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26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 21:55
Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris, de David Zaoui

Ça s'appelle de l'aide simienne. Ils ont fait l'expérience auprès de personnes handicapées, aux États-Unis et en Amérique du Sud, au sein de plusieurs maisons de retraite, mais aussi à domicile. Des singes capucins très gentils, apprivoisés et parfaitement dressés, sont capables d'accompagner les personnes âgées dans leur vie quotidienne. 

 

La mamie d'Alfredo Scali, Daisy, est atteinte de la maladie d'Alzheimer. Son neurologue recommande, pour lui venir en aide, une association, L'Acolyte utile, qui s'occupe de singes, des capucins. 

 

Quelques semaines plus tard, un responsable de l'association vient chez Daisy avec un capucin, une femelle de trois kilos, de quarante centimètres, éduquée pour l'aide simienne, totalement autonome.

 

Ce singe va changer la vie de Daisy, puis d'Alfredo. Comme Daisy est une fan de la série Derrick, elle aimerait donc appeler ainsi cet acolyte utile à tous points de vue, mais Alfredo trouve que c'est nul.

 

Finalement, la primate s'appellera Schmidt, comme le personnage auquel fait allusion l'inspecteur Derrick dans une réplique d'un épisode que Daisy est en train de regarder à la télévision...

 

Alfredo est au chômage. Il est artiste-peintre. Il ne peint pas n'importe quoi: l'inconscient des animaux pendant leurs rêves. Il a une sérieuse excuse: son père est un passionné d'animaux...

 

Son conseiller Pôle Emploi, Bertrand Bubard, lui propose tout autre chose, des petits boulots, parce que peintre ce n'est pas un métier: il n'y a d'ailleurs aucun code ROME concernant cette activité.

 

Quand Alfredo propose ses toiles à des galeristes, il se fait jeter. Quoi qu'il écrive à Bertrand Bubard, celui-ci lui fait invariablement la même réponse, qui revient à renoncer à ses ambitions artistiques.

 

Heureusement Alfredo a deux amis, en manque de réussite comme lui: Casimir, expert en assurances, qui a des ambitions littéraires, et Serge, artiste-peintre lui aussi, qui fait le portrait de touristes.

 

Ces deux amis l'encouragent à leur manière et ressemblance à persévérer, le premier en lui recommandant d'être volontiers opportuniste, le second d'être puriste, c'est-à-dire sans compromis.

 

Schmidt va changer la vie d'Alfredo, parce qu'il va la prendre chez lui après que sa mamie, dont le mal empire, a voulu la mettre dedans son bouillon de poulet et que Schmidt n'a rien voulu savoir.

 

David Zaoui voulait lire un roman qui comporterait une dose d'humour, de folie, d'émotion, d'originalité et qui soit en prise sur son temps. Le libraire n'avait pas un tel roman en rayon et lui a conseillé de l'écrire...

 

Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, David Zaoui a donc écrit Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris, qui remplit tous ces critères réjouissants et dont le titre est une sage et drôle sentence.

 

Mais Alfredo n'aurait certainement pas adoptée cette sentence sans l'aide simienne involontaire de Schmidt (qui ne se contente pas d'imiter les humains) et sans l'aide inattendue de son paternel.

 

Francis Richard

 

Sois toi-même, tous les autres sont déjà pris, David Zaoui, 306 pages, JC Lattès (en librairie le 30 janvier 2019)

 

Livre précédent:

Je suis un tueur humaniste, 248 pages, Paul & Mike (2017)

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 23:00
Nos vies limpides, de Valérie Gilliard

Elles. Elles sont dix.

 

Leurs prénoms commencent tous par un E, comme Elles: Edwige, Eli(sabeth), Elsuinde, Eden, Elke, Eulalie, Elphie, Emérence, Estée, Edge (Elaine et Emerine sont des intruses qui n'ont pas leur nouvelle).

 

Ces prénoms existent, ou pas, dans le livre des prénoms. Mais, quand ils sont imaginaires, ils sont évocateurs de celles qui les portent, comme peut l'être une onomatopée ou une allitération.

 

Elles sont de tous les âges et ont tous les physiques. Si leurs prénoms sont parfois improbables, elles, elles ne le sont pas. Car, qui n'a pas rencontré l'une d'entre elles ou l'une de leurs semblables?

 

Elles se retrouvent en effet qui à la piscine, qui sur Internet, qui sur le quai d'une gare, qui dans un bus, qui dans la rue, qui chez elles: il n'est donc pas impossible d'avoir eu affaire à elles.

 

Elles ont leurs habitudes: l'une nage son kilomètre, l'autre aime tout ce qui est bon (c'est-à-dire ce qui est très mauvais, dirait Gérard Oury), une autre encore fait un périple quotidien dans Yverdon.

 

Elles ont des regrets, des angoisses, des fantasmes, des obsessions ou des manies. Elles disputent leur enfant. Elles se rebellent contre leur mère. Elles écoutent sans écouter. Elles se tourmentent...

 

Elles sont ordinaires, en apparence. Mais il faut croire que, même chez des êtres ordinaires, il y a toujours des singularités à découvrir, qui les distinguent des autres: il suffit d'observer.

