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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 21:30
Un boudoir sur l'Atlantique, de Jessica Da Silva Villacastín

La Guyane est un prétexte; la vraie destination est le mode d'y prétexter: un porte-conteneurs. Car si la marchandise justifie la route, ce sont bien les hommes et la mer qui l'esquissent, au final.

 

Le prétexte? La journaliste Jessica Da Silva Villacastín se fait accréditer auprès du Centre Spatial Guyanais pour assister au lancement d'une fusée Ariane.

 

Le porte-conteneurs? Le CMA CGM Platon, qui mesure 170 mètres de long, 27,2 mètres de large et qui a une capacité de 1700 conteneurs équivalents à vingt pieds.

 

Le carnet de bord commence en fait le 19 janvier 2015, alors que l'embarquement aura lieu le 5 août 2015 et que le cargo arrivera le 19 août 2015 à Dégrad des Cannes: La disproportion du temps dévolu aux préparatifs et celui de la route me semble déjà ridicule, à la fois que respectable...

 

Elle sera seule femme à bord et aura trente ans le 14 août 2015, au moment où le cargo fera escale à Saint-Martin: Ma peur et mon désir, c'est la mer. Pas le mâle.

 

Quel titre donner à son carnet de voyage à bord du porte-conteneurs? L'auteure pense d'abord à: Effleurer les Atlantiques, Temps des Atlantiques, Pont F, Effleurer la marine marchande,  Some nautical pastorals, Les heures de l'Atlantique. Puis elle arrête son choix à: Un boudoir sur l'Atlantique.

 

Originellement, un boudoir c'est une petite pièce dédiée aux causeries féminines. Après un temps d'accoutumance, la cabine de l'auteure devient effectivement son boudoir à elle, où elle peut se confronter avec elle-même:

 

Je commence à adopter une nouvelle habitude qui me rappelle ma marque de fabrique: m'isoler le matin. Depuis quelques jours, je reste dans ma cabine, bois un ou deux thés verts en écrivant, en lisant la biographie captivante de La Fayette sous la plume du romantique Gonzague Saint Bris...

 

Le reste du temps, elle le passe à faire connaissance avec le cargo, au coeur de l'océan, chargé à bloc d'humains, de vivres, de valeurs, mû par une ingénierie potentiellement explosive (quand il ne s'agit pas de son chargement même).

 

Ce qui l'amène à rencontrer l'autre: Être interdépendant dans la solitude; être enfermé en pleine mer tout en contemplant des ciels presque divins... Un marin contemporain est un oxymore parfait.

 

Arrivée à bon port, depuis qu'elle a quitté sa cabine et les marins elle est triste: J'aimais la mer, je m'y sentais bien.

 

Pourtant elle ne rentre que le 5 octobre 2015 et séjourne auparavant en Guyane, où elle comprend qu'il y a un voyage après un autre, et ainsi de suite nécessairement:

 

Écrire sur le microcosme propre à un bateau marchand s'est mêlé à merveille avec la découverte graduelle de cette société multiculturelle, qui balade son panier du Super U au marché aux poissons traditionnel.

 

La Guyane? Ici, la différence c'est la norme. Faire du stop, c'est la norme...

 

A la fin de son carnet de voyage, elle tire toutes les conclusions de cette aventure qui l'a réellement changée et le termine en disant:

 

Ce recueil, c'est la mémoire de ce dépassement du "moi" social, avec ses étapes, le voyage, c'était la proposition, l'écrit, la trace. Le but, vivre un peu plus léger dans la profondeur de toute chose, au prix de ne jamais vraiment y revenir.[...] La mer et ce qui s'y passe, amères plus que salées, les lèvres du coeur, m'ont laissée.

 

Francis Richard

 

Un boudoir sur l'Atlantique, Jessica Da Silva Villacastín, 152 pages, Éditions Encre Fraîche

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 21:15
Crimes sacrés, sacrés meurtres, d'Yves Paudex

Dans Crimes sacrés, sacrés meurtres, la police de sûreté vaudoise est confrontée à un sacré crime. Le 1er novembre 2010, un tronc humain est découvert au Sépey, au coeur des Ormonts: la date du décès de ce qui fut un homme est estimée entre le 10 et le 12 octobre.

 

Plus tard sont retrouvés: les jambes, le 24 décembre 2010 à Versoix; le crâne, le 15 mars 2011 à Cheseaux-Noréaz; un tonneau (qui émerge avec la baisse de eaux) contenant les deux bras, un couteau, des habits, des chaussures, le 16 avril 2011 dans le lac de Gruyère:

 

Les chemises sont de taille 44, les chaussures de taille 43. Selon le médecin légiste, la victime avait 178 cm pour un poids d'environ 80 kilos.

 

On est sûr qu'il s'agit de la même victime grâce à l'ADN, qui est identique mais n'est toutefois pas répertorié dans le fichier helvétique. Les autres pays européens sont interrogés, mais il ne faut guère espérer de réponse rapide de la part de certains d'entre eux.

