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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 21:55
"Ailleurs" de Bertrand Schmid

Qui n'a pas eu envie de partir ailleurs, de laisser tout derrière lui, de commencer une nouvelle vie, d'"être dans la liberté"? A fortiori quand au bout du chemin il y a une belle rencontre espérée.

 

Le narrateur du petit livre de Bertrand Schmid - petit livre par la taille et par le nombre de pages, mais d'une tout autre dimension par la qualité du style -, part ainsi, ailleurs, sa petite valise d'enfant à la main.

 

Il prend d'abord le train, puis le bus. Il achève son parcours à pied. Il a quitté la brume de ses montagnes pour d'autres montagnes bien différentes, suivies d'une morne plaine. On ne peut pas dire qu'il ait gagné au change. Tout ici semble vide et déserté, humide et ruisselant.

 

Seulement elle l'attend. Il ne l'a jamais vue, mais il a entendu sa voix. Certes il a vu des photos d'elle, "mais des photos ce n'est pas elle". S'il n'y avait pas eu elle, son voyage aurait avorté. Et, quand il la voit enfin et quand ils s'étreignent, il en oublie sa valise...

 

Il n'est pas déçu: "Elle est de Milo, mais des lumières dedans, des chairs pâles de Manet, des azurs comme ce lac où déjeunent les poètes, avec le vert qui les soutient, les muses qui les épuisent."

 

Alors à ses pieds il est déchu de lui-même: "Ce sera ça, nous deux, des redditions, pas de cessez-le-feu, pas de choix, la promesse est rompue."

 

Sa compagne travaille et se lève tôt matin. Il se lève de même. Mais que faire de ses journées? Chaque jour, il promène son ennui dans des rues toutes semblables, isolé par la pluie. "Chaque once de son absence", il la passe dans des troquets à boire des bières.

 

Puis un jour sa compagne l'emmène chez des amis en forêt. Pendant le souper il ne pipe mot, mais, à un moment donné, après que la politique a occupé la fin du repas et qu'il s'est terminé par un silence pesant  - "on ne veut plus voir l'autre, qui n'est plus à portée" - il le rompt en disant: "Je sors un peu".

 

Pendant le périple nocturne qu'il accomplit, il perçoit et saisit enfin le sens de son voyage. Qui le mène enfin chez lui.

 

"Le but n'est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit", dit Lao-Tseu...

 

Francis Richard

 

Ailleurs, Bertrand Schmid, 80 pages, Editions d'autre part

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 22:30
"Les Radieux" de Marie Perny

Qu'est-ce qui fait mal agir? Même si on est responsable de ses actes, on peut avoir des circonstances atténuantes. Sans exonérer de toute responsabilité, comme leur nom l'indique, ces circonstances l'atténuent. Elles permettent également de comprendre. Mais, parfois, cela ne suffit pas. Le mystère demeure.

 

Un vieux peintre, huitante ans, Maurice Saltier, veuf depuis dix ans, habite la maison que sa femme Camille et lui ont pu acquérir grâce à l'héritage de ses parents à elle. Pour en assurer l'entretien ils ont créé deux appartements aux étages.

 

L'un de ces appartements est occupé par Madame Chauvet, "une vieille gamine anachronique de bientôt soixante ans", et son homme, Jean (ils ont été présentés l'un à l'autre par les Saltier). L'autre, au second étage, par deux tourtereaux, Jim et Sylvain, sur le départ, qui seront - c'est prévu - remplacés par de nouveaux tourtereaux.

 

La fille de Maurice, Françoise, quarante ans, n'habite plus là, mais elle rend souvent visite à son "p'tit père". Elle le surveille "comme le lait sur le feu", avec cette bonne Madame Chauvet qui emploie cette expression. Elle a rencontré Michel au bal de l'Association des amis de Maurice Saltier. C'est Myriam, la fidèle galeriste de son père, qui le lui a présenté.

 

Au supermarché, Maurice a croisé le regard d'un gamin. Celui-ci avait d'abord dans l'oeil une lueur au regard marron doux, puis ce regard s'était durci et la lueur avait disparu, quand il avait montré son impatience devant la lenteur de la caissière, au point d'abandonner sur place ses emplettes, en faisant "un doigt d'honneur en guise d'au revoir à la compagnie".

 

C'est le même gamin, Bryan, dix-sept ans, qui, avec son complice Kevin, du même âge, mettra le feu, pour s'amuser, à l'atelier de Maurice, causant la perte inestimable des oeuvres qui y étaient entreposées. Comme Kevin avait répandu l'essence et que Bryan avait frotté l'allumette, le premier avait écopé de six mois en maison d'éducation pour jeunes délinquants, tandis que le second écopait d'un an ferme.

 

Contre toute attente, Maurice n'en veut pas à Bryan. Il se fait même du souci pour lui. Pour se rapprocher de lui et pour y comprendre quelque chose, il s'installe même bientôt tous les jours, sauf quand il pleut, sur le même banc, avec carnet de croquis et trousse à crayons, dans la cité des Radieux, où Bryan a grandi.

 

Très vite Maurice devient populaire dans cette cité, où "il y a tant de lignes droites". En fait, il cherche à entrer en contact avec la famille de Bryan, "à défaut d'être autorisé à lui rendre visite". Et c'est en dessinant les femmes qui suivent les cours de "Lire et écrire", dispensés par Jacqueline, qu'il fait la connaissance d'une des élèves, Salima, la mère de Bryan, qui a le même âge que sa fille Françoise.

 

Salima sera touchée que Maurice s'intéresse à son fils qui "fait des problèmes". Elle le trouvera gentil et le remerciera de vouloir l'aider. Mais Maurice lui répondra:

 

"Je ne suis pas gentil, Salima. Je suis un vieil égoïste. Bryan n'est pas un problème, c'est une question. Je cherche la réponse."

 

La trouvera-t-il?

 

Dans Les Radieux, en faisant donner par la narratrice, Françoise, la parole aux différents protagonistes, y compris son père, Marie Perny raconte tout ce que Maurice Saltier "a peint, dessiné, écrit" dans sa vie, notamment à l'aide du journal qu'il a tenu de 1951 à 2011. Mais à quoi bon tout ce qu'il a fait, s'il ne peut rien faire pour Bryan?

 

"Je ne parviens pas à envisager Bryan comme un fautif", dit-il "Il n'a pas eu de chance, c'est tout. Lui donner une chance. Mais sous quelle forme?"

 

C'est toute la question de ce roman, celle de la possible réinsertion, quand on a pris un mauvais départ et quand on est encore bien jeune.

 

En dépit de l'incompréhension manifestée par l'intéressé, l'auteur convainc le lecteur du bien-fondé de cette volonté obstinée de Maurice, vieux peintre au soir de sa vie, de le sortir de son impasse, en restituant sans fard tout le contexte.

 

La vie dans cette cité des Radieux, "qui porte son nom comme elle peut", et l'absence de père ne sont-elles pas des circonstances atténuantes?

 

Francis Richard

 

Les Radieux, Marie Perny, 124 pages, L'Aire

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10 mai 2014 6 10 /05 /mai /2014 17:15
"Confession d'un repenti" de Pierre Yves Lador

De quoi peut bien se repentir Pierre Yves Lador? Eh bien il se repent d'avoir été un drogué.