 

Ce qui n'est pas ordinaire, c'est justement la façon de les dire, avec des mots simples, mais qui, mis bout à bout, dessinent leurs figures, attachantes ou irritantes, risibles ou pas, en tout cas authentiques.

 

Car Valérie Gilliard observe avec acuité et tendresse Nos vies limpides, c'est-à-dire celles de son genre féminin. Si ses histoires sont parfois drôles, parfois grinçantes, elles sont surtout vraies, humaines en somme.

 

Et, quand elle ne parle pas d'elles, elle tourne autour d'elles avec des feuilles volantes, qu'elle intercale avec bonheur entre les nouvelles de ce recueil, comme celle qui se termine par ce distique:

 

Diagnostic: sur-adhérence psychologique.

Traitement: détachant.

 

Francis Richard

 

Nos vies limpides, Valérie Gilliard, 172 pages, Éditions de l'Aire

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22 janvier 2019 2 22 /01 /janvier /2019 23:55
Lady des abysses, de Jack Küpfer

La Suisse a une marine marchande, ce que d'aucuns ignorent. Dont le port d'attache est Bâle...

 

Le Tigre d'azur est un bateau d'une compagnie de cette marine méconnue, la Pacific Swiss. Il jauge 64 000 tonnes et est mû par un moteur de 16 000 chevaux.

 

Le Tigre d'azur fait escale à Singapour. Ses marins, Ian, Erik et les autres, en profitent pour se lancer en bande dans les sulfureux repaires des noctambules:

 

L'ultime étape de ces coureurs des mers était le Snow Club. C'est là qu'ils avaient choisi d'aller se frotter le cuir et se donner du bon sang.

 

Erik Eggis est un jeune mousse de seize ans; Ian Horkan, le second officier du pont, a le double de l'âge de ses camarades... c'est-à-dire plus de quarante ans.

 

C'est au Snow Club que Ian fait la connaissance d'une jeune beauté, de type indien, qui se fait appeler Parvati, comme l'épouse de Shiva.

 

Parvati se prénomme en réalité Dewa... Elle sait bien des choses. Elle sait par exemple que Ian a un médaillon dans la poche droite de son pantalon.

 

Dewa demande à Ian de lui montrer ce médaillon à l'effigie d'une belle Dame britannique. Elle reconnaît cette femme qui obsède Ian depuis vingt ans et qu'il associe au naufrage d'un voilier anglais, dont il aurait pu être témoin dans une vie antérieure.

 

Ian veut en effet écrire un roman mais la Dame du médaillon jette une ombre noire sur son imagination et il ne parvient qu'à écrire d'illisibles élucubrations (les mêmes ressassées chaque nuit)...

 

A Roscoff, un boutiquier, un certain Dickinson, lui  a fait présent de ce médaillon, qu'il prétendait avoir arraché aux doigts de la Mer...

 

Dans ce médaillon, il y avait le portrait d'une belle Dame, dont l'attitude noble et sérieuse était inspirée de la peinture anglaise du temps de Gainsborough.

 

Ian avait surnommé cette Dame, sans qu'il sache jamais pourquoi, Lady Cyana, et avait toujours le médaillon sur lui depuis lors.

 

Dewa reconnaît donc la Lady et implore Ian de rester avec elle à Singapour et de ne pas aller à Kandla la prochaine escale du Tigre d'azur:

 

Si tu pars, tu mourras noyé, crois-moi.

 

Après une nuit d'amour avec Dewa, dans un hôtel de Little India, Ian la quitte subrepticement avant qu'elle ne se réveille. En fait il fuit, redevenu simple individu farouche. 

 

Lady des abysses est dès lors le récit captivant de la traversée du Tigre d'azur de Singapour à Kandla, devant lequel le navire stationne pendant plus d'un mois.

 

La nuit de l'équinoxe une brume luminescente se lève...

 

Francis Richard

 

Lady des abysses, Jack Küpfer, 296 pages, L'Âge d'Homme

 

Livre précédent:

Black Whidah, Olivier Morattel Éditeur (2014)

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17 janvier 2019 4 17 /01 /janvier /2019 22:30
Il prononcera ton nom, de Florian Eglin

Il prononcera ton nom se présente comme une pièce de théâtre, en trois actes, sauf que ce serait une pièce insupportable à voir et à entendre si elle était jouée, parce que brutale et grand-guignolesque.

 

Les personnages principaux sont trois jeunes hommes, des fils de la bourgeoisie genevoise en place, une adolescente, la Voix Off et la Dea Ex Machina. Les autres personnages sont ceux qui les regardent.

 

Stephen est fils d'avocat, Kevin fils de médecin et Luc fils de banquier, du beau monde en somme. Alexandra, c'est l'adolescente, âgée de quatorze ans. Tamara à qui la pièce est dédiée, c'est la Dea...

 

On pourrait ajouter toutefois, comme personnage principal, parmi tous les personnages au nombre indéfini, le rédacteur des didascalies, dont les propos s'opposent souvent à ceux de... la Voix Off.

 

Pour parvenir à la pleine lumière, l'intrigue emprunte un chemin semé de vie et de mort, où, chaos et KO obligent, fin et commencement se succèdent, comme dans l'histoire de l'oeuf et de la poule.

 

Stephen a mis Alexandra enceinte. Il veut qu'elle avorte, alors qu'elle croyait lui faire un cadeau, sous prétexte qu'il ne veut pas être un pigeon. En fait il craint surtout que son père ne l'apprenne.

