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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 21:25
La semaine dernière je me trouvais au Pays Basque. En discutant avec un garagiste d'Urrugne, petite ville, mais grande commune, située près de Saint Jean-de-Luz, je lui ai appris qu'en Suisse le diesel était nettement plus cher que le sans plomb 95.

Il ne m'a pas cru. J'étais bien en peine d'ailleurs de lui dire pourquoi, ne m'étant pas sérieusement penché sur la question. Le pire est que, si j'avais raison il y a un an, ce n'est plus vrai aujourd'hui, du moins momentanément.

En effet, ce matin, je suis tombé sur un article de 24 Heures (ici), signé Anne Gaudard, illustré de la photo ci-contre, qui donne un début d'explication à cette bonne nouvelle de la baisse ici du diesel.

Anne Gaudard rappelle que d'habitude la différence entre les deux carburants est de 10 à 15 centimes par litre en faveur du sans plomb 95, qui est ici moins cher. La différence était même plus grande l'été dernier quand les deux carburants avaient franchi la barre des deux francs : le diesel était 30 centimes le litre plus cher que le sans plomb 95.

La baisse relative du diesel par rapport au sans plomb 95 est dû au marché des carburants. Même si ce dernier est faussé par la part importante des taxes qu'ils subissent, ce marché, comme tout marché, s'ajuste entre offre et demande.

D'après la journaliste du quotidien lausannois trois facteurs ont provoqué cette baisse relative du diesel par rapport au sans plomb 95 :

- un facteur saisonnier : les plus gros consommateurs d'essence que sont les Américains se sont remis à consommer de l'essence sans plomb avec la saison des vacances outre-Atlantique, en dépit de la crise

- un facteur conjoncturel : le diesel est surtout consommé par des professionnels, qui, avec la crise, se sont mis à consommer moins, provoquant la baisse des prix de ce carburant

- un facteur structurel : les carburants ayant d'une manière générale beaucoup baissé avec la crise et la consommation des voitures neuves motorisées à l'essence ayant également techniquement baissé, la demande de voitures neuves motorisées au diesel a fléchi.

Du coup : Les prix du diesel se révèlent plus bas que ceux de l'essence, voire à égalité selon les distributeurs.

Ces explications ne répondent qu'en partie à la question : pourquoi le diesel était-il plus cher que le sans plomb 95 en Suisse, alors qu'en France le diesel est de toute façon moins cher ? A l'heure actuelle l'écart peut être de 20 centimes d'euro entre les deux.

La réponse donnée par l'évolution du marché doit en fait être complétée par celle que donne la fiscalité. En Suisse l'Etat ne traite pas mieux le diesel que le sans plomb 95 (voir mon article du 12.12.08 En Suisse, l'Etat trait l'automobiliste à la pompe du sans plomb 95 ). Ce qui fait que le diesel, étant beaucoup plus coûteux à raffiner, ne peut être que plus cher que ce dernier. Sauf si la demande baisse fortement. Ce qui est le cas actuellement.

En revanche les taxes infligées au diesel en France sont, encore pour un temps, moindres que celles infligées au sans plomb 95. La TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) sur le diesel était réduite de 22 centimes d'euro le litre en 2008 par rapport à celle sur le sans plomb 95. Mais cet avantage devrait diminuer comme une peau de chagrin d'année en année et être nul en 2012. La réduction de la TIPP sur les supers incorporant des alcools éthyliques suivra la même évolution et sera également nulle en 2012.

L'Etat français se moque bien que les véhicules diesel, ou autres, émettent moins de CO2 que les véhicules classiques à essence. L'important, ce n'est pas la rose, mais de faire cracher au bassinet l'automobiliste qui est la meilleure des vaches à lait...    

Francis Richard
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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 22:45
Sous la signature de son délégué, Pierre Bessard, l'Institut Constant de Rebecque (ici) vient de publier un nouveau rapport intitulé Au-delà des "trois piliers" : la prévoyance de l'avenir (ici).

Il s'agit d'une remise en cause du système actuel de retraite helvétique qui ne fonctionne pas vraiment, même s'il fonctionne mieux que ceux de la plupart des pays occidentaux. L'impasse est tout de même là, avec un effet retard. Impasse pour ces deux raisons que sont le règne de l'arbitraire étatique et l'absence de consentement individuel.

L'image ci-dessus résume les trois fameux piliers du système de retraite helvétique.

Le 1er pilier est l'AVS. C'est une retraite par répartition à laquelle tout le monde cotise à partir de 18 ans jusqu'à la retraite (64 ans pour les femmes - bientôt 65, égalité oblige -, 65 ans pour les hommes) : les salariés, les indépendants et même ceux qui n'ont pas d'activité lucrative (à partir de 20 ans dans ce cas-là et de manière forfaitaire). A l'heure actuelle le minimum de la rente AVS est de Fr. 1'140.- par mois et le maximum de Fr. 2'280.-.

On connaît le principe de la répartition : les cotisations encaissées sont aussitôt redistribuées aux rentiers. Comme je le montrais dans un article publié le 20 décembre dernier (Une arnaque signée Madoff: l'AVS, retraite par répartition helvétique ), il s'agit d'une escroquerie institutionnelle aggravée par la démographie (voir mon article Le mensonge démographique des initiants pour l'âge de l'AVS flexible ).

Pierre Bessard souligne que ce jeu de Ponzi est au bord du gouffre :

Depuis plusieurs années, les prélèvements obligatoires sur les salaires ne financent plus qu'environ 75% des dépenses de rentes, le reste devant être compensé par d'autres impôts (...). Au cours des six dernières décennies [l'AVS a été instituée en 1948] le rapport actifs-retraités est passé de 9,5 à 3,6 et devrait encore baisser pour atteindre 2,2 dans 30 ans si l'âge légal de référence de 65 ans était maintenu malgré l'augmentation de l'espérance de vie.

Selon l'OFAS (Office fédéral des affaires sociales) les prélèvements obligatoires ne représenteront plus que 61% du financement en 2025, c'est-à-dire demain...

Comme le dit Pierre Bessard :

Sans réforme véritable, qui passerait notamment par l'allongement sensible de la vie active, la diminution du niveau de vie en Suisse liée au financement des rentes risque de dépasser 20%.

Il souligne à propos de ce jeu de Ponzi :

Que dans le cas de l'AVS, chacun est forcé de verser une partie de son revenu à ce jeu (...). L'AVS ne crée pas de richesses, elle ne fait qu'en transférer; toutes les prestations qu'une personne reçoit en plus de ses paiements se font par conséquent aux dépens de quelqu'un d'autre.

L'AVS est donc une fausse solidarité, puisqu'elle est obtenue par la contrainte. Elle ne correspond pas davantage à un "contrat intergénérationnel", puisque, pour qu'il y ait contrat, il faut que les contractants consentent et signent, ce qui n'est évidemment pas le cas. La retraite enfin devrait être un choix individuel :

En privant chaque personne d'une partie importante de son revenu à travers les prélèvements salariaux et les impôts, l'AVS contredit les préférences individuelles et limite la capacité des jeunes générations de planifier l'avenir selon leurs desseins, y compris dans l'optique de la prévoyance.

Le 2e pilier est la prévoyance professionnelle. C'est une retraite par capitalisation, mais fortement réglementée par l'Etat. L'assuré n'a pas le choix de sa caisse. C'est son employeur qui la choisit pour lui. L'assuré change donc de caisse à chaque changement d'employeur. L'assiette des cotisations, le salaire coordonné, est obtenue par différence entre le salaire brut et une déduction de coordination propre à chaque caisse. L'Etat fixe un minimum à ce salaire coordonné (il est en 2009 de Fr. 3'315.- par an).

Chaque caisse, sous réserve d'approbation de l'autorité de surveillance de l'Etat, détermine en fonction de l'âge les taux de cotisation applicables au salaire coordonné et leur répartition entre assuré et employeur.

La rémunération de l'épargne constituée se fait à un taux minimum fixé arbitrairement par l'Etat. Les rentes sont obtenues, au moment de la retraite, en appliquant à l'épargne constituée un taux de conversion, dont le minimum est un taux fixé tout aussi arbitrairement par l'Etat. Par ordonnance l'Etat fixe également les placements que les caisses sont autorisés à faire.

A propos du taux d'intérêt des avoirs épargnés au titre de la prévoyance, Pierre Bessard (photo ci-contre tirée du site du Liberales Institut ici) remarque judicieusement que :

Si ce taux est fixé trop bas, il peut mener à une performance moindre et à éviter des chances de rendement plus élevés à long terme. Un taux d'intérêt trop élevé, en revanche, peut conduire à une prise de risques démesurée et accroître la probabilité d'insolvabilité d'une caisse.

A propos du taux de conversion, il fait la remarque suivante, non moins judicieuse :

Sur un marché libre, la fixation du taux de conversion serait une décision actuarielle, comme il se devrait, et non une décision politique, avec tout le potentiel d'abus et d'irrationalité que cela implique, au détriment des assurés, forcés de livrer une partie de leurs revenus à la caisse de pension de leur employeur.

A propos des directives de l'Etat en matière de placements, il note :

De telles directives sont forcément arbitraires et ignorent complètement le dynamisme des marchés; elles reflètent une vision statique de l'activité économique sans lien avec la réalité des impératifs de la gestion de fonds.

Le 3e pilier est la prévoyance individuelle. C'est une retraite par capitalisation individuelle. Aujourd'hui elle est fortement limitée par la loi : si vous êtes déjà assujetti à la prévoyance professionnelle votre versement annuel maximum ne pourra être que de Fr. 6'566.- et si vous ne l'êtes pas de Fr. 32'832.-.
    

