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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 22:30
Love stories, de Vincent Kappeler

"Salut chérie, c'est moi!

- Très bien, je vais me coucher."

Armand Schneider se sentit soudain incompris.

Il venait de rentrer d'un long voyage et s'attendait à un accueil plus chaleureux. Il rangea quelques affaires dans un sac de sport, regarda une dernière fois sa femme, Mathilde, dormir dans leur lit et mit le feu aux rideaux du salon.

 

C'est un bon début, n'est-ce pas? C'est du Vincent Kappeler dans ses oeuvres. Mais c'est aussi la fin de la première des Love stories racontées dans ce volume, prologue à toute une série d'histoires semblables, et, disons-le, totalement invraisemblables.

 

Ainsi les amours de Paul et de Jeanne se terminent-elles de façon aussi loufoque (en plus tragique) que celles d'Armand et de Mathilde, puisque Jeanne succombe à une crise cardiaque en raison du vacarme dû au sprint terrible de Paul sur leur vélo d'appartement.

 

Le long voyage dont il est question au début est celui qu'en 2004 Armand accomplit avec Paul en Sibérie: ils s'y sont tous deux lancés sur la Trace des goulags... Dix ans plus tard, en 2014, les deux touristes y retournent et y retrouvent Anaïs Pavliochenka.

 

Entre-temps, après que Mathilde l'a quitté, suite à l'incendie, Armand a épousé Laura, la réceptionniste de l'hôtel où il se réfugia cette nuit-là, qui était auparavant tombée amoureuse d'un cochon d'Inde, puis d'un malade, dont les vies furent bien brèves.

 

Après ce nouveau long voyage, Armand retourne auprès de Laura. Le lecteur, pris tantôt de compassion tantôt de fou-rire tout au long de ces histoires tragi-comiques, avant de connaître le mot de la fin, se doute de ce qui adviendra à la suite de son absence...

 

Francis Richard

 

Love stories, Vincent Kappeler, 80 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Loin à vol d'oiseau (2015)

Les jambes d'abord sont lourdes (2017)

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15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 22:00
Passage de la Déroute, de Monique Rebetez

Le nom du lieu leur avait plu et, lorsqu'on leur demandait où ils iraient cet été, ils s'amusaient à répondre qu'ils passeraient une semaine aux Pieux.

 

Les Pieux existent. C'est un village du Cotentin, au sud de Flamanville, où se trouve la centrale nucléaire du même nom, située elle-même à 20km au sud de l'usine de retraitement des déchets nucléaires de La Hague.

 

Alexandre Bessire et sa femme Claire sont donc venus du Jura pour y passer leurs vacances à partir du dimanche 12 juillet, dans une maison isolée, La Roche à Coucou, tenue par la famille Langlois, à mi-chemin entre la mer et le village.

 

Le Passage de la Déroute est le canal maritime qui sépare les îles anglo-normandes et la côte occidentale du Cotentin. Comme le note en fin d'ouvrage Monique Rebetez, les courants du Raz Blanchard y sont parmi les plus forts du monde.

 

Même si Alexandre et Claire n'ont pas choisi ce lieu de villégiature pour cette raison, Alexandre, ingénieur de formation, spécialisé dans les éoliennes, n'est pas en terrain totalement inconnu puisqu'il s'occupe lui aussi de courants, de courants d'air...  

 

Drôle d'idée, en tout cas, de passer des vacances dans le Cotentin, où il ne fait pas souvent beau, même en été... Cela ne va pas les empêcher de s'occuper, chacun de leur côté, lui en se rendant dans le nord de la presqu'île, elle à proximité.

 

La présence à La Roche à Coucou d'une jeune pianiste de 17 ans, Laly, nièce de la propriétaire des lieux, qui joue dans le salon, sous le poster du Blue and Grey de Rothko, va être déterminante dans leur façon de s'occuper.

 

Claire se lie avec Laly, qui lui ressemble et qui lui rappelle qu'il y a quinze ans elle a perdu un enfant d'Alexandre mais le lui a caché parce que de toute façon il n'en voulait pas: Les enfants, on les fait peut-être à deux, mais on les perd toute seule...

 

Alexandre mène son enquête sur Laly, dont le père, François, et la mère, Lisa sont morts le jour de sa naissance, un 9 août, dans un accident de voiture, survenu quatre mois après que de graves accusations ont été portées contre François

 

François, chargé de la sécurité à La Hague, aurait en effet transmis à des opposants à l'usine des informations sur de graves dysfonctionnements qui s'y seraient produits. Alors qu'il était l'honnêteté et la discrétion mêmes...

 

Alexandre et Claire forment un couple fait de deux individus libres de leurs actes. C'est le principe, voulu par Alexandre et accepté par Claire, qui préfère qu'il soit intermittent du ménage plutôt que fonctionnaire matrimonial.

