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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 05:00

Un monde de motsAnne Cuneo a consacré trois livres à la période élisabéthaine. Après Le trajet d'une rivière, Objets de splendeur, elle vient de publier chez Campiche ici, Un monde de mots.

Dans le premier volume de cette trilogie elle faisait le récit de la vie de Francis Tregian, qui, entre autres, a contribué à préserver de grandes oeuvres musicales de son époque.

 

Dans le deuxième elle racontait les amours de William Shakespeare et de sa Dark Lady, pour laquelle il a écrit des sonnets et que l'auteur identifiait avec grande vraisemblance à la personne d'Emilia Bassano.

 

Dans ce troisième elle fait parler John Florio qui était vu par d'autres dans les deux premiers volumes et par les yeux desquels cette fois-ci nous voyons l'époque, à travers la vie quotidienne de nombreux amoureux de la littérature qui leur est contemporaine :

 

"Dans les autres livres, Florio est vu, ici il voit", m'a répété Anne Cuneo, quand je lui ai dit, lors du Livre sur les quais de Morges ici, que j'étais en train de lire Objets de splendeur et que je ne me souvenais pas bien du Trajet d'une rivière, lu dix ans auparavant.

 

Les deux premiers livres n'étaient pas davantage des romans qu 'Un monde de mots, dont le titre est emprunté à celui du grand oeuvre de Florio, son dictionnaire. Il ne s'agissait pas non plus de livres d'histoire à proprement parler.

 

Car, si Anne Cuneo a rassemblé énormément de documents sur l'époque et si elle reconstitue la vie de ses personnages à partir de leurs seuls dires et faits, elle ne prétend pas écrire pour autant des traités scientifiques, mais des récits, qui sont d'ailleurs bien plus que de simples récits :

 

"Tous les faits avérés sont présents. Et là où les faits manquent je remplis les vides à ma convenance, en étant aussi logique que possible", dit-elle dans sa post-face.

 

John Florio est un personnage hors du commun, méconnu. Anne Cuneo s'y est intéressée parce qu'il était italien d'origine, qu'il avait été élevé en Suisse, puis s'était établi en Angleterre tout en restant lui-même, tout comme elle. Il est fréquent que nous soyons atttirés ainsi par ceux dont le destin ressemble quelque peu au nôtre.

 

John Florio sera le professeur d'italien de jeunes filles et de jeunes hommes riches, le précepteur d'enfants de la haute société et même de deux enfants royaux. Il côtoiera très vite des grands du monde de son époque, des écrivains, des poètes, des dramaturges, des philosophes, des géographes, des médecins, qui, en dépit de son caractère peu facile, seront séduits par son intelligence, sa grande culture, sa mémoire et surtout par son amour des mots. 

 

Giovanni Florio, car tel est son nom d'origine, écrira en italien des dialogues, des proverbes à des fins pédagogiques, les Premiers fruits et les Seconds fruits - pour apprendre une langue des discours valent toutes les grammaires. Il sera le premier à établir un dictionnaire italien-anglais, la deuxième édition, intitulée le Nouveau monde de mots de la reine Anna, comportant 75'000 entrées.

 

Florio sera un grand traducteur, faisant véritablement oeuvre, sans trahir la pensée traduite. Il sera ainsi le premier à traduire en anglais Les essais de Montaigne et Le Décaméron de Boccace. Il se peut même bien qu'il ait participé à la première édition des pièces de Shakespeare, qu'il avait bien connu et à qui il avait donné beaucoup d'éléments qui devaient lui servir dans ses pièces italiennes.

 

Pour les amateurs du XVIe siècle, anglais particulièrement, ce nouveau livre d'Anne Cuneo est un morceau de bravoure et d'érudition. Au contraire de certains écrits académiques, il se lit avec un authentique plaisir tout en apprenant beaucoup de choses fort intéressantes. Sans doute parce qu'il n'est pas écrit dans ce jargon insupportable et incompréhensible, sous l'épaisseur duquel le savoir devient inaccessible, rébarbatif, et, pour tout dire, douteux.

 

Francis Richard

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 18:30

Tuer le pèreChaque année, à la même époque, Amélie Nothomb sort un petit roman, petit par le nombre de pages mais intéressant par le contenu.

Elle aime traiter des anomalies de la vie et, je le reconnais, je me laisse prendre à chaque fois à ces petits - parfois gros - brins de folie des hommes, auquels elle attache tant d'importance.

Tuer le père, publié chez Albin Michel ici, est un titre freudien, qui ne peut qu'accrocher le lecteur. Comme Amélie Nothomb est malicieuse, elle se fait plaisir. Elle nous entraîne sur une fausse piste et nous nous faisons prendre à son piège.

Lire du Nothomb se fait sans grand effort, parce que le style est agréable, volontiers impertinent, et que nous le lisons d'une petite traite. Revers de la médaille, nous ne prêtons pas suffisamment attention aux petits détails qui devraient nous mettre sur la bonne piste.

Joe Whip vit seul à la périphérie de Reno, avec sa mère, Cassandra, qui ne sait plus très bien de quel père ce fils unique est le rejeton. Cette mère volage n'arrive pas à fixer d'homme dans sa vie parce qu'elle mélange les prénoms de tous ceux qui se succèdent dans son lit, ce qui n'est pas fait pour flatter leur ego.

Un jour elle tombe sur un Joe, ce qui devrait faciliter leur relation. Seulement il n'y a pas de place pour deux Joe sous le même toit. Elle met donc dehors Junior pour garder Senior auprès d'elle. Junior, à quinze ans, se retrouve alors seul dans la vie, sans père ni mère.

Joe est un peu spécial. Il a une passion, les tours de magie, qu'il exécute de mains de maître tout au long de la journée, au lieu d'aller à l'école où il s'ennuie, ce qui lui rapporte quelques pourboires. Dans un bar il se fait ainsi remarquer par un inconnu, qui ne lui donne rien mais lui recommande de prendre pour maître le plus grand magicien de l'époque, Norman Terence.

Joe Junior se présente donc chez Norman, qui vit à Reno même, et devient effectivement son élève. Norman a pour compagne Christina, qui a dix ans de moins que lui et dix ans de plus que Joe. Christina et Norman considère très vite Joe comme leur fils.

Ce ménage à trois n'est pas fait pour durer. Il ne dure pas. Joe fait tout pour se faire détester par Norman. Il quitte donc son foyer d'adoption au bout de trois ans. Or Norman s'est attaché à ce gaillard surdoué à qui il a appris plus d'un tour, même des tours de triche, en le mettant toutefois en garde :

"La magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur; la triche déforme la réalité au détriment de l'autre, dans le but de lui voler son argent."  

En se rendant odieux, Joe veut-il en quelque sorte tuer le père qui l'a adopté de bon coeur et qui n'est pas son père biologique ? Le dénouement ne surprendra que ceux qui, comme moi, n'ont pas lu le début du livre de manière assez attentive. Amélie Nothomb a bien dû s'amuser à écrire la chute de son histoire...  