 

Dans une poche de chemise, il y a un papier déchiré: Au recto de ce qui devait être une carte de visite, il est imprimé: "dalla Lib...", avec une inscription au verso: "1515-29-17". Le recto laisse supposer que la victime est d'origine italienne, mais le verso...

 

L'enquête est confiée à un duo a priori incompatible: Bavaud représentait la police de demain, Rosset celle de hier. L'aîné avait bâti son fonds de commerce sur l'aveu, le cadet privilégiait les preuves scientifiques et techniques, jugées désormais plus fiables.

 

Denis Bavaud est un jeune inspecteur aux dents longues. Valentin Rosset doit bientôt partir à la retraite. Ce sont deux professionnels. Comme le dit l'aîné au cadet, ils sont d'une époque différente, mais deux flics quand même, différents mais complémentaires.

 

Un jeune inspecteur disparaît. Un vol est commis dans une paroisse de village sans que plainte soit déposée. D'autres meurtres sont commis. Les deux inspecteurs ont du mal à s'y retrouver dans cet écheveau et se demandent s'il existe des liens entre tous ces faits.

 

Leurs méthodes sont bien complémentaires, mais restent faillibles: l'un fait des recherches techniques sur les réseaux sociaux et la téléphonie, l'autre a l'expérience du terrain et des prémonitions (qui s'appuient parfois sur la symbolique spirituelle ou des coups de dés).

 

Cette faillibilité humaine est la marque de ce polar plein de méandres. Les personnages y apparaissent avec qualités et défauts, points forts et points faibles, et, qu'ils soient aimables ou non, leur histoire et celle des leurs permettent au moins de les comprendre.

   

Francis Richard

 

Crimes sacrés, sacrés meurtres, Yves Paudex, 470 pages, Plaisir de Lire

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7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 21:45
Après la colonie, d'Olivier Pitteloud

La colonie est située tout en haut du village. A la fin des années 1970, il y a un peu plus de vingt ans, il s'y est passé quelque chose de grave. A la fin de l'été, elle a été fermée et est devenue une ruine.

 

A l'époque, pendant l'été, les enfants des gros de la plaine, des gosses de riches, y étaient envoyés. Mais cet été-là, il y avait aussi, parmi eux, le gosse de l'Allemand. Qui d'ailleurs était un Autrichien...

 

Ce qui s'est passé, au village on n'en parle pas. On sait qui était la victime, mais les avis sont encore partagés parce que l'Allemand, on ne l'aimait pas. Quant au coupable, on n'a été sûr de qui c'était qu'après sa fuite.

 

Quoi qu'il en soit, les conséquences de ce qui s'est passé cet été-là seront lourdes pour la famille de l'Allemand et pour celle du président de commune. Aucun d'entre leurs membres ne s'en remettra.

 

Il y a donc un avant et un Après la colonie. Et même si Olivier Pitteloud parle de l'avant pour expliquer comment et pourquoi ça s'est passé ainsi, c'est surtout l'après qu'il décrit qui est terrible et mortel.

 

L'auteur a choisi de faire des allers-retours entre présent et passé du village et d'employer des pronoms indéfinis et démonstratifs tels que des on et des ça pour parler des êtres et de la communauté, créant une curieuse ambiance:

 

On n'aurait rien fait parce qu'on n'est pas bien courageux, ici, au village, on parle plus qu'on ne fait, on est comme ça, mais ça nous aurait dégoûté de penser chaque jour qu'un type comme ça habite juste à côté.

 

Ce microcosme, avec tout ce qui s'y est dit, et se dit, avec ses non-dits, avec ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas, est un lieu qui ne laisse pas beaucoup d'échappatoires aux individus, hormis la mort, bien entendu...      

 

Francis Richard

 

Après la colonie, Olivier Pitteloud, 128 pages, L'Âge d'Homme (à paraître)

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6 septembre 2019 5 06 /09 /septembre /2019 18:30
Ville bavarde, de Guillaume Rihs

A l'auteur suisse et à Fanny, une auteure québécoise, le festival de Montréal, histoire de les faire dialoguer entre eux, demande de dresser le portrait de leur ville respective.

 

Comment dessiner ce portrait? En écoutant chacun les bavards de sa ville et en rendant compte de ce qu'ils se disent, car la ville, c'est ce que ses habitants ont en tête et en bouche.

 

Que constate l'auteur (Guillaume Rihs?) après s'être livré à l'exercice? Que les trois sujets de conversation favoris de ceux qui se connaissant sont l'argent, la nourriture et eux-mêmes.

 

Pour ce faire il s'est fait collectionneur de conversations, ce qui requiert discrétion et ténacité. La pratique lui a montré quelle était la méthode à adopter, et qu'il recommande:

 

Privilégiez les transports publics pour la proximité qu'ils imposent. Adoptez une attitude détachée, par exemple celle d'un individu absorbé par la rédaction d'un SMS. En évitant tout contact visuel avec votre sujet, consignez vos observations.

