l'allocution suivante :

 

 

Do Thuy TienEnfin l'assistance s'est rendue en cortège à la mairie du Grand-Saconnex pour un verre de l'amitié.

 

Au cours de cette dernière réunion une toute jeune fille, étudiante à Montpellier, a pris la parole. Elle s'est adressée au maire, Jean-Marc Comte, pour lui demander son intercession auprès du Ministre suisse des Affaires étrangères en faveur de sa mère, condamnée à trois et demi de prison pour délit d'opinion, maquillé en violence grâce à un montage digne des heures soviétiques les plus sombres [voir mes articles Au Vietnam, plus que jamais, le régime communiste persécute les catholiques Lettre ouverte de Do Thuy Tien à ses parents, Tran Khai Thanh Thuy et Do Ba Tan et La condamnation de Tran Khai Thanh Thuy confirmée en appel ].

 

Cette jeune fille s'appelle Do Thuy Tien. Elle est entourée sur la photo ci-dessus par Nguyen Tang Luy, Secrétaire général du Cosunam, à gauche, et par Jean-Marc Comte, à droite, à qui elle s'est adressée en ces termes :

 

 

Après cette dernière réunion les membres de la communauté vietnamienne se sont réunis entre eux, une dernière fois, autour de la stèle des boat people, avant que la nuit ne tombe.

 

En rentrant à Lausanne je me disais que j'avais assisté à des moments mémorables et que mes amis vietnamiens m'avaient fait un grand honneur en m'invitant et en me faisant confiance. J'en suis très touché et je les en remercie du fond du coeur.

 

En effet il aurait suffi que ces commémorations s'ébruitent pour que l'ambassade de la République socialiste du Vietnam fasse tout pour les empêcher ... La liberté est décidément quelque chose de précieux et de fragile, même ici.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

Nous en sommes au

655e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi
 

 

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 01:00

Hannibal avec MaxMax Göldi, le dernier otage suisse retenu en Libye, est toujours en prison, depuis le 22 février 2010 ici. Les impératifs économiques de certains membres de l'Union européenne - l'Italie et Malte, pour ne pas les nommer -ont prévalu sur la solidarité qui aurait dû exister entre l'Union européenne et la Suisse, qui partagent, en principe, un certain nombre de valeurs - notamment des valeurs démocratiques -, et qui sont liées par des accords bilatéraux, politiques et économiques.

 

Des commentateurs insinuent que la Suisse aurait été soutenue davantage par l'Union européenne si elle en avait fait partie. C'est une illusion. Les petits pays de l'Union européenne plient toujours devant la volonté des grands. On a pu s'en rendre compte quand l'OCDE, qui est sous la coupe des grands, a mis, sur sa liste grise des paradis fiscaux, la Belgique, le Luxembourg et l'Autriche, tous trois petits pays membres de l'Union européenne. Pour rentrer en grâce ils ont dû adopter, comme la Suisse, la norme de l'OCDE en matière de secret bancaire.

 

En se disant prête, le 24 mars dernier, à renoncer à sa liste noire interdisant à des ressortissants libyens de se rendre en Suisse, si la Libye renonçait à son interdiction d'entrée faite aux citoyens de l'espace Schengen, la Suisse a perdu son dernier atout pour faire libérer Max Göldi avant qu'il ne purge l'intégralité de sa peine. Dans son communiqué de ce jour-là  ici le Conseil fédéral ajoutait :

 

"L'objectif de la Suisse reste la libération de M. Max Göldi. Pour ce faire, la Suisse est prête à continuer à négocier sur la base des propositions des deux médiateurs européens."

 

Avec le recul les optimistes qui, en Suisse, faisaient confiance aux médiateurs européens pour dénouer la crise ne peuvent que déchanter. Les bonnes paroles du porte-parole de la Commissaire européenne en charge des Affaires intérieures et de la Sécurité, prononcées alors, prennent aujourd'hui un relief particulier près d'un mois plus tard ici :

 

"La Suisse a fait montre d'un grand sens des responsabilités[...]. La Commission invite la Libye à reprendre la délivrance de visas et à libérer Max Göldi sans délais [...]. Nous espérons être à un tournant de ce contentieux et qu'une solution diplomatique sera trouvée le plus tôt possible."