 

Aurait-il été héroïnomane, cocaïnomane, que sais-je. Que nenni. C'était un drogué... de la patisserie, mais pas de n'importe laquelle. Il fallait qu'elle soit de qualité, ce qui était de plus en plus difficile:

 

"Nous acceptons de mourir d'overdoses de sucre et de crème double, mais nous le voulons faire avec panache."

 

Dans les années fastes, avant que la patisserie ne soit plus ce qu'elle était, c'est-à-dire devenue industrielle, c'était douze patisseries qui faisaient l'ordinaire de son pique-nique de midi au bureau...

 

Il était insatiable alors. Ces années-là il finissait même les restes de ses commensaux, desserts bien sûr, mais également viandes et parfois même accompagnements...

 

D'où lui venait cette addiction pour le sucre, qui ne fut peut-être pas la première de ses addictions? Il ne le sait pas avec certitude. Peut-être cherchait-il "le cocon matriciel, le sein rare de [sa] mère qui ne donnait pas de lait".

 

Quoi qu'il en soit, cette addiction pour le sucre le préparait tout naturellement à "l'édulcoration polymorphe" du monde dans lequel il allait vivre.

 

Un exemple? La langue.

 

Le monde dans lequel il allait vivre est ainsi un monde tout lisse, une entreprise "d'édulcoration de la langue et à travers elle de la pensée". Un monde  dans lequel il allait devoir, au profit de la diction, abandonner son accent vaudois:

 

"Je me sens chez moi quand j'entends mon accent même si je n'aime hélas pas encore ma voix."

 

Aussi est-ce sans doute pour exister dans ce monde édulcoré qu'il se livre à l'excès, à l'abus, à des addictions qui ne se limitent pas à celle du sucre, mais dont elles finissent par découler:

 

"Je passais sans le savoir de la lecture à l'écriture, par le sucré, sous des formes variées selon les époques, l'alcool, le gras, la boulimie, l'anorexie ou plutôt des régimes sévères, des jeûnes, diverses collectionnites ou activités velléitaires ou embryonnaires, solitaires, l'accumulation de livres puis de cassettes vidéo et de dvd et d'objets à valeur ajoutée symbolique, la marche, peut-être la collecte de femmes."

 

De tout cela, et de bien d'autres choses, il est question dans cette confession, excepté du dernier point parce que ce sont des êtres vivants, qui n'ont rien à voir avec l'ensemble précédent de substances et d'objets, qui en sont la trame. Et parce que, de toute façon, il est d'une pudeur infinie...

 

Sa manière d'écrire cette confession est bien de Pierre Yves Lador; elle est bien à lui. On lui a beaucoup reproché "d'abuser des mots, trop de mots et trop de jeux avec les mots", mais "c'est sotterie".

 

Il prend l'exemple des mots intensité et entassement:

 

"Je réalise que je pratique les deux versants, entassement et intensité d'une figure spatiotemporelle. J'entasse ce que j'intensifie sur le moment. Quand j'avale c'est intense, quand je stocke c'est entassement et je pratique les deux simultanément. La quantité transformée en vitesse, en intensité, en durée, en éternité, en totalité."

 

Il ajoute:

 

"L'objectif est de tout être, tenir, traverser, avoir, toujours. Traverser ou se faire traverser par tout. Le mouvement est indissociable. Le dedans et le dehors sont confondus. Le mouvement et l'immobilité, l'instant et l'éternité. Tentative de transformer l'avoir, le faire en être."

 

Cette manière d'écrire permet de développer la pensée. D'ailleurs, pour sa repentance d'avoir été dans l'excès et l'ascèse, il proclame maintenant, urbi et orbi, ce mot d'ordre:

 

"Mâchez et digérez."

 

Est-il étonnant qu'il faille, pour lire Lador, suivre ce précepte, seule voie possible pour ... en extraire la substantifique moelle?

 

Francis Richard

 

Confession d'un repenti, Pierre Yves Lador, 240 pages, Olivier Morattel Editeur

 

Livre précédent:

 

Chambranles et embrasures, 192 pages, L'Aire

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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 22:45
"Terre noire d'usine" de Janine Massard

Paru il y a 24 ans, réédité cette année en poche dans une version "revue et légèrement enrichie", ce livre raconte la vie de Jacques, paysan ouvrier, depuis sa naissance en 1910 dans le Nord vaudois jusqu'à la fin des années septante, et le contexte dans lequel il a vécu.

 

Janine Massard a, préalablement, pendant deux ans, recueilli, sur cette traversée du XXe siècle, plusieurs témoignages, à commencer par celui de Jacques, et consulté des archives de presse, dont l'abécédaire figurant en fin d'ouvrage donne un aperçu.

 

Ce travail de recherche lui a permis "d'avoir un coup d'oeil sur le siècle, sur l'évolution et la transformation des classes populaires, sur la grande pauvreté en Suisse" (qui n'a pas pris fin en 1918), sur l'absence d'esprit de revendication des ouvriers de ce coin-là, considéré à tort depuis la plaine comme un pays de cocagne:

 

"Recrutés en campagne, ils avaient appris à endurer en se taisant."

 

Pendant l'enfance de Jacques, la vie est "organisée en fonction des saisons et des travaux de la terre". Comme les autres enfants de petits paysans, il ne va à l'école qu'avant ou après. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que le niveau général de l'instruction et de la formation soit rudimentaire.

 

Au village l'aristocratie ce sont l'instituteur, le président de la commission scolaire, le pasteur, les gros paysans. Tout en bas de l'échelle de la société ce sont les domestiques qui restent en marge de la société, "paysans sans terre, fils de petits paysans, ou encore, de l'Enfance abandonnée":

 

"Entre les nantis et les plus défavorisés, on trouvait les petits paysans, les petits propriétaires."

 

La grande majorité de ces petits paysans est pauvre et se soigne avec les moyens du bord. Elle n'a pas les moyens de s'assurer contre la maladie (ou l'accident) et n'appelle le médecin qu'à la dernière minute:

 

"Quand le médecin arrivait, on savait que c'était mauvais signe."

 

L'alcoolisme est l'un des fléaux qui déciment les campagnes (il diminuera après la Deuxième Guerre, avec l'amélioration du niveau de vie). Il conduit la plupart du temps à la violence, et, parfois même, au suicide. 

 

Le cautionnement ("la garantie financière fournie par un particulier à un autre") est un autre fléau: c'est le billet qu'on signe au bistrot. Il conduit bien souvent à se retrouver sans terrain et à devoir marauder la nuit pour s'en sortir...

 

Tout jeune, Jacques est placé comme petit domestique chez un paysan sobre, c'est-à-dire une exception, dans un autre village que le sien, Vuiteboeuf. Son enfance est derrière lui. Il doit gagner sa vie et ne pas se faire renvoyer.

 

A dix-sept ans, Jacques commence son apprentissage dans le bâtiment, à Yverdon, à sept kilomètres de son domicile, trajet qu'il accomplit en vélo. Après avoir travaillé sur un chantier des CFF, il est embauché de 1933 à 1939 dans une entreprise qui est proche de son village et qui construit des maisons dans le Jura, et des bâtiments locatifs à Yverdon:

 

"La présence du patron nous consolait: il faisait le même boulot, il connaissait la même fatigue."

