Faire l'Eloge des frontières, à l'heure de la globalisation, de la part de Régis Debray, c'est aller
délibérément à contre-courant, à rebrousse-poil et provoquer à coup sûr des réactions de toutes parts, pas toujours amènes à son égard. L'ancien compagnon de combat du
Che ne finira pas de me surprendre, de me décevoir en bien, comme on dit ici, en Pays de Vaud.
Comme j'aime ceux qui ne pensent pas comme les autres, par esprit de contradiction sans doute, qui m'est véritablement chevillé au corps, je me suis fait un devoir de lire ce petit livre iconoclaste, publié chez Gallimard ici. Qui est en fait la reprise du "texte d'une conférence donnée à la Maison franco-japonaise de Tokyo le 23 mars 2010".
Dire que ce livre est petit doit donc être pris dans le sens de sa dimension matérielle. Ce qualificatif n'est nullement péjoratif. Le devoir initial que je m'étais assigné, par curiosité, s'est mué très vite, je dois l'avouer, en plaisir de l'esprit, tant il est vrai que Régis Debray excelle à employer les mots avec grande précision et justesse, et que son style est brillant et percutant. Ce qui ne peut que ravir l'amateur de belles lettres, qui sommeille toujours en moi.
Il n'est pas besoin de partager toutes les vues d'un auteur pour en apprécier la pensée. C'est bien le cas avec la pensée qui émane de ce livre, dont le principal mérite est de susciter la réflexion, dans un monde où la tendance à simplifier ce qui est complexe, comme la vie, est devenue comme une seconde nature humaine. Ce qui est évidemment plus commode que de se heurter à la réalité :
"Il est pénible de reconnaître le monde tel qu'il est, et plaisant de le rêver tel qu'on le souhaite."
Alors que la Terre apparaît comme "liftée, toutes cicatrices effacées, d'où le Mal aurait miraculeusement disparu", il n'y a pas eu autant de créations de frontières, ni autant de conflits frontaliers graves entre Etats, au cours des vingt dernières années, que pendant les cinquante années précédentes :
"Le réel, c'est ce qui nous résiste et nargue nos plans sur la comète. Fossile obscène que la frontière, peut-être, mais qui s'agite comme un beau diable."
A la globalisation répondent dans le même temps de nouvelles lignes de partage :
"L'horizon du consommateur se dilate, celui des électeurs se recroqueville."
Pourquoi les frontières existent-elles ? Parce qu'elles sont dans la nature des choses et parce qu'elles tiennent à une loi d'organisation infrangible :
"La vie collective, comme celle de tout un chacun, exige une surface de séparation."
Cette surface de séparation s'appelle la peau chez l'être humain :
"Interface polémique entre l'organisme et le monde extérieur, la peau est aussi loin du rideau étanche qu'une frontière digne de ce nom l'est d'un mur. Le mur interdit le passage; la frontière le régule."
Cependant :
"L'avantage de l'enveloppe se paye d'un léger inconvénient, la mort."
Beaucoup de choses se font de nos jours à grande échelle. Cela n'empêche pas, au contraire, les petites échelles de faire leur réapparition. Un réflexe autoprotecteur, auquel n'échappent pas les Occidentaux industrialisés et qui se traduit par la réinvention de traditions :
"C'est comme s'il existait une sagesse du corps, le social y compris, comme si le besoin d'appartenance avait son thermostat caché. Quand on ne sait plus qui l'on est, on est mal avec tout le monde - et d'abord avec soi-même. Aussi, à chaque bond dans le futur, l'appétence à retrouver la grand-mère, ou ce qu'on croit qu'elle fut, monte d'un cran. Deux pas en avant, un pas en arrière."
Régis Debray énonce alors ce qu'il appelle l'axiome d'incomplétude :
"Aucun ensemble ne peut se clore à l'aide des seuls éléments de cet ensemble."
Cet axiome résulte du constat que "tout site enclos est "un appareil à faire monter"". Le combat du clos contre l'ouvert est un faux combat, destiné à amuser la galerie. Pourquoi ? Parce qu'on néglige "ce qu'il faut d'ouverture à la verticale pour boucler un territoire à l'horizontale, ce qu'il faut d'ailleurs pourqu'un ici prenne et tienne. La flèche donne son assise à la cathédrale, comme le beffroi à la commune."