 

En fait la Suisse a bel et bien, sans contrepartie tangible, cédé au chantage de l'Italie et de Malte qui menaçaient d'utiliser l'article 26 du nouveau code communautaire des visas, en vigueur le 5 avril 2010. Cet article permet de déroger à la règle qui veut que le refus de visas par un pays de l'espace Schengen s'étende à tous les autres.

 

Qu'a donc obtenu la Suisse ? Rien. Max Göldi a même temporairement vu ses conditions de détention empirer...ici , avant qu'Hannibal Kadhafi ne lui rende une curieuse visite ici [d'où provient la photo ci-dessus].

 

Dans l'hypothèse où la Suisse n'aurait pas cédé, il aurait été intéressant de voir si l'Italie et Malte auraient mis leur chantage à exécution. Cela n'aurait pas de toute façon pu être pire...

 

Depuis, le 12 avril 2010, le Tribunal de première instance de Genève s'est prononcé sur la requête d'Hannibal Kadhafi qui avait estimé que la publication, dans La Tribune de Genève du 4 septembre 2009, de photos d'identité judiciaire, prises lors de son arrestation en juillet 2008, avait porté atteinte à sa personnalité.

 

Le Tribunal a condamné La Tribune de Genève ici :

 

 "La publication de ces photos, qui n’apportait aucun élément nouveau au lecteur, était propre à causer des souffrances importantes, au vu du caractère humiliant de telles photos."

 

[Les souffrances des domestiques d'Hannibal, celles de Rachid Hamdani et de Max Göldi, sont négligeables en comparaison de celles du fils du Guide libyen]

 

Et a condamné l'Etat de Genève :

 

"Cela [la transmission des photos par un fonctionnaire inconnu] est particulièrement grave. Il s’agit d’une violation du secret de fonction. La responsabilité de l’Etat de Genève est engagée."

 

Le jugement doit être publié dans La Tribune de Genève, sur son site et sur le site de l'Etat de Genève, les frais de publication étant assumés aux trois quarts par ce dernier, le dernier quart par le quotidien genevois.

 

Hannibal Kadhafi n'a pas obtenu les 100'000 francs qu'il réclamait pour tort moral...

 

Ce jugement ne suffirait pas à Hannibal ici. Il voudrait toujours que les circonstances de son interpellation de juillet 2008 soient soumises à un tribunal arbitral comme il en avait été convenu dans l'accord du 20 août 2009, signé par Hans-Rudolf Merz pour la Suisse ici. Le Conseil fédéral a suspendu cet accord après la disparition, entre le 23 septembre 2009 et le 9 novembre 2009, de Max Göldi et de Rachid Hamdani.

 

En tout cas, il est vraisemblable maintenant que Max Göldi purgera l'entier de sa peine de quatre mois. Ce qui ne préjuge pas qu'il pourra quitter la Libye à la fin ...

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Union européenne, Kadhafi, mêmes intérêts économiques ? du 25.03.10

Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie du 17.03.10
Le jihad new-look de Kadhafi en réponse au vote sur les minarets du 10.03.10
Le ridicule ne tue pas, sinon Muammar Kadhafi avec son jihad... du 03.03.10
Otages suisses: la Libye, Etat voyou, a fauté en défiant Schengen du 23.02.10
La Libye de Kadhafi retient depuis 500 jours deux Suisses en otage du 01.12.09
Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets du 22.10.09
Retour sur la 64e session de l'ONU et le bras de fer Kadhafi-Merz du 01.10.09
Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire... du 08.09.09
Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages. du 27.08.09
Affaire Kadhafi : C'est la honte ! Hans-Rudolf Merz a fini par se coucher du 20.08.09
La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature du 11.08.09
Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres du 23.07.09
Cherche escroc style Madoff pour gérer fonds Kadhafi du 29.06.09
L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation du 24.04.09
Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

Nous en sommes au

641e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi



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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 19:30
Max Göldi emprisonnéLa décision du Conseil fédéral est tombée hier : il est prêt à renoncer à sa liste noire interdisant à des ressortissants libyens de se rendre en Suisse, si, tenez-vous bien, la Libye renonce à son interdiction d'entrée faite aux citoyens de l'espace Schengen.

