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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 07:15

Te voici permise AbecassisLe dernier roman d'Eliette Abecassis, Et te voici permise à tout homme, paru chez Albin Michel, se passe dans un milieu traditionnel juif.

 

Le titre provient d'ailleurs de la formule écrite de répudiation - le guet -, par laquelle un mari juif se sépare religieusement de sa femme :

 

"Voici ton guet. Maintenant je te répudie, je t'abandonne afin que tu sois libre et maîtresse de toi-même. Et te voici permise à tout homme."

  

Anna est née dans une famille de stricte observance :

  

"Notre père, dont le métier est de copier la Torah et d'écrire les contrats de mariage à la main, nous a enseigné les lois et leurs applications."

  

Son propre contrat de mariage - la kétoubbah - avec Simon Attal a été rédigé par son scribe de père, qui "avait passé une semaine entière à la graver de sa plume de roseau, de belles letttres carrées, à l'ancienne".

 

Anna, maltraitée par Simon, qui prétendait l'aimer et en fait la haïssait, qui la négligeait et faisait tout pour qu'elle le quitte, a demandé le divorce civil et l'a obtenu trois ans auparavant. Leur fille Naomi a été laissée à sa garde, Simon l'ayant un week-end sur deux et les mercredis.

  

Anna pour qui la religion est autant une culture qu'un culte veut obtenir le guet, le divorce religieux, de la part de son mari. Sans ce document, en vertu de la loi juive, elle ne peut pas se remarier et se voit interdire tout contact avec un homme.

 

Avant d'obtenir le guet tout enfant conçu serait mamzer, adultérin avec de terribles conséquences religieuses pour lui, et tout homme avec qui elle referait sa vie serait considéré comme amant à jamais et ne pourrait être épousé religieusement par elle.

 

Or personne, même pas les rabbins, ne peut obliger un mari à donner le guet à sa femme. Simon justement refuse de le donner à Anna. Tant qu'elle ne l'a pas reçu elle est prisonnière, agouna, c'est-à-dire enchaînée, ancrée, enlisée, sa vie est bloquée.

 

Dans sa librairie Anna reçoit la visite de Sacha, un photographe. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Mais lui n'est pas religieux et ne comprend pas qu'Anna, qui est pourtant divorcée, se refuse à lui, alors qu'ils partagent le même désir.

 

Le roman est donc l'histoire de cette quête du guet dont Simon va se servir indéfiniment comme moyen de chantage sur Anna pour obtenir des avantages financiers, sans lâcher le précieux document, et des amours interdites entre Sacha et Anna.

 

Eliette Abecassis nous apprend beaucoup sur la loi juive orthodoxe en matière matrimoniale. Au-delà de cette connaissance de la loi qui contraint l'héroïne, ce livre est surtout la révélation de l'amour à une femme à qui il a été refusé jusqu'alors par son mari et qui le découvre dans les bras d'un autre.

 

Cet amour d'Anna, qui est "un voyage, un départ vers un autre monde", inspire à Eliette des pages d'une grande beauté, où celle qui a tant souffert du désamour de son mari découvre "le monde des sens", "le monde du sens" :

 

"Il me prit dans ses bras. Sa délicatesse me fit chavirer. Ses mains me lissèrent. Il suffisait qu'il me touche et je m'embrasais. Lorsqu'il effeura ma peau, ce fut mon âme qu'il fit sursauter. A travers mon corps, c'était ma vie qu'il caressait."

 

Le dénouement ne pouvait qu'être douloureux et la fin tient cette promesse.

 

Francis Richard

 

Eliette Abecassis, interrogée par Condidentielles.com, parle de son livre :

 

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 23:30

Souvenirs-Foenkinos-copie-1.jpgUne femme écrivain, qui avait apprécié la critique que j'avais faite de son livre et que j'ai toujours plaisir à rencontrer, même furtivement, m'a demandé un jour, dans une librairie, pourquoi je n'écrivais pas moi-même. Ceux qui lisent beaucoup finissent toujours par prendre la plume à leur tour, avait-elle ajouté. Peut-être, avais-je répondu, mais je n'ai pas de sujet. Inspirez-vous alors de votre vie, m'avait-elle suggéré.

 

En lisant Les souvenirs de David Foenkinos, édité chez Gallimard ici, j'ai l'impression que l'auteur a suivi le conseil avisé de ma charmante interlocutrice. Ou plutôt que c'est son narrateur, Patrick, qui l'a suivi. Ce dernier accumule les souvenirs au long de sa jeune vie. Toute sa famille proche y passe. Aussi, quand les souvenirs se sont présentés en assez grand nombre, se dit-il que c'est le moment. Et il écrit.

 

Il se souvient de la mort de son grand-père un jour de pluie : il pleuvait tellement qu'on n'y voyait goutte. Son grand-père était important pour lui. Il l'emmenait voir Guignol au Luxembourg ou l'emmenait au café après l'avoir cherché à la sortie de l'école, ce qu'il niait quand il le ramenait à ses parents. La vie de cet homme avait basculé quand en prenant une douche il avait glissé sur une savonnette. A partir de ce moment-là il avait connu une longue période de maladies, "comme s'il devait rattraper une vie entière de bonne santé".

 

Il se souvient des visites qu'il rendait à sa grand-mère avant et après qu'elle a été placée dans une maison de retraite. Ce placement est bien souvent le commencement de la fin pour celles et ceux qui sont jaloux de leur indépendance. Elle s'en échappera d'ailleurs quelques jours pour renouer avec des souvenirs de son enfance à Etretat. Une journée de dernier bonheur, dans la petite école qu'elle fréquentait gamine, en compagnie de son petit-fils qui l'a retrouvée, lui sera fatale.

 

Il se souvient de son curieux homme de père avec lequel les contacts sont rien moins que faciles, peut-être tout simplement parce qu'il ne s'intéresse pas vraiment à son fils, avec lequel il n'a de points communs qu'à contre-temps. Ce père avait fait une déclaration peu banale à une jeune femme qui sortait d'une église et qui devait devenir sienne à la suite de circonstances improbables. Il lui avait dit cette phrase paradoxale après avoir été atteint de mutisme au moment de l'aborder un peu abruptement :

 

"Vous êtes si belle que je préfère ne jamais vous revoir."

 

Il se souvient de sa mère qui ne tenait pas en place, qui voyageait seule, sans fils ni mari, qui ne lui témoignait pas de réelle affection, qui avait frôlé la dépression et s'était tirée un bon moment avec un jeune homme plus jeune que son fils, un prof d'allemand - "pour être prof d'allemand il faut être un peu bizarre" avait dit Louise, la femme de Patrick. Sa mère avait rencontré ce jeune homme dans un établissement de soins. Une même affection médicale crée des liens. Elle avait donc divorcé pour le suivre mais elle avait fini par retrouver son père plus tard, en pleurant avec lui sur leur bonheur restauré.

