Anne-Sylvie Sprenger s'intéresse toujours à des personnages intenses, hors du commun. Il est d'ailleurs heureux qu'ils
soient hors du commun, parce que, sinon, pour le commun des mortels, ce serait...mortel.
Judith Robert a trente-huit ans. Elle est institutrice. Sa vie est plus vide que ne peut l'être la mort. Elle ne se pose plus de
question. Elle a décidé de mettre un point final à son existence et de se jeter sous un train.
Seulement rien ne se passe comme prévu. Le train s'arrête.
Le conducteur du train, Paul Jolidon, a réussi à immobiliser sa locomotive à quelques centimètres du corps de la belle jeune femme. Cette façon de se rencontrer, pas comme une autre, est efficace puisque Paul et Judith se revoient, se parlent, se découvrent, assis sur un banc, sur les quais du lac, fascinés par un vol de corneilles innombrables, qui se perchent momentanément sur les branches d'un cèdre du Liban.
Judith habite la Capitale, située au bord du Léman, avec sa maman. Paul habite B., située à 150 km de là, à la frontière
linguistique de la Suisse romande et de la Suisse alémanique, un no man's land indéfini, sans caractère et sans saveur, avec sa maman, ses quatre soeurs, Iris, Paula, Monique et Susanna,
et sa fille, Caroline, née de son union avec Irène, idéalisée, décédée il y a plusieurs années. Les chers absents n'ont pas toujours tort...
Judith et Paul rompent donc avec leurs solitudes - elles n'ont que trop duré -, sans de longues fiançailles, au grand soulagement de leurs entourages, qui ne comprennent pourtant pas cette relation incongrue entre des bourgeois déclassés et des petits bourgeois. Ils se marient. Judith quitte la Capitale pour s'installer à B., "une ville pauvre et honteuse, oubliée tout au nord de la Suisse, coincée entre le Jura et la plaine désolée".
Paul n'est pas l'homme que Judith imaginait. Il parle peu, travaille beaucoup, boit bientôt tout autant, ne s'occupe pas d'elle. Le couple se délite, se dispute pour des queues de cerise. Paul déserte le lit conjugal, dort sur le canapé du salon, cuve son vin et son schnaps, ronfle la gueule grande ouverte. Judith est perdue, ne sait plus si elle l'aime trop ou pas assez.
Le climat de B. est jouissif:
"Malgré les saisons, les températures restent hivernales. Le vent, le brouillard. Le printemps a passé, c'est l'été, mais c'est toujours l'hiver."
Le climat familial ne l'est pas moins, puisque belle-mère et belles-soeurs dégoisent des médisances sur Judith, caquètent comme des poules entre elles:
"Pas étonnant que Paul aime les oiseaux: il a grandi dans un poulailler !"
Aussi Judith s'ennuie-t-elle. D'autant plus qu'elle n'est pas partageuse, ne l'a jamais été, et qu'elle aime un homme déjà père d'une fillette... Heureusement que Judith est littéralement folle des livres, son réconfort. Mais n'est-elle pas folle tout court, dérangée? Car elle aime "les histoires outrancières, sans queue ni tête", "les livres qui dérangent".
Après de longs mois d'attente et d'ennui, passés dans la promiscuité de la gente féminine belle-familiale, Judith finit par être
engagée dans un collège de B. et y enseigne la littérature aux élèves de dernière année. Comme Paul n'est pas réceptif, comme elle ne peut lui raconter ses journées, elle écrit le soir, la nuit.
Jusqu'au jour où le cadre explose.
Le scandale éclate alors et éclabousse. L'histoire prend un tour dramatique, puis tragique. A la fin du livre le lecteur croit enfin en comprendre le titre, mais il lui faut tout de même attendre l'épilogue pour en avoir la clé. De la réalité à la fiction il y avait en effet plusieurs pas à franchir que le véritable auteur d'Autoportrait givré et dégradant avait franchi allègrement, en fantasmant.
Anne-Sylvie Sprenger joue sa petite musique, faite de phrases courtes et incisives, de récits entrecoupés de brefs dialogues, éloquents. L'atmosphère créée convient parfaitement à ses thèmes sulfureux et à ses personnages tourmentés. Cela permet de donner le sentiment au lecteur qu'elle est détachée et qu'elle pratique, à vif, une manière de dissection.
Francis Richard
Autoportrait givré et dégradant, Anne-Sylvie Sprenger, 240 pages, Fayard ici
Article reproduit par lesobservateurs.ch le 10 septembre 2012

Il fait chaud en ce mois d'août. Des jeunes filles et des jeunes femmes déambulent en short dans les rues que j'arpente, aussi
bien à Saint-Jean-de-Luz qu'à Lausanne, Cassis ou Aix-en-Provence.
Au point d'effusion des égouts
Reparti il y a quelque six mois avec ce fort volume sous le bras et une très amicale dédicace de l'auteur, je me suis demandé alors
quand je trouverais le temps de le lire.
Finalement je suis de plus en plus convaincu que les histoires les plus courtes sont les meilleures. Le livre de
Sabine Dormond me le confirme.
Le titre m'intriguait. J'ai donc fait l'acquisition du dernier livre de François Weyergans pour cette raison futile.
A la devanture d'une librairie de Saint Jean-de-Luz mon oeil est attiré par la couverture du livre de Luisa Etxenike.
Depuis la nuit des temps d'aucuns tentent vainement de dire ce qui rassemble les hommes plutôt que ce qui les sépare.
Il n'est pas donné à tout le monde de savoir joindre l'utile à l'agréable. D'aucuns réussissent au contraire à joindre l'inutile au désagréable
C'est ce qui arrive au protagoniste du dernier livre de Jacques-Pierre Amette.
L'été est une saison propice à la lecture de thrillers. Pour peu qu'il fasse beau. Les meurtres, comme la misère, ne sont-ils pas moins
tristes au soleil?
"
L'européisme est la version continentale du mondialisme, qu'il ne faut pas confondre avec la mondialisation.
Comment prendre réellement congé de quelqu'un qui a disparu et qu'on n'a pas vraiment connu de son vivant? En partant à la
recherche de son passé, en faisant un énorme travail de mémoire.
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