 

Jacques se marie en 1937 avec Suzanne, dont il a fait la connaissance sur le quai de la gare d'Yverdon. Elle a été bonne à tout faire à Lausanne, Genève et Paris, et elle est, en tout dernier lieu, femme de chambre chez une baronne, sa dernière place avant leur mariage.

 

Le 3 septembre 1939, Jacques est mobilisé à Sainte-Croix, dans la grande fabrique Thorens. Pendant la Mob', les femmes des soldats travaillent dans les champs, pour un salaire deux fois moins élevé que celui des hommes... Ce qui est de toute façon la proportion habituelle entre les salaires des femmes et des hommes à l'époque...

 

Quand Jacques est démobilisé il trouve du travail chez le même Thorens à Sainte-Croix. Il n'est pas darbyste (chrétien fondamentaliste, disciple de Darby), comme ses patrons. Aussi n'a-t-il pas de possibilité réelle de monter dans la hiérarchie. Son salaire, bien que plus élevé qu'en plaine, est encore insuffisant pour en vivre, d'autant qu'il est père d'un petit garçon. Alors il faut bien s'organiser pour manger tous les jours...

 

Après la guerre, c'est le boom. Pourtant son salaire reste insuffisant. Pour s'en sortir un peu mieux, il travaille pendant son temps libre et cultive son jardin. Plutôt que de travailler en usine, ce qui est trop éprouvant pour elle, sa femme tient une petite pension pour ses collègues qui n'ont pas les moyens d'aller au restaurant à midi.

 

Au début des années 1950, la roue tourne. Après avoir construit sa maison, il achète un tandem et pour la première fois, en 1952, il part en vacances sur ce vélo avec Suzanne dans le midi de la France après avoir confié leur fils à une famille amie. Il achètera une voiture en 1955, par obligation professionnelle.

 

Jacques raconte le travail en usine, les sanctions quand on arrive en retard, les chronométreurs, qui ont le plus souvent un chronomètre à la place du coeur, les femmes qui, pour tenir, consomment des produits de pharmacie (en rentrant de l'usine, un autre travail les attend, à la maison), les conditions de travail qui mettent la santé en danger:

 

"Les augmentations de salaire sont venues avec la conjoncture favorable. Mais les améliorations des conditions de travail ont été le résultat des démarches des syndicats, et ce côté-là n'est pas à négliger."

 

Après 8 ans passés chez Thorens, il est embauché chez Lador, mais le patron avec lequel il s'entendait meurt peu de temps après. Il est congédié. Il retrouve du travail dans la maison concurrente, deux cents mètres plus loin, comme contremaître. Mais, cette fois, les deux patrons ne s'entendent pas. Il les quitte pour travailler avec un artisan, à L'Auberson, d'où l'achat de sa voiture.

 

Après avoir perdu un de ses deux clients, cet artisan lui trouve un emploi à La Sagne chez un collègue, pour l'hiver. Au printemps 1960, il est engagé chez Paillard. Où il va rester 15 ans. Il part à la retraite, juste avant la récession de 1977-1978:

 

"Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Que ma retraite n'est pas dorée sur tranche mais que je vis bien tout en continuant à compter. J'ai pu garder ma maison, mon auto, j'ai fait quelques voyages.

"Est-ce cela l'amélioration du niveau de vie de l'humanité?"

 

A lire ce récit, jalonné d'anecdotes qui parlent davantage à l'esprit que de longs discours, force est de constater que les conditions de vie ont tout de même bien changé pour Jacques comme pour bien d'autres en cinquante, septante ans.

 

Il y a un siècle encore, le plus souvent, dans les habitations, il n'y avait pas d'eau courante, pas de salle de bains donc, pas d'électricité, pas de gaz, pas de téléphone, pas de chauffage. Les premières automobiles faisaient seulement leur apparition... Mais, surtout, la plus grande partie de la population locale vivait dans une véritable misère.

 

Francis Richard

 

Terre noire d'usine, Janine Massard, 292 pages, camPoche (1990)

 

Le dernier livre de Janine Massard:

 

Gens du lac, 192 pages, Bernard Campiche Editeur (2013)

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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 21:15
"Les ombres du métis" de Sébastien Meier

Dans un roman policier l'intrigue a certainement plus d'importance que dans d'autres formes de roman. Quel crime a été commis? Qui l'a commis? Quand? Comment? Pourquoi? Quelle est l'identité de la victime?

 

Le dénouement doit survenir à la fin du livre, afin de soutenir le suspense jusqu'au bout. Si l'auteur du crime est connu avant la fin, il faut que des révélations inattendues soient faites jusqu'à la dernière page ou que l'épilogue contienne des développements imprévus. Ce sont les règles non écrites du genre.

 

Mais l'atmosphère a également son importance. Celle-ci dépend bien sûr des personnages, mais aussi des milieux et des lieux dans lesquels ils évoluent.

 

Dans le roman de Sébastien Meier, Les ombres du métis, se retrouvent tous ces ingrédients, indispensables à un bon polar, digne de ce nom.

 

La nuit du 4 février, un jeune homme, un métis, est découvert nu dans le bois de Sauvabelin, à Lausanne, il vit encore, mais il a été sévèrement tabassé, drogué et violé. Il n'émergera du coma dans lequel ces sévices l'ont plongé qu'au bout de quatre mois, fin mai, dans sa chambre du CHUV, le Centre Hospitalier Universitaire Vaudois.

 

Après son réveil seulement, son identité sera connue. Il s'appelle Romain Baptiste, "un garçon magnifique", non pas beau, mais "divin", au regard "peut-être trop humain". Il "aurait rendu fou un robot" selon Paul Bréguet ...

 

Paul Bréguet, la cinquantaine, est l'inspecteur chargé de l'enquête. Il est divorcé et vit avec sa deuxième femme, Elizabeth. Il a un fils qu'il ne voit jamais. Il a tout à fait le profil de l'emploi et le vocabulaire cru qui va de pair.

 

Dès le début du livre, Paul Bréguet se trouve en prison, un an après le crime de Sauvabelin, et il raconte ce qui l'y a conduit - il est suspecté d'avoir commis un meurtre, qui d'ailleurs en cache un autre - au pasteur Manuel, aumônier de la prison, tenu par le secret de la confession et qui l'écoute d'une oreille attentive.

 

Le procureur, Emilie Rossetti, est une jeune femme blonde, "une quarantaine d'année, un maintien droit, des yeux bleu glace, une taille fine et un tailleur noir", une bombe. Dès le début de l'enquête elle dresse à Paul la liste des objectifs qu'il doit atteindre avant qu'une éventuelle instruction ne soit ouverte. Comme s'il s'agissait d'un novice. 

 

Au cours du livre apparaissent les liens qui se nouent entre ces différents protagonistes, tantôt sous la forme de confessions incomplètes au pasteur Manuel, tantôt sous la forme de pensées qui peuplent l'esprit de Paul dans l'aumônerie ou dans la cellule de sa prison.

