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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 17:00
Avenue-des-geants.jpgL'été est une saison propice à la lecture de thrillers. Pour peu qu'il fasse beau. Les meurtres, comme la misère, ne sont-ils pas moins tristes au soleil? 
 
Dans Avenue des géants, Marc Dugain a romancé la vie d'un criminel qui croupit toujours dans une prison américaine et dont il a appris l'existence en regardant une émission de la chaîne Planète.
 
Le héros de ce roman, Al Kenner, a à peine seize ans au tout début de cette histoire, mais c'est déjà un géant, puisqu'il mesure 2,20 m et que bientôt son poids sera de 130 kg.
 
Al nous raconte à la première personne son histoire peu banale. En effet le 22 novembre 1963, jour de l'assassinat de John Kennedy, il tue ses grands-parents paternels à l'aide d'une Winchester, elle parce qu'il le doit, lui parce qu'il ne veut pas qu'il en ait de la peine.
 
Après ce double meurtre il fait la route à moto avec de l'argent volé aux défunts, mais au bout de peu de temps son envie d'avaler des kilomètres s'éteint et il se rend aux forces de police. Jugé atteint d'une schizophrénie paranoïde il est interné en asile psychiatrique, suit une thérapie, est autorisé à faire des études, sort au bout de cinq ans, avec la recommandation de n'habiter que temporairement chez sa mère.
 
Sa vie semble avoir pris un cours normal. Il fait des petits boulots, pompiste dans une station-service ou travailleur sur des chantiers routiers. En fin de récit il obtient que sa conditionnelle soit levée, que son casier redevienne vierge. Il doit même se marier avec la fille du patron de la Criminelle de Santa Cruz, qui, en raison de ses connaissances en psychologie, en fait un auxiliaire de police.   
 
Ce récit d'une rédemption est toutefois entrecoupé d'entretiens professionnels - relatés cette fois à la troisième personne - qu'il a en prison plusieurs décennies plus tard avec Susan, une adepte de la contre-culture des années 1960, qu'il a connue à l'époque, et qui a toujours le béguin pour lui, sans qu'il n'y ait de sa part à lui la moindre réciprocité. Qu'a-t-il donc fait pour se retrouver derrière les barreaux, se demande le lecteur?
 
Al a un QI supérieur à celui d'Enstein. Il a une mémoire d'éléphant. Mais il manque de persévérance, sans doute en raison de ses facilités et souffre d'une cruelle infirmité. En effet il n'éprouve aucun désir physique en présence des femmes, reste sans érection à leurs caresses, et ne trouve son plaisir qu'en solitaire grâce à un fantasme de décapitation. Il n'est pas pour autant un homosexuel refoulé, puisque seules "les petites bourgoises lisses et propres" l'excitent, d'autant plus qu'elles lui sont interdites.
 
Lors de ses entretiens à l'hôpital, Leitner, le psy qui lui est désigné, touche du doigt ce qui tourmente Al, mais un accident coûte la vie au docteur et interrompt le processus de découverte de la vérité psychique de son patient. Certes, tout au long, de sa narration Al fait son auto-analyse et livre au lecteur des indices, mais il faut attendre les vingt-cinq dernières pages pour avoir la clé de ce qui le meut, et arriver au dénouement.
 
Le livre de Marc Dugain doit son titre symbolique au nom d'une avenue que jalonnent des arbres immenses, où Al a un accident de moto lors d'une virée nocturne. Cet accident, sans que le lecteur ne s'en doute, est un point d'inflexion important dans sa nouvelle vie, parce que, blessé au pied et au bras, il doit retourner cohabiter avec sa mère.
 
Le grand mérite de Marc Dugain est de ménager le suspense jusqu'au bout et d'avoir suffisamment d'empathie pour son personnage pour nous faire parcourir avec lui tous les méandres intimes de son esprit dérangé. Ce qui ne l'empêche pas, bien que le sujet soit terrifiant à bien des égards, de pratiquer un humour noir de circonstance, qui est somme toute bienvenu.
 
Francis Richard 
 
Avenue des géants, Marc Dugain, 368 pages, Gallimard ici
 
Le 19 avril 2012 Marc Dugain parle de son livre avec François Busnel sur France 5:
 
 
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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 18:20

Ferenc-Rakoczy.jpg"Normal, anormal...qui peut départager ça?" dit un personnage du livre de Ferenc Rakoczy. C'est bien le problème de l'humaine condition.

 

Les Français ont depuis trois mois un président normal, du moins selon ses propres dires. Est-ce bien raisonnable? Mais, faut-il être raisonnable?

 

Le moins qu'on puisse dire est que les personnages de ces six récits, écrits au fil du temps, dans des lieux inspirés différents, sont hors normes. Et pourtant il y a peu de distance entre eux et le commun des mortels.

 

Car, apparemment, ils sont tous peu ou prou des personnages ordinaires. Mais Ferenc Rakoczy leur ajoute ce petit grain de folie qui les distingue et dont aucun être humain n'est capable de faire toujours l'économie, même pas en rêve.

 

Le cousin d'Henri, Vasse, est un garnement comme les autres, peut-être juste un peu plus intrépide. Sa témérité va le conduire à vivre une aventure peu banale qui remplira les autres gamins d'effroi. Au cours d'un coma il va subir une métamorphose intérieure inoubliable, qui le fera retourner aux origines supposées de l'espèce, après avoir franchi le pas au travers de la glace d'un étang rempli de carpes.

 

Gabriel est psychiatre. L'un de ses patient gît sur un lit d'hôpital, attaché. Il a fallu en arriver là, à la contention, parce qu'Estoppey a montré qu'il pouvait être violent, voire cruel. Au cours des discussions qu'ils ont ensemble, le patient se révèle redoutable pour le docteur qui ne sait plus très bien où se trouve la norme. Dieter, l'infirmier solide sur ses pieds, lui remet les idées en place:

 

"Tous les hommes sont une exception à une règle qui n'existe pas."

 

Le narrateur du troisième récit est fiancé à Liliane. C'est elle qui insiste pour qu'il fasse la connaissance de Carmen, la cuisinière des Murets, la maison de ses parents, qui mènent grand train et vivent sur leur capital. Il n'est pas indifférent à la jeune Espagnole qui se refuse à lui. De rompre ses fiançailles provoque le départ de la belle qui, après une enfance douloureuse, n'aspire qu'à vivre à peu près normalement et à être à la hauteur.

 

Dominique, quadragénaire, est très belle, mais elle a recours à la chirurgie esthétique pour corriger la moindre imperfection de son corps qui pourrait déplaire à Charles, son mari. Un jour, elle a tellement embelli et rajeuni que son mari, qui la croit ailleurs, la drague et la met dans son lit sans la reconnaître. Après ce rêve étrange, mais pas innocent, elle revient à la réalité et retrouve son homme de primatologue, dans la forêt où il exerce. Elle se dit:

 

"La beauté, c'est peut-être tout simplement ce qui se rapproche le plus de ce que fait la nature: mettre les choses comme il faut, où il faut, au moment où il faut, et que tout s'imbrique parfaitement."