 

Privilégier les transports publics ne veut cependant pas dire qu'il faille se limiter aux bus et aux trams, même s'ils représentent la plupart des observations qu'il a consignées.

 

Ainsi le collectionneur étend-il son champ à un magasin, un tea-room, une sandwicherie, une cafétéria, la salle d'attente d'un médecin, une promenade, l'université ou une librairie...

 

Le collectionneur, après une année et demie de pistage et quelque cent trente prises, élabore des statistiques à partir de son tableau de chasse. C'est dire qu'il a collectionné sérieusement.

 

Comment a-t-il fait son choix? Tantôt c'est le sujet de la conversation qui m'a interpelé, tantôt une tournure de phrase, une manière de concevoir la vie. Ce qui est révélateur.

 

C'est révélateur à la fois sur lui-même, sur sa Ville bavarde et ses habitants, si bien qu'il se demande un moment s'il n'a pas dessiné un autoportrait plutôt qu'un portrait...

 

Dans les conversations qu'il recueille, ce qui frappe c'est l'emploi récent dans le langage parlé de termes qui ne se retrouvent pas encore vraiment dans le langage écrit, même courant.

 

Sont employés par exemple:

- l'interjection genre

- les mots truc, ouais, pécho, pire ou trop (ces deux derniers: tous seuls ou suivis d'un adjectif)

- les verbes bader ou geeker

- les expressions trop pas (l'opposé de pire bien), juste pas ou  whadzefuck

 

La langue française évolue... sans que soient oubliés, les mots échangés le montrent, nombre de mots gras... que rigoureusement, ma mère m'a défendu d'nommer ici...

 

En tout cas, le collectionneur s'attelle à transcrire ce qu'il a entendu, mais pas que: il saisit aussi un moment tendre ou comique, de la colère, de la complicité.

 

Aussi non seulement le lecteur ne s'ennuie-t-il pas, mais il a de la reconnaissance pour celui qui sait si bien lui restituer ce dont il est le témoin dans la vie de tous les jours.

 

Francis Richard

 

Ville bavarde, Guillaume Rihs, 92 pages, éditions d'autre part

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 22:15
Absolument modernes !, de Jérôme Meizoz

Toute sa vie, père a voulu croire au progrès. L'avenir radieux ne serait qu'une affaire de technique. Il fallait juste faire confiance, s'en remettre à ceux qui savaient.

 

Lui, Jérôme Fracasse, n'a pas la religion du progrès et ses piques régulières contre Dieu, qui n'intervient pas quand il le voudrait, laissent penser qu'il n'a pas ou plus de religion du tout.

 

En treize chroniques, ce Valaisan raconte dans Absolument modernes! les années de promesses quand on chantait partout l'avancée triomphale et la croissance infinie.

 

Ces années de promesses sont celles qui ont précédé le siècle 20, puis l'ont parcouru. Des espérances qu'elles ont suscitées, aujourd'hui, apparemment, il faut en rabattre.

 

Aussi le chroniqueur est-il pris entre rires et larmes. Rires parce qu'il était dérisoire d'y croire, larmes parce qu'il a été fait table rase du passé, considéré comme vieillot et stupide.

 

Lui aussi y a cru, au progrès, jusqu'à ce qu'il découvre sa face destructrice. Et, aujourd'hui, il a décidé de ne travailler qu'à rebrousse-sens: le lecteur est prévenu.

 

Il n'est pas sûr pourtant que tous ses lecteur ne soient pas peignés dans le sens du cheveu, car, de nos jours, il n'est pas le seul, de loin pas, à s'en prendre, même si lui au moins le fait d'une plume alerte:

 

- aux entrepreneurs, qui bâtissent des cages à humains

 

- aux banques, créées au siècle 19, ce qui prouve que, depuis ces temps anciens, on sait l'art d'accumuler, de transformer. De spéculer.

 

- au tourisme, dont l'essor multiplie les auberges, les commerces et les routes

 

- aux usines dont les petits cultivateurs et éleveurs prennent le chemin

 

- à l'école gratuite et obligatoire, autant dire [...] notre première incarcération

 

- à la grande distribution, dont, jeune, les hypermarchés lui donnent la nausée

 

- à l'autoroute, dont le bitume est exquis

 

- à l'automobile, qui devient un habitacle, un habitat

 

etc.

 

Le lecteur n'est donc pas surpris qu'il ait un rêve:

 

Le rêve dit qu'une certaine Fée Minimum, adepte de la modération et de la vie lente, a pris la tête d'un mouvement de résistance. A son service oeuvrent deux soeurs folaches, Vertige et Frisson.

 

Selon lui, il ne faudrait conserver que les avancées précieuses dont tout le monde se réjouit... et laisser de côté les inventions absurdes: en cela il n'a évidemment pas tort, mais cela se fera tout naturellement, qu'il soit rassuré.

 

Il se souvient enfin que, dans les magazines, au début des années 1980, la plupart des sujets racontent le progrès heureux. Ils ne parlent ni de réchauffement climatique ni d'extinction d'espèces...