Dans la suite de son rapport Pierre Bessard montre que c'est à la capitalisation individuelle qu'il faut passer pour résoudre l'impasse dans laquelle se trouve le système de retraite helvétique. Citations :

Le capital de l'épargnant lui appartient et peut être transmis, à l'inverse des prélèvements salariaux et des impôts, généralement immédiatement dissipés.

La capitalisation est un vecteur de cohésion sociale, facilitant la solidarité volontaire et renforçant l'institution de la famille, par exemple, à travers l'accumulation de capital.

Seules les actions de solidarité volontaires peuvent être qualifiées sur le plan moral.
 
Contrairement au troisième pilier (...) il ne devrait y avoir aucune limite supérieure au montant ou à la proportion de revenu attribuée à l'épargne vieillesse.

L'âge de la retraite devrait être (...) libéralisé : il devrait reposer sur le mode de vie, les préférences et les moyens effectifs de chacun.

En conclusion il faut mettre fin à l'AVS qui est un reliquat d'une culture collectiviste, caractérisée par la production à la chaîne de l'après-guerre. Pierre Bessard explique comment y parvenir progressivement, sans "coûts de transition" insurmontables et "sans révolution". Je laisse l'internaute intéressé le soin de découvrir comment en lisant les pages 16 à 18 de son rapport.

En conclusion il faut libéraliser la prévoyance professionnelle grâce notamment au libre choix individuel de la caisse de pension pour l'employé et à la suppression des réglementations politiques se substituant aux règles actuarielles, afin de mettre en concurrence les caisses de pension entre elles et encourager la consolidation de ce secteur. 

Pierre Bessard conclut :

L'allongement de l'espérance de vie est une évolution heureuse qui ouvre de nouveaux horizons pour chaque individu. Le problème n'est pas la démographie, mais l'immobilisme de systèmes de retraites fondés sur la démagogie et l'arbitraire. La capitalisation individuelle offre une issue à ce qui apparaît comme une impasse financière et surtout un dilemme moral face aux jeunes générations.

Ce que j'ai résumé, à ma façon, par le titre de cet article.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 09:22

Le 9 mai dernier avait lieu la 4ème fête de bienfaisance de l’association Sao Mai – Etoile d’Avenir.

Créée en septembre 2006 cette association a pour but, selon ses statuts:

« de parrainer le centre « Maison d’Amour Xuang Phong » dirigé par les Sœurs Marie-Pierre et Hai à Thu Duc (Vietnam), ce lieu accueille actuellement 42 enfants de 5 à 12 ans issus de familles défavorisées. Repas, siestes, ateliers manuels, danse, chant y sont associés ».

Sœur Hai  a rejoint la Maison du Père le 2 février de cette année. Le site de l’association (ici ) en dresse le portrait en ces termes :

« (Elle) était l’une des responsables de la Maison Xuang Phong. Avec sa disparition c’est toute la famille de la Maison Xuang Phong qui est touchée en plein cœur. Elle perd une merveilleuse mère, une adorable protectrice, un emblème de bonté. Sa lutte pour le bien-être des enfants ne doit pas s’éteindre. »

Sao Mai est présidée par Madame Dao Nguyen Anh. Monsieur Nguyen Tat Tuan en est le Secrétaire et Madame On Kim Hanh la Trésorière.

Pour récolter des fonds Sao Mai organise une fête annuelle de bienfaisance qui est la principale source de recettes, en dehors de dons en espèces et en nature, qui représentaient moins de 15% des recettes en 2008.

Cette année cette fête avait pour cadre  la salle communale du Petit-Lancy qui peut contenir autour de 400 convives. Comme au fil des ans cette fête connaît un succès grandissant, les organisateurs sont conduits à la tenir dans une salle toujours plus grande et donc  à changer de lieu à chaque fois.

J’ai employé le terme de convives parce que la fête comprend repas et spectacle et que le spectacle se déroule pendant le repas du soir. Les repas de midi et du soir permettent de goûter à des spécialités vietnamiennes, que les connaisseurs apprécient pour leur raffinement et que je recommande à ceux qui les ignorent encore.

Si l’entrée est libre à midi, il est demandé, en soirée, une petite contribution qui donne droit d’accès au spectacle. Le spectacle est essentiellement composé de danses diverses – cette année indiennes et modernes – et d’une démonstration d’arts martiaux.

Pour simplifier la gestion des repas un comptoir, situé, à l'entrée, vend non seulement les bons d'entrée mais aussi des bons pour les boissons qui sont délivrées au bar, et pour les différents plats et desserts, délivrés en deux points distincts, situés sur le côté de la salle de spectacle.

Pour permettre à ceux qui le souhaitent de sortir un peu, pour prendre l’air ou pour fumer, un coup de timbre de l’association vous est appliqué sur la main, ce qui facilite le contrôle de l’accès à la salle. 

L’organisation de cette fête engendre des dépenses qui sont réduites au minimum grâce au bénévolat de tous ceux qui participent à sa préparation et à son déroulement. En  moins de 3 ans – de septembre 2006 à décembre 2008 – un bénéfice de 23'434 francs a pu être dégagé.

18'246 francs ont déjà été répartis en aides, principalement donc à la Maison Xuang Phong, qui en a reçu plus de 40%. Ce montant a permis d’assurer un petit-déjeuner aux enfants pendant une année et à offrir des bicyclettes à une dizaine d’enfants dont le domicile est éloigné.

Sao Mai étend ses aides à d’autres laissés-pour-compte de la société vietnamienne. C’est ainsi qu’une part des bénéfices est dévolue à la Maison Hong, dirigée par Madame Vuong, qui recueille, à Saigon et à Tay Ninh, une cinquantaine d’orphelins dont certains sont paralysés. 

Une autre part des bénéfices est affectée au centre Xom Nho Nui Sang, qui se trouve à Nha Trang et qui s’occupe de lépreux, et à la Maison Thiên Tâm qui distribue quatre fois par semaine des repas végétariens gratuits à 400-500 personnes.

Sao Mai aide également deux orphelinats, Hoa Mai et Dieu-Phap, et un centre d’hébergement, Vi Long Nhân Ai, pour personnes âgées et pour handicapés, qui est, lui, situé à Phu Hoa. Enfin Sao Mai fournit des carnets de santé à des hommes et des femmes qui sont malades et dont la situation est tellement précaire qu’ils n’auraient pas autrement accès aux médecins et aux médicaments.

Toutes ces actions sont rendues possibles grâce à un change très favorable entre le franc suisse et le dong vietnamien,  qui permet d’amplifier les possibilités que donne le pouvoir d’achat local. La générosité de la communauté vietnamienne de Suisse, fortement implantée à Genève – et de ses amis –  montre qu’elle n’oublie pas ici, dans son riche pays d’accueil, ses compatriotes d’Asie du Sud-Est.

Francis Richard

Renseignements utiles sur l’Association Sao Mai :

CCP :

17-264829-5

Adresse :

Case postale 4

1226 Thônex

SUISSE

 

assosaomai@yahoo.fr

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

Ou regarder en exclusivité quelques extraits du spectacle :




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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 16:50
Le 30 mars dernier, l'OFS [Office fédéral de la statistique] publiait un communiqué (ici) sur le coût du système de santé en Suisse. En 2007 ce dernier s'est élevé à 55,3 milliards de francs. Ce qui représente 10,8% du PIB. Comme en 2006... Il faut dire que la croissance en Suisse, en termes nominaux, s'est élevée en 2007 à 5,2%... En 2006 le score de la Suisse la plaçait au 3ème rang mondial derrière les Etats-Unis (15,3%) et la France (11%), juste devant l'Allemagne (10,6%).

Si l'on compare la France et la Suisse, il existe toutefois des différences fondamentales. La Sécurité sociale française (ici) couvre plus des trois quarts des dépenses de santé - 76,6% exactement en 2007 -, tandis que les assurances sociales helvétiques 42.8 %. Les assurances privées suisses couvrent 9,2% des dépenses tandis que les mutuelles françaises en couvrent 7,9%. Les autres grosses différences proviennent de l'Etat qui est plus directement impliqué en Suisse qu'en France (16,5% contre 1,4%) et surtout des ménages (31,5% en Suisse contre 8,5% en France).

Il faut savoir en effet que les assurances sociales helvétiques couvrent essentiellement la perte de gain, ce qui correspond aux indemnités journalières maladie en France. Tous les résidents en Suisse doivent en effet s'assurer eux-même pour les frais médicaux, soins et hospitalisations. Cette assurance est obligatoire et plus connue ici sous le vocable d'assurance de base, dont le ministre de l'intérieur, Pascal Couchepin (photo ci-dessus tirée du site de la TSR ici ), voulait exclure les médecines complémentaires (voir mon article Pour la liberté de choix entre les différentes médecines ). Il s'agit d'une assurance par tête : il faut payer une prime par personne assurée.

Si les résidents en Suisse doivent s'assurer, ils ont quand même le choix entre un peu moins d'une centaine de caisses maladie, qui sont des entreprises privées et se font concurrence. L'avantage de ce système est qu'il n'y a pas de déficit de la Sécurité Sociale, puisque les caisses doivent équilibrer leurs comptes ou disparaître. Toutefois les caisses ne sont pas libres de proposer une couverture de base, qui est déterminée par l'Etat, lequel contrôle de plus le montant des primes annoncées chaque année.