 

Seulement le principe est une chose et la réalité peut être autre. Car, comme le dit Laly à Claire: Il y a parfois des choses qu'on voudrait ne pas avoir besoin de dire pour qu'elles soient comprises. Et quand ça ne l'est pas, ça peut créer de la distance...

 

Francis Richard

 

Passage de la Déroute, Monique Rebetez, 144 pages, Favre

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14 avril 2018 6 14 /04 /avril /2018 22:15
200 mètres nage libre, de Pauline Desnuelles

Il y a trois mois qu'elle est arrivée au Cap-Vert. De vert, il n'y en a pas sur ces terres arides. Elle regarde le ciel. Du bleu, rien que du bleu. Ça devient normal. On s'habitue.

 

Elle s'appelle Esther. Elle est polonaise. Elle aurait pu devenir vendeuse dans un magasin de luxe, à Cracovie. Signe distinctif: Il lui manque une incisive, son charme en est décuplé, puissance 2000...

 

Lui s'appelle Liam. Il est irlandais. Il était maître d'oeuvre. Il a plaqué son job. Son histoire d'amour avec Aslinn a tourné court: il lui était très attaché, elle beaucoup moins... Physiquement, avec son corps compact, il a l'air d'un viking timide...

 

Esther et Liam sont tous deux des exilés: Quel est cet instinct grégaire qui pousse les autochtones d'un côté, les expatriés de l'autre? Peut-être cela explique-t-il qu'ils se retrouvent ensemble, dans les bras l'un de l'autre.

 

Ici Esther travaille dans un hôtel, sert au restaurant et fait quelques massages. Le flux des touristes est irrégulier à Brava. C'est ce qu'elle aime dans ces îles, le passage clairsemé d'étrangers, l'absence d'infrastructures à l'Européenne.

 

Ici Liam est moniteur de kitesurf: il a commencé à le pratiquer sur les plages irlandaises, à une heure de route de sa petite ville. Souvent le vent retombait avant qu'il n'atteigne la côte... Il donne aussi des cours de natation aux jeunes de Saô Vincente, une île de navigateurs, pas de nageurs...

 

Liam organise un championnat dans le bassin de Baias das Gatas: Quatre fois cinquante mètres. Du crawl. La brasse juste pour reprendre des forces, soit 200 mètres nage libre, une distance que Pauline Desnuelles invite le lecteur à traverser allègrement...

 

Seulement cette traversée n'est pas sans remous, car manque à l'appel la meilleure élève de Liam: Elea, la championne. Son sourire, son entrain, son long corps musclé frappant l'eau. Son mental d'acier. Jamais une parole négative...

 

Elea disparue, Liam tombe en effet de son piédestal et devient bouc émissaire:

 

On s'en prend à l'Irlandais, avec ses bonnes intentions mielleuses, qui pensait tout changer, entraîner la population locale dans ses fantasmes d'Européen. Quelle connerie, cette compétition!

 

Quelle que soit l'issue de cette histoire, rien ne sera plus jamais comme avant pour Liam, qui aime pourtant ici la chaleur, le kitesurf au quotidien, la lumière, le vent fort, le contact avec les gens, la bière Strela, le sable dans les rues, manger peu et sainement...

 

Peut-être, au moins, Esther sera-t-elle toujours là pour lui, puisqu'ils ont l'air d'aller si bien ensemble et que leurs corps et leurs esprits se comprennent, même si son indépendance à elle le déconcerte...

 

Francis Richard

 

200 mètres nage libre, Pauline Desnuelles, 152 pages, Éditions EmmanuelleCollas (sortie 4 mai 2018)

 

Livres précédents :

D'ailleurs les gens, 150 pages, Editions des Sables (2016)

Au-delà de 125 palmiers, 112 pages, Rémanence (2015)

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 22:00
Banana spleen, de Joseph Incardona

On m'a posé la question du titre: pourquoi Banana Spleen? Il fait moins allusion à un dessert qu'à une fameuse pochette de disque du Velvet Underground, créée par Wahrol en 67. C'est le point de départ: un spleen mâtiné de culture pop...

 

L'album auquel Joseph Incardona fait allusion en quatrième de couverture est celui où Nico chante trois chansons sur onze et où sur la pochette il y a une banane autocollante avec pour légende: Peel Slowly and See... En-dessous, une banane rose...

 

Les chansons du groupe américain ont pour thèmes les drogues dures, le sado-masochisme, l'homosexualité... Dans Banana Spleen, le narrateur André Pastrella boit sec, a des rapports musclés avec les femmes, est vigoureusement hétéro...

 

André Pastrella est écrivain, du moins est-ce son ambition, sinon il est prof dans une école où il ne se plaît pas. Il a pour compagne Gina, jeune cadre dynamique qui le stabilise et qui a une voie toute tracée devant elle: elle sera analyste financier.

