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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 06:00

Des baisers froidsIl m'arrive d'acheter un livre à cause de sa couverture, ou de son titre, ou de sa typographie, ou du papier dont il est fait. Pour toutes ces raisons à la fois, j'ai choisi de lire Des baisers froids comme la lune de Mélanie Chappuis, publié par Bernard Campiche Editeur ici. Mais aussi parce Sébastien Fanti en disait du bien et que la lecture des rabats de la couverture m'en a donné envie.

 

La couverture est une reproduction brillante d'une toile de Guy Oberson, Après une nuit de pluie 2. Le titre est un vers tiré d'un poème de Charles Baudelaire, Le Revenant, qui figure dans son recueil Spleen et idéal. Quand Anna parle ou écrit, les caractères de la police utilisée sont droits, élégants, fins. Quand Vincent parle ou écrit, ils sont ronds, sinueux, pleins. Le papier d'un jaune pastel est agréable au toucher et à la vue.

 

Vincent est un vieux beau, de 55 ans, à la tête du plus grand journal de Suisse romande. Il se veut séducteur, conquérant, mâle quoi, dont la coquetterie est de ponctuer sa pensée, ses paroles écrites et orales, d'un peu d'anglais, sorte de touche snob et convenue, qui lui fait croire qu'il reste tendance. Pour le sexe il a plus volontiers recours aux professionnelles, ce qui lui donne la paix des sens pour séduire tout à son aise. Ce dont il ne se prive pas.

 

Anna, 28 ans, vit au foyer, mère d'une petite Mona, épouse d'un beau chirurgien esthétique de 35 ans, Victor, qui lui assure gîte et couvert dorés et qui sculpte les formes de riches clientes venues de l'Est. Victor est le demi-frère de Vincent. Lequel n'aspire qu'à une chose, à séduire la belle Anna, éventuellement à la mettre dans son lit, même s'il peut craindre à juste titre, l'âge n'aidant pas, de connaître la panne qui affectait parfois Stendhal.

 

Attachée aux valeurs morales de la bourgeoisie traditionnelle, Anna culpabilise, hésite à sauter le pas et à succomber à ces amours adultères que Vincent lui présente sous le meilleur jour, de manière fort habile. Elle résiste dans les premiers temps aux assauts de ce séducteur impénitent, qui fantasme dur sur cette jeune femme de 27 ans sa cadette et qui se sent pousser des ailes, parce qu'il sent bien qu'il possède les armes pour parvenir à ses fins, que l'aventure le rajeunit en quelque sorte et qu'elle lui donne même du coeur à l'ouvrage dans l'exercice de sa profession.

 

Tout au long des relations qu'entretiennent les deux amants, l'auteur nous dévoile leurs pensées intimes, mises en parallèle avec leurs échanges épistolaires, qui sont tout de même révélateurs. L'évolution de ce qu'ils pensent l'un de l'autre et de ce qu'ils deviennent au fil de cette liaison apparaît dans une lumière de plus en plus crue jusqu'à la fin, à laquelle on s'attend, en l'espérant et en la refusant tout à la fois, pris que nous sommes dans le tourbillon de l'histoire, prenant alternativement parti pour l'un ou pour l'autre.

 

Lire Mélanie Chappuis est un véritable plaisir. L'attention est soutenue jusqu'au bout. L'écriture est élégante, soignée, jusque dans les rares écarts de langage, propres à notre époque, qui n'est pas faite pour les bégueules. Au fond, tous les mots sont pesés, bien à leur place, tout en étant pleins de grâce. On se rend compte qu'il n'est pas besoin d'écrire des tonnes pour façonner un véritable petit bijou d'expression. 

 

La psychologie des personnages est tout à fait crédible, si elle est parfois un peu caricaturale. L'auteur se met facilement à la place de la jeune femme, ce qui n'est pas étonnant, compte tenu de son âge et de son sexe, à celle du quinqua bien mûr, ce qui l'est davantage. Les caractères des deux protagonistes n'en prennent que plus de consistance.

 

La fin de ce roman est morale puisqu'est pris qui croyait prendre...

 

Francis Richard     

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 17:30

Von der MühllIl y a longtemps que je cherchais quelqu'un qui aurait un autre point de vue, sur le moyen de réduire le nombre d'accidents et de morts sur les routes, que de faire payer, de plus en plus cher, les automobilistes, considérés dans leur ensemble, sans discernement, comme des coupables, qu'il faut punir pécuniairement, administrativement et pénalement. Avec le livre de Maurice Von der Mühll, publié aux éditions Xenia ici j'ai trouvé cette perle rare. Dans ce livre j'ai trouvé des idées originales qui méritent au moins d'être examinées sinon adoptées.

 

En ce week-end de l'Ascension, où, malheureusement, un certain nombre d'automobilistes trouveront la mort, il est intéressant de se demander pourquoi la solution conformiste de la réduction de ce nombre passe par une baisse de la vitesse limite, par l'augmentation des amendes, par l'augmentation des taxes, en résumé par une répression collective accrue, sans parvenir à un résultat probant, ni tangible. Le nombre de morts sur les routes en Suisse tournant, chaque année, bon an mal an, autour de 500, en dépit de mesures toujours plus contraignantes.

 

Maurice Von der Mühll a exercé pendant 40 ans, à Lausanne, la profession d'avocat et a "forcément rencontré beaucoup de cas d'accidents de la circulation". Lui-même n'a été victime que d'un seul accident, "provoqué par un autre, où il a laissé des plumes". C'est donc au nom de toutes les victimes qu'il a décidé de s'intéresser au sujet, avec la ferme intention de ne pas s'en laisser conter par les prétendus spécialistes en chambre, spécialistes surtout des règles arbitraires.

 

Maurice Von der Mühll est particulièrement sensible à l'équité, déformation professionnelle en quelque sorte. Il est surtout indigné par le fait que les bons conducteurs, qui représentent la très grande majorité des conducteurs en Suisse, soient traités de la même façon que les chauffards avérés. Partant de là il est convaincu que la répression accrue des automobilistes sans distinction va à l'encontre du but recherché qui est de réduire le nombre d'accidents :

 

"Il faut surtout motiver les bons conducteurs et leur donner envie de le rester jusqu'à la fin de leurs jours". 

 

Or cette répression uniforme conduit au développement d'une mentalité qui va à l'inverse du but recherché : 

 

"Du moment qu'il n'y a pas de pardon, autant prendre des risques et demeurer lucide. Comme on dit aussi dans ces cas-là : "pas vu, pas pris" en ajoutant : "si je dois être sanctionné un jour, une autre fois, pour ce genre de faute, je saurai au moins que je l'ai vraiment mérité"."   

 

Tout au long du livre l'ancien avocat expose les réformes qu'il demande, à partir des constats qu'il a effectués, et qu'il justifie de manière très argumentée et convaincante.

 

Chemin faisant il rappelle quelques vérités et s'en prend à quelques idées reçues :

 

"N'oublions pas que dans nos sociétés modernes le trafic des personnes et des marchandises est à la source d'une économie prospère fondée sur les échanges. N'acceptons pas que certains, voulant se rendre intéressants, créent des chicanes et toutes sortes de difficultés sur la route." 

 

Il démontre, à l'aide des lois de la physique, qui sont "incontournables pour tous" que "le ralentissement général des véhicules augmente le degré de pollution de l'air".

 

En fin d'ouvrage il résume les 6 réformes que les autorités fédérales devraient, selon lui, avoir à coeur d'engager :

 

"1. Bonus au pénal pour les bons conducteurs qui n'ont pas eu d'accident pendant plus de 5 ans, aux donneurs de sang et aux conducteurs qui ont signé un don d'organes.

2. Suppression de la priorité de droite [priorité à droite en France] remplacée par la double priorité due aux piétons et au trafic.

3. Moderniser la loi et la simplifier par l'adoption des 15 commandements du bon conducteur.

4. Marge de tolérance d'au moins 5 km/h pour les excès de vitesse et pour l'alcool au volant sans accident jusqu'à 0.8°/°°. En revanche, condamnation dès qu'il y a accident même avec un tout petit peu d'alcool.

5. Organisation d'une procédure rapide pour les retraits de permis à raison d'un excès de vitesse ou d'une conduite sous l'effet de l'alcool.

6. Créer un esprit de tolérance chez les automobilistes entre eux et chez les autorités chargées de la répression."

 

Bien sûr il faut lire le livre pour comprendre le pourquoi de chacune de ces réformes, qui plutôt que "de durcir les règles de la circulation" se fondent sur une véritable compréhension de la "psychologie des conducteurs". Bien sûr il faut le lire pour découvrir les 15 commandements du bon conducteur, qui relèvent du simple bon sens, largement perdu de vue par les autorités.  

 

Ce livre, écrit dans une langue accessible à tout le monde, non dépourvue d'ironie et de fermeté par moments, souligne que les conducteurs doivent être considérés comme des adultes, c'est-à-dire comme des êtres responsables de leurs actes et non pas comme des moutons que l'on peut tondre et soumettre indéfiniment à l'arbitraire.

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.
 

Nous en sommes au

663e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 19:20

 

Antonio AlbaneseLe livre d'Antonio Albanese, publié aux éditions de L'Age d'Homme ici, a la vertu de nous amener à nous interroger sur les correspondances qui existent entre la réalité et la fiction. Après avoir lu ce livre, nous atteignons ce but, avoué par l'auteur. Nous ne savons plus vraiment où nous en sommes et nous nous demandons d'ailleurs si l'auteur sait lui-même où il en est.