 

Si son ami Kevin est pour Stephen un suiveur, Luc est un mentor, et c'est bien ce dernier qui va indiquer à celui qui ne veut pas être papa la solution finale la meilleure pour se débarrasser du sac de cellules...

 

Les rôles de naguère sont désormais inversés dans cette pièce (au dénouement surréaliste), puisque celle qui est enceinte doit assumer tandis que le géniteur doit seulement l'aider à le faire. Et de quelle manière!

 

Où l'auteur de cette histoire, qu'il ne vaut mieux pas prendre au premier degré, veut-il donc en venir? Peut-être la réponse se trouve-t-elle dans une note en bas de page, au début de la scène trois de l'acte deux.

 

Cette longue note raconte en effet la vie de Petra de Casamance, envoyée par Dieu comme une dernière offre d'alliance aux hommes. Mais ils n'en avaient pas voulu. Elle n'était que lumière et leur faisait de l'ombre:

 

Dieu baissa les bras. En Petra il avait placé ses espoirs. Désormais les hommes feraient sans LUI. Sans son amour. Car, il faut qu'on le sache bien, aujourd'hui plus que jamais, Dieu, les hommes qui n'aiment pas les femmes, IL ne les aime pas non plus.

 

Francis Richard

 

Il prononcera ton nom - Mystère contemporain, Florian Eglin, 128 pages, La Baconnière

 

Livres précédents:

 

A La Baconnière :

Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal (2013)

Une résistance à toute épreuve... Faut-il s'en réjouir pour autant ? (2014)

Holocauste (2015)

 

A La Grande Ourse :

Ciao connard (2016)

 

Chez BSN Press :

En pleine lumière (2019)

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 22:15
Atomik Submarine, d'André Ourednik et François Burland

Dans ce volume, il y a deux histoires, une vraie et une fantastique. La vraie ayant inspiré la fantastique.

 

L'histoire vraie est racontée par Philippe Lespinasse, en fin de volume. Car Atomik submarine existe. C'est une réalisation de l'artiste François Burland. Qui, en juin 2010, a l'idée folle de construire en France un sous-marin, avec l'aide d'un ami, George Kampera.

 

La charpente est construite à Castelmoron-sur-Lot et la tôlerie à Bordeaux, au Garage Moderne. Résultat: un engin de 1,3 tonne, mesurant 18 mètres de long, 4.9 mètres de large et 5 mètres de haut.

 

Atomik Submarine sera exposé, de 2011 à 2015, successivement à Bordeaux, à Neuchâtel, à Warth, à Feldkirch et à La Chaux-de-Fonds. Il se caractérise ainsi:

- il carbure à l'imaginaire, au sarcasme...

- il est siglé soviéto-kitsch

- il ne marche pas...

 

L'histoire fantastique, elle, est racontée par André Ourednik et illustrée par des collages de François Burland, dignes du réalisme socialiste soviétique, ce qui est certainement un compliment à ses yeux...

 

Dans ce récit surréaliste, Atomik Submarine porte ce nom mais devient l'Arche de l'Utopie, et est découverte par trois allumés: Premier, Deuxième et Troisième, sa proue étant prisonnière de cornes rocheuses.

 

Car ce récit commence par la fin, en pleine cryostase:

 

D'énormes langues de glaciers léchaient le monde. Elles coulaient entre les chaînes de montagnes, s'enlaçaient, s'enlisaient, formaient dans les plaines de l'Eurasie une seule langue immense et blanche qui émettait des bruits de cathédrales de glace brisées dans leurs fondations.

 

A l'intérieur du vaisseau échoué, les Allumés raniment les cinq occupants, des muziks complètement gelés. Ils veulent savoir ce qui leur est arrivé. Mais seul le vaisseau lui-même peut raconter le vaisseau. Et il le fait à travers la bouche des... muziks.

 

Ce récit a un rapport avec l'histoire vraie du sous-marin. Il lui est en quelque sorte parallèle et laisse transparaître la nostalgie d'une utopie basée principalement sur cette idée hors d'atteinte:  A chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens.

 

Le lecteur insensible à la nostalgie de cette utopie mortifère et sanglante, trouvera tout de même de l'intérêt à ce récit, parce que nourri de lectures signées Jacques Prévert, Bertolt Brecht, Alfred Jarry, Jean-Jacques Rousseau ou Friedrich Nietzsche.

 

Et puis, à la performance folle de l'artiste Burland se conjugue la performance tout aussi folle d'Ourednik, dont l'imagination est débordante et dont l'Arche est non seulement sous-marine mais également aérienne et souterraine...

 

Francis Richard

 

Atomik submarine, d'André Ourednik et François Burland, 216 pages, Art & Fiction

(avec les contributions de Philippe Lespinasse et Stéphanie Lugon)

 

Livres précédents d'André Ourednik:

 

Omniscience, 276 pages, La Baconnière (2017)

Les cartes du boyard Karienski, 280 pages, La Baconnière (2015)

Contes suisses, 184 pages, Éditions Encre Fraîche (2013)

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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 13:25
En pleine lumière, de Florian Eglin

Luca, 16 ans, est en onzième Communication et Technologie. Il dessine et il se bagarre. Autrement, il ne voit pas l'intérêt d'étudier. Qu'on bosse ou pas, m'sieur, ça mène à que dalle. dit-il à monsieur Cassar, son prof de français.