 

Un soir, entre Noël et Nouvel An, Gina prévient André de ne pas l'attendre: elle rentrera tard. En fait elle ne rentrera pas: elle meurt dans un accident de voiture. Commence pour André la descente: il perd son emploi, il fréquente des lieux interlopes...

 

André part en vrille, si l'on excepte les moments où il écrit des nouvelles, qui sont autant d'exutoires, puisqu'il s'agit à chaque fois d'individus paumés en proie à la solitude, au cul, à la violence. A la folie. Autant d'écrits en connaissance de cause.

 

Dans son récit le narrateur alterne périodes de rémissions - il laisse ainsi un temps entrevoir au lecteur la possibilité de sa réinsertion - et périodes de rechutes - il ne cache pas les conneries délirantes que sa déstabilisation l'entraîne à commettre.

 

Le lecteur est donc balloté par l'auteur et reçoit de sa part une douche écossaise: à des séquences dures succèdent des séquences douces, voire poétiques, soit un cocktail détonnant, non dénué d'attraits pour lui, si, bien sûr, il n'est pas bégueule...

 

Francis Richard

 

Banana spleen, Joseph Incardona, 320 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

 

Derrière les panneaux il y a des hommes, 288 pages, Finitude (2015)

Permis C, 232 pages, BSN Press (2016)

Chaleur, 160 pages, Finitude (2017)

Les poings, 80 pages, BSN Press (2017)

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10 avril 2018 2 10 /04 /avril /2018 16:45
Les loyautés, de Delphine de Vigan

Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu'à la mort, se dit Hélène, qui, quand elle se dit ça, ne peut imaginer si bien dire...

 

Dans Les loyautés, Delphine de Vigan se place du point de vue d'Hélène, justement, de Théo, de Cécile, de Mathis, par ordre d'apparition. Hélène et Cécile s'expriment à la première personne. L'auteur raconte Théo et Mathis à la troisième.

 

Hélène Destrée, 38 ans, n'a pas eu d'enfants: J'abrite en moi-même, et à l'insu de tous, l'enfant que je n'aurai pas. Elle enseigne les sciences de la vie et de la terre au collège, c'est-à-dire à des enfants de 12-13 ans. Elle s'inquiète pour Théo, l'un de ses élèves, et elle ne sait pas à quel point elle a raison. Les autres (et elle-même) croient qu'elle se fait des idées et qu'elle devrait se mêler de ce qui la regarde.

 

Théo Lubin est un garçon qui vit une semaine chez sa mère, une semaine chez son père. Sa mère n'a jamais pardonné à son père qu'il la trompe avec Sylvie: depuis, même après leur divorce, elle garde en elle-même un caillot de haine: elle dit "l'autre", "l'enfoiré", "le minable". Elle ne sait pas - Théo le lui cache - que l'ennemi n'est plus avec Sylvie et que, sans emploi, il sombre depuis des semaines.

 

Cécile a épousé William Guillaume. Elle n'aime pas que son fils Mathis fréquente Théo. Elle pense qu'il a une mauvaise influence sur lui. Elle ne sait pas que Mathis et Théo boivent, en cachette, de l'alcool ensemble, beaucoup. Elle ne sait pas non plus que son mari bien élevé, bien éduqué, qui est d'un autre milieu qu'elle, et le lui fait sentir, déverse des torrents de boue sur la Toile et s'y vautre.

 

Mathis a connu Théo en sixième. L'année suivante, ils se sont retrouvés dans la même classe. Théo impressionne Mathis: On le craint. On le respecte. Il n'a jamais eu à se battre, ni même à menacer. À l'intérieur de lui, quelque chose gronde, qui dissuade l'attaque et le commentaire. À ses côtés, Mathis est sous sa protection, il ne risque rien. Cela crée entre eux les liens d'une indéfectible amitié.

 

Au début de son livre, l'auteur parle des loyautés, ces liens invisibles qui nous attachent aux autres, qui sont nos ailes et nos carcans. Son livre est l'illustration de cette ambivalence qui anime les êtres humains, pétris à la fois de bons et de mauvais sentiments. Les loyautés? Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves.

 

Francis Richard

 

Les loyautés, Delphine de Vigan, 208 pages, JC Lattès

 

Livre précédent:

Rien ne s'oppose à la nuit (2011)

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8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 17:00
Vers la beauté, de David Foenkinos

Face à un tableau, nous ne sommes pas jugés, l'échange est pur, l'oeuvre semble comprendre notre douleur et nous console par le silence, elle demeure dans une éternité fixe et rassurante, son seul but est de vous combler par les ondes du beau.

 

Antoine Duris est professeur d'histoire de l'art à l'école des Beaux-Arts de Lyon. Un jour, subitement, il donne sa démission. Il quitte son trois-pièces. Il s'enfuit comme un coupable et part pour Paris. Il disparaît complètement. Enfin, presque.