 

Il y a au moins en effet un livre dans ce livre. Luc, le narrateur, est critique d'art et s'est mis en tête d'écrire un roman policier. Il nous en explique la genèse et nous en donne de larges extraits, tout au long du récit. Depuis trois ans il a la garde de sa fille, sept ans, sa femme ayant mis les voiles vers le Nouveau Monde. Cette situation personnelle n'est pas sans influence sur sa façon de vivre et d'écrire, et surtout de se représenter la réalité à travers la fiction. 

 

Avec ses deux amis, Marc et Mathieu, il forme un trio d'hommes tout à fait représentatifs de notre époque. Marc est professseur de philosophie dans un lycée, où il séduit ses étudiantes pour une durée courte et quasiment déterminée à l'avance. Mathieu n'en finit pas d'achever une thèse sur le mythe des origines et vit aux crochets de sa femme, brillante universitaire, mais frigide. Depuis son divorce, Luc est un homme couvert de femmes qu'il pêche au café du Grancy, situé place Monge à Paris, quartier général du trio, qui s'y retrouve chaque semaine pour refaire le monde, grâce à la magie des mots, leur spécialité en quelque sorte professionnelle.

 

Un critique d'art qui écrit un roman policier ne peut pas échapper complètement à l'univers dans lequel il se livre à des écrits de commande. Aussi le lecteur n'est-il pas surpris que les tableaux occupent une place de choix dans l'intrigue haletante qu'il échafaude. Comme le titre du livre l'indique, de même que les reproductions de la couverture, La Chute de l'Homme du Tintoret, et du dos, La Tentation de Bouguereau, la pomme tendue d'un personnage à un autre - sans négliger le rôle de la composition de ces oeuvres picturales - y revêt une importance capitale, qui ne se dément pas, tout au long de l'histoire, jusqu'au dénouement.

 

Tout romancier de bon aloi est confronté à un phénomène inévitable, auquel conduit l'écriture. L'intrigue qu'il croyait maîtriser, à la fin, lui échappe. Au début Luc transpose littéralement ce qu'il vit, puis il en vient à créer un monde rêvé, bien à lui, tout rempli de ses fantasmes. Ses personnages, qui ressemblent à des personnes de son entourage, prennent peu à peu leur autonomie. Dans La Chute de l'Homme le phénomène prend des proportions inédites puisqu'il est double, comme l'intrigue est double, comme les personnages sont doubles, comme il y a deux romans. Il y a alors ce qu'Antonio Albanese appelle "une mise en abyme" :

 

"Le vertige menace, et du vertige à la chute, il n'y a qu'un pas".

 

Au bout d'un certain temps le vertige de l'écrivain devient difficilement supportable. Au début sa fiction romanesque très naturellement suivait sa réalité. A sa grande surprise, la seconde finit par précéder la première, par s'avérer prémonitoire. Il y a de quoi se demander si sa réalité n'était pas après tout qu'une illusion. La chute du livre sur le livre - ou la chute du livre ? - lui prouvera que cette intuition était la bonne et que jusque là il s'était révélé incapable de discerner le vrai du faux, toujours en raison de la magie des mots qui vous induisent en erreur :

 

"Si ma fiction avait remplacé ma réalité, c'est que cette réalité était une erreur, un mensonge. Le récit, lui, ne ment pas." dit le narrateur en fin de parcours.

 

Tous les protagonistes, dont les prénoms sont ceux des auteurs des évangiles synoptiques, finissent par chuter aussi bien dans le récit que dans le roman policier. Sans dévoiler la fin des deux livres qui se répondent, écrits d'une plume alerte et captivante, il faut tout de même rassurer le lecteur. Après une chute, il y a toujours moyen de panser ses blessures et de se trouver une consolation. C'est du moins ce qu'Antonio Albanese nous laisse espérer, en permettant au lecteur de devenir à son tour auteur et d'imaginer la suite.

 

Francis Richard

 

La Chute de L'homme s'est vu décerné le Prix des Auditeurs 2010 de la Radio Suisse Romande.

 

Nous en sommes au

660e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 11:00

Amélie Plume GlacierLe dernier livre d'Amélie Plume paru aux Editions Zoé iciLes fiancés du Glacier Express, est le premier que je lis de cet écrivain. Or cette lecture m'a enchanté. Sans doute parce qu'il s'agit là d'un livre écrit par une femme de mon époque, que ce qu'elle écrit me parle et qu'elle ne manque pas d'humour, ce qui ne gâte rien.

 

L'année 1968 est une année symbolique, qui correspond, peu ou prou, à un changement important dans l'histoire des hommes, du moins en Occident. Ce changement n'est peut-être pas celui que ses instigateurs attendaient... puisque le romantisme politique a connu alors son chant du cygne et puisque le totalitarisme a commencé à ce moment-là d'être sérieusement ébranlé. 

 

Toujours est-il que, pour les hommes et les femmes de ma génération, cette année symbolique a été un tournant, même pour ceux qui, comme moi, rejetaient d'instinct la fracture opérée dans la société de mon enfance, fracture avec laquelle j'ai toujours du mal, vraisemblablement parce qu'elle s'est traduite par une sécheresse d'esprit et surtout par un rejet de la transcendance, à laquelle il m'est impossible de renoncer.

 

Il ne sert à rien de se mettre la tête dans le sable, de faire l'autruche. Une véritable révolution s'est produite dans les moeurs, facilitée par la technique, qui, à chaque avancée, comporte bien des facettes, selon l'usage qu'on en fait. Comme dans toutes choses, il en est sorti, à mon sens, beaucoup de dégâts, mais aussi, heureusement, quelques bienfaits.

 

Lily Petite est un pur produit de cette génération soixante-huitarde. Elle s'est mariée d'amour une première fois avec un homme qui plaisait surtout à son entourage, puis s'est mariée de raison une seconde fois avec un homme qui était reposant, bien sous d'autres rapports, jusqu'au moment du réveil adultérin.

 

Deux divorces plus tard, quelques amants ne suffisent pas à contenter Lily. Il est difficile de persévérer dans le plan cul, comme disent élégamment ses collègues, quand on aimerait tant se laisser transpercer par une flèche décochée par Cupidon. Les changements les plus profonds n'empêchent pas les permanences. 

 

Lily, devenue féministe militante, peu à peu désabusée par la vraie vie, comprend qu'il faut vivre et aimer pour apprendre à vivre et aimer, et se rend compte que la leçon n'est apprise que peu de temps avant que la vie ne s'achève. N'a-t-elle pas aujourd'hui la soixantaine ?

 

La propre fille de Lily, Cécile, issue de son premier mariage, est l'antithèse de tous ses combats féministes passés et elle en est toute chagrine. Elle se rebelle mais au fond ne sait pas résister. Ce qui la rend d'humeur grincheuse. Elle aurait tant aimé "que les hommes continuent de s'adoucir plutôt que les femmes ne se durcissent".  

 

Parce qu'elle ne sait pas comment dire non à sa fille, qui lui demande de garder ses enfants, elle prend la fuite et le premier train qui part de la gare de Genève Cornavin vers l'Est de la petite Suisse, non sans avoir eu l'oeil attiré, en ce lieu, par un homme aux formes généreuses, dont elle apprendra plus tard qu'il se prénomme Oscar.

 

Oscar Muller, la soixantaine, après quarante ans de bons et loyaux services dans une société canadienne, a été jeté comme un kleenex qui a suffisamment servi. Il ne s'est jamais marié, sa mère, Violaine, servant de repoussoir à toutes les candidates.

 

Oscar lui aussi se rebelle, mais ne sait pas non plus résister. A la gare de Cornavin, de son côté, il a repéré Lily. N'a-t-il pas d'instinct compris qu'elle lui ressemble ? Il l'a donc suivie dans sa fuite sans bien savoir pourquoi, comme si la chance devait enfin lui sourire.

 

Une fois dans le train Oscar prend l'initiative d'un échange épistolaire avec Lily, l'inconnue installée dans le wagon voisin. Le contrôleur, Melchior, devient l'intermédiaire qui transmet des messages de l'un vers l'autre et de l'autre vers l'un. Car Lily, agréablement surprise, répond à ce flirt.

 

Avant de s'organiser une rencontre ferroviaire Oscar et Lily se fiancent donc par correspondance. Ce qui n'est pas triste. Peu à peu ils se rapprochent et le livre se termine par une fin heureuse, comme dans mon enfance je les aimais.

 

Lily a seulement un peu peur et se confie à Oscar :

 

"Que ferai-je de ma vie si je ne peux plus rouspéter ?

- J'essaierai de vous être désagréable.

- Merci.

- ..."

 

Francis Richard

 

Articles précédents consacrés à des livres publiés par les Editions Zoé :

 

Le monde d'Archibald, d'Anne Brécart du 04.05.2009

"Un roman russe et drôle" de Catherine Lovey du 30.03.2010

 

Nous en sommes au

659e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi
 

 

 

 

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 18:20

Affaire UWL'an passé j'ai évoqué sur ce blog l'affaire Uli Windisch [voir mes deux articles Uli Windisch, sociologue, a dit la vérité, il doit être exécuté et La non-affaire Windisch: la complaisance molle du rectorat de l'Unige ], en abrégé l'affaire UW, comme les initiales du protagoniste. UW vient de publier aux Editions L'Age d'Homme ici toutes les pièces importantes de ce dossier.