Francis Richard

PS

Voici les autres livre d'Amélie Nothomb dont j'ai parlé sur ce blog :

Le voyage d'hiver ici
Une forme de vie ici 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 22:30

Amandes amèresIl y a quelques jours j'ai fait la recension du livre de Chantal Delsol sur l'illettrisme.

Par le plus grand des hasards, depuis, je me suis mis à lire Les amandes amères , paru chez Gallimard ici, de Laurence Cossé qui traite de l'analphabétisation

Un vendeur d'une librairie spécialisée de la rue du Four explique la différence entre un illettré et un analphabète à Edith, un des personnages du roman :

"Quelqu'un qui n'a jamais appris ni à lire ni à écrire est analphabète. Un illettré a appris puis oublié."

Dans une autre librairie une vendeuse donne à Edith des définitions beaucoup plus sommaires - et, bien sûr, dépourvues de préjugés ! - de ces deux termes :

"L'illettré est français de souche et l'analphabète immigré."

Edith et son mari Gilles habitent le quinzième arrondissement de Paris. N'écoutant que leur bon coeur, ils acceptent de prendre Fadila Amrani, d'origine marocaine à leur service, quelques heures par semaine, pour faire du repassage, où elle excèle. Heures qu'ils rémunèrent avec des chèques emploi service.

 

Fadila, la soixantaine bien dépassée, est la mère d'Aïcha, la gardienne d'un immeuble voisin. Cette dernière est venue trouver Edith et Gilles, de même que d'autres familles du quartier, pour proposer les services de sa mère, qui vient de perdre son emploi dans une teinturerie qui a mis la clé sous la porte.

Fadila est analphabète. C'est-à-dire qu'elle ne sait pas plus lire et écrire en arabe qu'en français. Ce qui ne laisse pas de lui compliquer la vie. Par exemple elle a du mal à se diriger dans Paris où elle circule en bus. Ainsi n'est-il pas simple pour elle de venir de la rue Laborde où elle occupe une minuscule chambre de bonne jusque dans le quinzième.

Fadila ne comprend pas le courrier qu'elle reçoit, composé de factures, de pub et de relevés bancaires. Elle est complètement démunie dans un pays comme la France où les bureaucraties publique et privée génèrent de manière pléthorique des formulaires qui ne sont pas toujours faciles à remplir, même lorsque l'on n'est pas illettré et que l'on est autochtone, et où les réglementations de toute sorte changent inopinément. 

Aussi Edith entreprend-elle d'apprendre à Fadila à lire et à écrire, avec courage et détermination. Le roman est le récit de cette entreprise malheureusement vouée à l'échec. Les méthodes syllabique et globale sont mis au banc d'essai dans ce cas extrême d'une personne âgée, qui n'a jamais exercé son esprit à des abstractions et qui a du mal à les mémoriser.

L'apprentissage des chiffres connaît certes un peu plus de succès que celui des lettres. Mais, pendant plus de deux ans, Edith va remettre des dizaines de fois l'ouvrage sur le métier avec quelques réussites, bien éphémères, contrainte d'ailleurs d'abandonner rapidement l'écriture cursive pour l'écriture en lettres capitales, plus abordable pour son élève.

Ce récit est l'occasion de raconter la vie mouvementée de cette femme mariée plusieurs fois, ayant eu des enfants de plusieurs lits, modelée profondément par la religion musulmane, qui, comme chacun sait, réserve aux femmes un sort bien différent de celui qu'elle réserve aux hommes, et qui leur donne une vision du monde bien différente de celle que peuvent avoir leurs consoeurs occidentales.

La force du livre est de ne pas assortir le récit de commentaires, ni de considérations politiques ou moralisatrices. Les faits sont relatés sans fioritures. Les phrases sont courtes et le vocabulaire simple. L'auteur ne se perd pas en circonlocutions et va droit à l'essentiel.

 

Au bout du compte les efforts tenaces d'Edith ne sont pas récompensés. Elle ne récolte finalement que des amandes amères, ces fruits produits à profusion au Maroc, d'où est originaire son attachante protégée.

Francis Richard     

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 21:55

Delphine-De-Vigan.jpgLe titre de ce roman est tiré d'une chanson d'Alain Bashung, d'il y a 20 ans, Osez Joséphine, dont les paroles mystérieuses, qui ont accompagné la rédaction du livre, comportent ce leitmotiv entêtant :

Osez, osez Joséphine
Osez, osez Joséphine
Plus rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

Peut-on parler d'un roman ? En effet Rien ne s'oppose à la nuit, publié chez Jean-Claude Lattès ici, raconte en fait l'histoire tragique de la vie et de la mort d'une mère, celle de l'auteur.

Rien n'indique sur la jaquette que la photo du livre est celle de cette mère, Lucile Poirier, que la narratrice n'appelle que par son prénom. Nous n'en avons la confirmation qu'à l'avant-dernière page du livre. Lucile y apparaît comme l'icône d'une époque qui se dessinait en noir et blanc, où du noir pouvait venir une lumière secrète, celle du visage au sourire "d'une obscure douceur" d'une jeune femme blonde, vêtue d'un pull à col roulé noir, tenant une cigarette entre les deux doigts de la main gauche à laquelle la droite sert de gracile appui.

Pour "écrire sa mère", Delphine de Vigan a entrepris un travail de recherche considérable. Elle a interrogé et enregistré longuement les frères et les soeurs de Lucile et bien d'autres personnes qui l'avaient connue. Elle a lu et relu des lettres et des écrits, dont les siens quand elle était petite. Elle a regardé des dessins, des photos et des films. Peu à peu, dans la douleur, elle est parvenue au bout de cette quête, qui est ponctuée de passages où l'auteur, qui en perd le sommeil, nous fait part de ses tourments et de sa difficulté à poursuivre la tâche entreprise.

L'histoire de Lucile est aussi l'histoire d'une famille nombreuse - elle est la troisième d'une famille de neuf enfants -, à qui tout devrait sourire, mais qui connaît des deuils précoces, qui dissimule de lourds secrets et les dénie, qui connaît la réussite puis les échecs, qui ressemble à s'y méprendre à bien des familles de ma génération : Liane, la mère de Lucile, est née un an avant la mienne et ma naissance se situe entre celle de Milo et celle de Justine. Il faut croire que les efforts de Delphine de Vigan pour restituer l'époque n'ont pas été vains, puisque je la reconnais.

Il m'était difficile dans ces conditions de ne pas être bouleversé par cette histoire vraie qui contient à elle seule - ce qui est phénoménal - les tragédies de plusieurs de ces familles que j'ai connues. Sans que des larmes ne perlent à mes yeux - un garçon ne pleure jamais, avais-je été instruit quand j'avais atteint l'âge de raison - j'ai senti que mes yeux s'humectaient tout de même à la lecture du récit de ces destins analogues.