 

En rappelant cela (on parlait plutôt alors de refroidissement climatique...), il ne risque pas implicitement de nager à contre-courant du catastrophisme actuel, si infondé qu'il soit...

 

In fine il se montre néanmoins réaliste quand il écrit:

 

Il me semble aujourd'hui que du monde, on ne peut donner qu'une image morcelée.

 

Francis Richard

 

Absolument modernes, Jérôme Meizoz, 160 pages, Zoé (sortie le 5 septembre 2019)

 

Livre précédent à La Baconnière:

Haute trahison (2018)

 

Livres précédents chez Zoé:

Faire le garçon (2017)

Haut Val des loups (2015)

Séismes (2013)

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2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 22:00
Les couvents d'eau claire, d'Ivan Salamanca

Il y a tout juste trente ans un livre intitulé Les deux corps du roi, écrit par Ernst Kantorowicz, publié initialement en anglais en 1957, était traduit en français et publié aux éditions Gallimard, sous la direction de Pierre Nora.

 

Dans cet Essai sur la théologie politique au Moyen-Âge, l'historien allemand expose la conception médiévale de la royauté qui distingue deux corps en la personne du roi:

- son corps de roi, terrestre et mortel;

- son corps de Roi, politique et immortel.

 

Dans Les couvents d'eau claire, Ivan Salamanca fait une telle distinction entre le Pape et l'homme. Pour ce faire, il se met dans la tête du Pape Benoît XVI qui, le 28 février 2013, en renonçant au trône de Pierre, de Pape devient pape émérite.

 

Ce que ressent Benoît XVI après ce choix irrévocable, commence avec son départ de Rome en hélicoptère pour le palais de Castel Gandolfo, au bord du lac d'Albano, où il va attendre que le conclave (cum clave) lui donne un successeur.

 

Il n'est plus Benoît, il est Aloisius. Avant de rejoindre le monastère Mater Ecclesiae, il a quelques jours devant lui pour se préparer. Avant que la fumée blanche ne s'élève, l'émérite barbote tout de même entre deux états, et tâche de se situer...

 

Quand son successeur est connu, il s'adresse intérieurement à lui: Le pape émérite n'est pas mort, il te regarde; et plus haut que nous nous observe le Souverain Juge. Bonne chance l'Argentin. Ma place est dans ton ombre. Tu ne seras pas seul...

 

Aloisius se sent libéré: Benoît est oublié bien vite, et probablement aurait-il souhaité que l'ombre de François ne provoque pas une telle éclipse. Cependant, quel calme! Quel repos, et quel temps à disposition pour vaquer à ses méditations...

 

Quand Aloisius rejoint Mater, il se sent moins contraint que Benoît à Sixte-Quint, dans les palais pontificaux. Naguère, pendant huit ans, il fut écrivain du Dire de l'Église, qui est une bâtisse faite avant tout de mots. Maintenant il écrit la suite:

 

En deux mois, il a bien changé. Ses mots ne sont plus les mêmes. Il se sent léger, impie et rempli de piété. Poète. Il renaît comme une flammèche sur le papier vibrant du monde - et ici-même sur le papier du livre. Le ciel peut se montrer bien généreux - alors le jeu laborieux est un éblouissement, une cataracte d'eau fraîche.

 

La poésie? Elle libère. Elle ne sert pas à pêcher des hommes: elle sert à piocher de l'or. Il faut toujours reprendre, toujours creuser, toujours apprendre et toujours laisser filer; mais il y a ces fulgurantes pépites qui tombent du ciel...

 

Francis Richard

 

Les couvents d'eau claire, Ivan Salamanca, 152 pages, Éditions de l'Aire

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1 septembre 2019 7 01 /09 /septembre /2019 16:15
L'ombre du Renard, de Nicolas Feuz

Âmes sensibles s'abstenir pourrait être l'avertissement placé en début de ce polar. Car le prologue, qui n'est pourtant qu'un hors-d'oeuvre, met tout de suite dans l'ambiance avec l'émasculation, par un dispositif relié à l'eau de pluie, de Vincent Mariani, qui vient d'être libéré de prison opportunément.

 

L'ombre du Renard est celle du Maréchal Rommel, surnommé le Renard du désertLe 16 septembre 1943, le mythique trésor de ce militaire pro-nazi a disparu. Il aurait été transféré du couvent Saint-Antoine, situé sur les hauteurs de Bastia, sur une barge. Laquelle aurait été coulée par un avion américain.

 

Dans le vieux bourg du Landeron, en Suisse, au bord du lac de Bienne, Radovan Krtic, un vulgaire toxicomane, pris d'un délire démoniaque, se transforme en torche humaine après s'être aspergé de liquide inflammable (du kerdane) et y avoir mis le feu sous les yeux de sa compagne, Monia, alias Tanja Stojkaj.

