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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 22:55
Mouvement, de Philippe Sollers

Si Hegel avait écrit un roman d'aventure, selon Philippe Sollers, il lui aurait donné pour titre: Mouvement. Mais il n'a pas eu besoin de l'écrire, il a eu lieu. Et, de toute façon, Philippe Sollers l'a écrit à sa place. Pour ce faire, il n'a pas cherché à interpréter le philosophe, mais à l'être et, pour y parvenir, à penser à travers lui. Car tous les interprètes de Hegel se trompent: La révolution, l'érotisme ou le pouvoir financier sont des solutions frivoles...

 

On sait que Philippe Sollers a une conception bien à lui du roman. Certes il s'agit pour lui d'un texte où subsistent quelques traces de fiction: il est ainsi brièvement question, au début du livre, de Lola, chaude et rose, qui partage le lit du narrateur. Mais c'est dit en passant, fugacement: l'essentiel n'est évidemment pas là; il est dans les digressions savantes et provocantes dont il use, et abuse, où il excelle.

 

Pourquoi ces digressions ? Il les justifie clairement, sans détours: Le seul vrai roman est le mouvement de l'Esprit et rien d'autre. Et qui est le héros le plus emblématique de ce mouvement ? Hegel lui-même (parmi d'autres), qu'il cite dans l'épigraphe: La vérité est le mouvement d'elle-même en elle-même. Dans ce vrai roman, où ce qui compte avant tout c'est le mouvement, (le truc de Hegel), Hegel se meut.

 

Le narrateur pense donc Hegel dans les livres qu'il lit, dans les rêves qu'il fait, dans l'Histoire passée qu'il se repasse, présente qu'il vit et à venir qu'il imagine, sans souci de chronologie, laquelle est inutile quand on sait que le passé est parfois en avance sur l'avenir. Dans Mouvement, Hegel, donc, pense que, a raison, ne veut pas s'étendre sur Freud, porte une attention soutenue à la télévision etc.

 

Hegel est omniprésent en personne ou en filigrane. Il l'est, par exemple, dans un passage comme celui-là: Il s'agit maintenant d'imaginer une existence humaine ayant atteint le mouvement perpétuel, ou ce qui revient au même, un volume très clair, qui se lirait continuellement lui-même, ou dans cet autre, où est évoqué l'homme de Lascaux, animé par une spontanéité insoumise: Il s'agit d'une extrême liberté dans le mouvement du mouvant.

 

Hegel l'est encore dans ce que dit l'historien chinois Sima Qian à propos de Zhuangzi: Son langage déborde de toute part, il ne suit que sa propre inspiration, de sorte que les puissants n'ont jamais pu en faire leur instrument. Philippe Sollers y voit une définition possible de la dialectique...

 

Il ne faut pas se faire de souci pour l'Esprit: au cours de son mouvement Il surmonte tous les obstacles, même la pulsion de mort, plus ténébreuse que prévue, Goulag, Shoah, Hiroshima, Allah, et puis quoi encore, tant il est vrai que bien qu'elles opèrent simultanément, il ne faut pas confondre décomposition et mutation: La décomposition mélange et détruit, la mutation crible et trie.

 

Après avoir digressé sur le mouvement qui anime des personnages de la Bible, des penseurs, des écrivains, des poètes chinois, des hommes politiques, les galaxies, les religions, l'ADN, les textos, les big data de la Toile, Philippe Sollers reste ferme: les seuls vrais dieux sont des livres, un certain nombre de livres agissent comme des dieux; et reste serein: son dernier roman, tout aussi atypique que les précédents, se termine ainsi: 

 

La nuit a été tranquille, et, une fois de plus, j'ai embrassé l'aube d'été. C'est aussi simple qu'une phrase musicale.

Maintenant la brise du nord-est, ma préférée, se lève, et, rapide, une mouette, très reconnaissable, traverse le ciel.

 

Francis Richard

 

Mouvement, Philippe Sollers, 236 pages, Gallimard

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Trésor d'amour (2011)

L'éclaircie (2012)

Médium (2014)

L'école du mystère (2015)

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 22:30
Souriez, vous êtes ruiné, d'Yves Bourdillon

La France va mal, très mal. Ce n'est pas un scoop. Les symptômes sont là: les transports sont en grève; les dépôts de carburant sont bloqués; les petits commerces disparaissent les uns après les autres; les pavés volent; les Sans-Slibards, Enragés et autres Indignés, sont dans la rue, etc. Bref, c'est la crise, une vraie de vraie, velue et tatouée, mais où tout fonctionne encore cahin-caha:

 

On peut toujours prendre le café aux terrasses pendant que les pavés volent. On reçoit encore son salaire en temps et en heure. Epargnants, fonctionnaires, ouvriers et cadres, en sursis, inquiets, floués, ou en burn-out, vaquent à leurs occupations malgré une situation semi-insurrectionnelle et une simili banqueroute. Une sorte de Mai 68, avec moins de baise...

 

Alors il vaut mieux en sourire qu'en pleurer. En fait, en lisant le livre d'Yves Bourdillon, Souriez, vous êtes ruiné, le lecteur ne se contente pas de sourire. Il trouve en effet de multiples occasions de rire. Rire n'est pas seulement le propre de l'homme, mais encore le moyen le plus sûr de survivre quand les lendemains ne chantent décidément pas et que tout semble désespérément perdu...

 

Frédéric Beaumont, 45 ans, le narrateur, est chroniqueur au service "Société" du Journal, qui vient d'être racheté par un industriel aux idées avancées. La ligne éditoriale change et, pour Gamblin, le rédacteur en chef, il s'agit d'affronter la dictature: Apparemment, à ses yeux, pour être facho il suffit désormais d'être favorable à une vigoureuse baisse des dépenses publiques...

 

Pour mener le combat, Gamblin compte sur Beaumont, catalogué progressiste pur jus, toujours partant pour se battre pour une société solidaire. Ce qu'il ne sait pas, c'est que Beaumont a secrètement viré libéral, libéral intégral, quasi thatchérien... Mais il n'est pas pour autant le libéral tel qu'on le caricature: le genre, selon Gamblin, à piétiner une mamie pour monter dans le métro:

 

J'ai découvert pour ma part que dans le mot libéralisme il y avait liberté. Naaaaan, pas nécessairement celle du renard dans le poulailler...

 

S'il était honnête, Beaumont démissionnerait. Seulement voilà, il faut bien vivre et il ne peut pas se passer de ce job alimentaire: il a divorcé de Sophie deux ans plus tôt, laquelle, au sein d'une ONG, ne gagne pas grand-chose à défendre des génocidés... et il a à sa charge leur fille Chloé, qui fait des études dans une école de commerce hors de prix... et qui, peut-être en raison des valeurs qui lui ont été inculquées, veut devenir entrepreneur...