 

Il se souvient du romanesque de ses amours pour des inconnues avec lesquelles il n'échange que des regards et qu'il n'a donc aucune chance de fréquenter : une belle dans un cimetière, une serveuse dans un restaurant italien des Grands Boulevards etc. Il finira dans les bras de Louise, la maîtresse d'école d'Etretat qui les avaient accueillis sa grand-mère et lui ce jour fatidique. Il se souvient de la première parole qu'elle lui avait adressée : "Est-ce que je peux vous aider ?". Cet amour s'en ira comme il s'en est venu, en laissant derrière lui un fruit, Paul, comme pour maintenir un fil ténu entre eux deux.

 

Les souvenirs des proches et des personnes rencontrées ou évoquées alternent avec ceux du narrateur. Ainsi avons-nous droit à ceux de personnes aussi différentes que Francis Scott Fitzgerald, Patrick Modiano, Serge Gainsbourg, Yanasuri Kawabata, Friedrich Nietzsche, Claude Lelouch, Alois Alzheimer - "chaque personne importante d'une vie porte en elle l'écho de l'avenir" - Charlotte Salomon, Marcello Mastroianni, Vincent Van Gogh, Wayne Shorter ou Antoni Gaudi. Ces souvenirs ont la vertu de pimenter et enrichir la vie ordinaire des protagonistes du roman, qui, au fond, n'est pas si ordinaire que cela. 

 

Patrick rêvait au début d'être écrivain, ce qui avait séduit Louise et qu'elle avait détestée de ne plus voir en lui (une raison de plus, ou la raison, de le quitter ?) :

 

"Quand je t'ai rencontré, tu paraissais obsédé par l'écriture. J'avais l'impression que c'était ce qui comptait le plus pour toi. Et tu as laissé tomber, comme ça. Je trouve ça médiocre.

- Ce qui est médiocre, c'est peut-être ce que j'écrivais.

- Mais tu n'as même pas essayé.

- C'est comme ça. C'est la vie." 

 

Après le départ de Louise, Patrick s'essaye à écrire. Il le fait à l'imparfait de l'indicatif . Dans ce mode ce temps se prête bien à la durée de souvenirs, maintenant bien organisés dans sa tête, et à cette poésie qu'il sait trouver dans les vies en apparence les plus simples. En définitive, ce n'est pas médiocre ce que Patrick écrit...sous la plume de David.

 

Francis Richard 

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 19:45

Le bal des hypocrites BanonTristane Banon vient de renoncer aujourd'hui à déposer plainte avec constitution de partie civile contre DSK. Elle estime que son statut de victime a été "reconnu a minima".

 

Selon le point de vue du Procureur général de la République française, DSK a reconnu des faits, tels que la tentative d'embrasser la romancière, qui peuvent être qualifiés d'agression sexuelle.

 

Seulement les délits d'agression sexuelle sont prescrits au bout de 3 ans et ne peuvent donc plus être poursuivis. D'où le classement sans suite de la plainte pour tentative de viol, qui, elle, n'a pas été reconnue faute de preuves.

 

C'était en effet la parole de Tristane Banon contre celle de DSK... En fait, depuis le début, il y a 8 ans, la parole de l'un vaut plus que celle de l'autre et cela continue...

 

 Le livre de Tristane Banon, Le bal des hypocrites, publié ces jours-ci Au diable vauvert ici, est bien sûr lié à cette affaire. Il est donc impossible d'en faire abstraction quand on le lit. 

 

Ce livre cependant est surtout le témoignage d'une jeune femme qui souffre terriblement de ne pas avoir été crue, d'avoir été considérée comme une affabulatrice, et qui, au moment où elle écrit, faute d'être en état de parler, hébétée, décide de prendre la plume, parce que cela devient vital pour elle.

 

Huit ans après des faits qui ont bouleversé sa vie, le fer a été remué une fois de plus dans la plaie de l'auteur pendant six longues semaines, depuis l'arrestation, le 15 mai, de l'homme-babouin - le nom de DSK n'apparaît jamais dans le livre -, après la révélation au grand jour de sa récidive à New-York, jusqu'à sa libération le 1er juillet suivant.

 

Pendant cet intervalle de temps l'auteur va recevoir des centaines de messages électroniques et téléphoniques, et va être harcelée par une multitude de journalistes en mal de copie et de notoriété, au point d'en perdre le sommeil.

 

Qui sont ces hypocrites qui mènent le bal pendant ces six semaines, temps volé une nouvelle fois à sa vie, pendant lequel elle est contrainte de se cacher pour préserver sa sphère privée et son intégrité ?

 

Il y a tous ceux et toutes celles qui, à l'époque, lui ont conseillé de porter plainte et qui aujourd'hui font profil pas, parce qu'il faut serrer les rangs et que l'ambition les dévore.

 

Il y a tous ceux et toutes celles qui se sont tus à l'époque et qui lui reprochent aujourd'hui de ne pas avoir porté plainte, car cela aurait empêché que d'autres femmes subissent le même sort. 

 

Il y a tous ceux et toutes celles qui, à l'époque, l'ont dissuadé de porter plainte contre cet homme dangereux, mais assis sur un trône, et qui aujourd'hui la poussent à le faire en tentant de lui donner mauvaise conscience si elle ne le fait pas.

 

Etc. 

 

Pourtant :

 

"L'absence de plainte n'est pas une preuve de l'innocence de l'agresseur".

 

Ne pas porter plainte ne signifie pas non plus que la victime ment...

 

Il y a ceux qui ne veulent pas voir que la vie sentimentale de l'auteur, devenue chaos, a été bouleversée après sa collision avec l'homme-babouin, et la traitent de catin, alors qu'avant elle était une jeune femme rangée, du genre "bonnet de nuit, fidèle, trop fidèle, pas drôle, trop sage", "vie casée avant l'heure" :

 

"Puis il y a eu l'accident, le trois tonnes qui percute mes certitudes, l'homme qui devient méchant. C'est celle d'après ça qu'ils appellent catin, celle qui apprendra à dissocier le corps de l'esprit, car c'est le seul moyen de s'en remettre, peut-être, de supporter en tout cas."

Jean de la Fontaine avait raison qui disait :

 

 "Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

 

Ce n'est donc pas à la faveur de la justice humaine que la vérité peut sortir de son puits. On ne peut en retrouver des accents que dans des livres tels que celui que vient d'écrire Tristane Banon, à laquelle il faut reconnaître un beau brin de plume que la souffrance lui a certainement permis de davantage aiguiser.

 

Il n'empêche que la vérité ne suffit pas à réparer tous les dommages, même si elle permet de se reconstruire un peu :

 

"L'état de victime est un état irréversible. Une victime lavée de tout soupçon restera à jamais une victime, jamais plus elle ne sera un être humain comme les autres."

 

Francis Richard

 

PS du 23 octobre 2011 :

 

Il semble que DSK ait reconnu plus qu'une tentative d'embrasser Tristane Banon, repoussée par elle. Il faut dire qu'une telle tentative peut difficilement être qualifiée d'agression sexuelle.