 

Le narrateur du cinquième récit rencontre un vieillard éperdu qui a rendez-vous avec son fils qu'il n'a pas vu depuis des années. En fait ce dernier n'a pas osé venir à l'heure dite. Le lendemain le vieillard, David Jarrod, meurt. Peu de temps après le narrateur rencontre le fils Jarrod, qui est un Yéniche. Ils évoquent ce rendez-vous manqué qui rappelle au narrateur le suicide en direct, via téléphone mobile, de son cousin Jacques.

 

Vincent fait entrer furtivement trois autres individus, Gustave, Eddy et Benn, dans un entrepôt animalier dont il est le gardien. Ces quatre-là, aux allures de conspirateurs, sont en fait des artistes marginaux qui veulent exposer leurs oeuvres ensemble alors qu'au fond ils sont très dissemblables. Les trois autres se disputent tellement fort qu'à son retour Vincent, qui s'est éloigné un moment, est projeté à terre et blessé par un molosse, échappé de sa cage, parce qu'il l'a cru en danger.

 

Tous ces récits ont en commun de nous faire pénétrer sous la boîte crânienne de personnages qui se trouvent dans des situations que nous pourrions fort bien connaître, pour peu que nous nous écartions un peu de la norme... L'auteur nous fait partager leurs pensées qu'ils gardent pour eux, leurs désirs qu'ils prennent parfois pour des réalités, leurs attentes déçues parce qu'ils manquent de décision.

 

Ces récits sont écrits dans une langue recherchée, jalonnée de mots savants et précis. Ce style brillant convient parfaitement à l'onirisme décalé qui les nimbe et auquel il apporte une touche d'inhabituel. Il contribue au malaise que procure le récit de destinées qui, à peu de choses près, auraient très bien pu se dérouler différemment.

 

Francis Richard

 

Laissez dormir les bêtes, Ferenc Rakoczy, 232 pages, L'Age d'Homme ici

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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 09:35

Vaclav-Klaus.jpgL'européisme est la version continentale du mondialisme, qu'il ne faut pas confondre avec la mondialisation. 

 

L'européisme, comme le mondialisme, n'a rien de spontané mais tout du prémédité. 

 

A leur échelle, leur but à chacun est d'asservir les peuples pour faire leur bonheur, malgré eux, d'en haut. Le contraire de la subsidiarité.

 

Jacques Pilet, chroniqueur à L'Hebdo, est l'un des chantres de l'européisme en Suisse romande.

 

Dans sa chronique du 26 juillet 2012, il affirme péremptoirement que la construction communautaire européenne est le seul barrage contre les menées anti-démocratiques du continent, alors que, justement, elle donne l'exemple de ce que peut être un autoritarisme supranational.

 

Dans un livre, intitulé Sauver les démocraties  en Europe, composé de discours et d'interventions, d'articles et de textes divers, qui s'échelonnent de 2003 à 2011, Vaclav Klaus décortique l'idéologie européiste.

 

Dans un article publié ce jour sur lesobservateurs.ch j'oppose donc la conception de celui qui a vécu sous le joug communiste à celle de l'intellectuel qui a prospéré dans le nid douillet helvétique.

 

Francis Richard

 

Sauver les démocraties en Europe, Vaclav Klaus, 224 pages, François-Xavier de Guibert ici

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28 juillet 2012 6 28 /07 /juillet /2012 18:00

Des-etoiles-sur-mes-chemins-G-Favre.jpgComment prendre réellement congé de quelqu'un qui a disparu et qu'on n'a pas vraiment connu de son vivant? En partant à la recherche de son passé, en faisant un énorme travail de mémoire. Dans son dernier livre c'est à cet exercice que se livre Gilberte Favre.

 

Le disparu est son père, ce taiseux, qui, certes, lui a appris à écouter le silence et à regarder les étoiles, mais qu'il lui a fallu découvrir rétrospectivement, pour achever de faire son deuil.

 

Cette recherche n'a pas été pas sans danger. Elle a réveillé inévitablement d'autres souvenirs qui parfois se sont avérés douloureux. Pour parvenir à les surmonter il lui a été nécessaire d'éclairer ses chemins à la lumière d'autres étoiles que celles qui se trouvent dans le ciel.

 

Ainsi Gilberte, prénom proustien, a-t-elle dû faire resurgir les souvenirs de sa mère, "retombée en enfance" avant la fin; de l'unique Amour-Osmose de sa vie, Nourredine, mangé par le Crabe; de son "frère", cette Ombre Maléfique, qui a obtenu de leur père qu'il coupe les ponts avec elle et les siens, dont son unique petit-fils, pendant des décennies.

 

Dès le plus jeune âge, Gilberte a rejeté le monde des "grandes personnes" qui exige trop de compromissions. Elle a trouvé refuge dans la lecture et dans l'écriture des mots, dont elle associe volontiers sens et sonorités:

 

"Pouvoir les écrire comme ils viennent, à la fois doux et lancinants, au moment précis où ils surgissent. Et peu importe qu'ils soient porteurs d'espérance ou de malheur. Les écrire absolument."

 

Plus tard, nomade dans l'âme, elle a parcouru la planète:

 

"Si je voulais écouter, sentir - par les pieds les mains ma peau mes oreilles et mes narines - toutes les vibrations du Monde, il me fallait partir et longtemps, pieds nus dans les steppes et les déserts."

 

Apatride en esprit, elle a rencontré le plus grand nombre possible de ses frères humains répartis sur la planète, survivants de guerres et de famines, de tortures et de camps, et elle s'est rendu compte qu'elle pouvait aimer de parfaits inconnus, sans doute parce qu'à quinze ans à peine elle s'était juré d'être du côté des plus faibles et des sans-voix.

 

Gilberte a entrevu beaucoup de visages sur ses chemins. Mais elle a aussi fait d'autres rencontres qui ont compté encore davantage pour elle, comme celle de son Père-Poète, Maurice Chappaz, d'Andrée Chedid, d'Eleni Kazantzaki ou de Ghassan Tueni.

 

Il ne lui restait plus qu'à retrouver le temps de son père qui n'avait été pour elle ni autoritaire ni protecteur, qui avait toujours eu de la peine à lire et n'avait lu aucun de ses livres, qui était un grand travailleur et connaissait les noms des montagnes et des ruisseaux, moins redoutables pour lui que les lacs ou les mers.

 

En retraçant les itinéraires et les étapes de la vie de ce père, ex-petit berger - plus souvent à l'étable ou à la pâture qu'à l'école -, devenu chef d'équipe sur des chantiers, qui pensait "que la "vraie vie" et la Vérité étaient dans le Ciel et dans la Nature plus que dans les livres", Gilberte a déchiffré le mystère d'un "orphelin inconsolable", qu'aucune ombre maléfique ne pourra plus lui occulter.

 

Francis Richard

 

Des étoiles sur mes chemins, Gilberte Favre, 216 pages, L'Aire ici

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 07:50

Vie-conjugale.jpgIl est de bon ton de considérer avec mépris les oeuvres humoristiques. Parce qu'elles font rire ou sourire, elles ne seraient pas sérieuses. Pourtant il est plus facile de faire pleurer Margot que de lui activer les zygomatiques.