 

Avant de disparaître il a dit à sa soeur Éléonore et à ses amis qu'il s'en allait pour écrire un roman. Certains l'ont cru. Sa soeur n'a pas été dupe, mais il lui sera difficile de retrouver son frère, qui a soigneusement effacé toutes traces derrière lui.

 

Comme il faut bien vivre, Antoine cherche un emploi. Il se présente au Musée d'Orsay et postule pour y être gardien. Pour la grande rétrospective Modigliani, le musée a besoin de monde et la DRH, Mathilde Mattel, accepte d'embaucher ce sur-qualifié.

 

Elle s'est renseignée sur lui, mais elle prend le risque, sans doute parce que le courant passe entre elle et lui, qui, ça tombe bien, a justement écrit sa thèse sur Modigliani, dont il pourra observer de sa chaise le portrait qu'il a fait de Jeanne Hébuterne.

 

Antoine a subi un traumatisme. Ce n'est pas sa séparation avec Louise, avec qui il a vécu sept ans. C'est tout autre chose, de plus grave, que David Foenkinos dévoile peu à peu. Le fait est que lui naguère si disert traverse une convalescence de la parole.

 

Antoine ne pourra en sortir qu'en se dirigeant Vers la beauté, qui seule peut sauver et dont il comprendra à son tour toute la puissance cicatrisante. Mais cela ne sera possible que lorsqu'il aura découvert la vérité sur le drame dont il s'est senti coupable.

 

Avant d'en arriver là, l'auteur, maître de son art, aura fait passer le lecteur par toutes les émotions: le rire, la compassion, l'effroi, l'empathie, la tristesse etc. Si bien que l'épilogue lui apparaîtra comme un éblouissement final dont il lui saura gré...

 

Francis Richard

 

Vers la beauté, David Foenkinos, 224 pages, Gallimard

 

Livres précédents chez le même éditeur:

 

Les souvenirs (2011)

Je vais mieux (2013)

Charlotte (2014)

Le mystère Henri Pick (2016)

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 22:25
La fin des haricots, de Cornélia de Preux

Le lecteur vient aux nouvelles: il y en a trente-cinq dans La fin des haricots. De quoi satisfaire ses goûts, multiples et variés, sensuels autant que spirituels. Car ces nouvelles sont de toutes sortes et de toutes couleurs: il y a Les aigres-douces, Les amoureuses, Les crépusculaires, Les existentielles, Les gourmandes et Les végétales.

 

Les aigres-douces sont des nouvelles qui, comme certaines sauces asiatiques, surprennent par leur mélange contradictoire: celui d'une Suisse de rêve qui renvoie, celui d'un sportif déchu un jour qui se bat toujours, celui de tristes funérailles d'une femme aux sourires facétieux, celui d'une ville abêtie aujourd'hui où tout le monde lisait naguère, celui d'une femme pleine de dédain qui, curieusement, sourit tout soudain...

 

Les amoureuses sont des nouvelles où des amours contrariées trouvent une réponse épistolaire, où un ressentiment s'efface devant la force d'un sentiment, où un coup de pouce du destin vient au secours d'un revirement du coeur, où des circonstances naturelles se font complices, où l'élégance répond à la muflerie, où une rencontre prend un détour insolite, où un délit amoureux est révélé de manière inattendue...

 

Les crépusculaires sont des nouvelles...sombres: un fils qui n'en peut plus et qui ne fait rien d'autre que descendre, une marée noire qui ravage une côte auparavant nourricière et prodigue, un homme qui crie pour tuer l'accident dans sa tête, un frère et une soeur qui se rendent à une rave party et, ce faisant, jouent leur destin...

 

Les existentielles sont des nouvelles où les chiffres ne pèsent pas lourd face à la réalité toute crue, où les gènes pèsent plus lourd que les artifices, où se projeter systématiquement dans le futur empêche de cueillir le jour, où ne pas vouloir vieillir tourne à l'incantation, où les désirs insatisfaits sont le moteur de l'être, où la procrastination résout temporairement un dilemme, où un trou de mémoire alimente la superstition et une catastrophe annoncée le besoin de foi.

 

Les gourmandes sont des nouvelles culinaires, où il est question de haricots (peut-être fatals), de plat favori (tête de veau sauce gribiche), de sandwich au camembert, de dindons (et de leur farce), de chocolat (en truffes, en rochers ou en bâtons au kirsch), qui sont les ingrédients, d'ordinaire destinés aux papilles, d'histoires courtes (les meilleures, dit-on) et savoureuses.

 

Les végétales sont des nouvelles où une vielle dame égrène les feuilles de sa vie en automne (sa saison préférée), où des femmes des cinq continents font connaissance à Genève et y plantent un arbre de chez elles, où un haricot lilas s'éprend d'une citrouille dodue, où un amoureux se met en quête de marguerites (en voie de disparition) pour sa belle, où une anémone égarée dans une prairie sauvage attend le soir.