 

Ce que dit Tristane Banon le 21 octobre 2011 lors de La Matinale de Canal+ remet les choses à l'endroit :

 

http://www.canalplus.fr/c-infos-documentaires/pid3353-c-la-matinale.html?vid=531255

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 05:00

Un monde de motsAnne Cuneo a consacré trois livres à la période élisabéthaine. Après Le trajet d'une rivière, Objets de splendeur, elle vient de publier chez Campiche ici, Un monde de mots.

Dans le premier volume de cette trilogie elle faisait le récit de la vie de Francis Tregian, qui, entre autres, a contribué à préserver de grandes oeuvres musicales de son époque.

 

Dans le deuxième elle racontait les amours de William Shakespeare et de sa Dark Lady, pour laquelle il a écrit des sonnets et que l'auteur identifiait avec grande vraisemblance à la personne d'Emilia Bassano.

 

Dans ce troisième elle fait parler John Florio qui était vu par d'autres dans les deux premiers volumes et par les yeux desquels cette fois-ci nous voyons l'époque, à travers la vie quotidienne de nombreux amoureux de la littérature qui leur est contemporaine :

 

"Dans les autres livres, Florio est vu, ici il voit", m'a répété Anne Cuneo, quand je lui ai dit, lors du Livre sur les quais de Morges ici, que j'étais en train de lire Objets de splendeur et que je ne me souvenais pas bien du Trajet d'une rivière, lu dix ans auparavant.

 

Les deux premiers livres n'étaient pas davantage des romans qu 'Un monde de mots, dont le titre est emprunté à celui du grand oeuvre de Florio, son dictionnaire. Il ne s'agissait pas non plus de livres d'histoire à proprement parler.

 

Car, si Anne Cuneo a rassemblé énormément de documents sur l'époque et si elle reconstitue la vie de ses personnages à partir de leurs seuls dires et faits, elle ne prétend pas écrire pour autant des traités scientifiques, mais des récits, qui sont d'ailleurs bien plus que de simples récits :

 

"Tous les faits avérés sont présents. Et là où les faits manquent je remplis les vides à ma convenance, en étant aussi logique que possible", dit-elle dans sa post-face.

 

John Florio est un personnage hors du commun, méconnu. Anne Cuneo s'y est intéressée parce qu'il était italien d'origine, qu'il avait été élevé en Suisse, puis s'était établi en Angleterre tout en restant lui-même, tout comme elle. Il est fréquent que nous soyons atttirés ainsi par ceux dont le destin ressemble quelque peu au nôtre.

 

John Florio sera le professeur d'italien de jeunes filles et de jeunes hommes riches, le précepteur d'enfants de la haute société et même de deux enfants royaux. Il côtoiera très vite des grands du monde de son époque, des écrivains, des poètes, des dramaturges, des philosophes, des géographes, des médecins, qui, en dépit de son caractère peu facile, seront séduits par son intelligence, sa grande culture, sa mémoire et surtout par son amour des mots. 

 

Giovanni Florio, car tel est son nom d'origine, écrira en italien des dialogues, des proverbes à des fins pédagogiques, les Premiers fruits et les Seconds fruits - pour apprendre une langue des discours valent toutes les grammaires. Il sera le premier à établir un dictionnaire italien-anglais, la deuxième édition, intitulée le Nouveau monde de mots de la reine Anna, comportant 75'000 entrées.

 

Florio sera un grand traducteur, faisant véritablement oeuvre, sans trahir la pensée traduite. Il sera ainsi le premier à traduire en anglais Les essais de Montaigne et Le Décaméron de Boccace. Il se peut même bien qu'il ait participé à la première édition des pièces de Shakespeare, qu'il avait bien connu et à qui il avait donné beaucoup d'éléments qui devaient lui servir dans ses pièces italiennes.

 

Pour les amateurs du XVIe siècle, anglais particulièrement, ce nouveau livre d'Anne Cuneo est un morceau de bravoure et d'érudition. Au contraire de certains écrits académiques, il se lit avec un authentique plaisir tout en apprenant beaucoup de choses fort intéressantes. Sans doute parce qu'il n'est pas écrit dans ce jargon insupportable et incompréhensible, sous l'épaisseur duquel le savoir devient inaccessible, rébarbatif, et, pour tout dire, douteux.

 

Francis Richard

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 18:30

Tuer le pèreChaque année, à la même époque, Amélie Nothomb sort un petit roman, petit par le nombre de pages mais intéressant par le contenu.

Elle aime traiter des anomalies de la vie et, je le reconnais, je me laisse prendre à chaque fois à ces petits - parfois gros - brins de folie des hommes, auquels elle attache tant d'importance.

Tuer le père, publié chez Albin Michel ici, est un titre freudien, qui ne peut qu'accrocher le lecteur. Comme Amélie Nothomb est malicieuse, elle se fait plaisir. Elle nous entraîne sur une fausse piste et nous nous faisons prendre à son piège.

Lire du Nothomb se fait sans grand effort, parce que le style est agréable, volontiers impertinent, et que nous le lisons d'une petite traite. Revers de la médaille, nous ne prêtons pas suffisamment attention aux petits détails qui devraient nous mettre sur la bonne piste.

Joe Whip vit seul à la périphérie de Reno, avec sa mère, Cassandra, qui ne sait plus très bien de quel père ce fils unique est le rejeton. Cette mère volage n'arrive pas à fixer d'homme dans sa vie parce qu'elle mélange les prénoms de tous ceux qui se succèdent dans son lit, ce qui n'est pas fait pour flatter leur ego.

Un jour elle tombe sur un Joe, ce qui devrait faciliter leur relation. Seulement il n'y a pas de place pour deux Joe sous le même toit. Elle met donc dehors Junior pour garder Senior auprès d'elle. Junior, à quinze ans, se retrouve alors seul dans la vie, sans père ni mère.

Joe est un peu spécial. Il a une passion, les tours de magie, qu'il exécute de mains de maître tout au long de la journée, au lieu d'aller à l'école où il s'ennuie, ce qui lui rapporte quelques pourboires. Dans un bar il se fait ainsi remarquer par un inconnu, qui ne lui donne rien mais lui recommande de prendre pour maître le plus grand magicien de l'époque, Norman Terence.

Joe Junior se présente donc chez Norman, qui vit à Reno même, et devient effectivement son élève. Norman a pour compagne Christina, qui a dix ans de moins que lui et dix ans de plus que Joe. Christina et Norman considère très vite Joe comme leur fils.

Ce ménage à trois n'est pas fait pour durer. Il ne dure pas. Joe fait tout pour se faire détester par Norman. Il quitte donc son foyer d'adoption au bout de trois ans. Or Norman s'est attaché à ce gaillard surdoué à qui il a appris plus d'un tour, même des tours de triche, en le mettant toutefois en garde :

"La magie déforme la réalité dans l'intérêt de l'autre, afin de provoquer en lui un doute libérateur; la triche déforme la réalité au détriment de l'autre, dans le but de lui voler son argent."  