 

La vie de Beaumont bascule quand Ceccaldi, qu'il a connu à La Dépêche, lui propose de faire des piges à Libertas, dont la ligne éditoriale correspond à son virage personnel... Mais des piges ne nourrissent pas un homme qui a des obligations. Cependant, après avoir tergiversé, Beaumont accepte d'écrire des chroniques dans Libertas, sous le pseudo de Félix Paquette, un journaliste canadien inconnu sur le continent.

 

Même si le contexte n'est pas drôle - la France est au bord du gouffre: dette pharaonique, déficits budgétaires continus depuis 40 ans etc. - le comique naît du double-jeu du narrateur qui se trouve dans des situations de plus en plus inextricables, d'autant que Beaumont et Paquette sont tout le temps en concurrence, notamment pour découvrir ZE plan de sortie de crise du gouvernement, qui tient en une série de chiffres mystérieux: 15-40-65-2...

 

Ce double-jeu ne simplifie pas non plus la vie personnelle de Beaumont, qui en pince pour Audrey, une laissée-pour-compte . Or Audrey, qu'il a rencontrée à Mogadiscio, un quartier du 9-3, n'est pas du genre à considérer comme fréquentable quelqu'un qui ferait partie du "camp d'en face": Bien sûr, ce n'est pas très fair-play de cacher à une femme que l'on veut "pécho", que l'on est, sur le plan idéologique, aux antipodes de ses convictions...

 

Le roman d'Yves Bourdillon est donc le récit souvent hilarant de son Janus de journaliste. Car le ton est ironique, le style plein de verve, les paradoxes étourdissants, la satire des mondes politique et journalistique désopilante. Qu'il écrive dans Le Journal ou dans Libertas, il prêche à des convaincus: La plupart des gens qui achètent un canard le font pour renforcer leurs convictions, pas pour y renoncer:

 

J'appelle les peuples tantôt à résister à la mondialisation néo-libérale, tantôt à ne pas succomber aux vieilles lunes crypto-marxistes. Je dénonce tout et son contraire, les États, les marrrrchés, le gouvernement, l'opposition, les tenants de Keynes comme les partisans de Hayek, les Indignés tout autant que les Baudets. "L'austérité tue", "La dette tue", "trop d'impôts tue l'impôt", "l'impôt c'est la solidarité", "touche pas à mon alloc".

 

Pourquoi ai-je le sentiment que Paquette est plus convaincant que Beaumont? Sans doute parce que, somme toute, les convictions du premier sont assez proches des miennes (qui n'ont d'ailleurs pas besoin d'être renforcées), mais aussi, peut-être, parce qu'elles sont "secrètement" celles de l'auteur, qui se trahit malgré qu'il en ait, et parce qu'elles sont généralement ou ignorées, ou caricaturées, ou les deux à la fois.

 

Ainsi, quand Paquette cite Bastiat, son amie Hélène qui vient d'apprendre que Paquette c'est Beaumont, demande:

- C'est qui ce Bastiat que tu cites? Un Américain?

- Un Français. XIXesiècle.

- Qu'il y reste.

 

Francis Richard

 

Souriez, vous êtes ruiné, Yves Bourdillon, 520 pages,  Éditions du Rocher

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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 17:00
Le bel âge, d'Yvette Wagner

Le bel âge, ce serait vingt ans, ou autour de vingt ans. C'est du moins ce qu'on dit, notamment ce que disent celles ou ceux qui se penchent sur leur lointain passé. Mais ce n'est évidemment pas toujours le cas. Mais, quand ça l'est, il ne faut surtout pas bouder le plaisir de s'offrir de tels souvenirs, même s'ils deviennent fugaces et veulent s'échapper.

 

Dans son roman, plein de charme, à l'image de la couverture - L'autoportrait à la toilette de Zinaida Serebriakova (1909) - Yvette Wagner met en scène deux personnages, Léa et sa petite-fille Elodie. Elodie a dix-neuf ans. Léa en la recevant chez elle pour y passer la nuit se souvient du temps où, étudiante à Berne, elle avait ce même et bel âge.

 

Les époques ne sont plus les mêmes. Les moeurs ont changé. Les couples duraient des décennies, ils se décomposent très vite aujourd'hui. Les moyens de communication incitaient à prendre son bien, ou son mal, en patience, ils permettent maintenant l'instantané des relations, qui, du coup, sont bien souvent éphémères.

 

De temps en temps, Léa reçoit chez elle sa fille Daphné, divorcée, ou l'un de ses petits-enfants, l'une des cadettes Elodie ou Constance, ou plus rarement, l'aîné Mathieu. Est-elle incluse dans leur vie? Comme un repère, dont on s'assure de la présence... de loin en loin? Un élément stable, inamovible dans le capharnaüm que [devient] toute existence aujourd'hui?

 

Il faut croire que Léa est incluse dans la vie d'Elodie, comme Elodie l'est dans celle de Léa. Il y a en effet entre elles une complicité naturelle. Pour Elodie, Léa est le seul lien qui demeure de sa famille éclatée, et son refuge. Pour Léa, Elodie, pour laquelle elle éprouve de la connivence, est une présence familière dont elle peut désormais difficilement se passer.

 

Quelle que soit l'époque, cependant, la vie, sous des formes changées, est faite d'amours déçues, d'amitiés qui perdurent ou se perdent, de heurts d'enfants avec leurs parents - déni du libre-arbitre d'un côté, refus d'une existence imposée de l'autre -, de chagrins plus ou moins douloureux. Une force étrange pousse pourtant les humains à poursuivre leur chemin jusqu'au bout...

 

Francis Richard

 

Le bel âge, Yvette Wagner, 64 pages, Editions de l'Aire

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 22:00
Un été avec Victor Hugo, de Laura El Makki et Guillaume Gallienne

Du 29 juin 2015 au 21 août 2015, France Inter a diffusé 43 émissions estivales sur le plus grand des poètes français, Victor Hugo. Ce printemps, ces émissions sont parues en volume. Elles peuvent être donc lues après avoir été écoutées. Et le lecteur peut alors se substituer à l'auditeur. Mine de rien, année après année, la station de radio diffuse, comme cet été encore, des émissions de qualité sur des phares de la littérature. On se réjouit d'avance de lire, l'an prochain, Un été avec Machiavel...

 

Victor Hugo voulait être Chateaubriand ou rien. Il n'a été ni l'un ni l'autre. Il a été lui, c'est-à-dire un géant de la littérature française, dont il n'est pas obligatoire de partager toutes les vues, d'ailleurs évolutives, pour reconnaître qu'il fut tout à la fois un romancier, un poète, un dramaturge et un pamphlétaire hors normes, dont les auteurs explorent les multiples facettes. Aussi, parce que celles-ci sont très nombreuses, faut-il se contenter d'en évoquer quelques-unes, subjectivement, et avec affection.