 

En Corse, l'enquête préliminaire sur la mort de Vincent Mariani est confiée par le procureur de la République, Marc Langlois, à l'adjudant-chef Éric Beaussant, de la section de recherches de Bastia, au grand dam de la juge d'instruction Estelle Faure: l'ordre de la libération a été faxé depuis ses locaux...

 

En Suisse, le procureur Norbert Jemsen et sa greffière Flavie Keller mènent l'enquête sur la mort de Radovan Krtic avec Tanja Stojkaj, inspectrice infiltrée auprès de la victime dans le trafic de méthamphétamines, afin de le démanteler en temps voulu, en collaboration avec ses collègues bernois et fribourgeois.

 

Les deux crimes sont liés au clan Mariani et au trésor de Rommel - six caisses en bois cerclées de fer. L'un des participants au transfert, Peter Fleig, avait conclu en 1948 un marché avec les autorités françaises: il connaissait l'endroit d'immersion, récupérait le trésor et devenait scaphandrier pour la France...

 

Les deux enquêtes vont inévitablement se conjuguer... en Corse. L'affaire compliquée l'est bien davantage que ne le pensent les Suisses. Et il faut tout le talent d'un professionnel comme Nicolas Feuz pour avoir imaginé un tel imbroglio, où les morts se succèdent, et pour le démêler ensuite avec maestria...

 

Francis Richard

 

L'ombre du Renard, Nicolas Feuz, 320 pages, Slatkine & Cie

 

Livres précédents:

Le miroir des âmes Slatkine & Cie (2018)

Eunoto - Les noces de sang TheBookEdition.com (2017)

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31 août 2019 6 31 /08 /août /2019 14:45
Minuit blanc, de Maxence Marchand

C'est elle qui partit. Comme souvent dans ces situations. Comme si une loi tacite empêchait les hommes de se montrer les premiers, chargés du poids de l'échec. Ou peut-être parce que partir signifie décider, une chose dont aucun homme n'est capable.

 

Le narrateur raconte ainsi sa rupture avec celle qui partageait sa vie. Il savait qu'une pause n'était pas impensable, mais il n'imaginait pas que le commencement de la fin de leur histoire serait un coup de massue: Le camouflet qui l'a atteint au milieu d'un parc d'automne.

 

Confronté au creux du sens de son existence, il doit, de plus, déménager. En attendant de trouver un nouveau toit, il survit: J'allais travailler avec le chagrin dans mon cartable, et mon métier m'apparaissait plus que jamais alimentaire, bien que l'appétit me manquât.

 

Chaque jour, il se couche un peu plus tard. S'il n'aime pas le moment où la nuit tombe, il aime son milieu, qui lui offre un répit, où il peut faire une pause bienvenue: la seule solitude qui vaille, et qui s'avère un Minuit blanc quand, une fois par mois, la lune l'éclaire.

 

Quand il n'est pas au travail, il se rend dans des cafés spécifiques à des heures spécifiques. Quand la vie lui devient impossible, il entre dans une librairie, pour tenter de faire coller les mots d'un autre à [son] histoire. Un jour, il acquiert un livre qui lui explique l'univers.

 

Dès lors, trop mal en point pour s'occuper d'amour - s'engager dans une histoire d'amour, c'est prendre la route en plein hiver -, il se délecte des anecdotes que produit le livre à propos de la galaxie; il se les approprie; il rhabille son histoire de vêtements cosmiques...

 

Francis Richard

 

Minuit blanc, Maxence Marchand, 64 pages, L'Âge d'Homme

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30 août 2019 5 30 /08 /août /2019 17:50
Les esprits, de Sandrine Perroud

Mélanie, 21 ans, est serveuse dans le tea-room des Lupins, dont la terrasse donne sur la vieille ville et la cathédrale de Lausanne. Elle a prolongé l'année sabbatique prise après son bac et n'a toujours pas démarré des études de lettres à l'université.

 

Le tea-room, ce lieu immuable, est maintenant sa vie, son royaume. Elle est devenue experte dans la fabrication de mousse de lait pour les cappuccinos et les décore de poudre de cacao en forme de coeur. Ce qui lui vaut les compliments des clients.

 

Dès treize, quatorze ans, Mélanie, n'a plus osé parler des terreurs nocturnes dont elle souffre depuis l'enfance, des Esprits, qui mettent tous ses sens en éveil pour les écouter, les chasser, les débusquer, sans que Dieu et ses anges parviennent à les chasser.

 

Depuis que son père a été atteint d'un cancer, elle n'a plus de vie sociale. Quand elle ne travaille pas, elle mange chez ses parents, les dépanne à leur boutique, une épicerie. Deux, trois soirs par semaine elle se rend au fitness de la place Saint-François.

 

Après l'enterrement de ses deux parents, qui ont choisi de mettre ensemble fin à leurs jours par suicide assisté en octobre 2017, elle reprend très vite son travail au tea-room et continue de se rendre au fitness, augmentant le volume sonore de ses playlists.

 

Avant que David ne vienne au tea-room, fréquenté surtout par des sexagénaires et où Radio Nostalgie est diffusée, elle ne voit personne hormis son oncle Christian, sa tante Christiane, avec laquelle elle débarrasse la maison familiale, et sa grande soeur Julie.