En se rendant odieux, Joe veut-il en quelque sorte tuer le père qui l'a adopté de bon coeur et qui n'est pas son père biologique ? Le dénouement ne surprendra que ceux qui, comme moi, n'ont pas lu le début du livre de manière assez attentive. Amélie Nothomb a bien dû s'amuser à écrire la chute de son histoire...  

Francis Richard

PS

Voici les autres livre d'Amélie Nothomb dont j'ai parlé sur ce blog :

Le voyage d'hiver ici
Une forme de vie ici 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 22:30

Amandes amèresIl y a quelques jours j'ai fait la recension du livre de Chantal Delsol sur l'illettrisme.

Par le plus grand des hasards, depuis, je me suis mis à lire Les amandes amères , paru chez Gallimard ici, de Laurence Cossé qui traite de l'analphabétisation

Un vendeur d'une librairie spécialisée de la rue du Four explique la différence entre un illettré et un analphabète à Edith, un des personnages du roman :

"Quelqu'un qui n'a jamais appris ni à lire ni à écrire est analphabète. Un illettré a appris puis oublié."

Dans une autre librairie une vendeuse donne à Edith des définitions beaucoup plus sommaires - et, bien sûr, dépourvues de préjugés ! - de ces deux termes :

"L'illettré est français de souche et l'analphabète immigré."

Edith et son mari Gilles habitent le quinzième arrondissement de Paris. N'écoutant que leur bon coeur, ils acceptent de prendre Fadila Amrani, d'origine marocaine à leur service, quelques heures par semaine, pour faire du repassage, où elle excèle. Heures qu'ils rémunèrent avec des chèques emploi service.

 

Fadila, la soixantaine bien dépassée, est la mère d'Aïcha, la gardienne d'un immeuble voisin. Cette dernière est venue trouver Edith et Gilles, de même que d'autres familles du quartier, pour proposer les services de sa mère, qui vient de perdre son emploi dans une teinturerie qui a mis la clé sous la porte.

Fadila est analphabète. C'est-à-dire qu'elle ne sait pas plus lire et écrire en arabe qu'en français. Ce qui ne laisse pas de lui compliquer la vie. Par exemple elle a du mal à se diriger dans Paris où elle circule en bus. Ainsi n'est-il pas simple pour elle de venir de la rue Laborde où elle occupe une minuscule chambre de bonne jusque dans le quinzième.

Fadila ne comprend pas le courrier qu'elle reçoit, composé de factures, de pub et de relevés bancaires. Elle est complètement démunie dans un pays comme la France où les bureaucraties publique et privée génèrent de manière pléthorique des formulaires qui ne sont pas toujours faciles à remplir, même lorsque l'on n'est pas illettré et que l'on est autochtone, et où les réglementations de toute sorte changent inopinément. 

Aussi Edith entreprend-elle d'apprendre à Fadila à lire et à écrire, avec courage et détermination. Le roman est le récit de cette entreprise malheureusement vouée à l'échec. Les méthodes syllabique et globale sont mis au banc d'essai dans ce cas extrême d'une personne âgée, qui n'a jamais exercé son esprit à des abstractions et qui a du mal à les mémoriser.

L'apprentissage des chiffres connaît certes un peu plus de succès que celui des lettres. Mais, pendant plus de deux ans, Edith va remettre des dizaines de fois l'ouvrage sur le métier avec quelques réussites, bien éphémères, contrainte d'ailleurs d'abandonner rapidement l'écriture cursive pour l'écriture en lettres capitales, plus abordable pour son élève.

Ce récit est l'occasion de raconter la vie mouvementée de cette femme mariée plusieurs fois, ayant eu des enfants de plusieurs lits, modelée profondément par la religion musulmane, qui, comme chacun sait, réserve aux femmes un sort bien différent de celui qu'elle réserve aux hommes, et qui leur donne une vision du monde bien différente de celle que peuvent avoir leurs consoeurs occidentales.

La force du livre est de ne pas assortir le récit de commentaires, ni de considérations politiques ou moralisatrices. Les faits sont relatés sans fioritures. Les phrases sont courtes et le vocabulaire simple. L'auteur ne se perd pas en circonlocutions et va droit à l'essentiel.

 

Au bout du compte les efforts tenaces d'Edith ne sont pas récompensés. Elle ne récolte finalement que des amandes amères, ces fruits produits à profusion au Maroc, d'où est originaire son attachante protégée.

Francis Richard     

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 21:55

Delphine-De-Vigan.jpgLe titre de ce roman est tiré d'une chanson d'Alain Bashung, d'il y a 20 ans, Osez Joséphine, dont les paroles mystérieuses, qui ont accompagné la rédaction du livre, comportent ce leitmotiv entêtant :

Osez, osez Joséphine
Osez, osez Joséphine
Plus rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

Peut-on parler d'un roman ? En effet Rien ne s'oppose à la nuit, publié chez Jean-Claude Lattès ici, raconte en fait l'histoire tragique de la vie et de la mort d'une mère, celle de l'auteur.

Rien n'indique sur la jaquette que la photo du livre est celle de cette mère, Lucile Poirier, que la narratrice n'appelle que par son prénom. Nous n'en avons la confirmation qu'à l'avant-dernière page du livre. Lucile y apparaît comme l'icône d'une époque qui se dessinait en noir et blanc, où du noir pouvait venir une lumière secrète, celle du visage au sourire "d'une obscure douceur" d'une jeune femme blonde, vêtue d'un pull à col roulé noir, tenant une cigarette entre les deux doigts de la main gauche à laquelle la droite sert de gracile appui.

Pour "écrire sa mère", Delphine de Vigan a entrepris un travail de recherche considérable. Elle a interrogé et enregistré longuement les frères et les soeurs de Lucile et bien d'autres personnes qui l'avaient connue. Elle a lu et relu des lettres et des écrits, dont les siens quand elle était petite. Elle a regardé des dessins, des photos et des films. Peu à peu, dans la douleur, elle est parvenue au bout de cette quête, qui est ponctuée de passages où l'auteur, qui en perd le sommeil, nous fait part de ses tourments et de sa difficulté à poursuivre la tâche entreprise.

L'histoire de Lucile est aussi l'histoire d'une famille nombreuse - elle est la troisième d'une famille de neuf enfants -, à qui tout devrait sourire, mais qui connaît des deuils précoces, qui dissimule de lourds secrets et les dénie, qui connaît la réussite puis les échecs, qui ressemble à s'y méprendre à bien des familles de ma génération : Liane, la mère de Lucile, est née un an avant la mienne et ma naissance se situe entre celle de Milo et celle de Justine. Il faut croire que les efforts de Delphine de Vigan pour restituer l'époque n'ont pas été vains, puisque je la reconnais.