 

Au-delà de ses engagements, qui sont pourtant intimement liés à ce qu'il écrit, il y a donc l'écrivain, incomparable, par exemple: romancier des Misérables, il hisse les infortunés au rang des grandes âmes; poète des Contemplations, Mémoires d'une âme, il a la certitude qu'il faut s'accrocher à l'amour; dramaturge d'Hernani, il déboulonne les règles classiques; pamphlétaire de Napoléon le Petit, il continue son travail de sape avec Les châtiments.

 

A propos d'engagements, les auteurs rappellent ce que Hugo, humaniste, disait de la misère:

Je ne suis pas de ceux qui croient qu'on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et affirment qu'on peut détruire la misère.

(Discours sur la misère à l'Assemblée nationale, 1839)

De la peine de mort:

Cette tête de l'homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, éclairez-la, moralisez-la, utilisez-la; vous n'aurez pas besoin de la couper.

(Claude Gueux)

De la corruption des puissants:

Ô ministres intègres!
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison!

(Ruy Blas)

De l'esclavage:

Il n'y a sur la terre ni blancs, ni noirs, il y a des esprits, vous en êtes un. Devant Dieu, toutes les âmes sont blanches.

(Lettre aux Haïtiens, Le Progrès, 31.03.1860)

 

Ils rappellent aussi ce qu'est pour lui, un génie:

Ce Tout dans Un, cet inattendu dans l'immuable, ce vaste prodige de la monotonie inépuisablement variée, ce niveau après ce bouleversement, ces enfers et ces paradis de l'immensité universellement émue, cet insondable, tout cela peut être dans un esprit, et alors cet esprit s'appelle génie, et vous avez Eschyle, vous avez Isaïe, vous avez Juvénal, vous avez Dante, vous avez Michel-Ange, et vous avez Shakespeare, et c'est la même chose de regarder ces âmes ou de regarder l'océan.

(William Shakespeare)

 

Ce que Dieu représente pour lui, le non baptisé:

Je conviens que vous seul savez ce que vous faites,
Et que l'homme n'est rien qu'un jonc qui tremble au vent.

(Les contemplations)

 

Comment lui, le visionnaire, rêve l'Europe:

Un jour viendra [...] où vous toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne [...]. Un jour viendra où il n'y aura plus de champs de bataille que les marchés s'ouvrant au commerce et les esprits s'ouvrant aux idées.

(Discours au Congrès international de la paix, Paris, 1849)

 

Il ne semble pas que ce soit l'Europe dont il rêvait qui soit devenue réalité avec l'Union européenne, comme les auteurs l'écrivent pourtant... même si Victor Hugo, constructiviste, avait la faiblesse de croire en une monnaie continentale qui remplacerait et résorberait toutes les absurdes variétés monétaires d’aujourd’hui, effigies de princes, figures de misère (Discours, non cité par les auteurs, sur les Etats-Unis d'Europe, Assemblée législative, 17.07.1851).

 

Quoi qu'il en soit, Victor Hugo est surtout, pour l'amateur de belles lettres, le chantre indépassable du mot, cet être vivant:

Oui, tout-puissant! tel est le mot. Fou qui s'en joue!
Quand l'erreur fait un noeud dans l'homme, il le dénoue.
Il est foudre dans l'ombre et ver dans le fruit mûr.
Il sort d'une trompette, il tremble sur un mur.

(Les contemplations)

 

Et, pour tous, il demeure le modèle de la persévérance:

Courage ! - Dans l'ombre et l'écume
Le but apparaîtra bientôt!
Le genre humain dans une brume,
C'est l'énigme et non pas le mot!

(Les rayons et les ombres)

 

Francis Richard

 

Un été avec Victor Hugo, Laura El Makki et Guillaume Gallienne, 224 pages, Editions des Equateurs

 

Un été avec Baudelaire, d'Antoine Compagnon (2015)

Un été avec Montaigne, d'Antoine Compagnon (2013)

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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 22:55
Les douanes de l'âme, de Gérard Delaloye

Le pope ayant fini d'encenser les offrandes, nous nous approchâmes pour tenir le bol contenant la colivă arrosée de vin et le soulever en rythme vers le ciel afin d'accompagner symboliquement l'âme, de la laver de ses péchés, de la soutenir dans son passage des douanes de l'âme.

 

Ce rite orthodoxe des morts, que l'auteur découvre lors du décès de son beau-père, est fascinant: il est censé permettre à l'âme du mort de réussir à passer les douanes de l'âme pour accéder à l'au-delà... C'est l'une des nombreuses choses que le lecteur peut apprendre sur la Roumanie en lisant le livre de Gérard Delaloye.

 

L'auteur est originaire du Valais. Il a épousé Adriana, roumaine d'origine, qu'il a rencontrée en Suisse. Ils ont choisi aujourd'hui d'habiter dans un paisible village de Transylvanie, non loin de Sibiu, bourg germanique de charme où gothique et baroque font bon ménage., comme le dit Ion Vianu, le préfacier.

 

Les douanes de l'âme comprend une douzaine de textes - quatre d'entre eux ont été publiés, en tout ou partie, ici en Suisse ou là-bas en Roumanie. L'auteur y montre ce qui peut, peu ou prou, relier les deux pays ou, au contraire, les différencier l'un de l'autre. Pour ce faire le voyageur et l'historien Gérard Delaloye emmène le lecteur dans l'espace et le temps.

 

Il conte ainsi la genèse du mythe qui s'est noué un soir d'été et de vacances sur les rives du Léman, à la suite d'un défi que se sont lancé Mary et Percy Shelley, et George Byron. Il s'agit d'imaginer une histoire de fantômes à partir d'un phénomène naturel. Seule Mary Shelley, avec son Frankenstein, mène son récit à son terme... et bien des années plus tard Bram Stoker crée Dracula...

 

Hergé a situé quatre albums des aventures de Tintin en Syldavie. C'est-à-dire dans un lieu qui ressemble à s'y méprendre à la Transylvanie. Tournesol y apparaît helvético-transylvain: Si Tournesol est physiquement et intellectuellement inspiré par le professeur Auguste Piccard conquérant de la stratosphère et des grands fonds marins, il doit tout par contre en matière de fusées au professeur Oberth, qu'Hergé admirait.

 

Gérard Delaloye s'est intéressé aux migrations des Saxons de Transylvanie qu'il compare à celles des Walser en Valais. Il remarque que s'ils s'évitèrent les drames des guerres de religion, les Saxons furent par contre emportés par les conflits du XXe siècle. Au nombre de 400 000 avant la Seconde guerre mondiale, répartis sur plus de 500 paroisses, ils ne sont plus que quelques milliers aujourd'hui.

 

Gérard Delaloye parle aussi de la gémellité historique de la Suisse et des Sieben Bürgen, des luthériens de là-bas, des disciples en pays sicule de Michel Servet (brûlé pour hérésie sur la colline genevoise de Champel), de la Transylvanie quand elle était hongroise, de la Bucovine dont la capitale Czernowitz est en 1918 une ville à dominante juive (avant la Shoah...).