 

Est restituée avec beaucoup de réalisme l'atmosphère de la prison de Lausanne et des nuits chaudes de la capitale vaudoise (les connaisseurs de celle-ci reconnaîtront les lieux évoqués pendant le récit), au cours desquelles des membres de la haute société lausannoise se livrent à des ébats que la loi n'interdit certes pas mais que la morale peut réprouver.

 

Les scènes de sexe homo ou hétéro et les dialogues divers et variés ne sont pas moins réalistes... et violents que l'atmosphère. Ames pudibondes s'abstenir.

 

Peu à peu, très habilement, avec nombre de retours en arrière dans le temps, les zones d'ombres se dissipent, mais elles n'enveloppaient pas le seul métis de l'histoire...

 

Francis Richard

 

Les ombres du métis, Sébastien Meier, 224 pages, Zoé

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 21:30
"Caprice de la reine" de Jean Echenoz

Qu'est-ce qu'un récit? C'est la question que je me suis posée, pour la énième fois, en lisant le recueil de sept récits que vient de publier Jean Echenoz, sous le titre de l'un d'entre eux, Caprice de la reine.

 

En l'occurrence ces récits sont courts. Le plus long, Génie civil, fait une trentaine de pages. Alors, pourquoi ne pas les avoir baptisés nouvelles? Peut-être parce qu'ils ne racontent pas tous des fictions et qu'ils n'ont pas tous une chute.

 

Ces sept récits, plus ou moins modifiés, ont tous été déjà publiés dans des ouvrages ou des périodiques. Ils sont très dissemblables, mais ont pour point commun d'évoquer des lieux géographiques.

 

Nelson est l'histoire en raccourci de l'amiral anglais tué lors de sa victoire de Trafalgar contre les Français. Elle tourne autour des liens que ce marin avait avec son manoir du Suffolk et autour de ses handicaps qui ne l'empêchaient pas d'avoir une vision d'avenir.

 

Caprice de la reine est un exercice de description d'un paysage vu d'une terrasse en opérant "un mouvement de rotation depuis le sud vers l'est puis vers le nord, etc., dans le sens contraire des aiguilles d'une montre", en procédant à un tour complet, pour finir par regarder à terre.

 

Babylone est basé essentiellement sur le récit de voyage d'Hérodote dans cette ville mythique. Jean Echenoz en fait une lecture critique, soulignant les exagérations et les lacunes de cette visite guidée, car Hérodote n'est pas toujours historien, mais explorateur, et ne comprend même peut-être pas toujours ce qui lui est dit sur place en assyrien.

 

Vingt femmes dans le jardin du Luxembourg et dans le sens des aiguilles d'une montre est la description précise, anthropométrique, des vingt statues de reines, régentes, duchesses et femmes célèbres situées autour du bassin de ce jardin qui jouxte le Sénat à Paris (il faudra que j'y retourne avec le bouquin d'Echenoz à la main): description générale, coiffure, bijoux éventuels, expression.

 

Génie civil est l'histoire d'un ingénieur en génie mécanique, Gluck, qui a passé une partie de sa vie à construire des ponts, puis, devenu veuf et entreprise vendue fortune faite, raconte l'histoire des ponts, puis en fait le tour des plus caractéristiques dans le monde entier pour affiner ses connaissances.

 

Nitrox est le récit d'une jeune femme, Céleste Oppenheim, qui, vêtue d'un équipement de plongée, quitte à la nage un petit sous-marin pour se rendre dans un endroit figurant sur une carte qui lui a été remise au départ, sa bouteille étant gonflée au Nitrox, en raison de la profondeur à laquelle elle doit évoluer.

 

Trois sandwiches au Bourget sont la nourriture qu'un narrateur, qui parle à la troisième personne, s'est décidé, à trois reprises, de consommer une fois sur place. Il ne s'embarrasse pas de dire pourquoi il se rend dans cette banlieue du nord-est de Paris, mais il l'a fait visiter au lecteur en notant ce qu'il n'avait pas remarqué les fois précédentes.

 

Chacun de ces récits se caractérise par des descriptions précises des êtres et des choses. Et il faut dire que Jean Echenoz excelle dans cet exercice. Le lecteur ne s'ennuie pas un instant, d'autant que l'auteur ne manque pas de malice.

 

Quand il explique pourquoi Gluck entreprend ses voyages autour du monde, il ne dit pas qu'il le fait pour oublier son veuvage:

 

"On ne saurait [...] se mouvoir qu'avec un but, un axe, un cap, une idée fixe en tête, sinon mieux vaut rester derrière ses fenêtres."

 

Quant à son narrateur du Bourget, il observe:

 

"Peut-être était-ce à cause du temps couvert, de la pluie par intermittence, tout cet environnement me donnait donc une impression assez triste, assez pauvre, et comme je passais devant un autre marchand de journaux, y voyant affichée la une du journal Les Echos qui posait la question: "Peut-on encore devenir riche en France?", cette question, ici, m'a paru fondée."

 

Francis Richard

 

Caprice de la reine, Jean Echenoz, 128 pages, Les éditions de minuit

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 22:30
"Osbert & autres historiettes" de Christopher Gérard

Pour observer les humains d'une époque et d'une contrée, il existe plusieurs manières de faire.

 

Montesquieu avait fait venir des Persans, dans Les lettres persanes, Voltaire un Huron, dans L'Ingénu. La Fontaine faisait intervenir des bêtes dans ses fables, mais elles étaient moins là pour observer les humains que pour les personnifier. Christopher Gérard a pris le parti dans Osbert & autres historiettes de faire observer les humains par des bêtes, à qui il prête des réflexions anthropomorphes sur eux, considérés par elles comme des humains de compagnie.

 

Cette inversion des rôles et cette mise à distance permet à l'auteur de souligner les travers et les limites des humains avec humour, et particulièrement ceux de notre époque que l'auteur brocarde volontiers. Un des ses chats, par exemple, parle d'eux en ces termes:

 

"Mes maîtres se flattent de ne posséder aucun livre; ces rustres préfèrent les vidéogrammes de kung-fu et les disques d'infra-musique, qui m'ont trop longtemps cassé les oreilles et abîmé les yeux. Jusqu'à l'écoeurement j'ai dû subir leurs films aux dialogues niais avec les inévitables combats rapprochés, poursuites de bolides virtuels et ruts sonores. Et je ne dis rien des groupes "métalliques"qui me gâchaient mes siestes, qui interrompaient mes méditations sur mon radiateur en hiver, sur ma terrasse au soleil."

 

Aux yeux du bestiaire de Christopher Gérard, les humains deviennent des créatures naïves, primitives, sûres d'elles, dominatrices, pas toujours fiables ni recommandables, souvent inférieures et malodorantes, parmi lesquelles il est possible de jouer les mâles contre les femelles et inversement.