Il m'était difficile dans ces conditions de ne pas être bouleversé par cette histoire vraie qui contient à elle seule - ce qui est phénoménal - les tragédies de plusieurs de ces familles que j'ai connues. Sans que des larmes ne perlent à mes yeux - un garçon ne pleure jamais, avais-je été instruit quand j'avais atteint l'âge de raison - j'ai senti que mes yeux s'humectaient tout de même à la lecture du récit de ces destins analogues.

Le premier internement de Lucile, le 31 janvier 1980, après qu'elle s'en est pris à Manon sa fille cadette, sera une rupture dans la vie de Delphine, qui n'a alors que quatorze ans. Sa vocation d'écrivain sera due curieusement à ce tournant brutal de sa vie. Ce premier internement sera suivi d'autres et de périodes de rémissions, quelques fois longues. Peut-on dire que Lucile décida son suicide lors d'une de ces rémissions ? En tout cas elle voulut "mourir vivante" le 25 janvier 2008 et c'est Delphine qui découvrit son corps bleu le 30 janvier suivant.

Pourquoi avoir écrit ce livre qui ne doit pas plaire à tous les membres de sa famille ? Delphine n'a pas pu s'en empêcher. L'idée de l'écrire avait aussitôt été "congédiée" puis était "revenue", comme la mystérieuse tache inamovible qui s'était fixée sur le poste de radio à transistor contre lequel Lucile avait fini par s'endormir pour de bon.

Au fil de ce roman vrai, nous sommes parfois un peu gênés de pénétrer avec Delphine dans une telle intimité, d'autant qu'elle ne nous laisse pas indifférent. Mais la qualité de l'écriture, où transparaissent l'amour et la culpabilité d'une fille envers sa mère, finit par avoir raison de nos derniers scrupules.

Francis Richard  
         

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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 18:50

Les-Morues.jpgLors du Livre sur les quais de Morges, dont j'ai rendu compte ici, j'ai eu l'occasion de rencontrer un certain nombre d'écrivains, d'acheter quelques livres, en m'imposant un budget à ne pas dépasser. Pour ne pas le dépasser, j'ai bien dû jeter mon dévolu à chaque fois de manière arbitraire, espérant que le hasard, guidé tout de même par mon instinct littéraire et mon intuition, ferait bien les choses.

En l'occurrence c'est d'abord le minois de l'auteur qui a attiré mon attention et notamment une fossette sur son visage, puis la couverture du livre - des jambes gainées de bas résilles autofixants avec jarretières, fantasme masculin bien connu -, enfin le contenu de la quatrième de couverture où le mot sémiotique a fait tilt, puisque mon fils aîné l'emploie de temps en temps devant moi et que mes neurones n'arrive toujours pas à en garder le sens.

Bref de mauvaises raisons pour un bon choix...

Vu l'âge de Titiou Lecoq, qu'elle ne cache pas - c'est, semble-t-il, de nos jours ringard pour une femme de le cacher -, je m'attendais à ce que Les Morues, publié Au diable vauvert ici (maison d'édition qui se trouve justement à Vauvert près de Nîmes, c'est-à-dire très loin, et dont le nom confirme, s'il en était besoin, pour les mécréants et les incrédules, l'existence de l'ange déchu...), je m'attendais donc à ce qu'il m'éclaire davantage sur la vie de mes deux fils, qui sont peu ou prou de la même génération que la charmante romancière.

Les Morues sont trois jeunes femmes, trentenaires comme l'auteur, qui ont décidé "d'introduire un minimum de cohérence au milieu de leurs contradictions d'héritières du féminisme" et de s'occuper elles-mêmes de leur émancipation sans la quémander aux hommes, sans leur mettre non plus tout sur le dos. Un beau jour d'ébriété elles décident d'élaborer une charte, la charte des Morues, dans laquelle elles traquent chez elles-mêmes les automatismes sexistes, qu'il s'agisse de généralités anti-mecs ou de sentences assassines pour discréditer une concurrente auprès des dits mecs.

Alice tient un bar et est l'initiatrice des Morues. Gabrielle est descendante de la maîtresse d'Henri IV, porte le même nom et fait théoriquement partie du beau monde. Ema est journaliste et s'occupe de la rubrique culture dans un canard de la presse écrite. Bientôt Fred va se joindre à ce club qui n'a rien à voir avec celui des cinq de la bibliothèque rose. Sans doute est-ce sa marginalité de surdoué qui ne supporte pas la notoriété - il veut vivre tranquille, donc heureux - qui l'a fait admettre auprès de ces trois filles délurées.

Une amie des Morues, Charlotte, est retrouvée morte chez elle. L'enquête judiciaire conclut à un suicide qui ne ressemble pas à l'état d'esprit connu de la défunte. Ema, aidée des autres Morues et surtout de Fred, mène sa propre enquête parce qu'elle est convaincue que ce suicide peut très bien cacher un meurtre. Il faut dire que Charlotte travaillait dans un cabinet, McKenture, chargé par le gouvernement de faire des propositions de privatisation du secteur public dans le cadre de la RGPP, Révision générale des politiques publiques. N'a-t-elle pas eu accès à des informations sensibles et inavouables ?

Cette enquête sert de toile de fond à une peinture de moeurs de notre époque qui est fort instructive, surtout pour les garçons. S'ils l'ignorent encore, ils sauront que les filles n'ont pas peur d'utiliser les mêmes mots crus qui leur étaient autrefois réservés dans les cours d'école. Elles se conduisent sexuellement comme jadis les mecs, depuis que le travail leur a donné leur indépendance. Les tabous sautent, mais non pas les prises de tête, malgré qu'elles en aient. Filles et garçons communiquent autrement, ou pas, à l'ère d'Internet, des téléphones mobiles, des forums et des blogs, ce qui accélère inévitablement leurs relations, mais ne les rend pas moins compliquées.

Dans ce premier roman, présenté dans un premier salon du livre pour Titiou Lecoq, celui de Morges, on ne s'ennuie pas une seconde. Il y a des passages hauts en couleur et pleins d'humour tels que l'attaque originale du Ministère de la Culture par des altermondialistes, le discours d'un jeune libertarien sur la privatisation des trottoirs ou le parcours kafkaïen d'un demandeur d'emploi en quête de conseiller à Pôle Emploi. Le vocabulaire utilisé par l'auteur est bien celui des jeunes gens d'aujourd'hui, mais il s'intègre étonnamment bien à un vocabulaire plus classique, qu'il enrichit en quelque sorte.

Francis Richard

Titiou Lecoq tient un blog : http://www.girlsandgeeks.com/
  

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 23:25

 

Metin ArditiMetin Arditi fait partie des alumni de l'EPFL, où il a diplômé cinq ans avant moi. Il aime, semble-t-il, la peinture de la Renaissance et il s'interroge sur les relations entre les différentes religions du Livre. Ce sont des correspondances que j'ai avec lui et qui ne peuvent me laisser indifférent.