 

Quand j'ai écrit mes deux articles, je ne connaissais pas toutes ces pièces. Mais il suffisait de lire l'article ici qu'UW avait publié, dans Le Nouvelliste, le 14 mai 2009, qui était à l'origine de l'affaire, pour se rendre compte que le procès fait à UW était un procès en sorcellerie.

 

En effet de deux choses l'une : ou les instigateurs de l'affaire ne savaient pas lire, ou ils déformaient volontairement la pensée de l'auteur de la chronique. Dans l'un et l'autre cas ce n'était pas bien glorieux de la part de personnalités considérées comme éminentes.

 

En résumé Uli Windisch était accusé de s'être prévalu de son autorité de professeur de sociologie à l'Université de Genève, Unige, pour diffamer le socialisme en général et le sacro-saint Parti Socialiste Suisse, PSS, en particulier, et accessoirement les Verts, que l'on sait verts à l'extérieur et rouges à l'intérieur, comme les pastèques, selon la formule politiquement incorrecte d'un homme politique français diabolisé.

 

Qu'avait dit UW pour mériter pareille accusation ? Dans sa chronique il avait commencé par un constat. Les socialismes se donnent pour mission de changer les hommes. Quand cela ne marche pas - ce qui est inévitable - leurs affidés s'en prennent aux Autres à qui ils font porter la responsabilité de leur échec et généralisent, j'ajoute, comme d'autres font des ronds dans l'eau.

  

Pour illustrer son propos  UW prenait l'exemple de Peer Steinbruck, le Ministre allemand des finances de l'époque. Les finances de son pays allaient mal, et vont d'ailleurs toujours mal. Il en rejetait la responsabilité sur ces criminels de Suisses et leur fichu secret bancaire. 

 

Le procédé était rien moins qu'élégant. UW montrait dans sa chronique ce que cela donnerait si l'on employait le même procédé à l'égard des Allemands en leur rappelant, à propos de criminalité, les heures les plus sombres qu'ils avaient infligées, au XXe siècle, à l'ensemble du continent européen.

 

A la fin de sa chronique UW se posait la question de savoir s'il fallait recommander de voter encore pour les Socialistes ou les Verts, puisqu'ils défendaient aussi mal le pays quand il était attaqué, notamment sur le secret bancaire, par leurs coreligionnaires étrangers.

 

Cette chronique devait déclencher des réactions de la part de certains socialistes "aux bas instincts", ceux justement visés par la chronique d'UW. Il avait fait mouche en quelque sorte puisqu'il les faisait sortir du bois. 

 

Le vice-président du PSS, Stéphane Rossini, intervenait cinq jours plus tard sur le Forum des lecteurs du Nouvelliste. Il y faisait un inventaire à la Prévert des termes employés par UW, accusait UW à partir de cet amalgame de faire des "amalgames ignobles", écrivait que les propos d'UW relevaient de "la pure malhonnêteté intellectuelle" ce qui justement ...caractérisait sa réponse.

 

Deux jours encore plus tard Christian Levrat, président du PSS, prenait sa plus mauvaise plume pour écrire à UW, en reprenant les mêmes arguments fallacieux, en exigeant des excuses et en envoyant copie au Recteur de l'Unige Jean-Dominique Vassali.

 

Parrallèlement le même Levrat, décidément en veine, écrivait une lettre au Conseiller d'Etat genevois, Charles Beer, socialiste comme lui, chargé du Département de l'instruction, lettre dont on ne connaît pas la teneur mais à laquelle il est fait allusion dans une réponse à Levrat faite parVassali et où il est vraisemblable qu'il exerçait une pression amicale.

 

Dans cette réponse, envoyée en copie à UW, Vassali se dit "très choqué par les propos" d'UW et souhaite solliciter le Comité d'éthique et de déontologie de l'Unige, "préalablement à toute intervention" :

 

"Connaître sa position me sera très utile pour déterminer les mesures à prendre".  

 

Cette intervention de socialistes pour entraver la liberté académique d'un professeur était l'illustration même de ce qu'UW dénonçait dans sa chronique, à savoir qu'il est impossible à quelqu'un qui veut changer les hommes pour leur plus grand bien d'admettre que quelqu'un d'autre puisse penser autrement et qu'il ait seulement le droit de s'exprimer, d'où la tentation totalitaire dénoncée en son temps par le regretté Jean-François Revel.

 

S'il n'y avait pas eu médiatisation de cette affaire, où la liberté académique était en cause, il est vraisemblable qu'UW aurait été sanctionné, la sanction pouvant aller jusqu'à son exclusion de l'Unige. Or cette médiatisation a été rendue possible par des articles de Pascal Décaillet, relayés par des articles de Philippe Barraud.

 

L'habileté de Pascal Décaillet aura été de comparer UW à Jean Ziegler qui, en dépit de tous ses écarts, n'a jamais été sanctionné. Certes la comparaison avec JZ n'était guère flatteuse pour UW, mais elle s'est avérée payante.

 

Le la était donné. Petit à petit toute la presse romande s'est emparée de l'affaire UW. Il ne devenait plus possible de sanctionner UW, sinon mollement, hypocritement, en évitant de trop lourdes conséquences qui auraient été funestes pour la réputation de l'Unige bien entamée.

 

C'est dans cet esprit que le Comité d'éthique et de déontologie de l'Unige devait finalement  émettre un mol avis, sur lequel le Recteur Vassali devait, le 6 juillet 2009, s'appuyer mollement, et faussement, pour interdire absurdement à UW de faire suivre dorénavant la signature de ses chroniques de l'énoncé de ses fonctions universitaires.  

 

Dans ce livre UW décortique chaque pièce du dossier et en démonte les rouages. Il montre comment, très vite, la machine médiatique s'est emballée, ce qui n'a pas surpris ce spécialiste de la communication et des médias. Elle s'est retournée contre ceux qui voulaient réellement du mal à ce professeur, qui, pour avoir dit la vérité, devait être exécuté. 

 

Si l'on ne réagit pas suffisamment rapidement quand on est dans l'oeil de ce qui devient un cyclone on a peu de chances d'en sortir indemne. Si UW s'en est sorti, c'est-à-dire s'il n'a pas été mis à la porte de l'Université de Genève, il le doit à sa réaction rapide qui a entraîné d'autres réactions en chaîne.

 

C'est ainsi que la réponse du Conseil d'Etat genevois à l'interpellation urgente d'un député socialiste au Grand Conseil, Roger Deneys, a pris tellement de temps qu'"elle est en fait arrivée au moment du dénouement de l'affaire" et qu'elle a fait un flop magistral.

 

Après avoir lu ce livre plein d'enseignements, qu'il faut lire parce qu'il contient un certain nombre de pièces inédites et parce qu'elles sont longuement commentées par un spécialiste, je me dis, avec l'auteur, au sujet de ces socialistes "aux bas instincts" qui ont voulu sa peau :

 

"Dans de tels cas, il faut toujours imaginer ce que de telles personnes feraient si elles avaient les pleins pouvoirs".

 

UW reste ouvert puisqu'il pose cette question un peu plus loin :

 

"A quand le retour de sociodémocrates pragmatiques et raisonnables dont la Suisse a besoin pour son équilibre politique et son fonctionnement politique original et exemplaire ? "

 

Francis Richard

 

Nous en sommes au

649e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

Max Göldi

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 08:10

mélancolie françaiseLe dernier livre d'Eric Zemmour porte un bandeau qui reflète bien l'intention de l'auteur : L'histoire de France racontée par Eric Zemmour. L'histoire de France qu'Eric Zemmour nous raconte n'est donc pas celle que nous avons apprise sur les bancs de l'école. Et c'est tant mieux. Cela nous change des Malet et Isaac de notre enfance. 

 

Eric Zemmour voit les évènements à travers une grille très personnelle. La France, quel que soit son régime, aurait la nostalgie de l'empire romain perdu. Cet empire rêvé ne serait devenu réalité qu'épisodiquement. Il serait définitivement évanoui. Ce dont la France ne se remettrait pas.

 

Après l'éclatement de l'empire de Charlemagne, déterminé par le traité de Verdun, la monarchie capétienne aurait recherché inconsciemment à le reconstituer et, en quelque sorte, à redevenir Rome. Elle aurait au moins voulu étendre le pays jusqu'à ses frontières naturelles, qui comprennent la rive gauche du Rhin, ce qui aurait résolu le problème belge qui ressurgit aujourd'hui.

 

Napoléon, héritier de la Révolution française, mais aussi de cette nostalgie romaine, aurait presque réussi à rassembler derrière lui tout le continent européen. 1815, Waterloo, serait malheureusement le tournant fatal de cette quête multiséculaire. Après cette défaite, rien ne serait plus comme avant :

 

"Une souffrance, une tristesse, une mélancolie française commence en effet à imprégner notre pays. Les esprits les plus avisés, les plus fins ont tout senti. L'impasse stratégique de la monarchie capétienne; les enthousiasmes révolutionnaires sans lendemain; la gloire impériale ternie par les défaites finales. L'Europe continentale sous domination française est une chimère qui s'éloigne."

 

Eric Zemmour oppose l'insulaire Angleterre au continent. L'Angleterre, Carthage, aurait tout fait pour qu'aucune puissance ne surgisse sur le continent et ne rétablisse Rome. Elle aurait affaibli la France, mais lui aurait subtilement laissé suffisamment de forces pour qu'aucune autre puissance ne prenne sa place, suivez mon regard du côté de l'Allemagne.