 

Quand j'ai vu la couverture du livre de Kyra Dupont-Troubetzkoy au dernier Salon du Livre de Genève, j'ai bien aimé le contraste entre le gros ventre appuyé contre le cher et tendre et la batte de base-ball derrière le dos, tout en me disant que je devais lire ce petit essai en cachette de ma femme pour ne pas lui donner de mauvaises idées.

 

Comme j'ai pensé tout haut, l'auteur m'a suggéré avec malice de le couvrir sans tarder, ce que d'aucuns font quand ils lisent un ouvrage au titre sulfureux...

 

La narratrice, Marie Julliard, a trente-cinq ans. Elle est journaliste, "bobo, intello, précaire", intéressée par l'environnement. Elle écrit sur le réchauffement, la pénurie alimentaire, la crise énergétique. Banal.

 

Un jour, lors d'un vernissage, Marie rencontre Paul Rocagel, ingénieur, qui "travaille depuis des années à trouver des alternatives au béton, à la coupe de bois sauvage". Les divagations artistiques de Marie n'ont pas l'heur de le séduire.

 

Deux jours plus tard Marie participe à une conférence de presse à laquelle Paul participe. Elle lui pose des questions qui doivent être plus convaincantes, puisqu'il demandera sa main quatre ans plus tard, qu'ils se marieront et auront ... deux enfants.

 

En trente-six épisodes, dont certains comportent deux, trois ou quatre sous-épisodes, Marie raconte sa vie conjugale, avec Paul, dans un désordre chronologique qui ne nuit pas au récit, avec quelques flash-backs sur son enfance qui expliquent bien des choses.

 

La vie conjugale n'est pas seulement la vie d'un couple qui roucoulerait sur une île déserte. Il y a aussi les autres - dont Sartre disait qu'ils sont l'enfer -, les parents, le frère, la belle-famille, les amis, garçons et filles. Ils pimentent la vie conjugale, a fortiori lorsque le premier enfant paraît.

 

En lisant ce petit essai assassin on se rend compte que si des choses ont indéniablement changé en une génération - l'auteur a 20 ans de moins que votre serviteur - les tendances lourdes, et les contingences, demeurent, ce qui est, ou n'est pas, rassurant, c'est selon...

 

L'auteur, en tout cas, a du souffle. Tout au long de ce premier roman elle alterne sans faiblir réflexions décalées, auto-dérision, qui s'étend à toute la gent féminine, et flèches décochées aux mâles, qui les méritent d'autant plus lorsqu'ils s'installent dans un ronron télévisuel ou lorsqu'ils émettent des formules toujours plus stéréotypées.

 

Cet assassinat de la vie conjugale, qui survit tout de même à tous les avatars, est surtout une satire réjouissantes des bobos, qui restent des bourgeois, en dépit de leurs velléités d'être des bohèmes. Il est décidément bien difficile de rompre toutes les amarres et de se réfugier dans un déni de la réalité.     

 

Francis Richard

 

Petit essai assassin de la vie conjugale, Kyra Dupont Troubezkoy, 224 pages, Editions Luce Wilquin ici

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 22:00

Eunsun KimQue sait-on de la Corée du Nord? Pas grand chose, pour la bonne raison que c'est un pays qui vit en vase clos et où le peuple est encore de nos jours retenu prisonnier.

 

Une fois qu'on a dit qu'il s'agissait du dernier pays stalinien de la planète (est-ce vrai?), on a tout dit. Mais c'est un peu court pour se faire une idée de ce qui s'y passe réellement.

 

Eunsun Kim n'est pas le nom de l'auteur. Afin de ne pas mettre en danger les membres de sa famille restés là-bas, elle a pris ce pseudonyme.

 

Aidée de Sébastien Falletti, correspondant du Figaro et du Point à Séoul, Eunsun Kim lève dans son livre un coin du voile qui recouvre pudiquement la vérité sur l'enfer coréen et sur le socialisme dynastique des Kim.

 

Au fil du récit Eunsun nous révèle en effet la vie quotidienne en Corée du Nord, l'embrigadement des esprits dès l'école, l'obligation d'assister à des exécutions publiques dès le plus jeune âge, le culte de la personnalité vouée à Kim Il-sung puis à son fils Kim Jong-il, l'ignorance de ce qui se passe dans le reste du monde, capitaliste, dépeint comme un enfer. 

 

Son témoignage est certes très émouvant, mais il est aussi très instructif parce qu'il nous montre la Corée du Nord vue par une enfant, qui y a vécu jusqu'à ses douze ans et qui n'a dû qu'à la fuite d'être toujours de ce monde. C'est le récit de cette fuite salutaire, avec les pieds, qui nous est conté.

 

Eunsun Kim, sa grande soeur Keumsun et leur mère n'ont pas fui parce qu'elles étaient hostiles au régime en place, dont elles ne comprendront l'inhumanité et l'asservissement que bien après, mais parce qu'elles avaient faim et parce qu'elles voulaient tout bonnement survivre. Or il ne leur était plus possible de se nourrir faute de ressources.

 

L'économie nord-coréenne vit sous perfusion de l'Union soviétique. L'aide du grand frère communiste cesse avec la chute du régime en 1991. A partir de cette année-là l'économie de la Corée du Nord est complètement déstabilisée. Et la famine y fait son apparition dans le milieu des années 1990.

 

En 1994 les grands-parents de l'auteur y succombent, puis son père en novembre 1997. Le récit commence d'ailleurs vraiment quelques semaines plus tard. Eunsun raconte qu'elle est gagnée par le désespoir quand, au bout de six jours, elle ne voit pas revenir sa mère et sa grande soeur, parties pour la grande ville voisine à la recherche de nourriture.

 

Eunsun rédige alors son testament - elle a onze ans -, puis s'endort avec la pensée qu'elle ne se réveillera plus jamais. Quelques heures plus tard, elle est réveillée par sa mère, suivie de sa grande soeur. Elles sont malheureusement rentrées bredouilles, mais, au moins, Eunsun n'est plus seule si, désormais, son enfance lui est définitivement volée.

 

A bout de forces la mère d'Eunsun l'envoie chez une amie et envoie Keumsun chez une de ses soeurs. A leur retour elle a pris sa décision, fuir. Où? En Chine. Comment? En traversant une rivière qui est la frontière naturelle entre les deux pays et qui se trouve à une heure de la petite ville où elles habitent.

 

Les 9 ans du sous-titre du livre sont le temps qu'il leur faut pour rejoindre la Corée du Sud après toutes sortes de tribulations. Pour survivre Eunsun devient fille de rue après la première tentative avortée de franchissement de la frontière. A l'issue de la deuxième tentative toutes trois sont vendues par leur hôtesse chinoise à un fermier qui veut que la mère lui donne un fils.

 

Après la naissance du petit frère d'Eunsun, Tchang Tsian, les trois nord-coréennes sont dénoncées et la police chinoise les renvoie dans l'enfer nord-coréen. Après avoir été en camp de rééducation, elles saisissent une occasion de partir en cavale et de franchir une troisième fois la frontière:

 

"La misère en Chine vaut quand même mieux que la famine en Corée du Nord."