La Suisse aurait donc apparemment cédé à la pression inamicale de l'Union européenne. Dans cette affaire je suis étonné par ceux, parmi les commentateurs et les hommes politiques, qui jouent les étonnés. Il y a huit jours j'écrivais [voir mon article Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie ] :

"J'attends avec impatience de voir si ces pseudo-démocraties européennes finiront toutes, à l'instar de l'italienne, par lécher les babouches du dictateur libyen.

Jusqu'à preuve du contraire - j'espère me tromper - nous y sommes presque.

Voyons cependant de plus près le communiqué du Conseil fédéral publié hier ici :

"Dans le cadre de la médiation de l'Union européenne (UE), le Conseil fédéral est prêt à lever dans les meilleurs délais la liste instituant une interdiction d'entrée et de transit sur territoire suisse pour certaines catégories de ressortissants libyens. Il attend que la Libye lève également sa liste d'interdiction d'entrée des citoyens de l'espace Schengen en Libye.


L'objectif de la Suisse reste la libération de M. Max Göldi. Pour ce faire, la Suisse est prête à continuer à négocier sur la base des propositions des deux médiateurs européens
."

Rappelons que la Libye, suite à l'interdiction - en novembre 2009 - d'entrée en Suisse signifiée à 150 de ses ressortissants - la Libye parle de 188 - a décidé d'interdire l'entrée de son territoire aux citoyens de l'espace Schengen le 15 février 2010. Soit plus de trois mois plus tard ... 

Pourquoi la Suisse avait-elle dressé cette liste d'indésirables ? Parce que les deux otages suisses retenus en Libye avaient disparu pendant près de sept semaines. Quand ils étaient réapparus, la Suisse n'avait pas renoncé à sa liste en apprenant trois jours plus tard que Rachid Hamdani et Max Göldi, les deux otages, seraient jugés par la justice aux ordres du régime de Kadhafi ... pour des infractions imaginaires.

Si la Suisse renonçait à sa liste sans autre contrepartie que la levée de l'interdiction d'entrée en Libye faite aux citoyens de l'espace Schengen, cela signifierait que l'Union européenne a préféré les intérêts économiques de certains de ses membres - l'Italie et Malte, pour ne pas les nommer - et ceux de Kadhafi à la défense de ses principes et des pays qui ont passé des accords avec elle. Cela reviendrait également à dire que l'Union européenne met sur le même pied une dictature et une démocratie.

Il semble que cela ne soit pas le cas, si l'on en croit cette dépêche de l'ATS de ce jour
ici  et si l'on interprète avec optimisme le deuxième paragraphe du communiqué du Conseil fédéral, où il fait confiance aux deux médiateurs européens, que sont l'Espagne et l'Allemagne, pour résoudre la crise :

""La Suisse a fait montre d'un grand sens des responsabilités", a déclaré Michele Cercone, porte-parole de Cecilia Malmström, commissaire en charge des Affaires intérieures et de la Sécurité.


"La Commission invite la Libye à reprendre la délivrance de visas et à libérer Max Göldi sans délais", a-t-il ajouté. "Nous espérons être à un tournant de ce contentieux et qu'une solution diplomatique sera trouvée le plus tôt possible"".

Tout dépend maintenant du lunatique et colérique Muammar Kadhafi.

Les Etats-Unis et l'Union européenne se présentent comme des grandes puissances qui défendent le droit et la morale. En réalité elles fabriquent des lois qui permettent à leurs dirigeants de contourner le droit et la morale. 

L'utilisation par Obama de la procédure de "réconciliation", détournée de son objet [
L'obamagouille pour faire passer la réforme américaine de la santé ], en est un exemple récent : il est heureux que des sénateurs républicains aient mis à jour des irrégularités patentes dans le texte final présenté devant le Sénat et que la délirante réforme de la santé doive être revotée ici.