L'assuré fait donc jouer la concurrence. Il existe même un site Internet, Comparis (ici), de comparaison des primes d'assurance, pour lui faciliter la tâche. La prime qu'il a à payer dépend de la franchise qu'il a choisie. Le choix pour les adultes est de 300 [franchise de base], 500, 1000, 1500, 2000 ou 2500 francs par an. Plus la franchise est élevée, moins la prime l'est. Chaque année il est possible de changer de caisse et de franchise. Il faut savoir que les soins font l'objet d'une quote-part de 10%, avec un maximum annuel de 700 francs pour un adulte.

Quand le coût de la santé augmente, les primes-maladie itou. Elles représentent une part non négligeable du budget des ménages. Dans le panier-type 2009 (ici) de l'OFS, les dépenses de santé représentent 14,1% des dépenses totales... Elles représentent bien évidemment une plus grande proportion chez les personnes dont les revenus sont les plus bas.

Le 6 mai dernier le Conseil fédéral a donc (ici)

avalisé [...] les sept mesures urgentes proposées par Pascal Couchepin pour contenir les hausses de primes-maladie annoncées.

Voici les sept mesures proposées qui seront présentées au Parlement le 29 mai prochain :

1) Taxe de 30 francs à chaque consultation ambulatoire
2) Ouverture par les assureurs d'un service téléphonique pour une première consultation gratuite
3) Durée minimum de deux ans des contrats avec une franchise supérieure à 300 francs
4) Compétence du Conseil fédéral pour baisser les tarifs médicaux si nécessaire
5) Compétence des Cantons pour planifier le secteur ambulatoire des hôpitaux [les prestations ont augmenté de 7,1% en 2007]
6) Obligation faite aux assureurs de communiquer toutes leurs statistiques à l'OFS
7) Déblocage de 400 millions de francs, en 2010 et en 2011, pour l'aide cantonale aux assurés les moins favorisés.

Hormis la mesure 2, il s'agit de mesures arbitraires qui renforcent toujours plus le contrôle de l'Etat et son intervention sur le marché de la santé et qui sont destinées à corriger des calamités engendrées par les mêmes contrôle et intervention de l'Etat. Car - comme on l'a vu - l'Etat oblige les résidents à s'assurer, il détermine la couverture de cette assurance obligatoire et en contrôle les primes. Cela me donne l'occasion de rappeler le principe des calamités, énoncé par Michel de Poncins, qui trouve ici une nouvelle, et magnifique, illustration :

Une calamité d'origine publique conduit toujours à une autre calamité pour soi-disant corriger la première.

Ces mesures calamiteuses, ont reçu un accueil peu enthousiaste (ici), c'est le moins qu'on puisse dire. 

La mesure 4 est d'ailleurs bien dans la lignée de celle qui a fait descendre les médecins généralistes dans la rue les 24 mars et 1er avril et les a même incités à faire grève (voir mon article Le blues des blouses blanches helvétiques ) : Pascal Couchepin a pris la décision unilatérale 
de  baisser les tarifs de 4'000 analyses au 1er juillet prochain.

Dans un entretien accordé à L'Hebdo, du 14 mai (ici), Pierre-Yves Maillard, Conseiller d'Etat vaudois socialiste, propose des mesures encore plus étatistes : 

On peut aller encore plus loin en développant le salariat des médecins comme alternative ou complément à la rémunération à l'acte. Ils n'auraient alors plus aucun intérêt financier à recevoir des patients pour des consultations "superflues". C'est une meilleure solution que la taxe de 30 francs de Pascal Couchepin.

Le rêve d'un socialiste n'est-il pas de rendre fonctionnaires le maximum d'acteurs économiques ?

L'autre rêve d'un socialiste n'est-il pas de faire payer les riches ? Pierre-Yves Maillard là encore a ses solutions toutes chaudes :

Selon l'OCDE, la Suisse est déjà l'un des pays où les citoyens déboursent le plus pour les soins médicaux. En revanche [le mot est "signifiant"], on doit mieux répartir ces prélèvements en les corrélant au salaire. Actuellement, certains consacrent jusqu'à 18% de leur revenu à la santé, d'autres 2%. Une autre option, évoquée par mon collègue Pierre-François Unger [démocrate-chrétien], serait de moduler la franchise en fonction du salaire: pour les bas revenus, elle serait de 300 francs et, pour un conseiller d'Etat par exemple, de 5000 francs. En échange, les primes seraient réduites pour tous.

Un autre rêve d'un socialiste n'est-il pas de supprimer toute concurrence et de créer une caisse unique qui n'ose pas dire son nom? Pierre-Yves Maillard a sa solution pour que ce rêve devienne réalité :

Pourquoi ne pas introduire un système national de collecte des primes, comme dans l'assurance chômage ? Ce "pot commun" fournirait des indemnités administratives aux assurances, en fonction de la qualité du service fourni (factures remboursées dans les délais, etc.), ce qui permettrait de réduire les frais engendrés par les changements de caisse et la chasse aux bons risques.

Les prescriptions du Dr Maillard, pour un Français, sont du déjà-vu. Avec les résultats que l'on sait.

Comme un dessin est souvent plus parlant qu'une longue explication, je vous livre cet histogramme, reproduit sur le site du Laboratoire GlaxoSmithKline (ici) : 

Source : commission des comptes de la Sécurité sociale, avril 2008.

Pour ceux qui n'auraient pas reconnu cette image, il s'agit du déficit de la Sécurité sociale française, branche maladie seulement, au fil des années, en milliards d'euros, sonnants et ... trébuchants.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 19:55
Les pays qui imposent le passeport biométrique sont aujourd'hui ceux qui attentent le plus aux libertés individuelles : les Etats-Unis, après le 11 septembre 2001, et l'Union européenne, à sa remorque. Ils n'ont de cesse de réduire à néant la sphère privée, au nom de la sécurité, et d'accroître les inquisitions de l'Etat, notamment en matière ... fiscale - Obama va bien créer des emplois ( ici ) : 800 inspecteurs seront bientôt engagés pour traquer les évadés du fisc, qu'ils soient des personnes morales ou des personnes physiques...  

Les mêmes, qui sont de bien mauvais élèves en économie, se sont illustrés ces derniers temps en décrétant que le secret bancaire, qui est justement une des protections de la sphère privée, avait vécu. Tout cela parce qu'ils sont notoirement incapables de faire baisser la pression fiscale chez eux et qu'ils vont même l'augmenter avec leurs prétendues opérations de sauvetage.

Parmi ceux qui ont lancé le référendum contre le passeport biométrique il y a paradoxalement le POP - communiste - et Gauche en mouvement - extrême-gauche -, dont les idéologies soeurs sont d'inspiration totalitaire. Leur soutien indéfectible à la dictature cubaine ne se dément d'ailleurs pas à l'heure de son cinquantenaire ( ici ). Ils n'en ont pas moins eu raison de dire aux citoyens helvétiques quand ils ont récolté des signatures pour le référendum du 17 mai prochain :

NON à la collecte forcée de données biométriques pour tous les nouveaux passeports et cartes d'identité !
NON à la sauvegarde de vos données personnelles biométriques dans une base de données centrale.
NON à l'accès de gouvernements étrangers et d'entreprises privées à vos données biométriques !
NON à l'instauration de puces de radio-identification (RFID) dans tous les nouveaux passeports suisses et cartes d'identité ! 
NON à la centralisation bureaucratique et au démantèlement des bureaux de contrôles des habitants !
NON à l'extension du contrôle de l'Etat sur les citoyens !

Les deux derniers slogans prennent toute leur saveur à un moment où l'accroissement du rôle de l'Etat est souhaité par les mêmes - ils voudraient bien "socialiser le système bancaire" par exemple - pour lutter contre la crise économique, dont l'origine se trouve pourtant dans la prédominance de l'Etat dans des domaines où il devrait s'abstenir d'intervenir ...

Sur le site "Non au passeport biométrique" ( ici ) on peut constater que le Comité est composé essentiellement, outre le POP et Gauche en mouvement, par les autres partis de gauche, que sont le PS et les Verts, auxquels s'est jointe l'inclassable UDF. Ce qui n'empêche pas le site de reproduire une déclaration de l'inévitable Charles Poncet - qui n'est pas de gauche - que je recommande de lire ( ici ) et dont j'extrais le passage suivant pour mettre l'internaute en appétit :

Le terme est odieux par son étymologie déjà : bio-métrie c’est littéralement ce qui mesure la vie. Et s’il me plaisait à moi de terminer la mienne sans qu’on la mesurât ? D’où vient le droit que s’arrogerait mon gouvernement d’enregistrer et de faire circuler mes données personnelles ? Pourquoi dois-je confier mes empreintes digitales, la structure de mes pupilles, ma taille et Dieu sait quoi d’autre à des ordinateurs policiers, qui vont gaillardement échanger entre eux et faire circuler ce qui me concerne ?

A l'autre bout de l'échiquier politique l'UDC ( ici ) s'oppose elle aussi au passeport biométrique. Hans Fehr, Conseiller national d'Eglisau ( Zürich), donne quatre raisons de dire non le 17 mai prochain :

Premièrement
, l'accord de Schengen n'exige pas une banque de données centrale; dans son habituelle attitude d'obéissance anticipée à l'égard de Bruxelles au détriment de la souveraineté nationale suisse (comme dans le cas du secret protégeant les clients des banques!), le gouvernement dépasse nettement les exigences de Schengen. Le risque que ces données stockées de manière centralisée soient utilisées abusivement est réel.

Deuxièmement
, la menace de la clause de la guillotine n'est une fois de plus qu'un verbiage vide de tout sens. En cas de refus populaire, le Conseil fédéral a largement le temps de présenter au Parlement un projet amélioré – donc surtout sans banque de données centrale – et, le cas échéant, d'organiser un scrutin populaire.