 

Après être retournées à la ferme chinoise, leur seul point d'ancrage en Chine, la vie y devenant très vite un enfer, elles prennent la fuite une nouvelle fois, vivent en clandestines et commencent à rêver de Corée du Sud, où elles finissent par aboutir après bien des péripéties et grâce à une grande persévérance, mais où elles sont considérées comme des citoyennes de deuxième classe.

 

L'auteur conclut son récit en ces termes:

 

"Si ce témoignage peut participer à la prise de conscience générale de notre détresse et alerter le reste du monde, justement, sur l'iniquité et le tragique anachronisme du régime nord-coréen, il n'aura pas été inutile."

 

Aucun témoignage sur la servitude n'est jamais inutile, ne serait-ce que pour se rendre compte combien est précieuse la liberté. Car la liberté est toujours menacée, même dans nos pays, même si c'est à un bien moindre degré. La défense de la liberté est un combat qu'il faut sans cesse recommencer contre les Etats, toujours enclins, par nature, à asservir.

 

Francis Richard

 

Corée du Nord - 9 ans pour fuir l'enfer, d'Eunsun Kim avec Sébastien Falletti, 256 pages, Michel Lafon ici

 

Cet article est reproduit sur le site lesobservateurs.ch

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 22:55

Bessa-Myftiu.jpgBessa Myftiu est albanaise et le français n'est pas sa langue maternelle. Mais son français, que ce soit à l'oral ou à l'écrit, est d'une telle qualité que certains francophones feraient bien de s'en inspirer...

 

Après l'avoir entendue deux fois lire des textes de son cru à Lausanne, l'envie m'est venue de lire un livre d'elle.

 

La première fois elle lisait des extraits au Sycomore à l'invitation de l'AVE ici, la seconde au Lausanne-Moudon à l'invitation de l'association de rencontres littéraires Tulalu ici.

 

Il ne me semble pas que Bessa soit un prénom usité en dehors de l'Albanie. J'ignore s'il a la même étymologie que la bessa albanaise. Dans son livre, où la bessa est très présente, l'auteur explique au béotien qu'il s'agit de la parole donnée, de la parole d'honneur, à laquelle il ne faut surtout pas manquer.

 

Anila, Diana et Monda, belles quadragénaires, sont invitées à Tirana au mariage d'une amie commune, Mira. Mais elles se trouvent toutes trois bloquées à l'aéroport de Rome à cause de (ou grâce à) une grève. Au lieu d'être à la noce, elles vont fêter l'événement toute une nuit en se racontant leurs amours albanaises au temps du communisme.

 

Jadis Anila a épousé un fils à sa maman, qui n'est plus l'étudiant plein d'humour qui l'avait charmée et avec qui elle a eu un fils. Elle divorce donc. Du coup elle est considérée comme une putain dans ce pays où la morale communiste est encore plus rigide que la morale musulmane traditionnelle. C'est tout dire. 

 

Pour son malheur, après avoir été abusée par lui, elle tombe amoureuse d'un beau Kosovar, Halil, qui veut bien d'elle pour la bagatelle, à condition que cela ne se sache pas, mais qui ne veut certainement pas l'épouser pour garder intacte sa réputation auprès de sa famille, qui prime sur tout le reste, et parce qu'il ne supportera jamais au fond de lui-même qu'elle ait appartenu à un autre.

 

Comme dit l'auteur, "Au Kosovo, l'individu n'est pas encore né."

 

Dans le même temps Anila finit par tomber amoureuse d'un autre Kosovar, Murat, qui a mêlé son sang à celui d'Halil et qui le considère comme un frère. Tout poète qu'il est, il a grandi dans la haine des Serbes et n'est pas moins soucieux du qu'en-dira-t-on de sa famille que son ami fraternel. Ils sont l'un comme l'autre "incapables de se passer de la famille par amour pour une femme". 

 

Dans les années 1980, en Albanie, où les mariages sont arrangés par les pères de familles qui se connaissent, n'est-il pas impensable pour une Anila divorcée - la pire des infamies -d'être amoureuse de deux hommes à la fois?

 

Diana a une maman rejetée par la société albanaise communiste parce qu'elle a la sulfureuse réputation de séduire les hommes, tout en étant bien incapable de les retenir. Forte de cette leçon maternelle, Diana n'a pas l'intention de se laisser mener par le bout du nez par les hommes et joue son rôle de femme fatale à merveille.

 

Un jour, pourtant, elle est attirée par un beau jeune homme de dix ans plus jeune qu'elle, Thanass, qui est tombé amoureux d'elle dix ans plus tôt, sans qu'elle ne le remarque - ce qui pourrait lui valoir d'être radiée de son poste pour outrage à la morale communiste. 

 

De plus, la mère de Thanass n'a pas meilleure réputation que la sienne. Speakerine à la télévision elle a été mutée en province dans une maison de la culture après avoir été surprise en flagrant délit d'adultère.

 

Diana et Thanass décident de partir dix jours en bord de mer. La veille du départ, par accident, Thanass coince son pénis dans la fermeture éclair de son pantalon. Il y voit un mauvais présage et, de mauvais gré, il accepte de faire l'amour à sa belle, pour s'en repentir aussitôt.

 

Diana craint d'être enceinte. Pour avorter, elle se fait faire une piqûre réservée aux chevaux. Pour éviter une infection, elle se fait prescrire des antibiotiques au nom d'un chat. Pour être présentable en cas de malheur, elle soigne ses ongles de pieds. Mais rien n'y fait. Elle est bien enceinte. Un médecin accepte de faire une intervention sans demander de contrepartie.

 

Ayant réussi à se faire avorter "sans rien demander, sans payer, sans coucher" dans un pays où un tel acte coûte une fortune et où un médecin qui le pratique risque la prison, aux yeux de Thanass, Diana est devenue une déesse. Mais peut-il encore aimer quelqu'une qui n'est plus son égale et qui lui a donné par son amour une réelle assurance?

 

Monda, petite, est amoureuse de son cousin, le beau Sergueï. La mère de ce dernier est tchèque, ce qui est un crime en Albanie au temps du communisme. Sergueï est amoureux de Monda, mais, comme ils sont cousins, c'est un amour interdit. Le père de Monda, à propos de la légende de bessa, qui raconte un amour impossible entre un frère et une soeur, ne leur dit-il pas:

 

"Si l'on aime vraiment l'autre, on doit souhaiter son bonheur, et pas seulement l'accomplissement de notre amour. Je veux que vous appreniez cette leçon, mes enfants. L'amour n'est jamais égoïste, il est sublime. Promettez-moi de vous aimer vraiment."

 

Sergueï jette alors son dévolu sur la belle Katrina, une copine de Monda, et se fait surprendre au lit par les parents de celle-ci. Seulement Katrina est la fille d'anciens bourgeois, mis au ban de la société par le régime communiste. Aussi Sadri, le père de Sergueï, s'oppose-t-il avec véhémence à une telle mésalliance.

 

De dépit, pour punir les autres, mais surtout pour se punir lui-même, Sergueï épouse une femme laide, la fille du président du Conseil de quartier. Toute beauté n'est-elle pas "mêlée de tragique - ne fût-ce que par son côté éphémère"?

 

Ces amours au temps du communisme semblent effectivement d'un autre temps, bien lointains. Ils ne sont pourtant pas bien différents de ceux qu'ont connu les femmes et les hommes de ma génération, avant que la révolution des moeurs de soixante-huit ne soit survenue. 