Le premier internement de Lucile, le 31 janvier 1980, après qu'elle s'en est pris à Manon sa fille cadette, sera une rupture dans la vie de Delphine, qui n'a alors que quatorze ans. Sa vocation d'écrivain sera due curieusement à ce tournant brutal de sa vie. Ce premier internement sera suivi d'autres et de périodes de rémissions, quelques fois longues. Peut-on dire que Lucile décida son suicide lors d'une de ces rémissions ? En tout cas elle voulut "mourir vivante" le 25 janvier 2008 et c'est Delphine qui découvrit son corps bleu le 30 janvier suivant.

Pourquoi avoir écrit ce livre qui ne doit pas plaire à tous les membres de sa famille ? Delphine n'a pas pu s'en empêcher. L'idée de l'écrire avait aussitôt été "congédiée" puis était "revenue", comme la mystérieuse tache inamovible qui s'était fixée sur le poste de radio à transistor contre lequel Lucile avait fini par s'endormir pour de bon.

Au fil de ce roman vrai, nous sommes parfois un peu gênés de pénétrer avec Delphine dans une telle intimité, d'autant qu'elle ne nous laisse pas indifférent. Mais la qualité de l'écriture, où transparaissent l'amour et la culpabilité d'une fille envers sa mère, finit par avoir raison de nos derniers scrupules.

Francis Richard  
         

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:50

Les-Morues.jpgLors du Livre sur les quais de Morges, dont j'ai rendu compte ici, j'ai eu l'occasion de rencontrer un certain nombre d'écrivains, d'acheter quelques livres, en m'imposant un budget à ne pas dépasser. Pour ne pas le dépasser, j'ai bien dû jeter mon dévolu à chaque fois de manière arbitraire, espérant que le hasard, guidé tout de même par mon instinct littéraire et mon intuition, ferait bien les choses.

En l'occurrence c'est d'abord le minois de l'auteur qui a attiré mon attention et notamment une fossette sur son visage, puis la couverture du livre - des jambes gainées de bas résilles autofixants avec jarretières, fantasme masculin bien connu -, enfin le contenu de la quatrième de couverture où le mot sémiotique a fait tilt, puisque mon fils aîné l'emploie de temps en temps devant moi et que mes neurones n'arrive toujours pas à en garder le sens.

Bref de mauvaises raisons pour un bon choix...

Vu l'âge de Titiou Lecoq, qu'elle ne cache pas - c'est, semble-t-il, de nos jours ringard pour une femme de le cacher -, je m'attendais à ce que Les Morues, publié Au diable vauvert ici (maison d'édition qui se trouve justement à Vauvert près de Nîmes, c'est-à-dire très loin, et dont le nom confirme, s'il en était besoin, pour les mécréants et les incrédules, l'existence de l'ange déchu...), je m'attendais donc à ce qu'il m'éclaire davantage sur la vie de mes deux fils, qui sont peu ou prou de la même génération que la charmante romancière.

Les Morues sont trois jeunes femmes, trentenaires comme l'auteur, qui ont décidé "d'introduire un minimum de cohérence au milieu de leurs contradictions d'héritières du féminisme" et de s'occuper elles-mêmes de leur émancipation sans la quémander aux hommes, sans leur mettre non plus tout sur le dos. Un beau jour d'ébriété elles décident d'élaborer une charte, la charte des Morues, dans laquelle elles traquent chez elles-mêmes les automatismes sexistes, qu'il s'agisse de généralités anti-mecs ou de sentences assassines pour discréditer une concurrente auprès des dits mecs.

Alice tient un bar et est l'initiatrice des Morues. Gabrielle est descendante de la maîtresse d'Henri IV, porte le même nom et fait théoriquement partie du beau monde. Ema est journaliste et s'occupe de la rubrique culture dans un canard de la presse écrite. Bientôt Fred va se joindre à ce club qui n'a rien à voir avec celui des cinq de la bibliothèque rose. Sans doute est-ce sa marginalité de surdoué qui ne supporte pas la notoriété - il veut vivre tranquille, donc heureux - qui l'a fait admettre auprès de ces trois filles délurées.

Une amie des Morues, Charlotte, est retrouvée morte chez elle. L'enquête judiciaire conclut à un suicide qui ne ressemble pas à l'état d'esprit connu de la défunte. Ema, aidée des autres Morues et surtout de Fred, mène sa propre enquête parce qu'elle est convaincue que ce suicide peut très bien cacher un meurtre. Il faut dire que Charlotte travaillait dans un cabinet, McKenture, chargé par le gouvernement de faire des propositions de privatisation du secteur public dans le cadre de la RGPP, Révision générale des politiques publiques. N'a-t-elle pas eu accès à des informations sensibles et inavouables ?

Cette enquête sert de toile de fond à une peinture de moeurs de notre époque qui est fort instructive, surtout pour les garçons. S'ils l'ignorent encore, ils sauront que les filles n'ont pas peur d'utiliser les mêmes mots crus qui leur étaient autrefois réservés dans les cours d'école. Elles se conduisent sexuellement comme jadis les mecs, depuis que le travail leur a donné leur indépendance. Les tabous sautent, mais non pas les prises de tête, malgré qu'elles en aient. Filles et garçons communiquent autrement, ou pas, à l'ère d'Internet, des téléphones mobiles, des forums et des blogs, ce qui accélère inévitablement leurs relations, mais ne les rend pas moins compliquées.

Dans ce premier roman, présenté dans un premier salon du livre pour Titiou Lecoq, celui de Morges, on ne s'ennuie pas une seconde. Il y a des passages hauts en couleur et pleins d'humour tels que l'attaque originale du Ministère de la Culture par des altermondialistes, le discours d'un jeune libertarien sur la privatisation des trottoirs ou le parcours kafkaïen d'un demandeur d'emploi en quête de conseiller à Pôle Emploi. Le vocabulaire utilisé par l'auteur est bien celui des jeunes gens d'aujourd'hui, mais il s'intègre étonnamment bien à un vocabulaire plus classique, qu'il enrichit en quelque sorte.

Francis Richard

Titiou Lecoq tient un blog : http://www.girlsandgeeks.com/
  

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 23:25

 

Metin ArditiMetin Arditi fait partie des alumni de l'EPFL, où il a diplômé cinq ans avant moi. Il aime, semble-t-il, la peinture de la Renaissance et il s'interroge sur les relations entre les différentes religions du Livre. Ce sont des correspondances que j'ai avec lui et qui ne peuvent me laisser indifférent.

 

Aussi, quand j'ai vu qu'il était présent à Morges samedi dernier au Livre sur les quais [voir mon article ici] , me suis-je approché de la table où il dédicaçait Le Turquetto, pour emporter, signé par lui, un exemplaire de son livre publié chez Actes Sud ici.

Le lecteur se trouve transporté dans le temps et dans l'espace, à Constantinople puis à Venise, et retour, en plein XVIe siècle, qui bruisse des guerres plus ou moins ouvertes que se font les religions, tandis que le monde s'éveille à la modernité.