 

Le poète Paul Celan (1920-1970) est justement juif et natif de Czernowitz. Il compose entre autres une Elégie valaisanne... Et, en 1967, il rencontre brièvement Martin Heidegger avec lequel il a en voiture un dialogue grave et à qui il adresse des paroles claires: J'espère que Heidegger prendra sa plume et qu'il écrira quelques pages faisant écho, avertissant aussi, alors que le nazisme remonte [allusion aux scores électoraux du NPD].

 

Gérard Delaloye évoque la figure d'Herta Müller, prix Nobel de littérature 2009, originaire du Banat: Dans son oeuvre Herta Müller s'inspire de sa jeunesse vécue sous la dictature du couple Ceaucescu. Elle pratique l'autofiction fondée sur des expériences vécues mais narrées avec une distanciation qui leur donne une magnifique valeur poétique.

 

A propos des Rroms et des Roumains, Gérard Delaloye tente une explication sur la malédiction qui pèse sur les premiers et qui n'est pas faite pour mettre un terme aux empoignades politiques résultant de l'assonance des deux termes: Dès qu'ils sortent de la fange, les Rroms ne se reconnaissent plus comme tels et tournent le dos à leurs anciens frères de malheur...

 

Le portrait de la Roumanie dressé par l'auteur montre qu'il connaît bien ce pays pour l'avoir sillonné dans tous les sens et pour s'être beaucoup documenté sur lui, par intérêt intellectuel et affectif. C'est pourquoi le lecteur peut avoir le sentiment de s'y introduire clandestinement avec lui et de passer de ce pays dans le sien des trésors d'érudition en contrebande...   

 

Francis Richard

 

Les douanes de l'âme, Gérard Delaloye, 132 pages Editions de l'Aire

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9 juillet 2016 6 09 /07 /juillet /2016 15:00
Les anges musiciens, de Morgane Marolleau

Attention: Ce livre contient de puissants allergènes (mathématiques, physique, géologie(<1%) et biochimie (traces))

 

Ce trait d'humour est placé au début des Anges musiciens, le dernier roman de Morgane Marolleau (qui en a déjà cinq autres à son compteur, dont quatre écrits sur les bancs de l'école quand elle était encore adolescente...). Le fait est qu'il y est question de fréquence propre et de résonance:

 

- Tout ingénieur sait qu'un système stable se caractérise par sa fréquence propre, celle des oscillations qui permettent le retour à sa position d'équilibre quand on l'en écarte.

- Tout ingénieur sait qu'il est possible de mettre en résonance un système, avec des oscillations qui vont s'amplifiant, en lui fournissant de l'énergie à la même fréquence que sa fréquence propre.

 

L'avertissement qui suit l'attention préalable n'est pas moins humoristique que celle-ci: Ceci est une fiction, malgré une base de recherches solides, les résultats et les lois de la physique ont été adaptés selon les caprices de l'auteur. Merci de ne pas tenter l'expérience chez vous. Ni chez les autres, est-il précisé dans une note de bas de page.

 

Lucie et Mélodie ne sont qu'une seule et même personne: Lucie est infirmière le jour, Mélodie est chanteuse le soir. Cette dualité explicite se retrouve dans son physique: c'est une métisse à la peau ébène, aux yeux couleur huître et à la chevelure blonde (un physique qui n'aurait pas déplu à Georges Fourest...).

 

A ses moments perdus, rares, cette jeune femme, la trentaine, mène des recherches, jusque-là infructueuses, qui pourraient concilier en elle ses deux aspects professionnels et physiques: elle cherche à trouver la bonne musique qui limiterait les risques de maladie et aiderait à la guérison des patients.

 

La bonne musique serait celle où les fréquences des notes agiraient sur l'ADN, les cellules cancéreuses, l'activité cérébrale etc. N'utilise-t-on pas déjà les radiofréquences dans les hôpitaux pour détruire des tumeurs? Des études n'ont-elles pas prouvé le côté néfaste des fréquences émises par des téléphones portables et du Wifi?

 

Toute découverte peut évidemment être employée à mauvais escient. Ce n'est pas la découverte elle-même qui est en cause, ce que l'on a tendance à oublier, comme lorsqu'on incrimine le pistolet plutôt que celui qui appuie sur la détente... Ainsi la musique n'adoucit-elle pas toujours les moeurs. Elle est même ici à l'origine d'un séisme improbable.

 

Les fréquences des notes d'une musique transmises par les enceintes d'un groupe musical font ainsi s'effondrer, par résonance avec leurs fréquences propres, des bâtiments de la ville, où habite Lucie-Mélodie, à commencer par le centre commercial à l'heure de pointe, provoquant un grand nombre de victimes, sans que l'on comprenne alors quelle en est la cause.

 

Les événements s'enchaînent à partir de là dans ce thriller à rebondissements et, peu à peu, le lecteur découvre pourquoi un repris de justice s'acharne à détruire des bâtiments publics de la ville en employant cette arme de destruction massive que peut être la musique quand elle est fréquentiellement mauvaise.

 

Tous les protagonistes sont des jeunes gens, de 20 ans à 30 et quelque. Ils ont tous de bons sentiments, même, au fond, le méchant de ce thriller original, qui n'a pas besoin de sombrer dans le glauque pour captiver l'attention du lecteur. L'auteur fait preuve de beaucoup d'inventivité et d'humour; elle a une vision rafraîchissante du monde dont son style est le fidèle reflet.

 

Le livre contient quelques morceaux de bravoure qui confinent à la satire moliéresque et qui montrent un réel potentiel, tel que ce passage où la saxophoniste Lorelei explique le style de poésie qu'elle a adoptée, la télégrammie, après être tombée sur de vieux télégrammes et avoir été subjuguée par la puissance de leur énoncé signifiant malgré leur concision:

 

Chaque mot était payant, les mots sont donc simplifiés au maximum, au point d'en devenir complètement asyntaxique, et pourtant le sens est toujours là, porté par l'essence même des unités significatives et la transparence d'une syntaxe positionnelle qui juxtapose les éléments dans l'ordre de la phrase courante.

 

Tout cela est prometteur. D'autant que l'auteur souhaite à son lecteur de prendre autant de plaisir à la lire qu'elle en a pris à écrire. Sans avoir lu ses précédents ouvrages, il ne peut que penser qu'elle a acquis quelque façon en les mettant de la sorte sur le métier. Dans son cas, persévérer ne sera donc pas diabolique.

 

Francis Richard

 

Les anges musiciens, Morgane Marolleau, 326 pages, Les éditions Ganou

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5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 21:55
Le chant du biloba, de Cornélia de Preux

Le gingko biloba. Il s'agit d'un arbre très spécial. Le gingko biloba existait déjà avant l'apparition des dinosaures. Et, comme je te l'ai déjà dit, il devient très, très vieux. Mieux, il ne meurt pas. Jamais de vieillesse en tout cas. C'est ce qu'explique Gretel à Tiwi, dans Le chant du biloba de Cornélia de Preux.