 

Eric Zemmour oppose le libre-échange au protectionnisme. Le libre-échange serait le destructeur des richesses continentales, qui autrement se seraient développées bien à l'abri des frontières de l'Europe... continentale. Le commerce mondialisé des anglo-saxons - de l'Angleterre, puis des Etats-Unis -, aurait eu raison de l'industrie... continentale.

 

Le dernier rêve impérial français aurait été colonial, mais il a échoué comme les précédents. Il s'agissait de civiliser les "barbares", ce qui reste profondément ancré dans la mentalité hexagonale :

 

"Le Français pense que tout étranger, quelles que soient son origine, sa race, sa religion, peut accéder au nirvana de la civilisation française. Attitude un brin arrogante, xénophobe même, mais aucunement raciste."

 

On sent bien qu'Eric Zemmour fait sienne cette mélancolie française du rêve impérial fracassé, qu'il est réellement triste que la France ait renoncé à sa domination sur l'Europe et qu'ayant perdu son âme elle ait renoncé à assimiler les étrangers et préféré les intégrer. L'idée nationale, à laquelle il paraît adhérer, s'est pervertie :

 

"[Elle] continue à faire tourner la roue de l'histoire; mais elle descend désormais au niveau de l'ethnie et risque de détruire les Etats-nations édifiés au fil des siècles".

 

De même l'Europe telle qu'elle se construit, à la fois technocratique et libre-échangiste, ouverte sur le monde, ne peut recueillir ses suffrages :

 

"L'Europe n'est alors plus un but en soi, mais une première étape sur le chemin grandiose de l'unité mondiale".

 

Toujours est-il que le résultat aux yeux d'Eric Zemmour est désastreux. L'enterrement progressif de la langue française en témoigne, signe qui ne trompe pas sur la perte d'influence de la France sur son propre sol :

 

"Elites mondialisées parlant, pensant en anglais, et lumpenprolétariat islamisé forgeant un créole banlieusard : une double sécession linguistique mine silencieusement notre pays qui avait pris l'habitude séculaire d'associer unité politique et linguistique, et qui fit même pendant longtemps rimer les progrès de la francisation avec ceux des Lumières".

 

Il est difficile de suivre Eric Zemmour dans ce rêve impérial français. Une nation n'est pas seulement grande par son étendue géographique; elle peut l'être par son envie de vivre, par son dynamisme, par sa volonté de concurrencer les autres. Or ce n'est pas à l'abri de frontières, qu'elles soient françaises ou européennes, que la France peut retrouver son éclat. Au contraire c'est l'assurance qu'elle continuera de s'étioler parce qu'elle refuse de relever les défis d'aujourd'hui. Eric Zemmour relève bien que les fonctionnaires sont une spécialité française, mais il n'en tire pas les justes conséquences...

 

Il est plus facile de suivre Eric Zemmour quand il regrette que la démographie française ne se maintienne que grâce à l'apport d'étrangers qui ne partagent pas les valeurs qui ont fait la France et qui vivent de plus en confinés dans leur manière de vivre originelle.

 

Les lecteurs du Figaro Magazine ou du Spectacle du Monde, les auditeurs de RTL, les téléspectateurs de l'émission On n'est pas couché de Laurent Ruquier, retrouveront dans ce livre, où plane l'ombre de Bonaparte, le ton volontiers goguenard, impertinent d'Eric Zemmour. Ils passeront un bon moment avec cet érudit qui est loin d'adopter la pensée unique du moment, qui bouscule les habitudes de pensée et qui, même si l'on n'est pas d'accord avec lui, suscite la réflexion sur le destin d'un pays merveilleux, où j'ai vécu le plus clair de mon âge.

 

Francis Richard

 

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643e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 21:45

henri guisanCe matin, à 7 heures 30, 26 coups de canon ont donc été tirés au bord du lac Léman, à Pully, devant Rive-Verte, la dernière résidence d'Henri Guisan, pour commémorer le cinquantenaire des funérailles du bien-aimé Général, que j'évoquais lors d'une récente promenade, racontée ici.

 

Pourquoi 26 coups de canon ? Pour symboliser les 26 cantons helvétiques, qui ont tous soutenu l'action du Général pendant la seconde guerre mondiale, qui n'ont pas fait défaut à ce militaire hors du commun, à ce fervent défenseur du fédéralisme, qui a incarné alors l'esprit de résistance.

 

Bien que je ne réside pas très loin - Pully jouxte Ouchy - et que je sois réveillé depuis longtemps à cette heure-là, je n'ai rien entendu. La bise soufflait déjà, ou le bruit de mon poste de radio couvrait le tir... 

 

Aujourd'hui c'est donc le jour anniversaire des obsèques du Général. Le 12 avril 1960, à Lausanne, 300'000 personnes y assistaient. Du jamais vu, et du jamais revu depuis. Pour qu'une telle unanimité se soit faite, il ne pouvait s'agir du fruit d'un hasard. Il fallait bien que l'homme fût exceptionnel, n'en déplaise à d'aucuns qui portent en eux l'esprit de division comme ils portent inévitablement à gauche.

 

L'Hebdo, que l'on retrouve dans tous les mauvais coups portés récemment au pays, a baptisé un dossier de son dernier numéro  - dans sa rubrique Mieux comprendre [sic] -, "Henri Guisan - Quand le mythe se lézardeici, à propos de la réputation du Général, qui serait quelque peu égratignée depuis 20 ans, comme on l'a suggéré furtivement dans le téléjournal de ce soir sur la TSR.

 

Philippe Barraud dans un article intitulé "Guisan et les révisionnistes dévoyés" ici règle fort bien leur compte à ces  travailleurs de mémoire, dont le but n'est pas d'écrire l'histoire mais de servir une idéologie systématiquement anti-bourgeoise et antimilitariste. Comme d'habitude, l'historien d'extrême-gauche de service, l'incontournable Hans-Ulrich Jost, était la référence de l'hebdomadaire du même métal. Sur La Première, le même a bavé encore ce matin sur le Général, à peu près au moment où le canonnage était fait depuis Rive-Verte.

 

Dans la préface au livre Le Général Guisan et l'esprit de résistance, Jean-Jacques Rapin rappelle qu'un peuple ne doit pas oublier son passé et ses figures tutélaires, "avec leurs ombres et leurs lumières", au risque que ne s'insinue le "virus actuel de l'autodénigrement, de l'auto-flagellation et du mépris de soi-même". Il ne croyait peut-être pas si bien écrire...

 

Le lecteur du livre de Jean-Jacques Langendorf et de Pierre Streit, publié aux éditions Cabédita ici, ne sera pas déçu. Les auteurs ne tombent ni dans l'hagiographie, ni dans la polémique. Avec humilité ils savent dire qu'à l'heure actuelle il y a encore des trous dans la connaissance du sujet.

 

Les auteurs ne sortent pas de leur sujet quand ils dressent le portrait des prédécesseurs d'Henri Guisan à la fonction suprême de général, qui n'existe en Suisse qu'en temps de guerre ou de menace de guerre. Cela leur permet de souligner les différences et les ressemblances qui existent entre les destins des généraux Dufour, Herzog, Wille et Guisan.

 

Ils ne sortent pas davantage du sujet quand ils dressent le portrait de ceux qui ont dit non et qui ont incarné l'esprit de résistance, en d'autres lieux, au même moment que le Général. Le Maréchal Mannerheim fera payer très cher aux Soviétiques la conquête de terres finlandaises. Winston Churchill opposera aux Nazis une détermination de fer. Le Général de Gaulle n'acceptera pas la défaite de la France en 40. Le Général Mac Arthur, aux Philippines, résistera âprement à l'agresseur nippon invaincu facilement partout ailleurs.

 

Au début de la seconde guerre mondiale Henri Guisan mise sur la victoire de la France contre l'Allemagne. Ce qui ne l'a pas empêché de mobiliser et de faire passer les hommes sous les armes de 150'000 à 450'000, de veiller à interdire le passage des belligérants, quels qu'ils soient, sur le sol national, neutralité oblige. 

 

A l'annonce de l'armistice franco-allemand le Général connaît quelques jours de flottement avant de se reprendre, avant de publier un peu plus tard un ordre d'armée, le 2 juillet 1940, et de prononcer un discours devant 400 officiers supérieurs,  le 25 juillet 1940, sur la prairie mythique du Rütli. Dans les deux cas il appelle à la résistance de la Suisse aux pays qui l'encerclent dorénavant.

 

En préambule à l'exposé de la stratégie du Réduit national élaborée par Henri Guisan, les auteurs font un rappel historique du refuge ultime, dont la forteresse de Massada des Sicaires résistant aux Romains est un exemple insigne. Le mot même de réduit sera employé pour la première fois en Belgique pour désigner le dédale de fortifications, voulu par Léopold 1er, pour protéger Anvers à la fin du XIXe siècle.

 

Au XXe siècle la montagne permettra à des troupes inférieures en effectifs de résister à des troupes ennemies. Les auteurs donnent les deux exemples de la "ligne Maginot" des Alpes qui permettra aux Français de résister avec succès aux Italiens de Mussolini et de Monte Cassino qui permettra aux Allemands de résister de longues semaines aux assauts des Alliés.

 

Le Réduit national va s'imposer comme stratégie, au caractère à la fois militaire et symbolique, parce que la Suisse n'a aucune chance de pouvoir résister aux Allemands en rase campagne. Il ne s'agit pas non plus de replier toute l'armée dans les Alpes suisses même si c'est la plus grande partie qui s'y retrouvera. Des troupes résisteront à la frontière, d'autres le feront sur une deuxième ligne, leur combat ne pouvant être que retardataire. Les troupes du Réduit de là harcèleront l'adversaire, lui tomberont dessus et lui infligeront des pertes sévères.