La menace d'utilisation, par l'Italie et Malte, de l'article 26 du nouveau code communautaire des visas, applicable dès le 5 avril prochain, est du même acabit [voir mon article
Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie ]. Il s'agirait de déroger à la règle qui veut que le refus de visas par un pays de l'espace Schengen s'étende à tous les autres, alors que ce dispositif en est justement le principal atout.   

Il faut espérer que, dans le cas présent, le Conseil fédéral ne sera pas, et la Suisse avec, victime d'un de ces tours de passe-passe, et que l'Union européenne, ayant obtenu que la Suisse lâche la proie pour l'ombre, ne la laisse pas tomber.

En attendant, Max Göldi [la photo de son arrestation, ci-dessus, provient d'
ici], le dernier otage suisse retenu en Libye, est retourné en prison depuis plus d'un mois. Si cela continue, cet innocent aura bientôt purgé toute sa peine arbitraire de quatre mois, sans compter les centaines de jours qu'il aura passées contre son gré sur le sol libyen... pour s'être trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Comment,en refusant des visas à des Libyens,la Suisse a poussé à bout l'Italie du 17.03.10
Le jihad new-look de Kadhafi en réponse au vote sur les minarets du 10.03.10
Le ridicule ne tue pas, sinon Muammar Kadhafi avec son jihad... du 03.03.10
Otages suisses: la Libye, Etat voyou, a fauté en défiant Schengen du 23.02.10
La Libye de Kadhafi retient depuis 500 jours deux Suisses en otage du 01.12.09
Le gang Kadhafi, père et fils, et l'initiative anti-minarets du 22.10.09
Retour sur la 64e session de l'ONU et le bras de fer Kadhafi-Merz du 01.10.09
Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire... du 08.09.09
Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages. du 27.08.09
Affaire Kadhafi : C'est la honte ! Hans-Rudolf Merz a fini par se coucher du 20.08.09
La prise d'otages en Iran comme en Libye est une politique de dictature du 11.08.09
Affaire Kadhafi : avant de franchir les 2 derniers millimètres du 23.07.09
Cherche escroc style Madoff pour gérer fonds Kadhafi du 29.06.09
L'affaire Hannibal Kadhafi ou l'immunité diplomatique par filiation du 24.04.09
Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

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614e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 19:25

Visa SchengenLa Suisse a donc établi une liste de personnalités libyennes indésirables sur le sol helvétique. Comme elle a signé les accords de Schengen cette mesure s'est étendue automatiquement aux 29 pays membres de l'espace Schengen, dont l'Italie, qui représente 43% des exportations ... libyennes. Ce qui donne une idée de l'impartialité de son ministre des Affaires étrangères Franco Frattini...

Cette fameuse liste est devenue, volontairement ou pas, une monnaie d'échange pour obtenir la libération de Rachid Hamdani et de Max Göldi, les deux otages suisses retenus en Libye. Rachid Hamdani ayant été libéré, il ne reste plus à libérer que Max Göldi. 

On ne sait pas exactement qui figure sur cette liste. Seule certitude : Muammar Kadhafi s'y trouve. Et ce bédouin de carnaval, jamais sans sa tente, n'aime pas ça du tout. Il n'est plus, depuis longtemps, fier d'avoir été l'idole des terroristes islamistes. Cela lui a coûté trop cher.
 

Selon le journal libyen Oea, en date du 14 février 2010, 188 personnes ici figureraient sur cette liste. Selon la Suisse leur nombre serait de 150 ici, chiffre que La Ligue arabe reprend quand, le 4 mars 2010, elle affirme sa solidarité avec la Libye ici. Peu importe le nombre exact d'ailleurs. Il s'agit vraisemblablement de dignitaires du régime et de leurs proches, de véritables persona non grata


Selon le même journal libyen Oea cette mesure aurait été prise par la Suisse au mois de juin
2009. Ce qui est peu vraisemblable. En effet ce n’est que le 2 novembre 2009 que la Commission de politique extérieure du Conseil national ici a demandé au Conseil fédéral de ne plus accorder de visas aux Libyens, en raison de la disparition des deux otages suisses depuis le 23 septembre 2009 ici.