 

Groumma, Margarete Grimm, Gretel, occupe la chambre 63, de La Tourbière, un home où, tous les dimanches après-midi, la retrouve Tiwi, son arrière petite-fille de quinze ans.  Depuis la baie vitrée de cette chambre, elle a vue sur le parc, les épicéas bleus et le colossal gingko biloba tel que défini ci-dessus.

 

Tiwi est une boule métisse en leggings noirs qui se fond dans un chemisier blanc et une corolle de jupes mauves. Tiwi est une enfant adoptée. Elle ne connaît pas ses parents de peau. Ses parents de papier sont Jutta et John, qui l'aiment, certes, mais ne prennent pas beaucoup de temps pour être avec elle, week-end ou pas.

 

Tiwi est en vacances pour une semaine. Alors, plutôt que de passer une semaine seule à la maison, elle décide de partir, sans rien dire à ses parents, avec Lupesco et Gretel, l'un et l'autre étant supposés avoir eu l'accord de ses parents pour participer à un grand meeting de coccinelles et de bus VW.

 

Car Lupesco, Lupu, qui a gardé Tiwi quand elle était petite, a un bus VW, un modèle antédiluvien, un vieux clou lifté de tous les côtés, un minivan type 2 de 1950, qu'il a baptisé Cucarachita et qui ne dépare pas au milieu de tous ces véhicules VW des amateurs de la Coccinellomania, la grande parade automobile.

 

Evidemment les parents de papier de Tiwi n'étaient pas au courant de cette fugue en mode mineur. Pire, ils ne s'aperçoivent pas tout de suite qu'elle a disparu du logis familial, car, ils rentrent tous deux tard ce dimanche-là. Quand enfin ils s'en rendent compte, ils sont aux quatre cents coups.

 

En désespoir de cause Jutta et John s'adressent à la police pour la retrouver. Laquelle va suivre plusieurs pistes, tandis que le trio Gretel, Tiwi et Lupu, connaît bien des péripéties. L'histoire prend des allures de conte, mais pas tout à fait cependant, puisqu'elle ressemble quand même beaucoup à la vraie vie:

 

Dans les contes, les méchants sont méchants et les bons sont bons. Dans la vie, c'est moins simple. Tout n'est pas noir ou blanc, tout est mélangé, emberlificoté, empêtré.

 

En tout cas cette histoire-là aidera certainement Tiwi à grandir, par la grâce qu'y apporte son arrière-grand-mère. Cette histoire, avec sa chute, au dernier chapitre, qui porte le numéro 63, comme celui de la chambre de Gretel à La Tourbière, lui servira en effet, comme servent les contes aux couleurs de la vraie vie:

 

A croiser des gens différents, avec des comportements étranges, mais aussi, mais surtout à confronter les enfants avec les démons ordinaires. A leur faire regarder en face la folie, l'intolérance, l'oppression, le racisme, l'orgueil, la couardise. A apprivoiser la séparation, la maladie, la mort.

 

Francis Richard

 

Le chant du biloba, Cornélia de Preux, 216 pages, Plaisir de lire

 

Livre précédent chez le même éditeur:

 

L'aquarium, 152 pages (2012)

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 22:55
L'ombre de nos nuits, de Gaëlle Josse

Au Musée des Beaux-Arts de Rouen se trouve un tableau intitulé Saint Sébastien à la lanterne, d'après Georges de La Tour, peintre du XVIIe. Ce tableau est reproduit sur la jaquette du roman de Gaëlle Josse, L'ombre de nos nuits. Et ce choix de l'éditeur ne doit rien au hasard.

 

Trois voix s'expriment dans ce livre: celle d'une femme qui, en 2014, découvrant au musée de Rouen cette copie d'un original perdu, retrouve en Irène soignant Sébastien la façon dont elle a aimé B., celle de Georges de La Tour, qui peint ce tableau début 1639, et celle de Laurent Collet, un de ses deux apprentis - l'autre moins doué est son fils Etienne -, qui pourrait être l'auteur de la copie.

 

L'épigraphe de René Char, tirée du Nu perdu:

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie.

Telle est la voie sacrée.

est en quelque sorte la clé de cette histoire.

 

La femme a beaucoup aimé B. Le regard d'Irène penché sur la flèche qui est fichée dans la cuisse de Sébastien lui fait revivre son amour pour lui. Il y a en effet dans le regard d'Irène cette attention de dentellière penchée sur son carreau, à regarder son motif sous ses doigts, et rien d'autre, qu'elle lui portait.

 

La femme a deviné qu'il y avait chez B. des vies antérieures incandescentes et des feux mal éteints mais ne savait pas qu'il vivait dans un brasier, et qu'il y aurait toujours une ombre à leurs nuits. Elle s'est perdue dans sa souffrance jusqu'au moment où elle a pris conscience de la sienne:

 

J'ai voulu te guérir et n'y suis pas parvenue. La flèche était enfoncée trop profondément, et j'ai compris, trop tard aussi, que tu ne désirais pas vraiment t'en débarrasser, plus effrayé encore par le vide qui allait prendre sa place que par la douleur qu'elle te causait.

 

Elle a beaucoup aimé et beaucoup donné, plus qu'elle ne pouvait reprendre. Elle avait oublié B. ou presque, jusqu'à ce jour de 2014, où le tableau d'après Georges de La Tour lui a remis en mémoire leur histoire qui un jour s'est déchirée. C'est à ce moment-là que lui est revenue en pleine figure cette phrase soulignée dans un livre:

 

L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à celui qui n'en veut pas.

 

Si ce tableau a un tel effet sur cette femme, c'est qu'il s'agit d'une oeuvre profonde où le peintre a mis toute son âme et tout son art au service de cet amour fait de lumière et de mystère que le Créateur dispense. Aussi est-il important de lui donner la parole pour qu'il dise lui-même, en détails, comment il l'a conçue.

 

Il n'est pas moins important de donner la parole à son apprenti Laurent, témoin privilégié de la genèse de cette oeuvre, qui dépasse son auteur et qui est paradoxalement lumineuse, alors qu'une simple lanterne éclaire les soins que prodigue une femme attentionnée à retirer sa dernière flèche reçue à un soldat blessé.

 

Ces deux voix de Georges et de Laurent, des voix du XVIIe, sont prémonitrices et explicatives. Elles sont révélatrices de l'envers du tableau. Ce sont des voix bien humaines, qui expliquent pourtant comment un artiste peut se surpasser et trouver un écho dans celle d'une femme meurtrie, à plusieurs siècles de distance:

 

Si l'amour ne s'accompagne pas d'une totale confiance, il n'est pas. Il est aventure, parenthèse, emballement, caprice, arrangement, plaisir, loisir. Croire en l'autre suppose l'abandon de nos résistances, de notre défiance. Don total qu'on veut croire réciproque. Si, à l'instant de la rencontre, cela n'est pas, nous ne savons pas aimer.