 

Ce qui l'intéresse, c'est de dessiner: il a dessiné une tête de gorille sur son pupitre quand Cassar l'a interrompu. Ce qui l'intéresse, ce sont les arts martiaux mixtes, MMA; chez lui, il a maté les vidéos de la ligue américaine de combat libre, l'UFC.

 

La grande star du MMA, c'est Conor McGregor. Dans sa chambre, Luca a beaucoup de photos de lui. La tête de gorille, c'est le tatouage sur la poitrine de cette grande gueule. De L'Iliade, le poème de la force, dixit Cassar, il s'en tape. Quand ce dernier a chopé son exemplaire qu'il voulait lancer, il a frappé sa main...

 

Résultat : le renvoi. Son dix-septième. Pour deux semaines. Avec convocation à la clé chez la doyenne, lundi à 7h30, et une baffe de son père, qui lui intime l'ordre d'écrire une lettre d'excuse à son prof.

 

Sa lettre est bien écrite. Elle est accompagnée d'un dessin... qui représente un dos complet, tatoué à la manière de Horiyoshi III. Cela ne déplaît pas à la doyenne, qui lui donne la sanction de la dernière chance.

 

La sanction, c'est de préparer le concours pour le Centre de formation professionnelle des arts et, s'il respecte ce contrat, d'obtenir son entrée au Nobushi (comme les samouraïs), le meilleur club de MMA du canton.

 

Luca respecte le contrat. Il entre au Nobushi, qui est un lieu de respect. Son code, qu'il doit suivre, commence en ces termes : Le respect de l'autre et le respect de soi. Et se termine ainsi : Le contrôle de soi est une vertu primordiale...

 

S'il remplit toutes ces conditions, il pourra enfin entrer En pleine lumière. Mais ça, c'est une tout autre histoire, celle que Florian Eglin raconte justement, pleine de plaies et de bosses...

 

Francis Richard

 

En pleine lumière, Florian Eglin, 72 pages, BSN Press

 

Livres précédents:

 

A La Baconnière :

Cette malédiction qui ne tombe finalement pas si mal (2013)

Une résistance à toute épreuve... Faut-il s'en réjouir pour autant ? (2014)

Holocauste (2015)

 

A La Grande Ourse :

Ciao connard (2016)

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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 23:15
Sur les routes d'Europe, de Jean Buhler

- Je n'irai pas à Neuchâtel, monsieur. Enfin, très probablement pas. Je désire voyager.

- Mais, ce n'est pas une profession.

- Non, c'est une vocation.

 

Jean B. vient d'être bachelier et de prévenir le directeur qu'il rejette tout enseignement et qu'il va partir.

 

A son père il chante un même refrain, où gronde davantage sa révolte contre un avenir qu'il lui a tout tracé:

 

Tu voudrais faire de moi un arriviste. Arriver, c'est s'arrêter. Je sais que ma vie sera celle d'un passant, en qui rien ne meurt et qui n'arrive jamais.

 

A trois heures du matin suivant, il met ce programme à exécution et dit à sa mère (qui ne dort pas) qu'il va en promenade avec des amis, pour plusieurs jours, il ne sait pas où.

 

C'est un premier mensonge. Ce ne sera pas le dernier. C'est en mentant aux autres et à lui-même qu'il va se sortir des situations où il se met.

 

Ce sont les dernières années d'avant la Seconde Guerre mondiale. Mais ce contexte n'est pour rien dans sa volonté de vivre sur les routes du monde.

 

S'il a de l'ambition, c'est celle d'un vagabond, à qui ses compagnons de route collent l'étiquette de trimardeur, donc à rebours de celle des autres:

 

Elle consiste à me séparer de la masse par le bas au lieu de m'élever au-dessus d'elle.

 

Jean B. est un piéton, reconnaissant envers ses pieds:

 

Bons pieds pèlerins, bons pieds missionnaires, modestes serviteurs, portez en mon esprit la bonne nouvelle des horizons conquis.

 

Jean B. aimerait échapper à la contrainte de l'hérédité:

 

Comment forcer à naître cet être qui sourd en vous, vous précède sur les routes et déjà, nourri de son rêve, se souvient de l'avenir?

 

Jean B. va se rendre à Rome, la belle ville, à Naples, sans avoir envie du tout de mourir, puis va embarquer pour l'Albanie.

 

Ensuite il va parcourir la Mitteleuropa, faire escale à Paris avant de se retrouver enfin en Allemagne sur un chantier ferroviaire.

 

Ses aventures l'auront aguerri. Ses rencontres l'auront mûri. L'apatride volontaire aura fini par perdre son enfance:

 

Le monde m'a appris l'obligation de se confier, de se raconter, et d'imprimer durement ses pas sur les routes éphémères. 

 

Francis Richard

 

Sur les routes d'Europe - Souvenirs d'un vagabond, Jean Buhler, 200 pages, La Baconnière (sortie le 11 janvier 2019)

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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 23:25
Le disparu de Lutry, de Christian Dick

Le 30 juin 2014, Benjamin Cordey, inspecteur de police à la retraite depuis peu, reçoit un appel téléphonique insolite de la part d'une vieille dame, qui va s'avérer une femme séduisante.