 

Ce jour-là, les deux otages suisses retenus en Libye ont été mis en détention à la faveur d’un contrôle médical opéré par les autorités, un véritable guet-apens. Ils ne devaient réapparaître et retourner à l’ambassade suisse de Tripoli que le 9 novembre suivant. On apprenait le 12 novembre qu’ils seraient déférés devant la justice libyenne à la botte du régime ... avec les résultats que l'on sait : Hamdani blanchi et libéré le 23 février, Göldi expédié en prison pour 4 mois le 22 février ici.

 

Plus de deux mois après le refus des visas par la Suisse la Libye se réveille. Le 21 janvier 2010 elle menace de restreindre son accès aux Européens s’ils ne se désolidarisent pas de la décision prise par la Suisse d'établir une liste d'exclus libyens de l'espace Schengen. Ce que les 28 autres pays de l'espace Schengen ne peuvent pas faire puisque cette solidarité résulte du mécanisme même des accords de Schengen que la Suisse a signés.

 

L’Union européenne et la Suisse savent pourtant que le Code communautaire des visas ici a changé le 13 juillet 2009 [Règlement n°810/2009]. Publié le 15 septembre 2009 au Journal officiel de l’Union européenne, il entre en vigueur le 5 octobre 2009 et sera applicable six mois plus tard, c’est-à-dire dès le 5 avril 2010, autrement dit bientôt.

 

Or dans ce nouveau code des visas l’article 26 permet de déroger au mécanisme des accords de Schengen :

 

"Des accords bilatéraux entre la Communauté et des pays tiers, visant à faciliter les demandes de visas, peuvent déroger au présent règlement".

 

Il faut croire que l’Union européenne et la Suisse ont convenu, à ce moment-là, de ne pas mentionner cette possibilité, qu'ils considèrent sans doute comme encore bien lointaine. Ils ignorent qu'en Libye le temps ne s'écoule pas de la même façon qu'en Europe...

 

Toujours est-il que le 15 février 2010 la Libye décide ici de refuser tous les visas d’entrée sur son territoire demandés par des Européens, à l’exception des Britanniques. L’affaire des visas refusés à des Libyens prend une tout autre dimension.

 

Le surlendemain, 17 février 2010, le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, demande ici à la Suisse de supprimer sa liste noire et à la Libye de libérer les deux otages suisses. Il parle de 186 personnes figurant sur cette liste : il n'est même pas d'accord avec ses amis libyens . Un mois plus tard, le 14 mars 2010, le même, poussé à bout, après avoir léché les babouches du Führer libyen,  menace ici la Suisse de faire usage de l’article 26 du nouveau Code communautaire des visas si l’affaire n’est pas résolue avant le 5 avril 2010. Money is money. L'Italie fait partie des pays donneurs de leçons de morale ...

 

Aujourd’hui Kadhafi exige des excuses de l'Union européenne ici… Quand on a affaire à quelqu'un qui ressemble à s'y méprendre à un échappé d'asile, on peut s'attendre à tout.

J'attends avec impatience de voir si ces pseudo-démocraties européennes finiront toutes, à l'instar de l'italienne, par lécher les babouches du dictateur libyen. 


Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Le ridicule ne tue pas, sinon Muammar Kadhafi avec son jihad... du 03.03.10
Otages suisses: la Libye, Etat voyou, a fauté en défiant Schengen du 23.02.10
La Libye de Kadhafi retient depuis 500 jours deux Suisses en otage du 01.12.09
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Retour sur la 64e session de l'ONU et le bras de fer Kadhafi-Merz du 01.10.09
Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire... du 08.09.09
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Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
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Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
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606e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 18:30
secret bancaireIl y a tout juste un an, le 13 mars 2009, le Conseil fédéral donnait un coup qui pourrait être fatal au secret bancaire [l'image ci-contre provient d'ici]. Il abandonnait sans livrer bataille la distinction entre évasion fiscale - ou soustraction fiscale - et fraude fiscale pour les étrangers et les non-résidents. A l'époque je parlais ici de double trahison, à l'égard des étrangers et des non-résidents qui avaient confiance en la Suisse, à l'égard des Suisses et des résidents dont le tour viendrait à coup sûr.