Elie Soriano est juif. Il vit à Constantinople, en terre musulmane, depuis la prise de la ville par les Turcs, quelques décennies plus tôt. Il a 12 ans. Il est le fils d'un employé du marché aux esclaves, pour lequel il n'éprouve guère de tendresse. Il faut dire que ce père est en fin de vie et que c'est une véritable épave ambulante. 

 

Elie sait regarder les autres avec acuité. Il se souvient avec précision de leurs traits qu'il dessine et met en pile dans sa tête. Il a regardé de cette manière, par la fente d'un plancher du marché, de belles esclaves dénudées. Et leur image ne le quittera plus.

 

Un cul-de-jatte devenu l'ami d'Elie, Zeytine Mehmet, a remarqué cette prodigieuse faculté de savoir regarder chez ce tout jeune enfant et l'encourage à continuer d'observer ainsi les gens, pour apprendre sur eux le plus de choses possible. 

 

Elie ne se contente cependant pas de dessiner dans sa tête. Le pope Efthymios l'encourage dans cette voie du dessin réel. Le rabbin Alberto, au contraire, lui rappelle avec fureur qu'il ne doit pas, comme le Deutéronome le prescrit, faire d'image taillée ou d'image de représentation des choses du ciel et de la terre...

 

Après la mort de son père, Elie s'enfuit de Constantinople pour Venise à bord d'un navire. Pour l'occasion il est devenu grec et se fait appeler Ilias Troyanos. Il reste juif au fond de lui-même mais il s'est vu contraint de le dissimuler, pour pouvoir être peintre, sa véritable vocation.

 

Nous le retrouvons quarante-trois ans plus tard. Il est toujours à Venise. Après avoir été l'élève du Titien, il est maintenant l'un des plus grands peintres de son temps, sinon le plus grand, certains disent supérieur au Titien et au Véronais. Car il est "le seul à avoir réussi la fusion miraculeuse du disegno et du colorito, de la précision florentine et de la douceur vénitienne."

 

Il est le Turquetto, le petit Turc, en raison de sa petite taille et de son origine. Tout lui a réussi jusqu'à présent. Il s'est converti à la religion de Rome. Il a fait un beau mariage. Après le baptême de sa fille, le doge, le nonce, les nobles et les familles riches ont festoyé chez lui. Mais cette réussite repose sur une imposture. Il aurait dû écouter son père qui lui disait peu de temps avant de mourir :


"Les convertis croient qu'ils sont sauvés...Mais un juif reste un juif...S'il l'oublie, un chrétien le lui rappellera très vite..."

En deux ans son destin va basculer. L'avertissement paternel s'accomplira, à la faveur d'intrigues entre Vénitiens qui le feront descendre de son piédestal. Il devra retourner à Constantinople d'où il est venu. La boucle y sera bouclée. De ses milliers de tableaux il n'en restera plus qu'un, L'homme au gant... 

Au-delà de cette histoire emblématique, qui donne à réfléchir, c'est, par de savantes petites touches, tout le contexte d'un monde disparu qui nous est restitué par Metin Arditi, notamment celui des marchands d'esclaves de Constantinople et des mécènes de Venise sans les commandes desquels les peintres de l'époque n'auraient pas eu de moyens de subsistance.

Malheureusement les incompréhensions entre les hommes, attachés qu'ils sont davantage à la lettre qu'à l'esprit, demeurent intemporelles, même si elles revêtent aujourd'hui des formes différentes de celles de la Renaissance. Ne serait-ce que pour cela, la lecture de ce livre, écrit sur le ton d'un conte oriental, ne peut être que bénéfique.

Francis Richard

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 17:50

polaroïdsPolaroïds, paru aux Editions Luce Wilquin ici, est un titre qui évoque un moment magique de l'histoire de la photographie.

Bien avant que la photo numérique ne supplante la photo argentique, la photo polaroïd permettait de se rendre compte en quelques secondes du résultat de l'instantané que l'on venait de prendre.

Que le grain de la photo soit moins fin que celui des photos argentiques n'avait pas d'importance. C'était la rapidité du développement qui fascinait.

 

Laure Mi Hyun Croset est-elle bien consciente de l'effet que produit le titre de son livre sur les femmes, ou les hommes, de ma génération, en faisant ressurgir ce passé ? 

C'est donc ce titre qui m'a attiré, puis la couverture, où l'on voit de tels instantanés reconstituer une femme, en bikini blanc, à la peau bronzée, les deux mains accrochées à un chapeau de paille rose fuchsia, vue de dos, assise sur un matelas pneumatique assorti, comme le ferait une moderne mosaïque, échappée d'un stroboscope.

La première phrase du livre, en préambule, donne le ton et exprime le propos de l'auteur de cette autofiction :

 

"Je conçois les névroses comme des séries de polaroïds inquiétants, disséminés dans de vastes forêts, comme un certain nombre d'images égarées dans les bois de nos esprits."

Les mots importants sont évidemment névroses et polaroïds inquiétants.

 

L'autofiction permet à l'auteur de parler sans détour de lui-même, tout en ajoutant une part d'imaginaire que le lecteur n'est pas censé distinguer. J'imagine que cette manière d'introspection doit être libératoire, parce qu'elle permet de ne dévoiler de soi que ce que l'on veut bien dénuder, tout en préservant un jardin secret que l'on reste seul à arpenter.

Tout être humain est double, voire multiple. Dans le cas présent le fait d'être à la fois européenne et asiatique, de porter deux prénoms qui rappellent ces origines naturelle et adoptée, Mi Hyun et Laure, ne peut que souligner cette multiplicité.

Le livre est donc jalonné d'instantanés de la vie d'une femme depuis la petite enfance jusqu'à la trentième année, voire davantage. Cette femme se connaît bien elle-même et n'est pas tendre avec elle-même. Elle expose tout au long de cette autofiction ses vulnérabilités et ses rages, ses frustrations et ses rares jubilations.

 

L'auteur nous fait partager son intérêt pour ses semblables et son envie de susciter leur estime, tout en ne nous cachant pas leur incompréhension à son égard et les maladresses qu'elle commet à leur égard. Par moments le lecteur pourrait finir par être gêné d'une telle intimité.

Ce qui conduit le lecteur à aller jusqu'au bout de cette introspection, c'est le style. Il est en effet difficile de se déprendre de cette lecture parce que le style est incisif, qu'il va à l'essentiel, qu'il ne laisse pas de répit au lecteur.

 

Les insomniaques et les naïfs seront réconfortés de voir qu'ils ne sont pas seuls au monde, de même que ceux pour qui l'éveil à la sensualité s'est avéré difficile. Quant à ceux qui dans leur détresse remplissent leur existence avec le projet d'écrire un livre ils seront rassérénés : ils trouveront en Laure Mi Hyun une véritable âme soeur.

 

Francis Richard       

 

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 19:35

Come babyDécidément les textes courts sont à la mode. Il y a les longs articles façon pamphlet, les nouvelles, les petits textes et il y a enfin les courts romans qui se lisent en une heure ou deux, et encore en prenant son temps.

Le dernier livre de Patrick Besson, Come baby, édité aux Editions des Mille et Une Nuits ici, appartient à cette dernière catégorie.