Troisièmement
, il n'est pas nécessaire de donner au Conseil fédéral la compétence générale de décider quels documents officiels doivent à l'avenir être munis d'une puce électronique et quelles données doivent être stockées sur cette puce.

Quatrièmement
, enfin, les citoyens doivent avoir la possibilité de choisir s'ils veulent un passeport biométrique ou s'ils veulent garder leur passeport traditionnel.


Pour faire passer la pilule les partisans du OUI au passeport biométrique font remarquer que nous laissons tous des traces dans notre vie quotidienne : 

- notre fournisseur d'accès à Internet garde des traces des sites que nous visitons et des courriels que nous échangeons
- les sites visités gardent des traces de notre adresse IP, l'adresse de notre ordi
- si nous sommes sur Facebook cette entreprise, et bien d'autres, connaissent notre profil et ce que nous disons de nous
- quand nous faisons des achats à la Coop ou à la Migros et que nous utilisons notre Supercard ou notre carte Cumulus pour acquérir des points, ces distributeurs connaissent nos habitudes d'achat
- quand nos utilisons notre téléphone mobile l'opérateur garde des traces de nos appels, de nos SMS et de nos déplacements
- quand nous achetons sur Internet ou ailleurs avec notre carte de crédit nous laissons des traces de nos préférences et des lieux que nous fréquentons.

Tout cela est vrai mais la grande différence est que nous le voulons bien et que nous pouvons très bien éviter d'être pistés ainsi si nous le voulons vraiment, ou si nous le décidons un beau jour.

Parmi mes amis il y avait ainsi un ancien dirigeant de société - il est malheureusement mort maintenant. Pour ne pas payer d'impôts et se trouver en-dessous du seuil d'imposition, ce catholique de tradition a divorcé d'avec sa femme, par consentement mutuel, et a été condamné à lui verser une pension, pour sa plus grande joie. Ce qui ne l'empêchait pas de vivre avec elle, tout en étant domicilié chez un de ses enfants. Il n'avait pas de compte bancaire et recevait ses rentes de retraité sous forme de mandats postaux. Il effectuait tous ses paiements en espèces. Véritable libertaire il préservait ainsi quasi parfaitement sa sphère privée...

Il n'en est pas de même avec le passeport biométrique, puisqu'il sera obligatoire, que les données qu'il contient pourront être augmentées et que les détenteurs seront à la merci de l'Etat. Si l'on en croit un article publié par les Dissidents de Genève  ( ici ) et une vidéo d'une conférence d'un spécialiste, le passeport biométrique peut de plus être cloné. Les données peuvent en être copiées, transmises sur des lignes Internet non sécurisées, utilisées pour fabriquer des preuves contre des innocents. A l'extrême, un porteur d'un tel passeport entrouvert pourrait être détecté par un agresseur éventuel, détenteur d'un lecteur idoine.     

Il y a tout juste 20 ans les Suisses découvraient avec effarement, grâce aux investigations inopinées d'une Commission d'enquête parlementaire, présidée par Moritz Leuenberger, actuellement Conseiller fédéral, que près de 10% de la population helvétique étaient fichés par des fonctionnaires au nom de la sécurité de l'Etat. Une telle dérive serait grandement facilitée par une banque centralisée des données de la population du pays. Il est à craindre qu'au nom d'une liberté toute relative comme celle de circuler dans d'autres pays, les citoyens helvétiques ne soient enclins à adopter un instrument destiné tôt ou tard à les asservir, et à les contrôler, sans possibilité de retour.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

Le 17 mai 2009 le peuple suisse a adopté le passeport biométrique de justesse, par 50,1% des voix ! Pas de quoi pavoiser !
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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 23:10

En 2005, Pascal Couchepin, ministre de l'intérieur, n'avait pas accepté le renouvellement de la prise en charge de cinq médecines complémentaires par l'assurance maladie de base, dite assurance obligatoire, à savoir l'homéopathie, la médecine anthroposophique, la thérapie neurale, la phytothérapie et la médecine chinoise. 

Avant que cette menace de suppression ne soit mise à exécution, une initiative avait été lancée pour les défendre et avait abouti, juste au moment de cette suppression.

Depuis un contre-projet a été largement adopté par le Parlement helvétique - au Conseil national par 152 voix contre 16 et 24 abstentions, au Conseil des Etats par 41 voix contre 0 et 2 abstentions. Du coup l'initiative "Oui aux médecines complémentaires" a été retirée.

Le contre-projet prévoit d'inscrire la prise en compte des médecines complémentaires dans la Constitution. Il fait l'objet d'une votation qui aura lieu le 17 mai prochain. Pour être adopté il faudra qu'il le soit à la majorité double du peuple et des cantons.
S'il l'est, l'article correspondant de la Constitution sera libellé comme suit :

Art. 118a (nouveau) Médecines complémentaires

La Confédération et les cantons pourvoient, dans les limites de leurs compétences

respectives, à la prise en compte des médecines complémentaires.

Dans ses explications ( ici ) le Conseil fédéral dit ce que recouvrent les dites médecines :

Les "médecines complémentaires", appelées aussi médecines alternatives ou empiriques, recouvrent un grand nombre de méthodes de diagnostic, de traitement et de prévention, qui sont proposées parallèlement à la médecine scientifique ou comme thérapie de substitution. 

Cette reconnaissance ne sera toutefois pas complète comme l'article 118a l'indique. Les explications du Conseil fédéral montrent bien qu'il faudra encore batailler après ce premier pas :

Si le contre-projet est accepté, il appartiendra donc au Parlement 
et le cas échéant au peuple de fixer dans la loi les mesures permettant de mieux prendre en compte les médecines complémentaires dans le système de santé.
 
Ceci dit il ne faut pas bouder notre plaisir de voir que, puisqu'assurance maladie obligatoire il y a, un espace de liberté pourra alors tout de même s'y exercer et que les médecines dites complémentaires seront alors reconnues.

Parmi les arguments des opposants au contre-projet, deux ont retenu mon attention : le surcoût qu'engendrerait cette adoption et l'efficacité de telles médecines qui ne serait pas prouvée.

A propos du surcoût les chiffres les plus fantaisistes circulent. Toni Bortoluzzi, conseiller national UDC de Zürich, se livre à un calcul acrobatique, et invérifiable ( ici ), et aboutit à un demi-milliard de francs. Pascal Couchepin qui a l'obligation de défendre le contre-projet, et le fait mollement, parce que dans son for intérieur il y est hostile, avance le chiffre de 80 à 100 millions ( ici ), sans démonstration.

En fait, selon les chiffres mêmes de l'OFSP, les prestations annuelles de 2004 - dernière année pleine au cours de laquelle les 5 médecines complémentaires faisaient encore partie de l'assurance de base -s'élevaient à 25,6 millions...

A propos de l'efficacité je peux au moins témoigner de mon cas personnel. Quand j'avais l'âge de 18 mois, j'ai malheureusement été victime d'otites à répétition. Le médecin allopathe de famille m'a fait 5 parasynthèses de chaque côté. Ce qui ne m'a pas guéri et a commencé à me rendre sourd.

Une amie de ma mère a eu la bonne idée de lui recommander un médecin homéopathe de renom. Sa prescription m'a permis d'être guéri en quelques jours, ce que le médecin tout "scientifique" qu'il était avait été incapable de faire, ce qui, surtout, m'a évité la surdité. A l'âge que j'avais je ne crois pas que l'effet placebo ait joué un rôle quelconque...

J'ai pu vérifier ultérieurement avec mes propres enfants que l'effet placebo ne jouait aucun rôle dans les résultats obtenus sur eux par l'homéopathie. Très pragmatiquement, je reconnais que je ne comprends pas bien, scientifiquement parlant, comment cette médecine opère, mais force m'est de constater qu'elle est bougrement efficace.

Né prématuré je ne devais pas survivre. Mes parents, catholiques, m'ont fait ondoyé le jour même de ma naissance, puis baptisé 5 jours après, ce qui n'était pas courant, même à l'époque. Depuis plus d'un demi-siècle l'homéopathie est pour moi une médecine alternative à la médecine scientifique, qui n'est  pour moi qu'une médecine complémentaire.

Si je reconnais donc que la médecine scientifique, dite académique, a sa place, et ses mérites, comme dans d'autres domaines, la liberté de choix des citoyens entre les différentes médecines doit pouvoir s'exercer. Dans le document publié le 8 février 2007 par le Comité d'initiative "Oui aux médecines complémentaires", la liberté de choix est décrite en ces termes ( ici ) :

La liberté de choix n'est pas la liberté de l'individu de vivre dans l'insouciance et, quand il est malade, de se décharger de tous ses coûts sur le système de l'assurance et sur la "communauté solidaire" de tous ceux qui cotisent. Les initiants estiment qu'il fait partie de la liberté fondamentale de chacun de se décider pour ou contre certains types de traitement et de médicaments. Il faut pour cela que l'accès à une pluralité de méthodes et de produits thérapeutiques qualifiés de la médecine académique et de la médecine complémentaire soit garanti.

Ce paragraphe me paraît fondamental. Il rappelle que dans une société où les citoyens sont considérés - ou devraient l'être - comme "des individus matures et raisonnables", la responsabilité et la liberté vont de pair et sont inhérentes à leur dignité.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

Le 17 mai 2009 le peuple suisse a adopté le contre-projet prévoyant l'inscription dans la Constitution de la prise en compte des médecines complémentaires par 67% des voix (78,4% des voix dans le canton de Vaud) ! Un vrai plébiscite !