 

Onze ans plus tôt, l'homme que cette femme aimait et avec lequel elle naviguait sur le lac Léman a disparu, mort ou parti sans laisser de traces. Elle aimerait connaître le fin mot de l'histoire.

 

Jacques avait quitté le port de Lutry en Pays de Vaud le 27 juin 2003; son Toucan s'était échoué sur une digue de Versoix en République de Genève; son corps n'avait jamais été retrouvé.

 

Jacques Morens était un homme marié, elle l'était de son côté, mais, depuis trente-cinq ans, chaque année, ils passaient cinq jours ensemble pendant la Semaine de la Voile, sur le bateau et à l'hôtel.

 

A bord du Toucan 5, ils étaient quatre; elle était la seule femme de l'équipage. Aujourd'hui elle a soixante-huit ans; ils se sont connus il y a cinquante et un ans, quand ils en avaient tous deux dix-sept.

 

Comme elle a entendu parler de Cordey, elle sait qu'il est l'homme de la situation, quitte à le défrayer autant que possible, parce qu'elle ne veut pas d'une enquête à la manière des détectives:

 

Je veux quelqu'un qui ait plus de coeur que de raison, qui soit capable d'aborder la question d'une manière féminine.

 

Marie-Jasmine Morerod ne s'est pas trompée sur le compte de Benjamin Cordey. Il va en effet mener une enquête intuitive, à l'ancienne, avec l'aide de deux comparses aux qualités complémentaires.

 

A cette occasion il va en effet renouer avec Amanda Jolle qu'il a connue en enquêtant sur la disparition de son frère et faire appel à Parisod, un vigneron doublé d'un navigateur, qui, lui, a perdu Olga...

 

Le trio improbable va rencontrer la veuve de Jacques et les autres membres d'équipage, dont l'un est devenu fou à la suite d'un traumatisme. C'est ce fou qui détient les mots-clés de l'énigme.

 

Il faut savoir écouter un fou quand il prononce des paroles qui n'ont aucun sens apparent. Or cet homme devenu autiste a des moments de lucidité et ses mots-clés sont guitare, mort, morte...

 

La vérité de ce polar est ailleurs et, la chance souriant aux audacieux, le trio va démêler peu à peu l'écheveau que tissent leurs différents interlocuteurs par leurs omissions et leurs non-dits.

 

Il n'est pas fortuit que le fou de l'histoire réagisse vivement à l'instant même où le tube de Gary Moore au festival de Montreux est évoqué en sa présence, dont le mémorable refrain-titre est:

 

So long, it was so long ago

But I've still got the blues for you

 

(Longtemps, il y a si longtemps

Mais j'ai toujours le blues pour toi)

 

Francis Richard

 

Le disparu de Lutry - Toucan 5, Christian Dick, 320 pages, Éditions Encre Fraîche

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5 janvier 2019 6 05 /01 /janvier /2019 19:20
Sérotonine, de Michel Houellebecq

La découverte début 2017 du Capton D-L allait ouvrir la voie à une nouvelle génération d'antidépresseurs, au mécanisme d'action finalement simple, puisqu'il s'agissait de favoriser la libération par exocytose de la sérotonine produite au niveau de la muqueuse gastro-intestinale.

 

Chaque jour, après avoir bu une gorgée de café et fumé deux trois cigarettes, Florent-Claude Labrouste, 46 ans, prend avec de l'eau minérale un comprimé de Captorix, nom commercial du Capton D-L, ce qui lui permet d'intégrer les rites majeurs d'une vie normale.

 

Toutefois, Florent-Claude note que les effets secondaires indésirables les plus fréquemment observés du Captorix [sont] les nausées, la disparition de la libido, l'impuissance... Pour sa part, il n'a jamais souffert de nausées...

 

Comment en est-il arrivé là? Florent-Claude (il déteste ce prénom sans avoir d'autre reproche à faire à ses parents) le raconte dans Sérotonine, roman où l'amateur de Michel Houellebecq retrouve cet esprit libre désenchanté.

 

En fait Florent s'est laissé ballotter par les circonstances de la vie. Il ne l'a jamais ni pris (ni repris) en main, si bien que, lucide, il écrit qu'il n'a jamais été qu'une inconsistante lopette et que l'avenir ne devrait pas lui être différent.

 

Est-ce à dire que sa vie est vide? Non. Après avoir préparé et fait Agro, il travaille un temps chez Monsanto mais les quitte non pas par pur conformisme de gauche mais parce qu'il lui semble qu'en y restant il trahirait son idéal:

 

Cette agro-industrie entièrement basée sur l'export, sur la séparation de l'agriculture et de l'élevage, était à mes yeux l'exact contraire de ce qu'il fallait faire si l'on voulait aboutir à un développement acceptable, il fallait au contraire privilégier la qualité, consommer local et produire local, protéger les sols et les nappes phréatiques en revenant à des assolements complexes et à l'utilisation des fertilisants animaux.

 

Florent devient alors contractuel au Ministère de l'Agriculture et est envoyé à la D.R.A.F. de Normandie pour aider les agriculteurs locaux à promouvoir leurs fromages, camembert, livarot et pont-l'évêque. Mais ce n'est pas une réussite...