 

En tout cas, c'est ce genre de retours en arrière - flashbacks en anglais - qui permettent de mesurer les changements profonds opérés dans les moeurs de nos sociétés. Fastes ou néfastes? C'est une autre histoire.

 

Parmi tous ces changements se distinguent quelques permanences, que Bessa Myftiu souligne ici ou là par un aphorisme tel que:

 

"On ne se sépare jamais d'aucun amour, on apprend seulement à vivre sans."

 

Ou encore:

 

"On croit toujours qu'on va mourir à la rencontre de son passé et chaque fois on y survit."

 

Toujours est-il que tant que durent leurs amours:

 

"Les amoureux n'ont nul besoin de variations, de distractions, de surprises et de péripéties: ils se suffisent l'un à l'autre."

 

Francis Richard

 

Amours au temps du communisme, Bessa Myftiu, 304 pages, Fayard ici    

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 22:00

Accident de personneBloqué dans un train, après l'annonce par haut-parleur d'un accident de personne, on est pris entre deux réactions, d'agacement d'être empêché de circuler à sa guise et d'effroi de penser que quelqu'un ou quelqu'une a choisi de mettre ainsi fin à ses jours.

 

Car, comme le chante Alain Souchon, la vie ne vaut peut-être rien, mais rien ne vaut la vie, surtout quand, dit-il, instant de bonheur tout simple, il tient là dans ses mains éblouies les deux jolis petits seins de son amie...

 

C'est dans cette situation ferroviaire que se trouve l'héroïne de ce premier roman.

 

Quand cet accident, qui n'en est pas un, se produit, la première réaction de Charline Perrault est d'effroi et celle du monsieur d'en face d'agacement, parce que le train s'est arrêté non loin de la gare où il descend.

 

Quand le bruit court qu'il s'agit d'une jeune femme, Charline visionne sa robe bleue tachée de sang et s'interroge:

 

"Accident de personne. Accident de personne. Pourquoi pas accident de quelqu'une?"

 

Charline se rend chez une vieille dame, Agathe, dont elle doit garder le chat, le temps pour cette dame d'un voyage en Turquie. Agathe habite la ville au bord du lac où Charline a passé son enfance et d'où elle s'est enfuie. Très vite elle apprend que la quelqu'une qui s'est jetée sur la voie est une de ses camarades de classe à l'école primaire, Viviane Dubois. Sa mort ne lui en paraît que plus terrible et plus invraisemblable. 

 

Ne serait-ce qu'un jour, Charline aurait aimé avoir des parents tels que ceux de Viviane, aimants et attentionnés. De plus Jean et Elise Dubois sont beaux et s'aiment. Et ça se voit. Un mouchoir de coton blanc, brodé de fil bleu, formant les initiales VD, oublié sur un banc par Elise lors de l'enterrement de sa fille, recueilli pieusement par Charline, va servir à cette dernière de prétexte à se rendre chez les Dubois et à devenir leur consolation.

 

Les parents de Charline, eux, ne se sont jamais remis de la mort accidentelle de Charlotte, la soeur jumelle de Charline, qui était non seulement sa soeur mais sa compagne. Charlotte avait toutes les qualités. En se jetant du balcon de la maison pour, croyait-elle, s'envoler, elle a en fait emmené leurs parents dans sa tombe. Et Charline l'a perdue et peut donc désormais tout perdre.

 

Charline pense que le monde, lui, aurait moins perdu si c'était elle qui était morte, elle qui est "gauche et maladroite, pudique et renfermée". Jusqu'à il y a sept mois et trois semaines il restait encore à Charline la peinture et le dessin, mais elle n'arrive plus à créer. Viviane, la souffleuse de verre, a bien dû, elle aussi, connaître ce vide...

 

La vie de Charline est solitude. D'aucuns se rongent les ongles, elle tire sur les petites peaux de ses doigts jusqu'à saigner. Elle éprouve alors "une douleur comme un plaisir, quelque chose qui donne le sentiment d'exister". Pour ne pas exposer ces mains martyrisées, Charline porte des gants. 

 

Comme d'autres collectionnent les chaussures, Charline a des gants de toutes les couleurs, pour toutes les circonstances, des verts, des noirs, des blancs, des violets, des bleus, des roses... De ne pouvoir se livrer à cause d'eux à des jeux de mains lui jouera un jour un bien mauvais tour...

 

Anne-Frédérique Rochat nous dresse au fil des pages le portrait d'une jeune femme,"émotionnellement contispée, verrouillée", qui souffre d'"un manque affectif et sensuel". Charline ne songe-t-elle pas un jour:

 

"Ce soir, j'aimerais bien dormir dans les bras de quelqu'un. Un autre corps enrobant le mien pour mieux le sentir. Devenir, sous les caresses, sous le frottement des peaux, devenir sous les baisers, sous une langue et des doigts, mon corps délimité et ouvert à la fois."

 

Comment cela finira-t-il, se demande-t-on? L'auteur, qui est comédienne et qui "a écrit plusieurs pièces de théâtre", selon la dernière de couverture, sait ménager le suspense jusqu'au bout.

 

Il n'est pas anodin qu'elle ponctue la progression de l'intrigue de réflexions du conducteur du train qui a écrasé Viviane, et qui reste traumatisé, et de processus d'élaboration d'oeuvres d'art par les souffleurs de verre.

 

L'acte de créer ne doit-il pas se faire dans la douleur?

 

Francis Richard

 

Accident de personne, Anne-Frédérique Rochat, 160 pages, Editions Luce Wilquin ici

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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 22:55

Levy-Gauche.jpgLe livre d'Elisabeth Lévy commence très fort. Par ce pastiche de la phrase célèbre attribuée à Voltaire:

 

"Je ne partage pas vos idées et je me battrai pour que vous ne puissiez pas les défendre."

 

Le ton est donné et il se maintient tout du long.

  

Comme on le sait, le pouvoir médiatique en France est en grande partie aux mains de la gauche. Comme je le rappelais sur le site lesobservateurs.ch :

 

"En France il y a quelque 36 000 journalistes. Parmi eux seuls 2 à 3 000 se disent ouvertement de droite…"

 

Les écoles de journalisme fabriquent des journalistes de gauche dans les mêmes proportions, comme l'ont montré les votes simulés dans ces écoles au moment des présidentielles. Les choses ne sont donc pas près de changer et il est somme toute réconfortant de constater que malgré tout ce matraquage une grande majorité de citoyens continuent de penser autrement.

 

Parmi ces 2 à 3 000 journalistes qui se disent de droite, parce qu'ils ne sont pas de gauche, il y en a quelques uns qui font plus de bruit que les autres. Ils s'appellent Eric Zemmour, Elisabeth Lévy, Ivan RioufolPhilippe Cohen, auxquels on peut ajouter pour faire bonne mesure Jean-Jacques Bourdin, Robert Ménard et Eric Brunet.