 

Francis Richard

 

L'ombre de nos nuits, Gaëlle Josse, 208 pages Les Éditions Noir sur Blanc

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 22:15
Vocation: promeneur, de Christoph Simon

Promener ou se promener est considéré par la plupart des gens comme un loisir, un moyen de s'évader, un moment propice à la rêverie. De là à en faire une vocation, il y a un pas, que même Jean-Jacques n'aurait pas osé franchir. Eh bien le héros du livre de Christoph Simon pense qu'il a cette vocation, et il la revendique.

 

Lukas Zbinden est le nom de ce promeneur impénitent, et débonnaire. Pendant sa vie active, il était instituteur, mais maintenant qu'il est à la retraite, quand ses jambes le lui permettent encore, il se livre volontiers à cette activité dont il a toujours vanté les mérites. Mais il faut reconnaître que son prosélytisme n'est pas du goût de tout le monde.

 

A la maison pour aînés, Kâzim, le nouveau civiliste - il y accomplit son service civil -, l'aide à descendre l'escalier qu'il préfère à l'ascenseur. A de multiples reprises, escalier descendant à son bras, il lui fait l'éloge de la promenade. Et Kâzim, pas contrariant, l'écoute indéfiniment, sans broncher, d'une oreille réceptive à ses monologues.

 

Lukas Zbinden n'est pas un promeneur solitaire: il se promène en compagnie. Lukas Zbinden n'aime pas se promener dans la campagne: c'est un promeneur urbain, qui aime écouter les conversations dans la rue. Qu'est-ce que se promener veut dire pour ce promeneur plein de bienveillance? Trouver qui l'on est et aimer ce que l'on découvre.

 

Il est plusieurs genres de promeneurs: les sérieux qui veulent que cela les mène à quelque chose; les charmants qui sourient et à qui tout sourit; les intuitifs qui, comme feue sa femme Emilie, ne connaissent pas les chemins rectilignes; les du dimanche qui se promènent tout d'abord pour la bonne raison que c'est dimanche...

 

La promenade est un bon remède contre l'apathie, à condition, bien sûr, de la surmonter. Et le promeneur y parvient en la gardant en mémoire, en la racontant aux autres, à l'oral ou à l'écrit, a fortiori quand il l'a faite sans être accompagné. Mais, attention, prévient-il, ce ne sont pas les mots qui importent, mais le vécu.

 

Ce travail de mémoire, chez les promeneurs entraînés, les conduit à différencier les chemins par leur nature - trottoirs, asphalte, allées, corsos etc. - et par la révélation de leur être profond: ils peuvent être heureux, souffreteux, sournois, enjoués, pleins de sagesse, moroses, sombres, haineux, enjoués etc.

 

Pour Zbinden, l'art de ne pas s'ennuyer en promenade consiste à examiner le même objet que la veille, mais en pensant à autre chose... Se promener n'est pas une perte de temps, même si l'on ne cherche pas de résultat. Il a pourtant découvert qu'un grand nombre de scientifiques, de musiciens et de poètes ont trouvé des solutions surprenantes à leurs problèmes en se promenant...

 

Bref Lukas Zbinden est intarissable sur son sujet de prédilection. Mais il l'est sur bien d'autres tels que les pittoresques pensionnaires du home, qu'il observe avec acuité, telle que sa femme Emilie qu'il a vraiment aimée et qui lui manque, tel que son fils Markus dont il n'a pas su se faire aimer, telles que ses tempêtes et passions professionnelles.

 

Le roman de Christoph Simon est donc aussi une promenade dans la vie de son narrateur: jadis, naguère et aujourd'hui. Et celui-ci se révèle un sacré conteur, qui, de digression en digression, raconte cette vie avec philosophie, avec le recul du promeneur qui sait fort bien passer en revue son vécu. Il sait aussi qu'au bout du compte, les chaises longues seront pour lui et Emilie...

 

Francis Richard

 

Vocation: promeneur, Christoph Simon, 192 pages (traduit de l'allemand par Marion Graf) Zoé

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 22:15
Condamné au bénéfice du doute, de Pierre Béguin

La règle en matière pénale est la présomption d'innocence. Qu'est-ce à dire? Que c'est à l'accusation, voire à la partie civile, de démontrer qu'un prévenu est coupable du crime dont il est accusé, ce qui n'exonère pas la défense de démonter les preuves apportées, d'arguer qu'elles ne sont pas probantes et qu'elles laissent subsister un doute.

 

S'il y a doute, il doit, en principe, profiter à l'accusé. C'est pourquoi le titre du roman de Pierre Béguin, Condamné au bénéfice du doute, interpelle le chaland, avant même qu'il ne se transforme en lecteur. L'expression habituelle, de circonstance, n'est-elle pas plutôt relaxé au bénéfice du doute ou, pour les crimes qui sont jugés en cours d'assises, acquitté au bénéfice du doute?

 

Dans ce roman, l'accusé est un notable et pas n'importe qui: c'est Me Philippe Joncour, avocat reconnu, civiliste de réputation internationale, ancien bâtonnier au barreau, député au Grand-Conseil de la République et du canton de Genève, chef d'un parti politique influent, administrateur, président et vice-président de multiples conseils d'administration parmi les plus importants du pays.

 

Eh bien ce notable, honoré et honorable, est accusé d'un meurtre qu'il aurait commis à l'aide d'un revolver sur la personne d'un certain Louis Kurmann, qu'il ne connaissait pas mais qu'il aurait achevé de quatre coups de poignard. Pour ce crime il a été condamné à sept ans de réclusion et dix ans de privation de droits civiques. Il aurait dû normalement être condamné à la réclusion à vie ou être acquitté:

 

Mais sept ans! J'étais condamné au bénéfice du doute...

 

Derrière cette façade d'avocat brillant il y a un homme qui n'est pas heureux en ménage. Avec sa femme, qui est belle, il a eu trois enfants, mais elle ne partage rien avec lui: ni idées, ni goûts, ni ambitions. Aussi, leurs liens étant distendus, s'éprend-il un jour d'une secrétaire de direction, Lorelei Beck, de quinze ans plus jeune que lui, rencontrée lors du repas de fin d'année d'un des nombreux conseils d'administration dont il a la charge.

 

Cette liaison dure huit années. Mais elle doit demeurer secrète afin de ne pas nuire à la sacro-sainte réputation de l'avocat. Elle offre de plus l'opportunité à Philippe d'être le pygmalion de Lorelei. A la longue, devenue tumultueuse et sans issue, elle va le conduire devant la cour d'assises avec le verdict que l'on sait. Trente ans après sa condamnation, Philippe Joncour prend la plume pour réviser lui-même son procès.