La fiscalité de l'épargne qui était apparue comme la panacée se révélait une duperie. Les mauvais élèves de l'économie qui entourent la Suisse, comme tous les maîtres-chanteurs, allaient demander toujours plus et ne se contenteraient pas d'une simple adhésion au modèle de convention fiscale de l'OCDE. On sait maintenant qu'ils veulent obtenir l'échange automatique d'informations.

Le jour fatidique du 13 mars 2009, le Parti socialiste suisse, PS, se réjouissait de cette trahison qu'il appelait depuis longtemps de ses voeux ici. Il regrettait seulement que cette trahison n'ait pas eu lieu plus tôt. En allant même plus loin il se disqualifiait définitivement sur la question :

"Le PS juge qu’à long terme, la clientèle indigène devra être logée à la même enseigne que les clients étrangers des banques suisses".

Le 20 février dernier le PS va encore plus loin, ce qui réjouira l'Union européenne, qui ne veut pas que du bien à la Suisse ici :

"Pour le groupe socialiste, la Suisse doit absolument entrer en matière avec l'Union européenne (UE) sur la question de l'échange automatique d'informations. C'est le prix à payer pour négocier un délai transitoire ainsi qu'un accord sur les services qui garantisse le libre accès au marché européen aux entreprises de notre pays.


Indépendamment des pourparlers avec l'UE, les banques doivent être obligées d'accueillir uniquement des sommes que leurs clients auront déclarées au fisc. Concrètement, comme c'est déjà le cas en cas de soupçon de blanchiment d'argent, les banques devraient avertir les autorités compétentes si elles subodorent que les sommes qui leur sont confiées proviennent de l'évasion fiscale."

Qu'en est-il aujourd'hui des autres partis politiques d'importance, ceux qui sont représentés au Conseil fédéral, c'est-à-dire des grands partis "bourgeois" ?

Le Parti démocrate-chrétien, PDC, s'est résigné 
ici à accepter les standards de l'OCDE. Mais pour lui il n'est pas question d'aller au-delà :

"Pour les clients bancaires dont le domicile ou le siège est en Suisse il convient que le secret bancaire, y compris la différence confirmée entre la fraude fiscale donnant lieu à une poursuite pénale et la soustraction fiscale sanctionnée par le droit administratif, soit gardé en l'état".

Le Parti libéral-radical, PLR, semble traversé par des courants contraires. Le 8 mars 2010 il présente la stratégie suivante lors d'une conférence de presse
ici :

"Le comité directeur du PLR propose aux délégués les trois axes suivants qui sont intimement liés:  

  • À l’échelle suisse: Etablir une claire distinction entre fraude et évasion fiscale d’ici fin 2011 en introduisant la notion de délit de soustraction fiscale aggravée.
  • À l’échelle internationale: Etablir, en collaboration avec les Etats de l’OCDE, une stratégie de « l’argent propre », d’ici fin 2011, en intégrant les standards de l’OCDE dans les conventions de double imposition. Proposer à nos voisins le prélèvement d’un impôt libératoire (dès que possible). Refuser tout argent noir, en contrepartie du libre accès à leurs marchés et d’une amnistie pour le passé. Renégociation des accords sur la fiscalité de l’épargne avec l’UE.
  • Autres mesures: Suppression du droit de timbre. Introduction d’un impôt libératoire. Mise en oeuvre de la solution des forfaits fiscaux de la Conférence des directeurs cantonaux des finances. Alourdissement des peines à l’encontre du vol de données et de l’espionnage industriel. Renforcement de la FINMA. "


Cette stratégie n'est pas du goût de tout le monde. C'est ce qui ressort d'un communiqué de l'ATS du 11 mars 2010 publié par Le Matin
ici :

"La nouvelle stratégie financière des Libéraux- Radicaux (PLR) va nourrir un débat entre les président cantonaux du parti jeudi après-midi à Berne [11 mars 2010]. L'unanimité n'est pas acquise car les sections genevoise et zurichoise y sont opposées."

La réunion du 11 mars de la Conférence des présidents cantonaux du parti se solde finalement par la poursuite des débats sur le sujet jusqu'à la tenue de la réunion des délégués du 24 avril prochain
ici.