 

Toutes ces nouvelles montrent la diversité des centres d'intérêts de Cornélia de Preux. L'ensemble de ces histoires constitue un monde à facettes, un monde bien à elle, de par sa vision des êtres et des choses (souvent symboliques), un monde tout en nuances, où le bien et le mal se côtoient, comme dans la vraie vie, sans qu'il soit possible de dire jamais que l'un aura raison de l'autre...

 

Contrairement au titre, il est peu vraisemblable que cet ouvrage soit le dernier de l'auteur: elle semble en effet bien en verve. En tout cas ce serait bien dommage pour le lecteur qui ne peut souhaiter que l'expression prenne tout son sens et le laisse sur sa faim...

 

Francis Richard

 

La fin des haricots, Cornélia de Preux, 144 pages, Plaisir de Lire

 

Livres précédents:

Le chant du biloba, 216 pages (2016)

L'aquarium, 152 pages (2012)

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 12:15
Ma ralentie, d'Odile Cornuz

Odile Cornuz revendique que Ma ralentie s'est nourrie de La ralentie, le poème d'Henri Michaux. Et le titre qu'elle donne à ses textes, sans liens apparents, qui forment pourtant un tout, leur apporte cette touche personnelle inspirée.

 

Dans son poème, Henri Michaux emploie le pronom on au féminin, licence poétique, pied de nez à la grammaire, pour désigner la conscience, qu'il appelle tantôt Lorellou tantôt Juana. Dans son poème, il écrit:

On ne croit plus qu'on sait.

Puis:

On est la ralentie.

Puis encore:

On n'est plus fatiguée.

 

Le lecteur retrouve ces affirmations dans le livre-chant de l'auteur, à plusieurs reprises, quand bien même elle a horreur de se répéter:

Tu n'es sûre que d'une chose: tu ne sais rien.

[...]

... toi tu décrètes que la fatigue n'existe plus, que ce mot galvaudé tu n'en feras plus usage...

[...]

Finie la fatigue! On n'est plus fatiguée! Ralentie peut-être, mais avec joie.

 

A plusieurs reprises, aussi, elle invoque Lorellou:

Fais ce que tu veux, Lorellou. C'est bien toi? L'as-tu adopté, ce prénom de fée, ce bloc de tendresse? Veux-tu bien faire de chez moi un lieu non délaissé, un lieu de constance, un lieu qui ne meurt pas pour renaître mais se maintient tel un feu alimenté.

[...]

Lorellou, as-tu pris place au creux de mes coussins? Je rêve de toi comme d'un double qui comprenne pour moi, souffre pour moi, jouisse à ma place. Je rêve de toi comme l'extension de mon corps qui puisse absorber les chocs du monde.

 

Mais toutes ces reprises ne sont en fait que des points de départ à partir desquels sa pensée fluctue, cherche, se pose, parfois:

Peser peu de poids. Oublier tout l'appris par coeur. Ne garder que la sensation, le contact avec la peau et la nature. Considérer la multiplicité du sacré comme une richesse, non une énigme. Se persuader de la probité des hommes, malgré tout.

 

Trouve, même si cela ne lui facilite pas la vie:

Rien ne peut nous ravir l'avantage de la lucidité et le désir de comprendre (qui n'est pas celui de savoir).

 

Et, de temps en temps, sans donner des réponses, il lui faut - question de survie - chercher des images, pour se secouer du réel, se dégager du quotidien, se défaire des soucis, explorer des terres inconnues dans les recoins du cortex.

 

Francis Richard

 

Ma ralentie, Odile Cornuz, 160 pages, éditions d'autre part

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 15:45
Gavroche 21.68, d'Olivier Sillig

Ce livre est le Mai Nouveau, le millésime 68 du XXIe.

 

Ce slogan néo-soixante-huitard, même s'il fait révérence à ceux du siècle précédent, n'y apparaît sur les murs qu'a posteriori, symboliquement:

 

Ce jour-là, l'air était si lourd que les pavés volaient.

 

Mais avant d'en arriver là, il faut d'abord se projeter dans le contexte:

 

Actuellement, dans les quatre espèces humaines (anthropophrènes), on distingue une espèce naturelle, l'ancêtre, l'homme, et trois synthétiques: ordinateur, droïde, synsynaptique.

 

Le contexte est donc post- voire trans-humaniste. Cela ne veut pas dire que l'on oublie les grandes figures telles que Ferré, Hugo ou Voltaire puisqu'une Petite héroïne de treize ans s'appelle Gavroche, et qu'un vieux sage se nomme Micromégas...