 

Le bestiaire de l'auteur comprend:

- l'écureuil Osbert, "Seigneur à huit dents", qui trouvent les mâles humains un cran au-dessus des femelles en raison de leur plus grande proximité avec le monde animal;

- le bouledogue Smiley, membre du MI7, au service de Sa Gracieuse Majesté depuis 15 ans, véritable bouledogue anglais, qui ne peut faire confiance à son humain d'agent;

- des chats, sur le compte desquels les humains se trompent en les considérant comme perdus alors qu'ils ont mené à bien leurs projets d'évasion;

- des canetons, qui, instruits par un vieux colonel des canards, évoluent sur la Tamise et observent des humains embarqués ou postés sur les berges, qu'ils trouvent dénués ou non d'intérêt;

- un goupil des villes, qui s'attriste que les humains ne veuillent pas de lui;

- un écureuil gris, qu'un fox-terrier rigolard voit aguicher une humaine en faisant le beau;

- un moineau, dont le terrain de chasse et le théâtre privé sont Les Deux Magots, à Paris, café fréquenté par des célébrités;

- un ours d'appartement, adopté, qu'emmène partout sa maîtresse et qui se demande quelles peuvent bien être ses origines.

 

Ne sont pas seulement anthropomorphes les réflexions, mais les expressions utilisées par les animaux, par exemple celles où le mot patte se substitue aux mots pied, main ou bras, telles que d'une patte assurée, un tournepatte, reprendre en pattes, les pattes croisées dans le dos, les pattes m'en tombent ou baisser les pattes... Dans le même temps, ces bêtes sont bien des bêtes dans leurs comportements, décrits avec précision...

 

Certaines de ces bêtes se retrouvent parfois d'une historiette l'autre, ce qui contribue à façonner tout un monde qui devient ainsi familier au lecteur et qui donnent une unité au livre, renforcée par l'unité de ton, satirique et humoristique. Ce qui n'empêche pas parfois l'auteur de tenir des propos plus profonds, sur la mort, notamment:

 

"Je tâcherai jusqu'à mon dernier souffle de faire bonne figure et saurai partir comme j'ai vécu, sur la pointe des pattes."

 

Question de dignité, qui n'est pas l'exclusivité des humains...

 

Francis Richard

 

Osbert & autres historiettes, Christopher Gérard, 112 pages, L'Age d'Homme

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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 22:50
"L'alphabet des anges" de Xochitl Borel

Qu'est-ce qu'un ange? Etymologiquement, c'est un messager. Dans les religions du Livre, c'est une créature céleste, resplendissante de beauté et de lumière, à qui Dieu demande de délivrer un message ou d'accomplir une mission auprès des êtres humains.

 

Avant que l'avortement ne soit légalisé, les femmes qui le pratiquaient, notamment avec des aiguilles à tricoter, étaient appelées faiseuses d'anges: des enfants innocents ne pouvaient que devenir des anges après leur mort...

 

Le roman de Xochitl Borel commence par un avortement pratiqué de cette manière dangereuse par une certaine Madame Margot, femme qui sous son air autoritaire se révèle d'une grande tendresse, sur une jeune femme prénommée Soledad, étudiante en droit, accompagnée par sa belle-mère, Anne, de dix ans plus âgée qu'elle.

 

Quand il avait appris qu'elle était enceinte, le père de Soledad lui avait dit: "Je ferai le nécessaire". Aussi le nécessaire avait-il été fait. Mais une fois qu'il avait été fait, Soledad avait dit: "Anne, c'est un garçon. Je l'aurais nommé Micha.", le deuxième prénom du père biologique. Un peu plus tard, alors qu'elle souffrait encore, elle avait dit: "Tu sais, Anne, j'aurais voulu le garder."...

 

Soledad avait peu saigné et... l'enfant avait survécu:

 

"Aneth était née malgré l'avis des hommes. La vie est un miracle, Aneth, une ange déchue de sa destinée. Elle avait préféré aux ailes que lui promettait la faiseuse d'anges le poids des jambes. Des aiguilles meurtrières, Aneth avait pourtant gardé des traces: une oreille atrophiée et un oeil, le gauche, crevé; qu'importe, mon Aneth vivait, elle était le fruit confit de mes pommes d'amour."

 

Soledad avait donné à son enfant le nom d'Aneth comme la jeune pousse verte qui avait grandi quand elle était rentrée chez elle une fois que le nécessaire avait été fait:

 

"Les plus grands miracles humains ne sont rien par rapport à ceux accomplis par les plantes."

 

Six ans plus tard, nous sommes en 1961, Aneth s'avère une petite fille prodigieuse, avec un sens de la répartie qui laisse pantois ceux qui portent des jugements désobligeants sur elle, avec des jeux de mots d'enfant qui sont confondants et qui sont d'une poésie désarmante, sans laquelle il n'y aurait pas de beauté au monde.

 

Ce n'est pas un hasard si Aneth choisit dans un refuge un petit chien de trois ans auquel elle donne le nom de Basilic et qui est borgne et bâtard comme elle...

 

Grâce à Aneth, Soledad rencontre Emile avec lequel elle commence par se disputer parce qu'il ne parle d'abord que de l'intelligence stupéfiante de cette enfant, au lieu de parler du bonheur auquel elle a droit comme tout être humain:

 

"Le contraire d'"intelligence", c'est "instinct". Il ne faut pas tout miser sur l'intelligence, sinon on meurt, vous entendez, on meurt. L'intelligence tue, opposée à l'instinct qui sait comment nous préserver."

 

Mais, au bout de six mois de fréquentation, "d'inconnu, il était devenu étranger, puis homme, puis amant, mais maintenant c'était encore autre chose, quelque chose proche de cet aimé en l'être confondu."

 

Avant lui, Soledad avait oublié que "les amours sont végétales; que comme les plantes, elles se suffisent d'un rien. Donnez-leur de l'eau et de la lumière, et qu'on les laisse tranquilles, c'est cela qu'elles demandent"...

 

Emile apprendra à Aneth l'alphabet, auquel elle finira par ressembler, "mais sans l'orthographe. Juste le mouvement des lettres."

 

Aneth, Soledad, Anne et Emile surmonteront ensemble une ultime vicissitude et découvriront que la beauté du monde n'a pas besoin d'être vue pour être ressentie et que l'aveuglement ne touche pas ceux que l'on croit.

 

Dans ce roman, un message de vérité sort de la bouche d'une merveille d'enfant handicapée, qui voulait vivre et y est parvenue. Xochitl Borel accomplit ce miracle de la faire aimer par le lecteur, ému au plus haut point par ses paroles poétiques et par l'amour que lui porte sa narratrice de mère.

 

Le père de cette enfant, disparu "sans savoir la graine d'Aneth qu'il avait semée", avait dédié à sa mère des feuillets intitulés Plumes pour un ange nommé Solitude, dont elle ne prend connaissance que tardivement. Il avait notamment écrit ces mots:

 

Stratégie des mésanges.

Je n'écrirai plus, mais chaque papillon sera, souviens-toi de Jules Renard, un billet doux à l'adresse d'une fleur.

Tu fus mon plus beau paysage. Mon horizon reste avec Solitude, mon amour.

Thomas

 

Les mésanges font semblant d'être mortes pour échapper à leur prédateur... A leur prédicateur, comme dirait Aneth...

 

Francis Richard

 

L'alphabet des anges, Xochitl Borel, 132 pages, L'Aire

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 19:45
"Ruiz doit mourir" d'Etienne Barilier

La querelle entre les Anciens et les Modernes avait opposé à la fin du XVIIe siècle deux chefs de file, Nicolas Boileau et Charles Perrault, tous deux membres de l'Académie française.