 

La gauche idéologique, qui se pense comme "le camp du Bien", les considère comme encore trop nombreux et veut les bâillonner. Cette gauche, qui n'a plus rien de soixante-huitard, ne supporte "la libération de la parole" et "la destruction des tabous" que si elles ne contredisent pas ses façons de penser. Ce qui est un bien grand verbe puisqu'elle préfère de loin les invectives, les noms d'oiseaux et les poursuites judiciaires aux arguments.  

 

La gauche idéologique, qui a une grande propension à coller des étiquettes sur le dos de ceux qui ne lui plaisent pas, traite de "nouveaux réacs" ou "néo-réacs" les intellectuels, comme Alain Finkielkraut, et les journalistes récalcitrants susnommés. Le terme a une connotation péjorative, de par l'histoire, qui sonne agréablement à son oreille.  Seulement ces intellectuels et ces journalistes, qui jouent les franc-tireurs, "ne sont pas des descendants de Maurras, mais des enfants de De Gaulle, Racine, Voltaire et Camus"... 

 

Qu'ont donc en commun ces nouveaux réactionnaires aux "profondes différences de sensibilités et d'approches"? Tous refusent non "pas l'idée de Progrès, mais le progressisme qui en est la version génétiquement modifiée". Tous refusent "de se laisser dicter ce qu'ils pensent par l'air du temps". Ils exercent le droit à la critique que la gauche idéologique veut mettre hors la loi:

 

"Gauchet, Manent, Muray et les autres sont coupables de crime dialectique: hommes des Lumières, ils questionnent les Lumières; démocrates, ils critiquent la démocratie."

 

Parmi tous ces infréquentables il en est un qui l'est davantage que les autres:

 

"Il lui suffit d'apparaître pour que l'oeil de l'humaniste se teinte d'une lueur inquiétante, comme si soudainement les instincts les plus anciens de l'espèce, son goût du sang, son appétit de lynchage reprenaient leurs droits. On pense à "la minute de la haine" de 1984. Avec Eric Zemmour, la minute de la haine ne s'arrête jamais."

 

Là on passe de la mise hors la loi du droit à la critique au déni de réalité.

 

Elisabeth Lévy rappelle les attaques dont Zemmour a été objet pour avoir osé dire la vérité en 2010 lors d'une émission de télévision:

 

"Zemmour n'est pas attaqué parce qu'il défend des opinions, contestables par nature, mais parce qu'il énonce des vérités. Et si elles déplaisent, c'est parce qu'elles ne collent pas avec le récit autorisé. Il n'est nul besoin de statistiques pour savoir qu'il y a en France une surreprésentation des étrangers et des Français d'origine immigrée récente dans la population carcérale."

 

Elle rappelle également les accusations d'homophobie et de négationnisme dont Christian Vanneste a été l'objet cette année pour avoir osé dire une vérité historique sur la Seconde Guerre Mondiale, confirmée plus tard par Serge Klarsfeld sur le site Nouvelles de France:

 

"En dehors des trois départements annexés, il n'y a pas eu de déportation homosexuelle en France."

 

La vérité n'a plus d'importance. Elisabeth Lévy tente une explication:

 

"A partir du moment où la mémoire de la persécution est une composante centrale de l'identité d'un groupe, tout questionnement sur la réalité de cette persécution est ressentie comme une attaque contre le groupe lui-même."

 

Il n'en demeure pas moins que, comme elle le dit plus loin, il y a de quoi avoir peur de constater qu'un homme est condamné sans procès pour avoir dit la vérité...

 

De même est-il surprenant que les Français se voient refuser par la gauche le droit de savoir s'ils mangent ou non de la viande halal: 

 

"Les citoyens ont le droit de tout savoir, sauf ce qui risque de froisser la "communauté" musulmane."

 

Elisabeth Lévy rappelle enfin les propos unanimes des représentants de la gauche, tels que François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, après la fusillade de Toulouse, le 19 mars de cette année, qui coûta la vie à trois enfants et un adulte devant une école juive. Ils ont un peu trop vite insinué que le tueur ne pouvait être qu'un raciste, influencé par les déclarations de leurs adversaires de droite, avant que l'on ne sache qu'il s'agissait d'un djihadiste:

 

"La gauche sait oublier ses divisions et se montrer unie comme un seul homme pour taire ce qui lui déplaît. Et faire taire ceux qui lui déplaisent."

 

Elle conclut ainsi son livre:

 

"A toutes ces grandes âmes qui hurlent dès qu'il est question d'islam ou d'islamisme, on a envie de dire que la négation du réel est un poison tout aussi violent que le rejet de l'Autre. Pour notre République et pour notre liberté de penser - lesquelles, faut-il le rappeler, ne peuvent aller l'une sans l'autre."

 

Le pli de la négation du réel est pris quand on sait que quelque chose est vrai et quand on susurre qu'il ne faut surtout pas le dire...

 

Francis Richard

 

La gauche contre le réel, Elisabeth Lévy, 324 pages, Fayard ici

 

(Elisabeth Lévy sévit sur le site Causeur.fr)

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 22:05

Revolte-muets-Cacheux.jpgLe livre de Nicolas Cacheux nous raconte deux histoires parallèles. Et, comme dans la géométrie euclidienne, ces parallèles-là ne se rencontrent pas.

 

L'une se passe aujourd'hui, à notre époque. L'autre dans un futur indéfini, ou alors dans un monde allégorique, en tout cas dans un monde qui n'est pas tout-à-fait notre monde actuel, mais pourrait bien le devenir.

 

Les deux héros de ces deux histoires ont un point commun : leur mutisme. Leur mutisme ? Ils sont fermés comme des huîtres. Leurs proches ne peuvent pas deviner ce qu'ils pensent. Ils sont introvertis à un point qui dépasse l'entendement. D'ailleurs on ne les entend pas puisqu'ils sont muets.

 

Seulement, un jour, se contenter de se taire n'est plus possible. Certes ces muets ne vont pas faire entendre leur voix. Ils vont trouver un autre moyen d'expression, la révolte, qui prendra une forme différente dans les deux cas.

 

Walter Niemand est quinqua. Il est cadre moyen dans une compagnie d'assurances. Depuis toujours il a un complexe, celui de ne pas exister vraiment, de n'être personne, ce que son patronyme signifie en français.

 

Walter n'a aucune perspective de carrière. Sa formation n'est pas suffisante. Il n'a pas le sens du travail en équipe, ce qui, à son niveau, est rédhibitoire. Il souffre d'un handicap terrible : "il est infirme de l'autre".

 

Walter dépense plus qu'il ne gagne. Il est endetté jusqu'au cou. Il ne communique plus avec personne. Il garde pour lui toutes ses frustrations jusqu'au jour où la coupe est pleine. Il prend une arme, tue froidement trois collègues, puis se donne la mort.

 

L'histoire de Walter commence et se termine par ce carnage. Elle est une explication de ce qui le pousse à traduire sa révolte ainsi, de manière funeste et brutale. 

 

Homeg est archiviste au Ministère de la Planification dans le département des Grands Travaux d'Utilité Publique. Le pays est dominé par des peuples oppresseurs dont les bannières arborent les 3 S de Surabondance, Surendettement, Surinformation.

 

Un jour les peuples des 3 S ont envahi les peuples des 3 P, Pauvreté, Prière, Paix, et les ont asservis. Ils ont tout saccagé sur leur passage, détruit paysages et monuments. Quelques rebelles seulement ont trouvé refuge dans les montagnes. 