 

C'est au Bleu Lézard qu'elle revoit Julie. Son aînée de dix ans lui fait la leçon. Mélanie doit s'inscrire à la rentrée à l'université et ne doit pas rester enfermée comme une nonne à la maison. David intervient lui aussi subtilement dans ce sens et sort avec elle...

 

Pendant une année ou presque, jalonnée par les disparitions de Johnny Hallyday, de France Gall et du Matin papier, chers aux clients du tea-room, Mélanie se reprogramme enfin, notamment en remplissant d'écrits les carnets de compte de ses parents...  

 

Francis Richard

 

Les esprits, Sandrine Perroud, 120 pages, Éditions de l'Aire

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29 août 2019 4 29 /08 /août /2019 15:30
Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser

Ce que je peux dire de mieux sur la musique est un recueil de soixante textes, proses et poèmes, écrits entre 1899 et 1933 par Robert Walser (1878 - 1956). Ils ont été choisis par Roman Brotbeck et Reto Sorg et publiés en allemand en 2015 sous le titre Das Beste, was ich über Musik zu sagen weiss.

 

Trente et un d'entre eux sont des inédits en français et ont été traduits par Marion Graf. Comme le souligne cette dernière dans sa note liminaire, les textes sont présentés dans l'ordre chronologique et retrace les trois grandes étapes de l'oeuvre de Walser:

 

Les années 1900, où s'épanouit le genre de la "rédaction" et du récit, les années 1910, avec des contes et des miniatures raffinées, et enfin les poèmes et les proses débridées des années 1920...

 

Dans leur postface les deux universitaires qui ont sélectionné les textes soulignent qu'en dépit de toute la ferveur musicale dont il avait été capable dans sa jeunesse, la musique, de tous les arts, reste celui dont Walser est le plus éloigné et précisent:

 

La présente anthologie, entre autres objectifs, veut proposer un catalogue de tout ce qui dérange l'écrivain dans l'institution musicale: la division stricte entre les musiciens suractifs et le public silencieux et immobile, le concert comme la quintessence du besoin de représentation et de la discipline bourgeoises, le snobisme culturel lié à la musique, le culte du génie et de la virtuosité, les solistes infatués et les cantatrices vaniteuses.

 

Comme les textes sont courts - ils varient d'une page à une dizaine de pages -, il est possible, à volonté, de les lire par petites portions, pour les savourer, et éventuellement les relire, ou alors d'une seule traite pour en retirer une impression d'ensemble.  

 

Robert Walser emploie souvent l'adjectif petit: il se dit, par exemple, fabricant de petites proses et aime les petites gens, celles des états les plus modestes, qu'il connaît bien; dans La chapelle, il s'intéresse à une petite bonne, amusante et vive, et écrit:

 

J'aime à désigner du nom de petits enfants les gens qui croient encore en un Dieu. Les enfants ont souvent plus d'esprit que les adultes, et les simples d'esprit sont souvent plus intelligents que les gens d'esprit.

 

Son rapport à la musique ne peut se réduire à ce qu'il écrit dans La musique mais c'est tout de même révélateur: Quelque chose me manque quand je n'entends pas de musique, et quand j'en entends le manque est encore plus grand. Voilà ce que je peux dire de mieux de la musique.

 

Car il est avant tout écrivain et poète.

 

Quand, dans Une tête de veau d'un brun aussi foncé, au piano, périodes et attitudes [roulent] comme des vagues et des escaliers, de haut en bas, et [giclent] dans les airs de plus belle pour s'évanouir, cela lui fait l'effet de baisers, puisque, semblables à des notes, ils sont si doux, si agréables, si précieux et illusoires, car toujours perdus à jamais:

 

Mais quiconque a cessé d'aimer et de caresser, quiconque en est lassé, transitoirement peut-être, celui-là doit et peut recommencer, tout comme dans la musique, les notes mourantes, mortes, refleurissent dans d'autres notes qui succèdent à celles qui se sont envolées, pour reprendre vie.

 

C'est pourquoi, pour parler avec ferveur de Paganini, qu'il ne peut qu'imaginer, et pour cause, jouant son jeu d'homme suivant son destin [...], flottant entre vouloir et devoir, grâce à cela prenant tous les coeurs et charmant toutes les oreilles, il le fait avec un certain droit puisque tout ce [qu'il écrit] là repose uniquement sur l'imagination et sur la méditation.

 

Francis Richard

 

Ce que je peux dire de mieux sur la musique, Robert Walser, 224 pages, Zoé ( textes sélectionnés par Roman Brotbeck et Reto Sorg, traduits par Marion Graf, Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes)

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23 août 2019 5 23 /08 /août /2019 16:10
Fédor & Miss Bliss, de Daniel Odier

Un triangle, pointe vers le bas, portait à droite et à gauche, les lettres M. et N. en grandes majuscules. A la pointe du bas, on voyait un R. Mychkine, Nastassia, Rogogine. Le triangle était traversé en son centre par un trait ondulé qui figurait un courant, une vague qui le traversait de part en part et qui se finissait par un a minuscule tracé sans lever la plume, d'un seul élan, la vague devenait Aglaïa...