L'intrigue est aussi mince que le roman est court. C'est le principe des livres publiés par ce département de la Librairie Arthème Fayard , consacré aux longues nouvelles et aux courts récits...

A Paris le narrateur parle à la première personne. A l'occasion d'un déjeuner de prix littéraire il est mis en présence de son récent passé amoureux et littéraire en la personne d'Astrid de *, qui écrit comme lui. Une phrase résume ce qu'a été leur histoire, dont nous n'apprenons que quelques épisodes :

"On ne devrait pas dire une histoire d'amour mais une histoire, parce que vient toujours le moment où il n'y a plus d'amour."

A Bangkok les actions du même se conjuguent à la troisième personne. Il est en Thaïlande pour écrire un article. Il est déjà venu plus jeune. Il est là aussi pour avoir la certitude, si c'était nécessaire, que le plaisir sexuel est inepte. Ses contacts avec deux jeunes prostituées locales, Aom et Noï, lui en administrent la démonstration. La conclusion découle de source :

"On ne vient pas en Thaïlande pour assouvir ses besoins sexuels, mais pour voyager dans sa jeunesse avec la faculté de l'arranger à son goût."

L'intérêt de ce roman ne réside donc pas dans le récit proprement dit, mais dans les réflexions douces-amères, ce qui est très asiatique, qu'elles inspirent au narrateur. Ainsi se rend-il compte qu'il a 53-54 ans et se dit-il :

"La vieillesse, c'est quand l'esprit et le corps ne sont plus une seule personne, mais deux parts dont l'une survivra peut-être et l'autre pas."

Pour son autre lui-même repartir de Bangkok c'est se demander s'il n'est pas décédé après son dernier rendez-vous avec Noï, sa préférée, qui avait hâte de le quitter après l'avoir péniblement fait jouir dans sa bouche, d'où le titre du livre :

 

"Il se demandera  [...] si tout ce qu'il a vécu depuis n'est pas une invention de son âme immortelle. Ce récit serait alors le premier récit d'un mort."

Dans ce livre Patrick Besson est donc pareil à lui-même et à l'image qu'il donne de lui-même : inclassable, avec une liberté de ton qui n'épargne rien, ni personne, à commencer par lui.

 

Francis Richard

 

Le prix Duménil 2011 a été remis le 25 mai 2011 à Patrick Besson pour Come baby.        

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 20:25

Le trottoir au soleilSi vous aimez que les choses les plus simples de la vie prennent des couleurs et qu'elles parlent à vos sens par la magie des mots, alors il faut que vous lisiez le dernier livre de Philippe Delerm, Le trottoir au soleil, publié chez Gallimard ici.

Quand les peintres utilisent leur palette pour reproduire sur leurs toiles les choses de la vie, il convient de désigner ces dernières par scènes de genre, qui n'ont de valeur dans leur simplicité que par le regard qu'ils leur portent et la forme personnelle qu'ils leur donnent.

 

Quand des écrivains se livrent à cet exercice je ne vois pas d'autre expression à employer pour les désigner que les choses de la vie, qui est aussi le titre d'un roman de Paul Guimard porté à l'écran par Claude Sautet.

 

On n'imagine pas ce que la vie de tous les jours peut avoir d'exceptionnel pour peu qu'on l'observe avec bonheur et qu'on sache traduire cette observation en des mots ou des images qui en rendent véritablement compte dans les plus petits détails qui ont leur importance.

Les textes de Philippe Delerm sont courts et les mots sont tous à leur place. L'auteur n'emploie pas de figures de style pour épater le lecteur. Le style paraît tout simple. Il semble couler de source. C'est justement à cela que l'on reconnaît une très grande maîtrise d'écriture. Car il n'est pas donné à tout le monde d'écrire naturel.

Les textes de ce livre sont encore plus courts que ne le seraient ceux d'un recueil de nouvelles. Ils suscitent tout de suite l'attention du lecteur et celui-ci n'a envie de se laisser distraire que par la saveur des images rendues par les mots. Cela permet au lecteur de faire des pauses et de laisser libre cours à sa fantaisie imaginative. 

Bien sûr chacun trouvera surtout son bonheur là où les choses de la vie le touchent au plus près. C'est ainsi qu'ayant franchi le cap des soixante ans avec quelques mois de retard sur l'auteur, je n'ai pu qu'être sensible à ce passage, dont il faudrait, pour bien faire, citer tout le contexte :

 

"A soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d'été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer. Mais c'est ainsi : on est sûr d'avoir franchi le solstice."

Comme nous ne sommes pas des anges et que notre nature humaine fait de nous, dans le même temps, autre chose que des bêtes, nous ne nous contentons pas ressentir mais nous réfléchissons aussi au sens des mots qui viennent en renfort de nos émois :

 

"Mouiller c'est agir et s'abandonner. C'est actif et passif, un verbe singulier pour une action unique, dans un temps différent. Pour ce seul mystère, ce seul cadeau femelle, on renonce à la paix de devenir séraphin.

Dans le même registre :

"Toujours, l'émoi suscité est inversement proportionnel à la surface dénudée."

 

Ce qui, immanquablement, me fait souvenir du Nu vêtu et dévêtu de Jacques Laurent... 

L'auteur, professeur de lettres, aime lire. Pourtant il lui arrive, après avoir pris le vaporetto pour Burano et mangé des cerises noires, de se donner du répit sur un banc d'une esplanade, dans la chaleur du plein été, sans souci de l'heure du retour :

"Pas de livre en cours, et, je me le suis promis, pour quelques jours au moins pas même de vague idée de livre à commencer. Je le sens, je le touche ici, allongé sur mon banc, dans cette absence d'heure : c'est ça l'été, et les vacances devraient être toujours ainsi - une bulle d'éternité tranquille avant une sieste possible."

J'aime aussi ce passage où Philippe Delerm compare le fauteuil au lit quand on est bien fatigué :

"Dans un lit, le corps s'oublie, s'efface, s'engloutit. Dans le fauteuil, c'est bien plus ambigu : on veut tout relâcher sans se déprendre. On ne s'abolit pas. On éprouve sans cesse, on habite les formes. Le bien-être n'est pas fuite, il apprivoise le présent."

Comme dans un recueil de nouvelles, ce recueil de textes emprunte son titre à celui de l'un d'entre eux qui commence ainsi :

"- On traverse ?
- Pourquoi ?
- Pour prendre le trottoir au soleil.
Il faisait bon dans l'ombre, on ne cherche pas la chaleur. Un vrai soir d'été."

Une fois le livre terminé, on a envie de le reprendre, de relire des passages, de rêver un peu, de poétiser à partir du réel. Et cette fois je pense à Georges Haldas qui disait à propos des petites choses :

"[Elles] sont vécues par tous, c'est à partir d'elles qu'on fait son chemin vers les grandes. Si l'on saute cette étape on a l'air de faire l'abstraction du quotidien alors que tout y est inscrit."