 

A Homeg, comme aux autres esclaves, la parole a été retirée par les Binaires, au service des oppresseurs. Son destin va cependant basculer quand, prenant le train pour aller travailler, il trouve par hasard dans une poubelle un extrait imprimé des textes sacrés d'avant l'oppression.

 

L'histoire d'Homeg commence et se termine par la résistance des rebelles à cette oppression. Elle est une explication de ce qui l'amène à entrer en contact avec eux, à les rejoindre, à recevoir enfin le flot continu de la parole dont il a été privé.

 

La révolte des muets conduit à s'interroger sur le comportement à adopter face à la servitude que peut revêtir un mode d'existence, que cette servitude soit le résultat de la médiocrité ou de l'oppression pure et dure. Il semble que tout seul, et sans idéal, ce soit mission impossible.

 

Francis Richard

 

La révolte des muets, Nicolas Cacheux, 128 pages, Xenia ici

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 22:30

 

Le-fil-de-soie-Blondel.jpgLes nouvelles racontent des histoires à forte concentration. C'est tout un art. Y excellent ceux ou celles qui savent peaufiner leurs phrases, peser leurs mots, reconstituer des pans de vie entiers en quelques pages.

 

En anglais le roman se dit novel. En français la nouvelle, qui a la même étymologie, est au fond un petit roman destiné aux gourmets. 

 

La quatrième de couverture du Fil de soie nous dit que Sylvie Blondel s'est livrée à l'enseignement, au journalisme, au théâtre amateur, aux voyages et à l'écriture. 

 

De telles activités favorisent les rencontres, la connaissance de l'humaine condition, le côtoiement de destins parmi les plus divers et le dépaysement. Cela se ressent à la lecture des histoires courtes et intenses que l'auteur nous propose dans ce recueil de neuf nouvelles.

 

La plupart de ces nouvelles sont écrites à la première personne par des femmes, qui nous racontent des rencontres sans lendemain ou des échappées pour toujours.

 

Lina, l'hermana de coeur de la première narratrice, qui l'a rencontrée alors qu'elle était réfugiée en Espagne, a connu un destin cruel au temps de la dictature militaire en Argentine, et ne se remet pas d'un viol initial, puis de tortures qu'elle a subis pour prix de sa rébellion, quel que soit le lieu où elle se retrouve. Pendant longtemps elle ne connaît pas d'échappatoire.

 

La deuxième narratrice est en vacances pour quelques jours sur une île grecque qui est un microcosme où tout le monde se connaît et ne s'aime pas. A son arrivée, à une station de bus, elle rencontre un natif de cette île, Stavros, qui lui raconte sa vie. Sur le bateau du retour, après un séjour décevant, elle le rencontre à nouveau, est prise d'émoi, le temps trop bref d'une traversée.

 

La troisième narratrice s'est mariée à Marcello, un boucher, fils de boucher, collègue de son père. C'est un coureur de jupons qui semble s'être enfin rangé pour l'épouser et ne s'occuper que d'elle. Il suffit pourtant de l'apparition dans leur immeuble d'une aveugle, Jeanne, pour que ce don juan aux fantasmes cannibals, n'ait d'yeux que pour cette belle aux yeux éteints et reprenne du service. C'est insupportable et insupporté.

 

La quatrième narratrice est tombée amoureuse de Jordan. Le service militaire le transforme étonnamment. Lui "qui caricaturait soldats et officiers" devient "adepte des jeux guerriers" et "spécialiste en stratégie". Insensiblement il s'éloigne d'elle avec qui il ne partage bientôt plus rien, jusqu'au moment où le fil qui les reliait encore ténument finit par se casser.
 

La cinquième narratrice est en plein délire onirique. Elle est couchée dans un lit qui n'est pas le sien et dont elle voudrait s'extraire. S'agit-il d'un lit de mort ou de naissance? Doit-elle y retourner après l'avoir quitté ou doit-elle poursuivre sa route nocturne, inexorablement? Est-elle une gentille proie survolée par un prédateur prêt à fondre sur elle? Quelle est donc sa destination?

 

La sixième narratrice a fait un beau mariage, sur le papier, avec John, riche héritier. Prodigue, il ne lui laisse que des dettes une fois disparu dans un accident. Il lui faut bien trouver une solution, elle qui n'a jamais travaillé pour vivre et qui se retrouve avec deux enfants sans père. Ne doit-elle pas faire comme naguère, c'est-à-dire faire fi de la réalité pour embarquer on ne sait pour où?

 

Un fantôme nous parle. Il ne dort jamais et rêve éveillé. Il est condamné à errer dans un château qui ne semble pas le sien, où des gens, qu'il ne connaît pas ont été massacrés, et qui est visité par des touristes. Sur une photo de classe il voit un garçon qui lui ressemble. Le temps perdu remonte alors à la surface de sa mémoire. Il peut verser enfin les larmes qu'il a contenues jusqu'à sa mort.

 

La nouvelle la plus aboutie a donné son titre au recueil. Une femme a tiré un trait sur sa vie antérieure et séjourne dans une maisonnette à terrasse, en bord de mer, pour avoir tout le temps. Un homme vit dans une caravane au milieu d'une pinède proche, pour peindre et dessiner à loisir. Ces voisins sont tous deux "deux en un", reliés "par un fil de soie qui peut se rompre à tout instant".  Tour à tour ils nous disent ce qu'ils perçoivent l'un de l'autre et comment ils se rapprochent peu à peu l'un de l'autre.

 

La dernière narratrice nous emmène tout autour de la Terre et nous fait rêver avec elle des chambres où elle n'a pas dormi et de celles où elle a dormi. Car elle s'est arrêtée de voyager loin sans ménager sa monture. Sur sa ligne de chemin de fer familière, Berne-Lausanne, ou chez elle, elle voyage désormais le front contre la vitre ou le nez dans un bouquin. Avant le vrai voyage, où elle ne s'emportera pas.

 

Sylvie Blondel nous fait le cadeau de toutes ces vies cahotiques, le plus souvent avec le regard d'une femme, c'est-à-dire attentive à tous ces détails qui nuancent l'existence. Quand elle donne la parole au fantôme masculin ou au peintre amoureux de sa voisine, elle leur prête un regard cette fois tout à fait masculin. Ce qui montre que le lecteur a affaire à une fine observatrice à laquelle convient fort bien ce genre exigeant de la nouvelle.

 

Francis Richard

 

Le fil de soie, Sylvie Blondel, 172 pages, L'Aire ici

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 05:45

Autour de ton cou BobicSlobodan Despot, l'éditeur du livre, lors du dernier Salon du Livre de Genève, m'a dit à propos d'Autour de ton cou :

 

"Vous pouvez y aller les yeux fermés."

 

Compte tenu que l'auteur était présent et qu'il s'agissait d'une belle femme serbe, au décolleté dévoilant un peu plus que le tour de son cou, je lui ai répondu :

 

"Plutôt les yeux ouverts!"

 

J'ai ouvert les yeux, d'abord pour regarder la dame, Mirjana Bobic, puis pour lire son livre et, les deux fois, j'ai été conquis.