 

Ce dessin, reproduit en couverture, est le fait de Daniel Odier. Mais, dans son roman, il en attribue la paternité à Fédor Dostoïevski

 

Ce dessin représente les liens entre les protagonistes de L'Idiot, son célèbre roman, dont il écrivit une partie, le reste en Italie, quand il séjourna à Vevey en 1868.

 

Une plaque, au 13 de la rue du Simplon de la ville, le rappelle: 

 

FÉDOR DOSTOIËVSKI, ÉCRIVAIN RUSSE, 1821-1881, VÉCUT ET TRAVAILLA DANS CETTE MAISON EN 1868.

 

La mère de Miss Bliss lui a offert ce roman en livre de poche pour ses quinze ans:

 

La lecture de "L'Idiot" avait eu un effet si puissant sur Miss Bliss que tout en elle avait changé subitement.

 

Elle avait changé non seulement d'apparence physique mais de physionomie:

 

Les jours suivants, ses camarades de la classe d'anglais la surnommèrent "Miss Bliss" tant son visage exprimait une félicité incompréhensible.

 

Dès lors Miss Bliss, qui a trois passions: la musique, la littérature et le divin réel, devient un personnage du roman, celui du Prince Mychkine.

 

Mychkine aperçoit un jour Nastassia Filipovna au Café Littéraire et s'enfuit...

 

Mychkine prend le train pour se rendre au Kunstmuseum de Bâle voir le Christ d'Holbein le jeune qui avait tant impressionné son créateur.

 

Dans le train la jeune fille rencontre un jeune homme et lui donne un nom de fille, Aglaïa: C'est ton nom caché, celui que tu ignores, celui qui correspond à la couleur de ton âme...

 

Rogogine, c'est Luigi, l'ami de Nastassia qui a besoin de son soutien: Il est puissant et peut être tendre à certains moments...

 

Les protagonistes sont maintenant tous prêts à jouer leur rôle dans le monde où vit Miss Bliss et où l'invisible devient matériellement réel.

 

En état de veille Miss Bliss a des hallucinations précises, depuis toute petite: Je vois des choses qui ne sont pas sensibles aux autres, mais j'évite de le dire.

 

Miss Bliss n'a pas peur de la liberté. Au contraire. Cela lui permet de goûter pleinement la joie, la beauté, la folie intérieures qui relient toutes choses au coeur.

 

Ce qu'elle vit avec Nastassia en est l'expression, comme le tatouage qu'elle s'est fait faire deux ans plus tôt au bas des reins et qui est son secret:

 

Mon seul but est d'être libre, je lui sacrifie tout.

 

Daniel Rodier, lui, a mis en épigraphe cette phrase, qu'il a relevée dans une lettre de 1838 de Fédor à son frère aîné Mikail.

 

Francis Richard

 

Fédor & Miss Bliss, Daniel Odier, 128 pages, Éditions de l'Aire

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21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 22:00
Soif, d'Amélie Nothomb

Dans Soif, Amélie Nothomb se met dans la tête du Christ. Elle écrit en quelque sorte un récit de la passion selon Jésus, qui diffère de ceux que l'on trouve dans les évangiles synoptiques ou dans celui de Saint Jean, l'apôtre bien-aimé.

 

Si Jésus n'y parle pas beaucoup de sa divinité hormis quand il fait référence aux volontés de son père (qui n'est évidemment pas Joseph), il reprend à son compte ce que Térence a dit avant lui: Rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

 

Comme il est le Christ, il peut se permettre de rectifier ce que l'un ou l'autre des évangélistes dit de ses dernières paroles après sa mort ou de citer des auteurs qui sont nés bien après lui:

 

Ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, c'est la peau. (Paul Valéry)

 

Tous les plaisirs des jours sont en leurs matinées. (François de Malherbe)

 

C'est le côté humain du Christ qui en fait intéresse l'auteure. Elle ne résiste d'ailleurs pas à la tentation d'en faire un amoureux de Madeleine, dont les rapports avec elle - désobéissant à son père - n'auraient pas été platoniques, mais bibliques...

 

Pour Jésus, les évangélistes, qui rapportent faussement ses dernières paroles, commettent des contresens, voulant lui faire dire ce qu'il n'a jamais dit, trahissant en quelque sorte le fait que, ne leur en déplaise, il est le plus incarné des humains:

 

Le mal trouve toujours son origine dans l'esprit. Sans le garde-fou du corps, la nuisance spirituelle va pouvoir commencer.

 

Jésus dit plus loin que la bonne nouvelle [l'évangile], c'est que l'extrême soif est une transe mystique idéale: Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d'avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut...