 

Le premier soutenait que les auteurs de l'Antiquité étaient indépassables et qu'il convenait de les imiter, le second soutenait qu'ils étaient tout à fait dépassables et qu'il était même recommandé d'innover.

 

Une querelle, du même genre que celle qui avait secoué le monde académique littéraire deux siècles plus tôt, devait, à la fin du XIXe, au début du XXe, ébranler les certitudes des Anciens en matière picturale et voir triompher les Modernes.

 

Dans son dernier roman, Ruiz doit mourir, Etienne Barilier met en scène deux peintres aux conceptions opposées, John William Godward  et un certain Pablo Ruiz, qui n'est autre que Pablo Picasso.

 

Le premier est un Ancien qui éprouve un pur amour pour la Grèce antique, le second est un Moderne, qui innove et est capable de tout, même du beau, aux dires du premier.

 

Le premier pense que l'art doit être spirituel, qu'il doit magnifier le corps et que la vérité doit être voilée, tandis que le second peint la vérité sans voiles, détruit les corps dans sa peinture et "prétend tirer de la laideur une beauté nouvelle, ou pire, dépasser l'opposition de la laideur et de la beauté, les anéantir l'une et l'autre."

 

John William Godward est né en 1861 et Pablo Ruiz en 1881, 20 ans les séparent. En fait, bien davantage les sépare donc. De plus, l'un a dû lutter pour devenir artiste, tandis que l'autre a eu somme toute la partie facile; l'un est timide et respectueux face aux femmes, tandis que l'autre est conquérant et sans retenue face à elles, ce dès le plus jeune âge.

 

En 1917, Godward et Ruiz se trouvent tous deux à Rome. Godward aimerait rencontrer Ruiz, son ennemi, pour lui dire son fait sans trembler, parce qu'il le considère comme un destructeur de l'art - il ne peint pas l'amour, il peint la mort. Et il raconte cette quête dans son journal, qu'il commence le 21 février et termine le 13 avril de cette année-là.

 

Cette quête est l'occasion pour Etienne Barilier de parler savamment de peinture, de restituer le monde des Ballets russes qui se produisent alors à Rome, loin du front, de raconter Ruiz, peintre de décor de ballets et amoureux transi d'une danseuse, d'évoquer les figures de Diaghilev et du jeune Cocteau, de peintres loués alors et bien oubliés depuis.

 

A la fin, ce roman, aux bases historiques solidement établies et aux lacunes historiques comblées avec vraisemblance, réserve deux surprises. Qui n'en sont pas tout à fait, à la réflexion.

 

Les comportements personnels de Godward et de Ruiz laissaient présager la première de ces surprises. La seconde est davantage inattendue, sans l'être pourtant tout à fait. En effet, la querelle entre Anciens et Modernes n'est certes pas une querelle infondée, mais n'est-elle pas excessive, c'est-à-dire insignifiante à certains égards?

 

En matière d'art, il ne faut désespérer de rien...

 

Francis Richard

 

Ruiz doit mourir, Etienne Barilier, 320 pages, Buchet Chastel

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 21:15
"L'échappée libre" de Jean-Louis Kuffer

Le monde n'aura jamais fini de livrer ses secrets.

 

Chacun ne perçoit qu'une partie de ce tout. Cette partie n'étant pas la même pour tous, la perception diffère, d'une personne l'autre. De plus les lunettes de lecture des uns et des autres ont des verres divergents.

 

Au lieu de s'en affliger, il faut s'en réjouirCar différences et divergences sont richesses humaines.

 

Jean-Louis Kuffer rappelle que le Charles-Albert Cingria qu'on aime disait qu'"observer c'est aimer". Il convient donc d'observer et... d'aimer.

 

JLK dit ne pas se contenter, comme François Mégroz, de lire la Commedia de Dante, livre qui contiendrait tout:

 

"Ce qui est probablement vrai, pour lui, ne l'est pas tant pour moi, qui entends plutôt prendre partout un peu de ce qui alimente le Livre du monde."

 

Dans L'échappée libre, JLK nous livre donc ses lectures du monde sur la période qui va du 1er janvier 2008 au 30 juin 2013. C'est un récidiviste de ce genre de lectures, peu soucieux d'ailleurs d'ordre chronologique et de continuité dans leur publication.

 

Ces lectures du monde, alimentées un peu partout, font suite à d'autres, publiées chez d'autres éditeurs, avec des interruptions parfois de quelques années. Mais, telles quelles, elles me ravissent, même si, parfois, les verres de nos lunettes divergent.

 

En guise d'avant-propos, intitulé A la vie à la mort, JLK écrit, entre autres:

 

"La première révélation de la mort est de nous découvrir vivants, la première révélation de la vie est de nous découvrir mortels, et c'est de ce double constat que découle ce livre."

 

Et effectivement il est question de vie et de mort dans ce livre, que j'ai lu deux soirs de suite "jusqu'à point d'heure", puis "tôt l'aube".

 

La vie? "La vie continue dans l'alternance du poids du monde et du chant du monde." Ce poids et ce chant ressortissant à sa complexité.

 

La mort? L'oncle de Maurice Chappaz avait confié à ce dernier: "Il n'y a qu'une bonne mort, la mort subite." Mais la mort n'est pas toujours bonne. Thierry Vernet, le peintre, disait:

 

"La mort, ma mort, je veux la faire chier un max à attendre devant ma porte, à piétiner le paillasson. Mais quand il sera manifeste que le temps est venu de la faire entrer, je lui offrirai le thé et la recevrai cordialement."

 

JLK se demande cependant avec "le philosophe russe Léon Chestov interrogeant le paradoxe d'Eschyle":

 

"Et si ce que nous appelons la mort était la vie, et ce que nous appelons la vie une sorte de mort?"

 

JLK cite un passage du dernier livre de Maurice Chappaz, Le Roman de la petite fille, interrompu par sa mort le 15 janvier 2009:

 

"Voici une heure que je rédige des lettres à des camarades dans l'existence. Sur une enveloppe j'écris le nom d'un ami qui dort au cimetière. Pour un peu je mettrais l'adresse du cimetière..."

 

Pendant ces cinq ans de lectures du monde, les morts se succèdent: Maurice Chappaz, justement, Hugo Claus, Thierry Vernet, Jean-Claude Fontanet, Jacques Chessex, Georges Haldas, Vladimir Dimitrijevic.

 

A propos de ce dernier, JLK s'était éloigné de Dimitri pendant quinze ans, faisant passer sa liberté avant l'amitié, préférant poursuivre son chemin de traverse "à côté", restant du moins fidèle à la Maison Littérature.

 

Cette fidélité à la Maison Littérature a inspiré de fort belles chroniques à JLK, sur les oeuvres des écrivains morts comme sur celles des vivants, dont certaines sont reproduites dans L'échappée libre.

 

Y alternent aussi des réflexions personnelles et intimes, des réflexions plus générales et "extimes" sur de grands thèmes, des correspondances - celle qu'il a avec Pascal Janovjak résidant à Ramallah occupe une place importante -, des notes de voyage - en Italie, au Cap d'Agde, à Paris, au Congo -, des rencontres, notamment celles "inoubliables que permet le sésame d'une carte de presse":

 

"La rencontre est à mes yeux l'un des mystères de l'existence, au même titre que ce qu'on appelle la création."