Pour Régis Debray "l'indécence de l'époque ne provient pas d'un excès, mais d'un déficit de frontières" :
"Il n'y a plus de limites à parce qu'il n'y a plus de limites entre."
La confusion des sphères résulte de l'abandon de la loi de séparation :
"La loi au forum; le privé à la maison."
C'est pourquoi il faut rétablir des frontières, mais de bonnes frontières, de celles qui font les bons voisins :
"Seules les loyales devraient être admissibles : bien en vue, déclarées et à double sens, attestant qu'aux yeux de chaque partie l'autre existe, pour de vrai. Bonnes seront dites celles - car il en de très méchantes - qui permettent l'aller-retour, la meilleure façon de rester soi-même entrouvert. Un pays comme un individu peuvent mourir de deux manières : dans un étouffoir ou dans les courants d'air. Muré ou béant."
Encore une fois, si ce petit livre a un mérite, c'est celui de susciter la réflexion. En le lisant je n'ai pu m'empêcher de repenser aux propos de Philippe Nemo, lors du colloque sur le Libéralisme en Suisse qui s'est tenu à Berne ici les 12 et 13 novembre derniers et que je rapportais en ces termes :
"Dans les domaines de la gestion pluraliste des savoirs, des institutions politiques et juridiques, de l'économie, les théories libérales sont pleinement mûries. Mais elles doivent entreprendre d'autres chantiers sur des phénomènes (qui relèvent, d'autres disciplines, telles que la sociologie, la géopolitique, l'histoire ou la morale), tels que l'immigration, les revendications identitaires, le communautarisme ou le terrorisme."
Comme tous les livres denses, il faudrait citer le livre de Régis Debray in extenso. Autant le lire. C'est ce que j'ai fait, avec délectation, et c'est ce que j'encourage les autres à faire à leur tour.
Francis Richard

Le mot nègre figurant dans le titre du livre pourrait paraître un brin provocateur. Peut-être l'est-il, mais je ne le pense pas,
sincèrement, même si ce qualificatif désuet, et aujourd'hui lourd de sens, peut au fond s'avérer vendeur... parce que tabou.
Naissance d'un pont
Pour l'ingénieur EPFL que je suis, le Tesla est avant tout l'unité d'induction magnétique. Jusqu'à la
lecture du livre de Jean Echenoz paru aux Editions de Minuit
Dans cette rentrée littéraire il y a au moins
deux romans où les auteurs se mettent en scène dans leur livre: Une forme de vie d'Amélie
Nothomb dont j'ai déjà parlé
En ouvrant Une forme de vie d’Amélie Nothomb, publié comme d’habitude aux éditions Albin Michel
Beaucoup de romans sont inspirés de faits divers (j'emploie à regret cette expression bien commode, tout en sachant qu'elle recouvre parfois des drames
humains qui sont d'une terrible importance).
Avec appréhension je me suis mis à lire le nouveau Janus, intitulé Canines et publié aux éditions
Xenia
Décidément, après
Quand un écrivain s'intéresse à Chateaubriand je suis son lecteur. Aussi ai-je facilement succombé à la tentation de m'emparer du
livre d'Adrien Goetz, publié chez Grasset 
Il m'arrive d'acheter un livre à cause de sa couverture, ou de son titre, ou de sa typographie, ou du papier dont il est fait. Pour toutes ces
raisons à la fois, j'ai choisi de lire Des baisers froids comme la lune de Mélanie Chappuis, publié par Bernard Campiche
Editeur
Il y a longtemps que je cherchais quelqu'un qui aurait un autre point de vue, sur le moyen de réduire le nombre d'accidents et de morts sur les routes, que de faire
payer, de plus en plus cher, les automobilistes, considérés dans leur ensemble, sans discernement, comme des coupables, qu'il faut punir pécuniairement, administrativement et
pénalement. Avec le livre de Maurice Von der Mühll, publié aux éditions Xenia 
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