 

Prendre alors une seule gorgée est un émerveillement: Cet éblouissement, c'est Dieu [...]. L'amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d'eau, c'est Dieu. Je suis cet amour pour tout ce qui existe. C'est cela être le Christ.

 

La soif et l'amour sont liés: Comment s'étonner que la soif mène à l'amour? Aimer, cela commence toujours par boire avec quelqu'un. Peut-être parce qu'aucune sensation n'est si peu décevante. Une gorge sèche se figure l'eau comme l'extase...

 

L'amour et la mort sont inséparables: Il m'est donné d'entrer dans l'autre monde sans rien quitter. C'est un départ sans séparation. C'est pourquoi Jésus peut dire qu'il est quelqu'un de présent pour de vrai et que cela ne court pas les rues.

 

Son tiercé gagnant, c'est l'amour, la soif, la mort. Ce sont trois manières d'être formidablement présent...

 

La suite? Pour ce qui le concerne, il la résume ainsi: J'ai débuté la vie éternelle. L'expression consacrée ne signifie encore rien pour moi:

 

Ce mot d'éternité n'a de sens que pour les mortels.

 

Francis Richard

 

Soif, Amélie Nothomb, 162 pages, Albin Michel (sortie le 21 août 2019)

 

Livres précédents chez le même éditeur:

Le voyage d'hiver (2009)

Une forme de vie (2010)

Tuer le père (2011)

Barbe bleue (2012)

La nostalgie heureuse (2013)

Petronille (2014)

Le crime du comte Neville (2015)

Riquet à la houppe (2016)

Frappe-toi le coeur (2017)

Les prénoms épicènes (2018)

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20 août 2019 2 20 /08 /août /2019 21:30
Grand National, de Roland Buti

- Le Grand National?

- Un hôtel de luxe où elle livrait le pain pour son père.

- Le Grand National? Quel drôle de nom! Et c'est où?

- A Glion. Sur les hauteurs de Montreux.

 

Le narrateur, Carlo Weiss, est jardinier. C'est de sa mère, Pia, dont il parle avec son employé, Agon, originaire du Kosovo, un colosse agile, un vrai sentimental, qui, donc, essaie de s'en tenir aux valeurs pratiques et aux résultats tangibles.

 

Ensemble ils se sont rendu à la maison de retraite de la mère de Carlo. Elle a disparu sans crier gare. Carlo est inquiet. Ils ont rencontré Madame Jaquet qui partage sa chambre avec elle et à qui Agon a promis une promenade en forêt.

 

Ne voulant pas rester seul, Weiss accompagne Agon sur la parcelle de terre que celui-ci loue à la Ville et qu'il cultive amoureusement. Ils dorment dans le cabanon d'Agon. Mais, au matin, Carlo entend qu'Agon est tabassé par des inconnus.

 

Les inconnus mis en fuite par Weiss et des voisins, Agon est emmené par eux à l'hôpital. Quand, plus tard, Carlo lui rend visite, Madame Jaquet l'a devancé avec des friandises et une photographie de Pia qu'ils ont vue dans sa chambre.

 

Sur cette photographie la mère de Carlo doit avoir quinze ans, seize ou peut-être dix-sept: elle sourit, se retient de rire aux éclats, le temps du cliché; elle est resplendissante de bonheur. Derrière elle, il y a une marquise, que Carlo reconnaît:

 

C'est l'entrée du Grand National.

 

Agon suggère à son patron d'appeler le palace: peut-être s'y est-elle rendue? Renseignement pris, c'est bien le cas. Alors, Carlo s'y rend à son tour. Il voudrait que sa mère retourne à la maison de retraite, mais elle ne veut pas. Alors il se résigne.

 

Si Pia est allée au Grand National, ce n'est pas sans raison et Carlo va peu à peu la découvrir: un secret de jeunesse qu'elle a bien gardé... Agon, lui aussi, a un secret: ce n'est pas pour rien que l'autre jour il a été sévèrement passé à tabac...

 

L'un des nombreux charmes de ce récit filial, ce sont les odeurs essentielles que le narrateur de Roland Buti respire dans les êtres et les choses: l'odeur d'humus des livres d'Agon, le parfum d'Ana qui l'a quitté ou encore les senteurs végétales:

 

Je suis particulièrement sensible à l'odeur de la terre quand l'humidité descend le soir...

 

Francis Richard

 

Grand National, Roland Buti, 160 pages, Zoé (sortie le 22 août 2019)

 

Livre précédent:

Le Milieu de l'horizon (2014)

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  • : Le blog de Francis Richard
  • : Ce blog se veut catholique, national et libéral. Catholique, il ne s'attaque pas aux autres religions, mais défend la mienne. National, il défend les singularités bienfaisantes de mon pays d'origine, la France, et celles de mon pays d'adoption, la Suisse, et celles des autres pays. Libéral, il souligne qu'il n'est pas possible d'être un homme (ou une femme) digne de ce nom en dehors de l'exercice de libertés.
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  • Francis Richard
  • De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), j'ai travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et m'intéresse aux arts et lettres.
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