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 00:00

Finalement le 8 avril dernier les autorités libyennes ont déposé plainte, de 63 pages, contre l'Etat de Genève (voir Le Matin  du 9 avril  ici ), par la voie de leur avocat, l'omniprésent Maître Charles Poncet et réclament :
 
Le remboursement des 477 477 fr. de frais d’avocat engagés à l’été 2008 (avec intérêts à 5% dès le 1er janvier 2009!) ainsi qu’un dédommagement pour tort moral de 50 000 fr.

On se souvient qu'Hannibal (photo ci-dessus tirée de l'article du Matin du 9 avril ici ), le fils de Kadhafi, le dictateur libyen, et sa femme, Aline, avaient été arrêtés en juillet dernier sur plainte déposée par deux domestiques qui avaient subi des sévices de leur part et qu'il avait fallu mettre en sécurité (voir mon article L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris ). Leur plainte a été retirée depuis, non pas parce qu'elle n'était pas fondée, mais parce qu'un dédommagement conséquent a été offert aux victimes.

En représailles de l'arrestation des époux Kadhafi junior, deux cadres suisses avaient été arrêtés quelques jours plus tard, sous le fallacieux prétexte qu'ils auraient enfreint la législation libyenne sur l'immigration et diverses dispositions relatives à l'exercice d'activités commerciales sur le territoire libyen. En réalité parce qu'ils avaient le tort d'être détenteurs d'un passeport à croix blanche. Il leur est toujours interdit 9 mois plus tard de quitter la Libye.

Dans un entretien accordé par e-mail au Temps du 23 avril ( ici ), l'un des deux ressortissants helvétiques explique, alors que son compagnon d'infortune supporte de plus en plus mal cette privation de liberté :

Nos vies ne semblent pas en danger aujourd'hui, cependant, nous avons perdu notre liberté, nous nous sentons impuissants et nous vivons dans une grande incertitude. Bien sûr, nos familles souffrent aussi énormément de cette situation. Tout cela ne se passe pas sans laisser des marques. Chacun fait face à sa manière et chaque personne développe sa propre stratégie pour gérer la peur, la colère, le désespoir, la frustration et la déception. Les gens qui n'ont jamais vécu cela ne peuvent probablement pas comprendre combien cette situation est stressante et comment on se sent.

Il est intéressant à ce stade de noter que la plainte de la Libye contre Genève a été déposée 9 jours avant un incident qui a eu lieu à Genève justement, dans le cadre du comité préparatoire à la Conférence sur le racisme, Durban II. Cet incident a fait la une des média le 17 avril dernier, puis a été occulté par l'intervention intempestive de Mahmoud Ahmadinejad le 20 avril suivant.

Ce comité préparatoire était présidé par la Libye, en la personne de Madame Najat Al-Hajjaji. Un homme, un certain Ashraf El-Hojouj, a eu juste le temps de déclarer avant d'être interrompu par la présidente et d'être contraint par elle au silence :

Madame la présidente, je ne sais pas si vous me reconnaissez. Je suis le médecin palestinien qui, avec cinq infirmières bulgares, a servi de bouc émissaire à votre pays, la Libye, dans l'affaire du sang contaminé de l'hôpital de Benghazi.

Dans un entretien accordé au Temps du 20 avril ( ici ), Ashraf El-Hojouj décrit ainsi le pays des plaignants défendus par Maître Poncet, la charmante Libye :

 

La Libye pratique un terrorisme d'Etat basé sur le racisme, la xénophobie et la discrimination. Mes collègues, ma famille et moi-même en avons profondément souffert et après mon arrestation, les Palestiniens et les Bulgares ont été discriminés encore davantage.(...) C'est inadmissible que ce pays, l'une des pires dictatures du monde, aux mains tachées de sang, ait présidé le comité préparatoire de Durban II . (...) Nous étions innocents, mais nous avons passé huit ans et demi dans les geôles libyennes. (...) Regardez ce qu'ils font maintenant aux Suisses emprisonnés en Libye, en rétorsion de l'affaire Hannibal Kadhafi.

A ce sujet une manifestation de soutien aux deux Suisses retenus en Libye a été organisée hier à Genève et n'a réuni que trente personnes (voir Le Temps de ce jour ici ) parmi lesquelles "les frères, l'épouse et un représentant de l'entreprise de l'un d'eux, les autres manifestants étant pour la plupart des membres de l'UDC, organisatrice de cette manifestation. L'un des frères d'un des deux otages a notamment déclaré :

Il faut parler de chef à chef pour trouver une solution. Hans-Rudolf Merz doit discuter directement avec le président de la Libye, Mouammar Kadhafi.


Mais revenons à la plainte déposée par Me Poncet dont je parlais en début d'article. Le Matin du 9 avril  ( ici ) résume ainsi les 7 points de cette plainte :

 

1. Le refus d’agir sur la plainte déposée (pour vol d’une montre et d’argent dans leur chambre).

2. L’émission du mandat d’amener (jugé disproportionné; un simple mandat de comparution aurait suffi).

3. Usage massif et disproportionné de la force policière.

4. Le refus volontaire ou négligent de prendre de précautions à l’égard d’un enfant dont les parents sont arrêtés.

5. La délivrance de mandats d’arrêt dont les conditions légales n’étaient manifestement pas remplies.

6. La violation de la Convention de Vienne.

7. La fixation d’une caution astronomique (500 000 francs pour les époux).

L'enquête établira si les 5 premiers points sont bien justifiés.

Au regard des frais d'avocat engagés le montant de la caution, objet du point 7, ne paraît pas si astronomique que cela. Ou alors ce sont les frais d'avocat qui le sont...

La violation de la Convention de Vienne, objet du point 6, fait référence au statut de diplomates qu'auraient Hannibal et Aline. Ce statut de diplomates paraît pour le moins douteux. Compte tenu du genre de régime qui sévit en Libye, il n'est pas invraisemblable de penser que des passeports diplomatiques ont pu être établis à leur nom a posteriori. Compte tenu du caractère népotique de ce même régime, les autorités libyennes pourraient toujours prétendre que l'immunité diplomatique s'y acquiert par filiation...

Francis Richard


Rappel des précédents articles sur l'affaire Kadhafi :

Kadhafi réclame 300'000 francs à la Suisse pour jouer au Père Noël  du 24.12.08
Affaire Kadhafi : pour Muammar il est urgent d'attendre des excuses  du 9.10.08
Affaire Kadhafi : Muammar a tout son temps et il le prendra  du 13.08.08
Affaire Kadhafi : trompe-l'oeil du parallèle entre Libye et Suisse du 31.07.08
Affaire Kadhafi : baisser son pantalon en étant dans son bon droit du 29.07.08
L'emploi chez les Kadhafi c'est sévices compris du 25.07.08

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 22:15

Après le travail j'ai fait un saut aujourd'hui au Salon international du Livre et de la Presseici ) de Genève. Un véritable 5 à 7. Ce qui laisse peu de temps pour visiter un salon riche de 720 exposants, de toutes tailles. C'est juste suffisant pour s'imprégner d'une atmosphère.

Sans raconter ma vie je n'avais malheureusement pas d'autre créneau qu'aujourd'hui, le premier jour de ce salon, pour m'y rendre. Il ne se déroule, hélas, que sur 5 jours et, y compris, un seul week-end. Comme j'avais été empêché de visiter celui de Paris, je ne voulais pas laisser passer cette occasion de me heurter à cet objet qu'est le livre, présent lors de telles manifestations à des milliers d'exemplaires.

Rien, à mes yeux, ne remplacera jamais le livre, qui est pour moi plus qu'un objet. Je sais qu'il existe déjà de véritables bibliothèques ambulantes avec des écrans qui ressemblent comme deux feuilles de papier à un livre. Mais il manquera toujours ce contact voluptueux avec le papier justement, ce toucher qui établit la communication du corps avec l'esprit. Ce qui ne m'empêche pas de tenir un blog ... dont le papier est cruellement absent. Mais je ne suis qu'un artisan sans papiers...

J'ai un tel respect pour le livre que je souffre littéralement de tout dommage qui lui est infligé. Quand j'ai visité l'exposition Valadon-Utrillo, à la Pinacothèque de Paris , l'autre samedi, j'ai été trempé comme une soupe. Dans la poche de ma parka j'avais bien évidemment un livre ... de poche, le dernier Grisham, The Appeal, paru dans ce format. Il était aussi trempé que moi. La personne qui m'accompagnait, constatant qu'il ne s'agissait que d'un livre de poche, m'a dit que ce n'était pas grave. Je l'ai fusillée du regard, mais je ne suis pas sûr qu'elle s'en soit rendu compte, au milieu de la foule des visiteurs.

Quand un livre sort de mes mains, après lecture, il est en aussi bon état que lorsqu'il se trouvait sur le rayon de la librairie où je l'ai déniché. Car je voue un véritable culte aux livres, sans doute maladif. Je crois n'avoir jamais écrit un seul traître mot sur une page d'un livre et n'ai jamais admis d'ailleurs qu'y figurent d'autres mots que ceux de la dédicace d'un auteur. J'ai, Dieu merci, une véritable collection de livres dédicacés, chaque dédicace associée à une rencontre mémorable et ce sont souvent les seules traces qui témoignent que le livre a été pris un jour entre des mains. 

 

Il y a quelques semaines une jeune enseignante, assise à mon côté dans le TGV Lausanne-Paris, au demeurant bien sympathique, ne s'est pas rendu compte combien je souffrais intérieurement de la voir griffonner des phrases sur les pages du livre qu'elle lisait. Elle étudiait, semble-t-il, mais ce n'est pas pour moi une excuse. Quand je prends des notes je le fais sur un cahier d'écolier à spirales, comme dans mon enfance. Est-ce grave docteur ? Qu'importe, puisque je n'ai pas l'intention de me soigner...