 

Les auteurs terminent leur ouvrage en montrant que les menaces qui pesaient sur la Suisse étaient réelles et qu'elles ne provenaient pas des mêmes adversaires tout au long du conflit mondial; en évoquant les rapports parfois tendus entre Henri Guisan et l'armée, entre Henri Guisan et le monde politique, qui contrastent avec le charisme non démenti que le Général exerce sur les civils, particulièrement les plus humbles. Lesquels le considèrent très vite comme le "père de la patrie" et lui vouent une confiance absolue, sans doute parce qu'il est proche d'eux, sait leur parler et ne leur raconte pas d'histoires.

 

"Guisan avait des défauts, Guisan a fait des erreurs ?" écrit Philippe Barraud dans l'article cité plus haut."Oui, quel homme n'en fait pas ? Reste qu'il a réussi un tour de force inouï : insuffler l'esprit de résistance aux Suisses. C'est irremplaçable, et pour cela, nous lui devons une reconnaissance sans réserve".

 

Jean-Jacques Langendorf et Pierre Streit ne nous cachent ni ces défauts, ni ces erreurs. Leur livre, qui comporte une riche bibliographie, n'en est que plus crédible. Il paraît au bon moment et devrait fermer le clapet aux "historiens engagés" et aux "plumitifs agressifs", comme les appelle Philippe Barraud. 

 

Francis Richard

 

L'internaute peut écouter  ici sur le site de Radio Silence mon émission sur le même thème.

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632e jour de privation de liberté pour Max Göldi, le dernier otage suisse en Libye

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 22:45

Valais mystiqueDu Valais je me rends compte que je ne connais rien, ou si peu de choses, et que je n'ai fait qu'y passer, à l'exception d'une visite à un ami qui habitait alors près de Sion, une petite maison au milieu des vignes, il y a très longtemps, pas loin de quarante ans. Je me souviens que nous nous sommes promenés avec son chien de chasse, un pointer, dans des pâturages et que, comme dans un livre d'images caricatural sur la Suisse, des vaches faisaient retentir les cloches accrochées à leurs licols.

 

Quelques années plus tard, il y a tout de même quelques décennies, en 1978, l'année des trois papes, je suis repassé par là. Je revenais deYougoslavie où j'avais accompli un périple de deux semaines. Lors de ce retour j'avais fait étape à Stresa, dont je garde un souvenir idyllique, sans doute parce que j'étais accompagné de ma bien-aimée et que nous avions navigué autour des îles Borromée. Du Simplon, gravi péniblement par ma petite automobile, nous étions descendus vers Brig comme dans un puits... L'été dernier, j'ai connu le même vertige en descendant du Grand Saint Bernard cette fois, après avoir emprunté le tunnel, par couardise. Je me gardais de trop lever les yeux pour regarder au-delà de ma route...

 

Ma seule destination rituelle et valaisanne, depuis que je suis à nouveau lausannois, est la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny. Jusqu'à présent, à ma grande honte, je ne suis pas allé plus avant en Valais, ce qui décevrait grandement mon ami Adrien, natif de ce coin de paradis, du moins selon ses dires, à qui j'ai tu la chose jusqu'à aujourd'hui. Il me faut confesser que, quand je longe la vallée du Rhône, je me sens oppressé par les montagnes environnantes, trop abruptes à mon goût, qui est plus pyrénéen qu'alpestre. Je n'ai qu'une hâte, celle de passer rapidement mon chemin, de ne pas trop regarder vers le haut, ce que j'appréhende d'ailleurs tout autant que de regarder vers le bas.

 

Un livre est pourtant en train de me faire changer d'avis, Valais mystique, de Slobodan Despot, paru aux éditions Xenia ici qu'il dirige. Car Slobodan Despot est éditeur, photographe et écrivain. Ce livre, qu'il est agréable physiquement de tenir entre ses mains, est le résultat de l'exercice par le même homme inspiré, de ces trois merveilleux métiers. Il est agréable de tenir ce livre entre les mains parce que les pages sont imprimées sur du papier glacé, parce que la police des caractères, subtilement choisie, en facilite la lecture et parce que les photographies, qui l'illustrent, sont un véritable plaisir pour les yeux.

 

Pour Le Nouvelliste, qui est "le" quotidien du Valais, Slobodan Despot a suivi 24 itinéraires spirituels, tous aussi inconnus les uns que les autres  de votre serviteur, mais qui ne manquent pas de lui évoquer d'autres itinéraires, effectués en d'autres lieux...

 

L'auteur est "arrivé en Suisse avec [sa] famille à l'âge de six ans, en 1973" :

 

"J'ai passé mon enfance entre Leysin, Sion et Monthey avant d'entrée au collège de Saint Maurice. Ces années constituent l'essentiel de ma formation".

 

Cette phrase, qui figure dans l'avant-propos, me rappelle évidemment celle de Roland Barthes, dont j'ai fait le titre du premier article de ce blog de l'an 2010 ici :

 

"Au fond, il n'est pays que de l'enfance"

 

C'est pourquoi les années de l'enfance sont si importantes...

 

Tous les lieux visités par Slobodan Despot ne remontent pas à son enfance, mais ils se trouvent tous - sauf le premier, qui en est l'antichambre - dans un pays où son corps d'enfant a appris à se mouvoir et à se souvenir. Aussi, quand il gravit les pentes qui mènent jusqu'à un lieu inspiré, ses jambes le portent-elles en terrain connu et sacré. Tous les pèlerins savent que la marche est une prière qui se passe de mots - la bouche se ferme, l'âme s'ouvre - et que l'effort physique a la vertu paradoxale de débarrasser le corps de ses fardeaux. Toute récompense est au bout d'une peine et la peine, alors, n'importe plus.  

 

Dans ces conditons et dans ces lieux propices à la méditation, le pèlerin Despot peut faire des rapprochements qui ne lui seraient pas venus à l'esprit autrement; il peut se pénétrer d'une poésie nourrie de ces rapprochements, mais aussi de rencontres et d'images; il peut traduire en mots ces images qui ont imprégné sa rétine; il peut raconter ce qu'il ressent aussi bien que ce qu'il a vu; il peut apprécier une nature qui semble éternelle, immuable, ou qui y est tout juste apprivoisée, habilement, par la main de l'homme, pour servir d'ornement à ce qu'il a édifié, comme l'écrin fait ressortir toute la grâce d'un bijou admirablement dessiné et monté, et que la patine du temps embellit encore.

 

Que trouve-t-on en chemin ? Des chemins de croix justement, des croix toutes simples juchées sur des éminences, des pierres creusées, des niches qui abritent des statues, des statues sans abri, mais qui se dressent vers le ciel, des marches qui permettent de monter, toujours monter, des murs, des chapelles, des temples, des tours, des monastères, et, à l'intérieur, des fresques et des icônes, d'autres statues, qui sont autant de repères que les différents âges nous ont légués pour jalonner nos routes, pour célébrer notre venue et nous inviter à la transcendance, qui ne connaît d'autre obstacle que notre refus de retrouver nos coeurs d'enfants et notre simplicité, d'autre obstacle que cet esprit moderne qui met de côté les témoignages de piété et transforme "la religion occidentale en moralisme froid".

 

"Ainsi les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers" [Mathieu, 20, 16]

 

A double titre, j'ai le sentiment que cette parole du Christ m'est adressée. En effet j'ai eu la bonne idée involontaire de ne pas me précipiter pour acquérir Valais mystique. Et j'ai été récompensé. La deuxième édition que j'ai entre les mains comportent deux préfaces, celles de Jean Raspail, qu'il n'est pas nécessaire de présenter, et celle de Jean-François Fournier, qui est le rédacteur en chef du Nouvelliste.

 

En guise de préface Jean Raspail dit dans une lettre adressée à l'auteur le 30 XI 2009 et le paraphrasant :

 

"S'attarder à une telle lecture, la bouche close et l'âme ouverte, équivaut à une longue prière."

 

J'en reste bouche bée et l'âme fermée, tout déconfit de n'avoir pas paraphrasé ainsi le premier, ce qui doit équivaloir à une prière trop courte ... En attendant, comme on parle de communion de désir, j'en suis maintenant au stade de la randonnée de désir que cette lecture m'a suscitée.

 

Francis Richard

 

PS

 

Le lecteur insatiable, ou l'internaute qui veut en savoir davantage, peut toujours se rendre sur le site éponyme ici .

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 11:20

CalvinIl y a cinq cents ans naissait Jean Calvin, à Noyon, le 10 juillet 1509 précisément. La ville et le canton de Genève n’ont pas manqué de célébrer l’an passé la naissance de ce personnage important de leur histoire et, en définitive, de celle de la France, puisque l’influence de Calvin aura largement dépassé les frontières de la petite république protestante, y apportant querelles et divisions, qui tourneront, hélas, à de véritables guerres de religions.

Avec la collaboration de Jean-Gérard Théobald, Aimé Richardt vient de publier aux Editions François-Xavier de Guibert un livre qu’il a consacré à la vie et à l’œuvre du Réformateur. L’auteur n’est pas un inconnu de ce blog. L’an passé j’avais fait la recension d’un autre de ses livres qui expliquait pourquoi, faits et textes à l’appui, Galilée avait été justement condamné par l’Eglise catholique [voir mon article La vérité sur l'affaire Galilée, d'Aimé Richardt ], du fait de son orgueil et de son incapacité à prouver ses dires, alors que les faits devaient ultérieurement et paradoxalement lui donner raison.