 

Mai 68 au XXIe, c'est plutôt potache: le signal que les événements vont se produire, c'est quatre petites masses blanches, des crottes de chien alignées en croix, qu'un synsynaptique trouve plusieurs jours de suite à l'entrée de son immeuble et interprète...

 

Ce synsynaptique se fait appeler Rumpelstilzschen, comme le personnage des frères Grimm (son vrai nom est une dérivée holographique complexe...), et son serviteur intermittent, qui autrement est cireur de chaussures, s'appelle Leonardo, comme Di Caprio...

 

Un complot contre les humains se prépare à Paris, sur fond de Coupe du Monde de football, sport où ceux-ci, devenus le Tiers Monde du monde, surpassent pourtant les droïdes, par leur intelligence physique et la puissance de leur motricité...

 

Dans Gavroche 21.68, Olivier Sillig, qui prouve que son imagination est au pouvoir, révèle au lecteur ce qu'il advient dudit complot, mais le récit des événements fait par la suite ne sera jamais suffisamment clair pour départager la légende de l'histoire...

 

Francis Richard

 

Gavroche 21.68, Olivier Sillig, 192 pages, Hélice Hélas

 

Livres précédents:

 

Je dis tue à tous ceux que j'aime, L'Âge d'Homme (2017)

Jambon dodu, Hélice Hélas (2016)

Jiminy Cricket, L'Âge d'Homme (2015)

Le poids des corps, L'Âge d'Homme (2014)

La nuit de la musique, Encre Fraîche (2013)

Skoda, Buchet-Chastel (2011)

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5 avril 2018 4 05 /04 /avril /2018 15:00
Un autre jour, demain, d'Abigail Seran

Demain est un autre jour, faisait répéter Victor Fleming à Vivien Leigh (Scarlett O'Hara), comme un mantra, dans son film Gone with the wind.

 

Impossible de ne pas y penser en lisant le titre du recueil de vingt nouvelles d'Abigail Seran. Ces nouvelles sont rangées bien sagement par thème. Le premier et le dernier de ces thèmes, mis ensemble, forment justement Un autre jour, demain...

 

Comme ces deux-là, les autres thèmes - Brèves rencontres, Petits boulots, Inventaire à la Prévert, Esprit de famille, Voyage sans retour - indiquent déjà au lecteur qu'il s'agit de choses vécues, par l'auteur, par d'autres, par lui-même peut-être, et qu'il va en quelque sorte évoluer en terrain connu.

 

Les brèves rencontres sont, par exemple, celles que l'on fait sur un banc, sur une place, sur un quai de gare ou sur un quiproquo comme il en est tant dans la vie quotidienne, et qui laisse une amertume...

 

Les petits boulots, ce sont ceux que l'on évoque des années plus tard quand on se retrouve entre amis, ce sont ces opportunités que l'on saisit sans imaginer à quoi elles conduiront, ce sont les incertitudes d'un monde dont on ne pensait pas qu'il changerait aussi vite...

 

L'inventaire à la Prévert, ce sont les séries de mots, ces compagnons facétieux avec lesquels joue l'écrivain, de rythmes qu'imprime à ses pieds la danseuse tout au long de son existence, de paires de chaussures, ces trésors délicieux, qu'une femme accumule et dont elle a du mal à se défaire...      

 

L'esprit de famille demeure chez ceux qui restent, chez ceux qui prennent la suite de leurs parents, chez ceux qui, a contrario, veulent prendre un nouveau départ pour y échapper, chez ceux qui se séparent pour une longue année, une année en apnée.

 

Le voyage sans retour, c'est la complicité tacite qui se crée entre une femme et un homme qui attendent leur avion en retard dans un aéroport, c'est prendre un aller simple quand son visa expire et partir pour de bon, c'est quitter guéri un hôpital, c'est ce qui passe juste avant un événement qui change la vie.

 

Ce recueil où le charme opère, ce sont des choses vraies de la vie, des rapports au temps: La journée trépassera comme les autres, écrit l'auteur dans la première nouvelle. Dans la dernière, sa narratrice s'enfuit d'elle-même, hésite, rentre sur les derniers coups de minuit: Être demain.  

 

Francis Richard

 

Un autre jour, demain, Abigail Seran, 112 pages, Éditions Luce Wilquin (sortie le 5 avril 2018)

 

Livre précédent aux Éditions Luce Wilquin:

Jardin d'été (2017)

 

Livres précédents chez Plaisir de Lire:

Marine et Lila (2013)

Une maison jaune (2015)

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4 avril 2018 3 04 /04 /avril /2018 22:55
Retour à Buenos Aires, de Daniel Fohr

Tout le monde sait ce qu'est un porte-conteneurs, un navire dont on ne voit que la cargaison, des milliers de briques métalliques empilées, six mètres sur deux mètres cinquante, ce qu'on appelle une boîte de vingt pieds, posées sur une plate-forme qui semble n'avoir ni design, ni rien qui la rende intéressante, une grosse enclume qui traverse l'océan.