 

Aussi, quand j'ai vu qu'il était présent à Morges samedi dernier au Livre sur les quais [voir mon article ici] , me suis-je approché de la table où il dédicaçait Le Turquetto, pour emporter, signé par lui, un exemplaire de son livre publié chez Actes Sud ici.

Le lecteur se trouve transporté dans le temps et dans l'espace, à Constantinople puis à Venise, et retour, en plein XVIe siècle, qui bruisse des guerres plus ou moins ouvertes que se font les religions, tandis que le monde s'éveille à la modernité.

Elie Soriano est juif. Il vit à Constantinople, en terre musulmane, depuis la prise de la ville par les Turcs, quelques décennies plus tôt. Il a 12 ans. Il est le fils d'un employé du marché aux esclaves, pour lequel il n'éprouve guère de tendresse. Il faut dire que ce père est en fin de vie et que c'est une véritable épave ambulante. 

 

Elie sait regarder les autres avec acuité. Il se souvient avec précision de leurs traits qu'il dessine et met en pile dans sa tête. Il a regardé de cette manière, par la fente d'un plancher du marché, de belles esclaves dénudées. Et leur image ne le quittera plus.

 

Un cul-de-jatte devenu l'ami d'Elie, Zeytine Mehmet, a remarqué cette prodigieuse faculté de savoir regarder chez ce tout jeune enfant et l'encourage à continuer d'observer ainsi les gens, pour apprendre sur eux le plus de choses possible. 

 

Elie ne se contente cependant pas de dessiner dans sa tête. Le pope Efthymios l'encourage dans cette voie du dessin réel. Le rabbin Alberto, au contraire, lui rappelle avec fureur qu'il ne doit pas, comme le Deutéronome le prescrit, faire d'image taillée ou d'image de représentation des choses du ciel et de la terre...

 

Après la mort de son père, Elie s'enfuit de Constantinople pour Venise à bord d'un navire. Pour l'occasion il est devenu grec et se fait appeler Ilias Troyanos. Il reste juif au fond de lui-même mais il s'est vu contraint de le dissimuler, pour pouvoir être peintre, sa véritable vocation.

 

Nous le retrouvons quarante-trois ans plus tard. Il est toujours à Venise. Après avoir été l'élève du Titien, il est maintenant l'un des plus grands peintres de son temps, sinon le plus grand, certains disent supérieur au Titien et au Véronais. Car il est "le seul à avoir réussi la fusion miraculeuse du disegno et du colorito, de la précision florentine et de la douceur vénitienne."

 

Il est le Turquetto, le petit Turc, en raison de sa petite taille et de son origine. Tout lui a réussi jusqu'à présent. Il s'est converti à la religion de Rome. Il a fait un beau mariage. Après le baptême de sa fille, le doge, le nonce, les nobles et les familles riches ont festoyé chez lui. Mais cette réussite repose sur une imposture. Il aurait dû écouter son père qui lui disait peu de temps avant de mourir :


"Les convertis croient qu'ils sont sauvés...Mais un juif reste un juif...S'il l'oublie, un chrétien le lui rappellera très vite..."

En deux ans son destin va basculer. L'avertissement paternel s'accomplira, à la faveur d'intrigues entre Vénitiens qui le feront descendre de son piédestal. Il devra retourner à Constantinople d'où il est venu. La boucle y sera bouclée. De ses milliers de tableaux il n'en restera plus qu'un, L'homme au gant... 

Au-delà de cette histoire emblématique, qui donne à réfléchir, c'est, par de savantes petites touches, tout le contexte d'un monde disparu qui nous est restitué par Metin Arditi, notamment celui des marchands d'esclaves de Constantinople et des mécènes de Venise sans les commandes desquels les peintres de l'époque n'auraient pas eu de moyens de subsistance.

Malheureusement les incompréhensions entre les hommes, attachés qu'ils sont davantage à la lettre qu'à l'esprit, demeurent intemporelles, même si elles revêtent aujourd'hui des formes différentes de celles de la Renaissance. Ne serait-ce que pour cela, la lecture de ce livre, écrit sur le ton d'un conte oriental, ne peut être que bénéfique.

Francis Richard

 

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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 17:50

polaroïdsPolaroïds, paru aux Editions Luce Wilquin ici, est un titre qui évoque un moment magique de l'histoire de la photographie.

Bien avant que la photo numérique ne supplante la photo argentique, la photo polaroïd permettait de se rendre compte en quelques secondes du résultat de l'instantané que l'on venait de prendre.

Que le grain de la photo soit moins fin que celui des photos argentiques n'avait pas d'importance. C'était la rapidité du développement qui fascinait.

 

Laure Mi Hyun Croset est-elle bien consciente de l'effet que produit le titre de son livre sur les femmes, ou les hommes, de ma génération, en faisant ressurgir ce passé ? 

C'est donc ce titre qui m'a attiré, puis la couverture, où l'on voit de tels instantanés reconstituer une femme, en bikini blanc, à la peau bronzée, les deux mains accrochées à un chapeau de paille rose fuchsia, vue de dos, assise sur un matelas pneumatique assorti, comme le ferait une moderne mosaïque, échappée d'un stroboscope.

La première phrase du livre, en préambule, donne le ton et exprime le propos de l'auteur de cette autofiction :

 

"Je conçois les névroses comme des séries de polaroïds inquiétants, disséminés dans de vastes forêts, comme un certain nombre d'images égarées dans les bois de nos esprits."

Les mots importants sont évidemment névroses et polaroïds inquiétants.

 

L'autofiction permet à l'auteur de parler sans détour de lui-même, tout en ajoutant une part d'imaginaire que le lecteur n'est pas censé distinguer. J'imagine que cette manière d'introspection doit être libératoire, parce qu'elle permet de ne dévoiler de soi que ce que l'on veut bien dénuder, tout en préservant un jardin secret que l'on reste seul à arpenter.

Tout être humain est double, voire multiple. Dans le cas présent le fait d'être à la fois européenne et asiatique, de porter deux prénoms qui rappellent ces origines naturelle et adoptée, Mi Hyun et Laure, ne peut que souligner cette multiplicité.

Le livre est donc jalonné d'instantanés de la vie d'une femme depuis la petite enfance jusqu'à la trentième année, voire davantage. Cette femme se connaît bien elle-même et n'est pas tendre avec elle-même. Elle expose tout au long de cette autofiction ses vulnérabilités et ses rages, ses frustrations et ses rares jubilations.

 

L'auteur nous fait partager son intérêt pour ses semblables et son envie de susciter leur estime, tout en ne nous cachant pas leur incompréhension à son égard et les maladresses qu'elle commet à leur égard. Par moments le lecteur pourrait finir par être gêné d'une telle intimité.

Ce qui conduit le lecteur à aller jusqu'au bout de cette introspection, c'est le style. Il est en effet difficile de se déprendre de cette lecture parce que le style est incisif, qu'il va à l'essentiel, qu'il ne laisse pas de répit au lecteur.