 

Dans le prologue, Philippe Joncour, qui a surtout souffert de la mise à nu de sa vie privée, écrit cependant: Je ne vous cacherai rien de mes bassesses, je descendrai au plus profond de mes intentions les moins glorieuses, je jetterai la lumière sur mes refoulements inavouables, sur mes mensonges les plus odieux. J'assurerai ma défense, mais je ne vous cacherai rien de ce qui pourrait la mettre à mal. Le reste, je le laisserai à votre jugement...

 

Alors, devenu un vieil homme, qui a aimé, qui sait ce que c'est que l'amour, et qui connaît l'essentiel: la passion et la mort, il fait le récit de sa vie et, récit faisant, verse au dossier des éléments de son procès: interventions des différentes parties, compte-rendus dans la presse, témoignages etc. Et le lecteur, du coup, ne sait plus que penser de cette condamnation, reposant sur des faisceaux d'indices accablants, non sur des aveux ou des preuves indubitables...

 

En épigraphe du livre, Pierre Béguin a mis cette citation laconique de Jean (11, 39): Ôtez la pierre. Jésus s'adresse ainsi aux Juifs qui entourent le sépulcre où repose la dépouille de son ami Lazare, la pierre dont il est question étant celle qui ferme son tombeau. En faisant ôter la pierre et en réveillant Lazare, Jésus révèle par là-même l'Être qu'il est.

 

Avec ce curieux plaidoyer qui ne cache rien de ses zones d'ombre, de ses sentiments et de ses troubles du caractère, Philippe Joncour ôte la pierre qui les recouvre: La vérité de l'être importe davantage que celle des faits et c'est dans la première qu'il faut d'abord chercher pour appréhender la seconde. En bon avocat de lui-même il fait dès lors planer le doute sur sa culpabilité, tout en rappelant habilement qu'un homme n'est pas seulement un être de raison.

 

Francis Richard

 

Condamné au bénéfice du doute, Pierre Béguin, 208 pages, Bernard Campiche Editeur

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 22:45
L'âge de l'héroïne, de Quentin Mouron

Les titres de romans policiers sont souvent tout un poème. Jean-Patrick Manchette avait intitulé un de ses opus, Morgue pleine, et A.D.G. l'un des siens Le Grand Môme. Plus récemment, Maxime Chattam a donné pour titre Le coma des mortels à l'un de ses polars. Le titre du roman de Quentin Mouron, L'âge de l'héroïne, s'inscrit dans cette tradition, où les bonheurs d'expression et les mots consonnants jouent avec les références.

 

Dans ce roman, il y a en fait trois héroïnes et un héros: une libraire berlinoise de 70 ans, Mlle Schulz, spécialisée dans les livres anciens, une serveuse de fastfood américain de 17 ans, Leah, opérant dans une petite ville du Nevada située au milieu de nulle part, une drogue, la plus âgée des trois, puisqu'elle a été découverte fin XIXe...et, comme il se doit, un détective, Franck, dont le flair s'est perdu dans les fantasmes de l'âge...

 

Le roman commence par une ouverture baroque qui a pour cadre la librairie du Nouveau Monde de Mlle Schulz à Berlin. Franck, bibliophile éclairé, sniffe un trait de cocaïne à même la couverture du Tanzai et Néardané de Crébillon fils (dans l'édition Pékin Lou-Chou-Chu-La de 1734), avant de trousser la vieille libraire très portée sur la poésie (Ouvrez-moi le cul et fermez votre gueule), non sans avoir, au préalable, ôté sa chevalière...

 

Retourné sur place pour récupérer sa bague oubliée, Franck découvre Mlle Schulz décapitée, la tête posée sur un plateau d'argent. Son petit doigt lui dit que c'est la signature d'un dandy, bibliophile comme lui, alors que c'est en fait le crime d'un récent converti à l'islam, qui, ayant vu dans la devanture une édition originale du Mahomet de Voltaire, n'a pas obtenu de Mlle Schulz qu'elle l'en retire...

 

Le lecteur est prévenu. L'intuition de Franck n'est plus ce qu'elle était. Aussi quand Brad Medley se fait voler un arrivage d'héroïne et lui demande de trouver ceux qui l'ont doublé et de retrouver la blanche marchandise, le même lecteur n'est-il pas autrement surpris que Franck ait bien du mal à démêler le vrai du faux dans cette histoire de vol et se fourvoie allègrement quand il se rend à Tonopah, Nevada, pour enquêter.

 

Les autres personnages de ce vaudeville appliqué sur la tragédie sont du même acabit que lui. Quentin Mouron laisse libre cours à sa verve pour les décrire et leur donner vie et c'est sans doute là que réside l'intérêt de son polar noir et déjanté, c'est-à-dire dans l'atmosphère burlesque qui en résulte et qui réjouira les amateurs:

 

- La serveuse du Jenny's Dinner: Leah, à première vue, incarne la lettre et l'esprit du fastfood américain: un accueil chaleureux, souriant, fardé, des cheeseburgers savoureux et des pipes dispensées avec empressement, presque avec grâce.

 

- Cobby, le chauffeur de Franck: Un diable anesthésié, gluant. Il n'y a rien d'humain dans ce regard, rien de charnel. Un diable auquel on aurait retiré la séduction, émoussé les poignards, refroidi les grills. La souffrance ne l'émeut pas. Ni la beauté. Ni la grandeur. Il est celluloïdal, tout de toc.

 

- Ray Obston, le parrain de Leah, ancien motard, dealer, braqueur, apparemment rangé: Il suffit de le regarder s'activer autour de son motor-home en ruines, galérer chaque mois pour trouver de l'argent, ramener scrupuleusement ses canettes vides au supermarché proche. Personne ne se hasarderait à flairer sur sa vareuse trouée, reprisée, sablonneuse, le gangster de grande classe, le bandit extatique.

 

L'intrigue, dans ces conditions, semble bien accessoire. Après l'ouverture baroque, le  développement  en est en quelque sorte la suite classique ... et les rebondissements ne font que souligner le manque d'héroïsme des protagonistes à l'exception peut-être de cette Leah de 17 ans, à laquelle le titre du polar fait entre autres allusion et dont l'espace de liberté se réduit à un placard sous le poster d'Elvis, de Marie et de Bob l'Eponge...

 

Francis Richard

 

L'âge de l'héroïne, Quentin Mouron, 144 pages, La Grande Ourse

 

Livre précédent chez le même éditeur:

Trois gouttes de sang et un nuage de coke (2015)

 

Livres précédents chez Olivier Morattel Editeur:

La combustion humaine (2013)

Notre Dame de la Merci (2012)

Au point d'effusion des égoûts (2011)

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 22:15
Jeanne, de Véronique Timmermans

La vocation, au sens catholique, est un appel, que Dieu fait à un homme ou à une femme, à s'engager dans une vie religieuse, sacerdotale ou monacale. L'appelé, ou l'appelée, devrait être libre de répondre ou non à cet appel, si d'ailleurs appel il y a. Cela n'est pas toujours le cas, avec de terribles conséquences humaines. Véronique Timmermans aborde ce sujet délicat dans son roman.