Une des qualités d’Aimé Richardt est de restituer le contexte dans lequel évolue les personnages auxquels il s’intéresse. Il s’appuie, pour ce faire, sur les textes écrits à l’époque par les protagonistes, sur les archives locales, sur le travail de recherche de prédécesseurs sur le sujet. Le portrait de ses personnages, qui se dessine petit à petit, a le mérite d’être alors au plus proche de la vérité : l'auteur ne peut en aucun cas être accusé de tordre le résultat obtenu au profit d’une thèse quelconque.

Les longues citations de Jean Calvin, notamment tirées des éditions successives de son Institution chrétienne, permettent de se rendre compte que ce dernier a un réel talent d’écrivain. Il met ce talent au service de ce qu’il croit être la vérité chrétienne, que l’Eglise catholique aurait dévoyée par des apports qui ne se trouveraient pas dans l’Ecriture. Pour lui l’Ecriture doit être prise au sens littéral, ce qui le conduit à élaborer une théologie en contradiction fréquente avec la Tradition, qu’il récuse d’ailleurs en bloc.

Cette théologie – faut-il le rappeler ? – amène Calvin à condamner le culte des images, à dénier à l’homme son libre arbitre et à croire à la prédestination, à donner la préséance à la justification par la foi aux dépens de celle obtenue par les œuvres, à ne reconnaître que deux sacrements, le baptême et l’eucharistie, à combattre durement tous les hérétiques qui nieraient la vérité telle qu’elle ressort, selon lui, de l’Evangile.

Calvin voit principalement dans le baptême la promesse, faite aux hommes qui croient, d’avoir le salut, tandis que sa conception de l’eucharistie évoluera tout au long de sa vie :

« Il semble en effet être allé d’une conception luthérienne de consubstantialité à une attitude plus proche, sans toutefois y atteindre, de la cérémonie symbolique de Zwingli ».

Ses positions théologiques trouveront peu d’écho au début sinon au sein de l’élite protestante. De Genève il sera même chassé une première fois – il est difficile d’être prophète en son pays, a fortiori quand il s’agit de son pays d’adoption – , avant d’être rappelé trois ans plus tard pour y devenir un législateur hors du commun – ses Ordonnances ecclésiastiques en témoignent. Pour les imposer Calvin saura vaincre les oppositions, en « alternant chantage et menaces » et se montrera d’une intransigeance incompatible toutefois avec l’exercice de libertés et, surtout, éloignée de l’amour chrétien. Au final il imposera un ordre moral d’une rigueur qui a laissé des traces jusqu’à aujourd’hui.

L’affaire Michel Servet montre, s’il en était besoin, que Jean Calvin n’est pas un tendre et qu’au fond il est conséquent avec lui-même. Comme il privilégie la foi aux dépens des œuvres il apparaît rien moins que charitable avec ceux qui lui résistent et qui s’opposent à sa théologie. Pour avoir osé contredire Calvin, Michel Servet finira sur le bûcher après avoir été tour à tour dénoncé par le Réformateur à l’Inquisition de France, puis traduit devant la justice civile de Genève, sur le sol de laquelle il aura eu la malheureuse idée de poser les pieds.  

Jean Calvin aura une fin édifiante, compte tenu de son très mauvais état de santé. Selon la coutume, il soupera une dernière fois, la veille de la Pentecôte 1564, avec les pasteurs de Genève réunis dans sa chambre. Théodore de Bèze, son successeur, cité par l’auteur, raconte la fin de Calvin, huit jours plus tard :

 « Le jour qu’il trépassa il semblait qu’il parlait plus fort et plus à son aise, mais c’était un dernier effet de nature. Car sur le soir environ huit heures, tout soudain les signes de la mort toute présente apparurent ; ce que m’étant soudain signifié, d’autant qu’un peu auparavant j’en étais parti, étant accouru avec quelqu’autre de mes frères, je trouvai qu’il avait déjà rendu l’esprit si paisiblement que jamais n’ayant râlé, ayant pu parlé intelligemment jusqu’à l’article de la mort, en plein sens et jugement, sans avoir jamais remué pied ni main, il semblait plutôt endormi que mort ».

Servi par un style clair et dépouillé, le livre d’Aimé Richardt, qui est d’une grande honnêteté intellectuelle et qui a une grande connaissance du sujet, nous permet de mieux comprendre Calvin et le calvinisme. Tant il est vrai que la compréhension seule est à même de rapprocher les hommes, sinon leurs points de vue.  

La recherche de la Vérité est une quête sans fin et il est bon de s’instruire sur ce que pensent les autres, et particulièrement ceux qui sont, comme nous, disciples du Christ, mais d’une autre manière. Nous pouvons ainsi mieux cerner ce qui nous sépare, mais aussi, et surtout, ce qui nous rapproche, enterrer définitivement la hache des guerres du passé, sans renier pour autant ce que nous sommes les uns et les autres.

Francis Richard

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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 02:20

Un roman russe et drôleIl est des titres de livres qui vous incitent à la lecture et d’autres pas. Le titre du livre de Catherine Lovey, publié aux Editions Zoé ici, appartient, pour une raison qui m’est en grande partie inconsciente, à la première catégorie. Sans doute parce que tout ce qui touche à la Russie ne m’est pas étranger. Sans doute parce que, pour avoir tenu l’objet en main, à la FNAC de Lausanne,  il m’est apparu contemporain et que mon époque a le don de me passionner et de m’irriter, à la fois.

Un roman russe et drôle nous lance sur deux fausses pistes. La première fausse piste nous est suggérée par le titre lui-même. Il ne faut pas entendre « drôle » dans la première acception du terme qui nous vient à l’esprit. Si vous cherchez à vous dilater la rate, vous en serez pour vos frais, même si vous êtes amené par moment à sourire. En fait, ce livre, où il y a un roman dans le roman, est drôle au sens de bizarre, d’intrigant, ce qui n’est d’ailleurs pas une moindre qualité pour un roman.

La deuxième fausse piste nous est suggérée par la quatrième page de couverture. Après l’avoir lue, vous penserez très naturellement que le héros de ce roman - et du roman contenu dans ce roman - est l’oligarque Khodorkovski, qui fut un moment l’homme le plus riche de Russie et qui moisit pourtant, depuis maintenant cinq ans, dans un camp de Sibérie, celui de Krasnokamensk. En réalité il ne s’agit là que d’un prétexte, comme vous ne tardez pas à le découvrir.

Valentine Y. est romancière. Comme elle aime la Russie, elle tient absolument à écrire un roman russe. Mais elle ne veut pas écrire n’importe quel roman russe. Elle veut que le héros de ce roman soit justement l’oligarque Khodorkovski, dont le sort la dérange et qu’elle voudrait bien comprendre. Comme elle veut pouvoir écrire un véritable roman russe autour de ce personnage, elle compte bien se rendre en Sibérie pour recueillir sur place les éléments qui lui permettront de le raconter en vérité.

Tous les amis de la romancière veulent la dissuader non pas d’écrire un roman russe – ce serait plutôt tendance – mais de prendre Khodorkovski pour héros de ce roman russe, sous les prétextes les plus divers. Or, au contraire, elle considère que cet oligarque est un personnage de roman idéal. Ce multimilliardaire, roi du pétrole, « aurait pu fuir ou se compromettre face au pouvoir » mais il n’a fait ni l’un ni l’autre et croupit dans un bagne russe, qui plus est « dans le régime commun », ce qui l’épate.

Valentine Y. se rend donc en Russie. Sa première étape est Moscou, d’où elle prépare sérieusement son expédition en Sibérie. C’est l’occasion pour elle de découvrir une Russie qui n’a rien à voir avec celle qu’elle a connue plusieurs années plus tôt et qui lui avait laissé un souvenir impérissable. Des obstacles surgis du passé se dressent devant elle comme pour l’empêcher de poursuivre sa quête. Ils sont toutefois insuffisants pour la faire renoncer.

Pendant de longs mois Valentine Y. tient au courant Jean, son meilleur ami et confident, de son périple sibérien. Elle lui envoie des lettres qui ne lui ressemblent pas, des extraits de son roman en cours d’élaboration. Puis, tout d’un coup, plus rien. Jean, au bout de plus de deux mois et demi sans nouvelles, parce que sa santé ne lui permet pas de rechercher lui-même Valentine disparue, charge Ioulia une amie de son amie Elena de la retrouver.

Le roman de Catherine  Lovey prend alors une tournure de plus en plus russe, dont cet échantillon de courriel adressé par Jean à Ioulia pourra donner quelque idée :

« Dans notre cœur, la Russie n’est pas seulement un pays, mais avant tout une partie de notre culture et, pour certains d’entre nous, la face audacieuse de nos aspirations, sans laquelle nous n’oserions jamais chatouiller les nuages, juste en dessous du paradis, ni surtout creuser la terre, à l’endroit même où elle s’ouvre sur l’enfer. »

La Russie d’aujourd’hui est la véritable héroïne d’Un roman russe et drôle. Une Russie éternelle et changeante, qui fascine Catherine Lovey et qu’elle aime indéniablement, profondément, telle qu’elle est. Pour sembler détachée de cette fascination et de cet amour implicite, envahissant, elle traite par moments le sujet sur le ton de la dérision, qui est encore le moyen le plus efficace pour ne pas se laisser entraîner sur une pente par trop romantique.