Francis Richard

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 19:15

OptimismeLe dernier livre de Thierry Saussez, Manifeste pour l'optimisme, édité chez Plon ici, ne pouvait que ravir l'éternel optimiste que je suis.

Ce qui ne veut pas dire que je sois comme le professeur Pangloss et que je trouve que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes". Mais je reste convaincu que le pessimisme est une disposition d'esprit qui ne permet pas de créer, d'innover, bref d'exercer son intelligence pour augmenter le nombre de ses talents.

 

Thierry Saussez part d'un constat énigmatique sur les Français :

 

"Nous sommes parmi les principaux pays du monde,  l'un de ceux qui se défient le plus des autres et qui considèrent que tout va toujours de plus en plus mal.

Nous sommes paradoxalement l'un des pays où l'on a individuellement le plus confiance en soi."

C'est pour tenter de résoudre cette énigme que Thierry Saussez a  entrepris la rédaction de ce livre qui se situe à l'opposé de la mentalité ringarde et pessimiste de l'Indignez-vous de Stéphane Hessel, dont le succès en France est révélateur.

 

Pour être optimiste il faut avoir confiance. Or la confiance est "complexe, subtile, fragile" :

 

"Elle se gagne parfois difficilement autant qu'elle peut se perdre en quelques instants." 

Selon Saussez la défiance propre aux Français est héritée de leur histoire. Il y a en France une passion pour l'égalité - génératrice d'envie - et un opprobre jeté sur l'argent - générateur de paresse - qui ne sont pas de nature à engendrer la prospérité qui est également affaire de mentalité. L'Eglise catholique, avec son mépris de l'argent et sa condamnation du prêt à intérêt, le marxisme, avec sa lutte des classes, et aujourd'hui l'Etat nounou ont leur responsabilité dans cette méfiance intrinsèque :

"A tout attendre de l'Etat, nous nous laissons aller à considérer qu'il n'en fait jamais assez. A avoir conduit l'Etat à devenir omnipotent, nous finissons par penser qu'il en fait trop."

Cette mentalité de méfiance, qui ne date pas d'hier, se traduit aujourd'hui par un incivisme, un étatisme et un corporatisme caractéristiques. Les médias télévisuels contribuent à l'entretenir. L'auteur fait un parallèle lumineux entre le traitement, sur un ton catastrophiste, fait par eux en France lors des épisodes neigeux de l'hiver dernier, et celui fait par leurs homologues nippons après le tremblement de terre, le tsunami et l'accident nucléaire survenus à Fukushima.

Les travers des médias sont amplifiés encore par Internet, où sont confondues information et communication, les médias finissant par considérer une information non vérifiée comme digne de ce nom par le seul fait qu'elle buzze. De la même manière des sondages effectués au rabais apportent leur pierre aux caricatures de l'opinion. Or les effets des médias, d'Internet et des sondages "se cumulent et s'amplifient dans un flot d'émotions à dominante négative".

"La mutation fondamentale est le passage de l'individu abstrait à l'individu concret, la reconnaissance de l'autonomie individuelle comme moteur de la société" écrit Thierry Saussez. Seulement les Français opèrent une dichotomie dans cette autonomie. S'ils revendiquent l'affirmation de leur identité, de leur droit à la différence, la prise en compte de leurs singularités, ils n'intégrent pas "l'autre face de l'autonomie, la responsabilité, la compétition, la concurrence" :

"Comme l'enfant, nous passons de la socialisation à l'autonomie, mais nous voulons garder tous les avantages de la socialisation sans payer le prix de l'autonomie qui nécessite de nous prendre totalement en charge, d'accepter la compétition."

Thierry Saussez est optimiste. Certes il constate que pour les Français "tout ce qui est local est meilleur" et que "tout ce qui est global est suspect", mais c'est pour mieux relativiser "le décalage entre une confiance individuelle forte et une confiance individuelle faible". Il remarque qu'ils compensent ce décalage en voulant s'extraire de la domination du système médiatique, qui est anxiogène : si dans le particulier ils sont compétents et authentiques, dans le général ils ne le sont pas et sont sous influence. 

Il y a deux angles de vue : les verres à moitié vides et les verres à moitié pleins. Thierry Saussez recommande évidemment le second angle de vue qui permet de ne plus considérer seulement un monde extérieur et virtuel chargé de tous les péchés :

"Regardons bien le monde réel : jamais, depuis longtemps, nous n'avons fait autant d'enfants, ce qui est singulièrement une preuve de confiance dans l'avenir. Jamais nous n'avons créé autant d'entreprises et d'activités, en particulier avec la création du statut d'autoentrepreneur, ce qui n'est pas non plus une marque de défiance. Notre produit intérieur brut par heure travaillée est au top mondial."

Alors que leurs seules vraies peurs sont intimes, la maladie et ce qui peut arriver à leurs enfants ou leurs parents, les sports nationaux des Français sont "exagérer les risques et les souffrances, entretenir le culte du compassionnel, chercher des boucs émissaires".

Aussi est-il grand temps que les Français se réveillent et ne se comportent plus en enfants gâtés,
qu'ils passent à l'âge adulte, c'est-à-dire :

 

- qu'ils acceptent "l'autonomie de compétition qui fait tourner le monde"

- qu'ils cessent "de tout voir au travers du prisme déformant de la défiance, du pessimisme et du déclinisme"

- qu'ils renoncent  "à tout attendre de l'Etat"

- qu'ils se rendent compte que l'Etat c'est eux

- qu'ils deviennent davantage acteurs à part entière et moins consommateurs de prestations ou spectateurs du théâtre politique

- qu'ils regardent le monde tel qu'il est et notamment qu'ils se rendent compte que "la mondialisation représente un progrès considérable de l'humanité"

Il y a du pain sur la planche...

  

Mais la nouvelle génération, contrainte à la lucidité et au réalisme, n'est-elle pas une chance ? 

Comme je suis optimiste et qu'il convient d'agir dans la vraie vie, j'aime bien la devise de Charles le Téméraire, reprise à son compte par Guillaume d'Orange : "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer".

 

Francis Richard

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 17:20

Ticket d'entréeAvec Ticket d'entrée, édité chez Grasset ici, de Joseph Macé-Scaron, nous nous retrouvons un peu plus de cinq ans en arrière. Nicolas Sarkozy est encore Ministre de l'Intérieur...

 

La France roupille en cette fin de règne de Jacques Chirac. La droite, qui se veut décomplexée, s'apprête à prendre la relève d'une droite qui n'en finit pas de se déliter. La gauche semble incapable d'offrir une véritable alternative.

Le héros, Benjamin Strada, signe des temps, est homo. Il ne nous épargne aucun des états d'âme et de corps, auxquels conduisent cette préférence sexuelle.

Eh oui les homos connaissent les peines de coeurs et les ruptures qui frappent les hétéros. Ils consultent aussi les psys, croyant trouver sur le divan remède à ce qui leur trotte dans la tête. En exergue d'un chapitre, l'auteur cite un Chesterton souvent bien inspiré :

 

"La psychanalyse est une confession sans absolution."