 

Au Salon  il y avait tous les grands éditeurs parisiens.C'est-à-dire les deux grands groupes français et ... Gallimard. J'ai été ravi de voir qu'en dehors des maisons d'éditions suisses que je connais telles que Slatkine, l'Aire, Campiche, Zoé ou Favre, il y a d'autres maisons plus modestes mais qui avaient tenu à être présentes, quitte à se regouper sur le même stand. A celui de L'Age d'Homme j'ai complété quelque peu ma collection du Poche Suisse.

Vladimir Dimitrijevic était là. Comme dans le lot de mes acquisitions figurait Personne déplacée, cosigné par lui et Jean-Louis Kuffer, le jeune vendeur m'a proposé de me le faire dédicacer par le patron de la maison. Vladimir et moi avons alors discuté. Je lui ai dit que j'appréciais beaucoup les livres qui paraissaient chez lui et que j'avais eu l'occasion d'approcher quelquefois un de ses auteurs, en l'occurrence Vladimir Volkoff, un autre Vladimir, et que nos voix s'étaient même côtoyées quelques temps sur Radio Silenceici ). Il n'en a pas fallu plus pour qu'il me fasse une dédicace que j'espère personnalisée et pour qu'il m'offre un livre de science-fiction de Volkoff que je ne connaissais pas, La guerre des pieuvres.

 

En me rendant au stand du Passe-Muraille - allusion à Marcel Aymé ? - j'espérais bien voir Jean-Louis Kuffer, le responsable de la revue. Mais seule une jeune femme assurait la permanence, en faisant du tricot pendant que je me plongeais dans la lecture d'un numéro de 2003. J'ai en effet une vieille dette envers Jean-Louis Kuffer. En décembre 1973, il m'a envoyé son premier livre, dédicacé, O terrible, terrible Jeunesse ! Coeur vide !,  "en souvenir de certaine antre rue Le Marois", que nous avions tous deux fréquentée. Or je ne l'ai jamais remercié. Pas bien, comme il dit dans la post-face de la réédition 2008 de Personne déplacée.


Jouxtant le Salon du Livre proprement dit il y a une exposition d'oeuvres des trois Giacometti : Giovanni, Alberto et Diego, les deux derniers étant les fils du premier. Giovanni est un peintre, dont les toiles sont inégales mais les aquarelles beaucoup plus égales. Alberto est le sculpteur bien connu dont les personnages sont en général efflanqués. Diego a réalisé des pieds de tables en bronze tourmentés. Des oeuvres présentées, dans l'ordre d'apparition au monde des artistes, je recommande La tonnelle de Stampa de Giovanni, La tête de Bruno d'Alberto et La lionne de Diego.


Proche de l'exposition Les Giacometti, il y avait Zizi sexuel, l'expo. Je ne l'ai pas vue. Elle fermait une demi-heure plus tôt que le salon et je suis arrivé pour l'extinction ... des cierges. Je ne crois pas avoir manqué grand chose. Je ne peux rien en dire, mais seulement signalé ce que j'ai lu dans La Tribune de Genève dans le train de retour à Lausanne : 

Pour Michaël [10-12 ans] : "C'était bien mais il y avait aussi des trucs trop dégueu." Comme la pénétration et les baisers où "on tournait dans la langue de l'autre dans du caoutchouc".


Sans avoir vu l'expo, mais après avoir lu le livre, Marc Bonnant, dans Le Matin du 3 avril dernier déclarait ( ici ) :

Il faut bien sûr dire aux jeunes qu’il y a des risques à la sexualité plurielle et débridée. Mais je trouve assez faux de parler d’une sexualité libérée sans évoquer ne serait-ce que l’hypothèse d’une sexualité qui s’inscrit totalement dans un rapport d’amour et de fidélité. Ce pan de la beauté, de la poésie, du sacré me semble totalement occulté par cette approche quasi clinique, physiologique, dépouillée et plombière! Bon Dieu, on n’est pas seulement un ensemble de muqueuse, d’organes, de sécrétions.

Lors de mon passage au salon, consacré également à la presse, L'Illustré, La Tribune de Genève et Le Matin, datés de ce jour, m'ont été généreusement distribués, ce qui a agrémenté mon voyage de retour en train.

Dans L'Illustré j'ai pu regarder les photos du mariage heureux de Mirka et Roger Federer, preuves que la sexualité ne se résume pas à de la tuyauterie, comme le dit Marc Bonnant.

Dans La Tribune de Genève j'ai pu relever cette perle à propos des pistolets électriques dont la police genevoise vient de s'équiper :


Depuis hier, le groupe d'intervention de la gendarmerie dispose de trois Taser, un pistolet de "neutralisation momentanée". Fonctionnant à faible ampère (intensité [sic] de 50 000 volts), cette arme permet en effet de paralyser temporairement la personne visée.

Dans Le Matin j'ai pu lire comment s'était déroulé l'entretien accordé par le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad à Darius Rochebin lors du "19.30" de lundi dernier sur TSR1. Le journaliste du Matin , Fabian Muhieddine, demande :

Quelles ont été vos impressions pendant l'interview ? Notamment quand Mahmoud Ahmadinejad a parlé de la condition ... atroce des femmes en Occident.

Réponse de Darius Rochebin :


J'étais estomaqué. Mais c'était un moment très révélateur. Il montre à quel point il vit dans un système de pensée loin du nôtre. Comme quand il m'a dit : "Qu'est-ce qui vous dérange dans la lapidation ?".

C'est sur cette bonne question que mon train inter-régional est entré en gare de Lausanne ...

Francis Richard

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18 avril 2009 6 18 /04 /avril /2009 09:00
Sur le marché bancaire helvétique UBS occupe une position dominante. A l'échelle mondiale, quand il s'agit de Microsoft, tout le monde s'offusque et crie au scandale : il ne faut pas que cette tête dépasse (voir mon article Chasse aux sorcières contre Microsoft par G. Millière et F. Guillaumat ). Quand il s'agit d'UBS, sous prétexte que sa disparition aurait de graves conséquences - impossibles à mesurer - pour l'économie helvétique, tous les moyens sont bons pour introduire une grave distorsion de concurrence (voir mon article Comme les autres: le Conseil fédéral veut intervenir pour sauver l'UBS ). Il est remarquable, dans ces conditions, que Crédit Suisse n'ait pas cédé à la tentation de recourir à la manne étatique (voir mon article Deux banque attitudes : UBS et Credit Suisse ).

En réalité Crédit Suisse a très bien compris que cette distorsion de concurrence présentait aussi des inconvénients. Comme je le soulignais dans mon article sur les deux banque attitudes, UBS, portant désormais un collier, "n'est plus libre de ses décisions, aux dépens de son redressement éventuel", notamment en matière de rémunérations. Elle a des comptes à rendre non seulement à ses actionnaires, mais à l'Etat, qui n'est pas le plus qualifié pour juger de leur bien-fondé. Dans la querelle des bonus l'intérêt d'avoir du personnel motivé a été occulté par l'envie que suscitent des montants importants. 

Dans l'immédiat, certes, la faillite d'UBS a été évitée, mais à quel prix ! L'Etat a apporté -temporairement nous dit-on - 6 milliards de dollars pour renflouer le navire, tandis que la Banque Nationale Suisse accordait un prêt pouvant aller jusqu'à 54 milliards de dollars. Les actionnaires, qui se sont réunis mercredi dernier en assemblée générale au Hallenstadion, se plaignent que leurs actions ne valent plus grand chose. Ils ont raison quand ils incriminent les dirigeants passés d'avoir mal piloté le bateau. Mais ils ont encore de la chance que leurs actions valent quelque chose et ils devraient remercier les contribuables de leur avoir épargné la ruine complète.

Mais est-ce moral ? Alors que l'on se voile la face devant les rémunérations des dirigeants et des cadres des banques( ici ), on trouve moral de socialiser les pertes, ce qui est un encouragement à continuer ou à récidiver, sinon dans l'immédiat, du moins plus tard. On ne veut plus tolérer que des traders ou des grands patrons gagnent des ponts d'or ou bénéficient de parachutes dorés - on n'a pas la même intolérance à l'égard des joueurs de football par exemple -, mais dans le même temps on leur épargne de devoir assumer pleinement leurs responsabilités en les mettant à l'abri de faillites et de poursuites qui pourraient, alors, être engagées contre eux.

A partir du moment où l'Etat intervient pour aider une société, le droit des contrats deviendrait caduc. Les uns demandent que les salaires des dirigeants soient limités d'autorité, les autres que les bonus soient supprimés. Mais est-ce moral ? Cela signifie tout simplement qu'il n'y a plus de droit et que l'arbitraire peut régner. Je comprends que l'on puisse être choqué que des dirigeants bénéficient de parachutes dorés quand ils ont failli à leur tâche, mais ces parachutes dorés ne sont pas tombés du ciel, ils sont contractuels. Par contre il serait moral que ceux qui ont failli renoncent d'eux-mêmes à bénéficier de telles sommes, toutes contractuelles qu'elles soient.