Francis Richard

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 10:00
romance nerveusePendant des années - vingt-cinq ans au moins - je n'ai pas lu ou très peu, ou sinon des oeuvres sûres, validées par le temps, écrites par des hommes, ou des femmes, au talent reconnu, du moins par moi, quand je lisais beaucoup, dans mon jeune temps.

Au lieu de lire pendant toutes ces années j'ai agi, à la barre d'une entreprise, dans un univers tempêtueux, qui ne me laissait d'autres loisirs que la poésie et le sport. Il a fallu attendre que je devienne salarié pour que je retrouve le temps de lire des oeuvres contemporaines, pour que je reprenne contact avec aujourd'hui. Le salariat est une semi-retraite.

Avec des années de retard, il est un genre que je découvre maintenant, avec lequel j'ai un peu de mal, qui est caractéristique de ces dix, quinze, dernières années : l'autofiction, illustrée par des auteurs tels que Christine Angot ou ... Camille Laurens. Ce genre se situe, comme le nom l'indique, entre l'autobiographie et la fiction. Ce genre qui résulte de la confusion de deux genres me laisse confus et en même temps me donne une sacrée indication sur notre époque.

C'est le titre qui a attiré mon regard, "romance nerveuse", comme on parle d'une "grossesse nerveuse", avec ce que cela implique de symptômes réels, fruits de troubles activités mentales, imaginaires. Romance évoque d'ailleurs aujourd'hui davantage une sorte de vague à l'âme, de sentimentalisme désuet, qu'une pièce musicale qui vous élève comme ce l'était naguère.

Côté auto, la narratrice est un écrivain, Camille L., de son vrai nom Laurence R. Elle est en rupture avec l'éditeur de ses débuts. Qui a pris partie contre elle pour un autre auteur de sa maison d'édition, accusé par elle de plagiat. L'affaire a fait frissonner le Tout-Paris littéraire, dans l'incompréhension et l'indifférence générale du public. Le personnage du roman comble en quelque sorte le vide d'un éditeur l'autre.

Côté fiction, il y a dédoublement de personnalité chez celle qui tient la plume. Elle est tantôt Camille, son pseudo prénom, celle qui dit je, tantôt Ruhel, son réel patronyme. Le moi aurait tendance à écouter son coeur, son instinct, tandis que Ruhel serait sa voix interne, celle de la froide raison qui ne croit en rien, qui doute de tout et juge sur pièces.

Luc et je forment un couple dépareillé.

Luc est un paparazzi qui papillonne, qui zappe, qui part dans toutes les directions, qui expérimente tout et n'importe quoi, qui ne se fixe nulle part, ou sinon un très court moment, un lunatique qui peut être charmant un instant, odieux l'instant d'après. Il est échec permanent parce qu'il ne va jamais jusqu'au bout d'une de ses nombreuses et lumineuses idées qui tempêtent indéfiniment sous son crâne.

Je est un écrivain qui a de nombreuses entrées sur Google, un peu moins seulement que Christine Angot, qui fait partie de l'établissement, qui participe à des émissions de radio, qui est reconnue par le monde littéraire d'aujourd'hui, qui est bardée de diplômes, qui a besoin de cadre - son double Ruhel le lui procure très bien - qui est tour à tour séduite, agacée par ce borderline de Luc, qui sait très bien comment une telle aventure avec un tel mec ne peut que finir, pour qui la vraie vie c'est d'écrire.

La romance qui se déroule sous nos yeux est nerveuse, dans la première partie, comme l'écriture de je, très moderne, syncopée, avec un vocabulaire qui emprunte beaucoup à celui d'aujourd'hui, mais qui heureusement ne se contente pas de tomber dans cette facilité. L'écriture retrouve une certaine sérénité dans la seconde partie, comme si elle était apaisée par l'épilogue en vue. Ce qui fait qu'au final le lecteur accepte de se laisser malmener. Au bout du compte - c'est le triomphe de Ruhel - il reçoit sa récompense, celle d'avoir persévéré.

Francis Richard

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 16:10

le dernier crâneLe dernier livre de Jacques Chessex est sorti en Suisse, le 7 janvier dernier, enveloppé de cellophane avec une étiquette "réservé aux adultes" ici , parce qu'il contient des scènes crues. Comme un vulgaire livre porno, tel qu'on en trouve en vente dans les gares ou les stations-service. L'autre matin, une invitée de la Radio Suisse Romande a employé le mot de préservatif pour désigner la chose.

Le jour même l'éditeur, Grasset, annonce qu'au tirage initial de 25000 exemplaires un tirage supplémentaire de 6000 exemplaires est déjà prévu ici

Jacques Chessex aurait écrit la dernière ligne de ce livre le 9 octobre 2009, le jour de sa mort, à l'âge de 75 ans, c'est-à-dire au même âge que Donatien Alphonse François de Sade.

Ce contexte et cette orchestration ne sont pas favorables à une lecture sereine du dernier roman de l'ermite de Ropraz. Il y a ceux qui se précipitent sur le livre, par l'odeur du soufre alléchés, et ceux qui se refusent seulement à le lire, par répulsion pour ces relents nauséabonds. Jacques Chessex qui n'en était pas à une provocation près doit jubiler dans sa tombe.

Aussi, pour m'abstraire de ce contexte délétère, ai-je profité d'être un lève-tôt et du calme de ma maisonnée catovienne, encore endormie, pour lire ce matin, en deux heures de temps, ce roman ultime, et publié post mortem.

D'emblée disons que réduire ce dernier roman aux scènes crues, qui s'y trouvent effectivement, n'est pas vraiment en rendre compte. D'autant moins que Jacques Chessex n'en est pas à son premier coup d'essai dans le domaine. Si son oeuvre romanesque parle des femmes et de la fascination qu'elles exercent sur lui, de l'existence de Dieu et du doute existentiel, de la mort et de son omniprésence dans la vie, elle donne en effet une large place au sexe mal assumé, ou alors exhibé par bravade.

Le portrait que trace Chessex des derniers mois de Sade à l'Hospice d'aliénés de Charenton n'est guère flatteur. Voilà un homme dont le corps est difforme, bouffi, rongé par toutes sortes de maux. Voilà un homme frénétique, insatiable, qui recherche le plaisir jusqu'au bout des forces de ce corps meurtri. Chessex parle de monstre au début du livre. Il ne reprend pas le terme jusqu'à la fin. Il est indéniable que Chessex est plus que subjugué par la liberté débridée et par la bleuité du regard du pensionnaire de Charenton.

La postérité a retenu surtout que ce "marquis" jouissait de la souffrance des autres. Chessex nous rappelle que le fouet et l'aiguille n'étaient pas les seuls instruments de sa jouissance. Sade était surtout un sodomite impénitent et Chessex, avec sa complaisance coutumière, ne nous épargne aucun des détails anatomiques les plus scabreux de cette prédilection sexuelle, comme on dit aujourd'hui, avec une précision suggestive, comme s'il découpait ce qu'il imagine au scalpel.

Sade était surtout aussi un ennemi juré de la religion catholique et se livrait avec ses partenaires à des singeries blasphématoires. Il ne voulait pas qu'après sa mort une croix se dresse sur sa tombe. Son voeu ne sera pas exaucé. Ou sinon, quatre ans après sa mort, quand le cimetière où il reposait sera bouleversé et que commencera l'errance de son dernier crâne, celui de la dernière forme prise par ce dernier, avant de passer.

Sade ne veut pas non plus qu'après sa mort son corps de fou soit autopsié - comme c'était l'usage à l'Hospice - pour en préserver sans doute les secrets des curiosités de la science, comme il dissimulait ses turpitudes, comptabilisées dans son Journal, sous un langage codé. Ce voeu-là sera exaucé.

Le soufre n'est pas seulement dans les actes et les pensées. Il émane de ce corps tourmenté et brûle ceux qui s'en approchent de trop près avec de mauvaises intentions à son égard. Ce n'est pas vraiment la beauté du diable mais son incandescence et son irradiation infernales. Cette propriété démoniaque sera celle aussi de son dernier crâne dont Chessex nous conte, pour finir, les péripéties dantesques, une sorte de survie osseuse après la mort.

Au cours de son oeuvre, de livre en livre, Chessex s'enfonce davantage dans la morbidité. Ses deux précédents livres, Le vampire de Ropraz et Un juif pour l'exemple ici, en témoignent. Dans le même temps son style s'allège, s'épure. Du rabelaisien de Carabas, il ne reste plus rien. Il demeure l'exactitude des mots. A l'insolence provocatrice succèdent l'inquiétude métaphysique, associée à la poésie, et l'intérêt pour les êtres qui bouillent à l'intérieur et qui soudain explosent.

Au début d'un chapitre Chessex explique sa démarche quand il se penche sur les derniers mois délirants de Sade :

"La conduite d'un homme avant sa mort a quelque chose d'un dessin au trait aggravé. Il y acquiert un timbre à la fois plus mystérieux, et plus explicite de son destin. Dans la lumière de la mort, dont le personnage ne peut ignorer entièrement la proximité, chacune de ses paroles, chacun de ses actes résonne plus fort, de par la cruauté du sursis

Cette démarche prend une forte résonance quand nous savons - il est difficile d'échapper complètement au contexte - quelles furent les circonstances de la mort de Chessex ici, et quand nous lisons les derniers mots du présent livre, tracés le 9 octobre 2009, qui sont la traduction, de l'allemand au français, de vers de poète :

"Comme nous sommes las d'errer ! Serait-ce déjà la mort ?"