 

Celle avec Philippe Sollers (dont j'approuve le podium du siècle passé: Proust, Céline, Morand) est un morceau d'anthologie...

 

La profession de foi de JLK, intitulée Ecriture mode d'emploi, qu'il a écrite à l'occasion de son parrainage de Max Lobe, lors du Salon du Livre de Genève 2013, commence ainsi:

 

"Vivre, lire et écrire ne représentent à mes yeux qu'une seule démarche. Ecrire m'est devenu aussi vital que respirer, mais écrire sans vivre ou sans lire, qui renvoie à la vie et à l'écriture des autres, me semblerait tout à fait vain."

 

Cette citation résume très bien ce qu'est ce livre. Puisse-t-elle donc inciter.

 

A la suite de Charles-Albert, JLK pense en effet:

 

"Que c'est par la citation qu'on parvient à l'incitation."

 

Sur la littérature qui permet cette échappée libre à JLK, donnons le mot de la fin à Dimitri à qui ce livre est dédié, conjointement avec sa femme Geneviève et avec la bonne amie de l'auteur, parce que ce mot est d'une rare profondeur:

 

"La littérature, comme toute forme d'art, a une limite. A celle-ci, nous sommes confrontés par le mystère de la souffrance. Cette incroyable évidence que les sentiments puissent faire souffrir..."

 

Francis Richard

 

L'échappée libre, Jean-Louis Kuffer, 412 pages, L'Age d'Homme

 

Livres précédents:

 

Riches heures Poche suisse (2009)

Personne déplacée Poche suisse (2010)

L'enfant prodigue Editions d'Autre Part (2011)

Chemins de traverse Olivier Morattel Editeur (2012)

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 16:30
"La fête de l'insignifiance" de Milan Kundera

Vous en avez assez de ceux qui vous disent à tout propos: "Cela fait sens".

 

Vous avez envie de ne plus prendre les choses au sérieux parce que cela vous fait du mal et parce que la vie est trop courte, surtout celle qui vous reste promise.

 

Vous êtes captivé par ce qui est non-sens, justement parce que cela n'a aucun sens.

 

Alors faites La fête de l'insignifiance avec Milan Kundera.

 

Vous verrez, vous en sortirez de bonne humeur, une bonne humeur infinie pour peu vous ne vous preniez pas non plus au sérieux.

 

Il faut être un écrivain reconnu et n'ayant plus rien à prouver pour écrire un tel roman, où le regard sur les êtres et les choses compte davantage que l'intrigue.

 

Quoi que vous écriviez, dans ces conditions, est alors empreint d'une légèreté, celle de  l'esprit qui s'est, au long d'une vie, allégé de toutes ses scories.

 

Plus que jamais Milan Kundera est le démiurge des personnages qui évoluent dans son monde rêvé et leur fait dire ce qui lui passe par la tête; leur fait faire ce que sa fantaisie ordonne. Ils savent qu'il est le maître de leur existence et il s'adresse avec bonheur au lecteur pour le prendre à témoin de leurs facéties.

 

Cela commence très fort, dès les deux premières pages, quand Alain médite sur le nombril:

 

"Il observait les jeunes filles qui, toutes, montraient leur nombril dénudé entre le pantalon ceinturé très bas et le tee-shirt coupé très court. Il était captivé; captivé et même troublé: comme si le pouvoir de séduction ne se concentrait plus dans leurs cuisses, ni dans leurs fesses, ni dans leurs seins, mais dans ce petit trou situé au milieu du corps."

 

Si Alain a des mots pour décrire et définir l'orientation érotique correspondant à ces parties anatomiques, considérées comme des centres classiques de séduction féminine, il reste coi pour le faire s'agissant du nombril.

 

Que peut-on dire d'ailleurs du nombril sinon qu'il est la trace du fait d'être né d'une femme. Un ange, qui n'a pas de sexe, est sans nombril itou...

 

Nombre de villes ont été rebaptisées et rebaptisées au XXe siècle, mais il en est une qui ne sera plus jamais rebaptisée: Kaliningrad, l'ex-Königsberg d'Emmanuel Kant. Elle a été rebaptisée une fois pour toutes. Pourquoi? Parce que l'insignifiance de Kalinine, l'obscur et fantoche président du Soviet suprême sous Staline, ne fait de l'ombre à personne...

 

Si vous n'êtes pas brillant en société, sachez qu'il est inutile de l'être pour séduire une femme:

 

"Quand un type brillant essaie de séduire une femme" explique Ramon, "celle-ci a l'impression d'entrer en compétition. Elle se sent obligée de briller elle aussi. De ne pas se donner sans résistance. Alors que l'insignifiance la libère. L'affranchit des précautions. N'exige aucune présence d'esprit. La rend insouciante, et partant, plus accessible."

 

Ces deux trois exemples d'insignifiance montrent qu'il faut aimer l'insignifiance ou apprendre à l'aimer. Elle est en effet évidente, innocente et belle. Elle est non seulement la clé de la bonne humeur, mais aussi celle de la sagesse.

 

Francis Richard

 

La fête de l'insignifiance, Milan Kundera, 144 pages, Gallimard

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 03:30
"Ezra enigma" de Jean-Pierre Keller

Pour apprécier une oeuvre à sa juste valeur, il faut la séparer de l'homme et faire appel à son instinct. Car, comme le disait Proust, contre Sainte Beuve, une oeuvre est le produit d'un autre moi parmi les diverses personnes superposées qui composent une personne morale.

 

Avant d'attribuer à Guilleragues, les cinq Lettres portugaises, était-il important de savoir qui en était l'auteur pour dire de ce petit livre: Attention, chef-d'oeuvre!?

 

Cette démarche d'appréciation littéraire n'exclut évidemment pas de s'intéresser à la personne morale qui contient cet autre moi, parce que tout être humain est digne d'intérêt, compréhension ne valant cependant pas caution.

 

Cette recommandation se vérifie a fortiori quand il s'agit d'apprécier l'oeuvre d'une personne à la vie ou aux idées sulfureuses. Le cas Céline  en est l'illustration la plus emblématique. Mais il n'est pas le seul et Jean-Pierre Keller, dans son dernier livre, Ezra enigma, attire l'attention sur un autre cas, celui d'Ezra Pound.

 

Ezra Pound est bien sûr l'homme qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans des émissions à Radio Roma, a fait l'apologie du fascisme et tenu des propos antisémites, les Juifs représentant surtout à ses yeux la puissance financière (il l'a payé de 12 ans d'internement psychiatrique aux Etats-Unis...), mais il est aussi le grand poète que l'on sait.

 

Fabrizio Ballarin est un étudiant qui a du mal à trouver sa voie. N'ayant pas la vocation médicale, comme papa, ce bamboccione, éternel enfant, fait, à l'université de Venise, des études de droit, qui, comme on sait, mène à tout, même au journalisme.