L'Union démocratique du centre, UDC, est pour le statu quo d'avant le 13 mars 2009. Extrait de son communiqué du 9 mars 2010 
ici :

"Le groupe parlementaire UDC a débattu aujourd'hui du secret protégeant les clients des banques et de la place financière suisse. Il s'est prononcé à l'unanimité pour la sauvegarde du secret bancaire. Le groupe UDC insiste en outre sur le maintien de la distinction entre soustraction fiscale et fraude fiscale. Il rejette catégoriquement ladite stratégie de l'argent propre suggérée ces derniers jours par le PS, le PLR et quelques conseillers fédéraux. Les nouveaux accords de double imposition avec divers pays n'ont pas non plus son aval, car ils violent la règle de la double incrimination, principe important du point de vue de l'Etat de droit."

L'UDC est le seul parti qui défend bec et ongles la sphère privée et qui donc fait passer en premier l'impératif moral [voir mon article A lire : "Le secret bancaire : un impératif moral" de Jan Krepelka ] avant même la sauvegarde de la place financière suisse, autrement dit le principe avant l'économie.

Toujours est-il que l'"unanimité" des partis politiques suisses fait plaisir à voir... Elle est le reflet de la cacophonie qui règne au sommet de l'Etat, au Conseil fédéral, et que je soulignais récemment [voir mon article Secret bancaire: des Conseillers fédéraux contre, tout contre ... ]. 

Cette "unanimité" augure mal de la résistance que la Suisse va être en mesure d'opposer à la rapacité de ses voisins dénués de scrupules. En effet ces pays, qui sont devenus des enfers fiscaux, n'hésitent pas à employer tous les moyens, notamment à se servir de données volées pour lancer leurs polices fiscales aux trousses de leurs évadés du fisc. Ce qui rappelle les heures les plus sombres du XXe siècle...

Francis Richard

PS

Au sujet de données bancaires volées, l'affaire HSBC n'est pas éclaircie par le nième entretien qu'Hervé Falciani a accordé à la presse, en l'occurrence au Matin Dimanche ici, pour se justifier et éviter de se retrouver derrière les barreaux : 

"Je n'ai pas volé de données. D'ailleurs, je ne suis poursuivi que pour «intrusion et tentative d'intrusion frauduleuse dans un système de base de données». Ce que je réfute d'ailleurs. Le simple fait que l'on puisse retrouver, après investigations techniques, des dizaines de milliers de données dans mon ordinateur, alors que je ne suis qu'informaticien, pas financier, démontre que les systèmes informatiques et la sécurité de HSBC sont déficients"

En somme des milliers de données bancaires se seraient retrouvées sur son ordinateur par inadvertance...

  
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604e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 20:45

Philip CrowleyMuammar Kadhafi n'a pas la moindre idée de ce qu'est une démocratie. En Libye l'Etat c'est lui. Il a en effet pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat, le 1er septembre 1969, il y a un peu plus de 40 ans. Compte tenu des origines douteuses de son pouvoir, il est d'une susceptibilité de violette quand on ose se moquer de lui. Ce bédouin de carnaval, jamais sans sa tente, est pourtant la dérision personnifiée.

Le 26 février dernier Philip Crowley, le porte-parole du département d'Etat américain, ne s'y est pas trompé et, à juste titre, s'est moqué du Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, quand ce dernier a lancé son jihad contre la Suisse "apostate et mécréante". Cet appel lui rappelait le discours fleuve et incohérent, prononcé par le Führer libyen, à l'Assemblée générale de l'ONU du 23 septembre 2009 :

"
J'ai vu cette information, et cela m'a rappelé cette journée de septembre, l'une des plus mémorables séances de l'Assemblée générale de l'ONU dont je me souvienne. Beaucoup de mots, beaucoup de papier volant un peu partout, et pas forcément beaucoup de sens".