Francis Richard

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goldi et hamdani

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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 00:45
La septième dimensionQu'est-ce que la septième dimension ? Il y a les trois dimensions de l'espace,  celle du temps, celle du déplacement dans l'espace-temps, celle du monde virtuel et ... il y a la septième dimension.

Cette nouvelle dimension dans laquelle il se situe pour expliquer le visage du monde en devenir, Guy Millière la définit ainsi dans son prologue:

"C'est le coeur disséminé du paradigme dans lequel nous entrons. C'est la pluralité. C'est l'un qui crée des multitudes à l'intérieur de l'un. C'est la coexistence d'un univers tissé de fibre optique, de signaux numériques, de réinventions incessantes de la matière, de l'énergie et du vivant avec des coutumes millénaires qui peuvent utiliser la fibre optique, le réseau, les signaux, pour survivre et insister. C'est ce qui excède et vient dissoudre les barrières, les murs, les obstacles, et aussi ce qui se trouve utilisé par les adeptes des barrières, des murs, des obstacles, voire les adeptes du néant pour persister, et souvent nuire"

Après Claude Allègre - du moins dans l'ordre de parution -, dans ce livre paru aux éditions Cheminements (ici), Guy Millière essaie de dessiner les contours de notre avenir sur Terre. Mais il le fait dans un tout autre esprit que Claude Allègre, même si les découvertes scientifiques présentes et à venir, celles qui ne peuvent que découler des présentes avancées de la science, conduisent à imaginer un monde technique similaire.

La différence provient du fait que le premier est resté socialiste dans l'âme, avec les pesanteurs inévitables qui sont inhérentes à cette idéologie, alors que le second est un homme épris de liberté, hostile aux idéologies et aux régulations, favorable à ce qui permet à la liberté de s'épanouir. 

Quelles sont les conditions de cet épanouissement? La protection des biens et des personnes, la protection des droits de propriété, la sécurité et le respect des contrats volontaires, la légitime démarche de la connaissance, qui doivent être assurés par ceux que Millière, à la suite de Laurent Cohen-Tanugi, appelle "les sentinelles de la liberté", à savoir les gardiens, les vigiles, les magistrats, les soldats etc. Tous ceux dont la charge est de veiller et que j'appelle les agents des fonctions régaliennes. Millière note toutefois:

"Un pays où la veille serait insuffisante risquerait la destruction, la violence, la fuite des gens de haute synergie. Un pays où elle serait excessive s'asphyxierait lui-même".

Qui sont ces gens de haute synergie ? Ce sont de hauts producteurs d'idées, de création, de prospérité, d'harmonie, que l'on retrouve dans ce que Millière appelle des hubs, comme la Silicone Valley, Las Vegas ou Hong Kong.

Internet a apporté au monde une révolution à nulle autre pareille dans l'histoire de l'humanité, qu'elle a fait entrer dans la sixième dimension, celle du monde virtuel. Par ses effets elle est sans commune mesure avec cette révolution que fut en son temps l'imprimerie, cette autre invention propice à la diffusion du savoir. Parce qu'Internet n'a pas seulement diffusé le savoir. Il a contribué à réduire les coûts de transaction.

Qu'on le veuille ou non, Internet a eu pour principal résultat de faire de la planète un immense et unique marché, dans lequel n'importe qui, situé en n'importe quel point de la planète, peut, et sait qu'il peut, échanger avec n'importe qui d'autre, situé en n'importe quel autre point de la planète.

Pour les entrepreneurs des pays développés ce n'est pas sans conséquence. Ils sont condamnés à créer, à innover, à concevoir, à garder une longueur d'avance, si faire se peut, pour ne pas disparaître. Il devient en effet de plus en plus facile de produire n'importe quoi, n'importe où et à moindre coût. Ce qui permet d'ailleurs à des populations entières de se développer enfin et de s'affranchir des aides qui les maintenaient jusqu'alors sous perfusion, et sous servitude.

Pour décrire ce qui se passe, et qui ne devrait que croître et embellir, Millière a recours aux mots de flux et de réseau. C'est en effet à une toujours plus grande fluidité et un plus grand enchevêtrement des échanges auxquels nous assistons. Les hubs étant les noeuds de ce gigantesque réseau.

Parfois ces échanges rencontrent des obstacles, ils se frottent à des aspérités. Parfois il y a des aléas, des accidents, des dysfonctionnements. Mais la dynamique est telle que la révolution continue en laissant les lieux rétifs à l'écart, pour un temps seulement, parce qu'ils sont contraints par nécessité de se couler tôt ou tard dans le mouvement qui est lancé, ou de l'utiliser pour tenter de lui nuire.

Ce monde nouveau, qui n'en est qu'à ses débuts, se caractérise par une toujours plus grande dématérialisation, par une toujours plus grande dissémination de l'intelligence, par une toujours plus grande création de richesse. Il permet également à chacun de satisfaire ses aspirations les plus singulières, parce qu'au contraire de conduire à une uniformisation ce monde ouvre des perspectives toujours plus diverses, il favorise l'éclosion d'idées toujours plus fécondes. Mais pour ce faire :

"Il faut tout un contexte. Tout ce qui vient se tisser dans un contexte. Liberté individuelle et savoir, esprit d'entreprise, incitations à l'initiative, tolérance et ouverture permettant d'accueillir et d'être différent, singulier, imaginatif, quelques autres ingrédients aussi sans doute..."

Pour que cette révolution des échanges ait lieu il a fallu de la finance, comme le sang est nécessaire pour irriguer le corps et lui donner vie. La finance est elle aussi devenue planétaire, immatérielle, qui plus est souveraine, d'une souveraineté qui n'est celle de personne, un processus. Elle ne dysfonctionne que quand elle est nourrie de fausses informations, celles que lui fournissent les gouvernements par leurs régulations ou les banques centrales par leurs interventions inadéquates. 

Cette révolution vient des Etats-Unis avec les Wal-Mart, Fed-Ex, UPS, Amazon, Apple, Microsoft, Google etc.Tous les pays ne bénéficient pas de la même manière de cette révolution, que Millière qualifie de postcapitaliste, le capital humain étant devenu prépondérant dans la création des richesses. La Chine et l'Inde, par exemple, grâce à cette révolution, ont pu s'industrialiser et se trouvent dans une phase transitoire. Mais la Chine devra bien un jour choisir entre dictature et croissance...

Quant à l'Europe, elle vacille, parce qu'elle n'a pas anticipé cette révolution en cours. A son sujet :

"Il faut discerner qu'une vision dirigiste de l'économie se trouve impulsée, renforcée sans cesse. "On parle de marché", dit Bruce Thornton, "mais ce n'est pas du marché libre, c'est du marché canalisé, encadré, placé en liberté strictement conditionnelle".

A moins d'un miracle, l'Europe fera partie "des sociétés qui ont été, mais dont la lueur s'amenuise doucement". Comme le répète Millière dans ce livre :

"Les adeptes de l'ordre construit et de la fermeture n'ont cessé de lutter contre l'ordre spontané [l'expression est de Friedrich Hayek] et contre l'ouverture".

Avec les résultats que l'on sait.

Et puis il y a tous les failed states, qui se trouvent à la lisière de cette révolution, les pays d'Afrique et d'Amérique latine, à l'exception du Chili, et peut-être du Brésil :

"Les zones du monde les moins connectées, les moins incluses dans le flux et le réseau, sont les zones les plus sinistrées".

Ce qui menace le plus cette révolution postcapitaliste, ce sont l'islamisme et l'altermondialisme.

L'islamisme, qui doit être dissocié de l'islam, est un véritable totalitarisme, dans la lignée du national-socialisme, du léninisme et du fascisme. Il peut sembler surgi d'un passé révolu, mais il emploie les moyens du vingt et unième siècle pour se livrer à ses horreurs meurtrières. Comment le vaincre ? Il faudrait que le monde musulman comprenne que :

"La modernité n'est pas négation de la religion et des cultures en leur diversité, mais développement de la connaissance et préservation des dimensions spirituelles des religions, préservation de la diversité des cultures".

Est-ce possible ?

L'altermondialisme est pernicieux. Il a quelques réussites à son actif. Il est parvenu à faire admettre que les économistes qualifiés de "libéraux" étaient des dogmatiques et à imposer l'expression d'"idéologie néo-libérale", alors que ces économistes ne font qu'expliquer, qu'observer. Il est parvenu à faire croire que démocratie et totalitarisme étaient comparables, c'est-à-dire que la première ne valait pas mieux que le second. Il est parvenu à convaincre qu'il était urgent de "sauver la planète", en substituant la croyance à la connaissance, et qu'il fallait favoriser le "commerce équitable", sous-entendant que tout autre commerce ne l'était pas. Il a réécrit l'histoire en ne parlant que des mauvais côtés de la civilisation occidentale, en omettant tous ses bienfaits.

Compte tenu de ces menaces, Millière pense que "nous marchons sur le fil du rasoir et [que] nous pouvons avancer sur le fil du rasoir tant que nous marchons". Il reste donc optimiste et conclut son livre en disant :

"Le rasoir peut trancher. La destruction peut venir ici ou là. L'appel du néant et de la négativité auxquels succombent quelques uns peut se faire plus fort ici ou là. Le déclin peut sembler s'installer ou s'installer effectivement, ici ou là. Les forces de l'esprit l'emportent. Toujours. Ici. Ailleurs. Là où c'est possible.
"Elles l'ont toujours emporté.
"Nous sommes tout juste au commencement.
"Oui."

Francis Richard

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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