 

Les insomniaques et les naïfs seront réconfortés de voir qu'ils ne sont pas seuls au monde, de même que ceux pour qui l'éveil à la sensualité s'est avéré difficile. Quant à ceux qui dans leur détresse remplissent leur existence avec le projet d'écrire un livre ils seront rassérénés : ils trouveront en Laure Mi Hyun une véritable âme soeur.

 

Francis Richard       

 

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 19:35

Come babyDécidément les textes courts sont à la mode. Il y a les longs articles façon pamphlet, les nouvelles, les petits textes et il y a enfin les courts romans qui se lisent en une heure ou deux, et encore en prenant son temps.

Le dernier livre de Patrick Besson, Come baby, édité aux Editions des Mille et Une Nuits ici, appartient à cette dernière catégorie.

L'intrigue est aussi mince que le roman est court. C'est le principe des livres publiés par ce département de la Librairie Arthème Fayard , consacré aux longues nouvelles et aux courts récits...

A Paris le narrateur parle à la première personne. A l'occasion d'un déjeuner de prix littéraire il est mis en présence de son récent passé amoureux et littéraire en la personne d'Astrid de *, qui écrit comme lui. Une phrase résume ce qu'a été leur histoire, dont nous n'apprenons que quelques épisodes :

"On ne devrait pas dire une histoire d'amour mais une histoire, parce que vient toujours le moment où il n'y a plus d'amour."

A Bangkok les actions du même se conjuguent à la troisième personne. Il est en Thaïlande pour écrire un article. Il est déjà venu plus jeune. Il est là aussi pour avoir la certitude, si c'était nécessaire, que le plaisir sexuel est inepte. Ses contacts avec deux jeunes prostituées locales, Aom et Noï, lui en administrent la démonstration. La conclusion découle de source :

"On ne vient pas en Thaïlande pour assouvir ses besoins sexuels, mais pour voyager dans sa jeunesse avec la faculté de l'arranger à son goût."

L'intérêt de ce roman ne réside donc pas dans le récit proprement dit, mais dans les réflexions douces-amères, ce qui est très asiatique, qu'elles inspirent au narrateur. Ainsi se rend-il compte qu'il a 53-54 ans et se dit-il :

"La vieillesse, c'est quand l'esprit et le corps ne sont plus une seule personne, mais deux parts dont l'une survivra peut-être et l'autre pas."

Pour son autre lui-même repartir de Bangkok c'est se demander s'il n'est pas décédé après son dernier rendez-vous avec Noï, sa préférée, qui avait hâte de le quitter après l'avoir péniblement fait jouir dans sa bouche, d'où le titre du livre :

 

"Il se demandera  [...] si tout ce qu'il a vécu depuis n'est pas une invention de son âme immortelle. Ce récit serait alors le premier récit d'un mort."

Dans ce livre Patrick Besson est donc pareil à lui-même et à l'image qu'il donne de lui-même : inclassable, avec une liberté de ton qui n'épargne rien, ni personne, à commencer par lui.

 

Francis Richard

 

Le prix Duménil 2011 a été remis le 25 mai 2011 à Patrick Besson pour Come baby.        

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 20:25

Le trottoir au soleilSi vous aimez que les choses les plus simples de la vie prennent des couleurs et qu'elles parlent à vos sens par la magie des mots, alors il faut que vous lisiez le dernier livre de Philippe Delerm, Le trottoir au soleil, publié chez Gallimard ici.

Quand les peintres utilisent leur palette pour reproduire sur leurs toiles les choses de la vie, il convient de désigner ces dernières par scènes de genre, qui n'ont de valeur dans leur simplicité que par le regard qu'ils leur portent et la forme personnelle qu'ils leur donnent.

 

Quand des écrivains se livrent à cet exercice je ne vois pas d'autre expression à employer pour les désigner que les choses de la vie, qui est aussi le titre d'un roman de Paul Guimard porté à l'écran par Claude Sautet.

 

On n'imagine pas ce que la vie de tous les jours peut avoir d'exceptionnel pour peu qu'on l'observe avec bonheur et qu'on sache traduire cette observation en des mots ou des images qui en rendent véritablement compte dans les plus petits détails qui ont leur importance.

Les textes de Philippe Delerm sont courts et les mots sont tous à leur place. L'auteur n'emploie pas de figures de style pour épater le lecteur. Le style paraît tout simple. Il semble couler de source. C'est justement à cela que l'on reconnaît une très grande maîtrise d'écriture. Car il n'est pas donné à tout le monde d'écrire naturel.

Les textes de ce livre sont encore plus courts que ne le seraient ceux d'un recueil de nouvelles. Ils suscitent tout de suite l'attention du lecteur et celui-ci n'a envie de se laisser distraire que par la saveur des images rendues par les mots. Cela permet au lecteur de faire des pauses et de laisser libre cours à sa fantaisie imaginative. 

Bien sûr chacun trouvera surtout son bonheur là où les choses de la vie le touchent au plus près. C'est ainsi qu'ayant franchi le cap des soixante ans avec quelques mois de retard sur l'auteur, je n'ai pu qu'être sensible à ce passage, dont il faudrait, pour bien faire, citer tout le contexte :

 

"A soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d'été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer. Mais c'est ainsi : on est sûr d'avoir franchi le solstice."

Comme nous ne sommes pas des anges et que notre nature humaine fait de nous, dans le même temps, autre chose que des bêtes, nous ne nous contentons pas ressentir mais nous réfléchissons aussi au sens des mots qui viennent en renfort de nos émois :

 

"Mouiller c'est agir et s'abandonner. C'est actif et passif, un verbe singulier pour une action unique, dans un temps différent. Pour ce seul mystère, ce seul cadeau femelle, on renonce à la paix de devenir séraphin.

Dans le même registre :

"Toujours, l'émoi suscité est inversement proportionnel à la surface dénudée."

 

Ce qui, immanquablement, me fait souvenir du Nu vêtu et dévêtu de Jacques Laurent... 

L'auteur, professeur de lettres, aime lire. Pourtant il lui arrive, après avoir pris le vaporetto pour Burano et mangé des cerises noires, de se donner du répit sur un banc d'une esplanade, dans la chaleur du plein été, sans souci de l'heure du retour :

"Pas de livre en cours, et, je me le suis promis, pour quelques jours au moins pas même de vague idée de livre à commencer. Je le sens, je le touche ici, allongé sur mon banc, dans cette absence d'heure : c'est ça l'été, et les vacances devraient être toujours ainsi - une bulle d'éternité tranquille avant une sieste possible."

J'aime aussi ce passage où Philippe Delerm compare le fauteuil au lit quand on est bien fatigué :

"Dans un lit, le corps s'oublie, s'efface, s'engloutit. Dans le fauteuil, c'est bien plus ambigu : on veut tout relâcher sans se déprendre. On ne s'abolit pas. On éprouve sans cesse, on habite les formes. Le bien-être n'est pas fuite, il apprivoise le présent."