L'aide de l'Etat renforce la position dominante d'UBS. C'est ce qui apparaît à court terme. Elle lui permet de poursuivre son existence imméritée. Si UBS avait fait faillite, les choses auraient été claires. Elle n'occuperait plus une position dominante, également imméritée, ce qui n'est pas le cas de Microsoft. L'argent investi par l'Etat aurait pu l'être par des entreprises privées, car si tout n'est pas bon dans UBS, tout n'est pas à jeter non plus. Et des concurrents meilleurs gestionnaires, et plus compétents, auraient pu en reprendre les meilleures parts. L'aide de l'Etat, avec l'argent pris à tout le monde, n'a permis que de différer le moment d'opérer des coupes sombres. Maintenant nous y sommes.

Certains commentateurs trouvent scandaleux, d'autres désolant, que la suppression de 8'700 postes d'UBS, dont 2'500 en Suisse ( ici ), ait été annoncée lors de l'assemblée générale de mercredi par le nouveau patron depuis deux mois, Oswald Grübel (photo ci-dessus tirée de 24 Heures ici ). Ce qui porte à 19'000 les emplois supprimés par UBS depuis le début de la crise. La seule question digne d'être posée est la suivante : cela sera-t-il suffisant ? Une seule chose est rassurante : ces suppressions semblent ciblées par Oswald Grübel. C'est la gestion de fortune qui en supportera les plus gros frais. Ce qu'une faillite aurait permis, il l'accomplit de lui-même. Après, si cela s'avère suffisant, UBS retrouvera son effectif total d'il y a 5 ans, ce qui serait le moindre mal.

Le redressement d'UBS est-il en vue ? La nouvelle perte annoncée de 2 milliards au premier trimestre de cette année ( ici ) n'est pas en principe de bon augure. C'est ce qu'on voit. Ce qu'on ne voit pas - et que la bourse n'a pas vu - c'est que cette perte résulte surtout d'un nouvel amortissement de 4 milliards d'actifs toxiques après les 33 milliards amortis en 2008. Or Oswald Grübel est un patron réputé pour faire le ménage en arrivant en fonction; il aurait chargé le bateau tout de suite pour ne plus y revenir. Plus inquiétants seraient les retraits opérés par les clients, 23 milliards depuis la Suisse, au cours du même premier trimestre, s'ils n'étaient en partie compensés par l'apport de 16 milliards sur le continent américain. Où les gestionnaires sont "payés à prix d'or" : tiens, tiens !

Je pose à nouveau la question : le redressement d'UBS est-il en vue ? Difficile à dire à ce stade. En effet si UBS bénéficie maintenant d'un vrai patron, sans états d'âme, au franc-parler, qui a fait ses preuves au Crédit Suisse, reste que la justice américaine pourrait porter encore des coups fatals à UBS, grâce à l'éventuel assouplissement du secret bancaire, qui a permis à la Suisse de figurer en bonne place sur la liste grise concoctée par l'OCDE.

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème. 
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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 19:15

Il faut reconnaître que Migros Magazine publie souvent des entretiens de qualité. Mais cette semaine l'hebdomadaire - n° 16 du 14 avril 2009 - fait très fort puisqu'il donne la parole à Marc Bonnant ( photo ci-contre tirée de ce numéro : l'entretien est ici ). Et c'est tout simplement jubilatoire.

Conformistes de tous poils, s'abstenir. Ils risquent à cette lecture de les voir se hérisser. Car Marc Bonnant - son blog est
ici - est du genre à les caresser à rebours, ce qui ne manque pas de créer un inconfort ... intellectuel au niveau du vécu sensoriel.

Pour une fois je me permets de faire un florilège de citations, hors contexte, parce qu'elles se suffisent à elles-mêmes. Et que l'internaute pourra toujours se reporter au dit contexte si affinités.

Sur l'éducation sexuelle des enfants :

Voulez-vous parler d'amour aux enfants ? Parlez leur des trouvères, des ménestrels. Ne leur parlez pas de la mécanique érectile et des tampons des jeunes filles.

Sur les techniques sexuelles :

Ma génération [ c'est également la mienne] ne savait rien des femmes techniquement. Elles étaient terra incognita , sujets de convoitise, de peur, de mystère, d'embrasement, et je ne crois pas que nous étions de moins bons amants que la génération qui sait tout de la tuyauterie.

 

Sur les femmes actuelles :

La femme au fond était notre complément d'objet direct. Elle a voulu être sujet, ce qui a créé un grand désordre dans notre grammaire. A mon sens, les femmes ont tout perdu. (...) Elles ont voulu se dépouiller de ce qui faisait d'elles ces êtres infiniment éthérés, supérieurs. Nous convenons tous, nous les hommes, qu'elles nous sont mille fois supérieures. Pourquoi veulent-elles absurdement se contenter d'être nos égales ?

Le résultat ?

Face à la femme moderne, nous n'avons plus que quelques parades : le sport et l'onanisme pour la plupart, la littérature et la pédérastie pour les plus raffinés d'entre nous.

Sur le pape :

Je suis athée mais je trouve le message du pape superbe, ne méritant ni les ricanements, ni les brocards. Que dit-il ? Que dans une hiérarchie des valeurs religieuses, d'abord vient la vie, puis la liberté et très à la fin la liberté sexuelle.

Sur le secret bancaire :

Nous avons abandonné en rase campagne avant d'avoir tiré le moindre coup. Il a suffi qu'on parle de liste noire pour que nous hissions aussitôt le drapeau blanc, minés de l'intérieur par une sorte de honte de notre condition heureuse.

Sur la fiscalité :

La tolérance psychologique aux ponctions étatiques a un seuil. Au-delà de ce seuil, l'impôt c'est le vol. Si les talents et les énergies s'expatrient, c'est en raison d'une fiscalité injuste et frustratoire.

Sur la transparence :

Je suis très favorable au secret, notamment fiscal. Je n'ai aucune dilection pour la société d'exhibition et de transparence.

Sur l'affaire Hannibal Kadhafi :

C'est un des honneurs de notre justice de s'appliquer de manière égale aux puissants comme à la menuaille. Et d'être indifférente aux foucades d'un bédouin irascible.

Enfin cet homme libre aborde un sujet qui fâchera ceux qui seraient tentés de le récupérer :

Les frontières ont vocation à être abolies. La mondialisation ne suppose pas simplement la libre circulation des marchandises, mais aussi des personnes, donc des idées, donc des cultures. L'inévitable est que nous serons demain un peu moins occidentaux qu'aujourd'hui, un peu moins blancs, un peu moins chrétiens. 

Pour l'avocat genevois il ne faut pas livrer de combats d'arrière-garde :

La paix sociale suppose que nous acceptions dans une large mesure la différence, avec quelques exigences.

Quelles exigences ?

Que cette différence s'intègre dans les valeurs que nous avons mis quelques millénaires à édifier. Il ne s'agit donc pas d'interdire la construction de minarets, il s'agit peut-être d'être vigilant sur ce qui s'y prêche.  
 


Francis Richard

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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 15:50

Le 24 mars 2009 les médecins généralistes et leurs assistantes médicales ont fait grève et sont descendus dans la rue (photo ci-contre tirée de 24 Heures du 24.03.09 ici ). Ils étaient près de 2000 à défiler dans les rues de Lausanne et 3000 dans celles de Genève - il y a 550 cabinets de généralistes dans le canton de Vaud et 800 dans celui de Genève.

Ces manifestations sont une première en Suisse. Une répétition avant la journée du 1er avril où c'est au plan national que le mouvement s'est étendu. Au total 15'000 personnes auront défilé ce jour-là à travers tout le pays, dont 2'000 à Berne.

 

Dans le canton de Vaud, le 24 mars, une pétition de soutien aux médecins généralistes a recueilli - en trois semaines - 41'000  signatures et a été remise au Grand Conseil vaudois. Ce qui montre un soutien indéniable de la population à ses médecins. A Berne, le 1er avril, Pascal Couchepin, ministre de la santé n'a pas daigné recevoir lui-même la lettre de protestation des médecins qui lui était destinée, faisant dire par son porte-parole qu'il avait « trop de travail ».

 

Pourquoi une telle mobilisation ? Parce que Pascal Couchepin a décidé unilatéralement, sans écouter vraiment les arguments des intéressés, pour des raisons d'économies - 200 millions de francs par an -, de  baisser les tarifs de 4'000 analyses au 1er juillet prochain - 20 à 25% sur les analyses courantes - et que, singularité suisse, un grand nombre de médecins généralistes - les deux tiers à Genève par exemple - disposent d'un laboratoire d'analyses à leur cabinet.

 

Si ces laboratoires d'analyses en cabinet ne représentent qu'une source de revenus marginale pour les médecins, ils participent à la qualité des soins et représentent un grand nombre d'emplois d'assistantes médicales - 500 emplois dans le canton de Vaud, équivalents à 330 emplois à temps plein. La mesure prise par Pascal Couchepin sonnerait le glas de la plupart d'entre ces laboratoires de proximité, qui ne pourraient pas fonctionner à perte indéfiniment, et, en conséquence, se traduirait par la disparition de nombreux emplois d'assistantes médicales.

 

« Selon l'Union suisse de médecine de laboratoire, la disparition des labos de proximité provoquera au contraire [d'une économie] une explosion des coûts, estimée à plus d'un milliard de francs. » (24 heures du 23 mars 2009)

 

Les arguments avancés par les médecins sont à prendre en considération. Pouvoir faire des analyses immédiatement en cas d'urgence, sans temps d'attente, fait partie de la qualité des soins et représente un gain de temps et d'argent. La disparition des labos de proximité que sont les cabinets engendrera un surcoût non négligeable en déplacements des patients et en consultations supplémentaires et provoquera l'engorgement des grands laboratoires et des hôpitaux, du fait que 50% des analyses sont effectuées en cabinet médical.

 

Les médecins généralistes sont-ils à plaindre ? Oui et non.