 

Ce n'est pourtant pas pour ça qu'il donne un jour sa démission. Sa vie amoureuse n'est pas sans influence sur sa vie professionnelle et réciproquement. N'a-t-il pas toujours été convaincu que s'intéresser à autre chose qu'aux filles n'était pas sérieux?

 

A quarante-six ans il s'aperçoit qu'il avait raison à vingt: les filles sont des putes si on veut, on peut le voir de cette manière, mais la vie professionnelle est une pute bien plus considérable, et qui ne vous donne aucun plaisir...

 

Ses dernières filles sont Kate, la Danoise, Claire, la comédienne qui n'aura connu qu'un seul succès théâtral, Camille, la stagiaire qu'il a accueillie à la D.R.A.F., Yuzu, la Japonaise employée de la Maison de la culture de son pays, quai Branly.

 

Après elles, il se retrouve seul. Il ne tire aucune jouissance de cette solitude. Il a en effet besoin d'amour en général et d'amour sous une forme très précise, qu'il précise d'ailleurs très crûment parce que son écriture n'est pas de bois, mais plutôt bien charnue...

 

Avant de disparaître de la circulation et de quitter la D.R.A.F, Florent renoue avec son ami du temps de l'Agro, Aymeric d'Harcourt, qui fait de l'élevage de vaches laitières mais qui ne s'en sort pas du fait de la diminution du prix du lait. 

 

Avec d'autres éleveurs normands Aymeric décide de se battre. Florent, même s'il en est attristé, sait que ce combat est perdu d'avance, lui qui a naguère proposé des mesures de protection raisonnables, des circuits courts économiquement viables:

 

Je n'étais qu'un agronome, un technicien, et au bout du compte on m'avait toujours donné tort, les choses avaient toujours au dernier moment basculé vers le triomphe du libre-échangisme, vers la course à la productivité...

 

Florent pense donc que les coeurs se sont endurcis et que le petit comprimé blanc, ovale, sécable a au moins cette vertu d'aider les hommes à vivre, ou du moins à ne pas mourir - durant un certain temps. Certes, mais peut-être devraient-ils plutôt se prendre en main.

 

Dans la vie professionnelle, ne faut-il pas écouter sa raison et ne pas s'obstiner à faire des choses que d'autres savent mieux faire et à meilleur compte?  Dans la vie personnelle, ne faut-il pas écouter son coeur et laisser libre cours à ses élans d'amour?

 

Francis Richard

 

Sérotonine, Michel Houellebecq, 352 pages, Flammarion

 

Livres précédents:

 

Chez Flammarion:

Soumission (2015)

Configuration du dernier rivage (2013)

La carte et le territoire (2010)

 

A L'Herne:

En présence de Schopenhauer (2017)

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2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 17:45
Sans Silke, de Michel Layaz

Je me suis demandé si j'avais les capacités pour mener à bien ce travail de préceptrice. Je doutais que le mot de préceptrice fût le bon, mais je n'en trouvais pas d'autre.

 

Silke a dix-neuf ans. Elle a toujours vécu en ville, au bord du lac. Mais elle a besoin de travailler pour financer ses études. Alors elle saisit l'aubaine d'une annonce dans le journal:

 

On offrait un studio et une somme supérieure à celle que j'aurais pu gagner dans n'importe quel autre travail; en contrepartie, chaque fin d'après-midi en semaine et le samedi toute la journée, on demandait de s'occuper d'une fillette de neuf ans.

 

Silke est reçue à La Favorite qui se trouve à trois kilomètres du premier village, construite en bordure de forêt par enchantement, par la mère, élégante, le visage fin et sans la moindre ride.

 

L'affaire est rondement conclue. Trois quarts d'heure suffisent. Silke visite surtout le studio, ne voit même pas le père ni Ludivine. La mère lui dit seulement qu'elle est une enfant émotive, quelque peu distraite et endormie...

 

Le père, un bel homme au teint pâle, aux épaules larges et aux cheveux longs tirés en arrière, est un artiste. Avant de dessiner ou de peindre, il se ressource et plonge en lui-même...

 

Ludivine est une enfant qui, à l'école, n'aurait aucune facilité... En fait, il semble que ses parents ne s'occupent guère d'elle et qu'ils soient deux âmes tendues l'une vers l'autre, soudées dans leur bulle d'amour.

 

Très vite naît entre Ludivine et Silke une véritable complicité qui leur permet d'échapper à l'indifférence prononcée du père et de la mère à l'égard de leur fille.

 

La mère, avocate, mécène de son homme, ne pense qu'au père, qui ne pense qu'à sa mission épaisse d'artiste incompris et ne supporte pas longtemps sa fille, qu'elle parle, rit ou pleure.

 

Silke et Ludivine, ensemble, jouent, se promènent, font un peu les quatre cents coups sans trop de conséquences, partagent des secrets mais il ne faut pas qu'elles fassent trop de bruit...

 

Que dire de plus de la mère, sinon que c'est une déesse hautaine, qui ne pourra que rester fascinée et dévouée au père, indéfiniment, sans laisser de place à Ludivine.

 

N'est-il pas significatif que la mère déteste les accents et les régionalismes et qu'elle répète à sa fille qu'il faut dire: pomme de pin et pas pive, trébucher et pas s'encoubler, maillot de bains et pas costume de bains ?