Comme dans un recueil de nouvelles, ce recueil de textes emprunte son titre à celui de l'un d'entre eux qui commence ainsi :

"- On traverse ?
- Pourquoi ?
- Pour prendre le trottoir au soleil.
Il faisait bon dans l'ombre, on ne cherche pas la chaleur. Un vrai soir d'été."

Une fois le livre terminé, on a envie de le reprendre, de relire des passages, de rêver un peu, de poétiser à partir du réel. Et cette fois je pense à Georges Haldas qui disait à propos des petites choses :

"[Elles] sont vécues par tous, c'est à partir d'elles qu'on fait son chemin vers les grandes. Si l'on saute cette étape on a l'air de faire l'abstraction du quotidien alors que tout y est inscrit."

Francis Richard

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 19:15

OptimismeLe dernier livre de Thierry Saussez, Manifeste pour l'optimisme, édité chez Plon ici, ne pouvait que ravir l'éternel optimiste que je suis.

Ce qui ne veut pas dire que je sois comme le professeur Pangloss et que je trouve que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes". Mais je reste convaincu que le pessimisme est une disposition d'esprit qui ne permet pas de créer, d'innover, bref d'exercer son intelligence pour augmenter le nombre de ses talents.

 

Thierry Saussez part d'un constat énigmatique sur les Français :

 

"Nous sommes parmi les principaux pays du monde,  l'un de ceux qui se défient le plus des autres et qui considèrent que tout va toujours de plus en plus mal.

Nous sommes paradoxalement l'un des pays où l'on a individuellement le plus confiance en soi."

C'est pour tenter de résoudre cette énigme que Thierry Saussez a  entrepris la rédaction de ce livre qui se situe à l'opposé de la mentalité ringarde et pessimiste de l'Indignez-vous de Stéphane Hessel, dont le succès en France est révélateur.

 

Pour être optimiste il faut avoir confiance. Or la confiance est "complexe, subtile, fragile" :

 

"Elle se gagne parfois difficilement autant qu'elle peut se perdre en quelques instants." 

Selon Saussez la défiance propre aux Français est héritée de leur histoire. Il y a en France une passion pour l'égalité - génératrice d'envie - et un opprobre jeté sur l'argent - générateur de paresse - qui ne sont pas de nature à engendrer la prospérité qui est également affaire de mentalité. L'Eglise catholique, avec son mépris de l'argent et sa condamnation du prêt à intérêt, le marxisme, avec sa lutte des classes, et aujourd'hui l'Etat nounou ont leur responsabilité dans cette méfiance intrinsèque :

"A tout attendre de l'Etat, nous nous laissons aller à considérer qu'il n'en fait jamais assez. A avoir conduit l'Etat à devenir omnipotent, nous finissons par penser qu'il en fait trop."

Cette mentalité de méfiance, qui ne date pas d'hier, se traduit aujourd'hui par un incivisme, un étatisme et un corporatisme caractéristiques. Les médias télévisuels contribuent à l'entretenir. L'auteur fait un parallèle lumineux entre le traitement, sur un ton catastrophiste, fait par eux en France lors des épisodes neigeux de l'hiver dernier, et celui fait par leurs homologues nippons après le tremblement de terre, le tsunami et l'accident nucléaire survenus à Fukushima.

Les travers des médias sont amplifiés encore par Internet, où sont confondues information et communication, les médias finissant par considérer une information non vérifiée comme digne de ce nom par le seul fait qu'elle buzze. De la même manière des sondages effectués au rabais apportent leur pierre aux caricatures de l'opinion. Or les effets des médias, d'Internet et des sondages "se cumulent et s'amplifient dans un flot d'émotions à dominante négative".

"La mutation fondamentale est le passage de l'individu abstrait à l'individu concret, la reconnaissance de l'autonomie individuelle comme moteur de la société" écrit Thierry Saussez. Seulement les Français opèrent une dichotomie dans cette autonomie. S'ils revendiquent l'affirmation de leur identité, de leur droit à la différence, la prise en compte de leurs singularités, ils n'intégrent pas "l'autre face de l'autonomie, la responsabilité, la compétition, la concurrence" :

"Comme l'enfant, nous passons de la socialisation à l'autonomie, mais nous voulons garder tous les avantages de la socialisation sans payer le prix de l'autonomie qui nécessite de nous prendre totalement en charge, d'accepter la compétition."

Thierry Saussez est optimiste. Certes il constate que pour les Français "tout ce qui est local est meilleur" et que "tout ce qui est global est suspect", mais c'est pour mieux relativiser "le décalage entre une confiance individuelle forte et une confiance individuelle faible". Il remarque qu'ils compensent ce décalage en voulant s'extraire de la domination du système médiatique, qui est anxiogène : si dans le particulier ils sont compétents et authentiques, dans le général ils ne le sont pas et sont sous influence. 

Il y a deux angles de vue : les verres à moitié vides et les verres à moitié pleins. Thierry Saussez recommande évidemment le second angle de vue qui permet de ne plus considérer seulement un monde extérieur et virtuel chargé de tous les péchés :

"Regardons bien le monde réel : jamais, depuis longtemps, nous n'avons fait autant d'enfants, ce qui est singulièrement une preuve de confiance dans l'avenir. Jamais nous n'avons créé autant d'entreprises et d'activités, en particulier avec la création du statut d'autoentrepreneur, ce qui n'est pas non plus une marque de défiance. Notre produit intérieur brut par heure travaillée est au top mondial."

Alors que leurs seules vraies peurs sont intimes, la maladie et ce qui peut arriver à leurs enfants ou leurs parents, les sports nationaux des Français sont "exagérer les risques et les souffrances, entretenir le culte du compassionnel, chercher des boucs émissaires".

Aussi est-il grand temps que les Français se réveillent et ne se comportent plus en enfants gâtés,
qu'ils passent à l'âge adulte, c'est-à-dire :

 

- qu'ils acceptent "l'autonomie de compétition qui fait tourner le monde"

- qu'ils cessent "de tout voir au travers du prisme déformant de la défiance, du pessimisme et du déclinisme"

- qu'ils renoncent  "à tout attendre de l'Etat"

- qu'ils se rendent compte que l'Etat c'est eux

- qu'ils deviennent davantage acteurs à part entière et moins consommateurs de prestations ou spectateurs du théâtre politique

- qu'ils regardent le monde tel qu'il est et notamment qu'ils se rendent compte que "la mondialisation représente un progrès considérable de l'humanité"

Il y a du pain sur la planche...

  

Mais la nouvelle génération, contrainte à la lucidité et au réalisme, n'est-elle pas une chance ? 

Comme je suis optimiste et qu'il convient d'agir dans la vraie vie, j'aime bien la devise de Charles le Téméraire, reprise à son compte par Guillaume d'Orange : "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer".

 

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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