 

Autour de ton cou ressortit à un genre indéfinissable.

 

Comme il est composé principalement de textes courts qui peuvent se lire indépendamment les uns des autres et qui sont des histoires d'amour à part entière, il pourrait s'agir d'un recueil de nouvelles.

 

Comme, dans tous ces textes truffés d'allusions littéraires et cinématographiques, un même personnage féminin apparaît, plus ou moins au premier plan, sous le prénom de Lena, voire de Léontine, il pourrait s'agir d'un roman, dont le fil conducteur serait celui du collier que porte l'héroïne et qui supporte des pierres semi-précieuses reçues en cadeau par elle au fil ... des années.

 

Comme celui qui tient la plume raconte ses propres tourments d'homme jaloux (détail qui a son importance : sa femme est nettement plus jeune), via ces transpositions fantasmées (Cornelius n'est autre que lui-même, Stanislav, et Lena n'est autre que sa femme, Visjna) il pourrait s'agir de confessions déguisées.

 

Comme l'exécuteur testamentaire, Balaban - qui est l'assistant de Stanislav, professeur spécialiste de littérature contemporaine, et qui, envieux, vit dans son ombre -, met lui aussi la main à la plume et qu'en quelque sorte il s'approprie le manuscrit, il pourrait s'agir d'une oeuvre écrite à quatre mains.

 

Comme les dix textes, qui sous-tendent l'histoire de ce couple en déséquilibre, sont précédés d'une note sur une pierre semi-précieuse différente, il pourrait s'agir d'un manuel de minéralogie, doublé d'un manuel de lithothérapie, puisque ces notes font l'inventaire des vices et des vertus de chacune de ces pierres.

 

Chacun des récits met en scène un personnage masculin haut en couleur qui tourne autour de Lena : un éphèbe inaccessible, un joyeux matelot, un tringleur de poulettes, un beau danseur gominé, un fou de jalousie, un client de bordel, un vieux beau titré, un ancien amant gaffeur, un jeune poète malheureux en amour, un barman de nuit.

 

Cornelius imagine que toutes les pierres semi-précieuses du collier de Lena lui ont été offertes par un amant et que sa femme a donc enfilé les amants comme les maudits cailloux qui pendent à son cou. Lena lui a dit un jour qu'il était le fil de ce collier, piètre consolation pour un homme à qui sa femme finit toujours par revenir, comme une chienne à sa niche.

 

Avait-il tort ou raison d'être ainsi jaloux de tous ces mâles qu'il imaginait larguer sa femme ou largués par elle ? Rien n'est moins sûr. Cela nous donne, en tout cas, un florilège littéraire sur la jalousie à nul autre pareil. Le plus beau est que le secret final, dévoilé à la fin, entretient tout de même l'incertitude.

 

Ce livre est traduit du serbe par Slobodan Despot et Svetlana Milosevic-Valenti. Enthousiasmé par cette lecture lors d'un vol Belgrade-Paris, le premier n'a pas pu résister à la tentation d'en faire profiter les lecteurs francophones. Il a eu bien raison.

 

Et les lecteurs francophones, en lisant ce livre aux multiples joyaux, ne seront pas surpris d'apprendre que l'auteur a de multiples talents, puisqu'elle est "peintre, journaliste, conférencière, animatrice de télévision et, bien entendu, romancière". Tout ceci explique cela.

 

Francis Richard

 

Autour de ton cou, Mirjana Bobic, 224 pages, Xenia ici 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 21:20

Reflet rouge François HussyLes hommes se posent depuis la nuit des temps des questions auxquelles ils ne peuvent pas répondre. Les uns, par exemple, croient qu'il y a une vie après la mort. Les autres se résignent à penser que nous ne sortons du néant que pour y retourner.

 

Aucun d'entre les hommes ne peut avoir de certitude absolue sur l'existence ou non d'un au-delà. Il doit se contenter de déchiffrer les signes qui lui sont donnés au cours de sa vie pour se faire une religion sur l'humaine destination.

 

François Hussy, dans ce premier volume, qui sera suivi de deux autres, nous propose d'entreprendre avec son narrateur un voyage de tous les vertiges, au cours duquel les notions d'espace et de temps sont complètement bouleversées.

 

Tout commence un beau soir à Genève, la ville natale du protagoniste de cette histoire à prédominance onirique. Un navire vient de s'immobiliser le long d'un débarcadère. Le voyageur, qui se promène sur le quai, a l'oeil attiré par son reflet rouge dans l'eau noire du lac. L'étrangeté de la suite débute par ce repère visuel, qui précède une première rencontre déterminante.

 

Le narrateur d'âge mûr, penché dangereusement au-dessus de l'eau, est en effet apostrophé par un vieillard inquiet, et désabusé, accompagné de sa chienne, Loulounette. Ce vieillard, Léo, a la certitude, autant qu'il peut l'avoir, du néant après la mort, tandis que son interlocuteur estime qu'il est plus scientifique de douter, peut-être parce qu'il vient de perdre son père et qu'il ne peut pas se résoudre à ne le revoir jamais.

 

Après qu'ils se sont quittés, le narrateur poursuit son chemin en suivant une inconnue sans la suivre, tout en ne s'autorisant, par égard pour Eléonore dont il vient de faire la connaissance, qu'à regarder le bas de son dos aux adorables fossettes, dénudé de même que son nombril, comme la mode de l'époque a l'extrême bonté de le permettre. Il ne sait pas encore que cette trop jeune femme pour lui va l'entraîner dans une fantasmagorie improbable.

 

Juste après lui avoir demandé de cesser de la suivre elle aperçoit derrière lui un homme qui la terrorise et lui demande de l'en protéger, et de s'enfuir avec elle. Elle descend précipitamment avec lui des escaliers qui dans son souvenir conduisent à des toilettes et qui en fait débouchent sur un métro qui n'existe pas à Genève... Ils empruntent ce métro qui les emportent très loin vers l'Archipel du Goulag... où des inconnus les arrêtent. Le voyage ne fait que commencer.

 

Le lecteur ne sait bientôt, pas plus que le narrateur, projectionniste de son métier et scénariste en gestation, si ce personnage qui s'exprime à la première personne est plongé dans un sommeil ou s'il est éveillé, s'il est mort ou vivant, si ce qu'il voit est réel ou illusoire, si sa vision de lui-même est intérieure ou extérieure. Bref ce voyage au-dehors et au-dedans de lui-même est bien vertigineux, d'autant que l'auteur nous dépeint avec quelque vraisemblance un univers surréaliste.

 

Quand le narrateur, avec le lecteur, croit reprendre pied, un rebondissement le pousse vers une autre aventure imprévue, mais qui a la vertu de satisfaire à sa connaissance de lui-même, suivie d'une plongée dans un abîme de perplexité qui renforce alors son sentiment de méconnaissance de lui-même. A la fin de ce volume, le lecteur, éprouvé et ravi d'avoir été ainsi ballotté, ne peut que se demander où l'auteur veut en venir et ne peut qu'avoir envie de connaître la suite.

 

Francis Richard 

 

Dans un reflet rouge sur l'eau noire, François Hussy, 176 pages, L'Age d'Homme ici    

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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