 

Ce qui s'ensuit est prévisible sans évidemment l'être dans le détail: c'est, en tout cas, le résultat du comportement de deux coeurs unis d'amour, d'orgueil et d'égoïsme, à l'abri de leur carapace sans faille.

 

Francis Richard

 

Sans Silke, Michel Layaz, 160 pages, Zoé (sortie le 3 janvier 2019)

 

Livre précédent:

Louis Soutter, probablement (2016)

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31 décembre 2018 1 31 /12 /décembre /2018 20:45
Chienne de vie magnifique, de Christophe Gaillard

Ceci n'est pas une sottie, aurait dit Magritte. Mais c'en est une... puisqu'elle permet à Christophe Gaillard de tout dire et de le dire sur tous les tons...

 

Même dans une sottie, cependant, il est nécessaire de se donner un cadre. Alors le cadre est une pension de la rue Tournefort à Paris, à la fin du siècle passé:

 

On y entre par une porte bâtarde, surmontée d'un écriteau sur lequel est écrit: Maison-Bouvier, et dessous: Pension bourgeoise des deux sexes et autres. Chiens bienvenus.

 

Les chiens sont tellement bienvenus qu'ils y sont des personnages à part entière et les humains des deux sexes et autres y ont des patronymes très canins.

 

(La couverture de l'ouvrage représente d'ailleurs un détail du Chien de Francisco Goya)

 

La concierge, madame Berset, a deux chiens, un berger allemand à long poil brun, Russo, et une jeune caniche noire, Lola.

 

Au premier, madame Bouvier en a un, Bernie (un dévoreur de livres), et la belle et désirable mademoiselle Virginie Le Braque (qui a du chien), en a un également, Charlus, un danois.

 

Au second, Henri Lépagnol en a un, qui tient du fox-terrier et de bien d'autres races, mais Horace Levriller, étudiant en troisième année de médecine, lui, est le seul à ne pas en avoir.

 

Quand Horace ne promène pas Bernie, c'est Clodo qui s'en charge: Claude-Étienne Leterrier a lui-même un chien, Giscard, une boule de poils sans espèce particulière.

 

Il s'en passe des choses dans cette sottie savoureuse qui tient les promesses de son prologue: on s'y balade en bus, à pied, en courant; on y assiste à deux enterrements; on participe à un colloque... de chiens, etc.

 

Cela donne l'occasion à l'auteur sinon de tout dire, du moins de dire beaucoup, et sur tous les tons: on y passe par exemple du sourire à l'affliction et de la farce au recueillement...

 

Les divers récits et tons ne sont pas exclusifs de profondeur. Et l'oxymore du titre, Chienne de vie magnifique, illustre bien la contradiction inhérente à l'humaine condition.

 

Il n'est donc pas étonnant que les chiens en leur colloque  se posent cette question qui les tourmente:

 

Pourquoi les hommes, qui nous appellent leurs plus fidèles amis, se servent-ils de notre nom pour vouer aux gémonies leurs ennemis les plus acharnés?

 

Francis Richard

 

Chienne de vie magnifique, Christophe Gaillard, 244 pages, Éditions de l'Aire

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30 décembre 2018 7 30 /12 /décembre /2018 19:00
Folmagories, de Dunia Miralles

Dunia Miralles baptise d'un néologisme les nouvelles de son recueil: ce sont des Folmagories.

 

Ce mot de folmagorie est connoté. Il fait bien sûr penser à fantasmagorie, sauf que l'auteure ajoute à ses récits allégoriques une pincée de folie...

 

La Verde est une sorcière d'antan. Le narrateur s'est réfugié sur la Costa Blanca pour écrire son histoire qui sera la trame de son prochain roman.

 

Il a loué un appartement au seizième étage (l'avant-dernier) d'un building inhabité, pour être tranquille. Mais il n'arrive pas à trouver l'inspiration:

 

Dès que je tente de me concentrer, à l'étage au-dessus un enfant vagit. Souvent de longues heures, avec une régularité monotone. Infatigable.

 

La nécromancienne de son roman le pousse au délire. Il décide d'aller voir ce qui se passe au-dessus pour en avoir le coeur net et connaît alors une folle ivresse...

 

Vouivre est enfouie au fond d'un puits situé en-dessous d'un moulin construit après la mort de Jean-Jacques Rousseau et du vivant du Marquis de Sade.

 

Sous la scène de ce moulin devenu club sont établis les bureaux de l'administration où travaille la narratrice, seule femme parmi des misogynes.

 

Les clubistes font tant de grabuge que des créatures finissent par sortir du puits: d'abord Radon, puis Troll et Vampire, enfin Vouivre... qui la séduit immédiatement:

 

Amoureuse de son teint blême, de la fragilité de ses ailes et du mystère de sa légende, je sustentais la chimérique femelle de ma dilection...

 

Le cimetière de Staglieno se trouve dans un quartier populaire de Gênes: Une île protégée où abonde l'art et la verdure au milieu des navrantes activités de la tapageuse humanité.

 

La narratrice s'y promène en pensant à celui qui lui manque tant et sans lequel elle a vécu vingt-cinq ans. Elle se demande ce qu'ils attendent pour s'aimer.