 

C'est sur un tel bâtiment que voyage le narrateur. Il n'est pas tout seul. Il est accompagné de l'Aviateur, enfin, de ce qu'il en reste, réduit en cendres, dans une urne, une bonbonnière en métal vernis, couleur bleu nuit, un modèle léger, mais résistant. L'avenir lui donnera raison d'avoir fait ce choix.

 

Le narrateur est bibliothécaire de son état, lecteur de Cendrars et de Conrad. Il est le seul héritier de l'Aviateur, justement, et du deux-pièces que ce dernier occupait avant d'intégrer Le Club. Il s'est embarqué à bord du porte-conteneurs pour accomplir les dernières volontés de son grand-oncle:

 

L'Aviateur souhaitait que ses cendres soient dispersés dans le Rio de La Plata, après une traversée Le Havre-Buenos Aires.

 

Le notaire lui a bien confirmé que, nonobstant le fait que son grand-oncle était pilote d'avion, la traversée ne peut s'entendre que par voie maritime: A sa connaissance, aucune compagnie aérienne ne desservait Buenos Aires depuis Le Havre. Il a précisé qu'on parlait aussi de traversée à la nage...

 

Le narrateur de Daniel Fohr fait le récit de ce voyage atlantique. Le lecteur monte à bord avec lui et découvre à la fois le bâtiment, qui ne ressemble à aucun autre, et ceux qui constituent son équipage, personnages auxquels, pour la plupart, il donne des surnoms pour se les rendre familiers. 

 

L'Aviateur était amoureux d'une jeune héritière argentine. Avant de la rejoindre dans l'autre hémisphère, il termine ses études d'ingénieur. Il échange avec elle une correspondance que le narrateur relit pendant sa traversée. Les lettres de son amoureuse ne laissent en rien présager de rupture.

 

Au moment d'embarquer au Havre sur Le Formose, en janvier 1924, l'Aviateur reçoit pourtant d'elle un télégramme laconique: Ai réfléchi. Histoire terminée. Ne t'aime plus. Ne souhaite plus te voir. Définitif. Il ne saura jamais pourquoi. Mais il ne l'oubliera jamais: il avait alors 25 ans, elle n'en avait que 21.

 

A destination le narrateur connaîtra le fin mot de l'histoire, mais, en attendant, il aura agrémenté sa narration de remarques ironiques du meilleur effet sur le lecteur, qui sera d'accord avec lui pour penser que la vie [s'arrange] toujours pour mettre sur le chemin de chacun l'occasion d'en changer le cours...

 

Ce qui ne veut pas dire pour autant que la saisir est la bonne chose à faire...

 

Francis Richard

 

Retour à Buenos Aires, Daniel Fohr. 224 pages, Slatkine & Cie

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31 mars 2018 6 31 /03 /mars /2018 22:55
Et vous avez eu beau temps ?, de Philippe Delerm

Dans ce recueil sont rassemblés des dizaines de petites phrases, qui donnent chacune un titre à un petit texte, où Philippe Delerm commente et montre le sens dont elles sont chargées en réalité, souvent perfide sans en avoir l'air.

 

Certaines de ces phrases sont des petites phrases toutes faites, d'autres sont circonstancielles. Une petite phrase toute faite c'est, par exemple, Et vous avez eu beau temps?; une petite phrase circonstancielle: Il aimait ça, le Monopoly.

 

Les phrases toutes faites sont peut-être les plus redoutables: elles sont dites la plupart du temps sans que le locuteur ou la locutrice ait conscience de tout ce qu'elles impliquent; elles sont pourtant révélatrices de ce qu'il ou elle pense.

 

Grâce à l'observation de la vie quotidienne de ses contemporains (grâce peut-être aussi à l'introspection) et à sa connaissance des subtilités de la langue française, l'auteur donne au lecteur matière à réflexion et à jubilation avec ces petits textes.

 

Il faut d'ailleurs se demander si le lecteur ne va pas cependant sortir traumatisé d'une telle lecture: ne va-t-il pas devoir tourner plusieurs fois sa langue dans sa bouche avant de sortir, ou pas, à un interlocuteur (ou interlocutrice) une de ces petites phrases?

 

Parmi les soixante-huit petits textes du livre, il n'y a que l'embarras du choix. Il faut pourtant en choisir un de chaque type de petite phrase pour donner un aperçu apéritif de ce livre, précieux parce qu'intelligence des mots dits en toute spontanéité.

 

Chez nous, c'est trois: il s'agit de la bise que l'on se donne en arrivant ou en partant: Ce rapprochement abusif a tout de l'esquive. On embrasse le vent; ce joue contre joue sollicite très peu les lèvres. Le premier aller-retour effectué, on s'en tiendrait bien là...