Les homos ne sont pas obligatoirement de gauche ni illettrés - Benjamin lit Proust, ce qui n'est d'ailleurs pas une exclusivité des homos éclairés. Quand ils ont perdu l'âme soeur, ils en retrouvent dix, voire plus, sans être pour autant comblés ni satisfaits, tout comme les hétéros. Don Juan en sait quelque chose...

Benjamin Strada est journaliste au Gaulois, le grand quotidien de droite. Il y est "chargé de dégoter des intellectuels pour alimenter les pages Débats". Il serait resté à cette place sans histoire s'il n'avait pas fait la connaissance, au sens biblique de Sodome, d'un personnage qui pèse sur la bonne marche du groupe de presse, comprenant le Gaulois Magazine, la Gauloise et le Gaulois Télé, toute ressemblance avec un groupe existant ne pouvant bien sûr qu'être fortuite.

Un tel ticket d'entrée ne préfigure pas pour autant comment se fera la sortie... Strada - promu grâce au canapé ? - devient rédacteur en chef du Gaulois Magazine, où pendant huit mois, il va insuffler un air nouveau, qui, s'il ne déplaît pas aux lecteurs - mais qui s'en soucie ? - ne va pas donner satisfaction à ceux qui l'ont placé au top, sans doute parce qu'il a un art consommé de faire l'idiot, quand on lui demande simplement d'être servile.  

Macé-Scaron, qui connaît bien son monde politico-médiatique français, nous fait pénétrer dans ce petit monde cynique et friqué, qui n'a pas d'autre objectif que de servir ses propres intérêts, et qui se préoccupe comme d'une guigne de ceux qu'ils seront un jour censés représenter, une fois conquis le pouvoir. Il le fait sur un ton volontiers ironique, multipliant les bons mots et les petites phrases qui claquent parfois comme des gifles bien assénées sur les bajoues.

Au final, malgré qu'on en ait, on ne peut que trouver jubilatoire cette liberté de se moquer de ceux qui tiennent le haut du pavé et que l'auteur, qui les a côtoyés, décrit si bien jusque dans les petits détails croustillants qui les tuent. Il n'est pas sûr que ces derniers apprécient tellement ce genre de moquerie. Tout le monde n'est pas capable d'auto-dérision, ni d'exercer avec bonheur cette faculté anglo-saxonne qu'on appelle l'humour.

Francis Richard  

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29 juillet 2011 5 29 /07 /juillet /2011 21:20

Nomade AyaanAyaan Hirsi Ali est une nomade. Elle a vécu en Somalie, en Ethiopie, au Kenya, en Arabie Saoudite, aux Pays-Bas. Enfin elle vit aux Etats-Unis. Dans Nomade, publié chez Robert Laffont ici, elle nous raconte cet itinéraire sans épilogue :

"Etre une nomade, dans une errance permanente, m'avait toujours paru romantique. Dans la pratique, être sans foyer et vivre sur une valise, c'était un petit avant-goût de l'enfer."

Car cette errance permanente n'est pas le fruit d'un choix délibéré. Sa famille quitte la Somalie pour des raisons politiques. A 22 ans elle refuse d'aller au Canada épouser l'homme qui lui est imposé par son père et s'installe aux Pays-Bas où elle devient parlementaire. Son opposition à l'islam radical la contraint à se réfugier aux Etats-Unis pour ne pas subir le sort réservé à son ami Theo Van Gogh par les fondamentalistes musulmans.

 

Qu'ont fait d'elle ses racines familiales dont elle s'est mise en quête pour se comprendre ? Une rebelle et, dans le même temps, une personne qui ne peut complètement s'en affranchir. Quand elle parle de sa famille à problèmes, elle ne peut s'empêcher de souffrir de ce que celle-ci est devenue, parce qu'elle reste sa famille. La raison n'empêche pas les sentiments.

  

La charia incorporée à la loi clanique pèse lourdement sur les membres de cette famille. Ayaan se rend compte douloureusement des conséquences tragiques qui en résultent. L'amour filial qu'elle éprouve pour son père qui ne comprend pas sa fille aujourd'hui apostate prouve qu'il est bien difficile de se départir des liens que la nature tisse entre les êtres.

 

Qu'il s'agisse de sa mère, de sa demi-soeur, de son frère, de ses cousins ou de sa grand-mère, elle montre par le récit que le fatalisme religieux est une bonne excuse pour ne pas prendre sa vie en main et  pour ressasser indéfiniment ses échecs, considérés comme des punitions, des flagellations, des lapidations, infligées en conséquence de ses propres fautes ou de celles des autres membres du clan.

Quand les non-occidentaux vivent dans les pays occidentaux, ils ne sont pas encouragés à se départir de leurs traditions, bien au contraire. Il en est ainsi notamment de la polygamie dont les ravages sont dévoilés crûment par Ayaan qui les a vécus de l'intérieur. De ce fait-là ils ne peuvent qu'échouer, faute d'être capables de partager un jour les valeurs des pays qui les accueillent, tout en les adoptant en apparence :

 

"Au coeur du choc des valeurs entre la culture tribale de l'Islam et la modernité occidentale, il y a des passions humaines universelles : le sexe, l'argent et la violence."

Si dans la modernité occidentale le sexe, l'argent et la violence sont du ressort de la responsabilité individuelle et relèvent des tribunaux quand il y a atteinte à la liberté, à la propriété ou à l'intégrité de l'autre, il n'en est pas de même dans la culture tribale de l'Islam.

 

La sexualité des femmes dépend du bon vouloir des hommes du clan, voire de la tribu. Leur mariage est forcé, arrangé. Elles ne sont que de simples possessions matérielles. Leurs ventres sont des incubateurs. Elles ne doivent pas connaître le plaisir, mais enfanter, d'où les mutilations génitales telles que l'excision du clitoris ou des petites lèvres du sexe, sans parler de la couture de l'ouverture du vagin.

Si elles ont des relations sexuelles hors mariage, elles méritent la mort parce qu'elles sont un déshonneur pour les hommes de leur clan. Ayaan donne l'exemple récent de tels meurtres pour l'honneur commis aux Etats-Unis par un frère ou par un père etc.

L'argent est destiné au clan, voire à la tribu. Les membres qui se trouvent dans les pays occidentaux pensent d'abord à envoyer de grosses sommes d'argent à ceux qui sont restés au pays. Pour ce faire ils empruntent sans vergogne, sans savoir comment ils pourront rembourser. Pour la galerie ils dépensent sans compter et se couvrent de dettes en abusant des cartes de crédit mises à leur disposition etc. 

La violence fait partie de l'éducation dans la culture tribale. Les punitions sont acceptées : il n'y a pas de remise en cause, comme il n'y a pas de remise en cause de la véracité et de la valeur du Coran aussi bien de la part des musulmans modérés que des fondamentalistes. On apprend aux enfants musulmans la violence, à la perpétuer, "à souhaiter la violence contre les infidèles, les juifs, le Satan américain". 