 

Dans dix minutes le célèbre cimetière ferme. Mais elle est perdue et elle presse le pas. Elle est comme prisonnière. Elle panique, s'essouffle, sans cesser de penser à lui:

 

Je veux sortir d'ici.

Je veux te revoir.

Je veux t'aimer.

 

Appolutin et Rizhada sont au pied de la Tour Jürgensen aux Brenets, dont la vue extraordinaire justifie largement la construction par Jules Frederik.

 

Ils veulent y pénétrer mais ils en sont empêchés par un sorcier qui les met en garde: La magie hante le visible et l'invisible. Il leur faut découvrir où elle se cache.

 

Auparavant il leur faudra combattre les feux-follets qui, depuis que les marais ont été asséchés, se livrent à des démoneries quand ils sont autorisés à quitter les gouffres:

 

Quand un malin des marais prend le contrôle d'une personne, il la force à devenir misanthrope, médisante, intolérante, conformiste, harceleuse, jalouse, manipulatrice et méchante...

 

Dans L'Envol, Sarah ne digère pas qu'il lui ait envoyé un texto dépourvu de la moindre sympathie pour rompre avec elle après six mois passés ensemble:

 

Quel con ce mec!

Mais quel con!

 

Hissée sur la rambarde de la terrasse d'un chalet, qui surplombe un vide d'où jaillissent les sommets d'épicéas, bandant ses muscles, elle s'apprête à ...

 

C'est à ce moment-là qu'une buse qui s'est posée à proximité lui dit : - Arrête! C'est pas comme ça qu'on fait! , sous-entendu : C'est pas comme ça qu'on vole.

 

En fait, à proprement parler, Sarah n'entend pas la buse mais elle perçoit sa pensée et c'est en la percevant qu'elle ouvrira son esprit et l'élargira...

 

Dans chacune de ces nouvelles fantastiques, les protagonistes apprennent à revenir à l'essentiel qui est d'aimer et d'être libres, non sans un brin de folie...

 

Francis Richard

 

Folmagories, Dunia Miralles, 112 pages, L'Âge d'Homme

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Inertie (2014)

Mich-el-le (2016)

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29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 20:15
La Séquence, de Stefan Catsicas

En se vaporisant au contact de l'atmosphère, la comète put enfin libérer sa fabuleuse cargaison, une multitude de copies d'un même fragment d'ADN qui allaient pénétrer le corps de la femelle, s'introduire dans ses gènes, la féconder et donner à son cerveau des facultés nouvelles, sans précédents sur terre.

 

La femelle, dont il est ici question dans le prologue du roman de Stefan Catsicas, a été découverte par un archéologue allemand, Kurt Vercher, en relations avec le généticien américain Daniel Fox.

 

Or la dépouille de cette femelle, analysée par le laboratoire du professeur Fox, porte la Séquence, c'est-à-dire la séquence d'hominisation. Autrement dit : C'est le plus ancienne dépouille d'un véritable être humain !

 

La Séquence et son rôle dans l'évolution et la fonction du cerveau humain, ont justement été découverts par le professeur Fox de l'Université de San Diego. Et lui valent maintenant le prix Nobel de physiologie et médecine.

 

Lors de la conférence de presse qu'il donne à l'occasion de l'annonce de son prix Nobel, le savant précise que la Séquence est ce qui distingue les êtres humains des autres animaux et du règne végétal.

 

Il déclare: La Séquence n'a subi aucun changement, ni aucune mutation depuis sa première apparition, ce qui est également très inhabituel et reflète l'importance de son rôle.

 

Il déclare aussi: Le virus porteur de la Séquence qui a infecté nos ancêtres il y a cinq millions d'années n'est pas originaire de notre planète.

 

Il demande enfin, solennellement, à tous les instituts privés ou publics, à tous les chercheurs de tous les pays, de respecter un moratoire immédiat et d'arrêter toutes leurs recherches et essais cliniques en génétique humaine.

 

Pourquoi? Parce qu'il a eu connaissance que plusieurs groupes industriels cherchent à modifier la Séquence dans un but commercial, en se cachant derrière des expériences de génétique classique.

 

Cette conférence de presse a de nombreuses conséquences qui sont la matière explosive de ce roman d'aventure, où occupe une grande place l'éternel débat entre l'inné et l'acquis, entre le potentiel à la naissance et l'influence de nos expériences.

 

Si la Séquence est modifiable, évidemment cela change tout. Car les bénéfices commerciaux des compagnies qui la modifieraient en récolteraient des bénéfices juteux et leur donneraient un pouvoir exorbitant.

 

Or les analyses effectuées dans le laboratoire Fox sur des échantillons de dépouilles que lui a transmis le professeur Vercher révèlent que la Séquence n'est pas la même, comme habituellement, chez quelques rares spécimens.

 

Est-ce un hasard? Les personnes dont la Séquence est différente sont, semble-t-il, des êtres humains sensibles à l'existence de Dieu ou, en tout cas, doués d'une empathie hors du commun à l'égard des autres.

 

Si, donc, la toile de fond génétique de ce roman est un joyeux mélange de science et de fiction, d'histoire et de mythologie, de spiritualité et de rapacité, comme les enjeux sont colossaux, les passions se déchaînent et les armes parlent, jusqu'à la fin... 

 

Francis Richard

 

La Séquence, Stefan Catsicas, 464 pages, Favre

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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