 

C'est sans compter sur l'interlocuteur qui affirme: Chez nous, c'est trois! Philippe Delerm trouve bizarre ce chez nous: Sa récurrence ne permet guère de le rattacher à une coutume géographiquement répertoriée... (en Suisse, c'est pourtant la coutume...)

 

Il ajoute: En tout cas l'initiative n'est pas personnelle, elle s'appuie sur un fonds de sagesse partagée. Nous nous connaissons à peine mais bisons-nous à l'envi. C'est sans conséquence et sans équivoque ce rapprochement des chairs.

 

Il en conclut: Mine de rien, ça vous réduit au rôle peu flatteur de pisse-froid. Brassens n'appréciait guère les imbéciles heureux qui sont nés quelque part. On ose parier qu'il ne goûtait pas davantage les biseurs de chez nous...

 

Celui qui l'a fait ne nous l'a pas vendu: c'est ce que répond Céleste Albaret à Marcel Proust, après qu'il lui a dit qu'il lui faisait perdre son temps. Cette réponse plaît tellement à ce dernier qu'il lui dit qu'il la mettra dans son livre...

 

Le fait est que cette petite phrase figure dans La Recherche... Philippe Delerm remarque: Si l'on ne croit pas en Dieu, la phrase de Céleste est encore plus belle. Il ne s'agit plus alors de gratitude envers le créateur mais de tendresse à l'égard de la vie:

 

Le temps donné à chaque être est [...] un cadeau.

 

Et le temps passé à lire ce livre en est un que fait l'auteur au lecteur, qui s'y retrouve...

 

Francis Richard

 

Et vous avez eu beau temps? - La perfidie ordinaire des petites phrases, Philippe Delerm, 176 pages, Seuil

 

Livres précédents:

Le trottoir au soleil, 192 pages, Gallimard (2011)

Les eaux troubles du mojito, 128 pages, Seuil (2015)

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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 22:55
Centre, de Philippe Sollers

Lola, cette fois, s'appelle Nora, petite brune de 40 ans, aux yeux bleus. Elle est psychanalyste, très marquée par les figures de Freud et de Lacan. Elle aurait pu être mathématicienne: Un être humain, après tout, est une équation plus ou moins compliquée à résoudre...

 

Bien que petite fille du chef d'orchestre Léonard Bernstein, elle écoute peu de musique. Freud et Lacan ne s'y intéressaient pas... Mais elle aime bien la littérature, la vraie, surtout Kafka et Dostoïevski. Étrangement pas de Bible à l'horizon. Mais Freud, toujours Freud.

 

Lui, son amant, écrivain controversé comme l'est aujourd'hui devenu Philippe Sollers, rejoint le Centre, où se situe l'oeil du cyclone et d'où il regarde sereinement ce qui tourne autour de lui, après avoir fait le tour, sur sa circonférence, de la dévastation générale:

 

La dette est colossale, le chômage explose, les attentats crépitent, les prisons sont pleines, les banques règnent, les lobbys médiatiques sont déchaînés, le climat est détraqué, l'hystérie, et sa voix saccadée, est à son comble...

 

Tout cela ne l'empêche pas, en considération de l'histoire, de croire plus que jamais aux progrès de l'esprit humain. Et puis, se dit-il: l'eau coule toujours sous les ponts, les arbres fleurissent, et, comme d'habitude, ma complicité est totale avec les oiseaux...

 

Avec Freud, ce détective d'un genre nouveau, il sait que l'espèce humaine, et c'est son charme, est très ancienne. Comme Freud, il ne pense pas qu'une société ait besoin de religion, mais remplacer une religion par une autre est un travail titanesque, extrêmement délicat...

 

Il ose avouer: Je vis chaque minute comme une préparation à être savouré par le néant. Il m'attend, je salive, je suis sa proie préférée, je lui dois tout, même si rien n'est tout. Aucun désespoir, le soleil brille, et voici le soir charmant, ami du criminel. Il roule au néant en musique...

 

Il ne s'étonne pas de l'hostilité que d'aucuns ont envers la psychanalyse: L'analyse est l'absolu contraire du "être ensemble", seriné par la propagande sociale. La singularité humaine qu'elle découvre n'est-elle pas une vérité qui les dérange et qui remet en cause l'ennuyeuse uniformité?

 

Le mot de la fin, qui sonne comme une devise?

 

La réalité est une passion triste, le désir un réel joyeux.

 

Francis Richard 

 

Centre, Philippe Sollers, 128 pages, Gallimard

 

Livres précédents chez Gallimard:

Trésor d'amour (2011)

L'éclaircie (2012)

Médium (2014)

L'école du mystère (2015)

Mouvement (2016)

Beauté (2017)

 

Livre précédent chez Grasset, avec Franck Nouchi:

Contre-attaque (2016)

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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