 

Les punitions sont principalement des châtiments corporels qui permettent aux uns d'affirmer leur autorité sur les autres. La loi du plus fort est toujours la meilleure. La violence est la méthode usuelle de résolution des conflits. C'est aussi pour les hommes un moyen de prévenir la désobéissance des femmes etc.

Ayaan Hirsi Ali a déjà décidé de quitter les Pays-Bas pour occuper une place de chercheuse à l'AEI, American Enterprise Institute et de renoncer à son mandat de député au Parlement néerlandais quand elle est déchue de la nationalité néerlandaise par une collègue de son propre parti, le parti libéral, où elle est membre d'une cellule de réflexion politique.

 

Le motif invoqué pour cette déchéance ? Elle a menti quand elle a immigré dans le pays en disant qu'elle était persécutée pour des motifs politiques. Ce mensonge, elle ne l'a pourtant pas caché par la suite. Elle l'a même évoqué lors d'entretiens avec des médias. Juste avant qu'elle ne quitte son dernier foyer perdu et ne reprenne son errance, sa citoyenneté néerlandaise lui est cependant rendue...

Au début Ayaan va sillonner les Etats-Unis pour y faire des conférences et mesurer à quel point ce pays est immense. Elle va en quelque sorte rester nomade. Quand elle prend le temps de faire une pause, elle découvre une spécificité de ce pays qui est enthousiasmante, avec la faculté de passer rapidement à autre chose quand cela ne marche pas :

 

"Pour moi, c'est cela l'Amérique : une vaste famille à laquelle n'importe qui peut appartenir, dès lors que vous en acceptez les valeurs."

Seulement les musulmans d'Amérique n'accepte pas vraiment ces valeurs. Ils jettent le discrédit sur ce que dit Ayaan Hirsi Ali dans ses conférences. Même si la situation des femmes musulmanes est meilleure en Amérique qu'en Europe, encore qu'elle se dégrade, pour les jeunes musulmans de là-bas, les mutilations génitales subies par elles, leur statut inférieur de demi-personnes juridiques, les mauvais traitements qui leur sont infligés sont exagérés ou des vues de l'esprit de la part de quelqu'un qui ne ferait montre que d'un ressentiment personnel.

Quels remèdes pour que l'esprit musulman aille vers l'ouverture ? Selon Ayaan seules les valeurs issues des Lumières sont à même de le faire : "la liberté de questionnement, l'éducation universelle, la liberté individuelle, l'interdiction de la violence privée et la protection des droits de propriété de l'individu".

 

Encore faut-il que demeure la liberté d'expression qui, selon elle, "inclut le droit de blasphémer et d'offenser" et que l'auto-censure ne prenne pas sa place pour ne pas faire de peine ou ne pas s'exposer à des représailles.

Encore faut-il que les féministes ne ferment pas les yeux sur les droits bafoués des femmes musulmanes sous prétexte de respecter une autre culture que la leur et qu'elles ne fassent pas de fausses comparaisons avec le sort encore inégal des femmes occidentales.

Encore faut-il que cessent les luttes intestines entre athées et agnostiques, chrétiens et juifs, protestants et catholiques.

Encore faut-il que les athées, les libéraux classiques, les chrétiens éclairés luttent ensemble contre cet ennemi commun qu'est l'islam. 

 

Encore faut-il que le Vatican et les églises protestantes ne croient pas que le dialogue interconfessionnel amènera "l'islam dans le giron de la civilisation occidentale":

 

"Les Eglises devraient faire tout ce qui est en leur pouvoir pour remporter cette bataille des âmes en quête d'un Dieu compatissant - ces âmes qui découvrent maintenant qu'un Allah impitoyable leur est plus accessible."

Dans sa conclusion Ayaan relate une histoire contée par sa grand-mère. Un lutteur et un poète rivalisent. Le lutteur accepte le défi de composer un poème qui n'est pas à la hauteur de celui du poète. Il perd donc et est discrédité. Le poète, plus intelligent, n'aurait pas accepté de rivaliser avec les muscles de son adversaire...

S'il n'y a pas d'épilogue réel à son errance, l'auteur imagine celui d'enfanter une fille, comme le lui a conseillé Oriana Fallaci, rencontrée peu de temps avant sa mort

 

Elle s'adresse à sa fille dans une lettre où elle s'engage à ne surtout pas lui infliger l'éducation qu'elle a reçue. Elle lui enseignera trois valeurs : la responsabilité, le devoir et la réflexion critique. Elle la mettra en garde contre le ressentiment. Elle aura pour elle un amour inconditionnel tellement plus puissant que celui de la foi en Allah...
   
Francis Richard

Ayaan Hirsi Ali a créé en 2008 une fondation, AHA ici, pour faire prendre conscience des pratiques violentes exercées contre les femmes aux Etats-Unis, les informer et les assister.

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 10:30

Nouvelles RufinEn fait je suis ravi que la nouvelle, qui n'est pas un genre mineur, soit un peu plus souvent à l'honneur aujourd'hui. Je garde la nostalgie des véritables petits bijoux que savait si bien sertir Paul Morand et qui emportait la conviction en quelques pages bien troussées. 

 

Jean-Christophe Rufin vient de faire la démonstration éclatante avec Sept histoires qui reviennent de loin, publiées chez Gallimard ici, que ce genre n'était décidément pas mort. L'auteur s'y montre aussi excellent dans cet exercice qu'il le fut quand il écrivit son pavé, Rouge Brésil , Prix Goncourt 2001.

L'écrivain, voyageur et médecin, nous fait vivre à chaque fois un épisode différent et dramatique de la vie d'aujourd'hui qui se déroule dans un lieu du monde. Il s'agit en effet de sept histoires qui à partir de l'ordinaire font une singularité et se terminent de façon inattendue pour le lecteur qui, du coup, est mis en appétit pour la nouvelle suivante.

Les histoires que nous content Jean-Christophe Rufin ont pour cadre la chambre d'un hôtel, problablement parisien, une île de l'hémisphère austral - l'île Maurice ? -, un restaurant d'un village situé dans les Dolomites, le service de garde d'un hôpital de l'Assistance publique, le Lourenço Marques colonial devenu Maputo, Colombo sous l'ombre projetée de la guerre civile ou un train corail à destination des Ardennes.

Les personnages sont une jeune Kirghize qui a une passion pour le français, des créoles dont l'univers s'écroule, un guide de montagne qui pousse trop loin l'exigence alpine, des fiancés qui se séparent pendant des décennies sans jamais cesser de s'aimer, un fils de déporté tourmenté par les tragédies actuelles et passées, une belle Malienne qui ne veut pas perdre son bel Allemand dont les proches veulent l'écarter.

L'ensemble de ces histoires compose une véritable mosaïque, esquisse de représentation de notre monde contemporain. Au dépaysement que nous vaut d'être transportés en des lieux différents, dans des situations différentes, où se débattent des personnages en définitive hauts en couleur, s'ajoute, pour nous combler, un réel bonheur d'expression.

 

Francis Richard   

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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