 

Fabrizio doit un jour faire un exposé sur l'usure, sujet dont il n'a aucune idée. C'est alors que le hasard fait bien les choses. Mais est-ce le hasard? En voulant attraper un livre en haut d'une pile de la bibliothèque paternelle, sept ou huit volumes lui dégringolent sur la tête. Il n'arrive à en sauver qu'un seul de la chute, l'ABC de l'économie, d'Ezra Pound.

 

Ce livre opportunément tombé sur lui va changer le cours de son existence. Sans savoir qui en est l'auteur, il s'en inspire pour faire la présentation qui lui a été demandée. Ce qui lui vaut d'être sévèrement chahuté par une partie des étudiants de sa classe. Devant son incompréhension, l'assistant lui conseille d'aller voir un professeur de littérature, Madame Lauren Davidson.

 

Madame Davidson? "Une grande blonde de trente-cinq ans environ aux lèvres pulpeuses rehaussées d'un rouge vif", aux "longues mèches frisées reposant sur [les] épaules". Pas du tout l'image qu'il se faisait d'un professeur. Elle lui apprend que l'auteur de l'ABC de l'économie est un poète génial et lui conseille la lecture des Cantos scelti, "un choix de Cantos traduits par sa fille" et lui révèle son passé sulfureux.

 

Six ans plus tard, en faisant un des mots croisés paru dans un numéro de 1952 de La Settimana enigmistica, la définition du dernier mot en quatre lettres de cette grille sur les personnages religieux le remet sur le chemin d'Ezra: "Scribe antique et poète". Ezra est en effet à la fois un personnage de l'Ancien Testament, dit le Scribe, et le poète qui lui a valu d'être chahuté.

 

A partir de ce moment-là Fabrizio s'intéresse à nouveau à Ezra Pound, dont il lit d'autres oeuvres que l'ABC de l'économie. Ce qui le conduit à mettre ses pas dans les siens. C'est ainsi qu'il fera la rencontre d'Amalia devant le Nid caché, à Venise, où Ezra Pound abritait ses amours avec sa maîtresse, Olga Rudge. C'est ainsi qu'il rencontrera à nouveau Lauren Davidson, chez Mary, la fille d'Olga et d'Ezra, sur les hauteurs dominant Merano.

 

La vie personnelle de Fabrizio tourne désormais autour du poète. Elle est ponctuée de nombre de ses vers inspirés. Elle se nourrit des lieux dans lesquels il s'est rendu. Elle le conduit même un moment dans une antre où d'aucuns se réclament indûment de lui. Mais le mot Pound est devenu un sésame dans son existence. 

 

Il est décidément très poundien ce personnage de Fabrizio, pour qui "les mots comptent plus que les choses", ce qui n'est pas pour déplaire à  celles qui l'aiment. Et qui ne déplaira pas non plus à ceux qui ont la fibre poétique, c'est-à-dire musicale.

 

Jean-Pierre Keller aime les mots et il s'en sert pour raconter les choses avec beaucoup d'agrément pour le lecteur. Sous sa plume le ménage à trois, à consonance bourge, devient amours triangulaires, à consonance italienne...

 

Francis Richard

 

Ezra enigma, Jean-Pierre Keller, 192 pages, L'Age d'Homme

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 06:00
"Le Ciel identique" de Stéphane Blok

Le roman est décidément un genre qui échappe à toute définition.

 

Le livre de Stéphane Blok, Le Ciel identique, est un roman. Mais il l'est par défaut. En effet, de par sa longueur, il pourrait être une nouvelle. Et pourtant, cela ne tient pas la route.

 

Certes il ne comporte pas plus de nonante pages et nombre d'entre elles sont loin d'être noircies de mots, mais il n'est pas condensé comme une nouvelle devrait l'être, en principe. Au contraire il serait plutôt expansé, comme s'il était la caisse de résonance des trois questions ouvertes que représentent ses trois chapitres et ses trois épilogues en un seul.

 

Comme c'est bien une oeuvre de fiction, il n'est pas d'autre genre que le roman qui puisse lui être attribué. Comme l'esprit humain a besoin de catégoriser pour se rassurer, il affuble un qualificatif accolé au mot roman pour lui trouver une identité. Et celui qui vient au même esprit humain, en l'occurrence, pourrait bien être poétique. Ce qui tombe bien puisqu'il est suivi de quelques poèmes, intitulés Chants entre les immeubles.

 

Trois chapitres, trois personnages, Aurélie, Silverio et Marc. Sous le même ciel. Les deux premiers proches. Ils se croisent même à un carrefour de la ville. Le troisième, plus loin, dans une vallée, se trouve sous la pluie depuis onze jours.

 

Aurélie n'a pas dormi. Elle vient de quitter deux hommes. Les trottoirs sont mouillés, mais le ciel est bleu. Elle déambule dans la ville, après avoir pris un café et un verre d'eau dans un établissement. Elle se dévêt un peu, parvenue au bord du lac. Chemin faisant elle a vu cette scène:

 

"Un jeune homme en veste de cuir beige traverse au rouge le passage clouté tandis que deux femmes, cabas en main, attendent que le feu passe au vert. [...] Deux pigeons se suivent sur le pavé taché."

 

Silverio est sur le départ. Il essaie de ne rien oublier. Il prépare ses affaires, tout en accomplissant les tâches quotidiennes du matin, le thé vert, les ablutions, les opérations naturelles. Une fois dans la rue, il assiste à cette scène:

 

"Une jeune femme blonde en talons hauts et habits de soirée déambule nonchalamment devant lui: ses cheveux retenus laissent apparaître une nuque fine et de petites oreilles, légèrement décollées. Deux femmes, cabas en main, attendent que le feu passe au vert. [...] Il [...] traverse au rouge le passage clouté en direction du métro, porté par un enthousiasme qu'il sent contagieux [...]. Deux pigeons se suivent."

 

Marc se trouve sous la pluie incessante depuis onze jours, qui imprègne tout, les êtres et les choses. Il réside dans une masure, dont le toit ne retient que partiellement l'eau, située en périphérie d'un petit bourg. Avec ce temps, il y fait nuit en plein jour. Il doit se trouver dans cette vallée que devine Aurélie depuis le bord du lac:

 

"Tout au fond, entre deux massifs, des nuages obstruent la vallée. Et sous les nuages, deux parallèles grises, obliques, des trombes d'eau qui tombent du ciel, de l'eau qui chute, lâchée dans le vide, du haut vers le bas, jusqu'au sol. Là-bas les gens sont sous la pluie, dans le brouillard. Dans la tempête."

 

Dans ce roman il n'y a donc pas vraiment d'intrigue, mais trois personnages, qui, confrontés à la réalité du réveil, se livrent à des réflexions poétiques sur ce qu'ils font, sur ce qu'ils vont faire, sur ce qui les environne.

 

Et le lecteur, sous le charme, comble de lui-même, emporté par son imagination, les lacunes poétiques laissées par l'auteur et fait siens, alors, ces vers de Stéphane Blok poète:

 

Depuis longtemps déjà, depuis longtemps j'ignore

si au-delà des toits, des toits s'étendent encore.

 

Francis Richard

 

Le Ciel identique, Stéphane Blok, 128 pages, Bernard Campiche Editeur

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Présentation

  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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