Hier, money is money, Philip Crowley ici [d'où provient la photo ci-dessus] a présenté de plates excuses :

"
Je regrette que mes commentaires soient devenus un obstacle à l'amélioration de nos relations bilatérales. [...] Ces commentaires ne sont pas le reflet de la politique américaine et ne visaient pas à être offensants. Je présente mes excuses s'ils ont été pris dans ce sens"

Un communiqué de l'ATS, publié par Le Temps de ce jour, rapporte ici :

"Le ministère libyen des affaires étrangères avait convoqué mercredi dernier la chargée d’affaires de l’ambassade américaine à Tripoli pour lui adresser sa protestation. Tripoli exigeait «des explications et des excuses» de Washington et prévoyait des «répercussions négatives sur les relations économiques et politiques entre les deux pays» si aucune mesure n’était prise.

Le lendemain, la Compagnie nationale libyenne de pétrole avait mis en garde les compagnies pétrolières américaines des «répercussions» que pourrait provoquer ces propos."

Ceci explique cela.

Comme on dit dans le jargon diplomatique, le malentendu est maintenant clarifié. Ce n'est pas une goutte de pétrole qui fera déborder le vase des bonnes relations américano-libyennes. D'autant que le jihad de Kadhafi n'est pas du terrorisme, juré, craché, parole de Guide, qui n'engage que ceux qui l'écoutent, n'est-ce pas Monsieur Merz ?

Comment Muammar Kadhafi compte-t-il s'y prendre pour mettre en oeuvre son jihad ? Ce dictateur, qui semble échappé d'asile, n'est pas complètement fou. Il a compris que la respectabilité, même imméritée, était dans le monde actuel chose précieuse pour entretenir de bonnes relations commerciales avec les pays qui peuvent nourrir son régime de devises. 

Or l'opprobre est jeté par la Suisse sur la Libye parce qu'elle détient un de ses ressortissants, Max Göldi, sous des prétextes bidons. Amnesty International exige même sa "libération immédiate et sans condition"
ici. Il faut donc contrebalancer cet opprobre. D'où l'idée lumineuse de lancer un jihad nouvelle manière. C'est là que le vote suisse du 29 novembre 2009, approuvant par 57,5%  l'interdiction de construire de nouveaux minarets en terre helvétique, refait surface et sert à la manoeuvre.

Le 25 février dernier Muammar Kadhafi a lancé son appel au jihad  contre la Suisse "qui détruit les maisons d'Allah
ici , façon de dire, délirante, qu'elle interdit la construction de nouveaux minarets. En décembre 2009 déjà, le Parlement arabe, qui est l'organe "représentatif" des pays de la Ligue arabe et qui est présidé par ... Muammar Kadhafi, avait demandé à la Suisse de reconsidérer cette décision qui traduisait "les sentiments de haine et d'animosité envers l'Islam et les musulmans qu'éprouvent les groupes de la droite extrémiste et raciste en Europe"ici.

Un projet de résolution, devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, où les pays occidentaux n'occupent que 7 sièges sur 47, est maintenant en train d'être concocté par le groupe des pays islamiques et par le groupe des pays africains - l'Union africaine a été présidée jusqu'en janvier dernier par ... Muammar Kadhafi. Ce projet devrait être présenté lors de la session plénière actuelle, qui se tient jusqu'au 26 mars prochain. Il condamnerait "fermement l'interdiction de la construction de minarets" en Suisse ici, interdiction qui serait considérée comme une "
manifestation d'islamophobie qui contrevient clairement aux obligations internationales en matière de droits de l'homme en ce qui concerne la liberté de religion".

Question naïve : combien de pays islamiques, combien de pays africains sont-ils respectueux des droits de l'homme et de la liberté de religion ? Poser la question c'est y répondre. Et la réponse discrédite totalement ce jihad new-look.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.


Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Le ridicule ne tue pas, sinon Muammar Kadhafi avec son jihad... du 03.03.10
Otages suisses: la Libye, Etat voyou, a fauté en défiant Schengen du 23.02.10
La Libye de Kadhafi retient depuis 500 jours deux Suisses en otage du 01.12.09
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Affaire Kadhafi: où l'on découvre qu'Hans-Rudolf Merz ne sait pas lire...du 08.09.09
Affaire Kadhafi : en attendant le retour des deux otages.du 27.08.09
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Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses du 9.10.08
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Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suissedu 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droitdu 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

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599e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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