 

Le revenu médian d'un médecin est de 177'000 francs dans le canton de Vaud et de 170'000 dans celui de Genève, ce qui représente, déduction faite des charges sociales, un revenu net de 130'000 et 120'000 francs respectivement. A titre de comparaison c'est ce que gagne un professeur de gymnase en seconde partie de carrière.

 

Dans 24 Heures du 23 mars, à la veille de cette grève doublée de manifestations, Jean-Pierre Pavillon (photo ci-contre tirée du site de la SVM, Société vaudoise de médecine  ici ),  président des médecins vaudois, déclarait : « Dans quinze ans, nous ne serons pas en grève, mais à la retraite. Et si cette politique continue, il n'y aura pas de relève ». Le docteur Pavillon incrimine là une politique qui, en rendant la tâche du médecin généraliste moins attractive et plus contraignante, décourage les vocations.

 

« Plus de la moitié des généralistes du canton de Vaud ont plus de 55 ans » déclarait Pierre-Yves Maillard, ministre vaudois de la santé, à 24 Heures le 24 mars 2009 (ici ). Selon le conseiller d'Etat vaudois,  président de la Conférence cantonale des directeurs de la santé (voir L'Hebdo du 2 avril 2009),  pour augmenter le revenu des médecins généralistes, il conviendrait d'intervenir à trois niveaux :

 

« Berne y consacrerait une partie des 200 millions économisés sur les tarifs d'analyses ; les cantons y affecteraient les sommes qu'ils ne dépenseront pas dans l'extension des services d'urgence dans les hôpitaux ; enfin, la FMH [Foederatio Medicorum Helveticorum] modérerait les tarifs de certains spécialistes ».

 

Il faut savoir en effet que si, en 2005, les médecins généralistes - qui représentaient alors 35% des 10791 médecins - gagnaient  en moyenne 197'000 francs, par exemple les ophtalmologues - 4% des médecins - gagnaient en moyenne 334'000 francs, les gynécologues - 7% des médecins -  253'000 francs, les neurochirurgiens - 0,3% des médecins - 411'000 francs.

 

Toujours selon L'Hebdo (ici ) du 2 avril 2009, Pascal Couchepin aurait déclaré le 19 mars que l'Etat n'a pas à intervenir dans les revenus des médecins parce qu'ils sont « indépendants » et que c'était aux assureurs et aux médecins - la FMH en l'occurrence - de s'entendre pour réduire les disparités entre généralistes et spécialistes. Or la FMH considère justement que seules quelques  centaines de spécialistes gagnent beaucoup et que ce n'est pas en réduisant leurs revenus que ceux des généralistes seront revalorisés.

 

Quoiqu'il en soit, la remarque de Pascal Couchepin sur la fixation des revenus des médecins qui ne serait pas du ressort de l'Etat apparaît surréaliste quand on sait que l'Etat intervient dans tout le système de santé helvétique. En effet les primes d'assurance maladie obligatoire sont certes fixées par les compagnies, mais après approbation de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Le même OFSP fixe les tarifs des actes médicaux (Tarmed) et le nombre de médecins qui peuvent exercer dans le pays. Il négocie avec l'industrie pharmaceutique l'introduction et le prix des médicaments mis sur le marché.

 

Autrement dit le marché de la santé, qui est un marché comme un autre, est entièrement contrôlé et réglementé par l'Etat. En favorisant les intérêts des uns au détriment des autres, et vice-versa, les décisions que prend l'Etat ne peuvent être qu'arbitraires et contraires aux droits des acteurs de ce marché que sont les patients, les médecins, les professionnels de la santé d'une manière générale, les industries pharmaceutiques et les assureurs.

 

Il est ainsi frappant de constater qu'en intervenant sur les prix de certaines prestations médicales, comme les analyses, l'Etat qui prétend tout savoir provoque en réalité des dégâts collatéraux. Dans cet ordre d'idées ne faudrait-il pas se demander si cette intervention omniprésente de l'Etat n'est pas à l'origine de la pénurie annoncée pour demain des médecins généralistes ?

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
  

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 19:45
Peer Steinbrück (photo ci-contre parue dans 24 Heures du 18 mars ici) a bien la gueule de l'emploi, celle du grand inquisiteur fiscal qu'il est réellement. Il n'a pas hésité à employer tous les moyens, même illégaux, pour rompre le secret bancaire du Lichtenstein, et il y est parvenu. La réussite, pour une fois, a souri à ce teigneux moralisateur. 

Les services secrets allemands ont soudoyé un homme - on parle de 4 millions d'euros - pour qu'il vole les données bancaires de personnalités ayant un compte là-bas, dont l'ex-patron de la Poste allemande, Klaus Zumwinkel. Les autorités allemandes ont refusé aujourd'hui ( ici ) l'entraide judiciaire au Lichtenstein, qui aimerait bien pourtant demander d'autres comptes à cet individu corrompu. Il n'est plus question ici de moralité, mais de raison d'Etat.

Ministre allemand des Finances dans le gouvernement d'Angela Merkel, cet orthodoxe en matière financière a été obligé de mettre ses convictions dans sa poche, avec un mouchoir par dessus. En effet - je ne vais pas le lui reprocher - il pense que les relances de l'économie sont inutiles et coûteuses (voir mon article du 13 janvier : Les politiques de relance de l'économie par l'Etat échouent toujours ) et qu'un Etat se doit d'avoir des finances équilibrées... Au lieu de démissionner ce grand moraliste est resté fidèle à son poste, plus furieux que jamais.

De devoir avaler les couleuvres des plans de relance allemands et des déficits budgétaires subséquents, pendant plusieurs années, n'a pas dû améliorer son caractère que les mauvaises langues qualifient de mauvais. Yves Petitgnat dans Le Temps du 18 mars (ici ) évoque sa "réputation de pitbull politique" et Federico Camponovo dans 24 Heures du 24 mars ( ici ) demande qu'on laisse "le pitbull à ses aboiements". A défaut de faire des câlins à la Suisse, il se montre donc plutôt canin à son égard.

On ne peut pas dire que Peer Steinbrück n'ait pas de la suite dans les idées. Déjà, à l'automne, il avait déclaré que, si la manière douce ne suffisait pas, il faudrait employer le fouet pour obliger la Suisse à renoncer à son secret bancaire (voir mon article du 22 octobre 2008 : La Suisse, paradis fiscal ? Si seulement... ). Cette fois, à Londres, le 14 mars, lors de la réunion préparatoire au sommet du G20 du 2 avril prochain, il aurait déclaré que la menace de l'inscription de la Suisse sur la liste noire des paradis fiscaux "aurait un caractère dissuasif, comparable à une "cavalerie" qui ferait peur aux "Indiens"" (voir Le Matin du 19 mars ici ).

Le propos n'était pas gentil. Il était surtout blessant parce qu'il correspondait à la stricte vérité, même si ce n'était pas non plus sympa pour les Indiens qui s'étaient "battus à mort quand ils étaient agressés". Ce que Peter Rothenbühler, sur son blog du Matin ici ) , a relevé fort justement, précisant : "Il fallait juste que les Allemands, les Français et les Américains lèvent le doigt pour que nos politiciens comme des lapins courent dans la fausse direction. Sortent le drapeau blanc, prient de ne pas être trop punis". J'ai appelé cette capitulation par son nom (voir mon article du 16 mars : Secret bancaire : la trahison des Conseillers fédéraux ).
 
Lors de la séance du 18 mars du Conseil national, Thomas Müller, député PDC (démocrate-chrétien), a déclaré, outré par les propos de ce méchant allemand : "Il me rappelle cette génération d'Allemands qui se promenaient dans les rues il y a 60 ans avec des manteaux de cuir, des bottes et des brassards". Le dit méchant allemand n'a évidemment pas apprécié cette allusion qui revenait à le comparer à un nazi, d'autant que le secret bancaire a été justement consacré dans la loi helvétique en 1935 pour protéger des citoyens allemands contre l'inquisition fiscale du régime hitlérien...

Si la dernière sortie de Peer Steinbrück a malheureusement plus qu'un fond de vérité, il n'en est pas de même de son obstination à considérer la Suisse comme un paradis fiscal - ce qui n'est malheureusement pas le cas - et à la faire inscrire comme tel sur une liste noire que le G20 devrait entériner le 2 avril prochain. Il s'agit bien là d'une querelle d'Allemand, c'est-à-dire infondée. Il le sait pertinemment, mais les élections nationales sont pour dans six mois et. à défaut de pouvoir apparaître comme le redresseur des finances allemandes, il veut du moins pouvoir être considéré comme celui qui aura fait payer les riches "fraudeurs" allemands qui ont planqué leur argent en Suisse...

Francis Richard

L'internaute peut écouter sur le site de Radio Silence ( ici ) mon émission sur le même thème.
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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 00:30
Sur Youtube l'UDC a fait paraître aujourd'hui son point de vue sur le secret bancaire. 

L'UDC emploie, comme je l'ai fait il y a deux jours, le terme de trahison du Conseil fédéral à l'égard des citoyens et des clients des banques. Elle demande que le secret bancaire et que le principe de la double incrimination - principe selon lequel l' entraide judiciaire internationale n'est accordée à un Etat qui en fait la demande que pour des délits punissables à la fois en Suisse et dans cet Etat ( ici ) - soient inscrits dans la Constitution et que les droits populaires - voir l'initiative de l'ASIN ( ici ) - soient renforcés pour que ce type d'objet soit toujours soumis au vote du peuple :




Il est regrettable que l'UDC soit seule à défendre ainsi le secret bancaire sans concession...

Francis Richard
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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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