 

Jeanne, dix-neuf ans, le jour d'après-guerre où André vient à la maison avec son frère Jos, qui est prêtre comme lui, est troublée par cet homme de dix ans plus âgé qu'elle. Elle sent tout de suite qu'il est beau et charmant comme aucun autre homme: Je fus séduite immédiatement et entièrement, et fis tout pour le dissimuler à mes parents. Elle le fait parce qu'elle sait très bien qu'il s'agit d'amours interdites...

 

Bien plus tard, quand Catherine, sa fille, chercheuse à la Sorbonne, demande à Jeanne de lui parler de son père André, celle-ci se tait. Quand Jos, son frère, se meurt, Jeanne ne veut pas se rendre à son chevet et demande à Catherine d'y aller à sa place. Catherine ne comprend pas pourquoi ce silence, pourquoi cette coupure entre Jeanne qui s'est établie à Loubian, dans le Midi, et sa famille, qui vit à Gand.

 

Tandis que Catherine cherche à connaître l'histoire de ses parents, en s'occupant notamment, après sa mort, de liquider les affaires que son oncle Jos a laissées dans sa maison, le lecteur lit un texte écrit de la main de Jeanne où elle raconte son histoire d'amour avec André et les obstacles dressés par leurs deux familles pour empêcher qu'ils ne se voient, qu'ils ne s'écrivent et qu'ils ne s'aiment.

 

En fait André n'est pas devenu prêtre de son plein gré. C'est son père qui lui a demandé de faire un choix qui n'en était pas un: ou reprendre l'étude notariale familiale, ou, à défaut, devenir prêtre... Son propre père lui avait imposé de lui succéder et de renoncer à sa vocation religieuse, ceci expliquant cela, même si cet autoritarisme est incompréhensible aujourd'hui et n'était déjà pas une excuse.

 

Dans sa quête pour retrouver ses origines, Catherine reçoit heureusement l'appui d'Antoine, la quarantaine, un sculpteur sur bois, dont elle fait la connaissance à l'épicerie de Loubian... Cet appui ne sera pas de trop quand elle découvrira la véritable histoire de ses parents, de son père qu'elle n'a pas connu et de sa mère, une artiste qui a fait les Beaux-Arts à Bruxelles et l'a élevée seule à Paris. 

 

Véronique Timmermans aborde donc ce sujet délicat des amours entre une femme et un prêtre. Et elle le fait avec délicatesse justement. Car elle laisse au lecteur le soin de se faire une opinion par lui-même à partir du texte de Jeanne et du récit de la quête de Catherine. Leurs deux époques parallèles, finement restituées, finissent par se concilier, laissant présager que l'histoire familiale n'en restera pas là.

 

Francis Richard

 

Jeanne, Véronique Timmermans, 242 pages, Plaisir de lire   

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 20:55
D'ailleurs, les gens..., de Pauline Desnuelles

Pourquoi la chanson de Maxime Le Forestier, Né quelque part, trotte-t-elle dans l'oreille de celui qui lit Pauline Desnuelles? Parce que, dans son livre plein d'empathie, D'ailleurs, les gens..., les gens dont il s'agit sont nés quelque part, de par le vaste monde, sans être pour autant ces imbéciles heureux, dont se moque à juste titre Georges Brassens dans sa fameuse ballade.

 

Maxime Le Forestier chante la loterie qu'est la condition humaine:

 

On choisit pas ses parents,
On choisit pas sa famille,
On choisit pas non plus
Les trottoirs de Manille
De Paris ou d'Alger
Pour apprendre à marcher.
Être né quelque part
Être né quelque part
Pour celui qui est né
C'est toujours un hasard.

 

Les gens de Pauline Desnuelles sont ainsi dix-neuf nés quelque part, qui en Equateur, qui en Croatie, qui en Bosnie, qui au Pérou, qui aux îles Fidji, qui en Corée, qui au Sénégal, qui au Portugal, qui en Mongolie, qui au Cap-Vert, qui en France, qui en Suisse, qui en Espagne, qui en Allemagne, qui en Roumanie, qui en Côte d'Ivoire, qui en Erytrée...

 

Ce sont des femmes et des hommes, de tous horizons donc, de tous âges, de toutes conditions, qui sont partis d'ailleurs pour cet autre ailleurs qui se trouve ici, en Suisse, ou qui y sont revenus. Maxime Le Forestier chante là-encore ce va-et-vient universel de nombre de gens que favorise la plus ou moins récente (libre?) circulation des personnes sur la planète:

 

Être né quelque part
C'est partir quand on veut,
Revenir quand on part.

 

Mais tous les endroits ne se valent pas:

 

Est-ce que les gens naissent
Egaux en droits
A l'endroit
Où ils naissent?

 

Alors la Suisse? Toute imparfaite qu'elle soit, elle n'est pas la dernière à recevoir des exilés. Bien souvent on ne voit que ceux d'ici qui accueillent mal ceux de là-bas ou qui les maltraitent, on ne voit pas tous ceux qui leur viennent en aide. Et ce livre raconte les uns et les autres. Par bonheur, ici les solidarités naturelles n'ont pas toutes été évincées par la solidarité forcée...

 

Pauline Desnuelles, dans ces portraits, ne cède pas à la facilité. Elle aurait pu faire le récit de ces dix-neuf existences, la plupart précaires, sous forme d'entretiens ou, en prenant ses distances,  sous forme de narrations à la troisième personne. Elle a préféré se mettre réellement à leur place en les personnifiant à la première et en écoutant battre leurs coeurs sous sa plume.

 

Car Pauline Desnuelles aurait pu aussi bien adopter le langage parlé, plus ou moins bien parlé d'ailleurs, de ceux qui ne maîtrisent pas la langue d'ici, et en reproduire les accents, les imperfections. Elle a préféré leur donner généreusement sa parole, bien tournée, solide, harmonieuse, avec le souci toutefois de restituer la culture sur laquelle leurs personnalités se fondent. 

 

Dans sa préface Sylvain Thévoz est touché par le fait que les différences abyssales entre ces gens, dont le livre fait le récit individuel, ne l'empêchent pas d'atteindre à quelque chose de plus grand: Il accomplit ce geste qui comme le rappelle Gilles Deleuze, permet de passer d'une petite histoire personnelle à un récit universel. Mouvement que le philosophe nomme littérature.

 

Et c'est bien à la littérature qu'appartiennent ces histoires humaines. Seule la littérature permet cette métamorphose du particulier à l'universel. Mais c'est à la condition que ce particulier soit authentique, c'est-à-dire profondément humain. Dès lors le lecteur est à même de reconnaître ici ou là quelque chose ou quelque pensée qui lui ressemble. Sans quoi se laisserait-il toucher?

 

Francis Richard

 

D'ailleurs, les gens..., Pauline Desnuelles, 150 pages, Editions des Sables

 

Livre précédent :

 

Au-delà de 125 palmiers, 112 pages, Rémanence (2015)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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